Université de Tours L1 Maths & PEIP
Analyse S1 — Notes de Cours 2024
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Leçon n 4 — Suites numériques — notions de base
Cette leçon porte sur le concept de suite numérique pour lequel on va voir les principales définitions et
exemples types. La notion de convergence, très importante, est présentée. En revanche, les outils utilisés
pour manipuler les limites seront détaillés dans la leçon suivante.
1 Notion de suite numérique
La façon la plus intuitive de définir ce qu’est une suite numérique est de considérer une liste infinie de
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nombres réels ; par exemple : 3, 52 , −12, π, 10 , −0.1 . . .
On peut travailler avec des suites d’objets divers (figures géométriques, entiers, nombres complexes,
fonctions, etc.) mais « numérique » signifie ici que l’on considèrera systématiquement des suites de
nombres réels.
Pour donner une définition un peu plus abstraite mais plus juste d’un point de vue mathématique, on
introduit la notion d’application qui sera traitée en détail dans le cours d’algèbre.
Définition 1 — Etant donné deux ensembles quelconques E et F , on appelle application de E dans F
tout triplet (E, F, f ) où f est une correspondance associant à tout élément x de E un unique y dans F .
On note aussi f ∶ E → F cette application.
On fera bien attention qu’une application n’est donc pas juste une formule de calcul entre x et y = f (x),
mais un triplet gardant en mémoire l’ensemble de départ et celui d’arrivée.
. Définition.
Définition 2 — On appelle suite numérique toute application de N dans R.
Etant donné une suite u ∶ N → R, il est d’usage d’utiliser la notation avec indice un = u(n) pour désigner
le terme de rang n ∈ N. Par ailleurs, on note u = (un )n≥0 ou plus simplement (un ) la suite elle-même.
Exemple 1. En posant un = 3n − 2n + 1 on définit une suite u = (un ).
2
De même, vn = la n-ième décimale de π définit une suite v = (vn ).
⟳ Parfois, une suite u = (un ) n’est pas définie pour les premiers entiers n ≥ 0. Par exemple, si un =
ln(n), alors un n’est défini que pour n ≥ 1 et on notera la suite associée (un )n≥1 . Néanmoins, en
renumérotant les termes on pourra toujours se ramener à une suite qui, elle, est définie pour tout
n ≥ 0. Dans la suite, nous considèrerons donc pour les énoncés des suites définies pour n ≥ 0.
Il résulte immédiatement de la définition qu’étant donné (un ) et (vn ) deux suites, on peut définir les
suites (un + vn ), (un × vn ), (un /vn ) (si vn ne s’annule pas) de même qu’appliquer une fonction f à une
suite reste une suite : en effet cela reste toujours une application de N dans R.
1
Par ailleurs, on va rencontrer dans la suite de nombreuses propriétés qui ne seront vraies que pour n
assez grand. La notation apdcr « à partir d’un certain rang » sera utilisée dans ce cas, cela signifiant
qu’il existe un entier n0 ≥ 0 tel que la propriété est vraie pour n ≥ n0 .
. Types de suites
Nous allons rencontrer principalement trois catégories de suites :
• Les suites explicites sont telles que, étant donné n on peut donner directement un à l’aide
d’un procédé purement calculatoire. Souvent, les suites explicites peuvent s’écrire sous la forme
un = f (n) pour une certaine fonction f définie sur R, facile à calculer. Il s’agit en principe des
suites les plus simples à étudier car on peut utiliser certaines connaissances sur la fonction f pour
en déduire des résultats sur la suite (un ) : majoration, minoration, monotonie, limite etc.
Il faut néanmoins faire attention au cas de la factorielle que l’on rencontre souvent et qu’on ne
peut pas vraiment écrire comme une fonction (disons ... pas avant d’avoir fait un L2 !). Ainsi la
suite vn = 2 /n! est explicite mais ne s’écrit en ce sens sous la forme f (n).
n
• Les suites définies par une relation de récurrence. On se donne ici u0 et une fonction
f ∶ N × R → R ; puis on construit la suite par récurrence pour tout n ≥ 0 en appliquant la
fonction f :
un+1 = f (n, un ) .
En général, une suite définie par récurrence n’est pas explicite : pour calculer u50 on doit calculer
successivement les 49 premiers termes pour en arriver au 50ième. On verra cependant quelques cas
particuliers plus loins (suites arithmétiques et géométriques) pour lesquelles on peut se ramener à
des suites explicites.
L’étude générale des suites récurrentes est souvent complexe mais on arrive dans de nombreux cas
à déterminer certaines propriétés et même leur limite (quand elles convergent) à l’aide de l’étude
de la fonction f . On reviendra dans les dernières leçons de ce cours sur le où f ne dépend pas de n.
