Réduction des endomorphismes 2.
.
Trigonalisation
Il est parfois utile (par exemple si un endomorphisme n’est pas diago-
nalisable) de chercher une base dans laquelle sa matrice est triangulaire.
2.1. Lemme. Toute matrice triangulaire supérieure est semblable à
une matrice triangulaire inférieure.
On a vu que les valeurs propres d’une matrice triangulaire sont ses
éléments diagonaux λ1 , ..., λn et son polynôme caractéristique est
pA (x) = (−1)n Πni=1 (x − λi ).
2.2. Définition. Un endomorphisme est trigonalisable si il existe une
base dans laquelle sa matrice est triangulaire (supérieure ou inférieure).
2.3. Théorème. Un endomorphisme est trigonalisable dans K si et
seulement si son polynôme caractéristique est scindé dans K.
Plus précisement:
- K = C: tout endomorphisme est trigonalisable dans C.
- K = R: un endomorphisme est trigonalisable dans R si et seulement
si toutes les racines complexes de son polynôme caractéristique sont réelles.
.
2.4. Corollaire. Tout endomorphisme nilpotent est trigonalisable.
.
La trigonalisation dans C permet de calculer rapidement les valeurs pro-
pres des puissances de A:
2.5. Proposition. Soit pA (x) = (−1)n Πni=1 (x − λi ) la factorisation de
pA dans C. Alors pAk (x) = (−1)n Πni=1 (x − λki ).
De manière plus générale, soit q(t) = a0 + a1 t + ... + ak tk ,
q(A) = a0 + a1 A + ... + ak Ak . Alors pq(A) (x) = (−1)n Πni=1 (x − q(λi )).
La démonstration consiste à remarquer que si A est semblable à une
matrice triangulaire T avec les éléments diagonaux λ1 , ..., λn , alors q(A)
est semblable à la matrice triangulaire q(T ) avec les éléments diagonaux
q(λ1 ), ..., q(λn ).
2.6. Corollaire. Les valeurs propres réelles de la matrice q(A) sont les
nombres réels dans la liste q(λ1 ), ..., q(λn ).
.
Remarque 1. Les coefficients du polynôme caractéristique
pA (x) = (−1)n xn +c1 xn−1 +...+cn−1 x+cn = (−1)n Πni=1 (x−λi ) sont liés
avec ses racines par les formules de Vieta: ck = (−1)n−k 1≤i1 <...<ik ≤n λi1 ...λik .
P
.
On sait que tr(A) = n1 λi ; on en déduit que tr(Ak ) = n1 λki .
P P
1
Remarque 2. Les traces des puissances sk = tr(Ak ) sont liées avec les
coefficients du polynôme caractéristique
pA (x) = (−1)n xn + c1 xn−1 + ... + cn−1 x + cn par les formules de Newton:
(−1)n sk + c1 sk−1 + ... + ck−1 s1 + kck = 0
k = 1, 2, ..., n. Cela permet d’exprimer les ck en termes des sk (ou réciproquement)
par récurrence.
.
Sommes directes.
2.7. Définition. Soit E un espace vectoriel sur K et E1 , ..., Ek des
sous-espaces vectoriels de E. La somme E1 + ... + Ek est le sous-espace
formé de tous les vecteurs v = v1 + ... + vk où vi ∈ Ei . La somme est
L L
directe (noté E1 ... Ek ) si une telle décomposition est unique: si
v = v1 + ... + vk = u1 + ... + uk avec vi ∈ Ei et ui ∈ Ei alors vi = ui ,
(i = 1, ..., k).
2.8. Proposition. Les propriétés suivantes sont équivalentes:
1. La somme E1 + ... + Ek est directe.
2. La relation v1 + ... + vk = 0 où vi ∈ Ei entraine v1 = 0 , ... , vk = 0.
3. Soit B1 , ... , Bk des bases des sous-espaces E1 , ..., Ek . Alors leur
réunion B = B1 ∪ ... ∪ Bk est libre et donc est une base de la somme
E1 + ... + Ek (base adaptée).
4. On a Ei ∩ (E1 + ... + Ei−1 ) = {0} pour i = 2, ..., n.
5. Soit dim (E) < ∞, alors dim (E1 + ... + Ek ) = dimE1 + ...+ dimEk .
.
Noter: la somme de deux sous-espaces E1 et E2 est directe si et seulement
si E1 ∩ E2 = {0}.
Exemple: soit e1 , ..., ek des vecteurs non-nuls de E. La somme Ke1 +
... + Kek est directe si et seulement si les vecteurs e1 , ..., ek sont linéairement
L L
indépendants. On a E = Ke1 ... Kek si et seulement si (e1 , ..., ek ) est
une base de E.
.
Projecteurs associés à une somme directe.
L L
Soit E = E1 ... Ek . Soit Πi la projection sur le sous-espace Ei
parallèlement à la somme des autres sous-espaces: Πi est défini par Πi (v) = v
si v ∈ Ei et Πi (v) = 0 si v ∈ Ej avec j 6= i.
On a les propriétés évidentes:
1. Π1 + .. + Πk = Id.
2. Πi Πj = 0 si i 6= j.
3. Π2i = Πi .
2
Sous-espaces stables. Décomposition en blocs.
2.9. Définition. Soit f : E → E un endomorphisme. Un sous-espace
F de E est stable ou invariant par f si f (F ) ⊂ F , (donc, si pour tout
v ∈ F on a f (v) ∈ F ).
A noter: Ker(f ) et Im(f ) sont des sous-espaces stables par f .
2.10. Lemme. Si g commmute avec f , f g = gf , alors Ker(g) et Im(g)
sont des sous-espaces stables par f .
[En particulier, on peut prendre g = a0 Id + a1 f + ... + ak f k .]
Si F est stable par f , on définit l’endomorphisme unduit fF : F → F
par fF (v) = f (v) si v ∈ F . (Essentiellement, fF est la restriction de f sur
F .) Dans une base de E où les premiers vecteurs forment une base de F la
matrice de f est triangulaire par blocs.
2.11. Corollaire. Le polynôme caractéristique de l’endomorphisme
induit fF divise le polynôme caractéristique de f .
[Cela a comme conséquence que la dimension de l’espace propre Eλ ne
dépasse pas la multiplicité de λ dans le polynôme caractéristique.]
L L
Soit E la somme directe des sous-espaces stables par f , E = E1 ... Ek ;
soit fi l’endomorphisme induit dans Ei . Alors l’étude de f se réduit à l’étude
de chaque fi séparement: f est une sorte la ”somme direct des blocs” fi .
La matrice de f dans une base adaptée est diagonale par blocs, le i-ème
bloc diagonal étant la matrice de fi . Un des objectifs de la réduction est de
décomposer f en blocs de taille minimum (blocs”indécomposables”).
Remarque. Si E est la somme directe des sous-espaces stables par f ,
L L
E = E1 ... Ek , le polynôme caractéristique de f est le produit des
polynômes caractéristiques des endomorphismes fi induits dans Ei (i =
1, ..., k). Donc la décomposition de f en blocs est liée à la factorisation du
polynôme caractéristique de f .