Slaves Tome 1
Slaves Tome 1
SLAVES
TOME 1
Vie Humaine
© 2014 Amheliie
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ISBN 978-1-291-78106-9
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Prologue
C'est un grand jour, pour nous, Vampires, nous accédons au gouvernement. Nous prenons à ce jour le contrôle de ce monde. Après des
siècles à se terrer, à se cacher, à oublier ce que nous sommes, mes frères, car oui, durant les siècles qui viennent de s'écouler, nous
avons oublié quelle était notre véritable identité ainsi que notre destinée. Nous avons subi leurs cruautés par le passé quand, eux,
misérable humains nous découvraient. (…) Nous avons été persécutés, beaucoup d'entre nous ont péri, mais le moment est venu mes
frères. (...) Effacez vos craintes, vos souvenirs les plus douloureux de n'avoir jamais pu être ce que nous sommes sous la lueur de la nuit.
N'ayez plus peur de vous cacher, ceci est fini. Sortez, vivez comme eux vivaient jusqu'à ce jour. Gagnons notre liberté (...) nous sommes
libres aujourd'hui. Une nouvelle époque commence, mes amis ! Les humains perdent leurs droits et deviennent à ce jour, nôtres. Cette race
faible et inférieure, nous la contrôlerons, comme nous allons contrôler ce monde et comme ils l'avaient fait jusqu'ici. Regardons comme
ils ont détruit cette terre pleine de richesses. Détruisons leur existence comme ils auraient pu le faire avec nous et comme beaucoup
d'entre eux ont pu faire, en découvrant notre existence à travers les siècles. Tout va changer, c'est le début de tout. C'est leur fin à eux.
(…) Nous avons souffert dans l'ombre, mais nous avons survécu ! Notre naissance, notre race renaît en ce jour.
La peur. Elle m'envahit peu à peu, renforçant l'adrénaline qui parcourt mon corps. Je cours à travers
les ruelles sombres de New York. Je fuis, et cette peur grandit en moi au fur et à mesure de la course.
Où est mon échappatoire ? Quand est-ce que ce sentiment envahissant va me quitter ?
Il doit être un peu plus de deux heures du matin quand commence ma fuite, et je ne compte pas
m'arrêter de sitôt. C'est la nuit noire dans cette nuit éternelle, il fait sombre, et mes yeux ont du mal à
voir ce qui m'entoure. Elle nous a encerclés depuis quinze ans déjà, et même après tant d'années, je ne
m'y fais toujours pas. Il fait froid pour un hiver à New York, j'ai l'impression que c'est l'un des plus
longs que j'ai connu depuis que l'ancienne époque n'est plus.
Pour rien n'améliorer ce soir, l'orage gronde dans le ciel, je suis trempée par cette pluie froide qui
tombe sur ma peau, elle me frigorifie. Et je prie inconsciemment qu'elle fasse s’arrêter le cauchemar
que je suis en train de vivre, que je puisse échapper aux sangsues qui me courent après, je souhaite
repousser le destin que je vais avoir, s'ils réussissent à m'attraper.
New York dans la nuit, avec son fidèle ciel noir, n'a rien à envier des pires films d'horreur, cette ville
me fait peur. Après tout, elle abrite les pires créatures au monde. Les vampires.
La pluie sur le sol, ses murs de briques mouillés qui se ressemblent, tout se ressemble, et je m'y
perds. Pourtant, je connais New York comme ma poche, je connaissais. Là j'ignore où je vais, je
cours simplement.
Le bruit de ma course résonne dans ses ruelles sombres et inquiétantes qui ont dû abriter meurtres,
violence et sang. Je crains de déboucher sur une ruelle sans issue qui mettrait fin à mon existence.
Comment m'ont-ils trouvée ? On a dû me dénoncer... c'est donc ça ? Ne pas être pris en donnant le
nom d'un autre humain ? Mais où est passé la solidarité des premières années ? Elle a disparu, j’en ai
bien peur. Les sentiments humains se sont évaporés si je me fie à ce qui est en train de m'arriver.
J'entends leurs pas dans les flaques d'eau, mon ventre se noue, ils courent plus vite que moi, beaucoup
plus vite, ils font un pas, quand j’en fais cinq, c'est perdu d'avance. Pourtant j’espère, ma mère m'a
toujours dit qu'il ne fallait pas perdre espoir, de toujours positiver, de ne jamais renoncer.
C'est ma seule chance de survivre dans ce nouveau monde. Me battre, rester forte, et leur résister
aussi. Ne jamais succomber. Ma mère avait essayé, tout comme mon père, avant de tomber entre les
mains du gouvernement, avant de devenir une esclave. Je ne suis pas très sure de cette hypothèse étant
donné que je n’ai rien vu de mes propres yeux. J’ai pour seule explication, des bruits de voisinage et
bien évidemment, je ne veux pas finir ma vie comme ça, comme elle.
Je préfère mourir sous leur coups, me faire attraper au coin de la rue par des vendeurs de sang frais,
et lutter une dernière fois. Mais pas leur appartenir et leur servir de repas pour les prochaines
décennies.
- Arrêtez-vous ou nous tirons !
Non ! Jamais !
J'entre dans un passage plus sombre que les autres, évitant de me blesser avec les objets qui
l’encombrent. Des tas de poubelles, de vieilles choses abandonnées. New York est devenue au fil du
temps, encore plus sale qu'avant. Les dirigeants de la ville se préoccupent plus des quartiers nord que
ceux du sud...
Je peux entendre le son des voitures, de la vie new-yorkaise de cette partie de la ville, et surtout, le
bruit de la foule où je pourrai me fondre, je peux m'en sortir. J'ai encore une chance !
Mon pied glisse sur une plaque de verglas formée par le froid et c'est la chute. Ma tête heurte
violemment le sol, tout devient trouble autour de moi, je ne vois plus que ce ciel sombre, et la pluie
tombant sur moi. C'est fini.
Mes yeux se ferment quand je les entends approcher, qu'ils me tuent pour avoir voulu les fuir, je ne
rêve que de ça. Si seulement je trouvais le courage de me relever pour me remettre à courir. A quoi
bon ? Je ne ferai pas cent mètres après tout.
- La voilà la salope !
Une voix dure résonne dans mes oreilles malgré la pluie. Un gémissement sourd sort de mes lèvres
quand je reçois les premiers coups de pieds. La douleur m'envahit, lente et pénétrante, j'essaie de me
recroqueviller pour y échapper mais non, ils ont beaucoup trop de force, ils sont rapides et moi je ne
suis qu'une faible humaine.
Mes yeux s'ouvrent pour découvrir trois hommes autour de moi, grands, forts, et non humains. Ils me
relèvent sans ménagement. Tous vêtus d’énormes manteaux de cuir, l'eau glisse sur le vêtement,
comme elle le ferait avec la peau sous le jet de la douche. Ils sont aussi trempés que moi, mais eux,
n’ont pas froid et ne risquent pas d’attraper une pneumonie.
L'homme, ou plutôt le vampire qui a ordonné qu'on arrête de me tabasser me fait face, son regard
gris est perçant, mauvais, les vagues qui rendent les yeux des vampires "vivants" lui donnent un air
terrifiant, des gouttes d'eau ruissellent sur son front, et j’aperçois que ses crocs sont sortis. Il colle
son visage au mien, en feulant.
Je refoule la nausée qui me menace, j'ai des hauts le cœur à cause des coups qu'on m’a m'administré.
Il peut me tuer d’un seul coup de crocs s'il veut, et franchement, je ne bougerais pas d'un poil s'il le
faisait. J'inspire plusieurs fois, rassemblant le peu de courage qu'il me reste. Si je dois mourir, je
mourrais avec dignité au moins.
J'ai oublié que les vampires sont très susceptibles, et la gifle que je reçois, celle qui me sonne
quelques instants, me le rappelle à merveille. Cogner pour régner... Cogner une femme... très viril !
Mais viril et droit cela ne représente pas la définition exacte des vampires. C'est plutôt, du moins
d'après mon dictionnaire à moi, con, violent, égoïste, et la liste est longue.
- Ouais j'avais dit ça... (Je sens une main sur ma joue) Ça va je ne l'ai pas trop marquée, elle survivra.
Même avec un cocard, elle reste bandante.
J'entends rire dans mon dos, Kenneth et l'autre vampire qui était resté silencieux jusqu’à présent. Ah
oui, c’est tellement tordant de frapper une femme !
- Ah ça... dommage je l'aurais bien fait passer sur ma queue avant de la donner au club ! Hein Nick !
Le vampire qui se tient devant moi, répondant au pseudonyme de Nick, continue de me caresser la
joue, je trouve ma tête lourde, mes yeux commencent à mal distinguer ce qui m'entoure, et je ne parle
pas de la nausée qui devient de plus en plus forte. Qu’est ce qui m’arrive ? La peur Faith.
- Tout à fait, moi le premier, répond Nick. J'adore baiser ces petites putes d'humaines avant de les
donner aux connards de la haute société.
J'entends des ricanements avant de sombrer dans une sorte de coma. J'ai froid, j'ai peur, je suis
désespérée, et je crois, qu'à cet instant, j'aurais voulu crever.
***
Je sais où l'on m'emmène, le gouvernement ne cache pas l'existence de cet endroit. Au contraire, tout
le monde sait où se trouve le tribunal des Ventes. C'est un nouvel immeuble, sur le boulevard de Wall
Street. Le Tribunal ressemble à... un tribunal. Un bâtiment moche, grand, sombre et flippant, comme
presque tout dans cette ville maintenant.
Je me suis réveillée quelques minutes plus tôt dans cette camionnette, découvrant que la « chasse » a
été bonne pour ses vampires. Nous sommes cinq dans le véhicule, trois filles, et deux garçons, tous
aussi amochés les uns que les autres.
Merci la violence, merci à ses gros connards.
J'admire ces chasseurs de vampires, leur tête est, certes, mise à prix de partout dans le monde, ils font
partie d'une sorte de rébellion, de résistance mais ils sont aussi redoutables que ceux qu'ils chassent,
et possèdent un courage immense. J'aurais bien aimé être l'un d'entre eux ce soir, je ne me serais peut-
être pas fait prendre comme une vulgaire bestiole.
J'ai mal au cœur quand j'entends les sanglots de l'une des femmes, j'aurais aimé la consoler, lui dire
que tout se passerait bien. Mais je mentirais. Elle est plutôt jolie, pas magnifique mais jolie, le visage
en cœur, des cheveux blonds aux épaules. Trempées par la pluie, ils ont l'air plutôt brun, mais elle
fera certainement une esclave de catégories 2, j'espère pour elle dans le meilleur des cas, sinon... 3 si
son nouveau « maître » possède de vraies beautés. Et être de la catégorie 3, c’est tout bonnement... dur
pour une femme.
Voilà à quoi sont réduites les femmes humaines de nos jours, à des esclaves. Des esclaves de sang, de
sexe, des poupées faites pour satisfaire. Les vampires ont encore besoin d'humains pour se nourrir,
nous leurs sommes indispensable, sinon, sans cela, nous serions déjà tous morts. Mais le pire dans
tout ça, c'est qu'ils se servent aussi de nous pour le sexe. C'est plus amusant de s'envoyer en l'air avec
quelqu'un de « faible », de facilement dominable, quelqu'un de plus réceptif aussi, et je passe les cent
mille raisons qu'une vampire journaliste a rédigé dans l'un de ses articles. D'après les rumeurs qui
courent, ils sont insatiables de ce côté-là. Ils en voudraient toujours plus, le sexe pouvant se montrer
très violent, possessif et... je soupire, je vais devoir écarter les cuisses à tout va maintenant. Vivre
réellement ce que disent les rumeurs, ne plus jamais connaître un homme, doux, attentionné, qui
t'emmène au septième ciel dans le plaisir, et non dans la douleur.
- Mon dieu...
Je dévisage le jeune homme qui m'a lancé ça, comme si je n'étais qu'une pauvre chaussette sale qu'on
jette au panier.
- Je ne prie pas !
Comment je le pourrais, je ne crois pas en dieu, c'est impossible, pas dans le monde où je vis. Dieu,
ou toute autre forme de croyance n'a pas sa place avec ces démons. Et s'il en a un, où est-il depuis
quinze ans ? Quel "Dieu" laisserait son "peuple" crever de faim, de froid, et mourir dans l'injustice ?
Il n'a pas tort, après tout, je suis une femme... Les hommes n'ont pas les mêmes droits, et
« privilèges » que nous, ou alors très rarement. Les femmes sont des compagnes, les hommes des
serviteurs quand leur maître n'est pas attiré par eux. Une fois qu'ils sont vendus par exemple, ils
servent de chauffeur, de cuisinier, de garde du corps, ils remplissent les rôles dont les vampires ne
veulent pas. Des rôles d'humains en fin de compte.
J'essaie du mieux que je peux, de me rassurer. Peut-être que je vais tomber sur un... maître, rien que
d'y penser j'en ai la nausée, moi une esclave, moi une personne libre, indisciplinée, forte, une battante,
je vais devenir une loque bonne à sauter ? Jamais je ne pourrai... Peut-être que le maître dont je vais
hériter sera bon (j'ai des doutes à ce sujet) voir... affectueux. Nan là je rêve !
La jeune femme assise à côté de moi depuis le début du trajet, me regarde fixement, je ne l'avais pas
remarqué avant. Je ne me suis jamais vraiment attachée aux humains que j'ai croisés par le passé. Par
crainte d'être blessée en les perdant, comme j'ai pu perdre mes parents. Rien ne garantit dans la vie,
que je garde ces personnes auprès de moi. J’évite de souffrir inutilement, c'est la raison pour laquelle
je ne l'avais pas remarqué. Je me suis attachée avant, mais cette période-là me parait si loin !
- Je... j'hésite.
- Tu n'as pas de prénom ? Continue la jeune femme, étrange ça...
Essayer d'engager la conversation dans ce genre de moment, est plutôt délicat. Reese me serre la
main, fortement combien de temps de liberté nous reste-t-il ? Une heure ? Une minute ? Combien de
temps il me reste à être une humaine libre ? Je remarque que nos poignets sont entourés de deux
anneaux en métal. On nous a menottés. Comme des bêtes.
- Ça ira... tu verras.
Je ne suis pas sonnée, comparé à la dernière fois et j'attends le bon moment, pour le remercier des
coups que j'ai pu recevoir.
- Han Salope !
Fière de lui avoir envoyé un remerciement comme il se doit, dans son entrejambe, l'entendre gémir
est un réel plaisir, il le mérite après tout. Monsieur la brute se relève, les crocs dehors, il va me tuer ?
Hein ? Non. Il me prend par le bras violemment, et comme un boulet, je me laisse traîner à
l'extérieur, sous le regard méprisant des autres.
Rien à foutre, je ne veux pas arriver à ce qui nous attend ! Qu'on m'achève immédiatement !
Mon autre agresseur me regarde d'un œil désespéré, les bras croisés, les crocs visibles. C’est celui
qui n'avait pas dit un mot, lors de mon arrestation.
- Comme tu voudras, mais elle sera vendue, vu son joli petit minois et encore, je ne te parle pas de
son cul !
- Ouais...
Kenneth me traîne vers une porte, j'essaie de voir où je me trouve. Pas de fenêtre, une odeur de
goudron et d'essence. Je suis dans un parking souterrain sans aucune sortie d'après ma rapide analyse.
Je suis faite comme un rat. Les autres « prisonniers » nous suivent, et mon bourreau ouvre la porte
d'un coup de pied avant de m'y faire entrer de force. Mais je résiste jusqu'au bout.
Je fais exprès de le ralentir, seul moyen pour moi de gagner du temps. Nous marchons dans un
couloir peu éclairé qui pue le moisi. Une autre porte s'offre à nous et plus nous nous en approchons,
plus j'entends le bruit assourdi de personnes qui hurlent et applaudissent.
- Kenneth, prends la sauvage, et aussi la blondinette, elle peut être vendue en catégorie 1 si Sofia la
maquille un peu. Oublie la case registre, tu les emmènes directement au salon privé, la vente a déjà
commencé.
Salon privé ? Qu'est-ce que c'est ? Un bar à pute ? Je vais déjà me faire vider de mon sang et il
faudrait que je danse en plus ? C’est du délire ! Au moins je ne vais être pas seule dans ce cauchemar,
Reese m'accompagne dans cette... terrible épreuve.
- Ok Patron !
Quand il ouvre la porte, l'enfer s'offre à mes yeux. Je vois, pendant quelques secondes, une sorte de
scène avec au centre, une femme à genoux, en tenue légère laissant deviner ses formes, les mains
liées par une chaîne fixée au sol, face à un public que je peux deviner malgré l'obscurité. Un homme
annonce des prix, d'une voix grave. Chacun plus élevé que le précédent. C'est donc ça les salons ? Une
vente aux enchères privées ? Une vente d'esclaves !
Putain ! Nous vallons un tel prix ? Nous ne sommes que des objets à vendre ? Un prix à fixer selon
notre physique. Magnifique !
Au bout du couloir, dans les coulisses du « show » une femme se tient debout, un registre à la main,
l'air sévère.
Vampire à tous les coups...
- Kenneth !
- Hello Bella !
La femme montre ses crocs... évidemment, vu sa « beauté » elle ne peut être qu'une suceuse. Les
vampires femelles sont réputés, et ceci est prouvé, pour leur agressivité et leur susceptibilité. Encore
pire que les mâles.
- Je ne suis pas ta Bella sale porc... (Elle le dévisage avant de me regarder) par contre, ce que tu
amènes, c’est une véritable beauté.
Sa main caresse ma joue, salope ! Je recule, ce geste me répugne. Dommage que je n'aie pas de crocs
moi aussi, sinon, je n'aurais fait qu'une bouché de sa main manucurée.
- Qu'est-ce que j'aimerais planter mes crocs dans son cou... (Elle soupire avant de se reprendre) mais
le business est le business... (Elle sort une liasse de billets de sa poche arrière) Pour vous trois. Et si
les deux humaines que tu m'as amenées partent à plus d'un million, vous aurez votre part sinon...
- OK.
- Ma beauté, tu vas devenir une esclave de catégorie 1... Quelle chance tu as ! J'en suis persuadée.
Le souffle de la « Bella » dans mon cou, me provoque des frissons. Je ferme les yeux. Une chance ?
Un cauchemar plutôt !
Chapitre 2
Vivre dans un monde privé de liberté est plus dur qu'on peut le penser. Je ne sais pas comment j'ai pu
vivre quinze ans sans craquer. J'ai dû être programmée à ça, pour supporter un tel changement... Un
changement que personne n'a vu arriver, personne ! Tout est arrivé si vite, si brusquement, et en
même temps de partout. Des centaines de coups d'état dans les plus grandes puissances mondiales, un
vrai soulèvement. Ils étaient nombreux, un sixième de la population... j'avais dix ans quand le nouveau
« monde » prit la place de l'ancien. Comme l'ancien Testament dans la Bible, mais dans le sens
inverse. Nous n'avons pas quitté une époque pour en construire une meilleure, bien au contraire, nous
sommes entrés dans une époque encore plus noire que la précédente, redoutée, et tellement
imprévisible... si imprévisible...
Je pensais, et je le pense encore aujourd'hui, que tout dans la vie, peut se prévoir, qu'un signe, une
parole peut trahir, mettre sur le bon chemin, alerter quelqu'un. Mais Eux n'ont jamais fauté, leur
parcourt fut un « sans faute », et jamais personne ne s'est douté de ce qui se tramait.
En silence, dans le plus grand des silences, nous avons plongé dans une ignorance sans faille. Je me
demande encore comment les gouvernements à l'époque n'ont rien vu venir. Si mes parents étaient
encore en vie, je leur aurais certainement demandé. Après tout, je n'avais que dix ans quand tous ceci
a eu lieu... je n'ai vécu cette « guerre » qu'avec mes yeux d'enfant, je n'en n’ai que des souvenirs de
gosse.
Je me rappellerai de cette journée jusqu'à ma mort, la dernière fois que j'ai pu voir le soleil se
coucher, cette drôle de « boule» aveuglante qui se cachait entre les gratte-ciels de Manhattan. J'adorais
voir cette palette de couleur que nous offrait un coucher de soleil, ces couleurs chaudes et
rassurantes, émouvantes aussi. Avec le recul j'ai l'impression de n'avoir pas assez profité, si j'avais su
que celui-ci allait être mon dernier, j'aurais fait les choses autrement, j'aurais certainement mémorisé
chaque détail, chaque image, j'aurais profité de cette dernière journée, de la dernière fois où je
pouvais sentir la chaleur des rayons du soleil courir sur ma peau, réchauffant un enfant en hiver. Me
réchauffant. J'aurais profité de beaucoup plus de choses en fait.
Le soleil et la liberté sont les deux choses qui me manquent le plus. Je suis l'une des rares à croire
encore que ces deux-là vont revenir.
Mais plus les années passent plus je pense qu'ils ont dû partir bien loin, ils ont du se perdre en chemin.
C'est donc ça la destinée de ce monde, l'esclavagisme d'une race par une autre. Parfois, quand j’ai le
moral au plus bas, il m'arrive de nous comparer, nous les humains, à ceux prisonniers des singes
dans « La Planète des singes ». Sauf qu'eux ne servent pas de fourre-tout.
Je pense souvent à notre dernière journée de liberté, elle s'était déroulée naturellement, Maman avait
fait des projets pour un demain qui ne viendrait jamais, mon père était rentré du travail tard comme
les autres jours de la semaine, attendant avec impatience le week-end, un week-end qui n'arriverait
pas. De ce que je me rappelle, même s'il avait son samedi ou son dimanche, il se passait toujours
quelque chose chez monsieur le Sénateur, qui devait l'obliger à mettre entre parenthèse sa vie de
famille. On était habituées, ma mère et moi. On l'aimait quand même malgré tout, malgré ses
absences, c'est triste à dire, mais après sa disparition, cela m'a permis de m'en remettre plus
facilement. Je n'avais qu'à penser que cette absence en était une parmi tant d'autre, sauf que cette fois
ci, il ne reviendrait pas.
C'était mardi, un jour comme un autre, j'avais été à l'école, en traînant des pieds comme à mon
habitude, je n'ai jamais aimé ça, et c'est l'une des choses que j'ai le moins regretté quand le nouveau
monde a vu le jour. Je me souviens encore de la joie que j'avais eue en rentrant, ce n'était qu'un soir
comme un autre pourtant.
Mon père est rentré tard ce soir-là, ma mère n'avait rien dit, elle ne lui disait jamais rien, elle l’aimait
et lui pardonnait. Maman comment faisais-tu ? Si j'avais un mari comme ça, je l'aurais détesté d'aimer
son travail plus que sa femme et sa fille. Mais elle non, et je pense que jusqu'à son dernier souffle,
elle l’aimait comme il était, quel courage.
J'avais voulu l'attendre avec ma mère dans le salon, devant un épisode de la légendaire série, Sex and
the City. Je n'avais pas le droit de voir et d'entendre la moitié de la diffusion, je gardais presque tout le
long les mains de ma mère sur les oreilles, mais qu'importe, j'étais avec elle. J'aimais ma mère,
énormément, comme mon père, mais elle... c'était un sentiment plus profond qui nous liait.
C'est ce qui m’avait brisée le plus quand j'ai appris qu'elle était devenue une esclave de sang, ma
mère, cette magnifique femme aux longs cheveux noirs, et aux yeux gris. Cette femme d'une trentaine
d'années, aussi rayonnante qu'au premier jour et... belle. Dans mes souvenirs, les années qui passaient
ne faisaient que l’embellir. Comme à mon habitude je m'étais endormie dans ses bras, n'ayant pas vu
mon père rentrer. Je ne l’ai revu que le lendemain, quand tout à commencer à changer, lorsque le
chaos arriva.
Le coup d'état aux États-Unis s'était déroulé en une nuit, mené par notre « Président » si je puis dire,
dictateur aussi, le tristement célèbre pour les humains, Théodoré Honoré Campbell. Un vampire qui
avait oublié depuis longtemps qu'avant d'avoir des crocs, il avait été comme nous, un humain avec un
cœur pompant encore du sang chaud. Jamais je ne pourrai oublier sa tête lors de son premier
discours à la télé. Je me rappelle m'être levée tard ce matin-là, mon réveil me l’avais confirmé, j'avais
descendu les escaliers quatre à quatre, craignant une crise de ma mère.
Au lieu de ça, j'étais tombé sur une femme complètement livide devant sa télévision.
Mon regard s'était alors tournée vers le poste, ma première rencontre avec ce bouffon de président.
J'avais demandé à ma mère ce qui se passait, pourquoi je lisais sur l'écran, « Campbell prend le
pouvoir à ce jour » en sous-titre.
« C'est l'avenir ma chérie »
Seulement quatre mots, quatre mots qui m'avaient glacé le sang. Qui me le glacent encore. C'était
notre dernière journée avant que tout commence réellement, avant que je ne perde et qu'ils gagnent
absolument tout.
***
Je regarde avec dégoût mon corps à présent nu, non pas que je le sois entièrement, mais disons que
ce que je porte ne couvre pas grand-chose.
- On a fini de s’habiller ? Lance une voix aiguë et aigrie à travers le rideau.
- Elle se moque de nous là ! Elle trouve qu'on est habillés ?
Reese tire sans cesse sur sa mini-jupe tout en se plaignant, et je peux insister sur le MINI.
Heureusement, (ceci étant une métaphore, il n'y a rien d'heureux à ce que nous vivons) qu'on nous a
gracieusement fourni un « string » pour couvrir ce qu'il y a à cacher. En gros, pas grand-chose. Je
pensais être une "prisonnière" plutôt chiante, mais j'avoue que je le suis relativement moins que ma
nouvelle camarade, mon dieu, elle me donne la migraine à se plaindre... dans deux minutes, je suis
certaines qu'elle va changer de registre, les femmes de nos jours sont toutes comme ça.
- Je trouve qu'on ressemble à deux putes sur le point de faire leur show,
Mon rire est nerveux, je suis ridicule dans mon ensemble rouge pailleté qui remonte mes seins et
montre mes fesses au grand public.
Je ressemble vraiment à une esclave, une prostitué... pied nue, les cheveux attachés, en fait je
ressemble à Leila dans Star Wars ! L'horreur ! Je ne suis pas vraiment le genre de fille à l'aise avec
son corps. Je préfère le cacher, n'assumant pas beaucoup les formes que j'ai. Exemple de mes jolies
hanches bien voyantes. Le ciel m'a peut être doté d'un fort caractère, mais pas d’une confiance en
moi.
Reese détourne le regard, je crois voir une monté de larmes dans ses yeux, elle sourit pourtant. Qu'est
ce qui se passe ?
- Oui. (Evidement !) Mon père connaissait des personnes là-bas. Tu es... d'une famille riche.
- Oui, mais je n'étais pas dans mon quartier ce soir, une fois que tu sors de leur « limite » tu n'es plus
rien pour eux, une fois qu'ils ont une proie, que tu sois la fille de, ils s'en fichent... tu deviens une
esclave privilégiée... Une bonne « vente ». Ils m'ont attrapée à deux rues de mon appartement, je n'ai
même pas essayé de courir.
- Je reverrai mes parents si je suis digne d'être une bonne propriété... peut-être qu'avec mon rang,
cela ne peut pas être si terrible. Après tout, je n'avais qu'à pas désobéir.
J'ai dit quoi ? Qu'elle n'allait pas tarder à penser autre chose. J'ai presque oublié que ces filles de hum
hum, sont élevées en vue de devenir les futures compagnes de ses suceurs, pour ne pas dire
prostituées. Comment peux-t-on tenir un tel discours ? Ces femmes ont le cerveau tellement retourné
qu'elles ne savent que pondre de telles conneries. « Je deviendrai une bonne propriété » Cool ma
fille ! J'espère que tu tiendras le même discours quand tu te seras fait chevaucher avec violence une
bonne centaine de fois, que « baiser » se transformera en « violé ». Pas sûr que ce dernier t’emmène à
l'orgasme, les vampires sont des égoïstes, tous pour eux, rien pour nous, et ça ne risque pas de
changer quand j'entends de tels paroles... Mon dieu Reese je te pensais plus intelligente.
- Si tu le dis, je ne suis pas sûr qu'on ait le même avis là-dessus Reese, j'avais d’autres projets que me
faire baiser toute la journée mais bon... je crois que je n'ai pas tellement le choix ! Lançai-je avec
mépris.
- Beauté t'as pas fini de te plaindre mon dieu ! Je te trouve bandante mais pas quand tu l'ouvres !
Sofia, ou « Hello Bella » se joint à nous, cela ne fait que quelques minutes que nous nous sommes
rencontrées, et bon sang, je ne l'aime pas ! Ce regard qu'elle a sur moi...
Je vois qu'elle tient deux paires de menottes dans les mains... Magnifique ! Je sens que je vais adorer !
Je ne suis absolument pas adepte de ce genre de pratique.
« Hello Bella » lève les yeux au ciel. Elle s'en fout et ne se fait pas prier pour le faire comprendre.
- Mais on s'en fiche de ton prénom ! Tout ce qu'on veut, c'est ton cul et ton sang ! Le reste, que tu
viennes du Texas, que tu aies deux chiens et que ton nom soit « Rosa » ON S'EN FOUT ! (Sofia prend
ma main gauche si rapidement que je n'ai même pas le temps de protester, le bruit du cliquetis des
menottes résonne, comme un ding annonçant la mort. Elle se tourne vers Reese) Tu peux aller
attendre dehors la pute, ta copine arrive dans quelques instants.
Reese obéissante comme à son habitude, ne pipe pas mot et fait ce qu'on lui demande.
Magnifique, je me retrouve seule à seule avec une vampire à moitié fêlée, comme tous les autres
d’ailleurs, mais celle-ci doit avoir la folie un petit peu plus prononcée, avec une préférence pour les
femmes... Super manquait plus que ça !
Sofia s'approche de moi, ses crocs sont sortis, pas de doutes, elle préfère les femmes.
- Dis-moi beauté (ses doigts glissent sur ma poitrine) je n'ai pas le droit de te demander, enfin si j'ai le
droit... mais si tu me supplies, ce que j'adorerais, on peut peut-être s'arranger.
Je gémis quand sa main se retrouve sur mon sein qu'elle pince durement à travers le tissu avant de la
plonger dessous. C'est fort, ça fait mal, je ne comprends pas ceux qui aiment ça ! Je me mors la
langue pour éviter de dire quelque chose que je regretterais par la suite, son geste montre exactement
ce que je pensais, ils sont tous obsédé et violents.
Je heurte violemment le mur, emprisonné par le corps du vampire qui se glisse entre mes cuisses.
Elle aurait été un homme, je n'aurais pas eu le temps de dire non, qu'il se serrait enfoui en moi sans
même me demander la permission. C'est toujours excitant un mec qui se montre entreprenant. Quand
on aime les hommes humains...
Je n'éprouve rien du tout à ce contact, à ces mains qui sont celle d'une femme. Si une femme a une
telle force, je n'imagine pas ce qu'un mâle peut faire en quelques secondes...
Ma gorge devient soudainement sèche quand son autre main se montre plus aventureuse le long de
ma cuisse. C'est la peur, le désir je n'en ressens aucun.
Elle se niche contre moi, ondulant comme un serpent. Je n'aime pas les femmes, en amie encore, mais
intimement certainement pas. J'ai, certes connu peu d'hommes, mais suffisamment pour n'avoir aucun
doute sur ma sexualité... Et cette « expérience » ne va pas me donner envie d’approfondir la chose.
Je manque de m’étrangler. Non jamais ! J’essaie de m'écarter un peu, mais rien n'y fait, elle me tient
fermement contre elle. Merde je vais devoir me faire tripoter même par des nanas ?
- Non je...
Je sursaute quand je sens mon soutien-gorge sauter, merde, merde, merde !!!!! Ce n'est pas bon du
tout ! Par réflexe, je veux me cacher la poitrine, mais elle est plus rapide que moi. La nausée me
monte, quand je sens sa langue tracer un chemin dans mon cou. Tellement proche... tellement... Bordel
elle veut quoi ? Mon cœur s'accélère, et pas sous l'effet du désir ou plaisir, non… Je flippe de plus en
plus, je suis dégoûtée d'être touchée de cette façon.
Mais où est le respect dans tout ça ?
Mon cerveau me hurle de la repousser, mais aucun son ne sort de ma bouche, je sens mes jambes
trembler, un coup de crocs et j'y passe. Comment je peux lui faire comprendre gentiment qu'elle me
dégoûte ? Que son comportement sans gêne me répugne ? Ils sont tous comme ça ? A sauter sur tout
ce qui a du sang chaud, et à les tripoter seulement parce qu'ils en ont envie ? Merde j'ai mon mot à
dire quand même ! Mon corps reste mon corps !
Elle commence à sucer l'un de mes tétons, la chaleur m’envahit, je ne l’avais pas vu venir celle-là !
Je me mords la lèvre pour retenir un gémissement de plaisir quand sa main me caresse à un endroit
où je ne voudrais pas la sentir.
Ses doigts glissent lentement contre ma chair humide, ils titillent mon clitoris en faisant de longs
cercles appuyés, m’envoyant des décharges électriques dans tout le corps. Putain...
Elle se prend pour qui à faire ça ?!
- LACHE MOI PUTAIN ! Je hurle en comprenant où la situation peut déraper.
Sofia hurle à son tour, ses pupilles sont dilatées, le désir s'entend dans sa voix. Son avant-bras se
place sous ma gorge, son autre main toujours entre mes cuisses. Elle continue ce toucher interdit, je
tente de me débattre mais rien n'y fait, elle me tient prisonnière par la force, ça me dégoûte mais...
quand on touche où il faut pour rendre fou n'importe quel humain, que la personne qui fait ça soit une
femme ou un homme, ça n'a pas d'importance, malgré le dégoût, on aime ça.
Han, j'ai honte... Je ne veux pas quelle continue, mais elle est si près de me faire atteindre le but
ultime. Un picotement au creux de mon ventre naît, son pouce appuyant davantage sur cette zone si
sensible. Je me fais saigner la lèvre en la mordant, quand elle glisse sans ménagement un doigt à
l'intérieur de moi, puis en rajoute un deuxième. Ses crocs près de ma jugulaire mordillent ma peau,
elle accélère le rythme, glissant contre les parois de mon sexe, me baisant à l’aide de ses doigts, je
sens les prémices d’un orgasme naître en moi. C’est… C'est là que je réalise ce qui se passe. De
colère, je lui envoie mon genou dans le ventre, perdant au passage le contact que je juge déplacé.
Comment j’ai fait pour me laisser faire si facilement ?!
La vampire recule de quelques pas, je tente de reprendre mon souffle, putain... comment on peut faire
ça ? Un tel besoin d'obtenir tout ce qu'on veut. Sofia se relève, et la rage est visible dans ses yeux.
Aie...
- Sofia emmène la dernière ! crie une autre voix, masculine cette fois-ci.
Le cri arrête l'élan de colère de la vampire, je la dévisage, cherchant à savoir ce qu'elle va faire.
- Traînée allumeuse !
Elle m'envoie une violente gifle, qui me fait monter les larmes aux yeux. Je fronce les sourcils, et je
remarque que mes mains tremblent quand j'essaie de remettre mon soutien-gorge. Elle m'a
littéralement mise en état de choc, et en même temps énervée par ses gestes, par son impulsion que je
n'ai pas pu prévoir. Je ne suis pas prude, loin de là, mais quand je veux me faire caresser de la sorte,
c'est avec UN homme, et quand je le veux. Ce n'est pas tellement la vampire et sa libido sans retenue
qui me refroidis, mais plutôt d’avoir un avant-goût de ce que je vais connaître. Du sexe sans désir ?
Cool... très rassurant !
Je la foudroie du regard, ça l'amuse... ça n'amuse qu'elle. Elle me retourne pour m’agrafer, avant de
me saisir le poignet droit et de refermer la deuxième boucle de la menotte. Avec force, elle me traîne
hors du rideau, de l'autre côté.
- Si tu n'es pas vendue, je finirai ce que j'ai commencé que ça te plaise ou non ! murmura la vampire
enragée, à mon oreille
Je tourne mon visage vers la petite brune derrière moi. La pauvre doit avoir besoin de lunettes...
Je n'ai pas le temps de lui répondre quoi que ce soit, qu'une autre sangsue comme Kennet me traîne au
centre de la scène. C'est plus fort que moi, je veux résister en m'asseyant par terre, mais il ne m’en
laisse pas le temps. Naïve Faith, comme si que le gros baraqué n’allait pas pouvoir te tirer. Pire, il ne
cherche pas à comprendre, il me soulève d'un bras et me dépose sur son épaule comme un vulgaire
sac à patate.
J'entends des rires ainsi que des applaudissements. MAIS QUEL BANDE DE CONNARDS !!!
La brute épaisse me laisse tomber sur le sol, comme une merde, si je n'ai pas compris ce que je suis
devenue désormais, lui, me le fait rapidement comprendre en me bousculant pour m'attacher.
- Je pense qu'avec celle-ci Messieurs, vous ne vous ennuierez pas !
Et voilà le maître de cérémonie - ou le plouc habillé en pingouin avec son costume deux pièces blanc
- très viril, très gai. J'ai droit à de nouveaux rires... putain si j’avais un micro je leur dirais le fond de
ma pensée.
- Voilà un très beau lot Messieurs, cette esclave est tout simplement magnifique, un vrai bijou, une
perle rare.
Je lève les yeux au ciel, ce mec est payé pour dire n’importe quoi. Je suis persuadée qu'il pourrait
vendre un frigo à des esquimaux. J'essaie de voir qui se trouve dans la pénombre, sans grand résultat.
Je me sens humiliée, on dirait une vache à un salon de l'agriculture, le truc bien européen... j'ai
l'impression d'être une bête dont on vante le poids, la taille, la couleur et bientôt le nombre de petits
qu'elle peut porter.
DIT UNE !
Il y a tellement de bruit que je n'entends pas. Merde ! LES SALAUDS !!!!
- Ce trésor a la vingtaine depuis peu, comme vous pouvez le constater, la nature l'a bien gâtée avec
son joli décolleté Messieurs... à vue d’œil je dirais…
Ce que je disais... une bête de foire. Je baisse les yeux, essayant j’ignorer qu'on me prend pour un
objet.
- Exact ! J'aurais dit la même chose ! D'ailleurs d'après ce qu'on m'a dit, et d'après ce que montre la
jolie griffure sur sa cuisse, la demoiselle les aime plutôt violents... une très bonne petite !
Je me maudis, pourquoi j'ai résisté à l'autre ? Je suis en train de le payer ! Je vais me retrouver avec
un sadomasochiste. Bon dieu, mais qu'est-ce que je lui ai fait à celui-ci ?
- Soixante-quinze !
Mon cœur se serre, au fur et à mesure que les enchères montent. C'est humiliant, ma fierté en prend
un coup, ça fait mal.
- Nous venons de dépasser notre record ce soir ! Bravo Monsieur à ma droite ! Qui d'autre à trois
cent mille ??
- Cinq cent mille !
Il y a plusieurs « oh » de la salle. CINQ CENT MILLE DOLLARS ! MAIS BORDEL je ne suis pas un
putain de TABLEAU !
- Sept cent mille pour l'humaine, tu lui enlèves le haut Kyle et je t'en donne le quart !
Des sifflements retentissent, je suis morte de honte, je me sens mal et violée du regard.
- Un million ! hurle la voix d'un homme qui ne doit pas être tout jeune.
J'ai beau être forte, une larme s'échappe de mes yeux, c'est donc ça ? C’est terrible ! Aucun ne m'a
touchée (si on ne compte pas la femme) et déjà je me sens brisée humainement...
Mais Faith, eux ne le sont plus !
- UN million ! Waouh !
- Elle sera à moi la petite ! lance une voix pas toute jeune.
De nouveaux, des « oh » et des « ah » résonnent. C'est la première fois que j'entends cette voix.
Masculine et autoritaire à la fois. Qui est-ce ?
- Quelle entrée ! Qui dit plus ? … Sept millions une fois... deux fois... trois fois adjugé, vendue à
Monsieur Louis Stanhope ! Bravo !
Je ne réagis même pas quand on vient me détacher, je n'ai plus la force de lutter, je suis une merde,
une humaine, et je viens seulement de m'en rendre compte...
Une chance ? Mais BORDEL ARRETEZ AVEC VOTRE CHANCE !! Je vais vers ma nouvelle vie...
rencontrer celui qui m'a achetée comme du bétail. J'ai été vendue à Louis machin truc.
Sortez les cordes que je puisse me pendre !
Chapitre 3
- Couvrez-vous.
Je vois une veste de costume grise s'agiter sous mon nez, j'hésite à la saisir, est ce que je vais subir
une autre réflexion ? Va t’on me sauter dessus encore une fois ? Je dois être prudente, étant à moitié
nue, je préfère ne pas exciter ces messieurs plus que je ne l'ai déjà fait.
Je me raidis quand je sens le poids du vêtement sur mes épaules. Une main bienveillante se pose sur
mon cou, m'encourageant à avancer vers la porte qui m'a conduite à ce cauchemar.
La voix rauque et chaude me détend un peu. Après qu'on m’ait « vendue », on m'a amenée à cet
homme qui m'attendait patiemment, un grand noir d'une quarantaine d'années, des lunettes noires, un
costume noir. Je n'ai pas osé le regarder étant donné ma tenue, j'ignore donc si ce « monsieur » est
humain ou doté de crocs.
- Qui êtes-vous ?
L'homme m'ouvre la porte, je suis surprise de le trouver aussi galant, c'est tellement rare de nos
jours. Il me suit dans le couloir sombre et puant que j’ai emprunté à l'aller, se mettant dans mon dos
comme s'il voulait me protéger. Mais qui est-il ?
- Si mademoiselle, j'attends seulement que des oreilles un peu trop curieuses ne soient plus à nos
côtés.
Je décide de m'arrêter pour faire face à cet étrange personnage. Prenant mon courage à deux mains,
je lève les yeux vers lui et aperçoit une mâchoire dure et masculine, un teint de peau trop foncé pour
être celle d'un vampire. Il est impeccablement rasé, et je ne peux rien voir à travers ses lunettes.
- Je suis Jacob Kroven, garde du corps de Monsieur Stanhope, je suis chargé de...
- De surveiller des filles comme moi. Ses esclaves.
- Et vous êtes ?
J'entends un rire profond, très masculin, ça me vexe, ma situation est-t-elle amusante ? Certainement
pas ! Elle ne peut amuser que ceux qui ne sont pas concernés.
- Je ne veux pas savoir votre statut, je le connais à présent, ce sera à moi de veiller sur vous en plus de
Monsieur Stanhope, il aime savoir que sa première esclave est en sécurité, jalousie oblige.
- Attendez, vous avez dit première esclave ? Mais de quelle catégorie je suis ?
- Une. Vous n'avez pas entendu le prix qu'il a mis pour vous avoir ?
Si... mais bon, les vampires et leurs folies, on ne sait jamais sur quel pied danser avec eux. Jacob me
présente sa main, j’hésite à la saisir étrangement. Il me regarde, attendant une parole ou un geste de
ma part.
Faith reprends toi merde !
- Faith Wilkins...
Jacob me serre la main avant de m'inciter à poursuivre mon chemin. Il a l'air rassurant, et aimable.
Dois-je me méfier ?
Je pense apercevoir un sourire étirer ses lèvres. Je sens que je vais bien m'entendre avec lui. Il faudra
juste qu'il ait beaucoup de patience, je parle tout le temps, cela me change les idées, surtout quand je
traverse un moment difficile ; cela me permet d'oublier un peu mes problèmes, comme maintenant.
Parler à cet homme muet comme une tombe, me permet d'oublier que je vais devenir une pute pour
riche, une esclave au quotidien. Je dois me changer les idées, je dois parler même si cela lui casse les
pieds.
- Vous savez que vous allez être obligé de parler avec moi ?
C'est moi qui souris tristement, combien de temps je vais rester là ? A côtoyer Jacob et son « patron »,
mon « maître »...
Mon dieu, j'ai de plus en plus l'impression d'être un chien ! Il n'y a que les animaux qui ont des
maitres après tout...
Jacob perd son sourire, quoi ? Qu'est ce qui se passe ? Ce monsieur Stanhope est bien mon « maître »
puisque je suis sa putain de nouvelle esclave ! A moins que le dirigeant ne se soit trompé et que je me
retrouve avec un fou.
On s'arrête devant une voiture noire, aux vitres teintées de la même couleur ; à vue d’œil, puisque je
n’y connais absolument rien, je dirais une BMW ou une voiture à la mode genre limousine...
- Monsieur n'aime pas l'insolence, ni l'humour mal placé, ni l'impolitesse et encore moins la
désobéissance. Faith... vous m'avez l'air gentil et fragile...
Je suis frustrée qu'un homme me voie de cette façon, comme si j'étais fragile, la fragilité c'est pour
les princesses sans défense comme Reese, je ne suis rien de tout ça. J'ai affronté la dure loi de la vie
dans les quartiers sud de la ville : survivre aux vampires quand on est une femme, mais aux hommes
aussi... Je sais me battre ! Je ne suis pas faible !
- Mademoiselle je vous en prie, écoutez-moi... (Jacob se penche vers mon oreille) écoutez ce qu'il
vous dit, taisez-vous, obéissez lui, et je n'aurais pas à bander vos blessures quelles qu'elles soient. Je
vous en prie, cachez votre nature rebelle, pour votre bien.
Je déglutis avec difficulté, sa mise ne garde me fait monter des frissons, ainsi qu'un affreux sentiment
d'angoisse. Mon dieu quel genre de vampire m'attend derrière cette vitre ? Mon cœur s'emballe, et je
commence à ressentir de la peur.
- Jacob... qui...
Je sursaute quand j'entends le clic de la porte qui s’ouvre. Je dévisage Jacob, je me sens plus en
sécurité avec lui.
J’imite mon garde du corps en hochant la tête à mon tour, avant d'entrer dans la voiture. Par réflexe,
je baisse les yeux, je ne peux pas le regarder. Sans le connaître, il m'effraie déjà
- Bonsoir Faith.
Je me raidis en entendant cette voix, sombre, et exigeante. Comment connaît-t-il mon prénom ? Ce
vampire doit être un psychopathe. Mes mains se mettent à trembler quand je l'entends se décaler sur la
banquette d'en face, je ne le distingue pas, il fait trop sombre, mais je sens sur moi le poids de son
regard, il s'approche, comme un prédateur en quête de sa proie.
Sa voix est de plus en plus proche, elle se rapproche, je me colle contre la portière quand je sens la
voiture démarrer. Mon cœur s'emballe et pas sous l'effet du désir, même si cette voix est excitante,
c'est celle d'un homme envoûtant. Sauf que moi, il ne m’envoûte absolument pas, il me fiche la
trouille et je crains de croiser son regard.
- Faith...
Un cri s'échappe de ma bouche quand je sens une main glisser le long de ma joue puis vers mon cou,
elle n'est pas froide ni chaude comme celle d'un humain. Elle a cette température particulière, tiède,
dégageant une sorte de chaleur enivrante. J'avais dans le passé côtoyé quelquefois des vampires, cette
caractéristique m'avait marqué.
Je sais aussi qu'ils ont des yeux particuliers, avec une lueur spéciale, comme si les crocs ne leur
suffisaient pas, pour se démarquer.
Je serre les pans de la veste de costume de Jacob, cherchant du réconfort, il est beaucoup trop près.
Un soupire résonne dans l’habitacle, me faisant sursauter.
- Pardonnez mon approche. (J'entends un sourire dans ses mots) Je suis un vampire qui a... (Je crois
entendre qu'il se lèche les lèvres, mon rythme cardiaque s'emballe, putain il va me manger,) un
certain faible pour les jolies humaines comme toi, Faith.
Je me mords la lèvre pour éviter de claquer des dents, ce type me terrorise. Il va me sauter au cou
pour me planter ses crocs bien profondément et me vider de mon sang. Quand je l'entends parler j'ai
l'impression d'entendre un affamé.
Sa main caresse mes cheveux, replaçant comme il faut la mèche qui me cacher le visage. J’aperçois le
sien rapidement, je ne cherche pas à obtenir de contact visuel, à moins de vouloir me déclencher une
crise cardiaque. Merde je dois à tout prix me ressaisir ! Je n'ai peur de rien... normalement.
Ouais sauf de ton nouveau maître !
J'entends un rire rauque, presque aussi terrifiant que sa voix. A quoi peut-il bien ressembler avec un
timbre pareil ?
A un monstre Faith ! Il doit être monstrueux pour ne pas allumer la lumière ! Tu vas te faire sauter par
un Frankenstein ! Gore !
- Vous...
- Regarde-moi Faith.
- Non.
Non, je suis terrorisée, c'est différent ! Putain ce n’est vraiment pas du jeu si lui peut lire en moi, mais
pas l'inverse !
- Sache que je ne mords pas... enfin... (Il se met à rire, ce qui n'est pas très rassurant) je ne plante mes
crocs que dans des veines.
- Mais…
- Oh beauté, il y a tant de choses que tu ignores. En commençant par moi. Allez regarde-moi.
Je veux le contredire, lui désobéir, il me terrorise certes mais je veux l'affronter, c'est mon côté
rebelle qui me le dicte, c'est plus fort que moi. Je vais le défier, même si Jacob m'a presque supplié de
ne pas le faire, il faut que j'affronte la peur que j'ai de lui. Je ne suis pas comme les autres, je ne
plierai pas, c'est hors de question !
Je suis paumé avec ce vampire, je ne sais pas sur quel pied danser. Un coup il peut être charmant,
ensuite... autoritaire.
- Ne me parlez pas comme ça ! On peut être des adultes et se parler sans ordonner, merde !
Je ne l'ai toujours pas regardé, je ne veux pas lui donner ce plaisir dès la première fois.
- Je sens que je ne vais pas m'ennuyer avec toi beauté, mais certes, pour cette fois, je me plie à tes
désirs, pour cette fois. Après tout, nous sommes deux adultes !
Je sens la moquerie dans sa phrase... bien qu'il m'effraie, je trouve facilement en lui quelque chose
d'agréable, il plaisante ; quelqu'un qui plaisante ne doit pas être si méchant que ça ? Et puis... si nous
Derycks passer du temps ensemble, autant essayer de se connaître.
Méfie-toi quand même Faith !
Je prends mon courage à deux mains, et décide de l'affronter du regard, parce que j'en ai envie, et
parce qu'il ne me l'a pas ordonné cette fois ci.
- Bien....
Je me fige quand je le vois, Louis est... un putain de beau mec, il a dû être un très bel homme
auparavant, puisqu'il est un très beau vampire. Ses cheveux blonds sont coupés courts, il a un visage
fin et dur, il doit être le genre de personne à ne pas se laisser faire. Son costume fait ressortir ses yeux
vert émeraude également. Il est... canon et physiquement presque innocent.
- Esclave !
- Je préfère Compagne Faith, une esclave on la baise, point. Toi, tu seras à mon bras dans la haute
société. Certes on va passer de bons moments au lit, c'est sûr. J'utiliserai ta veine pour me maintenir
en vie, en plus de rendre jaloux les plus beaux partis de New York. J'ai fait une affaire en or je trouve.
C'est donc vrai, les premières compagnes ne sont choisies que pour attiser la jalousie des autres. Un
sentiment de colère m'envahit.
- Vous les choisissez souvent comme ça ? Aux enchères ? Classe pour des premières esclaves.
- Compagne.
Louis sourit.
- Tu vas me plaire Faith... ton côté rebelle me plaît déjà. Je vais prendre un plaisir fou à le mater.
***
La demeure de Louis se trouve dans un des prestigieux immeubles de New York, dans le quartier qui
dans l'Upper East Side, est construit spécialement pour les vampires riches de la société.
Mon « maître » doit être quelqu'un d'important. J'essayerai d'en savoir plus demain, pour l'instant, je
rêve de poser ma tête sur un oreiller. Toujours à moitié nue, pieds nus et très mal à l'aise, je suis
heureuse de constater que personne n'est réveillé quand nous arrivons. Combien d’esclaves possède-
t-il ?
Je fixe sans cesse Louis, il marche quelques mètres devant moi, ne m'a pas fait visiter, il le fera
certainement plus tard, à moins... peut-être que je ne vais pas quitter ma chambre ? Il ne se donnerait
pas la peine de faire quelque chose qui ne me servirait pas ? Le peu que j'ai pu apercevoir est digne de
quelqu'un d’une très grande classe. Je suis moins terrorisée en sa présence, je fais de mon mieux
pour ne pas le montrer, par fierté, mais mine de rien, même s'il s'est montré charmant durant la fin du
voyage en voiture, une partie de moi me dit de rester prudente, c'est un vampire. Et qui dit vampire,
dit duperie, ça fonctionne comme ça pour moi.
Louis s'arrête devant une porte en bois blanche, sculpté à la main, à double battant.
Un point pour lui, certes, il m'a achetée, mais il donne l'impression de vouloir rendre les choses plus
faciles. Il n'a pas l'air si méchant que l'a dit Jacob... qui doit certainement s'inquiéter pour rien. Sa
main se pose sur la poignée de la porte, il l’ouvre.
- Mais je ne vais pas avec les autres... oh Putain !
Je me fige dans l'embrasure de la porte que Louis a ouverte, la pièce est somptueuse et immense. C'est
donc ça, être une première esclave ?
Vivre dans le luxe alors que les autres vivent dans la misère du trafic de sang et des soirées libertines,
où elles servent de poupées. Cela me fait mal au cœur face à cette injustice. C'est trop injuste... Je n'ai
rien d'extraordinaire pour mériter un tel sort.
Pourquoi certaines « compagnes » disent que c'est horrible d'en être une... pour l'instant, je ne trouve
pas Louis horrible, certes bizarre, mais je ne le connais pas tellement, j'espère qu'il restera « droit ».
A mon avis, je me mets les doigts dans les yeux. Demain je lui parlerai de ce nouveau mode de vie
pour moi, un mode de vie que je ne connais pas. Peut-être qu'en discutant, je trouverai un moyen
d’échapper à tout ceci. Bien que cela ne se voie pas, je suis encore désireuse d'échapper à un tel sort,
ainsi qu'à une telle vie. Cela prendra du temps, mais je sais que je réussirai, quand j'ai une idée en tête,
je fais ce que je peux pour la réaliser. Je cache mon jeu, il le faut, car d'après ce que j'ai compris,
Louis peut ressentir mes sentiments...
Cela ne va pas être simple et je ne désire pas qu'il devine mon envie de m'échapper. Je ne peux pas
vivre comme ça... même si pour l'instant, il a fait un sans-faute, que ma « situation » n'est pas si
terrible que ça, je reste sur mes gardes, je dois me méfier, cette société-là après tout, est réputée pour
avoir les meilleurs comédiens du monde.
J'entre dans la pièce allumée, c'est incroyablement bien décoré, avec beaucoup de finesse et de
féminité. Il y a une sorte de petit salon avec une télévision, un bureau, un lit à baldaquin au fond, et à
côté une porte, je devine la salle de bains. Puis un énorme dressing que je reconnais instantanément,
cela me fait penser à une chose.
J'espère qu'il ne me répondra pas : « ah non beauté, tu es mon esclave de sang, et de sexe, et j'insiste
bien là-dessus, et jusqu'à preuve du contraire, pour baiser pas besoin d'être habillée »
Il voit bien que j’ai du mal avec mon corps, et que devoir rester nue constamment me poserait un
problème. Ce serait encore un moyen de plus de m’humilier. J'espère que Louis n’est pas le genre de
personnage à aimer ça : l'humiliation. C'est une chose que je crains fortement.
J'ai assisté plus jeune, quand j'avais une quinzaine d'années, à une vraie humiliation publique. Celle
d'une femme nue, la première esclave à l'époque, de Théodoré Campbell, notre... président, elle l'a
trompé avec l'un de ses fidèles conseillers et a en plus eu le malheur de tomber enceinte de celui-ci.
Une terrible honte, un terrible affront envers Campbell, qui cruel comme il peut l'être, il n'a pas laissé
passer ça sans en faire un exemple.
Son conseiller, vampire a été battu presque à mort, on lui a crevé les yeux avant de le castrer. Elle
enceinte, nue aux yeux de tous, a été violée, on l'a vidée de son sang, et battue à mort, sous l’œil
« bienveillant » du Président. Ce jour-là, il a proclamé que toute personne osant le trahir subirait le
même sort. Jusqu’à aujourd'hui, personne d'autre n'eut envie de tenter le sort ou défier Campbell.
Avec le recul, je pense qu'en tuant son esclave, il voulait surtout tuer ce qu'elle portait.
Les sangs mêlés sont dangereux, de véritables créatures surhumaines, beaucoup plus fortes que des
vampires, un danger pour eux... ils sont chassés aussi... mais c'est une autre histoire du nouveau
monde.
J'en ai fait des cauchemars, à l'époque, de cette humiliation, tout ceci est passé publiquement aux infos
ou sur internet, comme avant, au Moyen-âge lors des exécutions publiques. Parfois, je me pose la
question de savoir si nous ne vivons pas encore à cette époque, quand on voit les « hommes » qui
nous dirigent...
Je m'assois sur le lit à baldaquin, je regarde d'un œil Louis retirer sa veste de costume, qu'il pose sur
l'un des deux fauteuils du petit salon. Il se met à l'aise comme moi, enfin j'essaie, j'espère le voir
partir pour pouvoir dormir. Cette soirée m'a chamboulée, j'ai besoin de faire le point, de faire le deuil
de mon ancienne vie et surtout, de me retrouver seule.
- Je t'en donnerai...
Je regarde Louis se diriger vers moi, il est froid soudainement. Ma gorge se serre quand je vois qu'il
déboutonne sa chemise. Il va dormir avec moi ?
Je me lève avec dans l'idée d'aller dans la salle de bains espérant le faire partir. Je me sens mal, son
regard de prédateur est revenu, il m'effraye à nouveau et de plus en plus. Comment arrive-il à faire
ça ? D'une seconde à l’autre, il peut être si différent...
Je me fige quand je sens une prise dure et ferme sur mon bras me retenant. Louis.
J'essaye de me dégager mais Louis me retient fermement. Il n'a pas le droit de me retenir comme ça,
mais si bien sûr qu’il peut ! Je suis peut être son esclave mais je suis encore une femme libre pour
moi.
Et je ne suis pas prête de recevoir un ordre. Pas maintenant... ni jamais d'ailleurs.
- Tu vas où ?
Sa voix est dure et loin d'être aimable. Sa prise se resserre, il me fait mal.
Je n'ai pas le temps de terminer ma phrase que je me trouve projetée sur le lit violemment, ma tête
heurte le matelas, je mets quelques secondes à comprendre que c'est Louis qui fait ça.
La brise légère caresse ma poitrine et je comprends qu'elle est à présent dénudée.... Mon dieu !
- Louis !
Je ferme les yeux, en comprenant soudainement ce que disaient les « compagnes », en être une, allait
être un véritable enfer.
Chapitre 4
Ne plus être.
Je me débats sous Louis pour échapper au poids de son corps. Il est lourd et m'écrase contre le
matelas, empêchant tout mouvement. Ses hanches se frottent contre les miennes, je peux déjà sentir
son érection durcir. J'essaie de m'accrocher à quelque chose de suffisamment solide pour pouvoir me
dégager.
Je ne me méfie pas de son avertissement, c'est un fou ! Je veux trouver le moyen de quitter la prison
de son corps pour éviter le terrible sort qu'il me réserve. Je ne veux pas me sentir encore plus sale
que je ne le suis déjà et humilié. Esclave, et maintenant traînée ?
Quelle naïve j'ai pu être de croire qu'un vampire peut se montrer charmant ? Mon œil ouais !
Louis me prouve à quel point ils peuvent être fourbe, il n'est pas difficile de les croire aussi
facilement, ils sont passés maîtres dans la manipulation. Je me maudis, quelle conne !
Louis m'attrape par les cheveux pour faire basculer ma tête en arrière, laissant libre accès à ma
gorge. Mon ventre se noue quand je sens ses crocs courir le long de mon cou.
- JACOB !
Je veux attirer l'attention de n'importe qui, de n'importe quoi, j'espère encore pouvoir échapper à ce
qu'il désire faire. Je profite du moment où Louis se relève un peu, pour dégager mes mains qui étaient
jusqu'à présent bloquées.
- NE ME TOUCHE PAS !
A mon tour, ma main atterrit sur sa joue, violemment. Ma gifle n'était rien face à ses coups, il est plus
fort que moi, il fait plus mal,
La colère se reflète d'avantage dans ses yeux, ils sont sombres. Ses crocs sont longs... il va s'en servir,
je le sais, et j'en ai peur.
Louis m'attrape par le col de la veste de Jacob pour me redresser face à lui. Son visage est figé par le
mal. L'horreur. Sa main s'enroule autour de mes cheveux, me bloquant la tête, je n'arrive pas à le voir,
je ne peux envisager ce qu'il va faire.
Un cri sort de ma bouche quand il me transperce la peau, profondément, me griffant par la même
occasion. Je sens une lente douleur se propager dans mon épaule. Sa langue va récupérer au creux de
mes seins le sang qu'il vient de faire couler, j'en frissonne sous ce contact inattendu, j'en ai honte.
Jamais.
Il resserre sa prise autour de mes cheveux. Mes yeux me piquent sous l'effet de la douleur.
Mon ventre se noue, je sens l'autre main de Louis remonter le long de mon buste, elle se fige autour
de mon cou qu’il presse.
- Dis-le !
- Non.
Il grogne, me plaque sur le dos, contre le lit, et m’arrache les seuls vêtements qu'il me reste.
L'air froid de la pièce parcourt mon ventre, son souffle aussi. Je me raidis quand il s’assied sur mes
jambes, sa queue contre ma cuisse. Il m'immobilise, je ne peux plus bouger. J'entends le bruit de sa
braguette descendre, il ne va pas oser...
- Puisque c'est ainsi et puisque tu as décrété qu'il était mieux pour toi de ne pas m'obéir...
Sa main me plaque davantage contre le matelas, mon épaule me fait mal, un bleu va apparaître j'en
suis certaine. J'ouvre la bouche pour tenter de respirer, sa main me coupe presque la respiration, j'ai
l'impression d'étouffer.
Je veux respirer.
Il m'écarte les cuisses d'un coup sec pour pouvoir s'y glisser, je me débats, je ne compte pas me
laisser faire sans rien dire, qu’importent les coups.
Laisse-moi respirer...
Je l'affronte du regard, qu'il me massacre. Je lève la main, bien décidé à lui résister, je ne veux pas me
faire violer ! Je savais qu'en devenant l'esclave de quelqu'un, j'allais bien être obligé d'écarter les
cuisses, mais avec un minimum de respect ! Là... il n'y a rien.
Je le repousse de la main, en appuyant sur son torse, le griffant au passage. Je veux qu'il se pousse,
qu'il s'écarte de mon corps nu.
Cela ne sert à rien, j'ai même l'impression que cela l’excite davantage. Je sens grossir sa queue à
l'entrée de mon corps, celle qu'il compte forcer. J'essaie de remuer le bassin pour repousser cet acte
que je ne désire pas. Mon dieu pourquoi j'ai refusé d'être transformée des années auparavant ? Je ne
serais pas dans une telle situation.
- Continue va ! Plus tu feras ça, plus tu en payeras le prix et cela ne me dérange nullement.
- Lâchez-moi…
D'un coup de rein, il me pénètre violemment, sans aucune douceur, sans rien qui puisse me rendre la
chose plus facile à vivre.
Je gémis de douleur, quand il commence à remuer en moi, j'ai l'impression que l'intérieur de mon
corps se consume, sous la brûlure de cette intrusion non désirée. Je me sens salie, faible et
impuissante face à lui.
Louis gémit, ses crocs dehors, l'entendre prendre son plaisir de ma douleur me répugne.
Ses hanches me tranchent comme des lames de rasoir sur ma peau à vif, il m'écrase, j'étouffe de plus
en plus. Ses dents glissent sur moi, traçant deux lignes parallèles qui enflamment ma peau.
Mon épaule me lance, c'est profond et près de l'os, le sang dû à la morsure s’imbibe dans les draps, il
coule le long de ma peau, et je sais que ce n'est pas la seule chose de moi qui saigne à cet instant.
Ça fait mal cette morsure, il n'y a rien de plaisant à cet acte, violent et bestial. Il n’y a pas que ça qui
n’est pas plaisant. Je ferme les yeux, je n'ai aucune idée de ce que me blesse le plus, ses coups, ses
crocs, son sexe en moi... ou ma fierté. Je sens ses armes de tueurs se figer sur ma carotide, il la
transperce et je hurle sous la douleur. C'était la sensation de trop. La brûlure de trop.
Elle fait moins mal certes, j'ai mal ailleurs, beaucoup plus mal, la, entre mes cuisses, où il continue de
se mouvoir en moi, c'est ça que je veux qu'il stoppe. Mais il continue, il prend de moi tout ce qu'il
veut, mon sang, par de large suçons, ma féminité, et ma fierté de femme.
Il scelle sa morsure au bout de quelques minutes, continuant de me prendre avec plus de violence. Je
vais en mourir, on ne peut pas supporter autant de douleur d'un seul coup. J'en suis persuadé, je me
sens vide, et... aux portes de la mort, trop de violence, trop de barrières franchies sans autorisation.
Louis jouit en grognant, on dirait une bête, il me glace le sang, les crocs sortis, ses yeux brillants et
sa bouche dégoulinante de mon sang. Je le sens se déverser en moi, et réprime un haut le cœur de
dégoût.
Je ne sais pas si cela s’avère être un soulagement, quand il se retire de mon corps. Ne plus avoir son
poids pesant sur moi me libère un peu. Je peux de nouveau respirer pleinement. Un gémissement
s'échappe de mes lèvres quand les premières douleurs au niveau de mes côtes se font ressentir,
longues et douloureuse, là où il a laissé ses marques.
Je regarde Louis rassembler ses affaires, encore nue, lui ne m'adresse aucun regard, c'est peut-être
mieux. Je ne prête même aucune attention à ce corps d'athlète, n'y voyant que du dégoût.
Il ouvre le dressing et pose sur la table du petit salon quelque chose qui se rapproche d'un livre. Je
n’arrive pas très bien à distinguer l’objet. La Bible peut être ? Il veut certainement chercher un
passage pour s'absoudre de tous ses péchés ? Où est-ce pour moi la catin qui va se faire chevaucher ?
Mon cœur se serre quand je l'entends se rapprocher...
Non il ne va pas déjà recommencer...
- T'as le droit de dormir maintenant et d'aller et venir à ta guise. Tu remarqueras que je suis d'humeur
plus sympathique après la baise, (sa main caresse mes cheveux) je n'aime pas que tu me résistes Faith
et à chaque fois je t'en ferais payer le prix. Un prix élevé.
Ma gorge se serre quand il dépose un baiser sur mon front, comment ose-t-il ? Comment ose-t-il
avoir de l’affection à mon égard, après ce qu’il a fait ? Si j'avais eu suffisamment de force, je lui
aurais craché à la figure, pour son geste et son acte.
Mais avec des si, on refait le monde.
- Je t'ai ouvert le dressing si tu veux t'habiller, je t'ai aussi déposé un... cadeau sur la table basse.
Je ne l'écoute que d'une oreille, je ne désire qu'une chose : qu'il parte. Qu'il s'en aille loin Mon vœu
s’exauce quand je l'entends se diriger vers la sortie.
La porte se referme sur la pièce du crime, m'enfermant par la même occasion dans une spirale qui va
devenir infernale, dans une prison, même si je n'entends pas de coup de clé.
***
Je reste dans la pénombre après le départ de Louis, reconnaissante qu'il ait éteint la lumière en partant.
Nue comme au jour de ma naissance, allongé sur ce lit, tous les membres de mon corps tremblent.
Mon ventre me fait mal, l'intérieur de mes cuisses aussi, je n'ose pas remuer, de crainte de raviver
cette douleur qu'il a provoquée, en abusant de mon être.
Ma main passe au creux de mon cou, là où Louis a planté ses crocs violemment. C'est sensible
certainement un bleu qui se prépare... mon visage aussi d'ailleurs est douloureux, autour des yeux
surtout. Ma bouche a le goût de sang, je dois avoir la lèvre ouverte... Il m’a saignée.
J'essaie de bouger pour aller me glisser sous la douche, pour effacer ses traces... cet acte, ce qu'il y a
à l'intérieur de moi... mon dieu, j'espère que je ne peux pas tomber enceinte, que ce n'est pas comme
ça que cela fonctionne, sinon à ce rythme je vais rapidement me retrouver dans une situation qui ne
me plairait absolument pas.
Une larme glisse le long de ma joue, chaude et humide sur ma peau froide, elle me brûle, ça me brise
le cœur, je suis brisée, par les multiples sévices que le vampire m'a infligé. J'ai retenu mes sanglots en
sa présence, pour ne pas lui donner encore plus de fierté, à ce salaud. Mais désormais c'est trop dur.
Il va le payer, je vais lui faire payer... je sais qu'il va recommencer. C’était la première fois, mais ce
ne sera pas la dernière.
Je tente de me lever, lentement, ma tête tourne, je ne veux pas rester nue entre ces draps et surtout dans
cet état.
Après quelques minutes de tentative, mes pieds touchent le sol, je me sens lourde et si fatiguée.
Rassemblant le peu de courage que j'ai, je me dirige vers la salle de bains en titubant. Je reste dans la
pénombre de la pièce en apercevant un miroir, je ne veux pas prendre le risque de me voir.
A tâtons, je réussis à trouver la porte de la douche, j'entre me planquer, prenant certainement ce petit
espace pour un refuge.
Mes yeux se noient encore une fois, mes larmes disparaissent dans l'eau chaude que je viens d'ouvrir,
elle glisse le long de mon corps meurtri, je dois rester forte, pour moi. Ne surtout plus craquer.
Plusieurs gémissements résonnent dans la salle de bains au moment où j'essaie de nettoyer les
marques qu'a laissé Louis. J'ai mal, je n'ose pas imaginer les blessures de mon corps.
Lentement, je me laisse glisser le long de la paroi, dans le chagrin. Mes yeux se ferment, oubliant
tout, oubliant mon corps tremblant, oubliant ma peau et ce mal être qui commence à naître peu à peu.
Je ne suis plus Faith.
***
J’inspire plusieurs fois, en marchant vers le dressing. La douche m'a calmé quelques instants,
quelques minutes d’oubli. Péniblement, avec beaucoup d'arrêt sur le chemin, j'arrive devant
l'impressionnante collection de vêtements. Je cherche pendant quelques minutes l'interrupteur avant
d'abandonner ma quête, tant pis, je prendrai la première chose qui me tombera sous la main.
Je repère une pile de T-shirt en hauteur, il faut que j'aille les attraper...
- Courage...
Je me mords la lèvre sous la douleur que je ressens au ventre, il me faut plusieurs essais pour attraper
ce que je désire.
Une fois attrapé, j'enfile avec difficulté le T-shirt, je n'ai aucun doute sur ce que sera mon état demain
: je n'irai pas bien.
Encore plus lentement qu’à l'aller, je me rends vers le petit salon pour regarder ce qu'il a posé sur la
table basse. Impatiente de découvrir le passage où Dieu punit l’homme du péché de chair non désiré,
un peu de culture ne ferait pas de mal à cette bête.
- Connard... je gémis.
Ce n'est pas une Bible, certains l'appellent comme tel, surtout les vampires, les femmes elles,
n'apprécient pas tellement ce bouquin.
Écrit la deuxième année du « règne » du président, par un grand écrivain anglais, devenue l'esclave
d'un acteur hollywoodien... vampire, elle a écrit ce livre sur les règles, les conditions, le mode de vie
et l'attitude à adopter quand on devient une esclave. C’est un Best-seller, il paraitrait même que le
président en a offert aux siennes.
