Critiques des
théories de
l'évolution
En tant que théorie scientifique, la théorie
darwinienne de l'évolution des espèces
par sélection naturelle fait l'objet de
diverses critiques. L'idée d'évolution
biologique est souvent rejetée car elle
s'oppose à une vision spirituelle de
l'homme, en le présentant comme le
simple résultat du hasard, obéissant
uniquement à des lois mécaniques et
matérielles, et non le résultat d'un dessein
où l'homme pourrait trouver du sens ;
cette critique est employée en particulier
par des croyants qui refusent l'idée
d'évolution par fidélité à certains textes
sacrés comme la Torah, la Bible ou le
Coran. Ceux qui ne veulent considérer que
la création dite "ex nihilo", sans considérer
aucune évolution des espèces, lui
préfèrent le créationnisme. D'autres
acceptent l'idée d'évolution mais refusent
l'idée, inspirée de Darwin, que les
mécanismes principaux en soient les
mutations et la sélection naturelle, théorie
désignée sous le nom de « darwinisme »,
et avancent que l'évolution serait pour
certains dirigée (orthogenèse), ou pour
d'autres orientée vers une
complexification croissante notamment
par les contraintes et facteurs internes
des organismes (conformément aux vues
de Jean-Baptiste de Lamarck sur la
question).
D'autres auteurs encore critiquent les
conséquences idéologiques d'une
« utilisation » (ou d'un détournement) de la
théorie darwinienne de l'évolution, qui n'est
selon eux, qu'une projection sur le monde
naturel du fonctionnement de l'économie
capitaliste, servant en retour à présenter
celle-ci comme naturelle.
Origines profondes du débat
Ces débats ont des racines antiques[1] : la
cosmogonie mythologique des anciens
Grecs fait surgir l'ordre du chaos
primordial. Cette énigme est à l'origine de
nombre de supputations métaphysiques.
Les débats engagés chez les pré-
socratiques se sont poursuivis durant
vingt siècles donnant lieu à des courants
de pensées opposés : monisme, dualisme,
matérialisme, spiritualisme, réalisme,
idéalisme, mécanisme, vitalisme…
Les monistes voient l'univers formé d'une
seule réalité fondamentale (les milésiens
et les atomistes grecs : Démocrite,
Épicure), alors que les dualistes séparent
le monde matériel et le monde spirituel,
l'au-delà (Platon[2], Aristote[3]).
Issu du monisme, le matérialisme
considère qu'il n'y a pas d'autre substance
que la matière. La pensée, la conscience
dérivent par transformation de la matière.
Le matérialisme rejette l'existence de tout
principe non réductible à une substance
fondamentale (pas d'esprit transcendant
la matière, d'âme, de dieux et d'au-delà).
Au contraire pour les spiritualistes,
l'univers possède une nature spirituelle,
supérieure à la matière. L'homme, par sa
conscience, son esprit ou son âme, ne se
réduit pas à la seule matière.
L'opposition idéalisme/réalisme, quant à
elle, porte sur l'origine de la connaissance
(celle du spiritualisme et du matérialisme
porte sur la nature de l'Être). Pour les
tenants de l'idéalisme, il n'y a pas de
réalité indépendamment de la pensée. Le
monde réel n'existe qu'à travers les idées
et les états de conscience. Le monde et
même l'être se réduisent donc aux
représentations que nous en avons. À
l'inverse pour un réaliste, l'homme connaît
les choses telles qu'elles sont réellement
en elles-mêmes et elles n'existent pas en
dehors de leur matérialisation.
Issus de ces débats, deux courants (et les
tentatives de synthèses attenantes) ont
traversé les siècles. D'un côté une vision
du monde « moniste et causale » où les
phénomènes naturels sont produits par le
jeu des forces physico-chimiques
immanentes à la matière. De l'autre, une
conception « dualiste », où l'explication
mécanique est tenue pour valable dans le
domaine inorganique, mais non valable
pour le vivant.
Le matérialisme moniste explique tout par
les causes efficientes. Au contraire, selon
les non-matérialistes, des principes
différents opèrent selon qu'il s'agit du
vivant ou de l'inanimé. Pour le vivant, la
doctrine dualistique introduit des causes
finales et met à l'origine des organismes
soit un plan de développement, soit la
décision d'un créateur qui a disposé
chacune des espèces selon un plan : d'un
côté les mécanistes et de l'autre les
vitalistes ; d'un côté les déterministes (les
formes sont le résultat du jeu des causes
efficientes) et de l'autre les finalistes (il
existe un but, une cause finale qui dirige
l'évolution des formes).
Au début du xxe siècle, les progrès des
sciences physiques et biochimiques ainsi
que la théorie darwinienne produisent un
monde où la frontière entre vivant et
inanimé semble devoir disparaître.
Différentes personnes considèrent
l'explication mécaniste comme
universellement valide mais restent
toutefois attachées à la présence d'une
cause finale. Elles considèrent que les
êtres vivants sont des totalités (wholes)
inanalysables qui ne s'expliquent pas par
un assemblage de parties ; il y a quelque
chose, selon elles, qui ordonne ces
parties et qui n'est pas de l'ordre de la
causalité efficiente. Elles postulent
l'existence de formes, de types
d'organisation qui tendent à se réaliser, de
potentiels qui guident l'évolution vers un
but assigné, poursuivant en cela un débat
engagé vingt-trois siècles auparavant par
Aristote sur la forme, organisatrice et
conservatrice de l'être vivant (« forma est
qua ens est id quod est »)
Pour synthétiser les enjeux
philosophiques des théories de l'évolution
on peut distinguer plusieurs familles
philosophiques :
« L'objectivité cependant nous
oblige à reconnaître le
caractère téléonomique des
êtres vivants, à admettre que
dans leurs structures et
performances, ils réalisent et
poursuivent un projet. Il y a
donc là, au moins en apparence,
une contradiction
épistémologique profonde. Le
problème central de la biologie,
c'est cette contradiction elle-
même, qu'il s'agit de résoudre si
elle n'est qu'apparente, ou de
prouver radicalement insoluble
si en vérité il en est bien
ainsi[4]. »
Les déterministes :
« La pierre angulaire de la
méthode scientifique est le
postulat de l'objectivité de la
Nature. C'est-à-dire le refus
systématique de considérer
comme pouvant conduire à une
connaissance "vraie" toute
interprétation des phénomènes
donnée en termes de causes
finales, c'est-à-dire de "projet".
[…] Postulat pur, à jamais
indémontrable, car il est
évidemment impossible
d'imaginer une expérience qui
pourrait prouver la non-
existence d'un projet, d'un but
poursuivi, où que ce soit dans la
nature. Mais le postulat
d'objectivité est consubstantiel
à la science, il a guidé tout son
prodigieux développement
depuis trois siècles. Il est
impossible de s'en défaire, fût-ce
provisoirement, ou dans un
domaine limité, sans sortir de
celui de la science elle-
même[4]. »
Cette position philosophique qui fonde la
science fut d'une fécondité indiscutable.
