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REPORTERS SOLIDAIRES
SOUS LA DIRECTION DE CHRISTINE COGNAT ET FRANCIS VIAILLY

Le journalisme
en pratique
Les bases du métier
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Le journalisme en pratique

L
e journalisme est un métier qui s’inscrit dans un cadre
politique, économique et social et qui répond à des
règles déontologiques. Il s’appuie sur des bases tech-
niques et des genres rédactionnels, mais sa pratique exige
une réflexion et une remise en question permanentes.
Sans faire l’économie de la mise en perspective exigée par
ce métier, cet ouvrage en donne les bases pratiques à partir
d’expériences et d’exemples concrets.
Présentées avec simplicité et rigueur, les bases du métier
sont les mêmes quel que soit le média visé : presse écrite,
audiovisuelle ou électronique.
Du concept de liberté de la presse aux techniques rédaction-
nelles, toute personne concernée par la profession trouvera ici
un vade-mecum du parfait journaliste, particulièrement adapté
à ceux qui préparent les concours d’entrée aux écoles et aux
étudiants en journalisme, en communication et en science
politique.

Reporters solidaires est une association de journalistes engagés


bénévolement dans la formation de journalistes en Afrique fran-
cophone. Elle organise des ateliers de déontologie, de pratiques
professionnelles et d’expression journalistique destinés à des
professionnels de médias écrits, audiovisuels et en ligne. Son
action est soutenue, entre autres, par la région Rhône-Alpes, le
département du Rhône, la ville de Lyon et l’Association de soli­
darité des journalistes français.
Sous la direction de Christine Cognat et Francis Viailly.
Ont contribué à cet ouvrage : Marie-Jeanne Dufour, Christian
Hédou, Françoise Kayser, Christian Lanier, Éliane Patriarca et
Jean-Paul Savart.

Presses universitaires de Grenoble


15, rue de l’Abbé-Vincent
38600 Fontaine
ISBN 978-2-7061-4552-0 (e-book PDF)
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Reporters solidaires
sous la direction de Christine Cognat et Francis Viailly

Le journalisme en pratique
Les bases du métier

Presses universitaires de Grenoble


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La collection « Les outils du journaliste »


est dirigée par Christine Cognat, Arnaud Noblet et Francis Viailly.

Laurent Gauriat, Joël Cuoq, Journaliste radio. Une voix, un micro, une
écriture, 2016
Jean-François Richard, Journaliste d’agence de presse. L’information
24 heures sur 24, 2013
Reporters solidaires, sous la direction de Christine Cognat et Francis
Viailly, Le journalisme en pratique. Les bases du métier, 2012
Reporters solidaires, sous la direction de Christine Cognat et F
­ rancis
Viailly, Les rubriques du journalisme. Décrypter, organiser et traiter
­l’actualité, 2012

Création graphique de la couverture : Corinne Tourrasse.


Mise en page : Catherine Revil
Dessins : Patrick David.

© Presses universitaires de Grenoble, octobre 2012


15, rue de l’Abbé-Vincent – 38600 Fontaine
pug@[Link] / [Link]

ISBN 978-2-7061-4552-0 (e-book PDF)

L’ouvrage papier est paru sous la référence ISBN 978-2-7061-1705-3.

Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant, aux termes de l’article L. 122-5, 2° et 3° a, d’une part, que les
« copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation ­collective »
et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration, « toute représentation
ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause
est illicite » (art. L. 122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait
donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L. 335-2 et suivants du code de la propriété intellectuelle.
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Avant-propos

