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Émancipation Féminine dans "Le Malade Imaginaire"

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LFILM 2024

ÉTUDE LINÉAIRE
Le malade imaginaire, acte II, scène 6, Molière, 1673 (EL1)

Si la pièce est célèbre pour sa satire des médecins, les thèmes chers à Molière y apparaissent

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également. Ainsi, l’émancipation féminine et le droit moral des femmes à être maîtresses de leur
destin sont des sujets qui guident l’intrigue. En effet, la structure de la pièce repose sur l’union
imposée entre Angélique et Thomas Diafoirus. Si ce dernier est évidemment d’accord, la jeune lle
ne compte pas se laisser faire car elle aime déjà Cléante, un jeune homme plus conforme à son

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cœur… Il est donc question des mariage forcé, où l’époux est choisi par le père de la jeune lle.
Dans cette scène, Angélique veut expliquer sa conception du mariage.
Malgré le rire et la comédie, le sujet de cette scène en particulier est donc particulièrement sérieux.

Comment Angélique remet-elle en question la condition imposée aux femmes ?

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Que révèle cette dispute ?
Comment cette scène de con it sert-elle l’intrigue ?
Pourquoi peut-on af rmer, en nous appuyant sur cet extrait, que la comédie sert la ré exion ?
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Contexte de l’extrait : la scène 6 est déjà bien entamée. Angélique s’est opposée à son père Argan et
à Thomas Diafoirus, l’époux qui lui est imposé. Béline intervient à son tour dans la dispute.

l.1-2 : Béline attaque immédiatement Angélique, sous la forme d’une antithèse :


1ère étape : Elle quali e Angélique de lle « bien sage[s] et bien honnête[s] » : la répétition de l’adverbe
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« bien » révèle l’ironie de ce commentaire.


2ème étape : « se moquent d’être obéissantes et soumises aux volonté de leurs pères » : c’est évidemment un
reproche adressé à la jeune lle, qui vient contredire le premier compliment. Il s’agit bien sûr
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d’ironie, utilisée ici pour souligner la contradiction qu’il y aurait à se prétendre une jeune lle bien
élevée, tout en désobéissant à son père.
+ L’emploi du pluriel inclut Angélique dans une catégorie de jeunes lles, un type.
A

« Cela était bon autrefois » : Béline déplore que ce type de comportement soit de plus en plus
répandu chez les jeunes lles. Toujours dans un registre ironique, elle accuse Angélique de ne pas
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respecter les traditions. Selon Béline, ces nouveaux comportements vont contre la coutume.

l.3-4 : On remarque qu’Angélique est toujours quali ée de « lle », y compris dans ses propres mots
= c’est-à-dire qu’Angélique est toujours considérée en fonction de son lien de liation (elle est
systématiquement la lle d’Argan). Elle n’est jamais considérée comme une femme indépendante.
=> Cela rejoint la conception de l’époque qui veut qu’une femme soit toujours considérée en
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fonction de ses liens familiaux ( lle, épouse, mère, sœur), mais rarement comme une personne
indépendante et autonome.

Ici, Angélique reconnaît et admet 2 choses, concernant l’obéissance d’une lle à son père :
- qu’une lle a bien des « devoirs ».
- qu’il existe une « raison » (= un bon sens) et des « lois »
Toutefois, elle pose des limites à ces obligations morales, en af rmant que ces obligations ne
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concernent pas tous les domaines (« ne l’étendent point à toutes sortes de choses »).
=> Angélique rappelle donc que si la morale et la loi imposent aux lles d’obéir à leur père, ce
dernier ne doit pas non plus abuser de cette autorité en l’appliquant à tous les aspects de la vie,
notamment le choix de l’homme à qui la lle souhaite s’unir.

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l.5-6 : Béline tente encore une fois de dénoncer la contradiction du comportement d’Angélique. Elle
lui reproche de ne penser qu’à se marier, mais tout en voulant choisir un mari selon son goût. Pour
Béline, ces deux attitudes sont contradictoires (comme le prouve le « mais », connecteur

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d’opposition entre les 2 propositions de la phrase), mais évidemment pas pour Angélique, pour
qui il est naturel d’épouser un homme qu’elle aime.
=> Béline apparaît comme une femme prisonnière des préjugés de son temps et de sa condition.
Pour elle, si une jeune lle est pressée de se marier, cela signi e forcément qu’elle est prête à

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accepter n’importe quel homme. Angélique est en rupture avec cette façon de penser.

