Explication du Modèle de Stackelberg
Explication du Modèle de Stackelberg
Microéconomie
M. DAH
MGC
08/11/2024
Prérequis et objectifs du cours
Prérequis : les étudiants doivent avoir en amont des connaissances sur le cours de
microéconomie 1 ou économie générale 1 :
1
Table des matières
Prérequis et objectifs du cours................................................................................................................. 1
I. Introduction ...................................................................................................................................... 7
Introduction....................................................................................................................................... 34
3
Chapitre 1 : Introduction au Concept de Marché
Le concept de marché est sans doute l’un des plus utilisés par le public non initié même si en
réalité, son contenu reste inconnu.
Un marché est donc fondamentalement caractérisé par la nature du bien ou du facteur échangé
et par l’ensemble des acteurs (acheteurs et vendeurs). Définir un marché implique en premier
lieu que soit clairement précisé les caractéristiques du bien échangé : la qualité, la localisation,
la date et les conditions de la disponibilité du bien en question.
En plus des éléments cités ci-dessus, la structure du marché elle-même peut être déterminée par
les caractéristiques du bien. Par exemple, le fait qu’un bien soit homogène ou hétérogène
conduit forcement à deux types de marchés différents. Le nombre et la dimension des acteurs
constituent d’autres facteurs qui influencent la structure du marché. Ainsi la structure d’un
marché sur lequel tous les agents sont des « atomes » est forcément différent d’un marché sur
lequel une partie possède de « gros » agents. Les conditions d’entrée et de sortie du marché et
l’adaptabilité réciproque de l’offre et de la demande (fluidité ou viscosité), la qualité et la
quantité d’information dont disposent les intervenants sur les paramètres du marché
(transparence ou opacité) déterminent également la structure du marché.
Le marché remplit également la fonction générale d’allocation des ressources. En effet, le prix
formé constitue l’indicateur de tension entre l’offre et la demande. Ainsi, il y a une tendance à
transférer les facteurs de production des branches à profit faible vers les branches à profit élevé
si aucun obstacle n’existe.
4
Par le jeu de la productivité marginale décroissante des facteurs, le mécanisme matériel va
tendre à égaliser le taux de profit. Dans l’ensemble de l’économie, puisque l’arrivée des moyens
de production supplémentaire abaisse les taux de profit dans les branches rentables tandis que
la réduction des moyens de production élève les profits dans les branches à faible taux. Lorsque
les taux de rentabilité des capitaux investis seront uniformes, l’allocation des ressources sera
optimale puisque la constance des prix qui en résultera, traduira l’égalité des offres et des
demandes sur chaque marché. L’économie sera stabilisée jusqu’à ce qu’une nouvelle
perturbation vienne engendrer un nouveau mécanisme d’équilibre.
Le marché a donc un rôle fondamental aussi bien comme planificateur naturel de l’économie
globale que comme théâtre du processus d’échange.
Pour faire la distinction entre le type de marché, on s’appuie généralement sur le nombre
respectif des offreurs et des demandeurs (critère nombre) et sur l’interdépendance plus ou moins
forte dont jouissent les différentes parties prenantes dans leur stratégie de vente ou d’achat
(critère de pouvoir).
Le critère nombre permet de distinguer différents types de marché en s’appuyant sur le nombre
d’agents offreurs et demandeurs, en sachant que les produits sont homogènes, l’offre et la
demande fluide. Le tableau de stackelberg publié en 1934 permet de visualiser et de caractériser
les divers types de marché selon les critères nombre.
Les marchés qui seront étudiés dans le cadre du présent cours sont ceux inscrits dans les cases
grises du tableau ci-dessus.
Le critère de pouvoir : compter les entreprises où les consommateurs d’un produit ne suffisent
pas en général pour évaluer valablement la puissance et le degré d’indépendance dans l’action
de chacun des participants au marché. L’évolution du pouvoir individuel doit donc résulter d’un
autre critère que celui du nombre. Les concepts d’élasticité prix direct et croisé de la demande
doivent permettre cette évaluation.
Lorsque le produit offert sur le marché par les différentes firmes est relativement homogène,
l’élasticité prix de la demande est infinie car toute baisse du prix permet à une entreprise donnée
de drainer théoriquement la totalité de la demande.
En revanche pour les produits hétérogènes, une augmentation du prix se traduit par une baisse
limitée de la demande. L’élasticité prix est alors négative mais finie.
