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Révélations de Sainte Gertrude d'Helfta

Transféré par

Justin Guiwa
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Document : PRO MANUSCRIPTO (*) LIVRE SECOND

Extraits du site suivant : www.JesusMarie.com


courriel : [email protected] PRÉFACE d'après LANSPERG

Sainte Gertrude d'Helfta Cette sainte vierge, poussée par celui qui disposait
entièrement de sa volonté, écrivit ce livre second de sa propre
Le Héraut de l'Amour Divin main. C'est un livre pieux et utile à tous. Il fournit à l'âme dévote et
la lumière et un exemple vivant pour se conduire selon l'homme
Livre 2 intérieur, pour apprendre à connaître ses imperfections et ses
défauts et à les pleurer devant Dieu, pour concevoir ensuite un
édition numérique par Christian B. (LIVRET 2 : 48 pages) vrai mépris de soi-même et travailler chaque jour à rendre sa vie
meilleure. Ce livre enseigne encore à proclamer les bienfaits de
Dieu, à lui en rendre grâces et à reporter tous ces biens vers leur
source. Il montre ce qu'éprouve une âme que Dieu attire, ce
qu'elle doit attribuer à Dieu ou à elle-même, avec quelle discrétion
elle doit agir pour distinguer entre son propre esprit et l'Esprit divin
et parvenir ainsi à l'union d'amour avec le Seigneur. Il présente
ces choses en des termes dont la simplicité est loin de rendre la
grandeur des réalités qu'ils expriment, mais ce ne sont pas les
formes littéraires qui doivent faire apprécier l'état élevé auquel la
grâce de Dieu conduit les âmes. Il est en effet très certain que la
plus grande partie de ce qui est rapporté dans ces pages ne peut
être ressenti que par celui-là seul qui l'a reçu. La parole humaine
ne peut en traduire la grandeur et la majesté.
C'est donc la vierge Gertrude, contrainte par une force divine,
qui a écrit ce livre de sa propre main.
PROLOGUE
La neuvième année après avoir reçu ces faveurs divines (1), à
l'époque de la Cène du Seigneur, comme on devait porter le corps
du Seigneur à une infirme, et qu'elle attendait avec le couvent, elle
LES RÉVÉLATIONS DE SAINTE GERTRUDE VIERGE DE ressentit une impulsion violente de l'Esprit Saint, et, saisissant la
L'ORDRE DE SAINT-BENOIT AU MONASTÈRE D’HELFTA tablette suspendue à son côté, écrivit de sa propre main les
PRÈS D’EISLEBEN EN SAXE EN ALLEMAGNE paroles qui vont suivre: nous y verrons ce que son cœur éprouvait
Traduction de « Insinuationes divinæ pietatis » par des moines dans les entretiens secrets avec son Bien-Aimé, et combien elle
bénédictins en 1884 débordait en louanges et en actions de grâces.
Imprimatur : Ryde, le 16 septembre 1904, Fr. P. DELATTE Abbé de _______
Solesmes Note : À partir du chapitre 1, j’ai numéroté (à la suite des messages du livre
Imprimatur : Tours le 16 février 1926, C. BERGEAULT Vicaire général 1) chaque parole de Jésus par [J65] «Cito… » etc.
(1). Ces faveurs ont été relatées aux chapitres 1, 3 et 23 de ce second
(*) Ces extraits sont à l’usage des pèlerins français de Marmora (Ontario),
livre. La première grâce des révélations fut donnée à Gertrude en l'an
et des membres des groupes de prière de l’église Notre-Dame-Porte-de-
1281, comme nous le lisons dans la préface, et ce fut en l'année 1289
l’Aurore et de l’église Saint Ambroise à Montréal et de toute personne qui
qu'elle commença à écrire. (Note de l'édition latine.) [2]
désire approfondir la spiritualité bénédictine. Merci! [1]
CHAPITRE 1. crains pas. " Après ces mots, je vis sa main fine et délicate
COMMENT LE SEIGNEUR, oriens ex alto (venant d’en haut), LA prendre ma main droite comme pour ratifier solennellement ces
VISITA POUR LA PREMIÈRE FOIS. promesses. Puis il ajouta : [J67] « Tu as léché la terre avec mes
1. Que l'abîme de la Sagesse incréée appelle l'abîme (1) de la ennemis et sucé parmi les épines quelques gouttes de miel.
Toute-Puissance admirable, pour exalter cette bonté Reviens vers moi, et je t'enivrerai au torrent de ma volupté
incompréhensible qui fit descendre les torrents de votre misé- divine.» (Psaume 35, verset 9). Pendant qu'il parlait ainsi, je
ricorde jusque dans la profonde vallée de ma misère ! J'avais regardai, et je vis entre lui et moi, c'est-à-dire à sa droite et à ma
atteint ma vingt-sixième année, et nous étions en la deuxième gauche, une haie s'étendant si loin, que ni devant ni derrière je
férie (jour béni pour moi) qui précédait la fête de la Purification de n'en découvrais la fin. Le haut de cette haie était tellement hérissé
votre très chaste Mère. La susdite férie tombait cette année (2) au d'épines que je ne voyais aucun moyen de passer jusqu'à ce bel
sixième des calendes de février. A l'heure qui suit Complies, adolescent. Je restais donc hésitante, brûlante de désirs et sur le
heure si favorable du crépuscule, vous aviez résolu, ô Dieu qui point de défaillir, lorsque lui-même me saisit tout à coup et, me
êtes la vérité plus pure que toute lumière et plus intime que tout soulevant sans aucune difficulté, me plaça à côté de lui. Je
secret, d'éclairer les épaisses ténèbres qui m'environnaient. Usant reconnus alors sur cette main qui venait de m'être donnée en
d'un procédé plein de douceur et de tendresse, vous gage, les joyaux précieux des plaies sacrées qui ont annulé tous
commençâtes par apaiser le trouble qu'un mois auparavant (3) les titres qui pouvaient nous être opposés. Aussi j'adore, je loue,
vous aviez excité dans mon cœur. Ce trouble, je le crois, était je bénis, et je rends grâces autant que je le puis à votre sage
destiné à renverser la tour de vaine gloire et de curiosité élevée Miséricorde et à votre miséricordieuse Sagesse. Vous vous
par mon orgueil. Orgueil insensé ! car je ne méritais même pas de efforciez, ô mon Créateur et mon Rédempteur, de courber ma tête
porter le nom et l'habit de la Religion. Toutefois c'était bien le rebelle sous votre joug suave, en préparant un remède si bien
chemin que vous choisissiez, ô mon Dieu, pour me révéler votre accommodé à ma faiblesse. Dès cette heure, en effet, mon âme
salut. retrouva le calme et la sérénité ; je commençai à marcher à
2. J'étais donc à cette heure au milieu du dortoir, et selon les l'odeur de vos parfums, et bientôt je goûtai la douceur et la suavité
usages de respect prescrits dans l'Ordre, je venais de m'incliner du joug de votre amour, que j’avais estimé auparavant dur et
devant une ancienne, lorsque, relevant la tête, je vis devant moi insupportable.
un jeune homme plein de charmes et de beauté. Il paraissait âgé
de seize ans, et tel enfin que mes yeux n'auraient pu souhaiter CHAPITRE 2.
voir rien de plus attrayant. Ce fut avec un visage rempli de bonté DE L'ILLUMINATION DU COEUR
qu'il m'adressa ces douces paroles : [J65] «Cito veniet salus 3. Je vous salue, ô mon Sauveur et lumière de mon âme : que
tua; quare moerore consumeras ? Numquid conciliaribus non tout ce que les cieux renferment dans leur sphère, la terre en son
est tibi quia innovavit te dolor ? » "Ton salut viendra bientôt. globe et l'abîme des mers dans ses profondeurs, vous rende
Pourquoi es-tu consumée par le chagrin ? Est-ce que tu n'as point grâces, pour cette faveur extraordinaire par laquelle vous m'avez
de conseiller pour te laisser abattre ainsi par la douleur?" (4) appris à connaître et à considérer les secrets de mon cœur.
Tandis qu'il prononçait ces mots, quoique je fusse certaine de ma Jusqu'à ce jour je n'en avais pas eu plus de souci que de voir
présence corporelle dans ce dortoir, il me sembla néanmoins que l'intérieur de mes pieds, si je puis ainsi parler. Dans cette lumière,
j'étais au chœur, en ce coin où je fais habituellement, une oraison il m'a été donné de rechercher avec soin et de découvrir en mon
si tiède c'est là que j'entendis la suite des paroles: [J66] «Salvabo âme plus d'une souillure qui offensait votre pureté si parfaite. J'y
te et liberabo te, noli timere. » "Je te sauverai, je te délivrerai, ne vis de plus un tel désordre et une telle confusion que vous ne
_______ pouviez, selon votre désir, fixer en ce lieu la demeure de votre
(1) Allusion au verset 8 du psaume 40(39). Majesté. Cependant, ni ce désordre ni mon indignité ne vous ont
(2) C'était en l'année 1281, et la sainte écrivit ceci en 1289. tenu éloigné, ô Jésus mon Bien-Aimé ; et chaque fois que je me
(3) C'est-à-dire pendant l'Avent. Voir au ch. 23 du 2e livre.
nourrissais de l'aliment vivifiant de votre corps et de votre [4]
(4) 1er Répons du 2e dimanche de l'Avent. [3]
sang, je jouissais de votre présence visible, mais d'une manière d'arbres verdoyants ; les oiseaux, et particulièrement les colom-
un peu incertaine, comme on découvre les objets à la première bes, y voltigeaient en liberté. On goûtait surtout dans cette
lueur du jour. Par cette douce condescendance, vous engagiez profonde retraite un repos délicieux. Je réfléchissais à ce qui
mon âme à faire effort pour s'unir plus familièrement à vous, pour pourrait compléter les charmes de ce lieu, et je trouvais qu'il n'y
vous contempler d'un oeil plus clair et pour jouir de vous en toute manquait que la présence d'un ami, affectueux, agréable, et
liberté. capable en un mot de réjouir ma solitude. Vous alors, ô mon Dieu,
4. Je travaillai à obtenir ces faveurs en la fête de l'Annon- source des inénarrables délices, vous qui, je le crois, aviez inspiré
ciation de la sainte Vierge Marie, dont le sein très pur fut l'asile le commencement de cette méditation, afin de la terminer au profit
béni où vous avez daigné en ce jour épouser la nature humaine. de votre amour, vous me donniez à comprendre ce qui suit : Si
O Dieu, qui avant d'être invoqué répondez : « Me voici » (5), vous par une continuelle gratitude je faisais remonter vers vous,
avez voulu hâter pour moi les joies de cette journée, en me comme l'eau d'un fleuve qui retournerait vers sa source, les
prévenant dès la veille par les bénédictions de votre douceur. grâces dont je suis comblée ; si je m'efforçais de croître en vertus
(Psaume 20, verset 4.) Nous tenions alors le Chapitre après comme un arbre vigoureux pour produire les fleurs des bonnes
Matines (office du matin dans le bréviaire), parce que ce jour était oeuvres ; si encore, méprisant tout ce qui est terrestre, je prenais
un dimanche. Aucun terme ne peut exprimer de quelle manière, comme les colombes un libre essor vers les choses du ciel,
« ô Lumière qui venez d'en haut » (Luc 1, verset 78), vous avez étrangère aux passions et aux tumultes d'ici-bas pour ne
visité mon âme par les entrailles de votre douceur et de votre m'attacher qu'à vous seul ; alors, ô mon Dieu, mon cœur
bonté. Aussi donnez-moi, ô Source de tous les biens, donnez-moi deviendrait pour vous une demeure pleine de charmes.
d'immoler sur l'autel de mon cœur l'hostie de jubilation, afin que 7. Je passai tout le jour à méditer ces pensées, et le soir,
j'obtienne d'expérimenter souvent avec tous vos élus cette union avant de prendre mon repos, en m'agenouillant pour prier, ce
si douce, cette douceur si unifiante qui jusqu'à cette heure m'était passage de l'Évangile frappa tout à coup mon esprit : « Si quis
restée complètement inconnue. diligit me, sermonem meum servabit, et Pater meus diliget
5. Quand je considère ce qu'était ma vie avant ce jour et ce eum, et ad eum veniemus, mansionem apud eum faciemus »
qu'elle a été depuis, je dois proclamer en vérité que ce fut là un (Jean 14, verset 23) : « Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole,
bienfait tout gratuit et que je n'avais aucunement mérité. Dès lors et mon Père l'aimera, et nous viendrons à lui, et nous ferons en lui
vous me donniez une connaissance de vous-même si lumineuse, notre demeure. » A l'instant, je sentis que mon cœur, ce cœur de
que je me trouvais plus touchée par la douce tendresse de votre boue, était devenu votre séjour. Oh ! plût au ciel mille fois qu'il me
familiarité que je ne l'aurais été par les châtiments. Cependant je soit donné de voir couler sur ma tête toute une mer, dont l'eau,
ne me souviens pas avoir éprouvé ces délices en d'autres jours changée en sang, purifierait cette demeure vile et misérable que
que ceux où vous m'appeliez au banquet de votre table royale. votre incommensurable grandeur daigne venir habiter. Que mon
Était-ce là une disposition de votre Sagesse ? Était-ce le résultat cœur arraché sur l'heure de ma poitrine soit jeté par morceaux sur
de ma profonde négligence? Je n'ai pu le savoir exactement. des charbons ardents. Que ce feu brûle et purifie ses scories,
pour le rendre non pas digne, ce qui ne saurait être, mais un peu
CHAPITRE 3. moins indigne d'être votre séjour.