La rationalisation qui s'ensuivit, aboutit
pour la première fois dans l'histoire à des
guérisons innombrables, applications
pratiques des compréhensions fines et
des découvertes biologiques liées à
l'hérédité, l'organogenèse et les
mécanismes biomoléculaires de
l'évolution. Ce tronc philosophique du
déterminisme est l'origine de la théorie
synthétique de l'évolution (déterministe,
mécaniste et réductionniste).
Les finalistes :
Parmi ceux-ci, certains rejettent
toutes idées d'évolution (→
créationnisme).
D'autres intègrent les faits
scientifiques accumulés en faveur
de l'évolutionnisme mais rajoutent
une force organisatrice, qui conduit
l'atome vers la conscience. Ici point
de créationnisme, l'évolution est
acceptée et se déroule au sein d'un
« champ directeur ». Ce principe
« directionnel » a porté entre autres
dénominations : entéléchie, force
vitale, principe directeur, holisme[5],
organicisme, orthogenèse, dessein
intelligent, principe anthropique ou
point Ω de Pierre Teilhard de
Chardin.
Critiques à caractère
idéologique
Elles sont les premières à intervenir :
Darwin a d'abord été jugé selon le
contexte économique, politique et social
de son temps, voire comme un reflet de
celui-ci.
Karl Marx et Friedrich Engels
Origine des espèces ou société
bourgeoise
Engels s'intéressait à l'histoire de la
nature, ce dont témoignent ses ouvrages
Le Rôle du travail dans le passage du singe
à l'homme qui s'inspirent des travaux de
Ernst Haeckel[6] et Dialectique sur la nature
allant à contre-courant de la vision linéaire
des processus naturels observés par les
scientifiques de l'époque. C'est Engels qui
fait ainsi découvrir le livre de Darwin à
Marx. Ce dernier va d'ailleurs référencer
l'Origine des Espèces dans Le Capital et y
note tout bonnement l'analogie et la
distinction entre « l'histoire de la
technologie naturelle » (mécanisme) et
« l'histoire de la formation des organes
productifs de l'homme social »
(phénomène). Ainsi, comme la
« spéciation » observée sur les becs des
pinsons des différentes îles des
Galapagos, « La période manufacturière
simplifie, améliore et multiplie les outils
de travail en les adaptant aux fonctions
spécifiques exclusives des travailleurs
partiels[7]. » ; « C'est ainsi, par exemple,
que des couteaux destinés à couper
toutes sortes de choses peuvent, sans
inconvénient, avoir une forme commune,
tandis qu'un outil destiné à un seul usage
doit posséder pour tout autre usage une
tout autre forme (Darwin, On the Origin of
Species..., 1859, p149)[8]. »
Par la suite, Marx lut avec encore plus
d'enthousiasme l'Origine et
transformations de l'homme et des autres
êtres de Pierre Trémaux en voyant « un
progrès par rapport à Darwin ». Mais,
Engels lui annonce qu'il est arrivé « à la
conclusion que sa théorie (celle de
Trémaux) ne repose sur rien, pour la
simple raison qu'il ne comprend pas la
géologie et qu'il est incapable de la plus
ordinaire des critiques historico-
littéraires[9]. »
Cependant, Karl Marx et Friedrich Engels
ont remarqué l'origine idéologique du
mécanisme de la sélection naturelle[10].
En effet, cette origine idéologique pose la
question de comment les puissants voient
la société capitaliste et son histoire, par
un progrès inéluctable. C'est par cette
vision erronée de la société que Darwin a
été fortement influencé pour construire sa
théorie exclusive à la nature. C'est ce que
montrent les citations suivantes :
« Il est curieux de voir comment
Darwin retrouve chez les bêtes
et les végétaux sa société
anglaise avec la division du
travail, la concurrence,
l’ouverture de nouveaux
marchés, les « inventions » et la
« lutte pour la vie » de Thomas
Malthus. C’est le bellum
omnium contra omnes [la
guerre de tous contre tous] de
Hobbes, et cela fait penser à la
phénoménologie de Hegel, où la
société bourgeoise figure sous
le nom de « règne animal
intellectuel », tandis que chez
Darwin, c’est le règne animal
qui fait figure de société
bourgeoise. »
— Lettre de Marx à Engels
du 18 juin 1862
« Toute doctrine darwiniste de
la lutte pour la vie n’est que la
transposition pure et simple, du
domaine social dans la nature
vivante, de la doctrine de
Hobbes : bellum omnium contre
omnes et de la thèse de la
concurrence chère aux
économistes bourgeois, associée
à la théorie malthusienne de la
population. Après avoir réalisé
ce tour de passe-passe […], on
retranspose les mêmes théories
cette fois de la nature
organique dans l’histoire
humaine, en prétendant que
l’on a fait la preuve de leur
validité en tant que lois
éternelles de la société
humaine. Le caractère puéril de
cette façon de procéder saute
aux yeux, il n’est pas besoin de
perdre son temps à en parler. »
— Lettre de Engels à Lavrov
du 12 [17] novembre 1875
Conception scientifique
Même s'ils félicitent Darwin pour avoir
aboli la téléologie dans les phénomènes
de la nature, l'attitude de Marx et Engels
semble par ailleurs ambiguë. Cela serait à
cause du manque de recul vis-à-vis du
darwinisme social[11] de Herbert
Spencer[12] qui s'est développé
rapidement et qui se substitue
idéologiquement à la véritable
anthropologie de Darwin (cf la Filiation de
l'homme édité en 1871)[13]. Pour Patrick
Tort, ce fut un rendez-vous manqué entre
Marx et Darwin[11].
Cependant, contrairement au
néodarwinien, la doctrine de Darwin
(notamment sur le hasard, la sélection
naturelle et la lutte pour l'existence) est
provisoire pour Marx[14]. Par ailleurs, il
anticipe également le saltationnisme (Niel
Eldredge, Stephen jay Gould) à la suite de
la lecture de Origine et transformation de
l'Homme de Pierre Trémaux[15].
Et, dans le cadre de la nouvelle
conception de l'histoire et de la société
qu'il a développé, Marx voit dans la
sélection naturelle, moteur de l’histoire
naturelle, une analogie de la lutte des
classes générée par l'évolution de la
technique comme moteur de l’histoire
sociale[16],[17],[18]. Alors, dans ce cadre, ils
ne font que défendre la conception
matérialiste de la théorie, même s'ils
condamnent sa vision mécanique
(comme chez les matérialistes du
xviiie siècle) et linéaire (non dialectique)
de l'histoire du monde (nature et société)
allant vers un progrès inéluctable dans le
sens défini par l'idéologie bourgeoise.
Par conséquent, c'est dans leur méthode
scientifique[19] identique qu'Engels
compare Marx à Darwin dans l’éloge
funèbre qu’il lit sur sa tombe[20].
