0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
13 vues16 pages

LF 199 0083

Transféré par

yasmineboulahrouz
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
13 vues16 pages

LF 199 0083

Transféré par

yasmineboulahrouz
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

L’ÉVALUATION DES DIFFICULTÉS EN LECTURE DU FRANÇAIS

Alain Desrochers

Armand Colin | « Langue française »

2018/3 N° 199 | pages 83 à 97

Document téléchargé depuis [Link] - Université Paris-Sud 11 - - [Link] - 07/11/2018 16h39. © Armand Colin
ISSN 0023-8368
ISBN 9782200931841
Article disponible en ligne à l'adresse :
--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Document téléchargé depuis [Link] - Université Paris-Sud 11 - - [Link] - 07/11/2018 16h39. © Armand Colin

[Link]
--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Pour citer cet article :


--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Alain Desrochers, « L’évaluation des difficultés en lecture du français », Langue
française 2018/3 (N° 199), p. 83-97.
DOI 10.3917/lf.199.0083
--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Distribution électronique [Link] pour Armand Colin.


© Armand Colin. Tous droits réservés pour tous pays.

La reproduction ou représentation de cet article, notamment par photocopie, n'est autorisée que dans les
limites des conditions générales d'utilisation du site ou, le cas échéant, des conditions générales de la
licence souscrite par votre établissement. Toute autre reproduction ou représentation, en tout ou partie,
sous quelque forme et de quelque manière que ce soit, est interdite sauf accord préalable et écrit de
l'éditeur, en dehors des cas prévus par la législation en vigueur en France. Il est précisé que son stockage
dans une base de données est également interdit.

Powered by TCPDF ([Link])


✐ ✐

“LF_199” (Col. : RevueLangueFrançaise) — 2018/7/28 — 13:43 — page 83 — #81


✐ ✐

Alain Desrochers
Université d’Ottawa (Canada) & Institut des troubles d’apprentissage (Montréal, Canada)

Document téléchargé depuis [Link] - Université Paris-Sud 11 - - [Link] - 07/11/2018 16h39. © Armand Colin
L’évaluation des difficultés en lecture du français
Document téléchargé depuis [Link] - Université Paris-Sud 11 - - [Link] - 07/11/2018 16h39. © Armand Colin

1
1. INTRODUCTION
Les apprentissages scolaires sont typiquement encadrés par un programme d’en-
seignement qui fixe des objectifs terminaux et parfois des modalités d’évaluation.
M. Scriven (1967) 2 différencie deux fonctions de l’évaluation en éducation. La
première – l’évaluation sommative – sert principalement à attester l’atteinte d’ob-
jectifs terminaux au terme d’une séquence d’apprentissages, à consigner l’éten-
due de ces apprentissages dans un document officiel, à déterminer si l’apprenant
se qualifie pour un niveau scolaire supérieur et à justifier la sanction des études
par une certification. La seconde – l’évaluation formative – vise à réunir des
informations pour mieux connaitre la situation ponctuelle de l’apprenant, pour
vérifier la progression de ses apprentissages et pour réguler son comportement
(tout comme celui de l’enseignant ; v. Allal & Mottier Lopez 2005 ; Cizek 2010).
Si la première fonction est centrée sur l’évaluation de l’apprentissage, la seconde
table sur l’évaluation au service de l’apprentissage.
Depuis l’introduction de cette distinction, une autre précision terminolo-
gique a été apportée dans la documentation anglaise en éducation, sans que
des équivalents n’aient été proposés en français. Le terme « assessment » est
maintenant utilisé pour désigner l’évaluation des apprentissages réalisés par les
élèves, alors que le terme « evaluation » s’applique à une variété d’autres objets
comme l’évaluation des programmes éducatifs (Allal & Mottier Lopez 2005). Par
exemple, on a élaboré une approche plus systémique pour cerner l’ensemble des
variables qui influencent les apprentissages scolaires. Ces variables concernent,

1. Nous remercions vivement Liliane Sprenger-Charolles pour les échanges qui ont conduit à améliorer cet
article.
2. Voir aussi Bennett (2011).

LANGUE FRANÇAISE 199 rticle on line 83

✐ ✐

✐ ✐
✐ ✐
“LF_199” (Col. : RevueLangueFrançaise) — 2018/7/28 — 13:43 — page 84 — #82
✐ ✐

Lire-écrire : des savoirs scientifiques aux savoirs pratiques

notamment, les caractéristiques des apprenants, des enseignants, des établis-


sements scolaires (et de leurs responsables), ainsi que des systèmes éducatifs
(OECD 2013). La prévention des difficultés d’apprentissage à l’école a pris une
importance sans précédent en éducation (Desrochers, Laplante & Brodeur 2016 ;
Kilpatrick 2015 ; Spear-Swerling 2015), accentuant, du coup, la diversification
des procédés d’évaluation. Dans cet article, nous nous centrons sur les procédés
d’évaluation au service de l’apprentissage de la lecture et, surtout, ceux qui
s’adressent aux élèves à risque d’affronter des difficultés sévères au cours de

Document téléchargé depuis [Link] - Université Paris-Sud 11 - - [Link] - 07/11/2018 16h39. © Armand Colin
leurs premiers apprentissages.

2. L’ÉVALUATION DES DIFFICULTÉS D’APPRENTISSAGE


Document téléchargé depuis [Link] - Université Paris-Sud 11 - - [Link] - 07/11/2018 16h39. © Armand Colin

Un concept assez répandu dans l’évaluation des apprentissages scolaires est


celui de la compétence, que P. Gillet (1991) définit comme
un système de connaissances, conceptuelles et procédurales, organisées en schémas
opératoires et qui permettent, à l’intention d’une famille de situations, l’identification
d’une tâche-problème et sa résolution par une action efficace. (Gillet, 1991 : 69)

La compétence en lecture désignerait donc un ensemble de savoirs déclara-


tifs ou procéduraux qui permet à un individu de lire avec justesse et fluence
différents types de textes (p. ex. narratifs, descriptifs, explicatifs) pour résoudre
différents types de problèmes (p. ex. lire à voix haute, repérer une information,
inférer une information). L’évaluation de la compétence met typiquement en jeu
des tâches complexes qui exigent la mise en relation de plusieurs connaissances
dans diverses situations. Lorsque l’individu arrive à solutionner un problème
au niveau de performance attendu, on estime que l’ensemble des connaissances
nécessaires et leur organisation en schémas opératoires ont atteint le niveau
prévu. Mais comment interprète-t-on une performance bien en deçà du niveau
attendu ? Se pose alors le défi de l’évaluation des difficultés d’apprentissage.
On suppose que la compétence en lecture est constituée de composantes dis-
tinctes et spécifiables. Ces composantes peuvent être cognitives, métacognitives,
affectives, sociales ou sensorimotrices (Allal 2002). L’approche résultante pour
l’évaluation des difficultés en lecture consiste alors à évaluer les composantes de
la compétence pour identifier celles qui présentent un déficit malgré un ensei-
gnement jugé efficace. L’évaluation de l’écart entre le niveau de performance
attendu et celui observé est donc relative à une norme qui décrit le niveau atteint
par la majorité des élèves lorsque les conditions d’apprentissage sont favorables.
Dans les procédés d’évaluation que nous décrirons infra, l’outil de collecte des
données le plus courant est une épreuve standardisée, dont la procédure d’ad-
ministration est uniformisée. Cette uniformisation vise à objectiver les capacités
réelles des élèves et soustraire de l’estimation de ces capacités la variabilité dans
le comportement de l’examinateur.