DES CHARMES DE L'HABITATION DU SEIGNEUR EN L’AME. 8. Depuis ce moment, ô mon Dieu, vous m'avez montré tantôt
6. Vous agissiez en mon âme, vous la provoquiez, lorsqu'un un visage bienveillant, tantôt un visage sévère, selon que j'étais
jour entre la Résurrection et l'Ascension, le matin avant Prime, plus ou moins vigilante à combattre mes défauts. Tous mes
j'entrai dans la cour et je m'assis près du vivier. La beauté de ce efforts, cependant, eussent-ils été parfaits, eussent-ils duré
lieu me ravissait (6) : il était arrosé par une eau limpide et entouré toujours, jamais ils n'auraient mérité un seul de vos regards,
_____ même ce regard de sévérité qu'attira sur moi la multitude de mes
(5) Allusion à la parole d'Isaïe 58, verset 9: « Tune invocabis etc. »,
(6) On retrouve encore cet étang, alimenté par un ruisseau qui arrose la vallée péchés. Dans votre condescendance infinie, vous avez paru plus
où était situé le monastère. Celui-ci est actuellement propriété de l'État. [5] contristé qu'irrité de mes fautes, et je vous vis supporter mes [6]
nombreux défauts avec une patience toute divine, qui surpasse accomplies avec soin, je reviendrai aussitôt jouir de vous au plus
celle que vous avez montrée ici-bas envers le traître Judas. intime de mon être, comme l'eau impétueuse précipite ses flots
9. Bien que mon esprit trouvât son plaisir dans des choses dans l'abîme, lorsque disparaît l'obstacle qui la retenait captive.
passagères, cependant après des heures, hélas ! après des jours, Que désormais vous me trouviez toujours aussi attentive à vous,
et je puis dire avec douleur, après des semaines passées loin de que vous vous montrez présent à moi. J'atteindrai alors cette
vous, si je rentrais en moi-même, je vous trouvais toujours présent perfection à laquelle votre justice peut permettre à votre
au fond de mon cœur. Depuis neuf années vous ne vous êtes pas miséricorde d'élever une âme chargée du poids de la chair et qui
dérobé à mon amour, si ce n'est une fois pendant les onze jours résista toujours à votre amour. Puissé-je enfin exhaler mon
qui précèdent la saint Jean-Baptiste, parce que vous vouliez faire dernier soupir dans vos étroits embrassements et votre baiser
sentir à mon âme le déplaisir que vous avait causé une tout-puissant ! Que sans aucun délai mon âme se trouve où vous
conversation mondaine. Cette sévérité dura jusqu'à la deuxième demeurez sans occuper d'espace, où vous êtes tout entier sans
férie, vigile de la fête, pendant la messe « Ne timeas Zacharia » division possible, dans cette éternité toujours nouvelle où vous
"Sois sans crainte, Zacharie ». Votre douce humilité et l'admirable vivez et rayonnez de gloire avec le Père et le Saint-Esprit, ô vrai
bonté de votre amour voyaient que j'en étais venue à cet excès de Dieu, dans tous les siècles immortels!
folie de ne pas m'apercevoir de la perte d'un tel trésor, car je ne
me souviens pas avoir ressenti ni douleur, ni désir de le retrouver. CHAPITRE 4.
Je m'étonne qu'un tel excès de folie ait pu s'emparer de mon DE L'IMPRESSION DES TRÈS SAINTES PLAIES DU CHRIST.
esprit. Peut-être vouliez-vous me faire expérimenter ce que dit 11. Au début de ces faveurs divines, en la première ou la
saint Bernard : « Lorsque nous fuyons, vous nous poursuivez; seconde année, je crois, et durant la saison d'hiver, je trouvai
si nous tournons le dos, vous vous présentez en face ; vous dans un livre une courte prière conçue en ces termes :
suppliez, on vous méprise; mais ni confusion ni mépris ne « Seigneur Jésus Christ, Fils du Dieu vivant, donnez-moi
peuvent vous détourner de nous. Sans vous lasser, vous d'aspirer vers vous de tout mon cœur avec des désirs
travaillez toujours à nous amener à cette joie que l’œil n'a pas ardents et une âme altérée, de respirer en vous qui êtes la
vue ni l’oreille entendue, et que le cœur de l'homme ne douceur et suavité par excellence. Accordez enfin que mon
connaît pas. » Puisque vous m'avez accordé cette douce grâce être entier soit comme haletant vers vous, ô suprême et vraie
de votre présence lorsque j'en étais indigne et qu'il est plus grave Béatitude ! O très miséricordieux Seigneur, gravez en mon
de tomber une seconde fois qu'une première, j'avais donc plus coeur vos plaies divines au moyen de votre précieux sang,
que démérité quand vous daignâtes enfin me rendre la joie de afin que j'y lise en même temps, et vos douleurs et votre
votre présence salutaire qui dure encore aujourd'hui. Pour une amour. Que le souvenir de vos blessures reste à jamais dans
telle faveur, soit à vous cette louange et action de grâces, qui le secret de mon cœur, pour y exciter une ardente com-
procède avec douceur de l’amour incréé, pour refluer ensuite en passion et y allumer le feu de votre amour. Faites-moi sentir
vous-même, sans qu'aucune créature arrive à l'épuiser tout le vide des créatures, et soyez seul la douceur de mon âme.»
entière. 12. Je goûtai beaucoup les termes de cette prière et j'aimais à
10. Pour obtenir de garder un don si sublime, je vous offre la réciter souvent. Or, vous qui jamais ne repoussez les vœux des
cette très excellente supplication que l'angoisse extrême de votre humbles, vous m'écoutiez, prêt à m'exaucer. En effet, peu de
agonie, (attestée par la sueur de sang), a rendue si instante, que temps après, et pendant le même hiver, j'allai à la sortie de vêpres
la simplicité et l'innocence de votre vie ont faite si fervente, que m'asseoir au réfectoire pour la collation: je m'y trouvai à côté
l'amour enfin de votre Divinité a rendue si efficace. Que, par la d'une personne à qui j'avais découvert quelque chose des secrets
vertu de cette très parfaite prière, mon union avec vous devienne de mon âme. Je le dirai en passant, pour l'instruction de ceux qui
complète et que vous m'attiriez dans l'intimité de votre Cœur. Si liront cet écrit : j'ai souvent éprouvé dans ma dévotion un
par nécessité je dois me livrer aux oeuvres extérieures, puissé-je redoublement de ferveur à la suite de ces confidences, sans qu'il
ne faire que m'y prêter! et lorsque pour votre gloire je les aurai [7] me soit possible de déclarer, ô mon Dieu, si c'était votre esprit [8]
qui me poussait à révéler mes secrets, ou simplement l'affection de la pierre, je vins me réfugier en la plaie de votre main gauche
que j'avais pour cette personne. Cependant, j'ai entendu dire par pour y goûter le repos de l'âme.
quelqu'un de très expérimenté, qu'il est utile d'ouvrir son âme, non 15. Ensuite au quatrième verset, « Qui redimit de interitu »,
pas à tous indifféremment, mais à des personnes dont nous "Qui rachète à la fosse ta vie" m'approchant de votre main droite,
connaissons la fidèle affection, qui en outre sont au-dessus de je puisai avec confiance dans les trésors qu'elle renferme tout ce
nous, et que nous devons respecter comme étant nos anciens. qui manquait en moi à la perfection des vertus. Mon âme étant
Comme je l'ai dit, j'ignore le motif qui me faisait agir, et je m'en donc purifiée des souillures, enrichie de mérites, qu’y puis-je,
remets à vous qui êtes mon fidèle Dispensateur, vous dont l'Esprit maintenant que ces faveurs m'ont rendue moins indigne, jouir,
plus doux que le miel affermit la vertu des Cieux (7). Si je me suis comme l'indique ce verset: « Qui replet in bonis » "Qui rassasie
laissé conduire par l'affection humaine, il est bien juste, ô mon de biens", de votre présence si douce, si désirable et de vos
Dieu, que je me plonge dans un abîme de gratitude, puisque vous chastes baisers !
avez daigné réunir la poussière de mon néant et l'or de votre 16. Outre ces largesses, vous avez achevé de donner à mon
infinie grandeur, c'est-à-dire enchâsser dans mon cœur les perles âme ce que vous demandait cette prière, c'est-à-dire la grâce de
de votre grâce. lire en vos précieux stigmates et vos douleurs et votre amour. Ce
13. Au moment dont j'ai parlé, j'étais donc occupée à méditer fut, hélas ! pour peu de temps, non que vous m'ayez retiré ces
les paroles de cette prière, lorsque je sentis que, malgré mon faveurs, mais parce que, et je le déplore ici, je les perdis par mon
indignité, je recevais par une opération toute divine les faveurs ingratitude et ma négligence. Toutefois, votre immense
souhaitées depuis longtemps. Il me fut donné de connaître miséricorde et votre généreuse tendresse ont paru ne pas
spirituellement que vous veniez d'imprimer les stigmates remarquer mes oublis, et m'ont conservé jusqu'à ce jour malgré
adorables de vos très saintes plaies sur des places réelles de mon indignité, le premier et le plus grand de ces dons qui est
mon Cœur. Par ces blessures, vous avez guéri mon âme, et vous l'empreinte de vos plaies sacrées. Pour cette faveur, ô mon Dieu,
m'avez présenté à boire la coupe enivrante qui contient le nectar honneur et puissance, louange et jubilation vous soient rendus
de l'amour. dans les siècles éternels !
14. Mais mon indignité n'avait pas épuisé l'abîme de votre
tendresse. Je reçus encore de votre surabondante libéralité ce CHAPITRE 5.
don magnifique, que, tous les jours et à chaque fois que je DE LA BLESSURE DE L'AMOUR.
réciterais cinq versets du psaume « Benedic anima mea » "Bénis 17. Sept ans plus tard, dans les jours qui précèdent l'Avent, et
Yahvé, mon âme" (Psaume 103 (102), versets 1 à 5) en visitant certainement par votre permission, ô divin Auteur de tout bien,
en esprit les marques de l'amour imprimées sur mon cœur, je ne j'engageai une personne à ajouter, pour moi, les paroles suivantes
pourrais jamais me plaindre, de ne pas recevoir quelque grâce à la prière qu'elle adressait chaque jour au crucifix : « Par votre
spéciale. En effet, au premier verset : « Benedic anima mea », je Cœur transpercé, ô Seigneur très aimant, veuillez transpercer
reçus la grâce de déposer sur les plaies de vos pieds sacrés toute son cœur des traits de votre amour, afin que rien de terrestre
la rouille de mes péchés et le néant des voluptés du monde. Au n'y demeure, et qu'il soit rempli par la seule vertu de votre
second verset : « Benedic anima mea et noli oblivisci » "Bénis Divinité. » Cette prière ayant, je le crois, porté un défi à votre
Yahvé, mon âme, n’oublie aucun de ses bienfaits." je lavai toutes amour, il arriva que, le dimanche où l'on chante « Gaudete in
les taches de délectation charnelle et passagère dans cette Domino » "Réjouissez-vous dans le Seigneur" (8), lorsque par un
source amoureuse d'où le sang et l'eau jaillirent pour moi. Au effet de votre miséricordieuse libéralité je m'approchai de la
troisième verset : « Qui propitiatur » "Lui qui pardonne », communion de votre corps et de votre sang, je sentis mon âme
semblable à la colombe qui se hâte d'établir son nid dans le creux saisie d’un désir véhément, sous l'effort duquel je m'écriai :
_____ «Seigneur, je ne suis pas digne de la moindre de vos grâces,
(7) Allusion au verset 6 du Psaume 33 (32) : « Verbo Domini coeIi firmati sunt, mais, au nom des mérites et des désirs de tous ceux qui sont
et spiritu oris ejus omnis virtus eorum ». "Par sa parole les cieux ont été _____
affermis et du souffle de sa bouche vient leur vertu." [9] (8) Au troisième Dimanche de l'Avent. [10]
ici, je vous conjure de transpercer mon cœur par la flèche de lâcheté ont enlevé à la force de cette dévotion ! C'est par lui, dans
votre amour ! » Je compris bientôt, par l'infusion d'une grâce la vertu du Saint-Esprit, que vous nous avez donné d'agir avec
intérieure et par un signe extérieur qui apparut sur le crucifix, que une si grande compassion, avec respect et humilité. Par lui je
ma prière avait pénétré jusqu'à votre cœur. En effet, après la vous offre la douleur que j'éprouve d'avoir outragé votre bonté
réception du Sacrement de vie, revenue à ma place, il me sembla infinie en péchant par pensées, par paroles ou par actions, et
voir partir du côté droit du crucifix qui était peint sur mon livre surtout de ne m'être pas servi avec soin et révérence des dons
comme un rayon de soleil dont l'extrémité avait la forme d’une que j'avais reçus. Ne m'eussiez-vous donné, en souvenir de vous,
flèche. Ce rayon jaillit avec force, se retira en lui-même, puis à moi si indigne, qu'un léger fil de lin, j'aurais dû le recevoir avec
s'élança de nouveau et demeura fixe un moment afin d'attirer un respect infini !
doucement à lui toute mon affection. Mes vœux cependant 19. O Dieu, qui connaissez les secrets de mon cœur, vous
n'étaient pas encore satisfaits ; lorsque au mercredi suivant (9), savez que pour écrire et publier ces choses, j'ai dû combattre mon
jour où les fidèles après la messe honorent le grand mystère de goût personnel, et considérer qu'ayant si peu profité de vos
votre adorable Incarnation et Annonciation, je me joignis à eux, grâces, elles ne pouvaient m'avoir été accordées pour moi seule,
quoique avec moins de ferveur. Tout à coup je vous vis apparaître puisque votre sagesse éternelle ne se trompe en rien. O
devant moi, et vous me fîtes une blessure au cœur en disant ces Dispensateur de tous les biens, qui m'avez comblée gratuitement
mots: [J68] « Que toutes les affections de ton âme viennent se de tant de grâces, faites au moins qu'en lisant cet écrit, le cœur
concentrer ici ; c'est-à-dire que l'ensemble de tes plaisirs, de d'un de vos amis soit ému par votre condescendance, et vous
tes espérances, de tes joies, de tes douleurs, de tes craintes remercie de ce que, pour l'amour des âmes, vous avez conservé
et de tous tes autres sentiments se fixent dans mon amour. » si longtemps au milieu des souillures de mon cœur une pierre
Je pensai aussitôt à ce que j'avais entendu dire au sujet du précieuse d'un tel prix. Qu'il loue, qu'il exalte et supplie votre
traitement qu'une plaie réclame : bains, onctions, bandages. Mais miséricorde en disant de cœur et de bouche: « Te Deum Patrem
vous ne m'avez pas enseigné alors comment je devais m'acquitter ingenitum… » "O Père non engendré…" « Te jure laudant… »,
de ces soins. Plus tard seulement, vous m'avez éclairée à ce "On vous loue avec justice" « Tibi decus et imperium… », "A
sujet, par une personne qui, je n’en doute pas, s'était habituée, vous l'honneur et l'empire…" « Benedictio et claritas... »
pour votre gloire, à écouter, avec plus de délicatesse et de "Bénédiction et gloire.."». (11). C'est ainsi que peut vous être
persévérance que moi, le doux murmure de votre amoureux offert un supplément à mon insuffisance.
langage. Elle me conseilla donc d'honorer par une constante Ici elle cessa d'écrire jusqu'au mois d'octobre.
dévotion l'amour de votre Cœur percé sur la Croix ; de puiser à
cette source de charité qui jaillit sous l'effort d'un amour ineffable, CHAPITRE 6.
l'eau de la vraie piété qui lave toute offense; de prendre dans D'UNE VISITE PLUS SUBLIME DU SEIGNEUR EN LA FÊTE DE
l'effusion de tendresse qui découle d'un tel amour l'huile de la LA NATIVITÉ.
reconnaissance, comme remède à toute douleur ; enfin de 20. Ô Toute-Puissance admirable et d'une hauteur inac-
trouver, dans cette oeuvre de charité que vous avez consommée cessible! O Sagesse insondable en ses profonds abîmes ! O
avec un incompréhensible amour, la bandelette de justification Charité toute désirable et d'une étendue sans mesure ! Avec
pour diriger vers vous toutes mes pensées, mes paroles et mes quelle abondance les torrents de votre Divinité plus douce que le
oeuvres, et vous demeurer inséparablement unie. miel se sont-ils élevés, pour déborder si fortement sur moi,
18. O Dieu, que la force de cet amour, dont la plénitude est en misérable ver de terre, qui ne sais que ramper sur le sable de mes
Celui qui, assis à votre droite, s'est fait « l'os de mes os et la défauts et de mes négligences. Il m'est permis, bien plus, je désire
chair de ma chair » (10), supplée à ce que ma malice et ma pendant l'exil de mon pèlerinage terrestre, retracer autant que je
_____ le puis ces béatifiantes délices et ces suavités si douces, par
(9) Férie des quatre-temps de l'Avent où on lit l'évangile : Missus est _____
(10) Allusion à la parole de la Genèse chapitre 2 versets 23 et suivants : «Hoc (11) La sainte fait allusion à certaines antiennes de l'office de la Sainte Trinité.
nunc, os ex ossibus…» "c’est l’os de mes os et la chair de ma chair…". [11] [12]
lesquelles celui qui adhère à Dieu devient un même esprit avec lui CHAPITRE 7.