Une honte.
Louis peut aller se faire foutre, je ne le lirai pas ! Je n'ai d'ordre à recevoir de personne et
certainement pas d'une salope qui profite de la situation des autres, pour se faire de l'argent. Comment
a-t-elle pu aimer ? Comment font les autres ?
Je regarde la porte par laquelle il est sorti. Mon cœur s'emballe, mon dieu je vais droit à ce genre de
chose tous les soirs ?
Certainement...
Je soupire, Jacob avait raison, peut être que si je ne l'avais pas provoqué il ne m'aurait pas…
Fatiguée et épuisée, je pense à mourir, ne pas me remettre de cette agression pour trouver la paix. Il
va me falloir des jours pour reprendre toute force après ce qui s'est passé, est ce que j’en ai envie ? Je
sais ce que c'est maintenant, coucher avec un vampire, c'est fort, violent et épuisant... Cela nous tue de
l'intérieur, nous ne pouvons suivre, ils sont puissant et en usent.
Comment elles font ?
Je m'effondre entre les draps de satin, ma tête sur l'oreiller, je m'endors rapidement. Au fond de moi
j'espère que tout ceci n'est qu'un rêve, et qu’au matin, je vais me réveiller chez moi.
***
- Faith! Mademoiselle !
J'ouvre péniblement les yeux, ma vue est trouble, j'entends l'orage gronder à l'extérieur. Je veux
dormir et oublier cette nuit, laissez-moi tranquille !
- Faith...
Jacob...
Deux grands bras se glissent sous mon cou et mes jambes, il me sort de dessous les draps, j'ai froid,
la température n'est pas la même, je sens l'air gelé, et mon corps me fait mal. J'ai l'impression qu'un
éléphant m’est passé dessus...
Ma vue est faible pour l'instant, je distingue à peine le visage dur du garde du corps. Il ne laisse rien
paraître. Comme Louis, je dois lui inspirer une sorte de dégoût, il n'y a que le dégoût qui vous pousse
à faire ceci à une femme...
La porte de la salle de bain s'ouvre, la lumière m'aveugle, et je gémis.
- Excusez-moi.
Il me pose sur le comptoir de marbre beige. Je gémis de douleur, mon entrejambe me fait souffrir
énormément.
D'un œil, je regarde la pièce dans laquelle je me suis trouvée quelques heures auparavant, grande et
spacieuse, elle est raffiné et féminine, une douche est incrustée dans le mur, elle a l'air d'être grande.
Il y a une énorme étagère accroché au mur, contenant des serviettes et divers objets.
Jacob réapparait dans mon champ de vision, l'air toujours impénétrable.
- Jacob...
- Ne dites rien mademoiselle, vous allez avoir encore mal à la lèvre pendant quelques temps.
Il pose à côté de moi une boite qu'il ouvre, j'aperçois un nécessaire de soins.
- Ne pleurez pas...
Je ne sens pas les larmes couler le long de mes joues, sur mon visage endolori. Ça me fait mal aux
yeux.
Je ferme les yeux, oui, j'ai eu tort de ne pas me méfier. Mais Louis avait l'air si... gentil.
- Oui.
Je serre les dents quand il désinfecte les plaies de mon visage. Jacob fronce les sourcils, il est froid
avec moi.
- Jacob...
- Oui.
- Pourquoi vous ne faîtes rien ?
Ma question sonne comme un reproche, je suis brisée et en colère, et il n'y a que Jacob à mes côtés. Je
lui en veux, inconsciemment, je vois en lui un fautif.
- Qu'est-ce que vous lui avez dit pour vous retrouver dans un état pareil ?
- Non.
- Non ?
- Faith, il va falloir apprendre, je sais que c'est dur, mais vous ne pouvez pas rester dans l'idée de
vouloir le contredire et de lui résister. Vous allez finir comme ça à chaque fois sinon...
Jacob me tourne vers le miroir d'un geste sec, je reste sans voix en me voyant. Une horreur !
J'ai le visage gonflé par les coups, un œil au beurre noir. Ma lèvre est ouverte ce n'est pas beau à voir.
Je remarque que la morsure au niveau de mon cou est presque cicatrisée, et ça aussi c'est loin d'être
joli. Celle de mon épaule par contre, est une véritable blessure, moche, et du genre à laisser des
marques. De plus je suis couverte de coups, et je ne ressemble à rien... En une seule fois il a réussi à
me détruire. Encore, ma douche nocturne a du faire disparaître pas mal de sang.
- Je ne peux pas me laisser faire... il finira par se lasser ! Je ne me laisserai pas baiser sans rien dire
merde ! Je ne veux pas ! Je ne suis pas ce genre de fille !
- Vous ne le connaissez pas, Monsieur Stanhope ne laisse pas passer une telle conduite.
- Il n'a qu'à me tuer. Point. Il a les moyens de se payer un autre joujou après tout !
- Il ne le fera pas... il a eu... a « un coup de foudre » pour vous et vu le prix qu'il a mis, il compte vous
garder longtemps croyez-moi ! Votre existence tient largement plus qu'à deux coups de crocs.
- Je ne veux pas !
- Je résisterai...
Je me vengerai aussi.
- Il continuera alors...
Je me mets à rire, ah bon ? Il me mettra comme ça à chaque fois ? Je ne suis pas sûre que la haute
société accepte une « compagne » défigurée. Il n'y a rien à envier dans ce genre de cas.
- Et ben, je ne suis pas sûre que la société va m'accepter avec une tête pareille !
Jacob jette dans la poubelle les compresses usagées avant de ranger la boîte, avec un calme
surprenant.
Oh...
Je suis certainement toute rouge en entendant cette question, que je trouve gênante. Difficile de dire à
mon garde du corps que j'ai mal à un autre endroit... plus intime. De toute façon, il ne pourrait pas
faire grand-chose.
- Merci...
Jacob se dirige vers la douche qu'il allume, je peux déjà sentir la chaleur de la vapeur d'eau, assise sur
mon comptoir.
- Prenez une douche, je vais vous apporter de quoi soulager vos douleurs et des vêtements. D'ici une
semaine, les marques auront disparu... puis j'irai vous faire à manger dans le salon, où nous
discuterons.
- Non, monsieur Stanhope a dû partir pour affaires, un imprévu d'après ce qu'il m'a dit.
- Il rentre quand ?
- Dans quelques jours, ce n'était pas prévu, Monsieur était très en colère ce matin.
En colère... Je commence à m’inquiéter en rentrant le sera-t-il toujours ? Viendra-t-il se défouler sur
moi ? Son bouc émissaire ?
- C'est mon travail Faith (il me descend du comptoir, et je fronce les sourcils, le mal est toujours
présent) Allez hop, sous la douche, cela vous détendra, je reviens.
Jacob quitte la pièce me laissant seule, je prends le ciseau dans la boîte de soin, et fini de découper
mon t-shirt qui tombe à mes pieds et là... le cauchemar, je peux vraiment examiner les dégâts qu'il a
causés. Des griffures, des bleus, du sang... je détourne mon regard de ce corps humilié, je ne veux pas
me regarder. Je suis répugnante ! Je cours à nouveau me réfugier sous la douche brûlante, pour tenter
d'effacer ces blessures, ce corps répugnant... et par la même occasion... Louis.
Chapitre 5
Je reste un long moment sous le jet de la douche, Jacob est entré plusieurs fois pour voir comment
j'allais, et surtout pour vérifier si je n'avais pas décidé de m'exploser la tête contre la paroi en verre.
Une solution à mes problèmes ? Pas sûr. Ce con serait capable du pire avec ma dépouille j'en suis
certaine. Il est si… répugnant. Ils le sont tous.
J'enfile les vêtements que le garde du corps m'a amenés. Un jean, des sous-vêtements, une chemise,
rien d'extraordinaire, mais c'est très féminins et raffiné, digne d'une classe aisée, et qui doit coûter un
salaire humain de nos jours. De simples vêtements que jamais je n’aurais pu m’offrir dans d’autres
circonstances. Si je n’étais pas une esclave.
- Effectivement… je soupire
Je découvre un Jacob en tablier le nez sous la hotte, il tourne quelques choses dans une poêle. Il me
jette un coup d'œil, un petit rictus au coin des lèvres, bordées d’une barbe grise datant de quelques
jours.
Mon garde du corps devait avoir une vie assez remplis avant de tomber dans ce système, vu son âge,
il doit avoir bien vécu...
- Bonjour.
Sa grosse voix me réchauffe le cœur. Elle est rassurante, comme celle d'un père.
Cet homme m'impressionne, par sa stature, sa façon d'être, de se comporter, son fort caractère et cette
expression dans les yeux, celle qui donne l'impression qu'il n'a plus rien à perdre. Il a le regard d'un
homme en colère depuis des années. Vivre dans les quartiers sud, nous enseigne des tas de choses,
comment chaque expression, chaque regard, ou chaque parole peuvent être interprétés, ou plutôt
doivent être interprétés.
Mon estomac répond pour moi, et Jacob m'indique un tabouret en face de lui, devant le comptoir de la
cuisine vintage. Un peu honteuse, je gagne le siège, sans vraiment le regarder. Je ne sais pas quelle
attitude adopter.
- Merci.
Je le regarde me préparer à manger. On dirait qu'il a fait ça toute sa vie. Peut-être, quand il devait
avoir une famille certainement... et une formation en cuisine. Ma langue me démange, j'ai envie de lui
poser des tas de question.
- Tenez mangez.
Une assiette fumante se glisse sous mon nez, l'odeur me rappelle des tas de souvenirs, d'enfance
surtout. Ma mère le dimanche matin, derrière ses fourneaux alors qu'elle préparait le brunch, portant
son célèbre tablier rouge avec écrit dessus, la recette de la tarte aux pommes.
Je saisis la fourchette que Jacob me tend, j'ai faim, mais une boule au ventre m'empêche de
commencer mon repas.
J'entends le bruit du mug qu’il pose à côté de mon assiette, puis les pas de Jacob, qui se dirige vers
moi. A combien de temps remonte la dernière fois, ou quelqu'un s'est occupé de moi ? C’est trois fois
rien, mais après ce que... Louis m'a fait...
Une lourde paume touche mon épaule, je me raidis sous ce contact pourtant amical et sans danger.
- Je...
- Pardonnez-moi.
Jacob retire sa main, il comprend ce qui se passe dans ma tête. La violence de la nuit précédente ne
m'a pas laissé indemne. Il tire un tabouret, et s'assoit à son tour, me fixant.
J’hésite.
- Oui ?
Je lui jette un rapide coup d'œil, il n'a pas l'air bavard, mais j'espère qu'il sera assez causant pour
répondre à mes questions.
Je souris en coin.
- Moi ?
- Je suis curieuse.
Jacob se met à soupirer, il sait de quoi je veux parler, il m'a prévenue, en ce qui concerne Louis. Je ne
l'ai pas écouté, naïve, je suis une femme... le suis-je encore après ce qui s'est passé ? Je refoule cette
idée, refusant de penser à ce qui s'est produit.
- Tant de choses.
Je ferme les yeux, appréciant ce que je mange, prenant mon temps. Savourant ce petit plaisir, dans un
monde, dans une vie, où peu de choses sont appréciables.
Mes yeux fixent Jacob, ses doigts pianotent sur le comptoir, il réfléchit.
- Franchement, je n'en sais rien, peut-être... essayer de comprendre le malade avec qui je vis.
- Violent.
- Oui.
- Pourquoi ?
Jacob soupire à nouveau, je dois très certainement l'énerver avec mon obstination à tout savoir. A
tenter de comprendre, qui est cet homme, ce vampire, puis surtout, comprendre comment il en est
arrivé là en ce qui concerne cette nuit.
Si on doit vivre ensemble, lui et moi, malheureusement, je dois apprendre le connaître. Peut-être que
la prochaine fois, je pourrais tenter d'éviter les coups.
- Louis a toujours été comme ça, je pense que son tempérament violent date de sa vie humaine.
- Il vivait où ?
- Non, je suis juste surpris, aucune autre... compagne ne l’a demandé avant.
"Autre" combien de compagne a-t-il eu avant moi ? Trois, quatre ? Une dizaine ? Où sont-elles ?
La fourchette dans mon assiette, je me masse les tempes, un mal de tête vient de me surprendre, trop
de question, trop de stress, trop d'événement. Ce n'est pas bon pour mon moral.
- Ça va ?
J'adresse un regard à l'homme à côté de moi, il ne doit pas s'inquiéter. Je vivais seule avant, personne
pour moi, rien. Ses questions sur mon « bien- être » me semblent bizarre, inapproprié.
Mais oui ! Pourquoi je ne le serais pas ? Je veux savoir qui est ce... monstre.
Apprend à connaître ton ennemi pour mieux lui nuire.
- Je préfère être sûr, vous savez, Louis sera très secret avec vous, je n'aimerais pas qu'il vous arrive
quelque chose, si jamais vous posiez une question indiscrète.
D'accord. Me voilà rassurée d'un certain côté. Je reprends mon café, maintenant tiède, puis je
recommence mon interrogatoire.
- Douze ans.
- Douze ans ?
Je le regarde d'un air stupéfait. Il a réussi à vivre avec ce malade durant tout ce temps ?
- Non, monsieur Stanhope a toujours été quelqu'un d'aimable et respectueux envers moi.
Surprenant.
- Quatre.
- Combien ?
- Sept ans.
Je reste figée quelques instants, sept ans avec la même femme ? Sept ans à avoir une compagne violée
et... battue dans un monde qui se fiche bien de ce que nous sommes... Je présume que les trois autres
sont venues "après", elle a dû mourir sous ses coups. Un homme, vampire comme lui, aussi fou, ne
peut que répandre le mal.
- Faith, apprenez que ce ton avec Louis ne sera pas accepté, s'il vous plaît, contrôlez-vous, je n'ai pas
envie de vous ramasser à la petite cuillère à chaque fois !
- D'accord... je soupire.
Jacob hocha la tête, ravi que je l’écoute enfin.
- Faith...
- Dites-moi.
- De "maladie".
Ah... J'aperçois Jacob l'air pensif. De nombreux souvenirs doivent lui revenir en mémoire, et je
décidai de ne pas poursuivre sur le sujet.
- C'est un vrai interrogatoire dites-moi, lance-t-il en souriant, je dois veiller sur vous surtout. Mon
boulot c'est vous.
Un garde du corps en fait, toujours collé à moi. S'il veut aussi venir dans la chambre, pour veiller sur
moi quand Louis est la... je ne m'y opposerais pas.
Je recrache ce que je viens de mettre à la bouche salissant le comptoir, d'un œil noir je me tourne vers
lui. Pardon ?
- Oui.
Mon cœur se serre, mon père travaillait pour le gouvernement américain, avant que Campbell ne
fasse son coup d'état.
J'ai longtemps détesté la politique, et les personnes qui en vivaient. Ces hommes en costumes, l'air
supérieur, dirigeant un pays... je ne les aimais déjà pas il y a quinze ans, je ne risque pas de les aimer
maintenant. Cela réveille en moi de nombreux souvenirs.
- Qui est-ce ?
Euh... non. Disons que vivre dans le sud de la ville ne permet pas de se mettre à la page constamment.
J'éclate de rire.
- Vampire ? Oui.
Dead Creaving... Son nom raisonne en moi, je suis curieuse de savoir qui il est. Qui peut être le
concurrent de la personne que je déteste le plus. A quoi ressemble une personne qui porte un prénom
pareil ?
- Il est violent ?
- Faith, tous les vampires n'ont pas la main leste. Creaving est vraiment quelqu'un de bien, vous le
verrez par vous-même.
- Exact.
Je termine mon assiette, en silence, je vais donc côtoyer d'autres vampires, magnifique ! Je réfléchis,
je pense avoir tout demandé... mais seulement, une seule question reste sans réponses. Moi. Qu'est-ce
qui va m'arriver ?
- Jacob ?
- Oui ?
Je remarque qu'il pose le journal qu'il a dans les mains. Depuis tout à l'heure, je n'ai pas osé le
regarder ?
Chapitre 6
J’ai fini par craquer, et j'ai presque lu en entier le livre que Louis m’a donné, celui de l'écrivain
anglais, Diana Frost. Une femme d'une quarantaine d'années, et aussi fêlée que celui qui a décidé de
mettre en esclavages les humains.
Jacob m'a conseillé de me documenter sur internet ou à la Bibliothèque, pour éviter à nouveau, un
malheureux incident. Comme à mon habitude, je ne l'ai pas écouté immédiatement, je n’avais pas
envie de sortir de l’appartement avec la tête que j’avais. Alors j'ai attendu un ou deux jours, jusqu’à ce
que des cauchemars envahissent mon esprit tourmenté.
Obéir, tout le temps, constamment, comment elles font les autres ? C'est au-dessus de mes forces et
définitivement pas mon point fort !
Après deux nuits sans fermer l'œil, sans me reposer, j'ai craqué, épuisée, j'espérais découvrir le
moyen de retrouver le sommeil dans les pages du bouquin. Ce qui n’est pas arrivé bien évidemment.
Plus j'avance dans ma lecture, moins je ne comprends cette femme qui a l'impression d'éprouver une
sorte de joie vis à vis de sa nouvelle vie. Qui pourrait être heureuse en vivant dans de telles conditions
? Sans être un individu libre ? Etre quelqu'un qui doit être l'ombre d'un autre.
"Une esclave doit être avant tout, le miroir que désire son maître d'elle. Belle, muette, et discrète"
Discrète ? Ah parce qu'une femme roué de coups est discrète ? On n'a pas vraiment la même
définition de ce mot.
Vu ma tête à cause des marques et des coups que j'ai reçu, je ne passe pas inaperçue, j'en suis certaine
! D'ailleurs j'évite les miroirs, ils sont devenus mes pires ennemis.
Il me reste une cinquantaine de pages à lire, l'auteur à même intégré dans son bouquin, l'histoire
qu'elle a vécue avec son "maître". J'ai un léger souci avec cette appellation, cela a un rapport direct
avec les pratiques sexuelles de soumission. Or je ne désire pas vraiment ressembler à une soumise. Et
d'après ce qu'insinue cette femme, j'en suis une.
"Une esclave, A plusieurs rôles dans cette société, celui d'esclave, d’une compagne, et celui de
donneuse de sang, elle maintient en vie son maître, comme lui la maintient en vie du reste"
Je pose le pavé de pages sur la table basse de mon immense chambre. J'ai déjà un peu exploré quand
Jacob n'était pas là. C'est à dire... pas souvent. Je l'aime bien, il est gentil, mais mon dieu ce que c'est
agaçant d'avoir quelqu'un derrière soi à chaque minute !
Je me lève du fauteuil, mes douleurs ont disparu, les marques aussi, je suis comme neuve.
Extérieurement, je suis neuve, mais à l'intérieur c'est... sale. Je me sens salie, je n'ose même pas
regarde ce corps, celui qui est censé être mien... il me dégoute, je me dégoute. Quant à l'autre je ne
sais pas comment je vais réagir en le revoyant.
Je m'attache les cheveux en sortant de la chambre. N'y pensons pas tant qu'il n'est pas là, ce serai... lui
donner beaucoup trop d'importance. J'ai eu droit à une semaine de tranquillité. L'appartement est vide,
il est encore tôt d'après le réveil, je ne peux pas me fier à la lueur du soleil au petit matin puisque... il
n'y a plus de soleil.
Ça me manque.
Aucun bruit, c'est le silence complet, un silence de mort. Pieds nus, je marche en direction du bout du
couloir, j'ai tout visité sauf deux pièces. Je passe sur les quatre ou cinq chambres, les nombreuses
salles de bains, salons... j'ai tout croisé sauf la chambre de Louis et son bureau, j'espère les découvrir
en franchissant ces portes, j'en apprendrai plus encore sur ce vampire français.
J'arrive devant une porte identique à la mienne, mon cœur s'emballe, bon sang je sais que c'est
interdit, je ne l'ai pas lu dans ce bouquin à la noix, mais j'en suis quasi certaine que "Monsieur
Stanhope" n'apprécierait pas.
Il s'est préoccupé de toi cette nuit-là ?
Non, donc, je n'hésite pas, ma main sur la poignée, je la tourne.
- Et merde !
Je dévisage la paroi en bois d'un regard menaçant. C'était trop simple de croire que Monsieur le
psychopathe aurait tout laissé à ma disposition. Ce qui confirme ce que je pensais, ils sont tous fêlés.
Je recule d'un pas, avant d'envoyer plusieurs coups de pied dans la porte, j'ai besoin de défouler ma
colère, celle qui reste enfouie en moi depuis le début, elle grandit petit à petit, et je redoute le jour où
elle éclatera vraiment. Je ne pense pas à ce qui s'est produit, j'évite, je ressens trop de choses étranges,
je n'arrive pas à mettre de nom dessus. J'erre dans cette appartement sans vraiment me reconnaître, je
souris, et mange comme si rien ne s'était produit, il m'arrive à certains moment, pour un court
instant, d'oublier. Puis vient la nuit, et le reste... et c'est terrible de savoir que je dors dans cette pièce
où j'ai été salie, où j'ai perdu le reste de ma féminité déjà bien amochée, dans un acte qui
normalement est destinée à n'obtenir qu'un échange consenti et du plaisir. J'ai mal de savoir que
dorénavant, cette chose-là, sera pour moi, au même niveau de plaisir, qu'un rendez-vous chez le
dentiste...
Voilà comment faire pour détruire une femme dans une certaine sorte de plaisir... quand elle souffre et
n'en prends pas. Quand une femme se sent la pire des merdes, parce qu'elle a subi la chose la plus
terrible.
Je m'arrête au bout de quelques instants, je suis bien naïve si je pense qu'elle va s'ouvrir, je vais
gagner une entorse surtout. Taper, hurler, m'énerver ne me rendra pas ce que j'ai perdu...
Je sursaute quand j'entends une forte voix derrière moi. Je ne l'ai pas entendu venir... mon sang se
glace.
Je ferme les yeux, avant de m'appuyer contre le mur. J'ai peur, peur du matin où je me lèverai et que
je trouverai Louis assit dans le canapé du salon.
La main protectrice de Jacob se pose sur mon épaule, j'ai cru l'espace d'un instant l'entendre lui et...
Inspire, expire, oublie, oublie... ne le laisse pas te pourrir la vie, reste forte...
J'ouvre les yeux, et prends un regard neutre.
- Oui, oui, je pensais m'être trompée de chambre et... j'ai mal dormi, un rien m'énerve.
- Votre chambre est trois portes plus loin. Celle-ci est celle de Louis.
Ah d'accord...
- C'est l'heure du petit déjeuner, lance-t-il quand il remarque de nouveau que j'ai l'esprit ailleurs. Vous
m'attendez dans votre chambre et...
Je ne l'écoute pas, j'entends quelque chose, une sorte de chuchotement qui vient du salon. Deux voix
masculines...
- Il y a quelqu'un ?
Jacob m'aide à me redresser, je n'avais pas remarqué que je m'étais presque étalé le long du mur. Je
regarde en direction du salon que je n'aperçois pas d'ici, je ne rêve pas ? J'entends bien deux
personnes discuter...
Je regarde mon garde du corps, il redresse ses manches, son air sévère accentue une ligne sur son
front.
Oh bon sang !
Je me fige, sans dire un mot, Jacob m'a bien dit que ce repos ne durerait que l'espace de quelques
jours. J'aurais aimé que cela soit dans un jour ou deux, pour me laisser le temps. Un temps qui ne me
servira à rien.
- Il est...
Il essaie de me pousser en direction de celle-ci. Mais je résiste, je ne suis pas d'accord avec ça. La
colère commence à gagner du terrain, identique à la précédente.
- Pourquoi je ne peux pas aller dans la cuisine ? Vous n'êtes pas ma bonne Jacob !
Je commence à m'énerver, je suis sûr que cette idée vient de l'autre. Il a honte de montrer à son
entourage qu'il a désormais une esclave ? Bien qu'apparemment ce ne soit pas la première qu'il se
paye.
Jacob soupire, je vois bien que mon comportement l'agace, dès qu'on entame le sujet "Louis" je me
braque. Je ne comprends pas ce mode de vie, je ne comprends pas que ce système leur plaise... je ne
comprends tout simplement pas que personne ne bouge ! Est-ce que seulement une fois, une seule et
unique fois, ils ont essayé de se mettre à notre place ? Est ce qu'ils aimeraient servir de poupées aux
humains ? Je ne pense pas. Comme je suis certaine que cette possibilité ne leur est jamais venue à
l'esprit, bande de cons égoïste !
- Lâchez-moi !
Jacob me lâche le bras, il croit quoi lui aussi ? Que je vais obéir au doigt et à l'œil même si ça vient
de sa part ? C'est fichu, ça n'arrivera pas !
Je me suis toujours révolté dans ce système. On m'a lâché adolescente dans cette ville concentré du
mal. M'enfuir ? J'y ai souvent pensé, pour aller où ? Dans le monde entier, mis à part... en Russie, et
encore, depuis près de cinq ans les journaux ne parlent plus de cette révolte, des centaines qu’il a pu y
avoir, après le renversement du "premier ministre" lui aussi, partisan de la dictature. Et la Chine, du
jour au lendemain, c'était comme si ce continent n'avait jamais existé. Souvent j'entendais dans les
rues, que c'était le seul pays au monde qui avait réussi à empêcher ce soulèvement. Je ne saurai jamais
la vérité, et franchement, c'est bien le cadet de mes soucis.
Certains avait essayé de se révolter, ici, on les avait rapidement arrêtés, on les avait saignés à mort, et
pendus. Pour l'exemple, mais surtout, pour que cela ne se reproduise plus.
J'ai toujours, et je déteste toujours tout ce qui se passe. Toutes ses lois qui brisent celle de la
constitution des droits de l'Homme, de l'enfant... tous ses droits humains interdits, comme ceux des
femmes durement gagnés. On ne peut pas comprendre ce que c'est tant qu'on ne vit pas dans la misère,
la violence, qu'on doit trouver un moyen, une solution pour rester en vie et se battre.
J'ai acquis un caractère bien trempé, pour ne jamais me laisser faire...
- Putain ce n’est pas possible, vous êtes toujours en train de vouloir m'éloignez de tout ! Ça ne va pas
le faire Jacob ! Je vais vivre ici je ne peux vivre avec deux maîtres OK ? Vous m'agacez ! Je peux
faire ce que je veux !
Enfin pas tout à fait, je sais que c'est la colère qui parle. Mais bon sang, quand est-ce qu'il va
comprendre lui aussi que je ne suis pas du genre à me plier aux règles ?
- Très bien ! Faite ce que vous désirez, vous n'irez pas me dire que je n'ai pas essayé de faire en sorte
qu'il ne vous arrive rien !
Mon garde du corps ne reste pas plus longtemps, me laissant seule à nouveau dans le couloir.
Comment arrive-t-il à être aussi indifférent ?
Je reste planté à la même place quelques instants, je vais devenir moi aussi indifférente à tout ? On
gagne ce sentiment avec les années ? Comme Jacob ?
Mon attention se reporte sur les chuchotements provenant du salon. Sans m'en rendre compte, je
marche vers le bout du couloir. Curieuse de découvrir ce qu'ils peuvent bien raconter.
Louis.
Je le reconnais à sa voix grave, à l'accent français qu'il n'a pas perdu en trois siècles. Le son qui sort
de sa bouche est comparable à celui d'un tambour de guerre, chaque mot me fait sursauter car même
si on sait qu'un son va sortir, on est toujours autant surpris de l'entendre. C'est pareil avec Louis.
Je sens à travers sa voix qu'il est tendu. Qui est ce Gallorgue ? Et pourquoi il ne serait pas d'accord ?
Sur quoi ?
- Ce serait un atout s'il accepte. Et il acceptera. Notre parti n'est pas si différent aux yeux du monde
que celui de Campbell.
L’écho de cette voix me fait ressentir un fourmillement dans le bas du ventre. Chaleureuse, avec un
brin d'autorité, j'en serais presque envoutée comme par le son d'un violon. On ressent l'assurance,
dans sa façon de s'exprimer, comme s'il savait, que quoi qu'il désire, il réussirait à l'obtenir. Cet échos
très masculin me donne envie de voir qui peut avoir une telle voix.
- Certes, aux yeux du monde. Mais je doute que nous réussissons à obtenir Gallorgue de notre côté,
nous pouvons avoir une autre partie de la haute société...
- Non, Louis. Je ne veux pas les autres, je le veux lui. Les bourges, humains ou non, ne vivent que
pour la popularité.
Ils se moquent des exploits. Gallorgue est un homme d'affaire véreux célèbre, la plupart ont réussi à
fonder leur fortune grâce à lui. Ils le suivront quoi qu'il décide, quoi qu'il supporte. Si je l'ai lui, nous
les avons tous.
Je souris, en voilà un qui arrive à contredire Louis sans s'en prendre une. Cet homme doit avoir
gagné son respect. A moins qu'il soit, politiquement supérieur dans sa hiérarchie.
Dead ? Le Dead ?
Celui dont Jacob m'a parlé ?
Je tends de nouveau l'oreille, je veux en savoir plus, c'est intriguant cette conversation.
- T'es pénible.
- Je sais, et c'est ton boulot de faire ce que je te demande Louis, je veux Gallorgue.
Autoritaire ! J'ai l'impression qu'il ne lâchera pas l’affaire. J'entends de nouveau des bruits de verre,
ainsi que des paroles que je ne distingue pas très bien.
Qu'est-ce que je risque si je me dévoile ? Rien ? Après tout... je ne suis pas censée savoir qu'ils se
trouvent là...
J'entends un soupir, ce qui m'énerve encore plus. C'est Louis qui soupire ? Ce serait plutôt à moi de
soupirer de me retrouver avec lui. Pas l'inverse !
- Elle est...
- Humaine Louis. Humaine, tu sais très bien que nos rapports avec eux sont assez... tendus. Nous
n'avons pas la même vision des choses.
Enervante ? Je suis ENERVANTE ? Je l'énerve parce que je ne dis pas amen à tous ce qu'il veut ? Mais
je l'emmerde en plus de l'énerver.
Je n'arrive pas distinguer la réponse de Dead. Dead, c'est vraiment étrange comme prénom. La mort
quand ça concerne un vampire, c'est assez ironique. Surtout en politique, au moins, il est certain que
personne ne peut l'oublier.
- Ecoute, je ne me mêle pas de ta vie personnelle Dead, alors ne te mêle pas de la mienne.
Hein ?
- Tu devrais en prendre une, tu comprendrais, elles sont tellement... plus simple que les femmes de
notre espèce... plus docile.
Connard !
Une bouffé de haine me gagne en entendant ça ! Sans réfléchir, je sors de ma cachette. Découvrant les
deux individus assis sur les deux fauteuils blancs face à face. J'allais ouvrir la bouche en voyant
l'homme que je ne connais pas.
Un grand brun, les cheveux noirs, des yeux... je fixe ses yeux. Bleus foncé, la pupille rétrécie comme
tous les vampires, j'ai l'impression qu'il y a la vie. Une sorte de mouvement comme le font les
simulations des neurones dans les documentaires. C'est envoutant, tous les vampires l’ont mais chez
lui c’est plus… prononcé.
Les deux hommes s'arrêtent de parler quand ce Dead tourne le regard vers moi, un sourire nait sur
son visage... Et détourne l'attention de Louis vers moi. Grillée... mais je reste figée.
Louis fronce les sourcils, je sens que ce regard n'est pas des plus aimables. Je gène.
Je recule d'un pas quand Dead se lève, lentement, me laissant le temps de l'observer. Il sait, que je le
regarde, il en profite, et naïve comme n'importe qu'elle femme, j'en profite aussi.
Vêtu d'un costume trois pièces sombre, je n'arrive pas à mettre un nom sur cette couleur qui lui va à
merveille. Il remet en place sa veste, avant de me tendre la main.
- Dead Creaving.
Je regarde Louis, je sens sa colère monter, elle est de plus en plus visible dans ses yeux. Mon attention
se reporte rapidement sur le vampire qui est debout devant moi, le sourire aux lèvres, sa main tendue.
J'hésite à la prendre.
- Je ne mords pas... (Il sourit, et j'aperçois ses crocs) enfin pas vraiment.
Je saisis sa main, il prend la mienne, pour y déposer un baiser sur le dessus, comme à l'ancienne. Je
détourne le regard, en souriant. Je crois que je vais virer au rouge, je n’ai pas l’habitude de la
galanterie.
- Pour une fois... je remarque que tu as du goût Louis, beaucoup même.
Il ne me quitte pas du regard, cherchant sans cesse à retrouver le mien. Ses yeux... il m'hypnotise.
- Ce serait malpoli de ma part de ne pas saluer votre... beauté. Magnifique pour une humaine.
Son pouce caresse ma main, me déclenchant des frissons, il est surprenant. Et moi je dois être toute
rouge.
- Non. Pas avec les étrangers. Lâche la Dead, répond méchamment Louis.
Nous sortons de notre "discussion", je n'ose pas regarder Louis. Dead accapare toute mon attention, et
ses yeux… Il a un quelque chose que je ne saurais pas expliquer...
Par crainte de lire en Louis, toute sa colère, je ne veux pas détourner le visage de ses yeux bleus, je
vais payer ma curiosité je le sens.
Il me dévisage pour me faire comprendre qui je suis, comme si je ne le savais pas. Je suis une merde
voilà tout. Dead fronce les sourcils. Qu'est-ce qu'il a remarqué, je pose ma main sur mon cou… les
marques.
- Moi si. D'ailleurs, (Louis se lève à son tour, et je recule à nouveau.) Dead, nous nous voyons
demain.
***
La porte claque quand Dead s'en va mais je reste les yeux rivé dans le vide, perdu dans mes pensées,
ma peau est toujours frissonnante, je sens encore son pouce sur ma main...
Et ses yeux...
Comment briser un "rêve" en quelques mots. Je fronce les sourcils et me tourne vers mon bourreau
qui me foudroie du regard, sa voix est dure.
Il est énervé ? OK, moi aussi. Je peux la jouer comme ça s'il veut. On va régler nos histoires.
- Ce que je fous la? Je suis chez moi non ? Je fais ce que je veux ! Ce n’est pas ce que tu m’as dit ?!
- CE QUE TU VEUX ?
Louis m'attrape le bras et d'un geste sec m'envoie contre le mur. Ma tête prend une partie du choc, je
vois légèrement trouble. Ce n'est pas juste, je n'ai que ma voix pour me faire entendre, lui détient la
force, ce n'est pas équitable. Mais dans ce monde rien ne l’est. Je cligne des yeux plusieurs fois
jusqu’à ce que ma vue réapparaisse. Ma tête me fait mal, j'ai le tournis.
- Ecoute moi bien Faith, tu ne fais pas ce que tu veux ! Surtout quand je te donne un ordre, tu as
compris ?
Je sens le souffle de Louis sur mon visage. Peu à peu, je l'aperçois : il est fou de rage. Un sourire
malsain nait sur mes lèvres. T'as voulu jouer, on va jouer. Et je me suis promis de me venger, coute
que coute. Il pense que je suis une petite chose qui s’apitoie sur son sort ? Il a bien tort, je peux être
quelqu’un de très réfléchi et d’incroyablement ignoble.
Louis me saisit par les deux pans de mon t-shirt, me faisant décoller les pieds du sol. Il va m'en mettre
une, je le sais, il a les mêmes réactions que la dernière fois. Cet homme ne sait pas se contrôler. Il
frappe, ne réfléchit pas, c'est plus simple.
- SINON ? Je hurle à mon tour, TU VAS ME VIOLER ENCORE ET ENCORE JUSQU'A CE QUE JE
COMPRENNE ? OU TU PREFERES ME COLLER UNE RACLEE A CHAQUE FOIS QUE JE NE
T'AURAIS PAS DEMANDE DE RESPIRER ?
Il me lâche comme une merde, et je tombe sur le sol froid. Il a de la force et me le montre. Ma jambe
amortit ma chute, j'ai mal. Aucune douceur, rien.
Je le regarde faire quelques pas en silence, je soupire, il faut que je reste calme. Ses chaussures hors
de prix s'arrêtent devant moi. Il s'agenouille, les doigts sur ses lèvres, comme s'il réfléchissait, tout en
m'observant.
J'éclate de rire, c’est nerveux. Il réfléchit à quoi au juste ? A la meilleure façon de me punir des
énormes affronts que j'ai osé commettre ?
Je suis folle de rage, tout ce que j'ai contenu depuis sept jours refait surface en quelques minutes,
l'envie de meurtre, la vengeance, la peur, je veux lui en faire voir de toute les couleurs, pour enfin,
pouvoir trouver une sorte de paix que je ne vois que dans la mort. Il m’a détruite.
Je vais le mener à bout, tellement, que cette fois ci, les coups termineront ce que la rue a commencé :
la chute lente d’une femme qui n’avait rien demandé.
- Beauté, je ne te tuerais pas mais je peux te faire très mal, tellement que tu pourrais te croire aux
portes de la mort, mais jamais, je ne te porterai le coup fatal. Jamais, tu es à moi.
Louis m'adresse un clin d'œil amusé. La colère s'est évaporée ? Il se met enfin à plaisanter ?
Connard !
- Non, j'ai toujours envie de t'en coller une, rassure toi. J'ai cru comprendre qu'il n'y aurait que cette
méthode pour que tu m’obéisses, qu'importe le nombre de fois où il faudra que je te roue de coup. Tu
dois aimer ça un peu non ? Te faire frapper !
Mon cœur se fige quand je l'entends, il m'annonce ça comme on pourrait annoncer un "chéri je vais
faire les courses je reviens" d'un ton calme, et décidé. C'est ça qui m'effraie le plus, avec Louis, j'ai
l'impression qu'on ne peut rien envisager. Il est imprévisible.
- Tu n'as pas à me traiter comme de la merde ! Tu n’es pas mieux que moi.
Il se met à rire, je sais que je suis ridicule, mais bon sang, j'avais besoin de le sortir.
- Je fais ce que je veux moi aussi, et à cet instant, j’ai envie que tu m’obéisses car si tu ne le fais pas…
Louis se relève, il continue de rire, ce n'est pas vraiment rassurant. Je me lève à mon tour, ma hanche
me fait mal. J'aimerais des réponses. Je veux lui régler son compte... si je pouvais...
Il s'approche de moi, et par instinct, je recule.
- Tu as peur de moi.
- Non !
- Moi.
- Un violeur.
Louis passe une main nerveuse dans ses cheveux blonds. Sa mâchoire se crispe. Ah pas bon...
Sa voix est redevenue dure. Mais qu'est-ce que j'ai fait ? Bon, d'accord, s'il m'arrive quelque chose je
l'aurais cherché... Mais bon sang, ce que ça fait du bien de dire la vérité !
- Tu peux t'énerver encore, je n'ai pas fini : en plus d'être un violeur, tu es un taré. Tu es taré OK ? Un
fou ! Tu mériterais l'asile s'il y en avait encore. Tu sais pourquoi ? Parce que les mecs dans ton genre,
ne peuvent pas être normaux. Déjà tu n'es pas normal puisque tu es un vampire. Tu es une bête ! Et tu
penses trouver le respect en t'achetant des esclaves et en les violant. Jamais tu ne te feras respecter
avec moi en faisant cela ! Tu vois MOI je respecte un homme qui prend soin d'une femme! Tu n’es
qu'une merde ! Je te ferais payer ce que tu m'as fait !
Je suis tellement en colère que des larmes envahissent mes yeux, il plaisante ! Bien sûr que oui ! Ou
commence le viol pour lui ? Je suis sa "compagne" donc, tout ce qu'il me fait, n'est pas un délit ? Non
! Je ne suis pas d'accord !
Je me retrouve de nouveau plaquée contre le mur, Louis entre mes jambes, sa tête contre mon front.
- Lâche-moi !!
Je ne peux pas rester contre ce corps, il est trop près, j'ai l'impression de me retrouver sept nuit en
arrière, dans ma chambre. J'étouffe. Je lui donne des coups dans les épaules pour tenter de l'écarter, il
ne bouge même pas d'un centimètre, je continue de me débattre.
- Alors donc tu respectes un homme qui prend soin de toi ? C'est ce que tu veux Faith ? Que je prenne
soin de toi...
- Enlève ta main !
- Non, (il continue de remonter le long de ma cuisse) Je t'accorde, que peut être la dernière fois, je
t'ai... prise au dépourvu.
Mais ça ne t'a pas tellement dérangé puisque tu reviens à la charge. Tu fais exprès de me chercher, tu
me veux en toi, je le sais.
Prise au dépourvu ? Non, il m'a prise tout court sans mon consentement.
- ENLEVE TA MAIN !
- Sinon ?
Louis presse de nouveau ses hanches contre les miennes, je le sens. L'angoisse m'envahit, non pas
encore, je ne pourrais pas le supporter encore une fois. Sa main est sur l'élastique de mon bas de
pyjama, elle est en train de se frayer un chemin vers mon entrejambe. Faites qu'il l'enlève...
- T'a pas compris, plus tu me désobéiras, plus tu subiras. Plus tu m'énerveras, plus je t'en ferais payer
le prix.
- J'espère pour toi, que ce n'est pas mon associé qui te fait mouiller ta culotte...
Chapitre 7
La suite du cauchemar.
Je fixe dans les yeux Louis, sa main est toujours entre mes cuisses, l'un de ses doigts appuie contre
mon intimité, je suis morte de honte, surtout lorsqu’il commence une lente caresse, très appuyée. C'est
aussi la première fois que j'éprouve de la gêne dans le fait de ressentir de l'excitation pour un homme.
Avant cela ne te posait aucun problème !
Effectivement, mais plein de choses ne me posaient pas de problème avant.
- Alors Faith ? C'est Dead qui te met dans un état pareil ?
Je sens le tissu de mon vêtement s'écarter, ses doigts entrent en contact avec ma chair humide, c’est
pire maintenant, je le sens toucher l’interdit.
- Enlève ta main...
- Oh non ! Alors là franchement, Faith, tu viens de me donner la meilleure des excuses pour t'en faire
voir de toutes les couleurs. (Son souffle s'écrase contre mon oreille) C'est comme ça qu'on t'excite ?
Sa main se montre plus aventureuse, son pouce caresse avec lenteur mon clitoris, m'envoyant des
milliers de décharge dans le bas du ventre. Mes jambes se mettent à trembler sous le plaisir que je
reçois, j'en ai honte, j'essaie de me concentrer sur ce sentiment pour éviter de me laisser aller. Il ne
doit pas me toucher comme ça, pas après... et comment je fais pour éprouver... du plaisir ? Un doigt
vient se glisser à l’entrée de mon corps, mimant un mouvement de va et vient. Il continue de titiller
mon clitoris sans douceur. Les muscles de mon intimité se resserrent sur son doigt, et il en profite
pour en glisser un deuxième, c’est mal, et je n’ai pas le droit de gémir à ce qu’il me fait.
Je lui envoie plusieurs coups de poing dans le dos pour le faire dégager
NON !
Ses yeux.
- Lâche-moi. !!
Je remue des hanches pour empêcher tout nouveau contact, mais rien n’y fait. Louis continue, son
visage se penche vers mon cou, je sens ses dents. La peur m'envahit, les souvenirs de l'autre nuit
aussi...
NON !
Louis retire ses doigts et le son de sa fermeture éclair résonne. Non, cette fois ci, il ne m'aura pas.
Ma main passe dans ses cheveux que je tire d'un coup sec. Louis grogne et j'en profite pour lui
administrer un coup de pied entre les jambes.
- OH putain !
- J'ai dit...
Ma tête me fait mal soudainement. Mes yeux me picotent, je vois des tas d'étoile... et cette douleur.
Une gifle. Il vient de m’administrer une gifle ! Ma main frotte ma joue endolorie, celle-là m’a fait
mal.
- Alors là...
- Monsieur ?
Nous nous retournons vers la voix de Jacob. Un plateau dans les mains, il nous regarde, et détourne
les yeux rapidement. Je constate que j’ai le bas de mon pyjama légèrement baissé sur les cuisses,
dévoilant mon intimité à peine couverte de ma culotte. On dirait une…
Des larmes naissent au coin de mes yeux, quand je pense à ce qui aurait pu se reproduire : sa main sur
mon sexe... et sa queue contre ma cuisse. Il serait allé jusqu'au bout si le garde du corps n'était pas
intervenu. Une fois de plus il m’a humilié.
Il remonte sa fermeture éclair sans aucune gêne, il me dévisage, le regard noir, je vais le payer. Peut-
être pas tout de suite, mais plus tard quand même. Je me rhabille en vitesse, couvrant mon corps
dénudé, je suis très mal à l’aise.
- Ça... vous m'avez habitué à plus de discrétion Jacob, le coupa Louis, en s'asseyant sur l'un des
fauteuils.
Mais quel connard ! Je le regarde faire, il se met à l'aise, et fait comme s'il ne s'était rien produit. J'ai
l'impression qu'il donne toujours une impression de maitrise et de normalité dans tout ce qu’il fait.
Jacob me regarde, je soupire, s’il savait comme je suis en colère après lui, de ne rien faire contre ce
malade.
- Je vous prie de m'excuser Monsieur. Mais Monsieur Creaving a laissé ça pour vous en partant.
Il s'approche de son boss en lui tendant le plateau en argent sur lequel est disposée une enveloppe de
couleur crème. Je ne prête pas attention à la scène, je m'en fiche des affaires de Louis... Je me rends
dans la cuisine, vers le frigo que j'ouvre. Mes yeux s'écarquillent, quand je vois toute la nourriture. Il
n’y avait pas autant lorsque Louis n’était pas là. Ce n'est pas juste tout ça, dans les rues on crève
pratiquement de faim et les vampires se goinfrent alors que manger n’est pas une nécessité de survie
pour eux, mais un plaisir.
Je sursaute en entendant la voix de Jacob près de moi. Je vais avoir peur comme ça constamment de
tout et de tout le monde ? Trouillarde Faith !
- Mademoiselle...
Je sors la bouteille, et demande un verre à Jacob qui hésite à me le donner. Il me pousse hors de la
cuisine, m'ouvre le vin et me sert un grand verre.
- Faith !
- Tiens.
Louis dépose une carte ivoire à côté de mon verre. Je remarque l'écriture soignée, ainsi que le blason
célèbre du Président des Etats-Unis. Qu'est-ce que c'est que ce bordel.
Je saisis l'invitation que je lis avec attention.
- Non, pourquoi ?
J'envoie valser le bout de papier sur le comptoir, c'est une invitation pour la fête national du pays. On
est déjà en novembre ? Ça fait déjà une année de plus ? La colère m'envahit, je fronce les sourcils,
c'est hors de question. Je n’irai pas, et certainement pas au bras de Louis.
Je hais tous ce qui me rappelle ce que nous avons perdu. Je ne vais pas me trimballer en tenue de
soirée entourée de vampires, c’est hors de question.
Louis me saisit par les épaules, un sourire narquois se dessine sur ses lèvres.
- Sinon ?
- Sinon...
Ma vue devient trouble, c'est le noir le plus complet. Je n'y vois plus rien. La peur m'envahit. Une
scène se crée, moi nue, attaché aux barreaux d’un lit, la tête dans un oreiller, une sensation de brûlure
entre mes cuisses, je sens comme si je vivais la scène, Louis se mouvoir en moi. Violence, et douleur.
Je vois du sang perler le long de mon dos. Je crie, et tente de me débattre pour échapper à ce sort.
Mes poignets me font mal. C'est encore pire que la dernière fois.
- Alors ?!
Je retrouve la vue, le souffle court, je dévisage Louis. Tout sourire. Mon ventre est noué, c'est un
véritable fou. Un cri sort presque de mes lèvres, je tremble. Sa main est dans mes cheveux, j'aimerai
lui arracher.
- Jacob, vous accompagnerez Faith chez Vallon's pour lui acheter une robe.
Jacob coupe des tomates, il est calme et presque invisible. Il fait comme s’il ne se passait rien.
Louis m'adresse un regard, il me tient ce salaud. Mon envie de meurtre se fait plus présente, j'aimerai
tuer ce sale fils de...
- Faith ?!
Sa voix est très dure, elle ne me laisse pas le choix. Il me force, me tient entre ses griffes.
Louis me caresse l'épaule, là où il a planté ses crocs. Il fait tout pour me faire savoir que je suis à lui,
sa chose...
Jacob prépare à manger, cet homme fait tout, le ménage, la sécurité, la cuisine. Louis est vraiment un
salaud de le traiter comme un moins que rien. Cet homme a-t-il un jour respecté quelqu’un ? Dead
peut être et encore, je n’en suis même pas sure. Il est un bel exemple de ce que le pouvoir peut faire
sur quelqu’un. Louis a le cœur broyé par la haine et le mal.
***
- C'était très bon Jacob, je vous remercie. (Louis se lève du tabouret, et pose son assiette dans l’évier,
il se tourne vers moi) J'espère te voir rentrer avec une robe.
Décidément, il n’en démord pas de son maudit diner. J’ai plus envie de me trimballer nue que de
l’accompagner. Je croise son regard insistant et cruellement méchant, qui me fait très vite
comprendre qu’un oui sortant de ma bouche m’éviterait des tas d’ennuis.
Quel misérable connard. Je lui en ferais payer le prix.
- Et même deux ! dis-je du même ton hypocrite que durant tout le repas.
Il se penche et dépose un baiser sur ma joue que je détourne. Il rit avant de murmurer à mon oreille.
S’il croit que je vais accepter une marque d’affection de sa part, il peut se la mettre où je pense.
- Tu as raison beauté, j’aime les défis, je suis un réel connard. Un connard qui ne va pas apprécier que
tu fantasmes sur un autre vampire que moi. (Il se redresse) Sur ce, bonne balade, j’ai du travail qui
m’attend. Jacob ?
Dead.
Il parle de son ami. Je ne peux rien nier, après tout... il m'a surprise en plein délire de fantasme sur un
homme incroyablement beau. Un vampire qui a l'air de ne pas traiter la femme, et surtout, l'humaine
comme de la merde.
- Oui monsieur ?
- Avant de partir, vous pourriez venir dans mon bureau ? J’ai des affaires urgentes dont Monsieur
Creaving m’a fait part pour le QG, j’aurais besoin de certaines de vos… compétences.
- Je passerai.
Louis s'en va, le soulagement m'envahit. Je serais curieuse de savoir quelles compétences possède
Jacob pouvant aider les deux vampires. Et quelles sont leurs affaires urgentes ? Qu’est ce qui peut
bien occuper ces vampires et les faire partir précipitamment ? Je n’ai pas oublié le départ de Louis,
on n’oublie pas sept jours de paix.
***
- Jacob vous êtes sûr que je doive sortir ? Vous ne pouvez pas le faire seul, prendre une robe et dire à
Louis que je l’ai choisie avec vous ? Je vous en prie.
Mon garde du corps me lance un regard exaspéré devant l’entrée de l’immeuble. C’est la troisième
fois en moins de dix minutes que je lui demande de me laisser ici. Je ne veux pas sortir à l’extérieur,
voir ce monde de dingue. Rencontrer des tas de vampires, croiser leur regard rempli de dégout. Je ne
suis pas sortie depuis que j’ai atterri de ce côté de la ville, j’espérais n’avoir jamais à le faire.
Je préfère encore mon côté à moi, où la violence de la survie humaine est reine.
- Pour la énième fois, non, vous devez m’accompagner. De quoi avez-vous peur ? Je serai avec vous.
De tout ! De ce monde de fous qui m’attend à l’extérieur. Je regarde derrière Jacob, l’entrée est un
grand hall très luxueux, avec une grande porte vitrée à double battant. Je vois la rue, ces personnes à
l’allure vivante mais dont le cœur ne doit plus battre depuis longtemps. Ils ont l’air d’être dans un
autre monde, où tout est beau, tout est joli ! L’opposé de la réalité.
- Je l’aurai un jour ?
Ma gorge se serre quand je vois le regard peiné de Jacob, bien sûr que non je n’aurai jamais le choix.
L’humaine, la femme n’a pas le droit de choisir, on lui impose sa vie, ce qu’elle doit faire, comment
elle doit vivre. On ferme les yeux sur ce qui leur arrive, on fait comme de si rien n’était. Elle est si
loin l’époque de l’égalité… tellement loin.
- Vallon’s n’est qu’à deux pas d’ici, plus vite c’est fait, plus vite vous rentrerez.
D’accord, lui non plus n’est pas décidé à m’aider. Je soupire et les jambes tremblantes, je marche en
direction de la sortie. Jacob est derrière moi, il réajuste son manteau, et retire la sécurité de son arme.
Le froid vient s’écraser contre mon visage quand la porte s’ouvre. Il fait souvent froid, mais je n’ai
jamais réussi à m’y habituer.
Dans un silence habituel en présence de Jacob, nous marchons côte à côte sur l’immense trottoir, des
enseignes de grands magasins, d’hôtels particuliers apparaissent au fur et à mesure de notre
progression. Je suis mal à l’aise avec autant de luxe, alors je regarde le sol, en espérant ne pas trop
attirer l’attention des passants.
Avec l’odeur que tu dégages c’est peine perdu ma vieille !
Je ralentis le pas et Jacob presse sa main dans mon dos pour m’inviter à continuer. Mes yeux lorgnent
les chaussures de mes voisins de trottoir, que des marques, tous bien habillé. Je dois faire tâche dans
mon jeans.
Mon sang fait deux fois le tour de mon corps en peu de temps.
- Mais tu as vu comment elle s’habille ? Un bel exemple que les humains sont des souillons.
Jacob presse le pas, mais j’entends. J’entends tout. Les vampires qui sont devant moi, parlent de…
moi. Ceux de derrière aussi, ceux que je croise font de même. Je suis très mal à l’aise.
- Avec sa tête, elle doit être une 3, tout le monde doit lui passer dessus.
Je tente de fredonner dans ma tête pour ne pas entendre. Une chanson avec des intonations raps que
j’entendais dans la rue lorsque je rentrais chez moi. L’artiste jouait des percussions avec un bidon
d’essence et des bouteilles en plastique.
Nous nous arrêtons devant une vitrine, je relève la tête pour voir un grand panneau MARC
VALLON’S. Un coup d’œil à l’intérieur me permet de confirmer une chose : le calvaire de la ruelle
ne fait que commencer.
Jacob pousse la porte et me fais signe d’entrer, je m’exécute, n’ayant pas trop le choix. Une odeur de
rose et de violette envahissent mes narines, c’est une agréable sensation. Un homme d’une
quarantaine d’années vient nous accueillir, un sourire nait sur mon visage quand je vois comment il
est habillé, un sarouel caramel et une veste de costume rose, c’est… différent de Jacob.
Les deux hommes s’étreignent amicalement, je devine que ce monsieur doit être Marc Vallon’s.
Jacob pose une main protectrice sur mon épaule, comme un père avec son enfant.
Le visage du créateur se détend, il me lance un grand sourire, et me tend une main que je saisis avec
plaisir. Cet homme dégage une aura très positive.
Je viens chercher une robe pour accompagner le taré de vampire qui me sert de compagnon aux
seizième anniversaire du renversement de notre gouvernement. Comme vous pourrez le constater, je
suis ravie.
- Je viens pour une robe.
- Un rendez-vous galant ?
- Euh, non.
- C’est pour la soirée d’anniversaire des quinze ans, dans dix jours.
- D’accord ! Je comprends mieux, (son attention se reporte sur moi) allons vous trouver ça alors,
suivez-moi.
L’étrange personnage nous dirige vers un petit salon dans la boutique, j’en profite pour remarquer le
décor, c’est riche mais chaleureux. Tout est de couleur prune et ivoire.
- J’arrive, asseyez-vous.
Jacob s’installe dans l’un des fauteuils, il ouvre le bouton de sa veste et croise les jambes.
- Et pour Louis ?
- Pour Monsieur Creaving surtout. Marc est humain et il est détesté par Campbell.
- Pourquoi ?
- Parce que j’inspire la révolte et la tentation dans mes créations en valorisant la femme.
Je me retourne quand j’entends la voix du créateur. Il entre avec un portant contenant une dizaine de
robes.
- De plus, Monsieur Creaving a évité que la corde me passe autour du cou. Je lui serai fidèle un long
moment.
D’accord.
- Et si on parlait mode ?
Je dévisage le créateur lorsqu’il me montre une robe verte. Je sens que la journée va être…
intéressante.
***
Trois robes, deux paires de chaussures, et un collier, je suis rentrée les mains remplies de sacs en
plastique. Le regard des vendeuses dans le magasin m'a filé la nausée, elles savaient qui j'étais, et ce
que je faisais, ou plutôt à quoi je servais. La marque de mon épaule en disait long, il faut dire. J’aurais
bien aimé les voir ! Je n’ai même pas su si elles étaient humaines ou vampires et à vrai dire, je m’en
fiche.
Découvrir les quartiers nord de la ville, m'a donné un vrai sentiment de malaise, c'est trop... irréel.
Trop démoniaque, toutes ces personnes non humaines, qui ont créé ce monde informe et maléfique.
Je ne vais pas pouvoir vivre comme ça.
La tête sur l'oreiller, je réfléchis. Louis me tient à la gorge et je vois qu'il prend un pied indescriptible
à faire ça.
Il me dégoute, au plus haut point, moi aussi je me dégoute. Je me dégoute de pouvoir encore
éprouver du désir après ce qu'il m'a fait.
Comment j'ai pu le laisser me toucher ainsi ? Comment il a osé ? Comment...
Il faut que je parte, je ne peux pas rester ici... Ce qui s’est passé dans le salon… Mon sang se glace
quand j'entends la porte de ma chambre s'ouvrir, le filet de lumière m'aveugle, Louis apparait.
Mon cauchemar ne fait que commencer.
Avant que je n’ai le temps de faire ou de dire quoi que ce soit, il se rue sur moi et m’écrase de tout
son poids.
- Ça fait une semaine que je ne rêve que de ça. Pouvoir caresser ce corps insolent.
Je tente de remuer sous lui, mais c’est impossible. Je me fige lorsque je sens l’air froid s’aventurer
sous les draps, mon cœur bat très vite j’attends qu’il fasse quelque chose. D’un geste sec, il me
retourne sur le ventre, la tête enfouie dans un oreiller qui m’étouffe presque. L’air dans mes poumons
commence à manquer, je suffoque davantage quand ses mains remontent le long de mes cuisses qu’il
écarte tout aussi brusquement.
Je suis tétanisé par la peur, il va le faire.
Je le sens s’approcher de mon oreille, son souffle chaud glisse sur ma peau, me brûle.
Je sens mon pyjama se déchirer, l’air froid de la pièce sur mes fesses, Louis palpe mes formes
généreuses, c’est l’angoisse, il ne va quand même pas… Ses mains glissent plus bas, entre mes
cuisses, là où mon intimité s’assèche instantanément. Le vampire s’installe entre elles, je ne remue
pas, n’essaie même pas de bouger, je me laisse faire, paralysée par la peur.
Mon corps se tend et se raidit lorsque ses doigts entreprennent de caresser mon sexe comme l’autre
fois, doucement, il me pénètre et remue son annulaire en moi.
J’entends le bruit de sa fermeture éclair, quelques instants plus tard, je sens le bout de son gland
contre mon entrée.
- Je suis fière car ce soir, si tu es excitée, c’est pour moi et pas pour un autre.
Le connard ! Je me rends compte qu’il n’a fait ça que pour venger son égo de mâle blessé. Je tente à
cet instant de me rebeller, mais Louis en profite pour me pénétrer d’un coup de rein vif et puissant. Je
le sens s’introduire en moi, partager entre le plaisir et une profonde envie de lui hurler d’arrêter car
je n’en ai pas envie. C’est troublant, tant de douceur, il ne m’a pas habitué à ça.
- Gémis !
Un gémissement sort de mes lèvres lorsqu’il accélère le mouvement de ses hanches. J’aimerai
pouvoir me taire, mais je ne peux pas. Sentir son sexe dur en moi se mouvoir lentement contre mes
parois intimes, me provoque beaucoup de sensations plaisantes. Malgré moi.
Non.
Mais aucun son ne sort de ma bouche cette fois-ci. Je sombre dans l’immobilité, je ne bouge plus, je
me laisse faire.
Ce soir, je n’ai pas la force de me battre, je me laisse faire. Je me noie dans ma honte.
Chapitre 8
Stupidité féminines
Mes yeux s'ouvrent d'un seul coup, dans un cri de panique, je m'assois d'un bond, la respiration forte
et saccadé. Mon dieu qu'est-ce que c'était ?
Mon cœur bat vite dans ma poitrine, la peur me tord le ventre. Je m'essuie le front du revers de la
main, ce... rêve m'a secouée. Encore un, encore une nouvelle fois. Prise d'angoisse, je regarde tout
autour de moi. Est-ce qu'il est encore la ?
La pièce est plongée dans le noir, je ne distingue rien. Personne. A part la lumière rouge du réveil qui
affiche deux heures du matin. La chambre est silencieuse. Je tente de me calmer en fermant les yeux,
chaque membre de mon corps tremble.
Pense à autre chose, ne pense pas à ça, ne pense pas à ce qui s’est passé.
Ses doigts sur ma peau et sur mon sexe, son étrange douceur et ses coups de reins qui malgré moi
m’ont fait…
Stop ! J'ouvre les yeux à nouveau, ça ne passe pas. Je n'ai aucun répit cette nuit-là ne passe pas, je
pensais qu’elle irait se nicher dans un coin de mon esprit quelques temps, comme ce soir, mais non.
C'est un cercle vicieux, même durant l’acte, il arrive à me terroriser. Malheureusement, c'est bien le
cas, je suis terrorisée. A chaque instant, je crains que la porte de ma chambre ne s'ouvre et qu'il
recommence, comme ce soir, comme la veille, et comme depuis les dix jours où il est rentré. Sauf
que ce soir, pour une raison que j’ignore, ce n’est pas avec les coups qu’il m’a fait mal, mais la
douceur de la nuit de son retour qui me hante, cette fameuse nuit où j’ai osé aimer ce qui s’est produit.
C’est pareil à chaque fois, chaque nuit il revient, et chaque fois, il fait de moi une moins que rien ?
Une femme sale et répugnante. Je me sens répugnante...
Je me rallonge entre les draps de soie noire, ma peau me brûle, je l'ai tellement frottée sous la douche
qu'elle est à vif.
Connard !
Ça ne peut plus durer, je ne peux pas accepter de me transformer en une loque pour le bon plaisir de
Monsieur Stanhope.
Dire que je n'ai rien dit cette nuit-là quand il est entré, encore moins quand il s'est glisser sous les
draps. Je ne lui ai accordé aucun regard, aucun mot, je n'ai pas résisté comme la dernière fois,
comme le soir ou il m’a récompensée, comme un chien. Je suis sa chienne qu’il a encore baisée mais
qui cette fois, a apprécié l’expérience. Pourtant, je n’en voulais pas, je ne voulais pas qu’il
recommence la nuit de son retour, mais il l’a fait. Il recommence chaque soir, je vis dans un
cauchemar et… il gagne à chaque fois. Une victoire aussi lâche que la précédente.
Je sors de mon lit, mon entrejambe me fait mal. Je me penche pour allumer la lampe de chevet, la
pièce s'éclaire, mes yeux me piquent, cet endroit va me rendre folle. Si je ne le suis pas déjà.
Tant d'élégance et de raffinement se mélangent dans cette pièce, si on se fiait à la décoration de ce
lieu, on pourrait croire que les habitants de la maison sont des personnes bien élevées, avec des
manières, possédant le respect envers autrui, comment dire... les apparences sont bien trompeuses. Il
n'y a rien de respectueux chez Louis, c'est le diable en personne. Si je reste, je vais finir par devenir
tarée dans ce lieu, ce mode de vie, où être battue violée et traitée comme de la merde est jugé
acceptable.
Mais est-ce que c’était du viol cette nuit-là ? La nuit où j’ai osé apprécier ?
Je refoule cette pensée, me lève et part en direction du dressing, je trouve un sac de voyage à
bandoulière où j'y mets les premiers vêtements qui me tombent sous la main. Je m'habille rapidement,
de quoi me couvrir. Je ne réfléchis pas à ce que je suis en train de faire, je fais.
Partir, je ne pense qu'à ça. C'est la nuit, l'autre fou doit dormir. Entre son boulot et puis ses…
performances, vampire ou pas, j'espère qu'il tombe de fatigue. S'il pouvait mourir dans son sommeil,
je lui en serai très reconnaissante.
Après le passage au dressing, je cours dans la salle de bains pour prendre le nécessaire. Un nécessaire
qui coûte très cher dans les rues de la ville. J'embarque la trousse de secours, quelques produits
d'hygiène et les médicaments qui trônent dans la pharmacie. Le cœur battant, j'espère ne pas me faire
choper en m'enfuyant, je n'ose pas imaginer ce que Louis ferait si jamais je partais et s’il me prenait
sur le fait.
Le couloir est plongé dans le noir, parfait tout le monde dort, je vais pouvoir partir discrètement.
Mais où est ce que je vais partir ?
Retourner dans mon studio ? Est-ce que les traqueurs ont fini par savoir mon identité ? Je vais aller
voir, au pire, je trouverais bien quelque chose...
Dans le plus grand silence, j'arrive à la porte d'entrée, le voyant de l'écran numérique est allumé,
Louis a opté comme clé, pour un code à six chiffres. Heureusement que je suis née avec le sens de
l'observation et qu’il n’est pas discret en le composant. J'aurais hurlé de joie en voyant la porte
s'ouvrir. Le soulagement m'envahit, fini ce calvaire, fini ce connard de Louis... je vais retrouver ma
vie d’avant, même si elle est dangereuse et illégale je retrouverai la liberté et c'est ce que je souhaite
avant tout. Jamais je n'aurais pensé que m'enfuir de cette prison "dorée" était si simple. Je ferme la
porte doucement pour ne pas faire de bruit…
- Faith.
J'arrête de respirer, mon corps se fige au son de cette voix sombre. C'était trop beau pour être vrai, ce
connard s'est foutu de ma gueule en me laissant croire que je pouvais m'en aller aussi simplement.
Je ne me retourne pas, je n'ai pas envie de croiser ce regard fier.
- Tu...
Je me raidis en sentant cette petite brise dans mon dos, il s'est déplacé. Je ferme les paupières, prête à
recevoir le premier coup.
Une main vient caresser mon cou, là où l’autre aime planter ses crocs, il a dû voir ses marques, ma
peau frisonne sous ce contact inattendu.
Ce n'est pas Louis.
Dead fait tomber la bandoulière, je sursaute en entendant le poids du sac sur sol. Qu'est-ce qu'il va
faire ? Jacob a beau me dire qu'il n'a rien en commun avec Louis, j'ai de gros doutes, comme son
ami, il me glace le sang. Son calme est effrayant.
- Tu pars ?
Son chuchotement me parcourt le corps, à quoi il joue ? Je secoue la tête et refoule ce qu'il tente de
créer. Je ne veux plus rien avoir à faire avec ces situations. Plus de proximité, plus d’excitation, plus
rien, pas après ce qui vient de se produire dans mon lit.
- Pourquoi ?
Dead me dévisage, et moi je reste sans voix en le voyant. Sous la lumière du panneau sortie de
secours, ses yeux brillent. Une ride sévère marque son visage ce qui le rend... irrésistible. Sauf qu'il
est comme Louis ! Un maudit suceur de sang qui se cache derrière un sourire. Il ne fait que m'allumer
pour mieux me rabaisser par la suite.
Je me taise, rien que d'y penser, j'en ai les larmes aux yeux.
Et voir dans le regard de ce vampire, qui m'avait bouleversé, une sorte de dégout, me répugne. J'ai
l'impression qu'il ne veut pas comprendre, que ce que j'insinue est vrai. Il ne comprend pas du tout, à
vrai dire.
Dead s'approche de moi et je recule. Je ne supporterai pas de le savoir si près. Il s'arrête et passe une
main dans ses cheveux, je crois qu'il a compris le message : loin de moi.
- Que Louis...
- Je sais seulement que Louis a des esclaves, mais comme tu le sais il n'y a rien d'illégal là-dedans.
- En revanche, tu risques d'avoir des ennuis s'il apprend que tu es dehors à cette heure.
Je m'en fiche, je ne compte pas rentrer de toute manière. C'est hors de question, jamais je ne
supporterai de rester une nuit de plus dans cette chambre enfermant le crime.
- Pourquoi ?
- Vous ne savez poser que des questions, murmuré-je contre son torse.
Sa voix mélodieuse est comme le son d'une contrebasse, elle part dans un rire rauque, je l'amuse ?
- C'est que dans mon métier, j'ai l'habitude d'en recevoir des tas. Ça me change d'en poser.
La main de Dead caresse mon bras, il tente d'apaiser les tremblements de mon corps, mais rien n'y
fait, être comme ça près de lui, de cette odeur envoûtante, de cet individu qui n'est pas comme moi,
mais la copie d'un autre qui me terrorise, ne m'aide pas à me sentir mieux. Bien au contraire, je me
sens prise au piège dans cette protection que sont ses bras. Même s'il n'est pas Louis, et qu'il porte un
prénom étrange pour son rang, il est ce qu'il est et je crains de me faire duper une seconde fois. Je
m'écarte de ses bras.
- Oui, il n'y a pas d'heure dans mon métier. Chaque information, chaque nouveauté peut arriver à tout
instant. (Son regard s'assombrit, je le vois, même si la lumière ne m'aide pas à distinguer grand-
chose, ses yeux-là sont spectaculaires) Tout peut arriver à chaque instant.
Je recule encore d'un pas, et me retrouve bloquée contre le mur. Ma gorge s'assèche quand je le vois
s'approcher de moi, je ferme les yeux, la scène de Louis et de moi dans la même position me revient.
J'espère pour toi, que ce n'est pas mon associé qui te fait mouiller ta culotte...
Je me crispe en entendant cette réflexion déplacée, et n'ose pas imaginer ce qui se déroule dans mon
hémisphère sud en voyant ce vampire approcher de moi, tel un prédateur. Le regard rempli de
promesses et de désir... Et moi une humaine complètement terrorisée bien qu’ayant des envies.
- Et tu vois…
Ma main le retient, c'est hors de question qu'il s'approche plus. Mais il continue.
- T'arrête ce jeu-là !
- On se tutoie maintenant ? Les femmes qui me tutoient habituellement, je suis passé entre leurs
cuisses.
Je détourne le regard avant de rougir. Je ne dirais pas non à un détour dans ce genre là... Avant en tout
cas, avant Louis, je n’aurais pas dit non.
Bien sûr que si j’aurais dit non, je ne couchais pas à droite et à gauche, je restais timide.
Je sens une pression dans mon bras, il sourit, et résiste. Mon cœur se serre, j'aimerai lui dire de ne
pas s'approcher parce que je vais craquer. Je sens la peur revenir.
- Pourquoi tu veux partir ? Louis est quelqu'un de spécial mais il n'est pas méchant. Il l’est bien moins
que certains.
Je détourne le regard quand j'entends ça, je vais éclater en sanglots si ça continue. Dead ne sait rien,
ça se voit, il ne sait pas de quoi est capable son camarade.
- Faith...
Je sens un doigt essuyer la larme sur ma joue. Il ne comprend pas et il ne comprendrait pas puisqu'il
est vampire aussi.
- RIEN ! je hurle.
Trop de choses ! Et lui, il me donne l'impression de faire l'aveugle, comme si rien ne se passait.
Après tout... pourquoi je demande de l'aide à quelqu'un que je ne connais pas ? Ce mec n'est rien pour
moi !
- Je sens qu'il y a quelque chose, tu ne pleurerais pas sinon. Tu n'as pas l'air d'être quelqu'un qui
pleure pour un oui et un non.