Le journalisme fait autant rêver qu’il est décrié. On le pare de tous les
honneurs, il est consacré par des prix prestigieux comme le Pulitzer aux
États-Unis ou l’Albert-Londres en France, mais on lui attribue aussi les
pires bassesses : complaisance, voyeurisme, arrogance, cupidité, etc. Et si le
journalisme n’était avant tout, et après tout, qu’un métier ? Un métier certes
plus ou moins bien pratiqué, avec comme dans beaucoup de professions,
des stars, des dérives, des scandales, mais également des personnes intègres
qui font honnêtement leur travail.
Cet ouvrage collectif, réalisé par l’association Reporters solidaires, est le
fruit des cours dispensés par certains de ses membres, de l’expérience pro-
fessionnelle de chacun, mais aussi et surtout des réflexions nées des ateliers
de formation organisés par l’association dans des démocraties émergentes,
en particulier dans les pays d’Afrique.
Là-bas comme ici il y a à peine quelques années, la plupart des journalistes
en exercice sont formés « sur le tas ». D’autres, ici comme là-bas, ont la
chance d’accéder à des écoles ou des filières universitaires de journalisme.
Tous ont en commun une idée très précise de la liberté de la presse, liberté
toujours fragile, et en eux l’enthousiasme, la volonté, l’ambition de devenir
de réels professionnels.
Mais comment devient-on un « journaliste digne de ce nom », pour reprendre
l’expression de la Charte de 1918 ? En travaillant dans un média renommé ?
En dénichant un scoop ? En montrant des capacités d’investigation ? En faisant
preuve d’un réel sens de l’observation et d’un regard critique ? En suivant
ses dossiers ? En accomplissant un labeur quotidien ? Oui, mais aussi en
privilégiant l’ouverture d’esprit, la curiosité, l’aptitude à apprendre tous les
jours un peu plus de la vie et des autres.
Ces dispositions sont rarement innées. Elles demandent des connaissances,
de l’effort et une remise en question permanente. En rédigeant cet ouvrage,
nous n’avons cessé de nous poser des questions. Les pratiques du journalisme
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4 Le journalisme en pratique

ne tiennent pas en quelques recettes. L’objectif est de démontrer que les règles
de base permettent de mieux comprendre ce métier finalement méconnu
et de répondre à différentes situations au quotidien, à partir de cas concrets
et d’exercices. Mais ensuite, il appartient à chacun d’enrichir ces bases par
sa propre réflexion car le journalisme ne répond pas à des automatismes.
De même, il ne peut s’affranchir du contexte politique et économique qui
l’entoure et de la société dans lequel il évolue.
Cet ouvrage s’attache donc à définir le métier, le cadre légal, déontologique
et éthique dans lequel s’exerce le journalisme, ses grands principes d’écriture
ainsi que les genres journalistiques.
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1re partie

Le métier,
TT
la profession,
les outils
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L’information n’est pas un produit comme un autre et le journaliste joue


un rôle clé dans une société démocratique. Notre réflexion s’articulera
autour de trois questions : qu’est-ce que le journalisme ? Qu’est-ce
qu’un journaliste ? Quels sont les outils du journalisme ?
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Chapitre 1

Le journalisme est un métier

Le métier de journaliste est encadré par des lois, des règles et des valeurs
universelles souvent ignorées du public. Il s’apprend dans des écoles ou des
filières universitaires spécialisées, mais aussi « sur le tas », c’est-à-dire sans
formation particulière, un diplôme n’étant pas toujours exigé à l’embauche.
Définition
Le journalisme consiste à rechercher la vérité, de manière pertinente, exhaustive
et désintéressée, pour la rapporter, dans un souci d’indépendance. Il s’appuie
sur des faits pour les expliquer, les analyser et éventuellement les commenter.

La vérité doit être complète, de façon à ne pas mentir par omission ou alté-
ration. Un journaliste va plus loin que le fait brut ou l’information officielle.
Il a le devoir de décoder l’information et de la replacer dans son contexte
ou de la mettre en perspective, jamais dans son intérêt, mais dans celui du
public. Il ne peut cependant prétendre à l’objectivité dans la mesure où il
choisit, hiérarchise et travaille l’information.

A. Qu’est-ce que l’information ?


1. L’information est un droit
L’information n’est pas un « produit » au sens commercial du terme, bien
qu’elle se vende par l’intermédiaire de médias qui en sont les vecteurs et
sont soumis, eux, aux lois du marché.
Ce n’est pas un produit car elle ne se « fabrique » pas. Elle existe en soi, même
si elle n’est pas divulguée. En revanche, le journaliste, en la rapportant, peut
créer l’événement.
La Déclaration des droits de l’homme la reconnaît comme un droit. Elle est
donc d’« utilité publique ».
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8 Le métier, la profession, les outils

Cette « utilité publique » est bien entendu différente de celle accordée


à des associations. L’expression est prise ici dans le sens de « service
rendu au public ».
Les effets de l’information peuvent être imprévisibles, décevants, redoutables.
Il importe d’en tenir compte, sans pour autant qu’ils deviennent un obstacle
à la recherche de la vérité.

