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LES US DU LAPS Jacques

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LES US DU LAPS Jacques-Alain Miller

Vingtième séance du Cours (mercredi 31 mai 2000)

XX

Il fallait que nous fussions trois, un, deux, trois, il fallait que nous finissions par être trois. Et
nous sommes. En effet j’ai reçu il y a quelques jours une notre de Guy Trobas, collègue, vieil
ami, sur un point du « Temps logique » que je n’avais pas été amené à commenter devant
vous, exactement concernant l’angoisse dans le «Temps logique» signalé par Lacan, et la
pertinence de cette note m’a fait demandé à Guy Trobas de l’étoffer pour pouvoir vous
présenter ici sa perspective et que elle entre ainsi dans notre débat. Notre débat qui en est,
si vous voulez bien vous en souvenir, au moment où Lol V. Stein, puisque Eric Laurent la
dernière fois nous a apporté une construction concernant le temps logique dans Lol V. Stein.
Comme nous n’avions pas achevé notre dialogue la dernière fois je lui ai demandé de
compléter ici notre ternaire, en lui signalant l’intérêt de Guy Trobas pour le terme de
l’angoisse dans « Le temps logique », et que ce terme figure deux fois dans le texte de
Lacan de l’hommage à Marguerite Duras.

Voilà qui nous permet de enrichir, compliquer notre problématique. Je vais commencer par
apporter quelques compléments à mon petit speech final de la dernière fois, après quoi Eric
Laurent complétera ce qui lui paraîtra opportun et nous entendrons Guy Trobas pour une
demi-heure environ, et on reprendra l’ensemble dans un trilogue final et si ça n’est pas
terminé cette fois-ci, nous aurons la fois prochaine.

Une petite annonce, avant de commencer. J’ai eu l’occasion d’évoquer ici à divers reprises,
à l’improviste parfois les rapports du discours psychanalytique et du droit. C’est à ce titre,
scientifique, que je vous communique l’information suivante. Une cause sera plaidée jeudi
prochain, au Palais de justice de Paris, l’adresse est boulevard du palais, le Palais de justice
étant une construction importante et dans un lieu voué au droit depuis des siècles. Une
cause donc qui intéresse la psychanalyse. En effet, l’Association Mondiale de psychanalyse
a été, a l’avantage, si je puis dire, d’être poursuivie, en tant que tel, et en la personne de son
Délégué général, qui se trouve être moi-même, pour avoir publié dans son annuaire une
préface, où j’exprimais le sens d’un combat, d’un combat que je présentais à l’occasion
comme étant le mien depuis 1964, combat qui se poursuit sous d’autres formes ici, combat
contre la bête cachée dans le texte du « Temps logique» par exemple, depuis 1964, c'est-à-
dire depuis que mon sort, mon lot s’est trouvé lié à l’enseignement de jacques Lacan. Cette
cause sera plaidée jeudi prochain, le 8 juin au Palais de justice donc, à 13h30. et j’y serais,
là. Oh je n’y suis pas obligé ! et comme c’est une plainte civile il n’y a pas de témoin, on
entends seulement les artistes du barreau, les maîtres du barreau mobilisés par les deux
parties. La salle est petite à ce qu’on m’a dit mais les audiences sont publiques, comme ce
cours lui-même. Et, l’évènement a toutes raisons de vous intéresser. C’est pourquoi je vous
communique les lieux et l’heure.

Alors la salle du Palais de justice qui verra se dérouler l’événement, est une salle consacrée
aux affaires de presse, enfin elle s’appelle salle de la première chambre supplémentaire.
Voilà.

Alors passons maintenant à Lol V. Stein et aux trois prisonniers. Je vous rassure tout de
suite, l’affaire en question ne peut comporter aucune incarcération de personnes (rires). Bon,
on m’a recommandé de ne pas faire de plaisanterie à ce sujet, je ne vais pas plus loin.
Ça m’a simplement occupé ce matin, dans le temps que je donne d’habitude à la
préparation, exclusivement à la préparation de ce cours, puisqu’il a fallu, il a fallu, c’est un
plaisir, de discuter de l’affaire avec l’avocat chargé d’être mon porte-parole, et celui de
l’Association en question. Donc, ça m’a occupé.

Donc Eric Laurent nous a amené le rapport de Lol et des trois prisonniers, l’histoire de Lol et
des trois prisonniers, sous une forme en effet secrète, à être disposée à l’aide du petit
opérateur dont je me suis servi pour les trois prisonniers.

Et qui ici inscrit le rapport de l’un au couple. Et le rapport de l’un au couple qui dans le roman
s’incarne sous la forme donc Lol vissée, fascinée, par le spectacle des agissements du
couple de personnages nommé jacques Hold, de sa maîtresse Tatiana, qui fut, qui est sa
meilleure amie, le rapport de l’un au couple est évidemment le rapport œdipien par
excellence.

C’est ce qui au fond peut être donné comme la structure de la scène œdipienne qui joue
dans Freud le rôle de ? ?.

Le un fasciné à la fois par ce qu’il y a et par ce qu’il n’y a pas, dans ce couple, entre ces
deux là, fascinée d’abord disons par ce qu’il n’y a pas, à savoir le rapport sexuel. Et c’est ce
« il n’y a pas de rapport sexuel » qui est au principe meme de la fascination. Et on pourrait
l’étendre à dire la fascination de toute image. Qu’on s’abîme dans la contemplation de ce
qu’il y a, voire dans son angoisse, qu’en référence, que dans un rapport avec ce que
foncièrement, structurellement il n’y a pas. Le grand incognito si je puis dire.

Et ce qui apparaît de premier plan c’est ce qu’il y a à la place, et d’une certaine façon tout ce
qu’on voit est à la place. Tout ce qu’on voit est vu à la place de, ce qui ne peut pas se voir.

Et spécialement, ça affleure spécialement dans le cas de la fascination, quand le regard ne


peut passedétacherde,etcequ’ilyaàla place c’est ce que diversement on peut appeler le
phallus, la forme phallique, susceptible de toutes les métonymies et donc grande
représentation, il faut le dire la représentation sublime est empruntée au corps de la femme,
dans son éclat. Mais ça peut assez dire aussi quand l’accent n’est pas mis sur la forme mais
plutôt sur l’unforme de ce qu’il y a à voir, ça se dit l’objet petit a. On peut meme donc
instaurer une dialectique dans ce qu’il y a à voir, entre la forme qui flatte l’œil, et la chose
équivoque, indicible, la forme dépourvue de contour, l’unforme qui trouble, perturbe, ou se
glisse dans l’image bien formée. C’est par exemple cette dialectique que Lacan met en
évidence dans le tableau fameux des Ambassadeurs où se qui est offert à voir est sujet à
être troublé par une chose bizarre et qui ne trouve elle- même sa forme que dans un autre
espace, et d’une autre perspective.

Dans les trois prisonniers, où est l’incognito ? dans les trois prisonniers l’incognito c’est pour
chacun lui-même, les autres ils voient leur disque, tandis que pour lui-même, à lui-même ce
disque est voilé. Il est donc dans la position d’incognito. Et, dans le cas de Lol, qui est
l’incognito ? on pourrait penser que c’est elle-même aussi, et qu’elle serait là captive, à
guetter, mot qui est dans Duras, que reprend Lacan. Et que elle on ne la voit pas. Mais ça
n’est pas exact, Duras prend soin de signaler que jacques Hold à la fenêtre la voit, sait
qu’elle est là.

D’ailleurs, enfin, je me suis mis à aimer Lol V. Stein (rires), depuis la semaine dernière, c’est
à force d’y penser, au fond et puis à voir que c’était extrêmement composé, et surtout que la
structure qui était mis en évidence était tout à fait fondamentale. Enfin, laissons de côté les
affects douteux que pouvaient susciter certains épisodes et l’imposture dans le mode de
l’auteur, enfin je suis prêt à mettre bas les armes et à me laisser moi aussi séduire par l’art
de cette construction.

En fait l’incognito est entre les deux. Et meme l’incognito est l’un des deux partenaires et
c’est pourquoi Lacan nous invite à ne pas identifier la position de Lol à celle du voyeur. Et à
ne pas croire que le regard soit à cette place là. C’est là que son emploi du mot regard, à
Lacan, est un emploi tout à fait spécial, un emploi technique, du mot regard, auquel il donne
une signification qui lui est propre. Parce que dans la langue, que parle ? ? le regard est
attiré par, tel spectacle, le regard est fasciné par tel spectacle. Le regard se porte sur. Je
porte le regard sur, Eric Laurent et Guy Trobas, bien entendu. Le regard là c’est simplement
le mouvement de vos mirettes.