84

✐ ✐

✐ ✐
✐ ✐

“LF_199” (Col. : RevueLangueFrançaise) — 2018/7/28 — 13:43 — page 85 — #83


✐ ✐

L’évaluation des difficultés en lecture du français

Ces épreuves sont associées à des notions particulières et soumises à des


critères de qualité bien définis (Desrochers & Stanké 2017). La première notion
renvoie au postulat d’un lien causal entre un concept et la réussite de l’élève dans
l’épreuve qui mesure ce concept. Le principal type de concepts qui nous concerne
dans cet article relève de la composante cognitive de la compétence en lecture.
Nous utiliserons le terme « habileté » pour désigner des aspects spécifiques de
cette composante hypothétique et nous postulerons que la hauteur de l’habileté
cause la hauteur du score à l’épreuve qui sert à l’évaluer. Cette habileté est dite

Document téléchargé depuis [Link] - Université Paris-Sud 11 - - [Link] - 07/11/2018 16h39. © Armand Colin
« hypothétique » parce que son existence et son étendue doivent être inférées
à l’aide d’indicateurs de performance fournis par une épreuve, sachant que
le comportement de l’élève dépend des consignes qu’on lui donne, des items
qui servent de stimuli déclencheurs et des exigences de la tâche-problème. La
Document téléchargé depuis [Link] - Université Paris-Sud 11 - - [Link] - 07/11/2018 16h39. © Armand Colin

relation entre l’habileté présumée et l’observation du comportement qui en


résulte est complexe, car elle fait intervenir plusieurs paramètres de spécification.
Une fois les caractéristiques de la tâche établies, se pose la question de la
validité des inférences permises par les résultats fournis par cette tâche : dans
quelle mesure l’état de nos connaissances au sujet de cette tâche nous permet-
il de justifier l’interprétation des résultats qui en sont issus pour l’usage que
nous souhaitons en faire (p. ex. inférer le niveau d’une habileté, inférer les méca-
nismes cognitifs qui président à cette habileté, identifier des élèves à risque ou en
difficulté d’apprentissage, identifier les élèves qui pourraient profiter d’une inter-
vention préventive ou rééducative) ? Les décisions dont la justesse dépend de la
validité des résultats sont nombreuses en éducation. Nous ne détaillerons pas ici
les procédures proposées pour vérifier la validité des résultats d’une évaluation
(v. Laveault & Grégoire 2014 ; Price 2017). Nous nous limiterons à rappeler que
les procédés de validation permettent de vérifier et de faire évoluer le modèle
qui encadre les spécifications d’une composante de la compétence et d’améliorer
les épreuves conçues pour la mesurer. Ces considérations s’appliquent à chaque
procédé d’évaluation traité dans les prochaines sections.

3. LE DÉPISTAGE PRÉCOCE DES ÉLÈVES À RISQUE DE DIFFICULTÉS


EN LECTURE
Les élèves sont dits « à risque » lorsque des conditions particulières font aug-
menter la probabilité d’une conséquence néfaste sur eux. C’est dire que le risque
n’est pas une fatalité, mais plutôt une potentialité située sur un continuum.
Deux grandes classes de risques ont été différenciées (Desrochers, Carson &
Daigle 2012). La première concerne les caractéristiques propres à l’individu telles
qu’un déficit sensoriel, cognitif et les prédispositions héréditaires à un trouble
d’apprentissage (p. ex. la dyslexie-dysorthographie). La seconde renvoie aux
caractéristiques des environnements qui exercent une influence sur l’individu
tels que le milieu familial (p. ex. la défavorisation socioéconomique, la négli-
gence parentale) et le milieu scolaire (p. ex. un climat conflictuel dans la classe,

LANGUE FRANÇAISE 199 85

✐ ✐

✐ ✐
✐ ✐
“LF_199” (Col. : RevueLangueFrançaise) — 2018/7/28 — 13:43 — page 86 — #84
✐ ✐

Lire-écrire : des savoirs scientifiques aux savoirs pratiques

un enseignement de mauvaise qualité). La validité prédictive d’un indicateur est


confortée lorsque l’on peut démontrer sa relation avec l’observation ultérieure
de la réussite ou de difficultés dans un apprentissage scolaire et lorsque l’on peut
démontrer que la mise en œuvre d’un facteur de protection (p. ex. une meilleure
préparation aux apprentissages scolaires, un enseignement de qualité) a pour
effet de réduire ou de neutraliser les conséquences néfastes associées à un facteur
de risque.

Document téléchargé depuis [Link] - Université Paris-Sud 11 - - [Link] - 07/11/2018 16h39. © Armand Colin
L’approche la plus couramment utilisée pour identifier les signes précurseurs
des difficultés sévères en lecture, dans une opération de dépistage précoce et
universelle, consiste à prendre des mesures d’aptitudes ou d’habiletés préalables
au développement de la compétence auprès d’un groupe d’enfants (p. ex. au
temps 1, à la fin de la maternelle 5 ans) et de vérifier leurs relations avec des
Document téléchargé depuis [Link] - Université Paris-Sud 11 - - [Link] - 07/11/2018 16h39. © Armand Colin

mesures de rendement en lecture prises ultérieurement (p. ex. au temps 2, à


la fin de la 1re ou de la 2e année primaire). Cette approche est dite « longitu-
dinale » parce que les progrès des enfants sont pistés dans le temps, parfois
même sur plusieurs années, afin de vérifier l’utilité réelle de divers indicateurs
prédictifs dans le parcours scolaire. Les résultats issus des collectes de don-
nées consécutives permettent d’étudier la relation entre des prédicteurs et des
indicateurs de rendement futur en lecture, de prendre en compte l’influence
de diverses variables au temps 1 (v. Kirby, Parrila & Pfeiffer 2003 ; Piquard-
Kipffer & Sprenger-Charolles 2013) et d’étudier la réciprocité des relations entre
les indicateurs (p. ex. l’effet de l’analyse phonémique sur le rendement ultérieur
en lecture et inversement ; v. Hogan, Catts & Little 2005).
Dans l’évaluation des relations entre les indicateurs prédictifs et le rendement
ultérieur en lecture, on prend ordinairement en compte certaines caractéristiques
des élèves au début de la scolarisation comme leur âge, leurs capacités senso-
rielles (p. ex. auditives, visuelles) et leurs capacités cognitives générales (p. ex.
leur quotient intellectuel non verbal, leur empan mnésique ; pour un exemple
détaillé, v. Schatschneider et al. 2004). Les indicateurs prédictifs plus directement
associés aux difficultés futures en lecture concernent le niveau de développement
de la langue orale et de la langue écrite avant ou au tout début de la scolarisation
formelle (Kirby et al. 2008 ; Melby-Lervåg, Lyster & Hulme 2012 ; National Early
Literacy Panel 2008). L’utilité réelle de ces indicateurs ne peut pas être posée a
priori ; elle doit être démontrée à l’aide d’études longitudinales.
Le Tableau 1 fournit, pour un sous-ensemble d’études réalisées auprès
d’élèves dont la langue de scolarisation est le français, mais dont la langue
première est soit le français (L1), soit l’anglais (L2), des indications sur la capa-
cité de divers indicateurs (mesurés à la fin de la maternelle ou au début de
la 1re année primaire) de prédire le rendement des élèves à la fin de la 1re , de
la 2e ou de la 3e année primaire dans des tâches de lecture de mots en iso-
lat ou en contexte, chronométrées ou non. Ce tableau met en relief plusieurs
caractéristiques de l’état actuel des travaux réalisés sur le dépistage précoce
en français. Premièrement, l’utilité de deux indicateurs est confirmée dans la

