Université Paris Sud - Math 202 Année 2018 - 2019
Examen M202
Jeudi 13 décembre 2018.
Durée : 2h. Documents, calculatrices et téléphones portables interdits. Justifiez
soigneusement vos résultats.
Exercice 1 On considère f un endomorphisme linéaire de R2 dont la matrice dans
la base canonique est la matrice A suivante
!
7 −6
A= ∈ M2 (R).
9 −8
1. Déterminer le polynôme caractéristique ainsi que les valeurs propres de la
matrice A.
2. Déterminer une base B = (u, v) de R2 constituée de vecteurs propres de A.
Écrire la matrice de passage P de la base canonique vers la base B.
3. Déterminer une matrice diagonale D telle que A = P DP −1 .
4. Pour tout n > 0, calculer An .
5. On considère deux suites (xn )n>0 et (yn )n>0 vérifiant la relation
x
n+1 = 7xn − 6yn
∀n > 0, .
yn+1 = 9xn − 8yn
Pour tout n > 0, déterminer xn et yn en fonction de n, x0 et y0 .
Corrigé :
1. Le polynôme caractéristique de la matrice est donné par
χA (x) = det(xI2 − A) = (x − 7)(x + 8) + 54 = x2 + x + 54 − 56 = x2 + x − 2.
Cherchons ses racines. Son discriminant est égal à ∆ = 1 + 8 = 9 = 32 , donc
ses racines sont −1+3
2
= 1 et −1−32
= −2. Comme les racines du polynôme
caractéristique de A sont les valeurs propres de A, la matrice A a exactement
deux valeurs propres qui sont 1 et −2.
2. On cherche une base des sous-espaces E1 (A) et E−2 (A). On résout donc le
système
6x − 6y = 0
⇔ x = y.
9x − 9y = 0
1
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!
1
On a donc E3 (A) = R . On a également
1
!
x 9x − 6y =0
∈ E−5 (A) ↔
y 9x − 6y =0
⇔ 3x − 2y = 0.
! ! !
2 1 2
Donc E−5 (A) = R . Posons alors u = et v = . La famille (u, v)
3 1 3
est constituée de vecteurs propres associées à des valeurs propres distinctes
de A, il s’agit donc d’une famille libre et donc d’une base pour raisons de
dimension. La matrice de passage de la base canonique vers la base (u, v) est
alors !
1 2
P = .
1 3
3. Posons D = P −1 AP . La matrice D est la matrice de l’endomorphisme associé
à A dans la base (u, v), on a donc
!
1 0
D= .
0 −2
4. Commençons par calculer P −1 . Comme det P = 1, la formule de Cramer
nous donne !
−1 3 −2
P = .
−1 1
Pour tout n > 0, on a
!
1 0
An = P Dn P −1 = P
0 (−2)n
! ! !
1 2 · (−2)n 3 −2 3 − 2 · (−2)n −2 + 2 · (−2)n
= = .
1 3 · (−2)n −1 1 3 − 3 · (−2)n −2 + 3 · (−2)n
5. On a la relation ! !
xn+1 x
=A n .
yn+1 yn
Démontrons par récurrence sur n > 0 que
! !
xn x
= An 0 .
yn y0
2
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Le cas n = 0 provient de A0 = I2 . Supposons que
! !
xn x
= An 0 .
yn y0
Alors on a
! ! ! !
xn+1 x x x
= A n = A · An n = An+1 0 .
yn+1 yn yn y0
On en déduit
x
n = (3 − 2 · (−2)n )x0 + (−2 + 2 · (−2)n )y0 = (3x0 − 2y0 ) + (−2)n (−2x0 + 2y0 )
.
y n = (3 − 3 · (−2)n )x0 + (−2 + 3 · (−2)n )y0 = (3x0 − 2y0 ) + (−2)n (−3x0 + 3y0 )
Exercice D2 Dans cet exercice, l’espace R3 est muni du produit scalaire canonique
x1 x2 E
défini par y1 , y2
z1 z2
= x1 x2 + y1 y2 + z1 z2 .