Dead écarte mon bras et tente de me prendre contre lui. Le déclic me tombe dessus là je ne peux pas.
- Ecarte-toi !
Il ne m'écoute pas, et je le repousse de toutes mes forces, autant dire qu’évidemment, il ne bouge pas
d’un poil.
Ma vue se brouille, j'en peux plus de ses questions, il est bien gentil, mais je ne veux pas en parler à
quelqu'un qui a l'air de s'en foutre.
- Je ne m'en fous pas Faith. Je suis juste intrigué de trouver à une heure pareille, la compagne de mon
ami, dehors en colère puis en larmes, qui tente de s'enfuir... c'est en rapport avec tes marques ?
Je me tais, et tente de me calmer. Les minutes passent, les larmes aussi. Je ne peux pas parler avec lui,
ce vampire me terrorise autant que son camarade.
- Faith, rentrons.
Je ne dis rien, je tente juste de me clouer les pieds au sol, et j'ai honte d'avoir craqué comme ça.
Devant lui.
J'essaie d'échapper à la prise de son bras autour de ma taille, il m'entraîne vers les portes de l'enfer et
je me débats pour qu'il me lâche.
J'entre dans une rage noire, pourquoi ? Pourquoi il me fait ça ?! C'est pas lui qui disait l'autre nuit :
« je n'aime pas qu'on fasse des esclaves ! » Il me déçoit énormément, d'ailleurs, je crois bien qu'il ne
me fait plus autant d'effet qu'avant. Non pas qu'il m'en faisait, c'est un vampire, les vampires ne
m'attirent pas. Mouais. J'admirais juste la beauté de ses yeux, mais maintenant que lui aussi s'avère
être un connard…
Je lui envoie une violente tape dans l'épaule. J'en peux plus qu'ils lisent tous dans mes pensées. LES
PENSEES C'EST PRIVE !
Dead s'arrête de taper le code pour me dévisager en me foudroyant du regard. Qu'est-ce que j'ai dit
encore ?!
- Quoi ?! Je lance.
- Tu ne me connais pas, je ne te permets pas de jugement. T'en sais rien si je suis comme Louis ! (Il
soupire) Après on se demande pourquoi j'ai du mal avec les femmes !
Il ouvre la porte et m'entraine sans dire un mot de plus. Je reste statique, je vois qu'il perd sa patience.
- Entre.
- Crois-moi tu préférerais être aux miens et aux siens qu'à ceux d’un autre, Entre putain !
Je sursaute quand la lumière du salon s'allume, Louis est assis sur l'un des fauteuils, torse nu et le
regard de quelqu'un d'endormi.
Merde!
- Salut vieux.
Louis nous dévisage. Oh lala mon dieu je sens que je vais m'en mordre les doigts. Je regarde autour
de moi, mon sac ? J'ai oublié mon sac.
Je fais de nouveau un bond de dix mètres ! Il s'est passé quoi là ? Pourquoi j'ai entendu sa voix dans
ma tête ? Je me tourne vers Dead qui m'ignore. OK.
Louis me regarde.
- Faith était dans la cuisine, elle m'a entendu et elle est venue m'ouvrir, très charmante ta nouvelle
compagne.
Dieu merci il a trouvé le moyen de m'éviter une grosse crise... Même si le regard que me lance Louis
ne me plait guère.
J'entends l'ordre, je n'ai pas ma place ici. Mon regard se tourne vers Dead qui me sourit tristement.
Salaud ! T'aurais pu faire quelque chose ! Louis me raccompagne en silence, je sens quelque chose
bouillir en lui. Il n'est pas con, enfin j'espère qu'il l'est à cette heure-ci...
Il m'ouvre la porte et j'entre. Je n'ai même pas le temps de dire quoi que ce soit qu'il la referme, et
j’entends le bruit du verrou.
- LOUIS !
Mon dieu je n'y crois pas ! Il m'a enfermée ! Je tape pour le faire revenir, mais rien. Le con ce n’est
pas possible ! Il m'aura tout fait !
Je n'entends pas le bruit de ses pas, mais des voix m'arrivent. Je tends l'oreille pour savoir de quoi
elles parlent.
- Louis qu'est-ce que c'est ses marques ? Tu m'expliques pourquoi ton esclave est terrorisée ?
Le hurlement qui provient de cette voix rauque et excitante me glace le sang à nouveau. Jamais je
n'aurais cru l'entendre pousser une telle gueulante. Pour moi, à cause de moi...
Qu'il arrête mon dieu qu'il arrête, sinon je vais en payer le prix.
- LA FERME DEAD !
J'entends un fracas derrière la porte de ma chambre. Je secoue la poignée, essayant de faire sauter le
verrou, mais rien n'y fait, je suis enfermée, et impuissante, seuls les bruits de la conversation me
parviennent. Aucun des deux n'a le droit de parler de moi, et de mon sort, qu'ils me fassent participer
si cela les intéresse tant !
- SI TU T'AVISES UNE SEULE FOIS DE PARLER D'ELLE, CROIS MOI DEAD LA FEMME QUI SE
TROUVE DERRIERE CETTE PORTE FINIRA LA GORGE TRANCHEE DANS LA BAGNOIRE,
MES CROCS SUR SA PLAIE POUR LA VIDER PLUS VITE OK ?!
Je me fige, il est très sérieux, je l'entends au son de sa voix... mon dieu... Mon corps glisse le long du
mur, qu'est-ce que je vais faire ? Qu'est ce qui va m'arriver ? Je vais réellement finir comme ça ?
Et qui est cette femme ? Je suis sûre que c'est en rapport avec ses anciennes compagnes, ça ne peut pas
être autre chose. J'entends des bruits de discutions, mais aucun mot clair ne me parvient.
- Si tu la vides Louis, je t'arrache tes crocs et te crève les yeux avec. Tu m'as bien compris ?
La voix de Dead est sans appel. C'est une menace, mais pourquoi il fait ça pour moi ? Pourquoi ? Je
ne suis rien ! Il n'a même pas voulu entendre mon "appel au secours"...
- LOUIS !
- OK Boss !
J'entends à nouveau le son d'une langue, c'est plus précis que la dernière fois, mais ce n'est pas encore
de l'anglais, c'est plus bizarre, plus... vieux.
Comme une langue morte, ou datant d'une autre époque.
Je tends l'oreille pour entendre d'avantage, les mots que les deux hommes prononcent sont d'une
élégance rare, bien qu'ils se hurlent presque dessus, la langue qu'ils emploient me touche. C'est
envoutant... comme leurs voix, leur odeur, ou bien leurs yeux.
Je soupire, et serre ma tête entre mes mains. Je suis piégée pour de bon cette fois-ci, même le regard
bleu d'un homme me condamne à la prison. Il me condamne à nouveau... Je suis folle de rage en
pensant qu'il n'a rien fait pour m'aider. Apparemment il n'est pas dupe de ma situation et pourtant... il
n'a pas bougé. A partir de maintenant, il ira se faire foutre, lui et ses beaux yeux je me vengerai,
comme pour Louis. Je me sens stupide, car c'est pour ses beaux yeux que je suis entrée de nouveau
dans cet appartement.
Stupidité féminine !
Chapitre 9
Mise en garde
- Réveille-toi !
Je sursaute en sentant l'eau froide tremper mes vêtements. J'ouvre les yeux, et découvre un Louis
accroupi devant moi, le regard noir, ses cheveux blonds dressés avec du gel, il a l'air plus jeune, plus
innocent. Ce n'est qu'un masque qui cache la triste vérité. Il m'effraie toujours, son comportement de
psychopathe me terrorise, et à peine sortie de ce "réveil", je me demande ce qu'il me réserve cette
fois-ci. Je me redresse pour m'asseoir, j'ai dormi par terre apparemment.
Je me tourne vers la grande baie vitrée, comme toujours, c'est la nuit. Une nuit un peu plus claire que
d'ordinaire. C'est ce qui me permet de constater que c’est bien la journée... Waouh je suis restée autant
de temps allongée par terre ? La douleur que je ressens en bas du dos en est la preuve.
Je secoue la tête, j'ai l'impression d'être dans les vapes ou est-ce seulement la fatigue ? J'ai du mal à
comprendre ce que Louis me raconte.
J'essaie de remuer la main pour me masser la tête, je crois que je vais avoir un mal de crâne
insupportable d'ici quelques minutes.
Ma main se bloque, je tente à nouveau de la remuer mais tout mouvement de plus de cinquante
centimètres m'est impossible. Je dévisage Louis, la colère me gagne pas à pas, il a osé...
- Tu vas rester ici quelques heures encore, le temps pour toi, de calmer ta folie passagère.
Ma folie passagère ? Je tire sur les chaînes, mes deux poignets sont emprisonnés dans deux boucles
en argent reliées au mur. Il est sérieux ? Comment ose-t-il ?!
- Qu'est-ce que je fais attachée ici ? DANS MA CHAMBRE !
Je n'ai pas remarqué avant, que la commode blanche cachait un vrai pan de mur réservé à ce genre de
pratique. Je cherche autour de moi, les étagères remplient de fouets, et autres objets digne d'un tel
salaud comme Louis, mais rien. A quoi joue-t-il ? Ça lui sert à quoi de me faire ça ? Il ne m’en n’a
pas fait assez déjà, ou il veut m'humilier davantage ? Si c’est pour ça, dans ce cas, c'est réussi ! Je
crois qu'à cet instant, on ne peut pas faire pire.
Je me sens comme un vulgaire chien, que son maitre a décidé de punir, en l'attachant dans sa niche. Il
m'a attachée dans ma chambre, comme une personne sans importance. Comme une esclave aux yeux
de tous. J'éclate de rire, mais voyons c'est ce que je suis. Quelle naïveté.
Je m'assois en tailleur, face à lui. J'aimerai lui cracher à la figure, le massacrer, lui rendre la pareille
pour ce qu'il me fait vivre en ce moment.
- Je ne m'enfuyais pas...
- C'est bon beauté laisse tomber, je suis loin d'être con. J'ai remarqué le sac de voyage dans les mains
de Dead hier soir. Je sais que tu veux partir.
Ouais effectivement, il est loin d’être con. C’est moi la débile dans l’histoire, d’avoir pu penser que je
pouvais filer à l’Anglaise.
Louis s'assoit à son tour, la situation est vraiment ridicule. Nous sommes face à face comme deux
écoliers à se dévisager.
Mon ton est sec et il me sourit, je remarque que sa lèvre est fendue, la fin de la nuit s'est passé plutôt
brutalement on dirait, entre Dead et lui. Tant mieux, ça le change un peu.
- La discussion est stérile avec toi Faith. Je n'ai rien à me reprocher... contrairement à toi.
Je soupire, mais comment j'en suis arrivé là ? Dans cette situation ? Où sont le bien et le mal dans
cette histoire ? Dans tout cette vie, en fin de compte !
- Comme d'habitude.
- Pardon ?
L'autorité dans sa voix me calme immédiatement. Je n'ai pas envie de l'énerver à nouveau, attachée
comme je suis, s'il décide de faire quoi que ce soit, je ne pourrais pas bouger. Remarquez, la dernière
fois j’étais libre de le faire et je n’ai pas remué d’un poil.
- Bien, on avance.
- Pardon ? Tu penses que je vais être à tes ordres parce que je renonce à me prendre la tête avec toi là
maintenant.
Louis ignore ma remarque, et continue sur sa lancée, ce qui m'énerve plus encore.
- Je disais, j'ai réfléchi cette nuit, et je cherche encore pourquoi tu as voulu t'en aller.
Je ris à nouveau, il déconne ? Ils déconnent tous ? Ou ses vampires sont vraiment des cons ? C'EST
EVIDENT la raison pour laquelle j'aimerais prendre mes jambes à mon cou, et m'enfuir en courant.
Louis se penche vers moi, sa main se pose sur ma nuque, il m'attire vers lui.
- Arrête avec cette putain d'insolence ! T'en a pas marre d'avoir mal ?
Si.
Bien sûr que j'en ai marre, j'en ai marre de tout, à vrai dire. De ce monde, de cette vie, des gens qui
m'entourent, parce que rien ne va. Mais entre la violence et le plaisir sadique qu’il a éprouvé à me
baiser comme il l’a fait l’autre nuit. Je ne sais pas lequel est le pire. Je n'ai même pas levé la voix...
J’ai honte.
Ma voix est casée, je suis désespérée, triste, et tellement en colère que ça m'épuise. Toute cette
injustice, et ses images de lui, de moi. Mes gémissements rauque alors que j’apprécié l’expérience.
Mon dieu ! La nausée se précise, comment j’ai pu aimer baiser avec le vampire qui m’a violée ?
Qu’est-ce que je suis devenue ?!
Je baisse les yeux comme une soumise, une esclave, un chien devant son maître qui la gronde.
- Oui. Il n'y a que comme ça, que nous les vampires, avons survécu.
Leur fameuse survie. Qu'est-ce que je peux m'en foutre, avant j'étais curieuse, j'aurais aimé côtoyer
une personne comme Louis... Non comme Dead plutôt... un vampire, en tout cas, un assez vieux pour
avoir traversé les siècles, et connu l'histoire de ce monde. Aujourd'hui, je me fiche de savoir
comment, les vampires ont vu le jour, comment ils ont fait pour survivre, et combien de siècles ils
ont connu.
La seule chose que je désire, c'est de tous les voir se faire massacrer. La voix de Louis me fait sortir
de mes pensées.
- Tu n'avais pas à sortir, et encore moins à vouloir t'enfuir, tu sais pourquoi ? Parce que tu as de la
chance. Je suis certes autoritaire, mais je suis loin d'être un malade mental, comme tu aimes à le
croire. Certains sont dix fois pires que moi. Je ne te vide pas pour m'avoir fait un tel affront, certains
le feraient. Tu n'es qu'une liasse de billets pour la plupart d'entre nous.
Des comme toi, ils y en a des centaines dehors, et chaque jours, naissent des millions d'enfants, qui un
jour deviendront des femmes aussi belles et bandante que toi. Ce n'est qu'une question d'années pour
nous.
On peut tuer tant qu'on en a envie, on sait que quoi qu’il se passe, votre putain de désir d'enfants, à
vous les humaines, bat n'importe quelle loi ou situation.
Vous donnez la vie quoi qu’il se passe et stupides femme que vous êtes, vous continuez à nous fournir
nos plus belles esclaves. Toutes celles que j'ai eues, étaient des femmes nées dans la misère. Comme
quoi beauté, le mal fait parfois de jolies choses... (Sa main glisse le long de ma joue, c'est comme une
brûlure pour moi)
Je ne te tuerai pas comme tu le souhaite. Je pense que depuis que tu es ici, tu as compris mon mode de
fonctionnement : moi je te ferai mal. On m'a appris qu'il n'y a que dans la douleur qu'on peut faire
comprendre quelque chose à quelqu'un. Tu me détestes, je le sais, elles me détestaient toutes avant.
Mais saches une chose, réfléchis dans ton malheur car il y a une part de chance.
De chance ? Elle est où ? Ne pas être tombée sur un meurtrier, c’en est une ? C'est ça qu'il insinue ? Eh
bien, qu'il sache que j'aurais largement préféré tomber sur un tueur plutôt que sur un homme comme
lui. Froid, fou, violent et imprévisible.
S'il compte me faire changer d'avis sur le fait de vouloir partir, il se trompe, ce n'est pas en entendant
des paroles comme celle-ci que Louis va arranger les choses.
- Pour que tu comprennes. Ecoute, on n’a jamais vraiment eu l'occasion de parler toi et moi...
Je tire sur mes chaines. Au moins, on est d'accord sur ce sujet et j'avoue qu'il a bien joué son jeu.
Jamais je n'aurais voulu l'écouter, si je ne m'étais pas retrouvée attachée. Ce vampire est vraiment
loin, mais très loin d'être con.
- Effectivement.
- De violent aussi, je te l’accorde, mais surtout, je déteste qu'une esclave se comporte comme tu le fais
en ce moment. Je n'ai qu'une envie c'est de calmer tes ardeurs.
- Mes ardeurs ?
- Oui tes ardeurs... ne prends pas mal ce que je vais te dire, enfin, si, tu vas mal le prendre. Mais pour
moi, tu n'es et tu ne resteras qu'une esclave. Une femme belle avec du sang chaud et avec une
possibilité pour moi de passer entre tes cuisses.
Pour toi va !
- Tu sais Faith, j'aime baiser violemment.
Je lève les sourcils, pardon, je ne l'avais pas remarqué, les bleus sur mon corps non plus, et encore
moins mon vagin !
Franchement, j’ai des doutes sur la conservation de leur cerveau au fil des siècles à ces vampires. Il
doit pourrir au fur et à mesure que le temps passe !
Pourtant l’autre soir il a été… doux.
- Et l’autre soir ?
Connard.
Non, la suite ne peut pas sortir, je ne peux pas reconnaître que j’ai réussi à éprouver du plaisir à
coucher avec lui, je vais être malade si je le dis.
- Sauf que je ne voulais pas Louis. Je ne veux pas coucher avec toi.
- Je peux me montrer très généreux avec toi Faith, comme l’autre nuit. Ne me dis pas que tu n’as pas
aimé, tu as joui autour de moi, je l’ai senti, tu ne peux pas me mentir.
Voilà c’est dit, et j’ai honte, honte qu’il s’en soit aperçu, honte d’avoir aimé, j’aurais préféré mourir
de frustration que d'écarter les cuisses et éprouver ne serait-ce qu'un dixième de plaisir avec ce
connard. Sauf que j’ai écarté les cuisses et que j’ai éprouvé du plaisir. Louis l’a compris.
- Moi pas. J'aime avoir sous moi et sur moi, une femme qui soit active, j’ai aimé l’autre nuit, même si
elle manquait un peu de piment à mon goût…
Il me fixe des yeux, tentant de bien me faire comprendre son insinuation. La prochaine fois, je ne me
laisserai plus faire, c’est plus simple d’accepter qu’il me baise et me fasse mal que d’éprouver du
plaisir avec un homme que je ne veux pas entre mes cuisses. Les deux cas restent tout aussi
traumatisants à mes yeux.
- Il y a bien une chose que j'aimerais qu'on fasse... renchérit Louis.
S'il veut me parler de trucs sexuels, alors là, il se met ses idées ou je pense.
- J’aimerais qu'on arrête de se crêper le chignon. Je n'ai pas envie que tu affiche des marques
constamment.
- Non, c'est juste que j'en ai marre qu'on vienne me dire de ne pas frapper ce qui m'appartient.
OK... moi qui avais espéré deux minutes qu'il se préoccupe de ma personne, je me suis encore mis les
deux doigts dans les yeux. Louis ne changera pas l'instant d'une nuit, c'est un con, qui reste campé sur
ses positions. "Ce qui lui appartient" mon cul va ! A mon avis c’est la petite histoire avec Dead, qui
n’a pas dû passer.
- De plus si tu acceptes de m'obéir, tu n'auras plus à... subir ce que tu subis ces derniers temps. Ça
redeviendra comme l’autre nuit.
Je tente, on ne sait jamais, ignorant ce qu’il vient de me dire. Louis éclate de rire en secouant la tête,
d’un air de dire : cette femme m’épuisera avec son entêtement.
Je soupire, je ne vais pas pouvoir. Il ne comprend pas qu'avec ce qu'il a fait, l’idée même qu'il me
touche me répugne ? Surtout après cette nuit. Si je pouvais, je m'arracherai la peau pour effacer ce qui
s'est produit.
- Alors ? Qu'en dis-tu ? Plus de violence, tout dans la normalité comme l’autre soir, selon mes choix,
et surtout, Dead ne viendra plus te faire chier avec ses questions.
Dead est donc bien le problème. Ses questions ? Bon là on est d'accord, c'est vrai que ce mec ne sait
que poser des questions, et répondre par une autre, c'est assez agaçant mais... excitant. Lui au moins
s'est demandé pourquoi je partais, il ne s'est pas contenté de m'attacher, pour que je l'écoute sagement.
- Tu es OK ?
Je lui souris, du genre le plus hypocrite.
- Jamais de la vie. Cogne moi tant que tu veux, je recommencerai à vouloir me tirer, tu devras
recouvrir à la force pour me baiser comme tu dis. Je ne passe pas de pacte avec des gens comme toi.
Je n'ai pas de chance, je suis maudite. Alors je ne veux rien de toi. Te pourrir la vie est mon seul but
désormais, alors tes compromis à la con, je m'en contrefous ! L’autre soir était une erreur de ta part,
t’aurais dû me violenter.
Le visage de Louis se durci, parfait, j'ai fait mon petit effet. Sale con, s'il croyait que j'allais me
montrer gentille, il se trompait durement. Jamais je ne lui ferai plaisir.
Il se lève, fou de rage, je sens que je vais m'en prendre une. Au lieu de ça, il part en direction de la
porte, sans rajouter un mot de plus.
- Tu ne dis rien ?
- Non.
Euh...
- Non, ce soir, on sort, pas de marques en attendant, même si ça ne se voit pas, je suis furieux que tu
m’aies dit non. Pour la peine tu vas rester comme ça, toute la journée beauté. Il ne fallait pas jouer.
Sur ce, il sort et claque la porte, me laissant seule, attachée, et folle de rage. Il m'aura tout fait !
***
- Faith !
Je soupire en entendant la voix de Louis. J'en peux plus de cet homme. Il me fait flipper, il m'énerve...
il n'a rien pour me plaire.
- J'arrive !
- Enfin putain !
Je le dévisage en arrivant dans le salon, il est vraiment beau, mine de rien. Ses cheveux blonds vont
très bien avec son costume gris clair. Il ressemble à... un homme bien. Ça me tue de le reconnaitre.
- Ouais ben...
Il va me faire un compliment ?
Je rougis, je n'ai pas l'habitude des compliments. Il faut dire que Louis mis à part « tais-toi » et
« obéis-moi » ne sait pas dire grand-chose d’autres.
- Merci.
Je soupire, il est censé être dans la politique, et c’est un vrai Chartier. Il de bonne humeur ce soir, je
sens que ma soirée va être mortelle !
Chapitre 10
Entourage luxueux
Le silence.
Il n'y a aucun bruit dans le 4X4, depuis que nous avons quitté l'appartement. Un sentiment de bien-être
m'a gagné quand j'ai mis les pieds dehors.
En dépit du froid de cette fin d'hiver et la nuit sombre, j'étais quand même ravie de voir autre chose
que les quatre murs de ma chambre et les nombreuses pièces fermés de l'appart.
Je dévisage Louis, plongé dans l'admiration de son téléphone portable, c'est sûr, c'est dix fois plus
intéressant que de tenter de parler avec moi. Non pas que j’aie envie de parler avec lui, mais c’est tout
comme. Sérieusement, je me demande à quoi une compagne peut lui servir, si on met de côté leur
"besoin". On est de véritables objets.
Je remets en place les bracelets qui ornent mes poignets, ceux qui cachent les marques violettes, que
les menottes m'ont faites durant la journée.
Je suis exténuée, je n'ai strictement rien fait ces dernières 24 heures, mais la fatigue est présente.
J'aimerais bien parler à quelqu'un, histoire de me changer les idées, comme je l'ai fait avec Jacob,
avant le retour de Monsieur mauvais caractère. Une question me passe par la tête, une qui est présente,
depuis la nuit dernière déjà.
- De qui tu parles.
Je me redresse, qu'il ne me prenne pas pour une sourde, j'ai tout entendu de leur conversation.
La main de Louis se referme violemment sur son téléphone. Je pense avoir touché un sujet
extrêmement sensible. Intérieurement, je suis fière de moi. S'il pensait pouvoir être le seul à posséder
une langue et à faire mal, il se trompe.
- Personne.
Point extrêmement sensible donc. A la différence, que je ne suis pas une sadique, mais seulement très
curieuse.
Je cherche vraiment les ennuis, mais ça me plait de le voir s’énerver, je vis ça comme une sorte de
revanche.
Je lève les deux mains en signe de défense, il ne faut pas que j'oublie tout de même que ce vampire est
susceptible et extrêmement violent quand l'envie lui prend.
- Ouais sauf que là, je n'ai pas envie de te parler, et certainement pas de choses qui ne te regarde pas
OK ?
Je sursaute quand Louis se projette sur moi, sa main autour de ma gorge. Il la serre suffisamment
pour que respirer devienne compliqué. Mon ventre se serre, à cause de ce geste auquel je ne
m'attendais pas.
Il serre un peu plus mon cou, ses yeux percent les miens. Je n'ai pas le droit à l'erreur cette fois ci.
- FAITH ?!
Je hoche la tête, impossible de répondre. L'air passe avec difficulté dans mes poumons, et aucun son
ne sort de mes lèvres. Je pense que dans pas longtemps, je vais faire une crise cardiaque avec Louis.
Entre la peur, la crainte, et la douleur, je ne vais pas survivre longtemps.
Je hoche la tête une nouvelle fois, oui on est bien d'accord, là je pense, avec la frousse qu'il vient de
me faire, on ne peut pas faire pire, je ne peux qu’obéir.
- Bien.
Il me relâche, et je peux enfin respirer. Le souffle court, j'inspire et j'expire fortement. Mes poumons
me brûlent. Je tousse pour évacuer la pression. Il est malade ! Ce type est un gros malade !
La voiture s'arrête je ne m'en rends pas compte tout de suite, par contre Louis, l'impatient, oui.
Je le foudroie du regard. Ce type est vraiment le pire des salauds ! Sans m'adresser un autre regard, il
ouvre sa porte, le bruit, les flashs, je soupire, ça y est, j'entre dans un nouveau cauchemar.
- Viens Faith.
- Faith, me menace-t-il
***
Louis me sourit en me tendant son bras, je ne suis pas dupe de son manège. Les apparences avant tout
et je déteste ça.
Après avoir traversé cette horrible allée au sol blanc, il faut affronter les regards des photographes
de la ville, vampires ou humains.
Nous sommes enfin entrées au Langham Place, lieu de réception choisie par ce cher Président pour
fêter le quinzième anniversaire du Nouveau Monde.
Réception à laquelle, Louis, et son "parti" politique sont conviés. Entre deux allers retours, Jacob m’a
un peu raconté le déroulement de cette soirée, vu que l'autre idiot ne voulait rien me dire.
Heureusement que mon garde du corps est là, avec lui, j'en apprends un peu plus chaque jour sur ce
système, non pas que j’en sois ravie, mais il vaut mieux connaitre son ennemi.
Ce soir, je vais manger, danser, parler politique toute la soirée. Pour ensuite, fêter dignement et AVEC
le sourire, ce jour mémorable.
Franchement, je ne suis pas sûr de pouvoir lever mon verre au moment de trinquer à cette nouvelle
vie.
- Monsieur.
Je crois que je le tue du regard s'il ose m'appeler Madame Stanhope, on est rien tous les deux, et je ne
veux pas être associée à ce connard !
Effectivement, il ne rate pas lu coche. Le vampire me montre du doigt mon poignet... euh... et je lui
permets quoi ? De me mordre la peau avec ses crocs ? Là c'est même pas en rêve !
Je me tourne vers Louis, le regard sombre, il ne rit pas, je vois ses pupilles se dilater comme s'il
allait...
Instinctivement, je tends ma main au serveur qui s’empresse de m'enfiler un ruban rouge, je fronce
les sourcils, en me demandant à quoi, cela peut bien servir.
- Humaine, compagne, c’est pour qu’on sache qui vous êtes, me lance le serveur.
Ah d'accord ! Bon, ce n'est pas comme si notre sang chaud n'indiquait pas à merveille, que nous
sommes bien humains.
Il me saisit par le coude, et m'entraîne vers la porte double, où de la musique classique résonne déjà.
Je me crispe en entendant le bourdonnement des personnes, à quelques mètres de moi. Je vais
connaitre la joie de me retrouver dans une soirée mondaine, avec des suceurs de sang. Je hurle déjà
de joie.
Louis s'arrête alors que nous nous apprêtons à entrer, je vais encore subir un sermon, et franchement,
avec la journée que j'ai eue, je n'ai pas la tête à ça.
-Quoi ? je lance.
- Parle-moi sur un autre ton ! (Sa main soulève mon menton pour voir mon cou) et va te mettre du
fond de teint, la marque commence à se voir, et Dead est présent ce soir. Je ne veux pas me prendre la
tête avec mon ami, tu me suffis bien.
J'adore cette façon qu'il a de parler de moi... devant moi. C'est fou comme je l'indiffère. Ce n'est pas
que j'aimerais me faire remarquer, bien au contraire, plus il m'ignore, mieux c'est, mais...
- Louis Stanhope !
Une voix très féminine nous interrompt, nous nous retournons pour distinguer une grande femme
blonde, svelte et... très belle s'approcher de nous.
Sa robe rouge fendue sur la cuisse droite et ses talons aiguilles de dix centimètres lui donnent un air
de prostitué de luxe, et quand j'aperçois son visage, cela se confirme. Un maquillage trop exagéré, et...
des crocs en prime.
La blonde nous offre un sourire XXL et tend sa joue à Louis, il y dépose un chaste baiser. Les deux
vampires se lancent un regard complice, et l'idée qu'auparavant, ils étaient amants me traverse l'esprit.
- Tu es splendide !
Je manque de m'étouffer, oui Louis sait faire des compliments en fin de compte ! Mon dieu, il va
neiger !
La Catharina se met à rire d'une façon exagéré, et ça sonne faux.
- Merci mon beau Louis... (Elle se tourne vers moi) Qui est ce ?
Le bras droit de Louis passe autour de la taille de Miss Bimbo. Je trouve son comportement très
classe.
- Ma nouvelle compagne.
- Ah une nouvelle esclave ! Louis, mon dieu, ce que tu as bon goût ! Est-ce que tu crois que je
pourrais passer chez toi, un de ses quatre ?
Ma gorge se serre, si elle parle d'un... plan à trois. Alors là, même pas en rêve ! Je me mets à trembler
rien qu'en y pensant, deux vampires... moi seule et faible.
- Désolé ma puce, je ne partage pas mes bijoux. Faith n'est qu'à moi.
Catharina fronce les sourcils, je me fige quand elle se penche vers moi, comme pour sentir quelque
chose.
Pardon ?
L'expression de Louis devient dure et j'ai bien peur qu'elle provoque une crise de folie, où il prendra
un malin plaisir à me le faire payer.
Louis caresse la joue de la vampire, il lui donne un dernier baiser, avant de lui sourire.
- Désolé, Catha on se retrouve plus tard dans la soirée ? Mes camarades nous attendent.
- Bien, on entre, tu dis bonjour, et ensuite tu iras cacher ta marque aux toilettes.
Je tente de discuter son ordre en disant que non je n'ai rien, mais Louis ouvre la porte et me tend à
nouveau son bras, je le dévisage, ne sachant pas trop quoi faire.
Je regarde autour de moi, il y a tant de monde, tant de vampires, riant aux éclats et de compagnes
humaines abordant un visage baissé, l'air triste.
La pièce est immense, avec au centre, un grand lustre en cristal et juste en dessous, une piste de danse.
Au fond de la salle, se trouve une grande estrade avec le drapeau du parti qui nous gouverne. De
grandes tables rondes sont disposées un peu partout. C'est très... classe.
- Louis.
Un homme d'une cinquantaine d'années se présente devant nous, accompagné d'une femme du même
âge, je tente de distinguer chez elle un signe qui me dirait si oui ou non, elle est comme moi.
La femme lève les yeux vers moi pour me sourire, et deux belles canines viennent gâcher son visage.
Apparemment, tous les vampires n’ont pas une esclave, certains arrivent même à finir ensemble...
- Ravissante, Louis.
- Parfait. Walter, Malaurie, j'espère qu'on se reverra. Et réservez moi, un dîner un de ses quatre,
Walter avec Gallorgue, Dead et moi, avons à parler affaires, avec lui.
- Avec plaisir, tu vois avec ton patron et tu me contactes ?
J'écoute d'une oreille presque indiscrète. Je me doute que je ne devrais pas, mais c'est tellement
tentant.
Surtout d'apprendre que Louis n'est qu'un bras droit et pas un patron ! Le pauvre, comment fait-il pour
gérer son besoin de tout diriger en étant lui-même sous contrôle ? Dur...
Walter nous adresse un clin d'œil, je détourne le regard, ses yeux bleus violet me troublent. Je
frissonne quand il m'embrasse le haut de la main, ce geste est d'un raffiné.
- A bientôt.
Ils disparaissent presque aussi vite qu'ils sont arrivés. Je cherche autour de moi, sans vraiment m'en
rendre compte, un visage familier qui me ferait me sentir un peu plus... à l'aise.
- Dead est en face, je vais le rejoindre. Toi, (il me montre deux portes au fond, à droite de la salle) tu
vas cacher ces marques avant de me rejoindre OK ?
Je soupire, et marche en direction du fond de la salle, et sans discuter cette fois-ci. J'en profite, je
n'aurais pas besoin de me coltiner Louis pendant quelques minutes. Autant dire un siècle pour moi, et
ce sera le pied ! Je pousse la porte qui ouvre sur un petit couloir, il a l’air insonorisé. C'est calme.
J'entre dans les toilettes réservé aux femmes, je retrouve le luxe de l'hôtel, tout est blanc. Une petite
musique classique résonne en bruit de fond. C'est trop luxueux pour moi.
Je me pose devant les lavabos, et sort de ma pochette mon "maquillage". J’entends la porte s'ouvrir et
se refermer derrière moi, je ne bouge pas.
Après tout on est dans des toilettes publiques, n'importe quelle femme peut entrer et sortir et là au
moins, je n'ai pas à me méfier de Louis décidant de me faire une petite visite.
- Bonsoir Faith...
Ma main se fige sur mon cou, je n'ai pas encore fini d'étaler la couche de fond de teint nécessaire
pour masquer le coup de gueule de Louis dans la voiture. Je lâche par la même occasion mon coton.
Une drôle de sensation m'envahit, je n'ose pas lever les yeux du lavabo par crainte de voir son visage,
je dois être déjà toute rouge.
- Qu'est que...
Ma voix est rauque... encore. J'aimerais me maudire, à chaque fois c'est pareil, ce vampire entre, sa
putain de voix résonne et ses yeux... je vais fondre si je les aperçois.
- Et toi ?
Je souris, c'est affolant comme cet homme est frustrant. On lui pose une question, il répond par une
autre.
La main de Dead effleure mon bras nu, elle remonte le long de celui-ci pour venir effleurer mon cou.
Là où mes doigts cachent mes marques.
- Oui...
Je déglutis péniblement quand je le sens se coller à mon dos. Son souffle chatouille mon oreille c'est...
Ses doigts s'enroulent autour des miens, il arrive à retirer ma main et je ne résiste pas, fermant les
yeux, j'ai honte. En présence de cet homme, je me sens encore plus minable qu'en présence de Louis.
Je serre les paupières, cela m'empêche de trop penser à ce qu'il arrive à me faire... mon "maître"
comme il l'aime si bien dire.
- Faith ?
Son souffle chatouille mon cou, je me raidis quand je sens sa main entourer ma taille.
Je hoche la tête sans m'en rendre compte. Un silence désagréable envahit la pièce.
-Faith ?
J'ouvre les yeux pour voir les siens, je me fige, ils sont toujours aussi ensorcelant.
- Mais comment...
Je me tais en sentant deux lèvres embrasser ma jugulaire, des frissons me parcourent quand je sens
une pression sur ma jugulaire.
Il n'a pas osé ?
Chapitre 11
Je me crispe quand je comprends ce qui est en train de se passer. Les yeux fermés, je n'arrive pas à les
ouvrir pour m'assurer que ce que je sens est bien vrai, que cette douleur, si exquise est bien ce que je
pense.
Il n'aurait pas osé...si ?
Deux mains me tiennent par la taille et heureusement, car j'ai l'impression que mes jambes vont lâcher
sous mon poids, parce qu'à cet instant, toute mon énergie est concentré vers mon hémisphère sud, ce
chatouillement au creux de mon ventre, et ce drôle d'événement qui est en train de se produire à la
base de mon cou. Mon souffle s'accélère, et Dead me maintient contre lui.
J'ai honte de moi, quand je remarque que je suis en train de me mordre la lèvre, sous le plaisir que
me procure ce vampire. C’est la deuxième fois qu’un membre de cette race m’excite autant et me
provoque ce genre de sentiments.
Ouvre les yeux et regarde ce qu'il te fait !!
J'ouvre les yeux dans la seconde qui suit, mon cœur rate un battement quand je vois la scène.
La tête de Dead dans mon cou, ses lèvres qui sucent ma peau, pour aspirer ce qui le maintient en vie.
Ce que moi seule, en étant humaine, je peux lui procurer. Je pense défaillir quand son regard bleu nuit
croise le mien.
Ce mec est tout bonnement à tomber, et c'est bien pour ça que je ne hurle pas à l'agresseur.
Il m'hypnotise et me laisse sans voix, sans souffle et sans aucune réaction de défense quand il
s'approche de moi. S'il savait que le fait d’avoir un tel pouvoir sur moi, est rare ! Même Louis qui me
fait flipper comme jamais, n'arrive pas à me mettre dans un tel état de transe.
Je suis en transe.
Et j'atteins le summum quand sa main glisse lentement le long de mon buste, se frottant contre ma
robe hideuse, à la découverte de ce qui fait de moi une femme.
Il effleure mes seins, caresse mon ventre, descend petit à petit plus bas. Je me fige malgré tout, mon
cœur aussi, au moment où ma tête dit STOP !
Il faut que je le repousse.
Je ne peux pas supporter qu'il me touche ainsi. Pas là, pas après que le dernier à y avoir posé ses
doigts, m’a fait ressentir de la honte.
Je pose ma main sur la sienne pour l'arrêter, la simple caresse qu'il vient de me donner m'a déjà brûlé
la peau, dans tous les sens du terme, je n’en supporterai pas plus.
Dead enlève sa main comme s'il avait deviné l'interdit et je suis partagée entre un sentiment de
soulagement et de frustration. Je sens un long coup de langue sur la morsure dans mon cou, suivi
d'une caresse de ses doigts, mes yeux regardent dans le miroir, Dead en train de...
Je n'ai pas le temps de dire quoi que ce soit, que la blessure se referme déjà, laissant deux petits trous
cicatrisés. Dead se penche pour les embrasser, geste tendre, une chose que Louis n'a jamais faite.
- Tu es vraiment belle, et ta peau est trop douce pour recevoir des coups, mais elle est parfaite pour
ma marque.
Il s'écarte brusquement, et j'expire bruyamment, je ne m'étais pas rendu compte que j'avais retenu ma
respiration.
Lentement, je lève les yeux, toujours à travers le miroir, pour apercevoir le vampire qui vient de me
mordre porter son pouce à sa bouche. Une goutte de sang, d’un rouge très foncé s'est formée sur le
dessus.
Je le dévisage, il n'est pas sérieux ? Je ne vais pas boire son sang, ni même...
- Pourquoi ? dis-je
Son sang ? Alors là, oui, je suis d'accord, c'est à lui, je ne lui réclamerai pas de le partager...
Il ne parle pas de ça voyons !
Ma gorge se noue quand je constate que son visage est extrêmement proche du mien. J'en profite pour
me noyer dans ses yeux, ce que j'aime énormément. Il n'est rien pour moi et pourtant, soit il m'effraie,
soit il me met dans un état de transe.
- Faith...
Je ne le repousse pas, à ma grande surprise, quand il pose ses lèvres sur les miennes. Elles sont
douces et chaudes... et extrêmement délicates.
Une des mains baladeuse de Dead vient entourer ma taille, me pressant contre son pantalon, je sens
contre mon sexe le sien, déjà dur, appuyant au bon endroit. Je gémis contre sa bouche, quand ce geste
si érotique provoque en moi, une douleur immense.
Des images de Louis envahissent mon esprit et viennent gâcher ce moment. Je ne peux pas accepter un
contact comme celui-ci, avec un vampire.
Mais Dead ne lâche pas et caresse mes lèvres, du bout de la langue, pour me demander la permission
d'entrer.
Qu'est-ce que je fabrique ? Je me laisse embrasser par un autre vampire et... j'ai l'impression d'aimer
ça ? Effectivement, j’aime ça.
Le souffle rauque du vampire m'électrise, et sans réfléchir, je viens chercher de nouveau ses lèvres.
Sa langue vient glisser contre la mienne, il a ce goût fort celui du le sang. Mon sang.
Je ferme les paupières, appréciant cette intimité douce et tendre, une intimité que j'ai rarement connue.
Elle est totalement différente de celle que Louis m’a fait connaitre l’autre nuit, c’est « consenti » avec
Dead, je n’ai pas vraiment réfléchi, je suis prise dans une sorte d’hypnose. Mes doigts vont se perdre
dans les cheveux de Dead, il reste sage, il ne me touche pas. Juste notre baiser.
Un jour, je t'aurai de toutes les façons possibles, que ce soit avec ma langue, mon esprit ou ma queue
profondément enfouie en toi.
J'ouvre les yeux, quand j'entends sa voix résonner dans ma tête, ses pupilles bleu nuit aux mille âmes
vivantes, m'hypnotisent encore et encore, je voudrais m'y perdre.
Il y a quelques temps, je lui aurai dit oui pour me perdre dans ses bras, cela aurait rompu tous mes
principes sauf que maintenant, après Louis…. Je m’écarte de lui, rompant notre baiser.
- Dead je ne peux...
Quelqu'un frappe à la porte, et rapidement nous nous écartons, Dead va ouvrir, je redescends du
comptoir, encore toute tremblante de notre rapide baiser.
Ne t'en fais pas, ce n'est que le premier parmi d'autres.
***
Ma main se serre sur ma cuisse quand je vois Campbell, sourire aux lèvres, bien vivant en face de
moi. L'homme que je hais plus que tout au monde est devant moi, et je ne suis rien, mais je donnerais
tout, pour pouvoir me lever et le tuer.
- Merci d'être présents. Vous, personnes importante dans notre pays, vous mes fidèles, merci. Je vais
être bref ce soir, ce n'est pas moi qui parlerai. Mais une autre personne qui le fait tout aussi bien, si ce
n'est mieux, et vous la connaissez tous !
Je dévisage cet affreux personnage, vêtu d'un costume de pingouin, son bouc... si je ne le détestais pas
autant, peut-être que je l'aurai trouvé charmant.
Mais j'avais trouvé charmant Louis la première fois. Je m'étais bien trompée.
En pensant à Louis, je lui jette un petit coup d'œil. Depuis que je suis ressortie des toilettes
accompagné de Dead, il s'est refermé sur lui-même... et je crains le pire.
Je serre le bras de Dead, qui est en train de se lever. Tous les regards se tournent vers moi, me
lançant de véritable signaux "elle se prend pour qui celle-là". Je retire ma main rapidement, quand
j'entends le grognement sourd de Louis. Effectivement, qu’est ce qui me prend.
Dead se penche vers moi, ce qui me fait sursauter.
Il se redresse, remet en place sa veste de costume tout en marchant en direction de la scène, sous l'œil
bienveillant du Président.
Pour un potentiel ennemi, je trouve que les deux vampires ont l'air de bien s'entendre, ce qui me
surprend.
Dead pose accompagné du Président pour un photographe du New-York Times avant de lui serrer la
main amicalement.
D'un geste délicat, le dirigeant du pays donne sa place près du micro, à son adversaire.
Je ne lâche pas des yeux ce vampire, tellement à l'aise dans sa position, le sourire aux lèvres dévoilant
des crocs très pointus. Les mêmes qui m'ont fait deux trous dans la peau quelques minutes auparavant.
Instinctivement, je porte ma main à mon cou, là où se situe la marque caché par mes cheveux détaché.
- Bonsoir !
Sa voix.
La salle devient silencieuse, Dead capte leur attention en quelques secondes, je me demande ce qu'il
peut bien faire perché là-haut. Il se penche pour récupérer une coupe de champagne qu'il tend ensuite
devant lui.
- Tout d'abord, je vous souhaite bonne fête, à toutes et à tous ! A notre Renaissance, à ce monde
nouveau et en construction depuis près de quinze ans. Je tiens saluer nos honorables Frères qui ont
contribué au fondement de ce pays. A ceux qui vivent encore, et à ceux qui ont péri quelques siècles
auparavant...
Merci de nous avoir offert cette terre. (Il se tait quelques instants) Beaucoup d'entre vous me
connaissent, notre Président surtout. (Il montre de la main, Campbell, assit à sa table avec ses bras
droits et deux femmes, le vampire hoche la tête, avec un petit rictus) Il faut dire, qu'à une époque,
croyez-moi nous étions amis. (Dead sourit) Nous le sommes toujours, ne vous en faites pas pour moi,
je suis juste parti voir si l'herbe du jardin était meilleur chez le voisin. (Dead se tait quelques instants)
Nous sommes donc bien différents, lui et moi, mais partageons un même but. L'avenir de ce pays en
construction.
Alors ce soir, en ce moment même, vous vous dites, mais qu'est-ce que fait ce "rival" ici sur cette
scène à prononcer un discours de cérémonie qui ne lui revient pas de droit ? Simplement on a fait
appel à moi.
Dead se remet à sourire, je regarde autour de moi, curieuse de voir s'il fait la même expression aux
autres spectateurs. Politicien, vampire, riche, homme d'affaires, femme, ou esclave, tout le monde est
captivé, un sourire sur les lèvres.
- Et si on m’a demandé de prononcer ce discours, c’est pour résumer la situation, les exploits, et les
déceptions de ce pays... mais pour surtout, surtout, rappeler pourquoi les choses sont devenues ce
qu’elles sont. Chers amis ce soir, de nouveaux projets pour ce pays vont être exposés. Vous allez, en
ce quinzième anniversaire, découvrir, le meilleur et pouvoir remercier Campbell, Président des Etats
Unis d'Amérique du nouveau Monde.
Je fixe Louis, à la recherche de plus d'information sur ce que Dead appelle "nouveau projet". On peut
faire pire que tout ce que ce maudit connard a déjà pu faire ?
Je pose ma main sur l'avant-bras de Louis, pour capter son attention, mais celui-ci me rejette sans
ménagement.
- Arrête Faith !
OK... d'accord !
Je le lâche et reporte mon attention sur Dead, son verre à la main, et ses belles paroles de politicien.
Pour un homme qui n'est pas du même parti politique et qui n'a pas la même vision des choses que
Monsieur le dictateur Campbell, je trouve qu'il s'explique avec beaucoup de tact.
Il s’exprime très bien aussi. En fait, tous les politiciens que j’ai rencontrés parlent très bien en public,
mais dans leurs vies privées, les gros mots fusent.
- Tout d'abord, je tiens à le remercier le premier. Merci à toi, d'avoir fait tous ce que tu as pu faire
pour notre cause. Pour nous avoir tirés de l'ombre, et installés à la place que nous méritions. Tes
idées, ton ambition, nourrit nos rêves à chacun... même les miens. Personnellement, je n'envierai pas
ta place, ta position si difficile et dangereuse, mais, elle te correspond à merveille.
Comme on dit, pour diriger un pays, mieux vaut avoir dans le pantalon, et toi mon vieil ami, qui par
ton courage et ta force d'esprit a réussi à mener à bien un projet que je pensais irréalisable, tu dois en
posséder une sacrée paire !
Je me demande ce que Dead entends par "ami". Généralement, on n'est pas ami avec quelqu'un qui...
enfin, je ne sais pas, ces vampires sont si spéciaux parfois !
- Il y a quinze ans, Campbell a mené à bien sa mission, il a tiré ce pays et ce monde, car ne l'oublions
pas mes amis, aujourd'hui après une décennie d'effort, de sang et de violence acharnée, pour que nous
ayons ce monde tant espéré, nous l'avons... grâce à un homme. Ce soir, cet homme mes amis, nous
réserve encore beaucoup de surprises. Dont une que j'ai la chance, moi son adversaire, son unique
adversaire, de vous dévoiler.
Un projet (il se tourne vers Campbell) dont je n'aurais jamais eu l'audace de rêver.
Dead boit sa coupe d’un trait, ce qui déclenche un certain nombre de rires dans la salle. Il se retourne
vers un grand drap blanc. J'ai l'impression que sa voix a changé, soudain elle n'est plus amusée, mais
dure, comme s'il n'aimait pas et n'était pas en accord, avec ce qu'il disait.
- Voici... (Il tire sur le tissu soyeux d'un geste rapide, découvrant une affiche géante) un nouveau
projet de loi concernant nos compagnes !
"Chasser l'humaine, c'est maintenir nos vies, marquez les et elles ne vous seront pas prises"
Mon ventre se noue, quand j'aperçois l'image de propagande en dessous. Une femme de dos, nue, une
morsure sur l'épaule, un horrible tatouage sur les reins. De loin, je pense distinguer les mots
"propriété" "esclave" et "sang".
Dead lit à voix haute ce slogan qui me donne envie de vomir sous des applaudissements. Des bravos
fusent dans tous les sens. Même Louis applaudit, je n'en reviens pas que personne ne bouge ! Surtout
quand je constate que même les femmes à ma table ont l'air ravi !
Les vols ? Mon dieu, mais je suis tombé dans quel monde ?
La colère m'envahit quand je vois le visage souriant de Dead, il invite le Président à monter sur scène
et... mon cœur se serre, je pensais qu'il était différent... mais en fait non.
***
Après ce discours assez révélateur, le maitre de cérémonie nous invite à commencer le repas. C’est la
fin des applaudissements, place aux chuchotements et aux grandes conversations politiques.
Notre table ronde, assortie à une vaisselle blanche aux couverts en argent donne à ce dîner un côté
vraiment bling-bling : tout ce que je déteste.
Je suis assise entre Louis, et Dead. Une place convoité, enfin c'est ce que m'a dit la femme d'un des
partisans de Dead.
Au fil de la soirée, plusieurs personnes sont appelées à parler au micro, racontant certains faits ou
anecdotes, félicitant le Président.
Le repas sort bien des cuisines d'un chef célèbre, vu les noms des plats, leurs saveurs... un petit cuistot
n'aurait jamais pu faire tout ceci.
Des serveurs apportent bouteilles d'eau, de vin et surtout… des bouteilles de sang, durant la soirée.
Là-dessus, je suis resté un peu choquée, mais dans cette normalité, il n'y a qu'une humaine pour être
choquée par cela.
A ma table, un seul sujet... non deux, politique et femmes ou plutôt le choix de la nouvelle loi,
concernant les femmes humaines.
Sur la tablée des vingt personnes que nous sommes, la moitié est pour l'autre non, bien évidemment
les femmes, elles ne doivent pas parler.
J'ai regardé autour de moi, durant les deux premières heures pour voir, si autour de nous, elles étaient
dans la même situation. J'ai constaté que nous étions les plus chanceuses, au moins nous pouvions rire
et ouvrir la bouche de temps en temps.
Personnellement, je n'arrive pas à parler ce soir, je suis trop concentrée pour ne pas rougir de colère
quand la voix rauque et mélodieuse de Dead résonne à mes oreilles. Ce vampire dirige le parti depuis
longtemps, d'après ce que je comprends aux cours de la soirée, il n'est jamais d'accord avec personne,
sauf peut-être avec Louis qui, tout comme moi n'est pas très bavard.
J'ai du mal à croire que c'est bien le vampire que je côtoie tous les jours. Par contre, quand il s'agit de
l'ouvrir pour qu'il défendre une opinion, il sait comment aligner les mots. Même si Dead a ce côté
dévastateur sur moi, cela ne m'empêche pas de ressentir de la haine à son égard.
Lui que j'ai surpris en train de dire qu'il détestait le fait qu'on soit des esclaves, se permet de dire de
telles choses ce soir, lors de son discours?
Ce mec est un... vrai politicien, menteur et gourou. Je pense, qu'au fur et à mesure, je vais le mettre
dans la même case que Louis, ils ne sont pas amis pour rien ces deux-là.
- Louis, vous serez présent ta compagne et toi, au gala de bienfaisance le mois prochain ?
Denfort, le vampire à la quarantaine, au gros ventre et au bouc, se tourne vers nous. Son bras est
passé autour des épaules de sa vraie compagne. Une humaine qu'il a transformée.
- Je ne pense pas.
- Pourquoi tu ne voudrais pas ? Bouge ton cul un peu Louis, je sais que je te donne du taf, mais il faut
sortir ta sublime compagne maintenant.
Je fixe mon assiette où trône une part du délicieux gâteau fourré, je sens le regard lourd de Dead sur
moi. Ce mec est un provocateur. Il ne sait pas ce que sa morsure et son sang ont provoqué chez moi.
D’abord il me fait flipper comme son copain, pour ensuite me rendre... folle ? Je ne sais pas si c'est le
terme approprié dans ma situation, peut-être qu'à force de rester en compagnie de Louis, je finis moi
aussi par avoir des problèmes intellectuels.
- On aura à faire Faith et moi dans un mois. De plus, elle sera très occupée je pense.
Ma gorge se serre, je n'ose pas imaginer ce qu'il entend par... très occupée.
- Par un mariage ? Oh Louis ! Je ne te savais pas si romantique ! lance Glenda, la femme la plus
vieille à cette table, apparemment veuve et en concubinage avec l'un des premiers esclaves hommes
que j'ai rencontré, de toute ma vie.
Louis passe un bras autour de mes épaules, je me refroidis immédiatement. Il est froid lui aussi et
distant, son silence ce soir, ne laisse rien présager de bon.
- Je suis un homme assez... intuitif, et impulsif. On verra, d'ici la prochaine fois, je t'annoncerais peut
être mes fiançailles ou pas Glenda, il faut garder une part de mystère tu sais. Mais ma surprise sera
encore plus surprenante qu'une bague.
J'entends un grognement sourd à ma droite, et je devine qu'il provient de Dead. Mes mains se mettent
à trembler, je n'aime pas cette situation.
- Qu'est-ce qui qui se passe Dead, on est jaloux ? renchérit Deryck, un autre partisan.
- Absolument pas, je tentais de ne pas m'étouffer en écoutant Louis. Il aime les surprises et surprendre
les autres !
Je note une pointe de sarcasme dans la voix du politicien. J'ai l'impression d'avoir créé une sorte de
tension entre les deux amis, en révélant à Dead ce qui se passait avec Louis. Quand à Louis, j'ignore
ce qui tourne dans son cerveau. Est-ce qu'il a vu la marque ? Est-ce qu'il sait que Dead sait pour...
Nous nous tournons tous vers le maître de cérémonie qui lance l'orchestre. Un bal ? Mon dieu je
déteste...
- Louis, si tu me permets, étant venu seul, et sachant que tu n'aimes pas danser, tu n’as rien contre le
fait que j'invite ta compagne à danser ?
Je lève les yeux vers Louis, le suppliant de dire non, je ne vais pas pouvoir supporter la proximité de
ce vampire, après l'étape toilette. Son calme et son charme étrange me terrifient. Je ne sais pas
comment aborder ce personnage. Et surtout, je n'ai pas envie de me retrouver seule avec lui.
- Tu peux Faith, (son regard noir est mauvais) on ne refuse pas la main qu'un homme nous tend.
Je ferme les yeux et inspire plusieurs fois, je crois que, encore une fois, je n'ai pas le choix. Je me
tourne et vois sa main, la même qui a essayé de me caresser quelques heures auparavant, mon cœur
rate un battement quand je croise les yeux bleus du vampire. Mon dieu...
Dead me prend par la main et m'entraîne sur la piste de danse, si vite que j'en ai le tournis. Je n'ai
même pas eu le temps d'entendre la réponse de Louis...
- Enfin seuls.
Je baisse le visage en entendant sa voix, nous sommes au milieu de la foule, d'autres couples sont
comme nous "enlacés" dansant sur ce délicieux morceau de Jazz. Je n'aime pas être seule avec lui, car
j'ignore dans quel état il va me mettre ensuite.
- Quel manège ?
- Quand est-ce que tu arrêteras de me répondre sans arrêt par des questions !
Sa main dans la mienne se resserre, elle aussi. Je me mords la lèvre quand il maintient notre regard,
ses yeux sont tellement beaux... ils m’hypnotisent à chaque fois et j'en perds toute pensée.
- Qu'est-ce qu'il y a ?
Pourquoi ? Ah parce que d'une, tu m'as mordu et que j’ai mis des heures à percuter, de deux, je pense
que ton copain Louis le sait et qu'il va me le faire payer... trois ? Tu mens, et je déteste ça.
Sale menteur !
Putain ! J'avais oublié que ses connards pouvaient lire dans les pensées...
- Je n'ai rien lu, tu l'as pensé si fort que même ma protection l’a capté.
Hein ?
- Moi aussi, je suis un beau parleur, et ce soir, je n'avais pas le choix. Qu'est-ce que tu crois, que tu es
la seule à être prise au piège ?
Bien sûr que non regarde, même moi, on m'a pris en "otage". Je ne peux pas dire et faire ce que je
veux. Et ce soir, j'ai dû parce qu'on me la ordonner, aller contre une de mes idées pour assouvir le
besoin pervers de quelqu'un d'autre.
Je n'adhère toujours pas aux esclaves, et le sort qu'on vous réserve me brise le cœur. Je suis
impuissant face à ça comme je vais l'être ce soir, quand tu rentreras, et que Louis découvrira ce que
j'ai fait.
Je tente de dire quelque chose. Mais Dead m'en empêche en continuant de plus belle.
- Sache une chose, quand je m'engage comme je l'ai fait ce soir avec toi, je tiens toujours mes
promesses et je te fais la promesse que plus jamais, il ne te fera du mal. Avec ça, il ne te touchera
plus. Grâce à mon sang, tu es à moi maintenant.
Chapitre 12
Jacob récupère nos manteaux, je tente encore de me battre avec lui pour ne pas être assistée, on n'est
pas tous comme Louis. Je n'ai pas besoin d'esclaves pour vivre. J'ai un cerveau, des mains, ma mère
m'a faite comme il faut, pour que je puisse me débrouiller toute seule.
Je renonce rapidement en croisant le regard noir de mon garde du corps. D'accord, ce soir je ne vais
pas discuter, j'ai fait ça tout la soirée donc ça ne va pas changer grand-chose.
Encore plus de nouveauté ? Ah parce que leur espèce de tatouage ce n'est pas de la nouveauté ?
Je savais que Jacob s'intéressait un peu à la vie politique, mais c'est la première fois que je l'entends
en parler avec Louis.
Le vampire s'installe sur le canapé du salon, il retire sa cravate, et passe sa main dans ses cheveux
blonds qu'il décoiffe. Jacob me jette un regard, je suis surprise du comportement de Louis. Ce soir, il
a été très calme, froid et maintenant, il a l'air exténué.
Jacob sort une tasse de café. S'ils sont partis pour parler politique, merci mais non merci. J'ai eu ma
dose durant la soirée.
Je me penche pour retirer mes chaussures, j'ai mal aux pieds, je n'aurais pas dû danser autant. Mais
d'après ce que j'ai compris ce soir, il était dans mon intérêt de dire "oui" à tous ce qu'on me proposait.
Ah et je meurs d'envie de retirer cette robe, je suis à l'étroit dedans, elle sent... l'interdit.
- Non, tu restes.
Je ferme les yeux en soupirant. Alors là, je ne suis pas d'humeur à supporter son mauvais caractère.
Louis se tourne vers nous. Il fait signe à Jacob de se retirer, l’homme obéis sans rien dire. Une fois
seul, je le foudroie de reproches.
- Tu n'exiges plus rien de moi ce soir Louis, je crois que je t'ai suffisamment obéi pour les
prochaines quarante-huit heures. Alors fous-moi la paix !
Son autre main vient s'éclater contre ma joue. Ma tête part avec rapidité sur le côté, mon visage me
brûle.
Louis me saisit par les cheveux, comme la première fois.
- JACOB !
- TA GUEULE !
Je rampe sur le sol, pour prendre de l'avance et me lever. Mais Louis m'attrape par les chevilles et me
tire vers lui et me coince entre ses deux jambes.
- Ferme-la !
Je hurle quand le premier coup de ceinture vient fouetter mon dos nu. La douleur me pique les yeux,
ma peau me brûle.
- Tu vas voir ce que c'est, quand on se moque de moi ! T'as vu ton comportement ? EST CE QUE TU
T'ES VUE ?!
Nouveau coup de ceinture. Nouveau cris, Louis ne s'arrête pas, il frappe encore et encore. Des larmes
de douleur sortent de mes yeux. C'est insupportable. J'essaie de bouger mais à chaque coup, c'est
encore pire. La douleur m'épuise.
- Arrête... je gémis.
- NON !
Il jette sa ceinture, m'attrape par les bras et me retourne pour lui faire face. Son visage est déformé
par la colère.
- Salope !
Son poing vient frapper ma joue. C'est violent, mauvais et douloureux. Je ne les compte plus, comme
je ne compte plus les coups qu'il me donne sur tout le reste du corps. Il s'est déjà montré violent...
mais pas à ce point-là.
- Jacob...
- ARRETE DE L'APPELLER SALE HUMAINE ! IL NE VIENDRA PAS ! TU ES A MOI ! MOI SEUL !
Je tente de me protéger avec mes bras, mais ils me font si mal. Je ferme les yeux, je suis dans une
sorte de transe, mes paupières sont lourdes, ma tête me serre. Mon corps me fait mal... je plonge au
fur et à mesure dans le coma.
Il n'y a plus de douleurs. Plus de souffrance... plus de cris. C'est le calme plat, et j'espère que ce soir,
Louis tiendra son unique promesse, me vider pour de bon.
Ma dernière pensée cohérente est pour un autre vampire... un autre connard qui m'a promis des choses
et qui ne les a pas tenues...
Il ne te touchera plus
Et ce qui est en train de se passer ? Qu'est-ce que tu fais pour empêcher ce qui est en train de m'arriver
? Où es-tu Dead pour protéger ce qui est à « toi » ?
***
Douleurs.
Je me réveille, je suis allongée dans mon lit, sur les draps, je me sens fatiguée. Il fait sombre, est-ce
que je suis morte ? Est-ce que c'est ça la mort ? On apparait d'abord dans un lieu familier avant de
finir au paradis ?
Mais est-ce que le paradis existe encore après que la Terre ait été totalement peuplée par des vampires
?
Le bon Dieu serait-il resté pour ceux qui désirent quitter ce monde infecté par le mal pour se repentir
et mener une nouvelle existence dans un lieu inconnu ?
Je cherche autour de moi, une lumière blanche, un signe qui me dirait que j'ai enfin quitté ce calvaire.
Mais rien...
Je soupire et ferme les yeux une nouvelle fois, je suis condamnée à mener cette existence avec ce
vampire maudit. Des images de la nuit passée me reviennent à l'esprit. Des dizaines de flash-back :
La pétasse blonde.
Dead et son baiser
Sa morsure.
La soirée.
Et surtout... l'incident avec Louis. C'est confus, je n'arrive pas à distinguer le vrai du faux et ce qu'il
m'a vraiment fait. Ma main se porte à ma jugulaire, je vérifie qu'aucune autre marque n'a été faite. Je
panique, je ne supporterai pas d'être transformée.
- Merci...
- Mon dieu !
Je me fige une fois arrivé devant le miroir. Je n'ai rien, pas une marque, ni une égratignure. Rien.
Même pas une rougeur, pourtant Louis n'y a pas été de main morte. Je me souviens encore de la
douleur que j'ai éprouvée quand il m'a violentée. Je me retourne pour voir mon dos qui a subi les
coups de ceintures, rien non plus, c'est... impossible.
Je sursaute en entendant sa voix. Instinctivement je baisse les yeux, je ne veux pas le voir ni voir mon
reflet parfait qui me fend le cœur, je me tourne vers Louis. Il est accoudé à l'embrasure de la porte. Il
a quitté sa célèbre tenue d'homme d'affaire pour se vêtir d'un simple pantalon de survêtement. Torse
nu, à la lumière de la salle de bains, je constate qu'il porte sur sa peau énormément de marques. Des
griffures, des traces de morsures, des cercles. Il est abimé... et c'est bien fait !
- Ni le temps ni la transformation ne changent quelque chose de notre apparence, seuls les yeux
prennent une autre particularité.
Ma tête me tourne, je m'appuie contre le rebord du lavabo, j'ai mal au crâne. Depuis que je côtoie des
vampires, jamais, je n'ai eu autant de problèmes... jamais je n'ai été aussi en colère, que ses derniers
temps.
- Sûr de quoi ? De voir si je ne crevais pas sous tes coups ? Je lâche froidement.
J'entends ses pas sur le parquet, et sa main se pose sur mon menton, je frissonne, mes membres
commencent à trembler, mon ventre se noue comme à chaque fois qu'il est proche. Mon esprit
n'oublie pas ce que cet homme est capable de faire. Il est fou.
- La marque. Je n'étais pas sûr, il fallait que je le fasse. S'il ne t'avait pas marqué tu aurais été bien plus
amochée.
Je détourne le visage pour qu'il ne me touche plus. Lui non plus, je ne veux plus jamais qu'il pose ses
sales pattes de suceur sur moi. Ils sont tous pareils ! Entre l'autre qui me promet que plus jamais on ne
me fera du mal et lui qui est tout simplement... répugnant. Comment j’ai pu être aussi naïve et croire
Dead ?
Ça marche comme ça ? Moi aussi je vais le frapper à mort pour être sûre que c'est un vampire et pas
une vulgaire copie !
- Je me doutais depuis le premier jour, depuis que vous vous étiez rencontrés, Dead et toi qu'un jour...
je comprends que tu aies cherché en lui la sécurité. Mais tu ne réalises pas ce qu'implique la marque
qu'il a posé sur toi. Tu ne réalises pas qui est Dead. Tu penses qu'il est mieux que moi, c'est ton droit...
si seulement tu savais... Je ne suis pas un monstre moi.
- Je ne suis pas un homme parfait Faith et je ne dois pas être celui qu'il te faut, je comprends, on n'a
pas du tout le même fonctionnement, la même vision des choses.
Je voulais te mater pour te garder auprès de moi, tu as pris ça pour une relation de sado masochiste.
Alors que non, je ne suis pas de ce bord-là. Si tu m'avais écouté ne serait-ce qu'une fois, on n'en serait
pas là. Je n'aurais pas une esclave qui ne m'appartient plus. Ce que tu n'as pas compris, c'est que
j'essayais de te garder en sécurité vis à vis de tout. Ce monde n'est plus ce qu'il était autrefois. Je ne
suis pas l'un des pires Faith.
Je lève mon regard pour me plonger dans ses prunelles vert émeraude. Ses pupilles ont comme Dead,
cette attraction qui donne une impression de vagues dans leurs yeux. Une connexion neuronale. Oui,
durant mon séjour ici, j'ai regardé la chaîne médecine.
J'ai du mal à assimiler tout ce que me dit Louis, est-ce vrai ? Pourquoi je devrais le croire lui, et pas
Dead ? Pourquoi je devrais en croire un déjà ? Je ne connais rien de lui, ni de Louis. Rien qui me
permettrait de m'accrocher à une réalité.
Mais je partage son avis pour une chose : il est vrai que je n'ai pas réalisé ce que je faisais quand Dead
m'a mordu et qu'il a refermé ma plaie avec son sang.
Ma voix est rauque, mon cœur est serré et j'en ignore la raison. Après tout, cet homme, ce vampire,
celui qui se tient devant moi, m'a fait vivre l'enfer, l'horreur. Il m'a violée, battue, attachée comme un
vulgaire chien à un mur... il me parle mal et me considère comme la pire des merdes. Je le déteste et
malgré tout, j'éprouve une sorte de tristesse en entendant ses mots. Cachée derrière la colère, je suis
perdue.
- Rien je crois Faith. Je pense que j'ai dit la plupart des choses à dire. Je suis désolé qu'on en arrive là.
Sa main continue de me caresser le cou, son visage s'approche du mien, je sens son souffle sur mes
lèvres. Mais je tremble, encore, et je veux qu'il recule.
- Je n'ai pas pu me résoudre ce soir à te faire du mal au-delà des coups, tu es une femme si belle qui
ne mérite pas d'être battue... et pourtant, j'ai dû le faire. Parce que ça ne pouvait pas être autrement.
Tout aurait été différent si tu n'avais pas résisté. J'ai du mal m'y prendre avec toi. Je m'y suis mal pris.
Je suis immobile, incapable de dire quoi que ce soit à Louis. Je ne l'ai jamais vu comme ça.
D'habitude, je sais comment le prendre, comment riposter à ses mots, parce qu'ils agressent, ils sont
durs et blessants. Je ne sais que répondre à la tristesse, aux excuses et à sa douceur surtout. Il est si
étrange... c'est bien la première fois que je l'entends dire que je suis belle et que je ne mérite pas qu'on
abuse de moi... et pourtant, il l'a fait, souvent et à plusieurs reprises. Je ne comprends pas.
- Je m'étais attaché Faith. Plus que tu ne le penses, pour des raisons que tu ignores. Ta personnalité
m'a plu, dès la première fois que j'ai pu lire en toi.
Louis ferme les yeux, son front se pose contre le mien. Je sens ses lèvres y déposer un léger baiser.
Comme ceux que me donnait mon père. J'en ai des frissons, je n'arrive pas à sortir un son de ma
bouche.
- J'aurai pu t'apporter tellement si tu avais pu te soumettre à mes règles... tellement... Désolé pour ce
qui s'est produit ce soir, ça n'arrivera plus.
Inconsciemment, je me dis oui, ça n'arrivera plus. Mais ce n'est pas ce que dit à chaque fois un homme
qui bat sa femme le soir en rentrant avec un bouquet de rose ? La prochaine fois, je serai armé.
- Dead a voulu ce qu'il désirait tout compte fait. Je l'ai appelé, demain Jacob t'emmènera chez lui. Je
ne peux pas garder sous mon toit une femme qui n'est pas à moi.
Je me frotte le visage, en d'autre circonstance, j'aurais très certainement dit, putain mais quel discours
de macho. Mais là... Louis m'a fait quelques choses en me parlant de cette manière, ça m'a touché et
émue. Même si ça n'enlève pas la colère que j'éprouve à son égard. Je n'en n’oublie pas pour autant ce
qui s'est passé. Je lui en veux toujours, je le hais autant... comme je déteste l'autre.
Louis s'immobilise, il se tourne vers moi, je constate qu'il a repris son expression dure.
L'intouchable.
- Oui ?
- Est ce que c'est à cause de Dead que tu as fait tout ça ? Pas seulement parce que je ne t'obéissais pas ?
Est-ce que j'ai envie de haïr d'avantage un vampire qui, jusqu'à présent, ne m'avait pas fait le moindre
mal ? Est-ce que j'ai vraiment envie de savoir que c'est à cause de lui si j'ai enduré tout ça ?
- Oui.
- La première nuit qu'on a passé ensemble, ne devait pas se reproduire, les autres devaient être
comme celle qu’on a partagé ensuite. La suite, c'est... j'ai compris que tu verrais en Dead un héros. Un
homme d'exception, je l'apprécie énormément, c'est un ami... mais je déteste la personne qu'il est
parfois. Comme j'ai détesté voir ton regard sur lui, alors que tu n'étais rien. Tu étais à moi et tu
n'avais pas à être comme ça. Alors oui... c'est de sa faute en partie si tu as enduré tout ceci.
Mon cœur se serre, je m'en doutais. Les vampires sont jaloux, possessif et encore une fois, j'ai payé le
prix de ma stupidité.
Tout ça à cause de l'autre... Louis ne doit même pas regretter ses actes. Un autre sentiment de haine
m'envahit, je me suis promis de me venger de Louis, maintenant, je me vengerai de Dead.
- Je te déteste Louis.
Ma voix sonne comme un reproche. Je sais que ce n'est pas entièrement de sa faute, surtout de la
mienne en partie. Mais Dead connaissait Louis, il savait que son pote été violent.