86

✐ ✐

✐ ✐


Document téléchargé depuis [Link] - Université Paris-Sud 11 - - [Link] - 07/11/2018 16h39. © Armand Colin

Tableau 1 : Aperçu des indicateurs utilisés pour prédire le rendement futur en lecture de mots en isolat ou en contexte selon que
le français est la langue première (L1) ou la langue seconde (L2) des élèves a

Niveau scolaire
Statut du français
Indicateurs prédictifs précoces du rendement futur en lecture de mots et variable
et sources
prédite
VOC DSR CompOr An-Pho Mém-Pho PréLect Alpha VD-Lect

LANGUE FRANÇAISE 199


L1 : Piquard-K. 2013 TVAP SupSyl / SupPh* RépPM* LectPM* Nvoy* P2 : Alouette
P1 : LectM
{CompPhr, {SegSyl, RecRime,
L1 : Bianco 2012 TVAP P1 : LectPM
CompTxt}* DiscPho}*
P1 : RecM
DiscPho {RecRime, RépPM, P1 : Alouette
L1 : Nithard 2011 EVIP
RecSyl, RecPhon}* RapPM P1 : RecM
PPVT CELF-4 LectM P1 : LectM
L2 : Erdos 2010 Images Lettres Chiffres* FusPh* RépPM NL
EVIP* TEGI LectPM* P1 : LectPM
P2 : LectM
PPVT P2 : LectPM
L2 : Haig 2011 FusPh* LectM* NL*
EVIP P2 : FluM
P2 : FluPM
P3 : LectM
{SupSyl, SupAtt, NL*
L2 : Jared 2011 PPVT Chiffres* RépPM LectM* P3 : FluM
SupPh}* SL*
P3 : LectTxt

a. Symbole et abréviations : Astérisque = relation statistiquement significative avec le rendement ultérieur en lecture ; {} = Variables
groupées (score composite dans l’analyse de régression) ; VOC = Vocabulaire réceptif (TVAP : vocabulaire actif et passif ; ÉVIP : vocabulaire
en images Peabody ; PPVT : Peabody Picture Vocabulary) ; DSR = Dénomination sérielle rapide (images, lettres ou chiffres) ; CompOr =
Compréhension orale (Phr/Txt = phrases/textes) ; An-Pho = Analyse phonologique (SupSyl/Att/Pho = Suppression syllabe/attaque/phonème
[début/fin], FusSyl/Pho = Fusion syllabe/phonème, RecRime/Syl/Phon = Reconnaissance rime/syllabe/phonème, DiscPho = Discrimination
phonémique) ; Mémoire phonologique (RépPM/RapPM) = Répétition/rappel de pseudomots [PM]) ; PréLect = Habileté de prélecture
(LectM/PM = Lecture mot/pm) ; Alpha = Connaissances alphabétiques (NL/SL/Svoy = Nom/son toutes lettres ou voyelles/consonnes) ; VD-
Lect = Lecture comme variable dépendante (LectM/PM = mot/pm, RecM = Reconnaissance de mots, FluM/PM = Fluence lecture mot/pm,
“LF_199” (Col. : RevueLangueFrançaise) — 2018/7/28 — 13:43 — page 87 — #85

Alouette = Test de l’Alouette).

87
L’évaluation des difficultés en lecture du français

Document téléchargé depuis [Link] - Université Paris-Sud 11 - - [Link] - 07/11/2018 16h39. © Armand Colin




✐ ✐
“LF_199” (Col. : RevueLangueFrançaise) — 2018/7/28 — 13:43 — page 88 — #86
✐ ✐

Lire-écrire : des savoirs scientifiques aux savoirs pratiques

majorité des études : la capacité de segmenter les mots en phonèmes et la mai-


trise de l’alphabet (p. ex. la connaissance des lettres et des relations graphème-
phonème). Deuxièmement, l’utilité d’un autre indicateur a été attestée dans
quelques études auprès d’élèves d’expression française, mais dans plusieurs
études auprès d’élèves d’expression anglaise (voir Kirby et al. 2008) : la dénomi-
nation sérielle rapide (DSR) d’objets. Enfin, les études réalisées auprès d’élèves
de langue maternelle anglaise scolarisés en français montrent que certains indi-
cateurs mesurés par des épreuves réalisées en anglais permettent de prédire

Document téléchargé depuis [Link] - Université Paris-Sud 11 - - [Link] - 07/11/2018 16h39. © Armand Colin
le rendement ultérieur en lecture orale du français : l’analyse phonémique, les
connaissances alphabétiques et le décodage précoce de mots ou de pseudomots,
ce qui donne à penser que peu importe la langue dans laquelle le principe alpha-
bétique 3 émerge, il joue un rôle important dans l’apprentissage ultérieur de la
Document téléchargé depuis [Link] - Université Paris-Sud 11 - - [Link] - 07/11/2018 16h39. © Armand Colin

lecture.
Ce tableau met également en relief deux particularités méthodologiques. La
première réside dans le fait que le choix des indicateurs mis en relation varie
considérablement d’une étude à l’autre, ce qui complique l’appréciation de leur
utilité réelle dans l’identification des élèves à risque. Le procédé statistique le
plus couramment utilisé pour vérifier l’utilité prédictive de ces indicateurs est
l’analyse de régression multiple. Ce procédé permet d’évaluer la contribution
de chaque indicateur prédictif en contrôlant l’influence des autres indicateurs
retenus dans l’étude. Or, lorsque les indicateurs varient entre les études, tout
comme la nature des contrôles effectifs sur chaque indicateur, un indicateur
prédictif dans une étude peut ne pas l’être dans une autre. Enfin, les tâches qui
permettent l’estimation de ces indicateurs varient aussi entre les études. C’est
dire que les habiletés sous-jacentes, même si on leur donne le même nom (p. ex.
l’analyse phonémique), ne sont pas toujours mesurées de la même façon, ce qui
constitue une autre source de variabilité dans la vérification de l’utilité prédictive
des indicateurs étudiés jusqu’à présent. On observe la même variabilité dans
l’opérationnalisation de la variable dépendante, i.e. la mesure du rendement
en lecture. Malgré l’absence d’une standardisation stricte dans la vérification
de l’utilité prédictive de ces indicateurs, plusieurs d’entre eux se qualifient
raisonnablement bien pour une inclusion dans une trousse de dépistage précoce
en milieu scolaire (p. ex. l’analyse phonémique, la dénomination sérielle rapide,
les connaissances alphabétiques et les habiletés de pré-lecture).