(Première épître aux Corinthiens chapitre 6, verset 17). Il m'a été D'UNE UNION PLUS EXCELLENTE DE SON ÂME AVEC DIEU.
donné, à moi pauvre grain de poussière, de savourer quelques 23. En la très sainte fête de la Purification, tandis que j'étais
gouttes de cette béatitude infinie si abondamment répandue, et forcée de garder le lit à la suite d'une grave maladie je me trouvai,
c'est ce que je vais raconter ici. au lever du jour, remplie de tristesse et me plaignis d'être privée,
21. C'était en cette nuit sacrée où les cieux parurent distiller le par cette infirmité, de la céleste visite qui m'avait souvent
miel, lorsque la douce rosée de la Divinité descendit sur la terre. consolée à pareil jour.
Mon âme, semblable à une toison exposée dans l'aire de la 24. Et voici que l'auguste Médiatrice, Mère de celui qui est le
charité et tout humectée de cette rosée céleste (12), voulut véritable Médiateur entre Dieu et les hommes, vint par ces paroles
méditer ce mystère. Par l'exercice de sa dévotion, elle désira adoucir ma peine : [M01] « Tu ne te souviens pas d'avoir
prêter pour ainsi dire son ministère à ce divin enfantement où, tel éprouvé dans ton corps des douleurs aussi aiguës; mais
que l’astre émet son rayon, la Vierge produisit son Fils vrai Dieu et apprends que mon Fils te réserve un présent plus riche que
vrai homme. Il me sembla tout à coup qu'on me présentait, et que tous ceux dont tu as été comblée jusqu'ici, et c'est afin qu'il
je recevais dans mon cœur un tout petit enfant, né à l'heure soit reçu dignement que ton âme a été fortifiée par ces
même, dans lequel résidait assurément le don de la souveraine souffrances corporelles. » Je fus soulagée en écoutant ces
perfection, le don par excellence. Et comme mon âme le retenait douces paroles, et immédiatement avant la procession je reçus
en elle-même, elle se vit soudainement transformée tout entière l'aliment de vie. Comme j'étais attentive à la présence de Dieu en
en la couleur de ce divin Enfant, si toutefois il est possible moi, je vis que mon âme, semblable à une cire doucement amollie
d'appeler couleur ce qui ne peut être comparé à rien de visible. sous l'action du feu, se présentait devant la poitrine sacrée du
Elle reçut alors l'intelligence de ces ineffables paroles: « Erit Deus Seigneur comme en face d'un sceau dont elle allait recevoir
omnia in omnibus » "Dieu sera tout en tous" (Première épître l'empreinte. Tout à coup, ce sceau divin fut apposé sur elle et mon
aux Corinthiens chapitre 15, verset 28). Aussi ce fut avec une âme fut alors introduite dans ce trésor sacré où la plénitude de la
insatiable avidité qu'elle prit le délicieux breuvage qui lui était divinité habite corporellement pour y être marquée du sceau de la
divinement offert dans ces paroles que j'entendis au même resplendissante et toujours tranquille Trinité.
instant: [J69] « Comme je suis la figure de la substance de 25. O mon Dieu, Charbon dévorant (Carbo desolatorius)
Dieu le Père (Hébreux chapitre 1, verset 3) en la Divinité, de (13), vous avez enfermé d'abord en vous-même, puis montré, et
même tu seras la figure de ma substance dans l'humanité, tu enfin communiqué cette vive ardeur, lorsque, sans rien perdre de
recevras dans ton âme déifiée les influences de ma divinité, votre feu, vous vous êtes arrêté sur le terrain humide et glissant
comme l'air reçoit les rayons du soleil. Pénétrée alors de mon âme, pour dessécher en elle les flots des joies humaines.
jusqu'aux moelles par cette lumière unifiante, tu deviendras Vous l'avez ensuite dégagée de cet attachement à sa propre
capable d'une union plus intime avec moi. » volonté, attachement que le temps n'avait fait que fortifier. O vrai
22. O baume très précieux de la Divinité qui de toutes parts feu consumant qui ne brûlez les vices de l'âme que pour y instiller
envoyez au loin les ruisseaux de l’amour, qui germez et fleurissez la douce onction de la grâce ! C'est en vous seul que nous
éternellement, et dont l'entière effusion n'aura lieu qu'à la fin des trouvons la force de nous réformer selon l'image et la
temps ! O vertu vraiment invincible de la droite du Très-Haut : par ressemblance divine. O fournaise ardente dont les feux éclairent
vous, un vase fragile, rejeté avec ignominie à cause de ses vices, la douce vision de la paix ! Votre puissante opération change les
a pu contenir et garder votre très précieuse liqueur ! O témoi- scories en or pur et choisi, dès que l'âme, fatiguée d'illusions,
gnage irréfragable de l'excessive tendresse de Dieu, qui ne m'a cherche enfin avec ardeur le souverain Bien qu'elle ne trouve
pas abandonnée lorsque j'errais au loin dans les sentiers du vice qu'en vous seul, ô vraie vérité !
et m'a fait connaître, autant que ma misère en était capable, la _____
douceur de cette bienheureuse union! (13) Allusion au verset 4 du Psaume 120 (119) : « Sagittae potentis acutoe
_____ cum carbonibus desolatonis » " Les flèches du puissant sont aiguës, et ce
(12) Allusion. à la toison de Gédéon qui reçut la rosée du ciel (Juges chapitre 6, v. 37) [13] sont des charbons pour détruire." [14]
CHAPITRE 8. créature, méprisable par sa vie et ses mœurs, pour l'élever à la
D'UNE UNION PLUS INTIME ENCORE. participation de votre royale et divine grandeur ? Vous vouliez par
26. Le dimanche suivant: « Esto mihi in Deum là augmenter la confiance de tous les membres de l'Église, et
protectorem » "Soyez-moi un Dieu protecteur" (14), vous avez c'est ce que je souhaite et désire pour tout chrétien, espérant que
pendant la messe excité et agrandi les désirs de mon âme, afin nul ne fera comme moi un si mauvais usage des dons de Dieu, et
qu'elle aspirât aux faveurs plus sublimes dont vous aviez ne donnera autant de scandale à son prochain.
l'intention de la gratifier. Ce fut surtout par ces deux paroles du 30. Mais, comme les choses invisibles de Dieu peuvent être
répons: [J70] « Benedicens benedicam… » "Bénissant, je te perçues par l'intelligence au moyen des images sensibles, ainsi
bénirai" (15), et le verset du neuvième répons : [J71] « Tibi enim que déjà je l'ai remarqué, il m'apparut que de cette partie de la
et semini tuo dabo eas regiones » "Je donnerai cette terre à toi poitrine sacrée du Seigneur, en laquelle, au jour de la Purification,
et à ta race." (16) Plaçant alors votre main vénérable sur votre il avait reçu mon âme sous la forme d'une cire amollie au feu,
poitrine sacrée; vous m'indiquiez où se trouvent ces régions s'échappaient avec violence des gouttes de sueur, comme si la
promises par votre infinie libéralité. substance de cette cire se fût entièrement liquéfiée par l'excès de
27. O terre bienheureuse qui comblez de bonheur tous ceux la chaleur enfermée dans le sein de mon Dieu. Et ce divin Cœur
qui vous habitent ! Champ de délices dont le plus petit grain peut absorbait ces gouttes avec une vertu ineffable et
satisfaire abondamment la faim de tous les élus et procurer au incompréhensible. II semblait évident que l'amour, dont le propre
cœur humain tout ce qui peut lui être doux et agréable ! est de se répandre avait enfermé sa force victorieuse dans les
28. Je considérais avec une attention, peut-être insuffisante, profondeurs de ce Cœur sacré.
du moins autant que je le pouvais, ce spectacle si digne de fixer 31. Solstice éternel, demeure pleine de sécurité, lieu qui
mes regards. Alors m'apparut la bonté et l'humanité de Dieu notre renferme toutes les délices, paradis des joies éternelles, source
Sauveur, non à cause des oeuvres de justice par lesquelles mon jaillissante d'inexprimables délectations, vous attirez par les fleurs
indignité eût pu mériter cette faveur, mais à cause de son variées d'un doux printemps ; vous charmez par les notes suaves
ineffable miséricorde qui me justifiait par la régénération adoptive ou plutôt par le doux concert d'une harmonie toute spirituelle ;
(Épître à Tite chapitre 3, verset 4); et me préparait à cette union vous ranimez par le souffle parfumé des vivifiants aromates ; vous
plus intime avec vous, ô mon Dieu ! Union en vérité étonnante et enivrez par la douceur liquéfiante des saveurs mystiques; vous
redoutable, digne d'admiration, céleste et inestimable! transformez par les caresses merveilleuses de vos saints
29. En vertu de quels mérites de ma part, ô mon Dieu, et par embrassements ! O trois fois heureux, quatre fois bienheureux et,
quel mystérieux jugement ai-je obtenu une si grande faveur ? si je puis parler ainsi, mille fois saint celui qui, dirigé par la grâce,
Certes, l'amour qui oublie la dignité du sang et se montre plein de mérite d'approcher de ce lieu béni avec un cœur pur, des mains
condescendance, l'amour, dis-je, qui se précipite sans attendre la innocentes et des lèvres sans souillure ! Comment redire ce qu'il
réflexion ni le jugement de la raison, vous a, si j'ose ainsi parler, voit, ce qu'il entend, ce qu'il respire, ce qu'il goûte et ce qu'il
enivré jusqu'à la folie, ô mon très doux Seigneur, pour que vous ressent ? Pourquoi ma langue impuissante s'efforcerait-elle d'en
en arriviez à unir deux choses si dissemblables. Ou bien, pour balbutier quelque chose ? Sans doute, par un effet de la bonté
employer un langage moins indigne de votre Majesté, cette suave divine, j'ai été admise à jouir de ces faveurs mais, enveloppée
bonté, qui est innée en vous et fait partie de votre essence, a été comme d'une peau épaisse par l'écorce de mes fautes et de mes
ébranlée par le contact de la tendre charité qui opéra le salut du négligences, je ne pouvais les saisir que très imparfaitement, car
genre humain, et en vertu de laquelle non seulement vous aimez, toute la science réunie des anges et des hommes ne saurait
mais vous êtes l'Amour même. Est-ce donc cette charité qui vous fournir un seul mot qui exprimât si peu que ce soit la suréminente
aura engagé à tirer de son extrême indignité une misérable grandeur d'une si sublime union.
_____
(14) Dimanche de la Quinquagésime (50 jours avant Pâques).
(15) Verset du répons : « Locutus est »"il a parlét" en ce même dimanche. CHAPITRE 9.
(16) Répons qui n'est pas citée textuellement comme cela dans le bréviaire. [15] DE L'INSÉPARABLE UNION DE SON ÂME AVEC DIEU. [16]
32. Peu de temps après, c'est-à-dire au milieu du. Carême, je les quitter et porter ses pas vers des régions où cette précieuse
me trouvais encore retenue sur ma couche par une grave liqueur perdrait sa force et son parfum ! Ou, si la charité oblige à
maladie. J'étais seule un matin, tandis que les autres Sœurs en sortir, emporter avec soi la vertu de ce vin généreux, afin de
vaquaient à leurs occupations, lorsque le Seigneur, qui servir au prochain une part de l'abondance divine !
n'abandonne pas ceux qui sont privés des consolations humaines, 35. Je crois, ô Seigneur Dieu; que votre toute puissance
daigna m'apparaître et réaliser ainsi cette parole du prophète: pourrait accorder ce don à tous vos élus ; je ne doute pas que
[J72] «Cum ipso sum ire tribulatione » "Je suis avec lui dans la votre tendresse ne veuille aussi m'en faire part. Mais comment
tribulation" (Psaume 91(90), verset 15). Il me présenta son côté votre impénétrable sagesse oubliera-t-elle à ce point mon
gauche d'où jaillissait, comme des profondeurs intimes de son indignité ? c'est là un mystère que je ne puis sonder.
