COURS DROITS DES BIENS
Le droit des biens au Sénégal encadre la gestion des biens personnels,
incluant les successions et les régimes matrimoniaux. Initialement
collectif, le droit foncier a évolué avec les décrets de 1906 et 1932 pour
permettre la propriété foncière privée. Aujourd'hui, le droit foncier se
divise en trois régimes : le Domaine National (terres gérées par l'État et
non cessibles), le Domaine Privé (terres immatriculées au nom de
particuliers, cessibles), et le Domaine Public (terres de l'État pour des
usages publics). Les sources du droit comprennent la Constitution,
plusieurs lois spécifiques, et des règlements, avec le Code Civil Français
comme complément en cas de besoin.
Chapitre I - Les biens
La notion de bien a évolué pour inclure non seulement les objets
corporels mais aussi les biens incorporels tels que les droits commerciaux
et intellectuels. Cette évolution implique une analyse approfondie de la
notion de bien (Sect. I) et une classification des différents types de biens
(Sect. II).
Section I - La notion de bien :
Paragraphe I - Le bien, une chose :
La « chose » peut être interprétée de deux manières :
Sens étroit : Une chose est un objet tangible, saisissable et visible.
Sens large : Une chose est toute entité, corporelle ou incorporelle,
naturelle ou artificielle, différente de la personne.
A- DISTINCTION ENTRE LA CHOSE, LA PERSONNE ET
L’ANIMAL
1- LA CHOSE ET LA PERSONNE
Le droit distingue les personnes des choses. Les personnes ont une
personnalité juridique, contrairement aux choses. Historiquement, les
personnes pouvaient être assimilées à des choses, comme dans le cas de
l’esclavage, mais l’abolition de l’esclavage et la protection
constitutionnelle du corps humain excluent désormais les personnes de la
catégorie des choses. Cependant, des questions se posent sur l’embryon
et les restes humains, qui sont souvent traités avec respect mais ne
bénéficient pas de la personnalité juridique.
2- LA CHOSE ET L’ANIMAL
Les animaux sont juridiquement considérés comme des choses, pouvant
être appropriés, vendus ou loués. Néanmoins, en raison de leur nature
vivante et sensible, ils bénéficient d’une protection spécifique contre les
mauvais traitements. Leur statut de “chose” est atténué par cette
protection, mais ils ne possèdent pas de personnalité juridique et ne sont
pas soumis à des obligations comme les humains.
B- LE BIEN, COMME UNE CHOSE APPROPRIÉE
Les biens sont des choses appropriables qui permettent de satisfaire les
besoins humains. Ils sont définis par leur utilité et leur rareté, ce qui leur
confère une valeur. Certaines choses, comme les choses sans maître (res
nullius), les choses communes (rés communes) et les choses
abandonnées (res derelictae), ne sont pas immédiatement appropriées
mais peuvent devenir des biens lorsqu’elles sont appropriées. La
distinction entre chose et bien est fondamentale, car elle conduit à la
notion de droit sur le bien, établissant un lien entre la chose matérielle et
le droit abstrait.
PARAGRAPHE II : LE BIEN, UN DROIT PATRIMONIAL
Le bien est un droit patrimonial, essentiel pour le patrimoine, qui
comprend uniquement des droits évaluables en argent. Contrairement
aux droits extrapatrimoniaux, les droits patrimoniaux sont saisissables et
transmissibles. Le patrimoine est l’ensemble des droits et obligations
évaluables en argent, incluant actifs et passifs. La théorie classique
(AUBRY et RAU) considère le patrimoine comme une universalité de droit
liée à la personne, comprenant tous les biens et dettes. La théorie
moderne d’origine allemande introduit le patrimoine d’affectation,
permettant à des biens affectés à une activité spécifique d’être protégés
contre les créanciers de cette activité.
SECTION II : LA CLASSIFICATION DES BIENS
SECTION I : LA DISTINCTION TRADITIONNELLE ENTRE BIENS
MEUBLES ET BIENS IMMEUBLES
Les biens sont classés en meubles (déplaçables) et immeubles (fixes). La
distinction repose sur la mobilité et, anciennement, sur la valeur
économique. Les meubles peuvent nécessiter une immatriculation (ex.
véhicules), et les transactions immobilières requièrent un acte notarié.
Les garanties diffèrent : gage pour les meubles et hypothèque pour les
immeubles. La possession vaut titre pour les meubles, tandis qu’elle est
distincte de la propriété pour les immeubles.
A- LES MEUBLES
Les meubles se divisent en meubles par nature (déplacement), meubles
par anticipation (biens futurs meubles), et meubles par détermination de
la loi (droits incorporels sur des meubles).
B-LES IMMEUBLES
Les immeubles sont fixes et incluent les immeubles par nature (sol,
bâtiments), par destination (meubles attachés à un immeuble), et par
l’objet auquel ils s’appliquent. Un meuble peut devenir immeuble par
destination s’il est affecté à un immeuble, appartient au même
propriétaire, et si l’intention d’immobilisation est présente.
PARAGRAPHE II : LES NOUVELLES CLASSIFICATIONS
A- LA DISTINCTION ENTRE LES BIENS CORPORELS ET BIENS
INCORPORELS
Les immeubles sont fixes et incluent les immeubles par nature (sol,
bâtiments), par destination (meubles attachés à un immeuble), et
par l’objet auquel ils s’appliquent. Un meuble peut devenir
immeuble par destination s’il est affecté à un immeuble, appartient
au même propriétaire, et si l’intention d’immobilisation est
présente.
B- LA DISTINCTION ENTRE BIENS CONSOMPTIBLES ET BIENS
NON CONSOMPTIBLES
Les biens consomptibles disparaissent après usage (ex. aliments), tandis
que les non consomptibles ne disparaissent pas immédiatement (ex.
voitures). Les biens de consommation perdent leur valeur sans
disparaître.
C- LA DISTINCTION ENTRE BIENS FONGIBLES ET BIENS NON
FONGIBLES
Les biens fongibles sont interchangeables (ex. monnaie), tandis que les
biens non fongibles ne le sont pas (ex. œuvres d’art uniques). Un bien
fongible peut devenir non fongible par volonté des parties ou
circonstances spécifiques.
D- LA DISTINCTION ENTRE BIENS FRUGIFÈRES ET BIENS
NON FRUGIFÈRES.
Les biens frugifères produisent des fruits ou revenus (ex. terrains
agricoles), tandis que les biens non frugifères ne produisent pas de fruits.
Les fruits peuvent être naturels, industriels ou civils, tandis que les
produits altèrent la substance de la chose.