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La Rivale

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GUET Lydie

LA RIVALE

Adoras
DANS LA MÊME COLLECTION
1. T'aimer malgré tout
2. C'est toi que j'aime
3. Le souffle du passé
4. Baume au cœur
5. Les plus belles lettres d'amour
6. Love Story à Abidjan
7. Amour de Granit
8. La féticheuse
9. Pour l'amour de Daly
10. Juste une illusion
11. La Piedra Preciosa
12. La force de l'amour
13. Les braises de l'amour
14. Destins croisés
15. Amour à vif
16. Terrible secret
17. Le choix de Marianne
18. L'amour contre toute attente
19. Intimes confidences
20. Un homme pour maman
21. Regards croisés
22. Tourbillon des cœurs
23. Amourette de vacances
24. Jusqu'au mariage
25. Entre midi et deux
26. Plus fort que la raison
27. La rivale
28. Pour le bonheur de Noura
29. Passion retrouvée

© NEI Abidjan 2006


01 B.P. 1818 Abidjan 01
ISBN : 2-84487-267-0
Tous droits réservés pour tous pays.

1
Un vent léger soufflait, faisant tourbillonner la
poussière au-dessus de la tombe. Pearl posa le
bouquet de fleurs qu'elle tenait et regarda
longuement la photo de la pierre tombale faite
de marbre rose. Près de la photo s'étalait en
grands caractères, le nom du défunt: Jean-
François N'goran. Aujourd'hui 20 avril, cela
faisait quatre ans que Jean-François était
décédé et à chaque anniversaire de son décès,
Pearl demandait une messe pour lui avant de
venir se recueillir sur sa tombe. Jean-François...
Pearl remonta dans ses souvenirs, des années
plus tôt, dix ans ? Quinze ans peut-être ? Elle se
souvint de cette nuit où sa petite-sœur Val, leur
mère Anna et elle, avaient débarqué en
catastrophe chez la petite sœur d'Anna, à
Abobo-derrière-rails où elle vivait avec son mari
chauffeur de bus et leurs deux enfants. Son
père n'avait pas payé le loyer depuis des mois et
le propriétaire de la maison les avait mis à la
porte. Ils vivaient tous dans une maison exigue
qu'un habile menuisier avait réussi à cloisonner
avec du contreplaqué, de telle sorte que les
parents avaient une chambre et la seconde
pièce censée servir de salon, était en réalité
presque un magasin où s'entremêlaient
casseroles, assiettes, verres, chaises... La nuit,
cette pièce servait de dortoir au reste de la
famille. Les nuits paraissaient interminables à
Pearl à cause du ballet incessant des souris et
des piqûres des autres bestioles suceuses de
sang. Une nuit, alors qu'elles croyaient les
enfants profondément endormis, les deux sœurs
eurent une dispute au sujet de Pearl et Val.
- Anna, ces filles-là ne sont pas les tiennes.
Elles ont quand même leur père non ? Sans
elles, tu aurais moins de problèmes aujourd'hui !
- Tu te trompes petite sœur, Pearl et Val n'ont
rien à voir avec ma situation. Il est vrai que je
n'ai pas eu la chance de procréer, mais Dieu a
eu pitié de moi en me donnant ces deux enfants
en même temps. Grâce à elles, je connais la joie
d'être mère.
As-tu oublié qu'Avi les a lâchement
abandonnées et qu'elles n'ont personne d'autre
que moi ? S'i est vrai que je ne suis pas leur
mère biologique, elles n'en demeurent pas
moins mes enfants. Et si tu ne peux pas les
supporter, c'est que tu ne veux pas de moi non
plus.
- Ce n'est pas ça Anna, mais...
C'est ainsi que Pearl apprit que Anna n'était pas
leur mère biologique.
Pearl tombait des nues ! Quoi ? Anna n'était pas
leur mère? Anna la douce? Anna qui veillait
lorsque Val et elle étaient malades ? Anna qui
se saignait pour vendre de l'aloco pour aider son
mari Avi, agent journalier dans une boulangerie
moderne ? Anna qui avait décidé de les garder
lorsque leur père s'était enfui de la maison une
nuit, rasant le mur tel un voleur, alors que tout le
monde dormait, pour aller vivre avec une riche
femme d'affaires ? Anna, ce don du ciel qui ne
se plaignait jamais et qui acceptait la vie telle
qu'elle était ? Pearl sentit les larmes lui picoter
les yeux et ne put se retenir plus longtemps. Elle
pleura en silence tandis que dehors, les deux
femmes s'étaient tues comme si elles avaient
deviné sa peine. Pearl ne parla à personne de
ce qu'elle avait entendu cette nuit-là.
Faute de moyens, Pearl dut mettre fin à ses
études. Heureusement que sa tante et son mari,
assuraient les frais scolaires de Val qui était une
excellente élève, à la grande satisfaction de ses
tuteurs.
Pearl décida de travailler comme employée de
maison. Elle eut rapidement une place à Cocody
Sainte-Marie chez un couple dont la femme était
inspectrice d'école primaire et le mari, proviseur
dans un lycée. Ils avaient trois enfants dont les
deux aînés étaient en Europe. Seul le benjamin,
en classe de sixième, vivait avec eux.
Le travail de Pearl consistait essentiellement à
faire la cuisine, mais elle ne rentrait que chaque
fin de mois avec en poche sa paie qu'elle versait
entièrement à sa tante avec l'approbation de sa
mère.
Un matin, alors qu'elle s'affairait dans la cuisine,
Pearl reçut la visite d'Anna. Elle eut tout d'abord
peur car elle avait quitté sa mère, la veille
même. Mais Anna la rassura ; elle venait
simplement lui annoncer qu'elle allait se
remarier avec Jean-Emmanuel Djédjé.
• Mais... c'est l'ami de papa !

• Pearl, tu as l'air déçu.

• Non, je ne suis pas déçue, simplement

surprise.
Jean-Emmanuel s'était mis à son propre compte
après une formation de technicien en
informatique. Il livrait et réparait les ordinateurs
et autres appareils électroniques.
Veuf depuis de longues années, il avait élevé
seul son fils unique. Après le départ d'Avi, il
passait régulièrement voir Anna, apportant des
cadeaux aux filles. Il était amoureux d'Anna,
mais n'avait pas eu le courage de le lui dire, par
crainte d'être éconduit. Mais il y avait un mois
qu'il avait pris le taureau par les cornes et s'était
déclaré à Anna, à peine surprise. Elle avait dit
oui aussitôt à la grande joie de Jean-Emmanuel.
Ils avaient beaucoup de points communs. Ils
supportaient la même équipe de football,
aimaient la lecture, les sorties et le cinéma. Il
avait quarante-quatre ans, c'est-à-dire quatre de
plus qu'Anna, ce qu'elle trouvait confortable pour
un couple.
• C'est quand le mariage ?

• Dans un mois, ensuite, nous irons vivre chez

lui à Marcory.
• Tu es heureuse maman ?

• Oui Pearl. Je crois que je vais enfin

connaître le bonheur. Vois-tu, ton père


n'était pas fait pour moi. En tout cas, je
souhaite qu'il soit heureux avec sa nouvelle
femme.
• Peu m'importe ce qu'il devient. L'essentiel

est que toi, tu sois heureuse. Je t'aime plus


que tout au monde.
• Merci Pearl. Val et toi, vous êtes ce que j'ai

de plus cher sur cette terre. Jean-Emmanuel


est quelqu'un de bien et il vous aime beaucoup.
C'est ainsi que quarante-cinq jours plus tard,
Pearl quittait définitivement ses patrons pour
rejoindre sa nouvelle maison.
Grâce à son beau-père elle avait pu reprendre
les cours en classe de première A. Jean-
Emmanuel était un bon père de famille. Il traitait
Pearl et Val de la même façon qu'il le faisait
pour son fils Patrick. Pourtant, malgré toute sa
gentillesse, Val restait impossible, elle ne
pouvait s'empêcher de cracher son venin dès
que l'occasion se présentait. Et c'est ce qui se
passa un soir où elle était rentrée tard à la
maison. Anna inquiète, lui avait demandé d'où
elle venait. Val de la façon la plus impolie qui
soit, lui avait rétorqué :
- En quoi cela te regarde t-il ?
Jean-Emmanuel était intervenu : - Val, sois polie
lorsque tu parles à ta mère.
Nous étions tous inquiets, vois-tu ?
• Sh ! Oui, et puis d'ailleurs, tu n'es pas mon

père pour me donner des ordres.


• C'est vrai, mais étant marié à ta mère, j'ai ce

droit là.
Val avait ricané avant de dire méchamment :
- Elle n'est pas ma mère !
Pour la première fois, Pearl avait vu Anna lever
la main et gifler Val. Cette dernière interloquée,
s'était enfuie.
- Val, reviens !
Elle allait la suivre dehors lorsque Jean-
Emmanuel la retint.
• Laisse-la partir Anna. Il faut qu'elle apprenne

à grandir.
• Je ne l'ai jamais frappée.
• Je sais. Et tu aurais dû le faire depuis long-

temps. Tu l'as trop gâtée.


Jean-Emmanuel avait entraîné Anna dans l'un
des fauteuils du salon, tandis que Pearl lui disait
:
• Maman, je te jure que je n'ai rien dit à Val.

• Alors, tu le savais aussi ?

• Oui... Une nuit à Abobo, je t'ai entendue te

disputer avec tantie Marilyne, à ce sujet.


Sache que c'est toi ma mère et que tu es la
personne que j'aime le plus au monde.
• Tu as si bon cœur, mon enfant. Si ta sœur

pouvait être comme toi. Elle m'inquiète.


• Jean-Emmanuel était intervenu : Laisse-la

courir ma chérie, il faut qu'elle sache que


personne n'est à sa disposition, tu dois, toi
aussi l'accepter.
• Oui je sais Emmanuel. Veux-tu s'il te plaît,

nous laisser seules Pearl et moi ? J'ai à lui


parler.
Jean-Emmanuel tourna les talons. Anna prit
alors les mains de Pearl et lui dit :
- Tu sais ma fille, ne m'en veux pas. Je me
disais que ce n'était pas nécessaire de vous dire
la vérité, surtout après ce que Avi avait fait.
Anna fit une petite pause avant de poursuivre :
- Je vivais avec Avi depuis déjà trois ans,
lorsqu'un matin, votre mère a débarqué avec
vous deux, Avi était au travail et j'étais seule à la
maison.
Tu avais deux ans et Val, six mois. Elle s'est
présentée à moi et m'a dit que vous étiez les
enfants de mon mari et que non seulement, il
n'avait pas établi vos actes de naissance, mais
en plus, il ne lui donnait pas l'argent nécessaire
à votre entretien. Ce jour-là, lorsque Avi vous a
vues, il a rebroussé chemin sans mot dire, pour
revenir quelques heures plus tard avec Jean-
Emmanuel, son ami. C'est à genoux qu'ils m'ont
demandé pardon et offert deux complets de
pagne et une somme de vingt mille francs. Je
sais que c'était une petite fortune pour Avi,
compte tenu de son maigre salaire. Sur mon
insistance, Avi a fait établir vos actes de
naissance avec mon nom et les prénoms que
vous portez. C'est ainsi que je suis devenue
votre mère. Quant à votre mère biologique Avi
ne m'a jamais parlé d'elle et je ne l'ai plus revue,
voilà toute la vérité ma Pearl, Pearl sursauta,
tandis qu'un oiseau s'envolait devant elle à
grands battements d'ailes. Elle se rendit compte
que l'agréable musique qu'elle entendait, n'était
pas celle d'un orgue, mais la sonnerie de son
portable qui la tira brusquement de sa rêverie.
C'était Val Avi, sa petite-sœur qui lui rappelait
qu'elle avait convoqué une réunion à l'hôtel.
*
*
*
A quinze heures, lorsque Pearl rejoignit son
bureau, elle était épuisée, mais satisfaite de la
réunion. Depuis quatre ans qu'elle avait pris la
direction effective de l'hôtel résidence le Firma-
ment, elle avait décidé cette année d'y apporter
des innovations. Par exemple, l'enseigne allait
être plus voyante, l'uniforme allait changer. Tous
les employés de l'hôtel, de la patronne jusqu'aux
gardiens, allaient se vêtir à présent du pagne de
Côte d'Ivoire. Ne dit-on pas que "charité bien
ordonnée commence par soi-même?" Et
puisqu'en tant qu'hôtelière sa contribution était
de promouvoir les produits ivoiriens, ses
employés et elle, allaient commencer par
consommer ivoirien.
C'est ainsi que dans les plus brefs délais, sa
secrétaire, le comptable et le chef du personnel
contacteraient les responsables de « Woodin »
et « Uniwax », afin de choisir un uniforme aux
motifs à la fois attrayants et gais.
A l'issue de la réunion, il avait été décidé qu'un
test de recrutement de nouveaux employés
serait fait afin de renforcer ceux qui étaient déjà
là.
Trois équipes qui se relairaient : une pour la
journée, une autre pour l'après-midi et une pour
la nuit. Il fallait aussi deux gardiens et deux mini
cars pour desservir les différents quartiers pour
les clients désireux de s'y rendre. Tout cela
faisait beaucoup d'argent, mais cela en valait la
peine, car une bonne promotion permettrait à
Pearl de rentrer dans ses fonds. Elle était
plongée dans ses réflexions, lorsque le bouton
rouge de sa ligne personnelle clignota un appel,
seules cinq personnes en connaissaient le
numéro : sa secré-taire, son chef de personnel,
Val sa comptable, et Anna leur mère. Mais, en
décrochant l'appareil ultra moderne, elle ne
reconnut pas la voix de son interlocutrice. Une
voix sans passion et un peu hésitante.
• Excusez-moi madame N'goran de vous

déranger, mais je veux vous entretenir d'une


affaire importante.
• Qui êtes-vous ? demanda Pearl à brûle-

pourpoint.
Silence à l'autre bout du fil. Elle dut répéter la
question. La voix dit enfin :
- Je suis la mère de Junior.
Cette fois, c'est Pearl qui garda le silence. La
voix finit par lui dire :
- Il faut que je vous voie.
Sans répondre, Pearl avait coupé la communi-
cation. Son cœur se mit à battre follement,
tandis que ses souvenirs la ramenaient
quelques années plus tôt, avant sa séparation
d'avec Jean-François Ngoran, son défunt mari.
Pearl se rappela sa première rencontre avec cet
homme élégant, doux et calme qui à quarante
ans se prenait déjà pour un vieillard. J-F N'goran
était l'oncle d'Estelle Diby son amie et voisine de
chambre, au campus 2000 à Cocody. Estelle
était en deuxième année de droit et Pearl en
sciences économiques et de gestion. Estelle
était de taille moyenne, de teint clair naturel, ce
qui était étonnant en ces temps où les filles
n'hésitaient pas à décolorer leur belle peau noire
en abusant des produits éclaircissants qui à la
longue leur donnaient un teint « tchatcho» ou «
zôgôda », particulièrement inesthétique. A cela
s'ajoutaient les effets indésirables tel que le
cancer de la peau. Estelle était extravertie,
tandis que Pearl, de taille moyenne aussi et d'un
teint noir d'ébène, était plus renfermée. Un
samedi, Estelle avait invité Pearl à l'exposition
du célèbre peintre Aaron X, à la galerie « le
Firmament » de l'hôtel du même nom, dont son
oncle était le propriétaire.
Aaron X, avait une grande renommée, c'est
pourquoi il y avait un monde fou à son
exposition.
Pearl qui était une fan de ce grand peintre, fut
émue de le voir pour la première fois et tomba
même sous son charme. Le peintre était comme
elle l'avait imaginé : sans âge, les cheveux
coupés très courts, vêtu d'un ensemble pagne
de chemise et tunique avec pantalon assorti, du
grand couturier Ciss-Saint Moise. Pearl admira
tous les tableaux qu'elle trouva aussi saisissants
les uns que les autres. Elle fut particulièrement
frappée par un tableau représentant une scène
de village au clair de lune. Elle allait demander à
Estelle ce qu'elle en pensait lorsqu'elle se rendit
compte que cette dernière avait disparu. Pearl
se fraya tant bien que mal un chemin dans la
foule pour se retrouver devant un long couloir
désert.
Heureusement, elle rencontra un garçon d'étage
qui lui indiqua le bureau du patron. Elle y arrivait
lorsqu'elle entendit les voix de son amie et celle
d'un homme. sans doute celle de son oncle. La
porte n'était pas fermée et en se rapprochant,
elle distingua nettement ce qu'ils disaient :
• Je t'assure tonton que mon amie est la

personne qu'il te faut: belle, intelligente et


sérieuse.
• C'est gentil Stella de vouloir me remarier,
mais cette fille est trop jeune pour moi.
• Mais tonton, elle a tout de même vingt ans !
• C'est bien ce que je dis. C'est encore un
bébé qui n'a pas encore fini de prendre le
biberon.
• Pearl n'est pas un bébé !
• L'homme allait parler, lorsqu'une voix les fit
sursauter tous les deux :
• - Excusez-moi, c'est l'heure du goûter et le
bébé veut bien prendre son biberon.
• C'était Pearl, 'oncle d'Estelle etanartoinfus,
tandis que sa nièce souriant d'un air
narquois dit :
• - Quand on parle du loup...! Tonton J-F, je te
présente mon amie Pearl Avi. Pearl, je te
présente mon oncle chéri, Jean-François
N'goran.
• Il était de taille moyenne, mince, le teint clair
avec un regard intelligent.
• Pearl fut la première à tendre la main :
• - Enchantée monsieur N'goran. Excusez
Estelle pour ce qu'elle racontait tout-à-
l'heure. Nous n'allons pas nous imposer à
vous plus longtemps.
• J-F avait aimé la spontanéité de Pearl,
surtout son teint noir de miel mettant en
valeur un beau visage aux traits délicats et
sensuels. Sa taille moyenne à la silhouette
harmonieuse avait fini par le convaincre que
sa nièce n'avait pas tort à propos de son
amie : c'était bien la femme qu'il lui fallait.
• -Mais non, au contraire, c'est moi qui

m'excuse de ce que j'ai dit vous concernant.


