Le régime de la sécurité sociale au Maroc, instauré par le Dahir n°1-59-148 du 31 décembre 1959, a
été réformé en 1972 avec l'adoption du Dahir n°1-72-184, marquant une évolution significative du
cadre législatif et réglementaire. Depuis, il a fait l'objet de nombreuses adaptations visant à étendre la
protection sociale à de nouvelles catégories de travailleurs, améliorer les prestations et faciliter leur
accès, tout en introduisant de nouveaux services pour les assurés.
La Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS), établissement public doté de la personnalité juridique
et de l'autonomie financière, est chargée de la gestion de ce régime sous la tutelle du ministère en
charge de l'emploi. Le régime couvre les salariés du secteur privé, notamment ceux travaillant dans
l'industrie, les services et les professions libérales, ainsi que les travailleurs indépendants et les
personnes non salariées exerçant des activités libérales, conformément à la loi n°99-15. Cette
dernière, promulguée par le Dahir n°1-17-109, institue un régime de pensions pour ces catégories de
professionnels.
La CNSS gère donc à la fois la sécurité sociale des salariés et le régime de pensions des travailleurs
non-salariés, contribuant ainsi à un système de retraite plus inclusif, couvrant un large éventail de
professions et assurant une meilleure protection sociale pour tous.
L’élargissement de la couverture des régimes de retraite constitue une priorité de la loi-cadre n°09-21
sur la protection sociale, qui vise à intégrer d’ici 2025 environ 5 millions de travailleurs actuellement
non couverts par un régime de pension. Cette ambition nécessite la mise en place de plusieurs
mesures préalables pour garantir la réussite de la réforme globale des régimes de retraite au Maroc.
Le Conseil Économique, Social et Environnemental (CESE), dans son avis sur la réforme paramétrique
des pensions civiles et son rapport sur la protection sociale, propose des actions concrètes en vue
d’instaurer un système de retraite équitable, durable et adapté aux évolutions futures.
### Réforme Structurelle et Globale du Système de Retraite
La première recommandation du CESE consiste à élaborer un échéancier précis et engageant pour la
mise en œuvre des étapes majeures de la réforme, en concertation avec les partenaires socio-
économiques. Il est également crucial de mettre à jour les études actuarielles existantes afin de
garantir la viabilité à long terme des régimes de retraite et de faciliter la transition vers un système
fondé sur deux pôles : un pôle public (CMR/RCAR) et un pôle privé (CNSS/CMIR). La promulgation des
textes juridiques et réglementaires nécessaires est primordiale pour assurer la convergence des
différents régimes de retraite, dans le but de parvenir, à terme, à un régime national unifié.
Ce régime unifié serait structuré autour de trois piliers :
- Un **régime de base obligatoire**, en répartition, couvrant les salariés des secteurs public et privé
ainsi que les non-salariés, avec un plafond de cotisation basé sur le salaire minimum.
- Un **régime complémentaire obligatoire**, destiné aux revenus supérieurs au plafond, avec une
cotisation à partir du plafond de la CNSS. La CIMR pourrait être transformée en organisme
complémentaire dans ce cadre.
- Un **régime individuel facultatif** en capitalisation, géré par des assureurs privés pour des
cotisations volontaires, à titre individuel ou collectif.
Le CESE recommande également d’instaurer un revenu minimum vieillesse, destiné aux personnes ne
bénéficiant d’aucune pension, afin de garantir un niveau de vie décent et de lutter contre la pauvreté.
### Gouvernance
Pour assurer la pérennité du système de retraite, il est indispensable de mettre en place des
dispositifs de gouvernance efficaces et rigoureux. Le CESE préconise un pilotage global de l’ensemble
des régimes de retraite basé sur des critères prudentiels, afin de faciliter la surveillance systémique et
d’assurer une veille constante sur les risques financiers, démographiques et institutionnels.
En outre, une approche proactive de gestion des risques est essentielle pour anticiper les
déséquilibres financiers éventuels. Cela inclut la mise en place de projections fiables à long terme,
couvrant des périodes de 40 ans et plus, et l’évaluation continue des outils de pilotage pour en
améliorer l’efficacité. La gouvernance participative doit également être renforcée, avec une
séparation claire des responsabilités entre la stratégie et la gestion opérationnelle, tout en
garantissant une représentation légitime des acteurs socio-économiques dans les instances de
décision.
### Financement
La réussite de la réforme dépend également d’une approche réfléchie du financement des régimes de
retraite. Il est crucial de tenir compte des capacités financières des employeurs, afin de ne pas
compromettre leur compétitivité, ainsi que des capacités contributives des affiliés, dans un souci de
préserver leur pouvoir d’achat. La politique de placement des fonds de réserve doit être revue pour
favoriser les investissements de long terme, axés sur la création d’emplois, le bien-être social et la
protection de l’environnement.
Enfin, le CESE propose de consacrer une part de la TVA (entre 2 et 4 points) au financement de la
protection sociale, incluant les régimes de retraite, pour garantir une source de financement stable et
pérenne.
En résumé, la réforme des régimes de retraite au Maroc repose sur une refonte structurelle et une
gouvernance renforcée, accompagnée d’un financement durable. Ces mesures, proposées par le
CESE, visent à créer un système de retraite plus juste, inclusif et résilient, capable de protéger les
générations futures tout en répondant aux défis socio-économiques actuels.
L'année 2021 a été particulièrement riche en changements réglementaires et événements marquants.
En effet, le 22 juillet 2021, plusieurs textes relatifs à la prévoyance sociale ont été publiés au Bulletin
officiel. Ces textes incluent les lois numéros 30-20 et un, et 31-20, qui modifient et complètent
respectivement la loi numéro 98-15 relative au régime de l'assurance maladie obligatoire de base,
ainsi que la loi numéro 99-15 sur le régime de pension pour les professionnels, les travailleurs et les
personnes salariées exerçant une activité libérale, comme mentionné dans le Bulletin officiel numéro
7006.
Revalorisation du niveau des pensions de retraites de 5% avec un montant minimal de 100 dirhams au
profit de
565 839 bénéficiaires, soit un montant global de 1,63 milliard de dirhams
Tout d'abord, la loi régissant la CNSS peut contenir des ambiguïtés qui laissent place à des
interprétations variées. Cela peut entraîner des inégalités dans l'application des droits des assurés.
Ensuite, l'absence de mécanismes de contrôle et de suivi efficaces peut poser problème. Par exemple,
si la CNSS ne dispose pas de moyens suffisants pour vérifier la conformité des entreprises avec les
obligations de cotisation, cela peut entraîner des pertes de revenus pour le régime.
De plus, la législation peut ne pas être suffisamment adaptée aux réalités du marché du travail. Par
exemple, la définition des catégories professionnelles et les conditions d'éligibilité aux prestations
peuvent ne pas refléter les nouvelles formes d'emploi, comme le travail indépendant ou à temps
partiel.
Enfin, il peut y avoir un manque de recours juridiques pour les assurés en cas de litige avec la CNSS. Si
les mécanismes de contestation ne sont pas clairs ou accessibles, les travailleurs peuvent se retrouver
sans recours en cas de refus de prestations.
Au sein de la CNSS, l'engagement envers les pensionnés est une priorité. En 2022, le nombre total de
pensionnés
a atteint 721 mille, avec une augmentation de 4,24% par rapport à l'année précédente. Parmi eux,
491.424 sont
des retraités, tandis que 211.240 bénéficient d'une pension de survivants et le reste d’une pension
d’invalidité.
Sur la population totale des pensionnés, 57% sont des hommes.