Cœur sacré, une source d'eau pure, solide comme le cristal. En 36. Je glorifie et j'exalte la sagesse et la bonté de votre Toute-
s'écoulant, elle recouvrait ce sein béni à la manière d'un collier Puissance. Je loue et j'adore la Toute-Puissance et la bonté de
précieux, offrant tour à tour aux regards le brillant de l'or ou l'éclat votre Sagesse. Je rends grâces à la toute puissance et à la
de la pourpre. Le Seigneur me dit ces paroles : [J73] « La sagesse de votre Bonté et je vous bénis, ô mon Dieu, car j'ai
maladie qui te fait souffrir a sanctifié ton âme, en sorte que toujours reçu de votre largesse toutes les grâces qui pouvaient
toutes les fois que, pour mon amour et par condescendance m'être accordées, et cela dans une mesure qui dépassait
pour le prochain, tu sembleras t'éloigner de moi par tes infiniment mes pauvres mérites.
actes, tes pensées ou tes paroles, tu ne t'en écarteras pas
plus en réalité que cette source ne s'éloigne de mon Cœur. Et CHAPITRE 10.
comme tu as vu l'or et la pourpre briller à travers le pur DE L'INSPIRATION DIVINE.
cristal, de même la coopération de ma divinité figurée par l'or, 37. Je jugeais si hors de propos de publier ces écrits que je ne
et la patience parfaite de mon humanité représentée par la voulais pas me prêter à écouter sur ce point la voix de ma
pourpre, rendront toutes tes actions agréables à mes yeux. » conscience. Je différai donc jusqu'à l'Exaltation de la sainte Croix,
33. O dignité de cet infime grain de poussière pour que cette et, ce jour même pendant la messe, j'avais décidé de m'appliquer
Pierre divine, la plus précieuse que renferment les trésors des à un autre travail, lorsque le Seigneur triompha de ma résolution :
cieux, ait daigné s'y enchâsser après l'avoir tiré de la boue des [J74] « Sois assurée, dit-il, que tu ne sortiras pas de la prison
chemins ! O beauté de cette humble petite fleur que le rayon du de ton corps avant d'avoir acquitté tes dettes jusqu'à la
soleil a fait germer d'une terre fangeuse, afin de lui communiquer dernière obole. »
sa splendeur ! O bonheur de cette âme comblée de bénédictions, 38. Comme je pensais en moi-même que j'avais déjà fait servir
et que le Dieu de Majesté a jugée digne d'assez d'estime pour les dons de Dieu à l'avantage du prochain, sinon par écrit, au
que lui, dont la puissance est sans bornes, se soit abaissé à la moins par mes paroles le Seigneur m'opposa ce que j'avais
créer ; de cette âme, dis-je, qui, bien que parée de l'image et de la entendu lire la nuit même aux Matines : [J75] « Si le Seigneur
ressemblance divine, est cependant distante de Dieu, comme n'avait voulu révéler sa doctrine qu'à ses contemporains, il
toute créature l'est de son Créateur ! C'est pourquoi mille fois aurait prononcé des discours, et n'aurait pas inspiré les
bienheureuse celle à qui il a été donné de demeurer dans cette écrivains sacrés; mais ses enseignements ont été écrits, et
union à laquelle je crains, hélas ! de n'être jamais parvenue un c'est pourquoi ils servent aujourd'hui au salut d'un plus
seul moment ! Aussi je prie la divine clémence de m'accorder grand nombre. » Et le Seigneur ajouta : [J76] « Je n'accepte
quelque grâce que ce soit, par les mérites de ceux qu'elle a aucune objection, et je veux que tes écrits soient, pour les
conservés, comme je l'espère, dans un tel état pendant un si long derniers temps où j'ai résolu de répandre mes grâces sur beaucoup
temps. d'âmes, un témoignage irrécusable de ma divine tendresse. »
34. O Don qui surpasse tout don ! Se rassasier avec 39. Après avoir entendu ces paroles, je restai tout accablée et
abondance des délices de la Divinité ! S'enivrer du vin de la considérai en moi-même combien il serait difficile, pour ne pas
charité dans les celliers du pur amour, au point de ne pouvoir [17] dire impossible, de trouver la traduction exacte des choses [18]
dont j'ai parlé, et les paroles convenables pour les présenter à à la réception de votre corps et de votre sang précieux ! Puisque
l'esprit humain, sans danger de scandale. Mais le Seigneur, pour je ne puis, ô mon Dieu, vous rendre même un pour mille, je me
vaincre ma pusillanimité, parut faire descendre sur mon âme une confie à cette éternelle, immense et immuable gratitude par
pluie abondante. J'en fus accablée, moi pauvre créature, et laquelle, ô resplendissante et toujours tranquille Trinité, vous
inclinée vers la terre comme une plante encore nouvelle et tendre, acquittez pleinement, de vous-même, par vous-même et en vous-
je ne pouvais rien absorber de cette eau pour mon profit. même, toutes nos dettes. Semblable à un grain de poussière, je
J'entendis seulement quelques paroles importantes, que mon m'enveloppe dans cette divine gratitude et je vous offre par Celui
intelligence naturelle ne pouvait saisir. De plus en plus accablée, qui siège à votre droite revêtu de ma substance, les actions de
je me demandais ce que tout cela présageait, lorsque votre grâces dont je suis capable. Je les offre par Lui, en l'Esprit Saint,
tendresse habituelle, ô mon Dieu, voulut alléger mon fardeau et pour tous les bienfaits dont vous m'avez comblée, et surtout pour
réconforter mon âme en disant : [J77] « Puisque cette pluie cet enseignement lumineux par lequel vous avez dissipé mon
abondante te parait inutile, je vais maintenant t'approcher de ignorance, en me montrant de quelle façon j'obscurcissais la
mon Cœur et verser peu à peu en toi ce dont tu as besoin. pureté de vos dons.
J'agirai avec douceur et suavité, et selon la mesure de tes 42. Un jour donc que j'assistais à une messe où je devais
forces » communier vous avez daigné me faire sentir votre douce
40. Après avoir constaté les effets de cette promesse, O mon présence, et, vous servant pour m’instruire d'une comparaison
Dieu, j'en atteste la parfaite sincérité. Car, tous les matins, et à sensible, je vous vis semblable à une personne haletante de soif
l'heure la plus favorable, vous m'avez inspiré quelque partie de qui me demandait à boire. Comme je me plaignais de ne pouvoir
ces pages. C'était avec tant de douceur et de clarté, que, sans vous secourir, puisque, malgré tous mes efforts, je ne parvenais
aucun travail, j'écrivis des choses que j'avais jusqu'alors ignorées, pas à tirer de mon cœur, ne fût-ce que quelques gouttes de
et qui se présentaient à moi comme si elles eussent été depuis compassion, je vis que vous me présentiez de votre propre main
longtemps gravées dans ma mémoire. Vous, agissiez toutefois une coupe d'or. Aussitôt mon cœur se liquéfia sous l'effet de
avec mesure, car, après avoir écrit la tâche journalière, il m'était l'amour, et mes yeux versèrent un flot de larmes brûlantes. En
impossible, même en y appliquant toutes les forces de mon esprit, même temps, je vis à ma gauche un odieux personnage qui me
de trouver une seule de ces paroles qui le lendemain cependant glissait en cachette dans la main un objet amer et empoisonné, et
revenaient si abondantes et sans aucune difficulté : par cette m'excitait avec force, (quoique toujours en secret), à le jeter dans
manière d'agir, vous modériez et dirigiez ma fougue naturelle, cette coupe pour empoisonner le vin pur qu'elle contenait. Aussitôt
suivant cette parole « qu'il ne faut pas se livrer à l'action au s'éleva en moi un si grand mouvement de vaine gloire, qu'il me fut
point de négliger la contemplation ». Vous vous montriez donc aisé de comprendre la ruse employée contre nous par l'antique
jaloux du salut de mon âme en toute circonstance et, me ennemi, quand les dons que vous nous faites excitent son envie.
permettant de goûter parfois les joyeux embrassements de 43. Mais grâces soient rendues à votre fidélité, ô mon Dieu,
Rachel, vous ne me priviez pas de la glorieuse fécondité de Lia. grâces aussi à votre protection, ô Divinité subsistant dans la
Que pour arriver à vous plaire, ô mon Dieu, votre amour plein de Vérité et l'Unité; Vérité adorable dans l'Unité et la Trinité ; Déité
sagesse daigne m'aider à unir parfaitement dans ma vie l'action et incompréhensible en la Trinité et l'Unité ! Vous ne permettez pas
la contemplation. que nous soyons tentés au-delà de nos forces, quoique vous
laissiez, parfois à l'ennemi la liberté de nous attaquer, afin de
CHAPITRE 11. nous exercer et de nous faire progresser. Si vous voyez que nous
D'UNE AUDACIEUSE ATTAQUE DU TENTATEUR. nous appuyons avec confiance sur votre secours, vous faites
41. Combien de fois en ces temps avez-vous multiplié les vôtre le litige, en sorte que, par un excès de générosité, vous
effets de votre salutaire présence ! Par quelle bénédiction de réservant le combat, vous nous abandonnez la victoire, pourvu
douceur avez-vous prévenu ma bassesse, surtout pendant les que nous adhérions à vous par le mouvement de notre volonté.
trois premières années, et spécialement lorsque j'étais admise[19] Et, comme dans l'usage de vos dons vous ne permettez pas [20]
que l'ennemi ait pouvoir sur notre libre arbitre, vous nous en où j'ai été comme doucement attirée par votre condescendante
laissez aussi le plein usage pour l'accroissement de nos mérites. charité, que ma reconnaissance rende ses actions de grâces à
44. Dans une autre circonstance, et par une autre votre bonté infinie.
comparaison, vous m'avez appris qu'en cédant facilement aux
suggestions de l'ennemi, on laisse croître son audace. Car la CHAPITRE 13.
grandeur de votre justice exige parfois que votre miséricorde DE LA VIGILANCE SUR NOS SENTIMENTS.
toute-puissante se cache en quelque sorte pendant ces dangers 49. Je confesse également à l'honneur de votre amour, ô Dieu
que nous courons par notre propre négligence. Plus nous nous de bonté, que vous avez encore usé d'un autre moyen pour
hâtons de résister au mal, plus utile, plus fructueuse et plus secouer mon inertie, et, bien que vous vous soyez servi d'abord
heureuse est notre résistance. de l'entremise d'une personne, vous avez ensuite achevé seul
l’œuvre de votre amour, avec non moins de miséricorde que de
CHAPITRE 12. condescendance.
AVEC QUELLE PATIENCE DIEU SUPPORTE NOS DÉFAUTS. 50. Cette personne me fit remarquer, dans le récit
45. Je vous rends grâce encore ô mon Dieu, pour une autre évangélique, qu'après avoir pris naissance ici-bas, vous aviez été
vision qui fut tout à la fois agréable et utile à mon âme. Vous m'y trouvé d'abord par des pasteurs; et elle ajouta, de votre part, que
avez fait connaître avec quelle patience vous supportez nos si je désirais véritablement vous trouver, il me fallait veiller sur
défauts, afin que nous arrivions à les corriger pour obtenir la mes sens comme les bergers veillaient sur leurs troupeaux. Cet
béatitude. avis me déplut et me parut hors de propos, car vous aviez si bien
46. Un soir, j'avais éprouvé un vif mécontentement, et le fixé mon âme en votre amour, qu'il me semblait peu convenable
lendemain, avant le jour, je saisissais la première occasion de me de vous servir comme un pasteur mercenaire sert son maître.
mettre en prière, lorsque je vous vis sous la figure d'un voyageur Après avoir roulé dans mon esprit ces pensées qui m'étaient
tellement misérable, que vous sembliez privé de force et de tout pénibles, je me recueillis à l'heure de Complies au lieu même de
secours humain. Ma conscience me reprocha ma faute de la la prière, et vous daignâtes adoucir ma tristesse par la
veille, et je gémis d'avoir troublé, par les mouvements impétueux comparaison suivante: « Une femme peut jeter le grain aux
de mon caractère, l'auteur de la paix et de la pureté parfaites. Il éperviers de son mari, sans être pendant ce temps privée de ses
me semblait même que j'aurais préféré vous voir absent de mon caresses; de même si, pour l'amour de vous, je garde au prix d'un
âme à cette heure, mais à celle-là seulement, où j'avais négligé vrai labeur mes sens et mes affections, je ne serai pas pour cela
de repousser l'ennemi qui m'entraînait à des sentiments si frustrée des douceurs de votre grâce ». Et, sous la forme d'une
contraires à votre sainteté. branche verdoyante, vous me donnâtes alors l'esprit de crainte,
47. Voici la réponse que vous me fîtes alors : [J78] afin que, demeurant toujours avec vous, sans sortir un seul
«Comment un pauvre malade, qui a obtenu à grand-peine de Instant de vos bras, j'évite de m'avancer dans ces contrées
se faire porter à la douce chaleur du soleil, se consolera-t-il désertes où s'égarent les affections humaines. Vous avez ajouté
d'un violent orage qui survient tout à coup, sinon par l'espoir que si quelque influence s'insinuait dans mon esprit pour le forcer
de voir bientôt un temps plus serein ? De même, vaincu par à incliner mes affections, soit à droite par l'espérance et la joie,
ton amour, j'ai choisi de demeurer avec toi, au plus fort des soit à gauche par la crainte, la douleur ou la colère, je devais,
tempêtes soulevées par tes passions, et d'attendre le repentir grâce à la verge de votre crainte, ramener aussitôt cette affection
qui amènera le calme et te dirigera vers le port de l'humilité. » au centre de mon cœur par la garde de mes sens, et l'immoler,
48. Puisque ma langue est impuissante à redire les comme on immole un agneau nouveau-né, afin de le servir à votre
abondantes faveurs qui me sont accordées par le don continu de table.
votre présence, agréez, je vous en supplie ô mon Dieu, les 51. Hélas ! combien de fois, entraînée par la malice, la
sentiments de mon cœur. Du fond de cet abîme d'humilité légèreté ou la vivacité de mon caractère, je semblais reprendre ce
[21] que je vous avais offert ; vous l'enlever pour ainsi dire de la [22]
bouche afin de le donner à votre ennemi ! Après cela vous me 56. Grâces vous soient rendues, ô Ami des hommes, de ce
regardiez encore avec autant de douceur et de bonté que si, que vous m'avez parfois amenée à pratiquer la patience au
n'ayant même pas soupçonné ma faute, vous l'eussiez prise pour moyen de ces divines leçons ! Mais hélas ! et mille fois hélas !
une marque de tendresse. Mon âme a été souvent et doucement trop rares ont été mes réponses à vos avances, et trop souvent
émue à la vue de votre miséricordieux amour; jamais les menaces inférieures à ce que vous demandiez de moi ! Vous savez, ô mon
et les châtiments ne m'auraient amenée par une voix aussi sûre à Dieu, à quel point cette pensée remplit mon esprit de douleur, de
la crainte du péché et à la correction de mes défauts. confusion et d'abattement, et avec quelle ardeur mon cœur désire
que d'autres âmes vous dédommagent de ce que je ne puis vous
CHAPITRE 14. donner.