Lorsque les produits sont homogènes, la décision d’un offreur particulier pourrait être sans effet
sur ses concurrents quand sa taille est résiduelle par rapport au marché (ec=0) ou au contraire,
infléchir la situation des autres entreprises lorsque chaque offreur dessert à l’origine une part
5
significative de la clientèle totale. ec est alors supérieure à 0 puisque la demande qui s’adresse
à une entreprise s’élèvera avec le prix pratiqué par la firme concurrente. On peut dès lors
proposer la classification suivante qui est complémentaire au critère du nombre.
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Chapitre II : Le Marchés de Concurrence Pure et Parfaite
I. Introduction
La concurrence dans nos sociétés est présente partout, dans la vie professionnelle, la vie
sportive, etc.
Pour l’économiste, la concurrence présente deux aspects :
• Le premier aspect considère la concurrence comme l’ensemble des entreprises
concurrentes d’une entreprise donnée, c'est-à-dire toutes celles qui sont présentes sur le
marché avec le même produit. Ainsi, la concurrence directe de Telmob sur le marché
burkinabé de la téléphonie est formée par Airtel et Telecel (par hypothèse).
• Le deuxième aspect décrit la concurrence comme un état permanent de compétitivité,
de confrontation entre offreurs et demandeurs indispensables au bon fonctionnement du
marché. C’est cet aspect qui est développé ci-dessous :
La concurrence pure et parfaite (CPP) est un modèle théorique de concurrence qui se rencontre
très peu dans la réalité mais qui doit servir de référence. Une sorte d’idéal théorique, vers lequel
il convient d’aller, qui a été bien décrit par les économistes classiques et néoclassiques. Une
situation dans laquelle l’offre et la demande sur les marchés concorderaient à perfection.
Pour les économiques, la concurrence est définie comme une situation où les firmes sont
passives. Un marché est qualifié de CPP si chaque entreprise ne se préoccupe que de la quantité
qu’elle doit produire en supposant que le prix du marché est une donnée c'est-à-dire indépendant
du volume de l’output d’une firme donnée. Autrement dit, quel que soit la quantité produite,
celle-ci ne peut être achetée qu’à un seul prix.
Partant de cette définition, la théorie microéconomie associe le concept de CPP au caractère
anonyme et impersonnel du marché : pas de rivalité entre offreur sur le marché, les acheteurs
ne se reconnaissent pas être en concurrence les uns vis-à-vis des autres et plus précisément, on
parlera de CPP sur un marché si les 5 conditions suivantes sont réunies de façon simultanément :
7
Cette condition signifie que toutes les entreprises d’une branche produisent un même bien
(caractéristique identique, emballages, etc.) et que tous les demandeurs sont conscients de cette
similitude.
Dans la pratique :
- Les marchés sont segmentés et les produits sont différentiés
- Chaque entreprise fait de la Recherche & Développement pour se protéger de la
concurrence des autres entreprises.
- Conclusion : en général, il existe des possibilités d’augmentation du prix par rapport à
un produit indifférencié. De ce fait, les firmes ont une plus grande marge de manœuvre
sur le prix (price maker)
- Théorie de la concurrence monopolistique (différentiation des produits).
On peut représenter la droite de la recette totale et le coût total de la firme dans un repère avec
le niveau d’output en abscisse.
La distance entre la droite de la recette et la courbe de coût total donne le niveau de profit, pour
chaque niveau du produit.
Q CT RT π CM Cm
0 0 0 0 - -
1 50 27 -23 50 50
2 60 54 -6 30 10
3 66 81 15 22 6
4 84 108 24 21 18
5 105 135 30 21 21
6 132 162 30 22 27
7 175 189 14 25 43
8 224 216 -8 28 49
9 315 243 -72 35 91
Le coût total ( CT ) est défini comme l’ensemble des coûts correspondant à un volume de
production donné. Il se décompose en coûts fixes et coûts variables (à court termes).
Le coût fixe ( CF ) est un coût indépendant du niveau de production. Il s’agit d’un coût supporté
effectivement par le producteur quel que soit son volume de production. Le coût fixe est par
définition constant pour tous les niveaux de l’output. Exemple : les loyers ou les assurances, les
salaires, etc.)
Le coût marginal ( Cm ) est le supplément de coût engendré par la production d’une unité
CT
supplémentaire. Il s’obtient en posant : Cm = dans le cas où la fonction de coût est
q
CT CT2 − CT1
continue ou encore dans le cas discret : Cm = =
q q2 − q1
Le coût moyen sert à juger de la performance moyenne de la firme en termes de coûts.