Conception idéologique
Les marxistes, tels Paul Lafargue ou
Anton Pannekoek, défendront la théorie
darwinienne de l'évolution pour des
raisons idéologiques, c'est-à-dire en tant
qu'elle s'oppose à la théologie naturelle,
au créationnisme ou au dessein
intelligent. Mais pas seulement : comme
Marx et Engels, Lafargue et Jules Guesde
défendent le point de vue matérialiste de
la théorie de l'évolution. Anton Pannekoek
dans Darwinisme et Marxisme[21]
recherche le passage entre la nature et la
société tout en défendant Darwin du
darwinisme social. Ce passage
dialectique entre nature (Darwin) et
société (Marx) que Marx aurait perdu est
popularisé par l'effet réversif de l'évolution
de Patrick Tort.
Ainsi, ces marxistes condamnent donc
Haeckel (moniste, panthéiste et inventeur
du mot « écologie »), Huxley (agnostique,
eugéniste⇔néoconservateur), Spencer
(libéral, darwiniste social⇔(néo)libéral) et
leur idéologie. La pensée évolutionniste
de ces derniers est influencée par leur
milieu social, leur anti-socialisme et les
préjugés existant bien avant Darwin. Pour
eux, la sélection naturelle est le moteur du
monde (nature et société) et de son
histoire. Dans les domaines scientifique et
philosophique, les évolutionnistes ne font
pas de différence entre les phénomènes
naturels et les phénomènes sociétaux.
Cependant, d'un point de vue éthique, ils
posent un libre arbitre[22] entre la société
et la nature qui limiterait les méfaits de la
sélection naturelle sur l'individu civilisé.
Mais, d'un point de vue sociologique et
psychologique, le libre arbitre n'est pas
suffisant et reste dans un cadre
strictement idéologique[23]. En effet, dans
son incapacité à renier la vision du monde
des évolutionnistes et à séparer
dialectiquement les choses (nature et
société) comme l'a fait Darwin dans La
Filiation de l'homme en 1871, Alfred
Russel Wallace (socialiste et coauteur de
la théorie de l'évolution) s'est laissé aller
au spiritisme jusque dans le domaine
scientifique. Le spiritisme est en vogue à
la fin du xixe siècle dans le monde
capitaliste anglophone.
Chez tous les évolutionnistes
(matérialistes[24] ou non[25]), il n'y a pas de
sauts dialectiques ou de contradiction
entre la nature et la société. De ce point
de vue évolutionniste, c'est la loi naturelle,
donc la sélection naturelle, qui fait la loi
de l'évolution sociale. Quant à la vision
des matérialistes dialectiques[26], il existe
un saut dialectique entre la nature et la
société. Ainsi, bien que les sociétés
fassent partie de l'histoire de la nature, les
phénomènes sociologiques générés sont
en contradiction avec les phénomènes
naturels comme la sélection naturelle.
Patrick Tort parle d'effet réversif de
l'évolution dont le principe existe déjà chez
Darwin dans La Filiation de l'homme en
1871.
Dans les sociétés capitalistes et
communistes au xxe siècle
Dans les sociétés occidentales (surtout
d'obédience protestante), le darwinisme
est dominant aussi bien en science que
dans la politique sociale. Socialement et
politiquement, le darwinisme est soutenu
par la sphère sociale du pouvoir et des
puissants (ex. : fondation Rockfeller) à
travers le darwinisme social, l'amélioration
de la société par la sélection « naturelle »
selon les droits naturels des libéraux
comme Herbert Spencer et l'eugénisme,
une amélioration artificielle de l'individu
selon les néoconservateurs comme
Francis Galton. C'est ainsi que dans les
années 1930, l'URSS va rejeter la théorie
de l'hérédité, la génétique de Mendel et
les travaux de Morgan (cf. l'affaire
Lyssenko).
En France, le lamarckisme fut dominant
assez tardivement, même dans le
domaine scientifique. Le lamarkisme
social, l'hygiénisme et le pasteurisme (de
Pasteur) qui se sont développés à partir
des années 1880 dominent la politique
sociale même parmi les eugénistes
français. De manière globale, le
darwinisme dans la société française est
resté dans le cadre de la science.
L'exception est dans les années 1930 et
sous le gouvernement de Vichy quand les
eugénistes comme Alexis Carrel ont une
grande influence dans les milieux de
pouvoir.
Autres auteurs
En 1910, le sociologue Jacques Novicow
publie Le darwinisme social (éd. Alcan) qui
contient une critique du darwinisme au
plan biologique et une critique de l'usage
qui est fait du darwinisme dans la
sociologie.
Plus récemment, l'historien des sciences
André Pichot a consacré un chapitre entier
de son Histoire de la notion de vie (1993) à
une analyse très critique des thèses de
Darwin. Pichot est l'auteur de La société
pure : de Darwin à Hitler (2001) et de Aux
origines des théories raciales, de la Bible à
Darwin (2008), qui retracent l'origine des
idées eugénistes et racistes et montre en
quoi le darwinisme, en tant que corpus
soi-disant scientifique, a servi à justifier
certaines pratiques et idéologies. Pichot
est ainsi un des rares critiques du
darwinisme à ne pas se cantonner au seul
terrain scientifique, mais à réussir à
articuler en un tout cohérent la critique
épistémologique des théories dominantes
en biologie (hérédité, génétique,
darwinisme) avec la critique historique,
politique et sociale des idéologies qui les
ont en partie inspirées et qu'en retour elles
viennent conforter.
La notion d'idéologie scientifique a été
avancée par Georges Canguilhem dans
son ouvrage Idéologie et rationalité dans
l’histoire des sciences de la vie : Nouvelles
études d’histoire et de philosophie des
sciences (éd. Vrin, 1977). Certains auteurs
avancent l'idée que le darwinisme
répondrait à cette définition.
Critiques à caractère
scientifique
Pour le biologiste Jean Rostand, « le
monde postulé par le transformisme est
un monde féerique, fantasmagorique,
surréaliste. Le point capital, on y revient
toujours, est que nous n’avons jamais
assisté même en petit à un phénomène
authentique d’évolution ». Pourtant, « je
crois fermement — parce que je ne vois
pas le moyen de faire autrement — que les
mammifères sont venus des lézards et
les lézards des poissons, mais quand
j’affirme, quand je pense pareille chose,
j’essaie de ne point méconnaître quelle en
est l’indigeste énormité, et je préfère
laisser dans le vague l’origine de ces
scandaleuses métamorphoses que
d’ajouter à leur invraisemblance celle
d’une interprétation dérisoire »[27].
De la part de certains zoologistes,
éthologistes, paléontologues tels que
Rémy Chauvin, Pierre-Paul Grassé ou
Étienne Rabaud. [à développer]
Pierre-Paul Grassé a présenté ses
principaux arguments contre le
darwinisme, sans pour autant proposer
une théorie nouvelle, dans son ouvrage
L'évolution du vivant, matériaux pour une
nouvelle théorie transformiste (1973).