4. LE DÉPISTAGE CONTINU DES ÉLÈVES À RISQUE OU EN


DIFFICULTÉ
Le modèle de gestion le mieux documenté pour prévenir les difficultés d’ap-
prentissage de la lecture à l’école est celui de la réponse à l’intervention (RàI ;

3. Le principe alphabétique désigne la réalisation chez l’apprenant que les unités de la langue écrite (les
graphèmes) représentent des unités de la langue orale (les phonèmes).

88

✐ ✐

✐ ✐
✐ ✐

“LF_199” (Col. : RevueLangueFrançaise) — 2018/7/28 — 13:43 — page 89 — #87


✐ ✐

L’évaluation des difficultés en lecture du français

Desrochers, Laplante & Brodeur 2016 ; Spear-Swerling 2015). Ce modèle s’ap-


puie sur deux idées fondamentales : (i) les élèves ne répondent pas tous de la
même façon à l’enseignement reçu en classe et (ii) c’est d’abord au personnel de
l’école que revient la responsabilité de s’adapter à ses élèves, notamment, par
la différenciation pédagogique. La procédure proposée pour évaluer la réponse
des élèves à l’enseignement consiste à mettre en œuvre un dépistage continu,
au début, au milieu et à la fin de l’année scolaire, afin d’identifier les élèves qui
peinent à réaliser les apprentissages attendus.

Document téléchargé depuis [Link] - Université Paris-Sud 11 - - [Link] - 07/11/2018 16h39. © Armand Colin
Si le dépistage précoce nous renseigne sur l’état des habiletés préalables à
l’apprentissage de la lecture, le dépistage continu vise plutôt à suivre les appren-
tissages réalisés consécutivement à l’enseignement universel à l’école. Ce type
de dépistage est assorti de certaines exigences. Par exemple, les concepts évalués,
Document téléchargé depuis [Link] - Université Paris-Sud 11 - - [Link] - 07/11/2018 16h39. © Armand Colin

typiquement des habiletés cognitives ou métacognitives, doivent nécessairement


avoir été enseignés pour que la démarche évaluative soit conforme à la logique
de la réponse à l’intervention. Ces habiletés sont ordinairement évaluées à l’aide
d’épreuves standardisées dont les propriétés métrologiques répondent à des stan-
dards élevés (p. ex. fidélité, validité, sensibilité aux différences individuelles).
Ces épreuves peuvent être chronométrées ou non, selon les informations que
l’on souhaite en tirer (Fuchs & Fuchs 2007 ; Hosp, Hosp & Howell 2016). La
trousse de dépistage doit également être constituée d’épreuves qui peuvent être
administrées dans un intervalle de temps relativement court, environ 15 minutes
par élève pour les passations individuelles, afin de minimiser l’amputation au
temps d’enseignement.
Les données issues du dépistage continu peuvent assurer une variété de fonc-
tions. D’abord, elles permettent d’identifier les élèves qui n’ont pas répondu à
l’enseignement conformément aux attentes. Cette identification s’appuie prin-
cipalement sur les scores aux épreuves et sur l’utilisation de seuils consensuels,
même s’ils sont arbitraires (p. ex. les scores inférieurs à un écart-type de la
moyenne du niveau scolaire ou sous le 25e centile). Lorsque l’enseignement est
efficace, on s’attend à ce que, à ce seuil, seulement 15 à 20 % des élèves n’ar-
rivent pas à réaliser les apprentissages prévus sans aide supplémentaire 4 . Aussi,
ces données peuvent guider le choix des cibles d’apprentissage dans l’élabora-
tion d’un programme d’intervention supplémentaire. Enfin, elles peuvent offrir
une rétroaction utile à la régulation de l’enseignement en signalant des cibles
d’apprentissage qui n’ont pas été atteintes par une proportion importante des
élèves.
Illustrons l’application du dépistage continu à l’aide de données réelles. Un
échantillon de 160 élèves d’expression française de grande maternelle (5 ans)
provenant de 10 classes réparties dans quatre écoles situées en milieu urbain au
Québec reçoit, en 2015-2016, un programme de 26 leçons, une pour chaque

4. Avec un seuil plus sévère, comme 1,6 écart-type, le plus souvent utilisé pour définir un comportement
comme étant hors norme, et relevant du « handicap », cela ne sera le cas que pour 5 % des élèves.

LANGUE FRANÇAISE 199 89

✐ ✐

✐ ✐
✐ ✐
“LF_199” (Col. : RevueLangueFrançaise) — 2018/7/28 — 13:43 — page 90 — #88
✐ ✐

Lire-écrire : des savoirs scientifiques aux savoirs pratiques

Document téléchargé depuis [Link] - Université Paris-Sud 11 - - [Link] - 07/11/2018 16h39. © Armand Colin
Figure 1 : Performances individuelles dans deux épreuves d’analyse
Document téléchargé depuis [Link] - Université Paris-Sud 11 - - [Link] - 07/11/2018 16h39. © Armand Colin

phonémique à trois moments dans l’année scolaire

lettre, conçues pour favoriser le développement de l’analyse phonologique


et l’apprentissage des lettres de l’alphabet (Brodeur et al. 2008). La Figure 1
présente les résultats partiels des dépistages continus menés au début, au milieu
et à la fin de l’année scolaire. Chaque point représente la performance d’un
élève dans une épreuve d’identification du phonème initial de mots présentés à
l’oral (dans l’abscisse) et une épreuve d’identification du phonème final (dans
l’ordonnée). Plusieurs observations peuvent être tirées de ces résultats. D’abord,
le niveau de performance de la majorité des élèves augmente d’une collecte de
données à la suivante. Au premier dépistage, les résultats sont faibles à moyens
pour l’identification du phonème en position initiale et faibles pour celle du
même phonème en position finale. Au deuxième dépistage, le nombre d’élèves
capables d’identifier des phonèmes en positions initiale et finale est en ascension.
Au troisième dépistage, la majorité des élèves parvient à identifier la plupart de
ces phonèmes, mais certains élèves démontrent soit des progrès partiels (i.e. une
bonne capacité à identifier les phonèmes en position initiale, sans qu’elle se
généralise à la position finale) ou très peu de progrès dans l’une ou l’autre
tâche à la fin de l’année scolaire, malgré des résultats qui attestent l’efficacité de
l’intervention enseignante.
Les résultats observés au deuxième dépistage sont particulièrement impor-
tants, car ils permettent d’identifier les élèves qui font peu de progrès après
plusieurs semaines d’entrainement et de les diriger immédiatement vers une
intervention supplémentaire ayant un niveau d’intensité plus élevé 5 (pour un
exemple d’intensification à la maternelle, v. Laplante et al. 2012). Lorsque, chez
un élève, la combinaison des interventions universelles et intensifiées ne conduit

5. Dans le modèle de la réponse à l’intervention, les paliers 2 et 3 d’intensification de l’intervention ne


remplacent pas l’enseignement universel en classe (le palier 1) ; ils s’y ajoutent. Cette intensification est
caractérisée par une décomposition plus fine des activités d’apprentissage, un plus grand nombre d’items à
travailler dans chacune des activités et un guidage explicite et soutenu de l’élève.