Non ! Je ne veux aller nulle part, mis à part chez moi dans mon taudis !
- Non.
-Tu ne seras pas libre Faith. Maintenant que tu possèdes une marque c'est trop tard.
Je ferme les yeux, la colère me menace, je crois qu'à cet instant j'en veux à la Terre entière. Ma
dernière chance de m'enfuir, de retourner à ma vie... s'effondre.
- Dead a gagné. Il t'a eue. (Louis soupire) Après tout, on est pareils toi et moi... on s’est fait baiser par
la même personne. Tu penses gagner une liberté mais tu te trompes amèrement.
Louis quitte la pièce me laissant seule, je glisse le long du meuble de la salle de bain, mon corps me
fait mal.
Quand je suis sûr que Louis ne m'entendra pas, je m'effondre. Encore une fois, je perds toute mes
chances. J'ai été utilisée, on m'a menti...
Je les déteste tous, et moi aussi, le jour où je me vengerai ce sera terrible.
***
Je suis désolé. Faith, tellement si tu savais. Je n'ai jamais voulu que tout ceci se passe ainsi. Jamais je
n'ai voulu que Louis se comporte ainsi. Surtout ce soir, surtout après que j'ai déposé ma marque sur
toi. Je ne laisse personne toucher et faire du mal à ce qui est à moi. Louis est mon ami, mais je
n'accepte pas ce qu'il a fait. Maintenant je te protégerai... C'est promis. Tout va changer dans ta vie.
Fais-moi confiance.
Je sens sur ma joue une légère caresse. Je me retourne, et enfouit ma tête dans mon oreiller, le son de
cette voix dans ma tête résonne, mais pas suffisamment pour me tirer du sommeil. Je suis tellement
habité par la colère qu'elle m'embrouille.
Chapitre 13
Discussion houleuse
Si ma mémoire est bonne, nous nous dirigeons vers Central Park. Il faut dire qu'en quinze ans et avec
des souvenirs de petite fille, me repérer dans cette ville, se souvenir de chaque détail après le
changement est assez difficile. Les quartiers d'affaires ne sont plus les mêmes, les lieux chics et
branchés ont changé, les quartiers sûrs et à risque aussi.
Maintenant, c'est simple de se repérer ; il y a des vampires de partout, et les humains sont rassemblés
à certains endroits "stratégiques" de la ville. Apparemment, d'après une revue de presse, ce système
s'appliquerait de partout, dans tout le pays.
Une grande ville est divisé en plusieurs arrondissement ou quartiers, on en prend un ou deux pour y
bâtir la représentation du gouvernement et de la Race qui la dirige, le reste et voué à survivre dans la
misère et le sang.
Il n'existe plus rien des déclarations des droits de l'Homme, de l'enfant ou la femme, et celle d'un
citoyen encore moins. A vrai dire, pour en être un, il faut posséder des crocs.
L'exemple de New-York représente parfaitement le reste du pays. Après tous, c'est devenu la Capitale
de cet Enfer. Le nord de Manhattan et Brooklyn sont habités par des vampires et des humains riches,
ces espèces de sbires qui ne disent rien et ne bronchent jamais. Le sud de Manhattan, le Queens et le
Bronx rassemblent le reste : la criminalité, la pauvreté, et les gangs, humains ou non.
Plus rien n'est sûr, on ne peut pas dire, je vais vivre ici, j'aurais moins de chance d'être tué, car c'est
faux. On ne nous protège plus désormais, à nous de survivre par nos propres moyens.
Ce qui me mets en colère quand je regarde à travers la vitre teinté de la voiture, c'est de me rendre
compte à quel point ils ont pu détruire cette ville légendaire.
A quoi bon user de la salive, puisque depuis hier, je ne trouve aucun mot pour décrire ce que je
ressens, la haine, l'injustice et la cruauté se mélangent, et je regrette de ne pas avoir eu assez de temps
pour dire mes vérités.
Je me tourne vers Jacob, bouché bée, l'air stupéfait, il n'a pas compris je pense.
- D'habitude je ne me fais pas prendre pour une conne. Bien que ces derniers temps, j'ai eu mon quota
pour les deux prochaines années !
Non, bien sûr que non, je parle de la pluie et du beau temps, du soleil qui se cache depuis quinze ans
et de mon corps meurtri sans aucune marque, qui me fait un mal de chien.
- Evidemment ! Franchement Jacob vous voudriez que je vous parle de qui d'autre ! De vous ?
Je pourrais aussi parler de lui, le fidèle garde du corps qui ne dit jamais rien, qui fait tout bien
comme il faut, et qui protège ce maudit connard comme s'il était un dieu. Je pourrais en rajouter un
autre à ma liste, mais rien qu'en y pensant, j'ai de folles envies de meurtre. Dès que je vais passer le
pas de sa porte, il regrettera ce qui s'est produit la nuit d'avant.
- Et moi donc !
J'ai perdu ma gentillesse avec cet homme-là, un humain, le seul que j'ai côtoyé en presque trois
semaines de captivité. Je suis sortie rarement, je préférais m'enfermer à double tour dans ma
chambre, subir une indigestion de bouquin et de films à la con, plutôt que de sortir. De toute façon,
Louis me faisait tellement confiance que je n'avais droit à rien. La première semaine, quand il était
absent, j'étais tellement en colère que je n'avais envie de rien.
Et à son retour ? Je me suis pris des coups, tellement que j'avais la peau marquée à vif et pour me
balader dans la rue c'était devenu compliqué. Ma seule source de distraction était Jacob, sauf qu'au
bout d'un moment, j'ai bien compris que lui et moi, nous ne pourrions jamais nous entendre. Il est
trop figé sur sa vision des choses, sur Louis surtout.
Je me demande si je vais finir comme lui, lassée de parler de nous les humains, de nos conditions de
vie ou des vampires. Cet homme est brillant j'en suis certaine, mais blessé par quelque chose, à tel
point qu’il est devenu un "zombie", le cerveau lavé par des conneries. Je ne connais rien de lui en fin
de compte,
- Oui.
Oh bon sang, c'est encore plus énervant d'entendre ça à longueur de journée. On a tous, quelque chose
à dire, sur ce qu'on pense, sur son présent, sa vie passée, ou son avenir. Mais cet homme jamais.
Il se contente de discuter de tout et de rien d'important, de vous faire la leçon de morale, et la cuisine.
Il va vite comprendre.
Je suis en train de me défouler sur lui, alors qu'il n'a rien fait, ou presque, je tente d'oublier les
moments où il était présent dans la pièce à côté, alors que Louis me battait. Je veux qu'il comprenne
que je n'ai pas envie de taper la causette.
OK, il n'en dira pas plus. C’est fatiguant, je suis fatiguée de côtoyer des personnes comme eux.
- Voilà, ne vous plaignez pas que je ne dise rien alors ! Vous ne faites pas mieux.
Jacob soupire, il s'arrête à un feu rouge. La voiture est plongée dans un silence royal, j'essaie de me
calmer, et c'est dur.
Je ne comprends pas ce revirement de situation, j'essayais tant bien que mal à m'habituer au fait que
j'allais devoir vivre avec Louis et son sale caractère, que toute chance de sortir d'une misérable vie
était cuite, mais non. Il a suffi qu'un autre suceur de sang arrive, je ne pensais pas qu'avec son arrivée,
j'allais en voir de toutes les couleurs.
Je ne comprends pas non plus pourquoi Dead, m'a mordu pour me renvoyer ensuite dans les bras de
son taré de copain. Il voulait ma mort ?
Je romps le silence pesant de l'habitacle. Je sais qu'il ne me répondra pas, mais j'ai besoin de le savoir
quand même. Etant donné que l'autre s'est muré dans le silence.
- Fait quoi ?
- On a toujours le choix.
- Qui est ?
Je veux bien qu'un humain n'ait pas le choix, mais un vampire, j'ai envie de rire. Ils ont tous les droits
!
Jacob montre son cou d'un doigt.
- La morsure, c'est grâce à ça que vous avez changé de maître. Un contrat ce n'est rien.
- Compagnon alors.
- Ce n'est pas mon compagnon ! Comme Louis, c'est un connard de suceur de sang ! Qui me traite
comme une esclave !
C'est un autre qui m'a largement bien dupée, et je suis dans le déni total, car maintenant, je suis
vraiment une esclave, dans pas longtemps on me marquera à l'encre comme les bêtes.
De la patience ? Ah parce que pour être avec un vampire, il n'en faut pas peut être ?
- C'est ça... en attendant, la morsure, poursuivez puisque vous avez l'air d'en savoir pas mal sur eux.
Plus que moi en tout cas, non pas que je n'ai pas essayé de me documenter, l'appartement de Louis
regorge de ce style d'informations, mais braquée comme je l’étais à mon arrivée, je préférais lire des
conneries ou des romans policiers.
- Franchement Faith, vous ne voudriez pas plutôt en parler avec le principal intéressé ?
- Non.
Non, parce que je ne compte pas ouvrir la bouche devant ce connard. Il savait très bien ce qu'il faisait
et ce que je risquais en le laissant faire, il n'a pas bougé, ni ne m'a prévenue, alors franchement, si je
veux savoir quelques chose, je tâcherai de le savoir par moi-même, mais pas par lui. Non je ne lui
demanderai RIEN !
- Sûr ?
Jacob m'ignore, il se tait, j'espère pour lui qu'il réfléchit et qu'il compte me répondre parce que...
- La morsure est une étape "cruciale" et importante dans la vie d'un vampire, puisqu'elle scelle une
sorte de pacte.
Je lève un sourcil, houlà, c'est compliqué pour moi, tout ça. J'ignore totalement à quoi ça peut servir
de marquer une humaine, même si j'ai lu ce fichu bouquin de la folle écrivain. Elle, elle n'en parlait
pas.
- Expliquez.
- La morsure est au-dessus de toutes lois vampires. Elle domine même sur le contrat d'esclaves
puisque c'est un...
- Stop, stop, (je secoue la tête, essayant d'analyser) Vous avez dit Lois Vampires ?
- Oui, les lois Vampires, créées dès le plus vieil âge. Au premier regroupement vampires. Pour
diriger une race, il faut instaurer des règles.
Je dévisage Jacob, je me croirais dans un cours d'histoire, je cache au plus profond de moi, que
malgré tout, ce qu'il est en train de me raconter m'intéresse. L'histoire, qu'importe la période, m'a
toujours passionné.
Et oui, curiosité malsaine oblige. Je remarque instantanément que le garde du corps se braque.
- Bref, dans ses lois, la morsure d'un vampire n'est pas prise à la légère. Elle symbolise
l'appartenance de quelqu'un à quelque chose. La morsure de vampire à vampire, est différente de
celle à un humain. On ne peut pas revenir en arrière, seule la mort peut annuler ce pacte.
- Donc en gros, d'après ce que j'ai compris... je suis l'objet de Dead maintenant.
- Non, sa propriété.
- Elles ne disent que ça au sujet de la morsure, enfin, c'est tout ce que je sais.
- Non.
D'accord...
Jacob soupire.
- Ça ne vous concerne plus désormais Faith, ne ressassez pas le passé, Louis a déjà bien assez
souffert.
Permettez-moi de rire.
- Alors vous ne savez pas réellement ce qu'est souffrir OK ! Moi j'ai dû coucher avec ce connard.
Vous voulez voir les dégâts ? Arrêtez de le défendre un peu en disant : « le pauvre il a souffert par le
passé », Louis n'est pas le centre du monde. Moi aussi j'ai souffert, et vous aussi certainement et vous
ne vous permettez pas tout.
Je me tais, et mon regard se porte à nouveau vers la vitre. Les lumières m'aveuglent un peu. Jacob ne
dit rien non plus, et je me demande pourquoi j'essaie encore de discuter.
- Pourquoi vous leur portez une telle admiration ? Vous oubliez ce qu'ils ont fait.
Jacob se tourne vers moi, le regard triste soudainement. J'ai dû heurter un point sensible.
- Vous n'en savez rien, vous n'étiez qu'une gosse quand le changement s’est produit, vous n'avez pas le
droit de critiquer des hommes, qui ont su garder un semblant de bien dans ce monde !
Je remarque que les mains de Jacob se serrent sur le volant. Est ce qu'il va encore parler ? Est ce qu'il
va être sincère pour une fois ? Au moins une ?
- On est arrivés.
Un grand immeuble d'une cinquantaine d'étages se dresse devant nous. Il est tout de verre et de
fenêtre, on dirait plutôt un quartier regroupant des sociétés plutôt que des vampires célèbres.
Je me tourne pour voir à qui peut s'adresser Jacob, je n'ai vu personne arriver, et ce n'est pas à moi
qu'il va dire ça, puisque je sais très bien où l'on va et qu'on est fâché.
- Le gardien de l'immeuble.
***
Jacob, ainsi que deux autres personnes, m'aident à sortir mes "valises". Louis n'est peut-être pas venu
ce matin, il s'était enfermé dans son bureau à double tour, de la musique classique en sortait, mais il
avait quand même laissé des ordres.
J'ai eu droit d'emporter ce que je désirais dans ma chambre, vêtements, livres etc. Tout était à moi.
Quand Jacob m'a annoncé ça, ma première réaction a été de rire, rien n’est à moi, je ne suis plus rien.
Ce n’est pas ce que le vampire a dit quelques nuits auparavant ? Il commence à se contredire !
Au fond de moi, je suis déçue, même si je hais cet homme plus que tout, que je le détesterai encore
des années dans le futur, j'aurais aimé des explications approfondies sur certains détails. A
commencer par lui.
Il aurait pu me parler sincèrement pour une fois, surtout que d'après ce que j'ai compris, je n'étais
plus "rien" pour lui et certainement plus sa compagne.
J'aurais aimé comprendre qui était Louis Stanhope, le vampire aux deux visages, malheureusement, je
n'en saurai rien, puisque même Jacob se mure dans un silence impressionnant quand il s'agit de son
boss. Et concernant Dead, j'en veux à Louis d'avoir fait autant d'insinuations, sans rien me dire de
plus, j'ai l'esprit perdu, je me demande avec qui je vais vivre encore.
Je marche un peu en retrait. Je n'ai pas envie d'y aller, j'y vais à reculons. Plus faux jeton tu meurs.
C'est vrai que l'un des deux "portier/bagagiste" à l'air jeune. Le deuxième, lui marche à côté de moi,
en silence, me dévisageant de temps en temps. Il est incroyablement pâle.
- Monsieur Creaving m'a donné un nouveau poste dans l'immeuble, je suis ravi, je peux désormais
payer mon loyer et mes taxes, sans souci.
J'avais presque oublié ces horribles dettes. Chaque humain doit payer des tas d'impôts, surtout un :
après la taxe d'habitation, voici l'impôt sur le droit de vie et de condition. Tu payes, t'es tranquille, tu
ne payes pas, gare à ton cul !
- Eh Bien, cet homme est vraiment généreux, termine Jacob quand nous arrivons devant l'ascenseur.
Pour l'instant l'endroit est plutôt lugubre. Le parking est froid et sombre, rien de très rassurant. Je me
demande si je ne vais pas atterrir dans une sorte de manoir hanté, version vingt étages en plus avec
vampires, toiles d'araignées compris.
Le jeune homme qui parlait avec Jacob se tourne vers moi. Il me tend sa main couverte d'un gant
blanc, il est classe.
Je tends ma main et serre la sienne, le jeune me sourit. Mais putain ils sont tous sous stupéfiant, les
personnes qui travaillent pour des vampires ?
- Ravi de vous rencontrer, je suis Timothy, le majordome de l'immeuble, celui qui ne parle pas, c'est
Roan, le portier. Il est nouveau.
- Nous sommes à votre entière disposition ici et nous sommes ravis de compter enfin une compagne,
dans les locaux du patron, reprends le Timothy.
Ma date de naissance ?
- Je crois que c'est votre date de naissance non ? Monsieur Creaving a pensé que ça n'allait pas être
difficile à retenir.
- Effectivement...
- Monsieur Creaving habite le dernier appartement, c'est l'un des plus beaux. (Je remarque les
manières du jeune homme et je souris, une première en 24 heures, Timothy doit certainement trouver
son patron à son goût, pour vanter a ce point ses mérites) Il a même accès au toit, ainsi qu’un
magnifique salon avec vue sur le parc et la ville.
Waouh, c'est fou comme je me moque de le savoir. Il pourrait vivre dans un château sur l'eau, avec
des murs en miroir, je n'en aurais rien à faire non plus.
La richesse m'exaspère.
- Vous allez aussi avoir à votre disposition une clé, qu'il faudra insérer dans l'ascenseur pour entrer,
peut-être un autre garde du corps (Timothy montre de la main Jacob, il continue de compter ce qu'il
me donne comme information) un téléphone aussi avec les numéros important, ah et j'allais oublier,
une voiture ! Bref, vous n'allez pas vous ennuyer et ce n'est que le début. Je reviendrais vers vous
pour d’autres détails.
Je hoche la tête, je préfère rester de marbre. A l'inverse de Timothy qui a l'air surexcité, ce que j'ai du
mal à comprendre.
Le ding de l'ascenseur résonne, les portes s'ouvrent, et je serre la mâchoire pour ne pas paraitre
bluffée par ce que je vois.
On est directement dans l'appartement, et c'est pire que chez Louis !
Putain oui !
Nous sommes à l'entrée d'un hall qui ouvre sur le salon salle à manger. Timothy et son bras droit
posent mes affaires. Je m'avance un peu, hypnotisée par la vue, c'est magnifique. Je crois qu'on a
presque droit à un angle de 120 degrés, la ville éclairée donne un rendu incroyable à cette hauteur ;
loin de la pollution on touche presque les nuages noirs, qui empêchent les rayons du soleil de passer.
Cela fait longtemps que je n'ai rien admiré d'aussi beau...
- Bonjours Faith.
Je me retourne brusquement, rompant le contact de ses doigts sur ma peau brûlante. Le charme de la
vue de New York s'estompe, et laisse place à une colère noire contre Dead. Il va prendre cher, Louis
étant resté planqué comme un ours dans sa grotte, je n'ai pu lui dire ce que j'avais réellement sur le
cœur.
Est ce qu'il me reste un cœur d'ailleurs ?
Je l'ignore, je ne ressens plus rien à vrai dire. C'est froid à l'intérieur de mon corps, je ne sens plus
cette flamme, ce petit truc qui me rendait spéciale. Ces cinq dernières années, je n'ai pas franchement
été d'une compagnie agréable, j'étais différente, la faute aux vampires. Quand j’ai atteint l'âge requis
pour devenir une esclave, tout a changé. Je vivais dans la peur, la crainte. Une part de moi est morte
dans cette lutte.
Le vampire esquisse un sourire sur son visage d'ange, ses yeux bleus se mettent à pétiller, il me
regarde.
- Aucun problème, vous ne me dérangez pas. (Il se tourne vers lui) Un verre ?
Je me tourne à mon tour et constate que Timothy et son acolyte sont partis. Waouh, côté discrétion, ils
assurent !
- Avec plaisir, vous êtes le bienvenu, et Jacob, dites bien à Louis que je prendrais soin d'elle… Dites-
lui aussi que j’ai bien lu ses notes.
Jacob hoche la tête, il me lance un dernier regard. Je sens que je ne sais pas tout, et je mets de côté les
notes auquel Dead fait référence. Je me contrefiche de leurs histoires, il n’y a que les miennes qui
comptent.
- A bientôt.
Dead le raccompagne, je le suis. Il a l'air d'être un hôte plutôt charmant. Mon nouveau "maître" se
tourne vers moi une fois que Jacob est parti, un sourire sur ses lèvres. Ma langue se délie, dès que les
portes de l'ascenseur se referment.
- T'es un connard !
Dead s'appuie contre le mur de l'entrée, les bras croisés, le regard fixé sur moi, j'ai l'impression qu'il
s'amuse de la situation. Pas moi en tout cas !
Je croise rapidement ses yeux bleus envoûtants, je vais les ignorer, il faut que je me concentre sur son
nez ou la naissance de ses cheveux mais pas sur ce qu'il y a autour, sinon je suis fichue. Ce beau brun
pourra alors faire ce qu'il veut de moi, ce qui n'est pas acceptable. Désormais je ne me laisse plus
faire par cet homme ! Il m’a eue une fois, il ne m’aura pas une deuxième.
Je sens le défi dans ses yeux, ce regard lourd, celui que je ne dois pas croiser. Ce qu'il dit n'est pas
faux, ou du moins ça ne l'est pas encore.
- Qui me dit que toi non plus, tu ne viendras pas m'en mettre une ?
Dead remue des épaules. Il me lance son célèbre sourire, le même qu'il a adressé à la foule lors de
son discours, je ne suis pas l’une de ses admiratrices.
- Comment ça "je ne suis pas comme ça" ? Ça ne veut rien dire pour moi !
- Fais-moi confiance.
Je ris, ça doit être nerveux, en fait, je suis nerveuse, il me met mal à l'aise, il a l'air si sûr de lui, si
paisible. Il se moque de moi en me demandant de lui faire confiance ? La seule fois où j'ai daigné
naïvement lui accorder, j'en ai payé le prix fort, des mains de Louis. Je ne commets pas deux fois la
même erreur.
- Alors là tu rêves !
Je m'appuie contre le mur, en face de lui. Sous l'effet de la colère, j'ai l'impression que mes membres
inférieur tremblent.
Un poussé de haine m'envahit, je romps toute promesse de ne pas le regarder, tant pis si j'en viens à
bégayer, je ne peux pas laisser passer ça !
- Ne m'appelle pas "mon ange" sale connard égocentrique ! Je ne suis pas ton ange merde ! T'es pire
que l'autre ! Pourquoi tu m’as voulue hein ? En fin de compte, tu es comme tout le monde ! Tu veux
une poupée et une esclave ! Salaud ! Je te déteste !!
Je serre les poings en le dévisageant, je suis dans une rage folle. Son comportement, sa manière de
me parler, je n'arrive pas à le supporter. Il ne réalise pas ce qu'il a fait ! Ce qui m'est arrivé par sa
faute !
- Non je me disais que c'était plus sympa d'avoir une vraie femme à la maison.
- Je ne suis pas ta FEMME ! Et arrête de dire ce genre de conneries c’est agaçant, on dirait que tu te
moques de moi !
Dead éclate de rire, je suis outrée, je suis vraiment un divertissement pour lui ? Je tiens ce rôle-là
depuis le début ? Depuis le jour où l'on s'est rencontrés lui et moi ?
Je soupire, je ne cesse de me faire manipuler depuis que je suis entrée dans ce cercle démoniaque,
entourée de vampires et de menteur. Où est passé mon sens de la persuasion ? Ah oui, il est parti il y a
une nuit, dans les veines du suceur qui me regarde et joue avec mes nerfs.
- Oh si "poupée", tu es peut être mon esclave dans les « formes » mais tu es avant tout une femme qui
habite chez moi et avec moi. (Son regard glisse le long de mon corps, je remarque que ses crocs
s'allongent) et avoir une beauté dans mon lit...
Salaud ! Les mots manquent soudainement à mon vocabulaire, mon esprit se concentre sur des tas
d'images érotiques provoquées par sa phrase.
Un lit, le noir d'une nuit de décembre, son corps nu contre le mien, OK stop ! Je secoue la tête,
comme pour chasser ces idées, hors de question d'y penser.
Mais c'est bien la première fois depuis longtemps que tu te laisses le droit de fantasmer Faith ! C'est
« interdit » d'habitude ! Surtout après ta dernière nuit avec Louis !
Waouh ! Je me mets à délirer ces derniers temps, j'entends des voix, je fais des rêves étranges, je me
parle toute seule... Allô docteur mon cas devient grave !
Je tente de me ressaisir, et de rétorquer, suite à cette allusion plus que douteuse.
Non il ne me fait pas d'effet !
- Tu ne me toucheras pas, je ne te laisserais pas faire tu... (Dead me regarde, sourire aux lèvres, je
l’amuse j’ai compris !) Han tu m'énerves ! Arrête de sourire bêtement, arrête de me regarder comme
ça ! TU M'ENERVES DEAD !
Il continue, ajoutant au passage un clin d'œil, ce qui finit par me faire sourire malgré tout, cet homme
sait comment manier les gens, il m'énerve à me faire oublier si facilement, tout ce que je lui reproche.
C'est injuste franchement !
Dead lève les mains en signe de défense.
- OK, OK, je ne te toucherai pas, tu me supplieras avant, ne t'en fais pas. J'avoue que te regarder
rougir de colère me fait bander mais bon, puis que je t'énerve…
- Arrête !
- Que j'arrête quoi ? Je ne fais rien ! On discute, si je n’ai même plus le droit de parler.
- Justement arrête !
Dead rit à nouveau, je crois qu'il vient de faire son quota d’abdos de la semaine avec moi.
- Donc je disais, c’est un honneur pour moi de t’avoir, tu seras une veine à portée de main. Mais on
prendra notre temps, la route est encore longue pour en arriver là, je ne voudrais pas que tu fasses
quelque chose qui…
- Tu es gay ?
Le mâle se liquéfie, je crois que je viens de toucher un sujet sensible. Virilité, tu les tueras tous !
- NON !
Dead vient s'écraser contre moi, son corps bloquant le mien contre le mur gris. Je sens contre mon
ventre une douce pression. Il m’a coupé les mots, je suis surprise.
- Je te mets le doute beauté ? (Son souffle à mon oreille me provoque des frissons) Tu veux que je te
prouve que ce que tu penses est totalement faux ?
- Arrête.
- Tu ne sais pas...
Dead s'immobilise contre moi. J'ai la tête tournée sur le côté, les yeux perdus dans le vide. Je vais
craquer s'il ne s'éloigne pas. Pourtant, nous avons déjà été proches, je l’ai déjà senti près de moi,
contre moi, et je ne lui ai jamais demandé de reculer.
Tout est différent à présent.
- OK.
Sans discuter il s'éloigne et je souffle. Ma main vient soutenir ma poitrine, je sens mon cœur qui bat à
tout rompre. Mes yeux me piquent, je pense que mes jambes ne vont pas tarder à me lâcher.
C'était... de trop.
Je respire plusieurs fois avant de jeter un regard à Dead, qui est en train d'ouvrir les boutons des
manches de sa chemise grise.
- Est-ce que la phase "je te déteste, je ne suis pas ta poupée, on ne dormira pas ensemble, tu
m’énerves" est terminée ? Parce que j'ai quelque chose à te montrer.
J'observe sa main, puis ses yeux, faisant un aller-retour interminable. Mon regard ne cesse de fixer
ces deux armes redoutables. Des mains capables du pire comme du meilleur, mais un meilleur que je
ne veux plus connaître désormais, non, je ne veux plus. Et des yeux envoûtants qui me feraient
changer d'avis, en moins d'un dixième de secondes.
Il est un danger pour moi, j'ignore s'il est plus dangereux que le précédent, mais je sais qu'il a
beaucoup plus d'influence que Louis. Pourquoi ? Je l'ignore.
Regarde dans ses yeux, et tu sauras.
- Je ne t'emmènerais pas dans une chambre pour te battre Faith, si c’est ce dont tu as peur.
Si ce n'était que pour recevoir des coups, qu'on m'avait conduite dans une chambre... J'hésite à saisir
la main qu'il me tend.
- Allez viens.
- Dead, je...
- Non mais...
- Je ne te l'ai pas demandé. Tu l'enlèveras toi, au moment voulu, et puis je ne couche pas dès le
premier soir mademoiselle Wilkins. J'ai des principes… et pour tout à l’heure, je ne faisais que
plaisanter, rassure toi.
Ma main se fige dans la sienne, je n’ai pas remarqué qu'elle avait bougé. Les doigts de Dead se
referment lentement sans trop de force autour des miens, son pouce dessinant des petits cercles sur le
dessus de ma paume. C'est apaisant. Mais comment a-t-il su pour mon nom ? Et ma date de naissance ?
- Alors tu viens ? Je ne te traînerais pas, je te préviens, ta mère t’a faite avec deux jambes, c'est pour
que tu t'en serves !
Un petit sourire naît sur mes lèvres, et meurt au contact des doigts du vampire.
- Non.
Je le coupe.
Je relève un sourcil, je ne vois pas la différence. Sourire est à la portée de tout le monde, c'est comme
pleurer, il suffit d'un rien pour déclencher ce sentiment.
Nous commençons à marcher en direction du salon que j'ai pu apercevoir rapidement.
- Suis-moi et tu verras.
- Tu changes si rapidement d'humeur... je ne sais pas comment te prendre. (Dead se ressaisit) mais ne
t’en fais pas, je trouverai.
- Ouais, comme beaucoup de choses je pense. Très bien, miss, je vais te dire où je t’emmène
puisqu’on n’a pas le droit aux surprises : je vais te montrer ta chambre.
Ma chambre ?
- La mienne ?
Je lève les yeux au ciel; cet homme n'a rien pour me plaire, il est arrogant, malicieux et moqueur,
énervant, et par-dessus tout, bien décidé à me mettre dans son lit. Chose qui ne pourra jamais se
produire, j'y veillerai bien... mes démons aussi.
***
Blanche, moderne avec une vue sublime sur la ville et un lit King seize, la chambre que je vais
occuper me plait. Simple mais avec de grandes possibilités à exploiter. Ce n’est qu’une chambre de
toute façon !
Dead m'a rapidement montré les lieux, enfin seulement les pièces qu'on a croisées et qui mènent
jusqu'ici.
Il n'est pas resté, il ne s'est pas dévêtu, ne m'a frappé. Il est resté souriant et maintenant, il me laisse de
l'intimité. Qui est-il ? Qu'est-ce qu'il veut ?
La voix de Louis résonne dans ma tête, et me fait entrer dans une colère noire, c'est instinctif avec lui.
Je fixe la valise posée sur le lit, depuis quelques minutes déjà. Je l'ai ouverte pour ranger quelques
bricoles dans l'armoire dressing à ma disposition.
Dead aussi est passé par là, elle est pleine. A moins que ce ne soit Timothy, cela ne m'étonnerait même
pas ! J'imagine mal un homme comme Dead se balader dans des magasins de vêtements féminins.
Je soupire, debout devant ma valise. Le livre de l'auteur sous les yeux, je le dévisage. Il mériterait de
passer par la fenêtre, le reste d'ailleurs aussi, me défouler me ferait un bien fou. Louis n'étant pas là...
Je fixe les vêtements, puis la fenêtre, et sans réfléchir je saisis le tout dans un accès de folie. Un
courant d'air froid fait claquer la porte quand la vitre s'ouvre, j'entends les bruits de la ville. Je prends
une partie du tas de vêtements de marque posés au sol, que j'envoie se faire mettre par la fenêtre. Si
seulement cela pouvait être lui...
Je sursaute quand j'entends la voix ténébreuse de Dead. Prise sur le fait, je me sens un peu ridicule.
- C'est à toi ? me demande-t-il en montrant du doigt ce qui reste de la pile.
- Enfin bref, je ne sais pas si tu es installée mais... j'ai fait le dîner, c'est prêt.
Je le dévisage.
- Tu cuisines ?
Il sourit.
Apprendre à se connaître
- C’est pour ça que je reste ici.
Je sors de mes pensées, une nouvelle fois hypnotisée par la vue de la ville. J'aimerai savoir une chose,
c'est un moyen de séduction pour le propriétaire d'offrir un panorama pareil ?
Parce que si je n'étais pas moi et si Dead n'était pas ce qu'il est et que nous ne vivions pas dans un
monde comme le nôtre, j'aurais été conquise. Mais comme on dit, avec des si on refait le monde, sauf
que dans mon cas, même avec des "si" on ne pourrait pas changer grand-chose. Il faudrait une tonne
de Blanco pour recouvrir toute la merde, que ses sangsues ont répandue durant plus d'une décennie.
Je me tourne vers Dead qui vient à ma rencontre avec deux verres de vin en main.
- Ce n'est pas une vue, mais LA vue. L'une des plus belles de New-York.
- Certes, c'est peut-être la vue la plus belle de New-York mais qu'est-ce que toi, un vampire de ton
rang, fiche ici ? Ce n'est pas franchement le quartier le plus...
- Riche ? Luxueux ? Certes, il n'est rien de tout ça, ici, deux trois immeubles d'une cinquantaine
d'étages se confondent parmi les plus grands, à l'autre bout de la ville, et c'est ce qu'il me plaît.
Je suis tranquille ici, avec MA vue. Le luxe ne m'intéresse pas.
Je lève les yeux au ciel, ça aussi, nous le disons tous. Dead doit avoir de sérieux problèmes de vue,
s'il ne considère pas que son appartement est luxueux.
- Peut-être, mais...
- Mais je suis un vampire, et je devrais forcément vivre dans le quartier que vous, cher humain, aimez
appeler "résidence des suceurs" d'après toi ? Et bien tu te trompes Faith, je ne suis pas comme Louis.
J'aime le calme et la solitude.
Je lui prends des mains en soupirant. J'ai vingt-cinq ans, j'ai largement l'âge de boire et de me saouler.
Le seul hic, c'est que étant donné que j'ai grandi dans les bas-fonds de l'enfer de cette ville, découvrir
les méfaits de la bière et du vin, n'étaient pas mes priorités.
- J'adore les femmes qui n'ont pas d'humour, avec elles on ne s'ennuie jamais.
Faux ! J'aime plaisanter, mais seulement avec des humains. Je n'ai que de la haine envers les vampires.
Je finis d'une traite mon verre, peut-être que saoule, j'arriverai un peu à calmer mes nerfs.
Nos regards se croisent, ses yeux bleus renversants me dévisagent avec envie. J'espère que c'est
l'odeur de viande qui sort du four qui le met dans cet état et pas ma jugulaire trop bien exposée. Parce
que si c'est le cas, il va voir comment je vais le recevoir.
Dead s'éloigne vers la longue table en verre derrière nous, j'ai remarqué qu'il avait mis la table pour
deux. Je dois dire qu'il m'impressionne, je n'ai pas vu de domestique donc c'est lui qui cuisine, et qui
doit faire pas mal de choses. Ce vampire est bizarre, et je vais devoir vivre avec lui désormais.
***
- Alors ?
- Bien évidemment, on vit ensemble, il vaudrait mieux que j'en sache un peu plus sur toi. Et puis... (Il
me jette un clin d'œil) je ne te cache pas que je suis curieux.
Le dernier à qui j'ai dit que j'étais curieuse, m’ai fait payer le prix fort, alors... Je repose mes couverts
sur le bord de la table, exaspérée. A quoi on joue tous les deux ? Je n'ai pas envie de jouer la comédie
en faisant semblant de m'intéresser à lui, parce que je sais très bien qu’il se fiche royalement de moi.
Tout ce qu'il veut, c'est me mettre dans son lit, comme Louis, et se passer de poche de sang.
Ne fais pas que des généralités ! Si !
Dead fronce les sourcils, à son tour il arrête de manger et pose ses couverts dans son assiette.
- A quoi ça te sert d'être aussi glaciale qu'un putain d'iceberg ? Je veux bien qu'on soit en hiver, mais
quand même.
Je le foudroie du regard, j'en ai marre de ses questions/réponses. Il ne peut pas s'en empêcher et moi,
je ne peux m'empêcher de trouver ça énervant. C’est parce que je lui en veux.
- Alors ? A quoi ça te sert Dead ? Qu'est-ce que ça peut te foutre de savoir si je suis née ici, ou
combien j'ai eu de frères et de sœurs, pour ensuite me sucer le sang ?! Tu n’as pas besoin de le savoir
!
J'ouvre les yeux quand j'entends sa voix plutôt que l’impact de sa main sur ma joue. Il ne veut que
parler. Je soupire soulagée, ce qui doit être mal interprété par mon voisin de table.
- Un, je ne suis pas Louis, (Dead lève et se met à compter au fur et à mesure de ses paroles) alors je te
prierai de ne plus me parler comme un chien, j'essaie d'être sympa avec toi, parce que je suis ravi de
t'avoir ici. Deux, il faudra que tu te fasses à l'idée qu'à mes yeux, tu n'es pas une esclave mais une
femme, et ma compagne (Je tente de le couper, mais il lève la main) d'accord, on est peut-être pas en
couple pour l'instant, mais pour les autres si, et de ce fait, je dois te connaitre, j'ai envie de te
connaitre. Et de trois... (Son visage se détend soudainement) je n'ai pas de trois pour l'instant. On
instaurera les règles de vie commune de la salle de bain, plus tard.
Je souris à sa blague, malgré tout. Il a le don de me faire changer d'émotion en quelques secondes,
avec seulement des mots. Pas de doute, encore un qui ne s’est pas trompé en faisant de la politique.
Parler aux gens est un domaine qu'il maîtrise à merveille.
- Ah je savais que tu avais de l'humour, faut juste te stimuler. Mais ne t’en fais pas, les premiers temps,
ce sera chacun son tour.
Je le dévisage surprise, soudainement, je manque de mots, je ne sais pas si c'est dû à l'allusion qu'il
vient de faire ou... à lui tout simplement.
Je reprends la découpe de mon morceau de viande, à vrai dire, voir ce bout de steak saignant dans
mon assiette, me donne la nausée !
- Alors ?
Je lève les yeux au ciel, il ne lâchera pas je crois, mais c’est amusant de voir autant d’obstination chez
quelqu’un.
- Bon, si tu veux on fait comme dans les films, je parle, tu parles, fifty, fifty. Romantique non ?
Je finis mon verre de vin, je ne sais pas combien j'en ai bu ce soir, peut-être deux, ou trois, bien que
ma colère soit profondément ancrée en moi, je ressens une sorte de détente intérieure.
L'alcool mon ami ! Je glisse sur un terrain dangereux.
- Un autre verre ?
Dead se met à remplir mon verre, sourire aux lèvres, c'est exactement ça !
- Quand on voit ce que ta race a fait, je ne peux que te croire ! Le progrès est votre domaine.
De nouveau mon verre vient à la rencontre de mes lèvres. Dead s'arrête de manger, repousse son
assiette et prend son verre à son tour, appuyé contre le dossier de sa chaise, il me regarde l'air sérieux
soudainement.
Ah ça !
- J'ai vu juste donc. (Il se tait quelques instants) et pourquoi c’est un problème ? C'est parce que je suis
différent de toi ?
Je me mets à rire. Alors là, il touche l’un des sujets les plus sensibles à mes yeux, ce n’est pas bon. Je
vais perdre mon semblant de calme, et avec l'alcool je ne promets rien de très sympathique.
- Arrête tout de suite avec le sujet "je suis différent, c'est pour ça que tu ne m'aimes pas"
- Tu m'aimes alors ?
- NON !
Je le foudroie du regard. Il rêve ! Jamais je ne pourrais tomber amoureuse d'un vampire, c'est...
impensable. Rien que de l'entendre j'en fais de l'arythmie. Quand ça le concerne lui ?
C'est encore pire, il a su me manipuler dans un moment de pure faiblesse alors que j'étais une femme
blessée. Alors certes, il l'ignorait mais quand même ! Je n'arrive pas à supporter son aveuglement.
Je reste bouche bée devant son assurance, il maitrise l'art de répondre du tac au tac. C'est énervant.
- Alors ?
- Hum... je les aime comme ça les femmes, chaudes et virulentes. Faith tu me plais de plus en plus !
J'en arrive même à passer outre le fait que tu sois brune.
- Arrête !
- Arrêter quoi ?!
- Mystère.
- Alors, je te dis ce que j'ai contre les brunes et tu me dis ce que tu reproches à mes crocs, ensuite on
parlera fifty fifty. Marché conclu ?
- Non.
- Oui ! Je me fiche bien que tu n'aimes pas ma couleur de cheveux ! C'est puéril !
- Comme ton comportement bébé, à ne pas vouloir parler. Faith, c'est trop tard, tu es liée à moi, il
fallait réfléchir avant de me laisser faire !
Je me lève d'un bon de ma chaise, manquant de trébucher en arrière. Alors là, il va trop loin, qui a
planté ses crocs dans ma gorge ? Il ne m'a pas laissé le choix, puisqu’avant qu’il le fasse, j’ignorais
ses intentions, il m’a dupé. J’éclate d’ailleurs, dans une colère noire.
- TE LAISSER FAIRE ! BON DIEU CE QUE TU ES CON DEAD ! TU NE M'AS PAS LAISSE LE
CHOIX ESPECE D'IMBECILE !
TU M'AS SEDUITE, TU M'AS DUPEE ! TU M'AS DESORMAIS ! QU'EST CE QUE TU VEUX DE
PLUS ?! MON CORPS ?
AH NON CA TU NE VAS PAS TARDER A L'AVOIR AUSSI ! MON SANG ? AUSSI ! QU'EST CE
QUE TU VEUX MERDE !
Dead encaisse mes cris sans bouger, il reste assis sur sa chaise, stoïque, sans rien n’ajouter. Il fait
bien.
Je commence à marcher dans le salon, ma tête tourne, j'ai les nerfs et la peau à vif.
Je n'aurais pas dû boire, quel erreur ! Je m'énerve encore plus et je suis irritée. J'ai des envies de
meurtre, j'ai envie d'effacer ce qui me ronge à l'intérieur, tout ce mal, tout ce qui m'a blessée et laissé
des cicatrices.
Je suis en colère, je lui en veux s'il savait... Tellement. C'est encore pire sachant qu'il ignore
réellement, ce dont son ami est capable, ce qu'il m'a fait. Il m'a détruite et a construit de ses mains
violentes, une personne méchante, en colère, digne de ce qu'il est.
Je ne me reconnais plus, je ne connais plus ce corps meurtri, plus rien... Je suis si différente
maintenant.
Deux mains se posent sur mes épaules, me faisant gémir, son contact est comme de l'huile sur un feu
brûlant. Il fait mal et enflamme ma peau de la pire des façons.
Je t'en supplie.
Sentir son corps derrière le mien, savoir que c'est un homme, un vampire, qu'il est grand, beau et
puissant, qu'il n'y a personne d'autres que nous, savoir que mes cris et mes deux petit bras
n'empêcherai rien s'il voulait abuser de mon corps. J'ai peur soudainement. Vraiment très peur, et sa
présence, si proche n'arrange rien.
La dernière fois que j'ai hurlé, on m'a frappée. Je ne connais pas Dead, je ne peux pas être à l'aise,
j'attends le premier coup, j'attends.
- Faith ?
Ne parle pas je t'en supplie ! Ne me dit pas quelque chose de gentil, sinon, je vais craquer et pleurer.
Son souffle chaud contre mon oreille me provoque des frissons. Je ferme les yeux, il faut que je reste
zen, que je me détende, il ne faut plus que j'y pense...
Je me raidis quand ma chevelure glisse sur mon épaule.
- La dernière brune qui a partagé ma vie a essayé de me castrer durant la nuit. Apparemment, je ne
devais pas être à son goût. Peut-être trop bon.
Un petit sourire nait sur mon visage, un vampire comme lui sans ce qui le définit ? Quel crime ! Il
retire ses mains et je me détends un peu.
- Oui.
- Je vois que l'idée de me savoir impuissant te plairait, je vais peut-être m'enfermer à double tour, la
nuit.
- Ça ira Faith, un jour, tu finiras par avoir confiance et ce jour-là, tu arrêteras d'être en colère.
Je ne sais pas.
- J'aimerai tellement savoir pourquoi tu me détestes. Tu ne vois pas ce que ce que j'ai fait, c'était pour
toi. Qu’est-ce que j’ai fait ? Comment réparer mon erreur, si tu ne m’expliques pas la raison pour
laquelle tu me hais ?
- Je ne peux pas Dead, c'est tout. Je n'arrive pas à accepter ce que tu as fait.
Je ne supporte pas de savoir que je suis à toi après avoir autant souffert pour ce que tu as fait.
Il se rapproche davantage.
- Justement, tu ne sais pas ce que j'ai fait. Mais laisse-moi une chance de te parler, de te connaitre et tu
sauras que je suis différent des autres.
***
- Faith ?
Je sors de mes pensées, les yeux rivés devant la télévision depuis que je me suis levée, je somnole,
j’ai du mal à sortir du sommeil.
Pourtant, cette nuit et depuis que je suis ici, personne n’est venu me déranger. Je me tourne vers Dead,
il est debout, prêt du canapé en train de mettre des boutons de manchettes. Il est habillé, et fraîchement
rasé, je sens l’odeur de l’après-rasage.
Il me regarde et attend ma réaction. D’accord, il va partir, il doit aller travailler c’est normal.
- D’accord.
- Tu es en colère encore ?
Non je ne suis plus en colère, je suis juste fatiguée, et j’aimerai être un peu seule.
- Je le suis moins.
- D’accord… (il me montre le portable que m’a laissé Timothy hier, cela fait deux jours que je suis
ici, je ne l’ai pas encore touché) Il y a mon numéro enregistré dessus, ainsi que celui de Jacob, de
l’accueil et celui de mon bureau. N’hésite pas en cas de besoin.
Je hoche la tête, l’information est en train de se mémoriser, j’ai du mal depuis que je suis arrivée. J’ai
l’impression d’errer dans cet appartement. Mes nuits sont remplies de cauchemars, depuis mon départ
de chez Louis, je suis mal. Je n’ai pas envie de parler et Dead l’a remarqué.
Je suis navrée d’être une loque.
- D’accord, je réponds
- Ça va ?
- Va te recoucher alors, tu n’aurais pas dû te lever en même temps que moi. C’est tôt cinq heures.
Il sort de la poche de sa veste une montre qu’il accroche à son poignet gauche.
- D’accord… Faith ?
- Oui ? murmuré-je.
Pourquoi ?
Je me force à sourire pour lui répondre, à vrai dire, après l’horrible nuit que j’ai passé, j’ai envie de
me retrouver seule.
- Ça ira.
J'ouvre les yeux, le noir, le froid, et cette affreuse odeur de sang. Où suis-je ? Je l'ignore. Mes yeux ne
distinguent rien dans cette pénombre, je suis rendue aveugle par l'obscurité, je ne me situe pas. J'ai
comme une impression de vide. Est-ce que je tombe dans le vide sans m'en rendre compte ?
Suis-je debout ? Assise ? Allongée ? Est-ce la vraie vie, ou ce monde que tant de scientifiques aiment
appeler le subconscient ?
Un grincement.
Je me raidis, je n'arrive pas à distinguer d'où il provient, ni même si c’est vraiment un grincement
que j’ai entendu. Je tente de me redresser, mais j'ai l'impression que tout bouge en même temps.
Comme si mes mouvements dépendaient de l'endroit où je me trouve. Ma main glisse sur quelque
chose de doux, j'essaie de la ramener à mon corps. Mais elle ne bouge pas. Une pression autour de
mes poignets, je comprends que je suis attachée. Mon cœur se serre, l'angoisse d'une triste vérité
m'envahit. Je suis dans mon ancienne chambre, attachée au lit.
Des pas
Silencieusement, comme je ne le fais jamais, je me mets à prier, pour que quelqu’un m'entende, me
vienne en aide. Pour qu'une puissance en haut m'entende et me libère du mal qu'on me fait vivre.
Un murmure.
Une caresse.
Je frissonne, et tente de toucher ma cuisse, là où les doigts viennent de glisser sur ma peau brûlante.
Ça pique.
Un grincement, des pas,
Je tourne la tête dans toutes les directions, espérant croiser la personne qui me met dans un tel état.
J'ai peur, très peur. Je ne comprends rien.
Un murmure, une caresse, le froid.
J'ai envie de hurler, mais aucun son ne sort de ma bouche, mon cœur accélère. J'ai envie de fermer les
yeux, mais rien ne se ferme.
La peur
- Je suis là.
***
- Faith !
J'entends un cri par-dessus les miens. J'ouvre les yeux, et hurle à nouveau en découvrant ces prunelles
aux âmes vivantes.
Dead me secoue, mais je continue d'être dans cette transe. Je ne distingue toujours pas le vrai du faux,
la réalité de l'imaginaire.
Je ne vois que ses yeux. Ce visage, ce sang, je tremble, j'ai peur.
- Réveille-toi, tu rêves là !
Je tente de m'éloigner des bras qui tentent de m'aider. Ma vue est figée sur une image que je n'arrive
pas à défaire.
Dead.
J'éclate en sanglots, et malgré mon refus d'être dans ses bras, je me laisse aller. Je suis à bout, ce n'est
pas la première fois, ce ne sera pas la dernière. Quand est-ce que tout ceci s'arrêtera ?
- Ça va aller Faith.
Dead me serre contre lui, il me berce, et je pleure, longtemps, beaucoup trop longtemps.
***
Je sors de ma chambre vêtue d'un long gilet gris en laine, celui que j'ai adopté depuis mon arrivée,
qui remonte aujourd'hui à sept jours.
Il est chaud, élégant, et deux fois trop grand pour moi, mais je l'adore.
C'est l'esprit un peu embrouillé que je découvre un Dead torse nu, le nez sous sa hotte.
Immédiatement, je m'arrête figée par cette vision. Il a quitté son éternel costume d'homme politique,
pour une tenue légère... Vraiment très légère, et je remarque quelque chose que je n’avais pas vu
avant. Un immense tatouage tribal part de sa hanche droite, disparaît d'un côté sous l'élastique de son
pantalon de jogging, et de l'autre, contourne ses côtes et doit monter vers son épaule.
De loin, je ne distingue pas exactement les symboles et les diverses lettres glissées dans le dessin, il
est très beau. Le tatouage. Je fronce un peu les yeux, curieuse malgré tout, jamais je n'aurais pensé
qu'un homme comme Dead puisse se marquer la peau. Il est si élégant et raffiné, très bien "élevé", du
peu que je connaisse de lui, jamais je n'aurais cru qu'il possédait ce côté rebelle.
Une preuve de plus que les apparences sont trompeuses.
Je sursaute et détourne le regard, prise en flagrant délit de voyeurisme. Moi qui évite son regard
après l'épisode crise de nerfs. Je pense même que je commence à rougir.
- Salut au fait.
- Hum… Bonjour.
Je resserre les pans de mon gilet et marche vers le frigo, pour prendre la bouteille de jus d'orange,
sans adresser le moindre regard au vampire avec qui je vis.
D'un œil, je le vois s'appuyer contre l’îlot central de la cuisine. Toujours torse nu, un café à la main, il
m'observe comme je l’ai fait. Je le sens amusé.
- Non merci.
- Ça fait une semaine que tu n'as pas faim. Depuis ton arrivée.
Je soupire, non depuis la péripétie Louis, manger me dégoute. Je lie la faim avec ce qu'il est : un
vampire assoiffé de sang qui, comme un chien devant un os, bave devant une carotide. Et j'ai du mal à
oublier ce regard de prédateur affamé.
Une série d'images me traverse l'esprit, le visage sanglant de Louis. Ce sang...
De nouveau, je me raidis quand je sens le corps chaud du vampire à côté de moi. Il est à moitié nu, et
je ne suis pas tellement habillé non plus. C'est trop de proximité.
Comme cette nuit.
- On me les apporte, je veux bien savoir cuisiner, mais pas au point d'être un super pâtissier. Là, je
suis sûr de leur qualité, ils sont à tomber ! (il attend une réaction de ma part) Non ? Toujours pas ?
Pff, tu ne sais pas ce que tu manques.
Dead éteint sa plaque électrique et met le contenu de sa poêle dans une assiette. De mon côté, je vide
lentement le contenu de mon verre. Depuis mon réveil, j'ai un horrible goût de sang dans la bouche.
Comme cette nuit.
- Bien dormi ?
Je fixe le contenu orange sans grande conviction, en ignorant la question car je sais parfaitement qu'il
a la réponse. Franchement, je me demande comment fait Dead pour me supporter. En sept jours, je
n'ai fait que des phrases en monosyllabe, rougi quand il faisait des sous-entendus, sursauté quand il
s'approchait, vibré malgré moi quand il me frôlait et ri à ses bêtises. Si je devais faire un bilan, je
serais perdante à mes yeux.
Bien qu'il dise que je ressemble à un glaçon, j'ai la nette impression que les objectifs que je m'étais
fixé en arrivant ici sont oubliés. Finalement, je ne suis pas invivable, je ne vis pas tout simplement.
Jamais je n’aurais cru que partir loin de mon bourreau me ferait autant de mal.
Mais cette colère, elle, est toujours présente.
- Bien dormi ?
- J'ai entendu, pas besoin de répéter, on dirait un perroquet, je réponds avec calme.
Je quitte la contemplation de mon verre pour le regarder lui. Je me radis en une fraction de seconde
quand je croise ses yeux.
Ils sont bleus ceux-là Faith ! Pas verts ! Bleus ! Arrête de flipper !
- Oh ça, je l'avais remarqué, (il pose son assiette dans l'évier) tu ne l'es pas non plus, à 10h, ni à midi,
à deux heures c'est toujours pareil, en fin d'après-midi aussi, et peut être que le soir, tu t'autorises un
ou deux sourires en coin, mais ça doit certainement être la fatigue.
- J'arrive à t'énerver ! C'est déjà un bon point. (Il ouvre le frigo et prend à son tour, la bouteille de jus
de fruit) Non, sérieusement Faith, ça ne m'a pas plu, ce que j'ai vu cette nuit, j’ai le droit d’être un
minimum ironique.
Dead se tourne vers moi, et je me retourne. Je pensais échapper à cette conversation. Naïve Faith !
Ma respiration s’arrête, quand je sens son souffle dans mon cou. Il glisse le long de ma peau comme
une caresse, je suis partagée entre un sentiment chaleureux et une peur soudaine. Pourtant en sept
jours, je n'ai rien remarqué de violent chez Dead, je devrais commencer à me détendre un peu. Mais
rien n'y fait, je reste figée, je reste froide et apeurée, comme une enfant.
- Est-ce qu'on peut garder cette bonne ambiance entre toi et moi ? S'il te plaît, ne parlons pas de
choses fâcheuses.
- Pourquoi c'est fâcheux pour toi, de parler de tes problèmes ? renchérit le vampire.
Je m'écarte de lui et Dead me saisit par les hanches, je n'ai pas le temps de dire quoi que ce soit, qu'il
me dépose sur le plan de travail, assise, lui entre mes jambes. On dirait un enfant à qui on va faire la
morale.
- On va parler.
Je tente de descendre, mais il pose ses bras sur mes cuisses pour m’en dissuader.
- Non.
Nous nous affrontons du regard, je commence à trouver ce jeu amusant. D'une part, cela me permet
d'admirer ses yeux qui me font fantasmer malgré moi. Les siens m'hypnotisent, alors que d'autres me
terrorisent. Comment ne pas être perdue ?
- Je suis très patient, mais pour l'être, il me faut quelques réponses. Je ne te demande pas de m'avouer
tes pires secrets, ou tes pires fantasmes (il me lance un clin d'œil et je souris, ma colère contre lui
s'évapore à grande vitesse !) je veux juste savoir pourquoi depuis une semaine tu affiches des cernes à
faire peur, et que cette nuit je t'ai retrouvée, hurlant dans ta chambre.
Je baisse les yeux, je pourrais lui dire. J'ai bien pensé à lui dire pourquoi je suis comme ça ; plusieurs
fois, les mots sont venus, mais ma fierté les a stoppés. Au fond de moi, j'aimerais lui faire payer ce
que Louis m'a fait.
Pourquoi tu es comme ça Dead ? Pourquoi être si gentil ? Qu'est-ce que tu y gagnes ? Pourquoi tu n'es
pas comme les autres, c'est plus facile à combattre la méchanceté, la cruauté. Qui es-tu ?
- Je dors mal.
Magnifique réponse ça !
- Ensemble ? Oublie ça, fais comme si nous l’étions déjà, j'ai envie de t'aider et j'aimerais bien que tu
me parles. Je vis avec toi, alors on peut partager deux trois trucs.
Je l'observe longuement. Ce que je crains, c'est sa réaction si je lui disais la vérité. Toute la vérité. Je
pense mal le vivre s'il ne me croit pas, et j'ignore pourquoi, comme j'ignore beaucoup de choses à
son sujet.
- Ça marche.
Je soupire intérieurement, mais pourquoi tu n'as pas dit non ? Parce que je ne sais tout simplement pas
lui dire non !
- Alors ?
- Toujours beauté.
- Absolument, alors ?
Sans réfléchir, je lui envoie un coup de genou, Dead gémit en serrant les lèvres, bien fait ! Non mais !
Jamais il ne s'arrête de se moquer ?
- Bordel, c'était...
Je me mets à sourire.
- Monsieur Patience ?
- Vas-y, je t'écoute.
Il me regarde, le visage crispé, une main vers son entre jambe, j'y suis allée si fort que ça ? Tant pis.
Non pas tant pis !
Ses yeux.
Je me tais, puis le dévisage. Là, j'avoue être perdu il me demande de répondre à sa question, puis il
m'en pose une autre...
- Pourquoi....
- Tu n'arrêtes pas de les regarder, je sais qu'ils font flipper, même moi parfois, j'arrive à me faire
flipper.
- Flippant, c'est ce que je dis, je comprendrais qu'ils te fassent faire des cauchemars. J'en ai fait moi
aussi au début.
- Je trouve les tiens fascinants. Mais ce ne sont pas tes yeux à toi qui m'effraient, ni ta voix, ni ton
contact. Ce n'est pas toi le problème, c'est...
Ses yeux.
Je ferme les miens, je commençais à les sentir trop humide à mon goût.
- Viens.
- Laisse-moi entrer dans ton esprit pour voir ce qui te cause autant de mal. Laisse-moi t'aider.
Mes mots sont presque incompréhensibles, mais ça n'a pas l'air d'être très grave pour Dead.
Je m'écarte de son étreinte, les yeux pleins de larmes. J'en ai marre d'être devenue une merde. Le
silence règne, je me calme, sous ses yeux. L'horreur, moi qui voulais être un glaçon, c'est raté.
- Est-ce que tu peux me laisser gérer ça toute seule s'il te plait ? dis-je, au bout d’un moment.
- Non parce...
- Et pourquoi ?
Dead se tait, je pense qu'il doit chercher une riposte. Il sait que je n'ai pas tort, je ne mens pas
d'ailleurs, je n'arrive pas à parler à un parfait inconnu.
- J'ai 732 ans, je suis né quelque part dans l'ancienne Europe. Dead n'est pas mon vrai prénom.
Humain, j'avais peur de l'eau. J'ai longtemps eu les cheveux longs. J'adore regarder la télévision,
surtout le cinéma en noir et blanc. Je déteste manger mexicain (Une main vient glisser une mèche de
cheveux derrière mon oreille) et je déteste voir pleurer une femme.
Je suis surprise de cette confidence, pour le moins étonnante et très personnelle. Je n'avais exigé que
deux questions, je marche au fifty fifty.
- Quoi donc ?
- Ce soir, je t'emmène au restaurant, toi, moi, une rose et des pâtes à se damner. On parlera et tu
verras que je suis quelqu'un, en qui tu peux avoir confiance. Même si j'ai des crocs, même si je suis
une tête à claques trop sure d'elle. Et même si je suis ce que tu détestes, parce que je sais qu'au fond, tu
vas réussir à faire la différence entre moi et les autres.
J'hésite à répondre.
- Juste un oui.
- J'ai le choix ?
- Oui, mais...
- Bonne réponse.
Dead s'écarte de moi, et je me surprends à regretter cette chaleur sur mes cuisses. C'était réconfortant,
comme ses bras, cette nuit.
Je l'avoue.
- Non, aujourd'hui, j'ai prévu quelque chose avec toi, mais qui ne va guère m'enchanter. J’espère que
tu me pardonneras.
Je me raidis.
Ma voix tremble, je n’aime pas ce genre de phrase, elles ont le chic pour me mettre mal à l’aise, et de
m’inquiéter avant que la sentence ne tombe.
***
- Alors l'endroit ?
Je dévisage le tatoueur, je suis en colère. Je ne supporte pas l'idée de marquer mon corps, mais je n'ai
pas le choix.
Je n'ai jamais le choix de toute façon dans cette misérable vie !
Le vampire, qui est assis sur un fauteuil, dans un coin de la pièce, commence à perdre patience. Je le
sens, mais je n'arrive pas à me décider. Après tout, je n'ai jamais voulu de tatouage, et je dois me
décider en deux secondes ? Non c’est impossible !
- Oui, on est obligé ! Et non, je ne suis pas ravi non plus, oui ça m'énerve autant que toi Faith.
Finissons-en s'il te plaît !
Je jette un coup d'œil à Dead, j'ai tenté durant tout le trajet de le dissuader. Il m'a avoué qu'il détestait
l'idée de me marquer comme un chien, mais étant donné qui il était, il n'avait pas trop le choix, et moi
non plus. Évidemment, je suis folle de rage, j'en ai presque oublié notre petit interlude de ce matin.
Je regarde le tatoueur, il est très classe pour quelqu'un de son métier. Pas de tatouage qui dépasse de
sa chemise blanche, aucun piercing à vue d'œil. Est-ce que lui aussi est un vampire ? Depuis près
d'une demi-heure, je tente de croiser ses yeux pour en avoir le cœur net, mais rien. Le grand gaillard
est habitué à admirer ses chaussures.
- Vous ne pouvez pas me faire un tatouage qui s'en va au bout de deux mois ? Je reviendrais le faire...
(Pas de réaction de sa part, tant pis !) En bas du dos, je soupire.
- D'accord.
Le tatoueur m'indique comment m'installer et je m'exécute sans dire un mot de plus. Je suis tellement
en colère, que je me demande si je serai capable de parler correctement.
- Désolé beauté.
J'adresse un coup d'œil foudroyant à Dead. Je ne réponds pas, c'est bête mais je lui en veux. Derrière
moi, le tatoueur remonte mon t-shirt. Mes yeux se ferment quand j'entends le bourdonnement de
l'aiguille. Pour ça aussi, je me vengerai.
Chapitre 17
Conversation avec la Mort
- Tu es prête ?
La voix de Dead résonne à travers la porte de la salle de bains. Je n'y prête guerre attention, mon
esprit est occupé à autre chose
Comme sur l'horrible dessin en bas de mon dos.
Face au miroir, la tête tournée vers la glace pour voir cette marque, je sens les larmes me monter aux
yeux. C'est tellement injuste. Ma peau gravée à jamais, dans la honte.
J'ai retiré le pansement que le tatoueur m'a fait, je voulais voir l'étendue des dégâts et je n'aurais pas
dû finalement. Le dessin est noir, sans aucune couleur, si je n'étais pas en colère, j'aurais pu
reconnaitre le talent du tatoueur. L'aigle est moderne, symbole de l'Amérique, seul, j'aurais fini par
l'aimer, mais les trois termes qui l'accompagnent beaucoup moins.
Mais il y a le sang de Dead dedans, j’ai enfin su pourquoi on faisait tant l’éloge de ce tatouage,
l’encre est mélangée au sang du vampire. Une nouvelle façon de « marquer » différente de la
morsure.
Je relis encore et encore les mots, essayant de m'habituer.
- Aie !
Débilement, je touche, c'est sensible, et je déteste ça. Je déteste le tout en fait, ce putain de tatouage, ces
maudit suceurs, Dead qui n'a pas voulu contredire Monsieur le Président ! Mais pourquoi tant
d'injustice ?
Je saisis le sachet stérile, l'ouvre les mains tremblantes, le tatoueur a dit : couvrir le tatouage encore
une à trois semaines. Le bonheur quoi ! Je décolle la compresse d'une main, et tente de l'appliquer
contre cette marque d'un seul coup.
Je tente une fois de plus de coller le pansement d'une main, mais rien n'y fait, j'ai le bras trop court et
un angle réduit. Mis à part me tordre le cou et avoir un torticolis, je n'y gagnerai rien d'autre.
Ça me désespère de constater à quel point, je suis devenue quelqu'un de dépendant qui a constamment
besoin d'aide. Quand est-ce que je me suis perdue ?
Je soupire, et repose le pansement sur le lavabo. De nouveau face au miroir, j'observe ce reflet que je
ne reconnais plus. Je ne me suis jamais vraiment trouvé jolie, mais aujourd'hui mon apparence me
dégoute quand je sais ce qu'elle a pu inspirer. J'ai enfilé une robe noire à manches courtes, avec assez
de tissu pour cacher mes épaules, et s'arrêtant au-dessus des genoux. Elle est ample et cache tout ce
que je souhaite. J'entends la poignée de la porte s'ouvrir et Dead entrer. C'est impossible comme il
n'écoute jamais celui-là !
- Mais tu as besoin d'aide, d'ailleurs, j'ai bien fait d'entrer, tu fais n'importe quoi, beauté.
Je le regarde dans la glace, et me fige quelques instants dans sa contemplation, c'est injuste d'être
aussi beau et classe. Lui, ne m'adresse pas de regard chaleureux comme à son habitude, il est
concentré sur le bas de mon dos, et seulement là, pas sur mes fesses. Quoi que, vu son sourire, le
doute est permis. Je vais être mal à l'aise si c'est bien ça qu'il observe...
Sans me quitter du regard, il tend la main vers le rebord du lavabo et saisit le pansement à son tour.
Je tente de me retourner, mais Dead pose ses mains sur mes hanches en me bloquant. OK ! Ça va, je
ne bouge pas !
- Ne bouge pas, et donne-moi plutôt la crème antiseptique, lance t'il en me montrant un tube dans le
sachet.
- A t'éviter de choper une infection je t'ai dit, penche toi en avant, je vais te la mettre.
Dead me regarde fixement dans le miroir, ses sublimes yeux dans les miens avec une once de... Désir
? Non, non, ignore. Je remarque qu'il a passé du gel dans ses cheveux, un peu plus que d'habitude, et
cela, lui va très bien.
Arrête !
Ses mains sur mes hanches me provoquent de multiples ondes de chaleur sur tout le corps. De la
chaleur, une douleur au creux de ma poitrine, celle qui me dit que jamais plus je n'arriverai à
apprécier un tel contact.
- Je vais le faire.
- Et comment ? En t'allongeant le bras ? Parce que si tu attends l'aide du Saint Esprit, autant renoncer
tout de suite.
- Euh...
Doucement, il me presse les hanches pour me faire basculer, mais je résiste encore. Je ne peux pas me
faire tripoter de la sorte. Je ne le supporterai pas... c’est trop sexuel comme position.
Monsieur Patience perd patience apparemment. Sans broncher, je m'exécute, la boule à la gorge, de
savoir que je vais me faire toucher par un homme. Sachant comment faisait le dernier... Pourtant, ce
n'est pas la première fois que Dead entre en contact avec ma peau, il a déjà baladé ses mains sur moi,
le long de mes jambes, sa bouche sur la mienne, son souffle et son regard s'occupant de caresser
chaque parcelle de mon corps. En fait, je me demande ce qu'il n'a pas encore touché réellement.
La dernière fois étant si... chaude mon dieu ! J'en ai presque honte, de le reconnaître. Je me raidis
quand Dead étale la crème froide sur ma peau brûlante, le contraste me donne des frissons, mais est-
ce seulement le gel ou cette caresse ?
- Tu n'imagines pas la chance que tu as de pouvoir mettre ce truc, quand j'ai fait le mien à l'époque, la
crème antiseptique n'existais pas, et mon dieu ce que j'ai eu mal. La douleur ce n’était rien hein, c'est
plus l'infection que je redoutais.
- Curieuse.
- Ça fait plaisir beauté (il se tait quelques secondes, prenant soin de remettre de la crème, même si je
pense que cela suffit) La première couche date du... Dix-sept ou dix-huitième siècle. La deuxième doit
avoir un peu moins de vingt ans.
Je lève les yeux pour le regarder, j'ai du mal à comprendre pourquoi mettre deux couches à un
tatouage, mais bon, je suis novice dans le domaine, mon petit aigle d'esclave est ridicule par rapport à
l'immense chose, qu'il a dans le dos.
Dead se penche vers mon oreille, me glaçant quand je sens quelques choses de dur contre mes fesses.
Oh mon dieu... c'est bien...
Reste calme !
- Sache que je ne me permettrais pas de le faire sans ton autorisation, même si c'est parfois très
tentant.
Son souffle vient caresser mon cou, me déclenchant de nouveau des frissons, me rappelant ce qu'il
sait faire avec ses lèvres.
C'est interdit Faith pour toi ! J'aurais pu avant, maintenant... Mais c'est tellement tentant. C'est mal, et
je n'arriverais pas à oublier ce qui s'est produit avec l'autre, impossible.
Est-ce que tu tentes de te convaincre de ça ?
- Dead...
Sa main quitte ma hanche et glisse un peu plus vers le sud de mon corps, là ou chaleur, picotement et
désir se livrent bataille.
- Faith...
Ses lèvres se scellent sur ma peau, à l'endroit exact où des jours auparavant, il avait planté ses crocs.
Je sens la chaleur de sa langue glisser le long de ma carotide, sa main s'aventurer sous ma robe.
Je suis partagé entre mon envie de femme, de lui crier de continuer et l'envie de la femme brisée, qui
aimerait lui hurler d'arrêter.
Je ne sais pas ce que je veux, alors que Dead lui, sait parfaitement ce dont il a envie.
- Est-ce que tu me laisserais te toucher d'une manière différente d'avec des mots ? Me laisserais-tu te
toucher vraiment ? Comme un homme désirant une femme, plus que tout au monde ?
Dead remue des hanches contre moi, je sens son désir, il est énorme, je sais qu'il ne me ment pas
mais...
- Oh mon dieu...
Il me retourne et m'assoit sur le comptoir en marbre, pour se positionner entre mes jambes. Ses crocs
viennent mordiller ma peau, ses doigts me caressent à travers le tissu de ma robe, là ou mes seins
crient la faim de ses caresses.
Je hoche la tête sans vraiment m'en rendre compte. Alors sa main glisse sous la barrière de vêtement,
si facilement, quelle mauvaise idée j'ai eu de ne pas mettre la robe entièrement, la laissant ouverte.
C'était un appel à la luxure, mon dos dénudé, sans soutien-gorge...
Dead s'empare de l'un de mes tétons qu'il pince suffisamment pour m'exciter, mais pas assez pour me
faire mal, m'envoyant des décharges dans le bas du ventre. Je ne dis rien, quand il décide que ma robe
serait mieux par terre plutôt que sur mon corps. Son autre main fait glisser les bretelles le long de
mes épaules. Je vais me dévoiler devant ses yeux.
Il fait tomber la robe au niveau de ma poitrine, et avant que j’aie le temps de l'arrêter, il penche son
visage vers mon autre sein qu'il entreprend de sucer avec ses lèvres, tout en caressant l'autre.
Qu'est-ce qui lui prend ? Et moi ?!
C'est tellement bon, ma tête bascule en arrière, le souffle court. Je n'ai pas envie qu'il s'arrête, je veux
qu'il continue et...
Cela me refroidit instantanément. Dead aussi, puisqu'il s'écarte brusquement. Assise sur le comptoir
en marbre, je dois être tremblante. Jamais personne ne m'a mis dans un état pareil en deux secondes,
et la seule fois où ce fut le cas, c'était déjà avec lui.
Il ne me regarde pas, quand il s'approche de moi à nouveau. Je remarque qu'une grande bosse est
visible au niveau de son pantalon. J'ai très chaud... vraiment très chaud.
Dead m'aide à redescendre, et sans un mot, termine mon pansement et me rhabille.
Quand sa main vient saisir la mienne pour m'entraîner hors de la pièce, je comprends que le combat
vient de prendre un nouveau tournant, et que je suis en train de courir à ma perte, en acceptant de
suivre ce vampire. Je comprends que je vais franchir des barrières interdites, et que je regretterai ma
naïveté, ainsi que d’avoir écouté mes désirs.
Je vais perdre une seconde fois, c'est inévitable, et les conséquences seront extrêmement
douloureuses. Mais je prends le risque... naïvement.