Contre l'idée selon laquelle l'évolution des
êtres vivants est le produit de la sélection
naturelle et des changements qui
surviennent dans l'environnement, il met
en avant les espèces panchroniques,
c'est-à-dire les espèces qui ont arrêté
d'évoluer à un moment donné et qui sont
restées à peu près telles quelles jusqu'à
nos jours malgré de grandes
modifications géologiques, climatiques,
etc. (il en donne de nombreux exemples
dans Les formes panchroniques et les
arrêts de l'évolution, p. 133). Ainsi,
l'évolution est pour lui un processus qui
n'est pas nécessaire, il ne s'effectue pas
sous la contrainte des forces physiques
extérieures à l'être vivant[28]. Pour
l'expliquer, il pense qu'il faut donner la
priorité à la dynamique interne propre aux
êtres vivants. À partir de là et de l'examen
des archives fossiles, il en conclut que
l'évolution est orientée (et non dirigée
comme l'avance l'orthogenèse, qu'il
critique) vers un accroissement de la
complexité des êtres vivants. Ainsi, Pierre-
Paul Grassé se situe sur le terrain du néo-
lamarckisme [réf. souhaitée].
Plus récemment, Gérard Nissim Amzallag
a émis des critiques d'ordre
épistémologique dans son ouvrage La
raison malmenée, critique des idées reçues
en biologie moderne, et d'ordre
scientifique dans son deuxième ouvrage
L'homme végétal, pour une autonomie du
vivant, qui s'oppose, à l'aide de nombreux
exemples, à l'idée selon laquelle les êtres
vivants sont comparables à des machines
et met en avant la notion d'autonomie du
vivant [réf. souhaitée].
Si au cours des dernières décennies,
certains auteurs avec une formation en
biologie ont pu produire des livres
critiquant Darwin, la biologie de l'évolution
et de la sélection naturelle ne sont pas
l'objet de controverses pour la majorité
des scientifiques, comme l'indique par
exemple le rapport de l'Académie des
sciences des États-Unis d'Amérique :
« Il n’y a pas de controverse
dans le monde scientifique
quant à la réalité de l’évolution
et de son déroulement. Bien au
contraire, les preuves en faveur
de « la descendance avec
modification », ainsi que la
dénommait Charles Darwin,
sont à la fois écrasantes et
confondantes. Au cours du
siècle et demi qui a suivi la
publication de l’ouvrage capital
de Darwin (« L’origine des
espèces », publié en 1859) les
chercheurs ont mis en lumière
de façon détaillée bien des
mécanismes qui sous-tendent la
variation biologique, l’hérédité
et la sélection naturelle, et ils
ont montré comment ces
mécanismes conduisent à un
changement biologique au
cours du temps. Compte tenu de
cet immense corpus de données
et de preuves, les savants
considèrent l’existence de
l’évolution comme l’un des faits
scientifiques les mieux
établis[29]. »
Chaînons manquants
Article détaillé : forme transitionnelle.
La théorie de l'évolution suppose qu'entre
les espèces vivantes, un grand nombre de
formes intermédiaires existèrent
autrefois, le processus de l'évolution étant
supposé très lent et progressif, ou
irrégulier selon les théories. On peut donc
s'attendre à en trouver la preuve sous la
forme de fossiles. [réf. souhaitée]
Les biologistes s'accordent sur le fait que
les fossiles retrouvés représentent une
part minuscule de ce qui a vécu sur Terre.
En effet, la fossilisation ne s'applique
quasiment pas aux corps mous, elle
n'intervient que dans des conditions très
spécifiques, puis les fossiles produits
doivent résister à l'érosion, ils doivent
ensuite être découverts. [réf. souhaitée]
S'il était effectivement difficile de trouver
des fossiles montrant les étapes de
l'évolution conformément à la théorie à
l'époque de Darwin, la biologie
contemporaine assure disposer de
nombreux exemples de fossiles
transitionnels, par exemple dans la lignée
humaine. Le domaine de ce qu'on appelle
l'EvoDevo (évolution et développement)
propose des éléments précis sur les
mécanismes d'apparitions de nouveaux
organes ou de nouvelles structures qui
engendrent de nouvelles espèces[30].
Certains biologistes comme David Raup
affirment que l'apparition de nouvelles
espèces est trop rapide pour laisser des
traces géologiques. Ce dernier a déploré
l'instrumentalisation de ses travaux par
certains mouvements créationnistes[31].
Or ce débat entre équilibre ponctué et
gradualisme est interne à la biologie de
l'évolution ; il ne remet pas en cause ses
principes mais cherche seulement à en
caractériser la dynamique à l'échelle des
temps géologiques. [réf. souhaitée]
Malgré cela, le manque de formes
intermédiaires dans des domaines précis
a été dès le début et reste un argument
employé par les détracteurs des théories
de l'évolution, confortés dans leurs
convictions par les aveux d’ardents
défenseurs de cette théorie tels le
paléontologue George Simpson, qui écrit :
« ... il n'en reste pas moins vrai, comme le
savent tous les paléontologues, que la
plupart des nouvelles espèces, des
nouveaux genres et des nouvelles
familles, et que presque tous les niveaux
supérieurs au rang de famille,
apparaissent soudainement dans les
relevés et ne sont pas précédés de
séquences transitoires graduelles et
continues[32]. » On peut aussi citer le
paléontologue et biologiste de l'évolution
Steven M. Stanley : « Le registre fossile
connu ne permet pas de documenter un
seul exemple d'évolution phylétique
accomplissant une transition
morphologique majeure[33]. »
Pour Wolfgang Smith, la microévolution
est un fait incontestable alors qu’aucune
preuve scientifique de macroévolution n’a
jamais été fournie, les soi-disant formes
transitionnelles n’étant nullement
transitionnelles[34]. Si la macroévolution
ou la spéciation était réelle, poursuit-il,
notre époque offrirait de nombreux
exemples de formes transitionnelles,
c’est-à-dire d’espèces vivantes présentant
des structures naissantes dans tous les
états d'achèvement, depuis des
excroissances méconnaissables jusqu'à
des formes développées, ce qui n'est pas
le cas[35]. Smith affirme que la science
pourrait facilement démontrer que les
formes transitionnelles n’ont jamais
existé[36]. Mais le mythe[37] perdure, car,
comme il l’explique, chez l’Occidental
devenu majoritairement rationaliste et
matérialiste, fermé à toute cause
transcendante et à toute possibilité de
connaissance du même ordre, la théorie
de l’évolution représente la seule
possibilité acceptable — avec ou sans
preuves[38].