2. L’information diffère de la communication


On confond souvent les deux termes, ou bien on les emploie indifféremment,
avec parfois la volonté de semer la confusion, ce qui ne peut que déprécier
le journalisme. L’information et la communication se trouvent aux deux
extrémités d’une même chaîne, bien qu’elles soient complémentaires : le
journaliste recherche l’information, le communicant la délivre. Le premier
le fait dans l’intérêt du public, le second le fait dans son propre intérêt ou
dans l’intérêt de celui qu’il représente. C’est pourquoi un attaché de presse
ne peut en aucun cas se prévaloir du statut de journaliste et obtenir par
exemple une carte de presse. Et un journaliste qui se transforme en attaché
de presse peut perdre sa carte de presse.
Mais il serait injuste de limiter la communication aux professionnels de la
communication. Des associations, des groupes politiques, des institutions
savent très bien communiquer et parfois exercer des pressions, faire du
lobbying et pratiquer la manipulation.

3. Le journalisme n’est pas du militantisme


Le journalisme est un métier d’engagement vis-à-vis du public dans la
mesure où celui qui l’exerce s’engage à rechercher et à rapporter la vérité.
Des journalistes peuvent personnellement s’engager sur le plan politique,
syndical ou associatif. Néanmoins, ils doivent, dans leur métier, faire preuve
d’impartialité. Le journalisme se différencie du militantisme car il n’est soumis
à aucun dogme, aucune idéologie et se fonde au contraire sur l’ouverture
d’esprit et le doute.
Des médias peuvent néanmoins mener ce qu’on appelle une « campagne
de presse » en faveur d’une personne opprimée ou pour dénoncer des faits
insoutenables. Cette décision engage alors le média mais non les journalistes
qui en font partie, même s’ils l’approuvent à titre personnel.
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Le journalisme est un métier 9

B. Les trois étapes du journalisme


Le journalisme tient en trois étapes : la recherche, la vérification et le traitement
de l’information. En effet, on ne s’improvise pas journaliste sous prétexte de
rapporter une information, par téléphone ou sur Internet. Si celle-ci n’est
pas vérifiée, ce n’est qu’une rumeur ou au mieux une hypothèse. Enfin, le
journaliste apporte une plus-value en traitant l’information de la manière
la plus appropriée.

1. La recherche de l’information : les sources


Un journaliste s’appuie sur différentes sources pour recueillir l’information et
pour la vérifier, ce qui doit l’amener à enquêter sans préjugés et à se remettre
perpétuellement en question.
Les différentes sources d’information, en dehors des contacts personnels,
vont du communiqué à la conférence de presse, en passant par les services
de communication, les médias, les dépêches d’agence et Internet.
Tout peut être source d’information. Une conversation de bistrot, les
remarques d’un chauffeur de taxi, des réflexions d’amis, etc.
Les services de communication tiennent une place à part parmi ces sources car
ils sont de plus en plus présents et de plus en plus pressants. Les journalistes
ont besoin des attachés de presse et des porte-parole en tant que sources ou
pour vérifier une information, les attachés de presse et les porte-parole ont
besoin des journalistes pour faire passer un message. Dans ce chassé-croisé,
c’est au journaliste d’imposer ses règles. Ce message, il peut soit l’ignorer,
soit le traiter à sa façon : brève, reportage, enquête, interview, etc.
Il arrive que les services de communication fassent barrage aux demandes
des journalistes ou répondent à la place de la personne sollicitée. Les jour-
nalistes doivent alors se montrer fermes en faisant comprendre en quoi l’avis
personnel de cet interlocuteur est important pour le public.
En aucun cas, l’information organisée et distillée par les pouvoirs politiques,
économiques, sportifs, etc. via leurs services de communication ne peut
être diffusée telle quelle, sans vérification ni mise en perspective. Le droit
à l’accès à l’information signifie que le journaliste trouve des réponses à ses
questions, pas qu’un communicant fasse le travail à sa place.
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10 Le métier, la profession, les outils

« Un bon journaliste est celui qui possède un bon carnet d’adresses », dit-on
dans la profession. Dans ses relations avec ses informateurs, le journaliste
établit un rapport de confiance, sans aller jusqu’à la connivence. Il garde
ses distances et prend du recul vis-à-vis de l’information. Il doit respecter
la volonté de ses informateurs, en particulier lorsque ceux-ci mettent un
embargo ou précisent qu’il s’agit d’un « off the record ». À noter que le off
n’est valable qu’en tête-à-tête, certainement pas lorsqu’il est demandé en
présence de plusieurs journalistes car forcément, il sera rapporté par l’un
d’entre eux. Parfois, le off est utilisé par un informateur pour attirer l’at-
tention du journaliste sur une nouvelle dont il ne tient pas à être l’auteur
officiel. Contrairement aux « indics » de la police, les informateurs ne sont
pas rémunérés. Le guide (fixer en anglais) est l’exception qui confirme la
règle, car il prend des risques en accompagnant ou en orientant un jour-
naliste dans des zones de conflit.