Comme le coût fixe est indépendant du volume de production, cette partie s’annule dans le
calcul du coût marginal ; sa dérivée étant nulle. De ce fait, le Cm est indépendant du coût fixe.
Le coût marginal peut être interpréter comme la pente de la courbe de coût total lorsque cette
courbe à une forme linéaire en q .
Le coût moyen possède à court termes deux grandes parties. Le coût fixe moyen ( CFM ) qui
représente le coût fixe supporté pour chaque unité de production :
9
CF
CFM =
q
La courbe de coût fixe moyen est décroissante c'est-à-dire qu’un même coût se répartit sur une
production plus importante, la production de masse permet un étalement des coûts fixes.
CV
Le Coût variable moyen (CVM) représente le coût variable par unité de production. CVM =
q
La détermination du profit passe ainsi nécessairement par la confrontation des recettes et les
coûts supportés par l’entreprise. Le graphique suivant permet d’identifier le profit d’une firme
donnée.
CT; 9; 315
RT; 9; 243
Cette figure permet de définir la condition d’un profit maximum. Le profit est maximum quand
la distance (positive) entre la recette totale et le coût total est à son maximum. Cette distance
coïncide au point de tangence entre la courbe de recette marginale et celle du coût marginal. En
10
ce point, la pente de la courbe de recette totale ( P ) est égale à la pente de la courbe de coût
total ( Cm ).
= RT (q ) − CT (q ) max ' = Rm − Cm = 0 Rm = Cm
On remarque donc que cette condition est indépendante de l’existence de coûts fixes et par
conséquent s’applique aussi bien dans le court terme que dans le long terme. Dans le court
terme, les coûts fixes jouent un rôle important dans la décision de produire et il vaut mieux
savoir s’il faut produire ou pas en tenant compte de la condition p = Cm et les coûts fixes.
= q ( p − CVM (q )) − CF
Si q = 0 , c'est-à-dire que l’entreprise décide de ne pas produire, les pertes se réduisent aux coûts
fixes.
Si p CVM (q ) , les pertes de la firme en produisant q unités dépassent ses pertes en fermant
ses portes. La firme a intérêt à arrêter sa production.
p CVM (q ) , la firme réduit ses pertes de la quantité en produisant q unités. Et si cette quantité
est suffisamment élevée, elle peut excéder le coût fixe CF et générer des produits positifs.
En conclusion, la firme décide de produire en comparant les prix du marché à son coût variable
moyen. Si p CVM , la firme produit 0 unités, par contre si p CVM , la firme produit q*
unités obtenues à partir des conditions de premier ordre qui conduisent à p = Cm
11
Lorsque l’entreprise produit q1 q * , alors p Cm , donc Rm Cm ,
Une unité supplémentaire vendue rapporte plus ce qu’elle coûte. Donc, il y a une possibilité
d’augmentation du profit total en augmentant la production.
Lorsque l’entreprise produit q2 q * , alors Cm p , donc Cm Rm
Une unité supplémentaire vendue rapporte moins que ce qu’elle coûte. L’entreprise a intérêt à
diminuer la production pour augmenter son profit.
A l’équilibre, le profit total est maximum pour q = q * , où Cm = p = Rm , la dernière unité
produite rapporte ce qu’elle coûte.
12
Conclusion : La condition nécessaire et suffisante pour un profit positif est que le point
d’intersection de la courbe du coût marginal et la droite du prix du marché doit être situé au-
dessus de la courbe du coût moyen.
CM, P, CVM, Cm
Cm CM
CVM
P2
P1
0 q1 q2 q
Le profit maximum pour p = Cm :
• Pour p = p2 , la courbe de coût marginal permet de déterminer l’offre q2 , mais le profit
dans ce cas est nul. Le prix p2 correspond au seuil de rentabilité. C’est le prix au-delà
duquel l’entreprise commence à réaliser des profits positifs.
• Si p1 p p2 l’entreprise offre une quantité q, mais le profit est négatif puisque la
recette moyenne correspondante à p est inférieur au coût moyen correspond. Toutefois,
13
l’entreprise continue de produire puisqu’elle récupère une partie de ces coûts fixes. En
perte = CT − RT = CF + CV − RT = CF + (CV − RT ) CF
effet, la perte
P CVM p 2q 2 CV RT CV CV − RT 0
Si l’entreprise décide de quitter la branche, elle perd les coûts fixes totaux. La perte sera
plus faible si elle continue à produire.
• Si p = p1 , l’entreprise couvrira seulement l’ensemble de ses frais variables. C’est le seuil
de fermeture.
