Annexe 1
Enseignement : L’option du mode d’apprentissage hybride est à envisager pour faire
face aux crises / Distanciel ou présentiel
Interview avec Abdelfadil Bennani est un ancien enseignant-chercheur et past-président de
l’Université Ibn Zohr à Agadir (2003-2011), Abdelfadil Bennani a été l’initiateur de la
pédagogie numérique et de la formation au numérique de formateurs dans les universités
nationales depuis 2004 à travers le Campus virtuel marocain. Il est aussi co-fondateur et premier
président de l’association internationale Espace Numérique Ouvert pour la Méditerranée(e-
Omed), créée en 2010, pour la mutualisation des ressources éducatives numériques entre
universités méditerranéennes. Il a été aussi le premier directeur fondateur de l’École nationale
supérieure d’informatique et d’analyse des systèmes (ENSIAS).
Publié le 13 septembre 2020. Par Malika Alami
•Apprendre par le numérique est relativement récent au Maroc. Comment s’est organisé ce
mode d’enseignement à ses débuts dans notre environnement éducatif ?
Comme toute action de la vie à l’ère du numérique, les stratégies, méthodes, modèles et
techniques d’enseignement utilisés dans l’organisation d’activités pédagogiques visant un
apprentissage déterminé, ont profité de l’apport des TIC (Technologies de l’information et de
la communication). Au Maroc, pour faire évoluer ce mode d’enseignement des actions et des
projets importants ont été entrepris. Je citerai dans ce contexte la mise en place du Campus
virtuel marocain (CVM) en 2004 par le ministère en charge de l’enseignement supérieur et de
la recherche scientifique. Il s’agit d’une structure de coordination et d’animation de
l’intégration des TICE (Technologies de l’information et des communications appliquées à
l’enseignement) au sein des différentes strates du système de l’enseignement supérieur. C’est
une démarche qui a contribué à la formation d’enseignants spécialisés et à l’appropriation des
TICE par l’ensemble des acteurs de la scène universitaire nationale, à la mise en place des
Centres de ressources universitaires et au développement de projets pilotes.
•Quid des actions en faveur de l’enseignement primaire et secondaire ?
À ce niveau, le gouvernement marocain a adopté en mars 2005 une stratégie ayant pour objectif
la généralisation des TIC dans l’enseignement public, et ce à travers le programme GENIE.
Selon les informations communiquées sur le site web de l’Agence nationale de réglementation
des télécommunications (ANRT), sa mise en œuvre au niveau de l’enseignement primaire et
secondaire devrait permettre de garantir l’accès aux moyens et services TIC à plus de 22% de
la population marocaine, avec des contenus appropriés à travers tout le Royaume. Lancée début
2006 et révisée en 2009, l’opération qui concerne tous les établissements scolaires du Royaume,
se décline selon quatre axes principaux. Il s’agit d’équipements et d’installation des
environnements multimédia connectés à internet, de formation des inspecteurs, directeurs et
enseignants et d’acquisition des ressources numériques, ainsi que la création d’un laboratoire
national des ressources numériques et d’un portail national TICE.
•Le choix du mode d’enseignement, présentiel ou distanciel, continue à être au cœur des
préoccupations…
L’e- Learning, pour commencer, assure un centrage de la formation sur l’apprenant davantage
que sur le contenu. Il se démarque par sa flexibilité et son accessibilité. Quand je veux et où je
veux, sans oublier ce dont j’ai besoin quand j’ai besoin, sont quelques-uns de ses points forts
temporels, géographiques et organisationnels. Il offre par ailleurs des avantages socio-culturels
et socioéconomiques à travers l’adaptation à des réalités culturelles et sociales variées. Sur le
plan pédagogique, il favorise notamment l’individualisation de l’apprentissage, l’autonomie, la
motivation, la persévérance et les performances des apprenants grâce entre autres à la
diversification des méthodes et des stratégies d’enseignements. Sur le plan technique, le e-
learning reste accessible moyennant des compétences techniques basiques et du matériel
standard. L’apprentissage par présentiel garde pour sa part ses avantages classiques qui
constituent parfois des limites pour l’apprentissage en ligne. Il s’agit
de la socialisation des apprenants, l’interaction apprenants-enseignants et entre apprenants,
pour ne citer que cela. Cependant, les limites du présentiel sont assez nombreuses. Parmi elles,
figurent la massification des apprenants, la disponibilité de locaux suffisants et celle en nombre
de formateurs localement. Face à l’enclavement de certaines régions, il y a aussi les
déplacements et leurs coûts entre autres.
•La crise pandémique a soulevé dans le débat la question de l’enseignement hybride…
C’est une méthode qui est en passe de devenir un mode d’apprentissage usuel qui peut en effet
permettre de faire face à cette crise ou à d’autres événements similaires. Par définition, blended
learning ou l’apprentissage hybride est une combinaison ouverte d’activités d’apprentissage
offertes en présence, en temps réel et à distance, en mode synchrone ou asynchrone. Il ne s’agit
donc pas de choisir entre présentiel et distanciel, mais de bâtir un ou plusieurs modèles
d’enseignement hybrides planifiés et outillés, profitant des avantages des deux et des
opportunités technologiques possibles. Il est donc question de transformer les apprentissages
jusqu’à présent totalement en présence en un apprentissage mixant le présentiel et le distanciel.
Aussi, nous devons nous y préparer, former les ressources humaines nécessaires, encourager la
mise en place de banques de ressources numériques éducatives libres et mettre à disposition des
élèves les livres scolaires numériques. Il va sans dire qu’il est également indispensable de mettre
en place les structures informatiques, techniques, logistiques et de connexion qui permettront
la continuité pédagogique et la poursuite des apprentissages.
•Comment concevoir et organiser cet enseignement dans notre écosystème éducatif ?
Il est d’abord et principalement question d’ingénierie pédagogique et de démarches spécifiques
au développement de contenus numériques. Il est donc impératif de mettre en place une
structure opérationnelle forte, aux compétences élargies, exclusivement centrée sur la mission
de planification en la matière et coopérant étroitement avec toutes les instances parties prenantes
du numérique éducatif. Dans ce contexte, il serait intéressant de capitaliser sur les activités et
les expériences des projets GENIE et CVM et leur regroupement dans un cadre commun. Ceci
de manière à mutualiser les résultats et les expériences.
C’est aussi une bonne opportunité pour la Faculté des sciences de l’éducation (FSE) pour
reprendre sa mission de formation et de recherche. Sur le plan technologique et pédagogique il
y a enfin des défis à anticiper pour la migration des apprentissages conventionnels en présentiel
vers un apprentissage en mode hybride.
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