TTExemple
Un informateur peut être très haut placé. Le Canard Enchaîné a l­ ’habitude
de sortir chaque mercredi les petites phrases du Conseil des ministres
précédent. Ce qui avait le don d’irriter Nicolas Sarkozy. Celui-ci avait
donc, en 2011, intimé l’ordre à ses ministres de ne plus parler au
Canard… des propos retrouvés dans le numéro suivant du journal : à
l’évidence, le président de la République n’avait pas été écouté.

INTERNET, UNE SOURCE POUR LES MÉDIAS


TT
Pour le journaliste, Internet est d’abord synonyme d’accès rapide à
une multiplicité de sources d’informations. Cela va des convention-
nelles aux plus récentes, comme les groupes de discussion ou les
pages de personnes qui se sont attachées à un sujet au point d’en
devenir des spécialistes. Les informations diffusées sur les réseaux
sociaux sont cependant à prendre avec la plus grande prudence.
« Les réseaux sociaux ne sont en aucun cas une source : ils ne
donnent que des pistes », explique Rémy Pfimlin, président du
groupe France Télévisions. Cette précision fait suite à l’affaire Domi-
nique Strauss-Kahn, où les réseaux sociaux dont Twitter ont pris
une immense place, les journalistes des rédactions n’hésitant pas
à twitter leurs propres informations sur leur compte personnel.
…/…
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Le journalisme est un métier 11

Internet facilite aussi le recours à des « témoins » capables, grâce


aux supports mobiles, d’enregistrer et de transmettre sons et images.
Le numérique augmente et transforme le vieux carnet d’adresses.
Les multiples contacts du journaliste peuvent prendre eux-mêmes
l’initiative de le prévenir par e-mail, comme le journaliste peut décou-
vrir invitations et manifestations directement sur des sites ou des
réseaux sociaux.

TTExemples
En décembre 2004, les premières images du tsunami dans l’Océan
indien provenaient d’amateurs qui les ont envoyées aux rédactions.
En 2011, ce sont les journalistes qui ont eu recours aux blogs des
opposants et manifestants des pays touchés par le « printemps
arabe » pour accéder à l’information et la diffuser.

2. La vérification de l’information
C’est un des fondamentaux du métier. Pour vérifier une information, la
meilleure façon consiste à la « croiser » en multipliant les sources. Une seule
erreur, même infime, décrédibilise tout l’article. Vérifier n’est pas toujours
facile. Cependant, le journaliste peut le faire de plusieurs façons : en télé-
phonant pour remonter directement à la source, en consultant des archives,
en sollicitant des services de presse, des contradicteurs, des représentants de
syndicats ou d’associations, etc.
Lorsque l’information n’est pas totalement vérifiable, le journaliste doit
au moins en citer l’origine. L’emploi du conditionnel est certes bien utile
quand on n’est pas certain de la fiabilité de son information mais il révèle
la faiblesse et les limites du journaliste qui montre ainsi qu’il n’a pas réussi
à mener son enquête. Le conditionnel laisse entendre que le fait n’est
pas avéré.
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12 Le métier, la profession, les outils

LA VÉRIFICATION EST NÉCESSAIRE,


TT
MÊME SUR INTERNET
L’utilisation des technologies numériques a grandement accéléré
le traitement de l’information, en imposant une quasi-immédiateté.
Sur le Web, on privilégie avant tout la réactivité, l’instantanéité et la
primeur de l’information, parfois au détriment de la vérification et du
recoupement des sources. Dans ce sprint effréné, dans cette quête
du buzz (bourdonnement en anglais), le journaliste peut être tenté de
piocher en urgence des informations sur des sites alimentés par des
internautes. Ceux-ci y placent réflexions, photos, sons et vidéos – les
leurs ou ceux qu’ils ont repris, voire piratés – en négligeant l’indis-
pensable vérification et la mise en perspective qui transforment un
renseignement en une information.
Pour les rédactions, les banques de données, les banques d’images
et Internet conduisent les journalistes à se rendre moins souvent
sur le terrain pour favoriser un terrain plus virtuel, « en ligne ». Une
opportunité d’autant mieux accueillie que les effectifs des rédactions
sont en repli, et leurs coûts de fonctionnement restreints.