• Si p p1 , c'est-à-dire inférieur au seuil de fermeture, on aura que
pq MinCVM RT MinCVM la recette totale ne couvre même pas les coûts
variables (CV). L’entreprise doit alors décider d’arrêter sa production, et de quitter la
branche, puisque :
- Si elle continue à produire, elle perd les CF plus une partie des CV
- Si elle quitte le marché, elle perd uniquement les coûts fixes (CF).
CMLT
P1
La courbe d’offre de long terme est la portion de la courbe de coût marginal de long terme au-
dessus du minimum de la courbe du coût moyen de long terme et l’axe vertical pour tous les
prix en dessous du MinCMLT.
14
p = CmLT = CmCT si p MinCMLT
q=
0 si p MinCMLT
q1+q2
Graphiquement, la courbe d’offre globale1 est égale à la somme horizontale des courbes d’offres
individuelles de chaque entreprise.
Lorsque le nombre d’entreprises devient élevé, la discontinuité de la courbe d’offre globale aura
tendance à disparaître.
1
L’offre est positivement liée au prix. Ceci résulte du fait que le coût marginal des unités produites est croissant. Donc, pour 15
que les entreprises offrent plus, elles exigent un prix plus élevé pour couvrir les coûts croissants.
En générale, une taxe augmente les prix payés par les consommateurs et diminue le prix reçu
par les entreprises. Les modalités du transfert d’une taxe dépendent des caractéristiques de
l’offre et de la demande. On peut distinguer 3 cas pour étudier le transfert de la taxe dans le cas
de l’offre :
La courbe d’offre est horizontale et elle
Cas 1 : Offre parfaitement élastique signifie que l’entreprise est prête à offrir
n’importe quelle quantité désirée d’un bien à
P un prix constant et une quantité nulle pour tout
prix supérieur. Autrement dit, le prix
d’équilibre est déterminé par les conditions
d’offre tandis que la quantité d’équilibre est
déterminée par la courbe de demande. Le
P2+t S’(P) prélèvement d’une taxe sur le marché
caractérisé par une courbe d’offre
P2 S(P) parfaitement élastique entraîne un
déplacement parallèle vers le haut de cette
D(P) Q
courbe. Dans cette condition, la totalité de la
taxe est transférée aux consommateurs.
Cas2 : l’offre est parfaitement inélastique Dans ce cas-ci l’offre est fixe c'est-à-dire que
P la quantité offerte est constante et
indépendante du prix. La quantité d’équilibre
S(P) est déterminée par les conditions d’offre et le
prix est uniquement déterminé par les
conditions de demande.
Si on prélève une taxe sur un marché dont
P2
l’offre est parfaitement inélastique, la courbe
P2-t D(P) d’offre reste inchangée. Puisque ce sont les
demandeurs qui déterminent le prix
d’équilibre. Les consommateurs paieront un
prix inférieur au prix d’équilibre, sans taxe. La
q Q totalité de la taxe est supportée par les
offreurs.
Cas3 : Courbe d’offre relativement élastique
P S’(P)
P’e t P’e t
Pe Pe
(a) (b)
16
(b)
Le montant de la taxe qui est transféré dépend de l’importance de la pente de la courbe d’offre.
Si la courbe d’offre est très élastique (fig a), l’augmentation du prix est plus importante que
dans le cas où elle est moins élastique (fig b). Dans le cas (a) une grande partie de la taxe est
transférée au consommateur. Par contre, dans le cas (b), seule une petite partie est transférée.
17
Chapitre III : Les marchés de monopole
Le monopole est une structure de marché où un seul offreur se trouve en face d’une multitude
inorganisée de demandeurs.
Une entreprise, qui met au point un nouveau produit, aura au moins provisoirement un
monopole pour cette production. En effet, la diffusion d’une nouvelle technologie demande,
pour différentes raisons, du temps. La firme pharmaceutique qui découvrira un vaccin contre le
SIDA, disposera ainsi, pendant un certain temps, d’un monopole pour ce produit.
I.1.3. L’enclavement
La circulation des biens est toujours quelque peu entravée par des obstacles naturels, comme la
distance et le caractère accidenté des voies de transport. L’influence de ces obstacles peut être
mesurée par les coûts de transport. Les coûts de transport constituent pour un producteur une
protection naturelle contre la compétition des producteurs trop éloignés. Les opérateurs
18
économiques, installés dans une région enclavée, sont ainsi souvent à l’abri de la compétition
extérieure. Sous certaines conditions, cela peut entrainer un monopole.