l.7-8 : Cette réplique nous con rme qu’Angélique est une personne modérée, prête à faire des
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compromis. Elle accepte le refus de son père de la laisser choisir un mari, mais elle demande
simplement qu’il ne la force pas à en épouser un qu’elle n’aime pas.
= Angélique préfèrerait qu’on lui interdise de se marier, plutôt que de la forcer à se marier avec un
homme qu’elle n’aime pas.
= Angélique exprime donc explicitement son rejet de Thomas Diafoirus, jeune homme ridicule,
stupide et prétentieux.
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l.9 : retour comique d’Argan dans la conversation, qui lui avait échappée. Il s’excuse auprès de
Thomas Diafoirus et de son père, qui sont donc toujours présents sur scène et assistent à cette
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dispute entre Béline et Angélique => Les personnages masculins (Argan, Thomas Diafoirus, le père
Diafoirus) sont donc ici dépassés, ils ont perdu le contrôle de la conversation et sont simples
spectateurs de l’échange entre les 2 femmes (Angélique, Béline).
A

l.10-17 : tirade d’Angélique. 1ère phrase comme une vérité générale, qui af rme la subjectivité de
chaque personne (« chacune »). Angélique suggère que les femmes peuvent avoir différents
.P

objectifs en se mariant.
Elle distingue 3 catégories de femmes (= 3 raisons de se marier) :
1. Les femmes, comme Angélique, qui ne veulent « un mari que pour l’aimer véritablement » et
qui estiment que le mariage est un engagement à vie. Angélique s’appuie justement sur le caractère
durable de cette union (« l’attachement de ma vie ») pour justi er sa « précaution », c’est-à-dire la
prudence dont elle veut faire preuve pour choisir la bonne personne.
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2. « Il y en a d’autres qui prennent des maris seulement pour se tirer de la contrainte de leurs
parents et se mettre en état de faire tout ce qu’elles voudront. » = certaines femmes veulent se marier
pour se libérer de leur famille et gagner ainsi une liberté d’agir selon leurs désirs et caprices.
3. « Il y en a d’autres, madame, qui font du mariage un commerce » = certaines femmes se
marient avec des hommes plus âgés pour pro ter de leur argent et récupérer l’héritage à leur mort.
Angélique évoque ces femmes avec colère et emploie des termes péjoratifs qui rendent honteuses
ces attitudes : « courent sans scrupules de mari en mari », « s’approprier leurs dépouilles »

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=> Angélique va se distinguer des 2 dernières catégories de femmes, en les mettant à distance
grâce au pronom démonstratif « Ces personnes-là ». Elle explique que ces femmes ne sont pas
intéressés par la « personne » du mari potentiel (mais seulement par son caractère soumis qui leur
permettra de faire « ce qu’elles voudront » ou par sa fortune).

N
En vérité, Angélique cible ici Béline, nouvelle épouse de son père Argan et bien plus jeune que lui.
La suite de la pièce lui donnera raison et c’est grâce à un stratagème de la servante Toinette que les
intentions de Béline seront démasquées (voir acte III scène 12).

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l.18-19 : Béline perçoit les insinuations d’Angélique et l’accuse d’être « raisonnante ». Cet adjectif,
dérivé de « raison », signi e qu’Angélique ré échit. Le simple fait de ré échir est ici formulé
comme un reproche !

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=> Encore une fois apparaît brutalement un des aspects de la condition féminine : les jeunes lles
ne sont pas supposées ré échir…

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l.20 : Angélique se défend par l’enchaînement de 2 questions rhétoriques. Elle recourt au
pléonasme : « Que voudrais-je dire que ce je dis ? » ( = Que voudrais-je dire d’autre que ce que je
dis ?).