3. Le traitement de l’information
« Trop d’informations tuent l’information », affirment certains. Le journaliste
dispose en effet d’une masse considérable d’informations brutes qu’il doit
savoir trier et hiérarchiser en fonction de leur importance, de leur originalité,
de leur pertinence ou de leur impertinence, et surtout en fonction de leur
intérêt présumé pour son public.
Le choix de l’information définit bien souvent ce qu’on appelle le « genre
journalistique », c’est-à-dire la manière de traiter cette information : brève, compte
rendu, reportage, analyse, interview, etc. (cf. quatrième partie).
Ensuite, il s’agit de la mettre en valeur par l’écriture et la présentation : mise
en pages pour la presse écrite, montage et habillage des sujets audiovisuels.
Le traitement de l’information est un des apports essentiels du journalisme.

C. L’apport du journalisme
Le journaliste apporte une plus-value à l’information en la vérifiant, en la
hiérarchisant et en l’exploitant. On dit qu’il la met en perspective, c’est-à-dire
Retrouver ce titre sur [Link]
Le journalisme est un métier 13

qu’il la resitue dans son contexte, en explique les circonstances, en analyse les
tenants et les aboutissants. Il engage sa responsabilité en la diffusant. S’il se
contente par exemple de reprendre tel quel le contenu d’un communiqué de
presse, il verse alors dans la communication et n’apporte aucune plus-value.
La presse et les médias sont communément désignés par l’expression
« ­quatrième pouvoir », en référence aux pouvoirs exécutif, législatif et judi-
ciaire. Cette ­appellation revient à Alexis de Tocqueville dans son ouvrage
De la ­Démocratie en Amérique (1833).
Il est plus juste cependant de parler de contre-pouvoir. Cela ne signifie pas que
le journalisme soit contre le pouvoir mais qu’il peut et doit être critique
envers tous les pouvoirs en donnant en particulier la parole à ceux qui ne
l’ont pas. Il joue un rôle d’intermédiaire (le terme média vient du mot latin
medium qui signifie le milieu) et vise à rétablir l’équilibre entre les forces en
présence. Il contribue ainsi au meilleur exercice de la démocratie.

RÉSUMÉ
TT
◗◗ Le journalisme est un métier, l’information un droit, à ne pas confondre
avec la communication ni le militantisme.
◗◗ Les trois étapes du journalisme consistent à rechercher, vérifier et traiter
l’information.
◗◗ Les sources d’information sont multiples.
◗◗ Le journalisme apporte une plus-value à l’information.
◗◗ Le journalisme est un contre-pouvoir.

EXERCICES
TT
◗◗ Sélectionnez une information/un événement dans les actualités du jour
et comparez son traitement dans différents médias : site internet d’infor-
mation, quotidien national, presse quotidienne régionale, journal télévisé
local, etc. C’est la fameuse « revue de presse » ou B. A. BA de toutes les écoles
de journalisme.
◗◗ Le dessin page suivante comprend trois informations concomitantes :
l’inauguration de l’École des Iris, une manifestation d’enseignants et un
accident de voiture.
Comment traiteriez-vous ces informations selon que vous travaillez :
– dans un média d’information continue (radio, télévision, Internet) ;
– dans un quotidien ;
Retrouver ce titre sur [Link]
14 Le métier, la profession, les outils

– dans un magazine ;
– dans un bulletin municipal.

Éléments de réponse
Dans un média d’information continue, l’accident prime. Dans un quotidien,
l’accident peut être traité en faits divers et l’inauguration accompagnée de
la manifestation dans les pages société. Dans un magazine, c’est la mani-
festation des enseignants à l’occasion de l’inauguration de l’école qui sera
retenue. Dans un bulletin municipal, on ne décrira que l’inauguration de
l’école par le maire.
Retrouver ce titre sur [Link]

Chapitre 2

Le journaliste est un professionnel

Définition légale en France


« Le journaliste professionnel est celui qui a pour occupation principale, régulière
et rétribuée, l’exercice de sa profession dans une ou plusieurs publications
quotidiennes ou périodiques, ou dans une ou plusieurs agences de presse et qui
en tire le principal de ses ressources. » (article 7 761-2 du Code du travail suivant
la loi Brachard du 29 mars 1935, modifiée par la loi du 2 janvier 1973, étendue
aux pigistes par la loi Cressard du 4 juillet 1974).