Le problème du chaînon manquant de la
lignée humaine a longtemps été employé
contre la théorie de l'évolution. Depuis, de
nombreux hominidés ont été découverts,
au point que le problème est aujourd'hui
plus de déterminer lesquels appartiennent
à la supposée lignée humaine, ou à celles
d'autres primates vivants, et lesquels à
des lignées éteintes. [réf. souhaitée]
Néo-catastrophisme
Le catastrophisme est une théorie
scientifique qui a tenté de construire
rationnellement les croyances sur l'origine
du monde et sur l'évolution des espèces
en mettant en avant l'impact qu'auraient
eu des catastrophes de courte durée,
violentes et inhabituelles. Cette théorie a
été qualifiée ainsi au xixe siècle, en
réponse à l'uniformitarisme, qui postule
que les processus qui se sont exercés
dans un passé lointain s'exercent encore
de nos jours. [réf. souhaitée]
Depuis le début du xxie siècle le
catastrophisme quitte le domaine des
sciences biologiques et fait explicitement
l'objet de diverses théorisations tant sur le
plan social, philosophique[39], que
politique[40].
Selon Luis Walter Alvarez et son fils
Walter Alvarez, c'est l'impact d'une
météorite géante sur la Terre qui aurait
causé l'extinction massive du Crétacé-
Paléogène[N 1]. [réf. souhaitée]
Complexité irréductible
Article détaillé : complexité irréductible.
Henri Bergson s'oppose à Darwin sur un
point important : la réductibilité du
phénomène vivant à une explication
mécaniste, surtout pour des raisons
épistémologiques liées à la fonction de
notre intelligence ; celle-ci, dans une
perspective pragmatique, vise l'action et
constitue elle-même un outil d'adaptation.
Le modèle établi par Darwin, selon lui
conséquence de notre faculté de
connaître, resterait encore insuffisant et
exigerait une explication philosophique et
intuitive de l'évolution. L'existence même
d'une évolution n'est jamais remise en
cause par Bergson, ni d'ailleurs par Arthur
Koestler, mais tous deux insistent sur le
fait que si son rôle d'élimination est
indiscutable, son apport explicatif à des
successions d'innovations en cascade
reste problématique même sur les durées
considérées, essentiellement pour des
raisons de dilution de mutations qui,
isolées, resteraient sans effet [réf. souhaitée].
Plusieurs opposants à la théorie de
l'évolution darwinienne, notamment Henri
Bergson dans L'évolution créatrice, arguent
que certains organes, comme l'œil humain
(ou celui du homard) exigent un
agencement très précis et concourant de
différents éléments pour fonctionner
correctement. Ils ne pourraient donc être
le résultat d'une évolution progressive par
sélection naturelle : une ébauche d'œil ne
fonctionnerait pas et ne donnerait pas un
avantage sélectif significatif. Arthur
Koestler estime même, dans Janus, que
cette mutation inutile aurait de fortes
chances de se diluer et de disparaître bien
avant que les suivantes n'apparaissent
pour la compléter [réf. souhaitée].
Un organe photosensible même
élémentaire, capable par exemple de
distinguer simplement le jour de la nuit ou
le passage d'une ombre, d'un prédateur ou
d'une proie potentielle, procure un
avantage sélectif suffisant[41] pour qu'on
puisse envisager qu'il s'impose
rapidement. De là à obtenir un organe
beaucoup plus complexe tel que l'œil des
vertébrés, le nombre d'étapes est
considérable et demande une
coordination des modifications de
plusieurs organes adjacents, mais chaque
amélioration, selon les évolutionnistes,
accentuera l'avantage sélectif et devrait
finir par s'imposer [réf. souhaitée].
Certains travaux laissent entendre que
l'apparition d'un œil complexe peut être en
fait très rapide. En effet, Nilsson et Pelger
soutiennent en 1994 que, sous des
hypothèses particulièrement pessimistes,
400 000 générations suffisent à former un
œil camérulaire (comme celui des
vertébrés) selon les modèles prédits par
la théorie de l'évolution[42].
Le fait que la rétine des céphalopodes et
celle des vertébrés ne soit pas « montée »
dans le même sens montre que les yeux
de ces deux groupes ne sont pas
homologues et se seraient développés
par des voies différentes. Ce montage à
l'envers, considéré comme une
imperfection chez les vertébrés, est
présenté par Richard Dawkins[43] comme
une preuve de l'imperfection de l'œil des
vertébrés, et donc du fait que ce dernier
ne résulte pas de l'application d'un plan
préétabli mais au contraire d'adaptations
successives, comme un argument contre
le créationnisme et le dessein
intelligent [réf. souhaitée].
Critiques à caractère
religieux
Face au quasi-consensus scientifique
actuel, une bonne partie de l'humanité soit
conteste la théorie de l'évolution, soit
ignore son existence. Il s'agit en général
des populations traditionnelles ou
religieuses, tenantes de diverses formes
de créationnisme. Les raisons de cette
opposition sont les contradictions qu'elles
perçoivent entre les théories scientifiques
et leur interprétation des mythes
fondateurs ou des textes sacrés (comme
le Livre de la Genèse pour le judaïsme et
le christianisme), qui attribue à la volonté
divine la création du monde et de la vie,
ainsi que la place centrale que l'homme y
occupe. [réf. souhaitée]
Cette opposition n'est nullement unanime
parmi les religions. Le pape Jean-Paul II,
par exemple, a affirmé en 1996 que la
théorie de l'évolution était « plus qu'une
hypothèse » — excepté pour l’âme
humaine —[44], et le chef astronome du
Vatican, le révérend George Coyne, a
affirmé que le dessein intelligent « n'est
pas de la science, même s'il en a la
prétention[45]».
En science, une théorie est une explication
cohérente des phénomènes naturels
basée sur l'observation directe et
l'expérimentation. Les théories sont
logiques, prédictives et testables. Elles
sont ouvertes à la critique et lorsqu'elles
apparaissent erronées, elles sont
modifiables ou annulables. Sur la base de
cette définition, l'évolution est catégorisée
avec d'autres théories scientifiques telles
que les théories de la gravité ou la théorie
atomique, qui, comme l'évolution, sont
universellement acceptées par la grande
majorité des scientifiques. Contrairement
à l'évolution, le dessein intelligent et le
créationnisme ne sont pas de la science
parce qu'ils échouent à rencontrer les
exigences scientifiques essentielles et
nécessaires : ils ne sont pas fondés sur
l'observation directe ou l'expérimentation
pas plus qu'ils ne génèrent des
prédictions testables. Dès lors, pour les
scientifiques, offrir ces « croyances »
comme alternative à l'évolution ou leur
donner un temps égal dans les classes de
science minimise l'importance de la
science[46].
Créationnisme
Article détaillé : créationnisme.
Les tenants d'une vision religieuse ou
spirituelle généralement inspirée d'une
exégèse littérale des textes sacrés,
critiquent la théorie darwinienne. Ces
critiques ne sont pas scientifiques, elles
s'inscrivent plutôt dans le débat « raison
et foi » ou « science et religion ».