l.21 : On peut être tenté de voir un registre polémique dans ce texte, puisque 2 personnes se
disputent, mais en vérité Béline n’a aucun argument et ne peut rivaliser avec Angélique en termes
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de ré exion et d’idées. Pour qu’il y ait débat polémique, il faut que les 2 protagonistes puissent
échanger des arguments. Béline tombe ici dans l’insulte et recourt à l’argument ad hominem :
« Vous êtes si sotte ». À vrai dire, Angélique a exposé ses idées avec clarté et logique, donnant la
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preuve qu’elle sait analyser et critiquer les comportements de ses semblables ; c’est une jeune
femme lucide et autonome. En revanche, Béline est incapable de formuler le moindre argument
rationnel, elle ne recourt qu’à l’ironie (§1, §3) ou à l’attaque personnelle (§8). C’est donc plutôt
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Béline qui paraît bien « sotte » au spectateur qui assiste à cette dispute. D’ailleurs Béline donnera la
preuve de sa bêtise en tombant dans le piège tendu par Toinette, qui lui fera croire qu’Argan est
mort (voir acte III scène 12).
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l.22-23 : Angélique démontre encore sa maîtrise de soi : elle continue de marquer une extrême
politesse face à sa belle-mère (« madame ») et elle dévoile la stratégie de son adversaire. Angélique
accuse Béline de vouloir la mettre en colère, mais elle refuse de lui faire ce plaisir : « vous n’aurez
pas cet avantage ».
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l.24 : Angélique est accusée « d’insolence ». Encore une fois, le simple fait que la jeune lle
ré échisse et exprime un avis critique est perçu comme une désobéissance et une faute morale.

l.25 : Angélique reste imperturbable. Nous en pro terons pour rappeler la connotation du nom de
ce personnage : « Angélique » = celle qui a le caractère des anges, qui ressemble à un ange. Le nom
prédestinait ce personnage féminin à incarner la pureté, l’innocence et la droiture morale.

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l.26-27 : Béline poursuit son procès.


« orgueil, présomption » : les exigences d’Angélique (épouser un homme qu’elle aime) sont perçues
comme inadaptées. Pour son entourage, Angélique veut sortir de sa condition et du rôle qui lui est
attribué par les normes sociales, ce qui est vu alors comme prétentieux.

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l.28-29 : Angélique reste calme et souligne l’inutilité des attaques de sa belle-mère : « Tout cela […]
ne servira de rien. »
+ départ d’Angélique, qui va quitter la scène : « je vais m’ôter de votre vue »

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l.30-32 : Argan, écarté au pro t des 2 femmes qui monopolisaient la parole, revient au premier plan
de la scène. En tant que père et gure d’autorité, il s’impose par un impératif : « Écoute », adressé à
sa lle. Sa décision est sans compromis et s’exprime à travers un zeugma : « choisis d’épouser dans

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quatre jours ou monsieur ou un couvent. » = Argan impose un délai à sa lle au terme duquel, si elle
refuse toujours d’épouser Thomas Diafoirus, elle sera envoyée dans un couvent pour le reste de ses
jours.
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Au XVIIe s., un père a toute autorité sur sa lle jusqu’à son mariage, moment où cette autorité légale sera transmise au
mari. Par conséquent, Argan peut forcer sa lle Angélique a intégrer un couvent, c’est-à-dire une communauté
religieuse, exclusivement féminine, composée de bonnes sœurs, appelées aussi « nonnes ». Il s’agit d’un engagement à
vie et d’un renoncement à toutes les possessions matérielles, ainsi qu’un renoncement à toute union avec un homme
évidemment.
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=> Argan emploie donc à la fois l’argument d’autorité et la menace contre sa lle.

+ la didascalie « à Béline » marque le changement d’interlocutrice : Argan s’adresse désormais à


Béline, sa femme, et lui assure qu’il parviendra à soumettre sa lle à sa volonté. Le sérieux
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apparent de la situation recèle pourtant bien un effet de comique de situation car Béline,
justement, aimerait bien qu’Angélique soit envoyée au couvent ! Cela lui permettrait d’éliminer
l’héritière d’Argan, à son seul pro t.
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BILAN => Le con it n’est donc pas résolu, aucun accord n’a pu être trouvé entre Angélique et son
père ou sa belle-mère.
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=> La scène 6 de l’acte II est cruciale dans le déroulement de l’intrigue : le refus d’Angélique face
au ls Diafoirus agit comme un élément perturbateur, qui ne semble pas pouvoir être résolu. Si
l’entrée en scène du ridicule personnage de Thomas Diafoirus provoque le rire des spectateurs, ce
moment de la pièce permet néanmoins à Molière d’aborder explicitement des thèmes
polémiques : le pouvoir des pères sur leurs lles, la condition féminine, les mariages d’intérêts, les
mariages arrangés et même forcés, l’attitude de certaines femmes manipulatrices (Béline).
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Molière met donc en pratique le principe qu’il énonçait déjà en 1664 :

« Le devoir de la comédie étant de corriger les hommes en les divertissant, j’ai cru que je n’avais rien
de mieux à faire que d’attaquer par des peintures ridicules les vices de mon siècle. »

Premier placet présenté au roi sur la comédie du Tartuffe, 1664

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