***
Le trajet jusqu'au restaurant s'est passé dans une atmosphère plutôt tendue. Le sujet concernant
l'événement de la salle de bains n'a pas été mis sur le tapis, et heureusement ! Par le passé, être une
prude ne me ressemblait pas vraiment, mais désormais, si je viens à parler de sexe... je ne peux
m'empêcher de penser à un autre événement.
Ma honte et un homme comme Dead n'a pas à savoir ça, il est trop bien pour côtoyer un boulet.
Sinon, j'ai vite compris qu'il était à l'aise avec les conversations bateau. Un sacré avantage quand on
est politicien. Il sait parler de tout, dans n'importe quel domaine. Chapeau ! Personnellement, j'ai
tendance à m'embrouiller dans des sujets où je ne connais pas grand choses.
- Vas-y je t'écoute.
Je souris, depuis le début du repas je ne fais que ça. En arrivant, je lui ai demandé pourquoi tout le
monde avait l'air de le connaitre, et surtout notre serveur d'une cinquantaine d'années prénommé
Bobby.
Il m'a répondu, que c'était ici qu'il avait fait son premier dîner d'affaires il y a quinze ans et que
depuis, il n'avait pas quitté l'endroit et s'était lié d'amitié avec ceux qui y travaillaient. Finalement, j'ai
l'impression que notre rendez-vous ressemble plus à une interview qu'autre chose, c'est ce qui me fait
sourire aussi.
- Quoi ?
- Non, rien, c'est toi, on dirait que répondre aux questions qu'on te pose n'est nullement un souci. Je
me demande si je ne suis pas une journaliste en fait.
Il se met à rire.
Il m'adresse un clin d'œil, avant de saisir son verre de vin blanc. Il a l'air d'adorer ça. Allez savoir
pourquoi, à mes yeux, c'est un alcool comme un autre.
Dead vide son verre et le repose, son visage a perdu toute expression de joie ou d'amusement.
Je remarque qu’il évite le sujet, mais qu’importe, je m’en fiche en fait. Je le regarde, ce dîner était une
bonne idée finalement, cela va me permettre d'en apprendre plus sur lui et de me changer les idées.
J'avoue être très curieuse...
De nouveau il éclate de rire, un rire franc, à ce que je vois, ma question à l'air de beaucoup l'amuser.
- Moi aussi.
Il continue de rire. Ses yeux sont brillants, c’est dû aux larmes de joie. Quand il se calme, je poursuis,
un peu vexée de voir que ma curiosité le fait rire.
- Bref, je voulais savoir pourquoi ton partie existe puisque normalement nous sommes dans une
dictature et que seul Campbell et ses sbires ont le droit d'exister.
Je me permets d'être aussi crue, sachant que nous sommes seulement tous les deux au fond du
restaurant - qui est très grand, très luxueux - et vide dans notre coin, pour plus d'intimité je pense. La
rose rouge posée dans un verre et le chandelier font très romantique.
Dead reprend son sérieux, et poursuit.
- On se connait depuis une éternité Campbell et moi, nous avons le même âge à peu près.
- Je parlais en existence vampirique beauté. Je pense qu'il n'oserait pas tuer un homme puissant et
influent. Je pense aussi qu'être dans mes petits papiers est une bonne chose, sachant tout ce que j'ai
fait, et tout ce que je peux faire. Et puis, la population m'aime plus que lui alors... je suis un sacré
atout, dans son règne.
Il me parle comme s'il parlait à un homme d'affaires, je sais que chaque mot qu'il vient de prononcer,
a été choisi et qu'ils veulent tous signifier quelque chose de particulier.
D'accord. Il va falloir que je m'y fasse, j'ai l'impression. Je trifouille mes quelques morceaux de
salade, avant de poursuivre à mon tour.
En fait, j'ai besoin d'en savoir plus à ce sujet, je ne comprends pas tout.
- Alors c'est simplement pour que Campbell n'ait pas d'ennuis, qu'il te laisse tranquille, mais à quoi
sers-tu exactement pour le peuple ? Vampire ou non ?
Dead mange quelques morceaux de viande dans son assiette, prenant tout son temps pour me
répondre, ce qui me laisse le temps de voir ses canines tranchantes.
- Disons que... je suis la preuve qu'il est le meilleur, parce que si je voulais, je serais à sa place, mais
au niveau politique, je suis le petit con qui passe son temps à le contredire.
- Dans tous les domaines beauté ! On est concurrents, et de deux partis totalement différents. Tout ce
qu'il pense, j’en pense le contraire, je fais un travail d’homme politique.
Etais tu d'accord pour ce coup d'état ? Où étais-tu de ceux qui ne voulaient pas prendre le pouvoir par
la force ? Qui étais-tu il y a quinze ans ?
Ces questions sont sur le bout de ma langue, j'hésite à les poser, mais au fond de moi, je crains les
réponses. Peut-être que plus tard, je serais d'attaque à affronter cette vérité.
J'ai bien fait de ne pas poser l’autre question, on verra plus tard. Même si je sais que plus tard, je le
connaitrais davantage, j'en serai mordue, et la vérité sera peut-être blessante, tant pis, je prends le
risque.
Il est impressionnant, mais c'est son métier de savoir répondre du tac au tac.
- C'est tout ?
- En grande partie beauté, j'avoue que dans mon adolescence vampirique, au début de Batman et
Wolverine, je souhaitais devenir un super-héros pour sauver des gens. (Il doit voir que je fais une
drôle de tête) D’accord, je plaisante, en fait ; politicien était le métier idéal pour sauver le monde et
lui accorder une vie meilleure. Je suis devenue un « super-héros » possédant des crocs. Original hein
? Les filles m'adulent autant que l'homme araignée maintenant.
Il se moque de moi.
Le vampire me regarde fixement, apparemment très amusé par ce jeu des questions/réponses,
attendant certainement la suite de la discussion.
- Dead ?
- Oui ?
- Non pourquoi ?
- Parce que tu as toujours l'air très amusé en ma présence, comme si me faire tourner en bourrique te
plaisait.
- Il est vrai que j'adore titiller les femmes, mais non, tu n'es pas un jouet à mes yeux. J'aime t'embêter
parce que j'ai l'impression qu'il n'y a que dans l'humour qu'on peut t'atteindre.
- Non, tu es la femme qui partage ma vie, et c'est mon rôle de séduire la personne qui vit sous mon
toit.
Je soupire
- Dead, la différence, c'est que notre cohabitation n'est pas normale, si on en est là aujourd'hui, c'est
simplement à cause de ce maudit tatouage et tes crocs dans mon cou. Sans ça, il n'y aurait rien.
- Mais est-ce que tu t'es demandé une seule fois pourquoi j'ai fait tout ça ? Pourquoi on a fait tout ça,
parce que dans l'histoire, nous étions deux. Les événements qui se sont produits ne seraient jamais
arrivés si l'un de nous avait dit non. Quand est-ce que tu m'as repoussé Faith ? Dis-moi quand tu as dit
non ?
J'hésite, réfléchissant. La nuit de notre rencontre, celle qui l'a précédée, quelques jours plus tard dans
le couloir : là c'est lui qui a dit non, celle du gala, nos deux corps enlacés sur le comptoir en marbre,
jamais un non n’a franchi mes lèvres. Et ce soir encore dans la salle de bains, il m'a fait vibrer en
réveillant mes démons intérieurs et de nouveau, je n'ai pas su dire non. C'est lui à chaque fois qui
stoppe tout, comme si inconsciemment, il se rendait compte que quelque chose n'allait pas, et qu'il se
heurtait à un mur. Pourtant, je suis sure qu'il ignore le fond du problème. En résumé, il a raison,
jamais je n'ai dit non, même quand ça me fait mal et quand j’ai peur. Pour lui c’est toujours un oui,
malgré moi, et malgré ce que je souhaitais faire : l'emmerder et lui faire vivre l'enfer. Je ne peux pas
faire tout ceci.
Dead tend la main vers moi, si rapidement que je n'ai pas le temps d'enlever la mienne.
- Tu as voulu autant que moi que nous en arrivions là, et même si j'ignore pourquoi, bien que je me
doute que la cohabitation avec Louis ne s’est pas faite en douceur, il est du genre caractériel, et toi
aussi...
Il sourit.
- Je suis le gentil dans l'histoire, Faith, je ne suis pas comme Louis, mais j'ai mon côté sombre. Très
sombre. J'ai fait des erreurs dans ma vie, et je suis loin d'être parfait, très loin.
Son regard s'assombrit en se plongeant dans le mien, je comprends que ce qu'il s'apprête à me dire,
est très sérieux.
- Non, tu peux avoir une confiance aveugle en moi. Quand je promets quelque chose, je tiens ma
promesse.
- Qu'est-ce qu'il y a ?
Je baisse les yeux, cherchant en moi le courage de le regarder à nouveau. Il vient de commettre une
erreur en parlant de promesse, sachant qu'il n'a pas tenu la première qu'il m'a faite.
- Faith ?
- Tu as menti.
- Pardon ? Sur quoi je t'aurais menti, j'ai toujours était le plus honnête possible avec toi.
Je soupire, comment lui dire ? Si j'attaque le sujet, je devrai aller jusqu'au bout. Je ne pourrais pas
faire machine arrière. Dead voudra tout savoir. Suis-je prête ?
- Oui.
- Et c'est exact non ? Tu es avec moi à présent, en sécurité, et ça dès l'instant où j'ai posé ma marque
sur toi.
Mais à quel prix Dead j'ai pu être avec toi ! Est-ce que tu sais le prix que j'ai dû payer pour avoir reçu
ton sang et ta marque ?! Elle a failli me couter la vie ! Je me suis mise en danger par ta faute si
souvent ! Mon bourreau me faisait payer le prix de ce que tu convoitais, sans que tu le saches, et je
suis trop lâche pour te faire part de tout ça !
- Pas exactement...
La voix de Dead devient dure, je le sens, comme si qu'il se doutait que ma réponse n'allait pas lui
plaire du tout.
- Répond d'abord à ma question, pourquoi m'as-tu marquée ? Pour me sauver ou pour avoir une
compagne.
- Je sais. Alors ?
- Alors rien, tu m'as plu dès la première fois que je t'ai vue, point barre. Je te voulais, je t'ai eue, et
j'aurais payé n'importe quel prix pour t'avoir.
Tues contente ? Tu vas pouvoir me mettre dans le même sac que Louis et me traiter de maudit
vampire ingrat, qui arrive à obtenir ce qu'il désire.
Je te désire, je te voulais Faith, et savoir que tu étais dans les bras d'un autre me tuait de jalousie.
Alors je t'ai marquée, (il se met à rire nerveusement) et le plus drôle dans tout ça, c'est que nous
n'avions échangé que de simples mots, rien de sexuel quand j'ai pris ma décision, mais ton regard (il
me foudroie de l'un des siens, des plus renversants) m'a chamboulé la première fois, et j'ai su que tu
devais être avec moi. Je n'ai pas accepté d'apprendre qu'il levait la main sur toi, c'était inacceptable.
J'aurais tué des milliers de personnes pour toi.
- C'est bien un discours de vampire de dire que vous tuerez des milliers de gens pour une seule
personne, et tu vois Dead, je déteste ça.
Il ne me quitte pas du regard, et de nouveau, je sens une chaleur naitre au creux de mon ventre,
mauvais signe, sachant que je suis sur le point de m'énerver.
- Je reconnais que nous les vampires, quand on convoite quelque chose, on fait tout pour l'obtenir,
même les choses les plus folles. Et même un vampire saint d'esprit et posé comme moi, aurait fait
n'importe quoi. Mais heureusement, il ne s’est rien passé...
- C'est faux.
- De grave... quoi ?
- Si, il s’est passé quelque chose de grave après ta morsure. (Je l'empêche de prendre la parole,
poursuivant) Dead, tu te trompes à ce sujet. A cause de ce qui s'est passé cette nuit-là lors du gala, en
rentrant quand Louis a compris ce que l'on avait fait, j'ai failli mourir de ses mains. Et ce n'est pas la
seule chose que ton bras droit peut faire à une femme crois-moi !
Alors oui, la jalousie et la convoitise chez vous les vampires, vous rendent minables.
Voilà c’est dit. Dead me dévisage stoïque, sans dire un mot, figé de stupeur.
- Oh bordel de merde !
Dead se passe la main dans les cheveux, il a l'air mal et très en colère. Je le vois se resservir un verre
de vin, qu'il vide d'une traite.
Je ne rajoute rien, je pense qu'il sait suffisamment de choses... reste à voir s'il ne posera plus de
questions.
- Qu'est-ce qu'il a fait d'autre ?
Raté !
- Oh non, là tu rêves Faith, je ne vais pas m'arrêter. Je ne vais pas supporter de ne pas savoir. Parle !
Tu as commencé maintenant tu finis. Dis-moi ce qu'il t'a fait de pire putain ! Aide-moi à comprendre !
Je me raidis quand je comprends qu'il est en colère, très en colère. Même ses prunelles si magiques et
tellement belles deviennent sombres et noires de rage.
- PARLE !
Je ferme les yeux, tremblant à cause de son accès de rage. Là, je ne vais pas pouvoir.
Je reste figée immobile. Mon cœur bat à toute allure, cela me rappelle tellement Louis. Ses cris de
haine me glaçaient le sang.
- J'ai l'impression que c'est à cause de ça que tu es si froide et distante avec moi.
- Qu'est-ce qui s'est passé durant ton séjour là-bas, que je ne comprends pas.
J'inspire plusieurs fois, et rouvre les yeux pour l'affronter, j'ai merdé en mettant le sujet sur le tapis ce
soir. Je n'aurais pas dû, je vais vite régler le problème.
- Écoute Dead, tu n'as pas besoin de savoir et si tu insistes encore, je mets un terme à cette soirée en
partant immédiatement. Soit tu acceptes l'idée que oui - il s’est passé des choses et que non, tu ne
sauras pas lesquelles et que c'est à cause d’elles que je suis ce que je suis - soit, je m'en vais.
Je mets le plus de froideur possible dans mes mots pour qu'il comprenne bien. Il a toutes les cartes en
main pour saisir ce qui peut me rendre comme ça. Avec les événements passés, s'il a un peu de
jugeote, il reliera les pièces du puzzle sans difficulté. Je ne peux pas lui en donner plus.
- Tu m'aides en me parlant de tout et de rien, tu m'aides quand j'apprends à te connaitre, alors stop, tu
n'as pas besoin de savoir ça, regarde-moi comme si j'étais née hier et que je n'avais aucun passé.
Le vampire soupire, et je pense qu'il comprend que cette manche-là, est perdue pour lui.
- Cette histoire est loin d'être réglée pour moi.
Je ne relève pas, le sujet est clos pour ma part. Je reprends mon assiette, et nous terminons le plat
principal dans une étrange froideur, alors que tout avait si bien commencé.
Bobby réapparait, le sourire aux lèvres. Je pense que les quelques minutes qui viennent de s'écouler
ont calmé nos nerfs.
Dead m'offre même un regard.
- Faith ?
Bobby commence à m'énoncer les différents desserts que sert le restaurant, et je craque sur une tarte
tatin à plusieurs parfums.
- Et toi Dead ?
- Je ne sais pas... hum... Écoute, je vais aller voir s'il en reste dans le frigo des employés, il en a fait
hier pour l'anniversaire de l'un d'entre nous.
Le vieux bonhomme lève les yeux au ciel, tout sourire, embarrassé par ces compliments. Puis repart
presque aussitôt, nous laissant seuls. Je culpabilise d'avoir un peu plombé l'ambiance, alors j'attaque
un sujet de conversation, le premier qui me vient et qui m'intrigue : son tatouage.
- Tant mieux.
- Alors ?
- Quelles bricoles ?
Parce que j'étais curieuse, et que je désirais en savoir plus sur l'homme et le vampire qui me faisaient
vibrer.
- Je suis intéressée.
- J'en suis ravi.... Disons que je voulais faire du neuf avec du vieux, l'ancien tatouage en dessous ne me
plaisait plus.
Et puis, d'après le regard que tu avais sur lui ce matin, j'ai bien fait de le modifier, il plait plutôt j'ai
l'impression.
Je me mets à rougir.
- Je...
Dead éclate de rire, putain ce qu'il est énervant à être aussi déstabilisant
- Bref, ne t’en fait pas, je sais que je suis irrésistible, mon tatouage ne peut que l'être.
Je lève aussi les yeux au ciel, c'est fou comme il est narcissique parfois, mais c'est ce qui fait son
charme, cet humour débordant. N'empêche, je remarque qu'il reste vague sur ce qu'il représente, et
sur ce qu'il a modifié. Mais ne t’en fait pas mon petit, un jour je saurais.
- Merci.
- Et ça pour le repas.
Une nouvelle liasse qu'il sort de l'intérieur de sa veste. Waouh c'est l'homme qui vaut cent milliards ?
Il repart à nouveau.
- J'adore ton franc-parler. Disons... Je gagne beaucoup trop d'argent, et malheureusement, il n'est pas
toujours très propre.
Je m'en doutais.
- Tes hobbies ?
Je lui souris tristement, non pas pour l'instant….Je veux d'abord avoir confiance en lui pour lui parler
de moi réellement, et savoir qui va être l'homme, avec qui je vais partager ma vie désormais.
Dead se met à me parler de ce qu'il fait, mis à part la politique, qui représente une immense part de sa
vie.
- J'adore partir à la montagne, être dans un coin paumé, avec le strict minimum et coupé de tout. Je
suis très solitaire, et d'ailleurs j'ai un chalet à la montagne car j'adore faire du ski, j'en fais depuis...
toujours. Des siècles autant dire. J'aime aussi aller à l'opéra, ouais, c'est magnifique de voir
l'évolution des genres, mais je préfère voir un concert des Stones. Putain dieu merci, Campbell les
adore sinon eux aussi auraient fini cuistots. Quel gâchis sérieux, le monde sans la célèbre chanson
Angie ! J'adore manger, n'importe quelle cuisine, tant que c'est mangeable et non mexicain, dieu
merci, même en étant vampire, je peux encore manger ! Sinon... je pratique une dizaine de sports, je
parle plus de vingt langues, et une dizaine de mortes, le Grec et le latin ancien n'ont aucun secret pour
moi. J'ai les plus hauts diplômes possible dans tous les domaines touchant à l'histoire. Autant dire une
bonne dizaine aussi. Ainsi qu'en politique, et encore je t'épargne les termes, en économie aussi,
langues, relation humaine, sociale, et ah (il sourit) j'ai même un diplôme d'archéologue.
Au fur et à mesure qu'il énonce tout ce qu'il a fait, rien qu'en étude je m’y perds, cet homme est
incroyable !
- Attend, attend, Dead, je suis perdu, comment tu as pu faire tout ça... faut minimum dix...
- Dix ans pour chaque domaine ? Oui mais j'ai plus de sept cents ans. Faut bien que je m'occupe.
Pas faux.
- Avec plaisir.
Dead continue à me parler de sa vie, et j'en apprends des choses. A vrai dire, je ne Me l'avouerais qu'à
moi seule, ce vampire me passionne, il sait tant de choses... et je comprends pourquoi être un homme
engagé lui convient parfaitement. Il a lu des tas de livres dans sa vie, regardé des milliers de films,
écouté presque toute les musiques possibles. J'apprends même qu'il a une maison en France qui lui
sert de grenier, entre les CD, œuvres d'art, film, objets, lettre, livres... Une maison ne lui suffit pas.
Il a aussi fait huit fois le tour du monde, et son objectif il y a quelques siècles étaient de voyager dans
le plus de pays possible. Il l'a fait, je crois si ma mémoire est bonne, qu'il ne lui en manque plus que
trois. Il a quatre associations qui aident les humains dans le monde, une dizaine d'entreprises de
commerce équitables. Et la liste est longue.
Les seules choses sur lesquelles il reste vague c'est son passé en tant qu'humain et ses débuts de
vampire, mais je n'insiste pas, puisque moi je n'ai rien voulu lui dire me concernant.
Il doit être plus de deux heures du matin quand nous décidons de partir, j'ai l'esprit rempli
d'information concernant l'homme avec qui je vis, j’en suis ravie, et intriguée. Je n'arrive pas à me
sortir de la tête les mots de Louis qui me disait de me méfier de cet homme, était-ce de la jalousie à
son égard ? Car avec tout ce que je viens d'apprendre, ce vampire n'a rien de dangereux. Il est
formidable, et... Simplement dangereux pour mon cœur.
***
Dead adresse un signe de la main au serveur, avant de la passer autour de ma taille. Un geste qui ne
me surprend pas de sa part, mais qui me met mal à l'aise. J’ai du mal avec tant de proximité, je ne
supporte pas qu'il puisse toucher ce corps détruit et affreux, qui a pu servir à des choses répugnantes.
Je ne suis pas un exemple de pureté. Je suis salie, tellement que même un torchon sale de plusieurs
années de travail ne réussirait pas à me battre. Il l'ignore. Mais Dead s'en rendra bien compte un jour,
il arrêtera d'être patient, d'être gentil et d'attendre. Un jour, il entrera dans ma chambre, et comme
Louis, salira un peu plus ce corps. Sans permission.
Dire que pourtant coucher avec quelqu'un, faire l'amour avec une personne, avec son consentement,
c'est tellement mieux, tellement plus magique et renversant.
Je romps le silence pour éviter d'y penser, la compagnie du politicien à crocs est si agréable, que ce
serait dommage de gâcher la fin de la soirée. Elle s'est si bien passée (si on ne parle pas de
l'événement salle de bains).
Dead s'arrête de marcher pour me faire face, avec lui, aussi un sourire rayonnant sur le visage,
comme s'il venait d'affronter l'épreuve la plus difficile de sa vie et qu'il avait réussi à la surmonter,
avec brio.
Ses doigts viennent caresser ma joue, nos regards sont pris l'un dans l'autre. Hypnotisés. Moi par lui,
et lui par moi. Pour la énième fois de la soirée, mon corps s'enflamme. Sans réel toucher, sans réelle
caresse que sa main sur ma joue. Mes yeux dérivent vers sa bouche, une bouche qui peut me rendre
folle.
Ma gorge s'assèche, mon pouls s'accélère, il faut que je dise quelque chose maintenant sinon la
situation va déraper et deviendra dangereuse pour moi.
Protège-toi.
- Dead je...
Mais Dead lui, n'a pas l'intention de parler, il m'attire vers lui, ses lèvres s'écrasant sur les miennes et
ses bras s'enroulent autour de mon corps, ils me décollent du sol pour me guider vers la petite ruelle
à notre gauche.
C'est là que tout dérape. Moi, lui, cette attirance, et ce désir que chacun de nous refoule depuis le
début, mon cerveau se déconnecte, mais pour combien de temps ?
Mon dos heurte le mur en briques, me ramenant à la réalité, mes jambes sont suffisamment écartées
pour laisser de la place au corps du vampire qui s'y glisse sans difficulté. Pas une seconde notre
baiser n’est rompu, et j'avais raison, ses lèvres ont la capacité de me rendre folle.
Des frissons me parcourent la peau quand sa langue vient caresser mes lèvres, me demandant la
permission d'obtenir un peu plus. Prise par le désir d'en avoir davantage, je le laisse faire. Ce contact
doux et humide parvient à me faire gémir, et brûler d'envie. Mon corps va vouloir plus, Dead aussi, et
qu'est-ce qui se passera ?
Une main aventureuse remonte le long de ma cuisse, à l'intérieur, s'approchant de mon intimité,
pourquoi je n'ai pas mis un jeans ? Ou des collants ? Je ne bouge pas, absorbée par cette étreinte qui
me donne la fièvre et ce vampire aux baisers meurtriers. Il va me faire perdre la tête, j'ignore ce qu'il
peut faire avec ses mains ou mieux encore, avec son sexe que je sens grandir contre mon ventre. Lui
aussi, d'après ce que je sens a l'air imposant.
Je m'accroche à ses cheveux lorsque ses doigts écartent la lisière de mon string pour caresser mon
clitoris gonflé par le désir. Un long gémissement s'échappe de ma bouche quand il commence à me
torturer de lents mouvements circulaires avec son pouce. C'est mortellement bon ! Trop bon ! Sa
langue contre la mienne mime ce qu'il pourrait faire avec ses doigts un peu plus bas.
Il rompt notre baiser, et part à la découverte de mon cou, traçant un chemin humide. Mon cœur rate un
battement, et je m'accroche à ses épaules quand il me pénètre doucement d'un doigt, puis rapidement
d'un deuxième.
Les yeux clos, le souffle court, je me mords la lèvre pour ne pas gémir. Cela fait tellement longtemps
que je n'ai pas connu le plaisir dans les bras d'un homme. Tellement longtemps qu'on ne m'a pas
rendu folle. La nuit avec Louis ne compte pas.
Dead commence un va-et-vient langoureux avec ses doigts, tout en continuant de caresser mon
clitoris avec son pouce, je sens la chaleur au creux de mon ventre monter crescendo. Celle qui m'avait
quitté et que je ne pensais jamais retrouver un jour, celle qui annonce qu'on va bientôt t'offrir la porte
qui mène au nirvana.
Le murmure de Dead fait éclater mon orgasme et je me perds dans les limbes du plaisir, ne supportant
pas le poids de mon corps. Je m'abandonne totalement au vampire qui se trouve à mes côtés, et qui
poursuit ses caresses. Il tue mon gémissement aigu sur ses lèvres, je suis perdue, je ne sais pas
combien de temps dure cette phase. Mais une éternité. Le souffle court, et épuisé, j'ouvre enfin les
yeux quelques minutes plus tard. Malheureusement, je ne croise pas le regard fiévreux de Dead, du
début de notre étreinte.
- Faith...
Dead tend la main vers moi pour me retenir, mais je lui échappe. En quelques secondes, je me
déconnecte de la réalité. Les images de notre étreinte défilent en moi. Passion, plaisir, désir, caresse.
Comment… j’ignore les cris de Dead qui me demande de revenir, j'ignore ses excuses, je ne
comprends pas ce qui vient de se passer. Je cours simplement, fuyant la vérité. Refusant de croire que
j'ai pu trouver réconfort et plaisir dans les bras d'un ennemi à mes yeux. Un ennemi qui vient de
comprendre mon pire secret en me séduisant. Tous les mêmes.
Je veux partir. Et si je marchais encore, j'atteindrais la limite, je réussirais à franchir la barrière qui
sépare les deux mondes, je retrouverais ma liberté. Ou mieux, les traqueurs me retrouveraient et
finiraient ce qu'ils auraient dû finir lors de notre rencontre. Quelle erreur ont-ils pu commettre en me
laissant en vie.
Je suis une honte pour ma race, pour les humains, un objet de convoitise qui inspire les pires crimes
chez les vampires.
Qui suis-je pour mériter un tel sort ? Je n'ai pas le courage d'une sainte comme mère Theresa pour
affronter tant d'injustice, tant de cruautés. Je ne suis qu'une petite humaine...
Je mets quelques minutes à percuter que je suis en train de courir dans les rues de New York sous une
pluie torrentielle, je me suis débarrassé de mes chaussures, pied nus, je cours, et l'impression que rien
ne m'arrêtera est envahissante. Je m'alimente de ma colère. Je confonds mes larmes avec l'eau noire
qui descend de ses putains de nuages. Mais qu'est-ce que j'ai fait pour en arriver là ?
Je croise des passants, vampires sans doute, abrités sous d'immenses parapluies, je les percute, je ne
m'excuse pas, je n'y pense pas.
Je prends une rue plus sombre, la première sur mon chemin, je veux fuir, partir dans un endroit où
j'échapperai à ce destin maudit, de femme esclave moderne aux bras d'un vampire beau comme un
dieu, doux et terriblement excitant.
Je ne suis pas capable de mener une vie auprès d'un homme de sa stature, si gentil, si ambitieux, alors
que je suis qui je suis.
Une pauvre merde. Mais je me suis trompée on dirait... Quand je vois ce qu'il a fait pour savoir ce que
je lui cachais.
Mon dieu pourquoi ?! Je me sens trahie. Je ne comprends pas ce qu'il cherche, maintenant qu'il sait ce
que j'ai enduré dans les bras de mon précédent bourreau... Qu'est-ce qui va se passer ? Il ne voit pas
que ma seule aspiration aujourd'hui est de quitter cette vie lugubre et si minable à mes yeux.
Je ne suis pas née à la bonne époque, j'aurais dû mourir dans les bras du renversement. J'aurais dû
finir comme ma mère, si je savais ce qu'il lui était arrivé.
Je trébuche, et m'écroule contre le sol gelé du mois de décembre. La pluie est froide, comme mon
corps à cet instant. Quasiment nue, je grelotte, la douleur presque insensible avec ce froid au niveau
de ma jambe et de ma tête ne me font même pas gémir.
Je pleure, sur toute cette injustice, tous ces événements, et ma personne, qui n'est plus celle que j'étais
avant. Je voudrais tellement redevenir ce que j'étais. Tellement...
Trahie !
J'ai le regard perdu dans le ciel sombre, aveuglé par quelques gouttes de pluie de temps en temps, Le
destin, ce maudit connard prend un malin plaisir à me faire du mal.
Avec mes parents, mon existence minable, Louis, mon esclavage, et maintenant Dead, c'est ignoble
une vie comme celle que j'ai.
Je reste, à ce qui me semble, des heures allongée sous la pluie, en remarquant que cette nuit ressemble
tellement au début de mon cauchemar. Jouerais-tu encore une fois ? Maudit destin !
Ou cette fois ci, décideras-tu de m'ouvrir les portes du monde des enfers que je le rejoigne pour de
bon ?
Chapitre 18
La voix de ma mère résonne dans mes oreilles comme un écho perdu dans une vallée. Je sens la brise
chaude effleurer ma peau, et la chaleur du coucher de soleil que je suis en train d’admirer. Il fait
encore jour, mais la nuit va bientôt tomber. Le soleil m'offre ses derniers rayons de lumière dans un
spectacle éblouissant. Quand je serai grande, j'admirerai ce phénomène de la fenêtre de ma chambre.
J'aurai comme Maman, un mari qui rentre tard le soir, et que je verrai pousser la porte à la tombée de
la nuit, un sourire sur le visage, comme maman, impatiente de le voir rentrer. Quand je serai grande,
je serai amoureuse aussi, et j'espère aimer autant un homme qu'un coucher de soleil.
Assise dehors dans l'herbe, la voix de ma mère a des échos de colère, et sage comme je suis, j'obéis
pour ne pas l'énerver davantage. Elle est à cran ces derniers temps, je n’en connais pas vraiment la
raison, je sais seulement qu'elle crie beaucoup. Le soir, elle s'énerve souvent envers mon père. Je
n'entends pas leur discussion de ma chambre, juste des bruits trop forts qui me réveillent. Hier soir,
j'aurais juré entendre la voix de plusieurs hommes dans le salon, mais je n'ai pas eu la force de sortir
de mon lit douillet pour aller vérifier, peut-être était-ce seulement la télévision. Papa rentre si tard
depuis un mois, je sais que maman s'endort parfois devant sa série-télé, en l'attendant. Elle attend, je
le vois sur son visage qu'elle est dans l'attente de quelque chose, simplement je n'arrive pas à
comprendre laquelle. Tout à l'air si normal pourtant. C'est les vacances scolaires, je ne vais pas à
l'école, et maman refuse que j'aille me balader dans le quartier avec mon vélo. Rien de différent par
rapport à d'habitude, sauf elle.
Je cours dans sa direction, quittant le petit parc au bout de la rue.
J'atteins les maisons alignées, blanches, bleues, un peu rosé, ils y en a de toutes les sortes, c'est un
quartier tranquille de la ville de New-York, j'ai vécu ici depuis que je suis née, ma meilleure amie,
Samantha vit ici. C'est ma voisine, et tous les dimanches, nous allons bruncher avec ses parents. Sauf
depuis deux semaines. J'ignore pourquoi nous restons ici, chez nous, sans papa.
Ma mère est là, sur le perron, les mains sur les hanches, ses cheveux noirs tirés en arrière par une
queue-de-cheval. Son regard est sévère.
- Tu étais passé où ?
Des reproches, encore des reproches, je ne fais jamais rien de bien. Jamais. Surtout en ce moment, si je
l'écoute, je vais dans la mauvaise direction. J'ai comme l'impression qu'elle reporte sur moi tous ses
maux. Je n'ai rien fait de mal pourtant, enfin je crois. Elle me saisit par l'épaule et m'entraine à
l'intérieur où je perçois la voix de mon père. Il est rentré maintenant ? Cela fait des jours que je ne l'ai
pas vu. Son travail l’accapare tellement.
- Tu n'écoutes rien en ce moment Faith ! Je t'ai dit de ne pas sortir de la maison ! Surtout à la tombée
de la nuit ! Mais comme d'habitude, tu n'en fais qu'à ta tête !
Je ne dis rien, j'ai tort, je le sais. Mais c'était tellement plus beau, vu du parc plutôt que de la fenêtre
de ma chambre. L'envie était si grande. Je n'ai pas pu résister. Et l'air chaud de dehors me manquait.
Quand nous entrons dans le salon, je constate que mon père est bien présent. Lui aussi à l'air à cran, il
est au téléphone. Comme d'habitude, il a revêtu son célèbre costume noir à cravate grise.
- Non Smith ! On ne peut pas... Si ... (il nous adresse un rapide coup d'œil quand il nous aperçoit) Elle
était où ? murmure-t-il à l'intention de ma mère.
- Dans le parc ! Ted ça devient trop dangereux et ta fille n'en fait qu'à sa tête !
Ma mère m'ordonne de m'asseoir sur le canapé couleur crème qui date de l'époque de mes grands-
parents. Je ne dis rien, j'écoute, je regarde la ligne d'inquiétude se former sur le front de mon père, au
fur et à mesure de sa conversation, ma mère est postée derrière moi, dans l'attente. Au fond de moi je
sens une angoisse qui grandit au fur et à mesure. Ce n'est pas normal ce qui se passe... Il y a trop
d'inquiétude dans cette pièce, je le vois bien.
- Le Président ? ... En sécurité ? Mais Smith, plus rien n'est sécurisé, les... Ils sont partout. Ils ont
envahi la maison blanche durant son déplacement. Personne n'était à Washington !... Je sais je sais...
Oui JE SAIS c'était mon boulot la sécurité ! ARRETE DE HURLER ! ... Ils ont pris la résidence du
maire ? La principale ? La mairie au centre ? ... Merde ! OK, je vais aller voir le sénateur.
- Ted...
Mon père lève la main gauche pour faire signe à ma mère de se taire, et elle aussi obéit, et se mure
dans le silence. Comment fait-elle ? C'est une adulte, elle n'a pas comme moi le devoir d'obéir à ses
parents. Elle devrait faire ce qu'elle veut. Je n'ai pas l'impression que ma mère peut faire ce qu'elle
veut.
- D'accord, je vois... Il va faire nuit... Hum je sais. Partir ? Et pour aller où ? Tout New-York est
encerclé! Depuis... je sais. On est fait comme des rats... Les vampires...
Les vampires ?
Je serre l'oreiller dans ma main, mais qu'est-ce que raconte mon père ? Les vampires n'existent pas !
J'ai entendu l'autre jour à la télévision une histoire, comme quoi un homme, vampire aurait pris le
contrôle du pays, chose qui est impossible puisque nous sommes américains et que personne ne peut
nous renverser. Non personne, pas nous ! C'était un film... Pas la réalité, impossible. Alors que raconte
mon père ?
- OK Smith j'arrive, attends-moi là-bas !
- Où vas-tu ?
Elle tente de l'intercepter dans son élan vers la porte d'entrée. Mais mon père l'arrête avant.
- Chérie, je dois y aller c'est mon devoir, tu ne peux pas m'en empêcher.
Je me retourne pour les regarder, la grosse main de mon père sur sa joue, son sourire rassurant.
- Arrête de regarder la télévision, prépare des bagages, légers, et attends-moi avec Faith ici. Ne bouge
pas, n'ouvre à personne. Normalement, ils ne sont pas dangereux, ils se moquent des humains. Ils
recherchent seulement à prendre le pouvoir mais faites attention, je sais que des femmes se sont fait
agresser, pas de sorties avant mon retour et... (L'attention de mon père se tourne vers moi) Faith, viens
ici.
Je me lève en courant pour rejoindre les bras de mon père qui s'accroupit devant moi, pour être à ma
hauteur. Son pouce glisse à la lisière de mes lèvres.
- Un sourire pour ton père ? C'est trop demander avant que je parte.
Pourquoi sourire alors que ça ne va pas ? Je jette un coup d'œil vers ma mère, elle a le visage crispé,
mais tente de sourire quand même, pour cacher ce qui la préoccupe. Que se passe-t-il dehors ?
Je sens l'insistance dans le regard de mes parents. Un sourire rassurerait-il mon père ? Je n'en sais
rien, mais je le fais. Je n'en ai pas envie. Pas plus que d'obéir sans arrêt à ma mère. Mais je le fais. Je
ne suis pas bien de les voir comme ça. Je ne suis qu'une enfant et je vois bien que ça ne va pas.
- Bien ma fille.
- Quand reviendras-tu ?
- Je ne sais pas, mais je fais au plus vite. Tu vas être sage, et écouter ta mère en mon absence. Ne sors
pas Faith, tu ne dois pas sortir c'est interdit. Et si jamais tu le fais et que je l'apprends, je me mettrais
très en colère, tu seras punie, c'est bien clair ?!
J'entends un soupir venant de ma mère, elle n'aime pas que je discute les ordres de mon père. Mais j'ai
l'impression qu'elle aime ça de moins en moins.
- Dis-moi pourquoi.
J'insiste, j'ai longtemps insisté pour savoir, je n'ai jamais vraiment su, on ne sait jamais ce qui nous
arrive avec certitude surtout dans des moments comme celui-ci. Je pensais l'entendre de la bouche de
ma mère, mais rien, j'ai compris toute seule, mais bien plus tard.
Mon père me caresse les cheveux et me regarde comme s'il voulait mémoriser chaque détail de mon
visage.
- C'est des affaires de grand ma puce, une petite fille de dix ans n'a pas à se soucier de ça.
S'il le dit...
Il s'est relevé, a embrassé ma mère et discuté de deux trois choses. Je l'ai regardé passer la porte, un
sac à la main, il nous a adressé un dernier regard et a quitté la maison. Il n'est plus jamais rentré.
***
Le froid sur ma peau me fait ressurgir d'un rêve presque éveillé. Mes yeux vivent des tas d'images de
mon enfance, avant tout ce cauchemar.
J'ai froid, mais je ne sens pas de douleur. La pluie s'efface de ma vision, elle laisse place à mes
délires.
C'est ça quand on est au bord de la mort ? On délire et on revoit sa vie défiler sans intérêt ? Pourquoi
dois-je revoir l'un des souvenirs les plus douloureux de mon existence ? Le destin est injuste, comme
si je n'avais pas déjà suffisamment souffert. Mon corps est lourd, je n'ai plus le courage, la force m'a
quitté depuis très longtemps.
Je sais que ma chute n'entrainera pas ma mort, mais mon agonie dans ce froid d'hiver et
l'hypothermie, si.
Alors je vais l'attendre, attendre la mort comme une vieille amie qui m'a déjà privée de tous les être
cher à mon cœur. Ma mère, mon père, mes amies, ma famille. Tous ceux qui sont partis au cours des
années de luttes, Nate aussi.
Mon meilleur ami et confident, j'avais quinze ans quand nos chemins se sont croisés, j'ai trouvé un
grand frère, un protecteur qui a su me mettre en sécurité quand j'ai atteint l'âge limite. Il m'a sauvé la
vie plus d'une fois. Et moi, je n'ai pas pu le sauver, quand il a eu besoin de l'être. Je suis condamnée à
vivre dans un monde où je dois perdre tous les gens que j'aime. La Mort est ma seule et véritable
amie, je l'ai croisée si souvent que nous sommes devenues intimes. Aujourd'hui, je la rencontrerai, je
force mon destin. J'en ai marre de lutter.
Je sens l'eau imprégner mes vêtements, le temps s'arrête j'ai l'impression. Mes paupières sont lourdes
et j'ai si froid.
C'est des affaires de grand ma puce, une petite fille de dix ans n'a pas à se soucier de ça.
Je dois y aller, soit sage.
Il se relève, embrasse ma mère et discute de deux trois choses. Je le regarde passer la porte, un sac à
la main, il nous a adressé un dernier regard et quitte la maison. Il n'est plus jamais rentré.
Mon père, je revois mon père devant moi, comme la dernière fois. Il n'est jamais revenu, et notre enfer
a commencé. Le début d'un long enfer pour moi.
J'aurais dû lui dire de ne pas y aller, je le sentais au fond de moi que quelque chose ne se passerait pas
bien, j'avais besoin de le revoir, je n'étais qu'une enfant, j'avais encore besoin de mon père, de sa
présence, de ses conseils. Je n'étais pas prête à le voir partir. Comme je ne l'étais pas non plus, à
perdre ma mère ensuite. J'étais trop jeune.
Je le regarde passer la porte, un sac à la main, il nous a adressé un dernier regard et quitte la maison.
Il n'est plus jamais rentré.
Il n'est plus jamais rentré.
- Reviens !
J'aimerais crier, mais un simple murmure sort de ma bouche. Je ne dois pas le regarder, je dois courir,
lui agripper le bras et le retenir. Tout sera différent si je l'empêche de partir.
Empêche-le.
Faith ? Faith !
J'entends la voix de ma mère. Pourquoi m'appelle-t-elle ? Je suis à ses côtés, je suis... Nulle part. Il
fait nuit noir et j'ai de plus en plus froid. Je crois que je suis nue, je sens l'eau de pluie tomber sur mon
corps comme le ferait l'eau d'une douche chaude qui brûlerait la peau. Le froid me brûle la peau.
Comme la neige dans la main.
Mon cœur froid rate un battement en sentant une pression sur mon bras. C'est lui, il est là, je suis dans
cette maudite chambre, il va...
Non !
Il faut que je me débatte, que je lutte, encore. Je ne peux pas accepter que ce maudit suceur prenne ma
féminité encore une fois. La dernière. J'aimerais rendre mon dernier soupir en paix sans être salie
davantage, est-ce trop demander ?
La pression sur mon corps s'accentue. Elle est tellement forte, et glisse vers mon cou, là où se situe ma
carotide.
Il veut mon sang en plus... qu'il le prenne de toute façon, au paradis ou ailleurs il ne me servira pas à
grand-chose mais qu'il laisse le reste de mon corps tranquille.
Lutte jusqu'au dernier moment. La promesse.
Je distingue une main courir le long de ma jambe et la soulever.
Cette voix.
Un léger sourire nait sur mon visage, Dead. Pourquoi je pense à lui maintenant à cet instant ?
C'est la première fois qu'il apparait dans ce rêve. Je le vois, derrière le corps puissant de Louis sur
moi. Il est en retrait de la pièce, ses yeux bleus observant la scène avec dégout, les crocs sortis. Je lui
en veux de s'être joué de moi pour obtenir la vérité. Mais d'un côté je le comprends et je ne risquais
pas de lui en vouloir longtemps si j’étais restée en vie. Je lui aurai pardonné parce qu'au fond, il me
plait. J'aime bien ce côté mystérieux et protecteur qu'il a. Il me rappelle tellement mon père, et puis
Nate. Cela faisait tellement longtemps que personne n'avait pris soin de moi...
Ça va aller, murmure-t-il
***
- Ne pars pas...
Mon père, je le regarde passer la porte, il nous adresse un dernier regard et quitte la maison. Il n'est
plus jamais rentré. Mon cœur se brise, je revois la scène sans arrêt, un long disque qui passe en
boucle à chaque fois et qui fait mal davantage.
***
La chaleur, j'ai chaud, comme lors d'une forte fièvre. Je sens l'humidité glisser le long de mon visage,
la pluie est plus chaude que d'habitude. Que tout à l'heure. Ou est-ce moi qui me suis habituée à la
température ? Mon corps aussi s'habitue au sol, bien qu'il ne soit guère froid maintenant. Je m'habitue
à la température. De toute façon après avoir vécu plus de sept hivers dans le trou miteux où j'étais, je
peux supporter n'importe quoi.
Mais bientôt ce sera fini, le froid m'emportera ou un vampire de passage.
Il "serait" temps pour moi de me mettre sur le marché, pour "remplir" mon devoir et devenir une
esclave. Une pute en gros. Mais non je n'y arrive pas, je ne peux pas. Je n'arrive pas à faire comme les
autres filles. Pourtant je serais à l'abri, au chaud, dans une vraie maison, et cette peur qui ne me
quitte pas depuis des années serait enfin silencieuse.
Le dernier article du New-York Times parlait de ce rôle-là, en société, un rôle très convoité. Pour ma
part, j'espère devenir une esclave dans longtemps ; voire mourir sous les coups de ses sangsues pour y
échapper. Ou comme Katherine, qui a eu la chance d'échapper à tout ça, grâce à son mari. Nous
l'avons rencontrée, Nate, Samantha et moi quand nous nous échappions, une nuit après que le Refuge
des jeunes où nous habitions ait été attaqué.
Les petits jeunots à l'époque étaient le trophée, la perle rare à posséder. La loi venait à peine de
passer, disant que seules les femmes et les hommes de plus de vingt et un an pouvaient être pris comme
esclaves.
Cela n'a pas plu à beaucoup de vampires qui se sont précipités pour faire leurs réserves de jeunes
humains. Cette nuit-là avait été un véritable chaos.
Pour Katherine, cela avait été différent, son mari l'avait fait passer pour morte, et cachée dans une
sorte de pièce secrète derrière sa bibliothèque. Elle avait attendu cinq ans avant d'en sortir ayant
atteint l'âge limite. On ne lui avait rien, dit, comme les vampires disaient : pas vu, pas pris. Quarante-
cinq ans et nous devenions des objets encombrants... Je suis jeune, j'ai la vie devant moi, à vingt et un
ans on a rien fait encore...
J'arrive enfin à sortir des ruelles devenues miteuse au cours du temps pour gagner un grand
boulevard, que je sais plus peuplé.
Les enseignes des magasins clignotent, des bruits de cloche résonnent, je vais avoir la migraine. Je
marche, en silence, les bras repliés sur moi-même pour tenter de garder le peu de chaleur que je
dégage.
C'est là que Nate me serait d'une grande aide. Ses bras chauds qui m'envelopperaient... ce serait le
pied. Je ne serais pas en train de claquer des dents, trempée de cette foutue neige fondue. On est en
décembre, et c'est bientôt Noël. Les rues de la ville le prouvent. Depuis qu'on est entré dans un
nouveau mode de vie, je déteste cette période de l'année, il fait toujours trop froid.
Les vampires ne l'ont pas supprimé par contre, disant que cette fête était sacrée pour beaucoup d'entre
eux. Je n'ose imaginer l'âge qu'ont certains membres de leurs espèces. Les rares qui ont croisé ma
route avaient l'air si jeune, de loin du moins.
Je rougis malgré cette fraicheur, je mens, j'en ai connu un de très près. Il n'aurait pas eu de crocs, je
me serai offerte sans aucun remords. Sauf qu'il en avait, et moi vivante, jamais je ne coucherai avec
l'un d'entre eux, c'est contre nature, je ne pourrais pas éprouver du plaisir dans les bras d'hommes,
de... Mâles comme ils disent, ayant participé au renversement de ce pays. Je préfère les hommes, les
vrais, ceux qui peuvent saigner, et dont la peau est chaude et non à température ambiante. Un homme
qui vieillit au fur et à mesure des années... Comme Nate.
Je chasse cette idée de ma tête, ce n'est qu'un ami, un ami d'enfance surtout. Et puis vu l’époque que
nous vivons, on ne peut pas laisser la place aux sentiments. Seule la survie compte.
Même si, Nate et moi, par le passé avons été plus que de simples amis. A plusieurs reprises même.
Mais la fin de l'épanouissement des humains rapproche les gens.
Je percute une vieille dame, et fais tomber son sac, je m'excuse rapidement quand je la vois s'énerver,
je n'ai pas envie d'attirer l'attention des traqueurs.
- Pardonnez-moi...
- Vous ne savez pas marcher jeune fille !! Sale petite maladroite !
Elle crie, et je crains le pire, je resserre mon manteau, baisse la tête, et marche d'un pas rapide
ignorant les protestations de la vieille dame. Je ne l'ai pas aidée pour ramasser ses affaires, cela ne
me ressemble pas, mais pas de bonne manière quand on est dans ma situation. Un petit rien peut nous
faire remarquer.
Des sifflets résonnent, et mon cœur s'arrête. C'est pour moi ?
Je tente de me fondre dans la foule, je croise le regard de pleins d'autres jeunes femmes comme moi, le
visage baissé pour ne pas se faire remarquer, comme si elles avaient honte.
Nous avons honte, d'être des femmes... Pour la simple et bonne raison que si nous n'en étions pas, nous
n'aurions pas besoin de nous cacher des recherches d'une police des plus infernale.
Je marche de plus en plus vite, une boule au ventre se forme, je crains le pire... j'ai peur d'être suivie,
et de ne jamais rentrer chez moi, où Nate et Samantha m'attendent.
La ruelle où se situe mon studio n‘est pas éclairée, je soupire, il ne manquait plus que ça pour rendre
ma journée encore pire : je me suis fait virer de mon boulot, si je peux appeler ça un travail. Serveuse
dans une boîte à pute ce n'est pas un travail très distrayant. Et même si je suis plus vêtue que la
plupart des femmes, je ne me fais pas moins aborder.
Je déteste ça.
Je déteste être touchée ou draguée par ces connards de suceurs de sang. Je les hais. Si je pouvais, et si
j'en avais les moyens je les empoisonnerais tous.
Qu'est-ce qu'ils peuvent bien trouver à une humaine moche, jeune, avec des hanches… franchement ?
Je n'ai rien d'excitant... Rien.
Mais je suis à l'abri là-bas, dans le noir le plus total et avec les projecteurs, personne n'arrive à
distinguer que je n'ai que 21 ans, et je peux gagner ma vie. Enfin je pouvais, aujourd'hui c'est fini.
Je resserre les pans de mon manteau, la prochaine économie à faire, ce sera pour m'offrir une autre
veste, celle-ci ne me sert à rien, je sens tout à travers. Il manquerait plus que je choppe une
pneumonie et là, il vaudrait mieux que je trouve rapidement un suceur pour me transformer ou pour
me vider. Les stocks de médicaments ne courent pas les rues, la plupart sont dans les hôpitaux
vampires. Oui, un vampire ça peut tomber malade, ça choppe des saletés, mais ça ne peut pas en
crever, ça ne fait que les ralentir. Un vampire est immortel et ne peut mourir qu'avec un pieu enfoncé
en plein cœur, ou décapité. Mais un rhume ne les tuera pas. Bien dommage !
Mes yeux dévisagent la ruelle sombre, je n'ai que vingt mètres à faire... Vingt avant d'atteindre la porte
de mon immeuble.
Courage !
J'inspire, et me lance, la tête baissée, on ne sait jamais si je croise quelqu'un, c'est ma plus grande
phobie, croiser quelqu'un de mal intentionné... Un vampire ou pire.
J'entends des voix quand j'arrive à la première entrée. Des voix d'hommes, rauques, ils rient.
- Hey trésor !
Je me mets presque à courir, je sais qu'on parle de moi, mon dieu fait qu'ils ne soient pas des vampires.
- Ma belle attend !
Je cours cette fois, sa voix est tout près, beaucoup trop près pour me rassurer... J'ai donné dans les
agressions, j'en ai subi deux déjà et depuis, je vis dans la terreur. Il n'y a aucune sécurité pour les
humains dans nos quartiers... Aucune.
J'arrive enfin à la hauteur de ma porte, je vois de la lumière sortir par la fenêtre de mon appartement,
si je peux appeler ça un appartement.
- Non, on veut juste jouer un peu avec toi, ricane un autre homme.
J'entends leur voix s'approcher, elles sont de plus en plus près. Je sors mon trousseau de clés les mains
tremblantes. Allez, allez dépêche-toi !
Mes mains tremblent de plus en plus et je n'y vois rien. Je tente en vain de faire vite...
- Aie !
Je sens quelque chose heurter ma tête, quelque chose de lourd et de... coupant ? Mon crâne me fait
mal soudainement comme si...
Je regarde, à mes pieds, il y a une bouteille de bière. Ils m'ont lancé... une bouteille en verre !!
J'arrive enfin à ouvrir la porte de chez moi, les pas des types bourrés étaient de plus en plus proches,
j'entendais leurs voix à un mètre ou deux. Encore une fois... j'ai échappé belle à un véritable carnage.
Je referme la porte plus vite cette fois ci, et m'appuie contre elle, mon cœur bat à toute allure, j'en ai
marre. Marre et j'ai froid.
- Faith ?
- Quoi ? Je demande
- Rien.
Je me redresse et monte les marches de l'escalier devant moi. C'est un tout petit immeuble de quatre ou
cinq appartements miteux, minables. Nous avons celui du rez-de-chaussée, juste à côté de la porte
d'entrée. C'est comme ça que Nate a dû m'entendre arriver.
- Mais tu saignes ?!
Nate passe ses doigts sur la plaie et je gémis, mince, ça fait mal !
- Merci, je le sens !
Il se répète.
- On m'a agressée avant que je rentre à la maison. Mais ça va, ils m'ont juste lancé une bouteille !
- Ça va, c'est bon tu ne vas pas commencer! J'en ai déjà marre de tout, j'aimerais t'épargner dans cette
liste !
Je le pousse et entre chez nous, la porte est ouverte. Nate m'attendait donc...
Je retire ma veste et l'accroche sur le petit portemanteau à l'entrée. Nate entre à son tour, referme la
porte à clé, et enclenche les trois verrous. On n'est jamais trop prudent.
Nate baisse les yeux et je sens le pire arriver. Mais j'espère au fond de moi entendre qu'elle a un peu
de retard mais rien de plus. Pitié, rien de plus que du retard.
- Faith, Sam... elle... je ne sais pas où elle est. Elle aurait dû être à la maison il y a plus de trois heures
et...
Je dévisage mon meilleur ami, les larmes me montent aux yeux. C'est injuste, terriblement injuste. Et
non, je ne peux pas y croire !
Figée, je l'observe. Je n'y crois pas, pas Sam, pas elle ! Impossible.
***
Toujours cette caresse chaude sur mon visage. Plus de pluie, plus de sol froid. Je sens quelque chose
de doux remonter et couvrir mon corps.
Ma peau frissonne. Je suis partagée entre la chaleur et l'éternelle froideur qui me fait claquer des
dents. Cela doit être ça le bruit sourd que j'entends.
Mes perfs ? On met des perfusions au Paradis ? Peut-être... Arrête de délirer, on ne rêve pas quand on
est morte !
Pourtant, la voix est très audible, elle est proche, et je sens quelque chose de dur, m'envelopper.
J'aimerais ouvrir les yeux et voir ce que c'est, mais j'ai si mal à la tête et mes paupières sont si
lourdes...
Je crois que je l'ai ouverte, je ne m'en souviens plus, mais le goût sucré et ce liquide chaud et
légèrement épais ne m'a pas échappé. C'était si bon... Tellement bon qu'il me fait sombrer à nouveau
dans un sommeil profond.
***
Une langue chaude et humide glisse le long de mon buste, je me cambre pour mieux recevoir cette
caresse délicieuse. Dans le noir le plus complet je ne vois rien, je ressens juste. Des mains de partout,
sur tout le corps, il est partout.
J'aimerais que cette langue aille plus bas, entre mes cuisses, que je puisse sentir cette douceur là où le
feu brûle en moi.
- Embrasse-moi.
J'ouvre les yeux, la respiration haletante, la vie m'offre un très beau visage à regarder. L'homme
possède un regard bleu envoûtant. Il est très beau. Vraiment très beau. Ma main vient caresser ce
visage d'ange que j'ai du mal à voir dans le noir. Sauf ses yeux. Je l'attire à moi et offre mes lèvres à ce
don Juan.
Elles sont douces, chaudes, caressent ma bouche comme de la soie. Ce goût si masculin m'excite
encore plus.
Donc ce sera trois hommes pour moi... Délirer est parfois plaisant.
Pardon ?
Mon regard se porte vers la voix. L'homme que j'étais en train d'embrasser n'est plus là, celui qui
découvrait mon corps non plus. Je me raidis, et mon cœur manque de s'arrêter. Un homme, un seul,
entre mes cuisses, le sourire aux lèvres.
Dead.
Chapitre 19
Une étrange chaleur m’enveloppe, j’ai comme l’impression d’être dans une machine à laver tant ma
tête tourne dans tous les sens. Je remue mes jambes, et constate que des draps caressent ma peau. Je
suis dans un lit. J’ouvre précipitamment les yeux, le noir m’entoure, la lumière de la lune diffuse un
faible halo, ne me permettant pas de distinguer le lieu où je me trouve.
Lentement je me redresse, une grimace se dessine sur mon visage, mon corps, et mes membres me
font un mal de chien, ils sont engourdis comme après une semaine de sport intensif. Sport intensif…
Des images en flash-back me reviennent à l’esprit. Mes joues prennent de la couleur en pensant à
l’homme entre mes cuisses en train d’explorer mon sexe, le léchant et le mordillant sans pudeur ni
tabou. Ma gorge s’assèche et envoie des papillons aux creux de mon ventre. C’était Dead, mon dieu,
j’ai fantasmé, et j’espère que ce n’était qu’un fantasme et pas une réalité parce que je le vivrais très
mal.
Donc j’ai fantasmé sur le vampire qui vient de me faire une crasse. L’une des pires à mon goût.
D’une, parce que j’ai aimé la façon dont il a fait tomber le mur que j’avais créé en me dévoilant ses
talents avec ses doigts, et de l’autre, parce que je ne voulais pas qu’il apprenne ce qui s’était passé.
Parce que c’est Louis, qu’il a l’air d’apprécier son ami, et que je suis conne de me soucier des
sentiments que pourrait ressentir un vampire. Surtout Dead puisqu’il n’a pas hésité à faire comme son
copain, me la faire à l’envers pour obtenir ce qu’il souhaite : mon secret dans ce cas-là. Mais cette
langue…
J’inspire un bon coup, c’est comme si l’air avait quitté mes poumons l’instant de quelques secondes,
le temps de me souvenir de cette caresse très intime et interdite à mes yeux.
- Réveillée ?
Je sursaute en entendant cette voix. Mes sourcils se froncent pour apercevoir l’ombre de l’homme qui
se tient à l’embrasure de la porte. Même si je n’ai pas la vision d’un vampire, je n’ai pas besoin d’y
voir clairement pour savoir à qui appartient cette voix.
- Je crois.
Je le vois approcher d’un pas déterminé. A sa place, je serai hésitante et j’aurais les bras levé pour
éviter de me prendre un meuble ou un mur.
Mon souffle s’accélère quand il vient s’asseoir près de moi sur le rebord du lit. Je remarque qu’il a
enfilé un simple t-shirt et un pantalon simple retroussé aux chevilles. Ses yeux bleu nuit éclairent la
pièce, et je me surprends à constater qu’ils m’avaient manqués.
- Comment tu vas ?
Qu’est-ce que je peux répondre ? Que je suis largué ? Que j’ai peur et que je suis étrangement
excitée ? Je me croyais morte pour de bon alors que non ? Mon corps, mon cœur et mon estime me
font un mal de chien ?
Je me tais, je ne sais quoi répondre. Mais je vois un sourire sur les lèvres de Dead. Qui-a-t-il d’aussi
drôle ?
- Tu n’es pas morte, je comprends que tu aies peur, que tu sois larguée, et j’aime bien que ton estime
en ai pris un sacré coup (il sourit d’avantage) D’ailleurs, je suis ravi aussi de voir que même aux
portes de la mort, je t’excite toujours autant.
Je perds mon expression neutre pour le foudroyer du regard. Sale maudit connard de suceur de sang !
Il n’a pas retenu la leçon alors ? Il a lu dans mes pensées à nouveau !
La moquerie est perceptible dans sa voix et m’énerve de plus belle. Je ne suis pas d’humeur à rire, ni
à plaisanter, c’est même tout le contraire, mais c’est Dead et il ne sait parler qu’en me taquinant. Ce
qui me blesse.
- Je ne te dirais plus rien connard ! Pas après ce que tu m’as fait et certainement pas quand je vois que
tu continues à lire dans mes pensées !
Dead soupire mais ne laisse pas disparaitre son sourire. S’il croit m’amadouer, il peut se mettre cette
idée où je pense !
- Tu crois bien !
- En fait, je ne le crois pas j’en suis sûr, quand j’entends les obscénités que tu penses sur moi. Tu sais
que je suis aussi en colère après toi, d’être partie comme une voleuse ?
- Arrête !
Il lève les mains en signe de défense et reprend sa série de questions. Apparemment résolu à ne pas
pouvoir me faire changer d’humeur.
- Comment tu te sens ?
- Là je te demande physiquement.
- La fièvre.
- J’ai eu de la fièvre ?
Oh…
- Oui, durant trois jours. Fièvre, douleurs, mal au crâne, une sévère pneumonie ainsi qu’un petit
traumatisme crânien suite à ta chute, d’où le mal de crâne et ce besoin de dormir autant. Nous pensons
que tu as dû heurter le trottoir en tombant.
- Nous ?
- Un médecin ?
- Vampire, beauté.
Oh… Cela m’aurait étonné qu’il appelle un docteur humain, étant donné qu’ils se font rares, et qu’ils
ne sont pas dans les petits papiers des politiciens.
Je l’ignore.
- Quel jour nous sommes ?
Dead passe sa main dans ses cheveux et fuit mon regard. Je sens que je ne vais pas apprécier ce qui va
suivre.
- Vas-y doucement !
Je me frotte le dessus de la main, et sursaute à nouveau quand je sens celles de Dead. Ses grandes
mains m’entourent et inspectent les dégâts que j’aurais pu commettre.
- Fais attention, tu peux te faire mal avec une aiguille dans la peau.
Je retire ma main de sa prise sentant une vague d’émotion arriver. Je détourne le regard à mon tour,
c’est dur. Dur de le voir, de le savoir proche après tout ça. Je me sens trahie et perdue. Je n’arrive pas
à comprendre pourquoi et surtout pourquoi je suis encore là.
- Ton sang.
Une vague de froid prend possession de la pièce, j’entends les jointures des doigts du vampire
craquer.
- Ne commence pas à dire ça Faith, parce que tu ne m’as jamais vu énervé, et crois-moi, ce n’est pas
la meilleure chose à voir !
- Et moi ? Tu m’as déjà vu énervée ?! Je crois que tu te trompes de personne, tu n’as pas à être en
colère ! Tu n’as aucune raison de l’être !
Je me tais, il fait de même. Je l’ai en travers de la gorge, je suis fatiguée et blessée, j’aimerai des
explications, des excuses surtout.
- Faith, d’accord, je n’ai peut-être aucune raison d’être en colère, mais… si j’en ai une énorme, mais
pas contre toi (il soupire) je suis un vampire, tu ne sais pas…
- Ah ça non, je ne sais pas ce que c’est que d’être un vampire et crois-moi, j’en suis très heureuse !
- En ayant bu ton sang, j’ai senti ce que tu ressentais, quand tu basculais de l’autre côté. Tu as agi
comme une enfant immature en te jetant sous cette pluie, alors qu’il ne faisait que quelques degrés, un
soir d’hiver. Jamais tu n’aurais dû t’enfuir.
- J’aurais dû rester à ton avis ? Pour regarder dans tes yeux cette pitié que tu peux avoir là ? Mais tu te
rends compte espèce de salaud, de ce que tu as fait ? (Je saisis d’une main un oreiller et lui lance
dessus, j’ai envie de lui faire mal autant qu’il m’en a fait) Tu m’as dupé, tu m’as séduite, t’as failli me
baiser et tout ça pour savoir ce que je te cachais ?! Non mais c’est ça qui n’aurait jamais dû se
produire !
Je sens ma voix vaciller et mes yeux qui deviennent humide. Je dois rester forte et ne pas craquer, je
suis déjà assez faible comme ça sans en rajouter d’avantage.
- Je suis désolé.
- Tu peux va !
- Tu es tellement têtue Faith ! (Dead se reprend quand il constate qu’il s’emporte) d’accord pour
l’instant, je veux bien croire que tu ne sois pas prête à me pardonner, mais tu n’arrives pas à
comprendre que je suis attaché à toi.
- Prend ces mots comme tu as envie de les prendre. Mais je suis lié à toi que tu le veuilles ou non et
jamais je n’aurais pu te laisser crever dans le froid. Jamais. Je me suis comporté comme un salaud en
te faisant jouir de mes mains pour découvrir ce que tu me cachais. Je le reconnais, c’était très
vampirique de ma part, mais que veux-tu j’ai plus longtemps vécu avec des crocs que sans, j’oublie
parfois mes bonnes manières. Sache que, mine de rien, j’y ai pris un plaisir fou…
- A me prendre pour une conne ?! Parce que le plaisir n’était pas partagé !
Dead plonge son regard bleu dans le mien, mais pourquoi il fait ça ? C’est la tentation ultime ! Je
craque à chaque fois, quand ses prunelles au caractère vif se posent sur moi. Cet homme au regard
passionné que je suis censée détester, s’il savait et j’en ai honte, que même après ça, quelque chose au
fond de moi, me hurle de lui dire que je lui pardonne, qu’il doit encore poser ses mains sur moi parce
que depuis longtemps je ne m’étais pas sentie aussi vivante. Il est tout ce que je déteste pourtant, mais
ça ne s’applique pas à lui, et ça me désole.
- Non, je n’ai pas aimé me servir de toi pour découvrir ce que tu me cachais Faith, mais c’était la
dernière solution pour que tu viennes à moi, que tu te libères totalement. Si j’avais pu te prendre et me
fondre dans ton corps dans cette ruelle, je l’aurais fait, parce que c’était terriblement tentant et que tu
es magnifique quand tu prends ton pied, j’ai adoré te mener au bord du gouffre et sentir autour de
mes doigts les spasmes de ton plaisir. Je n’ai pas honte de te le dire, encore moins de vouloir
recommencer, j’ai juste honte de l’avoir fait pour savoir ce qu’il avait fait.
Mais dans cette erreur, grand dieu, heureusement que ma queue est resté dans mon boxer, parce que
jamais je n’aurais pu me pardonner de prendre ton corps, en ignorant ce qui l’avait blessé.
Je sens sa main essuyer l’unique larme qui m’a échappé. Il est honnête, je ne pourrais pas le nier, mais
ça me fait mal de voir que c’est un homme bien. Combien auraient continué ? Combien l’auraient déjà
fait avant ? Et combien n’auraient jamais voulu savoir ?
- Je suis désolé que tu n’aies pas eu assez confiance en moi, pour me le dire avant. Pourquoi me
l’avoir caché ? C’est quelque chose d’important, de grave et de marquant pour une femme...
- Oh arrête ! Ne me fait pas croire que tu n’as jamais… violé ….fait ça à une femme Dead !
Ses doigts glissent vers mon menton qu’il tourne dans sa direction pour que nos regards se
rencontrent encore. Il a tenté de le fuir, j’ai fait de même, et pourtant je ne résiste pas. A travers le
voile humide de mes larmes, je remarque la sincérité, dans ce qu’il va me dire.
- Tu n’es pas un Saint ! Tu t’appelles Dead voyons pas Jésus ! Ne te fait pas passer pour quelqu’un de
bien.
Ma voix est voilée par l’émotion, si je suis en colère, on remarque aussi la peine qui l’entoure.
- Effectivement je ne suis pas un Saint, je suis même loin d’en être un. Je ne suis pas Jésus, je ne l’ai
pas connu c’est sûr, j’ai fait des choses très mal, même si ce que tu as appris de moi me fait passer
pour le grand gentleman. J’ai tué des gens, beaucoup, et même des innocents. J’en ai fait souffrir, j’en
ai torturé, j’ai été injuste, un grand salopard, mais jamais je n’ai violé une femme.
- Je ne te crois pas.
- QUOI !
J’entends le froissement des draps quand il s’approche de moi. Je sens sa main glisser vers ma nuque,
je le tue s’il tente quelques choses.
- Arrête de résister.
Je me tais quand j’atterris contre son torse, ses bras musclés autour de moi. Je ne sais pas comment
réagir, il m’a… surprise.
- Je suis désolé qu’on t’ait fait ça. C’est l’un des pires crimes à mes yeux. J’admire tellement les
femmes et leur beauté, ce qu’elles sont, ce qu’elles peuvent faire, je n’arrive pas à tolérer qu’on
blesse ce qui est merveilleux chez elle. J’aurais aimé que tu m’en parles, que tu te libères de ce poids.
Je n’aurais jamais essayé de te séduire, j’aurais touché ton corps différemment. J’aurais été patient…
et plus respectueux. Je suis peut être un monstre à tes yeux, mais pas un connard.
Je déglutis avec difficulté en entendant ses mots, ses paroles me vont droit au cœur, elles me font du
mal, comme elles me font du bien. J’inspire et sors de son étreinte. Je dois me montrer de marbre.
- Comment tu voudrais que se passent les choses Dead ? Que je te saute au cou pour te dire merci de
m’avoir sauvée ? Merci de m’avoir prise pour esclave, merci de ne pas m’avoir… à ton tour ? Merci
de te trouver attirant alors que tu es tout ce que je déteste ?! Non désolé, tu n’entendras rien de cela.
Je remarque la surprise dans l’expression de son visage. Oui, voilà c’est dit, il le sait, même si je me
doute qu’il le savait déjà auparavant. Vu que mes pensées, mes souvenirs n’ont plus aucuns secrets
pour lui.
- Non.
J’attrape un second oreiller et le frappe avec. Pourquoi c’est aussi simple de passer par tous les
sentiments avec lui ?
- Faith arrête !
- Qu’est ce ça changerait quoi que tu saches ? C’est n’importe quoi ton résonnement beauté, mais si ça
te fait plaisir, oui je m’en doutais.
J’arrête de le frapper.
- Depuis quand ?
- Depuis que j’ai bu ton sang. Depuis que j’ai gouté aux plaisirs de tes lèvres et de ce qui fait de toi
une femme entre mes mains… et puis (Il perd son sérieux, se pince les lèvres pour retenir un sourire
et lève les yeux au ciel avec amusement, je vais m’énerver encore plus je le sens) lorsque tu as rêvé
de moi entre tes cuisses quand je te montrais mes talents avec ma langue.
Je le dévisage, ne dis pas un mot, je n’arrive pas à me décider si connard ou salopard lui conviendrait
le mieux. Je ne sais pas ce qui me fait quitter le lit en premier, ma colère, ou ma soudaine pudeur.
Peut-être la honte d’avoir été gaulée.
- Faith, revient, tu vas avoir besoin de moi pour enlever ta perf et tu es à poil.
Je m’arrête soudainement et baisse les yeux pour constater qu’il a raison. Je suis nue, et ça y est, je
n’ai plus rien à lui cacher.
Je me pince les lèvres, je dois être rouge comme une tomate, et terriblement en colère. Je ne suis plus
à l’aise avec mon corps maintenant, non pas que je l’étais davantage avant mais… depuis…
Prend ton courage à deux mains et riposte ! Il faut qu’il arrête de se la jouer taquin je ne le supporte
pas.
Putain !
Je ferme les yeux et tente de refouler les images qui me viennent à l’esprit.
- Je ne veux plus rien de toi Dead, ni ta langue, ni ta bouche, encore moins ta queue, que grand dieu,
j’ai la chance de ne pas connaître et désormais c’est à peine si je veux te voir. Pas après que tu m’aies
fait ça.
Je marche vers la porte de la salle de bains en l’ignorant. En ignorant son soupir désespéré.