On considère l’endomorphisme linéaire f de R3 défini par
x 3x − y − z
f y = −x + 3y − z .
z −x − y + 3z
1. Déterminer la matrice de f dans la base canonique de R3 et montrer que f
est un endomorphisme autoadjoint de R3 .
2. Calculer le polynôme caractéristique de f . En déduire les valeurs propres de
f.
3. Déduire des deux questions précédentes, sans autre calcul supplémentaire,
que dim E4 (f ) = 2.
4. Déterminer un polynôme simplement scindé P ∈ R[X] tel que P (f ) = 0.
5. Vérifier que la famille (u, v) ci-dessous est une base de E4 (f )
1 1
u = −1
, v = 0
.
0 −1
En appliquant le procédé d’othogonalisation de Schmidt à la famille (u, v),
construire une base orthonormale de E4 (f ).
6. Calculer les projetés orthogonaux de w1 et w2 sur E4 (f ) où w1 et w2 sont les
vecteurs suivants :
1 1
w1 = 2 , w2 = 1 .
2 1
Déterminer ensuite la distance à E4 (f ) de w1 et w2 .
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7. On considère à présent, pour a ∈ R, l’endomorphisme fa de R3 défini par
x (3 + a)x − (1 − a)y − (1 + 2a)z
fa y = −(1 + a)x + (3 − a)y − (1 − 2a)z .
z −x − y + 3z
Déterminer la matrice de fa dans la base (w2 , u, v). Pour quelles valeurs de
a l’endomorphisme fa est-il diagonalisable ?
Corrigé :
1. La matrice de f dans la base canonique est la matrice
3 −1 −1
A = −1 3 −1 .
−1 −1 3
Il s’agit d’une matrice symétrique. Comme la base canonique est orthogonale,
l’endomorphisme f est autoadjoint.
2. Le polynôme caractéristique de A est égal à
χA (x) = −x3 + 9x2 − 24x + 16.
On remarque que 1 est une racine de χA , on obtient alors la factorisation
χA (x) = −(x − 1)(x2 − 8x + 16) = −(x − 1)(x − 4)2 .
Les valeurs propres de A sont exactement les racines du polynômes χ1 et les
valeurs propres de f sont les valeurs propres de A, c’est-à-dire 1 et 4.
3. Comme f est un endomorphisme autoadjoint, il est diagonalisable, ce qui
implique que les dimensions des sous-espaces propres de f sont égales aux
multiplicités des valeurs propres correspondantes dans le polynôme caracté-
ristique de A. Ainsi dim E4 (f ) = 2.
4. Comme f est un endomorphisme diagonalisable, il est annulé par le polynôme
simplement scindé
(X − λ) = (X − 1)(X − 4) = X 2 − 5X + 4.
Y
P (X) =
λ∈Sp f
5. Le sous-espaces vectoriel E4 (f ) est le sous-espaces d’équation x + y + z = 0.
Ainsi les deux vecteurs u et v sont dans E4 (f ). Ces deux vecteurs forment une
famille libre. En effet au + bv = 0 implique a + b = 0, −a = 0 et −b = 0, donc
a = b = 0. Comme l’espace E4 (f ) est de dimension 2, la famille (u, v) est bien
de dimension 2. Pour obtenir une base orthonormale de E4 (f ), on applique
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le procédé d’orthogonalisation à la base (u, v). On cherche un vecteur w de
hu,vi
la forme v + cu tel que hw, ui = 0. Il faut donc prendre c = − hu,ui = − 12 . Il
suffit alors de choisir
! 1
1 1 1 1 1
v1 = q u= √ , v2 = q w = √ 1 .
hu, ui 2 −1 hw, wi 6 −2
6. On calcule le projeté orthogonal de w1 sur E4 (f ). Il est donné par
−2
1 1
1 1 13
pE4 (f ) (w1 ) = hw1 , v1 iv1 + hw1 u, v2 iv2 = − −1 − 1 = 3 .
