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REVUE MENSUELLE

RIDSP

REVUE INTERNATIONALE DE DROIT


ET SCIENCE POLITIQUE
International Journal of Law and Political Science

ISSN : 2790 - 4830

R.I.D.S.P, Vol. 3, N°8 – Août 2023


R.I.D.S.P Revue Internationale de Droit et Science Politique

Revue Internationale de Droit et Science Politique


Une revue mensuelle dédiée à la recherche approfondie
ISSN : 2790-4830

COMITE SCIENTIFIQUE
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Pr Victor – Emmanuel BOKALLI
Agrégé des Facultés de Droit, Professeur, Université de Ngaoundéré ;

Pr. Najet BRAHMI


Professeur, Université de Tunis El Manar ;

Pr Athanase FOKO
Professeur, Université de Ngaoundéré ;

Pr. Eric DEWEDI


Agrégé des Facultés de Droit, Université de Parakou

Pr. Loth Pierre DIWOUTA AYISSI


Maître de Conférences, Université de Yaoundé II;

Pr. Thomas CLAY


Agrégé des Facultés de Droit, Professeur à l’école de droit de la Sorbonne, (Université Paris 1),
Avocat au barreau de Paris ;
Pr. MOKTAR ADAMOU
Agrégé des Facultés de Droit, Université de Parakou ;
Pr Maturin NNA
Professeur, Université de Ngaoundéré ;
Pr. Marie-Colette KAMWE MOUAFFO
Maître de Conférences, Université de Ngaoundéré ;
Pr. Jean Pierre CLAVIER
Professeur, Université de Nantes ;

Pr. Guy Florent ATANGANA MVOGO


Maître de Conférences, Université de Ngaoundéré ;

Pr. Victorine KAMGOUI KUITCHE


Maître de Conférences HDR, Université de Ngaoundéré ;

Pr. Nadège JULLIAN


Agrégé des Facultés de Droit, Professeur, Université Toulouse 1 Capitole ;

Pr Serge Patrick LEVOA AWONA


Agrégé des Facultés de Droit, Professeur, Université de Ngaoundéré ;

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Pr Emmanuel D. KAM YOGO


Professeur, Université de Douala ;

Pr Emilia ONYEMA
Professor, SOAS University of London;
Page | ii
Pr Aron LOGMO MBELECK
Professeur, Université de Douala ;
Pr Maurice KOM KAMSU
Maître de Conférences, Université de Maroua

Pr VOUDWE BAKREO
Agrégé des Facultés de droit, Université de Ngaoundéré ;

Pr Ramses AKONO ADAM


Agrégé des Facultés de Droit, Université de Ngaoundéré ;

Pr Michel Aristide MENGUELE MENYENGUE


Maître de Conférences, Université de Douala ;

Pr. Sandie LACROIX-DE SOUSA


Maître de Conférences HDR, Université d’Orléans ;

Pr Nicolas Junior YEBEGA NDJANA


Maître de Conférences, Université de Ngaoundéré ;

Pr Fred Jérémie MEDOU NGOA


Maître de Conférences, Université de Douala ;

Pr. MFEGUE SHE Odile Emmanuelle épouse MBATONGA


Maître de Conférences,Université de Yaoundé II ;

M. Maxime KALDJONBE
Magistrat, Juge et Juge d’instruction près le Tribunal de Grande Instance de la VINA ;

M. SABABA MAGAZAN
Magistrat, Juge et Juge d’instruction près le Tribunal de Grande Instance de la VINA et Juge
d’instruction près le Tribunal Militaire de l’Adamaoua ;

M. David YINYANG
Magistrat, Substitut du Procureur près les Tribunaux d’Instance du FARO à POLI ;

Mme Sandrine DATSE


Avocate au Barreau de Paris, Conseil Adjoint devant la Cour Pénale Internationale.

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COMITE DE REDACTION

Rédacteur en Chef Rédactrice en Chef Adjointe


Dr. Timothée MANGA BINELI Dr. Calice Cléopatre MAINIBE TCHIOMBE
Université de Yaoundé II. Université de Ngaoundéré.
Responsable en charge de la propriété intellectuelle : Dr. Job NZOH SANGONG
Coordonnateurs des rubriques
Coordonnateur rubrique Science Politique
Dr. Georges Francis MBACK TINA
Coordonnateur rubrique Droit Coordonnateur rubrique English Law
Dr. El-Kader Kadjoum ALI ABDEL Dr. Waraï Michael TAOYANG

Membres :
Dr. Josué DIGUERA Dr. Elie SAPITODEN
Dr. Alice TOUAIBA TIRMOU Dr. Franklin Kennedy ASSONJI FONGUE
Dr. Job Didier BAHANA Dr. WILLARBANG ZUINSSA
Dr. Eloi BAKARY Dr. YAOUBA HAMADOU A.
Dr. Gérard Müller MEVA’A Dr. Alexis BAAYANBE BLAMA
Dr. Sadjo ALIOU Dr. Ibrahima HALILOU
Dr. Joceline Gaëlle ZOA ATANGANA Dr. Raissa PAYDI
Dr. Deguia CHECK IBRAHIM Dr. Adama SALME
Dr. Issa Pave ABDEL NASSER Dr. Dieu-Ne-Dort BADAWE KALNIGA
Dr Prosper Hugues FENDJONGUE Dr. Bienvenu DOMBA
Dr ABOUKAR BANGUI AGLA Mme Mbissa Valérie HAMBOA ZONGA
Dr Ange MESSI MBALLA Dr. ARI HAMADOU GUY
Dr. Linda DJARSOUMNA Mme MOUANGA MOUSSENVOULA G.
Dr Djidjioua GARBA ISSA M. Jacob Israël FIRINA
Dr Norbert DOURGA M. Benjamin DIGUIR DABOLE
Dr. Josué Eric BOLNDO Dr. ALI BOUKOUN ABDOULAYE

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POLITIQUE DE REDACTION
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et professionnelle en la matière. Les articles sont disponibles sur le site internet de la Revue :
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La Revue Internationale de Droit et Science Politique reçoit des textes en permanence pour
publication dans l’un de ses numéros mensuels. Les auteurs qui soumettent leurs contributions
doivent se conformer aux directives suivantes :

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développement contenant un plan à deux parties (I- II- pour les parties ; A- B- pour
les sous-parties, et éventuellement des petits 1 et 2), une conclusion. L’ensemble de la
contribution doit tenir sur quinze (15) pages au minimum et trente-cinq (35) pages au
maximum.
- Chaque proposition d’article doit débuter, juste après l’intitulé de la contribution qui
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du (des) auteur(s) : Noms et prénoms, titre ou grade universitaire ou profession pour
les praticiens non universitaires, l’affiliation institutionnelle.

Références (sources) :

Les références (sources) sont obligatoires dans une proposition d’article. Elles doivent être
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- Pour un ouvrage : Nom en Majuscule, Initiale du(es) prénom(s) du(es) auteur(s) entre
parenthèses, intitulé de l’ouvrage en italique, Ville d’édition, Maison d’Edition, Année,
page(s).

Exemples : Page | v

Un auteur : ONANA (J.), Gouverner le désordre urbain. Sortir de la tragique


impuissance de la puissance publique, Paris, L’Harmattan, 2019, p.6 ;
Deux auteurs : OST (F.) et VAN DE KERSHOVE (M.), De la pyramide au
réseau. Pour une théorie dialectique du Droit, Bruxelles, Presses de l’Université Saint
Louis, 2010, p. 103
Trois auteurs : BOUSSAGUET (L.) & al., Dictionnaire des politiques
publiques, Paris, Presses de Sciences Po, 2014, p.6

- Pour un article publié dans une revue : Nom(s) en majuscule, Initiales du(es) Prénom(s),
intitulé de l’article entre guillemets, nom de la revue ou de l’ouvrage collectif dans lequel
il est publié en italique, numéro de la revue, Année de parution, pages ;

Exemple : BOKALLI (V.E.), « la protection du suspect dans le code de procédure


pénale », R.A.S.J., vol. 4, n° 1, 2007, p.6

- Pour un chapitre d’ouvrage :

LEVÊQUE (A.), « Chapitre 2 : La sociologie de l’action publique », in JACQUEMAIN


(M.) & FRERE (B.), Epistémologie de la Sociologie. Paradigmes pour le XXIe siècle, De Boeck
Supérieur, Collection « Ouvertures sociologiques », 2008, p.6

- Pour un document internet :

Exemple :
Organisation Mondiale de la Santé, Global status report on violence prévention, 2014, disponible
en ligne sur http://www.who.int/violence_injury_prevention/violence/status_report/2014/en/

- Pour tout document non publié (mémoire, thèse…) :

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Exemple : MINKOA SHE (A.), Essai sur l’évolution de la politique criminelle au Cameroun
depuis l’indépendance, Thèse de Doctorat, Université des Sciences Juridiques, Politiques, Sociales
et de Technologie de Strasbourg, 1987, p.6

Langue et style de rédaction : Page | vi

- Chaque proposition d’article doit être rédigée en français ou en anglais


- L’usage des transitions et chapeaux est impérative

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Le Rédacteur en Chef
Dr. Timothée MANGA BINELI
Université de Yaoundé II.