Chapitre 20
Très en colère, j'enroule la première serviette que j'attrape, autour de mon corps nu, humide et encore
endolori. Si je n'avais pas remarqué le changement de décor immédiatement, la salle de bains m'a
bien confirmé une chose : que je n'étais pas chez moi, mais dans un lieu inconnu. La pièce est
immense (comme tout ici), et sombre, (comme tout ici aussi). La boule au ventre m'a tenu compagnie,
durant tout le temps de ma douche, je suis dans la confusion, et visiblement, pas au mieux de ma
forme. J'ignore en plus ce qui a pu se produire durant ses dernières soixante-douze heures.
Connaissant, enfin, d'après ce que je connais de Dead, je ne pense pas qu’il soit du genre à tenter quoi
que ce soit avec une femme endormie... Quoi que, je ne pensais pas qu'il soit le genre à me mener à
l'orgasme, simplement pour obtenir des informations. Ce connard aurait dû faire carrière comme
agent secret, il s'en serait sorti à merveille avec les talents qu'il a. Oui, ça m'énerve de le reconnaitre,
tout comme le fait que je n'arrive pas à avaler qu'il l'ait fait et que j'ai apprécié. C'est dur tout ça... Dur
de vivre à ses côtés. Parce qu'il n'est pas comme les autres, et que ça m'emmerde qu'il ne le soit pas.
Tout serait plus simple, je pourrais le haïr à ma guise, et jamais ce petit truc qui n'aura pas de nom, ne
serait né. Je suis en colère contre lui pour l'instant, mais pour combien de temps ? Pas éternellement,
il a raison. Encore.
- Je l'ai enlevée, comme quoi, je n'ai pas besoin de toi... Qu'est-ce que tu fais encore ici ?
C'est sa chambre après tout Faith, c'est chez lui, il fait ce qu'il veut. Avoue que tu veux le mettre
dehors parce qu'il te met mal à l'aise.
- Moi pas, j'aimerais être seule. Et ne compte pas dormir ici ce soir. Tu n'as qu'à prendre mon lit
puisque tu m'as mise dans le tien.
Il soupire, exaspéré. Je me fige devant lui, il a appuyé les coudes sur ses genoux en me dévisageant.
Mais ne croise pas mon regard. Je sens mes joues prendre de la couleur, j'aurais dû prendre quelque
chose à enfiler, je ne suis pas à l'aise du tout avec seulement ma petite serviette.
- Aucune idée.
Je resserre la serviette et le dévisage, il n'a pas bougé d'un poil depuis que je suis partie de la pièce. Il
a l'air pensif, et c'est dans ses moments précis que j'aimerais bien, moi aussi, posséder le pouvoir de
lire dans les pensées.
- Ma main va bien.
Il la montre du doigt, sans m'adresser un seul regard. Je préférerais qu'il me regarde dans les yeux
plutôt que mon corps.
- Non.
Regarde autre chose. Regarde-moi dans les yeux Dead merde ! Ne te préoccupe pas de ma main mais
du reste. De ce qui est vraiment blessé.
- Est-ce que tu peux m'apporter de quoi m'habiller si ce n'est pas trop te demander ?
- Tu pourrais aller me chercher un t-shirt ou quelque chose pour me couvrir s'il te plait ? Je continue
sur le même ton.
Mettre du froid entre nous. Vouloir le savoir le loin, parce que ça ne va pas.
J'hésite, c'est un peu trop... intime de lui réclamer un caleçon aussi. Beaucoup trop intime.
- Oui.
- D'accord.
Il s'approche de moi, me contourne et se dirige vers le fond de la pièce, près d'une sorte d'armoire
encastrée dans le mur. Sans rien dire, sans me regarder, et je ressens un petit pincement au cœur. Je
suis pire qu'un casse-tête chinois, difficile à comprendre et presque insolvable, et incompréhensible.
Deux minutes avant j'avais envie qu'il parte, maintenant, le sentir froid me peine.
Pire qu'un sodoku !
J'entends du bruit, signe qu'il cherche quelque chose. Il revient vers moi peu de temps après, un grand
t-shirt bordeaux et un caleçon noir avec encore une étiquette dessus dans les mains. Geste attentionné.
- Ils sont propres, et... Je me suis dit que tu serais plus à l'aise...
- Mer... Merci.
Ben voilà, la meilleure façon de me faire changer littéralement de comportement : être gentil. Et c'est
ce que ce vampire sait faire de mieux. Malgré tout.
- Oui... Avant que tu t'énerves, c'est plus fort que moi, je n'ai pas eu le temps d'ignorer ce que tu
pensais.
- D'accord.
- Dead...
- Pardon, je me retourne.
Il s'exécute et m'offre son dos. Malgré la nuit, la lueur sombre de la chambre, j'arrive à voir à travers
le tissu blanc de son-t-shirt, le début de son tatouage sur le flanc droit. Dead croise les bras ce qui fait
remuer ses muscles et m'assèche la bouche.
Pourquoi ?
Je vérifie en me penchant un peu, qu'il est bien tourné et qu'il ne triche pas. D'une main, je défais ma
serviette qui tombe sans un bruit sur le sol. L'air frais de la chambre vient caresser ma peau nue et
encore légèrement humide. Je me raidis quand j'entends Dead respirer mon odeur. Rapidement,
j'enfile le t-shirt et son caleçon Calvin Klein.
Un petit sourire nait sur mes lèvres, ça me rappelle de très bons souvenirs avec Nate et Sam. On
adorait piquer à ce dernier tous ses CK, juste pour le plaisir de l'embêter, et parce que pour dormir,
on est super à l'aise avec.
Une fois vêtue de pas grand-chose au final, je me racle la gorge pour le prévenir que j'ai fini de jouer
les nudistes. Dead me fait de nouveau face, et se fige sur le t-shirt.
Non en fait, il est super bien foutu. Comme tous les vampires de sa... Génération ? Je ne sais pas si
c'est le meilleur terme à employer.
Nous sommes face à face, dans le silence pesant de sa chambre.
Que faire ? Que dire ? Dois-je parler en premier et lui dire des choses sympathiques ? Ai-je envie
tout court d'être gentille avec lui après l'événement de la ruelle ?
- Je vais...
- Te laisser... Pardon ?
Je baisse la tête et me dirige vers la sortie, le parquet est froid sous mes pieds, j'ai hâte de me glisser
sous mes draps, de dormir, encore et encore.
- Attends, revient.
J'ignore la voix de Dead, comme il y a trois jours. Je crois avoir compris, après le regard de pitié
dans la ruelle, et le même il y a une demi-heure, je pense qu'il a opté pour « je ne la regarde plus du
tout » comme ça, elle ne verra rien de ce que je pense. Très aimable de sa part.
Je sens une pression sur mon bras qui m'arrête immédiatement.
Calme.
Ce poids. Celui de ce regard, son regard, je le sens dans mon dos. Enfin. Je ferme les paupières et
inspire calmement, tentant d'évacuer rapidement ce nœud au ventre.
C'est Dead. C'est sa main.
- Dead, je suis calme, à mon grand étonnement, je ne t'ai pas encore giflé, mais ta main serrant mon
bras va me faire paniquer.
- Désolé.
- C'est rien.
- Est-ce qu'on peut parler calmement, face à face comme deux adultes ?
Parce que je me sens arriver devant un mur, si haut, que je ne suis pas sûre de pouvoir le surmonter
pour, ne serait-ce que regarder de l'autre côté quelques instants.
- J'y tiens.
Super, ma voix tremble en plus. Il manquait plus que ça ! Je sens sa main saisir la mienne, doucement,
sans geste brusque. Ses doigts passent entre les miens. Son pouce caresse l'intérieur de mon poignet
pour me détendre. Quand le calme me gagne enfin, je le laisse me trainer vers le lit, où nous nous
asseyons sur le bord face à face. J'espère que le silence va se prolonger, mais Dead n'est pas du même
avis.
- Oui... (Ma voix est rauque, je tousse pour reprendre un ton convenable) Oui, je t'ai demandé si ton
regard sur moi avait changé, depuis que tu sais que...
Je tique, immédiatement, dès que le mot sort. Je sens une dizaine de mètres se rajouter au mur.
- Je ne vais pas le dire autrement Faith. C'est dur à entendre, mais c'est la stricte vérité. Il ne t'a pas
baisée, il t'a violée. Même si ça fait mal de l'entendre, il faut que tu appelles un chat, un chat.
Respire Faith !
De nouveau, je sens sa main se poser sur la mienne. Je la vois caresser chaque parcelle de ma peau.
Doucement, tendrement.
Je refuse qu'il me voie comme une petite chose fragile. Je veux qu'il continue de jouer à l'homme
possessif, mystérieux et désireux de trouver le moyen de me faire parvenir jusqu’à son lit. C'était
tellement plus simple quand il l’ignorait, il n'y avait que sa séduction.
- Oui, je murmure.
- Face à face.
Son autre main vient soulever mon menton pour que je le regarde. Ses yeux bleus m'attirent tout de
suite.
- C'est évident que mon regard sur toi vient de changer. Comment pourrait-il en être autrement ?
Je n'ai pas appris que tu étais blonde en vérité, ni Russe, ou équilibriste, je viens d'apprendre quelque
chose de douloureux sur toi. Quelque chose que je déteste. Ce n'est pas de ta faute ce qui s’est produit.
Même si souvent, les femmes pensent que c'est le cas, non, ça ne l'est pas. Ce que j'essaie de te dire,
c'est... que oui, il a changé.
Je ne vois plus en toi la petite humaine d'une vingtaine d'années qui écoutait derrière les portes de son
ancien maitre, je ne vois plus la femme rebelle, teigneuse, froide et sèche, en colère contre le monde
entier.
Je vois quelqu'un de très courageux, belle comme jamais, qui pense que, j'arrêterai de la désirer,
maintenant que je sais qu'on l'a blessée, ce qui est faux. Je te désire autrement. Pas de la façon dont tu
penses.
Je ne vois pas en toi quelqu'un de faible ni de fragile, tu es brisée, en attente de pouvoir trouver la
colle pour recoller les morceaux, si ces morceaux, tu veux bien les donner.
Ma vue devient trouble, il ne faut pas me dire des choses comme ça, elles me font pleurer
automatiquement. Dead et son regard confiant deviennent une silhouette méconnaissable. Je sens la
pression de ses pouces essuyant mes joues. Deux fins traits humides se dessinent sur mon visage. Je
ferme les yeux pour contenir le reste, non je ne dois pas pleurer. J'ai assez pleuré dans ma vie comme
ça, mon quota est largement dépassé depuis longtemps.
Je tourne la tête pour ne plus avoir ses mains sur moi, j'ai honte d'avoir mal là, au creux de ma
poitrine. J'ai honte qu'il sache, quelqu'un comme lui ne devrait pas savoir ça, il est tellement... classe.
Mon corps est secoué par des spasmes, ceux qui retiennent le peu qui reste de ma fierté. Ah non
pardon, ma fierté, je l'ai perdue il y a bien longtemps, je ne suis même pas sûre de me rappeler ce
qu'est la fierté.
- Faith, regarde-moi.
- Regarde-moi.
J'obéis, j'ouvre les yeux et je le regarde. J'y lis de la peine, une profonde tristesse s'est emparée du
beau politicien.
- Est-ce que tu penses sincèrement que c'est à cause de moi que tu pleures, ou est-ce plutôt à cause de
Louis ?
Pourquoi je dis ça ?
Dead fronce les sourcils.
- C'est mon ami, effectivement, mais... Même si je le considère comme tel, je n'oublie pas ce qu'il a
fait à la femme que...
Je pose ma main sur sa bouche. On peut parler de tout, mais pas de sentiments. Dead me regarde,
essaye de me faire changer d’avis, à l’idée de son regard, je tiens bon, c'est hors de question.
- Pas de sentiments.
- Je suis très en colère après lui, je tenais à ce que tu le sache. Comme je tiens au fait que ce qu'il a
fait, ne reste pas impuni.
- Oh si Faith, là, encore tu te trompes, nous ne sommes rien sans vous. Sans votre sang, votre vitalité,
nous oublierions ce qu'est de vivre. D'avoir la peau chaude (Ses doigts glissent le long de mon bras,
remontant vers mon coude. Je frissonne légèrement) d'entendre le bruit d'un cœur qui bat. Sans vous,
on ne serait que des bêtes.
Je ferais payer à Louis ce qu'il a fait. Je ne le tuerais pas parce que... (Dead baisse la tête) c'est mon
ami, je suis en colère après lui, mais il reste mon ami et je ne peux pas le tuer, même si l'envie ne
manque pas. Mais je tenais à ce que tu le saches, à partir de maintenant, il cessera de faire de tels actes.
Je le dévisage sans rien dire, j'ai envie de me venger toute seule, sans l'aide de personne. Mais je sens
qu'il tient à le faire. C'est trop me demander, de lui laisser ça.
- J'y tiens.
- Dead...
Ses doigts caressent à présent ma joue, j'entends le bruit du froissement des draps alors qu'il se
rapproche. Un frisson m'envahit lorsque son autre main vient se placer derrière mon dos pour
m'attirer contre lui. Une nouvelle fois.
Je ne résiste pas, je me laisse aller dans ses bras qui m'entourent d'avantage pour me serrer plus fort.
- Laisse-moi faire ce que Louis mérite d'avoir. Laisse-moi faire quelque chose pour toi.
- Embrasse-moi alors.
Chapitre 21
Se mettre à nu.
Mais qu'est-ce qui me prend ? Pourquoi je lui demande ça ? Pourquoi j'en ai envie ? Et pourquoi je
réfléchis à la question en fait ? Je n'ai qu'à le faire !
Je suis perdue... Encore et toujours. C'est la même histoire. Je tourne en rond comme une petite
cuillère dans une tasse de café. Pitoyable.
Dead me regarde droit dans les yeux, je remarque une étincelle de surprise mélangée à autre chose :
du désir. Il ne s'y attendait pas ? Moi non plus.
Je ne sais pas ce qui m'a pris de dire ça, tout ce que je sais, c'est que j'en ai envie. Enfin je crois. Oui,
j'en ai envie, rien que d'y penser, de savoir que je vais avoir la possibilité de poser mes lèvres sur les
siennes une nouvelle fois, de sentir des frissons naitre aux creux de mon ventre, je le veux.
Je sais de quoi il est capable, ce que l'on ressent quand on partage un moment intime à ses côtés. Dead
est un vampire, un vrai qui confirme les rumeurs comme quoi, ce sont de véritables bêtes de sexe.
Je veux oublier l'espace de quelques instants, toute la merde qui nous entoure. J'ai besoin de me
prouver à moi-même que ça peut aller. Qu'on peut ressentir quelque chose d'autre, que de la colère...
Dead me fait basculer sous lui, je sens le poids de son corps contre le mien, son souffle chatouille
mon visage. L'adrénaline m'envahit, je veux sentir ses lèvres sur moi. Maintenant.
- À moi.
Je fonds lorsqu'il pose enfin sa bouche sur la mienne. Comme dans mon souvenir, elles sont douces et
chaudes, l'odeur très masculine de Dead envahit mes narines. C'est agréable. Lentement, après un
suspens d'un dixième de secondes, il remue ses lèvres et je fais de même pour lui rendre son baiser.
Je sens la chaleur monter crescendo au creux de mon ventre. Il prend son temps, savoure ce contact,
et j'aime ça.
Mes doigts viennent agripper ses cheveux, les tirants pour l'inciter à aller plus loin. Je gémis contre
lui, je veux qu'il comprenne que j'apprécie le moment. Sa langue passe et repasse sur ma lèvre
inférieure, mais ne cherche pas à entrer. Elle me rend folle.
Ma main glisse le long de son dos, passe sous son t-shirt, caresse sa peau. Je sens son sexe grossir
contre ma cuisse, j'ai chaud, très chaud, je veux plus. Je veux sentir ses doigts et ses mains parcourir
ma peau comme il sait si bien le faire. Être vivante.
Dead continue de jouer avec sa langue sur mes lèvres, il les mordille, les suce, c'est très excitant de
sentir ses crocs en plus.
Puis j'ouvre la bouche davantage, et redécouvre le plaisir de caresser sa langue avec la mienne.
Des frissons, la chaleur qui monte un peu plus. Sa main remonte le long de mon buste, passe sous
l'informe t-shirt, et vient pincer avec ses doigts l'un de mes tétons. Mes gémissements s'étouffent entre
ses lèvres, il est de partout. Dead me touche de ses mains et remue des hanches, son sexe se frottant
contre le mien, pile à l'endroit exact et sensible de mon corps. Là où un feu ardent rêverait de le
sentir s'y glisser pour le faire flamber davantage.
Je remue du bassin pour l'accompagner dans ses mouvements, le serre contre moi tout en
l'embrassant. Ma main part à la dérive vers son pantalon, si je dois conserver la barrière de mon
caleçon, je veux le sentir lui réellement contre moi. Sauf que Dead se raidit lorsque ma main passe
sur l'élastique.
Le souffle court, il s'écarte légèrement de moi. Rompant le délicieux contact de son sexe se frottant
contre le mien. Ses mains quittent mon corps pour retrouver leur place contre le matelas, loin de tout
contact. Je dois le retenir pour éviter qu'il ne s'éloigne complètement, j'appréciais de le sentir peser
sur moi. Je me sens en sécurité, à ma grande surprise, et excitée pour la première fois depuis un
moment.
Il remue, visiblement encore mal à l'aise. De nouveau, son membre dur vient s'appuyer contre mon
ventre, ce qui nourrit davantage mon désir pour lui.
Dead détourne la tête, je sais qu'il tente de me cacher ses crocs.
Je le lâche, et ne dis rien quand il se glisse à mes côtés, proche, mais pourtant si loin, j'ai
l'impression. Toute trace de désir s'envole en quelques secondes.
Allongée sur le dos, je dévisage le plafond, mieux vaut ça que le vampire à côté, et je remarque qu'un
miroir est caché sous un drap noir très fin. Qu'est-ce qu'il fiche avec ça ? Je hausse les sourcils quand
je comprends, ah d'accord, c'est pour...
Des doigts glissent dans mon cou, je me fige. Je suis... Frustrée en plus.
- Je sais.
Je soupire, et lève un bras vers mon visage pour me cacher. Je ressens soudain de la honte, beaucoup
de honte. J'ai obligé un homme à m'embrasser alors qu'il n'en avait pas envie. J'ai voulu me servir de
ce vampire dans mon propre intérêt ? Est-ce que j'ai voulu ça ? Ou alors, comme je le pensais, une
fois qu'il saurait, il serait dégouté. Parce que moi, j'ai aimé ce qui vient de se passer.
- Non.
- Pardon ?
Bon sang Dead ! Je serre les dents, je ne veux pas qu'il lise dans mon esprit à n'importe quel moment,
des fois il m'arrive de trop penser, de ressasser mon passé, des événements douloureux dont je ne suis
pas prête à parler.
- Ne fais pas ça, ne lit pas en moi comme tu pourrais lire le journal, je n'aime vraiment pas ça, j'ai
l'impression de perdre mon jardin secret. Déjà que le pauvre ces derniers temps, il ne va pas fort.
Laisse-moi quelque chose que tu ne sais pas.
Je lui jette un regard en me retournant pour lui faire face, non, c'est faux, j'ai confiance en lui sinon,
jamais je n'aurais voulu aller plus loin que ce baiser.
- Non beauté.
- Si, sinon, je ne serais pas dans tes bras. Je n'accepterais pas d'être proche de toi. Ce que tu ne
comprends pas c'est que je ne suis pas de ton monde, lire dans les pensées des autres, les manipuler, je
n'aime pas ça. Je suis secrète, un point c'est tout, je veux garder un jardin secret. Tu n'as pas à tout
savoir.
- D'accord.
- Dead...
- Désolé pour cette fois-ci, mais je voulais savoir pourquoi tu étais si distante d'un seul coup. Donc, je
reprends là où j'en étais. Non, tu ne me dégoutes pas, c'est... (Il soupire) Si je me suis arrêté c'est parce
que je ne pouvais pas aller plus loin, pas que je n'en ai pas envie, j'en meurs d'envie, (Il sourit, et je
vois ses crocs pointer) simplement, j'ai besoin de temps pour digérer ce que j'ai appris. Et je sais que
tu n'es pas prête. Tu penses l'être, mais ce n'est pas le cas, le jour où l'on se connaitra de cette
manière... Là (sa main glisse le long de mon torse, dans une douce caresse) tu le sauras. Tu ne te
poseras plus de questions, pour toi ce sera normal. Je ne veux pas non plus que tu couches avec moi
pour tenter d'oublier Louis. Ma fierté en prendrait un coup, et la tienne... tu n'en aurais plus, ce que je
refuse. Chaque chose en son temps beauté.
Je le dévisage, encore une fois il a raison. Il a toujours raison. Son bras passe dans mon dos, à la
naissance de mes fesses. Là où se situe ce maudit tatouage que je déteste.
- Je ne sais pas comment le prendre ! Savoir que tu penses que je suis une adolescente me vexe ! J'ai
tout ce qu'il faut là où il faut pour te prouver le contraire !
Non mais !
Dead se met à rire.
Je tente de me dégager de son étreinte, mais il n'est pas du même avis que moi. Je résiste donc à
l'envie de sentir un autre corps près du mien. Je ne suis même pas sûre que je résiste, en fin de
compte, je reste près de lui. Parce que j'en ai envie finalement.
- Ah Faith... je ne m'ennuie pas avec toi. Quand je dis que je vais redécouvrir la joie d'être un ado,
remarque les adultes le font aussi, donc, je me suis mal exprimé.
Je parle de toutes ses choses que l'on fait avant d'atteindre le but ultime à deux. Avant de découvrir le
corps de l'autre, bien que (ses yeux louchent vers mon t-shirt) j'en ai déjà vu pas mal. Tu vas voir, tu
ne vas pas t'ennuyer avec moi.
- Je suis un grand romantique refoulé, je vais te faire découvrir des tas de choses et prendre mon
temps pour te séduire comme il faut. Comme au bon vieux temps !
- Et alors ? Tu n'imagines pas comment c'était à l'époque. Les sentiments avant tout. Bon, d'accord, du
sexe, il y en avait pas mal, mais c'était une période que j'aimais beaucoup. Tout était d'une simplicité,
remplie de découvertes en tout genre.
J'ai vaguement étudié cette époque en histoire quand j'allais encore à l'école. Ça me parait si loin...
- Alors Faith ? Que penses-tu de recommencer à zéro et d’entrer dans le jeu de la séduction, la vraie ?
Dead se penche vers moi, mon cœur commence à battre fort dans ma poitrine, je noie mes yeux dans
les siens, avec un regard pareil, comment lui dire non ?
- Tu ne peux pas me dire non. (Son souffle m'effleure le visage) Moi je ne pourrais pas te dire non si
tu me le demandais.
- Pourquoi ?
Dead recule, rompant notre étreinte pour de bon, il éclate de rire et s'étire, son t-shirt dévoile un bout
de son tatouage. Son étrange tatouage, je me surprends à vouloir glisser mes doigts dessus.
Je me redresse pour m'asseoir contre la tête de lit, je préfère qu'on discute ainsi. Il fait de même, on se
regarde, sans dire un mot. Il attend quoi pour parler ?
- Je comprends.
- Alors ? Pourquoi Dead ? Non en fait, le pourquoi est trop vague. Il faut que je sache le pourquoi à
tout.
Dead se met à sourire. Je fais de même, un peu mal à l'aise. Il voulait qu'on ait une conversation
sérieuse ? On va l'avoir. Il est vrai qu'elle ne l'était pas il y a dix minutes, mais Dead a raison, parlons
sérieusement une bonne fois pour toute.
- Tu m'amuses. J'aime parler avec toi. Alors je t'écoute, quelle réponse je dois te fournir et à quel
pourquoi elle va répondre ?
Je réfléchis, et tente de trouver les mots. Quand ils arrivent, je ne peux plus les arrêter.
- Pourquoi moi ? Enfin qu'est-ce que tu me trouves franchement ? Regarde-moi ! J’ai vingt-cinq ans,
je suis une humaine ! Je ne suis pas... très belle, ni très... sexy. Je n'ai rien d'exceptionnel, et ne fait pas
cette tête Dead, tu sais que j'ai raison.
Je ne dis pas ça pour avoir des compliments, non, cela fait très longtemps que j'ai accepté mon cas, je
veux juste comprendre, pourquoi tout ça ? M'avoir prise à Louis, être si gentil, patient, je sais que tu
as déjà répondu à la question l'autre jour mais... je dois savoir vraiment ce que tu caches. Tu crois que
je ne le vois pas ? Toi aussi tu es très secret, je ne sais presque rien de toi. Bon d'accord tu t'es ouvert
un peu au restaurant mais ça ne me suffit pas.
Je sais que tu es quelqu'un d'important, mais tu traines pas mal de secrets. Tu veux savoir les miens ?
C'est fifty-fifty. J'ai vraiment besoin de savoir qui est la personne avec qui je vis et depuis l'événement
de la ruelle, je ne sais plus où j'en suis avec toi. Tu sais ce que l'on me dit sur toi ? Que je devrais me
méfier, mais pourtant, quand je te vois, quand tu es avec moi, quand on discute, tu n'as rien de
méchant ou de quelqu'un dont on devrait se méfier. Alors pourquoi moi ? Qui es-tu vraiment ?
J'observe Dead muet comme une taupe. Je crois que j'ai cloué le bec à Monsieur Creaving.
- Non c'est juste que pour la première fois, tu m'as pris de court. Laisse-moi le temps de te répondre.
- Tu l'as fait ?
- Non.
Mais je te fais confiance ! Mais il y aura toujours des doutes, il y en aura souvent. Je suis méfiante.
- Faith ?
- Oui ?
- Ne t'inquiète pas beauté, je n'ai pas l'intention de te transformer. Loin de là. Donne-moi tes mains, je
vais te montrer.
- Ecoute, je suis très mal à l'aise avec les capacités qu'ont les vampires, je...
- Je t'explique, je vais seulement te prendre contre moi, tu vas fermer les yeux et me laisser faire.
Fais-moi confiance, il ne t'arrivera rien.
Fais-lui confiance !
J'hésite quelques instants, et finis par me déplacer et grimper sur ses genoux qu'il relève pour que je
sois plus à l'aise. Mes yeux dans les siens, je l'observe quelques secondes le temps de trouver le
courage nécessaire pour fermer mes paupières.
Je les ferme, et tout commence.
***
Je sens un regard sur moi, lourd, pesant, je lève les yeux. Mon cœur s'arrête quand je la vois. Une
femme, belle, brune, un visage d'ange et d’une beauté qui me coupe le souffle. Je sens ma queue durcir
contre la braguette de mon jean. Mes canines me font mal, je fixe ses yeux. Elle a de très beaux yeux,
et des lèvres...
- Je présume ?
J'ignore la remarque de Louis, il n'y a qu'elle. Je me lève, marche dans sa direction, je veux la toucher,
connaitre la douceur de sa peau, sentir son odeur.
- Dead Creaving
Je tends ma main vers elle, j'ai envie qu'elle la prenne, je veux la toucher. Mais elle hésite, je sens sa
peur, elle ne devrait pas. Je ne lui ferai pas de mal.
Enfin si, à cet instant, je meurs d'envie de planter mes crocs dans sa gorge, et lui faire découvrir autre
chose. Elle regarde mes yeux, je crois qu'ils lui plaisent, si elle savait comme les siens m'attirent
davantage.
Elle saisit ma main et je sens naitre quelque chose au fond de moi. Quelque chose que je pensais ne
jamais connaitre.
FLASH
Je vois, revis, et sens ce nous avons vécu tous les deux dans les toilettes lors du Gala, son désir, son
envie de me protéger, de m'avoir et de me mettre en sécurité. Il ressent des choses, mais à ce stade,
pas assez pour que je comprenne si ce sont des sentiments ou seulement une faiblesse. Je pense rougir
en voyant ses mains et notre baiser. C'était tellement agréable ce moment de perdition.
FLASH
Senan entre dans la pièce, je lève les yeux de mon dossier, prenant bien soin de mettre de côté mes
pensées, ce fils de pute a un don plus développé que les autres. Il capte tout. Je me méfie un peu,
surtout après la rencontre que j'ai faite...
- Boss ?
- Entre Sen
- C'est fort.
- La femme, c'est la première fois que je ressens ce sentiment chez toi. Tu es très attiré, elle te plait.
Qui est-ce ?
Merde.
Je pose mon dossier, passe les mains dans mes cheveux. Pour moi aussi, c'est la première fois que je
ressens ça.
Un simple regard, son sourire et un mot de sa bouche, j'ai craqué comme un faible. En 700 ans... Elle
m'attire, je la désire.
- Une humaine.
- Mais encore.
Je souris.
- C'est bien parce que c'est toi. Je crois que c'est la femme qui va me prouver, que ce que j'ai dans la
poitrine ne me sert pas à rien.
FLASH
Je nous vois dans la ruelle, nos deux corps n'en formant qu'un seul. Je sens son plaisir, son désir et...
la confirmation de ce qu'il ressent ; le début de quelque chose. J'aimerais revivre, et de nouveau
ressentir ce moment. C'était tellement... bon.
FLASH
- Dans 1 an ?
Je souris, et lève ma coupe vers mon allié, et ami. Un an c'est bientôt, les prochains mois vont passer à
toute vitesse. Peut-être trop vite. On va trop vite ?
- Nous sommes de plus en plus nombreux. Notre parti gagne du terrain, dans douze mois, nous serons
des hommes riches. Attend on n'est pas en France, le Pays ici, L'Angleterre est plus fragile. Nous
avons toutes nos chances pour...
Je lâche les mains de Dead quand le flash-back s'arrête brusquent, j'ouvre les yeux et l'impression de
basculer en arrière m'envahit.
- Dead...
- Respire, calme.
Sa main est dans mes cheveux, j'ai la tête qui tourne un peu. Il me tient assise contre lui, sur ses
jambes.
- Comment tu fais ça ?
- Des années d'expérience, je suis un vampire assez âgé, j'ai développé cette capacité et je possède
assez de forces pour partager ça avec quelqu'un d'autre.
- Faith ?
Mon cœur bat très fort, j'ai l'impression qu'il va lâcher. Tout était si réel, j'avais l'impression d'être...
Lui. J'ai ressenti chaque émotion, chaque parole, chaque pensée. J'ai vu des choses qui, même
racontées par lui, n’auraient pas été plus réelles que si je les avais vues de mes propres yeux.
Il a des sentiments. De vrais sentiments et autre chose... je suis troublée.
Je refuse.
Je baisse la tête, j'aurais espéré que ce ne soit qu'un jeu pour lui, pas que tout ceci soit réel. Au fond de
moi, je trouvais ça plus simple de douter et de n'être jamais sûre de rien.
- Pourquoi ?
Je soupire.
- Explique-moi alors.
Je reporte mon regard sur lui, il est rempli de tout le désespoir que j’ai en moi. Ma main vient
caresser sa joue. S'il savait dans quoi il s'est mis.
- Ce n'est pas fait pour moi, l'amour, aimer quelqu'un, m'attacher, vouloir plus et ne jamais avoir. J'ai
connu ça. Je suis certaine depuis l'enfance être la cible d'un chat noir, pour n'avoir jamais de chance,
tous les gens que j'ai aimés sont partis un jour. J'ai plus souvent ressenti la peine, que la joie en
amour...
- Où est-ce qu'on va alors Faith ? Tu ne peux pas me dire que tu ne ressens rien.
Touché.
Voilà, je me retrouve ainsi sans mots avec un vampire qui me fixe intensément de ses sublimes yeux
bleus. Je me sens prise au piège de devoir dire ce que je ressens. Mais on avait dit fifty-fifty, il s'est
livré, je dois en faire autant.
- Ce n’est pas que je ne ressens rien, je refuse juste de mettre un nom sur ce que je ressens pour toi.
Tu es un vampire et... ne le prends pas que pour toi, ce n'est pas toi, c'est... ce que tu es. Je ne peux pas
aimer un vampire, c'est trop me demander. Mais oui, j'ai des sentiments pour toi, je suis attirée, je
ressens du désir, j'ai peur de tout ça... peur de plus et peur de ce que je viens de voir Dead, ce que tu
ressens à mon égard me fait flipper.
- Je ne sais pas quoi te dire. On vient d'apprendre des tas de choses l'un sur l'autre, je crois que c'est
suffisant pour ce soir.
Je remarque une sorte de déception sur son visage. Je descends de ses genoux et reprends ma place.
- Ca ne te plaira pas.
- Dis-le quand même !
- OK ! (Il se tourne vers moi) Faith tu as peur je le comprends, mais sache que je te ferai changer
d'avis. Prépare-toi, c'est maintenant que les choses vont changer.
***
Nous avons parlé encore un moment, de tout et de rien, il a évité le sujet sur les cachoteries. Je
comprends, mais j'y reviendrais plus tard, je veux savoir. Je pense que Dead a essayé de me changer
les idées, j'en avais trop vu ou peut être trop dit. Mais je n'arrive pas à savoir quelle partie lui avait
échappé, qui n'aurait pas dû. J'ignorais que les vampires avaient la faculté de partager leurs souvenirs,
c'est surprenant et étrange. Très étrange. Il avait l'air fatigué, mais a fait mine d’aller bien. On n'a pas
reparlé de nos... sentiments et j'en fus soulagé. Quand il est parti prendre sa douche, j'ai essayé de me
rendormir, de ne pas cogiter sur ce que j'avais vu et sur ce qu'on s'était dit. Mais impossible.
- Beauté ?
- Je ne dors pas.
Je me retourne pour lui faire face dans les froissements du drap. Mon cœur rate un battement quand je
le vois, torse nu en short, son tatouage plus que visible, et très beau dans la lueur de la nuit. Il n'a rien
de l'homme politique que j'ai rencontré la première fois, en costume et l'air sévère, redoutable qu'il
affichait. On dirait un homme normal de trente ans.
- J'aimerais que tu restes ici cette nuit, ce sera plus simple pour moi et pour toi si tu n'es pas bien.
- Je vais bien.
- On ne sait jamais. Mais si tu préfères, je retourne dormir dans mon bureau, il est côté, je garde la
porte ouverte.
Dead me montre de la main la porte au fond de la pièce que je n'avais pas remarquée avant. Mes yeux
sont en train de s'habituer à la pénombre. Avant aujourd'hui, je n'avais jamais mis les pieds dans sa
chambre, je ne voyais pas l'utilité de le faire. Même si je suis très curieuse.
- Tu ne vas pas dormir dans ton bureau, je peux retourner dans ma chambre.
- Si tu mets un T-shirt.
Dead me sourit, et hoche la tête, il disparait, et revient avec un marcel blanc. Je m'écarte pour lui faire
de la place en lui tournant le dos, ce sera plus simple comme ça. Je sens le matelas s'enfoncer quand il
grimpe dans le lit. Deux ans ont passé, depuis la dernière fois que j'ai partagé un lit, avec un homme.
Je suis un peu gênée, pourtant je sais qu'il ne se passera rien. Il veut prendre son temps, et... moi aussi.
Le silence s'installe, je n'ose pas bouger. Je regarde le réveil, remarque qu'il est presque une heure du
matin, le temps est passé si vite...
- Si.
- Non.
- Tu es monosyllabe ce soir ?
- Pourquoi ?
Pourquoi ?
- Un vampire politicien qui prend quelques jours ? Tu es malade ? Non parce que c'est un travail à
plein temps et d'après ce que j'avais lu de toi, tu étais un bourreau de travail.
Je lui jette un coup d'œil, il est à moitié endormi mais garde un petit sourire. Est-ce qu'il a fermé l'œil
quand moi je dormais ?
- J'ai deux semaines, pour toi, et pourquoi ? Je garde mon petit jardin secret aussi.
- Bonne nuit Faith et... Désormais les choses vont se passer comme elles auraient dû se passer dès le
départ.
Je sens une pression en haut de mon crâne, Dead se presse contre moi le temps d'une courte étreinte,
il remonte les couvertures et me tourne le dos.
Je devrais être soulagée de savoir qu'une mauvaise page est tournée, que ça ira mieux désormais.
Mais pourtant, je n'arrive pas à oublier le pressentiment qui m'envahit et qui me rappelle de me
méfier. Tout n'est pas rose dans ce monde, et les problèmes vont arriver, je le sais.
Chapitre 22
Alors que dans un mois, nous fêterons la cinquième année du Nouveau Monde, notre Président,
Théodoré Campbell vient de nommer un nouveau « conseiller » à de sa table.
Un dénommé Dead Creaving, un vampire dont l'âge est incertain, mais dont le prénom pourrait ne
rien signaler de bon. Il a l'apparence d'un homme de trente ans, on ne peut rester insensible au regard
charmeur qu'il arbore. D'un bleu pénétrant et envoutant qui se marie très bien avec le costume gris
foncé qui l'habille. Mais passons sur le côté vestimentaire, l'article que nous rédigeons n'est pas sur ce
thème-là. Qui est cette nouvelle tête ? Quel rôle ce jeune vampire va jouer dans la construction de
l'empire Campbell sur les Etats-Unis d'Amérique ? Est-ce que le dirigeant du pays a besoin d'un avis
extérieur concernant son choix de la ville qui ne dort jamais comme capitale ? Après une recherche
approfondie, Creaving sortirait du néant, inconnu pour la plupart des gens. Où était ce vampire lors
de la chute ?
L'hypothèse que notre journal émet aujourd'hui, est qu'il devait faire partie des gens de l'ombre à cette
période-là. Une promotion obtenue bien méritée ?
Ni Campbell, ni le principal concerné n'ont voulu répondre à cette question concernant son passé et la
véritable raison de sa venue. Son calme lors de la conférence de presse en a bluffé plus d'un. Était-il
là pour calmer le jeu dans les différentes tensions qui massacrent le pays en ce moment même ?
L'avenir nous le dira. Mystérieux ce nouvel arrivant ? Oui.
NDT : Le journal, Le REPORTER, encore actif après le soulèvement a fermé deux mois après la
publication de cet article, pour propos et hypothèses non fondés.
La photo : De droite à gauche, Campbell serrant la main de Creaving, devant (gauche à droite) ses
conseillers, Murdock, Gallorgue, et Christhmerry.
Il est 13 heures, nous sommes le 5 mars, la journée est bien avancée dans la nuit éternelle, nous
sommes sur Times Square, et le Président à fait monter une scène digne des plus grands musiciens.
Que va-t-il se passer ? Nous l'ignorons encore. Mais bientôt, nous serons témoins de quelque chose «
d'anormal » d'après, le conseiller Dead Creaving, au service de l'État depuis presque un an.
C'est un discours troublant, aux reflets de la colère qui nous est parvenue. Personne n'a rien dit en
entendant les mots durs du vampire, que pouvions-nous dire après avoir vécu aux premières loges la
chute d'une Grande Dame ?
Olivia Campbell, épouse, esclave et compagne depuis plusieurs années du Président a aujourd'hui
vécu ses derniers instants, dans la honte et l'humiliation qu'elle méritait pour son geste. Le Président
lors d'une interview accordée à un célèbre magazine people*, révélait qu'il était dur pour lui de s'être
entiché d'une femme dont le cœur battait encore, mais que cette faiblesse était l'un de ses pires défauts.
Pour l'instant, il était heureux, et elle lui était d'une très grande utilité. Olivia, était âgé de trente ans
lors de la rédaction de cet article, elle aurait fêté dans cinq mois ses trente-quatre ans. Femme et
humaine possédant une horloge biologique qui criait tic-tac, d'après nos sources, et d'après les
explications du Père de notre nouvelle Patrie, le Président Campbell, elle lui réclamait un enfant.
Refus catégorique du dirigeant, pour ce qui, d'après lui, était la pire saleté sur Terre en plus de
l'existence des Japonais**. Aujourd'hui, à 14 heures 30, sous une pluie de projecteurs et une foule
mêlant vampires et humains dans la plus célèbre rue au monde, Campbell a fait son apparition, le
visage crispé, le regard noir. Un vent de terreur a envahi la foule. Derrière lui, sa femme et son
Premier Ministre et conseiller Christhmerry sont apparus. Le vampire avait le visage brulé par ce que
nous pensons être de l'argent, il trainait des pieds, la peur visible dans ses yeux. Sa femme était
presque nue, le corps marqu2 par des bleus et des coups. Le Président l'a giflée et jetée par terre sans
la moindre hésitation quand elle a essayé de se rapprocher du Premier ministre.
Il s'est emparé du micro, et a enfin répondu à nos questions silencieuses.
« Vous allez être témoins, tous, de ce qu'un affront aux règles a pour conséquence. Je ne plaisante pas
en ce qui concerne les règles que j'ai fixées en arrivant au pouvoir, j'ai été généreux en vous laissant
la vie à vous tous, misérables humains. Et l'un d'entre vous, m'a déçu. »
Le Président c'est alors retourné, a saisi sa compagne par les cheveux pour la relever, un cri a
résonné.
« Cette femme m'a trahi ! Elle porte en elle la pire des espèces ! Sa faiblesse, ce désir de vouloir
donner la vie à un être qui n'a pas à vivre, l’ont conduite à sa perte. Aujourd'hui elle mourra, son
amant mourra et toutes les personnes qui donneront la vie à un être de sang-mêlé mourront. Notre
sang n'a pas à être mélangé avec les humains, vous êtes trop indigne pour mériter ça. »
Pour raisons de censure, nous n'écrirons pas la suite des événements, se reporter à des revues non
soumises à ce problème.
Il était 17h quand le calme revenu dans le quartier, les écrans géants étaient éteints, on pouvait
entendre le bruit du vent. Au premier rang, place réservée aux journalistes, l'odeur du sang
imprégnait chaque bouffée d'air. Nous étions très mal. Mais justice avait été faite.
Deux heures plus tard, sur Internet et dès le lendemain, nous-même ainsi que plusieurs journaux
reconnus du pays avons publié le discours de Creaving.
Voici un extrait : « Nous sommes différents, tous, vampires, hommes, femmes, enfants (...), mais une
chose nous unit : la vie. Nous les vampires, nous sommes morts, notre cœur a cessé de battre, et nous
sommes devenus des êtres cruels.
Oubliant trop vite qu'avant de devenir immortels, nous étions comme les humains : vivants.
Nous sommes nés d'un père et d'une mère. Une femme nous a mis au monde, nous a chéri, désiré et
porté durant de long mois. Ce phénomène aussi normal et naturel ne devrait pas être synonyme de
mort. Tuer une femme portant la vie est une honte, le Président devrait avoir honte. Honte d'avoir tué
une femme et la plus belle chose qui n'est pas arrivée depuis de longue année au sein d'un
gouvernement (...) Campbell montre qu'il est de pierre, sans âme, et oublie que lui aussi, aurait pu être
assassiné dans le ventre de sa mère.
Aujourd'hui je dis, quel dommage que cela ne soit pas arrivé (...) »
Si Campbell n'a pas encore répondu à cela, la haute société ouvre les paris sur le prochain coup de
colère du Président face à ce nouvel affront, est-ce que Creaving sera le prochain à avoir la corde
autour du cou ?
NDT : *Le magazine n'est plus d'actualité de nos jours, fermer pour propos non respectueux envers les
principes du gouvernement concernant les droits des humains riches.
** Les Japonais sont les seuls qui n'ont pas succombé au coup d'État. Depuis dix ans, personne n'a de
nouvelle de ce pays.
9 janvier 2008
Dead Creaving vient d'être nommé à la tête d'une des plus surprenantes associations : la seule,
l'unique qui défend la sauvegarde de l'humain. Lois, aides, financements, droits, des tas de projets
sont mis en place pour aider l'humanité qui vit de tristes jours.
Comment réagit le Président face à ce énième affront ? : « Je n'ai aucun commentaire à fournir là-
dessus, j'apprécie beaucoup Dead Creaving, ses projets ont le plaisir de m'amuser et de me divertir »
Comment réagit le principal intéressé ? « Sans commentaire, je fais ce que j'aurais dû faire depuis
longtemps. » Est-ce que le charmant jeune vampire aurait des choses à se reprocher ? Nous
l'ignorions.
Creaving à juste indiqué qu'une mesure serait prise d'ici les prochaines semaines, un soulagement
pour les femmes humaines : « D'ici deux semaines, le gouvernement mettra en place une loi
protégeant les mineurs de l'esclavage humain. Seuls ceux de 21 ans et plus, (limite de 45 ans pour les
femmes) auront le droit d'avoir un maitre vampire, c'est une avancée. »
Je ne suis pas sûr que les humains prennent les choses de la même façon, mais on reconnait l'audace
de Creaving pour avoir fait voter un tel projet.
Une rapide étude sur le passé de Campbell, on fait référence à ses exploits, et à son pire échec au
cours de sa vie. Après avoir réussi à conquérir l'Amérique, c'est incontestablement l'un des hommes
les plus puissants du monde, il est redouté. Mais d'après certaines sources très fiables, Washington
n'était pas une première, quelques siècles auparavant, à Londres, un coup d'état aurait échoué.
Aucune trace écrite ne le prouve, le gouvernement de l'époque, la principauté avait dû faire le ménage
dans les papiers, effaçant la trace d'existence vampirique. Une chose est sure, c'est que cet échec aura
permis à Campbell de faire un coup d'éclat trois siècles plus tard en Amérique. Une rumeur courtait
sur ses principales connaissances de l'époque, Hodgkin, Fawkes, Christhmerry, Walker, Creaving en
ferait partie aussi. Coïncidence ?
25 juillet 2010
Voilà un an et demi que Creaving vient de fonder son parti Libéraliste. Alors que tout est l'opposé
dans les croyances de notre dirigeant Campbell, ce dernier autorise son existence. L'amitié qui liait
les deux hommes ? D'après une récente interview du Président, Creaving et lui se connaitrait « depuis
la nuit des temps ». « Je ne peux pas interdire quelque chose à Dead, ce gosse, pardonnez-moi
l'expression, il fait si jeune du haut de ses trente ans ! Mis à part les femmes qui voulez-vous qu'il
rallie à sa « cause » ? (...) Je pense que Dead besoin de se rendre utile, d'être aimé et admiré... comme
moi. Mais c'est un très bon ami ! On a diné ensemble il n'y a pas longtemps »
Comme à son habitude, Creaving réagit avec le sourire, en ajustant sa cravate. « Je fais ce que je
veux, même si ce pays ne le permet plus, je suis un vampire puissant, je ne crains rien, je fais ce que
j'aurais dû faire depuis longtemps ». Combien aurait déjà perdu leur tête ? Des centaines. On se pose
même la question de savoir si les exécutions de civils humains sans « motifs » apparents ne seraient
pas dues aux accès de colère du dirigeant Campbell vis-à-vis des propos et des actes de Creaving.
Tout oppose ces hommes que l'on dit être amis. D'ailleurs, la cote de popularité du jeune et célibataire
politicien ne cesse d'augmenter. Notre rédaction aimerait se plonger davantage dans la vie antérieure
de l'un des plus beau partis de New-York mais ce dernier reste muet comme une tombe sur son passé,
il a donc quelque chose à cacher...
Je sursaute et ferme rapidement la page WEB où je trainais depuis des heures, le cœur battant, je me
retourne pour découvrir un Dead appuyé contre le chambranle de la porte, sa cravate bleu nuit
assortie à ses yeux est légèrement dénouée. Sa chemise est sortie de son pantalon de costume, il
m'observe, les sourcils froncés. Je me suis fait surprendre comme une débutante, j'étais tellement
prise dans mes recherches que j'en ai oublié son retour.
- Je lisais.
- Tu lisais quoi ?
Dead s'approche de moi, je sens l'odeur de son parfum envelopper la pièce. Elle m'a manqué. Depuis
une semaine qu'il avait quitté l'appartement pour affaires, je commençais à me sentir seule. C'est trop
grand ici pour moi, je suis habitué aux petits espaces... et un peu au vampire désormais. Il faut dire
que je ne vois... Personne d'autre. Pas que Dead me l'interdise, au contraire, il m'y encourage, trouvant
dommage que je reste enfermée toute la journée dans l'appartement, à lire, dormir et vaguement
m'occuper.
J'ai dû mettre les pieds dehors... trois fois ? Et encore, c'est peu dire. Quand je suis allé au cinéma en
compagnie de Dead, j'ai trouvé une cachette en la salle de projection, loin de la foule.
Il était si tard, que même les vampires avaient déserté les rues. Nous étions très peu dans le cinéma,
l'ambiance bon enfant, est étrange. Je n'avais pas l'impression d'être en compagnie d'un vampire, mais
d'un homme de trente ans. Dead avait troqué son costume pour des vêtements du dimanche, et avait
acheté un paquet de pop-corn qu'il avait du mal à partager.
C'était lui qui avait insisté pour qu'on « sorte » au cinéma français à l'autre bout de la ville. Il passait
ce soir-là, un remake de Dracula en noir et blanc et en anglais. Ne cherchons pas la logique. Dead m'a
confié ce soir-là, que regarder des films, lire des livres sur les vampires l'amusait beaucoup, il était
sûr qu'Anne Rice avait rencontré un vrai vampire, tellement les descriptions qu'elle faisait dans ces
livres, étaient ressemblantes.
Durant le film, j'étais plus hypnotisé par ses yeux bleu nuit en pleine contemplation, que par le reste.
Dead détendu, c'était quelque chose, Dead, simplement lui et pas un vampire homme politique le
rendait différent. Plus humain, peut-être trop.
En fait, j'avais découvert une autre personne durant un mois. Il avait pris deux semaines de congé, me
confiant que ça ne lui été jamais arrivé. Tout ça, juste pour rester à mes côtés. Au début, après notre «
première nuit ensemble à dormir » et à simplement dormir, j'étais perturbée par... Beaucoup de
choses. Ce qu'il m'avait confié, montré, promis. Ce que j'avais entendu, ce que j'ignorais, que je
craignais. J'étais réticente à l’idée d’être avec lui vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Sauf qu'en fin
de compte, j'ai apprécié chaque moment.
Nous avons fêté Noel tous les deux, cela faisait des années que je n'avais pas fait de sapin, et j'étais
surprise de voir que Dead aimait tellement ce genre de tradition, qu'il m'a fait découvrir ce qu'on
mangeait dans le monde entier, à cette date. Si manger français, italien, anglais et espagnol ne m'a
absolument pas dérangée, manger chinois, ou africain, beaucoup plus. La culture gastronomique était
tout simplement catastrophique. Mais j'ai bien ri, je ne fais que rire avec Dead.
J'admets qu'il me plait, maintenant, je l'admets, j'aurais beau remuer ciel et terre pour ne pas accepter
de ressentir ce que je ressens à son égard, je mentirais. Je ne lui dirais pas, pas tout de suite en tout
cas, il me faut du temps pour accepter qu'un vampire puisse me plaire.
Il m'a manqué durant sept jours, c'est ce qui m'a fait réaliser. Il fait tellement de choses pour moi,
pour me plaire et me faire oublier sa véritable nature, je suis touchée.
Dead cache ses poches de sang je ne sais où dans l'appartement, et évite le plus souvent de sourire en
me montrant ses crocs, ces derniers sont très grands et pointus. Si je ne les craignais pas à cause de
mes cauchemars à répétitions, je pourrais presque les trouver beaux. Presque. Et seulement les siens.
Oui, j'ai pris de bonnes résolutions en un mois... grâce à lui.
Danger Faith !
Mes cauchemars ne vont pas mieux, même quand je dors avec Dead.
La plupart du temps, je commence ma nuit dans mon lit et la finis dans le sien. Je commence à
connaitre trop bien le chemin qui mène à sa chambre, il y a quelques temps, je me serais vexée
d'avoir besoin de son aide, mais plus maintenant. Parce que je pense avoir confiance en lui, et
l'apprécier plus qu'un colocataire et ami.
Je souris en y pensant, je ressemble à une enfant cherchant le réconfort dans les bras d'un adulte, je
dois être ridicule, moi, en pyjama courant dans l'appartement pour me faufiler dans son lit. Je ne le
réveille pas toujours, mais quand c'est le cas, il ne dit rien, m'ouvre ses bras et se rendort aussitôt.
Quand j'y réfléchis, on dirait un... couple. Je secoue la tête sans vraiment m'en rendre compte. Ce n'est
rien pour l'instant, il m'aide, et j'aime... ça. J’ai ressenti durant cette semaine, le besoin d’en savoir
plus sur ce qu’il fait, j’aimerai m’intéresser à lui davantage comme il l’a fait.
- Sur qui ?
Je me sens rougir lorsqu'il s'assoit sur le rebord du bureau, et referme le PC portable, son regard
lourd sur moi.
Prends ton courage à deux mains et affronte-le ! Joue !
- Bonjour d'abord !
Dead me dévisage, surpris, mais amusé. Il se penche vers moi, son souffle caressant ma peau.
J'attends, je ne sais pas où vont se poser ses lèvres. Sur les miennes comme lors de son départ ? Ou
sur ma joue comme toutes les fois où il m'embrasse, pour me dire au revoir ?
Son chuchotement près de l'oreille m'attire les frissons. Une de mes mains glisse sur sa nuque et
caresse la naissance de ses cheveux. Ils ont un peu poussé, je peux y glisser mes doigts et y tirer
dessus plus facilement depuis la première fois désormais. Je pourrais tirer dessus, mais je ne le fais
pas. D'accord, je l'ai fait, deux fois, seulement, et lors d'occasion qui mérite qu'un homme se fasse
tirer les cheveux. Deux nuits, deux petits dérapages qui n'ont abouti à rien. Juste un baiser, mais un
baiser donner par Dead Creaving le vampire c'est quelques choses. C'est l'excitation à son summum,
la sensation nouvelle pour moi de redevenir une femme petit à petit. C'est l'homme, la personne qu'il
est surtout qui me redonne confiance en moi, en mon corps. Il n'est pas brusque, jamais, il doit l'être
quand même, vu son fort caractère, un caractère qu'il n'a pas avec moi à ma grande surprise, et il est
gentil, peut-être trop, Monsieur Patience qui me cache des choses d'après ce que je viens de lire.
- Comme tu as envie.
Il me sourit et dépose un léger baiser sur mes lèvres. Très très chaste. Dommage.
- Qu'on dérape.
Aie.
Je me mords la lèvre, il va falloir que je réfléchisse à deux fois avant d'ouvrir ma bouche. Dead ne
prête pas attention à ma réaction. Il revient vite sur le sujet principal. Les bras croisés, il fait très
sérieux.
J’espère peut-être trop, je m'écoute trop, mais après... Louis, espérer est devenu ma distraction
préférée. Il faut penser à différentes choses pour se sortir la tête un tel événement. Puis du temps pour
envisager plus.
Je décide de ne pas lui mentir, après tout, ça ne servirait à rien, il attendrait que j'ai le dos tourné pour
aller voir l'historique, que je ne sais pas effacer.
- Sur toi.
- Sur moi ?
- Oh si beauté, je suis surpris, je pensais que tu savais tout de moi déjà ! Je suis un peu vexé...
- Justement, j'ignore des tas de choses sur toi, il faut bien que je me renseigne.
Dead saisit le dossier de ma chaise roulante. Je suis dans ma chambre, au bureau qu'il m'a installé, je
pensais être au calme, c'est raté. Il me tire jusqu'à lui, entre ses jambes. Nos regards se croisent.
- Je te réponds toujours.
Ah bon ?!
- Moi pas.
- Moi si.
Je sors de son étreinte et glisse de nouveau vers l'ordi portable. Je l'ouvre, l'écran s'affiche, ouf, je
n'ai pas fermé l'onglet ! Je me serais tiré une balle si j'avais eu la maladresse de cliquer sur la petite
croix rouge.
- Regarde celui-ci, dit que tu es le président d'une association pour la sauvegarde de l'humain, j'ai
même appris que c'était grâce à toi que les jeunes femmes humaines devaient avoir au minimum vingt
et un ans pour être esclaves. J'aurais bien aimé le savoir.
Je pointe du doigt la ligne en le fixant. Dead soupire, et se frotte les cheveux.
- Si, au contraire, c'est important pour moi. Ça me prouve que tu es quelqu'un de bien et que je suis la
reine des connes, de t'avoir mis dans le même sac que tous les autres.
Le regard du vampire s'assombrit. Je sens mon sang se figer presque instantanément. Qu'est-ce que
j'ai dit ? J'hésite à regarder les yeux de Dead, quand il est en colère, ils prennent une couleur et une
nuance qui me fait peur.
- Je suis le même mec que tous les autres. Je n'ai pas à être mis dans un sac à part ! Point. D'ailleurs,
c'est même pour ça que je ne te parle pas de mon travail. Tu penses que je suis quelqu'un de super, tu
te trompes, je suis aussi cruel que Campbell, si ce n'est pire.
- Tu... tu es engagé.
Il éclate de rire.
- Oh oui, ça c'est sur je suis engagé. Peut-être trop. Mais ne pense pas que je suis une exception Faith.
- Tu es quelqu'un de bien.
Il soupire à nouveau. Pourquoi il est si agacé de parler de son travail ? Il ne devrait pas ! I fait les
choses tellement bien. Mais quand je le vois se comporter comme ça, soucieux, et soupçonneux, voire
froid, ça m'inquiète vis-à-vis des choses que Louis a pu me raconter à son sujet. J'ai des doutes
parfois, ce qui me donne l'impression qu'il me cache quelque chose.
- J'ai pris des vacances Faith durant deux semaines, vacances veut dire pas de boulot.
- Oui mais quand je suis arrivé, tu n'étais pas en vacances, et tu ne m'as jamais dit ce que tu faisais de
tes journées.
- Non.
- Pourquoi ?
- Parce que ça m'intrigue de savoir qui tu es politiquement. Tu as l'air de te démener pour quelque
chose, j'ignore quoi, mais tu es si fatigué quand tu rentres, ton téléphone sonne souvent. Tu pars en
voyage, tu envoies des gens en voyage... qu'est-ce que tu trafiques ? Tu peux me le dire....
Dead se penche à nouveau vers moi, m'embrasse sur la bouche pour me faire taire. Je sens la colère
monter. Je voudrais savoir merde ! Surtout après ce que j'ai vu ce soir !
Je le coupe.
- Plus tard.
Je soupire.
- Et pourquoi pas maintenant ? On a le temps ! Écoute Dead, ce que j'ai lu ce soir ça me...
Je me tais en le voyant, il est braqué dans son idée, je ne saurai rien, je vais laisser tomber. Remarque
je le comprends, d'habitude c'est lui qui galère pour savoir des choses me concernant.
- Laisse tomber.
- Oh non pas de marché. D'ailleurs, n'en parlons plus raconte-moi ton voyage... enfin ce que tu peux
me dire !
Je me retourne, il me sourit,
- Où ça ? Et de quoi ?
- Non madame.
Le bip de mon ordinateur attire l'attention du vampire, c'est l'alarme des caméras qu'il y a dans
l'appartement et à l'extérieur, elle s'actionne quand quelqu'un approche. Une sécurité qui me plait
beaucoup. Sauf quand c'est pour Dead.
Dead clique sur le message pour afficher ce qu'on veut me dire. Je me fige, quand à mon tour, je vois
ce qui a déclenché l'alarme. Mon cœur s'emballe, je sens la colère monter en Dead. Noir de haine.
Louis est devant la porte d'entrée, je ne l'ai pas revu depuis longtemps, comme Dead. Les deux
hommes ne se sont pas croisés depuis qu'il sait.
Question surprise, on est « gâtés » sur ce coup-là, mais je ne suis pas sûre qu'elle plaise beaucoup à
Dead.
Chapitre 23
Louis.
Ses yeux noirs quand il me regardait, sa présence troublante et effrayante, et ses accès de colère à
répétition. Il est tout ce que je déteste et qui me fait peur. Je pensais ne plus jamais le revoir dans ma
prison dorée qu'est l'appartement de Dead... Je me trompais.
Il est là, derrière la porte, et j'ignore ce qui va se produire, dans les minutes qui vont arriver.
Je dévisage Dead, la peur au ventre, il fait de même, mon corps se crispe, j'attends une réaction de sa
part, quelque chose, un mot...
- Je vais le tuer.
Je me fige en entendant ses paroles, elles sont d'une telle violence. Incapable d'émettre le moindre
son, ni le moindre mouvement, je ne comprends pas toute de suite ce que Dead me dit. La peur me
glace.
J'ai si peur de revoir ce vampire après lui. Il a mis un tel soin à gagner ma confiance, qui sait si dans
quelques minutes, il ne va pas la perdre.
Dead ne prête pas attention moi, lorsqu'il me bouscule pour sortir de la chambre et foncer droit vers
la porte d'entrée.
Quand je heurte le mur, mes neurones se reconnectent, mais la peur ne s'évade pas.
Dead.
Je me mets à courir sans m'en rendre compte, traversant le couloir pour déboucher vers la pièce
principale. Où l'horreur a déjà commencé.
Et l'horreur me pétrifie.
Dead est dans une rage folle, je ne l'ai jamais vu comme ça, je ne l'ai jamais vu utiliser une telle
violence et Louis en fait les frais.
Le vampire avec qui je vis, attrape mon prédécesseur par les pans de sa chemise, le soulève sans
difficulté pour l'écraser contre le mur.
- T'ES UN DETRAQUE LOUIS ! UN FOU ! JE VAIS TE TUER JE TE JURE QUE TU VAS CREVER
!
Son poing heurte le visage de Louis, qui crache du sang l'instant d'après.
- Dead écoute...
De nouveau, il lui assène plusieurs crochets du droit en pleine face, ses crocs s'allongent au fur et à
mesure que sa colère gagne du terrain. Je suis immobile dans le couloir, incapable de bouger. Et
même si je pouvais, le ferais-je ?
Dead envoie valser son ami au sol et lui saute dessus, sans cesser de lui administrer des coups. Il
plonge vers sa gorge et un cri strident à vous glacer le sang, résonne.
Louis riposte par un coup de tête dans celle du vampire, qui se redresse la bouche en sang en
gémissant. Dead perd un peu l'équilibre et Louis en profite pour prendre le dessus. Quand il me fait
face, je remarque la blessure que son adversaire lui a infligée : deux trous béants dans la gorge au
niveau de la jugulaire qui pissent le sang sur son costume gris foncé.
S'en suit une série d'insultes, de coups, Louis bien décidé à ne pas se laisser faire, et Dead incapable
de renoncer.
L'un des deux se relève, l'autre tente de le faire tomber mais finit par être envoyé contre l'étagère en
verre de l'entrée. Le verre se brise en mille morceaux et j'arrive à remarquer dans leurs mouvements
fluides, qui est qui, et qui vient de s'éclater contre le meuble : Louis.
Avec un peu de difficultés, il se redresse, crocs dehors, et charge Dead qui n'a pas le temps de bouger.
Les deux vampires foncent vers moi, j'ai à peine le temps de me jeter sur le côté qu'ils s'étalent dans
les canapés du salon, mettant du sang de partout. Je me redresse en tremblant comme une plume.
Dead cogne violemment la tête de Louis contre le sol, des grognements d’animaux résonnent dans la
pièce, des insultes. Louis tente de se dégager en se débattant, et y parvient au bout d'un moment. D'un
coup de genou, il envoie Dead se fracasser sur la table du salon. Les deux vampires regardent au
même instant, les débris de bois. Chacun en saisit un et fonce sur l'autre. Je ferme les yeux pour ne pas
assister au massacre. C'est de la folie, ils sont fous, aveuglés par la haine.
Et moi je suis la reine des connes, plantée comme un tronc d'arbre pendant qu'ils se massacrent.
- DEAD !
La voix d'un autre homme arrive à mes oreilles, et je rouvre les yeux sur la scène de bagarre, qui
dégénère. Un pied de table basse dans chacune de leurs mains, ils tentent de se le planter dans la
poitrine.
Les crocs de Louis viennent se planter dans l'épaule de Dead, qui lâche ce qu'il a dans les mains à
l'instant. Le sang gicle et s'étale sur le sol. Leurs vêtements si élégants sont déchirés et tâchés. Même
leurs visages n'ont plus rien d'humain, je pense n'avoir jamais vu de crocs aussi longs. Je savais que
les yeux d'un vampire réagissaient à leurs émotions, mais pas à ce point.
Entre deux coups de poings, j'ai vu ceux de Dead, et... j'ai compris ce qu'il insinuait quand il disait « à
moi aussi, mes yeux me font peur parfois » Ils me terrorisent à cet instant.
- ARRETEZ MERDE !
Un homme apparait dans mon champ de vision, il s'approche des deux autres qui continuent leur
massacre et tente de les séparer.
- ARRETE DEAD !
Louis s'écroule sur le sol, tel un pantin sans marionnettiste pour le faire bouger.
Dead a le visage en sang, tuméfié et figé par la haine et le regard assassin envers celui qui était son
meilleur ami, il n'y a pas longtemps.
- Non !
Le vampire lui envoie une claque dans la tête, ce qui, j'ai l'impression, énerve encore plus le
politicien.
- Mec, lâche-moi.
Je sens la tension remonter d'un cran dans la pièce. Senan, se dégage lentement de la prise de Dead et
s'écarte un peu.
J'ai le temps de l'apercevoir, un grand brun, les cheveux bouclés attachés par une petite queue de
cheval. Ses yeux sont... rouges ? Non, plutôt rosé... non en plus foncé... bref ils sont très beaux,
agressifs, mais très beaux. Le vampire l'est aussi, il fait jeune, très jeune, plus que Dead et Louis. Son
visage parait si doux vis-à-vis des deux autres.
Il remet sa veste de costume en place avant de poser une lourde main sur l'épaule intacte de Dead.
Senan se tourne vers moi, et son regard me fige littéralement, davantage que la peur du combat des
deux vampires.
- Faith, restez loin de Louis, dans l'état où il est, vous ne risquez rien normalement, je vais m'occuper
de Dead, le temps qu'il se calme.
Senan a un bras autour de ceux de Dead, je ne l'avais pas vu aussi costaud, il le maintient contre lui
comme un étau.
-Je ne suis pas sûr de pouvoir...
- Faith allez dans une autre pièce alors, je ne peux pas calmer Dead ici. Il commettrait l'irréparable et
il ne veut pas.
Je ne bouge pas pétrifiée par la peur. Trois vampires, les crocs dehors et en colère. C'est trop.
- TU VAS LE PAYER !
Senan entraîne Dead à l'extérieur par je ne sais quel moyen. Me voilà seule avec mon pire cauchemar.
Mon cœur commence à battre trop fort, je me relève en entendant les bruits de toux, sans comprendre
pourquoi j'avance, la peur au ventre à l’idée de découvrir l'étendue des dégâts.
- Mon dieu...
Louis est assis contre le mur, une main sur son cou, du sang glissent entre ses doigts. Ses habits sont
tachés de rouge, et... son visage, est presque méconnaissable, je ne savais pas que les vampires
pouvaient autant morfler lors des bagarres. Entre eux, je ne doute pas de leur capacité à résister en cas
d'affront avec un humain. Il a l'air si vulnérable... La mort pourrait lui tomber dessus sans qu'il ne
puisse rien faire...
La mort...
Je sursaute, des images courtes, brèves, violentes et atroces. Le sentiment d'insécurité m'envahit aussi,
je me remets à trembler.
Mon pire cauchemar.
Louis a les yeux fermés et sans savoir pourquoi, je ramasse le bout de bois que Senan a retiré des
mains de Dead et marche en direction du corps presque inerte du vampire. Si vulnérable. L'arme dans
la main, je la pointe en direction de la poitrine du vampire. Un coup, et tout serait fini.
Transperce son cœur comme il l'a fait avec le tien.
- Salut beauté.
- Va si, un coup fort. Et tu remplaceras l'un de tes cauchemars par un autre. Venge-toi.
Un mal être grandit en moi, il faut que je m'éloigne. Je me lève et part me cacher derrière le canapé,
recroquevillée sur moi-même, dos à lui. Les larmes aux yeux, je ne peux pas. Louis gémit et un bruit
de verre résonne.
- Pourquoi ?
- Parce que ! Tu es... (Je secoue la tête) le monstre qui m'a détruite, je ne peux pas. Je veux rester loin
de toi, tu m'as anéanti avec toute ta merde. Reste loin.
Louis éclate de rire, et finit par gémir, je l'entends se redresser davantage, et je crains qu'il puisse se
relever et me sauter dessus.
Regarde ce que je suis devenue, une trouillarde !
- Un monstre... un monstre, Faith, il n'y a pas que moi comme monstre, celui avec qui tu vis n’est pas
mal aussi.
- FERME-LA ! Je hurle
Je me fais sursauter moi-même.
J'essaie de me persuader ?
De nouveau, Louis se met à rire. C'est donc ça parler avec lui ? Le voir se moquer de moi à tout ce
que je dis ! Quelle belle preuve de maturité !
- En tout cas, je sais que Dead prend un malin plaisir à t'appeler ainsi. Tu lui dis aussi arrête, ou c'est
seulement quand il veut te la mettre que tu le stoppes ?
Je me liquéfie, même aux portes de l'agonie, ce connard ne perdra pas une occasion de me blesser.
Reste forte, Dead va bientôt revenir, ils vont faire sortir ce taré. Lève-toi, et va dans ta chambre ! Sauf
que le courage n'y est pas, je reste là, comme si j'attendais quelque chose de la part du vampire.
- Il ne peut pas ma beauté. Dead et moi, c'est à la vie à la mort, même s'il est en colère, il ne pourra
pas me tuer, même pour une femme.
- Je ne te crois pas.
- Tu devrais beauté. Qu'est-ce que tu crois, Dead est plus vieux que moi, il a plus de forces, et
physiquement, même si ça ne se voit pas trop, il peut me tuer en trois coups. Pourtant je suis toujours
là.
La haine m'envahit de plus en plus, il attend que je craque, mais je ne craquerai pas, pas maintenant.
- Jamais.
- Idiote, je ne vais pas te demander de sucer ma queue, juste, est-ce que tu pourrais aller me chercher
une poche de sang dans le frigo.
- Moi pas. En plus tu ne me regardes même pas, je te fais peur ? Je le sais. Alors va me chercher une
poche de sang avant que je puise en moi les dernières ressources qu’il me reste, pour me lever, te
coucher sur le sol, me glisser entre tes cuisses tout en mordant dans ton joli petit cou. Je suis très
sérieux Faith, je te promets que je le ferai.
- Bouge tes fesses Faith, donne-moi cette poche de sang qu'on puisse parler.
- Tu n'as pas le choix. Surtout que je pense qu'on peut trouver un compromis toi et moi, ce que j'ai à
t'offrir te plaira certainement.
- Ne soit pas si sûr de toi Louis. Surtout que je ne veux rien de toi.
Si que tu te taises, que les deux autres reviennent, je suis mal avec Louis.
- Si je suis sûr de moi, je suis le seul à pouvoir te dire ce que tu attends. Réfléchis, Dead ne te dira
jamais son pire secret, tu n'es pour lui que la pauvre petite humaine, que j'ai baisée avec trop de force,
et qui n'a pas su fermer sa bouche.
Tu ne sais pas dans quelle merde tu nous as mis tous les trois, enfin, si ça ne mettait en danger que
nous trois, en lui révélant qu'on avait couché ensemble. Les vampires te dépassent ma petite Faith.
Leurs réactions aussi et surtout ce qu'ils sont capables de faire, une fois qu'une humaine porte leur
marque.
J'admets que ce connard est doué, il sait appuyer sur la corde sensible, celle de ma curiosité, mais à
quel prix doit-on être curieux ?
Il ne te le dira jamais Faith, ce qu'il cache tu ne le sauras jamais, et tu ne le trouveras jamais en
fouillant des archives truquées.
- Non.
Je l'entends jurer avec des mots qui doivent provenir du français. Contre le canapé, ma tête tremble,
j'ai des frissons.
- D'accord, je vais m'excuser et te dire ce que j'ai à dire. Remarque bien que je ne craque pas souvent
mais là j'ai mal et je veux du sang. Alors je vais faire une exception.