Or, Lacan, n’appelle regard dans ce sens, ce qui est fasciné par. Il appelle regard le
fascinant et non pas le fasciné et c’es pourquoi il peut faire reconnaître si je puis dire l’origine
du regard dans la tache, dans ce qui fait tache dans le spectacle du monde. Et ce pourquoi
le regard au sens commun se porte électivement. Eventuellement dans un esprit critique,
madame arrive, dans ses plus beaux atours, et le monsieur dit il y a une tache ici, bon. La
dame n’est pas contente et le monsieur ne peut pas s’empêcher de dire qu’il y a la tache là,
pour rendre service sans doute (rires). Mais c’est que le « ne pas pouvoir s’empêcher », le «
c’est plus fort que moi » signale le fait qu’il est d’abord regardé, lui, par la tache. Moyennant
quoi, d’être regardé par elle, eh bien il a les yeux dessus, si je puis dire.

Ça, c’est à ça que peut nous servir aussi, que peuvent nous servir ces exercices, c’est à être
un peu plus lacanien, encore encore un effort pour être lacanien ! et que, l’initiative, est dans
l’Autre. Le regard c’est pas voir, ça n’est pas regarder, bouger ses mirettes, le regard est
d’abord dans l’Autre. c’est un principe dont il faut suivre les conséquences, jusqu’au bout.

C'est-à-dire que le rapport fondamental c’est celui qui inscrit l’Autre à la place de la
détermination et le sujet barré par cette détermination elle-même, à la place du déterminé.

Et en l’occurrence, pour Lacan, s’agissant du regard l’initiative est à l’autre su je puis dire. Et
ça peut s’écrire à cet égard petit a divisant le sujet.

A (a )

Moyennant quoi dans sa division le sujet l’éprouve à ne pas pouvoir s’empêcher de regarder.
Mais d’abord parce que ça le regarde, expression que Lacan met en valeur dans son texte
sur duras.

Autrement dit, la tache c’est le petit a incognito diviseur et fascinant. Et c’est en quoi parmi
les trois prisonniers chacun quand il est le moins un de l’affaire, chacun étant le moins un de
l’affaire par rapport aux deux autres, au fond est celui qui pour lui-même fait tache et il fait
meme tache aveugle comme on dit. Puisque il n’a pas son propre dos dans son champ
visuel. Et c’est toujours très inquiétant, enfin pas toujours très inquiétant, dans certaines
circonstances c’est très inquiétant le fait anthropologique que on a pas des yeux dans le dos,
la plupart du temps ça n’est pas inquiétant. Mais il arrive que dans certaines circonstances,
enfin, par exemple vous allez, vous êtes invités par un copain de la maffia dans un petit
restaurant de Las Vegas, et vous faites bien attention comment vous vous asseyez, bien le
dos au mur, pour que au milieu de vos papotages on ne puisse pas vous lâcher un pruneau,
bon. Moyennant quoi on peut faire sauter tout le restaurant, bon. C’est une autre méthode,
bon, mais enfin on voit, là, que le fait de ne pas avoir des yeux dans le dos est extrêmement
inquiétant. Il y a peu ayant à faire une présentation de malades, à l’hôpital psychiatrique, on
m’a signalé que le patient avait expressément demandé qu’il n’y ai personne dans son dos.
Ce qui avait l’air, enfin, d’indique rune certaine inquiétude mais enfin d'ordre délirant.

Donc ce fait, au fond, ce que traduit au fond cette impossibilité de voir une partie de soi
meme qui se trouve là livré à l’autre, c’est au fond déjà, c’est déjà présent votre statut d’objet
petit a. En tant que, ça, dans les trois prisonniers, c’est déjà constitué au nom d’un non-
savoir, voilà quelque chose que chaque prisonnier comme moins un, ne sait pas. Et encore
plus inquiétant que les autres, eux, savent de moi quelque chose que j’ignore. Si je suis A, B
et C, eux, savent quelque chose que j’ignore. et donc il y a déjà dans la situation des trois
prisonniers, si on accentue cet élément là, il y a un pathétique qui ne demande qu’à surgir.
Et que développe un des points de son exposé, que développe Guy Trobas, en relevant que
Lacan parlant des trois prisonniers des années plus tard, enfin, indique d’un mot cette
difficulté pathétique.

Alors une des formes, disons l’origine du regard c’est la tache, et c’est ce qui met
potentiellement chacun en position d’être sous le regard du monde, le regard n’est pas que
ma propriété, au contraire le regard est dehors et je suis cerné par un monde omnivoyeur,
comme s'exprime Lacan dans le Séminaire XI et au fond en se glissant dans des analyses
phénoménologiques de Merleau-Ponty qui lui était arrivé de reprendre précisément, donc
l’origine c’est la tache, le regard c’est déjà une métonymie de la tache, une variation de la
tache et il y a encore si je puis dire un troisième stade, qui est le stade de la beauté et alors
que la tache peut être l’élément déguelasse du spectacle, mais par là meme celui qu »il faut
reconnaître, le regard, la beauté est la forme sublime de la tache, et donc on peut la mettre
comme un troisième stade après la tache et le regard.

Et Lol V. Stein se situe au fond, enfin disons Lol V. Stein c’est un roman de la beauté, de la
captation par la beauté, par la beauté regard. Et Lacan meme, à la fin de son texte dit que
Lol V. Stein s’inscrit précisément dans la zone où le regard se retourne en beauté, avec
référence à l’entre-deux-morts, avec référence à la positon d’Antigone, qu’il a élaboré dans
l’Ethique de la psychanalyse, comme étant celle de l'entre-deux-morts.

Alors, Lol on peut dire est par la beauté transportée, arrachée à elle- même, comme le disait
Eric Laurent la dernière fois, expulsée de son propre corps. C’est ce que signale au fond dès
son entrée en matière, qu’Eric Laurent a cité la dernière fois, c’est la beauté qui opère. Il y a
dans Lol V. Stein, dans Le ravissement de Lol V. Stein une opération de beauté, une
opération dont la beauté est l’agent et c’est sous le fouet de la beauté sur bourreau sans
merci si je puis dire, en parodiant Baudelaire, que se déroule le pathétique de l’aventure, en
meme temps que l’image de Lol nous ravit, c’est par là qu’elle est ravisseuse, dit Lacan, et
que derrière elle, duras pour Lacan, nous ravit et la ravisseuse et nous les ravits, le ravit est
d’ailleurs un personnage typique de Marseille en particulier. Dans les santons de Marseille,
vous avez un personnage, il m’est arrivé de l’acheter jadis, un personnage qui s’appelle Lou
ravi et ce personnage représente comme ça ébaudit par le spectacle... bon.

Alors qu’est-ce qui captive Lol ? ce qui la captive c’est le couple, c’est ce qu’il y a, ce qui a
lieu dans le couple, où Lacan reconnaît les fonctions du sujet barré et de l’objet petit a=


(S a)
Lol J. Hold Tatiana

Et au fond sans équivoque il situe l’homme de l’affaire, l’étalon, celui qui sert d’instrument à
Lol, comme le sujet barré, jacques Hold et l’objet petit a de l’affaire, l’amie Tatiana. Lol est
dans le troisième terme de cet ensemble, et à cet égard, disons, on a une structure qui est
profondément, qui répond profondément au désir hystérique. A savoir une femme faisait d’un
homme son homme de paille, auprès d’une autre, qui concentre le mystère de la féminité, et
dans cette disposition in pourrait resituer à la place de Lol le personnage de Dora et voir ici
l’ineffable couple de Monsieur et Madame K.

Mais, plus précisément, et en s’appuyant de façon parfaitement exacte sur le roman de


Marguerite Duras, Lacan montre que c’est Tatiana, le corps de Tatiana, qui est là, qui centre
la captivation de Lol, que c’est déjà au départ cette nudité jamais vue de la femme qui lui
enlève son fiancé, qui laisse Lol inconsolable comme s’exprime Duras, c’est de ne pas avoir
vu le geste de l’homme dénudant la femme qui la laisse pantelante et vissée à cette place,
j’ai cité déjà la dernière fois le passage : il aurait fallu murer le bal, en faire ce navire de
lumière sur lequel chaque après-midi Lol s’embarque, mais qui reste là, prêt à quitter à
jamais un mari et prêt à quitter avec ses trois passagers et j’ai vu Lol inconsolable, encore
inconsolable, il n’est pas pensable pour Lol qu’elle soit absente de l’endroit où ce geste a eu
lieu – le geste de dénuder l’autre femme – elle est né pour le voir et etc., bon.