• Les autres suites. Cette troisième catégorie de suite est la plus difficile à étudier. L’exemple
typique est celui, déjà cité, de la n−ième décimale de π. On sait assez peu de choses sur une telle
suite mais par exemple, on voit facilement qu’elle est bornée (cf. ci-dessous) : pour tout n ≥ 0, n
est un chiffre compris entre 0 et 9. Ce n’est pas une suite explicite, ni définie par récurrence.
Dans certains cas néanmoins on arrive à produire certains résultats, parfois assez fins, alors même
que la suite est mal connue. Par exemple, si pn désigne le n−ième nombre premier, alors on sait
comment se comporte pn lorsque n tend vers l’infini, mais cela dépasse de loin le cadre de ce cours.
. Suites arithmétiques et géométriques
On va passer assez vite car ces notions sont censées être connues. Il s’agit d’exemples particulièrement
représentatifs de suites définies par récurrence.
Définition 3 — Etant donné a et r deux réels, on appelle suite arithmétique de premier terme a et de
raison r la suite (un ) définie par récurrence pour tout n ≥ 0 par :
u0 = a,
{
un+1 = un + r .
Le cas particulier r = 0 donne évidemment une suite constante.
2
Exercice 1. Démontrer par récurrence que pour tout n ≥ 0, un = a + nr. On a donc une forme explicite.
Définition 4 — Etant donné a et q deux réels, on appelle suite géométrique de premier terme a et de
raison q la suite (un ) définie par récurrence pour tout n ≥ 0 par :
u0 = a,
{
un+1 = q un .
Le cas particulier q = 1 donne évidemment une suite constante.
n
Exercice 2. Démontrer par récurrence que pour tout n ≥ 0, un = a q . On a donc une forme explicite.
Exercice 3. Avec les notations précédentes, calculer la somme des n premiers termes d’une suite arith-
métique ; même question pour une suite géométrique.
On reviendra plus tard sur le cas des suites arithmético-géométriques, dont la relation de récurrence
prend la forme un+1 = qun + r, qui sera vue en fin de semestre.
2 Premières propriétés
On comprendra un peu plus tard les raisons pour lesquelles savoir si une suite est monotone et/ou bornée
est un point important.
. Monotonie.
Définition 5 — Soit (un ) une suite numérique.
On dit que (un ) est croissante si : ∀n ≥ 0, un+1 ≥ un .
On dit que (un ) est décroissante si : ∀n ≥ 0, un+1 ≤ un .
On dit que (un ) est constante si : ∃a ∈ R, ∀n ≥ 0, un = a.
On dit que (un ) est stationnaire si elle est constante apdcr.
On dit que (un ) est monotone si elle est soit croissante, soit décroissante.
Dans le cas de monotonie stricte, on précisera « strictement croissante » ou « strictement décroissante »,
donc par défaut on parle de monotonie au sens large. Evidemment, une suite peut être monotone seule-
ment apdcr .
Pour déterminer la monotonie de (un ), on peut essayer de déterminer le signe de un+1 − un ou encore,
un+1
si un est strictement positive, déterminer si u est supérieur à 1 ou non.
n
Exercice 4. Parmi les suites suivantes, lesquelles sont croissantes, décroissantes, ni l’une ni l’autre ?
n
1 n 1
un ∶= vn ∶= (−1) , Sn ∶= ∑ .
2n k!
k=1
On peut aussi étudier la fonction associée à (un ) lorsque un = f (n).
Exemple 2. On considère la suite un = n − 5n + 1. En utilisant la fonction f (x) = x − 5x + 1, qui est
2 2
telle que un = f (n), on voit facilement en étudiant f que la suite (un ) est croissante à partir du rang
3
n = 3 car f est croissante pour x ≥ 5/2. Dans ce cas précis, la croissance a même lieu à partir de n = 2
ce que l’on peut constater en calculant explicitement les termes.
. Majoration, minoration.
Définition 6 — Soit (un ) une suite numérique.
On dit que (un ) est majorée si : ∃M ∈ R, ∀n ≥ 0, un ≤ M .
On dit que (un ) est minorée si : ∃m ∈ R, ∀n ≥ 0, un ≥ m.
On dit que (un ) est bornée si elle est à la fois majorée et minorée.
Exemple 3. La suite (−1) est à la fois majorée et minorée, elle est donc bornée.
n
Exercice 5. Vérifier qu’une suite (un ) est bornée si et seulement si : ∃M ≥ 0, ∀n ≥ 0, ∣un ∣ ≤ M .
N.B. ce critère est souvent utilisé en pratique.
Exercice 6. Démontrer que si (un ) est décroissante, alors elle est majorée. Est-elle nécessairement
minorée ? Que se passe-t-il si (un ) est croissante ?
3 Convergence
L’étude de la convergence des suites va être poursuivie dans les deux leçons suivantes, en développant
aussi bien des résultats abstraits que des méthodes concrètes de calcul de limites.