Dans le cadre de la réhabilitation de
Galilée par l’Église catholique (1992), le
pape Jean-Paul II déclara à l'encontre des
théologiens de l'époque : « Ainsi la
science nouvelle, avec ses méthodes et la
liberté de recherche qu'elle suppose,
obligeait les théologiens à s'interroger sur
leurs propres critères d'interprétation de
l'Écriture. La plupart n'ont pas su le
faire. » [réf. souhaitée] En 1996, il affirma que
« l'évolution est plus qu'une hypothèse »,
tout en soulignant que certains aspects
de cette théorie « qui, en fonction des
philosophies qui les inspirent, considèrent
l’esprit comme émergeant des forces de
la matière vivante ou comme un simple
épiphénomène de cette matière, sont
incompatibles avec la vérité de
l’homme »[47].
Dessein Intelligent
Article détaillé : dessein intelligent.
Vue postérieure de l'os sphénoïde.
Selon Anne Dambricourt Malassé et
Marie-Joseph Deshayes, le
fléchissement de l'os sphénoïde
dans le même sens depuis 60 millions
d'années a complètement orienté
l'évolution de l'Homme.
Le dessein intelligent (Intelligent Design en
anglais[48]) est la thèse selon laquelle
« certaines observations de l'Univers et du
monde du vivant sont mieux expliquées
par une cause intelligente que par des
processus aléatoires tels que la sélection
naturelle. »[49]. Cette thèse a été
développée par le Discovery Institute, un
cercle de réflexion conservateur chrétien
américain. Le dessein intelligent est
présenté comme une théorie scientifique
par ses promoteurs, mais dans le monde
scientifique, il est considéré comme
relevant de la pseudo-science, tant par
des arguments aussi bien internes à la
biologie (les promoteurs du dessein
intelligent apparaissant aux biologistes
comme ne tenant pas compte de
nombreuses observations)
qu'épistémologiques (en particulier le
critère de réfutabilité de Karl Popper).
[réf. souhaitée]
La plupart des commentateurs [évasif] y
voient une résurgence du créationnisme,
dissimulée sous une apparence de
scientificité, et les Américains [évasif] la
classent désormais dans les théories
néo-créationnistes, en particulier à la suite
de la publication du Wedge document (voir
objectifs et stratégie). D'un point de vue
idéologique, les deux thèses sont
apparentées (intervention d'une puissance
supérieure). [réf. souhaitée]
Critiques à caractère
métaphysique
Pour les métaphysiciens[N 2]
traditionalistes[N 3] comme René Guénon,
l’idée d’une évolution du genre humain à
partir d’une espèce infra-humaine n’a pu
se développer qu’en vertu d’une rationalité
qui conteste tout ce qui la dépasse,
— c’est-à-dire le surnaturel aussi bien
dans le macrocosme que dans le
microcosme —, et qui, selon eux, se
manifeste en particulier par les
philosophies modernes, dont la seule
certitude est le doute[50]. Dans ces
conditions, estime Titus Burckhardt, le
monde scientifique, majoritairement fermé
aux doctrines traditionnelles et à la
métaphysique, donc ignorant les degrés
de la réalité qui dépassent le plan formel,
n’avait d’autre choix que de se forger une
philosophie acceptable à son propre
entendement[51] et qui, malgré son
caractère hypothétique reconnu par une
partie des scientifiques eux-mêmes[52], a
été admise comme une évidence par la
majorité des Occidentaux et même par
une partie de l’Église catholique[53]. Selon
René Guénon, le plus ne peut surgir du
moins[54]. Pour les métaphysiciens
traditionalistes, une intelligence capable
de parler et de lire, de s’interroger sur sa
propre origine et sur sa destinée, capable
également de sens moral et de création
artistique, ne peut procéder d’une
conscience animale qui en est
incapable[55] ; sans parler de l’apparition
du règne animal lui-même[N 4].
Selon Frithjof Schuon :
« [L]'origine de la créature n'est
pas une substance du genre de
la matière, c'est un archétype
parfait et immatériel : parfait et
par conséquent sans nul besoin
d'évolution transformante ;
immatériel et par conséquent
ayant son origine dans l'Esprit
et non dans la matière. Certes,
il y a trajectoire ; celle-ci va,
non à partir d'une substance
inerte et inconsciente, mais à
partir de l'Esprit – matrice de
toutes les possibilités – au
résultat terrestre, la créature ;
résultat jailli de l'invisible à un
moment cyclique où le monde
physique était encore beaucoup
moins séparé du monde
psychique qu'aux périodes plus
tardives et plus
« durcissantes »[56]. »
« La réponse à l'évolutionnisme,
c'est la doctrine des archétypes
et des « idées », celles-ci
relevant de l'Être pur - ou de
l'Intellect divin - et ceux-là de la
substance primordiale dans
laquelle les archétypes
« s'incarnent » par une sorte de
réverbération[57]. »
Notes et références
Notes
1. Cette théorie explique à la fois la
disparition des dinosaures et
l'importante radiation évolutive des
oiseaux et des mammifères qu'a
connue la Terre il y a 65 Ma. Selon la
paléontologie moderne, chaque
extinction massive est de cette façon
suivie d'une radiation évolutive
importante. Tout cela, bien que
mettant en cause des catastrophes
suivies d'une multiplication
systématique de nouvelles formes
d'espèces, ne relève cependant pas
forcément de la théorie
catastrophiste, car les fondements du
catastrophisme s'opposent par
principe à ceux de la théorie de
l'évolution.
2. Selon René Guénon, la métaphysique
constitue une connaissance intuitive,
immédiate, s’opposant en cela à la
connaissance discursive et médiate
de l’ordre rationnel, donc de la
philosophie telle que l’entend
l’Occident moderne (Introduction
générale à l’étude des doctrines
hindoues, 1932, Chapitre « Pensée
métaphysique et pensée
philosophique », p.125 sqq.)
3. Le traditionaliste, tel qu'on l’entend ici,
est convaincu que la Vérité une,
d'origine divine, est la source
commune à toutes les grandes
révélations et que de ce fait toutes les
religions, malgré leurs différences
formelles, véhiculent en leur essence
la même Sagesse intemporelle (Harry
Oldmeadow, Frithjof Schuon and the
Perennial Philosophy, World Wisdom,
2010, p. 69,72 + René Guénon, Le
démiurge, La Gnose, 1909)
4. Titus Burckhardt, Science moderne et
sagesse traditionnelle, 1986, p. 66
sq. : « L'espèce (species), par rapport
aux individus qui dépendent d'elle, est
un archétype ; elle ne correspond pas
seulement à la circonscription
approximative d'un groupe donné,
mais elle constitue une unité à la fois
logique et ontologique, une forme
essentielle indivisible. C'est pourquoi
elle ne peut se « développer », au
sens où elle se transformerait
progressivement en une autre espèce,
même s'il est vrai qu'elle peut
englober des sous-espèces, qui
représentent autant de « reflets »
différents de la même forme
essentielle dont elles ne se
détacheront jamais, à la manière des
branches d'un arbre qui ne se
séparent pas du tronc. On a très
justement fait remarquer que toute la
théorie de l'évolution progressive des
espèces, inaugurée par Darwin,
reposait sur une confusion entre
l'espèce et la variante. En effet, on
interprète comme l'origine d'une
nouvelle espèce ce qui, en réalité,
n'est qu'une variante possible à
l'intérieur d'un type d'espèce donné. »
Références
1. Résumé de : LARGEAULT J.,
Réductionnisme et holisme,
Encyclopédia universalis, (2000) vol.