Les raisons pour accorder un tel monopole sont variées, voire contradictoires. Certains
monopoles légaux visent à protéger les consommateurs, d’autres à favoriser les producteurs.
Les productions, caractérisées par un monopole naturel, sont ainsi confiées à des entreprises
publiques dans le double but d’éviter le gaspillage qu’entrainerait par exemple la construction
d’un deuxième chemin de fer sur le même trajet et de protéger les consommateurs contre le
pouvoir du monopoleur. On observe, d’autre part, des monopoles légaux qui pénalisent les
consommateurs. Le monopole de la commercialisation du tabac, qu’on accorde dans beaucoup
de pays au secteur public, visent ainsi essentiellement à alimenter les caisses publiques.
Ces mesures peuvent être si contraignantes que l’importation de certains produits devient
pratiquement impossible. Si des producteurs nationaux produisent le même produit et si des
facteurs opèrent pour limiter le nombre des producteurs nationaux (comme des facteurs ou
technologies spécifiques et des rendements d’échelle croissants), cette fragmentation du marché
mondial peut entraîner des monopoles à l’échelle nationale. Dans le même ordre d’idées, une
libération du commerce international entamerait les positions dominantes nationales.
dq
Soit Q = f ( p) Où 0
dp
Un producteur en CPP accepte le prix come un paramètre et maximise son profit en faisant
varier le niveau de sa production. Un monopoleur peut maximiser son profit en faisant varier
soit sa production, soit son prix.
20
II.1. Recette totale, recette moyenne et recette marginale
La fonction de recette totale notée RT (q ) définit le chiffre d’affaire du monopole lorsque celui-
ci produit la quantité q compte tenu du prix auquel sa production est vendue. On a donc :
RT (q ) = p (q ).q
La fonction de recette marginale Rm(q ) définit le supplément du chiffre d’affaire qui résulte de
la production d’une unité supplémentaire de biens et on dit que la recette marginale est à la
variation de recette totale : Rm(q) = ( RT (q)) ' = p(q).q ' = p + qp '(q)
La fonction de recette moyenne notée RM ( q ) représente le chiffre d’affaire par unité produite :
RT (q)
RM (q) = = p(q)
q
La fonction de recette moyenne n’est rien d’autre que la fonction de demande inverse. En effet,
en situation de monopole, le monopoleur est confronté seul à l’ensemble des demandes
individuelles et la demande qui s’adresse à lui se confond avec la demande totale sur le marché.
Si on note D (q ) cette demande, la réalisation entre le prix p et la quantité q, qui peut être vendue
s’écrit :
q = D( p ) p = D −1 (q )
La recette marginale est toujours inférieure à la recette moyenne. Produire et vendre une unité
supplémentaire conduit en effet le monopole a accepté une baisse de prix. Le supplément du
chiffre d’affaire apporté par une unité supplémentaire de surproduction est donc nécessairement
inférieur au prix auquel étaient vendues les unités produites jusqu’alors.
Exemple : imaginons une ville avec un monopole de distribution d’eau. Le tableau ci-dessous
montre l’évolution des recettes en fonction du volume d’eau distribué :
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s’explique par le fait que le monopole est confronté à une courbe de demande décroissante.
Pour augmenter la quantité vendue, le monopole doit baisser ses prix.
Quand un monopole augmente la quantité vendue, cela entraîne un double effet sur les recettes :
Par rapport à l’élasticité prix de la demande, on peut exprimer la recette marginale comme suit :
Ainsi Rm(q ) est exprimée en fonction du prix et l’élasticité de la demande. La recette marginale
est par conséquent près que toujours inferieure au prix.
Rm Demande
Q1 Qmax Q2 Q
Si la firme produit une quantité Q1, le Cm est alors inférieur au Rm. En augmentant sa
production d’une unité, l’entreprise peut accroitre son profit. Tant que le Cm est inférieur au
Rm, le monopole peut améliorer ses résultats de production.
Si la firme produit Q2, le Cm est supérieur au Rm, le monopole peut améliorer ses profits en
réduisant sa production.
La quantité optimale est donc Qmax, quantité pour laquelle le Cm est égal au Rm.
On constate donc une différence fondamentale entre les marchés de CPP et de monopoles. Sur
les marchés de CPP, le prix est égal au Cm, alors que sur les marchés de monopolistiques, le
prix est supérieur au Cm.