Et au fond c’est cette absence de voir, cette absence d’assister à cette épiphanie qui a fait
événement, qui a fait l’événement. C’est un terme qui est dans Lacan, c’est un terme que
Eric Laurent a souligné et il est dans Duras, tel quel, page 17, à propos de la première, le
moment du rapt du fiancé, Lol a déjà Tatiana à ses côtés, comme sa meilleurs amie, «
Tatiana la trouva elle-même changée. Elle guettait l’événement, couvait son immensité, sa
précision d’horlogerie. » Là c’est un drôle de mot, événement, et nous avons aussi le mot
fascination. « Si elle avait été l’agent même non seulement de sa venue mais de son succès,
Lol n’aurait pas été plus fascinée. »

Et nous avons encore page 20 « Lol resta toujours là où l’événement l’avait trouvée lorsque
Anne-marie Stretter – c’est la ravisseuse du fiancé – lorsque Anne-Marie Stretter était entrée
derrière les plantes vertes du bar. »

Voilà le mot événement qui est là, repris par Lacan, et au fond dix ans s’écoulent, dix ans où
il ne se passe rien, Duras dit dix ans de mariage. Ça fait penser d’ailleurs à telle nouvelle de
Balzac où en effet, je crois que c’est La femme abandonnée, je crois, où à un moment
Balzac dit – c’est pas le style de Duras – nous nous permettrons de passer sans rien dire sur
un intervalle de dix ans où ils vécurent parfaitement heureux. Voilà, en une phrase, dans
Balzac, on saute par dessus l’intervalle où il ne se passe rien, comme dit très bien Tolstoï au
début d’Anna Karenine, les familles heureuses n’ont pas d’histoire, et donc, bon. Donc là une
parenthèse de dix ans et puis Lol reprend, reprend une quête, retrouve Tatiana, et au fond
s’accomplit, quelque chose s’accomplit de ce qui était, s’était avéré interrompu dans le
premier épisode.

Et là Eric Laurent a signalé comment Lacan, enfin ne se laisse pas prendre par la main par
nos bonnes grosses structure à tout faire. Lacan écrit : on pensera à suivre quelques clichés
qu’elle répète l’événement. Il a été d’ailleurs pas pour rien Lacan lui-même dans la promotion
de tel cliché, enfin en tout cas c’est devenu cliché à partir de ponctuations qu’il a mis. Après
quoi on s’est mis à appliquer ça à l’aveuglette, et il signale qu’ici « notre point de vue ce n’est
pas l’événement qui se refait là, dit-il c’est un nœud » et vous passez par quelques détours,
donc il faudra attendre un petit peu de temps pour comprendre pourquoi ici il fait entendre
parler de nœud qui se refait, et pas en terme de répétition. Bon, je veux dire là, vendons la
mèche sans plus attendre. C’est que il faut s’apercevoir que quand on parle de répétition,
quand on dit eh bien ça a eu lieu une première fois alors ça se répète une seconde et puis la
suite, il faut voir une chronologie bien tranquille, pour pouvoir dire ça se répète il faut
disposer de la flèche du temps, il faut disposer d’un avant et d’un après, qui sont bien
gentiment à leur place et que si on regarde d’un peu plus près, précisément, il n’est pas du
tout sur que nous soyons dans un temps où l'avant et l'après ait cette tranquillité.

Et, c’est précisément ce qu’on apprend dans le temps logique, en particulier. C’est que, pour
fabriquer de l’avant et de l’après il faut en mettre un coup et que, si je puis dire, ce coup
coûte cher, précisément le coup, la fabrication de l’avant et de l’après ça coûte de l’angoisse.

Donc, Lacan met plutôt l’accent sur la structure que sur la chronologie, en la matière. Une
structure qu’il qualifie un être-à-trois. Et au fond il nous dit pas simplement que Lol est un de
ces trois, sinon que Lol est suspendue à l’être-à- trois, qu’elle ? ?

Cet être-à-trois disons c’est une dérision, c’est une très belle expression, l’être-à-trois, c’est
certainement une structure plus complexe que moi et ma moitié. C’est plus complexe on
peut pas dire moi et mon tiers. Moi et mes deux tiers. L’être- à-trois, enfin posons le déjà
comme une dérision de la trinité. Ce qui est quand meme, c’est quand même le best-seller
du ternaire. Le père, le fils et le saint- Esprit. Et ici c’est Lol, le nigaud et la meilleure amie,
voilà une autre trinité. Enfin on a pas, à ma connaissance on

a pas élevé de temple à la trinité de la folle, du nigaud et de la meilleure amie mais ici nous
avons, qui sait, si dans l’esprit de la secte du Phénix, de Borges, si on aurait pas pu finir par
élever quelques lieux de méditations sacrée en l’honneur du ravissement de Lol V. Stein. Il
suffirait d’en faire un, d’ailleurs, il y en aurait d’autres, bon.

Alors, ici, alors évidemment, un vain peuple pourrait réduire ça au terme de ménage à trois.
Le ménage à trois c’est le ravalement de cette forme magnifique et que ? ? a élevé jusqu’au
sacré que cette entente, de cet être-à- trois.

Alors, c’est ce que vous retrouvez aussi sous d’autres formes, dans la belle bouchère, Lol
est la belle bouchère et lui, là, nous avons le mari, et la meilleure amie, qui se retrouve dans
l’histoire. Donc, forme éminement hystérique, bon.

Alors Hold, lui est le sujet divisé de l’affaire, Lacan y reconnaît son sujet divisé. Et il dit, ce
qui est exact, c’est lui la voix du récit, il est au fond le personnage qui écrit le roman que
nous lisons, ce que nous lisons comme roman de Duras, est selon le roman ce sont les
mémoires, c’est le récit de jacques Hold. Mais Lacan, il faut qu’on fasse attention à ceci, que
c’est pas le seul montreur de la machine, qu’il est un ressort de la machine elle-même. Là on
ne peut pas s’empêcher de faire la comparaison avec ce que nous avions vu d’ailleurs avec
Eric Laurent, à propos du bunraku, où il y a d’un côté le personnage manié par plusieurs
montreurs, enfin plusieurs manieurs de la marionnette, et puis à quoi s’ajoute la voix du
récitant, qui lui est off. Alors qu’ici nous avons une voix du récit mais qui provient d’un des
rouages même de la machine. C'est-à-dire nous n’avons pas le récitant du bunraku mais
c’est un élément même du trio qui est là.

Alors c’est celui, en tant que sujet divisé, c’est celui dont Lacan souligne l’angoisse et nous
voilà un peu raccroché du terme que nous amène, souligne Guy Trobas. Il est angoisse, et
Lacan souligne que est-il sa propre angoisse ou est-il l’angoisse du récit, il établit là une
différence que nus pouvons faire valoir, bien.

Disons que l’angoisse est par excellence l’affect du sujet divisé. Et c’est là qu’il faut bien
situer le rapport de cette angoisse avec, cette angoisse du sujet, le rapport de cette angoisse
du sujet avec l’objet petit a. Au fond l’objet petit a c’est plutôt par excellence le pare
angoisse, précisément en tant que cause du désir.
Le remède à l’angoisse c’est le désir et c’est bien ce qu’on observe dans l’expérience
analytique meme, où si l’analyse cesse de se mettre en position de cause, petit a, il obtient
ou doit obtenir un soulagement d’angoisse à la place du sujet. Et quand il l’obtient pas c’est
une indication clinique que peut être, enfin qu’il a sa valeur propre à, enfin à distinguer
comme telle. Ceci dit, Lacan indique que au fond ce petit a il est angoisse à l’occasion. alors
comme voir ça pour introduire le travail de Guy Trobas, on peut faire la jonction, la jonction
peut être multiple avec le texte sur Lol V. Stein, c’est la même que de dire que c’est le désir
de l’Autre qui angoisse le sujet. Le désir de l’Autre c’est que l’Autre ait un manque, et qu’au
fond que l’Autre soit animé du désir de combler son manque. Et voilà que ce désir se tourne
vers moi, tourne son radar vers moi, voilà qu’il se peut que je sois ce qui manque à l’Autre. et
s’il y a une chose que je ne sais pas, c’est que je ne sais pas ce que je suis dans le désir de
l’Autre, je ne sais pas en quoi je peux le satisfaire, ou en quoi je peux manquer à le
satisfaire. Et par là meme l’énigme du désir de l’Autre c’est l’énigme de mon propre statut en
tant qu’objet petit a cause de ce désir énigmatique.

Et, disons que c’est l’élément inquiétant qu’il y a foncièrement dans la disposition des trois
prisonniers. Je ne sais pas ce que je suis pour eux, je ne sais pas de quelle façon je
m’inscris dans la vision qu’ils ont de moi, est-ce que je m’inscris comme noir ou est-ce que je
m’inscris comme blanc, eux le savent et moi je ne le sais pas.