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Volume 3, Numéro 8, Août 2023
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SOMMAIRE

 Droit Public

De Stockholm à nos jours : quel chemin parcouru ?..........................................................................1

Esther Ngo Baha

Le déroulement de la carrière du fonctionnaire en droit administratif tchadien…………………..17

DIONLALTAREL TILO & NYABEYEU TCHOUKEU Léopold

Le principe de prohibition de l’appropriation privative des biens du domaine public en droit

camerounais……………………………………………………………………………………...39

KEMENANG DJIOGAP Christopher Ramses

La haute mer et les Etats………………………………………………………………………….64

METSAVARA FAIDAI Clément

L’autonomisation de la juridiction financière au Mali……………………………………………88

Souleymane S COULIBALY & Lassina Y DIARRA

Les plateformes pétrolières et la mise en œuvre du droit de l’environnement marin dans le Golfe

de Guinée : fait internationalement licite………………………………………………………..109

Esther Ngo Baha

Les entraves normatives à la matérialisation de la responsabilité de protéger en droit

international…………………………………………………………………………………….125

BANDA Parfait Franky Hubert

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Adaptation du service public au Cameroun : l'ambiguïté juridique de la déclaration de la stratégie

gouvernementale de riposte face à la (covid-19) du 17 mars 2020………………………………139

OMBÉ NDZANA Bertrand


Page | viii
La libre circulation en temps de crise : Réflexion sur l’expérience de la zone CEMAC pendant le

Covid-19………………………………………………………………………………………..164

Edga Prélude AVOME EDOU

 Droit Pivé

Régime juridique de la protection de l’enfant en conflit avec la loi pendant la phase

préjuridictionnelle en droit positif congolais……………………………………………………183

YAV LELES L. Landry

Universalisme et particularisme : Le droit privé est-il encore international ?.............................202

Rayyan EL ISSA

Regard sur la fonction de conformité dans l’espace UEMOA………………………………….230

ALOUKI Yooudèma

Regards sur la problématique de l’aide légale en Centrafrique………………………………….250

YANDIA Christ-Ethisse Héritier

Le renvoi en droit des conflits de lois, un requiem ou une reviviscence ?.....................................272

Yacine EL ISSA

Le droit d’accès à un juge indépendant et impartial en République démocratique du Congo……301

Bill KANYANDU KANYANDU

La velléité de l'insertion des enjeux fonciers avec l'épanouissement économique au Mali……..320

COULIBALY Alou & DOLO Anidjou & YALCOUYÉ Seydou

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Justiciabilité et applicabilité directe de la Convention relative aux droits des personnes handicapées

devant le juge national belge et congolais……………………………………………………….342

Fidèle PHAKU KHONDE


Page | ix
La responsabilité des industries pharmaceutiques dans l’espace UEMOA : l’exemple du Mali...374

Kissima GAKOU & Amadou SOW

L’immixtion légitime en droit civil……………………………………………………………...408

HAROUNA ZAKARI Ibrahim

La constitution des droits réels de l’occupant du domaine public portuaire au Cameroun……..437

NKODO Étienne Désiré

 Science Politique

Guerre russo-urkrainienne et relations internationales africaines : entre puissances agissantes,

puissances agies et réinvention de la puissance en Afrique……………………………………...460

Toussaint Sètondji Vidjannangni KOUNOUHO

Contribution de la communauté internationale dans la lutte contre le terrorisme au Sahel. Enjeux,

acteurs et stratégies……………………………………………………………………………...492

NDAM ILIASSOU & NGO NGOA GERALDE

Les chefferies traditionnelles au cœur de la décentralisation et du développement local dans le

département du Mbéré (Adamaoua-Cameroun)………………………………………………...504

Anthony Garba Socrates Douglas

Etudier sur le territoire russe : entre lien socioculturel, convergence de vision internationale et

apport scientifique pour le Cameroun…………………………………………………………...530

Alphonse Bertrand Eng Ndjel

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L’action publique locale à l’épreuve des instruments de gouvernance territoriale : le cas du PNDP

dans la commune d’arrondissement de Soa au Cameroun……………………………………....547

Horluis Dupin TAMBEA TATSA


Page | x
Les facteurs d’instabilités multiformes propices au terrorisme au Cameroun…………………...569

Rodrigue NANA NGASSAM

 English Law

A legal appraisal of the challenges to the enforcement of corporate criminal responsibility for

corporations in Cameroon……………………………………………………………………....591

Frankline NYILOH BAVOH

Post-contractual relationships…………………………………………………………………..603

Baï Irène Aimée KOOVI

 Commentaire des Décisions de Justice

Du juge, bouche de la loi : une lecture interdiscursive des décisions de justice camerounaises…630

Edgard ABESSO ZAMBO

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Regards sur la problématique de l’aide légale en Centrafrique


Views on the issue of legal aid in the Central African Republic
Par :
YANDIA Christ-Ethisse Héritier Page | 250
Chercheur en Droit Privé Fondamental
Université de Yaoundé-II (Cameroun)
[email protected]
Résumé :

L’accès à la justice, exigence fondamentale ne serait qu’un vain mot, si un certain nombre
d’infrastructures, tant normative qu’institutionnelle ne sont pas prises dans la dynamique
d’accompagner le justiciable. En réalité, la loi de 2020 relative à l’aide légale a été prise pour
secourir le justiciable qui « agonise » depuis fort longtemps sur le chemin de croix de la justice.
L’analyse dans cette présente étude consiste à révéler les zones d’ombres de la difficile
consommation de cette loi. C’est dans cet élan que deux grands points ont été convoqués. Le
premier point consiste à expliquer la mécanique diptyque de la loi, reposant sur l’assistance
judicaire et l’aide juridique. Le second cependant s’est incliné à dire que cette loi en vérité n’est
qu’une solution cosmétique. En vérité, si la loi relative à l’aide légale a de mérites dignes d’éloge,
il n’en demeure pas qu’elle laisse de critiques aussi bien verticale qu’horizontale peu
négligeables. Lorsqu’on prend un peu de recul, il est permis de se rendre à l’évidence qu’entre
l’esprit, les dispositions légales et la réalité, le contraste est saisissant, piquant et révoltant. À
preuve, elle a fait un voyage triangulaire entre l’imperfection, l’imprécision et les non-dits. Il urge
alors de penser et de repenser le dispositif normatif et institutionnel, faute de quoi les larmes de
Thémis ne cesseront jamais de couler au point de mouiller le bandeau.

Mots-clés : Aide légale, Justice

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Abstract :

Access to justice, a fundamental requirement would only be an empty word, if a certain


number of normative and institutionnal infrastructures are not taken into account dynamic to
support the litigant. In reality, the legal aid act 2020 was taken to help the litigant who has been Page | 251
« agonizing » for a very long time on the way of the cross of justice. The analysis in this present
study consists in revealing the gray areas of the difficult consumpting of this Law. It is in this
momentum that two major points were raised. The first point consists in explaining the diptych
mechanics of the Law, based on legal assistance and legal aid. The second, however, is inclined
to say that this Law is in trusts only a cosmetic solution. In truth, if the relating to legal aid has
praiseworthy merits the fact remains thant it leaves criticisms both vertical and horizental which
are not neglegible. When we take a step back, it is possible to realize that between the spirit, the
legal provisions and the reality, the constrast is striking, spicy and revolting. As proof, she made
a triangular journey between imperfection, imprecision and the unspoken. It then normative and
institutional devicen otherwise the tears of Thémis will never stop flowing to the point of wetting
the blinfold.

Keywords : Legal aid, Justice

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Introduction

« Lorsqu’on prend l’initiative d’engager un procès ou lorsqu’on est contraint de se


défendre devant une juridiction, on imagine tout de suite que ça va faire mal au portefeuille »1.
C’est dire en fait, qu’il ne suffit pas que la justice soit indépendante et impartiale pour que le Page | 252
justiciable centrafricain puisse s’exprimer et se (re)conforter dans son droit. Il y a d’autres
pesanteurs qui peuvent faire office de dos-d’âne aux engouements du justiciable, à l’effet de cogner
à la porte de la justice. Ce qui contraste avec le point de vue de RIVERO « Il faut que l’accès au
prétoire soit relativement aisé pour les justiciables… . C’est là la condition d’une bonne justice»2.

Nous savons depuis une jurisprudence3 devenue monumentale en droit européen que l’État
a une double obligation ; positive et négative. En vertu de cette obligation, il est appelé à mettre
tout en œuvre pour que chaque justiciable qui se trouve être dans le besoin de consommer le service
public de la justice le fasse sans grincement de dents. Pour tout dire, l’accès à la justice serait un
vain mot, une tempête dans un verre d’eau au bas mot, si une soupape de garantie tant
institutionnelle que normative n’est pas prise à l’effet d’accompagnement 4. L’État étant débiteur
des justiciables, a pris certaines mesures pour assouvir cette exigence d’envergure capitale. La
mise en place de l’aide légale en Centrafrique répond à ce besoin pressant. Face à une justice qui
devient de jour en jour difficilement supportable du point de vue financière.