DE L'UTILITÉ DE LA COMPASSION. 57. Une autre fois, comme je devais communier, et que
52. Le dimanche qui précède le Carême, tandis qu'on pendant la messe vous vous étiez donné à moi avec plus de
entonnait à la messe ces paroles : « Esto mihi in Deum magnificence que jamais, je voulus chercher comment vous payer
protectorem » "Soyez-moi un Dieu protecteur", vous m'avez fait de retour. Ô le plus sage des maîtres ! vous avez daigné alors me
comprendre qu'après avoir souffert les injures et les outrages de suggérer ces paroles de l'Apôtre: [J79] « Optabam ego ipso
la part de plusieurs personnes, vous vous serviez des expressions anathema esse pro fratribus meis » "Je désirais être anathème
de cet introït pour demander asile dans mon cœur. Et pendant les pour mes frères" (Romains 9, 3). Vous m'aviez enseigné
trois jours suivants, chaque fois que je descendais en mon âme je auparavant que l'âme réside dans le cœur, et vous me découvriez
vous voyais reposer comme un pauvre malade, doucement maintenant qu'elle réside aussi dans la tête, notion que j'ai
appuyé sur ma poitrine. rencontrée depuis en divers écrits. Votre bonté m'apprenait que
53. Pour vous soulager durant ces trois jours, je ne trouvais c’est une grande perfection d'abandonner les jouissances du
rien de mieux que de me livrer pour votre amour à la prière, au cœur afin de s'appliquer au gouvernement de ses sens extérieurs,
silence et à la mortification, afin d'obtenir la conversion des ou à la pratique des oeuvres de charité pour le salut du prochain.
personnes entraînées par l'esprit du monde.
CHAPITRE 16.
CHAPITRE 15. DIVERSES MANIFESTATIONS AUX FÊTES DE LA NATIVITÉ ET
DE LA RECONNAISSANCE POUR LA GRÂCE DE DIEU. DE LA PURIFICATION
54. Votre grâce daigna éclairer mon entendement et me 58. Le jour de votre sainte Nativité, je vous pris dans la crèche
révéler plusieurs fois que l'âme, enfermée dans l'enveloppe de comme un tendre enfant enveloppé de langes et je vous pressai
son corps, se trouve comme plongée dans un nuage, de la même sur mon cœur. C'est ainsi que, de toutes les amertumes et
façon qu'une personne, enfermée dans une petite chambre où privations de votre enfance, je formai comme un bouquet de
s'échapperait de la vapeur, en serait enveloppée de toutes parts. myrrhe qui demeura fixé sur mon sein, afin de rafraîchir tout mon
Quand le corps éprouve une souffrance, l'âme reçoit de la partie être par la douce liqueur qui s'écoulait de cette grappe divine
souffrante comme une atmosphère toute pénétrée des rayons du tandis que je croyais ne pouvoir jamais recevoir de plus grandes
soleil et qui lui communique une admirable clarté. Plus la faveurs, ô Dieu qui, à une grâce, faites succéder une autre grâce
souffrance est intense et universelle, plus l'âme reçoit de lumière plus précieuse encore, vous avez daigné diversifier pour moi les
purifiante richesses de vos dons.
55. Mais, entre toutes les autres souffrances, les douleurs et 59. L'année suivante, il arriva en ce même jour que, pendant
les épreuves du cœur, supportées avec patience et humilité, la messe « Dominus dixit » "Le Seigneur a dit", je vous reçus
augmentent d'autant plus la pureté de l'âme qu'elles l'atteignent comme un cafard faible et délicat sortant du sein virginal de votre
de plus près et plus profondément. Toutefois, la pratique de la Mère, et je vous tins un moment serré sur ma poitrine. Ma charité
charité lui donne encore plus d'éclat et de lumière. dans la prière pour une personne affligée avait contribué, je crois,
[23] à m'obtenir cette faveur. Mais j'avoue qu'après avoir reçu ce [24]
don, je ne l'ai pas gardé avec la dévotion voulue. Fût-ce là une rédemption, avez daigné vous laisser porter au temple avec les
mesure de votre justice, ou l'effet de ma négligence ? Je ne offrandes qui devaient être présentées, il arriva que votre virginale
saurais le dire. J'espère néanmoins que votre miséricorde, jointe à Mère me demanda, pendant l'antienne: « Cum inducerent »
votre justice, en a ainsi disposé, d'une part, pour me faire voir plus "Comme ils introduisissent", de lui rendre son Fils, le fruit bien-
clairement mon indignité, et de l'autre pour me faire craindre que aimé de son sein. Elle avait un visage sévère comme si je ne vous
ma négligence à rejeter les pensées inutiles en a été la cause. avais pas soigné selon son bon plaisir, vous qui êtes la joie et
Mais répondez pour moi, ô Seigneur mon Dieu. l'honneur de sa virginité sans tache. Je me souvins alors que,
60. Cependant, comme je m'efforçais de vous réchauffer par pour avoir trouvé grâce à vos yeux, elle a été nommée la
d'amoureuses caresses, il me sembla que je réussissais peu, réconciliatrice des pécheurs et l'espoir des désespérés, et je
jusqu'au moment où la pensée me vint de prier pour les pécheurs, m'écriai: « O Mère de bonté, la source de la miséricorde ne nous
les âmes du purgatoire, et tous ceux qui à cette heure étaient a-t-elle pas été donnée dans votre divin Fils, afin que vous
dans l'affliction. Je constatai alors l'effet de ma prière, et surtout obteniez grâce pour ceux qui en ont besoin, et que votre
un soir où je décidai qu'au lieu de commencer les suffrages en surabondante charité couvre la multitude de nos péchés et de nos
faveur des défunts par la collecte: « Deus qui nos patrem.. » défauts? » Tandis que je parlais, cette tendre Mère prit un visage
"Dieu notre Père qui…" (17), récitée pour mes proches je vous apaisé et serein, pour me prouver que si mes fautes l'avaient
recommanderais d'abord vos amis, par l'oraison : « Omnipotens, obligée à paraître sévère, elle avait cependant pour les hommes
sempiterne Deus cui nunquam… ». II me sembla que cela vous des entrailles de miséricorde, et que la douceur de la divine
était plus agréable. Charité pénétrait jusqu'aux moelles de son être. J'en avais certes
61. Je vis ensuite que vous éprouviez une douce jouissance la preuve évidente, puisqu'il avait suffi de quelques pauvres
lorsque, en chantant vos louanges de toutes mes forces, je fixais paroles pour que sa sévérité disparût, et fit place à cette
à chaque note mon intention vers vous, comme on tient les yeux incomparable douceur innée en elle. Que votre Mère soit donc,
attachés sur son livre quand on n'a pas le chant gravé dans la par son immense tendresse, la médiatrice accréditée auprès de
mémoire. Mais je vous confesse, ô Père plein de bonté, les votre Cœur pour obtenir le pardon de mes fautes.
négligences que j'ai commises en ces circonstances et en tant 63. Enfin j’appris d'une façon évidente que vous ne pouviez
d'autres où il s'agissait de votre gloire. Je vous les confesse dans contenir le torrent de vos grâces, puisque l'année suivante, en
l'amertume de la Passion de votre très innocent Fils Jésus Christ, cette même fête, vous m'enrichissiez d'un don analogue à celui
lui qui selon votre témoignage est l'unique objet de vos dont je viens de parler, mais plus gracieux encore. Vous agissiez
complaisances : « Hic est Filius meus dilectus » "Celui-ci est vraiment comme si la grande ferveur de ma dévotion l'année
mon Fils bien-aimé" (Matthieu chapitre 17, verset 5). Par lui je précédente eût mérité cette dernière faveur, tandis que au con-
vous offre mes désirs d'amendement, afin que, par lui, soient traire j'aurais dû subir un juste châtiment pour avoir mis en oubli la
réparées mes négligences. première grâce.
62. Au jour très saint de la Purification, tandis qu'on célébrait 64. Il arriva donc, pendant la lecture de l'évangile : « Peperit
cette procession dans laquelle, vous, notre salut et notre Filium suum primogenitum… » "Elle enfanta son fils premier-
_____ né…" (Luc chapitre 2, verset 7), que, de ses mains très pures,
(17) Cette oraison pour les parents défunts se trouve encore dans le Missel votre Mère Immaculée me montra le fruit virginal sorti de son sein,
actuel (1906) ; l'autre, inusitée depuis longtemps se trouve ainsi formulée dans
les anciens recueils : « Omnipotens sempiterne Deus cui nunqam sine spe aimable petit enfant qui faisait tous ses efforts pour m'embrasser.
misericordiae supplicatur, propitiare animabus fidelium tuorum; ut qui de Hélas ! malgré ma très grande indignité, je vous reçus, tendre
hac in tui nominis confessione decesserunt, sanctorum tuorum numero enfant, et vous m'enlaciez le cou de vos petits bras. De votre
eos facias aggregari. Per Dominum etc. » "Dieu tout-puissant et éternel, vous bouche sacrée s'exhalait le souffle très doux de votre esprit qui
que l'on ne prie jamais sans espoir en votre miséricorde, ayez pitié des âmes de
vos fidèles, et daignez compter au nombre de vos saints ceux qui terminèrent
était pour moi une nourriture de vie. Aussi, que mon âme vous
leur vie dans la confession de votre nom. Par Jésus Christ notre Seigneur…" bénisse ô mon Dieu, et que tout ce qui est en moi bénisse votre
[25] saint Nom ! [26]
65. Lorsque votre bienheureuse Mère voulut vous envelopper 67. Un jour, après m'être lavé les mains, je me tenais debout
des langes de l'enfance, je demandai à être emmaillotée avec dans les rangs du couvent pour me rendre au réfectoire, j'admirais
vous pour n'être pas séparée, même par un simple lange, de la clarté du soleil qui brillait dans toute sa force, et je disais en
Celui dont les embrassements et les baisers sont plus doux que le moi-même: si le Créateur de cet astre éclatant dont il est dit que le
rayon de miel. Je vous vis alors revêtu de la blanche robe de soleil et la lune, admirent la beauté (18), si le Seigneur, dis-je, qui
l'innocence et serré par les bandelettes d'or de la charité. Pour est un feu consacrant, se trouvait aussi véritablement en moi qu'il
obtenir d'être enveloppée et serrée avec vous, je devais se montre fréquemment à mes yeux, comment serait-il possible
rechercher davantage la pureté du cœur et les oeuvres de charité. que mon cœur demeurât si froid, et que j'agisse avec tant de
66. Je vous rends grâces, ô Créateur des astres, qui donnez dureté et si peu de sagesse dans mes rapports avec le prochain?
la splendeur aux luminaires des cieux et les couleurs variées aux Et voici que vous, dont la douce parole se fait plus douce encore pour
fleurs du printemps. Vous n'avez nul besoin de nos biens apaiser les agitations de mon cœur vous me répondîtes aussitôt: [J80]
(Psaume 16(15), verset 2), et cependant, pour mon instruction, « En quoi serait exaltée ma toute-puissance, si je n'avais
vous m'avez demandé au saint jour de la Purification qui suivit, de d'abord le pouvoir, partout où je suis, de me contenir en moi-
vous habiller comme un petit enfant, avant qu'on vous introduisit même, afin de n'être perçu et vu que dans la mesure la plus
dans le temple. Me découvrant le trésor caché de vos divines convenable au temps, au lieu et à la personne? Car dès le
inspirations, vous m'avez appris vous-même à vous revêtir ; je commencement de la création du ciel et de la terre et dans
devais, avec tout le soin possible, exalter l'innocence immaculée toute l’œuvre de la Rédemption, j'ai manifesté la sagesse de
de votre Humanité sans tache, en y apportant une dévotion si mon amour plus que la force de ma puissance, et cette
fidèle et si désintéressée, que si je pouvais avoir en ma propre sagesse éclate particulièrement lorsque je supporte les
personne toute la gloire de votre pureté divine, j'y renoncerais imparfaits pour les attirer ensuite dans le chemin de la
volontiers, afin que votre très douce innocence fût louée perfection, sans porter aucune atteinte à leur liberté. »
davantage. Il me sembla que, par cette intention, vous, dont la
toute-puissance appelle ce qui n'est point comme ce qui est CHAPITRE 18.
(Romains chapitre 4, verset 17), vous apparaissiez revêtu d'une D'UNE LEÇON PATERNELLE.
robe blanche comme celle d'un enfant nouveau-né. Je considérai 68. Un certain jour de fête, je voyais s'approcher de la sainte
ensuite avec la même dévotion l'abîme de votre humilité, et je Communion plusieurs personnes qui s'étaient recommandées à
vous vis revêtu d'une tunique verte, pour signifier que, dans cette mes prières. Quant à moi, privée de cette grâce par suite de mes
vallée de l'humilité, la grâce fleurit et prospère sans jamais se infirmités physiques, ou plutôt comme je le crains, repoussée par
dessécher. Comme j'admirais l'ardente Charité qui vous a porté à la divine justice à cause de mon indignité, je me remémorais les
créer toutes choses, je vous vis encore revêtu d'un manteau de divers bienfaits dont vous avez daigné me combler, ô mon Dieu !
pourpre, afin de nous apprendre que la Charité est vraiment ce Bientôt j'appréhendai que le souffle de la vaine gloire ne
manteau royal, sans lequel nul ne peut entrer dans le royaume desséchât ce courant des eaux de la grâce, et je vous priai
des cieux. Ensuite, je célébrai ces mêmes vertus dans votre d'éclairer mon intelligence par une lumière divine, afin d'être
glorieuse Mère, et elle me parut couverte de vêtements prémunie contre un tel danger. Votre paternelle bonté daigna
semblables aux vôtres. Puisque cette Vierge bénie, vraie rose alors m'instruire ainsi : je devais considérer votre amour pour moi
sans épines, lis blanc et immaculé, est parée de toutes les fleurs comme celui d'un père de famille qui a le bonheur de se voir
des vertus, nous demandons que sans cesse elle intercède pour entouré de nombreux enfants, dont la grâce et la beauté attirent
nous et vienne au secours de notre indigence. l'admiration générale. Mais comme parmi ces enfants le plus
jeune se trouve n'avoir pas encore atteint la force et la beauté des
CHAPITRE 17 autres, le père, plein de tendresse, est ému de compassion
DE LA CONDESCENDANCE DIVINE. _____
(18) « Cujus pulchritudinem sol et luna mirantur ». Pontifical Romain, à la
[27] consécration des Vierges. [28]
pour lui; il le serre plus souvent dans ses bras et lui prodigue plus précieux nectar, et laissaient échapper de leurs âmes les
de caresses et de petits présents. Vous ajoutiez que si je mélodies de la divine louange. Pendant ce temps j'entendais ces
m'estimais plus imparfaite que les autres, avec une entière paroles : [J81] « Remarque avec quelle harmonie cette
conviction, le torrent des consolations divines ne cesserait jamais louange arrive aux oreilles de la divine Majesté, pour pénétrer
de se répandre dans mon âme. jusqu'aux profondeurs intimes de mon Cœur sacré si rempli
69. Je vous rends grâces, ô Dieu très aimant, véritable Ami d'amour pour les hommes. A l'avenir ne souhaite donc plus
des hommes, je vous rends grâces par la mutuelle avec tant d'ardeur la délivrance des liens de cette chair, dans
reconnaissance qui s'échange entre les trois personnes de laquelle je t'accorde maintenant les dons de ma bonté toute
l'adorable Trinité, pour cet enseignement salutaire et pour d'autres gratuite ; car plus est indigne celui vers qui je m'incline, plus
encore par lesquels, ô le meilleur des maîtres, vous avez daigné grand est l'honneur que je reçois de toute créature. »
plusieurs fois dissiper mon ignorance. J'unis mes regrets à 72. Quand cette consolation me fut accordée, j'étais sur le
l'amertume de la Passion du Seigneur, et je vous offre les point de recevoir le sacrement de vie, et je dirigeais mon intention
souffrances et les larmes de ce même Jésus Christ, pour toutes vers ce mystère, lorsque vous avez daigné m'apprendre encore
les négligences que j'ai commises et qui ont si souvent étouffé que toute âme devait s'approcher de la sainte Communion avec
dans mon âme les aspirations de votre Esprit. Je m’unis à la un désir si pur de votre amour et de votre gloire, qu’elle
prière très efficace de ce Fils bien-aimé, et je demande par la n'hésiterait pas, si c'était possible, à recevoir dans ce mystère sa
vertu du Saint-Esprit le pardon de mes péchés et la réparation de propre condamnation, si par là devait briller davantage la divine
mes fautes. Daignez m'accorder ces grâces, par le puissant tendresse qui aurait daigné s'unir à une âme aussi indigne.