Alors, il y a une façon de résoudre la question, c’est en effet d’assumer dans

la joie le fait d’être ce que l’Autre désire, d’être la cause de son désir. C’est la solution
foncièrement érotomaniaque. Et c’est là que s’inscrit ce que Lacan distingue comme une des
deux grandes formes de l’amour, la forme érotomaniaque de l’amour. L’amour au fond, dans
cette forme, c’est ce qui permet d’assumer d’être ce que l’Autre désire, et meme quand on
est la comtesse de Castiglione, on peut se permettre de dire : je suis ce que tous les autres
désirent et ils ne m’auront pas, tintin ! ! je me photographie, je me jouis moi-même à me
photographier ! et vous n’aurez que, à travers les siècles, vous n’aurez que la petite monnaie
de mon image, bon. Et je fais une exception pour napoléon III, parce que c’est l’Empereur,
bon. Mais pas vous ! voilà ! (rires).

Alors, il est d’ailleurs, enfin, c’est quand même, elle a gardé dans une boite précieuse, qu’on
voit à Turin, elle a gardé dans une boite précieuse sa chemise de nuit de sa première nuit
avec l’Empereur, une dépouille, enfin, je suppose qu’elle était identifiée d’une certaine façon
de la présence de l’Empereur dans cette chemise de nuit, ça parcoure des siècles d’ailleurs,
jusqu’à des événements récents, où alors là s’est produit, c’est examiné par le F.B.I., etc., et
au fond elle a ? ? j’ai eu lapeaudelabête???

Alors, en revanche, c’est là qu’on comprend l’angoisse de Jacques Hold, qui sert à quelque
chose à Lol, mais vraiment là, et parce que il devient la marionnette de Lol et dès les
premières lignes il présente ce qu’il appelle l’écrasante – ça c’est très beau comme
expression – l’écrasante actualité de Lol dans ma vie. Et c’est au nom de l’écrasante et
actualité de Lol qu’au fond il nous livre ces lignes que nous lisons, c’est les lignes d’un
écrasé, écrasé par l’actualité du désir de Lol qui lui reste néanmoins opaque et qu’il essaye
dans ce roman, passionnément de déchiffrer, étant par là meme dans la positon du
romancier classique, à savoir celui qui, sauf qu’ici on voit l’effort. Balzac fait aucun effort,
enfin, Balzac il boit des cafés, il se met à sa table, puis, et puis dès qu’il se met à gratter il
sait tout.

Fin de la 1ere partie du cours 20 du 310500

Début de la 2eme partie du cours 20


Et on est encore d’ailleurs, aujourd’hui, c’est pas qu’il est le sujet- supposé-savoir, il est le
savoir, le savoir sur toutes choses qu’il y a en ce monde, y compris ce qu’il y a dans chaque
tête de chacun de ses personnages. Position d’omnisavoir que Jean-Paul Sartre,
existentialiste, critiquera, moquera dans un article célèbre sur l’art du roman, au détriment de
François Mauriac et qui se terminait par la phrase : monsieur Mauriac, dieu n’est pas un
romancier et monsieur Mauriac non plus. Il a bien vu, c'est-à- dire s’il y a en effet du tout-
savoir, bon, sauf que Balzac oui est un romancier, enfin, il n’y a qu’un existentialiste qui soit
un romancier mais manque de pot il n’est pas romancier non plus, pour d’autres raisons.

Mais, ici, si vous voulez, précisément, ce qui est beau, c’est que il est dans la position du
romancier essayant de reconstituer les pensées de l’Autre et les seules pensées qui
l’intéresse c’est les pensées de Lol et donc, c’est dans cet effort même que s’écrit ce qui
nous est livré sous la forme d’un roman.

Et, au fond, c’est habité par la question, angoissée : que suis-je dans le désir de Lol? et la
réponse évidemment est : tu n’es que son instrument pour saisir Tatiana. Ecoutez, comme
j’entend bien donner la parole à Guy Trobas, je crois qu’on va voir un autre visage de
l’angoisse à travers son exposé, cette fois-ci directement lié au sophisme des trois
prisonniers, et donc je lui donne la parole.

Guy Trobas : Chacun aura été sensible, je pense, à la touche d’allégresse qui a marqué les
propos de Jacques-Alain Miller lors de son avant dernier Cours, celui du 17 mai dernier.

Pour ma part, celle-ci a eu pour effet de me transférer une certaine agitation dans les
méninges, une agitation travailleuse, au point que j’ai voulu lui en transmettre les résultats,
en forme d’interrogation, sur un aspect subjectif, du temps logique.

Cet aspect est celui qui permet de les réintroduire, le registre de l’affect, donc du libidinal.
Dans sa réponse Jacques-Alain Miller m’a proposé de reprendre ce questionnement pour
vous, en le développant un peu, ce dont je le remercie à nouveau vivement.

Alors, le point de départ de ma réflexion m’a été donné par cette décomposition du temps
pour comprendre que Jacques-Alain Miller a mis en relief à partir du texte de Lacan. C’est
une décomposition d’autant moins évidente que la durée pendant laquelle les deux autres
protagonistes, les deux blancs, suspendent leur décision par un moment de méditation, qui
peut être, note Lacan, aussi bref que l’instant du regard, donc ces deux temps ne livrent pas
dans leur obligation de différence une hétérogénéité objectivable qui orienterait le temps
pour comprendre.

Je rappelle ici ces deux moments, noté petit a, et petit b par Jacques-Alain Miller, petit a
c’est le temps d’attente, ce que l’autre va faire, petit b c’est le temps de constater que l’autre
lui aussi attend ce que je vais faire. Notons au passage deux choses, la première est la
précision que ces formulations, lesquelles, vous le remarquez font venir au premier plan
l’attente, la précision que ces formulations nous apporte sur ce que Lacan appelle la tension
temporelle, amenant le mouvement logique du sophisme.

Celle-ci, cette tension temporelle, est non seulement faite de l’urgence de la situation
concluante, mais aussi de la nécessité que dans cette urgence la hâte finale soit précédée
d’un temps d’attente, en fait de deux. Il est facile d’imaginer que la structure de cette tension
temporelle malmènerait la subjectivité névrotique et je verrais bien là un motif à la?? sous-
jacente de Lacan, quand introduisant le problème il nous dit qu’il s’agit de trois détenus de
choix.
La seconde chose que je voudrais signaler, c’est combien les deux formulations
précédentes, nous éclairent sur l’opposition que fait valoir Lacan entre structure spatiale du
procès logique, du dilemme des trois prisonniers, et une structure temporelle. La première
qui est manifeste dans la conjoncture où deux disques noirs et un disque blanc sont
disposés et qui perdurent dans le temps du regard les deux autres conjonctures, est une
structure dont la logique implique nulle intersubjectivité.

Par contre, dans ces deux autres conjonctures, les moments a, petit a de petit b du temps
pour comprendre mettent parfaitement en relief en quoi cette structure temporelle est
absolument consubstantielle du virage à l’intersubjectivité dans le procès logique. C'est-à-
dire du moment où le sujet se détache du signe porté par les autres pour basculer vers les
représentations, vers les signifiants du calcul dont ils sont animés à partir du constat de
l’absence des disques noir.

Je reviens à présent sur la décomposition du temps pour comprendre, spécialement sur son
moment petit a, qui a donc stimulé ma cogitation.

Plus précisément c’est cette attente, n’est-ce pas, le temps d’attente de ce que l’Autre va
faire, dit Jacques-Alain Miller, c’est cette attente qui m’a fait m’interroger sur ceci que peut-
être nous avons là le moment où, dans le virage précédent, dans le mouvement de ce sujet
dit par Lacan de pure logique, émerge cependant un affect, pas n’importe lequel, l’affect
radicalement corrélé à notre structure subjective, à savoir l’angoisse.

Alors ce qui me semble, peut déjà induire, éveiller une telle hypothèse, c’est qu’après Freud,
qui avait déjà noté la valeur théorique à propos de

l’angoisse du symptôme nucléaire de la névrose d’angoisse, c'est-à-dire de l’attente


anxieuse, Lacan a lui aussi mis en valeur ce registre. Tout particulièrement dans ses
séminaires sur l’identification et sur l’angoisse, il précise l’articulation entre cette dernière et
l’attente. C’est dans la mesure où le désir de l’Autre met le sujet en position d’attente, par
rapport au point où ce désir l’implique, sans le reconnaître, que se trouve suscitée l’angoisse
dans le dit-sujet.