Pour me faire pardonner, je vous invite à
dîner après l'exposition, les filles.
Le dîner fut servi dans une salle privée de
l'hôtel, réservée exclusivement à J-F. Pearl était
seule avec lui, car Estelle s'était sauvée
prétextant un rendez-vous avec son fiancé
Kevin. Pearl était si affamée qu'elle fit honneur à
tous les plats.
Lorsqu'elle se rendit compte que son hôte
l'obser-vait, elle se mit à bégayer :
- Excusez-moi... euh... j'avais une telle faim !
Désolée de manquer d'éducation.
• Ce n'est pas grave. Les jeunes d'aujourd'hui

se dépensent beaucoup et ont toujours faim.


Et ils sont si pressés !
• C'est drôle monsieur N'goran, vous parlez

comme un vieillard.
• Mais je suis vieux. J'ai quand même

quarante ans !
Pearl parut sincèrement surprise
- Ah bon ? Je vous en aurais donné trente.
Un silence se fit et ils parurent gênés tout-à
coup. Pearl finit par dire :
- Le dîner était excellent monsieur N'goran.
Je vous remercie.
• C'est plutôt à moi de vous remercier jeune

femme. Votre compagnie m'a été agréable.


Je suppose que vous voulez rentrer à
présent ? Votre petit ami doit sûrement vous
attendre ?
• Oui, je dois rentrer, mais pas à cause d'un

petit ami car je n'en ai pas, mais plutôt pour


dormir. J'ai un devoir lundi et je dois bosser
• demain.

• Quoi de plus normal. Bon, si vous êtes

prête, je vous raccompagne.


• Ce n'est pas la peine monsieur N'goran, je

rentrerai en taxi.
• Il n'en est pas question! Vous avez vu

l’heure ?
• - Non, je n'ai pas de montre.

• - Il est minuit cing et ce teste as prudent

pour une jeune fille de circuler toute seule à


une heure impossible dans les rues. Alors
n'insister pas, je vous raccompagne à la cité.
• Pearl reconnut que J-F avait raison, elle le

suivit sans plus rien dire. Ils firent une halte


dans son bureau. C'était une pièce
spacieuse et la moquette bleu nuit qui pour
elle était une couleur neutre, se mariait
parfaitement avec le bureau en bois sculpté,
derrière lequel avait pris place monsieur
N'goran. Sur tous les murs, étaient
accrochés des tableaux de grands peintres
dont Pearl avait entendu parler pour la
plupart, car elle adorait l'art et s'intéressait à
tout ce qui y touchait de près ou de loin.
D'ailleurs elle-même était une excellente
portraitiste et ne se privait pas de faire les
portraits de ses amis et connais-sances, à
ses heures perdues.
• J-F prit enfin sa mallette et un jeu de clés,

puis ils sortirent de la pièce.


• Pearl et J-F s'étaient quittés sur le parking

de son bâtiment après s'être souhaité une


bonne nuit.
• Une fois dans sa chambre, Pearl prit une

douche et se laissa tomber sur son lit.


Elle ferma les yeux et son esprit s'attarda sur
Jean-François N'goran. Elle ressentit un bien-
être et cela l'inquiéta. Que signifiait cette
sensation ? Etait-ce de l'amour? C'était
impensable. Non
plus est, il était sûrement engagé avec une
femme, même si Estelle lui avait dit qu'il avait
divorcé depuis plusieurs années.
D'ailleurs, ne dit-on pas que la nature a horreur
du vide ? Pearl se sentait irrésistiblement attirée
par J-F à cause de cette douceur qu'il avait dans
sa façon de parler et même de bouger, de
même que son élégance sans faille. Les
hommes de sa trempe la rassuraient, mais
comment faire pour qu'il s'intéresse à elle ?
o *

Après leur unique dîner, Pearl n'avait plus revu


J-F jusqu'à la proclamation des résultats de la
première session. Estelle et elle étaient
admises.
C'est ainsi qu'elles décidèrent d'annoncer la
bonne nouvelle à J-F qui ne leur cacha pas sa
joie. Pearl ne fut pas très bavarde ce jour-là.
D'ailleurs elle se sauva vite pour aller annoncer
la bonne nouvelle à sa famille. Après les cris de
joie et les félicitations, elle retourna en cité, car
Estelle et elle avaient prévu d'aller en boîte pour
fêter leur succès. Mais à vingt deux heures, son
amie n'était toujours pas de retour. Pearl
commençait sérieusement à s'inquiéter lorsque
J-F N'Goran vint la voir, vêtu d'un polo jaune sur
un pantalon noir.
Il paraissait plus décontracté que lors de leur
première rencontre. Leurs regards se
rencontrèrent et Pearl se sentit défaillir. Elle
parla pour cacher son trouble.
• Monsieur N'goran, je suis surprise de vous

voir.
• Pas désagréablement j'espère ?

• Non !

Elle faillit ajouter : bien au contraire, mais ne le


fit pas.
- C'est Estelle qui m'envoie. Elle te demande de
l'excuser de te poser un lapin, mais son fiancé a
organisé une soirée pour tous les deux. A
l'heure actuelle, ils sont sur une plage privée à
Assouindé.
Ça c'était bien Estelle, imprévisible, lâcheuse !
Elle était ainsi et Pearl s'y était habituée depuis
longtemps. Pearl se rendit compte que J-F
l'avait tutoyée pour la première fois et elle était
heureuse de constater que la glace était brisée
entre eux.
• Merci de vous être dérangé.

• Tu sais, tu peux tout aussi bien me tutoyer

Pearl et m'appeler Jean-François. Sache


aussi que cela ne m'a pas dérangé de venir
ici, car je voulais te revoir. Ce matin, tu ne
m'as presque pas laissé le temps de te
féliciter .
Il sortit un paquet de sa poche et le lui tendit.
- La dernière fois, tu m'as dit que tu n'avais pas
de montre, j'espère que celle-là te plaira.
Pearl ouvrit le paquet et admira la montre
Cartier argent et or avec plaisir.
- Merci, merci beaucoup J-F.
Sa joie faisait plaisir à voir et J-F se dit que
c'était encore une enfant. Mais elle lui plaisait, il
n'en doutait pas et en la regardant il prenait
conscience de son amour pour elle et aussi de
leur différence d'âge. Depuis leur première
rencontre, il n'avait pas cessé de penser à elle.
Elle était à la fois si naturelle et spontanée !
Depuis son divorce avec Julie, il se méfiait des
femmes. Julie lui avait reproché de trop l'aimer,
d'être envahissant, de l'étouffer. Elle lui avait
reproché de l'appeler dix fois par jour, de
l'accompagner partout où elle se rendait. Elle lui
avait reproché d'être toujours là.
Et depuis lors, il avait pris ses distances vis-à-
vis de la gent féminine. Julie avait d'abord quitté
la maison. Après leur séparation, J-F s'était senti
mal, très mal. Une forte douleur lui obstruait le
côté gauche de la poitrine. Après une radio du
cœur et un électrocardiogramme, le médecin
avait décelé une détresse cardiaque qui
nécessitait une rigoureuse hygiène de vie : Plus
de fortes émotions, pas d'excitants.
Cette partie, de sa vie J-F l'avait racontée, à
Pearl, le jour où il la demanda en mariage.
J-F, contrairement à ce que Pearl croyait, ne lui
demanda jamais de partager son lit, jusqu'à leur
nuit de noces. Et là, il fut surpris de découvrir
que c'était la première fois que la jeune femme
faisait l'amour à vingt-et-un ans ! Leur voyage de
noces eut lieu à Venise. C’était la première fois
que Pearl sortait de son pays pour découvrir une
ville aussi féerique. Les rues étaient des canaux,
A la place des automobiles, c'étaient des
bateaux à fond plat appelés gondoles, dans
lesquels ils se baladaient à la découverte de
cette ville pleine de beauté et de romantisme.
Pearl aima cette ville d'autant plus que le
dimanche qui suivit leur arrivée, il y eut une
grande fête somptueuse et leur guide leur
expliqua que c'était la REGATA STORICA, qui
avait lieu le premier dimanche de septembre. La
fête commençait par une grande parade des
plus belles embarcations sur le grand canal et
les bateaux étaient des copies de gondoles du
quinzième siècle. Leurs équipages portaient des
costumes d'époque, afin de récréer
l'atmosphère qui régnait à Venise lors de la
visite de la reine de CHYPRE en 1489. Pearl
n'avait jamais vu de fête aussi belle et se dit
qu'elle avait eu raison d'épouser J-F, qui était si
prévenant et affectueux avec elle.
Quelques semaines après leur voyage de
noces,
J-F avait conduit sa femme chez son notaire,
Maître Gaumont pour lui faire signer les papiers
de la résidence-hôtel « le Firmament ». Il l'offrait
à Pearl en cadeau de mariage, Pearl était
confuse devant le notaire. Ce dernier les
conduisit dans une autre salle afin qu'ils
discutent en toute tran-quillité.
- Pearl je t'assure que j'ai mûrement réfléchi
avant de te faire ce cadeau. De toute façon, le
médecin m'a recommandé de me reposer. Tu es
une excellente gestionnaire et je te fais
confiance.
Je veux seulement que tu gardes le secret
jusqu'à ma mort.
• Jean-François N'goran, si tu veux que

j'accepte ce cadeau, ne parles plus jamais


de mort.
• D'accord mon amour.

Et elle avait signé les papiers...


- Pearl , tu vas bien ?
Pearl sursauta et leva vivement la tête. Elle avait
en face d'elle sa réplique exacte, mais un peu
plus grande. C'était Val, sa petite sœur et comp-
table, vêtue d'une robe longue et fluide de forme
portefeuille, fermée, une boucle recouverte,
rectangulaire, donnant un aspect drapé et
décolleté, en pagne super wax orange bleu. Val
contourna le bureau pour rejoindre sa sœur.
• J'ai frappé mais tu n'a pas répondu. Je me

suis alors permis d'entrer, tu vas bien ?


• Oui, excuse-moi, j'étais dans les nuages.

Elle jeta un coup d'œil à sa montre : dix neuf


heures. Sans dire un mot, elle prit son sac à
main et suivit sa sœur dehors. C'est à vingt
heures, qu'elles arrivèrent à « la villa du
pionnier » à cause des embouteillages. « La
villa du pionnier » était une grande maison à
deux niveaux que J-F avait fait construire dix
ans plus tôt. Elle comportait un vaste salon
au premier niveau avec une terrasse toute
fleurie, une salle à manger, une cuisine et
une salle de sport. Le second niveau séparé
du premier par un escalier de bois bété en
colimagon, comportait quatre chambres dont
chacune comprenait une salle de bains
luxueuse. Les chambres étaient de part et
d'autre d'un couloir orné d'un papier peint vert
avec des petites fleurs rouges. Pearl avait fait
décorer la maison, quelques semaines après
son voyage de noces.
Elle se rappela que J-F avait beaucoup apprécié
son acte.
Pearl avait aimé J-F malgré leurs vingt ans de
différence d'âge et ce dernier le lui avait bien
rendu. Elle avait été heureuse avec lui, jusqu'à
ce qu'il la quitte pour aller vivre avec l'une de
ses employées, quatre ans plus tôt. La fille
attendait un enfant de lui et menaçait de partir
avec lui chez elle au Cameroun, si J-F ne venait
pas vivre avec elle.
J-F lui avait annoncé la mauvaise nouvelle, le
regard fuyant, un soir alors qu'ils étaient
couchés après le dîner. Le moment de stupeur
passé, Pearl avait exigé des explications de son
mari.
Elle avait alors appris qu'il n'avait eu qu'un seul
rapport sexuel, mais qu'ils se rencontraient chez
la fille, lorsqu'elle était de repos.
Au fur et à mesure qu'il parlait, Pearl avait
l'impression d'être en face d'un inconnu et elle
souffrait d'autant plus qu'elle n'avait rien vu
venir, car malgré cette relation, il était resté le
même homme, doux, attentionné et prévenant.
Le cardiologue lui avait que J-F devait éviter tout
effort et toute émotion vive et elle suivait ses
consignes à la lettre, ménageant son mari, se
privant, se demandant chaque fois s'ils auraient
des enfants, tant leurs relations sexuelles
étaient rares, alors que lui de son côté...
Comment avait-elle pu être aussi naïve au point
de croire qu'il était différent des autres hommes.
Elle découvrait brusquement un être égoïste,
mesquin, inconscient et sans caractère, car il
avait cédé au chantage de la fille, abandonnant
Pearl dans la grande maison. C'est à ce
moment-là que Val était venue vivre avec elle.
Pour oublier sa douleur et sa déception, Pearl
s'était jetée à corps perdu dans son travail. J-F,
l'appelait souvent. Un matin très tôt, Olivier
Doudou le cardiologue qui suivait J-F, l'avait
appelée alors qu'elle prenait son petit déjeuner.
Son ton était grave :
• Viens tout de suite Pearl, J-F vient d'être

admis en cardiologie, il est mal en point.


• Mal en point ? Que se passe-t-il Olivier ? Tu

me fais peur.
Mais Olivier avait coupé la communication sans
rien ajouter de plus. Pearl s'était aussitôt rendue
au lieu indiqué. Elle fut reçue par une infirmière
qui la conduisit dans une salle aux murs peints
en vert, partagée en plusieurs box.
Au troisième box, Pearl vit Olivier penché sur J-
F.
Elle s'approcha de lui et eut un choc en voyant
J-F très pâle et amaigri, relié à des machines
par différents tuyaux.
• Mon Dieu, que s'est-il passé ?

• Je t'en parlerai après dans mon bureau.

Pearl se pencha sur son mari pour lui caresser


le front, tandis qu'un torrent de larmes inondait
son beau visage. Olivier lui entoura les épaules
et l'entraîna dans son bureau après avoir donné
des instructions à l'infirmière. Il l'aida à s'asseoir
sur une chaise avant de lui tendre un mouchoir
en papier.
- Je suis désolé Pearl. Je n'irai pas par quatre
chemins. Son état est critique, car son cerveau
a été atteint et en ce moment, il est dans le
coma.
Mais s'il s'en sort, il sera paraplégique.
Olivier répéta encore qu'il était désolé, avant de
lui demander ce qu'elle comptait faire.
• Naturellement je vais rester ici jusqu'à ce

qu'il se réveille... Peut-être.


• Plaise à Dieu qu'il se réveille.

Mais Jean-François ne s'était plus jamais


réveillé. Il était décédé le lendemain soir. Après
les funérailles, la vie avait repris son cours.
Pearl n'avait plus entendu parler de Dalida ni de
son fils. Et voilà que cette femme voulait la
rencontrer.
Tout à coup elle ressentit de la haine pour celle
par la faute de qui elle se retrouvait veuve à
trente deux ans. Depuis le départ de J-F, Pearl
avait réorganisé sa vie, elle avait déménagé de
leur chambre pour la seconde avec le lit à
baldaquin.
Elle n'avait plus voulu revoir son mari car la
douleur que lui avait causé son abandon, était
encore trop vive.
2
Dalida M'bougué prit son fils dans ses bras et le
serra contre elle en pleurant en silence, reniflant
de temps en temps. L'enfant l'observait de ses
grands yeux candides. Il lui caressa la joue et
l'embrassa
• Pourquoi pleures-tu maman ? J'ai envie de

pleurer aussi.
• Ce n'est rien Junior .

Et elle embrassa l'enfant de plus belle. Il était


tout le portrait de son père et c'était sa seule
raison de vivre. C'est à cause de lui qu'elle avait
demandé l'aumône à madame N'goran, la
femme de son père, car J-F était mort sans leur
laisser un sou Et jusque là toutes ses tentatives
pour trouver un emploi s'étaient avérées
infructueuses. Pendant ce temps, il fallait payer
le loyer du studio où elle vivait avec son fils
depuis le décès du père de
celui-ci. Il fallait manger, entretenir l'enfant. Elle
était à court d'argent et Pearl était son dernier
recours.
Junior était grand à présent, il avait quatre
ans et devait rentrer à la maternelle grâce à la
générosité de madame N'goran qui avait
accepté de le prendre à sa charge.
Ainsi, Dalida aurait assez de temps libre pour
trouver du travail et prendre un studio où elle
vivrait, car elle n'avait pas l'intention de
s'éterniser à la « villa du pionnier ». Lorsqu'elle
avait été reçue par Pearl, cette dernière l'avait
toisée d'un air hautain qui lui avait presque
coupé le souffle.
Pearl la vouvoyait en s'adressant à elle. Elle
n'avait pas fait allusion à J-F. Elle avait
seulement demandé à voir l'acte de naissance
de l'enfant, son carnet de santé, puis elle l'avait
elle-même conduit dans l'une des chambres,
tout au fond du couloir avant de lui dire :
- Vous emménagez ici avec votre fils, made-
moiselle.
Dalida, la gorge nouée par l'humiliation, était
incapable de parler. Pendant ce temps, elle
sentait le regard désapprobateur de Val sur elle.
Elle avait l'impression que ce regard la
transperçait comme un glaive. Elle était gênée.
On la traitait comme une mendiante. C'est avec
un grand soulagement qu'elle quitta la villa en
souhaitant ne plus y remettre les pieds.
Cependant, elle emménagea trois jours plus
tard. Pearl, sans passer par quatre chemins, lui
expliqua alors qu'elle n'était là que pour un bref
moment, le temps pour elle de trouver du travail.
Pour son fils, elle n'avait pas de soucis à se
faire, elle l'éduquerait comme s'il était son
propre enfant.
Certains jours, Peari sortait avec Junior, elle
l'emmenait faire ses courses à SOCOCE.
L'enfant appréciait ces sorties car il adorait aller
en voiture. Pearl se mit à aimer l'enfant à tel
point qu'elle dormait avec lui à présent et
'emmenait souvent au travail avec elle. Le
samedi elle l'emmenait voir un film pour enfants
au cinéma, puis ils avalaient deux énormes
glaces et mangeaient des pop-corn.
Dalida était heureuse de cette entente car elle
pouvait partir tranquille à présent. En effet,
depuis un mois, elle avait eu une place de
serveuse dans un nouveau bar climatisé qui
payait bien et avait réussi à trouver un studio
non loin de son lieu de travail, à Treichville gare
de Bassam. Elle partit donc de la « villa du
pionnier » le cœur léger.
o *

Une fois dehors, Dalida regarda sa montre. Il


était cing heures du matin. On était en octobre
et le temps était doux. Elle marchait en direction
de la rue principale, après avoir traversé le
grand carrefour, lorsque le klaxon d'un véhicule
lui fit toumer la tête. Un homme au volant d'une
Mégane noir, ui faisait signe de monter. En se
penchant, elle reconnut le docteur Misaël
Bahityr. C'était un client de la boîte où elle
travaillait et Dalida avait toujours plaisir à le
servir car il ne faisait jamais de proposition
indécente aux filles, du genre « Tu veux
combien pour passer la nuit avec moi ? ». Ils
lors, c'était elle qui le servait.
avaient sympathisé dès le temier jour et depuis
Le docteur Bahityr dansait rarement, quoique
excellent danseur. Il se contentait de s'asseoir
dans
'un des fauteuils en cuir rouge et de boire sans
jamais finir la bouteille. Dalida avait compris qu'il
n'était pas porté sur la boisson, mais qu'il aimait
simplement l'ambiance du piano-bar.
• Bonjour docteur Bahityr.