22
II.3. Calcul du profit
Le profit du monopoleur est égal à la différence entre la RT et le coût total de production :
= R(q) − c(q)
RT c(q)
Ou encore : = RT (q) − c(q) = q( − ) = q( p − CM )
q q
Graphiquement, on a :
Coût et revenu
Le segment BC représente la
Cm différence entre le prix et le CM,
c'est-à-dire le profit par unité
vendue. DC représente la
PrixM E B quantité vendue Qmax.
Qmax Q
Algébriquement :
Pour maximiser le profit, le niveau de production choisie par le monopole vérifie la condition
d
du 1er ordre : = 0 R '(q) − c '(q) = 0 R '(q) = c '(q) Rm = Cm
dq
Le monopoleur peut accroitre son profit en augmentant sa production, aussi longtemps que le
revenu supplémentaire obtenu est supérieur au coût supplémentaire supporté.
1
Comme la recette marginale Rm = p(1 − ) est positive tant que e 1 , le monopoleur choisira
e
toujours d’offrir des quantités sur les parties de la courbe de demande qui vérifie cette condition.
d ²
La condition de 2ème ordre de la maximisation du profit exige que : 0 R ''(q) c ''(q)
dq ²
23
III. Les interventions publiques dans le cadre d’un monopole
Les monopoles contrairement aux entreprises concurrentielles, n’allouent pas les ressources de
manière efficace. En effet, ils produisent des quantités inférieures à celles correspondantes à
l’optimum social, et pratiquent des prix supérieurs au coût marginal. Face à cette situation, le
gouvernement peut adopter l’une des quatre attitudes suivantes :
✓ Essayer de rendre concurrentiels les marchés sur lesquels opèrent des monopoles (loi
antitrust ou marchés contestables),
✓ Réglementer le comportement des monopoles,
✓ Transformer des monopoles privés en entreprises publiques
✓ Ne rien faire du tout.
24
Prix
Demande
2ème : une telle solution n’incite guère le monopole à réduire ses coûts. Si le monopole sait que
le gouvernement fera baisser le prix chaque fois que l’entreprise réduira ses coûts, il n’a rien à
gagner à cette réduction. Dans la pratique, le gouvernement le laissera faire un petit bénéfice,
et acceptera donc un prix légèrement supérieur au coût marginal.
25
la localisation ou la qualité du produit vendu. Les stratégies adoptées par le monopole ont toutes
pour objectif de maintenir ou d’accroître son pouvoir de marché.
Nous allons examiner les stratégies du monopole concernant la fixation de son prix de vente.
Jusqu’à présent nous avons fait l’hypothèse que le monopole vend son produit à un prix
uniforme c'est-à-dire le même prix unitaire quelle que soit la quantité et quelle que soit la
disposition à payer des consommateurs.
Il existe de nombreux exemples dans lesquels le même bien économique est vendu à des prix
différents à différents consommateurs. Quand le monopole vend différentes quantités de son
bien à des prix différents, on parle de discrimination en termes de prix. On distingue en général
trois types de discrimination en termes de prix :
Elle correspond à une situation où le monopole fixe un prix différent pour chaque unité du
produit. Le prix de la première unité du produit est ainsi égal au consentement à payer le plus
élevé du consommateur qui s’attache le plus au bien. La deuxième unité du produit est vendue
au consommateur qui à le consentement à payer le plus élevé après le premier. Le monopoleur
continue ce processus de vente aux enchères jusqu’à ce que la dernière unité qu’il vend soit
offerte au consommateur dont le consentement à payer est exactement égale au coût marginal
de production. En appliquant ainsi la discrimination du premier degré par les prix, le
monopoleur absorbe tout le surplus des consommateurs.
Dans ces conditions, pour maximiser son profit, le monopoleur doit maximiser son profit :
avec Ti (Yi ) = Ai + PY
i i (**), où la partie fixe permet au monopoleur de s’approprier tout le surplus
des consommateurs. Ai doit alors être le plus élevé possible de sorte que : Ai = Si ( Pi ) ( Si ( Pi )
est le surplus des consommateur au prix P )
demande demande
cm cm
26
A partir de la relation (**) on démontre que dans ce cas on a toujours P = Cm à l’équilibre. Cet
équilibre indique la quantité totale que le monopoleur doit offrir sur le marché. Cette quantité
est par conséquent égale à la quantité offerte en CPP, à la seule différence que le monopole
absorbe tout le surplus des consommateurs.