C’est d’ailleurs dans le séminaire l’angoisse, à la leçon du 27 février 63 que Lacan


mentionne justement la dimension temporelle de l’angoisse, cette mention qui va dans le
sens de notre propos, n’est d’ailleurs pas la première, car il y en a une autre, qui m’était
restée opaque, jusqu’à ce séminaire sur l’angoisse, elle se trouve page 109 des Ecrits, dans
« L’agressivité en psychanalyse », texte qui suit de trois ans le temps logique. Dans un
passage de ce texte Lacan propose en effet pour ce qui est dit-il de notre praxis, la catégorie
de l’espace, qui est celle de l’inertie du moi et des scotomes inertes des symptômes, il
oppose donc cette catégorie d’espace à la dimension temporelle dont répond l’angoisse.
Donc en 1948.

S’agissant donc de l’hypothèse que j’ai avancé, dont vous voyez le ressort avec l’incidence
supposée de l’attente, un argument s’en allait contre sa valeur subjective d’angoisse. En
effet, ce que les autres vont faire, l’attente de ce que les autres vont faire, ce que les autres
vont faire ne s’articulent pas à priori dans le registre du désir de l’Autre et de son opacité
énigmatique pour le sujet.

C’est en effet ce qu’on peut objecter à mon hypothèse avec Lacan qui nous précise bien
pages 205-206 des Ecrits, que dans l’intersubjectivité dont il s’agit, dans le temps pour
comprendre, les sujets, engendrés, sont des sujets je le cite : des sujets indéfinis sauf par
leur réciprocité, c'est-à-dire des sujets non particulier. Ce sont des semblables, ou comme le
dit Lacan ? ?208, l’un ne se reconnaît que dans l’Autre. en d’autres termes chacun peut
prêter à l’autre lememe calcul logicien et c’est pour cela que le moment B qui suit, le moment
B du temps pour comprendre, le constat que l'autre lui aussi attend ce que je vais faire, est
somme toute la simple déduction spéculaire, transitiviste, du moment petit a. donc cette
transparence si on peut dire du désir de l’autre semble ici faire obstacle à l’émergence de
l’angoisse.

La porte se referme-t-elle alors sur l’hypothèse avancée ? ce n’est pas sur, quelque chose
dans cet écrit de Lacan la laisse pour le moins entrebâillée, quelque chose que j'y ai
retrouvé, pour l’avoir cherché dans l’après-coup de mon hypothèse, à savoir qu’il introduit lui-
même dans ces sujets dont la logique ne semble répondre que des effets du signifiant, il
introduit lui-même à un moment donné le registre de l’angoisse.

Ce n’est pas au mouvement du temps pour comprendre, encore moins chose à laquelle on
pourrait penser, en raison du calme grave, dramatique de la situation, ce n’est pas là qu’il
l’introduit, mais il l’introduit comme corrélat du mouvement logique lui- même dans son
troisième temps, plus précisément sur le versant de la hâte, du moment de conclure. Je vous
lit le passage, n’est-ce pas, page 207, qui intervient à titre d’approfondissement de
l’originalité de l’assertion par le sujet qui conclut par son mouvement logique.

Donc je le cite : « Progressant sur les relations propositionnelles des deux premiers
moments, apodose et hypothèse, la conjonction ici manifestée se noue en une motivation de
la conclusion, « pour qu’il n’y ait pas » - Lacan ouvre une parenthèse – (de retard qui
engendre l’erreur), où semble affleurer la forme ontologique de l’angoisse, curieusement
reflétée dans l’expression grammaticale équivalente, « de peur que » (le retard n’engendre
l’erreur).

Vous remarquerez que l’expression « où semble affleurer la forme ontologique de l’angoisse
», par sa nuance n’est-ce pas entre le phénomène et l’ontologique, n’exclut pas que
l’angoisse consubstantielle

donc à l’être du sujet, ici, qu’il soit pur logicien ou non, n’exclut pas que l’angoisse puisse
exister ici, voire opérer, inaperçu, dans les temps logiques précédents.

Ceci étant la question se pose de ce qui peut motiver cet affleurement dans l’assertion dite
conclusive. Il est clair que nous sommes là renvoyé à la modification de la détermination
subjective des trois acteurs dans cette modulation temporelle nouvelle, donc du moment de
conclure.

Je ne vais pas reprendre le commentaire qu’a fait sur ce point Jacques-Alain Miller, il y a
deux semaines, mais simplement rappeler que dans ce troisième temps, logique, chacun
des sujets se trouve manifestement précipité dans quelque chose, qui n’est plus
objectivable, et qui s’appelle rivalité, concurrence. Une rivalité, une concurrence, qui joue par
rapport à ceci, que chaque sujet à être devancé par les autres est rejeté, enfin risque d’être
rejeté dans l’erreur ou l’indétermination, ne pouvoir reconnaître s’il n’est pas un noir.

Il y a là comme le note Lacan , page 206, une urgence du mouvement logique, une urgence
de ne pas attendre plus pour conclure sa logique assertive. C’est aussi bien, souligne-t-il, le
culmen de la tension temporelle. Une certaine évidence peut nous pousser à considérer que
c’est à cette apnée de la dite tension qu’est du l’affleurement de l’angoisse.

Mais il me semble que l’on peut faire valoir un autre angle d’approche que celle-ci, ou de
celui-ci, de cet affleurement, à partir de ce que Lacan fait valoir page 208 sur le « je », j-e,
sur le sujet de l’assertion subjective qui est donc l’assertion qui est en jeu dans le moment de
conclure.
Ce sujet nouveau en quelque sorte, ce « je » en tant que sujet de l’assertion conclusive,
s’isole écrit Lacan, s'isole par un battement de temps logique de l’autre, c'est-à-dire d’avec la
relation de réciprocité. Ce « je », ce sujet de l’assertion, s’isole de la relation de réciprocité.
En d’autres termes Lacan fait reposer en ce point où s’affirme la relation justement de
rivalité, il fait reposer là-dessus la possibilité de dégagement de chaque sujet, n’est-ce pas,
du transitivisme spéculaire indéterminé, du temps logique précédent.

Il y a là comme l’indique l’expression justement d’assertion subjective et non pas objective, il
y a là n’est-ce pas une véritable émergence du sujet, tout au moins pour Lacan, dans ce
texte, une véritable ignorance du sujet dans sa particularité cette fois-ci, qui rompt à la
transparence des calculs que chacun peut supposer dans les autres. Comme l’écrit Lacan
page 207 : « (...) le jugement qui conclut le sophisme ne peut être porté que par le sujet qui
en a formé l’assertion sur soi, et ne peut sans réserve lui être imputé par quelque autre.

Voilà le calcul se brise. Enfin le calcul qui aboutit à l’assertion objective. Et bien si justement
il ? ?à ce niveau, que peut être introduite la considération du désir de l’autre. Dans ce
troisième temps du sophisme et ceci dans la mesure meme où la dite particularité de chacun
des sujets – de chacun des protagonistes – n’en fait plus pour les autres un semblable mais
bel et bien un grand Autre.

Sans doute pourrions nous dire que ce qui désigne dans le temps logique cet autre, ce qui
lui donne consistance, et qui au-delà implique son désir, à ce moment de l’enseignement de
Lacan, c’est ce que Lacan nomme rivalité, jalousie ou concurrence. En ce sens il paraît
soutenable de poser que ce n’est pas le culmen comme tel de la tension temporelle qu’il faut
entendre comme motivant l’affleurement de l’angoisse, ce qui serait un point de vue peut-
être un peu trop économique, du fait de ce terme de culmen, mais plutôt le crescendo de
l’urgence concurrentielle, n’est-ce pas, en tant qu’elle trouve à s’y réincarner, dans ce
crescendo, le désir de l’Autre qui est sous-jacent. Près de trente ans plus tard dans son
séminaire Encore, page 47, n’est-ce pas cette perspective que Lacan met en valeur, dans,
revenant sur son temps logique, il note que chacun n’intervient dans ce

ternaire, qu’au titre de cet objet petit a qu’il est sous le regard des autres.

Et si à présent en partant de cette subjectivation d’une concurrence avec l’Autre dans la


fonction du temps logique, une phrase de Lacan page 208, nous relevons, comme Jacques-
Alain Miller l’a montré, que tout le ressort du temps logique joue là- dessus, au fond ne
sommes-nous pas autorisé, à déduire que non seulement le registre de l’angoisse est mis en
jeu au temps pour comprendre, mais aussi manière de rectifier mon hypothèse de départ,
finalement dès l’instant du regard.

Et donc, si à présent, comme je le disais en partant de cette subjectivation d’une


concurrence avec l’Autre, dans la fonction du temps logique, nous relevons, comme
Jacques-Alain Miller l’a montré, que tout l’effort du temps logique joue là-dessus, ne
sommes- nous pas autorisé à déduire que ce registre de l’angoisse apparaît à chacun de
ces temps, logique.