• Monte Dalida, je te dépose.

• Ce n'est pas loin docteur je t'assure. Je peux

y aller à pied.
• Ça te fera toujours gagner du temps.

Dalida ne se fit pas prier. Une fois devant


l'immeuble où elle habitait au cinquième étage,
elle dit :
• Merci Misaël, repose-toi bien.

• A une prochaine fois.

Il démarra tandis que la jeune femme restait là,


rêveuse. Cet homme lui plaisait et pourtant, il ne
se décidait pas à lui faire la cour. Il lui avait dit
qu'il était en instance de divorce et qu'il avait
une fille de dix sept ans. Il est vrai que les
hommes avaient une piètre opinion des filles de
boîtes de nuit.
Elle finit par regagner son studio à pas lents.
Comme d'habitude, une fois à l'intérieur, elle se
servit du lait chaud très sucré qu'elle but par
petites gorgées. Ensuite, elle prit un bain tiède
relaxant, avant de se laissena la radio ite nuc
dels son grand lit, KEllealluma la radio : c'était
une chanson de Wes Madiko qui passait, Wes le
Camerounais, son compatriote. Comme son
pays hui manquait Dalida pensa à Ludovic
Nkeche, I'homme qu'elle avait jadis aimé, mais
qui n'était plus qu'un lointain souvenir. Il l'avait
tant fait souffrir!
Dalida se rappela combien Atté fut mécontente
le soir où le patron l'avait raccompagnée dans le
studio qu'elles partageaient alors.
• A quel jeu joues-tu Dalida ? Tu crois qu'il va

avaler ton histoire ?


• Attends d'abord. Il adore les enfants et il

n'en a pas. Je n'ai que quelques semaines


de grossesse.
• Fais attention cousine à ce que tu fais. C'est

très grave. Le patron n'est plus un enfant, il


saura que tu le mènes en bateau. Mais
Jean-François Ngoran avait gobé l'histoire
de la grossesse, après quelques heures
passées avec son employée.
Pendant quelques mois, Dalida avait connu le
bonheur d'être une grande dame. J-F avait
quitté sa femme pour vivre avec elle dans un
appartement de grand standing à Marcory
résidentiel.
Dalida avait à sa disposition trois domestiques:
une cuisinière, une ménagère et une nurse. J-F
était un père comblé et heureux. Il était aux
petits soins pour elle, la comblait de cadeaux.
Dalida vivait un rêve. Mais, malgré tout cela, elle
sentait.
toujours J-F attaché à son épouse. Il l'appelait
souvent, mais elle ne voulait plus le voir. J-F
souffrait intérieurement et Dalida le sentait, mais
elle était patiente. Après tout elle était Bamiléké,
donc une battante. Elle voulait être l'épouse de
J-Fet elle savait que tôt où tard, cela se ferait.
Elle attendait seulement son heure après la
naissance de l'enfant. Après tout, le premier
chantage avait marché, pourquoi pas le second
? Mais elle avait compté sans la malchance. En
effet, deux mois après la naissance de Junior,
elle avait écrit une lettre à Ludo, piquée par on
ne sait quelle mouche.
Dans cette lettre, elle disait :
« Mon cher Ludo, tu m'as lâchement
abandonnée après m'avoir fait quitter mon mari
et alors que je portais ton enfant. Mais sache
que j'ai attrapé un pigeon ici à Abidjan où je vis
après l'humiliation que tu m'as infligée. Cet
homme n'a pas d'enfant et après une nuit
passée avec lui, je lui ai fait croire que l'enfant
était de lui. Aujourd'hui, ton fils est né, il te
ressemble beaucoup et s'appelle Junior Ngoran.
Je sais que ce que j'ai fait n'est pas bien, mais je
ne pouvais pas rester comme ça avec un bâtard
sur les bras. Je te quitte en espérant de tout
mon cœur qui saigne que tu paieras au
centuple, le mal que tu m'as fait ».
Dalida avait soigneusement rangé la lettre,
trouvant que ce n'était plus la peine de
l'expédier à son destinataire. Elle avait meme
fini par rosbier, lorsque J-F l'avait découverte. Il
était étrangement pâle, quand il lui dit :
• Je cherchais une paire de chaussettes

lorsque cette lettre est tombée de l'armoire.


Elle ne portait ni nom, ni adresse, alors je l'ai
ouverte. lavait marqué une pause avant de
poursuivre:
• C'est vrai, ce que tu y as écrit ?

• J-F, laisse-moi t'expliquer...

J-F avait crié pour la première fois, depuis que


Dalida le connaissait :
- Est-ce que c'est vrai ?
Dalida lui avait dit « oui » d'une voix à peine
audible. Alors, J-F s'était mis à trembler,
soufflant comme un drogué en manque. Dalida
avait pris peur et avait appelé le docteur Doudou
qui lui avait conseillé le [Link]. U en attendant
qu'il arrive.
Une fois J-F transporté au service de cardiologie
du C.H.U de Treichville, Dalida, prise de
panique, avait rassemblé quelques affaires en
vrac, pour se retrouver dans le studio qu'elle
partageait avec Atté avant que cette dernière ne
retourne définitivement au Cameroun. Dalida
avait compris dès ce jour que la belle vie avec J-
F était finie.
Elle avait un peu d'argent sur le compte que
J-F lui avait ouvert à la banque, mais celui-ci
avait fondu comme neige sous le soleil. Et
malgré tous ses efforts pour retrouver une place
de serveuse, elle n'était toujours pas engagée.
C'est ainsi qu'elle s'était vue contrainte après
mille et une réflexions, de recourir à l'aide de la
veuve de Jean-François Ngoran. Aujourd'hui,
grâce à sa ténacité, elle avait réussi à
reconstruire sa vie et à mener une existence
normale. Toutefois, elle sentait qu'il lui manquait
quelque chose : 'Amour et, même, si elle avait
trente quatre ans, il n'était pas trop tard pour
aimer. Elle se savait encore prête à mener une
ultime bataille qui était celle de sa conquête.
Elle dit avant de s'endormir : «A nous deux mon
beau docteur ».
**
*
Ce samedi 16 mai était un jour spécial pour le
«Firmament» car la nièce du Président avait
choisi cet hôtel pour la réception de son mariage
avec un banquier suisse. Pearl Avi et toute son
équipe s'affairaient afin que tout soit fin prêt
avant l'heure c'est-à-dire avant dix-huit heures
trente.
Pearl avait vraiment été honorée deux mois plus
tôt, lorsque la future mariée l'avait rencontrée
pour lui confier l'organisation de sa réception.
- J'ai déjà séjourné au « Firmament », madame
Ngoran et je ne vous cache pas que j'ai été
frappée par le service impeccable et la bonne
éducation des serveurs. C'est pourquoi j'ai voulu
recevoir mes invités chez vous. Pour le décor et
tout le reste, je vous donne carte blanche.
Toutefois, sachez qu'en ce qui concerne la
musique, je la voudrais exclusivement
ivoirienne. Ce sera une occasion pour moi de
faire découvrir notre belle musique à mon futur
mari et à sa famille.
- C'est une excellente idée, madame. En tout
cas, je vous remercie pour votre confiance et
j'espère ne pas vous décevoir.
Elles s'étaient séparées après une vive poignée
de main.
Pearl avait aussitôt réuni ses plus proches
collaborateurs pour avoir leur avis sur la façon
d'organiser cette réception. Après trois heures
de discussion, ils s'étaient tous mis d'accord
pour le réaménagement de la suite nuptiale,
puis l'achat de fleurs naturelles pour orner le
grand jardin de l'hôtel, tout autour de la piscine
olympique sans oublier les ballons de toutes les
couleurs.
Ainsi donc, après exactement sept semaines de
travail acharné tout était prêt pour la réception.
Avant de rejoindre son bureau, Pearl avait tenu
à jeter un dernier coup d'œil à la suite nuptiale.
Sur la porte d'entrée, il y avait un gros cœur
rouge sur lequel étaient inscrits les prénoms des
mariés.
Pearl sourit avant de pénétrer dans la pièce. Elle
fut éblouie par la beauté du décor : la pièce était
construite en L autour du lit atlante en bois, avec
des lampes poly carbone, six coussins dont trois
de couleur marron et trois de couleur blanc-
cassé, de la couleur du couvre-lit bien dressé,
qui invitait aux câlins. Au plafond, flottaient des
ballons de toutes les couleurs, regroupés par six
pour être en harmonie avec le nombre de
coussins. Juste en face du lit incrusté dans le
mur, il y avait une grande télé, de marque «
Sony ». Pearl ouvrit la salle de bains et la
baignoire en forme de jacuzzi, vert-pomme, lui
apparut. Elle s'assura qu'il y avait tout le
nécessaire de bain : savon, dentifrice, peignoirs,
etc.
De retour dans la chambre, elle remarqua le
canapé, sorte d'habitacle rembourré qui se
module tout au long de la journée. Il était en
vinyle élastique, inusable, lavable avec des
coussins en latex translucide, qui laissait
apparaître la garniture en fibre de lin. Après
avoir jugé que tout était en ordre, Pearl passa
sur la véranda tapissée de carreaux mexicains
du dix neuvième siècle et ornée de
bougainvillées, de palmiers et de vigne en
miniature dans des pots. De la véranda, l'on
avait une vue panoramique sur la ville d'Abidjan.
Pearl ferma les yeux un moment, tandis que le
soleil lui caressait le visage. Soudain elle sentit
deux mains douces sur ses épaules et se
retourna vivement pour se retrouver face à
Olivier Doudou.
Ils s'embrassèrent longuement sans mot dire.
Reprenant leur sens, ils éclatèrent de rire sans
trop savoir pourquoi.
• Olivier, quelle belle surprise ! Il y a

longtemps que tu es là ?
• A peine cinq minutes. Je te regardais

pendant que le soleil te faisait les yeux doux.


• Et ?

-Je me suis dit que ce soleil à avait beaucoup de


chance de t'avoir rencontrée.
• Jaloux ?

-Oui, un peu. Mais dès que tu m'as embrassé,


j'ai compris que c'était moi qui avais plutôt de la
chance.
Pearl se sentait bien dans les bras d'Olivier.
Cependant, elle s'en dégagea doucement pour
retourner dans la chambre .
• Que penses-tu du décor, Olivier ? Dis-le-moi

sincèrement.
• Je pense que ce magnifique décor, n'attend

que toi et moi pour rendre la chambre plus


vivante.
• S'il te plaît Olivier, sois sérieux.

• O.K. mon amour, ton équipe et toi avez fait

du beau travail. Du très beau travail,


félicitations.
• Oh merci beaucoup.

Ils s'embrassèrent à nouveau, emportés par leur


désir, si bien qu'ils n'entendirent pas les trois
coups frappés par Junior. Ce dernier dut crier
pour se faire entendre :
• Pardon madame et monsieur de vous

déranger, mais je meurs de faim.


• Mon chéri, viens-là.

Pearl prit son fils dans ses bras et l'embrassa


tendrement. Elle aimait cet enfant qu'elle
considérait comme le sien. Parfois, elle se disait
avec un peu d'amertume, que l'histoire se
répétait: elle avait été élevée et éduquée par
une mère qui n'était pas sa mère biologique. A
son tour, elle éduquait l'enfant de son mari dont
elle n'était pas la mère biologique, mais il lui
suffisait de voir le petit garçon pour que s'envole
son amertume.
Surtout que l'enfant lui rendait son amour et sa
tendresse, sans calcul et sans mesquinerie,
juste avec toute l'innocence de son âge.
- Voilà, vous êtes quittes à présent, Olivier et toi.
L'enfant rendit le baiser de sa mère avant de
l'enlacer en appuyant sa tête sur sa joue.
Ils sortirent de la pièce pour retourner au bureau
de Pearl. Il était midi et le restaurant grouillait de
monde.
Après le repas, Val vint chercher Junior pour
rentrer à « la villa du pionnier ». Pearl elle, avait
décidé de rester pour accueillir les invités du
mariage.
Une fois seule avec Olivier, elle fit valser ses
chaussures à travers la pièce et s'allongea sur
l'unique canapé, tandis que son compagnon qui
s'était lui aussi déchaussé, s'asseyait au pied du
canapé. Il lui prit les mains qu'il massa
doucement.
Pearl aimait ce contact, ces moments d'intimité
avec l'homme qu'elle aimait depuis trois ans
main-tenant. Olivier ne comprenait pas son
entêtement à ne pas retourner devant le maire,
alors qu'ils s'entendaient si bien. Elle regarda
Olivier et se sentit amoureuse. Elle l'aimait, oui,
ça elle ne pouvait pas le nier. Elle l'appelait
souvent « mon beau guerrier bété ». De teint
clair, Olivier était grand, fort et beau. De
nowaieuses personnes, elle y compris, lui
trouvaient une grande ressemblance avec
l'animateur de télé Claude TAMO. C'était le
prototype même du bagnon, le bel homme, avec
en plus, une force tranquille qui lui donnait un
sentiment de sécurité.
• Arrête de me regarder ainsi ma petite Pearl,

ou je ne répondrai pas de moi.


• Et qui te demande de le faire ?

Sans plus attendre, Olivier la prit dans ses bras


et ils échangèrent un baiser passionné.
o

o
Le docteur Misael Bahityr ouvrit l'enveloppe
d'une main tremblante. Il l'avait reçue le matin
même, elle venait de France. Son cœur battait
plus vite que la normale, car il savait qu'elle était
en rapport avec sa femme, Maeva Salmon-
Bahityr.
Maëva.. Elle était si belle avec ses longs
cheveux d'un noir de jais encadrant un visage
aux traits parfaits et aux yeux violets. Ces yeux !
Elle lui faisait penser à Liz Taylor son actrice
préférée, en plus jeune.
Ils s'étaient rencontrés à l'hôpital où il faisait son
stage de 6è année de médecine. La jeune
femme s'était fait une profonde entaille à la main
gauche en épluchant des pommes de terre.
C'est regard profond.
Jui qui l'avait reçue et soignée, fasciné par son
regard profond.
-Je ne sais pas comment vous remercier docteur
Bahityr.
• Je n'ai fait que mon travail, mademoiselle.

• Oui, mais vos gestes étaient empreints

d'une telle douceur !


Un silence s'était installé entre eux. Misaël avait
fini par dire d'une voix qu'il n'avait pas reconnue:
• Alors acceptez de dîner avec moi, made-

moiselle...
• Maëva Salmon.
• Bien Maëva, je crois que le restaurant est
moins dangereux que votre cuisine.
Ils avaient ri. Il avait fini sa garde et allait rentrer
chez lui.
- Venez !
Après ce dîner, ils s'étaient revus pour d'autres,
puis Misaël avait présenté Maëva à sa famille
qui l'avait aussitôt adoptée. Un an plus tard, ils
vivaient ensemble dans un bel appartement du
seizième arrondissement et l'année suivante, ils
se mariaient. Ils étaient heureux. Souvent,
Misaël accompagnait sa femme à ses défilés,
car elle était mannequin. Leur entente avait été
couronnée par la naissance de Roxane, un bel
après-midi de mars.
L'enfant avait les cheveux bouclés et les yeux
violets de sa mère. A la grande joie de Misaël,
Maëva avait pris une année de repos pour
s'occuper entièrement du bébé et avait tenu à
l'allaiter.
Mais une fois de retour sur les podiums, Maëva
s'était faite rare à la maison. Elle n'accordait
plus assez de temps ni à sa fille, ni à son mari,
qui devenu médecin-accoucheur, etait souvent
absent lui aussi.
"Maéva était allée en Grèce pour la présentation
d'une nouvelle collection et son mari avait
décidé d'avoir une discussion avec elle dès son
retour afin qu'elle soit plus souvent présente à la
maison.
le ava diet pour i a amais lieu a redi
rencontré un homme : Yanis.
Misaël alors fit une chose insensée : sans rien
dire à personne, il avait pris un billet d'avion
pour Athènes, décidé à ramener sa femme avec
lui à Paris. Mais une fois en face de son rival, il
avait déchanté, face à cet apollon grec aux
cheveux mi-longs aussi noirs que ses yeux, tout
aussi mal à l'aise que lui. Il avait alors compris
qu'il n'avait plus aucune chance de reconquérir
sa femme. II était rentré en France le cœur en
mille morceaux car il aimait toujours sa femme.
C'était donc pour l'oublier que sept ans plus
tard, il avait quitté la France pour ouvrir sa
propre clinique à Abidjan avec l'aide de son
beau-père Roland Hébert. Ce dernier avait lui
aussi été affecté comme enseignant à la faculté
de sciences économiques de l'université
d'Abidjan. C'est ainsi que toute la famille s'était
retrouvée dans cette belle ville aux couleurs
diverses et chatoyantes.
Malgré tout, Misaël était heureux en regardant
grandir Roxane, qui était tout le portrait de sa
mère.
Roxane était le plus beau cadeau que Dieu lui
avait fait. A huit ans et demi, elle était aussi
volontaire que Maëva.
Roxane avait rejoint Maëva pour son cycle
secondaire et supérieur, mais chaque été elle
venait à Abidjan pendant un mois.
Misaël n'avait pas revu Maëva depuis dix ans et
aujourd'hui, il recevait une lettre de son avocat
qui lui signifiait que le divorce avait été prononcé
deux semaines plus tôt. Misaël avait rangé le
courrier de malheur dans son attaché-case,
enlevé sa blouse et récupéré les clés de sa
voiture et de son appartement. Il avait quitté la
clinique après avoir recommandé à sa secrétaire
de veiller à ce qu'il ne soit pas dérangé dans les
trois jours à venir. Puis, il était rentré chez lui
pour se mettre aussitôt au lit. C'est ainsi que la
nuit le surprit. Il était resté là, immobile tel une
momie, à fixer le plafond. Le lendemain l'aurait
trouvé ainsi si la sonnerie insistante de l'entrée
ne l'avait pas obligé à se lever.
- Que t'arrive t-il, mon ami ? Ton portable est
fermé et tu restes tout seul dans le noir ? As-tu
un problème ?
C'était Deret Lobognon, son meilleur ami.
Sans répondre Misaël retourna dans sa
chambre et en revint avec le courrier de l'avocat
français qu'il tendit à Deret. Ce dernier le lut
attentivement avant de dire :
- Je suis désolé, mon ami. Je suis vraiment
désolé.
Et il 'était. En un jour, son ami était devenu un
zombi. I se dit qu' devait faire quelque chose.
Il T'obligea à prendre une douche avant de
l'emmener manger du machoiron braisé a
Treichville pour ensuite se retrouver dans le bar-
climatisé qu'ils fréquentaient depuis quelques
mois déjà. Deret commanda du champagne qu'il
burent avec Dalida. La première bouteille finie,
ils en commandèrent une autre.
Lorsque l'alcool commença à faire son effet,
Misail se retrouva sur la piste de danse. C'est
ivre mort que Deret, aidé de Dalida, l'installèrent
sur la banquette-arrière de sa Renault Mégane,
pour le ramener chez lui. Une fois dans
l'appartement de Misaël, après qu'ils l'eurent
couché, elle dit à
Deret :
• Tu peux rentrer, je resterai avec lui.