90

✐ ✐

✐ ✐
✐ ✐

“LF_199” (Col. : RevueLangueFrançaise) — 2018/7/28 — 13:43 — page 91 — #89


✐ ✐

L’évaluation des difficultés en lecture du français

toujours pas aux résultats attendus, nous nous trouvons devant plusieurs inter-
prétations possibles : par exemple, (i) l’intensification mise en œuvre n’est pas
paramétrée pour assurer une efficacité suffisante et il faut la réviser ; (ii) les
indicateurs de progrès ne sont pas suffisamment sensibles aux apprentissages
réalisés et il faut les améliorer ; et (iii) l’intervention n’agit pas sur les habiletés
qui sont déterminantes pour améliorer la performance en lecture et il faut en
redéfinir les cibles d’apprentissage. Dans ce dernier cas, un portrait plus détaillé
des habiletés déficitaires peut être obtenu par une évaluation approfondie de

Document téléchargé depuis [Link] - Université Paris-Sud 11 - - [Link] - 07/11/2018 16h39. © Armand Colin
la composante cognitive de la lecture. Ce portrait constitue la base principale
sur laquelle s’appuie une intervention proprement rééducative (Desrochers &
Stanké 2017).
Document téléchargé depuis [Link] - Université Paris-Sud 11 - - [Link] - 07/11/2018 16h39. © Armand Colin

5. L’ÉVALUATION APPROFONDIE DES DIFFICULTÉS EN LECTURE


L’évaluation approfondie des difficultés en lecture 6 est ordinairement réali-
sée par des intervenants spécialisés (p. ex. des orthopédagogues, des ortho-
phonistes ou des psychologues scolaires) et guidée par un cadre d’analyse qui
spécifie les habiletés sous-jacentes à la compétence. Le cadre d’analyse le plus
couramment utilisé pour évaluer les difficultés associées aux premiers apprentis-
sages en lecture est un modèle théorique assorti de deux procédures distinctes,
mais coordonnées, pour identifier les mots, en isolat ou en contexte, et pour
les lire à voix haute : le décodage phonologique et la procédure lexicale (ou
orthographique). Bien qu’il existe plusieurs variantes de ce cadre d’analyse
(v. Coltheart et al. 2001 ; Perry, Ziegler & Zorzi 2007 ; Ziegler et al. 2008 ; Ziegler,
Perry & Zorzi 2014), elles postulent toutes la présence chez l’apprenti-lecteur
de bases de connaissances et de processus qui s’appuient sur ces bases. Ce
cadre a guidé l’élaboration de plusieurs batteries d’épreuves standardisées en
français (p. ex. Jacquier-Roux et al. 2005 ; Mousty et al. 1994 ; Pech-Georgel &
George 2008 ; Sprenger-Charolles et al. 2005). Nous illustrons ce cadre schéma-
tiquement à la Figure 2 pour faciliter son analyse et son utilisation dans l’évalua-
tion approfondie des difficultés observées chez les apprentis-lecteurs.
Les mots écrits sont à la fois des objets visuels et des objets symboliques. Pour
accéder à leurs valeurs symboliques, l’apprenti-lecteur doit d’abord s’engager
dans un traitement visuo-attentionnel des mots. Chez le normo-lecteur, ce trai-
tement permet d’extraire les informations visuelles nécessaires pour identifier
toutes les lettres constitutives d’un mot, pour coder leur position (p. ex. calme
vs clame ; pouce vs coupe) et pour bien les associer au mot qui les porte. Ces fonc-
tions peuvent cependant présenter un déficit sélectif qui entrave le traitement

6. Nous utilisons le terme « évaluation approfondie » plutôt que « évaluation diagnostique » parce que ce
procédé ne vise pas toujours à identifier un trouble comme la dyslexie. Dans le modèle de la réponse à
l’intervention, par exemple, l’évaluation approfondie vise seulement à dresser un portrait détaillé du niveau
des habiletés de l’élève, sans égard à une catégorie diagnostique, pour guider l’élaboration d’un programme
d’intervention ciblé.

LANGUE FRANÇAISE 199 91

✐ ✐

✐ ✐
✐ ✐
“LF_199” (Col. : RevueLangueFrançaise) — 2018/7/28 — 13:43 — page 92 — #90
✐ ✐

Lire-écrire : des savoirs scientifiques aux savoirs pratiques

Document téléchargé depuis [Link] - Université Paris-Sud 11 - - [Link] - 07/11/2018 16h39. © Armand Colin
Document téléchargé depuis [Link] - Université Paris-Sud 11 - - [Link] - 07/11/2018 16h39. © Armand Colin

Figure 2 : Représentation schématique du modèle d’apprentissage de la lecture


orale axé sur deux procédures de traitement de l’information

phonologique, orthographique ou sémantique de l’écrit. Les erreurs résultantes


peuvent se manifester par un codage partiel des lettres d’un mot (Valdois 2014),
par un codage erroné de leur position dans le mot (Kohnen et al. 2012) ou par
la migration d’une lettre vers l’item voisin dans une chaine de mots (Lukov
et al. 2015). Un déficit distinct de ceux-ci a été relevé pour l’identification des
lettres. Dans ce cas particulier, l’élève peine à identifier les lettres par leur nom ou
par leur phonème correspondant et à établir un appariement entre deux casses
de la même lettre (p. ex. A – a), alors que sa capacité à reconnaitre visuelle-
ment d’autres objets est intacte (Brunsdon, Coltheart & Nickels 2006). Plusieurs
tâches peuvent être utilisées pour vérifier l’intégrité des informations issues de
l’analyse visuo-attentionnelle « p. ex. la restitution d’une chaine de lettres après
une présentation brève, la dénomination des lettres et le décodage des lettres
présentées en isolat », dans des mots réels ou inventés.
La suite du traitement des chaines de lettres dépend étroitement de l’étendue
du lexique orthographique des élèves. Au début de la scolarisation, les apprentis-
lecteurs rencontrent un grand nombre de mots qu’ils voient pour la première
fois et qui ne font pas encore partie de leur lexique orthographique. Ils s’ap-
proprient d’abord une écriture alphabétique par l’étude des correspondances
entre les graphèmes et les phonèmes. Cet apprentissage leur fournit un cadre
de référence pour décoder 7 les mots nouveaux graphème par graphème. Cette
opération, simple en apparence, est en fait relativement complexe. Le lecteur

7. Sprenger-Charolles & Colé (2013 : 43) rappellent que différents termes ont été proposés pour désigner la
procédure d’identification des mots qui s’appuie sur la médiation phonologique : décodage, voie indirecte,
assemblage, voie sublexicale ou non lexicale. Nous retenons ici le terme « décodage phonologique », parce
que la caractéristique principale de cette procédure est de faire intervenir la médiation phonologique dans un
traitement séquentiel et relativement lent des graphèmes constitutifs des mots.