En vérité, la loi de 2020 relative à l’aide légale5 est mise au profit des personnes indigentes
ne justifiant pas de ressources suffisantes pour exercer leurs droits ou poursuivre tous actes obtenus
avec le concours de la justice6. Lorsqu’on a le réflexe de s’intéresser à l’historicité de cette
initiative. On apprend que l’institution de l’aide légale, a été textualisée à travers un arrêté7 n°113
du 12 avril 1962 qui a subi l’usure du temps, et s’est révélé inapte à répondre de manière idoine

1
OMGBA MBARGA (A. B.), « Le principe de la gratuité de la justice : de la sacralité à la désacralisation », L’accès
à la justice : évolutions récentes, étude de droit privé, (sous dir.) Pr SPENER YAWAGA. Uma lex annales de la FSJP
de Maroua, n°1, Vol 1, les Editions du Schabel, 2020, p. 426.
2
CASSIN (R.), De l’unité de la justice dans un pays à dualité de juridictions, in la justice Centre de sciences politiques
de l’institut d’études juridiques de Nice, Paris PUF, 1961, p-261-284
3
La jurisprudence de la CEDH, affaire AIREY c/ Irlande du 9 octobre 1979.
4
Lire YANDIA (C. E), La gratuité dans le procès civil centrafricain, Mémoire en vue de l’obtention de Master,
Université de Yaoundé-II, Cameroun, 2023, pp. 77 et s.
5
La loi n°20.005 du 14 janvier 2020.
6
PERROT (R.), Institutions judiciaires, 17ème éd., L.G.D.J, 2018, p. 85.
7
À travers cet arrêté, on peut donc lire « à toutes personnes, ainsi qu’aux établissements publics ou d’utilité publique,
aux associations privées ayant pour objet une œuvre d’assistance et jouissant de la personnalité civile et aux
communes rurales, lorsqu’en qualité de demandeur ou défendeur, ils sont dans l’impossibilité d’exercer leurs droits
en justice, en raison de l’insuffisance de leurs ressources ». V. ASF (Avocat Sans Frontière), L’aide légale en
République centrafricaine État des lieux, Septembre 2016, p. 22.
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aux engouements des justiciables. Par ailleurs, il faut noter qu’en 2010, un projet de loi portant
facilitation de l’accès à la justice et au droit en République centrafricaine par l’aide juridique fut
élaboré, mais les foudres de la crise de 2013 et ses suites n’ont pas donné la chance à ce projet de
résister8. Ce n’est que sous la septième législature9 qu’une loi fût votée à proprement parler10.
Page | 253
En effet, lorsqu’on a le réflexe de s’intéresser à cette loi l’article 2 définit l’aide légale
comme : « ensemble d’actions et de services permettant d’informer, de conseiller, d’assister les
personnes dans leurs démarches administratives et judiciaires ». Selon l’esprit et les lettres de cet
article, l’aide légale se décline à travers deux strates d’une part, l’aide judiciaire et d’autre part
l’aide juridique11. Alors que la première est la part de l’aide légale regroupant la représentation et
l’assistance des justiciables devant toutes les juridictions. La seconde, l’aide juridique comprend
la part de l’aide légale qui agrège toutes les activités qui ne nécessitent pas de représentation légale
devant les juridictions : accueil, information, conseil accompagnement, notamment la rédaction
d’écrits appuie au dépôt d’une plainte, le soutien lors des démarches administratives etc.

À l’évidence, l’aide juridique est une institution qui permet aux « déshérités de fortune»
des personnes démunies de ressources suffisantes, d’être dispensées d’avoir payé non seulement
le juge mais aussi et surtout les frais honoraires des auxiliaires de justice lesquels ont prêté main
forte au justiciable lors de sa procédure12. En substance, l’avocat qui a assisté ou représenté le
justiciable centrafricain qu’il soit choisi par lui ou pas, il n’est pas payé par ce justiciable. De ce

8
V. ASF (Avocat Sans Frontière), L’aide légale en République centrafricaine État des lieux, Septembre 2016, p. 25.
9
L’Assemblée Nationale lors de sa 2ème session ordinaire de l’année 2019, s’est penchée sur le projet de la loi portant
organisation de l’Aide légale en République Centrafricaine. En effet, les travaux de la Commission à qui ce projet a
été confié, se sont déroulés du 16 octobre au 4 novembre et ont été ouverts en plénière le 25 novembre, après un débat
général sanctionné par un vote par acclamation dudit projet de loi. V. http : //news.abangui.com/h/70318.html.
10
Alors qu’au Cameroun, par exemple, un décret datant de 76/521 du 9 novembre 1976 actualisé par la loi de 2009
mettait déjà en place cette institution. Quoique les professeurs KUATЀ et TJOUEN ont manifesté de sérieuses
inquiétudes quant à sa mise en œuvre. Le premier a ainsi soliloqué, « L’inquiétude est à prendre au sérieux lorsqu’on
se souvient de la fondamentalité du droit d’accéder aux juridictions. Elle est à considérer avec gravité lorsqu’on se
souvient de l’exigence de la consignation dont le montant avoisine les cinq pour cent de la valeur de la demande en
matière civile et commerciale. Elle prend un relief particulier lorsqu’on réalise que l’octroi de l’assistance judiciaire
suppose généralement le dépôt d’un dossier comprenant des documents dont l’obtention suppose des dépenses, à
l’instar du certificat de non-imposition que dresse un chef de la circonscription administrative… ». KUATЀ
TAMEGHE (S.), La justice, ses métiers, ses procédures op.cit., p. 793. Pour le second professeur cette loi « à priori,
la loi camerounaise sur l’assistance judiciaire permettrait à tous de pouvoir saisir le juge. Mais à bien y regarder,
elle est un trompe-œil compte tenu de la réalité des capacités financières des personnes qui sollicitent l’assistance».
Lire utilement, TJOUEN (A.-F.), « L’accès à la justice en droit contemporain du procès civil : étude à partir des droits
camerounais et français », RADSP, vol. VII, n° XIV- jan - juin 2019, p. 14.
11
YANDIA (C. E.), La gratuité dans le procès civil centrafricain, op.cit., 79.
12
PERROT (R.), Institutions judiciaires, op.cit., p.85.
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fait, lorsqu’on se place du côté du justiciable, la justice est pleinement gratuite. Nous n’exagérons
pas lorsqu’on avance que l’aide légale est un instrument d’affirmation de gratuité de la justice13.

De tout ce qui a été dévoilé, on a pris la liberté de nous interroger sur le point de savoir
quelle analyse peut-on faire sur la loi relative à l’aide légale en Centrafrique ? Cette interrogation Page | 254
est une invite à une auscultation dénuée de réponses préconçues, sans doute à en tirer la substance
de la solution qu’a privilégiée le législateur et vérifier si cette armature juridique qui a été présentée
comme un « cocktail Molotov » contre la cherté de la justice a tenu son pari. L’urgence de la
réflexion sur une telle question est autant plus brulante que vitale. Car, s’il est acquis que le service
public de la justice est gratuit, l’environnement du procès fût-il civil14, pénal, voire administratif
exige des coûts.

Toutefois, si la loi de 2020 à travers son caractère diptyque (I) est sans doute une solution
à saluer, il va sans dire qu’elle comporte beaucoup d’imperfections susceptibles de rendre sa
dynamisation hypothétique (II) de ce point de vue, elle doit être repensée pour ne pas être
considérée comme une hydre habillée en ange.

I- LA LOI RELATIVE A L’AIDE LEGALE : UNE SOLUTION A CARACTERE


DIPTYQUE

L’exercice des droits en justice relève des libertés publiques. Il est inadmissible et injuste
que l’insuffisance de ressources puisse y faire obstacle. La binarisation de l’aide a été l’œuvre de
l’article 2 de la loi portant aide légale15 en Centrafrique. Il sied alors de présenter en auscultant ce
morceau d’article. Lorsqu’on sait que la phase processuelle (A) est substantiellement différente de
la phase non processuelle (B).

A- La phase processuelle de l’aide légale : l’assistance judiciaire

La phase processuelle de l’aide légale est celle qui a lieu à l’occasion d’un procès, le
justiciable y fait recours pour qu’on lui prête main-forte dans les dépenses que le procès fait naître.
Il importe de déterminer le domaine de cette aide (1) avant de jeter le dévolu sur ses conditions
d’octroi (2).

13
YANDIA (C. E), Ibidem.
14
Lire YANDIA (C. E.), La gratuité dans le procès civil centrafricain, Mémoire en vue de l’obtention de Master,
Université de Yaoundé-II, Cameroun, 2023,111 p.
15
Supra
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1- Le domaine de l’assistance judiciaire

Il est une lapalissade que la loi relative à l’aide légale est mise au profit des personnes
indigentes ne justifiant pas de ressources suffisantes pour exercer leurs droits ou poursuivre de
tous actes obtenus avec le concours de la justice. Le législateur centrafricain s’est enfin arrimé au Page | 255
standing des autres États comme le Cameroun16ou la France17. Bon nombre d’États se sont dotés
de cet instrument dans l’optique de faciliter l’accès au juge. Dans l’espace européen, l’assistance
judiciaire est érigée en rang de droit fondamental, cela est d’autant plus résistant au doute,
lorsqu’on lit l’art. 47-3 de la Charte des droits fondamentaux18 qui la qualifie d’essentielle pour
assurer l’effectivité de l’accès à la justice. Au surplus, une exigence constitutionnelle19 .

Pour voir le domaine de l’assistance judiciaire à l’aune de la loi de 2020, il faut aller à
l’article 8 qui dispose comme suit : « L'assistance judiciaire est accordée en matière gracieuse ou
contentieuse devant les instances civiles, commerciales, sociales, administratives et pénales …»
Selon cet article, tous les champs du contentieux privé sont couverts. Dès lors que le litige est
emprunt à ces cadres fixés par la loi, le justiciable est en droit de solliciter cette aide. Monsieur
NGOUMBANGO opine que, cette aide est régulatrice d’équilibre en ces termes : « L’aide
judiciaire en les dispensant d‘acquitter certains frais, n’a pas d‘autre objet que d’établir un
équilibre entre les parties à un procès ; équilibre qui serait rompu du fait de la situation sociale
des protagonistes »20.