• Ça ira ?

• Oui, ne t'en fais pas.

• Bien, merci et bonne nuit.

• Bonne nuit Deret.

Restée seule, Dalida entreprit de visiter l'appar-


tement, puisque le maître de céans n'était pas
en état de le faire. La cuisine face à la porte
d'entrée, spacieuse et sophistiquée, comportait
une machine à laver, une gazinière et un frigo.
La vaisselle était soigneusement rangée dans
les différents placards.
La visiteuse nocturne revint sur ses pas pour se
retrouver dans le salon, tapissé d'une moquette
blanche et meublé d'un grand canapé bleu et de
quatre fauteuils en rotin placés en cercle autour
d'une table basse en rotin, recouverte d'un joli
napperon blanc, fait à la main. Face à la table,
sur un meuble d'appui, se trouvait la télévision.
Le balcon avait vue sur la lagune ébrié. C'était si
beau, avec ces jeux de lumière dans la nuit.
Dalida admira ce tableau féerique, quelques
minutes, avant de rejoindre lentement la
chambre de Misaël. Ce dernier dormait à
présent à poings fermés. Il murmura quelque
chose qu'elle ne comprit pas. Elle s'assit sur le
lit, le regard rivé sur lui. Il était si beau, le visage
paisible comme un bébé confiant et heureux.
Elle lui caressa le visage en suivant le contour
de ses lèvres. Il murmura encore avant de se
retourner sur le côté. Dalida prit alors un drap et
un coussin et retourna se coucher sur le
canapé, après avoir éteint la lampe de chevet.
*
*
Dalida sentit une douce caresse sur sa joue.
Elle ouvrit ses yeux et vit Misaël penché sur elle
:
- Bonjour, il est dix heures.
Il était rasé, douché et sentait bon.
• Bonjour Misaël, comment vas-tu ce matin ?

• Oh, mieux qu'hier. Merci d'avoir veillé sur

moi.
Il prit place sur le canapé.
- Hier... Hier, j'ai reçu une lettre de l'avocat de
ma femme. Notre divorce a été prononcé.
Dalida resta sans voix. Elle aurait voulu lui dire
qu'elle était désolée, mais ne lee. , FElle se
contenta seulement de l'attirer contre elea
duesterent ainsi enlacés, puis Dalida se
dégagea doucement.
1- Euh... Je crois que je vais prendre une
douche.
-Dui. Pendant ce temps, je vais nous préparer
un copieux petit-déjeuner.
Elle disparut dans la chambre. L'eau froide lui fit
le plus grand bien en coulant sur son corps, la
tête renversée en arrière et 'est ainsi que Misail
la découvrit alors qu'il venait lui donner un
peignoir. Il était troublé ne sachant plus où il en
était. Dalida ne l'avait pas vu, alors il accrochale
peignoir et sortit précipitamment.
il s'était installé sagement devant un bol de café
au lait fumant, avec des croissants, du pain, du
jambon et du jus d'orange, lorsqu'elle le rejoignit
quelques minutes plus tard. En l'observant, il la
trouva jolie, pas particulièrement belle, mais
charmante avec sa taille moyenne, les cheveux
tressés de longues mèches, son T-shirt ras du
cou bleu indigo, avec une jupe à petites fleurs,
légère et virevoltante, toute boutonnée devant et
très féminine.
Ils mangèrent en silence, puis Dalida
débarrassa la table avant de rejoindre Misaël
sur la terrasse. Il était accoudé à la balustrade et
regardait le paysage sans même le voir. Elle lui
toucha doucement l'épaule, il sursauta.
- Tu peux me parler Misaël si tu veux. Je sais
que c'est une période difficile pour toi, mais
sache que je suis là moi.
Misaël regarda Dalida, surpris, car elle venait de
lui faire de façon voilée, une déclaration
d'amour. Alors, il lui ouvrit son cœur, parla de
Maëva et de Roxane.
Pendant qu'il parlait, Dalida ressentait la douleur
de cet homme et l'en aima davantage. Il n'avait
pas honte d'étaler son amour pour Maëva au
grand jour, d'avouer qu'il souffrait de leur sépa-
ration, même après dix ans. Il conclut en disant :
- J'espère rencontrer une autre femme qui me
fera oublier ce triste souvenir.
Dalida comprenant qu'il lui tendait une perche,
l'attira doucement contre elle pour l'embrasser.
Ils s'embrassèrent tant et si bien que quelques
minutes plus tard, ils roulaient sur la moquette
du salon, échevelés, comme fous, se fondant
l'un dans l'autre en un seul corps, oubliant tout
pour ne penser qu'à ce moment précis.
3
On était en juillet, en pleines vacances scolaires.
C'était aussi la période d'affluence de clients au
« Firmament ». Cette année était exceptionnele
pour hôtel, car Pearl et son équipe s'étaient
surpassés pour rendre le séjour des clients
encone plus agréable. Grâce aux
aménagements et à la publicité ils avaient
accueilli plus de clients que les années
précédentes et cette affluence avait renfloué les
caisses. Pearl se promit de se libérer deux
semaines en août pour prendre un repos bien
mérité avec Junior. Olivier lui avait proposé de
partir pour Fatima ou Jérusalem, mais elle ne
s'était pas encore décidée.
Aujourd hui dimanche, Pearl se préparait à
recevoir la meilleure amie de Val, à diner. Co
dîner avait l'air important pour Val car elle, qui
détestait faire la cuisine, s'était elle-même mise
aux fourneaux, dès dix sept heures. Avec au
menu: une salade de tomates au persil comme
entrée, du « kabato»* accompagné d'une sauce
gombo frais aux champignons, aux crabes d'eau
douce et aux escargots. Et pour clore le tout,
comme dessert, il y avait de la papaye arrosée
d'un jus de citron.
Pearl avait difficilement caché sa surprise
lorsque deux jours plus tôt, Val lui avait dit :
- Pearl, je voudrais te présenter mon amie
Violaine. A cet effet, je voudrais que nous la
recevions à dîner dimanche. Qu'en penses-tu ?
- C'est parfait Val. Je suis contente que tu te
décides enfin à me présenter ton amie. Depuis
le temps que vous vous connaissez !
Pearl était d'autant plus surprise que Val passait
tout son temps libre chez cette Violaine. Elle se
dit que cette femme devait être exceptionnelle
pour que Val, au caractère assez difficile ait pu
être domptée par elle. Mais elle se dit qu'au
moins, sa sœur n'était pas associable et ça
c'était déjà quelque chose. Ce qui inquiétait
Pearl, c'était qu'à trente ans, Val soit encore
vierge et toujours sans petit ami.
- Pearl, tu peux descendre s'il te plaît ?
Pearl sortit brusquement de sa rêverie. Elle
passa rapidement un T-shirt, noua un pagne
autour de ses hanches et dévala l'escalier. Elle
trouva Val à l'entrée de la cuisine, qui lui tendit
une louche.
- Goûte et dis-moi si ça va pour l'assaisonne-
ment.
Pearl goûta la sauce et poussa un sifflement
admiratif :
• Félicitations Mademoiselle Avi, je ne vous

savais pas si fin cordon bleu.


• Merci Pearl. Je crois que tout est prêt à

présent. Je monte prendre une douche


rapide
ment.
Elle jeta un coup d'œil à sa montre.
• Oh là là, déjà dix-neuf heures ! Vilaine sera

là d'un moment à l'autre.


• Laisse-moi servir Val et monte prendre ta

douche.
• O.K. Merci Pearl, tu es vraiment une perle.

Val disparut en haut de l'escalier, tandis que


Pearl sortait la vaisselle. A dix neuf heures
quarante, tout était fin prêt : le couvert mis, le
repas servi. On n'attendait plus que Violaine, qui
arriva cinq minutes après, vêtue d'un tailleur
violet-pastel accompagné de chaussures à
talons hauts. Mais ce qui frappa Pearl, fut son
origine : Violaine était Française, avec une
crinière rousse et des yeux gris. Elle était
vraiment belle, la quarantaine, et était elle,
professeur de philosophie. L'invitée avait
apporté deux bouteilles de vin : l'une pour la
maîtresse de maison, la seconde, pour
accompagner le repas. A la fin de celui-ci, toutes
trois se retrouvèrent dans le petit salon pour
deviser de tout et de rien.
= Pearl, Val m'a dit que vous aviez un petit
garçon. Je ne le vois pas.
• — Il passe quelques jours chez sa tante, ma

belle-sœur.
Quoi de plus normal, ce sont les vacances,
n'est-ce pas ? Val m'a dit que vous faisiez
d'excellents portraits. Pourriez-vous m'en
faire un ?
• Sans problème Violaine, quand vous

voudrez.
Elles parlèrent encore pendant longtemps, puis
Violaine rentra après avoir remercié Pearl pour
son accueil chaleureux. Après l'avoir
raccompagnée à sa voiture, Val demanda à sa
sœur :
• Que penses-tu d'elle, Pearl ?

• Elle est sympa. Elle semble beaucoup

t'aimer.
• Est-ce qu'elle te plaît ?

• Me plaire ?

Val avait l'air gêné. Elle détourna la tête.


- Tu sais, c'est une grande amie et il est
important pour moi qu'elle te plaise. Pearl tu
comprends, nous nous aimons.
Pearl commençait à comprendre où sa sœur
voulait en venir. Elle sentit son cœur cogner fort
dans sa poitrine. Ses jambes l'abandonnaient.
Est-ce qu'elle allait s'évanouir? Elle réussit à
balbutier:
- Val, tu veux dire que... que... tu es... tu es...
Le mot lui manquait, elle suffoquait. Son regard
devait être horrifié car Val lui dit, les larmes aux
yeux :
- Je savais que tu réagirais ainsi, avant de
s'enfuir et s'enfermer dans sa chambre.
Pearl ferma alors les yeux pour se persuader
qu'elle ne rêvait pas. C'était donc pour cela que
Val ne voulait pas se marier Parce qu'elle était
lesbienne? Mais, c'était une abomination devant
Dieu Cetait le péché le plus grave de la terre!
Nitat-ce pas la raison pour laquelle les villes de
Sodome et Gomorrhe avaient été détruites par
Dieu? Pearl se mit à pleurer à son tour. « Mon
Dieu, quel gâchis! » Non, elle n'allait pas laissen
cette femme détruire plus longtemps sa soeur,
1l fallait qu'elle discute avec elle. Val devait voir
un psychiatre et Pearl se jura de la faire sortir de
ce cercle vicieux.
Epuisée tout-à-coup, elle regagna sa chambre à
son tour. En passant devant la chambre de sa
sœur, elle y remarqua de la lumière. Une fois
dans la sienne, elle prit son portable pour
composer le numéro de Serge-Patrick qu'elle
eut au bout de cinq sonneries. Elle se confondit
d'abord en excuses avant de lui dire :
- Ne bouge surtout pas de chez toi demain.
J'ai à te parler. Je serai là à neuf heures.
Mais dès sept heures le lendemain, elle frappait
à sa porte. Heureusement ce dernier était déjà
levé ce qui ne la surprit pas car il avait toujours
été matinal.
- Grand ciel Pearl, dans quel état es-tu ? 1u n'as
même pas pris la peine de te coiffer ni de te vêtir
décemment.
Pearl se rendit compte qu'elle était vêtue d'un
T-shirt et d'un morceau de pagne.
• Excuse-moi Serge-Patrick, mais si tu étais à

ma place, tu ferais exactement comme moi.


• Madame la directrice, vous n'avez aucune

excuse.
Serge-Patrick venait à sa manière de détendre
l'atmosphère car Pearl partit d'un grand rire. Il
l'invita à prendre place et lui tendit une tasse de
café au lait.
• Alors sœurette, qu'est-ce qui te tracasse ?
• Serge-Patrick, hier Val m'a dit qu'elle était
homosexuelle.
• Ah, tu as donc rencontré Violaine ?

• Oui... attends, tu n'as pas l'air surpris, tu

savais donc ?
• Pearl...

Pearl s'était relevée d'un bond, renversant la


tasse de café qui se brisa en mille morceaux.
Elle se frappa le front. Mais quelle idiote je suis !
J'aurais dû m'en douter. Ainsi, vous vous êtes
payé ma tête n'est-ce pas ?
• Mais non !

• Oh que si ! Sinon pourquoi suis-je la

dernière à le savoir, comme un homme que


sa femme trompe?
• Parce que tu dramatises toujours tout

comme tu es en train de le faire maintenant.


Ce n'est pas à nous de juger Val et de la
condamner.
Ce n'est pas facile pour elle, tu sais. Val a
besoin d'amour et de compréhension de notre
part et ce que tu troupes à faire, cest a refeter ?
Cest ce que
e- Mais Serge-Patrick, Dieu abhorte l'homose
xualité !
a tei, mais en même temps, il nous demande de
nous aimer les uns les autres, de nous accepter
mauré nos différences. Cest moi qui ai
encounaget
Val à te dire la vérité.
Lorsque Serge-Patrick se tut, Pearl pleurait à
chaudes larmes. Il avait raison, ce n'était pas le
qui devait rejeter sa petite sœur parce quelle
entretenait des relations contre nature avec une
autre femme.
Cet acte de Val était plutôt un appel au secours.
Pearl prit les mains de son frère par alliance et
lui dit :
- Merci pour tout ce que tu viens de me faire
comprendre. Tu as entièrement raison et je vais
suivre tes conseils. Tu sais, la fille que tu
épouseras aura vraiment choisi le meilleur des
hommes.
o *

Deux semaines passèrent pendant lesquelles


Val évitait soigneusement sa grande sœur. Elle
se rendait au bureau avant Pearl et en revenait
longtemps après elle.
Pearl décida qu'il était temps de mettre un terme
à cette situation malsaine. Ce jour-là, elle guetta
l'arrivée de sa cadette jusqu'à vingt trois heures.
Cette dernière lui lança un « bonsoir» du bout
des lèvres avant de se diriger rapidement vers
l'escalier en colimaçon qui conduisait aux
chambres.
• Valérie Avi, viens s'il te plaît, j'ai quelque

chose à te dire.
• Ça ne peut pas attendre ? Je suis fatiguée !

• Juste deux minutes. Viens s'il te plaît.

Val s'exécuta et prit place en face de Pearl, en


évitant de la regarder.
- Val, je voudrais m'excuser pour la réaction que
j'ai eue la dernière fois. Sache que ça n'a pas
été facile pour moi d'apprendre que tu es
homosexuelle et je suis sûre qu'à ma place, tu
aurais réagi de même. Tu es une adulte et tu es
libre de mener ta vie comme tu l'entends. Je te
remercie de m'avoir ouvert ton cœur, tu peux
dire à Violaine de venir quand elle veut.
Lorsqu'elle se tut, Val pleurait en silence. Elle
réussit quand même à dire :
• Merci Pearl. Aujourd'hui, je suis très

heureuse et je veux que tu saches que tu es


une vraie perle.
• Je sais, tu me le dis toujours. Tu as mangé ?

• J'avoue que non.

• Je t'ai gardé de l'attiéké et une soupe de

carpes.
Tu me tiens compagnie ?
• Merci. Je monte d'abord prendre un bain.

• Naturellement.
la fin du mois, Val prit quelques jours de repos.
Bille en profita pour aller au village voir Anna et
Jean-Emmanuel. Ce voyage surprit Pearl, mais
elle nien fit rien savoir. Au village, le couple
Didie fut lui aussi surpris de voir Val, mais
heureux de
la recevoir.
Après le déjeuner, la mère et la fille se
retrouvaient à la plage et là, couchées sur une
grande natte, elles discutaient comme deux
amies. Cela leur faisait du bien à toutes les
deux, car c'était l'occasion pour elles de se
redécouvrir.
A la veille de son départ pour Abidjan, Val dit à
sa mère :
- Je voudrais te demander pardon pour toutes
mes erreurs de jeunesse, maman. Tu es une
femme merveilleuse et je veux que tu saches
que je t'aime de tout mon cœur. Jamais je ne
t'échangerai contre une autre femme, fut-elle ma
mère biologique.
Sache aussi que j'aime tonton Jean-Emmanuel.
Anna très émue, attira sa fille contre elle, tandis
que toutes deux fondaient en larmes. Au bout
d'un moment, elle parvint à dire :
• Mais comment as-tu su que je n'étais pas ta

génitrice ?
• En même temps que Pearl. A l'époque, cela
mavait tellement choquée, que je n'en ai pas
parté.
Et j'en voulais terriblement à ta sœur pour ce
qu'elle avait dit cette nuit-là à Abobo.
• Et maintenant ma fille, lui as-tu pardonné?

• Bien sûr maman, c'est passé tout ça.