Sont journalistes professionnels les rédacteurs (quelle que soit leur qualifica-
tion), les pigistes, les secrétaires de rédaction, les photographes de presse, les
journalistes reporters d’images (JRI), les rédacteurs de presse électronique. Sont
assimilés les sténos de presse ainsi que les dessinateurs de presse (cf. lexique).
Le correspondant, qu’il travaille sur le territoire français ou à l’étranger, est
un journaliste professionnel s’il reçoit des appointements fixes et remplit
les conditions prévues ci-dessus.

CORRESPONDANT ET CORRESPONDANT LOCAL


TT
DE PRESSE
Il ne faut pas confondre le correspondant avec les « correspondants
locaux de presse » (CLP), qui seraient environ 30 000 en France,
essentiellement dans la presse quotidienne régionale (PQR). L’ac-
tivité de ces derniers est régie par la loi du 27 janvier 1993 et est
assimilée à celle d’un travailleur indépendant. Ces correspondants
touchent des honoraires et sont remboursés de leurs frais, mais ils
n’ont ni le statut de journaliste ni la couverture sociale d’un salarié.
…/…
Retrouver ce titre sur [Link]
16 Le métier, la profession, les outils

Aujourd’hui, ces emplois dits accessoires car leur rémunération est


plafonnée bien en-dessous du SMIC, sont de plus en plus occupés
par des étudiants en journalisme ou des jeunes diplômés qui les
considèrent comme un tremplin avant une embauche. Lorsque leur
rémunération dépasse ce plafond, les CLP doivent cotiser à l’Urssaf
et à la Sécurité sociale. Les CLP, majoritairement employés dans les
agences locales de la PQR, effectuent généralement le même tra-
vail que les journalistes en pied sans bénéficier de leurs avantages
en termes de convention collective et de rémunération. Ce recours
excessif aux CLP constitue une dérive professionnelle vivement cri-
tiquée par les syndicats de journalistes qui reprochent aux éditeurs
de presse d’exploiter une main-d’œuvre à bas coût.

La définition légale du journaliste s’applique à la presse écrite, élec-


tronique et audiovisuelle, le terme « publications » étant utilisé au sens
large. Aucune formation, aucun diplôme ne sont exigés, pour une
profession cependant exigeante et qui nécessite une solide formation.

A. Qu’est-ce qu’un journaliste ?


« Un historien de l’instant », Albert Camus.
La définition de Camus est belle mais insuffisante, car un journaliste occupe
une place particulière dans la société, non seulement en tant que rapporteur
d’informations mais aussi en tant qu’acteur de la vie démocratique. Il joue
plusieurs rôles.

◗◗ Un rôle social. Le journaliste est un observateur de la vie publique, un témoin


du temps présent. Il sert d’intermédiaire entre les différents acteurs de la
société et participe de fait à son fonctionnement.
◗◗ Un rôle moral. Le journaliste est un intellectuel et en tant que tel, il a des
responsabilités. Le public lui reconnaît le droit de chercher et de dire la
vérité, de critiquer et de dénoncer des faits mais il ne doit pas abuser de sa
position pour le tromper.
◗◗ Un rôle pédagogique. Le journaliste ne fait pas l’opinion mais il éclaire l’opi-
nion en expliquant les événements.
◗◗ Un rôle d’enquêteur. Le journaliste a une démarche scientifique. Il se pose et
pose des questions dans le but de rechercher la vérité. Il doute en permanence.
Retrouver ce titre sur [Link]
Le journaliste est un professionnel 17

rôle politique. Le journaliste défend l’intérêt général, s’intéresse à la vie


◗◗ Un
publique et non à la vie privée, excepté dans le cas où cette dernière interfère
avec la vie publique.

TTExemples
La fille illégitime de François Mitterrand
Sa présence à l’Élysée, connue de la plupart des journalistes français,
est restée secrète jusqu’à ce qu’un journaliste « non politiquement
correct », Jean-Edern Hallier, révèle son existence. Ce non-dit des
médias français a été très mal jugé par les médias anglo-saxons. Ils
considéraient que les Français avaient le droit de connaître la face
cachée de leur président.
L’affaire DSK
En mai 2011, Dominique Strauss-Kahn est arrêté à New York, accusé
d’agression sexuelle et de séquestration, alors qu’il est directeur du
Fonds monétaire international (FMI) et en tête des sondages pour l’élec-
tion présidentielle française de 2012. Cette affaire privée est devenue
publique en raison de la stature de cette personnalité politique autant
que du caractère criminel de cette accusation.