Il est notoire que l’aide judiciaire vise ainsi à briser cette entrave pécuniaire et assure de la
même manière l’égalité entre les justiciables. À ce titre, l’aide judiciaire participe pleinement et
inexorablement à rendre effectif l’accès à la justice21 . En vérité, c’est une possibilité, un bénéfice,
un droit destiné à faciliter l’accès de tous les citoyens indépendamment des inégalités biologiques

16
La Loi n°2009/004 du 24 avril 2009 portant l’assistance judiciaire.
17
La Loi du 11 juillet 1991 portant l’aide légale. Rappelons qu’en droit français cette technique, a trouvé sa réalisation
pour la première fois depuis 1851. Même si elle ne cesse de se muer en prenant différente forme, selon la philosophie
du moment. C’est ainsi que la loi du 3 janvier 1972 a été instituée. La consultation de l’histoire nous apprend que cette
loi de l’assistance judiciaire est devenue l’aide judiciaire280. Mais elle est marquée par les grèves des avocats pour
n’avoir pas été satisfaits par cette institution. Une autre loi sera érigée notamment la Loi du 10 juillet 1991 laquelle
est restée en vigueur
18
En effet, l’art. 47-3 dispose, « Une aide juridictionnelle est accordée à ceux qui ne disposent pas de ressources
suffisantes, dans la mesure où cette aide serait nécessaire pour assurer l’effectivité de l’accès à la justice ».
19
CALLET (C.), Le sérieux et le manifeste en droit judiciaire privé contribution à une étude de la certitude en droit.
Thèse de Doctorat, Faculté de droit d’Aix-Marseille, France, 2015.
20
NGOUMBANGO (J.), L’accès au droit et à la justice des citoyens en République Centrafricaine, Thèse de Doctorat,
Université de Bourgogne, France, 2013, p. 278.
21
GUINCHARD (S.), Procédure civile, Cours, inédit. p.51.
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ou sociologiques, qui distinguent les uns des autres devant toutes les juridictions et pour tous les
contentieux. Que ce soit en demande ou en défense. Elle fonctionne pour toutes les procédures,
contentieuses. Elle est même accordée aux actes d’exécution d’un jugement. Elle est aussi
activable même pendant les voies de recours, plus précisément une personne admise à l’assistance
Page | 256
judiciaire en conserve de plein droit le bénéfice pour se défendre en cas d’exercice contre elle
d’une voie de recours22. Cependant, la palette et l’étendue du domaine de l’assistance judiciaire,
n’endiguent pas ses conditions d’accès.

2- Les conditions d’accès à l’assistance judiciaire

L’accès à l’assistance judiciaire n’y va pas sans conditions comme beaucoup d’institutions
juridiques. L’article 12 de la loi de 2020 dispose « Le demandeur de l’assistance judiciaire doit
justifier de l’absence ou de l’insuffisance de ses ressources devant les bureaux d’Assistance
judiciaire qui peut, selon le cas, lui accorder une assistance totale ou partielle ». En clair, le
citoyen qui souhaite en bénéficier doit prouver son manque de ressources pour qu’il soit pris en
charge. Cette sorte de recours gracieux permettra au bureau de savoir si le citoyen peut ou pas de
sa poche payer les services des auxiliaires de justice. Pour peu qu’on s’y penche, cette disposition
à notre avis n’est guère prédisposée à être à l’abri de critique23.

Toutefois, certaines catégories de personnes sont affranchies de ces conditions, c’est-à-dire


qu’elles n’ont pas besoin de prouver leur manque de ressources pour bénéficier de cette aide. En
tout cas, c’est ce que semble indiquer l’article 15 alinéa 1. Cet article les cite il s’agit entre autres
les orphelins et autres enfants rendus vulnérables par le VIH/SIDA et les époux survivants de
conjoints décédés de SIDA, demandeurs ou défendeurs dans les instances liées à l’ouverture de la
liquidation et au partage des successions ; les mineurs. Toute personne physique ou tout
établissement public ou d’utilité publique, toute association ayant pour objet une œuvre
d’assistance et jouissant de la personnalité juridique, victime d’un préjudice causé par des bandes
armées, les forces de défense et de sécurité, à l’occasion d’actions hostiles contre les institutions
de la République.

Dès lors que le justiciable remplit ces conditions, il doit écrire au bureau de l’assistance
judiciaire institué auprès des cours et tribunaux. Ainsi, l’aide légale dispense du paiement total ou
partiel des sommes dues au trésor public au titre des timbres d’enregistrement et de greffe, ainsi

22
V. L’art. 10 de la loi centrafricaine.
23
Infra.
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que toute assignation. Rappelons que le justiciable peut faire appel à cette aide à tout moment du
procès devant toutes les juridictions de l’ordre judiciaire, aussi bien en matière civile, commerciale
et sociale, qu’en matière pénale, devant les juridictions de l’ordre administratif, sans omettre la
matière gracieuse24 .
Page | 257
Il n’est pas fastidieux de se pencher sur la personne même du bénéficiaire. Nous avons pris
la liberté de nous demander, si un étranger ou alors, les personnes étrangères ayant le statut de
réfugié, qui n’ont pas les ressources suffisantes peuvent-elles prétendre au bénéfice de cette aide ?
L’enjeu de l’inquiétude apparaît, lorsqu’on passe en diagonal cette loi. À coup sûr, elle a donné
une réponse emprunte d’abscons, tant sur la personne d’un étranger que sur celle d’un réfugié.
Puisque l’article 3 énonce que « L’aide légale est attribuée à toute personne remplissant les
conditions requises par la présente loi sans distinctions de sexe, race, ni de religion » À aucun
moment, cette disposition donne clairement la possibilité à un étranger de prétendre à cette aide25.
Tout comme elle semble ne pas l’interdire non plus. C’est une pièce « de dit et de non-dit » qui
entoure cette disposition26. Pour autant, cela ne signifie pas qu’un étranger ne peut pas bénéficier
de cette aide. Précisément, tous les ressortissants d’un État qui a passé un accord avec la
Centrafrique des conventions en matière judiciaire.

Nous nous délectons de citer avec intérêt primo, l’Accord de coopération judiciaire entre
les États membres de la CEMAC du 28 janvier 2004. En effet, l’article 2 de cet accord dispose : «
Par le présent accord, les États parties s’engagent à s’accorder mutuellement l’aide judiciaire la
plus large possible dans toute procédure visant les domaines pénal, civil, commercial,
administratif, des personnes et de la famille ». En côtoyant cet article, on comprend aisément que
de la même manière qu’un centrafricain peut bénéficier de l’assistance judiciaire sur le territoire
camerounais, un camerounais peut autant bénéficier de cette même aide sur le territoire
centrafricain. Cet accord suivant la pyramide kelsenienne se trouve au-dessus du bloc légal. Et
d’ailleurs, il va plus loin en anéantissant tous les accords bilatéraux contraires à ce dernier27.

24
C’est ce que fait savoir l’art. 8 de cette loi « L'assistance judiciaire est accordée en matière gracieuse ou
contentieuse devant les instances civiles, commerciales, sociales, administratives et pénales »
25
Or, lorsqu’on accède à l’avant-projet de Loi portant facilitation de l’accès à la justice et au droit en RCA par l’aide
juridique de 2010. On aperçoit que ce document a pris la peine de préciser expressément que même les étrangers
peuvent bénéficier à cette aide dès lors qu’ils sont ressortissants d’un État qui a passé avec la RCA par des accords de
réciprocité dans le domaine de l’aide légale et les personnes de nationalité étrangère ayant le statut de réfugiés qui
n’ont pas les ressources suffisantes. V. ASF, L’aide légale en République centrafricaine, état des lieux, op.cit., p. 54.
26
YANDIA (C. E.), La gratuité dans le procès civil centrafricain, op.cit., p.82.
27
C’est la position de l’art. 37 al.1 qui énonce « Le présent Accord abroge les dispositions contraires des traités,
conventions ou Accords bilatéraux qui, entre deux Etats Parties, régissent la même matière ».
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Deuxio, il y a l’Accord de coopération en matière de justice28 entre la France et la RCA.


Aux termes de l’article 26 de cet accord, un ressortissant français peut bénéficier d’une aide légale
en Centrafrique, et inversement. On aura compris sans doute raisonnable que la mise sur pied de
cette aide légale est d’une importance capitale ; car elle est un instrument d’activation et
Page | 258
d’affirmation de l’hymne29 de la gratuité de la justice.

Tertio, nous pouvons également rallumer la flamme mise en veilleuse de la Convention


générale de coopération de Tananarive30 du 12 septembre 1961, qui prévoit dans son article 6 que :
« Les ressortissants de chacune des Hautes Parties contractantes jouiront, sur le territoire des
autres, du bénéfice de l’assistance judiciaire comme les nationaux eux-mêmes pourvu qu’ils se
conformément à la loi du pays dans lequel l’assistance sera demandée ». La préoccupation est de
savoir si ces dispositions sont effectives. Il y a lieu d’en douter sérieusement.

Au vrai, pour revenir sur les conditions, il faut se dire que les conditions d’attribution de
l’assistance judiciaire en Centrafrique sont simples, à rebours du droit français qui, en plus de
l’insuffisance financière, il faut assouvir certaines conditions31 . Il ne faut pas que l’action du
demandeur apparaisse manifestement irrecevable ou dénuée de fondement conformément à
l’article 7 alinéa 1 du décret du 19 décembre 1991. En outre, dans son alinéa 3, cet article ajoute
que l’aide doit être refusée si aucun moyen de cassation sérieux ne peut être relevé. Le Professeur32
GUINCHARD n’est pas passé par le dos de la fourchette, pour se poser la question de savoir, si
cet article ne constituait pas une entrave à l’accès au droit, et donc à l’article 661 de la Convention
Européenne des Droits de l'Homme.

28
V. L’accord de coopération en matière de justice entre la France et la RCA, le 18 janvier 1965.
29
OMGBA MBARGA (A. B.), « Le principe de la gratuité de la justice : de la sacralité à la désacralisation », L’accès
à la justice : évolutions récentes, étude de droit privé, op. cit. 2020, pp. 425-440.
30
Cette convention au plan continentale est la plus importante en matière de coopération judiciaire car elle a mobilisé
12 gouvernements, à savoir, le Gouvernement de la République du Cameroun, le gouvernement de la République
Centrafricaine, le gouvernement de la République du Congo, le gouvernement de la République de Côte d’Ivoire, le
gouvernement de la République du Dahomey (devenu en 1975 Benin), le gouvernement de la République Gabonaise,
le gouvernement de la République de Haute-Volta (devenu en 1984 Burkina Faso), le gouvernement de la République
Malgache, le gouvernement de la République Islamique de Mauritanie, le gouvernement du Niger, le gouvernement
de la République du Sénégal, le gouvernement de la République du Tchad
31
Notons que ces conditions étaient pendantes dans l’avant-projet de la loi (art. 7) portant facilitation de l’accès à la
justice et au droit en RCA par l’aide juridique de 2010. Ce qui à coup sûr serait le copier-coller du texte français. Fort
heureusement, le législateur centrafricain de 2020 pour ce cas-ci n’a pris en compte ces conditions.
32
GUINCHARD (S.), Cours de Procédure civile, Inédit.
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Par ailleurs, dans une perspective comparatiste, l’on serait tenté de dire que les conditions
posées par la loi centrafricaine sont restées globales et fuyantes33. Or lorsqu’on confronte cette
disposition à celle du droit camerounais, l’on se rend compte que celle du droit camerounais est
allée dans les détails34 pour réellement indiquer ce qu’elle entend par personne à ressources
Page | 259
insuffisantes35.