Un grand pas venait d'être fait entre Valérie et


sa mère. C'est donc le cœur en fête qu'elle
retourna à la « villa du pionnier ».
4
Pearl était éreintée. Rentrée chez elle, elle allait
s'endormir lorsqu'on sonna au portail et elle eut
du mal à émerger de sa torpeur alors que la
sonnerie se faisait insistante. Elle en conclut que
la bonne n'était pas là et se leva bon gré mal gré
en maugréant pour aller ouvrir. Elle eut alors la
désagréable surprise de voir Dalida. « Vraiment,
cette fille a le chic pour tomber toujours au
mauvais moment » pensa-t-elle. Elle allait le lui
faire vertement savoir, lorsqu'elle remarqua que
Dalida était accompagnée d'un monsieur d'une
quarantaine d'années, beau et impressionnant
dans son costume bleu-ciment, qui soulignait un
teint noir d'ébène et un regard langoureux
comme un fleuve tranquille au coucher du soleil.
Lorsque ce regard rencontra celui de Pearl qui
s'était tout-a-fait réveillée, elle sentit ses jambes
l'abandonner:
L'homme avait le menton volontaire, la mâchoire
carrée. Ses cheveux noirs coupés courts,
encadraient un visage viril.
- Bonsoir Pearl !

Sans lui laisser le temps de répondre, Dalida


l'embrassa sur les joues comme deux vieilles
amies. Pearl parvint à cacher sa répulsion et
s'écarta pour laisser passer les visiteurs. disnnol
Tandis que Dalida les présentait, le regard de
Pearl rencontra celui de Misaël Bahityr à
nouveau et s'y accrocha. Misaël quant à lui, se
disait que jamais il n'avait vu une femme aussi
sensuelle que Pearl. Ebloui, il ne pouvait
détacher son regard du sien.
Dalida lui avait dit que Pearl était une amie à
elle, une veuve et naturellement, il s'était
attendu à rencontrer une femme entre deux
âges et n'avait accepté de venir que parce que
sa compagne l'avait supplié. Il n'avait jamais
imaginé même dans ses rêves les plus fous, se
retrouver face à une telle femme au port
élégant, même dans cette robe simple en pagne
imprimé. Elle avait un visage remarquable qui
l'intriguait et lui plaisait en même temps .Son
teint d'un noir de miel, rehaussait la ligne
délicate de son nez et de ses pommettes, tandis
qu'une frange de cils incroyablement longs,
ourlait ses yeux d'un blanc pur. Quant à sa
bouche Misaël se dit qu'il n'en avait jamais vu de
plus sensuelle. Elle était de taille moyenne, ni
maigre, ni grosse, juste ce qu'il fallait aux
endroits adéquats. Et elle était extrêmement
féminine, de la plante des pieds à la racine des
cheveux.
- J'espère que nous ne te dérangeons pas,
Pearl ?
La voix parut lointaine à Misael. Cétait celle de
Dalida.
-- Non, pas vraiment. Ah, que ie suis impan.
donnable. Voulez-vous manger ? Boire ?
Misaël consulta sa montre et dit : il est presque
quinze heures madame et nous sortons de
table.
- Madame? Je vous en prie, appelez-moi Pear,
sinon j'aurai l'impression d'être une affreuse
mégère.
- C'est entendu, Pearl.
Elle s'exprimait et marchait avec tant de grâce
que Misail vit en elle, la femme, tout simplement,
- Bien, que puis-je pour vous ?
C'est Dalida qui prit la parole :
- Misaël est un ami et je voudrais que tu fasses
son portrait.
Pearl réfléchit un moment. Elle avait besoin de
mettre de l'ordre dans ses idées. Elle finit par
dire:
- Laissez-moi votre contact, je vous rappellerai
dès que possible.
Sans hésiter, Misaël sortit une carte de sa
poche, et la lui tendit. Elle y jeta un coup d'oeil:
« vous êtes médecin? »
enfant ?
• Gynécologue-obstétricien. Vous avez un
Pearl jeta un coup d'œil à Dalida qui avait
détourné la tête, avant de répondre.
• Oui un petit garçon de quatre ans.

Dalida mit fin à leur entretien :


- Nous n'allons pas abuser de ton temps, Pearl,
au revoir.
Elle les raccompagna au portail.
Une semaine s'était écoulée et Pearl n'avait
toujours pas appelé le docteur Bahityr. Assis à
son bureau, ce dernier se demandait ce qui
n'allait pas. Pearl n'avait-elle pas trouvé de
temps pour lui faire un simple portrait ou elle ne
voulait tout simplement pas le faire ? Il était de
mauvaise humeur depuis quelques jours. Cette
femme le mettait dans un état qu'il ne
s'expliquait pas.
Depuis leur rencontre, il n'arrêtait pas de penser
à elle, caressant le secret espoir de mieux la
connaître, de la découvrir. Et chaque fois que
son portable sonnait, il espérait de toutes ses
forces que ce serait elle. Mais une semaine était
passée et Pearl n'avait toujours pas appelé.
On frappa à la porte et Misael lança un Juron.
De son côté, Pearl allongée sur le divan, les
mains sous la tête, fixait le plafond, tandis que
ses pensées s'envolaient vers Misaël... Misaël...
Misaël, un nom hors du commun tout comme
son propriétaire.
Elle lui avait promis de l'appeler, elle ne l'avait
pas fait et une semaine était passée. Elle avait
peur de trahir ses sentiments en le voyant, car
depuis son départ elle n'avait pas arrêté de
penser à lui, à son beau regard qui la
déshabillait. Elle en eut des frissons dans tout le
corps. ? Elle étacela était-il possible ? Que lui
arivait-il ? Fille était tellement plongée dans ses
pensées qu'elle ne remarqua pas que Val lui
tendait son portable :
- Tu vas bien Pearl ?
Elle sursauta.
• Excuse-moi de t'avoir fait peur, mais tu vas

bien ?
• Oui pourquoi ? J'ai l'air malade ?

• Non! Enfin, oui, d'une certaine façon.

• Ce qui veut dire ?

Val hésita. Son intervention était assez délicate


et depuis quelques jours, Pearl avait des
réactions tellement imprévisibles ! Elle décida de
prendre le taureau par les cornes :
- Pearl, écoute, ça saute aux yeux que tu es
folle amoureuse de cet homme, Misaël, tiens
prends ton portable et appelle-le.
Pearl était surprise qu'une gamine comme Val
lise aussi clairement en elle.
« Voilà, pensa Val, elle va me faire un cours sur
l'amour et me dire que ce n'est plus de son âge
et patati et patata » ment :
Mais à sa grande surprise, Pearl lui dit simple-
- Misaël est le fiancé de Dalida.
pris ton mari, non ?
- Et alors ? Ce ne serait que justice. Elle t'a On
sonnait à ce moment-là. Val courut ouvrir pour
se retrouver en face d'un homme, grand, beau
comme un apollon et visiblement mal à l'aise.
Elle devina aussitôt que c'était Misaël, d'après
les descriptions de Pearl.
• Bonjour mademoiselle... euh... Pearl est-elle

là ?
• Oui docteur Bahityr, entrez !

Misaël était surpris. Val lui tendit la main :


- Je suis Valérie Avi, la petite sœur de Pearl.
Elle m'a dit que vous étiez passé la semaine
dernière pour un portrait. Et justement, je lui
reprochais à l'instant de ne vous avoir pas
encore appelé.
• C'est justement à ce sujet que je viens.

• Installez-vous sur la terrasse, je préviens ma

sœur que vous êtes-là.


• Inutile de te fatiguer Val, je suis déjà là. Et je

vois que tu as fait la connaissance de


Misaël.
• En effet, répondit ce dernier. Je crois que
Valérie est la personne la plus charmante et
la plus naturelle qui soit.
• Merci Monsieur. Bon, je me sauve, j'ai du

travail qui m'attend. Au revoir Monsieur, au


revoir
Pearl.
Elle disparut dans un tourbillon de parfum.
Restée seule avec Misaël, Pearl lui dit :
• Vous êtes venu pour le portrait ?

• Non, mais pour vous voir. J'avais espéré un

coup de fil.
• Je n'en ai pas eu le temps.

• Je ne vous crois pas.

Pourtant il était heureux ce oir, hendit compte


que Pearl était contente de levr, bien qu'elle tu
des efforts pour cacher sa joie. Cela
l'encouragea à poursuivre.
- Cela fait une semaine que je n'arrête pas de
penser à vous.
• il lui avait pris les mains. Pearl se dégagea

vivement et marcha vers la terrasse où il la


suivit.
• Elle reprit son air distant et froid pour lui dire

:
• - Dalida saura apprécier vos dires.

• Misaël avait compris le message. Pearl

n'était pas le genre de femme à être la


maîtresse d'un homme. 1l allait parler,
lorsque son portable sonna.
• Il décrocha, parla quelques secondes avec

sa secrétaire, avant d'annoncer :


• - Je dois retourner à la clinique Pearl, il y a

• une urgence.

• Restée seule, Pearl retourna au salon, en

proie à des sentiments confus. Cet homme


lui faisait perdre tous ses moyens. Il était si
séduisant et tellement attirant. Tout à
l'heure, lorsqu'elle l'avait vu, elle avait bien
cru que sa dernière heure sonnait, tant son
coeur battait vite ! Elle prit la résolution
d'oublier Misaël, parce qu'elle était fiancée à
Olivier Doudou. D'ailleurs, elle allait accepter
sa demande en mariage. Olivier et elle,
avaient commencé à se fréquenter un an
après la mort de J.F. Il lui avait remonté le
moral, l'invitant à sortir souvent.
Grâce à lui, elle avait peu à peu repris goût à la
vie avant de s'attacher à lui par la suite. C'est
alors que Olivier l'avait demandée en mariage,
mais Pearl, traumatisée par la fin tragique de
son mariage avec J.F. n'était pas pressée de
retourner devant le Maire. Elle décida de passer
la journée chez son fiancé. Val ayant pris la
voiture, c'est en taxi qu'elle se rendit chez lui.
Alors que la voiture empruntait l'une des voies
serpentées des « jardins de la riviéra », Pearl
jeta un coup d'œil à sa montre. Il était neuf
heures et Olivier était sûrement en consultation,
mais Sylvianne était là et elle allait lui donner
son congé pour faire la cuisine elle-même : du
riz à la sauce graine enrichie de crabes
femelles, de mâchoirons fumés et de peau de
bœuf ramollie appelée « pklôh » le plat préféré
d'Olivier.
Arrivée devant l'immeuble où habitait ce dernier,
Pearl régla la course et se dirigea vers
l'ascenseur d'un pas décidé. Une fois devant la
porte, elle sentit son cœur battre violemment
dans sa poitrine, ce qui était mauvais signe, car
annonciateur d'un événement grave. Pearl était
si paniquée que sans prendre le temps de
sonner, elle tourna la poignée de la porte qui
s'ouvrit aussitôt. La maison était silencieuse.
Pearl se dirigea directement vers la chambre
d'Olivier et frappa deux coups avant d'ouvrir. Et
là, le spectacle qui s'offrit à elle, lui coupa le
souffle : Olivier et sa cousine dans les bras l'un
de l'autre. Le couple surpris, resta figé comme
frappé par la foudre.
Pearl n'en revenait pas. Olivier et Sylvianne ?
Décidément sa naïveté allait toujours lui jouer
des tours. Une fois de plus, sa confiance en un
homme lui faisait découvrir qu'il ne la méritait
pas. Reprenant peu à peu ses esprits, elle
tourna les talons, sans mot dire et dévala les
escaliers, tandis que des larmes de détresse lui
brouillaient la vue, si bien qu'elle rata la dernière
marche et s'étala de tout son long en poussant
un cri. Un monsieur qui attendait l'ascenseur,
vint à son secours et l'aida à se relever, ce qui la
fit crier à
nouveau.
- Appuyez-vous sur moi madame, je crois que
votre cheville est touchée.
Ils arrivèrent tant bien que mal à la voiture de
l'inconnu, qui prit le volant, après avoir installé
Pearl avec mille et une précautions. Il emprunta
la voie qui menait à la Riviéra II, puis au premier
carrefour, tourna à droite. Entre le pâté de
maisons, Pearl distingua un grand duplex peint
en vert et blanc. Sur le mur extérieur s'étalait en
grandes lettres: « clinique du docteur Bahityr ».
- Le docteur Bahityr est mon ami, dit le
bienfaiteur de Pearl.
Il gara devant le bâtiment et héla le gardien qui
accourut avec un fauteuil roulant.
Le docteur Bahityr s'entretenait avec une
infirmière lorsqu'il aperçut les nouveaux
arrivants. Il sentit son coeur battre plus vite, les
mots s'étrangler dans sa gorge. Il s'excusa et
alla à leur rencontre.
- Pearl ? Deret ? Qu'est-il arrivé ?
• C'est une longue histoire que je t'expliquerai

plus tard, dit Deret.


• Venez dans mon bureau.

Il ouvrit la porte pour les laisser passer, mais


Deret déclara qu'il devait partir, Pearl le
remercia longuement.
Restés seuls, Misaël se baissa pour examiner
sa cheville droite. Elle grimaça.
• Oh, la méchante entorse ! Un bon massage

et des calmants et dans quelques jours, cela


ne sera plus. Que vous est-il arrivé ?
• Je suis tombée dans les escaliers.

Heureusement que M. Deret était là.


Misaël aida Pearl à s'installer sur la table
d'auscultation, ensuite il lui fit un massage doux
et précis, avant de lui faire un bandage. Pearl
supportait mieux la douleur, mais tout-à-coup
elle se mit à pleurer sans retenue.
- Je sais que c'est douloureux, mais ça passera.
Pearl réussit à dire entre deux sanglots :
• Si vous saviez docteur...C'est d'un massage

de cœur dont j'ai besoin en ce moment.


• Pearl...

Misaël était ému. Cette femme-là était si


imprévisible ! Il l'attira contre lui :
- Vous pouvez vous confier à moi, vous savez ?
Pearl se calma peu à peu.
• Excusez-moi Misael je vous assure que je

vais mieux.
C'est sûr ?
- Oui merci.
Il lui tendit un mouchoir en papier. La douleu-de
la trahison d'Olivier étaitencore trop vive pour
que Pearl se confie à un homme, fut-il le plus
beau, le plus élégant, le plus sensuel qu'elle at
lamais rencontré. Elle descendit de la table avec
précaution et prit son sac à main.
- Je ne vais pas abuser plus longtemps de votre
disponibilité docteur, vous avez. d'autres
patients!
Au même moment, une infirmière frappa et entra
en trombe dans le bureau pour annoncer au
docteur que l'une de ses patientes était admise
en salle d'accouchement.
Misaël dit avant de sortir :
• Faites-moi une faveur Pearl, permettez-moi

de vous raccompagner chez vous à mon


retour.
• C'est promis Misaël.

Il partit le cœur léger.


Restée seule, Pearl entreprit de visiter la pièce,
mais y renonça très vite à cause de la douleur.
Elle se contenta de s'allonger sur la table pour
réfléchir. Comment Olivier Doudou avait-il pu la
tromper à ce point ? Il lui avait présenté
Sylvianne comme sa cousine. «Je n'ai pas
tellement confiance aux bonnes. Je préfère que
ma cousine s'occupe de la maison ». Pearl avait
trouvé l'idée bonne, surtout que Sylvianne était
serviable, polie et gentille. Elle n'avait jamais
rien eu à lui reprocher. Comme ils avaient dû se
moquer d'elle!
Pourtant, Pearl n'en voulait pas à Sylvianne. Elle
aussi sans le savoir, était une victime d'Olivier,
car ne dit-on pas que: « qui a bu, boira ? »
Finalement, Val avait raison de dire que
l'homme était incapable de rendre la femme
heureuse. Elle se demandait néanmoins ce qui
avait cloché. Olivier avait toujours été amoureux
d'elle et réciproquement. Où était alors la faille ?
Pourquoi était-ce à elle que cela arrivait toujours
?
Ses pensées se reportèrent sur Misaël, lui
rappelant qu'il était fiancé avec Dalida. Un
méchant sourire se dessina sur ses lèvres,
tandis qu'une idée vindicative lui traversait
l'esprit. Misaël rentrait à ce moment et s'adossa
contre la porte après l'avoir refermée. Il était
éreinté et avait besoin de deux bonnes heures
de sommeil.
• Vous avez l'air épuisé Misaël.
• C'est plus que ça Pearl, je suis

complètement vidé. L'accouchement a été


difficile, car l'enfant était gros. Mais, tout est
finalement rentré dans l'ordre.
Il se débarrassa de sa blouse, prit son trousseau
de clés et dit :
- Allons-y !
Pendant le trajet, il lui parla de sa famille, et
Pearl comprit qu'i l'adorait. Sa mère s'était
remariée à Roland Hébert, un Français, alors
qu'elle était veuve depuis deux ans. De ce
mariage était née sa petite sœur Morvège, qui
était éducatrice spécialisée et travaillait pour
l'UNICEF à Abidjan. Il parla de son père avec
beaucoup de tristesse.
• Il est mort lorsque j'avais dix ans. Mon père

occupait son temps à lire la bible. Un matin,


il a découvert un nom et a décidé que ce
serait ce prénom que je porterais : Misaël.
• C'est vraiment un prénom singulier.

• Comme le tien. Et je suis persuadé que tu

es une véritable perle.


• Arrête Misaël, tu me mets mal à l'aise. Ils

s'étaient tutoyés le plus naturellement du


monde, à la grande joie de Misail. Il fut tenté
de lui parler de Maëva, mais se ravisa. Pearl
de son côté, était tentée de lui poser des
questions sur Dalida, mais n'osait pas.
Qu'est-ce que Misaël allait penser d'elle?
Elle savait que la plupart des hommes
n'aimaient pas les femmes curieuses,
surtout au sujet d'autres femmes. Ils
gardèrent le silence et Pearl dit tout-à coup :
• Tu as des enfants ?

• Oui, une fille qui vit en France avec sa mère.

• Ah !

Il était donc marié ? Pourtant, il ne portait pas


d'alliance. Pearl ressentit une immense
déception, qui très vite, fit place à la colère. Les
hommes étaient donc tous pareils ! Il avait laissé
sa femme en France et une fois en Côte-
d'Ivoire, il s'était jeté sur la première p.... Elle
n'osa pas penser au mot.
• Ma femme et moi, avons divorcé il y a

quelques mois.
• Je suis désolée Misaël. Cela a du être

éprouvant.
-Je ne te le fais pas dire. J'ai souffert, mais je
me remets peu à peu. Et toi, tu as un fiancé ?
Dalida m'a dit que tu as perdu ton mari, il y a
quelques années maintenant.
• C'est vrai. En ce moment, je suis libre

comme un poisson dans l'eau.


• Les hommes doivent vraiment être aveugles

pour ne pas se battre à ta porte Pearl.