Le profit est maximal si les dérivées partielles sont égales nulles (CPO)
= R1 '(q1 ) − C1(q1 + q2 ) = 0
q1 R1 '(q1 ) = c1(q1 + q2 )
R '(q1 ) = R '(q2 ) = C '(q1 + q 2)
R2 '(q2 ) = c2 (q1 + q2 )
= R2 (q2 ) − C2 (q1 + q2 ) = 0
q 2
= RTA + RTB − CT , et q = q A + qB
RmA (q A ) = Cm(q A + qB )
RmB (qB ) = Cm(q A + qB )
27
En d’autres termes, le coût marginal de production d’une unité supplémentaire d’output doit
être égal à la recette marginale sur chaque marché. Si la recette marginale sur le marché A était
supérieur au coût marginal, il serait intéressant d’accroître l’output sur le marché A.
q p RT Rm CT profit
0 24 0 24 1600 -1600
100 22 2200 20 2488 -288
200 20 4000 16 3184 816
300 18 5400 12 3736 1664
400 16 6400 8 4192 2208
500 14 7000 4 4600 2400
600 12 7200 0 5008 2192
700 10 7000 5464 1536
800 8 6400 6016 384
900 6 5400 6712 -1312
1000 4 4000 7600 -3600
1100 2 2200 8728 -6528
28
Si maintenant l’on considère divers niveaux possibles du prix, comme par exemple à la colonne
(2) du tableau ci-contre, les recettes correspondantes à q = D( p ) figurent à la colonne (1) et
décrivent toute la courbe de demande collective pour le bien en question. Quels effets ces
changements de prix ont-ils sur la recette totale RT du monopoleur ? L’expression ci-dessus de
la recette ne permet pas de bien s’en rendre compte car, comme toute hausse de p s’accompagne
d’une baisse de q = D( p ) , on ne peut pas savoir a priori si RT augmentera ou diminuera ; et il
en va de même pour toute baisse de p. L’exemple numérique du tableau montre en effet
(colonne 3) que lorsque le prix baisse, la recette totale croît tantôt (pour p allant de 24S à 12S),
et décroît tantôt (pour p < 12S).
C’est graphiquement que l’évolution de la recette totale, en fonction du prix choisi par le
monopoleur peut être le mieux appréhendée. Soit, sur la figure 11.1A la courbe qd (p) de
demande collective du bien.
30
P, Rm
25
20
15
p
10 Rm
0
0 100 200 300 400 500 600 700 800 900 1000 1100
-5
Q
29
8000
RT
7000 0
100
6000
200
5000
300
4000
400
3000
500
2000
600
1000 700
0 800
0 100 200 300 400 500 600 700 800 900 1000 1100
900
Q
Pour le prix p1 = 16F, la demande D(p1) = 400 engendre une recette totale RT = p1 × D(p1) =
16S × 400 = 6 400F qui, sur ce graphique, est représentée par l’aire hachurée. Sur la figure
11.1B, la valeur (en F) de cette aire est mesurée le long de l’axe vertical par l’ordonnée du point
B1. En faisant un raisonnement semblable pour d’autres niveaux du prix tels que p2 = 20 F et
p3 = 6 F par exemple, on obtient successivement les quantités demandées 200 et 900, et les
recettes totales de 4 000 F (aire O–“20”–A2–“200”, et ordonnée du point B2) et de 5 400 F
(aire O–“6”–A3–“900”, et ordonnée du point B3), respectivement. En considérant ainsi tous
les niveaux de prix possibles, on finit par tracer, dans la figure 11.1B, l’ensemble des points de
la courbe RT; celle-ci est donc la courbe de recette totale du monopoleur.
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V.3. Recette marginale
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En effet, l’accroissement de quantité étant proportionnellement plus élevé que l’abaissement du
prix, la réduction des recettes dues à ce dernier est plus que compensée par leur augmentation
sur le plan de la quantité. En revanche,
• lorsque la demande est inélastique, la baisse du prix fait décroître la recette totale.
La perte de recette due à l’abaissement du prix n’est en effet pas suffisamment compensée par
les gains en quantités. Enfin,
• lorsque la demande a une élasticité unitaire, la recette reste inchangée, parce que
l’accroissement proportionnel de la quantité vendue est égal à la réduction proportionnelle du
prix.
En cas de hausse du prix, les effets cités sur la recette totale sont évidemment de sens opposé.
Ces effets sur les recettes des comportements « price making » ne sont pas limités au cas du
monopoleur. L’analyse que nous venons d’en faire pourrait être appliquée au producteur «
price-taker » lorsqu’il est rationné.
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• Comme l’équilibre est atteint pour une quantité telle que la recette marginale soit égale au
coût marginal, la différence entre recette marginale et prix de vente implique qu’en monopole,
le prix d’équilibre est toujours supérieur au coût marginal.