amour qui retint votre colère, lorsqu'on mit au rang des scélérats J'objectai que celui qui s'abstient de la sainte Communion parce
ce Fils unique et très aimé, dans lequel votre divine Paternité qu'il a conscience de son indignité, montre qu'il ne veut pas
trouve toutes ses délices. profaner par une irrévérence présomptueuse un si auguste
sacrement. Je reçus alors de votre bouche cette réponse bénie :
CHAPITRE 19. [J82] « Celui qui communie avec l'intention dont j’ai parlé,
LOUANGE DE LA DIVINE CONDESCENDANCE c'est-à-dire avec le pur désir de ma gloire, ne peut jamais me
70. Je rends grâces, Ô Dieu très aimant, à votre bonté recevoir avec irrévérence. » Pour cette parole, ô mon Dieu,
miséricordieuse et à votre miséricorde si pleine de bonté, de ce louange et gloire vous soient à jamais rendues dans les siècles
que vous avez daigné, par un témoignage de votre amour, les siècles !
affermir mon âme hésitante et chancelante, quand, selon ma
coutume, je vous demandais, avec des désirs importuns, d'être CHAPITRE 20.
délivrée de la prison de cette misérable chair. Mon but n'était pas DES PRIVILÈGES SPÉCIAUX QUE DIEU LUI CONFÉRA.
de fuir les misères de ce monde, mais de voir votre bonté libérée 73. Que mon cœur, mon âme avec toute la substance de ma
de cette dette de la grâce que le véhément amour de votre chair, toutes les forces et tous les sens de mon corps et de mon
Divinité vous obligea à contracter pour le salut de mon âme. Votre esprit ; que toutes les créatures vous rendent la louange et l'action
infinie puissance et votre sagesse éternelle n'étaient contraintes de grâces, ô Dieu très doux et très fidèle, qui aimez le salut des
en aucune façon ; au contraire, c'est à une indigne et ingrate hommes, pour la miséricorde infinie dont vous avez usé envers
créature que votre libéralité sans bornes accordait ces faveurs. moi. Votre bonté n'a pas seulement fermé les yeux sur la
71. Vous paraissiez en effet, vous, l'honneur et la couronne de préparation insuffisante que j'apporte souvent au banquet sacré
la gloire céleste, descendre du trône de votre Majesté, pour vous de votre Corps et de votre Sang; mais dans votre libéralité pour la
incliner avec douceur et bonté, et lorsque vous descendiez ainsi, plus vile et le plus inutile des créatures, vous avez bien voulu
des ruisseaux de la plus douce liqueur se répandaient dans toute ajouter ce dernier trait aux faveurs précédentes.
l'étendue des cieux. Les saints, se prosternant avec recon- 74. J'ai reçu la certitude que si une âme désireuse d'approcher
naissance, se désaltéraient pleins de joie aux torrents du [29] de ce sacrement et retenue par les hésitations de sa [30]
conscience, cherche avec humilité la force auprès de moi, la d'après la mesure même avec laquelle vous aurez mesuré" (Luc
dernière de vos servantes ; cette âme, dis-je, sera jugée digne, en chapitre 6, verset 38), car s'il m'arrive de commettre souvent des
récompense de son humilité et par un effet de votre amour, de fautes plus graves, vous trouverez, dans ce privilège qui m'a été
recevoir un si grand sacrement et d'en goûter vraiment le fruit donné, un motif de me juger avec plus d'indulgence.
pour son salut éternel. De plus, vous ne permettrez pas qu'une 77. Vous m'accordiez encore un quatrième bienfait, par la
personne s'humilie pour me demander conseil, si votre justice ne précieuse assurance que celui qui se recommanderait à mes
la trouve pas digne d'approcher des saints mystères. O prières avec humilité et dévotion obtiendrait certainement tout le
Dominateur suprême, qui habitez dans les hauteurs, et jetez vos fruit qu'on peut attendre d'une intercession quelconque. Vous
regards sur notre bassesse, quels étaient les desseins de votre répariez ainsi la négligence avec laquelle je m'acquitte des prières
miséricorde, lorsque vous me voyiez, moi indigne, me nourrir prescrites par l'Église et de celles que chacun est libre de réciter,
fréquemment de votre Corps sacré et mériter ainsi de la justice et vous trouviez moyen de m'en appliquer le fruit, suivant ces
divine un jugement sévère ? Vous vouliez sans doute que les paroles de David : « Oratio tua in sinum tuum convertetur » "Ta
autres fussent parés de la vertu d'humilité pour aller à vous, et prière reviendra dans ton sein" (Psaume 35(34), verset 13), car
bien que vous n’eussiez aucun besoin de moi pour cela, il a plu vous me donniez part aux mérites de ceux qui vous demandent
cependant à l’infinie Bonté de se servir de mon indigence, afin ces grâces par votre indigne servante.
que je pusse avoir part aux mérites de ceux qui, suivant mes avis, 78. En cinquième lieu, vous avez travaillé à l'avancement de
viendraient goûter le fruit du salut. mon salut, en me conférant un autre don particulier : personne ne
75. Mais, hélas ! comme ma profonde misère avait besoin d'un pourrait s'entretenir avec moi du progrès de son âme sans
plus grand remède, vous ne vous êtes pas contenté de celui-là, ô recevoir la consolation nécessaire, pourvu qu'on ait la bonne
Dieu plein de bonté ! Vous avez donc assuré que si une âme volonté, l'intention droite et une humble confiance. Ceci était
contrite et humiliée vient en gémissant me déclarer sa faute, votre encore un secours offert à mon indigence, car bien souvent,
miséricorde la jugera innocente ou coupable, selon que j'aurai hélas! au lieu de profiter, pour le bien, du don que j'ai reçu de
estimé sa faute grave ou légère. De plus, à dater de ce moment, m'exprimer avec facilité, je me répands en paroles inutiles ;
votre grâce lui accordera un tel secours qu'elle ne sera plus désormais je tirerai donc quelque profit des conseils que j'aurai pu
exposée à commettre cette faute comme elle l’avait été donner au prochain.
auparavant. Vous offriez ainsi un secours à mon indigence, en me 79. Votre libéralité, ô Dieu très bon, m'accorda encore un
donnant part aux victoires des autres, à moi qui ai toujours été si sixième don qui m'était plus nécessaire que tous les autres: vous
négligente, et n'ai jamais su vaincre un défaut comme j’aurais dû me donniez l'assurance que l'âme charitable qui vous invoquerait
le faire; vous vous êtes donc servi, ô Dieu de bonté, du plus vil avec une foi vive, pour moi la plus vile de vos créatures, ou
des instruments, et par les paroles de ma bouche, vos plus chers prierait pour l'amendement de mes fautes, des ignorances de ma
amis reçurent la grâce qui aide à remporter la victoire. jeunesse et la correction de ma malice, ou bien encore se livrerait
76. Votre abondante libéralité daigna encore enrichir mon à quelque bonne ouvre dans cette même intention; cette âme, dis-
indigence d'une troisième manière : vous me dites que celui à qui je, avec le secours de votre grâce, vous deviendrait si agréable,
je promettrais une grâce ou le pardon d'une faute, en m'appuyant que vous trouveriez en elle les douceurs d'une familiarité toute
sur votre miséricorde, celui-là verrait cette promesse ratifiée par spéciale. Par ces faveurs, votre paternelle tendresse voulait
votre amour, absolument comme si de votre bouche sacrée vous secourir mon extrême indigence, car vous n'ignoriez pas combien
en eussiez prononcé le serment. Comme preuve, vous avez j'avais besoin d'expier tant de fautes et d'infidélités. Votre amour
ajouté que si la grâce promise se faisait trop longtemps attendre, miséricordieux ne voulait pas me laisser périr, et d'un autre côté la
on devait vous rappeler sans cesse l'assurance que j'avais perfection de votre justice ne pouvait me sauver avec tant de
donnée de votre part. Cette faveur procurait aussi le salut de mon souillures ; c'est alors que vous avez pourvu à mes intérêts en
âme, d'après cette parole de l'Évangile : « Eadem mensura qua permettant que je retire un profit particulier des dons faits aux
mensi fueritis remetietur vobis » "On vous mesurera [31] autres. [32]
80. Enfin, parmi excès de votre libéralité, ô mon Dieu, vous ô mon Bien suprême, mon unique, mon vrai et éternel Bien.
m'avez encore donné cette assurance : lorsque, après ma mort, 86. Comme tous ces bienfaits provenaient d’une si admirable
une âme se recommandera à mes indignes prières, se souvenant condescendance et convenaient si peu à ma bassesse, il m'était
de la divine familiarité dont vous m'avez honorée, vous impossible de vous en rendre de dignes actions de grâces. Vous
l'exaucerez volontiers, pourvu qu'en réparation de ses propres avez encore daigné sur ce point secourir mon indigence, en
négligences, cette âme vous rende grâces avec une humble excitant d'autres âmes, par de douces promesses, à vous rendre
dévotion pour cinq bienfaits particuliers dont vous m'avez enrichie: grâces pour moi, et leurs mérites suppléeront à ce qui me
81. Le premier est cet amour par lequel votre bonté a daigné manque. Louanges et actions de grâces soient rendues à votre
me choisir gratuitement de toute éternité. Ce don est, je l'avoue, le bonté, ô mon Dieu, au ciel, sur la terre et dans les enfers !
plus gratuit de tous, puisque vous aviez prévu ma vie perverse, 87. Votre tout-puissant amour daigna ensuite ratifier et sceller
ma malice, ma méchanceté et l'excès de mon ingratitude, au point toutes ces promesses de la manière suivante. Un jour, repassant
que vous eussiez pu me traiter comme un païen et me priver avec en esprit vos bienfaits, je comparai ma dureté à cette divine
justice, comme vous l'avez fait pour eux, de l'honneur d'être, si je tendresse dont l’infinie surabondance me comble de joie, et j'en
puis ainsi parler, une créature raisonnable. Mais votre tendresse, vins à cet excès de présomption, que je vous reprochai de n'avoir
surpassant de beaucoup mes misères, a daigné me choisir de pas scellé votre promesse en mettant votre main dans la mienne,
préférence aux autres chrétiens pour me revêtir des insignes de la comme il est d'usage entre ceux qui prennent un engagement.
sainte Religion. Votre bonté toujours condescendante voulut me satisfaire : [J83]
82. Par le second bienfait vous m'avez attirée vers vous, et je «Pour couper court à tes plaintes, approche, me dîtes-vous,
reconnais que la douceur et la bonté de votre amour ont pu seules et reçois la confirmation de notre pacte. » Aussitôt, du fond de
gagner par les plus douces caresses ce cœur rebelle, auquel des ma bassesse, je vis que vous m'ouvriez pour ainsi dire des deux
chaînes de fer eussent mieux convenu : il semblait que vous aviez mains votre Cœur sacré, arche de la divine fidélité et de l'infaillible
trouvé en moi une compagne digne de vous, et que vous preniez vérité, et que vous m'ordonniez d'y porter la main droite, à moi
vos délices à vous unir à mon âme, en toute occasion. perverse, qui, semblable aux Juifs, cherchais des signes et des
83. Le troisième bienfait consiste en cette union familière que miracles. Fermant alors cette ouverture où ma main demeura
vous avez daigné contracter avec moi et que je dois attribuer en retenue, vous me dites : [J84] « Je te promets de conserver
toute justice à votre infinie libéralité. Le nombre des justes dans leur intégrité les dons que je t'ai confiés. Si la sage
semblait ne pas suffire à recevoir l'abondance de votre tendresse, disposition de ma Providence te privait pour un temps de
et vous avez daigné m'appeler, moi qui suis la dernière en leurs effets, je m'engage dans la suite à te rendre le triple au
mérites, afin que votre merveilleuse condescendance éclatât nom de la toute-puissance, de la sagesse et de la bonté de la
davantage, en opérant sur une âme moins préparée. Trinité Sainte au sein de laquelle je vis et règne, vrai Dieu,
84. Par un quatrième bienfait, vous avez daigné rendre vos dans tous les siècles. »
délices dans mon cœur. Ne faut-il pas attribuer cette grâce à la 88. Après ces tendres paroles, comme je retirais ma main,
folie de votre amour, si je puis m’exprimer ainsi ? Et dans la suite sept cercles d'or y apparurent comme autant d'anneaux, un à
vous avez affirmé que vous trouviez votre bonheur à unir d'une chaque doigt et trois au doigt annulaire, pour confirmer les sept
manière ineffable votre puissante sagesse à un être qui lui était si privilèges dont j'ai parlé. Votre insatiable tendresse ajouta encore
dissemblable, à un être absolument impropre à une telle union. ces paroles : [J85] « Toutes les fois que, songeant à ta misère
85. Enfin, par en cinquième bienfait, vous voulez me et te reconnaissant indigne de mes faveurs, tu te confieras
consommer toute en vous. Bien que j'en sois indigne, j'espère, par-dessus tout à ma bonté, autant de fois tu m'offriras le
avec humilité et confiance, que votre amour très fidèle m'accor- tribut (19) que tu me dois sur les biens que tu as reçus de moi. »
dera cette grâce. J'en jouis dès maintenant par la reconnaissance 89. Oh ! que votre paternelle tendresse est ingénieuse à pour-
et une tendresse assurée, et je reconnais ne la devoir en aucune voir aux besoins d'enfants vils et dégénérés de leur noble
façon à mes mérites, mais à votre clémence toute gratuite, [33] _____
(19) Ce qu’on est obligé d’accorder, de souffrir, de faire. [34]
origine ! Je ne suis pas née dans l'innocence, je ne pouvais donc la reconnaissance. Peut-être aussi qu'en rappelant plus souvent à
vous offrir un service parfait, et vous avez daigné accepter comme ma mémoire les dons reçus, je dissiperai quelque peu le nuage de
agréable la connaissance que j'ai de mon indignité à recevoir vos mes négligences, et je témoignerai ma gratitude à ce divin Soleil,
grâces. Accordez-moi, ô Dispensateur de tous les dons, vous de miroir de justice, qui a fait darder sur moi ses rayons.
qui tout bien procède, sans qui rien n'est solide et rien n'est bon, 93. Lors donc que vous avez appliqué contre mon indigne
accordez-moi de voir toujours, autant pour votre gloire que pour visage votre face très désirable où se révèle l'abondance de toute
mon salut, combien je suis indigne de toutes les grâces que vous Béatitude, je sentis que de vos yeux divins sortait une
me prodiguez ; donnez-moi surtout une pleine et entière confiance incomparable et suave lumière. Cette lumière passant par mes
en votre bonté. yeux et pénétrant l'intime de mon être, semblait agir en tous mes
membres avec une vertu merveilleuse que je ne puis exprimer
CHAPITRE 21. c'était d'abord comme si elle eût enlevé la moelle de mes os, puis
DE L'EFFET DE LA VISION DIVINE. anéantissant mes os eux-mêmes avec ma chair, on eût dit que
90. Puisque je rappelle les bienfaits gratuits de la divine toute ma substance n'était plus autre chose que cette splendeur
clémence envers une pauvre créature, il me semblerait injuste et divine, qui, se jouant en elle-même avec un charme incomparable,
même ingrat de passer sous silence la grâce que votre remplissait en même temps mon âme d'une grande douceur et
amoureuse condescendance daigna m'accorder pendant un sérénité.