« Et toi, tu es le plus aveugle d'entre eux
puisque tu n'as pas compris que tu me plais »
pensa Pearl.
Le silence s'installa une seconde fois entre eux
alors que Misaël ralentissait devant la « villa du
pionnier ». Il klaxonna et le portail rouge-brique
s'ouvrit aussitôt. Misaël s'engagea alors dans la
petite allée menant au parking. Il aida Pearl à
sortir de la voiture tandis qu'une petite voix
demandait derrière eux :
- Maman, tu es blessée ?
C'était Junior. Il embrassa sa mère en ignorant
royalement Misaël.
• Junior, dis bonjour à mon ami.

• "Jour, dit l'enfant, du bout des lèvres avant

de se tourner vers sa mère :


• Tu t'es disputée avec tonton Olivier? Il

n'arrête pas d'appeler ici.


Pearl confuse jeta un coup d'œil à Misaël, mais
le visage de ce dernier restait impénétrable. Il
prit Pearl dans ses bras pour la transporter au
salon où il l'installa confortablement dans le
canapé, avant de demander à rentrer.
Reste déjeuner avec nous Misael. Nous avons
au menu, une sauce de tripes de mouton,
accompagnée d'attiéké.
fit sur le point accepter, lorsqu'un prénom
lui vint à l'esprit : Olivier.
- Non, merci Pearl. Une autre fois... peut-être.
Puis il tourna les talons.
Misaël rentra chez lui, de mauvaise humeur:
Pearl lui avait dit qu'elle était aussi libre qu'un
poisson dans l'eau. Qui était donc cet Olivier
dont son fils avait parlé ? A quoi jouait-elle ? Il
était si irrité, qu'il en perdit le sommeil. Et dire
qu'l voulait se reposer! Son portable sonna.
C'était Mame Fadilé N'gom sa mère. Elle lui
rappela qu'il était attendu à table.
- Je suis trop fatigué maman. Fais-moi apporter
mon plat s 1 te plait.
Il coupa la communication, mais l'appareil sonna
à nouveau. Cette fois, c'était Dalida.
• Tu es libre mon chéri ? Je peux passer chez

toi ?
• Euh ... non Dalida, vraiment je dois me

reposer.
Elle était déçue, mais n'insista pas. Cependant,
il lui dit :
- O.K., viens, nous déjeunerons ensemble.
Dalida arriva en même temps que Morvège qui
apportait le repas de Misaël. Elle s'éclipsa après
les présentations. C'était la première fois, depuis
qu'elle sortait avec lui que Dalida rencontrait un
parent de Misaël.
• Ta sœur est belle et sympathique, Misaël.

• Oui...
Il découvrit le plat sans plus rien dire. C'était du
riz aux légumes accompagné de boulettes de
viandes épicées et une grande bouteille de jus
de la passion dont il raffolait. Il sentit sa bonne
humeur revenir peu à peu.
*
*
Pearl, Junior et Val prenaient leur petit déjeuner
en écoutant la radio et en devisant gaîment,
quand soudain, Val demanda le silence. Elle
augmenta le volume du poste et à sa grande
stupeur, Pearl entendit :
«Je suis le docteur Misaël Bahityr et ma
dédicace est pour Mme Pearl Avi N'goran.
Pearl, les douleurs quelles qu'elles soient,
disparaissent toujours avec le temps. Je suis et
je reste ton ami et je serai toujours disponible
pour toi. Bonne journée ».
L'animatrice fit un commentaire que Pearl
n'entendit pas. Val dit :
• Tu as à présent la preuve que Misaël est

amoureux de toi chère Pearl et cela ne t'est


pas indifférent, vu l'éclat de tes yeux.
• C'est le fiancé de Dalida.

• Ah bon? Tu me l'apprends, bon je me sauve,

car contrairement à d'autres, moi je travaille.


Quant à toi J-R, dépêche-toi, sinon tu vas
aussi être en retard.
• L'enfant prit son cartable, embrassa sa mère
et sortit avec sa tante.
• Une fois seule, Pearl se sentit envahie d'un
bien-être, comme enveloppée de la
présence de Misael. Ses mots lui avaient
mis un baume au cœur et elle le savait,
allaient lui faire passer une belle journée.
• Les sœurs Avi et Junior n'étaient pas les
seules personnes à avoir entendu la
dédicace adressée à Pearl. Chez elle,
Dalida l'avait elle aussi, entendue et elle
n'en revenait pas. Elle était avec Misaël
depuis cing mois et celui-ci ne lui avait
jamais fait de dédicace, alors qu'il en faisait
à Pearl qu'il ne connaissait que depuis deux
mois et de surcroît grâce à elle. Sans oublier
qu'il ne lui avait jamais dit qu'il voyait sa
rivale. Dalida était furieuse contre elle-même
et contre Pearl, car elle n'avait pas oublié
qu'elle lui avait pris son mari des années
plus tôt. « Méfie-toi des eaux calmes ma
fille, ce sont les plus dangereuses » lui disait
sa grand-mère.
• Dalida comprit le danger que représentait
Pear! pour elle, car en plus d'être belle et
riche, elle était rancunière. Par conséquent,
elle était persuadée qu'elle voulait se venger
d'elle.
Olivier Doudou avait lui aussi entendu la
dédicace adressée à Pearl, alors qu'il prenait
son petit déjeuner. Qui était ce docteur Bahityr?
Pear! ne lui en avait jamais parlé. Depuis le...
fameux jour, elle refusait de le voir et de
l'entendre et pourtant, que n'avait-il pas tenté
pour lui expliquer, pour lui demander de lui
accorder une seconde chance !
Mais Pearl était aussi intransigeante et têtue
qu'une mule. Et dire que ce jour-là, c'était la
première fois qu'il avait des relations avec
Sylvianne! Il ne savait même pas comment il en
était arrivé là.
5
Une secousse de la voiture projeta Pearl contre
son siège, lui rappelant qu'ils étaient arrivés à
Dabou et que Misaël s'était engagé sur un
chemin non bitumé, au premier carrefour après
la « maison carrée », elle aperçut une église
d'où sortait un prêtre qui leur fit un signe de la
main.
- C'est le père Daniel, expliqua Misaël. Il a
connu mes parents à Dakar.
Le matin même, Misaël était arrivé chez Pearl,
vêtu d'un polo blanc et d'un jean noir. Il avait
proposé à la jeune femme de faire son portrait
en cette magnifique journée, mais dans sa
maison de repos à Dabou. Pearl avait accepté
après quelques hésitations, lorsque Misaël lui
avait promis qu'is seraient de retour avant la
nuit.
Misaël roula encore quelques mètres avant de
ralentir devant un petit portail peint en gris, qu'un
homme ouvrit aussitôt et la voiture s'engagea
dans une allée étroite pour se garer devant une
villa blanche. Le jeune homme ouvrit la portière
à Pear! en lui souhaitant la bienvenue, avant de
prendre la clé avec son patron pour s'occuper
des bagages.
• La chambre d'amis est-elle prête, Romuald ?

• Oui, monsieur. Madame n'a pas de bagages

?
• Non, madame rentre ce soir.

• Ce qui veut dire que tu restes ici Misaël ?

Demanda Pearl.
• Oui ma Pearl, mais n'aie crainte, je te

raccompagnerai à Abidjan.
• J'aurais pris ma voiture.

• Mais non voyons, charmante dame, j'aime

être en ta compagnie.
Pearl essaya de ne pas interpréter cela autre-
ment. Misaël lui indiqua sa chambre avant de lui
faire visiter la maison.
Elle comprenait deux chambres à l'intérieur et
deux dépendances dont l'une était occupée par
Romuald.
Lorsque Misaël ouvrit la porte donnant sur le
jardin, Pearl fut stupéfaite : jamais elle n'avait vu
un aussi bel endroit. Au centre d'un ensemble
de fleurs de diverses couleurs au parfum doux
et agréable, se dressait fièrement un manguier à
l'abondant feuillage, duquel provenaient les
gazouillis d'oiseaux de tout genre.
• Cet endroit est magnifique, s'entendit-elle

dire.
• Merci Pearl. N'est-il pas propice au portrait ?

• Absolument. Cette beauté est envoûtante et

je comprends à présent pourquoi c'est ici


que tu voulais que je peignes ton portrait.
Ils contemplèrent l'endroit, mais Pearl sentait le
regard de Misail rivé sur elle. Bille s'efforça de
ne pas le regarder à cause du trouble qu'il
provoquait en elle. Misaël avait une telle façon
de la regarder, qu'elle avait l'impression d'être
un rộti cuit à point et prêt à être mangé.
- Je suis tombé amoureux de ce jardin dès que
je l'ai vu la première fois. C'est ce qui m'a décidé
à acheter la maison. Viens !
Il lui prit la main pour l'entraîner dans le fond du
jardin. Là, elle découvrit une piscine naturelle
qui miroitait sous le soleil.
- Attends-moi là Misaël, je cours chercher mon
matériel de travail.
Mais Misaël était d'un tout autre avis.
• Belle dame, détendez-vous un peu. Au

diable ce portrait ! Et si on faisait un


plongeon ?
• Mais...
• Si c'est à cause d'un maillot de bain rassure-
toi, je t'en ai acheté un.
• Tu ne connais pas mes mensurations.

• Mais Val, si.

• Quoi ? Val ?...

Toutes les pièces du puzzle se mirent en place


tout-à-coup. Ainsi donc, Val avait comploté avec
Misaël ? Le portrait était un prétexte pour la faire
venir à Dabou.
• Cette chipie va me le payer, pesta Pearl.

• Oh là, stop. Tout est entièrement ma faute.

J'ai quelque peu forcé la main de Val.


Connaissant sa sœur, Pearl se dit que c'était
plutôt le contraire qui avait dû se passer.
Finalement elle se mit à rire. Après tout, Val ne
voulait que son bien et Misael avait raison : elle
ne se donnait pas le temps de décompresser.
• D'accord Misaël, tu as gagné.

• Suis-moi.

Elle s'exécuta. En passant par la cuisine, une


odeur appétissante lui chatouilla les narines.
Elle aperçut Romuald qui s'affairait dans les
casseroles.
• Romuald est ton cuisinier ?

• Oui, je l'ai engagé à sa sortie de l'école

d'hôtel-lerie, c'est aussi un excellent


pâtissier. Tout-à-l'heure, il nous servira une
soupe de pintade aux légumes-jardin,
accompagnée de riz. C'est un véritable
délice. Comme dessert, nous aurons un
gâteau à la crème et au chocolat fait par lui.
• J'en ai déjà l'eau à la bouche

• Ce sera pour tout-à-l'heure. Allez, viens !

Dix minutes plus tard, Pearl rejoignait Misaël


dans l'eau, vêtue d'un maillot de bain blanc.
Misaël était troublé par ce corps lisse et ferme,
couleur de miel et ses seins arrogants qui
semblaient n'avoir jamais allaité. Tandis que
Pearl faisait des brasses dans l'eau, il ne
parvenait pas à détacher son regard de ses
courbes harmonieuses.
• Si on faisait la course ? Proposa-t-elle.

• Le vainqueur a droit à un baiser.

• O.K. On y va ?

di de ma, les vite, marl pris rivalisèrent moquant


gentiment de Misael lorsqu'il la rejoignit.
- C'est toi qui as gagné, et comme je suis un
- Alors ?
homme de parole...
Un baiser n'est pas nécessaire Misail, je...
Mais Misail s'empara de ses lèvres, la réduisant
au silence. Pearl ne bougea pas, surprise par
cette étreinte qui commençait à réveiller tous
ses sens.
Elle réussit à s'en défaire.
• Qu'est-ce que tu fais Misaël ?
• Ce que je rêve de faire depuis plusieurs
semaines, c'est-à-dire t'embrasser.
• Tu avais parlé d'un baiser !

• Et ça n'en est pas un ?

A nouveau, il prit possession de ses lèvres


fermement, et peu à peu, elle s'abandonna au
plaisir que lui procurait ce baiser. Il faut dire que
Misaël savait s'y prendre, franchissant la
barrière de ses lèvres avec sa langue experte,
éveillant en elle, une émotion inconnue jusque-
là.
- Pearl, comme j'ai rêvé de ce moment !
Pearl restait muette d'émotion. Alors qu'elle
aurait voulu lui dire ce qu'elle ressentait, les
mots s'étranglaient dans sa gorge. Elle fit un
effort surhumain pour se séparer de Misaël et
sortir lentement de l'eau. S'enveloppant dans
l'un des peignoirs que Misaël avait disposés
sous un parasol, elle rejoignit sa chambre.
Misaël l’y trouva allongée sur le lit, essayant
sans succès de mettre la radio en marche.
• Pardonne-moi Pearl, si je t'ai offensée. Je ne

voulais pas.
• Non Misaël, c'est moi, le problème. Je viens

de rompre avec quelqu'un que je fréquentais


depuis environ deux ans et j'en souffre
encore.
Misaël s'assit près d'elle.
- Je t'aime Pearl et je saurai attendre que ta
blessure se cicatrise. Mais si tu veux me faciliter
la tâche, habille-toi avant que je n'oublie mon
engagement.
Elle réussit à sourire, tout en s'exécutant, avant
de le retrouver sur la terrasse où Romuald mit la
télévision en marche pour les informations, mais
elle ne marchait pas. Ce silence des médias
commençait sérieusement à inquiéter Misaël. Il
appela son ami Deret :
• Où es-tu mon ami ?

• A Dabou.

• Et bien, reste-y, car, les militaires occupent

Abidjan. Il paraît qu'ils ont des problèmes


avec le président. D'aucuns parlent d'un
coup d'état.
• Un coup d'État ? Ici en Côte-d'Ivoire ? C'est

une plaisanterie ?
• Capte R.F.l.

Misaël courut dans sa chambre, suivi de Pearl.


R.F.I. parlait effectivement d'un coup d'État.
Pearl avait peur, pour Junior, Marie-Jeanne
N'da, sa belle-sœur, Serge-Patrick et Val. Elle
appela Marie-Jeanne.
• J'ai appris qu'il y a des troubles en ville ?

• Oui Pearl, mais ne t'inquiète pas. Où estu?

- A Dabou.
- Bien, restes-y jusqu'à ce que le calme
revienne. Junior est ici avec moi, ne crains tien.
Elle appela Val. Heureusement, Serge-Patrick
était avec elle. Pearl en fut soulagée. Val lui dịt :
- Ne t'inquiète pas sœurette, profite plutôt de
Misaël, vous en avez besoin tous les deux.
Après avoir coupé la communication, Pearl
demanda :
• Que va t-il advenir de mon pays ?

• Aie confiance en Dieu, mon amour.

Mon amour? Pearl sentit une chaleur


bienfaisante lui parcourir tout le corps, oui, elle
aussi aimait Misaël, pourquoi le nier. Mais,
aujourdhui, à trente deux ans, après deux
déceptions amou-reuses, elle voulait être sûre
d'être assez mûre pour s'engager à nouveau
avec un homme.
Misaël et elle restèrent à l'écoute des informa-
tions, suivant l'évolution de la situation à
Abidjan.
Le journaliste parlait de casses, d'incendies,
d'arrestations. Les rues étaient désertes, chacun
se terrant chez lui. Il y avait des barrages
partout.
Et les frontières étaient fermées. Pearl sentit
une main lui caresser le dos. Elle se rendit
compte qu'elle s'était lovée dans les bras de son
hôte, sans s'en rendre compte. Tous deux
étaient silencieux et elle sentait battre le cœur
de Misaël. Elle compt alors que tout en se
montrant rassurant, il était lui aussi inquiet. Elle
voulut parler, mais il l'en empêcha d'un baiser.
Tout-à-l'heure alors qu'ils nageaient, Misaël
avait compris que Pearl était une femme à part.
Oui, c'était une femme excep-tionnelle, mais
cela, il le savait depuis la première fois où leurs
regards s'étaient rencontrés et accrochés à la «
villa du pionnier ». Dès ce moment, il s'était juré
qu'il ferait d'elle sa femme. Et en voyant la façon
dont elle répondait à ses baisers, il sut qu'elle
était à la fois une femme douce et passionnée et
que ce qu'il ressentait pour elle était réciproque.
Il n'en était que plus heureux.
Pearl réussit à s'extraire de l'étreinte de Misaël,
tout en lui rappelant qu'il lui avait promis d'être
patient. Tout son corps vibrait lorsque Misaël la
regardait, la touchait, l'embrassait et pourtant,
elle avait peur de se laisser totalement aller. Elle
se leva du fauteuil :
• Je vais prendre une douche.

• Tu veux que je vienne te laver le dos ?

• Misaël !

• O.K. ! O.K. !

Elle disparut dans le couloir menant aux


chambres. Dans la salle de bains, elle se glissa
sous le jet et fit ruisseler l'eau sur sa peau,
encore engourdie par les mouvements de
natation.
Tandis qu'elle se frottait vigoureusement, ses
pensées s'égarèrent vers Misaël, vers son corps
mince et musclé, aussi sombre que le sien. Elle
s'avoua qu'en le voyant torse nu dans l'eau, elle
avait eu envie de le caresser jusqu'à ce qui
denian de grâce. A ce souvenir, elle eut des
pensées si paiennes, qu'un frisson la parcourut
depuis la racine des cheveux, jusqu'à la plante
des pieds.
Elle s'enveloppait dans le peignoir dont elle
venait de nouer la ceinture autour de sa taille
fine, lorsqu'elle entendit frapper à la porte.
- Pearl, le Général parle à la télé !
Pearl le rejoignit au salon pour suivre le discours
du Général. Ce dernier, militaire à la retraite,
expliquait la situation, ainsi que les raisons du
coup d'État. Il était rassurant et Pear! put
pousser un ouf de soulagement. Après les
informations, elle retourna dans la chambre, se
vêtir d'un grand T-shirt gris et du short assorti,
que Misaël avait disposés sur le lit à son
intention.
Elle se parfuma et sortit de la pièce. Elle sentit le
regard flatteur de Misaël l'accompagner. Elle en
fut troublée et parut hésitante. Elle mourait
d'envie de se jeter dans ses bras, mais sut
résister à cette tentation. Comment cet homme
presque inconnu, arrivait-il à lui faire perdre la
tête ? Elle donna raison à cette chanteuse qui
disait qu'en matière d'hommes, il y avait les uns
et les autres.
Elle avait à peine pris place dans l'un des
fauteuils qu'une femme entra comme une
tornade dans le salon, précédée d'une lourde
odeur de parfum.
Elle était assez grande et fine.
- Alors docteur, 'est ainsi qu'on traite ses
voisins? Tu arrives sans me rendre une visite
d'amitié ? Au premier regard, Pearl éprouva
immédiatement pour cette intruse, une vague
d'aversion sans trop savoir pourquoi. Elle était
vêtue d'une robe noire en tricot, décolletée dans
le dos et sur la poitrine, laissant voir de
nombreux points noirs sur les parties
découvertes, conséquence des produits
décolorants dont elle devait abuser pour
s'éclaircir la peau. Elle se dirigea d'un pas
décidé vers Misaël, pour l'embrasser... sur la
bouche ! Ce dernier se dégagea doucement,
mais fermement de l'étreinte et dit d'une voix
qu'il voulait joyeuse :
• Très chère Yvonne ! Comment vas-tu ?
• Bien Misaël, comme chaque fois que je te
vois. Je t'ai apporté un plat de mes recettes
que tu apprécieras j'espère ?
• Je crois qu'il faudra demander l'avis de mon

invitée.
• Ton invité ? Quel invité ?