Quoiqu’il en soit, la loi de 2020 a également prévu une figure non processuelle de l’aide
légale. Ceci pour faciliter l’accès au droit au justiciable en dehors du décor prétorien.

B- La phase non processuelle de l’aide légale : l’aide juridique

Il faut dire que le législateur centrafricain a un petit peu emprunter son homologue français.
En effet, ce dernier n’a pas manqué son rendez-vous lors du lifting de 1991. Il a pris la mesure des
choses, en légiférant sur cette forme d’accès au droit36. En réalité, les deux formes de l’aide sont
vouées à un mariage parfait, sans possibilité de divorce.37. Fort heureusement, le législateur
centrafricain a su tirer son épingle du jeu en prenant en compte cette possibilité dans la loi de 2020.

L’aide juridique est l’équivalent de l’accès au droit en droit français38. Substantiellement,


elle désigne une aide relative à la consultation pour les procédures non judiciaires qui ne joue que
dans le cadre des procédures non contentieuses39. De manière triviale, elle est pré-instance et
autorise la fourniture des informations juridiques au justiciable afin d’être informé sur ses droits

33
Alors que pèse sur chaque texte législatif une présomption d’utilité, nommée par la jurisprudence luxembourgeoise,
« effet utile ». En effet, ceci pour dire que les auteurs d’un texte de loi ne l’ont pas adopté pour rien… Pour aller plus
loin sur cette question lire, CANIVET (G.), « Activisme judiciaire et prudence interprétative, introduction générale »,
in Archives de philosophie du droit, La création du droit par le juge, Tome 50, Dalloz, 2007, Paris, p. 13.
34
Loin de nous, l’idée d’attendre du législateur la texture parfaite, encore moins une encyclopédie légale. Ce d’autant
plus que PORTALIS (J. E.), nous mit en garde lors de son discours célébrissime que « L’office de la loi est de fixer,
par des grandes vues, les maximes générales du droit ; d’établir des principes féconds en conséquences, et non de
descendre dans le détail de questions qui peuvent naitre sur chaque matière ». G. CANIVET, « Activisme judiciaire
et prudence interprétative, introduction générale », op.cit., p. 10. Mais il s’agit là d’une loi qui peut être assimilée à
une bouée de sauvetage, pour qu’elle soit efficace, elle se doit possiblement d’être claire et pédagogique.
35
Voir l’art. 5 al.2 de la loi camerounaise qui dispose que « Sont réputées personnes à ressources insuffisantes au sens
du présent article : - les indigents, les hommes de rang de toutes armes pendant la durée de leur service ; - les personnes
assujetties à l’impôt libératoire ; - les personnes non visées par les alinéas a et b ci-dessus, lorsque les frais à exposer
ne peuvent être supportés par leurs ressources initialement réputées suffisantes ; - le conjoint en charge d’enfants
mineurs, en instance de divorce qui ne dispose d’aucun revenu propre».
36
V. L’art. 53 de la loi française sur l’aide juridique.
37
Comme le Professeur Perrot l’a fait observer, « Il suffit par exemple d’imaginer le cas de celui qui souhaite obtenir
une consultation afin de mieux connaître l’étendue de ses droits et les moyens de les faire valoir ; ou encore le cas
d’une personne qui est embarrassée pour rédiger un acte juridique ou en comprendre la portée et où les lumières
d’un juriste spécialisé lui sont indispensables» PERROT (R.), Institutions Judiciaires, op.cit., p.91.
38
V. La loi française du 10 juillet 1991.
39
DESTREM (H.), « La veuve, l’orphelin et l’aide juridictionnelle : de la gratuité du service public au service public
de la gratuité ». In Gratuité, une question de droit ? (sous dir.) Logiques juridiques, L’Harmattan 2003, p.108.
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et obligations. Il est imposant d’emblée de situer aussi bien son domaine d’admission (1) que
d’éviction (2).

1- Le domaine d’admission de l’aide légale


Page | 260
S’il n’existe pas un doute sérieux sur la mise en place de l’aide juridique, il ne faut pas
cependant manquer l’occasion de dire que sa cohabitation avec l’aide judiciaire est d’une
importance à nulle autre comparable. La loi de 2020 a pris soin de donner ce que nous pouvons
mettre dans l’aide juridique pour éviter tout amalgame. À cet effet, l’article 43 dispose : « Au sens
de la présente loi, l'aide juridique est un moyen qui permet à toute personne d'être informée sur
ses droits et ses obligations, en dehors de tout procès, et sur les moyens de les faire valoir ou de
les exécuter. Elle consiste à offrir, dans des lieux accessibles à tous (cliniques juridiques, centres
d'écoute, maisons du droit), locaux communaux des services: d'information et d'orientation vers
les organismes ou professionnels compétents ; d'aide pour accomplir des démarches en vue
d'exercer un droit ou d'exécuter une obligation ; d'assistance par des professionnels qualifiés
devant les administrations et certaines commissions ; - de consultations juridiques par des
professionnels habilité ». Cette disposition signifie tout simplement que les personnes démunies
de ressources, si elles le souhaitent, elles peuvent faire recours à des personnes ayant une
compétence établie pour que ces dernières puissent les édifier sur des questions relatives au droit.
À ce propos un avocat40 a dit que « La Justice est un monde opaque délibérément conçu pour que
les justiciables n’aient pas accès. Le monopole des gens de robes est à ce prix ».

À rebours du droit centrafricain, en la matière le droit français n’a guère imposé une
quelconque satisfaction des conditions pour bénéficier de cette aide. La législation centrafricaine
quant à elle a renvoyé la fixation des conditions à un arrêté du Ministre de la justice, garde des
sceaux sur rapport du comité national de l’aide légale41. Nous avons volontiers pris la liberté de
nous interroger sur l’intérêt évident de conditionner l’accès à une telle aide 42. Que pourrait-il être
le voilé de cette disposition ? Du moment où les informations juridiques qui vont être données en
cette occasion, à la limite du possible sont difficilement quantifiables. Le citoyen n’a-t-il pas droit
à la connaissance de Droit ? Peut-on voir dans cette disposition, une espèce de fabrication «

40
PIERRAT (E.), La justice pour les nuls, 3ème éd., Éditions First, Paris, p. 14.
41
V. L’art. 45. de la loi centrafricaine relative à l’aide légale.
42
Pour aller plus loin lire, YANDIA (C. E.), La gratuité dans le procès civil centrafricain, op. cit. p. 85.
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d’ignorance comme élément de stratégie »43 ? De manière brute, il y a lieu d’en douter, et ce doute
dévient obèse lorsqu’on sait qu’il est devenu un lieu commun de dire que la politique dans les faits,
que l’action politique constitue le terrain où s’épanouit le mensonge, la manipulation de
l’opinion44, voire la manipulation du droit.
Page | 261
Que reste-t-il de l’aphorisme « Nul n’est censé ignorer la loi » ? Tant cet adage pose une
présomption irréfragable de connaissance de la loi45, tant il appartient aux gestionnaires de l’État
de mettre en place un canal intensif de communication et d’information juridique. Sinon, comment
affirmer l’égalité des citoyens devant la loi46 si certains ont les moyens de comprendre le sens des
règles qu’elle édicte, tandis que d’autres doivent satisfaire des conditions pour les capter ?

In fine, si toutes ces interrogations dans une certaine mesure sont légitimes, l’exclusion au
bénéfice de l’aide juridique pourrait être fondée.

2- Le domaine d’éviction de l’aide juridique

Le domaine d’éviction ici, renvoie, aux champs exclus au bénéfice de l’aide juridique. Le
législateur centrafricain a jugé bon d’exclure le bénéfice de l’aide juridique dans un certain nombre
de situations. Cette exclusion est expresse. En effet, peut-on ainsi lire dans l’article 44 de la loi
relative à l’aide légale : « Sont exclus du domaine de l'aide juridique : la représentation du
bénéficiaire de l'aide devant une administration ou une juridiction nationale ; les prestations de
nature à constituer une concurrence déloyale aux professions judiciaires et juridiques
réglementées; l'assistance judiciaire; les interventions de nature à constituer des entraves au
fonctionnement normal des institutions nationales, publiques ou privées ».