- Bien sûr que si tu les veux, tu ne pourras pas avancer tant que nous ne parlerons pas.
Je me fiche d'avancer, je ne veux pas le faire grâce à lui ou à ses putains d'excuses. Ça ne marchera
pas, elles me feront plus de mal qu'autre chose. Je refuse de tomber à nouveau dans la spirale de la
douleur et du désespoir.
- Faith, écoute...
Le ton dans la voix de Louis devient plus calme, il cesse subitement d'être moqueur, et prend du
sérieux. Si je n'étais pas autant en colère après lui, je reconnaitrais entendre du remord. Qu'est-ce qui
lui prend ?
- C'est simplement pour toi que tu veux me parler ? Je croyais que les vampires n'avaient pas d'âme et
encore moins le goût de la rédemption.
Louis a un petit rire qui le fait gémir. Je devrais prendre mon pied de le voir souffrir, mais j'aurais
l'impression d'être comme lui, un monstre, et un sur cette planète, c'est largement suffisant.
Faith, parfois, tu ne te comprends pas toi-même ! Ce n'est pas ce que tu voulais ? Qu'il souffre autant
que tu as souffert ? Déjà que tu as perdu ta chance à l'instant ! Louis a raison, les humains sont
faibles quand il s'agit de sentiments.
Parce que je suis une humaine, que je suis trop pétrifiée pour bouger et que malgré tout, au plus
profond de moi, j'attends des excuses.
Oui.
- Je... t'écoute.
Mes dents se serrent. Je me concentre pour garder mon calme dans tous les domaines et puise dans ce
qui me reste de courage, pour ne pas craquer. Je sais que ce qu'il s'apprête à me dire, va me faire mal.
Mais comme on dit, il faut soigner le mal par le mal.
- Je suis un vampire Faith, un monstre et depuis plus de trois siècles j'ai oublié ce que c'était que d'être
un humain, de penser et de réfléchir comme tel. Je suis devenu quelqu'un de puissant, d'immortel que
plus rien ne touche. Quand je t'ai vue, à moitié nue sur cette scène, ton regard assassin, j'ai ressenti un
truc... Je ne pourrai l'expliquer, tu m'as séduit, je te voulais. Je t'ai eue. Ta résistance m'a plu. Elle m'a
plu mais... je n'ai pas aimé qu'elle perdure dans ta chambre. Je voulais que tu m'appartiennes de cette
manière-là.
- Tu... tu ne t'es pas dit, l'espace d'un instant que... jamais tu ne m'aurais en faisant... ce que tu as fait ?
J'ai une boule qui se forme dans la gorge et m'empêche de parler. Il faut que je la chasse pourtant.
Comme moi, lorsque tu as pris la mienne. Je n'ai plus l'impression d'être humaine. Mais un être crispé
par la peur.
- Peut-être, mais j'adore ma vie, pour en revenir à toi et moi, Faith, jamais tu n’aurais dû me résister,
il n'y aurait pas eu tant de dégâts.
-Tu mens ! Je n'ai jamais.... Jamais je n'ai voulu que tu... Oh seigneur, pourquoi je parle avec toi.
Je tente de me lever, mais je reste immobile, je ne peux pas rester ici plus longtemps, je ne peux pas
entendre autant de conneries. Je ferme les yeux, pour éviter que des torrents de larmes viennent
inonder mes joues. Jamais je n'ai voulu ça ! Jamais !
- Je t'ai résisté...
- Oui, mais tu m'as laissé faire, et j'ai adoré. J'ai adoré te connaitre de cette façon-là, même si j'aurais
aimé que tu y prennes du plaisir, je suis un amant brutal.
- Tu m'as violée.
- Je ne t'ai pas demandé la permission d'accord. Mais maintenant, je regrette que cette intimité qu'on a
partagée, t'ait blessée. J'aurais aimé que tu gardes un bon souvenir de moi. Faith, pourquoi tu ne vois
pas l'emprise que tu as sur nous ? Tu nous rends dingues !
Je suis devenue dingue à tes côtés, incapable de me contrôler, je voulais toujours plus, surtout quand
tu me résistais. Tu m'as rendu fou, et depuis ton départ j'essaie de comprendre pourquoi.
- Ce n'est pas tellement ta faute, mais si tu te rendais compte du pouvoir que tu as sur nous, tu
comprendrais pourquoi tout ce qui t'arrive, est arrivé. Ta présence nous ensorcelle, tu m'as ensorcelé
Faith.
Comme pour Dead, tu as dégagé quelque chose que personne ne comprends. Je ne suis pas tombé
amoureux de toi, parce que j'ai manqué de temps, sinon, je serais comme Dead à présent.
- Qu'est-ce que tu insinues, que tu as été amoureux un jour ? Toi, le monstre ? Louis, tu es un détraqué
qui viole des humaines et qui aime ça ! Tu ne sais pas ce que c'est l'amour...
J'arrête de respirer quand je me retrouve plaquée au sol, une énorme masse sur moi, elle m'écrase,
des yeux verts dignes des plus grands cauchemars me dévisagent, je sens l'odeur de son sang.
Louis a les crocs de sorti, son visage penché vers le mien. C'est la première fois que je vois ses yeux
d'aussi près depuis... Les vagues qui rendent son regard vivant, m'apparaissent comme de fins traits de
fumée.
- Tu sais ce que c'est ça Faith ! CE QUE NOUS AVONS DANS NOS YEUX ! EST-CE QUE TU SAIS
CE QUE C’EST ! hurle Louis
Pétrifiée par la peur et la colère, je n'ose rien dire ou faire par peur de l'énerver davantage. Le poids
de son corps me rappelle de mauvais souvenirs. Comment il a réussi à se lever et à se jeter sur moi ?
Il me relâche et roule sur le côté, je respire enfin. Mon cerveau se déconnecte quelques instants, se
rappelant ce qui m’arrivait auparavant, lorsque son poids m’écrasait.
Reste calme.
- Ce que tu as vu, ce n'est pas rien. C'est... beaucoup plus qu'une particularité chez les vampires, ce
n'est pas comme les crocs. Ce n'est pas là pour faire joli. C'est... notre punition.
Je regarde Louis au bout de quelques secondes, mais lui est déjà ailleurs. Je sens mon cœur se serrer,
je sens que ça ne va pas me plaire. Rien ne me plait avec Louis de toute façon.
- Ce sont des âmes, ce que tu vois dans nos yeux, ses vagues qui rendent notre regard vivant, ce sont
les âmes des humains qu'on a tués. Et tu vois parmi elles, Faith, j'ai celle de la femme que j'aimais.
Elle est là, bloquée à jamais dans mes yeux. Je suis peut-être taré, mais ne dis pas que je n'ai pas
connu l'amour, c'est faux.
- Alors, je suis désolé de t'avoir fait du mal, mes mots n'effaceront rien, mais sache que je m'en veux.
Jamais je n'aurais pu faire du mal à la personne que j'aimais, et je regrette d'en avoir fait à celle de
mon meilleur ami. Je ne te demande pas le pardon. Je sais que je suis un con qui ne s'excuse jamais,
qui remet toujours tout sur le dos des autres, et là je sais que c'est ma faute. (Quand j'essaie de dire
quelque chose, Louis me fait signe de me taire)
Ne dis rien, laisse-moi, finir. Je pense qu'en tant que gros salaud qui t'a détruite, je peux au moins te
dire ça : fais attention à toi, ne t'attache pas trop à Dead, sans savoir ses petits secrets, le jour où tu
l'aimeras, les découvrir t'anéantiront.
- Tu...
- Je suis un connard Faith, je ne marchande que dans mon propre intérêt et je tiens à mon amitié avec
Dead. Juste, méfie-toi.
J'aurais dû m'en douter. Je suis faible d'avoir cru qu'il me parlerait de Dead ! Mais quelle conne.
- Jamais.
Vengeance.
Je craque, je n'ai pas réussi la première fois, je ne réussirais pas la deuxième. Je suis trop... humaine
pour tuer quelqu'un.
- Faith, je suis désolé, conclut Louis, en rampant loin de moi, ton corps est trop beau pour être
maltraité comme je l'ai fait, même si j'ai aimé.
***
- Faith...
J'entends sa voix venir de la porte, je ne bouge pas, recroquevillée sur moi-même dans la position du
fœtus, sur le dessus de mon lit, j'observe la pluie qui fait rage dehors. C'est la même qui noie toutes
mes émotions à l'intérieur.
- Beauté, j'aimerai...
Voyant que je crie presque, je ferme les yeux et respire pour tenter de me calmer, je serre contre moi
mon oreiller, je dois rester concentrée sur l'eau dehors, ne pas penser à ce que j'ai vu, à ce qu'on m'a
dit.
- D'accord Faith.
Je soupire et me mets à trembler. J'entends Dead se déplacer dans la chambre et venir s'allonger
contre moi. Je ne lui accorde aucun regard, j'attends. Il ne fait rien.
Je me mure dans le silence, sa présence m'apaise mais... ça ne va pas. Je tente de me sortir de mon
cauchemar… Louis, parler avec lui a fait des dégâts, je ne sais pas comment réagir, j'ai même tenté de
le tuer pour me résigner ensuite. Je préfère éviter le sujet, il est trop frais.
- Rien, je... je voulais t'emmenais un week-end à la montagne, mais laisse tomber, avec ce qui s'est
passé ce soir.
L'une de ses mains vient se poser sur ma hanche, il ne m'a pas touchée depuis qu'il s'est allongé à côté
de moi. Je tressaille, comme si son contact me brûlait. Ce n'est que Dead pourtant.
Touché. Ma vue devient trouble, je tente de résister à la montée de larmes, mais j'y succombe et éclate
en sanglots. Je n'ai presque jamais pleuré pour ce qui s'était passé. J'avais décidé d'être forte, un roc,
mais je suis un être humain qui ne peut que craquer à la vue de son bourreau.
- Mon ange...
Je le sens remuer sur le matelas, son corps se colle contre le mien, ses bras m'encerclent et me serrent
fort contre lui.
Ça fait mal, très mal, comme de l'huile sur le feu, le froid sur le chaud, la lame sur la peau, et mon
cœur brisé en mille morceaux. Je fonds et succombe à des semaines de douleurs qui se déversent en
torrent de larmes.
Dead ne dit rien, il reste contre moi. Je n'ai pas besoin de plus, il m'apporte ce dont j'ai besoin. Soit la
colle pour réparer les morceaux comme il l’avait dit.
Le temps passe, je pleure comme une enfant, mais qu'importe, je me sens déjà libéré d'un gros poids,
qui diminue petit à petit.
C'est la paix avec moi-même, le pardon ou l'acceptation, qui commence à faire son effet ?
- Ça ira mieux une fois tout évacué, tu en avais besoin, ça va aller à présent, me murmure-t-il.
Recolle juste les morceaux qu'il a déchirés, ça ira mieux ensuite. Recolle-les et aide-moi simplement à
avancer.
Chapitre 24
Week-end à la montagne
On fait un break, on laisse les ennuis à New York ? Juste toi et moi.
Juste Dead et moi pour deux jours, coupés de tout, coupés de la vie, de nos problèmes personnels,
ceux qui nous avaient conduits à cet instant.
Je voulais fuir une réalité, je voulais trouver un moyen de l'affronter, et partir fut pour moi la seule
solution.
Nous nous sommes endormis la veille, sans dire un mot de plus, tout avait été dit de toute façon,
j'avais peur, j'en avais assez entendu, j'étais retournée, je voulais oublier.
Le lendemain, jour de notre départ, j'ai fait comme si de rien n'était.
En me levant, toute trace de bagarre avait disparu, aucun débris de meubles ne trainait, Dead ou
quelqu’un d'autre avait pris soin de faire disparaître toute trace, pour me faire oublier les événements
de la nuit.
Mais tout avait changé.
Mon regard sur le vampire avec qui je vis, ce que j'aime chez lui, même ses yeux n'ont plus la même
signification. Je les perçois différents, étranges, je me pose des questions, j'aimerais savoir tant de
choses, des choses que je ne saurais jamais.
Dead aussi, ce matin était différent, son physique avait changé, j’avais quitté un vampire défiguré par
les égratignures et les bleus, je retrouvais un homme, sans l’ombre d’une trace de violence sur le
visage. Il était mal à l'aise, je pense qu'il s'en voulait. Je pense qu'il aurait aimé qu'on en parle, avant
que les heures défilent et que le malaise s'installe.
S'il savait à quel point je suis déçue, mais surtout, perdue.
Le trajet jusqu'à Aspen m'a paru long dans ce silence et cette tension.
J'ai dormi la plupart du temps, à vrai dire, monter dans un avion noir, avec hôtesse de l'air habillé en
noir, où l'intérieur ressemblait plus à une crypte qu'à un avion m'a légèrement fait flipper. Je déteste
tout ça.
Dead lui est resté sur des papiers à travailler. J'ignorais qu'il avait son propre jet, mais bon, j'ignore
bien des choses sur lui, plus rien ne m'étonne, ma seule crainte était de découvrir un cercueil en
passant la porte de la petite chambre.
Plusieurs fois il est venu me voir, je ne l'ai pas vu mais je l'ai senti, ce qui est étrange.
J'acquiesce, et reporte mon attention sur la fenêtre, où un magnifique paysage blanc défile devant mes
yeux. C'est magnifique la neige dans la nuit. Je pourrais m'y perdre durant longtemps... Dead conduit
dans le silence, sur une route peu éclairé.
- Faith ?
- Oui ?
- On est arrivé.
Waouh, déjà ?
Je regarde à travers le pare-brise en fronçant les sourcils. Au loin, au bout du chemin, je découvre un
grand chalet en bois, sur une colline. Dead se gare en bas, sur un espace plat réservé au parking.
On va devoir se regarder...
Je sens la chaleur d'un baiser sur ma joue, très tendre, qui me donne des frissons.
- Désolée.
Je le serre contre moi, il fait de même, son odeur si masculine m'envahit. Il a tellement de patience
avec moi.
- Non, ne t'excuse pas, tu as le droit d'être en colère. Après tout tu as revu Louis, et nous nous
sommes comportés comme des adolescents l'autre soir. Pire, nous étions deux monstres avides de
colère et de violence, je n'ai pas aimé que tu me voies dans cet état.
- Mais je t'ai vu, j'ai vu Louis, j'ai vu ce que vous pouvez faire, écoute, je cherche encore comment
interpréter ce qui s’est passé...
- Alors laisse-moi t'expliquer. J’ai vraiment envie qu’on passe un week-end loin de tous nos problème
et si en parler une dernière fois, nous permet de passer un bon moment, parlons. Est-ce que tu penses
pouvoir laisser tes soucis dans cette voiture,
Nous nous regardons, et j'ai du mal à fixer ses yeux sans penser à ce que Louis m'a dit.
C'est notre punition.
Et ceux de Dead sont tellement... Vivants, bien plus que ceux de Louis. Est-ce que cela veut dire qu'il a
tué plus de personnes ? Encore une question qui restera sans réponse.
Surtout si tu ne la poses pas ! Ne gâche pas ce week-end Faith ! Prend sur toi !
- Un vampire est possessif avec la personne avec qui il vit, je le suis depuis toujours avec toi. Et je
n'ai pas su me contrôler. Je suis très énervé contre Louis pour avoir blessé celle... à qui je tiens.
Comme toi.
- Je ne peux pas Faith, même si je rêverais de voir ce connard baigner dans son sang, je ne peux pas.
Dead caresse mon visage, avant de déposer un baiser sur mon front.
- Tu dois me prendre pour un faible, voire un minable, mais un jour tu comprendras les règles, que
nous les vampires nous nous sommes fixés. Le poste que j'occupe ne me permet pas d'être un taré aux
mains sales.
Je ne peux pas supprimer quelqu'un uniquement par colère.
- Un homme qui va passer un week-end tranquille avec la femme avec qui il vit. (Je fronce les
sourcils) Faith, je sais que tu as envie de te venger...
Je vais m'énerver je le sens, alors avant de le faire, je vais couper court à la discussion.
Il n'y a que moi à savoir quelle sera ma vengeance, et puisque Dead - mis à part lui casser la gueule
ne veut rien faire d'autre, ou ne peut pas - alors je ferai ce que j'ai à faire en temps voulu.
Je soupire, je m’énerve après le vampire alors que moi-même, je n’ai pas réussi à le faire.
Après ce qu'il m'a dit sa punition n'est pas suffisante ? Il a tué la femme qu'il aimait. Il aura des
remords toute sa vie, pour l'éternité.
Faith la mort serait un cadeau pour cet homme.
J’ai peut-être bien fait.
- Ecoute, Louis, n'est pas un sujet pour nous ! On a dit qu'on laissait nos problèmes à New York, on ne
va pas en rajouter. Si tu veux bien, mes affaires avec Louis ne regarderont que moi. Tu l'as massacré
d'accord, mais je me vengerai à ma façon.
- A la différence de vous, j'ai une conscience Dead, je réfléchis. Je ferai ce qu’il sera bon pour moi de
faire. N'en parlons plus. Passons un week-end tranquille.
Il me regarde soucieux, oui, j'insinue très bien les choses, j'espère qu'il s'en rend compte. S'il veut se
mettre à table, il peut.
- D'accord, viens.
- Tu as oublié le bonnet.
- Tu te moques de moi ?
- Non.
Dead me met le bonnet sur la tête. Il ne sait pas la chance qu'il a de ne pas craindre le froid. Si je
portais sa veste en cuir je ressemblerais à un glaçon.
- Let's go ?
J'ouvre la porte de la voiture 4X4 de luxe équipé tout terrain, un vent glacial vient caresser mon
visage. Mon dieu, c'est le pôle Nord ici ! Je passe mes bras autour de mon corps pour garder un peu
de chaleur, et fais le tour de la voiture pour rejoindre Dead.
- Tu as froid ?
Je claque un peu des dents. De plus la neige recommence à tomber, forte, à gros flocons.
- On va rentrer.
Dead lève son bras gauche pour que je puisse me blottir contre lui. De l'autre main, il tient deux gros
sacs de voyage. Nous marchons en silence, avec le seul bruit de nos pas dans la neige. Quelques
minutes plus tard, nous arrivons devant la porte d'entrée.
- Tu as les clés ?
- Evidemment, j'ai quelques capacités mais pas celle d'ouvrir une porte fermée à double tour. Donne-
moi deux minutes.
Il lève sa main vers le dessus de la porte, tâtonne et en sort un grand trousseau de clés.
- Et voilà.
- Oh !
Ce n'est pas un chalet ! C'est un loft ! Il n'y a pas de murs ou presque pas, que des meubles avec en
face de l'entrée une énorme baie vitrée qui donne sur le paysage. Des montagnes, de la neige, des
arbres, c'est magnifique.
- Ça te plait ?
Dead pose les valises dans l'entrée et ferme la porte, le froid reste dehors et enfin, je redécouvre les
joies de la chaleur. Il y a même un feu allumé ?
- C'est très beau, (je souris) j'aime bien l'idée de ne pas avoir mis de murs. C'est grand, et spacieux.
Ton idée ?
- On va dire ça. Je l'ai acheté il y a... cinquante ans peut être, j'ai cassé tous les murs avec... Louis et on
l'a retapé pour donner ça.
- Très réussi.
Je souris, effectivement, pas besoin. Je descends le petit escalier qui mène à l'appartement. L'entrée est
un peu surélevée. Tout est agencé avec soin, et chaque pièce est délimitée par une ligne invisible, ou
par des rideaux tirés.
Je découvre un grand lit King Size, aux draps marron, caché au fond derrière deux rideaux de la
même couleur.
- Il n'y a qu'un lit, mais si tu veux, je dormirai dans l’un des canapés.
Dead me montre de la main trois canapés blancs formant un U. Je souris en voyant l'énorme écran
plat. Dead et sa télé c'est comme avec son ordinateur ; il faut toujours qu'il ait un moyen de se tenir au
courant des faits divers du monde entier. Ah la vie politique !
- Sûr ?
- Tu dormais bien avec moi alors qu’il y a deux lit à l’appartement, et on n'avait rien partagé de... (Je
dois rougir vu la tête qu'il fait) alors ça ne me dérange pas. Je sais que tu n'es pas un affamé.
Je m'approche de lui, le sourire aux lèvres. Un regard de femme mystérieux comme dans les films.
- Disons... (J'éclate de rire, je ne sais pas être sérieuse) je sais que tu n'es pas un affamé, étant donné
qu'il n'y a pas de porte et que je devrai prendre ma douche dans la grande baignoire. Donc être toute
nue devant toi.
- Le jour où tu me le demanderas, je craquerai, sinon en attendant, je resterai le dos tourné le nez dans
mon PC pour travailler.
Quel sérieux ! Du Dead tout craché. Avec un self contrôle digne des plus grands.
A quoi ressembles-tu Monsieur Patience lorsque tu craques ?
- Ah ça oui, j'ai remarqué que tu avais même laissé ton PC ! Comment tu vas faire pour te distraire
lorsque je prendrai ma douche ?
Je souris.
- Et toi !
Dehors la neige tombe de plus en plus, j'aimerai me glisser dessous, même s'il fait froid, juste pour
me rappeler des tas de vieux souvenirs.
- Là maintenant ? Il neige.
- Justement, maintenant.
- D'accord.
Nous nous dévisageons et je me mets à courir dans le chalet jusqu'à la baie vitrée que j'ouvre, je
retrouve le vent glacial mélangé à la neige.
A ma droite je remarque un petit escalier, qui donne dans la colline, je l'emprunte et descends courir
dans la neige poudreuse où je m’enfonce. Il n'y a pas un bruit.
- Je te tiens.
Deux bras m'encerclent la taille et me font tomber dans la neige. Dead pèse sur moi, en riant. J'ai la
tête dedans. Je me débats pour faire basculer le vampire, qui ne résiste pas.
- Non pourquoi ?
Je fais basculer le vampire de telle sorte que nous roulons dans la neige. Je ris, quand nous nous
arrêtons dans un bloc de neige qui ensevelit Dead à moitié. Je l'aide à retirer ce qui l'empêche de
bouger, sans pour autant me dégager de son corps.
- Aussi.
- Tu l'es ?
De la neige fondue tombe sur son visage. Ses mains sont sur mes hanches.
Maintenant.
Et c'est sincère, jamais je n'aurais cru quelques mois auparavant, connaître le bonheur en étant avec
un vampire, et pourtant, malgré tout ce qui s'est passé, je le suis avec lui.
- Ah bon ?
- Je pense qu'on aurait dû venir plus tôt ici, tu as l'air d'aimer la neige.
- Exact, j'aime encore plus les couchers de soleil, la neige me rappelle des souvenirs. Petite j'allais
skier ici, à Aspen, et je mangeais mon poids en chocolat.
- Pardon ?
Un coup de hanche et je me retrouve sous le vampire qui tente de me faire manger de la neige.
- DEAD ! ARRETE.
La neige laisse place à ses lèvres chaudes, que j'embrasse sans retenue. Sa langue vient caresser la
mienne, j'ai des frissons, j'aime être proche de lui comme ça.
Lentement, je réussis à me glisser sur lui, je préfère, il m'écrase sinon.
- Quoi ?
Mon front vient se coller au sien. Je souris, j'ai froid, mais je suis heureuse, à cet instant.
Je ris.
- Mais non ne sois pas blessé idiot, tu ressembles à quelqu'un de libre surtout. Comme si tout le poids
du devoir, avait disparu de tes épaules, en arrivant ici.
- C'est parce que je suis avec toi. (Je n'ai le temps de rien dire qu'il renchérit) Rentrons, j'ai une autre
surprise, tu as l'air gelée.
- Encore une surprise ? Est-ce que je t'ai dit que je ne suis pas friande de surprise.
Dead m'aide à me relever, la neige tombe de mon corps. Je commence à avoir froid, et je suis
trempée, mes lèvres doivent être bleues, je me retiens de claquer des dents.
Je le dévisage.
- Je déteste le mariage, l'idée surtout. C'est tellement con à mes yeux de s'unir sur un bout de papier,
ce n'est pas ça qui prouve que deux personnes s'aiment.
- Et bien... Je pense que les actes, les gestes, l'attention qu'on porte à l'autre, tout ce qui fait que la
relation existe, est une preuve d'amour. Je pense que le mariage, c'est pour beaucoup, quelque chose
d'acquis, et qu'une fois la bague au doigt, l'amour qu'on porte à l'autre reste figé puisqu'on s'est dit oui
pour toujours dans l'amour. Je ne suis pas d'accord, je pense que l'amour s'entretient, et que le
mariage favorise le laisser-aller. Et puis, je déteste savoir que si j'épousais quelqu'un, je deviendrais
Madame quelque chose.
Je me demande encore pourquoi je pense à ça, de nos jours les humains ne se marient plus, ce n'est
pas la priorité de s'unir devant Dieu ou chez Monsieur le Maire. Survivre est la priorité.
- Donc, pour toi, tous les couples mariés ne s'aiment plus.
Je souris.
- Tu es né à une époque où le divorce n'existait pas, où, quand quelque chose se cassait, vous le
répariez. Aujourd'hui... tout est différent, d'ailleurs, tu as été marié ?
- Non, j'ai toujours aimé vivre dans le péché. Mais j'ai toujours pensé que le jour où je rencontrerai la
femme de ma vie, j'aimerais qu'elle porte mon nom. Qu'elle soit à moi.
- Je t'aime, tu es l'homme de ma vie, point à la ligne. On ne parle pas, on montre que vous êtes à nous.
Les mains de Dead glissent vers mes fesses, il s'en empare pour les presser, je le dévisage surprise.
- On va dire ça.
Je fais de même avec mes mains sur ses fesses, ce qui le fait se raidir. Monsieur Creaving veut jouer à
ça ? Pas de souci, c'est même amusant.
- Mon ange, j'ai été ravi d'avoir ton opinion sur le mariage.
- Moi de même.
Bien sûr que je fais la moue. Mais je la perds vite, il faut dire que Dead sait y faire.
- Alors ?
- Tu me demandes en mariage là ?
- Non, mais ce serait un cadre parfait, tu ne trouves pas ? La neige qui tombe et qui nous entoure, la
nuit, toi et moi seuls, coupés du monde.
- Je pense que oui, je te dirais non. Je n'y crois pas, je déteste le mariage, je n'aime pas perdre mon
identité, je trouve que je la perds déjà assez, en ayant ce fichu tatouage. Dead... toi et moi... je ne sais
pas où l'on va.
Bien sûr que si, tu sais où tu vas, tu as peur c'est tout ! Peur de ce que tu ressens.
- Comment te dire, c'est l'une des choses avec les enfants, que je refuse d'avoir, je ne veux pas
d'enfant, je ne veux pas me marier.
De nos jours, je ne peux pas y penser même si je voulais, et heureusement, je ne peux pas, et je ne
veux pas.
Houlà, cette conversation est en train de partir loin. Trop loin ! Je commence à être mal à l'aise, avec
une pointe d'amusement tout de même. Ce sont les vrais couples qui parlent de ça, on dirait... un
couple, lui et moi, discutant de l'avenir.
Après tout, c'est lui ton avenir, il est en droit de savoir.
- Non.
- Pourquoi ?
Je soupire, je vais devoir m'expliquer.
- Et bien... parce que, le monde dans lequel je vis ne me permet pas d'en avoir.
Je refuse qu'un être innocent voie le jour dans cette catastrophe qu'est notre pays. (Je dévisage Dead)
Je refuse de voir naître un enfant de sang mêlé, ce n'est pas une vie... Je ne pourrais pas l'accepter.
C'est qu'il insiste sur le sujet, je remarque bien que le thème « enfant » lui, il l'évite.
Désolée d'être moi, désolée que ce soit moi la personne pour qui tu... Ressens des choses. Désolée
d’être trop lâche pour assumer.
- Faith ?
Ma question le prend au dépourvu, je le vois dans son regard, il s'assombrit. Mal à l'aise, il me sourit
et hésite.
Dead aurais-tu perdu ta langue ? T'ai-je pour la première fois fait perdre tes mots ? Je m'approche de
lui, et dépose un baiser sur ses lèvres.
- Tu vois, monsieur Patience, que tu ne sais pas où l'on va. Ce n'est pas au bout de 700 ans après avoir
dit que tu attendrais la femme de ta vie, que tu vas décider d'épouser une petite humaine. Garde tes
principes et tes convictions, elles me plaisent.
Alors, si tu veux, après cette discussion étrange dans le froid de la neige, passons à ma surprise, tant
que ce n'est pas une bague, je le taquine.
L'expression de Dead se ferme, je pense avoir dit quelque chose de mal. Ou est-ce que j'ai pu le
blesser ? « La petite humaine » n'a pas dû passer. Avant de prendre le temps de réfléchir, je renchéris
pour qu'il ne me réponde pas.
Pas question que j'en sache plus sur tes sentiments, sinon, les miens risquent de refaire surface et j'en
ai peur.
- D'accord, lâche-t-il en me regardant, les yeux dans les yeux, viens rentrons.
Sa main s'empare de la mienne, je la serre fort et le suit, le cœur tremblant à l'idée de savoir.
Chapitre 25
Nuvole bianche
Dead est bizarre parfois, il a toujours des idées bizarres : je dors avec toi mais on ne fera rien de
sexuel, tu viens vivre avec moi mais c'est juste parce que tu me plais, on ne se connait pas et tu me
détestes, mais viens soyons amis et plus si affinité.
Je te cache plein de choses, mais par contre, n'hésite pas à me parler de toi. Je te mène par le bout du
nez, mais je ne te résiste pas. Viens Faith, parlons avenir avant de parler sentiments, c'est tellement
plus marrant.
Cet homme est étrange, mais il me plait. C'est fou !
Je pense pouvoir m'inscrire à l'école du rire d'ici peu. Pourquoi ? Simplement parce que je suis
stressée et que je me fais un long monologue dans ma pauvre cervelle, qui n'est pas dans son meilleur
jour. Je me demande encore ce qu'il me réserve, et j'appréhende ma réaction.
Nous rentrons dans le chalet, je suis frigorifié et je claque des dents lorsque Dead referme la porte de
la véranda. Le vampire s'approche de moi, un sourire rempli de malice, est-ce qu'il sent que dans ma
poitrine c'est le nirvana ? Le boum, boum répétitif ?
J'espère que non. Et pourquoi non ?
Dead marche en direction du fond du loft/chalet, je ne sais pas tellement ce que c'est comme structure,
à vrai dire, je m'en fiche un peu, tant que je suis au chaud, c'est ce qui m'importe le plus.
Il se dirige vers un endroit plus sombre et sans baie vitrée, il y a un canapé derrière des rideaux noirs,
face à un mur blanc.
À quoi ça sert un canapé en direction d'un mur blanc, faut qu'on m'explique !
- Assied-toi.
Je l'ai suivi sans m'en rendre compte, comme un pantin, Creaving, qu'avez-vous fait de moi ? Le pire
c’est que je m'exécute ! Waouh, je suis si curieuse que ça ou totalement hypnotisée ?
J'entends Dead rire de ma bêtise et je fais de même. Je me retourne pour voir le vampire qui s'active à
faire marcher quelque chose, une sorte d'appareil que je distingue, comme un projecteur.
Je me raidis quand je sens son souffle dans mon cou, il est accroupi, ses yeux me fixent, je me sens
fondre, comment dire non à un tel regard, à un tel homme ? Comment refouler ce qui est en train de
naître en moi.
Ne le refoule pas.
Dead lève une main vers moi, il tient une télécommande.
- Sache avant de voir ce que je m'apprête à te montrer : je n'ai pas fait exprès quand tes pensées me
sont apparues. Je n'ai pas su les éviter, et tant mieux, je cherchais un moyen de te faire plaisir. J'espère
que ça te plaira.
Il appuie sur un bouton et mon attention se porte sur le mur blanc. Qu'est-ce que ça va être...
- Oh seigneur...
Je sens les larmes me monter aux yeux, l'instant d’après. C'est... tellement beau, tellement réel. La vie.
Ce que Dead vient de lancer sur le mur blanc, c'est un somptueux coucher de soleil sur les montagnes
d'Aspen.
Très bien filmé, je croirais presque l'avoir sous les yeux. Bien qu'accéléré, il ne perd pas sa beauté.
Le paysage de nature, blanc la journée est à présent mélangé de diverses couleurs chaudes, de
l’orange, du jaune, du rose et même du rouge, le tout se mêle au ciel et à la neige figée.
Je ne quitte pas des yeux l'énorme boule d'une couleur indéfinissable, qui part de l'est vers l'ouest. Si
je ne savais pas que c’était un film, je jurerai sentir sur ma peau congelée par le froid, la chaleur que
dégage le soleil. Cette chaleur me manque tellement.
Je ne perds pas une minute de l'instant, je regarde jusqu'à ce qu'il disparaisse derrière les collines. Du
revers de la main, j'essuie une petite larme qui s'est échappée de mes yeux. Ces images viennent de me
bouleverser. Ce n'était qu'un film, mais ce qu'il représentait c'était tellement plus ! Mon passé, ce que
j'aimais tant, et qu'à présent j'ai perdu.
Le mur s'assombrit, je m'apprête à dire quelque chose, lorsque de nouveau la lumière fait apparaître
un autre trésor.
L'eau.
La vidéo est prise du fond de l'eau, d'un lac ou de la mer. Tout est bleu, et j'entends le bruit que font
les vagues à l'extérieur, un simple chuchotement. La vue des fonds marins change lorsque le soleil
bouge, plus claire, elle se colore, perdant son bleu azur pour prendre une teinte orange foncé.
La vie autour s'accélère, des poissons, requins, algues et diverses sortes de végétations, c'est si beau,
si vivant... Des larmes glissent de mes joues, plus rien n'est vivant comme ça de nos jours. Tout vit
dans la noirceur, et le sombre. Un coucher de soleil vu de la mer, des fonds marins.
La vidéo change et à présent... voilà New York. New York !
Je pense que celui qui filme est en haut de l'Empire State Building, j'entends le bruit des gens autour,
des rires, des paroles.
« There it is, he goes to sleep! It's beautiful seen from the Empire.*»
Et effectivement, en haut de l'une des plus belles vues, le soleil dit adieu pour la nuit. Sur les
immeubles de la ville qui ne dort jamais, il se métamorphose en une boule, couleur orange sanguine,
éclairant ce qui l'entoure de la même couleur, et s’en va mourir dans l'océan Atlantique.
Mes doigts sont sur l'endroit où il a disparu, je me suis levée sans m'en rendre compte et je crois bien
que je pleure. C'était trop beau, pour mon petit cœur, trop beau, trop envoutant, trop rare.
En séchant mes larmes, je me retourne vers Dead, accroupi derrière le canapé, il a mis arrêt sur
image. Je le dévisage, je dois être belle tiens avec les yeux rouges !
- Pourquoi ? Je demande
- Parce que ça me manquait ces instants du monde qui change et qui évolue. Je voulais ressentir de
nouveau ça. Et voir ce qu'à présent, je ne peux plus voir, des années nous séparent, le soleil et moi.
J'avais besoin de retrouvailles.
Dead se lève pour me rejoindre, je suis très touchée par son geste, j'en rêvais depuis tellement
longtemps, de revoir un jour le soleil. C'est bête comme rêve, j'en suis consciente, mais dans mon
monde, on s'accroche à tout.
- Merci à toi.
- Non, merci à toi Dead, merci pour tout ce que tu fais, ta patience et tes idées. Tu n'imagines pas à
quel point, tu m'as touchée en me montrant ce film, ce n'est pas grand-chose, mais à mes yeux, c’est
une très belle preuve...
D'affection ? D'amour ? D'amitié ? Non, entre le vampire et moi, jamais il n'a été question d'amitié,
depuis le début, c'est beaucoup plus. Tellement plus...
Ai-je été aussi aveugle, pour ne m'en rendre compte que maintenant ? Ou simplement malvoyante par
intérêt, dans l'unique but de me protéger, en ce qui concerne mes sentiments pour un vampire.
Je le dévisage, toutes les preuves sont là, sous mes yeux, que ce soit de lui, ou de moi, de nouveau
mon regard s'assombrit. C'est tellement plus que de l'affection, que de l'amitié c'est...
- Je ne saurai jamais la vérité du pourquoi c'est moi qui suis là avec toi, je me demande à chaque
instant ce que tu as bien pu me trouver et... c'est troublant. Je suis une paumée de la vie, quelqu'un de
tellement brisé et toi, quand je suis avec toi c'est... comme si la vie retrouvait un sens, du vivant. Tu es
tout ce que je déteste et pourtant, pourtant je suis tombée sous le charme. Tu viens de tout faire
basculer Dead Creaving.
Je parle, les mots sortent sans souci, naturellement, sans mensonge. J'attends de voir une réaction de
la part de Dead, un mot, un geste.
Je sais que c'est peu ce que je lui ai avoué, tellement plus que ce qu'il a pu faire lui.
- C'est toi, parce que c'est toi tu le sais, dès l'instant où je t'ai vue, je n'ai pas fait tout ça dans l'unique
but de te mettre dans mon lit, tu le sais aussi, je suis vieux jeu de ce côté-là, et tu le sais aussi.
Nous savons surtout, que si Louis n'avait pas fait ce qu'il a fait, depuis des lustres j'aurais connu la
chaleur de son corps nu contre le mien.
J'en ai ressenti du désir, mais jamais au point de vouloir passer le cap de mes peurs. Et ce soir... je
crois bien que c'est différent, tout est différent.
- Je n'y vois pas un problème moi, j'y vois deux adultes patients et responsables. J'ai attendu sept cent
ans pour te rencontrer Mademoiselle Wilkins, quelques mois de plus ne sont que poussière à mes
yeux. (Ses mains viennent entourer mon visage, ses yeux plongent dans les miens et là je comprends
tout) Je suis redevenu humain en te rencontrant.
Il prend ma main pour la poser sur sa poitrine. Je sens un rythme plus élevé qu'à sa normale à lui.
- Je ne te dirai pas souvent les mots qui conviennent, je trouve qu'ils perdent leur intérêt s'ils sont
répétés trop souvent. Mais je les pense et le jour où tu voudras les entendre, sache que je les connais
en une dizaine de langues. Faith, je n'ai rien fait basculer, tu as tout fait changer, toi.
Je ne comprends toujours pas comment nous en sommes là, rien ne fut normal dans notre relation et
pourtant... Si je pouvais dire moi aussi, je le dirais. Je peux le dire mais...
Dead me serre contre lui, et dépose un baiser sur mon front. C'est trop adolescent tout ça, et il est
temps de quitter ce monde-là, d'enfermer la raison et d'écouter mes désirs. Parce qu'il n'y a pas eu une
seule fois, où, je n'ai pas désiré ce vampire, même lorsque je le détestais, à présent, je le veux, c'est
une certitude, je n'irais simplement pas chercher pourquoi maintenant.
- Dead ?
- Quoi ?
Je m'écarte de lui, ma main s'approche de son visage, elle tremble et j'ai encore du mal à croire aux
mots qui vont en sortir.
- Fais-moi l'amour.
Les pupilles bleues de mon vampire s'écarquillent, il tente de déchiffrer ce que je pense, si je suis sure
de moi, et oui, je suis sure.
- Mon ange...
- Arrête de suite, Dead, ne tente pas encore de me materner. Ne dis pas que je fais ça pour oublier, que
je ne suis pas prête et que ce n'est pas ce que je veux. Je sais ce que je veux.
- Toi. Toi le vampire qui m'énerve avec son assurance, toi le vampire que je devrais détester parce
que tu es un vampire, toi l'homme au grand cœur qui tente de sauver le monde. Toi... l'homme et le
vampire que je... qui m'a sauvé. Je...
J'aimerais te dire plus qu'un simple « je » sans suite, t'avouer ce qui m'abrite, mais je ne sais pas
comment affronter ces sentiments si étranges qui me gagnent, je pensais ne jamais les voir, je pensais
surtout ne jamais les ressentir, aussi tôt, aussi vite, sans presque aucun geste et pour toi. Surtout pour
toi.
Mon vampire s'approche, il embrasse ma main de ses lèvres. Avant de passer aux miennes.
- Les gestes parfois sont plus représentatif des sentiments qu'on éprouve.
- Alors pourquoi, il est si simple de le dire pour toi, alors que moi... je soupire en enfouissant ma tête
dans son cou.
- Je suis un homme de parole, et pourtant, lorsqu'il s'agit de toi, je perds tous mes mots. (Dead
marque une pause) Faith, c'est bien ce que tu veux ?
Je me redresse pour le dévisager, il ne veut pas lui ? Il n'en a pas marre d'attendre ? D'habiter et de
vivre avec une femme, sans pouvoir la toucher, comment fait-il? Si j'étais un homme... Si nos places
étaient inversées, je me serais déjà glissée dans un lit sans réfléchir. Mais on n'est pas tous Dead.
- Je te veux toi, ton corps et tout ce qui va avec, je prendrais soin de l'aimer comme il le mérite. A ma
façon, de cent mille façons. Je vais l'aimer, et te faire redécouvrir la joie de l'aimer aussi.
Ses bras encerclent ma taille, et me soulèvent, je passe mes jambes autour de ses hanches. Nous y
voilà. Le moment de redevenir une femme, dans les bras d'un homme qui en vaut la peine.
C'est là que je comprends toute ces ladys de l'époque, attendre et trouver le bon, celui qui saura vous
apprécier comme vous êtes. Pour ce que vous êtes.
***
Dead me pose sur le lit, je le regarde faire, il est debout devant moi, ses mains sur son pull qu'il
retire, me laissant la joie de découvrir son torse musclé et tatoué de magnifiques symboles. Comme
lui, je retire mon haut, impatiente de le voir retirer le bas.
Mais le vampire enlève d'abords ses chaussures, retire ses chaussettes et fait pareil avec les miennes.
Un sourire en coin, je détourne légèrement le regard. Je sens le matelas s'affaisser, une main dans
mes cheveux et un corps sur moi.
- D'accord pour le pull mais pas pour le reste, c'est moi qui t'enlève tout.
- Possessif, je murmure
La bouche de Dead vient déposer une série de baisers, de ma joue au creux de mon cou, elle trace un
chemin humide entre ma clavicule et la barrière de mon soutien-gorge noir. Je reste immobile, sans
rien dire, juste mon souffle qui s'accélère, je tente de ne pas penser à Louis.
Il ne viendra pas gâcher ce moment.
Je sens ses doigts jouer avec la fermeture de mon jean, de ses lèvres, Dead mordille l'un de mes
tétons à travers le tissu. J'entends le zip de la braguette. Il stoppe tout contact avec mon corps et je me
surprends à ressentir un manque.
- Du calme mon ange, il me faut deux mains pour te retirer ton jean, en plus il est trempé, mais je vais
te réchauffer.
Il me lance un clin d'œil, ses mains viennent tirer de part et d'autre sur la ceinture de mon jean, je
soulève les hanches pour lui rendre la tâche plus facile. Sans difficulté, le vêtement glisse de mes
jambes et se retrouve par terre. Il retire ensuite mon soutien-gorge, dévoilant mes seins, je résiste à la
tentation de me cacher quand je vois son regard illuminé par le désir.
Il n'est pas dégouté.
- Mais avant, comme ça on sera à égalité, je retire mon jean et mon boxer.
Curieuse, je prends mon courage à deux mains et le regarde se dévêtir sans aucune pudeur, à genoux
entre mes cuisses, il défait le bouton de son jean, descend la fermeture éclair, se lève pour le retirer
totalement.
Je découvre un boxer Calvin Klein bleu foncé, qu’une érection que je qualifierais d'énorme, déforme
de façon impressionnante le tissu.
Énorme !
Dead, toujours le mot pour rire même dans les moments où je suis à la limite de paniquer ; j'essaie de
ne pas penser à Louis, mais une petite crainte est bien présente, j'espère qu'elle disparaitra quand on
sera allé plus loin.
Je souris, et Dead en profite pour retirer son caleçon, je me mords la lèvre en le découvrant nu,
totalement offert, et si beau ! Son tatouage s'arrête à la lisière de l’aine, juste au-dessus de son sexe
fièrement dressé. Oh mon dieu ! Pivoine Faith et de plus en plus excitée. Tant mieux, tu ne paniques
pas encore.
- Tu es très beau...
Dead me sourit à son tour, et se rallonge sur moi, sa bouche vient rencontrer la mienne, tentante,
envoutante, il essaie de me faire oublier que sa main remonte le long de ma cuisse pour venir
caresser le tissu qui recouvre mon intimité. Doucement, de gestes appuyés et au bon endroit.
Mes mains s'agrippent à ses épaules quand je sens l'air froid me caresser à son tour, lorsqu'il écarte
ma culotte. Je gémis, ses doigts sur moi, sans aucune barrière. Son pouce titille mon clitoris en
faisant des cercles, ma respiration s'accélère, waouh, c'est... le pied.
Sans cesser de me caresser, il se débarrasse du vêtement qui le gêne. Me voilà nue, offerte. Je me mets
à flipper tout à coup, une vague de terreur m'envahit, la dernière fois, que j'étais nue comme ça, c'était
avec Louis et...
Je ferme les yeux, inspire et chasse ces idées noires, à cause d'elles Dead a cessé de me caresser et je
refuse qu'il s'arrête pour de bon.
- Je sais, continue.
- On va y aller doucement.
- D'accord, mais ne me prend pas pour une poupée que tu risques de casser, touche-moi comme
n'importe quelle autre femme.
- Que tu désires et qui te désire, qui a envie de te toucher et d'être touchée. N'oublie pas, les problèmes
sont dans la voiture pas dans ton lit. Embrasse-moi.
Le vampire hésite, penché au-dessus de mon corps, je pense qu'il réfléchit, tentant de trouver les mots
pour me dissuader.
Il rapproche son visage et ses lèvres touchent les miennes, d'abord doucement, puis de plus en plus
appuyé. Sa bouche chaude vient enflammer la mienne, désirant d'avantage
Il sourit, secoue la tête et reprend sa caresse. Je sens qu'il me pénètre d'un doigt qu'il remue lentement
en moi. Je soulève les hanches, pour l'inciter à plus. Je veux plus, il m'enflamme.
Oh mon dieu, je dois être rouge écarlate, c'est ça Dead au lit ? C'est ce genre de questions si excitantes
? A mon avis, il peut demander bien pire.
Le vampire me dévisage, les yeux aux bords de l'explosion, si étincelants de désir qu'ils pourraient
éclairer la pièce.
Oh misère ! Je me mords la lèvre gênée, je n'ai pas envie qu'il s'arrête, mais j'ai perdu l'habitude d'un
amant qui demande.
- Toi.
Ma main glisse le long de son torse tatoué et musclé, je ne suis pas du genre bavard, je préfère le
montrer. J'atteins le bas de son ventre, là où sa queue frôle ma cuisse. Je sais bien que depuis le début,
il évite tout contact pour que je sente son excitation, il ne devrait pas, ça me plait. Surtout de le
toucher.
Mes doigts s'enroulent autour de lui, sa tête tombe dans mon cou, j'entends sa respiration s'accélérer
quand je fais légèrement glisser ma main. Il est long, volumineux et si doux au toucher, du velours.
- C'est toi que je veux, j'ai du mal à m'exprimer dans ses moments-là.
J'ai chaud, le sentir durcir dans ma main éveille en moi un profond désir, j'ai envie de plus. J'ai envie
de le connaitre de cette façon-là aussi.
Maintenant.
- Sic Pulchra**
Je ne comprends pas ce qu’il me dit et à vrai dire, je m’en fiche. Dead remue des hanches et se sort de
mon étreinte, mon cœur s'emballe quand je le vois se placer entre mes cuisses. Ses bras viennent se
glisser sous moi pour me coller à lui davantage, j'écarte les jambes sans retenue, ça me parait naturel,
pas de peur, pas de contrainte, pas d'obligation, juste de l'envie.
Je sens son sexe à l'entrée de mon corps, dur, et imposant, lentement, je ressens la légère pression qui
m'indique qu'il entre en moi.
Ma respiration s'accélère, pas de plaisir, pas encore, c’est de la peur. Le dernier à avoir franchi les
portes de mon intimité n'avait pas été tendre, j'en avais presque oublié ce que c'était, de faire l'amour
dans la tendresse, et non baiser dans la violence.
Louis ne s'efface pas en deux caresses, mais il faut en passer par là pour l'oublier. Dead me pénètre
sans difficulté, sans geste brusque, me laissant le temps de m'habituer. Un silence de mort règne dans
ce chalet, mis à part le bruit de nos respirations. Je ne regarde pas le vampire, pas pour l'instant,
j'essaie de convaincre mon esprit que c'est Dead et pas un autre.
- Ça va ?
- Faith ?
Je ferme les yeux et respire plusieurs fois tout en déchiffrant ce que je ressens. Aucune trace de
douleur, juste un feu au creux de mon ventre, l'incendie qui signifie désir, plaisir, excitation.
Et sentir Dead en moi c'est... énorme, renversant, plaisant, j'aime. C'est tout l'inverse de... l'autre. C'est
ce que j'attendais, et je veux plus avant qu'un mur s'installe, je vais passer au-dessus de la barrière de
mes démons.
Il faut passer le cap.
- Oui, ça va, (je regarde enfin le vampire) Dead, fait moi plaisir ne te retiens pas.
Mes mains vont appuyer sur ses hanches l'incitant à aller plus vite. Son sexe glisse en moi, je retiens
un hoquet de surprise. Dead me dévisage.
Ça m'étonnerait vu la sensation qui me gagne. Cette brûlure si plaisante alors qu'il bouge en moi
comme un escargot. Qu'est-ce que ça sera lorsqu'il atteindra le niveau supérieur ? Un Dead qui perd
le contrôle ? Sans me répondre, il accepte ma requête, ou du moins, ses hanches attaquent un va et
vient plus rapide, il caresse chaque parcelle de mon intimité, me faisant gémir. C'est largement plus
qu'agréable c'est... le pied.
La tête dans mon cou, je sens quelques choses de pointu contre ma peau, Dead s'en rend compte, et me
fait basculer sur lui. M'éloignant de ce que je déteste.
Moi ? Chevaucher un mâle comme lui ? Une bouffé de fierté m'envahit. Sans pudeur, je me soulève à
l'aide de mes jambes pour m'empaler sur son membre dur qui éveille en moi la passion.
A mon rythme, je monte et descends, j'ai très chaud, et j’ai l'impression que mon corps prend feu, ma
peau à l'air d'être aussi sensible que celle d'un grand brûlé.
Je suis enflammée par les sensations.
Je sens deux mains remonter le long de mon buste, caressant ma peau, m'attirant des frissons, je suis
si pudique d'habitude, j'ai du mal à ce qu'un inconnue me voie nue. Mais c'est Dead, et me montrer ne
me pose aucun souci. Au contraire, j'aime.
Un petit cri m'échappe quand il s'empare de mes tétons, il les pince légèrement entre ses doigts,
déclenchant une série de décharges électrique au creux de mon ventre, là où son sexe s'apprête à me
faire basculer dans un gouffre. Les yeux dans les yeux, Dead accélère le rythme de nos hanches,
m'emmenant loin, mais près de ce que j'ai autrefois connu.
Il s'enfonce profondément en moi, et j'explose dans un orgasme puissant, renversant qui parcourt
chaque parcelle de mon corps et de mon être. Son prénom passe la barrière de mes lèvres pour
mourir sur les siennes.
Totalement perdue dans le plaisir, je m'accroche à lui comme à une bouée de sauvetage, il m'a prise
par surprise, m'a renversée. Je ne sais plus où donner de la tête. La jouissance continue quant à son
tour, il me rejoint dans ce que j'aime surnommer, le nirvana.
Chapitre 26
Amour, réalité et craintes.
Je sors d'un sommeil très reposant, une délicieuse sensation au creux de mon ventre l'accompagne. Le
sourire aux lèvres, j'étire mon corps encore endormi. Il y a bien des années que je ne m'étais pas
reposé comme ça. Je me fige en sentant quelqu'un ou quelque chose remuer à mes côtés. Mon rythme
cardiaque s'accélère, la panique monte... Puis je sens une douce caresse le long de mon bras.
Dead.
J'ouvre les yeux, et j’ai alors la plus belle des visions. Un homme nu, allongé sur le côté, me
dévisageant.
- Bonjour.
Je réponds d'une voix timide en me redressant, le drap couleur chocolat serré autour de ma poitrine.
C'est bête de me cacher vu comme il m'a touché cette nuit. Mon corps n'a à présent plus aucun secret
pour lui. Mais... je suis comme ça, timide le lendemain.
Dead se penche vers mon visage et dépose un baiser chaste sur mes lèvres.
- Bien dormi ?
Je me mords la lèvre en rougissant, si j'ai bien dormi ? Très bien, pas énormément étant donné que la
nuit a été mouvementée suite à nos ébats.
- Oui et toi ?
- Ce qui veut dire pas souvent, étant donné que tu ne dors pas souvent avec moi.
Dead sourit, il a l'air de se détendre un peu, et moi aussi par la même occasion.
Dead m'attire à lui et enroule son bras autour de mes épaules pour me serrer contre son torse.
Je lève le visage pour croiser son regard, ses yeux sont inquiets.
- Je vais très bien et toi ?
- De ce côté-là aussi, je vais bien. Je veux dire... (Je réfléchis quelques instants) tu avais raison de ne
pas brusquer les choses, la preuve, je pense que si je t'avais connu de cette manière-là avant, je t'aurais
repoussé maintenant et je t'en aurais voulu. J'irai même jusqu’à dire que je t'aurais détesté.
- Tu me détestes ?
- Non, je...
Je t'aime, enfin je pense que je t'aime, mais je suis incapable de te le dire c'est tout. J'ai encore peur de
souffrir.
Dead ne semble pas avoir capté que j'hésitais sur un sujet. La bataille de mes sentiments se poursuit
apparemment. Mais tant qu'il ne me le demandera pas, j'ai le temps pour peser le pour et le contre.
- Tu continues avec tes cent mille questions. C'est agaçant tu sais ? (je souris) Mais non, je ne partirai
pas. Je n'ai aucune raison de le faire...
Son regard s'assombrit, je comprends qu'il cherche à savoir si je suis sure de moi. Si j'ai des regrets,
et si, lui aussi, je le considère comme Louis : un membre de la pire espèce au monde.
Ce n'est pas le cas, il est différent, même après ce qu'il s'est passé à l'appartement. Dead reste un
vampire, il a sa nature, une nature que je détestais avant de le connaître, mais qui grâce à lui, m'effraie
de moins en moins.
Je soupire et m'écarte de lui, rompant notre étreinte, je remarque une impression de rejet chez lui,
mais ce n'est pas ce qu'il croit. Je m'assois en tailleur sur le matelas et commence à admirer mes
mains jouant avec le drap.
- Ecoute, ça faisait un moment que je voulais qu'on passe à la vitesse supérieure et toi tu ne voulais
pas. Tu avais raison, ça devait venir tout seul, et hier soir, c'est venu tout seul.
J'ai aimé, et je veux recommencer. Alors oui, cette nuit, j'ai eu des absences à certains moments,
pendant une fraction de seconde, je n'étais plus avec toi dans cette chambre mais dans une autre.
Je ne pourrais pas effacer totalement ce qui s'est produit. On m'a fait mal à un endroit qui mettra du
temps à cicatriser complètement mais... (Je prends mon courage à deux mains et glisse sous les draps
pour venir m'asseoir sur les genoux du vampire, je souris en sentant son sexe contre mes fesses, mes
bras passent autour de son cou) pour reprendre tes mots d’il y a quelques temps, tu es la colle.
- La colle ?
- Oui la colle, pour recoller les morceaux.
Le vampire éclate de rire, et sa tête vient se glisser contre ma poitrine. Je sens son souffle chaud
caresser ma peau. Je suis bien avec lui, tellement bien. Je regrette juste d'avoir mis du temps à le
comprendre.
Ses mains remontent le long de mon dos, des frissons me parcourent jusqu'à mon échine.
Dead serre mes fesses et glisse vers mes cuisses. Mon ventre se noue, noyé dans une sensation
d'excitation, qui grandit petit à petit.
- Pas de regrets.
Ma phrase meurt dans un gémissement de plaisir, lorsque ses doigts viennent s'aventurer à la lisière
de mon sexe. Je sens sa chaleur, mais il ne me touche pas comme je le voudrais.
Dead saisit dans sa bouche l'un de mes tétons qu'il mordille légèrement, le drap tombe et je me
dévoile à lui de nouveau, nue. Sa main reste près de mon intimité, ma respiration s'accélère.
- Faith ?
- Tu me fais confiance ?
Dead fait passer l'une de mes jambes sur son épaule. Son regard se transforme en un feu de braise. Il a
une idée derrière la tête.
Je le comprends rapidement lorsque le vampire descend le long de mon buste, sa langue traçant un
chemin humide. Il souffle dessus ce qui me fait frissonner.
- Je vais te goûter. J'ai eu le plaisir de connaître le goût de ton sang, et à présent, je vais découvrir
quel parfum tu as ici (Sa main vient frotter légèrement mon clitoris, ce qui me fait onduler des
hanches) Dis-moi oui.
- Oui.
Sans attendre, la langue de Dead vient s'immiscer dans les replis de ma chair, rendue humide par le
plaisir. Lentement, il lèche l'endroit qui me fait vibrer au moindre toucher. Je me couvre le visage
avec mes mains, mon souffle s'accélère quand ses doigts rejoignent sa langue. Je les sens à l'entrée
de mon corps, il me pénètre doucement, et ça me rend folle.
Dead se met à sucer et mordiller mon clitoris sans relâche. Il explore tout, découvre chaque parcelle,
me fait gémir sans honte en éprouvant une grande fierté, d'après les grognements virils qui arrivent à
mes oreilles.
Ma main tire davantage ses cheveux, je sens le feu me brûler, les doigts qui remuent dans mon sexe
avec vigueur me donnent davantage envie de le sentir me posséder.
Quand je me sens au bord de l'orgasme, je serre les dents pour ne pas crier, tellement ce qu'il me fait
est bon. Il s'arrête et je hurle de frustration.
- Mais qu'est-ce que tu fais ! C'était trop bon pour que tu t'arrêtes merde !
D'un langoureux coup de reins, il me pénètre, je me sens vaciller sous toutes ces émotions. Dead
enfoncer en moi jusqu'à la garde ne remue pas.
- Dead ! Je le supplie
Le vampire se retire pour s'enfoncer plus profondément en moi. Je gémis, l'intrusion est juste
délicieuse. Dead s'allonge sur moi, m'écrasant de son poids, je n'émets aucun geste de refus, je sais
que c'est lui. Mais je me fige lorsque je sens ses crocs contre la peau de mon cou.
Il a envie de me mordre.
- Dead...
- Désolé...
Je ferme les yeux et serre les dents, incapable de faire autre chose que d'apprécier et d'aimer ce qui se
passe entre nous. Son sexe glissant contre mes parois intimes, m'enflammant. Je suis à nouveau tout
près de l'orgasme et...
- Merci.
Je tourne le visage pour capter le regard bleu de Dead. C’est moi qui le remercie.
- Merci à toi.
Je caresse sa joue, sa tête repose au creux de mon cou, nous sommes proches, l’un contre l’autre,
bien.
- Comment c’est ?
- Pardon ?
Dead se redresse pour me dévisager, je remarque une légère trace de sang au coin de ses lèvres. Je
l’essuie avec mon pouce.
Je suis d’une curiosité malsaine parfois. Dead à l’air surpris par ma question.
- Si, je cherche mes mots… Je dirais que c’est une expérience enivrante. Une sorte de drogue. Le sang
à mes yeux est aussi bon que le sexe. C’est un moyen de vivre, une ressource. Lorsque ton sang entre
en moi, c’est comme si toutes mes cellules s’éveillaient. On est souvent très excité après avoir bu à la
veine d’un humain.
Je vois, c’est certainement pour ça que j’ai fait un rêve érotique la nuit où j’ai bu le sien.
Je ne m’énerve pas cette fois-ci. Nous restons l’un contre l’autre, ses mains caressent ma peau. Je
sens de nouveau l’excitation monter.
Ma main glisse le long de son torse. Je n'ai pas envie d'autre chose, j'ai envie de lui point barre. Je
sais qu'une fois rentrés, il ne sera plus en vacances, il reprendra le travail normalement et je le verrai
moins.
En parlant de ça, s'il veut en parler... Je le sens à nouveau durcir contre ma cuisse.
Plus tard les conneries de boulot et de non-dits.
Dead me sourit, dévoilant ses crocs, il me fait basculer sur lui, et s'enfonce en moi sans difficulté.
***
- Dead ?
Je passe la tête derrière la porte de la salle de bains, pour essayer d'entendre un son qui m'indiquerait
où se trouve mon vampire.
Je pensais l'avoir entendu arriver dans la chambre, mais apparemment je me suis trompée.
Dead s'est fait très discret depuis que nous sommes rentrés hier.
En arrivant, on n'a à peine pu se poser, que son téléphone s'est mis à sonner, à croire que tous ses
associés savaient l'heure exacte à laquelle il rentrerait. Il est parti travailler et je suis restée à regarder
la télévision en me disant que j'aurais pu téléphoner à une amie, si le monde avait été normal, pour lui
raconter mon super week-end « découverte ». Comme dans Sex and the City, oui c'est bête de
comparer mon expérience avec ces bonnes femmes.
Mais j'aurais bien aimé pouvoir parler à quelqu'un.
C'est là que Sam me manque, une amie avec qui parler.
- Dead ?
Aucune réponse.
Je soupire, il doit être dans son bureau, encore. Je ne sais pas ce que j'ai ce soir, mais je suis de
mauvaise humeur, j'ai été seule toute la journée, je n'ai parlé qu'à la télévision, j'ai besoin d'un
contact humain.
Tu dis ça maintenant que tu t'es enfin rapproché du vampire, parce qu'il y a une semaine, tu étais bien
contente d'être toute seule.
Et c'est vrai, maintenant, j'ai envie d'être proche de lui. Surtout qu'en rentrant à l'appartement il a
foncé droit dans son bureau, en me snobant.
Je m'habille rapidement et sors de la salle de bains, la douche m'a détendue, mais n'a fait que me
rappeler les mains subtiles de mon amant.
Je ne mets pas longtemps à trouver Dead, car, comme je le pensais, il est bien dans son bureau, la
porte est entrebâillée, j'entends sa voix. Les doigts sur la poignée, je m'apprête à ouvrir quand les
mots de sa conversation au téléphone me parviennent.
- Peut-être mais... non Gallorgue, c'est trop tôt. Nous ne sommes pas prêts.
- Mais de quel temps tu parles Dead ! Sept ans cent ne te suffisent pas ? Tu es la personne qui le
connait le mieux. Tu sais l'anticiper, tu connais ses pires craintes, ses peurs, tu es le seul qui sait
quand frapper.
- Dead, ne partons pas sur ce terrain-là, l'homme que je connaissais il y a trente ans n'aurait jamais
sortie de telles paroles !
Qu'est ce qui te prend ?
- J'aime quelqu'un à présent Gallorgue, elle risque d'y être, je n'ai pas envie qu'elle soit blessée.
C'est de moi donc il parle ? Mon cœur se gonfle de fierté, « J'aime quelqu'un à présent ». Je savais
qu'il avait des sentiments mais...
C'est de l'amour.
Mon dieu ! Je suis sous le choc, pourquoi je souris ? Pourquoi je suis heureuse ?! Pourquoi je n'ai pas
peur comme avant ? Et pourquoi je change d'avis si soudainement... Je suis idiote.
Le sexe ma chérie ! Tu es tombé amoureuse du dernier morceau ! Pourquoi tu restes derrière cette
porte à l'épier surtout !
- Alors c'est moi le problème ? Je me rallie enfin à ta cause et tu ne veux rien faire ? Dead, sais-tu
qu'il a ma fille ? Ma propre enfant couche avec ce monstre et je ne peux rien faire.
J'entends mon vampire soupirer, puis le grincement du fauteuil, je ne bouge pas, je reste derrière cette
porte, attendant la suite de cette conversation.
J'ai déjà écouté aux portes, la dernière fois j'ai payé le prix fort, mais là... si Dead ne me surprend pas,
jamais il ne saura.
Mon geste est incroyablement enfantin, mais il n'y a que comme ça que j'aurais la chance d'apprendre
quelque chose sur mon vampire. En écoutant aux portes.
Tu es descendu bien bas Faith ! C'est la curiosité ça !
J'ai peur d'entendre le tournant que prend cette conversation.
- Je suis désolé d'apprendre que Laurie est devenue l'une de ses compagnes.
- Tu crois que je ne le suis pas ? Tu crois que voir ma propre fille baiser avec ce salaud me plait...
- Est-ce pour sauver la peau de ta fille que tu me soutiens soudainement ? Où étais-tu Gallorgue quand
j'avais besoin de toi ? Tu m'évitais parce que tu savais très bien que j'avais raison ! J'ai toujours
raison d'ailleurs !
J'entends Dead taper du poing sur son bureau. Le bruit me fait sursauter de nouveau.
- J'étais là Dead.
- Gallorgue, je suis fatigué des reproches, je m'en fais assez comme ça. On ne parle pas de cette nuit-
là, on parle de la prochaine, et non, on ne fera rien.
- Murdock ? Dead tu n'es pas réaliste justement ! Après Christhmerry, Murdock est devenu son...
- Peut-être mais tu as bien pris ma place et tu me rejoins maintenant ? Qu'est qui te dit qu'il n'en a pas
marre de se faire baiser lui aussi ?
- Alors laisse-moi-lui parler. Je l'aborderai lors de la soirée, je le testerai. Et après ça on verra pour
une date. Je sais que je suis pénible, mais tu me diras merci.
- Tu es pénible.
- Je sais aussi, mais comme tu dis tout le monde a le droit à l'erreur. Je ne suis pas lui.
- Tu sais pourquoi...
La respiration en vrac, je suis haletante, je ne comprends pas de quoi les deux hommes parlent. Mais
j'ai appris que Dead avait eu ce qu'il désirait : ce Gallorgue. Et ce dernier parlerait de...d'une chance en
or ? Mais à quel sujet ? Qu'est ce qui s'est passé il y a X années entre les deux hommes et que Dead
regrette ?! Qui est l'homme qui fait autant de mal à ces deux vampires ? Surtout à la fille du
Gallorgue ? De quelle soirée parlent-ils MERDE !
Il faut que je sache.
Sans réfléchir, j'entre. Dead lève les yeux vers moi une fraction de seconde après. Il me dévisage et...
J'aurais dû frapper.
- Gallorgue, ma compagne a besoin de moi. Il faut que je te laisse, je te rappelle plus tard.
Dead appuie sur le bouton rouge de son téléphone, sans cesser de me regarder.
- Mon ange.
Sa voix est si calme, je détecte un léger soupçon sous-jacent, est-ce qu'il sait que je l'ai écouté ? N'y
pense pas.
- Je...
- Ça ne va pas ?
Je dévisage les canapés qui trônent devant moi. C'est drôle, les vampires collectionnent les canapés en
cuir, ils en mettent de partout.
Je m'assois sur l'un d'eux et Dead me rejoint, il passe un bras autour de mes épaules pour m'attirer
contre lui. Je résiste.
J'ai peur de ce que je viens d'entendre, j'ai l'impression qu'il va se produire quelque chose de grave.
- C'est parce que je suis rentré et que j'ai directement foncé dans mon bureau ? C'est pour ça que tu
boudes ? Pourtant j'ai quelque chose à te demander.
- Mon père est mort lors du renversement. Enfin... quelques temps après. Campbell avait pris
Washington, il progressait vers New York. Il travaillait pour le Sénateur en siège de la ville, ils
avaient tué le maire, il ne restait plus que lui comme dirigeant. On l'a appelé un soir. Le soir où... le
Président a débarqué... Ma mère l'avait supplié de ne pas se rendre à la Résidence du Sénateur, mais...
que veux-tu, mon père... son travail c'était tout. Il est mort cette nuit-là. Campbell m'a pris mon père...
Non Dead, laisse-moi finir. Ce n'est pas la seule chose qu'il m'ait prise, j'aurais pu me remettre de la
mort de mon paternel, il était presque un inconnu pour moi en fin de compte. Un homme de l'ombre...
mais... avec ses lois, ces vampires qui ont débarqué. Toujours plus nombreux, toujours plus fous de
colère.
On m'a pris ma mère également, la seule personne que j'aimais plus que tout au monde. La dernière
qu'il me restait. Je n'ai même pas pu lui dire au revoir, je ne sais même pas si elle est morte ou pas. Je
ne l'ai pas vue s'en aller, je l'ai su et je me suis retrouvé seule.
Une orpheline de dix ans. J'avais dix ans quand j'ai perdu une part de moi. Et ça a continué dans la rue,
dans les foyers, sous les coups et la violence de la révolution qui faisait rage dans les quartiers sud.
J'ai rencontré Nate... Oh j'ai oublié, j'avais Sam, ma meilleure amie. Elle est je ne sais où et Nate a
disparu, certainement tué par des vampires parce qu'il voulait entrer dans la révolution. Tu vois toutes
ces personnes ?
Je me suis attaché à elles, je les ai aimées... je les ai perdues. Tout ça à cause... (Je sens une larme
glisser le long de ma joue) tout ça à cause des vampires.
J'ai tout perdu, tout. Je suis si seule à présent, je me sens seule comme quand je les ai perdues.
Aujourd'hui tu n'as pas été là, et j'ai de nouveau ressenti ce vide. Cette peur. J'ai repensé à notre week-
end, ce qu'on a partagé, et j'ai paniqué parce que je me suis rendue compte que désormais, mon
monde tourne autour de toi. (D'autres larmes glissent le long de mes joues) Oui, il tourne autour de
toi, je n'ai plus que toi.
J'ai ta marque dans mon cou, ce putain de tatouage qui me dit que je t'appartiens et ces sentiments. Je
n'ai plus que toi et je me sens seule. J'ai peur de ce qui va se passer et je crains de te détester un jour
pour tout ça. J'ai besoin que tu me dises que jamais je n'aurais une raison de te haïr.
Car si je te hais, j'aurai tout perdu...
J'essuie les larmes silencieuses qui coulent le long de mes joues. Il n'y est pour rien... Il n'y est pour
rien hein ?
Qu'est-ce que c'était ces reproches aux téléphones alors ?
- Est-ce que tu vas me faire du mal un jour ? Est-ce que je dois savoir quelque chose ?
Dead soupire.
- Parce que savoir ce que je fais avec des vampires pour empirer ce monde, ne va pas t'aider Faith !
Surtout avec ce que je viens d'apprendre !
- Je ne te ferai jamais de mal, rien de ce que tu pourrais apprendre ne te fera souffrir. Je ne suis pas
comme les autres. Je n'ai peut-être pas toujours été un ange mais je pense que ce que j'ai pu faire dans
mon passé ne te blesserait pas.
Fais-moi confiance, fais confiance à ce que je ressens pour toi. Je suis désolé que tu te sentes seule...
mais il faut que tu saches que j'ai un boulot très prenant, j'ai pris le temps qu'il te fallait pour que tu te
sentes bien, je te demande un petit effort d'adaptation pour que je puisse jongler entre toi et mes
responsabilités. Si tu veux, je pourrai faire venir Jacob ou une gouvernante, pour que tu te sentes
moins seule...
Je l'écoute, blottie contre sa poitrine, j'entends son rythme cardiaque battre à mon oreille.
Cette conversation téléphonique m'a fait péter un câble.
- Et Faith ?
- Je suis touché d'apprendre que ton monde est le mien, je n'arrive pas à comprendre comment tu peux
être attachée à moi après ce que tu as vécu, mais sache... que j'admire le courage que tu as.
C'est l'amour qui me fait t'aimer, sinon, comme les autres, je te détesterai.