92

✐ ✐

✐ ✐
✐ ✐

“LF_199” (Col. : RevueLangueFrançaise) — 2018/7/28 — 13:43 — page 93 — #91


✐ ✐

L’évaluation des difficultés en lecture du français

doit segmenter les mots en leurs graphèmes constitutifs. En français, ces gra-
phèmes peuvent être constitués d’une seule lettre (p. ex. <b>, <d>, <f>, <v>) ou
de plusieurs lettres, avec ou sans ligature (p. ex. <au>, <eau>, <eu>, <oeu>), ce
qui oblige le lecteur à traiter les lettres en aval pour assurer une segmentation
juste (p. ex. m-ou-t-on vs m-o-t-o). Si les correspondances graphème-phonème
permettent à l’apprenti-lecteur de décoder avec justesse les mots réguliers, qu’ils
se trouvent ou non dans son lexique orthographique, il faut souligner que ces
correspondances ne sont pas parfaitement biunivoques en français (v. Sprenger-

Document téléchargé depuis [Link] - Université Paris-Sud 11 - - [Link] - 07/11/2018 16h39. © Armand Colin
Charolles 2017) : certaines lettres peuvent être prononcées de différentes façons
selon leur contexte dans le mot (p. ex. <c>, <g>, <s>, <e>), certains phonèmes
peuvent être transcrits de plusieurs façons (p. ex. /o/ → <o>, <au> ou <eau>) et,
dans les mots dits « irréguliers », certaines lettres ont une prononciation excep-
Document téléchargé depuis [Link] - Université Paris-Sud 11 - - [Link] - 07/11/2018 16h39. © Armand Colin

tionnelle (p. ex. <on> et <ieur> dans le mot « monsieur »). Les représentations
phonémiques résultant de la conversion doivent aussi être assemblées dans une
chaine et activer les gestes articulatoires de la parole en lecture à voix haute. Cette
opération, à elle seule, peut entrainer une surcharge en mémoire de travail pho-
nologique et des erreurs dans la production articulatoire (p. ex. lors de la lecture
de mots relativement longs). Malgré les défis que pose la maitrise du décodage
phonologique, cette procédure joue un rôle déterminant dans le développement
du lexique orthographique (Share 1995, 2008) et dans celui de la compréhension
en lecture (Gentaz, Sprenger-Charolles & Theurel 2015 ; Massonnié et al. 2018).
Les tâches couramment utilisées pour identifier les habiletés déficitaires dans le
décodage phonologique comprennent la segmentation phonémique, la fusion
phonémique, l’identification du son des graphèmes et la lecture orale de syllabes
et de pseudomots.
La nécessité de recourir au décodage phonologique diminue au fur et
à mesure que le lexique orthographique de l’apprenti-lecteur se développe.
L’apprenant arrive alors à lire des mots par une procédure lexicale (ou orthogra-
phique) 8 , i.e. à le faire rapidement, en traitant l’ensemble des indices visuels en
parallèle. L’expansion du lexique orthographique coïncide avec l’intégration pro-
gressive des connaissances phonologiques, orthographiques, morphologiques,
grammaticales et sémantiques et l’augmentation de l’efficience en lecture. Cette
efficience se manifeste par la capacité de lire avec justesse et avec rapidité des
mots réguliers ou irréguliers et d’exploiter l’ensemble des connaissances asso-
ciées à chaque mot connu selon les exigences des tâches auxquelles l’appre-
nant est confronté (v. Deacon, Desrochers & Levesque 2017 ; Sprenger-Charolles,
Desrochers & Gentaz 2018, ce numéro). Les indicateurs couramment utilisés
pour évaluer la précision et la rapidité de la procédure lexicale (ou orthogra-
phique) d’identification de mots écrits visent ordinairement à vérifier l’état de
la lexicalisation des mots écrits : p. ex. la capacité de différencier les mots des

8. Sprenger-Charolles & Colé (2013 : 44) rapportent que plusieurs termes ont été proposés pour désigner ce
type de traitement des mots écrits : voie directe, voie ou procédure lexicale, voie ou procédure orthographique
et adressage. Nous retenons le terme « procédure lexicale (ou orthographique) ».

LANGUE FRANÇAISE 199 93

✐ ✐

✐ ✐
✐ ✐
“LF_199” (Col. : RevueLangueFrançaise) — 2018/7/28 — 13:43 — page 94 — #92
✐ ✐

Lire-écrire : des savoirs scientifiques aux savoirs pratiques

pseudomots ou celle de lire avec justesse des mots irréguliers (i.e. dont la pro-
nonciation ne peut pas être entièrement dérivée par le décodage phonologique),
la lecture plus rapide des mots réels relativement aux pseudomots et la lecture
plus rapide des mots fréquents relativement aux mots rares.
L’évaluation approfondie des difficultés en lecture peut servir à identifier un
trouble comme la dyslexie, mais son utilité est plus évidente lorsque le portrait
des forces et des faiblesses de l’apprenti-lecteur conduit à l’élaboration d’un

Document téléchargé depuis [Link] - Université Paris-Sud 11 - - [Link] - 07/11/2018 16h39. © Armand Colin
programme de rééducation efficace. Ce portrait permet, en outre, d’identifier les
cibles qui seront travaillées dans les activités d’apprentissage et les indicateurs
de progrès consécutifs à l’intervention rééducative.
Document téléchargé depuis [Link] - Université Paris-Sud 11 - - [Link] - 07/11/2018 16h39. © Armand Colin