L’exclusion du bénéfice de l’aide juridique intervient dès lors que le bénéficiaire de l’aide
s’est fait représenter devant une juridiction. Cette exclusion, à notre sens, est fondée, étant donné
qu’avant d’engager le processus du contentieux, l’ex bénéficière aura pesé le pour et le contre, sur
ses chances de remporter le procès. On ne peut avoir engagé un procès et revenir encore demander
de l’aide pour réfléchir sur l’action enclenchée. Enfin, il a été présenté et analysé de façon
méthodique les grands axes de la déclinaison de cet instrument vu comme une « panacée » aux
obstacles financiers et non des moindres à l’accès à la justice. Mais en réalité est-ce réellement une

43
C’est une expression que nous avons emprunté à SEMDE (C.), lire son article intitulé « la responsabilité de
l’enseignant-chercheur dans la fabrication de l’ignorance », Revue Échanges, n° 17, décembre 2021.
44
SEMDE (C.), ibidem.
45
Lire AKAM AKAM (A.), « Libres propos sur l’adage : nul n’est censé ignorer la loi », RASP, vol 4 n°1 2007, p. 32
46
Ibidem.
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panacée ? Si l’idée de voler au secours du justiciable en lui offrant les moyens de se défendre, ou
de déclencher un procès à l’effet de protéger ou (re)conforter ses droits est d’une musicalité
merveilleuse. Il n’en demeure pas que cette musicalité serait devenue une pollution auditive
capable de créer plus de problème qu’elle en résout.
Page | 262
II- LA LOI RELATIVE A L’AIDE LEGALE : UNE SOLUTION-COSMETIQUE

« Si le législateur, se trompant dans son objet, prend un principe différent de celui qui naît
de la nature des choses, on verra des lois s’affaiblir insensiblement; la constitution s’altérer et
l’État ne cessera d’être agité »47. Voici ce qu’on peut lire au fronton d’une réflexion culte dont la
lecture du titre laisse entrevoir l’idée sous-jacente. En effet, le législateur centrafricain dans
l’optique de secourir le justiciable dans son chemin de croix vers la justice a mis en place l’aide
légale, mais que nous aurons demain plus qu’aujourd’hui du mal à confirmer cette « opération de
sauvetage ».

À la réflexion, cette loi est une véritable trappe à critique. Allant dans une logique
dialectique; explicative et critique. L’attention est attirée sur la difficile précision au sujet du
bénéficiaire de cette aide légale, parlant de l’indigent (A), sans mettre de côté les difficultés
d’opérationnalisation (B); lesquelles jouent une action inhibitrice sur la consommation saine de
cette loi.

A- Le clair-obscur de la notion de l’indigent

L’enjeu de l’inquiétude se dessine lorsqu’une lecture froide de l’article 12 de la loi relative


à l’aide légale est faite. Le cercle des personnes qui doivent bénéficier de cette aide est mal cousu
à la vérité. À cette allure, un remodelage est attendu (2) pour liquéfier cette difficulté tendant à la
détermination imprécise des bénéficiaires (1).

1- Une détermination imprécise de l’indigent

Il existe nul doute que dans la plurielle fonction régalienne de l’État, la justice s’affiche
comme l’une de ses attributions naturelles fondamentales ; car intrinsèquement liée à sa
souveraineté48. De ce point de vue, l’on peut comprendre facilement l’idée de mettre en place une

47
ROUSSEAU (J.J.), Du contrat social, Union Générale d’Éditions, Paris, 1773, p. 117. Cité par BILOUNGA (S.), «
La crise de la loi en droit public camerounais ». RADSP, Janv-juin 2013, p. 58.
48
DESTREM (H.), « La veuve, l’orphelin et l’aide juridictionnelle : de la gratuité du service public au service public
de la gratuité ». In Gratuité, une question de droit ? (sous dir.) Logiques juridiques, L’Harmattan 2003, p. 110.
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aide légale à vocation du service public49. Toutefois, l’attitude adoptée par le législateur
centrafricain relativement à la détermination du bénéficiaire d’aide légale, n’échappe pas à la
critique. Sans heurter aucune sensibilité, le législateur centrafricain a parfois brillé dans le « copier-
coller » des textes50 venant d’ailleurs51. Il semble que ce dernier ignorait les attentes, les pratiques
Page | 263
et les besoins des citoyens. Or, le Professeur Leroy enseigne que c’est le préalable de la
décolonisation du droit52.

On constate en effet, en faisant la lecture croisée des dispositions dans un premier temps
de l’article 3 qui énonce que : « L'aide légale est attribuée à toute personne remplissant les
conditions requises par la présente Loi sans distinction de sexe, de race ni de religion». Lorsqu’on
se rend à l’article 12 qui donne le ton en indiquant avec autorité que : « Le demandeur de
l'assistance judiciaire doit justifier de l'absence ou de l'insuffisance de ses ressources devant le
Bureau d'Assistance Judiciaire qui peut, selon le cas, lui accorder une assistance judiciaire totale
ou partielle ». Selon les lettres de cet article, il faut faire montre de certaine justification.
Cependant, il faut distinguer selon deux postulats. Soit, la personne est totalement l’indigente53 et
fait appel à l’aide juridique. Elle doit alors justifier l’absence de ressources. Soit, elle l’est

49
En effet, la vue du doyen DUGUIT (L.) est apte à nous éclairer sur cet aspect. Pour le doyen, le service public est «
Toute activité dont l’accomplissement doit être assuré, réglé, et contrôlé par les gouvernants parce que
l’accomplissement de cette activité est indispensable à la réalisation et au développement de l’interdépendance
sociale, et qu’elle est de telle nature qu’elle ne peut être réalisée complétement que par l’intervention de la force
gouvernante ». V. DUGUIT (L.), Traité de droit constitutionnel, Paris, de Boccard, 3ème éd. tome II, première partie
1928, p. 61. À lire cette définition, l’aspect qui saute à l’œil est le caractère ‘’indispensable à la réalisation et au
développement de l’interdépendance social’’ et cela est bien convenable à la philosophie de l’aide judiciaire
(juridictionnelle). Toutefois, pour DRESTEM (H.), il serait malsain de se draper derrière un critère flou, subjectif et
général car cette caractérisation pourrait convenir à n’importe quelle activité. Raison pour laquelle pour elle, il faut
plutôt revigorer la définition plus technique ou juridique dit-elle, à l’instar de celle aujourd’hui canonique, formulée
par CHAPUS (R.) pour qui le service est un « acte constitue un service public quand elle est assurée ou assumée par
une personne publique en vue d’un intérêt public ».
50
À titre illustratif, le Code de procédure civil centrafricain mis en place par la loi de 21 décembre 1991 qui sera
applicable le 1er mai 1992, cf. l’article 715 du Code sus-indiqué. En réalité, n’a été que le copier-coller du code
français, héritage du Code de 1806. Lire, DAUCHY (S.), « La conception du procès civil dans le Code de procédure
de 1806 », hal-archives-ouvertes.fr/hal-01135224. Pour dissiper le doute, on peut croiser l’article 30 du Code français
à l’article 42 du Code centrafricain, on verra qu’il y aura aucune différence dans les lettres. Si l’on peut tenter de voir
une différence, c’est bien au niveau des numéros, l’un c’est 30, l’autre c’est 42. En outre, pour crédibiliser notre
propos, nous pouvons lire les premiers articles. On se rendra compte qu’il y a deux articles 1 ers. L’un vient avant la
formule « l’Assemblée nationale a délibéré et adopte, le Président de la République, chef de l’Etat, promulgue la loi
dont la teneur suit » et dispose que « Il est institué, en République Centrafricaine un code de procédure civile ainsi
conçu : » l’autre article premier vient juste après le livre premier… et dispose « Seules les parties introduisent
l'instance, hors les cas où la loi en dispose autrement. Elles ont la liberté d'y mettre fin avant qu'elle ne s'éteigne par
l'effet du jugement ou en vertu de la loi ». En vérité, le second article premier est le premier article qui se trouve dans
le Code français.
51
YANDIA (C. E.), La gratuité dans le procès civil centrafricain, op. cit. p. 98.
52
LEROY (E.), « Décolonisations du droit et mondialisations », Mélanges LAJOIE (A.), Mardi, 20. mai 2008, p. 497.
53
L’indigent selon le Dictionnaire petit Larousse, est l’état de pauvreté qui appelle les secours publics ou privés.
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partiellement, dans ce cas, elle doit justifier l’insuffisance de ressources. En prenant du recul, une
double observation mérite d’être faite et non des moindres.

Primo, le législateur n’a pas pris la mesure de caractériser l’indigent comme l’a par
exemple fait son homologue camerounais. En effet, l’article 5 alinéa 2 de la loi camerounaise du Page | 264
14 avril 2009 portant organisation de l’assistance judiciaire dispose : « Sont réputées personnes à
ressources insuffisantes au sens du présent article : les indigents, les hommes de rang de toutes
armes pendant la durée de leur service ; les personnes assujetties à l’impôt libératoire ; les
personnes non visées par les alinéas a et b ci-dessus, lorsque les frais à exposer ne peuvent être
supportés par leurs ressources initialement réputées suffisantes ; le conjoint en charge d’enfants
mineurs, en instance de divorce qui ne dispose d’aucun revenu propre… ».

Cette disposition a reçu un coup fatal venant de la doctrine, sous la plume du Professeur
TJOUEN, qui a enseigné qu’il est indigeste de dire que l’aide est apportée aux personnes « à
ressources insuffisantes » .Or en pratique, il n’existe pas au Cameroun, un système permettant
d’identifier avec exactitude le patrimoine de toute personne qui saisit la justice. Nombreuses, sont
celles qui vivent aisément grâce à une activité lucrative non déclarée et qui, profitant de cette
insuffisance administrative, bénéficient de l’assistance judiciaire. À l’inverse, en Afrique, les
revenus (déclarés ou non) d’une personne peuvent être largement inférieurs aux obligations
coutumières et familiales qui lui incombent et dont elle ne peut pas toujours apporter la preuve
irréfutable54.