19, p. 523-527.
2. Platon, Apologie de Socrate, Criton,
Phédon, trad. M.-J. Moreau, ed.
Gallimard, Folio Essais, 1985.
3. Aristote, La Métaphysique, trad.
Annick Jaulin, PUF, 1999.
4. Jacques Monod, Le hasard et la
nécessité, éditions du Seuil, coll.
« Points », pp. 37-38.
5. Smuts, Jan. Holism and Evolution.
Londres: Macmillan & Co Ldt, 1926, p.
362.
6. Stephen Jay Gould, Darwin et les
grandes énigmes de la vie, éd Point,
1997, p225-228.
7. Karl Marx, Le Capital, Livre I, éd Puf,
Chap XII Division du Travail et
Manufacture, §2 Le travailleur Partiel
et son outil, p.384.
8. in Karl Marx, Le Capital, ed Folio essai,
Chap XIV La Manufacture, §II Le
travailleur parcellaire et son outil,
p.430.
9. Stephen Jay Gould, Cette vision de la
vie, éd du Seuil, 2004, p143-144.
10. Bernard Naccache, Marx, Engels et le
singe, L'Harmattan, 130p. 2000.
11. Patrick Tort in Pannekoek, Dawinisme
et Marxisme, éditions arkhé, 2012.
12. Herbert Spercer, autobiographie, PUF,
1987.
13. Patrick Tort, L'Effet Darwin. Sélection
naturelle et naissance de la
civilisation, Point, 2012 et Charles
Darwin, La Filiation de l’Homme et la
sélection liée au sexe, Genève,
éditions Slatkine, 2012, 820 p.
14. Guillaume Suing (2016). Evolution : La
preuve par Marx (p.56). Delga.
15. Guillaume Suing (2016). Evolution : La
preuve par Marx (p.54). Delga.
16. G. Plékhanov, Essai sur le
développement de la conception
moniste de l’histoire, 1895.
17. Karl Marx, Le Capital.
18. Lettre de Marx à Engels, 19 décembre
1860, Lettres sur les sciences de la
nature, éditions sociales : « « (…) c’est
dans ce livre que se trouve le
fondement historico-naturel de notre
conception. » »
19. "les nouvelles connaissances de
l'objet d'étude ne viennent pas
directement de l'observation, ni de
l'expérience (l'empirisme), mais des
jugements logiques dans le cadre
d'une théorie donnée ou nouvellement
développés" (in Foundations of the
logical theory of scientific knowledge
(Complex Logic), Alexandre Zinoviev,
éd. Reidel Publishing Company, 1973,
partie éditorial introduction, p. VIII
(citation de la partie Logical and
Physical implication, p.91 in Problems
of the Logic of Scientific Knowledge
(1964)).
20. F. Engels, Discours sur la tombe de
Marx, œuvres choisies tome 3 -
édition du progrès, 1976 : « (…) de
même que Darwin a découvert la loi
du développement de la nature
organique, de même Marx a
découvert la loi du développement de
l’histoire humaine (…) ».
21. Anton Pannekoek, Darwinisme et
Marxisme, les éditions arkhés, 256p.
2012.
22. cf Richard Dawkins, Le gène égoïste.
Remarque : le libre arbitre est récusé
par les matérialistes dialectiques.
23. Karl G. Marx (Pascal Charbonnat), Le
génie du sarkozysme (De l’absurdité
des concepts dominants), Éditions
Matériologiques, Chapitre : Concept
premier : le libre arbitre, p13-26, ,
2011.
24. Par exemple : Carl Vogt, Ludwig
Buchner, Vasile Conta, Richard
Dawkins...etc
25. Par exemple : Herbert Spencer,
Haeckel, Karl Popper, Hayek, E.O.
Wilson... etc.
26. Par exemple : Marx, Engels, Lafargue,
Guesdes, Pannekoek, Richard
Lewontin, Stephen Jay Gould... etc.
27. Jean Rostand, Le Figaro littéraire, 20
avril 1957
28. cf. La nécessité-utilité n'est pas le
primus movens de l'évolution
biologique, p. 302
29. National Academy of Sciences &
Institute of Médecine (USA), La
Science, l'Évolution et le
Créationnisme : un point de vue de
l'Académie Nationale des Sciences et
de l'Institut de Médecine des États-
Unis, 2010, 80 p. (lire en ligne (https://
[Link]/archivage
_site/activite/enseign/darwin_26011
[Link]) [archive]), p. 10
30. Vincent Homer, Évolution et
développement : Vers une nouvelle
synthèse ? ([Link]
[Link]/vol2/[Link]) [archive],
Université Paris IV, Sorbonne.
31. Alain Feuerbacher, Désaccords
d'Évolution ([Link]
[Link]/temp/tj/osarsif/[Link]
m) [archive]
32. G. G. Simpson, The Major Features of
Evolution, Columbia University Press,
New York, 1967, p. 360.
« It remains true, as every
paleontologist knows, that most
new species, genera, and
families, and that nearly all
categories above the level of
families, appear in the record
suddenly, and are not led up to by
gradual, completely continuous
transitional sequences. »
33. S. Stanley, Macroevolution, Freeman,
San Francisco, 1979, p. 39.
« The known fossil record fails to
document a single example of
phyletic evolution accomplishing
a major morphological
transition. »
34. Wolfgang Smith, Theistic Evolution:
The Teilhardian Heresy, Angelico
Press, New York, 2012, p. 5.
35. ibid., p. 7.
36. ibid., p. 8.
37. ibid., p. 227.
38. ibid., p. 144-145.
39. Pour un catastrophisme éclairé.
Quand l'impossible est certain de
Jean-Pierre Dupuy, Seuil, 2002.
40. Catastrophisme, administration du
désastre et soumission durable, de
René Riesel et Jaime Semprun,
Encyclopédie des Nuisances, 2008.
41. Dans certaines circonstances, comme
celles du Cambrien.
42. Nilsson & Pelger, A pessimistic
estimate of the time required for an
eye to [Link]. Biol. Sci .1994 Apr
22;256(1345):53-8.