Carême. Le second dimanche de ce Carême, comme à la 94. Que dirai-je encore de cette très douce vision? et, puis-je
procession qui précède la messe on chantait ce répons : « Vide l'appeler, vision, car il me semble que toute l'éloquence du monde
Dominum facie ad faciem… » "Vois le Seigneur face à face…", se serait épuisée vainement pour me décrire pendant tous les
mon âme se trouva illuminée par l’ineffable et merveilleux éclat de jours de ma vie cette manière sublime de vous contempler, même
la lumière divine, et je vis devant ma face comme une autre face dans la gloire céleste, si votre condescendance, ô mon Dieu,
qui lui était appliquée. C'est d'elle que saint Bernard a dit : « Elle unique salut de mon âme, ne m'eût donné cette heureuse
ne reçoit pas la lumière, mais la donne à tout; elle ne frappe expérience. Cependant, j’ajoute volontiers que s'il en est des
pas les yeux du corps, mais réjouit le cœur; elle est agréable choses divines comme des choses humaines, que si la vertu de
non par l'éclat du teint, mais par les dons de son amour (20)». votre baiser divin surpasse, et je le crois, la douceur de cette
En cette vision où vos yeux, brillants comme le soleil, semblaient vision, en vérité la force d'en haut est nécessaire pour contenir
placés directement devant mes yeux, vous seul connaissez, ô alors la créature humaine, car il serait impossible à une âme de
Douceur de ma vie, à quel point votre suavité pénétra non jouir d'une telle faveur, même un seul instant, et de demeurer unie
seulement mon âme, mais mon cœur et tous mes membres. Aussi à son corps. Je n'ignore pas que votre toute-puissance s'unit à
je vous demande la grâce de vous témoigner ma reconnaissance votre sagesse infinie, pour ménager graduellement les visions, les
en vous servant fidèlement le reste de ma vie. baisers, les étreintes divines et les autres démonstrations de
91. Quoique la rose soit plus agréable au printemps quand elle l'amour, d'après les circonstances, les lieux, les temps et les
est dans la vigueur de son éclat et de son parfum, en hiver elle ne personnes.
laisse cependant pas, quoique desséchée, de rappeler par ses 95. O Seigneur, je vous rends grâces, en m’unissant à ce
douces senteurs le souvenir de sa beauté printanière. De même mutuel amour qui règne dans la très adorable Trinité, pour la
l'âme trouve une source de joies profondes dans le souvenir des douce expérience que vous m'avez souvent donnée de votre
faveurs qu'elle a reçues. baiser divin : parfois lorsque j'étais assise au chœur pensant à
92. C'est pourquoi, autant que je le puis, je désire exprimer par vous dans l'intime de mon âme, ou lorsque je récitais les heures
une comparaison ce que ma petitesse a ressenti dans cette vision canoniales ou l'office des défunts, il arrivait que vous déposiez sur
délicieuse ; et si quelqu'un de mes lecteurs reçoit de semblables mes lèvres, dix fois et plus, durant un seul psaume, le baiser de
et même de plus grandes faveurs, il sera par ce souvenir excité à l'amour, baiser sacré dont la suavité l'emporte sur les parfums les
_____ plus exquis et le miel le plus doux. Souvent aussi, j'ai [36]
(20) Sermon. 31 sur le Cantique. [35]
remarqué l'amour du regard que vous arrêtez sur moi, et mon Je rends grâces autant que je le puis à votre immense
âme a senti la puissante étreinte de vos embrassements. Je le miséricorde : avec elle je loue cette patience infinie qui semble
confesse cependant, malgré l'incomparable douceur de ces vous avoir fait oublier les années de mon enfance et de ma
caresses, aucune ne produisit en moi l'action profonde qu'opéra le jeunesse. Pendant ce temps et jusqu'à la vingt-sixième année de
regard sublime dont j'ai parlé plus haut. En reconnaissance de mon âge, j'ai vécu dans un tel aveuglement, que si vous ne
cette faveur et de toutes les autres, dont seul vous connaissez, m'aviez donné une horreur naturelle du mal, un attrait pour le bien
les effets, je souhaite pour vous, ô mon Dieu, l'éternelle avec les sages conseils de mon entourage, il me semble que je
jouissance que les personnes divines se communiquent entre serais tombée dans toutes les occasions de faute, sans remords
elles dans l'ineffable suavité qui surpasse tout sentiment. de conscience, absolument comme si j'avais été une païenne
vivant au milieu des infidèles, et que je n'eusse jamais compris
CHAPITRE 22. comment votre justice réserve la récompense pour les bons et le
ACTIONS DE GRÂCES POUR UNE GRANDE FAVEUR châtiment pour les coupables. Cependant vous m'aviez choisie
DEMEURÉE SECRÈTE. dès ma plus tendre enfance, afin de me faire grandir au milieu des
96. Q'une égale action de grâces ou une plus grande encore, vierges consacrées, dans le sanctuaire béni de la Religion.
s'il est possible, vous soit rendue, ô mon Dieu, pour un don 99. Quoique votre divine béatitude ne puisse ni croître ni
excellent et connu de vous seul! Mes faibles paroles ne sauraient décroître et que vous n’ayez aucun besoin de nos biens (Psaume
en exprimer la magnificence, et je ne puis toutefois le taire, car si 16(15), verset 2), toutefois, ma vie négligente et coupable semble
la faiblesse humaine m'en faisait perdre la mémoire, il faudrait au avoir causé un détriment à votre gloire, puisque à chaque instant
moins que cet écrit réveillât mes souvenirs, afin d'exciter ma tout mon être et toute créature devraient vous louer, ô mon Dieu !
reconnaissance. Que grâce à votre bonté, ô mon Dieu, la plus Vous seul savez ce que mon cœur éprouve de douleur à cette
indigne des créatures n'en vienne pas à ce degré de folie d'oublier pensée, depuis que vous avez daigné vous incliner vers lui pour
volontairement, un seul instant, le don précieux de cette visite que l'ébranler jusque dans ses fondements.
votre infinie libéralité m'a gratuitement accordé, et que j'ai gardé 100. Pénétrée de ce souvenir, je vous offre, ô Père très
tant d'années sans jamais le mériter. aimant, pour la rémission de mes fautes, les souffrances de votre
97. Bien que je sois la dernière des créatures, j'avoue que ce Fils unique, depuis l'heure où, étendu dans la crèche sur la paille,
don surpasse tout ce qu'un homme peut obtenir ici-bas. Aussi je il fit entendre ses premiers vagissements, supportant ensuite les
prie cette divine Bonté, qui voulut bien me l'accorder avec tant de privations de son enfance et les travaux de sa jeunesse, jusqu'à
condescendance et sans mérites de ma part, de daigner me le cette heure dernière où, la tête inclinée, il poussa un grand cri du
garder pour votre gloire. Que ce don exerce sur ma misère sa haut de la croix et expira. Pour réparer aussi mes négligences, je
profonde action, et tout l'univers vous en louera éternellement, car vous offre, Père très aimant, la très sainte vie tout entière de votre
plus mon indignité est manifeste, plus éclatante sera la gloire de divin Fils, cette vie dont toutes les pensées, les paroles et les
votre condescendante bonté. actions furent d'une perfection absolue. Je vous l'offre depuis le
premier instant où, descendant de son trône, votre Fils passa par
CHAPITRE 23. le sein virginal de Marie pour habiter le lieu de notre exil, jusqu'à
ACTION DE GRÂCES, ET ÉNUMÉRATION DE DIVERS cette heure où il se présenta à vos yeux dans toute la gloire de sa
BIENFAITS, QU’ELLE AVAIT COUTUME DE RELIRE A chair victorieuse.
ÉPOQUES FIXES, Y JOIGNANT LES PRIÈRES QUI 101. Ensuite, comme il est juste, ô Père très saint, que le
PRÉCÈDENT ET CELLES QUI SUIVENT. cœur de vos amis répare les injures faites à votre gloire, je vous
98. Que mon âme vous bénisse, ô mon Seigneur ! Que mon prie par votre Fils unique, dans la vertu du Saint-Esprit,
âme vous bénisse, ô Dieu mon Créateur ! Que tout mon être, d'appliquer les mérites de la Passion et de la vie de ce Fils bien-
dans ses profondeurs les plus intimes, proclame les miséricordes aimé, pour la rémission et la satisfaction de toutes ses fautes, à
infinies dont vous m'avez prévenue, ô mon très doux Amant. [37] celui qui s'efforcera, pendant ma vie ou après ma mort, de [38]
suppléer quelque peu à ce qui me manque. Afin que ce désir soit trouvai pas pendant onze jours. Comme les paroles me manquent
exaucé, je vous prie de le garder en vous à tout jamais, même pour exprimer le nombre et la valeur des dons qui
lorsque, par votre miséricorde, je régnerai près de vous dans les accompagnèrent celui de votre salutaire présence, donnez-moi, ô
cieux. Dispensateur de toute grâce, de vous offrir en esprit d'humilité un
102. Pour vous rendre grâces, je me plonge dans l'abîme très sacrifice de jubilation et d'actions de grâces au sujet de cette
profond de l'humilité. Je loue et j'adore votre suprême miséricorde habitation que vous avez préparée dans mon âme, afin d'y trouver
et votre infinie bonté, qui vous ont porté, ô Père tout-puissant, à votre joie et de m'y faire goûter à moi-même d'incomparables
diriger vers moi des pensées de paix et non d'affliction (Jérémie douceurs. Tout ce que j’ai entendu dire des beautés du temple de
chapitre 29, verset 11) au moment où je menais une vie insensée. Salomon et des magnifiques salles de festin du roi Assuérus ne
Par la grandeur et la multitude de vos bienfaits, vous m'avez saurait être comparé à ces délices que l'effet puissant de votre
exaltée, comme si, différente des autres mortels, j’avais mené sur grâce vous avait préparées dans mon âme, délices que vous
terre la vie des anges. m'invitiez à partager avec vous malgré mon indignité, comme la
103. C'est pendant l'Avent que vous avez commencé cette reine partage les joies de son époux.
oeuvre de votre amour, quelques jours avant la fête de l'Épiphanie 105. Parmi ces faveurs, il en est deux que je place au-dessus
où je devais accomplir la vingt-cinquième année de mon âge ; des autres: la première est l'empreinte que vous avez formée sur
vous avez ébranlé mon cœur d'une façon si mystérieuse, qu'il mon cœur, par les splendides joyaux de vos plaies sacrées. La
n'éprouva plus que du dégoût pour les folies du jeune âge et se seconde est cette blessure d'amour si profonde et si efficace que,
trouva comme préparé à recevoir votre visite. Quand je venais (dussé-je vivre mille ans dans le plus complet délaissement), je
d'entrer dans ma vingt-sixième année, en la deuxième férie avant goûterais sans cesse un bonheur ineffable au souvenir de ces
la fête de la Purification, au moment du crépuscule un peu après deux bienfaits. Ils me seraient à chaque heure une source
Complies, vous avez bien voulu, ô vraie lumière qui brillez dans suffisante de consolation, de lumière et de gratitude.
les ténèbres, mettre un terme, et à la nuit du trouble profond dans 106. Pour ajouter à ces faveurs, vous m'avez encore admise à
lequel j'étais plongée, et au jour des vanités de ma jeunesse l'incomparable familiarité de votre tendresse, en m'offrant l'arche
ignorante. Mon âme sentit votre présence, d'une manière évidente très noble de votre divinité, c'est-à-dire votre Cœur sacré, pour
et admirable, et je goûtai d'ineffables délices à cette heure où, par que j'y trouve mes délices : vous me le donniez gratuitement, ou
une aimable réconciliation, vous avez daigné vous révéler à moi vous l'échangiez contre le mien comme marque plus évidente
et me donner votre amour. Éclairée par cette divine clarté, je encore de votre tendre intimité. Par ce Cœur divin j'ai connu vos
découvrais les célestes richesses que vous aviez déposées dans secrets jugements, par lui vous m'avez donné de si nombreux et
mon âme; vous agissiez avec moi par des moyens admirables et de si doux témoignages de votre amour, que si je ne connaissais
mystérieux afin de trouver toujours vos délices en mon cœur, et votre ineffable condescendance, je serais dans l'étonnement de
pour que j'eusse avec vous désormais les rapports qu'entretient vous les voir prodiguer à votre bienheureuse Mère elle-même,
un ami avec son ami, ou mieux encore un époux avec son quoiqu'elle soit la créature la plus excellente et qu'elle règne avec
épouse. vous dans le Ciel.