• Une autre caractéristique de la structure de marché qui nous occupe est que à l’équilibre de
monopole, la quantité vendue est plus petite qu’elle ne serait si l’industrie en question était
concurrentielle, et en équilibre classique.
VI.2. Conclusion
Reprenons ici, pour le cas du monopole, les trois questions posées en terminant l’étude de la
formation des prix en concurrence : qui choisit le prix ? À quel niveau se situe-t-il ? Et comment
s’explique son évolution au cours du temps ? La réponse à la première question est évidente.
La réponse à la deuxième est contenue dans une des propriétés de l’équilibre : le prix monopole
est toujours supérieur au coût marginal, ce qui contraste avec le cas des marchés concurrentiels.
Enfin, l’évolution du prix au cours du temps s’explique par les déplacements successifs de
l’équilibre, dus eux-mêmes à des modifications des déterminants soit de la demande, soit des
conditions de production, soit encore de ces deux facteurs simultanément.
33
Chapitre IV : Les marchés d’oligopoles
Introduction
L’oligopole est une structure de marché, sur lequel il existe un certain nombre de concurrents,
mais pas un nombre suffisant pour considérer que chacun d’eux, a un effet négligeable sur le
prix. Les modèles d’oligopole se préoccupent des interactions stratégiques qui apparaissent
dans un secteur d’activité quand il y a un petit nombre d’entreprises. Pour simplifier,
considérons deux entreprises (Duopole) sur le marché et que celles-ci produisent un bien
homogène. Il y a quatre variables à prendre en considération : le prix que chaque entreprise
pratique et la quantité que chacune produit.
q1 = f1 (q2 )
* *
*
q2 = f 2 (q1 )
*
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Graphique : Chemin d’ajustement vers l’équilibre dans un Duopole de Cournot
Q2
Courbe de réaction f1 ( q2 )
q2*
Courbe de réaction f 2 ( q1 )
q1*
1 ( P1 , P2 )
=0
P1
Les conditions nécessaires de l’équilibre de Bertrand :
2 ( P1 , P2 ) = 0
P2
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III. Asymétrie d’information et concurrence : le modèle de Stackelberg
Le modèle de Stackelberg suppose que les entreprises agissent à des moments différents : une
entreprise choisit sa production en premier avant l’autre. La firme qui choisit sa production en
première position est dite leader et celle qui choisit sa production en seconde position est dite
follower.
Supposons que la firme 1 soit le « leader » et qu’elle choisisse de produire une quantité q1 .
L’entreprise 2, le « suiveur » réagit en choisissant une quantité q2 . Chaque entreprise sait que
le prix d’équilibre sur le marché dépend de la quantité totale du produit qu’elles vont mettre sur
le marché.
Le follower choisira un niveau de production tel que sa recette marginale soit égale à son coût
marginal : Rm2 = Cm2
C’est la fonction de réaction de la firme 2 et indique que le suiveur réagit à la production choisie
par le leader.
Quant au leader, le problème de maximisation du profit est : Max = P(q1 + f 2 (q1 )q1 − c1 (q1 ) .
Au fait, le leader connait la fonction de réaction du follower et l’intègre dans sa fonction de
profit. La résolution donne la quantité optimale ( q1 ) que le leader doit produire.
Une fois la quantité produite par le leader connue, le follower l’intègre dans sa fonction de
réaction pour déterminer à son tour la quantité optimale qu’elle doit produire [ q2 = f 2 (q1 ) ].
Le problème de maximisation du profit pour les deux entreprises consiste dès lors à choisir
leurs productions q1 et q2 afin de maximiser les profits totaux du secteur :
Les conditions d’optimalité impliquent que la recette marginale d’une unité supplémentaire de
production doit être la même, quelle que soit la firme qui la produit. Il s’en suit que
Rm = Cm1 (q1* ) = Cm2 (q2* ) .
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Rm = Cm1 = Cm 2 Où = 1 + 2
Comme le monopole réduit le bien être sociale, l’Etat peut ainsi prendre des initiatives pour
empêcher la collusion. Une des solutions consiste à rendre le marché contestable.
Références Bibliographiques
André Watteyne, 1991. Economies politique : Applications aux structures économiques
africaines. Edition André Boland. Namur. Belgique.
Heilbroner et Lester T., Economics Explained : Everything you need to know about how the
Economy works and where it’s going, Ed. N-Y Simon and Schuster, 1998
Jacques Lecaillon. Macroéconomie.
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