La critique du Professeur TJOUEN vis-à-vis de l’assistance judiciaire camerounaise est


fondée, trouvons-nous, et peut être transposée en droit centrafricain55. En effet, se baser seulement
sur les capacités financières des personnes qui sollicitent l’aide légale, pour octroyer cette aide,
revient à nier une réalité patente. Comment peut-on dire, que l’aide légale sera octroyée aux
personnes indigentes, en manque de ressources, alors qu’il n’existe en Centrafrique aucun indice
permettant d’identifier avec exactitude le patrimoine de toute personne qui saisit la justice. Encore
que la fixation des conditions financières doit venir d’un Décret56. Ici, le sentiment de « copier-
coller » dont fait montre notre législateur est flagrant. C’est ce qui a été prévu par exemple en droit
français. Pourquoi laisser cette brèche à une autre entité, alors que les parlementaires sont réputés

54
Lire utilement, TJOUEN (A.-F.), « L’accès à la justice en droit contemporain du procès civil : étude à partir des
droits camerounais et français ». RADSP, vol. VII, n° XIV- jan - juin 2019, p.14 et s.
55
Lire YANDIA (C. E.), La gratuité dans le procès civil centrafricain, op. cit. 99.
56
Art. 13 de la loi centrafricaine relative à l’aide légale.
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être prêts des citoyens. Ce qui porte à croire que c’est eux qui maîtrisent le mieux les difficultés
des citoyens. Tout semble indiquer que la dure affirmation de la doctrine selon laquelle la fonction
de l’Assemblée Nationale ne se réduit qu’à une « fonction de ratification » 57
serait authentique.
Assurément, c’est que la législation centrafricaine, non détaillée, a entretenu un véritable flou sur
Page | 265
les indices permettant de juger l’indigence de l’indigent, ce qui a priori laisse libre cours à
l’élasticité.

Secundo, une observation vient compléter la première qui a été faite et accréditée par les
analyses du professeur TJOUEN. Cependant, il faut dissuader l’ombre de confusion ou le
sentiment d’identité dans les observations. Si la première s’est arc boutée sur la difficulté de
justification des ressources, la seconde en ce qui la concerne porte sur le moyen permettant de
déterminer l’indigent. En effet, nous nous sommes interrogé sur le point de savoir : quelle est
l’unité de mesure de l’absence de ressources ou de l’insuffisance des ressources ? À quand dit-on
que telle ou telle personne est dans l’apnée, ou suffisance de ressources ? À coup sûr, cette «
malheureuse loi » 58 n’a pas donné un faisceau d’indice à ces questions.

Par ailleurs, les lettres de l’article 56 donnent le pouvoir d’appréciation selon les cas au
Bureau de l’aide légale. Ainsi, l’article 57 de la loi analysée a fixé la composition du bureau comme
suit : « Le Bureau d’Assistance Judiciaire est composé comme suit : - deux (2) magistrats dont
l'un fait office du représentant du Ministère Public; - un (1) greffier sur proposition du Président
de la juridiction; - un (1) représentant des services sociaux; - deux (2) auxiliaires de justice dont
un avocat et un huissier de justice ».

La lecture de cette loi semble enseigner un caractère hybride de l’entité, ce qui prima
facie, pourrait éviter qu’elle soit identifiée à l’État. Mais ce n’est pas tout. Le sérieux du problème
prend de l’ampleur lorsqu’on prend connaissance de l’article 58, où l’on peut trouver une
alimentation au doute. Cet article dispose : « Les membres du Bureau d'Assistance Judiciaire sont
nommés par arrêté du Ministre en charge de la Justice sur proposition de leurs entités respectives,
pour une durée de trois (3) ans renouvelables une seule fois. Les membres du Bureau d'Assistance
Judicaire sont soumis au secret professionnel ».

57
GICQUEL (J.), « Le présidentialisme négro-africain. L’exemple camerounais », in Mélanges BURDEAU (G.), Paris,
1977, p. 724. Cité par BILOUNGA (S.), op.cit., p. 68.
58
Nous avons volontiers emprunté cette expression au Doyen TJOUEN (A.-D.), « La malheureuse loi quinquennale
relative à l’exécution des décisions de justice en droit camerounais », le Messager n° 692 du 19 novembre 1997.
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Il est loisible de constater pour s’en interroger, jusqu’où va la proposition des entités?
Quelle est leur portée ? Le Ministre peut-il refuser la proposition faite par une entité et nommer
une personne de son choix mais qui appartient à cette même entité ? La sirène de doute, s’installe
indéniablement.
Page | 266
Par ailleurs, la lumière d’un autre problème surgit sur la délibération du bureau, que
l’article 62 a posé en ces termes: « Les décisions du Bureau sont prises à la majorité simple. Elles
doivent être motivées et notifiées aux demandeurs ». Lorsqu’on voit la composition du bureau, ils
sont d’un nombre pair. Que faire alors en cas d’égalité de voix ? Aucune indication n’a été donnée
par cet article. Or, il eût été indiqué de disposer qu’en cas de parité, la voix du président est
prépondérante par exemple.

En réalité, ces éléments qui viennent d’être scrutés mettent à nu le contrôle du politique
sur le bureau d’aide légale. Nous pensons qu’il aurait été mieux, d’indiquer que le Ministre ne peut
qu’entériner la désignation des membres par leurs paires. C’est ce qui est attendu du législateur.
Sûrement !

2- Le remodelage attendu

L’engouement était de taille lorsque la loi relative à l’aide légale embrassa le droit
centrafricain. Mais au finish, c’est un écran de fumée trop artificiel, car cet engouement n’a pas
duré, c’est un semblant de résolution. Or, le justiciable n’a pas besoin d’une solution-problème,
mais plutôt d’une vraie solution efficace et qui dure dans le temps. Dans le même temps nous ne
devons pas oublier que : « L’Homme est un être jeté dans une nature qui lui est hostile qu’il doit
pourtant apprivoiser grâce à ses connaissances »59. Il est important que cette loi soit repensée
pour le bien du bénéficiaire qui n’est autre que le justiciable. Comme l’a écrit une plume congolaise
: « Le droit apparaît alors comme l’un des outils sociaux pour construire une société où il fait
beau vivre en canalisant les aspirations des sociétaires »60.

L’incongruité qui a caractérisé cette loi aura brûlé l’efficacité qu’elle aurait voulu
produire. Ce qui n’a pas manqué de laisser de trace sur son effectivité61 . Or, nous savons avec le

59
KASSONGO LUKOJI (G.-D.), « Pauvreté et justice : de la pauvreté du droit au droit de la pauvreté » IUS POENALE
Volume 3 Issue 1, January–June 2022, pp. 49-70.
60
KASSONGO LUKOJI (G.-D.), Ibidem.
61
Le vocabulaire juridique de l’association Capitant l’effectivité définit comme « le caractère d’une règle de droit qui
produit l’effet voulu, qui est réellement appliquée. Pour la doctrine, cette définition a brisé le plafond de verre qui
existe entre l’efficacité et efficacité. A ce propos, le professeur KENFACK (P.E.), enseigne que bien que les deux
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Professeur KENFACK que le droit est une discipline, qui est née dans un contexte bien précis,
celui de la nécessité d’organiser une vie sociale sans conflit, une vie paisible entre les sociétaires.
En outre, cette finalité de la discipline est la même quel que soit le système juridique considéré.
Les dispositions des lois qui ne se soucient pas de cette finalité et du respect de ces principes sont
Page | 267
perturbatrices et leur effectivité questionnable62. Il est loisible de noter fort pertinemment avec le
Professeur ABA’A OYONO, que la réalisation du droit dépend de l’action de l’homo63, car la loi
comme un instrument de droit, n’a de valeur opérationnelle que si ses destinataires se résolvent à
donner un sens64, une image.

Pour ramener cette loi dans le domaine du rationnel et la faire prédestiner à résoudre les
problèmes pour lesquels elle est née, nous pensons que le législateur centrafricain pourrait réfléchir
autrement sur les conditions d’attributions. Nous avons vu l’incommodité de la prise en compte
des conditions financières. Le législateur pourrait être amené à revisiter65 cette condition, en
prenant en compte les paramètres environnants sus-analysés, sans forcément emprunter le chemin
de la logorrhée ou de la normorhée66. Qu’une grille soit clairement établie pour servir de tableau
de bord. Lequel tableau doit être constitué pour les agents de l’État, de leur solde, pour les salariés,
de leur salaire. Reste, alors la situation de ceux qui exercent dans le secteur informel. Nous pensons
que pour cette catégorie, le projecteur d’identification peut être mis sur des éléments comme par
exemple le fonds de commerce ou même le patrimoine du demandeur.

termes soient parfois employés l’un pour l’autre, leur distinction est utile pour singulariser leurs places respectives en
droit. Tandis que l’efficacité d’une règle de droit ou d’un corps de règles de droit s’entend de son aptitude à procurer
le résultat en vertu duquel elle a été conçue, à procurer le résultat recherché par son auteur, son effectivité désigne son
aptitude à s’appliquer réellement, son degré de « réalisation dans les pratiques sociales ». Lire avec intérêt KENFACK
(P. E.), « L’effectivité des dispositions des lois contraires au droit : réflexion à partir des lois foncières et de travail du
Cameroun », in L’effectivité du droit Etudes africaines Série Droit De l’aptitude du droit objectif à la satisfaction de
l’intérêt particulier Mélanges en l’honneur du professeur François ANOUKAHA, L’Harmattan, p. 87.
62
KENFACK (P. E.), ibidem.
63
V. ABA’A OYONO (J.C.), « De la faute de gestion au détournement des deniers publics : réflexion sur la collusion
de justices pénale, et administrative en droit camerounais », NEMRO, 2016-2, p. 6.
64
Ibidem.
65
Comme le fît savoir en son temps, le jurisconsulte et philosophe du droit, PORTALLIS (J.-M. E.), « Les lois dès
lors qu’elles sont faites, une fois qu’elles sont rédigées demeurent qu’elles ont été écrites. Les hommes au contraires
ne se reposent jamais, ils agissent toujours et ce mouvement produit à chaque instant quelques combinaisons nouvelles,
quelques faits, quelques résultats nouveaux ».
66
Ces expressions utilisées par GICQUEL (J.), « Le temps parlementaire », in La réforme du travail législatif, Dalloz,
2006, p. 16. Pour désigner la production pathologiquement excessive des lois. Cité par BILOUNGA (S.), op.cit., p.
60.
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Ce n’est qu’à ce prix que cette loi puisse trouver sa lettre de noblesse. Sinon, le bureau
risque d’octroyer le bénéfice de l’aide à un vrai-faux nécessiteux pour revenir le refuser à un vrai
nécessiteux moins nanti, comme l’a fait observer la doctrine67.