. Définition.
Définition 7 — On dit que la suite (un ) converge s’il existe un réel ` tel que :
∀ε > 0, ∃N ∈ N, ∀n ≥ N, ∣un − `∣ < ε .
On appelle ` la limite de la suite (un ) et on dit que (un ) converge vers `. On écrit lim un = ` ou
n→∞
lim un = ` ou encore un → `. Si (un ) ne converge pas, on dit qu’elle diverge.
Plusieurs remarques importantes à ce stade :
1. Par définition, lim un = ` ⇔ lim(un − `) = 0.
2. Dire que ∣un − `∣ < ε est équivalent à dire que un est dans l’intervalle ]` − ε, ` + ε[.
3. Le nombre N dépend de ε ; on le note parfois Nε . Plus ε est proche de 0, plus Nε doit être grand.
4. Le nombre N n’est pas unique : n’importe quel entier N tel que que N ≥ N convient aussi.
′ ′
5. L’assertion de la définition est équivalente à l’assertion suivante, où on a remplacé < ε par ≤ ε :
∀ε > 0, ∃N ∈ N, ∀n ≥ N, ∣un − `∣ ≤ ε.
6. L’assertion de la définition est équivalente à la suivante
∀ε ∈]0, 1], ∃N ∈ N, ∀n ≥ N, ∣un − `∣ < ε.
En d’autre termes, on peut supposer que ε ≤ 1, ou en fait que ε est plus petit que n’importe quel
nombre strictement positif fixé : ce qui compte dans cette définition ce sont les valeurs de ε les
plus proches de zéro pour avoir un encadrement le plus fin possible.
4
1
Exemple 4. Il est facile de démontrer que la suite un ∶= n tend vers zéro directement à partir de la
définition ci dessus : cela se fait en prenant un ε > 0 fixé et en calculant l’entier Nε qui convient pour
avoir ∣un ∣ < ε, pour tout n ≥ Nε .
1
Exercice 7. Démontrer que les suites suivantes tendent vers 0 : vn ∶= √ , wn ∶= e .
−n
n
. Propriétés immédiates.
Commençons par un exercice qui va être utile pour mieux comprendre ce qui suit :
Exercice 8. Déterminer l’ensemble A ∶= {x ∈ R ∣ ∀r > 0, ∣x∣ < r}.
La propriété suivante peut paraître anecdotique mais elle est fondamentale, elle permet de justifier la
notation lim(un ) :
Proposition 1 — Si la suite (un ) converge, alors sa limite est unique.
Voici un exercice qui utilise des idées similaires :
Exercice 9. Soit (un ) une suite de nombres entiers qui converge. Démontrer que nécessairement (un )
est stationnaire, et que sa limite est un entier.
Nous pouvons ensuite faire un lien entre convergence et majoration/minoration :
Proposition 2 — Si (un ) est une suite convergente, alors elle est bornée.
" On fera très attention au fait que la réciproque est fausse, comme on peut le voir en considérant la
suite (−1) qui est bornée mais ne converge pas (cf. plus bas).
n
. Suites divergentes.
Exercice 10. Ecrire sous forme de quantificateur la négation de la définition d’une suite convergente.
Il y a en fait deux modes de divergence : soit (un ) a une limite infinie (` n’est pas dans R), soit (un ) n’a
pas de limite (elle ne se « stabilise pas » lorsque n tend vers l’infini). Voici un critère de divergence qui
est utile :
Proposition 3 — Soit (un ) une suite. On considère les suites extraites de rang pair et de rang impair :
vn ∶= u2n et wn ∶= u2n+1 . Si (un ) converge vers `, alors (vn ) et (wn ) convergent vers ` également.
On utilise souvent sa contraposée : si les suites extraites de rang pair et impair n’ont pas la même limite,
alors (un ) diverge. On rappelle que (P ⇒ Q) ⟺ (non Q ⇒ non P ) .
Exemple 5. On voit donc que (−1) est une suite divergente, bien qu’elle soit bornée.
n
N.B. La réciproque de la proposition ci-dessus est également vraie : si (vn ) et (wn ) convergent vers la
même limite `, alors (un ) converge vers `, voir TD.
5
. Suites de référence.
Proposition 4 — Pour tout α > 0 et a > 1, les suites suivantes convergent vers 0 :
1 1 1
( ), ( ), ( ).
nα ln n an
La preuve en utilisant la définition avec le calcul de Nε est un exercice à faire !
OBJECTIFS ET RÉVISIONS
✓ Bien avoir compris la notion de suite numérique et les principales propriétés étudiées. Savoir déter-
miner la monotonie des suites et si elles sont majorées/minorées/bornées.
✓ Avoir compris la définition d’une suite convergente et savoir démontrer les limites des suites de réfé-
rence.