6. CONCLUSION
Nous avons décrit trois procédés d’évaluation dont la fonction est d’informer
les intervenants en éducation sur la situation ponctuelle des apprentis-lecteurs :
le dépistage précoce des élèves à risque, le dépistage continu et l’évaluation
approfondie des difficultés associées aux premiers apprentissages en lecture.
Ces trois procédés nécessitent une instrumentation qui répond à des critères
métrologiques stricts. Cette considération est importante, car l’erreur de mesure
peut compromettre l’identification des apprenants à risque qui pourrait profiter
d’une intervention préventive ou rééducative ou celle des cibles dans l’élabora-
tion d’une telle intervention.
L’adoption de ces procédés d’évaluation formative entraine des changements
sur plusieurs plans en éducation. D’abord, la compréhension de ces procédés,
de leurs limites, et la rigueur dans leur utilisation doivent être intégrées à la for-
mation initiale ou continue des intervenants, notamment, celle des enseignants.
Par ailleurs, l’adoption d’un programme de dépistage universel dans un milieu
scolaire nécessite divers aménagements : p. ex. l’adoption de pratiques péda-
gogiques validées par la recherche, la planification des collectes des données
auprès des élèves, la coordination des responsabilités entre les intervenants,
l’insertion de rencontres dans le calendrier scolaire pour analyser les besoins
particuliers des élèves à risque et un soutien aux intervenants. La mise en œuvre
d’un programme de dépistage universel a peu d’impact s’il n’est pas assorti
d’un programme d’intervention préventive ou rééducative, qui nécessite aussi
certains aménagements dans l’organisation du travail à l’école.
La prévention des difficultés d’apprentissage, par un dépistage et par la
mise en œuvre de la différenciation pédagogique, nécessite une adaptation
organisationnelle. Elle entraine aussi des couts financiers (et administratifs)
importants, mais ceux-ci sont compensés par des bénéfices non négligeables
(Bosworth 2015). Par exemple, l’identification précoce des élèves à risque ou
en difficulté jumelée à une intervention préventive réduit significativement le
nombre des élèves qui continuent à affronter des difficultés d’apprentissage
ultérieurement (Torgesen 2007). Plus l’intervention préventive ou rééducative

94

✐ ✐

✐ ✐
✐ ✐

“LF_199” (Col. : RevueLangueFrançaise) — 2018/7/28 — 13:43 — page 95 — #93


✐ ✐

L’évaluation des difficultés en lecture du français

est précoce, plus elle est efficace et moins elle est couteuse ; de plus, les élèves
qui en profitent maintiennent leur nouvelle trajectoire d’apprentissage ultérieu-
rement (Lovett et al. 2017). Ces avantages ne se matérialisent que si des procédés
d’évaluation formative sont mis en œuvre dès la maternelle ou au début de la
scolarisation formelle et s’ils conduisent à des actions concrètes et bien ciblées
pour soutenir les apprentissages scolaires.

Document téléchargé depuis [Link] - Université Paris-Sud 11 - - [Link] - 07/11/2018 16h39. © Armand Colin
Références bibliographiques

ALLAL L. (2002), « Acquisition et évaluation des compétences en milieu scolaire », dans J. Dolz &
E. Ollagnier (éds), L’énigme de la compétence en éducation, Paris, De Boeck Supérieur,
75-94.
Document téléchargé depuis [Link] - Université Paris-Sud 11 - - [Link] - 07/11/2018 16h39. © Armand Colin

ALLAL L. & MOTTIER LOPEZ L. (2005), « L’évaluation formative des apprentissages : revue de
publications en langue française », dans OCDE (éd.), L’évaluation formative : pour un
meilleur apprentissage dans les classes secondaires, Paris, OCDE, 265-290.
BENNETT R. E. (2011), “Formative assessment: A critical review”, Assessment in Education:
Principles, Policy & Practice 18 (1), 5-25.
BIANCO M. et al. (2012), “Impact of early code-skill and oral-comprehension training on reading
achievement in first grade”, Journal of Research in Reading 35 (4), 427-455.
BOSWORTH K. (2015), Prevention Science in School Settings: Complex Relationships and
Processes, New York, Springer.
BRODEUR M. et al. (2008), La forêt de l’alphabet : guide pédagogique, Montréal, Centre de
psycho-éducation du Québec.
BRUNSDON R., COLTHEART M. & NICKELS L. (2006), “Severe developmental letter-processing
impairment: A treatment case study”, Cognitive Neuropsychology 23 (6), 795-821.
CIZEK G. J. (2010), “An introduction to formative assessment: History, characteristics, and
challenges”, in H. L. Andrade & G. J. Cizek (eds.), Handbook of Formative Assessment,
London, Routledge, 3-17.
COLTHEART M. et al. (2001), “DRC: A dual route cascaded model of visual word recognition and
reading aloud”, Psychological Review 108 (1), 204-256.
DEACON S. H., DESROCHERS A. & LEVESQUE K. (2017), “Learning to Read French. The cross-
linguistic study of reading and spelling acquisition: The case of French”, in L. Verhoeven &
C. Perfetti (eds.), Learning to Read across Languages and Writing Systems, Cambridge,
Cambridge University Press, 243-269.
DESROCHERS A. & STANKÉ B. (2017), « Évaluation de la lecture et de l’orthographe et inter-
vention rééducative », Approche Neuropsychologique des Apprentissages chez l’Enfant
(A.N.A.E.) 148, 239-246.
DESROCHERS A., CARSON R. & DAIGLE D. (2012), « Une analyse des facteurs de risque dans
l’apprentissage de la lecture chez l’enfant », Enfance en difficulté 1, 47-83.
DESROCHERS A., LAPLANTE L. & BRODEUR M. (2016), « Le modèle de la réponse à l’intervention et la
prévention des difficultés d’apprentissage de la lecture au préscolaire et au primaire », dans
M.-F. Morin, D. Alarmagot & C. Gonçalves (éds), Perspectives actuelles sur l’apprentissage
de la lecture et de l’écriture, Sherbrooke, Éditions de l’Université de Sherbrooke, 290-314.
ERDOS C. et al. (2010), “Individual differences in second language reading outcomes”,
International Journal of Bilingualism 15 (1), 3-25.

LANGUE FRANÇAISE 199 95

✐ ✐

✐ ✐
✐ ✐
“LF_199” (Col. : RevueLangueFrançaise) — 2018/7/28 — 13:43 — page 96 — #94
✐ ✐

Lire-écrire : des savoirs scientifiques aux savoirs pratiques

FUCHS L. S. & FUCHS D. (2007), “The role of assessment in the Three-Tier approach to reading
instruction”, in D. Haager, J. Klingner & S. Vaughn (eds.), Evidence-Based Reading Practices
for Response to Intervention, Baltimore (MD), Paul Brookes Publishing, 29-42.
GENTAZ E., SPRENGER-CHAROLLES L. & THEUREL A. (2015), “Differences in the predictors of reading
comprehension in first graders from low socio-economic status families with either good or
poor decoding skills”, PLoS One 10 (3), e0119581.
GILLET P. (1991), Construire la formation : outils pour les enseignants et les formateurs, Paris,
ESF.