C'est alors que Misaël fit un signe vers Pearl.


La nommée Yvonne se retourna vivement et son
sourire se figea sur ses lèvres tandis qu'elle
toisait
Pearl d'un regard arrogant.
- Yvonne, je te présente Pearl, ma fiancée.
Pearl, c'est Yvonne, une voisine.
Les deux femmes se serrèrent la main sans
desserrer les dents. Devant cette entrée
tapageuse et ce regard glacial, Pearl tenta de
maîtriser sa nervosité. Elle dit doucement à
Yvonne :
- Prenez place Yvonne, nous nous apprêtions à
passer à table.
Mais Yvonne, retrouvant sa langue tout-à-coup,
dit :
- Non, merci. Je crois que je vais m'en aller,
c'était juste un bonsoir.
Et elle disparut comme elle etait venue, de sa
démarche libidineuse. Pearl restait là à fixer
bêtement la porte, lorsque Misael lui prit la main,
- Passons à table, sinon le repas va refroidir.
Pearl n'avait plus faim, mais elle s'exécuta. Elle
mangea du bout des lèvres. Misaël l'observait
du coin de l'œil, un sourire aux lèvres. Pearl
tordait nerveusement une mèche de ses
cheveux. Misaël finit par dire :
• Il n'y a rien entre Yvonne et moi. Tu n'as

aucune raison d'être jalouse.


• Jalouse, moi ? Et pourquoi je le serais, hein!

Tu ne me dois rien et réciproquement. Ceci


étant, tu peux courir toutes les femmes que tu
veux, je n'en ai rien à faire !
Pearl s'était levée. Elle aurait bien voulu donner
une bonne claque à ce prétentieux de médecin
qui gardait son petit sourire moqueur. Et pire, la
situation semblait l'amuser. En deux enjambées,
il fut devant elle, plongeant son regard dans le
sien, tandis qu'il maintenait sa tête dans ses
deux mains, l'obligeant à le regarder.
• Pearl, jure-moi que tu ne ressens rien pour

moi et que tu n'es pas jalouse d'Yvonne.


• Je le jure.

• Menteuse ! Ta voix a tremblé.

- Ah ! Tu es impossible !
Elle se libéra de ses bras pour se réfugier dans
le canapé, mais, loin de se décourager, il était à
nouveau devant elle.
- Pearl je t'assure que depuis que je te connais,
c'est la première fois que j'ai envie de me
remarier.
Je t'aime.
- Pourtant, tu vis avec Dalida !
Misaël comprit alors qu'en fait, le problème de
Pearl, c'était Dalida. Il ne dit plus rien et retourna
à table. Quant à Pearl, une douce fatigue
commençait à la gagner. En regardant sa
montre, elle étouffa un bâillement discret.
• Je crois que je vais aller me coucher Misaël,

bonne nuit.
• Bonne nuit Pearl.

Elle rejoignit sa chambre, n'aspirant qu'à se


glisser dans les bras de Morphée.
Elle fut réveillée le lendemain matin par la voix
suave de Youssou N'dour qui chantait
« Casamance ». Elle passa sous la douche
avant de se vêtir et de se maquiller légèrement.
Elle aperçut Misaël sur la terrasse esquissant
quelques pas de danse. Il lui fit signe de venir et
sans lui laisser le temps de dire un mot, il la prit
dans ses bras pour l'embrasser passionnément.
- Nous sommes à quelques heures de Noël et je
suis heureux ma Pearl. Danse avec moi.
Ils dansèrent comme des enfants, pris
quelquefois de fous rires. Pearl se sentait légère
comme un papillon. Cette douce complicité prit
fin, lorsque Romuald leur signifia que le petit
déjeuner était servi. Ils étaient exténués et en
sueur.
A la radio, l'animateur annonça que la vie
reprenait peu à peu à Abidjan, mais que le
couvre feu demeurait jusqu'à nouvel ordre.
Le repas fini, Misaël et son invitée, main dans la
main, visitèrent la Maison Carrée avant de
prendre place sur un banc. Il expliqua à Pearl
que la Maison Carrée était une maison de
religieux qui accueillait souvent des pèlerins.
- Dis-moi, Pearl, tu regrettes ton séjour ici?
Elle lui répondit que non, qu'il y avait bien
longtemps qu'elle n'avait pas pris un tel repos.
Elle l'en remercia .
• C'est plutôt à moi de te remercier. J'espère

d'autres moments pareils.


• Tu connais ma condition Misaël.

• Oui, mais...

Pearl lui mit un doigt sur les lèvres :


- Ne dis plus rien, prends le temps que tu veux,
je t'attendrai.
Elle l'avait dit simplement, sans détours. Elle
aimait Misaël, à quoi bon le nier et se voiler la
face ? Elle avait compris que lui aussi l'aimait et
était prêt à satisfaire ses moindres désirs. Son
portable sonna, ramenant chacun à la réalité.
Elle coupa l'appareil lorsqu'elle vit apparaître le
nom d'Olivier Doudou sur l'écran. Misaël lui dit :
- Tu ne le fuiras pas éternellement, Pearl,
discute une bonne fois pour toutes avec lui.
Pearl ne répondit pas, mais elle n'était pas prête
à affronter son ex-fiancé. Le souvenir de sa
trahison suffit à la mettre sur les nerfs. Misaël lui
prit les mains qu'elle retira vivement.
- Sois forte, mon amour. Je ne sais pas ce que
cet homme t'a fait subir, mais sache que je suis
là, moi.
Pearl se leva d'un bond sans s'en rendre
compte :
• Etre forte ? Je ne fais que ça depuis mon

mariage avec JF N'Goran. Il était malade du


cœur, alors il fallait le ménager et pendant
que je me privais, lui se payait du bon temps
avec Dalida. Si bien qu'un enfant en est
sorti.
• Junior est donc le fils de Dalida et de feu ton

mari ?
Pearl se rendit compte qu'elle était allée trop
loin. Elle détourna la tête pour cacher ses
larmes.
- Pearl...
Misaël était toujours déstabilisé lorsqu'il la voyait
pleurer. C'est vrai qu'il était en colère, mais
après Dalida. Il attira Pearl contre lui :
• Cesse de pleurer mon amour.
• Tu dois penser à présent que je n'ai pas été

honnête avec toi n'est-ce pas?


• Non Pearl. Pour moi, tu es une vraie perle,

car ce ne sont pas toutes les femmes


trompées qui acceptent le fruit de la trahison
de leur mari comme tu l'as fait.
-Non, Misaël, je ne suis pas une perle. Simple
ment une femme qui aime les enfants et Junior
est le seul enfant de son père.
Sur l'insistance de Misaël, elle lui raconta toute
l'histoire de sa relation avec Dalida. Pris de
compassion, Misael l'attira à nouveau contre lui :
- Comme tu as dû souffrir. Mais tu dois compter
avec moi à présent.
De cela, elle était convaincue. Aussi, décida-t-
elle dès son retour à Abidjan de rencontrer
Olivier Doudou pour mettre les choses au point
une bonne fois pour toutes et rompre
définitivement avec lui.
o

A minuit, le portable de Pearl sonna. En


décrochant, elle reconnut la voix gaie de Junior,
son fils.
• Joyeux Noël, maman !

• Merci mon chéri. Joyeux Noël à toi aussi.


Comme je suis contente de t'entendre ! Tu vas
bien ?
• Oui maman. Tante Jeanne t'embrasse. Elle

m'a dit que tu es allée travailler à Dabou ?


• Oui, c'est vrai. Dis à ta tante que je

l'embrasse aussi et prends bien soin d'elle.


• Bien sûr maman. Je te la passe.

• Allô! Pearl, comment vas-tu ma chérie?

• Bien Marie-Jeanne, et toi ?

• - Bien aussi. Les esprits se sont un peu

calmés ici et Junior et moi avons pu faire


nos courses pour les fêtes. Bon je te laisse
Joyeux Noël !
• Elles raccrochèrent ensemble.

• Pearl sursauta au contact de deux mains sur

ses épaules, revenant à la réalité.


• - Joyeux Noël mon amour.

• Misaël lui tendait un paquet qu'elle ouvrit

sans attendre. C'était une magnifique broche


en or, en forme de papillon.
• - Misaël, elle est magnifique ! Merci.

• Elle l'embrassa, mais lui, la prenant dans

ses bras, la porta dans sa chambre, sans


cesser de l'embrasser. Ils avaient tous les
deux bu du vin au cours du dîner
spécialement choisi par Romuald :
• Mâchoirons braisés et attiéké de Dabou,

accompagnés de vin blanc. Misaël était


troublé par la jeune femme et il avait trop
envie d'elle pour se contrôler plus
longtemps. Une fois dans sa chambre, il la
posa sur le lit avec d'infinies précautions et
parvint à lui dire :
• — Tu peux dire non, tu sais ? Je ne t'en

voudrai pas.
Mais Pearl ne voulait pas résister à l'appel de
son corps. Elle aussi avait besoin de Misaël, de
ses baisers, de ses caresses. C'était Noël et elle
était heureuse. C'est elle qui la première
l'embrassa à nouveau, lui faisant comprendre
qu'elle lui appartenait et qu'elle le désirait aussi.
Misaël se glissa alors près d'elle, fou de désir et
lui ôta délicatement ses vêtements d'une main
de baise. Peat frémit,
lorsquil se mit à la coltait de haisers pasiones,
auxquels elle répondit a demiment, tandis que le
platsir 'enveloppait, elle chavirait, sombrant dans
un univers qu'elle découvrait pour la premiète
fois de sa vie: celui de la passion. L'extase les
surprit ainsi tous les deux au cours de leur
ascension, leur arrachant le même râle, avant
de les ramener, comblés sur les rivages de
l'amour:
Et longtemps après, alors que Misaël dormait
heureux et repu, Pearl ne cessait de se répéter :
C'est ça l'amour ? C'est donc ça le plaisir?
C'était un bonheur sans précédant qu'elle venait
de découvrir dans les bras de Misaël Bahityr.
Elle sombra à son tour dans un profond
sommeil.

6
A l'entrée de Yopougon, Pearl et Miasaël
constatèrent que le plus grand quartier d'Abidjan
était quasi désert. Le magasin « Tati » était
brûlé, il y avait des restes de pneus qui se
consumaient encore sur la route. Pearl ferma les
yeux comme pour fuir ce cauchemar. Comment
son beau pays si paisible quelques jours plus tôt
en était-il arrivé-là ?
• Ça va Pearl ?
• Oui Misaël, ne t'inquiète pas. En fait non, j'ai
encore peur qu'il n'y ait une autre tentative
de coup d'Etat.
• Aie confiance en Dieu mon amour.

Au fond, lui aussi était inquiet, mais en même


temps heureux car grâce à ce coup d'État, il
avait passé trois jours merveilleux avec la
femme qu'il aimait. Trois jours pendant lesquels
elle lui avait donné son corps et son cœur. Il
brûlait d'envie de la demander en mariage mais
il ne voulait pas la brusquer, car elle lui avait
rappelé le matin même que Dalida était encore
dans les parages. Misaël avait reçu le nom de
Dalida comme une douche froide. Il l'avait
oubliée celle-là !
La circulation était fluide, chose rare en temps
normal, à tel point qu'ils arrivèrent rapidement à
la « villa du pionnier ».
Misaël venait à peine de refermer la porte
derrière lui lorsqu'une voix le fit sursauter :
- Enfin tu te décides à rentrer chez toi.
C'était Dalida assise dans le fond du salon. Il la
distinguait mal car les rideaux étaient tirés et il
faisait sombre dans la pièce. Elle se leva pour
venir à sa rencontre :
- Misaël, j'ai eu si peur.
Elle fondit en larmes et il la prit dans ses bras.
Elle se calma peu à peu et dit :
• Je n'arrivais pas à te joindre sur ton
portable...
• Excuse-moi Dalida, j'étais dans ma maison

de campagne pour le portrait...


La jeune femme recula vivement.
• Tu étais avec Pearl pendant tout ce temps?

• Oui... C'est là que le coup d'Etat nous a

surpris. Mais comment es-tu rentrée ici ?


• J'avais le double de ta clé, pardonne-moi de

ne t'en avoir pas parlé.


Il était agacé, mais ne dit rien. Il avait besoin
d'une bonne douche pour remettre ses idées en
place. Il porta son sac dans la chambre, suivi de
son amie. Elle le rejoignit dans la salle de bains.
- Je peux voir le portrait ?
- Pardon ?... Ah oui. Je crains qu'il ne soit
resté à Dabou.
Un silence se fit. Dalida se faisait violence
pour ne pas pleurer.
• Tu ne m'y a jamais emmenée.

• Non...

Il ne voulait pas lui faire de la peine, mais pas


lui donner d'espoir non plus.
- Misaël, est ce que tu as couché avec elle ?
Sois franc s'il te plaît.
Il se dit que c'était le moment ou jamais de
régler cette histoire. Cependant le courage lui
manqua.
• Non. Par contre, nous avons beaucoup
parlé et elle m'a dit que Junior était ton fils.
Pourquoi m'as-tu menti Dalida ? Moi je t'ai
ouvert mon coeur.
• Misaël, je sais que nous sommes tous sur

les nerfs. Mais je t'assure que je n'ai pas


envie de me disputer avec toi.
Elle ne s'était pas préparée à cette attaque et
se trouvait déboussolée. Elle s'approcha de
lui, câline et douce :
• Tu veux manger ?

• Non merci, je n'ai pas faim. Je veux

seulement dormir.
• Bien sûr.

Joignant l'acte à la parole, il s'allongea sur le


lit et ferma les yeux. Aussitôt l'image de Pearl
s'imposa à lui.
- Alors raconte Pearl, comment s'est passée
votre escapade ?
lesait vingt trois heures et Val avait rejoint sa
sœur après avoir bordé Junior. T'enfant était si
heureux et si excité de voir sa mère après trois
jours qu'il ne la lâchait pas d'une semelle. Val
avait fini par le mettre de force au lit, car Peart,
était fatiguée.
-Ne me fais pas languir Pearl, allez raconte!
Elle lui raconta alors ses trois jours avec Misaël
à Dabou, dans les moindres détails, sans fausse
pudeur. Au terme de son récit Val s'écria :
• Waouh ! Quelle belle histoire ! Dis-moi

sœurette, tu es prête à l'épouser ?


• Val, le mariage est quelque chose de

sérieux.
• Oui... ce qui veut dire ?

Pearl hésita un moment et finit par lâcher :


• Ce qui veut dire j'aime Misaël de tout mon

être et que je suis prête à l'épouser.


• Tu vois chère sœur que j'avais raison :

Misaël est l'homme de ta vie, car c'est la


première fois que tu m'avoues avec conviction
que tu aimes un homme.
- Oui, car c'est la première fois que j'aime
vraiment un homme et cet homme c'est Misaël
Bahityr.
Val tombait des nues ! En d'autres circons-
tances, Pearl aurait nié et fait toute une théorie
sur son amour pour feu Jean-François N'goran
et pour Olivier Doudou. Comme l'amour faisait
des miracles ! Comme il était beau ! Quant à
Pearl, elle avait compris depuis peu, qu'elle avait
fait le deuil de son mariage avec J-F et de sa
relation avec Olivier Doudou. Enfin, elle s'était
réconciliée avec elle-même, grâce à Misaël.
Cette nuit-là, il était deux heures du matin,
lorsque la sonnerie du portable de Misaël le tira
de son sommeil. C'était Pearl. Elle lui dit : « Ne
dis rien car je sais que tu n'es pas seul. Sache
seulement que je t'aime, je t'aime ; je t'aime et je
t'aime. Pense à moi ». Elle raccrocha avant
même qu'il ne réalise qu'il ne rêvait pas.
• Qui était-ce ? Demanda Dalida.

• Personne. Un faux numéro.

Il ferma les yeux pour mieux savourer les


paroles enchanteresses de Pearl, tandis qu'un
sourire généreux se dessinait sur ses lèvres.
o

Trois semaines après leur retour de Dabou,


Misaël proposa à Pearl de l'accompagner au
Cap Vert pour huit jours.
- Je dois participer à un congrès médical qui
réunit des médecins de différents pays en voie
de développement. Ce sera pour toi l'occasion
de connaître le magnifique pays de la « diva aux
pieds nus »? Le congrès a lieu du 9 au 13
février.
Comme Pearl semblait réfléchir, Misaël insista
• Dis oui, Pearl, tu ne le regretteras pas.

• C'est d'accord Misaël.