2 6 1
0 −2 3
La distance de w1 à E4 (f ) est alors
√
5 3
d(w1 , E4 (f )) = ||w1 − pE4 (f ) (w1 )|| = .
3
Le projeté orthogonal de w2 sur E4 (f ) est
pE4 (f ) (w2 ) = 0
√
donc la distance de w2 à E4 (f ) est d(w2 , E4 (f )) = ||w2 || = 3.
7. On a fa (w2 ) = w2 , fa (u) = u, fa (v) = v + 3au. On en conclut que la matrice
demandée est
1 0 0
M = 0 4 3a .
0 0 4
Le spectre de cette matrice est {1, 4}, elle est donc diagonalisable si et seule-
ment si (A − I3 )(A − 4I3 ) = 0. Comme
0 0 0
(A − I3 )(A − 4I3 ) =
0 0 9a ,
0 0 0
fa est diagonalisable si et seulement si a = 0.
Exercice 3 Soit (E, h,qi) un espace euclidien de dimension 4. On rappelle que si
x ∈ E, on note ||x|| = hx, xi.
1. Montrer que pour tout x et y dans E, on a
1
hx, yi = ||x + y||2 − ||x||2 − ||y||2 .
2
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Soit f ∈ L(E) un endomorphisme linéaire de E tel que, pour tout x ∈ E, on a
||f (x)|| = ||x||.
2. Montrer que f est une isométrie de E, c’est-à-dire que pour tout x et tout y
dans E, on a hf (x), f (y)i = hx, yi.
On suppose de plus dans les questions suivantes que le polynôme caractéristique
de f est égal à X 4 + 1.
3. Montrer que f ne possède pas de vecteur propre dans E.
4. Soit V un sous-espace vectoriel de E stable par f . Montrer que pour tout
y ∈ V , il existe un unique z ∈ V tel que f (z) = y. En déduire que V ⊥ est
stable par f .
5. En déduire qu’un sous-espace vectoriel V de E stable par f est de dimension
0, 2 ou 4.
Corrigé :
1. On calcule
||x + y||2 = hx + y, x + yi = hx, xi + hy, yi + 2hx, yi
D’où hx, yi = 21 (||x + y||2 − ||x||2 − ||y||2 ).
2. On a
1
hf (x), f (y)i = (||f (x) + f (y)||2 − ||f (x)||2 − ||f (y)||2 )
2
1
= (||f (x + y)||2 − ||f (x)||2 − ||f (y)||2 )
2
1
= (||x + y||2 − ||x||2 − ||y||2 )
2
= hx, yi.
3. Soit v un vecteur propre de f . Alors f (v) = λv et λ est alors une racine du
polynôme caractéristique X 4 + 1, ce qui est impossible car ce polynôme n’a
pas de racine dans R.
4. Soit g la restriction de f à V . Remarquons tout d’abord que f est une
isométrie, donc injective. En particulier g est aussi injective et est donc une
bijection de V sur V . On en déduit que si y ∈ V , il existe un unique z ∈ V
tel que y = f (z).
Soit x ∈ V ⊥ . Montrons que f (x) ∈ V ⊥ . Si y ∈ V , alors il existe z ∈ V tel
que y = f (z). On a alors
hf (x), yi = hf (x), f (z)i = hx, zi = 0.
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5. Comme V est un sous-espace vectoriel de E, on a
dim V ∈ {0, 1, 2, 3, 4}.
Supposons dim V = 1. Alors tout vecteur non nul de V est un vecteur propre,
ce qui est impossible d’après la question 3. Supposons dim V = 3. Alors
d’après la question 4, V ⊥ est un sous-espace vectoriel de dimension 1 stable
par f . C’est absurde par le même argument que précédemment.