Pour conclure après cette interrogation j’introduirais encore un questionnement, celui-ci


concerne le moment de conclure, dans lequel il me semble correct d’introduire aussi une
certaine décomposition. Il y a la précipitation du mouvement logique, qui aboutit au jugement
assertif, précipitation dans laquelle affleure l’angoisse au point où la tension temporelle
trouve sa plus grande densité intersubjective. Mais il y a aussi la manifestation du jugement
n’est-ce pas, sous la forme de la hâte qui anticipe sur sa certitude et vient, lequel ? ? nous
dit Lacan, décharge cette tension. Il est logique de poser que ce moment est aussi celui qui
ouvre à la résolution de l’angoisse. la question peut alors être soulevée de l’articulation, pas
entre la certitude de l’angoisse et l’acte qui engendre la certitude dans le temps logique. Là-
dessus, contre les réflexions, pourrait être relancer par ce que nous dit Lacan, n’est-ce pas,
dans sa leçon du 19 décembre 62, dans le Séminaire l’Angoisse, à savoir que c’est
justement peut-être de l’angoisse que l’action emprunte sa certitude.

Un dernier mot sur l’arrière plan de cette lecture que je vous ai proposé, celui-ci est simple à
énoncé, mais bien plus difficile à conceptualiser dans ses tenants et aboutissants, si comme
l’a annoncé Jacques-Alain Miller dans une formule frappante, en tout cas qui m’a frappé, le
temps est lui même un effet de la structure signifiante, c’est bien parce que cette structure
est animée par l’objet petit a, sans doute en dernier instance, est-ce que ce semblant
ontologique que nous devons faire reposer le temps logique.

C’est en tout cas la perspective que j’ai voulu donner avec cette mise en relief de l’angoisse,
qui habitait ce temps logique.

Applaudissements.

Jacques-Alain Miller :
toujours là vous voyez, faut pas confondre, je crois, les incendies avec les boules puantes.
Donc prenons notre temps, bon.

Je remercie beaucoup Guy Trobas de sa ponctuation qui peut en effet s’appuyer sur une
conception constante de Lacan, qu’on trouve déjà comme il est allé le chercher dans son
écrit sur l’agressivité en psychanalyse, un de ses exposés d’après-guerre, devant le groupe
analytique et qui lie de façon essentielle l’angoisse et le temps. Et il y a une appartenance
essentielle de l’angoisse et du temps.

Et c’est lié disons, à la jonction de l’angoisse et du désir de l’Autre, c’est pas une
appartenance circonstancielle, c’est que l’angoisse est impensable sinon comme
phénomène temporel.

Et pourquoi ? entant qu’elle est liée au désir de l’Autre elle prend la forme si on veut lui
donner une forme d’énoncé, la forme que va-t-il faire ? mais avec l’accent supplémentaire
c’est pas l’attente tranquille de qu’est-ce que l’autre va faire ? est-ce qu’il va partir ou

est-ce qu’il va rester ? c’est ce qu’on a dans les trois prisonniers. Evidemment si j’étais est-
ce que l’autre va partir ou est-ce qu’il va me fendre la tête en deux, là ça commencerais à
être autre chose. Au fond dans le sophisme des trois prisonniers, il est entendu que chaque
prisonnier ne songe qu’à calculer, à jouir en calculant dans sa tête et à prendre la poudre
d’escampette. On dit c’est des prisonniers donc on comprend que leur désir est su par tout le
monde c’est de prendre la poudre d’escampette. N’est- ce pas ? d’ailleurs c’est pas comme
ça lorsqu’on nous représente dans des scénarios, au cinéma, des prisonniers qui prennent la
poudre d’escampette en général ils s’interfèrent parmi eux des beaucoup d’autres désirs que
celui de prendre la poudre d’escampette. ils oublient de prendre la poudre d’escampette pour
prendre la femme du voisin et à ce moment là ça met à mal, on se rend compte que leur
désir n’est pas univoque. Au fond, dans ce récit, en effet, le désir est univoque chacun ne
pense à l’autre que comme un moyen épistémologique de sortir, que de l’inscrire comme un
élément de son calcul logique pour sortir. Lol V. Stein elle n’inscrit pas les autres comme des
éléments de calcul épistémique pour sortir, elle en fait des éléments de sa jouissance
insituable, bon.

Fin de la 2eme partir du cours 20.

Début de la 3eme partie du cours 20


Donc, lorsque le désir de l’Autre on ne sait pas lequel il est, alors on est en

On est effet suspendu à ce qu’il va faire. Et, plus précisément à ce qu’il va me faire. Et dans
tous les sens on peut prendre ce « ce qu’il va me faire », c’est-à-dire qu’est-ce qu’il va me
faire à moi qui peut me faire du mal, parce que son désir peut comporter ça, du mal pour
moi, de la brutalité, de la violence, bon. Et puis, qu’est-ce qu’il va me faire au sens de quel
être son acte va-t-il me conférer ? Et donc, horreur, enfin, angoisse, est-ce que par exemple
je serai pour l’Autre qui s’approche un aliment ? Est-ce que c’est l’être d’aliment que il va
m’infliger en me considérant comme bon à manger. Et, brusquement, bon, et ce sont des
épisodes d’ailleurs à la fois dont on fait du rire dans les comics ou dans les films, etc.,
brusquement l’oiseau s’aperçoit, en effet, alors ou il ne s’aperçoit pas justement dans les
histoires de Fifi et Sylvestre. Fifi n’est qu’un aliment pour Sylvestre, et Fifi pas du tout pense
qu’ils sont là pour deviser etc, est absolument aveugle et absolument pas angoissé. Fifi, il
n’est pas angoissé par le désir de dévoration de l’autre qu’il ne perçoit même pas, bon.

Alors, au fond, c’est dans ce « que va-t-il me faire » que gît l’angoisse et donc l’élément
temporel de l’angoisse, à savoir c’est le moment d’après, je ne le sais pas encore mais je
vais le savoir. Et tu vas voir ce qu’il va t’arriver, comme dis l’autre, bon.

Alors donc il y a quelque chose dans l’angoisse en effet qui comporte le « l’autre est sur le
point de », « un instant plus tard et ça y est », avec aussi le « être indéfiniment sur le point
de », dans le « allons, allons, marchons, partons », etc et puis on va sur place, ou les
déménageurs qui sont là, nous déménageons etc, et ils ne déménagent rien du tout, toute la
pièce se passe dans la déclaration des déménageurs qui vont déménager la maison et puis
la maison reste en place.

Alors, à cet égard, au fond il y a un élément qui est souligné, vous essayez d’introduire
l’angoisse dans le temps pour comprendre, à cause du terme

d’attente et d’attente anxieuse qui est la piste sur laquelle nous a mis Freud.

Alors, évidemment, comme c’est à facettes il faut qu’on arrive à s’entendre, parce que. Au
fond il y a un quand même, on ne peut pas confondre l’attente des deux qui attendent que
l’autre fassent quelque chose, jusqu’à se rendre compte que le binaire, enfin l’autre, est
aussi en train d’attendre ce que lui-même va faire et puis le troisième. Le troisième, même
s’il a lui aussi un temps pour comprendre, il n’est pas dans la même position, parce qu’au
départ, dans les trois, au fond il est en train d’attendre ce que les autres vont faire, et au fond
il ne peut rein faire d’autre que d’attendre. C’est-à-dire là, lui il sait qu’il ne peut pas partir,
étant donné qu’il a en face de lui deux blancs, donc il attend de voir si les autres, eux,
peuvent partir parce que lui serait noir. Mais ça il faut qu’il attende. Là, il y a une durée, si je
puis dire, incompressible, une attente incompressible. Il faut attendre. Prenez votre tour,
prenez votre tour, il y a la queue Monsieur, on ne peut pas, bon. Et là il y a la queue au
guichet du temps logique. Faut qu’il attende, faut que le troisième qui a en face de lui deux
blancs, il faut qu’il attende son tour. Et donc là il se tourne les pouces. Il n’est pas, à mon
avis, il n’est pas dans l’angoisse, parce que il faut qu’il attende ce que les autres vont faire.
Et simplement, il y a un moment où cette attente là, où il est quand même à se tourner les
pouces, à savoir Messieurs avez vous fini votre temps pour comprendre. Il y a un moment où
il bascule, il y a une bascule de l’attente, disons, et où il se trouve dans la position les autres
ne sont pas partis avant moi, donc il faut que je fonce et que je parte pour qu’ils ne partent
pas avant moi. Ce n’est pas la même chose.