C'est ainsi que quelques jours plus tard, ils
embarquaient à bord du TAP3 en partance pour
le Cap Vert. Alors qu'ils atterrissaient à
l'aéroport de l'ile de Sal, Pearl se dit que vu
d'avion, l'archipel ne méritait pas son nom, vu la
rareté de la verdure.
Dans le taxi qui les conduisait à leur hôtel
Misaël expliqua à Pearl que l'ile de Sal se
trouvait au nord-ouest de l'archipel. Ils se
rendaient au sud, à Santiago, la plus grande ile
du Cap Vert, où se trouvait la capitale Praia
(plage), le poumon économique de l'archipel.
Pearl fut frappée par la configuration
architecturale très portugaise de la ville:
maisons coquettes, crépies aux couleurs
douces. Les rues étaient innombrables, avec
des places et édifices publics dont beaucoup
portaient le nom du leader Indépendantiste,
Amilcar Cabral, originaire de l'archipel,
assassiné en 1973.
Une fois dans leur chambre d'hôtel, Pearl
épuisée par le voyage et le décalage horaire,
s'endormit comme une masse. Misaël lui,
rangea toutes leurs affaires avant de prendre
place dans le lit. Il regardait dormir Pearl,
heureux de passer encore quelques jours avec
elle. Il l'aimait tant !
On était le 7 février, il avait donc deux jours pour
lui faire découvrir l'archipel. Par la suite, ils
allaient s'organiser en fonction du congrès.
Le lendemain, après le déjeuner, ils visitèrent
les marchés traditionnels dans les quartiers
popu-laires. Ils attendirent même avec les autres
visiteurs le retour des pêcheurs sur la plage
déversant une grande variété de poissons.
Ils retournèrent sur l'île de Sal où ils flânèrent le
long des belles plages immenses au sable fin.
Ils dégustèrent des langoustes et du thon. Pearl
découvrit le plat national du Cap Vert, le
CATCHUPA, à base de maïs, de haricots et de
viande, qu'elle adora.
Les jours s'écoulaient comme un rêve. Lorsque
Misaël était au congrès, elle flânait dans les
rues, achetant là un foulard, ici un collier de
coquillages.
Quoique le portugais soit la langue officielle, la
plupart des gens s'exprimaient aussi en créole,
en français et en anglais.
Le 14 février, ils se rendirent à Mendolo, la
capitale de l'île de São Vicente, implantée au
fond d'une grande baie. L'île était dotée d'un
port en eau profonde, qui comme le lui expliqua
Misaël trafiquait avec le monde entier. Par un
coup de grâce, la « diva aux pieds nus » se
produisait au «CAFÉ ROYAL » chez «
TcHOUNA», un bar en plein centre de Mendolo.
Sa musique lente et nostalgique berça tous les
noctambules qui étaient présents.
Pearl réussit à avoir un autographe de la
chanteuse
Cap Verdienne.
Ce jour là, Misaël et elle dégustèrent de la «
BACALHAU AO FORNO », un plat composé de
morue émiettée d'oignons et de pomme de terre
gratinée au four. De retour à l'hôtel, après avoir
passionnément fait l'amour, Misaël dit à Pearl :
• Veux-tu m'épouser? Je te préviens, tu n'as

que deux alternatives, c'est oui ou oui.


• Je vois que je n'ai pas tellement le choix.

• Alors ?

• C'est oui, Misaël, mille fois oui.

En un mouvement, il fut sur elle, la couvrant de


baisers. Quelques minutes plus tard, ils faisaient
de nouveau l'amour.
o

Depuis quelques jours, après leur retour du Cap


Vert, Pearl n'était pas dans son assiette. Cette
nuit, elle avait beaucoup vomi, si bien que le
lendemain, elle était très affaiblie. Elle demanda
à Val de la déposer à la clinique, en allant au
travail.
La secrétaire de Misaël la conduisit aussitôt au
cabinet de ce dernier.
- Pearl ! Quelle belle surprise ! Comment vas-tu
?
Il la prit dans ses bras pour l'embrasser passion-
nément.
- Je vais très mal docteur.
Elle lui expliqua rapidement son état de santé.
• Ça doit être dû aux crevettes que nous

avons mangées chez Mame Fadilé la


semaine dernière, conclut-elle.
• C'est une allergie alors ?

• Je ne sais pas. C'est toi le docteur.

Misaël fit le tour de son bureau pour se rasseoir


et lui poser d'autres questions avant de lui dire
de but en blanc :
91
- Déshabille-toi.
La surprise laissa Pearl sans voix, mais elle finit
par balbutier :
• Me... me déshabiller ?

• Oui, bien sûr.

1Da
Elle s'exécuta et Misaeel l'ausculta. Ensuite, il la
pria de se rhabiller.
- Alors docteur ?
1102
- Vous n'avez rien de grave madame Bahityr.
Cela va se calmer tout seul dans sept mois.
- Bien. Je peux partir alors ? Pardon, tu as dit
dans sept mois ?
ЭДО%
• Oui ma Pearl. Dans sept mois, tu me

donneras un beau bébé.


• Misaël ! Tu veux dire que je suis... Je...

• Encore oui mon amour, dit Misaël en la

prenant à nouveau dans ses bras pour un


autre baiser aussi fougueux que passionné.
Pearl pleurait et riait en même temps. Comme
elle était heureuse, elle qui aimait tant les
enfants!
«Mais est-ce possible ? » Ne cessait-elle de
répéter.
Elle avait vécu avec deux hommes et jamais elle
n'avait eu le moindre retard de règles. Elle avait
alors pensé qu'elle était stérile et voilà qu'à
trente trois ans, elle tombait enceinte pour la
première fois de sa vie et cela grâce à Misaël
Bahityr.
- Merci Misaël
- Mais non Pearl, c'est à Dieu que nous devons
dire merci. Accorde-moi quelques minutes, le
temps que je confie mes patients à l'un de mes
collègues, ainsi nous aurons cette journée rien
que pour nous deux, plutôt, nous trois.
Ils partirent d'un grand éclat de rire. Misal en
profita pour attirer Pearl contre lui et lui caresser
son ventre encore plat. Elle se sentait bien tout-
à coup. Elle dit néanmoins à Misaël :
- Non mon amour, il n'y a rien de nouveau sous
les cieux n'est-ce pas ? Nous nous verrons à
midi chez Mame Fadilé comme d'habitude.
Une fois hors du bâtiment, elle tomba nez à nez
avec Dalida. Les deux femmes s'observèrent
longuement, puis Pearl poursuivit son chemin
sans échanger un mot avec sa rivale et fit signe
au premier taxi qui venait vers elle.
Après avoir quitté Misaël, Pearl rentra
directement à la « villa du pionnier » non sans
avoir avisé Valérie. Une fois dans sa chambre,
elle prit un bain parfumé, s'enveloppa dans un
peignoir et alluma une bougie pour prier et
remercier le Seigneur.
Elle avait à peine fini, lorsque la bonne lui
annonça qu'elle avait de la visite. C'était Dalida.
Pearl se vêtit rapidement et descendit retrouver
sa rivale sur la terrasse.
- Félicité m'a dit que tu voulais me voir Dalida.
C'est à quel sujet ?
• Je ne vais pas être longue, laisse mon

fiancé en paix. Je l'aime et je ne veux le


partager ni avec toi, ni avec une autre.
• Ah! Oui ? Excuse-moi Dalida, mais je ne
vais pas m'abaisser à discuter de mon
Misaël avec une vulgaire serveuse de bar.
• Il faut croire que les serveuses de bar ont

fait l'affaire de ton mari, puisqu'il t'avait


quittée pour moi.
• Mais aujourd'hui, c'est différent, puisque

c'est toi que Misaël a quittée pour moi.


• Ne crie pas trop vite victoire, car tu ne sais

pas de quoi je suis capable.


• Je ne crie pas victoire ma pauvre Dalida,

parce que je n'étais pas en compétition avec


toi.
C'est moi que Misaël aime et nous allons nous
marier bientôt.
Dalida accusa le coup, mais se ressaisit
rapidement :
• Malgré tout ton argent Pearl, tu ne pourras

jamais le rendre heureux. Pauvre de toi dont


le ventre est un cimetière.
• C'est toi qui le dit, alors prouve-le.

Dalida partit d'un rire nerveux.


- Mais tout le monde sait que tu es stérile pauvre
idiote, même si tu fais croire aux gens que
Junior est ton fils.
- Sors de chez moi et ne tavis plus jamais dy
remettre les pieds, tu entends ?
Dalida tourna les talons, mais sur le pas du
portail, elle se retourna vivement et dit :
- Tu auras de mes nouvelles très bientôt, est
alors que tu sauras qui je suis vraiment.
Puis elle disparut, laissant Pearl effondrée et
abasourdie. Comment cette femme osait-elle
venir l'insulter chez elle ? Pour qui se prenait-
elle pour la menacer de la sorte ? Elle était
encore sous le choc, lorsque Valérie arriva.
- Pearl, que se passe-t-il ? Félicité m'a appelée
pour me dire que Dalida est venue te faire des
histoires ?
La jeune bonne s'excusa d'avoir agi à l'insu de
sa patronne.
- Ce n'est rien Félicité, tu as bien agi. Retourne
a la cuisine.
La bonne les laissa donc seules. Val entraîna
alors sa sœur dans le salon où elle l'aida à
s'allonger sur le divan, car Pearl était redevenue
pâle et extrêmement agitée, ce qui n'était pas
bon signe.
Val eut peur et voulut appeler Misaël, mais Pear!
le lui interdit vivement.
• J'ai simplement besoin d'un jus de

pamplemousse et de repos. Tu peux


retourner à 'hôtel
Il n'en n'est pas question Pearl. Je resterai avec
toi jusqu'à ce que tu ailles mieux. De toute
façon, tu sais qu'en ce mois de février, il n'y a
pas trop de travail au Firmament et que les
employés peuvent se débrouiller sans nous. Ne
pense plus à rien et relaxe-toi pendant que je
prépare ton jus fruit. Tu me raconteras tout
après.
Mais une fois dans la cuisine, Félicité lui raconta
les faits dans les moindres détails, ce qui mit Val
hors d'elle.
Dix minutes plus tard, elle revint au salon avec
un grand verre de jus de pamplemousse que
Pearl but d'un trait. Elle se sentit mieux ensuite.
• Pearl, Félicité m'a tout raconté. Elle ne

manque vraiment pas d'aplomb cette


femme.
• Si tu avais vu son regard, Val, elle m'aurait

tuée ! Elle est folle. Je ne sais pas ce qu'elle


a derrière la tête, mais elle me fait peur.
• Nous devons en parler à Misaël. Après tout,

c'est à cause de lui que tout ceci est arrivé


n'est-ce pas ? C'est donc à lui de régler ça.
Au fait, c'est vrai que vous allez vous marier
?
• Oui Valérie Avi. Et ce n'est pas tout, dans

sept mois, tu seras tantie pour la seconde


fois.
• Quoi ? Pearl, dis-moi que c'est pas vrai.

• Oh! Que si Val chérie, je suis enceinte.


Val serra sa sœur contre elle à l'étouffer.
• Gloire au Seigneur. Félicitations Pearl. Tu

vois, Misaël est vraiment l'homme qu'il te


fallait.
• C'est vrai et tu ne peux pas comprendre à

quel point je suis folle de lui. Je n'avais


jamais pensé que cela puisse être possible.
Maintenant, tu es située et lui aussi te le renda
bien. Mais une idée me vient, si tu es enceinte,
cela veut dire que c'est Jean-François N goran
qui vat des problèmes, alors ?
les- Et dans ce cas, c'est que Junior n'est pas
son Is- Si c'est le cas, c'est que cette Dalida est
vraiment une femme machiavélique.
- Vu sa réaction de tout à l'heure, je ne peux le
nier.
Ces suppositions laissèrent les deux femmes
perplexes, mais avec une seule envie : que
Dalida sorte de leur vie une bonne fois pour
toutes.
Misaël sortit de l'appartement de Dalida mal à
l'aise. Elle l'avait invité à déjeuner, mais il n'avait
accepté que pour discuter avec elle de leur
relation.
Il pensait avoir définitivement réglé le problème
Dalida, mais c'était mal la connaître, car deux
semaines plus tard, elle enlevait Junior sur le
chemin de l'école. Le soir-même, elle appela
Pearl sur son portable :
• Si tu veux voir l'unique enfant de ton mari,

rends-moi Misaël.
• Passe-moi Junior.

• Oh! Que non Pearl, tu ne lui parleras que

lorsque tu m'auras rendu Misaël.


Pearl aurait voulu être en face d'elle pour lui
donner la paire de gifles qu'elle méritait.
Comment avait-elle pu tomber aussi bas, pour
utiliser son propre fils. Elle décida de jouer le
tout pour le tout.
• Chère Dalida, toi et moi savons que Junior

n'est pas le fils de feu mon mari. Alors tu


peux le garder si cela te chante. Quant à
moi, je m'en fiche.
• Quoi ? Que veux-tu insinuer par-là ?

• Je n'insinue rien du tout. Tu as bien compris

ce que j'ai dit, nous n'avons plus rien à nous


dire.
Adieu ! Et elle coupa son portable.
• Tu as été géniale, une vraie perle.

• Mais j'ai quand même peur, car j'adore

Junior et je souhaiterais qu'il revienne à la


maison.
• Ne t'inquiète pas ma sœur, Junior sera

bientôt parmi nous.


Effectivement, le lendemain Junior fut
raccompagné à la villa du pionnier par sa
ravisseuse qui avait compris que n'ayant pas les
moyens nécessaires pour éduquer son enfant,
sa rivale restait son ultime recours. Elle avait
aussi compris qu'elle avait perdu la bataille face
à Pearl : Elle n'aurait pas Misaël. Elle prit alors
la sage décision de faire table rase du passé
pour se tourner vers l'avenir. Pour ce faire, elle
allait commencer par disparaître de la vie des
tourtereaux et vivre pour elle-même. Ce jour-là
fut un jour de liesse à la «villa du pionnier ».
La semaine suivante, Pearl, Misaël, Mame
Fadilé, Roland Herbert, Serge Patrick et Val,
embarquèrent pour la presqu'île de Dagbégo à
trois cent douze kilomètres, dans le sud-ouest
de la Cote d'Tvoire en passant par la côtière.
Misiel et ses parents voulaient rencontrer Jean-
et manuel et Anna, Ceux-ci, avertis à l'avance,
regurent leurs invités de la plus chaleureuse
façon.
Leur séjour dura trois jours, pendant lesquels on
discuta des conditions du mariage coutumier
des fiancés.
Très tard dans la nuit, alors que toute la
maisonnée dormait, Anna et Pearl discutèrent
longtemps dans la chambre de cette dernière.
o *
o

15 mai à 16 heures, la voiture de la mariée se


gara devant l'hôtel de ville. Pearl en sortit, vêtue
d'une longue robe de mariage de la styliste
Adèle H, en pagne baoulé. Cette robe qui sortait
de l'ordinaire, fut admirée à sa juste valeur.
Pearl avait pour dame de compagnie, Marie-
Estelle Diby et pour témoin, Marie-Jeanne Nda.
Jean-Emmanuel Djédjé, fier de sa belle-fille, lui
aussi tiré à quatre épingles, lui offrit son bras
pour entrer dans la salle où les attendait
impatiemment Misaël un bouquet de roses
rouges en main, qu'il tendit à sa fiancée avec
son plus beau sourire.
A la demande du maire, Deret le témoin du
marié sortit les deux alliances en or blanc, dont
l'une était sertie de diamants et dans chacune
desquelles étaient gravés leurs prénoms et
l'année du mariage. Après les formalités
d'usage, un long baiser des mariés, nourri des
applaudissements des invités, mit fin à la
cérémonie.
Ensuite, tout le monde se retrouva dans
l'immense jardin du « Firmament » pour faire la
fête. Tous les parents et amis des mariés étaient
présents ainsi que les amis des amis. Maëva et
Vanis avaient fait le déplacement avec
Roxanne.
Pearl étant trop fatiguée pour voyager à cause
de ses cinq mois de grossesse, les nouveaux
mariés remirent leur voyage de noces au mois
de décembre, c'est-à-dire, trois mois après la
naissance du bébé.
9 septembre, 10 heures, Pearl était admise en
salle d'accouchement.
- Poussez madame, ne cessait de crier la sage-
femme.
Mais Pearl avait trop mal pour l'entendre. Elle
n'arrêtait pas de se tordre de douleur dans le lit,
poussant un long cri, lorsqu'une vive douleur la
traversait. Pensant qu'elle allait mourir, elle se
mit à pleurer.
Misaël arpentait nerveusement le couloir. Les
douleurs de Pearl avaient commencé la veille
dans l'après-midi, alors que le matin-même, ils
avaient fait 'amour. Il s'en voulait et ne
supportait même plus de se regarder dans un
miroir, lorsqu'il l'entendait crier.
Quant à la sage-femme, elle ne cessait
d'encourager la primipare.
- Madame, la douleur est normale, mais je vous
en prie, faites un effort ou le bébé va mourir.
Mourir ? Ce mot fit frémir Pearl de la tête aux
pieds et dans un effort surhumain, elle poussa.
Elle entendit quelques minutes plus tard, les cris
d'un bébé, son bebe ! Son rire se mêla aux
pleurs
de l'enfant.
- Félicitations madame Bahityr, vous avez une
belle petite fille.
La sage-femme fit leur toilette avant de les
conduire dans leur chambre. Misaël portait le
petit paquet rose et chaud contre sa poitrine,
tandis que Pearl épuisée, s'était endormie.
Quelques heures plus tard, toute la grande
famille était réunie au chevet du bébé, qui fut
baptisée deux semaines plus tard : Anna Fadilé
Bahityr.

Epilogue
Une douce caresse sur sa joue, fit ouvrir les
yeux à Pearl. Misaël était penché sur elle :
- C'est aujourd'hui que nous avons notre
promenade en bateau mon amour.
Elle s'étira langoureusement. Cela faisait trois
jours et trois nuits qu'ils étaient en voyage de
noces dans cet endroit paradisiaque nommé «
best of Africa»*, trois jours pendant lesquels ils
n'avaient cessé de nager, flirter sous les
cocotiers, manger pour quatre et faire l'amour
sans jamais se rassasier l'un de l'autre. Dans ce
havre de paix, ils ne pensaient à rien, ni à
personne d'autre qu'à eux deux. Ils étaient
simplement heureux et Pearl se dit que le
bonheur pouvait se trouver à tout moment dans
la vie, pourvu que l'on soit patient.
Ils prirent rapidement une douche avant de
déjeuner puis rejoindre le propriétaire du bateau
pour une promenade en mer d'une heure
environ.
Mais, quinze minutes après leur départ, ils
dûrent accoster, car Pearl avait le mal de mer.
Une fois à terre, elle se mit à vomir à en devenir
malade.
Misaël dût la porter dans leur bungalow.
• Pardonne-moi mon amour, je ne savais pas
que tu avais le mal de mer.
• Moi non plus Misaël, c'est la première fois

que je monte dans un bateau.


Il l'allongea délicatement sur le lit et elle redevint
calme peu à peu.
Ils ne savaient pas encore que dans huit mois,
ils seraient à nouveaux parents.
Composition & Mise en pages
D.P. NEI
Achevé d'imprimer 1er trimestre 2006 par le
groupe SIPPI
Dépôt légal : n° 7040

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