43. Richard Dawkins, L'Horloger aveugle,
New York, Norton & Company, Inc,
1986, 345 p. (ISBN 978-0582446946)
44. Jean Paul II, « Message aux
participants à l'Assemblée plénière de
l'Académie pontificale des Sciences
(22 octobre 1996) » [1] ([Link]
[Link]/content/john-paul-ii/fr/mess
ages/pont_messages/1996/documen
ts/hf_jp-ii_mes_19961022_pont-acca
[Link]) [archive]
45. Vatican official: 'Intelligent design' isn't
science ([Link]
ews/religion/2005-11-18-vaticanastro
nomer_x.htm) [archive],
[Link], 18 novembre 2005.
46. « FASEB opposes using science
classes to teach intelligent design,
creationism, and other non-scientific
beliefs », The FASEB Journal,
2006;20:408-409, p. 408
47. Intervention du Pape Jean-Paul II
devant l'Académie pontificale des
sciences le 22 octobre 1996 ([Link]
[Link]/html/theories/jea
n_paul_evolution.html) [archive].
48. La traduction en français de design
par dessein est devenue usuelle dans
ce cadre. Une traduction par
conception serait plus exacte et
permettrait de traduire intelligent
designer par concepteur intelligent
plutôt que par cause intelligente.
49. Voir site du Discovery Institute, un des
promoteurs du Dessein Intelligent,
Questions About Intelligent Design (ht
tp://[Link]/csc/topQuesti
[Link]#questionsAboutIntelligentDe
sign) [archive]
50. René Guénon, La crise du monde
moderne, Paris, Éditions Gallimard,
2017, 192 p.
(ISBN 978-2-07-273261-4), p. 78sqq.
51. Titus Burckhardt, Science moderne et
sagesse traditionnelle, Milan, Archè,
1986, 160 p.
(ISBN 978-88-7252-118-2), p. 64.
52. Jean Rostand, « L'évolutionnisme »,
Le Figaro littéraire,20 avril 1957
53. Seyyed Hossein Nasr, La religion et
l’ordre de la nature, Paris, Éditions
Entrelacs, 2004, 434 p.
(ISBN 978-2-908606-15-7), p. 216,
220.
54. Jean-Marc Vivenza, Le dictionnaire de
René Guénon, Grenoble, Le Mercure
Dauphinois, 2002, 572 p.
(ISBN 978-2-913826-17-5), p. 211.
55. Michel Clermont, L’horizon divin,
Lachapelle-sous-Aubenas, Hozhoni,
2017, 332 p.
(ISBN 978-2-37241-043-4), p. 305.
56. Frithjof Schuon, Du divin à l’humain,
Paris, L’Harmattan, 2018, 156 p.
(ISBN 978-2-343-14889-2, lire en ligne
([Link]
oFxdDwAAQBAJ&printsec=frontcove
r) [archive]), p. 26.
57. Frithjof Schuon, Logique et
transcendance, Paris, Éditions
Traditionnelles, 1972, 295 p., p. 21.
Annexes
Bibliographie
Pierre-Paul Grassé, L'évolution du vivant,
matériaux pour une théorie
transformiste, Albin Michel, 1973.
Rémy Chauvin, Le darwinisme ou la fin
d’un mythe, du Rocher, 1997
Anne Dambricourt-Malassé, La Légende
maudite du vingtième siècle : L'erreur
darwinienne, Nuée Bleue, 2000
Stephen Jay Gould, Et Dieu dit : Que
Darwin soit ! : Science et religion, enfin la
paix ? , préface de Dominique Lecourt,
Seuil, 2000.
Dominique Lecourt, L’Amérique entre la
Bible et Darwin, suivi de Intelligent
design : science, morale et politique
(1992, 3e réed. Quadrige/PUF, 2007).
Georges Salet, Hasard et certitude : le
transformisme devant la biologie
actuelle, Éditions scientifiques St-Edme,
1972 - (rééd. augmentée tÉqui 2003)
Jean-Pierre Sonnet, « « De l'origine des
espèces »: Genèse 1 et la vocation
scientifique de l'homme », Nouvelle
Revue théologique, vol. 131, no 3,2009,
p. 529-545 (lire en ligne ([Link]
[Link]/it/articoli/de-l-origine-des-especes
-genese-1-et-la-vocation-scientifique-de
-l-homme-740) [archive])
Guillaume Suing, Évolution : La preuve
par Marx. Dépasser la légende noire de
Lyssenko, Paris, Delga, 2016, 219 p.
(ISBN 978-2-915854-93-0)
Thomas C. Durand (ill. Loki Jackal),
L'ironie de l'évolution, Paris, Seuil,
coll. « Science ouverte », février 2018,
247 p. (ISBN 978-2-02-131165-5)
(en) Theodosius Dobzhansky, « Nothing in
Biology Makes Sense Except in the
Light of Evolution », American Biology
Teacher, vol. 35, no 3,mars 1973,
p. 125-129
(JSTOR
4444260 ([Link]
) ; réédité par J. Peter Zetterberg (dir.),
Evolution versus Creationism, ORYX
Press, 1983.
Michael Denton, Évolution : une théorie
en crise, Flammarion, 1992.
Articles connexes
Créationnisme
Néocréationnisme
Dessein intelligent
Obscurantisme
Scientisme
Liens externes
Anton Pannekoek, Darwinisme et
marxisme, 1909 1er Partie ([Link]
[Link]/rint137/darwinisme_et
_marxisme_anton_pannekoek.htm
l) [archive] 2e Partie ([Link]
[Link]/rint138/darwinisme_et_mar
xisme_2_anton_pannekoek.htm
l) [archive].
Paul Lafargue, Le darwinisme sur la
scène française ([Link]
org/francais/lafargue/works/1890/00/
[Link]) [archive], Die Neue
Zeit, 1890, p. 184-189.
Dessein Intelligent - Intelligent Design
(Site Hominidé[Link]) ([Link]
[Link]/html/theories/dessein-intelli
[Link]) [archive]
Effervesciences (CINAPS Télévision) :
Darwin aujourd'hui (avec Guillaume
Lecointre) ([Link]
m/playlist/xo6mx_cinaps_effervescien
ces/video/x9z5o4_effervesciences-dar
win-aujourdhui-y_tech) [archive]
États-Unis: darwinisme ou "dessein
intelligent"? (Site de la BBC) ([Link]
[Link]/french/highlights/story/20
06/02/060226_dessein_intelligent.shtm
l) [archive]
Le darwinisme est parfois contesté dans
les salles de classe françaises (Site du
Centre Roger Ikor) ([Link]
[Link]/article.php3?id_article=65
1) [archive]
Les fondamentalistes chrétiens
américains contre Darwin ([Link]
[Link]/article.php3?id_article=90
3) [archive]
Les théories de l'évolution ([Link]
[Link]/sciences/sciences-du-viva
nt/article/les-theories-de-l-evolutio
n) [archive]
Le créationnisme est-il scientifiquement
recevable? ([Link]
nitschelm/[Link]
l) [archive] Irrecevabilité totale du
créationnisme au niveau scientifique
Portail origine et évolution du viva
Portail de l’histoire des sciences
Portail de la philosophie
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