- Il ne m'arrivera rien mon ange, et à toi non plus. C'est fini à présent, tu ne souffriras plus. Je suis
désolé pour ce soir. Mais je suis content que tu te sois ouverte un peu plus, même si j'ignore la raison
qui t'a poussée à le faire.
Ta conversation téléphonique.
Je ne dis rien, je reste contre lui, j'attends que la tristesse passe, que la colère s'évapore. Dead ne
rajoute rien, il attend. Au bout d'un moment, je romps le silence.
- J'ai le chic de te lancer des bombes à chaque fois que tu veux me demander quelque chose.
- Tu n'as pas le chic, nous avons aussi beaucoup d'imprévus. Louis par exemple la dernière fois.
Ah.
- Tu as le choix ?
- Non, tu n'es pas obligé même si... (J'insiste du regard) oui j'aimerais que tu viennes avec moi.
C’est au tour de Dead de me dévisager. Il s'assure que je lui réponde avec franchise. Ses beaux yeux
bleus aux pupilles vivantes m'hypnotisent, tellement que j'en oublie de répondre.
- Faith ?
- Tu veux vraiment que je sois à ton bras ? Tout le monde va savoir que j'ai été avec...
- Tu es avec moi à présent, le reste on s'en fout. La seule chose qui compte c'est de savoir si toi, tu as
envie de m'accompagner.
- D'accord, je viens.
- Sûr ?
- Sûr.
Absolument pas, mais qui sait... peut-être que j'en apprendrais plus.
Chapitre 27
Je me tourne vers Dead qui pianote sur son téléphone portable, il ne m'écoute pas. Il tente de faire des
efforts, mais c'est plus fort que lui. J'ai l'impression qu'une vague de travail leur est tombé dessus.
Mais quel genre de travail, telle est la question.
- Dead ?
- On va à une soirée, tu peux laisser le boulot deux minutes ? Ecoute, j'y vais pour t'accompagner, ce
n'est pas de gaité de joie, mais je le fais, en contrepartie, j'aimerais bien que tu sois présent.
- Je suis présent.
- Non, sans ton portable. Je parie même que tu ne te souviens pas de la question que je viens de te
poser ?
Sale con.
Le vampire me tend sa main que je saisis. Il m'attire à lui, m'entoure les hanches et embrasse mon
front.
- Tu es très belle.
- Mais non.
- Mais si. D'ailleurs, je trouve ça très con, qu'un vampire comme ton Président veuille revêtir la
couleur de la pureté, étant donné ce qu'il a sur les mains.
- Qu'est-ce que tu veux dire à ça ? Il est un peu borderline parfois. Et pour en revenir à ta question,
mon parti sera au complet ce soir, en plus de la mondanité habituelle. Les copains-copines de la haute
société.
Je fais marcher ma mémoire, la seule fois où j'ai eu la chance de les rencontrer c'était durant ce gala
qui avait... pris une drôle de tournure. J'en ai la preuve dans le cou.
La femme, s'appelait Glenda si je ne me trompe pas, elle était avec un jeunot humain esclave. Il y avait
ce couple d'un certain nombre d'années... Denfort et sa compagne. Un certain Deryck ? Dan ? Les
autres ne me reviennent pas en mémoire.
- C'est-à-dire ?
Dead soupire gentiment. Je suis pénible, je sais. Le vampire me fait sursauter en remontant la
fermeture éclair de ma robe.
- Dead !
- C'est Trent... Trenton pardon, il me demande si je pars de chez moi. Mon ange, on est en retard.
***
La foule. C'est bondé. Nous nous retrouvons au même endroit que la dernière fois où je me suis
rendue dans ce genre de mondanité. Dead ne me lâche pas d'une semelle, son bras est autour de ma
taille depuis que nous avons quitté la voiture. Ce fut un véritable périple d'arriver jusqu'ici.
- Monsieur votre nom s'il vous plaît ? demande un homme à l'entrée de l'hôtel.
Je souris, la référence aux monsieur-madame m'amuse, j'ai envie de lui dire que nous ne sommes pas
mariés mais je préfère me taire. Dire qu'il y a peu de temps, Dead et moi discutions de ça.
Je tends mon poignet quand on me le demande, comme la dernière fois, on m'accroche un bracelet en
argent qui indique que je suis une humaine.
Dead fait signe à l'homme de s'approcher de lui. Il lui murmure quelque chose à l'oreille, que je
n'arrive pas à saisir, ce dernier jette un œil sur sa liste.
- Merci beaucoup.
Dead sort une liasse de billets qu'il glisse près du comptoir du jeune humain.
Le vampire hoche la tête et m'ouvre la porte. Nous marchons côte à côte dans le grand couloir qui
mène à une autre porte. Dead ne me lâche pas.
Dead sourit.
- Dead !
Le vampire m'embrasse légèrement alors que je rougis, nous nous arrêtons devant la porte, deux
couples l'ouvrent et en sortent, ils saluent Dead du regard et nous entrons.
- Oui que veux-tu, je suis une star, et je suis accompagné d'une très belle femme.
Cette voix féminine m'est familière, je l'ai déjà entendu auparavant. Je compte quatorze personnes qui
se retournent pour nous faire face.
Des visages « familiers » que j'ai déjà croisés. Il y a même Louis, il a l'air d'aller mieux, une jeune
femme est à son bras, une vampire. Je pense reconnaitre Catharina. Mais je ne suis sûre de rien.
Depuis leur « entrevue » les deux vampires ne se sont pas parlé, ils restent froids et distants.
Une femme vampire d'un certain âge enlace Dead. Je crois que c'est Glenda, l'homme qui
l'accompagne est humain et très jeune.
La vampire m'enlace à mon tour, je suis un peu surprise, mais je lui rends son étreinte. Pour son âge,
c'est une très belle femme, sa robe blanche, dos nu lui va à merveille.
- De même.
- Mon ange, je te présente, mes amis et collègues du parti. (Dead m'attire contre lui) Tu connais déjà...
Louis. (Sa voix est dur), Denfort, sa femme, Glenda et Mitch, Deryck étaient présent lors du gala du
quinzième anniversaire (il me montre du doigt qui est qui) Queen est la compagne de Deryck c'est...
J'aperçois ses yeux, qui me confirment qu'elle est comme moi. Humaine et esclave. A la seule
différence, elle est radieuse d'être avec son compagnon.
- Faith, je suis Queen, compagne et malheureusement esclave de ce mâle (elle montre du doigt
Deryck qui sourit) mais je l'aime bien quand même. Tu n'imagines pas la joie que j'ai de te rencontrer
enfin !
Quand Senan (elle me montre un autre vampire que je connais déjà, celui qui a fait interruption dans
l'appartement de Dead pour éviter que lui et Louis ne s'entretuent) m'a appris ton existence, j'étais
heureuse ! Je vais enfin pouvoir avoir une personne qui me comprend !
(J’entends des soupirs de la plupart des gens qui nous entourent sauf de Senan, qui est trop occupé à
admirer la jeune femme, à mon avis, il se passe quelque chose entre eux) J'étais parti en France pour
affaire et...
- Bref, il faudrait qu'on se voie toutes les deux, histoire de faire connaissance. Si tu veux bien.
J'adorerais avoir une amie avec qui critiquer tous ces vampires.
Le vampire m'adresse un signe de tête. Toute son attention est portée sur Queen qui fait comme si elle
n'avait rien vu. Son compagnon lui ne remarque rien, ou donne l'impression de ne rien remarquer.
Bizarre.
- Gallorgue et sa femme.
Je découvre enfin le visage de ce Gallorgue, une quarantaine d'années, il a l'air... glacial. C'est donc
lui la personne que Dead convoitait. Il affiche une mine renfermée, si sa fille est avec un homme qu'il
déteste, ça se comprend.
- Et pour finir Ripley un de mes assistants (il me montre un homme jeune, blond et visiblement
timide) et... Trenton qui ne lâche pas son téléphone.
Ce dernier, un vampire très grand, brun aux cheveux court, a le nez dans son téléphone portable, il
textote.
- Tu es un accro, relance Trenton en rangeant son téléphone, Faith, jolie prénom pour une très belle
femme, ravi de faire ta connaissance. (Il dévisage Dead) Tu es bien la seule chose qui nous a fait venir
ici...
Senan envoie un coup de coude à son ami. Je vois qu'ils sont tous ravis d'être ici.
Je remarque que Louis est un peu en retrait, visiblement mal à l'aise. Ça peut se comprendre. Ils ne se
parlent plus avec Dead et il n'a plus d'humaine. C'est dur pour lui !
- Mon enfant nous sommes très heureux de vous connaitre, renchérit la femme de Denfort.
- De même.
Et voilà je fais ma timide, pourtant, je ne devrais pas, ils ont l'air d'être très aimable. Gentils... comme
une famille.
Nous discutons de tout et de rien. Je remarque qu'ils ont tous beaucoup d'humour.
- En tout cas, ma femme et moi organisons un diner dans deux mois. J'espère que Dead y mettra enfin
les pieds !
- Creaving est venu pour me souhaiter un joyeux anniversaire ! Ben dis donc il s'est rappelé qu'il avait
un vieil ami !
Tous les yeux se tournent vers la voix autoritaire qui nous a interrompus, je me fige.
Chaque membre du parti de Dead s'éclipse petit à petit, nous laissant seuls. Je n'ai pas envie de me
retourner pour regarder la personne que je hais le plus au monde. Je sais que c'est lui, et je n'ai pas
envie de le rencontrer.
- On se verra plus tard Faith, me chuchote Queen.
Pourquoi ils partent tous ? Ils ont peur de ce personnage ? Ou ils ont des choses à se reprocher, à mon
avis, et ils sont mal à l'aise en sa présence.
Je me tourne à mon tour et découvre la personne de tous mes cauchemars. Le Président est vêtu d'un
affreux costume rouge sang. Ses cheveux sont attachés en chignon et il aborde un sourire noyé dans
un bouc immonde.
- Bonsoir.
- Bien, très bien, je suis ravi d'apprendre que tu t'es joint à nous... Qui est-ce ?
Il faut que je lui réponde en plus ? Je croyais qu'il préférait les femmes silencieuses ? Puisant dans
une force que je n'aurais jamais cru avoir, j'arrive à sortir quelques mots.
- Faith Wilkins.
- Wilkins... Wilkins (Le Président me dévisage) c'est étrange ce nom me dit quelque chose. Vos parents
étaient des gens importants ?
- Votre père a travaillé pour moi ? Il y a combien de temps ? Et pourquoi il ne travaille plus ? Je
n'aurais certainement pas viré un homme qui a donné la vie à une telle beauté.
Tu l'as tué connard.
Campbell me dévisage, attendant ma réponse.
Comme s'il ne le savait pas. Ils ont tué toute la Résidence, ne laissant même pas une secrétaire.
- Il est mort.
- Quel dommage ! (Campbell se tourne vers Dead) Elle n'a que toi donc ? Plus de père, elle atterrit
dans les bras de Dead.
J'entends Dead grogner, je me raidis, où va partir cette conversation ? C'est un règlement de comptes
?
- Elle était bien avec Louis, mais son tatouage est le mien. Elle est à moi Campbell.
- Calme toi Creaving, j'ai compris, la poupée est à toi. Mais... (Le Président s'approche de Dead, ses
lèvres près de son oreille, je perçois une bribe de ses mots) Tu la prête ?
Je me fige, et lâche la main du vampire. J'en étais sûr, je savais qu'en venant, tout le monde saurait que
je suis « l'humaine » qu'ils se sont passés entre eux. Une pute.
Dead repousse gentiment le Président, un sourire forcé sur les lèvres.
- Une danse ? J'aimerais beaucoup connaître la personne qui a fait chavirer le cœur du grand solitaire.
Tu sais que tu vas perdre des fans ? Elles étaient si nombreuses à vouloir te mettre dans leur lit.
- Je m'en remettrais.
-J'ai dit même pas pour deux minutes. Théo, je préviens ne me cherche pas.
Campbell sourit, un sourire malsain, il me reluque rapidement avant de caresser son bouc. Je n'ose
imaginer ce qu'il pense.
- Je vous inviterais tous les deux à bruncher un de ses quatre alors. Ma nouvelle compagne s'ennuie
un peu... elle ne s'entend pas très bien avec les deux autres.
Le regard noir du vampire me fige sur place. Je comprends que le refus n'est pas une option
envisageable. Rien qu'à l'idée de m'imaginer dans la même pièce que lui, dans l’intimité, me donne la
nausée.
J'ai la vague impression d'être invisible. En même temps, je dois être si blanche qu'un fantôme devrait
être plus visible que moi.
- Elle sera ravie, (Dead, se tourne vers moi pour embrasser ma tempe) n'est-ce pas mon ange ?
Campbell me fixe.
Je m'apprête à lui dire que j'ai été comblé et ravie de le rencontrer, mais le Président renchérit sur un
autre sujet.
Pourquoi j'ignore ça ?
- Et ? Tu vas l'accepter.
Je n'ai pas l'impression que c'est une question. Dead et Campbell s'affrontent du regard. On dirait deux
lions sur le point de se sauter dessus.
Campbell éclate de rire, et met ses mains dans les poches de son costume rouge sang.
- Tu es vraiment un petit con tu le sais ça ? Je viens de mettre en place ma loi sur les esclaves et tu
veux que j'insère la tienne ? Tu n'en n’as pas marre de me voler la vedette ?
Quel genre de projet ?
- Pardon ?
La voix cassante de Dead me fait comprendre que je suis de trop. Et les entendre parler d'esclaves, de
projets de lois et d'autres choses malsaines me brise le cœur, en plus de m'énerver profondément.
- Oh excusez-moi, Faith, je vous accapare votre compagnon en parlant politique avec lui pour mon
anniversaire.
Ne m'en veuillez pas, je suis un malade du travail, je ne peux m'en empêcher. Il faut dire que ces deux
derniers mois, il n'a pas été très présent.
Je me fige lorsque je sens la main du vampire saisir la mienne, mon cœur s'arrête de battre. La pire
des ordures me touche et Dead ne fait rien !
- A très bientôt.
Campbell embrasse le revers de ma paume. Ses lèvres sont comme de l'acide sur ma peau, je la retire
très vite, ce qui surprend les deux vampires.
Il m'a touché !
Je leur adresse un signe de tête et m'éloigne un peu d'eux.
- Tu pensais que je ne la reconnaitrais pas ?
Je marche à vive allure, ignorant les derniers mots du Président, c'est trop pour moi ! Beaucoup trop
! Sa présence, son sourire malsain et cette impression qu'il donnait, je m'intéresse « à la petite
humaine » j'ai envie de vomir.
Je me dirige vers le fond de la grande salle de réception, je sais où je me trouve et où sont les
toilettes. Une fois devant la porte, j'entre et m'enferme à clé.
J'ai besoin d'être seule
Je cours vers les lavabos pour me laver les mains, je ne supporte pas de savoir qu'il m'a touché. Ma
main me brûle et l'eau ne soulage rien.
Si froid si diabolique.
Des larmes menacent de tomber de mes yeux. Je les refoule rapidement, non, je ne vais pas pleurer
maintenant, pas ici.
Je me lave les mains deux fois de suite, les frottant jusqu'au sang.
- Faith ?
Dead.
- Laisse-moi tranquille.
J'éclate de rire, ce n'est pas ça le problème, pas complètement, Campbell n'est qu'un souci parmi tant
d'autre, ce qui m'énerve c'est tous ces... secrets ! Je ne sais rien sur sa vie !
- Dis-moi ce qui te mets dans cet état, je sens que tu es contrariée, dis-moi...
D'accord.
Ma colère éclate.
- POURQUOI J'IGNORE TOUT?! ET NE ME DIT PAS QUE C'EST POUR M'AIDER !!! JE VAIS
BIEN DESORMAIS ! GRACE A TOI ET TOI TU ME MENS ! TU ME RACONTES DES
CONNERIES ET J'EN AI MARRE ! MARRE DE VOIR QUE L'HOMME QUE J'AIME ET QUI M'A
SORTIE DU GOUFFRE SE FOUT DE MA GUEULE EN ME MENTANT ! QU'EST-CE QUE TU
FABRIQUES DANS TON BOULOT ! QU'EST-CE QUE TU MANIGANCES A LA FIN MERDE! TU
CROIS QUE JE SUIS SOURDE ET MUETTE ? JE VOIS ET J'ENTENDS TOUT !
- Répond-moi !
Je me fige quand il hurle, sa voix me glace le sang. Je m'appuie contre le rebord des lavabos. Super,
on entre dans la phase, je ne dirais rien ? Pourtant je suis certaine qu'il a des tas de choses à me dire.
- Ça tout, ça... (Je montre du doigt la porte) je ne sais rien, et je viens de m'en rendre compte.
Tu parles de choses que j'ignore et ça me fait flipper !
- On en a déjà discuté.
- Et moi tu penses que je ne le suis pas ? Je vois que tu décides de mettre la merde entre nous ! Mon
ange, tu ne peux pas faire comme les autres femmes et te foutre du boulot de l'homme avec qui tu vis
?
- Non.
Dead se mets à faire les cent pas dans la petite pièce, ses cheveux sont hérissés, il serre et desserre ses
poings pour faire passer sa colère.
Je me doutais que tout ne serait pas rose. C'est ce que Louis insinuait quand il disait « Dead n'est pas
innocent », il m'en donne la preuve en se taisant.
- Ecoute Dead...
Le vampire me prend dans ses bras, et me blottit contre lui avec force. Non ! On n'a pas fini notre
conversation !
- Rien.
- Tu m'as promis de ne pas me faire de mal et tu me mens. Ne dis pas que c'est pour me protéger que
tu te mures dans le silence. Je suis assez forte et j'ai envie de m'intéresser à ce que tu fais. Parle-moi
de tes projets.
- NON MAIS JE REVE ! JE N'AI PAS LA CAPACITER DE LIRE DANS LES PENSEES MOI ! JE NE
PEUX FOURRER MA MAIN DANS TON SLIP ET M'INTRODUIRE DANS TON ESPRIT POUR
SAVOIR CE QUE TU ME CACHES CONNARD ! JE N'AI RIEN POUR TE FORCER A ME PARLER !
TOI TU PEUX TOUT SAVOIR ! CE N'EST PAS JUSTE ! JE MERITE UN PEU PLUS DE
CONSIDERATION DE TA PART DEAD ! JE PENSAIS QUE J'ETAIS ASSEZ IMPORTANTE, POUR
PARTAGER TES PROBLEMES EN PLUS D'ETRE DANS TA VIE ! JE SUIS TA COMPAGNE JE
CROIS ! J'AI LE DROIT DE SAVOIR !
- Tu as le droit de savoir, c'est exact, et j'ai le droit de te protéger en te cachant certaines choses. Tu
pourras crier Faith, me faire la tête, me traiter de tous les noms, je ne te parlerais pas de mes affaires,
c'est comme ça. Désolé de te décevoir, mais c'est comme ça que j'envisage, de ne jamais te faire de la
peine.
Le vampire tente de me caresser la joue, mais je le repousse. Il soupire et s'éloigne vers la porte.
- Pour te répondre à ce que tu m'as dit : moi aussi je t'aime. Rejoins-moi quand tu voudras.
Dead sort de la pièce et me laisse seule, en colère avec un énorme sentiment d'injustice.
Voilà, il ne dira rien, mais il a dit je t'aime. Super !
Chapitre 28
Queen fait signe à l'un des serveurs qui court dans le grand salon. Il est seize heures, tout le monde
sort de son travail, je me sens un peu mal à l'aise avec toute cette foule agglutinée dans ce café, je sens
leurs regards, ce qu'ils pensent... mais heureusement la compagnie de Queen me distrait comme il se
doit.
Je souris à Queen, cette femme est une vraie pile électrique. Elle carbure à la caféine c'est
impressionnant, nous sommes ici depuis deux heures elle en est déjà à son troisième café.
Bien que Dead soit très occupé, il arrive à venir se glisser dans le lit quelques heures, pour dormir et
user de son pouvoir de séduction. Je dors beaucoup, ces ébats m'épuisent, je n'ai pas l'habitude.
Dis que tu l'as perdu surtout.
C'est l'inquiétude qui me ronge surtout. Je suis morte d'inquiétude, je flippe de plus en plus depuis ma
rencontre avec le Président, ce que j'ai pu entendre et comprendre des sous-entendus que lui ou les
membres de son parti ont pu faire. Il se passe quelque chose, et j'ignore ce que c'est. Je pense que c'est
grave, très grave, important pour l'avenir.
De ce que j'ai appris sur Dead, il s'est révélé être le seul capable de tenir tête à Campbell. Où est ce
qu'il peut aller pour s'imposer ? Quel était le projet de loi qui lui tenait tant à cœur ?
Voilà ce qui se passe quand on ignore tout, on se fait des films, et personnellement, j'en suis à mon
centième.
- Un peu, mais ce n'est pas pour ce que tu crois.
Je secoue la tête, et me force à sourire, je n'ai pas envie de gâcher ce rendez-vous entre filles avec
mes problèmes.
En fait je crève d'envie d'en parler à quelqu'un !
Queen vient de passer près d'une demi-heure à me raconter son voyage « d'affaires » vers la Capitale
française, elle achète des pièces rares dans les grands musées pour se construire une collection
personnelle.
Elle possède déjà plus de trois cent cinquante tableaux et statues. J'adorerai les voir un jour, des pièces
du Louvre, j'en bave déjà...
- Mais si, dit moi, parle-moi de tes problèmes ! Je t'en prie, laisse-moi jouer le psy pour une fois !
Cela fait une éternité que je n'ai pas joué les méchantes sur le thème « vampire », c'est Dead le
problème ?
Je soupire.
- Je veux bien qu'ils cachent des choses au public mais à leur propre compagne ?
Où est la logique ? Dans ce cas, s'ils ne veulent pas parler, ils n'ont qu'à prendre un chien ! J'ai besoin
de connaitre la personne avec qui je vis ! C'est comme ça que j'assure ma sécurité. Et puis, c'est
bénéfique pour eux de se défouler sur quelqu'un ! Voilà je m'énerve toute seule !
Oui, mais je parie que Deryck ne t'avait pas clairement dit « c’est ma façon de ne pas te faire du mal »
généralement ce genre de choses n'annonce rien de bon.
Je ne dirais pas que c'est un sujet qui me passionne mais, savoir ce que trafique mon compagnon, oui.
Je vais devenir aussi obsédée que Dead avec son portable.
Le visage de Queen devient rayonnant, ses mains viennent toucher les miennes qu'elle serre
amicalement, en signe d'encouragement.
- Je t'écoute.
- J'ai l'impression qu'il trafique quelque chose, et ça ne me plait pas. Tu sais j'ai... un drôle de
sentiment.
- Faith, ne te tracasse pas, s'il se passait quelque chose dans le parti, j'en aurais eu vent sur l'oreiller.
J'éclate de rire, ah le pouvoir du sexe ! Le plus fort de tous... mine de rien, cela ne me rassure pas
pour autant.
- Tu verras que j'ai raison, il ne se passe rien, c'est juste qu'il doit avoir beaucoup de boulot étant
donné qu'il a pris des vacances.
- Si tu veux savoir ce qui le préoccupe autant... Senan m'a dit qu'ils préparaient un nouveau projet de
loi dont j'ignore le sujet, même l'effet oreiller n'a pas marché sur Deryck. Ils sont tous très occupés, et
le boulot ne manque pas.
Ouais... je dois avouer que cela pourrait être une très bonne excuse si j'ignorais ce pressentiment. Sauf
que j'ai eu vent d'autres informations qui m'angoissent davantage que cette loi qui, à mon avis n'est
qu'un prétexte.
Voyant à mon tour, la tête désespérée de Queen, je décide de changer de sujet, elle doit s'en vouloir de
ne pas trouver les mots pour me rassurer. Ce n'est pas de sa faute pourtant. C'est moi.
Oui, il me l'a avoué après son fameux « c'est comme ça que j'envisage de ne jamais te faire de la
peine », remarque, je n'ai pas fait mieux, je lui ai dit en lui hurlant dessus. On est ex aequo dans la
catégorie « pire déclaration ». On n'en n’a plus reparlé depuis une semaine, j'évite le sujet, il fait de
même, on parle de tout et de rien à la maison, je vois qu'il s'en veut, et je m'en veux d'être
compliquée, malheureusement, j'ai peur et je ne peux pas lutter contre ça.
- Et je l'aime aussi...
- Senan disait que tu ne l'aimais pas et je lui disais que j'étais sûre du contraire. Même avant de te
rencontrer.
Il a bien tort, j'aime Dead énormément, et, je m'en rends compte petit à petit depuis notre première
nuit.
- J'ai raison donc, je suis contente, je vais pouvoir faire fermer son clapet.
- A Senan ?
Oui Queen, j'ai remarqué ce jeu de regards complices lors du diner pendant la réception.
Je termine mon verre et fais signe au serveur de venir m'en servir un autre.
- On est juste « amis », c'est un proche de Deryck, il est membre du parti, on se voit souvent, c'est tout.
- Mais ?
Dans ce genre de phrase, il y a toujours un mais. Queen à l'air de fonctionner comme moi, des « oui »
et des « non », mélangé à des « parce que » qui finissent par des « mais ».
Elle insiste, et ça m'amuse, elle me rappelle Sam, comme elle, Queen ne veut pas s'avouer la vérité,
c'est tellement dommage, on vit mieux une fois que tout est mis au clair dans sa tête, comme dans sa
vie.
- Il te plait ? (la jeune femme détourne le regard) Oh Queen, je ne te connais pas beaucoup mais je
sais reconnaître un homme qui en pince pour une femme. Il te dévore des yeux !
- Je suis avec Deryck, c'est mon compagnon, je suis à lui, renchérit la jeune femme.
Elle tente de se persuader qu'il n'y a rien, mais je suis sûre qu'elle sait, Queen refuse l'évidence, le
vampire craque pour elle, je suis une inconnue dans leur entourage et j'ai réussi à le voir alors... A
moins qu'il n'y ait qu'elle qui craque et pas lui, mais ça m'étonnerait beaucoup.
- Oui... (Queen soupire et arrête de tourner son café fumant) et puis même s'il y avait plus, jamais ça
ne pourrait marcher parce que... je suis la compagne de Deryck.
D'après Dead et ce qu'on a fait, une compagne peut vite passer d'un vampire à un autre ! Ce n'est pas
une excuse valable pour moi.
Queen se fige, et devient soudainement beaucoup trop sérieuse pour que ce soit de la taquinerie.
Merde.
Je croise le regard surpris de Queen, elle ne sait pas que Louis, derrière ses charmes, est en vérité un
grand malade. Et mon exclamation un peu trop vive peut prêter à la suspicion.
Je lui souris tristement et elle comprend qu'il ne faut pas insister pour l'instant. La jeune femme
reprend où elle en était.
Je me fige quand elle me dit ça. Ce n'est pas possible, il n'y a que les vampires qui ne changent pas ! Et
même avec la meilleure chirurgie plastique, Queen ne pourrait jamais paraitre aussi jeune. Dix ans ?
Mais elle avait quel âge...
- Mais non Faith ! Ta question se voyait sur ton visage... (Elle reprend son sérieux) Dead ne t'a jamais
parlé de ça ?
Non, encore une chose que monsieur a oublié de me préciser, en me donnant son sang dans ces
putains de toilettes.
- Non.
La jeune femme hausse les épaules en signe de compréhension, c'est frustrant d'apprendre des choses
aussi importantes, de la part d'une quasi inconnue !
Han il m'énerve !
- Dead n'est pas bavard, tu sais, parfois il pense que certains détails ne sont pas nécessaires alors qu'en
réalité, ils le sont. Senan me raconte que souvent au QG, s'il ne vérifie pas un discours au dernier
moment, Dead est capable de rajouter des boulets de canon, sans même demander conseil avant. Il est
comme ça. Ne lui en veux pas trop.
Elle ne parle que de lui. Senan m'a dit, Senan m'a raconté, avec Senan... Il y a plus, elle ne pourrait pas
dire le contraire.
Je soupire à nouveau, ce n'est pas simple de ne pas lui en vouloir, plus on avance, plus je réalise qu'il
me cache des choses.
Avant j'étais trop focalisée sur ma petite personne pour m'en rendre compte, maintenant... comment
j'ai fait pour ne rien remarquer ?!
Je tente de comprendre. Ça veut dire que moi aussi... je vais rester figée à vingt-cinq ans ?
- Oui, mon cœur bat, je dois manger et boire pour survivre, mais je ne vieillis pas... physiquement.
C'est ça qui nous unit au vampire qui nous donne son sang. Il te fige dans l'apparence que tu avais
quand tu l'as bu, une fois suffit. Mais tu ne deviens pas immortelle, non, tu n'es à l'abri de rien. Un
virus, une maladie, un bus, la vieillesse, la mort n'est jamais très loin. Elle frappe le moment venu, on
peut mourir de vieillesse en ayant l'apparence d'une enfant, alors qu'en réalité, on a quatre-vingt ans.
Mon dieu.
- Le lien qui se crée avec le vampire qui te donne la jeunesse éternelle est indestructible. J'ignore ce
qui nous unit vraiment, mais il t'unit à lui. D'ailleurs, souvent, les compagnes finissent en vampire
pour pouvoir vivre éternellement avec leur compagnon au bout de quelques années. (Queen à un
regard triste) Par contre tu ne peux pas... boire le sang d'un autre vampire. C'est impossible, ce serait
toxique sinon, il nous tuerait. Donc même si je voulais être avec Senan et ce n'est pas le cas, je ne
pourrais pas.
Voilà pourquoi il l'a fait... Le con il aurait pu m'en parler !!! Ca y est, je fulmine de rage. En rentrant,
il va m'entendre !
Queen me sourit, je vois dans ses yeux qu'elle est ailleurs, certainement en train de se remémorer de
nombreux souvenirs.
- On s'est rencontrés il y a onze ans, j'étais dans un camp de réfugiés, c'était... bien avant que la loi sur
l'âge soit mise en place. Le camp a été attaqué par une horde de vampires assoiffés. Ils agressaient les
femmes, les violaient... les tuaient sous leurs coups ou en les vidant.
- Non, Deryck faisait partie d'une patrouille de surveillances qui a compris ce qui se passait. Ils sont
simplement venus mettre un terme à ça.
Je remarque qu'elle tremble, apparemment, les souvenirs sont encore très présents.
- Il m'a sauvé la vie, je n'étais plus qu'un lambeau de femme quand il m'a accueilli chez lui. Je ne sais
pas pourquoi il l'a fait, je ne le saurais jamais, il m'a toujours répété « Ça ne peut être que toi, il n'y a
pas d'explication, pour moi c'est toi ! Point. »
Ca me rappelle quelqu'un !
- Pourtant, je ne suis pas une femme... disons magnifique, je ressemble à un tas d'os.
Je ressemble à une baleine, l'os et la baleine ! On va former un duo de choc je sens ! Je soupire
intérieurement, qu'est-ce que je peux être con parfois. C'est les nerfs.
- Deryck a été très patient, dans tous les sens, ne réclamant jamais rien, gentil, attentionné, séducteur,
il... m'a redonné goût à la vie pour que je puisse m'ouvrir à lui. (Queen me fait signe de s'approcher
d'elle) la première année, j'étais invivable une vraie sauvage, il a dû se passer un an, pour qu'on
puisse se retrouver ensemble dans un lit et faire de qu'un couple doit faire, quand il a des sentiments.
Et pour ça, juste parce qu'il a attendu que je guérisse de mes blessures, je ne pourrais jamais le quitter.
Je suis stupéfaite de constater que Dead n'est pas un cas à part, apparemment, ce serait celui de toute sa
« bande » d'être des Messieurs Patience, je n'y rentre pas Louis dedans, lui est un vrai cas à part.
- Tu l'aimes.
- Qui ça ?
Tomber dans le piège. Queen comprend ce qu'elle vient de dire, et met sa main devant bouche. Ce
n'était même pas une question, juste une constatation...
- J'aime Deryck, profondément, il est le centre de ma vie, qui sait ce que je serais devenue sans lui...
- Mais il y a Senan.
La jeune femme a un regard très triste, à chaque fois qu'on parle du vampire.
- Oui, mais Senan n'est apparu que bien après, dans l'histoire tu sais. J'aime Deryck, et Senan était un
ami de Dead au départ, Deryck au début... redoutait qu'il vienne dans le parti. Finalement, ils sont
devenus amis et moi avec. Je pense avec le recul qu'il savait qu'il risquait d'y avoir... hostilité.
Alors il n'est pas dupe, il fait comme s'il ne voyait rien. Une très belle preuve de confiance et d'amour.
Deryck laisse sa femme avec un autre homme, sachant qu'ils entretiennent une relation assez
particulière sans s'inquiéter. Cet homme a un self-control remarquable.
Il est juste très amoureux.
- Et lui tu l'aimes ?
- Tu aimais Louis ?
Je pense qu'elle connait déjà la réponse, mais je lui donne sans problème. C'est étrange qu'elle ne
m'ait toujours pas parlé de ma « relation avec le vampire »
Tant mieux, je ne sais pas si je suis capable d'en parler ouvertement, de plus si ça se trouve, elle aime
beaucoup Louis.
- Senan est moi s'est différent aussi. C'est mon confident, mon meilleur ami. Un vampire et moi amis !
(Elle éclate de rire) Il est très gentil sous ses airs. J'aurais du mal à...
- Tu essais de te convaincre ?
Coincé entre deux personnes formidables, désirer les deux, mais avoir l'impression de n'en avoir
aucun, c'est ce que Queen me fait ressentir quand je l'écoute parler de Senan et de Deryck, ça
m'attriste pour elle. Elle aime les deux... différemment. Peut être l'un, plus que l'autre... Elle reste
coincée.
- Mais assez parlé de moi (Queen reporte son attention sur son café qu'elle tourne une centième fois
avant d'avaler une gorgée) qu'est-ce que tu comptes faire Faith ?
- C'est-à-dire ?
- De tes journées, tu ne vas pas rester à la maison quand même, et mettre un bébé en route.
Je m'étouffe avec mon thé glacé et en renverse sur mon haut violet. Queen me dévisage amusée, ainsi
que quelques autres clients. Un bébé ! Bien sûr et pourquoi pas des jumeaux aussi !
- Effectivement non, pas d'enfant, je... ne serais pas une très bonne mère.
- C'est dommage, je suis sûre du contraire.
- J'adorerais avoir un enfant, mais Deryck ne veut pas trop... avec cette loi... Campbell... il ne veut pas
courir de risque.
- Je vois...
- Je ne sais pas, je suis resté enfermée pendant presque... deux mois. Je craignais cette partie de la
ville, c'est trop...
- Luxueux ? Je déteste aussi, mais nous sommes en sécurité au moins. C'est le seul avantage,
l'inconvénient c'est qu'on est épié comme des rats.
- Je peux présenter à mes collègues amatrices d'art si tu veux ? L'une d'elle est très sympathique, c'est
la fille de Gallorgue justement.
Laurie, la femme qui est avec un homme... ignoble d'après son père.
- Avec plaisir...
- Ça te fera connaitre d'autres personnes en plus de moi, une fois qu'on est habituée à l'étiquette
humaine et esclave, qu'on porte ce putain de tatouage, on ne vit pas trop mal avec un vampire aimant.
- Oui, entre les deux omoplates, j'ai pleuré comme une madeleine quand je suis rentrée et que... Senan
m'a appris la nouvelle. Avant que tu dises quoi que ce soit, oui, je vois mon compagnon.
Mais c'est Senan, qui encore une fois lui annonce les nouvelles. Amusant ce trio ! Non en fait il ne
l'est pas et je n'aimerais pas être à sa place.
- Palpable, je me suis sentie mal à l'aise en sa présence surtout... tu vas dire que je radote mais... Je
trouve qu'il entretient une relation assez spéciale avec Dead...
Le serveur arrive, sans un mot, il dépose mon verre et part aussi vite qu'il est arrivé. Je n'ai même pas
le temps de le remercier.
- C'est-à-dire.
- D'après ce que Deryck m'a dit, durant plusieurs siècles, ils se sont contrôlés, ils étaient très proches
avant que Campbell ne perde la boule.
- Très proches ?
J'insiste, je ne devrais pas, je sens que je vais le regretter mais... tant pis.
- Disons que ce n'était pas la première fois qu'ils se rencontraient lorsque Dead a atterri à son poste de
Conseiller. C'est Dead qui est le plus balaise en politique, quand on voit tout ce qu'il connait...
Campbell est juste un cinglé ambitieux qui ne connait que la force et la violence ; et je pense que c'est
ce qui a fait qu'ils sont aujourd'hui rivaux, mais conservent une sorte de trace de leur amitié
antérieure.
- Non même Senan lorsqu'on en discutait, l'ignorait, pourtant, Sen est très âgé et il connait Dead
depuis longtemps. Je pense surtout qu'il se tait, qu'il ne veut pas le dire. Tout ce que je sais, c'est qu'ils
se sont disputés sur quelque chose de grave.
Grave comment ? Mon cœur s'accélère dans ma poitrine, je me sens mal à l'idée de savoir que
l'homme que j'aime ait pu être proche de cette ordure... Je suis encore moins rassuré en apprenant une
telle nouvelle.
***
Après un autre café et deux autres verres, nous sortons du café à presque dix-neuf heures, Dead doit
m'attendre, s'il n'est pas encore plongé dans ses « affaires ».
- Moi aussi.
J'ai appris des choses, en plus d'avoir connu quelqu'un qui, je pense va devenir une amie. Elle n'a pas
hésité à répondre à mes questions.
Peu importe si j'utilise ses réponses pour m'engueuler avec Dead, elle m'a aidé comme une amie.
- Cela faisait une décennie que je n'avais pas parlé à une humaine qui puisse me comprendre. Merci...
j'espère ne pas t'avoir trop dérangée...
- Non, c'était super, j'ai apprécié pouvoir parler avec toi, merci d'avoir répondu à mes nombreuses
questions... J'espère qu'on se reverra souvent.
- Oh ne t'en fais pas ! Maintenant que j'ai une nouvelle amie, je ne risque pas de la lâcher.
Je souris.
Je regarde autour de moi, les vampires n'ont pas l'air de me prêter attention, il faut dire qu'avec ma
queue de cheval, mon cou est bien visible, ainsi que la marque de Dead. Je ne pense pas qu'on viendra
me chercher des ennuis.
- Non, je vais rentrer à pied, c'est à deux rues, j'aime bien marcher.
Queen a la main sur sa portière, elle réfléchit, j'en profite pour regarder son superbe 4X4, il fait sport
mais très féminin en blanc.
- Tu es sûre ?
- Sûre.
- On s'appelle prochainement ?
- Ça marche.
Je me penche vers elle pour lui faire la bise, elle me salue et monte dans sa voiture. Je la regarde
disparaitre dans la circulation. J'ai apprécié ce moment complice à deux, seulement entre femmes,
loin de l'anormalité qu'est désormais notre monde.
Nous avons plaisanté, et j'ai découvert une personne avec un passé semblable au mien, qui rencontre
les mêmes difficultés. Le seul souci, est que je sors de cette entrevue en colère après mon vampire,
encore une fois, j'ai appris des choses qui ne m'ont pas plu, il m'en a caché d'autre....
Je vais craquer en rentrant !
Cela me fait réfléchir en même temps, dois-je me montrer patiente avec Dead ? D'après ce que m'a
confié Queen, Deryck avait mis du temps à s'ouvrir, comme Dead, il avait joué en premier la carte
défense et protection avant la sincère et confiant.
Mais Queen ne surprenait pas d'étrange conversation, Deryck n'avait pas l'air de lui cacher des choses
concernant sa marque etc. etc...
Cette voix...
Je la reconnaitrais entre mille. Lentement, je me retourne, en pensant que je délire, je manque de
tomber dans les pommes sous le choc de ce que je vois, c'est... Impossible.
Chapitre 29
Le passé.
Mon regard reste figé sur lui, cette personne qui représente le vestige de mon passé. Je le pensais
mort, loin de moi, dans un autre monde qui ne connaitrait pas cette horreur... Mais il est là, devant
moi, visiblement en vie. En vie.
Le jeune homme stupéfait comme moi, n'attend pas une seconde pour me serrer dans ses bras, il n'a
pas changé à première vue, il est toujours celui que j'ai connu. Nate a gardé la même odeur, celle de
l'homme qui travaille dans les usines, je me blottis dans ses bras en tremblant. J'espère ne pas rêver,
ce serait si cruel. J'espère qu'il est bien là.
Nate rompt notre étreinte et s'écarte un peu, j'en profite pour le regarder davantage, essayant de
trouver ce qui me dirait que ce n'est qu'une illusion. Mais je constate que cet homme est bien le Nate
que j'ai connu, il n'a toujours pas réussi à dompter sa chevelure, ses yeux sont restés les mêmes.
Heureusement, je serais morte de chagrin de l'imaginer vampire lui aussi. Nate tourne le visage et je
me fige de nouveau, une cicatrice couvre sa joue gauche, elle descend jusqu'à son cou qui la traverse,
comme si on avait voulu... l'égorger.
Et sa voix...
Ma main ne peut s'empêcher de venir caresser ce qui est nouveau chez lui. Mon cœur se fend, qu'est-
ce qu'il a pu lui arriver, pour se retrouver dans un tel état ? Qu'est-ce que t'as fait champion ?
Sa main vient se poser sur la mienne, qu'il effleure du pouce. Ca y est, j'ai les larmes aux yeux. C'est
lui, il n'y a pas de doute, même sa façon de me toucher n'a pas changé.
- Qu'est ce qui...
Sa voix tremble comme la mienne, mon dieu moi aussi je le pensais parti. Je l'ai vu se faire emmener
par des vampires, comme ceux qui prennent les humaines, elles finissent en esclaves et les hommes
une balle dans la tête, le plus souvent. Nate me causait tellement de soucis à l'époque... car il ne me
disait rien, mais je le savais, il était rebelle. Comme moi à une époque.
- Je t'ai vu partir.
Il soupire, et me reprend dans ses bras. Nous voilà enlacés dans la rue, devant des centaines de
passants. Qu'est-ce qu'il fabrique de ce côté de la ville ? Il n'a pas l'air en fuite. Il n'a pas l'air d'être
devenu un esclave.
- Ils m'ont bien séquestré, reprend Nate, ne t'en fais pas pour ça, je n'y ai pas échappé. Ce que j'affiche
en est la preuve, je ne le cache même pas... Faith, regarde-moi.
Je fronce les sourcils, m'éloigne de quelques centimètres et le regarde comme il me l'a demandé. S'il
pense que je suis une vampire...
Encore heureux !
- Quoi tu pensais qu'une fois que je te croirais mort je foncerai de l'autre côté de la ville pour me
faire transformer ? Non mais tu as perdu la tête Nate !
Super je crie, je me fais remarquer, j'adore ! La faute à Dead ! Il m'a mise très en colère, je suis folle
de rage, et je tombe sur Nate ! Génial pour des retrouvailles je trouve ! Je n'y crois toujours pas.
Je jette un coup d'œil autour de nous, effectivement tout le monde nous regarde. Deux humains qui
s'engueulent n’est pas la chose la plus courante. On risque de se faire remarquer. Nate pense la même
chose et me fait signe de le suivre dans une petite ruelle entre deux bâtiments. Je le suis sans discuter,
une fois à l'abri des oreilles et des regards malveillants, je l'assène de questions.
- Ne me dis pas que tu n'es pas heureuse de savoir que je suis toujours en vie ! J'aurais pensé que le
jour où je te retrouverais j'aurais droit à autre chose que de la colère !
Je te retrouverais. Il me cherchait donc ? Moi qui n'ai rien fait pour m'assurer qu'il était mort ou pas...
Je soupire, non, ce n'est pas à cause de lui que je suis en colère, il paye seulement les pots cassés de
quelqu'un d'autre. En réalité, je suis folle de joie, mais ça ne se voit pas. Comme la plaie béante de
mon cœur, qui se rappelle à quel point j'ai souffert en le perdant.
- Je suis heureuse ! Simplement, je suis troublée, je te croyais mort pauvre con ! Tu n'imagines pas le
mal que ça m'a fait de te perdre ! Qu'est ce qui t'es arrivé ! J'ai l'impression de te reconnaitre et
pourtant... tu as l'air différent.
- J'ai changé.
- Je vois...
Nate passe une main sur sa cicatrise, je remarque qu'il est plus musclé qu'avant, beaucoup plus.
- Faith, ses sangsues m'ont massacré parce qu'ils savaient que j'avais des informations sur la
Résistance. Je n'ai rien dit et ils m'ont égorgé !
Tu réalises que cette expérience ne peut que faire changer un homme ! J'ai failli crever et...
- La Résistance.
J'éclate de rire, celle-là, c'est la meilleure, la Résistance, et pourquoi pas non plus la mort du
Président tant qu'on y est. Il faut arrêter de croire que c'est Noel. La Résistance est morte il y a
quatorze ans.
- Moi si, tu as perdu la tête ? Il n'y a pas de... Nate, parlons d'autre chose veux-tu.
- Si, elle existe Faith, on vous fait croire qu'il n'y a rien, mais si elle est là. Elle surveille, nous
sommes partout, infiltrés, vivants, régnant dans l'ombre en attendant le bon moment pour surgir.
Je le dévisage, statique, c'est impossible, je ne peux pas le croire, tous les dirigeants se sont fait
massacrer lors d'une révolte.
Il ouvre son blouson en cuir et mes yeux se mettent sur arrêt quand je vois ce qu'il se trimballe. Des
pieux, des flingues. Il est devenu qui ?
Un chasseur ? Nate ?
Ne me donne pas de faux espoirs j'ai envie de lui dire, mais je m'abstiens.
- Impossible...
- Si Faith, crois-moi, depuis que j'ai échappé à la mort je suis avec eux. Des tas d'humains, d'anciens
militaires, des hommes puissants et importants. On se bat dans l'ombre pour reprendre notre vie.
Nous sommes nombreux ! Faith rien n'est mort ! L'étincelle de la liberté vit encore !
L'espoir.
- Non Faith, je ne t'ai pas menti, j'ai juste... gardé le secret, je voulais attendre le bon moment pour te
faire rentrer dedans, j'allais te le dire et... Sam a disparu.
J'éclate dans une colère noire, hors de question de laisser passez ça ! Même lui me ment !
- Et qui est ?
Oh le con ! Pourquoi je suis en colère après lui ? Je devrais être ravie de savoir qu'il se bat pour notre
cause et pourtant je me sens trahie, il savait qu'il y avait une chance, de l'espoir et il ne m'a rien dit.
Je commence à croire que je ne dois pas être quelqu'un de confiance, puisqu'on ne me dit JAMAIS
rien !
- Oh ta gueule toi aussi avec tes « je sais, je suis désolé » je ne supporte plus ces mots.
On me prend pour une conne, tout va pour le mieux. J'ignore des tas de choses, même que mon meilleur
ami si ce n'est plus, est encore en vie. Non, mais tout va bien sinon.
- Bordel !
Son cri de rage me fait sursauter. Il me saisit par les deux bras, je me raidis.
- Lâche-moi !
- C'est qui ?!
Je défends même mon vampire alors que je lui en veux ! Je suis incroyable comme bonne femme !
- Attends tu vas me dire que tu y tiens ? Tu aimes ton suceur ? Faith bordel !
Je le défends même ! Et oh oui, il est encore plus con que ses congénères ! Il est menteur et cachotier
mais oui je l'aime et je tiens à lui.
-Pourquoi ?
- Parce qu'il est là lui ! Il ne m'a pas laissé comme vous tous !
Il m'a sauvé ! Et toi (je le frappe sur l'épaule) tu m'as laissé !
- Quoi ?
- Viens avec moi, je te ramène à notre QG, je ne te laisserais pas repartir chez ton vampire.
- Non Nate, je ne partirai pas avec toi. Je vais rentrer chez moi, j'ai besoin de...
Dead, de crier, de m'isoler, d'arrêter d'apprendre des choses ! Stop j'en peux plus ! J'ai l'impression
que tout va à cent mille à l'heure. Je suis perdue.
- Tu as besoin de quoi ?! Je pense que tu as déjà assez aggravé ton cas, tu vis, tu te laisses mordre, tu
baises avec un vampire, où est passée ta dignité ? Où est passée la Faith que j'aimais et qui avait un
courage fou ? Où est passée la personne qui les détestait tous ?
Je suis remplie de haine après lui maintenant, je leur en veux tous ! Tous les hommes que j'aime et qui
comptent pour moi se sont foutus de ma poire. Y'en a marre ! J'aurais dû être lesbienne ! Je devrais le
devenir pour ne pas avoir à souffrir avec les hommes.
Nate n'imagine même pas le mal qu'il me fait en m'apprenant tout ça. Toutes ces années où j'étais dans
la plus grande déprime, j'aurais aimé savoir qu'un petit espoir naissait. Même s'il n'était que tout petit.
Petit c'est mieux que rien.
Je soupire, je pense que je vais retourner chez moi, là... c'est trop de nouvelles pour une seule journée.
- Non, ne t'en va pas, je t'en prie, je suis désolé. Je suis si heureux de te revoir, je ne m'attendais pas à
ça en me levant ce matin.
- Nate, je suis sûre que ce n'est pas ce qui est de mieux, je vis avec un vampire, tu les tues, tu... j'ai
accepté ma vie désormais.
Je me tais en entendant ce que je viens de dire. C'est bien moi qui viens de dire ça ? Nate me dévisage,
je suis étonnée. Jamais je n'aurais cru pouvoir dire de telles choses. Il a raison, j'ai changé, je ne suis
plus comme avant.
- Mais moi je ne l'accepte pas (Nate fouille dans l'une de ses poches, il en sort un bout de papier et un
stylo, je vois qu'il inscrit quelque chose avant de me le tendre) Mon numéro. Faith, ne jette pas ce
papier, appelle-moi, mais je t'en prie, laisse-moi une chance de te sauver.
- Je ne suis pas en danger.
Si, il me rend folle ! Complètement folle, de rage de colère, de haine, de passion, et d'amour, mais à
ce stade, je sais que je ne suis pas en danger, pas pour l'instant.
Nate fronce les sourcils, stupéfait.
- Impossible.
A mon tour de faire une sale tête, qu'est-ce qu'il a ! La colère m'envahit, je le tue lui s'il m'apprend
encore un truc sur Dead. J'en ai marre de ne rien savoir.
- Pourquoi impossible ? Non, non ferme la finalement si tu as quelque chose d'horrible à me dire sur
lui !
- D'accord.
Il me tend le bout de papier que j'hésite à prendre. Tout ça m'emmènera où si je le saisis ? Dans la
merde. De toute façon, je baigne dedans déjà j'ai l'impression, dans la merde de l'ignorance, du
mensonge et de la cachotterie.
Mais c'est Nate.
Je ferme les yeux et inspire un bon coup avant de le saisir. Je cours à ma perte en jouant avec le feu,
j'aime un vampire, j'accepte sa vie, je revois Nate qui détruit en deux phrases, tout ce que je venais de
me créer pour m'adapter à vivre une vie contrôlée. Je saisis ce bout de papier et le fourre dans mon
sac. Je le regretterai mais tant pis.
- Merci.
- Ne me remercie pas trop, je ne suis pas sûre de m'en servir, je suis paumée.
Sa langue passe sur ma bouche, aventureuse, tentante. Un baiser, un seul ce n'est rien... Si c'est trop.
- ARRETE !
- Désolé.
Je récupère mon sac qui est tombé au sol et contourne Nate pour m'engager sur la rue principale, il
ne cherche pas à me retenir, je l'entends juste me hurler :
***
Je rentre à l'appartement gelée, il a commencé à pleuvoir sur le chemin du retour, je suis trempée, j'ai
froid, mais ma colère ne s’est toujours pas estompée. J'entends de la musique provenir du salon.
L'ours des cavernes est sorti apparemment, tant mieux ! On va pouvoir s'expliquer !
Je retire mon manteau et l'accroche pour le faire sécher. Oui moi aussi j'avais hâte de le retrouver,
mais pas pour les mêmes raisons je pense.
Dead apparait devant moi, il a déjà quitté son costume, et porte désormais un t-shirt à manches
courtes qui laisse apparaitre un bout de son tatouage. Il s'approche de moi et m'embrasse, je me
raidis, est ce qu'il va sentir sur moi l'odeur de...
- Ça ne va pas ?
Il fronce les sourcils mais pas pour ce que je craignais. Je suis d'ailleurs étonnée qu'il n'ait rien
remarqué... ni rien senti. Il doit être préoccupé. Je le dévisage, est ce que je suis gentille et j'attends
avant d'hurler ou est-ce que je lui hurle dessus tout de suite ?
Je fais un point sur ce que je ressens, je regarde cet homme, je l'aime mais... je lui en veux tellement !
J'ai essayé de relativiser sur le chemin du retour, de penser à ce que m'a confié Queen, « sois patiente
» « Dead est comme ça » mais j'ai peur et je ne fais qu'y penser. Je suis en colère aussi, parce qu'il m'a
caché des choses que je juge importantes.
Ce sera tout de suite.
- Non, ça ne va pas.
Dead pince les lèvres, aie, il s'éloigne un peu en soupirant. Je pense qu'il a compris.
Pas ce soir ? Ou jamais BEBE ! J'en ai marre, c'est jamais le bon moment, et plus le temps passe, plus
je sens qu'il ne me parlera jamais.
- Si ce soir, Dead, (je soupire à mon tour) j'ai besoin d'en parler...
- NON ! ARRETE DE SUITE ! (il se ressaisit) La discussion est close on n'en parlera pas...
Il se retourne pour me faire face, ses yeux bleus me foudroient jusqu'à l'âme.
- Mais je ne te verrais jamais comme un monstre, merde ! Ecoute j'ai besoin de parler de certaines
choses avec toi, j'essaie de garder mon calme mais tu ne m'aides pas du tout tu...
- Pourquoi tu insistes tellement ! T'en as pas marre de te répéter ! NON c'est non !
C'est blessant.
Il plaisante ? Pourquoi il ne se met pas à ma place deux minutes, est ce qu'il pourrait envisager deux
minutes d'essayer de ressentir ce que je ressens ? C'est comme sortir du fond d'un trou, remonter à la
surface et voir que tout est différent d'avant qu'on tombe dans ce trou. Ça fait peur, c'est terrible... et je
déteste ça. J'ai eu peur toute ma vie, j'aimerai ne plus avoir peur, pour une fois.
- Si ! Tous ses mensonges, là, tout ça, tout ce que tu me caches et que tu refuses de me dire.
- ET MOI LE MIEN DE TE DEMANDER ! (Je respire pour tenter de me calmer) tu vois avant la
soirée, j'ai essayé de prendre sur moi, de t'accorder du temps mais... aujourd'hui j'ai appris des choses
qui ne m'ont pas plus du tout...
- Ça te fait peur que j'apprenne des choses ? Mais tu n'as qu'à me les dire toi Dead... Au fait, je voulais
te remercier, j'ai été ravi d'apprendre que je resterai figé à vingt-cinq ans, mon gros cul et mes
cuisses en prime ! Classe de ta part ! Tu aurais pu me le dire connard !
- Faith...
Son visage se crispe, c'est con hein ? Il imaginait que je n'allais pas m'en rendre compte ? Mais où est
son bon sens ?! Je ne lui laisse même pas le temps de s'expliquer sur le pourquoi il me l'a caché, à cet
instant, il n'y a que ma colère qui prime, ses explications, il peut se les mettre où je pense.
- Et sinon c'est comment l'amitié avec Campbell ? C'est classe aussi ! Il parait que vous étiez très
proche par le passé ! Alors Dead, pourquoi tu n'es plus son meilleur ami hein ? T'as pas eu assez de
couilles pour faire ce qu'il a fait ? Ou tu es simplement jaloux ? Non... pas toi, tu es Dead, Dead le
saint, CELUI QUI SAUVE UNE PAUVRE PETITE HUMAINE LA REND DINGUE ET LUI MENS !
- Ah oui pardon, toi tu ne mens pas, tu ne dis rien, je ne sais pas ce qui est le pire...
Dead s'approche de moi, la fureur dans ses yeux, il n'a pas le droit d'être énervé, il a tort, il le sait et
refuse simplement de l'accepter.
Je l'ignore, non je n'arrêterai pas, je veux savoir, je veux être en sécurité, je veux qu'il s'ouvre à moi
comme je l'ai fait ! Je soupire, ferme les yeux et tente de me calmer, pour lui lancer mon ultimatum.
Les conversations sont stériles avec Dead sur ce sujet !
- Dead c'est la dernière fois que je te le demande ! Est-ce que tu vas me répondre oui ou non ?!
QU'EST-CE QUE TU FABRIQUES ?
- Je t'aime Faith.
- PARCE QUE TOI OUI PEUT ETRE ? MONSIEUR PATIENCE A UNE VERITE A M'AVOUER ? TU
AS ETE MARIE ? ELLE S'APPELLAIT LUCY ?! QU'EST-CE QUE TU CONNAIS DE L'AMOUR
TOI ? RIEN PARCE QUE TU N'AIMES QUE TON PUTAIN DE TRAVAIL DE MERDE !
- La différence entre toi et moi, c'est que même si je t'en veux, je continue de t'aimer.
Je me fige.
- Tu crois que je ne t'aime pas c'est ça ? Mais le problème n'est pas là Dead !
- D'accord, tu m'aimes ?
Je vais le frapper !
- Mal, et je suis mal, parce que justement, tu ne l'as jamais véritablement dit.
Je me fige à nouveau. Si je l'ai dit, dans les toilettes... Non, il a raison je n'ai rien dit. L'homme que
j'aimais c'est vague.
Je fixe Dead, j'attends une réponse de sa part, un signe, un geste, un mot qui me ferait croire qu'il fait
un pas. Je sais que je ne devrais pas jouer, mais
- Non.
- Alors, mon amour, sache qu'à présent, tu seras le seul responsable de mes actes, ton silence va me
pousser à faire des choses et je ne suis pas sûr qu'elles te plaisent toutes.
Epilogue
Je n'ai pas sommeil, j'ai froid dans mon lit vide, c'est atroce, je suis en colère en plus.
Je lui en veux d'être aussi borné, de ne pas vouloir me parler. Je ne le comprends pas sur ce coup-là,
mais j'essaie, cela fait des jours que je tente, mais rien n'y fait. Il dit qu'il veut me protéger, qu'il ne
veut pas me faire de mal, et même que je n'ai pas à savoir. C'est donc ça ? La vie en couple ? Ignorer
les problèmes de son conjoint ?
Je me tourne dans mon lit, j'en ai marre de cette situation tout allait bien avant que je décide de me
mêler de ce qui ne me regardait pas !
C'est ma faute alors ? Non.
Je reste un moment, immobile dans mon lit, à dévisager le plafond puis je soupire, je craque, je ne
peux pas passer une nuit comme ça. C'est trop calme, trop impersonnel, je me croirais dans la
chambre chez Louis. Je commence à trembler, j'ai besoin de sa présence pour m'endormir, me
calmer. Tant pis si on est fâchés, je prendrai sur moi, mais il faut que je dorme dans ses bras.
Faith, tu es faible sur ce coup-là ! Surtout très conne !
Je me lève de mon lit, je suis retournée dans la chambre d'amis, Dead n'a même pas essayé de me
retenir, il m'a laissé faire.
On a mangé chacun de son côté, à l'autre bout de la table, sans un mot, et j'ai regretté de ne pas
partager le repas avec lui. C'est toujours un moment agréable, on rit, on se raconte des anecdotes,
Dead surtout, sur sa vie antérieure. Il a eu une vie si passionnante, j'adore me perdre dans ses
histoires.
Voilà il me manque, je lui en veux et je continue de parler de lui.
Quand je suis devenue accro ? Certainement quand j'ai réalisé qu'il était le seul à pouvoir me guérir
du mal qui me ronge. J'ai aimé le moment où il n'y avait que nous, et au fond, je commence à
regretter la période où il n'y avait que moi. Où je ne pensais qu'à moi, qu'à MON problème, où
j'ignorais le reste.
J'ai tellement négligé le monde extérieur, et maintenant que je ne le fais plus, je réalise que des tas de
choses me sont passées au-dessus, sans que je leur trouve de l’importance.
Je n'ai pas plus râlé que ça quand Dead m'a mordue, ni quand je suis venue habiter avec lui. J'ai erré
dans l'appartement, longtemps, tel un zombie, j'ai vécu une existence platonique avant que Dead
découvre comment s'intéresser à moi. Tout a changé depuis, je suis remontée.
Comment tu as fait monsieur Patience pour me faire sortir de ce gouffre ?
Je sors de la chambre, pieds nus, je marche lentement vers ce qu'on peut appeler notre chambre.
L'appartement est plongé dans le noir. Je pense que Dead dort, je l'espère, comme ça je n'aurais pas à
me justifier, je n'irai qu'à me blottir dans ses bras et dormir à mon tour.
J'arrive devant la porte qui est entrebâillée, je m'attends à voir le corps à moitié nu du vampire
dépasser des draps, son tatouage qui court dans son omoplate... mais rien. J'allume la lumière pour
être sure, et je remarque que le lit n'a pas été défait.
Il doit être dans son bureau alors.
J'éteins, referme la porte et pars en direction de son bureau, où j'espère le retrouver. Qu'est-ce que je
vais lui dire ?
« Euh Dead, je sais qu'on ne se parle plus, je suis en colère et toi aussi, mais j'ai besoin de toi pour
dormir parce que je n'y arrive pas sans toi. Si tu veux, on instaure une règle ? Passez minuit et pour le
reste de la nuit on laisse nos problèmes de côtés pour dormir et faire l'amour ? »
P-I-T-O-Y-A-B-L-E comme excuse mais pour l'instant il n'y a rien d'autre qui me vient à l'esprit. Dead
me manque, bien que le voir me mette en colère, il me manque. Le sentir contre ma peau, me manque.
Je suis une femme et comme toute femme, je suis chiante et je ne sais pas ce que je veux. J'aurais aimé
lui parler de Nate, lui dire que je l'avais revu. Mais que lui dire ?
« Hey Dead, tu sais, mon meilleur ami et plus quelquefois, je le pensais mort, mais non, il est en vie,
c'est devenu un tueur fou, un résistant. Oh tu ne savais pas ? Oui, il y a une Résistance. D'ailleurs
méfie-toi, il veut te massacrer, toi et tes congénères. »
A mon avis, Dead sait qu'il y a une résistance. Il sait tout, et moi, je ne sais rien, c'est bien ça le souci.
J'aimerais lui demander s'il n'a pas confiance en moi...
Ça doit être ça.
Mon cœur se serre, j'aurais de la peine d'apprendre, qu’après lui avoir dit qu'il était mon monde, il
n'ait pas confiance ! Pourtant, il n’en a pas l'air, quand on parle tous les deux, qu'il se confie à moi,
sur son passé, il a l'air de me faire confiance.
Tout va bien en fait, tant que je n'aborde pas le sujet « Dead, ton travail ? Qu'est-ce que tu fabriques ».
Je suis en tort peut être de demander, peut- être que la femme n'a pas à le faire...
Oui mais Dead ne pense pas ça comme ça.
J'arrive devant le bureau, je commence à ressentir de l'angoisse et... du stress ainsi que de la
culpabilité. Est-ce qu'il m'en veut autant que moi ?
J'espère que non.
Prenant mon courage à deux mains, j'ouvre la porte.
- Dead ?
Je fronce les sourcils pour essayer de l'apercevoir, il travaille souvent dans le noir, prétextant que ça
le calme. Comme ce soir.
Après quelques secondes, j'allume la lumière. Et surprise, personne. Où est-ce qu'il est alors ?
Partie voir une autre femme qui ne le fait pas autant chier !
Je soupire en comprenant que ce soir je dormirai seule, je m'apprête à fermer la porte quand... je
remarque que son bureau est étrangement bien rangé, seul un paquet de feuille trône en face de son
fauteuil en cuir. Il n'y a plus de dossiers, de papiers éparpillés. Seules ces feuilles.
Il l'a fait exprès ? Pour me tenter ?
J'hésite, dois-je assouvir ma curiosité et aller voir ? Il le saura ? Je me mords la lèvre je suis déchiré
entre mon besoin de savoir et... Oh et puis merde ! Il n'avait qu'à pas le laisser trainer.
Lentement, je referme la porte et me dirige vers son bureau, comme un voleur dans une banque,
fixant le tas de feuilles bien alignées. Je tire le fauteuil en cuir qui grince et m'assoit dessus, mes
mains tremblent lorsqu'elles saisissent la première feuille.
Il est écrit DISCOURS en gros, et rien en dessous, la suite est donc après mais...
Dois-je lire ?
Comme avant !
Je tourne la seconde page et découvre des centaines de caractères écrit en Anglais... Je ne peux
résister à la tentation de lire. Je lis, et je tremble, mon cœur bat à cent mille à l'heure. C'est mal ce que
je fais, mais tant pis.
Bonsoir,
Je me présente pour ceux qui ne me connaissent pas, je suis Dead Creaving, Président et chef
fondateur du parti Libéraliste. Le seul et unique parti existant et adversaire de celui qui nous
gouverne. Comme vous le voyez, je suis un vampire. Je suis très vieux, je vis une existence longue,
j'ai connu plus de guerres, de rébellions que n'importe quel manuel d'histoire. Je suis l'histoire.
Mais ce soir, nous ne parlerons pas d'histoire, ni d'éducation, encore mais rébellion. Ce soir, mes
amis, si, je peux vous appelez ainsi, puisque comme vous, avant d'être ce que je suis à présent, j'ai été
et j'ai vécu trente ans en humain, vivant, mangeant, respirant, avec un cœur qui battait.
J'ai vécu comme vous une existence normale, et comme vous j'ai connu le changement.
Je suis devenu quelqu'un d'autre, une personne sans vie, mais qui, pour mon plus grand bonheur, pour
le vôtre, a gardé son humanité, à la différence de certains. Comme je le disais, j'ai connu des guerres,
des changements de pouvoirs.
Il y a quinze ans, vous l'avez connu, vous aussi, et j'en suis navré. Je sais quels sentiments nous
éprouvons lorsque notre monde, tout ce que l'on a connu s'effondre, change, ce n'est facile pour
personne. Les humains, vous étiez la seule civilisation qui ne coulait jamais vraiment. Vous vous
battiez, mais ne détruisiez pas vos principes. Nous vampires, nous sommes morts, la seule chose qui
peut nous faire vibrer n'est autre que le pouvoir. Le pouvoir... en avoir plus, toujours plus, gagner.
Je connais Théodoré Campbell depuis près de six siècles, j'ai grandi à ses côtés en tant que vampire,
nous avons muri, nous avons pensé. J'ai vécu à une période très dure mes amis, une époque ou
vampires et sorcières étaient les deux passe-temps favoris des chasseurs. On ne chassait pas le
sanglier, mais le vampire, la nuit. Comme vous aujourd'hui. Les vampires chassent les humains, les
traquent, dans le seul but de les anéantir. Vous vous demandez pourquoi tout ceci est arrivé ? Simple
esprit de vengeance.
Mais sachez, la vengeance, est quelque chose de risqué.
Nous nous sommes vengés des persécutions qui au fil des siècles ont perduré, nous nous sommes
cachés, perdus dans les limbes d'un monde noir, terne. On s'est presque oublié, n'ayant que la douleur
des êtres chers que nous avions perdus.
Les humains ont tué beaucoup de mes proches, et sachez que durant de longues années, je vous ai
haïs. Je désirais me venger. Mais la vengeance ne sert à rien, on l'apprend au avec du recul.
Aujourd'hui, après vous avoir détesté pour vos erreurs passées, je suis devenu le SEUL vampire
connu à ce jour, à défendre les droits des humains dans ce monde pris d’assaut par les vampires. J'ai
bâti les nouveaux droits de l'homme, de la femme, les lois qui vous permettent un peu plus chaque
jour, de vivre mieux, vous me les devez, mais sachez, que je ne vous dis pas cela dans le but de me
voir accorder des louanges.
Non, aujourd'hui, j'ai autre chose à vous dire, quelque chose qui pourrait bien vous intéresser.
Vous devez certainement être dans la rue, à me regarder passer à la télévision à une heure tardive en
vous disant, qu'est-ce qu'il fait ici ?
Eh bien, sachez, que ce soir, à cet instant, je suis à la Résidence de Monsieur Campbell, mais il ne
viendra pas vous parler. Cet homme, ce visage, ce nom, oubliez le. Oubliez ce qu’il a fait, le mal qu'il
a provoqué, oubliez un instant la peine, les morts qu'il a causé en quinze ans de règne.
Car oui, cet homme a régné en maitre ici. Il a machiavéliquement pris le pouvoir, tuant, toute autorité.
Laissant les humains à l'agonie et à la merci des vampires.
Campbell voulait un peuple sur qui régner, il l'a eu, mais aujourd'hui c'est fini.
(Silence)
Aujourd'hui, mémorisez mon nom, mon visage. Car ce que je m'apprête à vous dire, va changer le
cours de votre existence.
Ce soir, Campbell n'est plus Monsieur le Président, il est démis de ses fonctions à ce jour. C'est la
raison de ma présence ici.
Mon parti, et moi-même venons de faire ce que quinze ans auparavant Campbell à fait lui-même : un
coup d'état.
Mon coup d'état, soigneusement préparé depuis des années. Ne criez pas à l'horreur, tous ceux qui me
connaissent, savent que je ne suis pas un monstre. Je ne suis pas non plus un ange, ni un sauveur. Je
suis juste un homme, un vampire qui ne supportait plus l'agonie d'un peuple. Un peuple qui ne mérite
pas ce qu'il endure depuis quinze ans.
Dites adieu au mal, à la souffrance. Je vous prévois un du changement.
A partir de demain, le gouvernement va changer. Oubliez les noms des ministres, des dirigeants.
J'entends des cris provenir de la rue, des hurlements, des bruits étranges. Je reste figée sur ma chaise,
incapable de bouger, les larmes aux yeux.
A suivre…
Remerciements
Un grand merci à Véronique, tu as fait un boulot grandiose avec la correction de ce tome, je
n'arriverai jamais à te remercier assez. J'ai adoré notre collaboration, merci pour tout ce que tu as
fait.
Merci aux filles du Blog (Mélissa et Priscillia), de Facebook, et toutes celles qui restent anonymes,
vous êtes de plus en plus nombreuses. Merci pour vos com's, votre soutien et votre fidélité. Vous êtes
notre principale motivation dans notre aventure.
Merci à ma lapinou, reine des quiches en chef. Toi, ton caractère et ton humour, sont un bol d'air dans
les moments de doutes et de ras-le-bol. Tu es le lâché prise et l'amie qu'il faut avoir à ses côtés. Merci
Tahlly.
Et puis bien sûr, merci à toi, d'être toi, d'être là, de m'accompagner chaque jour dans l'aventure. D'être
l'amie que tu es, qui me soutient, me fait rire, et m'amuse comme jamais. Rien ne serait pareil sans toi.
Merci de partager tout ça avec moi, notre duo compris, un grand, grand merci à ma vilaine adorée,
Maryrhage.
Merci à mes parents, qui me laissent tranquille des heures entières devant mon PC à «pianoter» sur
mon clavier dans l'unique but de pouvoir faire ce que j'aime : écrire. Ma passion est souvent
contraignante pour vous, et je vous remercie de me laissez la vivre pleinement, sans remarque et avec
soutien. Ne vous inquiétez pas trop, j'arrive à sortir de ma tête et de mon imagination de temps en
temps histoire de retournez à la vie réelle.
Et puis merci au destin et à la vie, à l'imagination et à toutes les petites choses qui me permettent de
crée tous ses univers. Merci.
SLAVES
Tome 1
Vie Humaine
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SLAVES
Tome 2
Prophétie
Prochainement
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L’auteur
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