Le journaliste est solitaire mais solidaire. Il effectue généralement son travail


seul, sous l’autorité de son chef de service ou du rédacteur en chef, excepté
dans certains cas (dossiers, interviews à deux, analyses rédigées par un
confrère, etc.) mais il ne doit jamais oublier qu’il est solidaire d’une rédac-
tion et qu’il participe à une œuvre collective. Il doit parfois s’effacer devant
l’actualité, c’est-à-dire accepter de passer derrière l’article ou le reportage
d’un confrère dont l’information prime sur la sienne.
Le journaliste est un professionnel 24 heures sur 24. Il est censé rester à l’écoute,
à l’affût, de ce qui l’entoure. S’il apprend une nouvelle ou assiste à un événement
imprévu en dehors de ses heures de travail, il doit en informer sa rédaction.

LE WEBJOURNALISME
TT
Les rédactions des sites d’information emploient de plus en plus
une nouvelle génération de professionnels capables de maîtriser
tous les modes d’expression : textes, sons, images fixes et animées,
graphiques et cartes. Les écoles de journalisme ont d’ailleurs intégré
depuis les années 2000 ces nouvelles technologies. …/…
Retrouver ce titre sur [Link]
18 Le métier, la profession, les outils

Adepte de l’écriture concise, le journaliste en ligne effectue un tra-


vail de rédaction dans des délais généralement plus courts et en
se nourrissant majoritairement des informations diffusées sur le
Web. Il doit être un expert de la navigation pour effectuer une veille
constante et être capable d’actualiser sans cesse l’information.
Quand la rédaction est spécifique du site web, elle est assurée essen-
tiellement par une petite équipe de journalistes qui effectue un travail
de bureau : le « desk ». Elle ne va pas sur le terrain ou fort peu. Néan-
moins, dans certaines rédactions de proximité, les webjournalistes
« sortent » pour rapporter des images.
Au sein du webjournalisme, il faut signaler le datajournalisme, ou
journalisme de données, qui s’attache à recueillir, à analyser et à
mettre en forme des données de toutes sortes. Sa forme d’écriture
est le graphisme, facilitant la visualisation de l’information. Cette
nouvelle approche doit répondre elle aussi aux règles du journalisme.
Cf. Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne (SPIIL)
[Link]

B. Et que n’est-il pas ?


Un journaliste n’est ni un policier ni un juge, ainsi que le soulignent toutes les
chartes déontologiques. Il démontre et explique les faits mais il ne doit pas
accuser, encore moins condamner.

TTExemple
L’affaire Grégory
En 1984, le corps de Grégory Villemin, 4 ans, est retrouvé dans la
Vologne. Sont successivement accusés un cousin du père, Bernard
Laroche, puis la mère de l’enfant, Christine Villemin. Les médias se
déchaînent, jusqu’à la romancière Marguerite Duras qui dénonce dans
Libération « un crime sublime, forcément sublime », de la mère de
Grégory. Finalement, Christine Villemin est innocentée et les médias
font leur mea culpa. Cette affaire a donné lieu à de nombreuses ana-
lyses et publications sur le rôle du juge, ses liens avec la presse et
l’implication partiale de certains journalistes.
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Table des matières 127

Chapitre 3
L’information commentée................................................................................................... 97

A. Le billet manifeste une humeur................................................................... 97


B. L’éditorial exprime une opinion.................................................................... 97
C. Le commentaire fournit une interprétation............................................ 97
D. La chronique fixe rendez-vous...................................................................... 98
E. La critique émet un point de vue justifié.................................................. 98
F. La tribune donne la parole à une personnalité..................................... 98
G. Le dessin de presse perpétue la tradition.............................................. 98

Annexes
Annexe 1
Une profession en évolution............................................................................................. 103

Annexe 2
Les organisations professionnelles........................................................................... 109

Annexe 3
La charte de 1918........................................................................................................................ 111

Annexe 4
La déclaration de Munich 1971........................................................................................ 113

Annexe 5
La charte SNJ 2011.................................................................................................................... 117

Annexe 6
Lexique............................................................................................................................................... 119

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