Correction question problématisée :
La Méditerranée médiévale, un espace de contacts
Après la disparition de l’Empire romain en 476, la Méditerranée passe progressivement au Moyen-
âge sous la domination de trois grandes civilisations, l’Occident chrétien, l’empire Byzantin et le
monde musulman. Dans ce travail nous allons donc nous demander pourquoi la Méditerranée est
considérée comme un espace de contacts entre ces trois civilisations entre le XII et le XIII siècle. Dans
un premier temps nous présenterons rapidement les caractéristiques de ces civilisations avant de
montrer qu’elles sont souvent en conflits à cette période. Nous terminerons en montrant que ces
différents conflits n’empêchent pas de nombreux échanges différents.
L’Occident chrétien correspond pour l’essentiel à l’Europe Occidentale. Après une brève période
d’unité sous l’empire carolingien, elle se caractérise ensuite par de nombreux royaumes comme le
royaume de France. Au sein de ces royaumes la féodalité se développe. Dans cet espace domine la
religion chrétienne catholique dirigée depuis Rome par le pape. La langue de référence (de l’écrit et
de la religion) est alors le latin.
Plus à l’est on trouve l’empire byzantin. C’est l’héritier de l’empire romain d’Orient apparu en 395. Il
est dirigé par un empereur qui possède tous les pouvoirs depuis la capitale Constantinople. Il s’agit
également d’un espace chrétien mais qui s’est séparé définitivement de l’autorité du pape depuis
1054. On parle alors de christianisme orthodoxe dont le principal chef est le patriarche de
Constantinople. La langue de cette religion tout comme celle de l’Empire est le grec.
Enfin, principalement au sud de la Méditerranée et au Proche Orient on trouve le monde musulman
qui s’est développé depuis l’Hégire qui marque l’apparition en 622 de l’islam. C’est un espace qui
progressivement se divise en trois empires dirigés par un calife qui possède l’essentiel des pouvoirs
politique, militaire et religieux. L’Arabe sert de langue de référence dans cet espace constitué de
nombreux peuples différents. Ainsi ces trois civilisations ont des caractéristiques différentes mais
aussi des points communs, elles entretiennent de nombreux contacts dont les plus visibles sont les
conflits.
En effet, les conflits sont nombreux tout au long de la période. Les deux plus importants opposent les
chrétiens d’Occident aux musulmans pour le contrôle de deux territoires différents, avec des logiques
similaires. Prenons tous d’abord le cas de la Reconquista en Espagne. Depuis le VIII siècle (711), les
musulmans contrôlent une grande moitié sud de l’Espagne qu’ils nomment Al-Andalus. A partir du XI
siècle, les royaumes chrétiens du Nord entament des guerres pour reconquérir les territoires
musulmans. Le pape promet alors le paradis aux combattants chrétiens qui espèrent aussi prendre les
terres des musulmans et s’approprier leurs richesses. La bataille de La Navas de Tolosa en 1212
marque un tournant puisqu’elle permet aux chrétiens de reprendre une grande partie de l’Espagne
(dont Séville) mais la Reconquista s’étale cependant jusqu’à la fin du Moyen-âge en 1492 (prise de
Grenade). Par de nombreux aspects elle, ressemble aux croisades.
C’est suite à l’appel du pape Urbain II en 1095 que débute la période des croisades qui s’achève vers
1270. Il s’agit pour les chrétiens de conquérir la « Terre sainte » c’est-à-dire la région de Jérusalem
contrôlée par les musulmans. Après un premier succès en 1099 avec la prise de Jérusalem et la
création des Etats latins d’Orient, les chrétiens d’Occident recule malgré les croisades de secours.
C’est par exemple le cas de la 2 ème croisade, prêchée par Bernard de Clairvaux à partir de 1146 qui
échoue malgré la présence du roi de France Louis VII. Comme pour la Reconquista le pape promet le
paradis aux chevaliers qui espèrent aussi s’enrichir dans cette aventure. Les conflits sont donc
nombreux, ils n’empêchent cependant pas les échanges de différentes natures entre les trois
civilisations de la Méditerranée.
Loin de stopper les échanges commerciaux, les conflits sont parfois des occasions de les stimuler
comme le montre la découverte du sucre par les croisés. Le XII est siècle est marqué par le
développement du grand commerce qui s’appuie sur de nouvelles techniques commerciale comme la
lettre de change. Il s’incarne de plus en plus dans la ville de Venise qui devient la principale puissance
commerciale de la Méditerranée où elle installe de nombreux comptoirs. Par les nombreuses voies
maritimes, Venise exporte ainsi en Orient de nombreux produit d’Occident comme des tissus (draps)
des Flandres et importe également les produits d’Orient en Occident : c’est le cas des épices, des
plantes tinctoriales ou même de la soie qui donne son nom à la grande route commerciale qui relie
l’Asie à l’Europe. Ces échanges commerciaux sont donc très importants, ils sont l’occasion de contacts
qui permettent aussi des échanges culturels.
Les savoirs et les connaissances circulent ainsi en Méditerranée. Dès le VIII siècle, le Calife Al-Mamun
avait fait traduire de nombreux manuscrits de l’antiquité gréco-romaine récupérés aux Byzantins. Cela
a permis par la suite des progrès scientifiques des musulmans symbolisés par le médecin et
philosophe Avicenne. Plus tard les chrétiens cherchent à récupérer ce savoir en faisant traduire en
latin les ouvrages d’Avicenne. Les espaces où les différentes civilisations cohabitent, comme la Sicile,
la Terre Sainte ou l’Espagne (Tolède) deviennent les lieux privilégiés de ces échanges culturels. Dans
ces territoires, des formes de syncrétisme se développent comme l’art mudéjar, un art chrétien qui
reprend de nombreux codes musulmans.
Les contacts de diverses formes sont donc très nombreux entre les trois civilisations de la
Méditerranée au XII-XIII siècles. Les conflits ne doivent pas masquer les nombreux échanges
commerciaux et culturels qui ne cessent de se développer au Moyen-âge avant de décliner lentement
lorsque l’Europe se tourne progressivement vers l’Atlantique au XV siècle.