104. Pour continuer ce commerce d'amour, vous avez bien 107. Souvent vous m'avez amenée à la connaissance
des fois visité mon âme de diverses manières, surtout en la vigile salutaire de mes défauts : et vous m'avez alors tellement épargné
de l'Annonciation et avant l'Ascension, où, commençant dès le la confusion, que vous paraissiez pour ainsi dire considérer
matin à me faire sentir la douceur de votre paix, vous avez le soir comme moins grave de perdre la moitié de votre royaume, que
achevé votre oeuvre. C'est alors que vous m'avez conféré ce don d'effrayer ma timidité enfantine. Prenant un détour plein
si merveilleux, digne d'être admiré par toute créature; je veux dire d'adresse, vous me montriez votre aversion pour les défauts des
que depuis ce jour mon âme n'a pas cessé, un seul instant, de personnes qui m'entouraient, et quand je jetais les yeux sur moi-
jouir de votre douce présence : quand je descends en moi-même, même, je me voyais aussitôt bien plus coupable : votre douce
toujours je vous y trouve, excepté une fois où je ne vous [39] lumière avait donc éclairé ma conscience, sans qu'un signe [40]
de votre part ait pu me faire supposer que vous aviez même car vous savez aimer gratuitement et en vérité, vos indignes
remarqué en moi un défaut capable de vous contrister. créatures.
108. De plus, ô Seigneur, vous m'avez fait entrevoir les grâces 112. En effet, quand, peu de temps après, je commençais à
innombrables dont vous combleriez les derniers jours de mon exil, ne plus m'appliquer à goûter ces faveurs dignes des
et les ineffables douceurs qui me sont réservées dans la céleste applaudissements du ciel et de la terre, (car le Dieu de suprême
patrie. Cette vue a tellement réjoui mon âme, que pour ce seul Majesté s'abaissait vers la dernière des créatures), vous avez
bienfait je devrais m'attacher éternellement à vous par une daigné, ô Dispensateur, Rénovateur et Conservateur de tout bien,
invincible espérance. Mais l'océan sans bornes de votre tendresse secouer ma torpeur et exciter ma reconnaissance, en révélant les
ne devait pas être encore épuisé ; lorsque je vous priais pour les grâces dont j'étais comblée à des personnes qui vivaient dans
pécheurs et pour les âmes qui m'entouraient, vous exauciez si votre intimité. Et j'apprenais de leur bouche les secrets de mon
fréquemment mes demandes, que, sachant l'incrédulité du cœur cœur, quoiqu’eIles ne dussent rien en connaître naturellement,
humain, j’hésitais à redire vos bienfaits à mes amis les plus puisque je n'en avais parlé à personne.
intimes. 113. Par ces paroles, ô mon Dieu, et par d'autres qui se
109. Enfin vous m'avez donné pour avocate votre très douce représentent en même temps à ma mémoire, je vous rends ce qui
Mère la bienheureuse Vierge Marie, me recommandant plusieurs est vôtre. Aidée par la vertu du Saint-Esprit, je les fais résonner
fois à elle avec autant de tendresse qu'en mettrait un époux à sur l'instrument mélodieux de votre divin Cœur (22) et je chante :
confier à sa propre mère l'épouse qu'il s'est choisie (21). Souvent « A vous, Seigneur Dieu, Père adorable, louanges et actions de
vous députiez pour mon service spécial les plus nobles princes de grâces de la part de tout ce qui est au ciel, sur la terre et dans les
votre cour céleste, non seulement les anges et les archanges, enfers, de la part de tout ce qui a été, de ce qui est et sera à
mais aussi les ministres des plus hautes hiérarchies. Votre bonté jamais ! »
les choisissait, ô Seigneur, suivant l'harmonie de leurs aptitudes 114. Et comme l'or au milieu des couleurs diverses se
particulières et de mes besoins spirituels. Lorsqu'il vous plaisait, distingue par son éclat, et comme la couleur noire paraît sombre
pour le bien de mon âme, de me sevrer en partie de vos délices, parmi les autres parce qu'elle est la plus éloignée de l'éclat de l'or,
aussitôt par une lâche et honteuse ingratitude j'oubliais toutes vos je dévoilerai ici ce qui est mien, c'est-à-dire j'opposerai la noirceur
faveurs comme si elles n’avaient aucun prix, jusqu'au moment où, de ma vie coupable à vos innombrables et éclatants bienfaits.
touchée de repentir et revenant à vous, je vous priais de me Vous répandiez vos dons sur mon âme en proportion de votre
rendre le bien que j'avais perdu ou de le remplacer par un autre. divine et royale libéralité ; et je les recevais avec la rusticité de
Aussitôt vous me le remettiez intact, comme si je l'avais mon naturel, comme une vile esclave qui gâte tout ce qu'elle
soigneusement déposé dans votre sein avec intention de le touche. Mais votre royale mansuétude semblait n'en rien voir, et
reprendre un jour. continuait à répandre sur moi ses faveurs. Lors donc que vous
110. La plus merveilleuse de ces grâces est celle que je reçus reposiez dans le très doux sein du Père comme dans un céleste
spécialement au saint jour de la Nativité, au dimanche « Esto palais, vous avez daigné descendre pour habiter ma pauvre
mihi » (50 jours avant Pâques), et un autre dimanche après la demeure; et moi, hôtesse négligente et grossière, je cherchais si
Pentecôte. En ces jours vous m'avez ravie dans une telle union peu à vous plaire, que j'aurais dû mieux traiter par simple
avec vous, que j'estime un miracle d'avoir pu vivre ensuite ici-bas humanité un pauvre lépreux qui, après m'avoir accablée d'injures
comme une simple mortelle. J'ajouterai, pour ma honte et et d'outrages, eût été forcé de me demander asile.
confusion, qu'après un si grand bienfait, je ne m'appliquai pas 115. O Créateur des astres, j'ai reçu vos immenses bienfaits,
encore selon tout mon pouvoir à la correction de mes défauts. c’est-à-dire les douces joies de l'âme, la marque de vos très
111. Mais tout cela n'a pu tarir la source de vos miséricordes, _____
ô Jésus, vous qui, entre tous ceux qui aiment, êtes le plus aimant, (22) C'est ici que sainte Gertrude marque expressément le rôle assigné au
Sacré-Cœur pour le bonheur du monde : tel est l'enseignement qui lui fut donné
_____
(21) Voir au Livre 3, chapitre 1. directement ainsi qu’à sainte MechtiIde dans les révélations dont elles furent
[41] favorisées. [42]
saintes plaies, la révélation de vos secrets, les familières caresses infini que Vous nous avez révélés par votre Fils très aimé dans
de votre amour. En tout cela j'ai goûté plus de joies spirituelles l'unité du Saint-Esprit, et que le ciel, la terre et les enfers
que le monde n'eût procuré de satisfaction à mes sens, si je proclament tous ensemble. Puisque je suis incapable de produire
l'avais parcouru de l'Orient à l'Occident. Cependant je vous ai de dignes fruits de pénitence, j'implore votre bonté, ô mon très
outragé avec la dernière ingratitude, en méprisant ces faveurs doux Amant, pour que vous inspiriez le désir de me venir en aide
pour rechercher les jouissances extérieures, et préférer les à des personnes tellement unies à vous par une amoureuse
oignons d'Égypte à la douceur de votre manne céleste. J'ai fidélité, qu'elles apaisent votre justice en lui offrant l'holocauste de
étouffé en moi les fruits de l'espérance en me défiant de vos propitiation. Par leurs soupirs, leurs prières et leurs bonnes
promesses, ô Dieu de vérité, j'ai agi comme si vous eussiez été oeuvres, puissent-elles réparer mon infidélité à répondre à vos
un homme menteur et infidèle à sa parole. Lorsque vous vous bienfaits, et vous rendre, ô mon Dieu, la gloire qui n'est due qu'à
incliniez avec bonté pour exaucer mes indignes prières, vous. Vous connaissez le fond de mon cœur, et vous n'ignorez
j'endurcissais mon cœur à ce point (et je dis ceci avec larmes) pas que seul le pur amour de votre gloire m'a contrainte à écrire
que je feignais de ne pas comprendre votre volonté, pour que les ces pages. Que ceux qui les liront après ma mort soient touchés
remords de ma conscience ne pussent me contraindre à de cette bonté infinie qui vous força à descendre vers l'abîme de
l'accomplir. ma misère, et à déposer vos dons si élevés dans une âme qui
116. Tandis que vous m'aviez assuré les suffrages de votre devait, hélas ! ne pas les estimer à leur valeur.
glorieuse Mère et des esprits bienheureux, moi, misérable, j'ai 119. Mais je rends grâces selon mon pouvoir à votre divine
cherché les suffrages de mes amis d'ici-bas, au lieu de compter miséricorde, ô Créateur et Réparateur des êtres, pour cette faveur
sur vous seul. Malgré mes fautes, vous me laissiez tous vos dons de votre inépuisable tendresse. Ne m'avez-vous pas assuré que
dans leur intégrité, j'aurais donc dû justement concevoir une tout homme, même pécheur, recevrait une récompense spéciale
grande reconnaissance et éviter toutes ces négligences ; mais au s'il voulait, en mémoire de moi, pour votre gloire et selon l'intention
contraire je mettais une malice presque diabolique à vous rendre indiquée plus haut, prier pour les pécheurs, rendre grâces pour
le mal pour le bien, et je semblais prendre plus d'audace pour les élus ou accomplir quelque bonne oeuvre avec dévotion ?
vivre à ma guise. Cette récompense consisterait à ne sortir de ce monde qu'après
117. Ma plus grande faute cependant, c'est qu'après une vous être devenu agréable, et vous avoir offert en son cœur les
union aussi incompréhensible avec vous, union connue de vous délices de l'intimité ? Pour un tel bien, soit à vous, ô mon Dieu,
seul, je n'ai pas craint de souiller encore mon âme par les mêmes cette louange éternelle qui, procédant de l'Amour incréé, reflue
défaillances. Cependant vous ne me laissiez ces défauts que pour perpétuellement en vous-même !
me donner occasion de les combattre, d'en triompher moyennant
votre secours, et de jouir éternellement avec vous dans le Ciel CHAPITRE 24.
d'une gloire plus grande. Je n'ai pas même été sans reproche OFFRANDE DU PRÉSENT ÉCRIT.
lorsque, pour exciter en moi des sentiments de reconnaissance, je 120. Vous aviez confié à mon indignité, ô très aimé Seigneur,
découvrais à vos amis les secrets de mon âme, car, négligeant le le précieux talent de votre divine familiarité, et voici que pour votre
but que vous souhaitiez atteindre, je recherchais parfois une amour et le zèle de votre gloire je vous le rends par cet écrit et par
satisfaction tout humaine et je négligeais le devoir de la ceux qui vont suivre. J'espère, et j'ose même affirmer, en
reconnaissance. m'appuyant sur votre grâce, que nul autre motif ne m'a poussée à
118. Et maintenant, ô vous qui avez créé mon cœur, souffrez écrire et à dévoiler ces choses, si ce n'est l'obéissance à votre
que mes gémissements s'élèvent jusqu'au ciel pour l'expiation de volonté, le désir de votre gloire et le zèle des âmes. Vous êtes
toutes ces fautes et d'autres encore dont je pourrais me souvenir. témoin de mon ardeur à vous louer et à vous rendre grâces pour
Recevez l'expression de ma douleur à la vue de ces trop cette incommensurable bonté qui n'a pas repoussé mon indignité.
nombreuses infidélités par lesquelles j'ai offensé votre divine Puissiez-vous être glorifié si d'autres âmes, en lisant ces pages,
clémence. Recevez-la, avec cette compassion et cet amour [43] sont charmées par la douceur de votre amour, et attirées à [44]
jouir dans votre intimité d'un bonheur plus grand encore. Ceux qui TABLE DES MATIÈRES
étudient commencent par apprendre l'alphabet pour arriver Vous trouverez les numéros des pages de chaque chapitre suivis
ensuite à la philosophie ; qu'ainsi ces descriptions et ces images (du numéro du paragraphe débutant le chapitre.
amènent les âmes à goûter en elles-mêmes cette manne cachée Introduction
Préface et Prologue …2
qui ne peut être connue qu'au moyen des figures, mais dont celui- Chapitre 1. -Comment le Seigneur, venant d’en haut, la visita pour la 1ère fois…3 (1.
là seul a encore faim, qui déjà en a goûté. Chapitre 2 -De l’illumination du cœur…4 (3.
121. Seigneur Tout-Puissant, dispensateur de tous les biens, Chapitre 3 -Des charmes de l’habitation du Seigneur en l’âme…5 (6.
daignez donc nous rassasier largement tandis que nous Chapitre 4 -De l’impression des très Saintes Plaies du Christ…8 (11.
parcourons ce chemin de l'exil, jusqu'à ce que, contemplant sans Chapitre 5 -De la blessure de l’Amour…10 (17.
Chapitre 6 -D’une visite plus sublime du Seigneur en la fête de la Nativité…12 (20.
voile la gloire du Seigneur, nous soyons transformés en la même Chapitre 7 -D’une union plus excellente de son âme avec Dieu…14 (23.
image de clarté en clarté, comme par votre Esprit très suave. (2e Chapitre 8 -D'une union plus intime encore…15 (26.
épître aux Corinthiens chapitre 3, verset 18) Chapitre 9 -De l’inséparable union de son âme avec Dieu…16 (32.
122. En attendant, selon votre fidèle promesse et l'humble Chapitre 10 -De l’inspiration divine…18 (37.
Chapitre 11 -D'une audacieuse attaque du tentateur…19 (41.
désir de mon cœur, veuillez accorder à tous ceux qui par humilité Chapitre 12 -Avec quelle patience Dieu supporte nos défauts…21 (45.
liront ces écrits, de glorifier votre divine condescendance, d'avoir Chapitre 13 -De la vigilance sur nos sentiments…22 (49.
compassion de mon indignité, et de désirer leur propre Chapitre 14.-De l’utilité de la compassion…23 (52.
avancement. Que de ces cœurs brûlants d'amour et semblables à Chapitre 15 -De la reconnaissance pour la grâce de Dieu…23 (54.
des encensoirs d'or monte vers vous, ô mon Dieu, un très doux Chapitre 16 -Diverses manifestations aux fêtes de la Nativité et de la Purification…24 (58.
Chapitre 17 -De la condescendance divine…27 (67.
parfum qui répare surabondamment ma négligence et mon, Chapitre 18 -D'une leçon paternelle…28 (68.
ingratitude. Amen. Chapitre 19 -Louange de la divine condescendance…29 (70.
Chapitre 20 -Des privilèges spéciaux que Dieu lui conféra…30 (73.
FIN DU SECOND LIVRE. Chapitre 21 -De l’effet de la vision divine…35 (90.
Chapitre 22 -Actions de grâces pour une grande faveur demeurée secrète…37 (96.
Chapitre 23 -Action de grâces et énumération de divers bienfaits qu’elle avait coutume
- de relire à époques fixes y joignant les prières qui précèdent et celles qui suivent…37 (98.
- Chapitre 24 -Offrande du présent écrit…44 (120.

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PRIX DU LIVRE 2 : 2.00$

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