Donc là, c’est là qu’on a l’effet de la conclusion, du moment de conclure. Lorsque le sujet,
qui avait commencé à se tourner les pouces, logiquement je me tourne les pouces non pas
parce que je suis cossard, mais en fonction du temps logique, à un moment le sujet,
structuralement cossard, se trouve aspiré dans la scène, et cette fois-ci il faut qu’il bouge et
à toute blinde.

Donc, c’est ça l’effet spectaculaire que Lacan obtient, c’est, il vous donne le sentiment de
cette aspiration dans la scène du sujet. Au début lui il est devant les deux qui comprennent,
qui prennent tous leur temps pour comprendre, c’est, si vous voulez, la figure qui visiblement
est fascinante aussi pour Lacan, que vous avez sur les Ambassadeurs. Il y a le gros, il y a le
petit, ils sont là, dans leur temps pour comprendre, avec tous les instruments pour
comprendre qu’il y a sur les étagères. Et puis, il y a un moment, vous qui êtes là à
reconfigurer, pfuit ! vous êtes comme l’étoile filante qui s’inscrit sous la forme anamorphique
en dessous.

Et donc, aspiré, vous êtes obligé, c’est pas simplement de toi aussi il est question, de res
sagitur, mais aspiré dans la salle, ça ne peut plus attendre.

Alors, évidemment, il y a quand même, bon, il y a un temps d’attente pas du tout angoissant,
du genre il faut que jeunesse se passe, donc on attend que la jeunesse finisse ses conneries
pour arriver à la sagesse de l’âge mur. Tandisquelà,ilyaun«jedoisagir», bon. Et c’est là, alors
ça c’est un acte en effet créateur de vérité, puisque, comme je l’avais décomposé, c’est un
acte qui rend vrai la prémisse à partir de laquelle se fait l’acte. Je l’ai décomposé
logiquement, c’est un acte qui rend vrai la prémisse qui permet de faire l’acte. Et donc il y a
un temps où il faut faire l’acte, sinon la prémisse qui permet de le faire ne sera jamais vraie.

Alors, là on voit que, évidemment, ça complique de beaucoup l’idée qu’on a, bêtement,
parce que les mots sont bêtes, foncièrement, de la dépendance à l’égard de l’Autre. On dit
dépendant, est-on trop dépendant, je dépend, bon, la dépendance à l’égard de l’Autre. On
voit ça sur le mode de la chaîne, je suis attaché, je ne peux pas me tirer, bon.

On croit que la dépendance c’est ça, enfin c’est un des modes de la dépendance en effet.
Là, c’est quand même autre chose, c’est je dépend de

ce que l’autre va faire. Et au fond, là je dépend d’un vouloir opaque, je dépend d’un caprice
qui n’a pas de loi.

Alors ceci dit, l’attente, elle n’est pas forcément anxieuse. Ce n’est pas le statut propre de
l’attente d’être anxieuse. Pour donner un exemple, toujours dans l’ordre cinématographique,
un film que je me suis trouvé voir d’ailleurs, et que tout le monde va voir paraît-il Le goût des
autres, c’est très occupé par ça. Il y a le personnage du chauffeur de maître et du garde du
corps de maître, au fond on nous les montre ils passent leur temps à attendre. Les deux
passent leur temps à attendre le troisième qui est le maître. Et le maître se goberge, va voir
sa femme, va voir sa copine etc, enfin il est le maître et les deux autres, pas anxieux pour
deux sous, ils poireautent. Les deux autres vivent l’attente sur le mode nous poireautons.

Voilà, donc, c’est un mode de l’attente sans angoisse. C’est l’attente, je m’emmerde, quand
est-ce qu’il va avoir fini de faire ses petits plaisirs etc ? Moyennant quoi, le moment drôle, et
ce que fait l’autre et ce qui lui arrive finalement ça ne change pas leur statut de chauffeur et
de garde du corps. Et donc évidemment, à la première occasion, pendant que le garde du
corps regarde ailleurs, le patron se fait casser la figure, complètement dans la rue et le garde
du corps arrive et se met à courir à toute blinde, et ça ne sert à rien, mais il reste garde du
corps, ça ne le touche pas dans son être.

Donc là, au fond, ils sont attachés comme salarié chauffeur et salarié garde du corps au
patron, mais ce qui arrive au patron dans ses petits plaisirs, ça leur est profondément
indifférent, eux ils ont leur objet, leur femme, c’est différent.
Donc, là au fond, c’est l’ennui, c’est l’attente comme ennui. C’est très différent de le moment
où je suis à attendre, ou ce que va faire l’autre peut me changer dans mon être, m’atteindre
dans mon être. Et donc là c’est lié disons à une imminence, c’est lié foncièrement à
l’imminence, c’est-à- dire, c’est tout près de se passer. Et donc là, en effet, on a le
phénomène anxieux mais qui est essentiellement lié à l’imminence de ce qui peut avoir lié.

Et, alors, je pense que l’angoisse dans le temps logique, que Lacan signale, en effet, je ne
crois pas qu’elle soit présente dans ce qu’il dégage comme forme pure du temps pour
comprendre. Dans le forme pure du temps pour comprendre, c’est le troisième regardant les
autres en train de voir si l’autre va bouger et fond condamné à attendre là, ils sont
condamnés à attendre, on est tranquille quand on est condamné à attendre, parce qu’on sait
ce qu’on a à faire. A, quand il y a deux prisonniers, A il n’a pas à s’angoisser, il a simplement
à attendre si B s’en va. Si B s’en va avant lui. Si B s’en va avant lui il sait ce qu’il est, il est
couillonné, mais c’est comme ça parce qu’il n’avait pas le bon disque.

Tandis que, donc là c’est un temps d’attente, obligé, c’est un temps d’attente il faut y passer.
C’est très différent lorsque, alors ça c’est la forme pure, logique, du temps pour comprendre,
qu’on ne peut pas comprimer. En revanche lorsque émerge le temps pour conclure, c’est
tout à fait différent. Dans le moment de conclure c’est mon acte qui rend vrai la situation,
c'est-à-dire c’est mon acte, l’autre n’étant pas parti avant moi, je pars. Mais évidemment à ce
moment là il faut que je me dépêche de partir pour qu’il ne soit pas parti avant moi.

Etdoncc’estlàqu’ilyaàlafoisun je pars de peur qu’il ne parte, et le moment de la concurrence


que vous avez signalé, mais qu’il y a dans l’acte la résolution de l’incertitude et donc ici on
voit se coller de très près, l’angoisse et puis la résolution de l’angoisse, dans la certitude.

Tandis que dans la fermeture du temps pour comprendre au fond, il faut que j’attende, il y a
un il faut que j’attende, qui lui n’est pas angoissant en tant que tel, et ce qui est angoissant
c’est le il faut que j’agisse très vite. Et, donc, alors il faut encore ajouter que se qui se
présente comme concurrent se résout quand meme comme coopération, c'est-à-dire comme
le

signale Lacan finalement je ne peux trouver la solution que si chacun a bien joué son rôle.

Donc voilà, enfin une réflexion que je voulais apporter à votre... est-ce que Eric Laurent
voudrait dire sur le sujet, nous sommes toujours...

Eric Laurent : Oui, trois points. Le premier c’est que, au fond, la suite du temps logique qui
m’avait aussi retenu c’est dans Encore, le moment où, à propos de l’évocation, si on veut de
l’Autre de la science, l’un du calcul universel, il réintroduit le temps, la temporalité propre, le
lien de cette substance particulière qu’est la psychanalyse et du temps.

Alors, je n’avais pas compris, au fond ce passage là, qui m’était fort opaque et je ne dirai pas
que je l’ai tout compris mais en le relisant je le comprend mieux, une fois que...

Jacques-Alain Miller : Qu’est-ce que Lacan dit précisément ?

Eric Laurent : On pourrait reprendre sur la question, mais si tu veux c’est une fois que toi
même, tu fais le, ayant saisi, enfin ayant montré comment ça se suspend, comment l’acte
doit s’accomplir pour valider les prémices, comment le savoir lui-même devient tout entier
appendu à un acte, à un acte qui implique, étant donné tout savoir, je dois calculer ma place
par rapport à ce savoir, et est-ce que je ne serai pas l’objet qui manque au désir rangé dans
ce savoir, qu’il n’y a pas de désir, qu’il n’y a pas d’Autre sans un désir de l’Autre.
Et, autrement dit, c’est comment, disons, la place où se dégage une sorte de féminisation du
temps logique. Comment la féminisation du temps logique qui d’abord se présente en effet
comme les hommes, les hommes et sur ce point homogène dans leurs désirs. Et ensuite en
deux étapes, disons ou après dans le Séminaire XVII où Lacan parle de l’effet féminisant de
l’objet petit a, et ensuite dans Encore où il amène le temps logique au moment où il situe,
disons, la substance, la substance jouissante comme profondément lié à la jouissance de
l’Autre, à la jouissance de la femme, à l’autre jouissance.