Document téléchargé depuis [Link] - Université Paris-Sud 11 - - [Link] - 07/11/2018 16h39. © Armand Colin
HAIG C. A. et al. (2011), “The role of phoneme and onset-rime awareness in second language
reading acquisition”, Journal of Research in Reading 34 (1), 94-113.
HOGAN T. P., CATTS H. W. & LITTLE T. D. (2005), “The relationship between phonological aware-
ness and reading: Implications for the assessment of phonological awareness”, Language,
Speech and Hearing Services in Schools 36 (4), 285-293.
Document téléchargé depuis [Link] - Université Paris-Sud 11 - - [Link] - 07/11/2018 16h39. © Armand Colin

HOSP M. K., HOSP J. L. & HOWELL K. W. (2016), The ABCs of CBM: A Practical Guide to Curriculum-
Based Measurement, New York, Guilford.
JAQUIER-ROUX M. et al. (2005), ODEDYS : outils de dépistage des dyslexies, version 2, Laboratoire
de Psychologie et de Neurocognition (UMR 5105) & Université Pierre Mendès France
(Grenoble, France).
JARED D. et al. (2011), “Early predictors of biliteracy development in children in French immersion:
A 4-year longitudinal study”, Journal of Educational Psychology 103 (1), 119-139.
KILPATRICK D. A. (2015), Essentials of Assessing, Preventing, and Overcoming Reading
Difficulties, Hoboken (NJ), Wiley.
KIRBY J. R., PARRILA R. & PFEIFFER S. L. (2003), “Naming speed and phonological awareness as
predictors of reading development”, Journal of Educational Psychology 95 (3), 453-464.
KIRBY J. R. et al. (2008), “Longitudinal predictors of word reading development”, Canadian
Psychology 49 (2), 103-110.
KOHNEN S. et al. (2012), “When ‘slime’ becomes ‘smile’: Developmental letter position dyslexia
in English”, Neuropsychologia 50 (14), 3681-3692.
LAPLANTE L. et al. (2012), Programme d’intervention orthopédagogique de niveau 2 pour la
maternelle : guide pédagogique, Montréal, Centre de psycho-éducation du Québec.
LAVEAULT D. & GRÉGOIRE J. (2014), Introduction aux théories des tests en psychologie et en
sciences de l’éducation, Louvain-la-Neuve, De Boeck Supérieur.
LOVETT M. W. et al. (2017), “Early intervention for children at risk of reading disabilities: The
impact of grade at intervention and individual difference on intervention outcomes”, Journal
of Educational Psychology 109 (7), 889-914.
LUKOV L. et al. (2015), “Dissociations between developmental dyslexias and attention deficits”,
Frontiers in Psychology 5, 1501.
MASSONNIÉ J. et al. (2018), “Longitudinal predictors of reading comprehension in French at first
grade: Unpacking the oral comprehension component of the simple view”, Learning and
Instruction. (sous presse)
MELBY-LERVÅG M., LYSTER S. A. & HULME C. (2012), “Phonological skills and their role in learning
to read: A meta-analytic review”, Psychological Bulletin 138 (2), 322-352.
MOUSTY P. et al. (1994), « BELEC : une batterie d’évaluation du langage écrit et de ses troubles »,
dans J. Grégoire & B. Piérart (éds), Évaluer les troubles de la lecture : les nouveaux modèles
théoriques et leurs implications diagnostiques, Bruxelles, De Boeck-Wesmael, 127-145.
NATIONAL EARLY READING PANEL (2008), Developing early literacy: Report of the National Early
Reading Panel, Washington (DC), National Institute for Literacy.

96

✐ ✐

✐ ✐
✐ ✐

“LF_199” (Col. : RevueLangueFrançaise) — 2018/7/28 — 13:43 — page 97 — #95


✐ ✐

L’évaluation des difficultés en lecture du français

NITHARD C. et al. (2011), “Early contribution of phonological awareness and later influence of
phonological memory throughout reading acquisition”, Journal of Research in Reading 34
(3), 346-363.
OECD (2013), Synergies for Better Learning: An International Perspective on Evaluation and
Assessment, Paris, OECD Publishing.
PECH-GEORGEL C. & GEORGE F. (2008), BELO : Batterie d’évaluation de lecture et d’orthographe,
Marseille, De Boeck-Solal.
PERRY C., ZIEGLER J. C. & ZORZI M. (2007), “Nested incremental modeling in the development of

Document téléchargé depuis [Link] - Université Paris-Sud 11 - - [Link] - 07/11/2018 16h39. © Armand Colin
computational theories: The CDP+ model of reading aloud”, Psychological Review 114 (2),
273-315.
PIQUARD-KIPFFER A. & SPRENGER-CHAROLLES L. (2013), “Early predictors of future reading skills: A
follow-up of French-speaking children from the beginning of kindergarten to the end of the
second grade (age 5 to 8)”, L’Année psychologique 113 (4), 491-521.
Document téléchargé depuis [Link] - Université Paris-Sud 11 - - [Link] - 07/11/2018 16h39. © Armand Colin

PRICE L. R. (2017), Psychometric methods: Theory into practice, New York, Guilford.
SCHATSCHNEIDER C. et al. (2004), “Kindergarten predictions of reading skills: A longitudinal
comparative analysis”, Journal of Educational Psychology 96 (2), 265-282.
SCRIVEN M. (1967), “The methodology of evaluation”, in R. W. Tyler, R. M. Gagné & M. Scriven
(eds.), Perspectives on curriculum evaluation, Chicago, Rand McNally, 39-83.
SHARE D. L. (1995), “Phonological recoding and self-teaching: Sine qua non of reading acquisi-
tion”, Cognition 55 (2), 151-218.
SHARE D. L. (2008), “Orthographic learning, phonological recoding, and self-teaching”, Advances
in Child Development and Behavior 36, 31-82.
SPEAR-SWERLING L. (2015), The Power of RTI and Reading Profiles: A Blueprint for Solving Reading
Problems, Baltimore, Paul Brookes Publishing.
SPRENGER-CHAROLLES L. (2017), « Une progression pédagogique construite à partir de statistiques
sur l’orthographe du français (d’après Manulex-Morpho) : pour les lecteurs débutants et
atypiques », Approche Neuropsychologique des Apprentissages chez l’Enfant (A.N.A.E.) 148,
247-256.
SPRENGER-CHAROLLES L., DESROCHERS A. & GENTAZ E. (2018), « Apprendre à lire-écrire en français »,
Langue française 199. (ce volume)
SPRENGER-CHAROLLES L. et al. (2005), “French normative data on reading and related skills
from EVALEC, a new computerized battery of tests (end Grade 1, Grade 2, Grade 3, and
Grade 4)”, European Review of Applied Psychology 55 (3), 157-186.
TORGESEN J. K. (2007), “Recent discoveries on remedial interventions for children with dyslexia”,
in M. J. Snowling & C. Hulme (eds.), The Science of Reading: A handbook, Oxford, Blackwell
Publishers, 521-537.
VALDOIS S. (2014), « Qu’entendre par déficit visuo-attentionnel en contexte dyslexique ? »,
Approche Neuropsychologique des Apprentissages chez l’Enfant (A.N.A.E.) 128 (1), 27-35.
ZIEGLER J. C., PERRY C. & ZORZI M. (2014), “Modelling reading development through phonological
decoding and self-teaching: Implications for dyslexia”, Philosophical Transactions of the
Royal Society of London. B: Biological Sciences 369 (1634), 20120397.
ZIEGLER J. C. et al. (2008), “Developmental dyslexia and the dual route model of reading:
Simulating individual differences and subtypes”, Cognition 107 (1), 151-178.

LANGUE FRANÇAISE 199 97

✐ ✐

✐ ✐

Vous aimerez peut-être aussi