B- Les difficultés d’opérationnalisation de l’aide légale Page | 268

Nous avons observé que la loi relative à l’aide légale est imprégnée d’un certain nombre
d’obscurités qui ne permettent pas au justiciable d’y voir clair. Or, il nous semble que c’est pour
ce dernier que cette loi a été prise. Au confluent de cette obscurité, l’inaccessibilité et
l’inintelligibilité se recoupent. Cela peut se vérifier, par la centralisation des informations (1), mais
aussi par l’imprécision de la procédure d’admission à l’aide légale (2).

1- La centralisation des informations

La centralisation est le fait de réunir en un bloc un ensemble de chose. Les informations


sont seulement réservées dans leur application au petit nombre d’indigents des centres urbains,
négligeant ainsi de la grande masse des justiciables des villages et même des villes éloignées de la
Capitale. De plus, ce petit nombre d’indigents risque de recevoir une assistance judiciaire très
limitée tant financièrement que juridiquement. L’indigent sera amené, avant même de recevoir
l’assistance, à exposer certains frais, soit pour solliciter des pièces, soit pour faire accélérer la
procédure d’attribution ou même simplement pour en bénéficier effectivement corruption oblige.
M. NGOUMBANGO a observé qu’en République centrafricaine, l’indigent est parfois obligé de
négocier ou de débourser une importante somme d’argent pour obtenir le certificat d‘indigence à
la mairie De plus, lorsque l’assistance est partielle, il se voit obliger d‘assurer une partie des frais
d’instance. La désignation d’office des avocats, leur faible rémunération, les difficultés de
procédure quant à l’obtention du paiement de cette modique somme au Trésor public, et la lourde
charge que l’assistance judiciaire fait peser sur eux, peuvent affecter substantiellement la qualité
de la prestation fournie ou même boycotter les audiences68. On peut craindre que l’avocat soit peu
motivé, préférant consacrer tout son art aux affaires payantes au préjudice de celles de l’indigent,
ou de l’abandonner purement et simplement entre les mains de stagiaires inexpérimentés.

67
TJOUEN (A.-F.), « L’accès à la justice en droit contemporain du procès civil : étude à partir des droits camerounais
et français », op.cit., p. 15.
68
NGOUMBANGO (J.), L’accès au droit et à la justice des citoyens en République Centrafricaine, Thèse de Doctorat,
Université de Bourgogne, France, 2013, p. 277 et s.
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Les populations qui vivent dans l’arrière-pays se recroquevillent sur elles-mêmes dans
ces situations. Même celles qui vivent dans la capitale ignorent l’existence d’une telle institution.
Dans sa recherche, M. NGOUBANGO a fait savoir que sur trente (30) personnes interrogées dans
le ressort de la Cour d’Appel de la capitale Bangui, vingt-deux (22) ignoraient l’existence de
Page | 269
l’assistance judiciaire, tandis que dans l’arrière-pays, sur un échantillon de 20 personnes, dix-huit
(18) disaient ne pas connaître l’assistance judiciaire, et expliquaient que pour avoir droit à un
avocat, il faut payer de sa propre poche. Au surplus, sur l’année judiciaire 2009, et sur toute
l’étendue du territoire national, seulement 20 demandes d’assistance judiciaire ont été faites et
dans le seul ressort de la Cour d’Appel de la capitale Bangui69 . Le service public de la justice et
ses animateurs sont mal perçus et connus par le villageois centrafricain pour qui ce service,
pourtant public, n’est pas accessible à tous même si les textes juridiques consacrent le principe de
l’égalité de tous devant la loi70.

Le sérieux de ce problème apparaît dès lors que l’ignorance de l’existence de ces


mécanismes légaux mis en place pour les aider à saisir leur juge, fait profiter aux personnes mieux
nanties qui, pour être exonérées des certains frais de justice se font établir. À vrai dire, un travail
de sensibilisation doit être fait tant dans la capitale que dans les coins et recoins des provinces.
Sinon, le seuil de la méconnaissance de l’aide légale sera toujours croissant. Encore même que la
procédure d’admission imprécise.

2- L’imprécision de la procédure d’admission

Si le législateur veut éviter le traquenard de la pléonastique, il doit être explicite. Linéaires


à première vue, les exigences des dispositions de la loi de 2020 relatives à l’admission
n’échapperont pas à la querelle. Il existe une cohorte d’indécis, relativement à la procédure
d’admission de l’aide légale. Cela paraît évident lorsqu’on a le réflexe de s’intéresser à fond à cette
loi. D’abord, sur la modalité de la sollicitation, l’article 60 énonce que « Le Bureau de l'Assistance
Judicaire est saisi par requête adressée à son Président avant ou au cours de l'instance; La requête
indique l'objet du procès, l'identité et l'adresse du requérant et de la partie adverse ». C’est dire,
en fait selon l’enveloppe physique71 de cet article que, le demandeur doit formuler une requête
adressée au président tant que dure le procès, pour justement solliciter l’aide. Nous pensons que

69
NGOUMBANGO (J.), ibidem.
70
ASF, L’aide légale en République centrafricaine, état des lieux, op.cit., p. 44
71
L’enveloppe physique ici est la lettre de l’article qui héberge son esprit.
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cette disposition est questionnable du moment où l’on sait que la majorité des justiciables est
analphabète. Ne sachant ni lire ni écrire le français, comment leur demander de faire une requête,
encore que l’on ne sait pas si c’est une requête manuscrite ou saisie. À bien lire, cet article est la
seule voie royale de saisine du bureau. Quelle serait alors l’opportunité de cette saisine exclusive
Page | 270
sur requête ?

Nous pensons qu’il eût été logique de prévoir que le justiciable peut soit écrire, soit faire
une déclaration orale72. Puisque le justiciable s’est adressée aux professionnels, ils sauront
comment faire par exemple, en cas de déclaration, monter un procès-verbal. Il aurait été simple de
procéder ainsi73.

Ensuite, toujours dans la perspective analytique, lorsqu’on prend connaissance de l’article


19 alinéa 1, l’on se rendra compte de l’absence de précision dans ses prévisions. En effet, l’article
19 alinéa 1 dispose : « Le bureau d’assistance judiciaire peut recueillir tous renseignements sur
la situation financière de l’intéressé ». En substance, le bureau à la faculté de recourir aux
renseignements pour se faire une idée sur la situation du justiciable. Faculté, parce que le texte
utilise le verbe « pouvoir ». Autrement dit, le bureau n’est pas obligé systématiquement de recourir
aux renseignements. Au cas où il décide de le faire, le justiciable doit attendre qu’il finisse le
processus des renseignements avant de pouvoir lui donner une réponse. Il s’est trouvé qu’aucun
délai n’est fixé pour les renseignements. Connaissant le temps que les enquêtes ou renseignements
prennent souvent, il va sans dire que le justiciable risque d’être jeté en pâture74.

Alors de façon schématique, le scenarii que nous livre cette loi, est que la commission qui
a rendu son verdict sur une demande d’aide légale, le justiciable n’étant pas d’accord peut venir
saisir le TGI de sa zone de juridiction. Ce qu’on a semblé oublier, c’est que cette décision a été
prise par un groupe où siègent deux magistrats de cette même juridiction 75. C’est dire, sans se

72
C’est par exemple ce qu’a prévu le législateur camerounais. V. l’article 18 al.1. de la loi portant assistance judiciaire.
73
YANDIA (C. E.), La gratuité dans le procès civil centrafricain, op. cit. p. 95.
74
YANDIA (C. E.), Ibidem.
75
On ne peut manquer de manifester notre inquiétude lorsqu’on s’en souvient, que dans certaines juridictions surtout
celles qui se trouvent dans les provinces le nombre des magistrats est insuffisant. De sorte que souvent, le principe la
séparation des autorités de poursuite vole en éclat. Le Président de la juridiction est en même temps juge d’instruction
et juge de jugement. Pour aller loin sur cette question lire, la pertinente réflexion du professeur NTONO STIMI (G.),
« De l’instruction préparatoire à l’information judiciaire : quelques notes rapides sur l’instruction préparatoire partant
de la thèse du professeur Anoukaha François », in L’effectivité du droit Etudes africaine, De l’aptitude du droit objectif
à la satisfaction de l’intérêt particulier, Mélanges en l’honneur du Professeur François Anoukaha, L’Harmattan,
2020.
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cacher que ces magistrats, en tant que juges, sont appelés à se pencher sur une décision à laquelle
ils ont participée.

Conclusion
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Parvenu au terme de ce soliloque, nous sommes parti braquer le projeteur sur la loi relative
à l’aide légale devenue problématique. En effet, cette loi a été prise dans l’état d’esprit de voler
au secours du justiciable qui « agonise » depuis fort longtemps sur le chemin de croix de la justice.
Il était de question de rectifier le tir sur une hypocrisie, qui n’a que trop duré qu’est la gratuité de
justice76. Il est un truisme, la justice n’est pas gratuite. La loi relative à l’aide légale a cette lourde
charge de faciliter le sentier au justiciable. Mais lorsqu’on prend un peu de recul, il est permis de
se rendre à l’évidence qu’entre l’esprit, les dispositions légales et la réalité, le contraste est
saisissant, piquant et révoltant. L’inquiétude est à prendre au sérieux lorsqu’on observe que la loi
de 2020 fait un voyage triangulaire entre l’imperfection, l’imprécision et les non-dits. Il urge alors
de penser et de repenser le dispositif normatif et institutionnel, faute de quoi les larmes de Thémis
ne cesseront jamais de couler au point de mouiller le bandeau.

76
YANDIA (C. E.), La gratuité dans le procès civil centrafricain, op. cit. p. 19 et s.
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