Alors, ces étapes-là, je me demandais au fond comment ça se faisait, je comprend mieux
maintenant, avec ce que tu disais sur l’effet féminisant de l’objet a, c’est ne suis-je pas ce qui
manque à l’Autre ? effet féminisant de l’objet a, et qu’au fond l’autre de la science, qui
amène là dans ce chapitre dans Encore, l’autre de la science radicalisant la coupure avec le
savoir, radicalise la question qu’est-ce que ce savoir veut de moi ? Et est-ce que je ne suis
pas ce qui lui manque, à cet être.

Et que, disons, la dématérialisation, en ce sens, la dématérialisation du disque ou la façon


dont se disjoint le disque, le corps, et les disques et les corps. La dématérialisation
successive, je vois Lol Stein, l’histoire de Lol Stein comme une des étapes, vers la
féminisation du temps logique. Dans Lol Stein on a son être de pur regard d’où le corps,
enfin on se demande, elle jouit de quoi, effectivement d’une position féminine, l’organe peut
très bien être celui d’un homme, l’autre homme, et l’autre corps c’est celui de Tatiana, donc
une sorte de cette dématérialisation de sa jouissance à elle, qui s’opère, et qui est
entièrement suspendue à une sorte d’acte qui se réalise, au nœud qui se refait comme un
nœud même temporel.

Et au fond, les étapes entre le temps logique, Lol Stein, puis la reprise dans Encore, de cette
question sont autant de chemins vers cette substance toute entière où se noue l’angoisse, le
temps et la jouissance qui se retrouve suspendue au temps, suspendue à l’acte qu’il faut.
Encore faut-il conclure que, par exemple je suis, je cause le désir de l’Autre.

Encore faut-il, disons, il faut l’acte analytique, de se mettre en acte, à cette place là, pour que
s’engendre la prémisse, par exemple de type, alors il y a un savoir qui justifie que cette place
soit occupée.

Guy Trobas : Je voudrais, enfin, simplement, de ce que Eric a dit, ce que vous avez dit
vous-même, tout à l’heure...

Jacques-Alain Miller : Oh, eh bien nous nous faisons tous écho !

Guy Trobas : à savoir, que, oui c’est vrai, la position de l’analyste par certain côté soulage
de l’angoisse, mais on voit bien que précisément dans l’acte analytique le désir de l’analyste,
venant en quelque sorte en x du désir de l’Autre, au contraire amène une tension
angoissante, bien souvent dans les liens analytiques, une tension dans le sujet. Là très
souvent, en lui-même, angoissant d’ailleurs parfois même pour l’analyste, à mesure qu’il
n’anticipe pas...

Jacques-Alain Miller : Oui, je crois que, en effet, l’expression que souligne Eric Laurent, la
féminisation par l’objet petit a, c’est une autre version de la forme érotomaniaque de l’amour.
L’objet petit a comme tache, on l’a vu, c’est ce qui fascine mon regard. Et donc, au fond,
Lacan définie la position féminine, par excellence comme celle là, celle d’être le centre du
regard, comme pour Lol.

Et donc, au fond, assumer la position de l’objet petit a, c’est assumer la féminisation qui va
avec, si je puis dire l’exhibition. Et même, et c’est pour ça que toutes les virilités
démonstratives, je roule des mécaniques, je me mets des casquettes de cuir, des vestes de
cuir (rires), des pantalons de cuir et puis j’ai une grosse moto et...

Au fond plus on rajoute les signes emphatiques de la virilité, en fait ont un effet féminisant.
C’est-à-dire l’attrape regard de la virilité emphatique, par l’effet féminisant de l’objet petit a,
au fond, prennent le caractère de mascarade, bon.

Alors, à cet égard, aussi on peut dire d’une façon générale, au fond la question c’est : quelle
solution trouver au désir de l’Autre ? il y a, le désir de l’Autre se présente au fond, on peut
dire que son effet subjectif le plus palpable c’est l’angoisse, à savoir que me fait, que suis-je
dans ce désir ? Que me fait le désir de l’Autre, que me fait- il ?

Et, au fond, l’amour sous la forme érotomaniaque c’est la solution la meilleure, c’est-à-dire,
je suis la cause du désir de l’Autre. C’est très simple je suis la cause du désir de l’Autre, il
m’aime.

Et, au fond, c’est donc, ça se joue sur le pivot du désir entre angoisse et amour. Et, avoir la,
enfin, la solution amoureuse est certainement la plus, c’est celle qui est dans l’ordre du pare
angoisse, la mieux constituée. Et on voit ça, ce qui faudrait encore montrer, c’est pourquoi
chez Lol V. Stein cette structure qui a l’air hystérique, en fait débouche sur tout à fait autre
chose. Elle débouche sur autre chose, c’est que, ça débouche sur autre chose on peut dire
quand le nœud se refait, simplement parce que là elle a un accès direct à la chose dont il
s’agit. C’est-à-dire qu’elle nage dans sa jouissance, elle a franchit la barrière qui interdit
d’obtenir la chose.

Maintenant je trouve très juste l’évocation d’Eric Laurent sur le « que le savoir me veut-il ? »,
on voit que c’est quelque chose comme ça qui aspire le sujet dans le discours scientifique.
Andrews Wiles, celui qui a résolu le théorème de Fermat après trois siècles. Au fond il a
raconté comment ça s’est passé pour lui. C'est-à-dire le moment où il s’est dit – moi j’avais lu
des choses comme ça, je lis ça, je dis comme c’est intéressant, je referme le livre, je pense à
autre chose, par exemple au temps logique de Lacan, etc., bon. Mais, au fond, Andrews
Wiles raconte que à l’age de dix ans il est allé lire un manuel sur les célèbres problèmes non
résolu dans les mathématiques, il a vu la théorie des grands esprits qui s’étaient penchés sur
le théorème de Fermat, en se cassant le nez, et il s’est dit à dix ans, c’est moi qui résoudrait
ça. Et au fond, un peu après 40 et après une épopée intellectuelle dont on a le récit, il a
réussit à satisfaire son vœu d’enfant. Et au fond on voit que, enfin il a vu cette théorie de
mathématiciens,

ces portraits en série et au fond il s’est trouvé aspiré, c’est comme si les mathématiques
avaient besoin de lui. Et donc en effet c’est, que décrivait Eric Laurent, là sous une forme un
peu imagée, être aspiré pour devenir.

Mais au fond je m’aperçoit quand j’ai commencé là, cherchant à dire, à qualifier dans des
termes, d’en trouver les termes pour qualifier ce qui m’amène la semaine prochaine, moi
j’aurais pu plaider pour moi-même d’ailleurs, mais enfin je ne me fais pas tout à fait
confiance évidemment pour le faire et pour, il faut savoir parler au juge, c’est ça l’essentiel,
l’avocat est préposé au désir des juges, je ne suis pas sur comment il faut parler aux juges
pour leur plaire, je suis meme, je pense que je risque de ne pas leur plaire, moi. Mais, au
fond c’est ça quand j’ai dit que j’ai trouvé comme formule mon lot s’est trouvé lié à
l’enseignement de Lacan, c’est quelque chose comme cela, c’est qu’à un moment il y a
quand même eu un petit bougé, un petit trou, dans l’affaire, dans lequel j’ai au fond été
aspiré, à un moment donné, et, au fond j’arrête pas de devoir le payer, comme ça, à travers
les décennies. Il y a un phénomène au fond, on peut pas vraiment s’arrêter quand on est
aspiré de cette façon là. Alors il faudrait que je retrouve, selon nos coordonnées, il faudrait
que je retrouve le temps logique de l’affaire, hein, ça serait intéressant. Et est-ce que, oui
vous m’encouragez à cela, à quel moment, c’est clair pour le Séminaire de Lacan, c’est clair
que c’est parce que les autres n’arrivaient pas à le faire que je me dis... il m’a poussé, et
d’autres dans le circuit avec lesquels je ne me sentais pas du tout en concurrence, je laissais
faire, et c’est vrai que, Lacan m’a poussé là-dedans, donc, en tout cas c’est intéressant...
mais enfin je ne vais pas tout vous dire non plus (rires), il commence à me faire le coup, là,
de mais oui comme c’est intéressant ! (rires).

Bon en tout cas je vous remercie beaucoup, je remercie mes deux compères, je vous
remercie en tant que trois compères, et cet être-à-trois se

retrouvera, si vous le voulez bien, l’être- à-trois se retrouvera la semaine prochaine pour
poursuivre ses acrobaties ? ?

Applaudissements.

Fin du Cours 20 de Jacques-Alain Miller du 31 mai 00

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