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Olympe de Gouges : Réveillez-vous, Femmes !

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Texte 3 : extrait du postambule

Femme, réveille-toi ; le tocsin de la raison se fait entendre dans tout l’univers ; reconnais tes
droits. Le puissant empire de la nature n’est plus environné de préjugés, de fanatisme, de
superstition et de mensonge. Le flambeau de la vérité a dissipé tous les nuages de la sottise et
de l’usurpation. L’homme esclave a multiplié ses forces, a eu besoin de recourir aux tiennes
pour briser ses fers. Devenu libre, il est devenu injuste envers sa compagne. Ô femmes !
femmes, quand cesserez-vous d’être aveugles ? Quels sont les avantages que vous avez
recueillis dans la Révolution ? Un mépris plus marqué, un dédain plus signalé. Dans les
siècles de corruption vous n’avez régné que sur la faiblesse des hommes. Votre empire est
détruit ; que vous reste-t-il donc ? La conviction des injustices de l’homme. La réclamation de
votre patrimoine, fondée sur les sages décrets de la nature ; qu’auriez-vous à redouter pour
une si belle entreprise ? le bon mot du législateur des noces de Cana ? Craignez-vous que nos
législateurs français, correcteurs de cette morale, longtemps accrochée aux branches de la
politique, mais qui n’est plus de saison, ne vous répètent : femmes, qu’y a-t-il de commun
entre vous et nous ? Tout auriez-vous à répondre. S’ils s’obstinaient, dans leur faiblesse, à
mettre cette inconséquence en contradiction avec leur principe ; opposez courageusement la
force de la raison aux vaines prétentions de supériorité ; réunissez-vous sous les étendards de
la philosophie, déployez toute l’énergie de votre caractère, et vous verrez bientôt ces
orgueilleux, nos serviles adorateurs rampants à vos pieds, mais fiers de partager avec vous les
trésors de l’Etre-Suprême. Quelles que soient les barrières que l’on vous oppose, il est en
votre pouvoir de les affranchir ; vous n’avez qu’à le vouloir.
Texte 3 : extrait du postambule

Eléments pour l’introduction :


-Préciser le cadre historique et littéraire du texte
-Olympe de Gouges ajoute un postambule (note qui s’ajoute à la fin d’un texte) à sa
Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, comme si, après les articles de loi, elle
avait besoin de reprendre la parole pour fédérer les femmes autour de leur propre cause.
-Le passage est symétrique du bref discours qui accuse les hommes d’injustice et que l’autrice
a placé avant la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne. Après avoir engagé
fermement les hommes à comprendre la nécessité de reconnaître les droits de la femme, elle
préconise aussi que la femme prenne conscience de sa condition d’opprimée afin de se libérer
par elle-même.
-Problématiques possibles :
Comment Olympe de Gouges utilise-t-elle une stratégie argumentative visant à
convaincre les femmes de faire valoir leurs droits ?
Comment Olympe de Gouges fait-elle sortir les femmes du silence et de l’ombre pour
qu’elles entrent enfin dans la lumière ?

1) Mouvement 1 : lignes 1 à 6 : la philosophie des Lumières, source d’espoir


-lignes 1 à 2 :
- Le texte s’ouvre sur l’apostrophe « Femme », Olympe de Gouges utilise le singulier
en interpellant la femme et l’individualise pour donner de la vigueur à son adresse.
-L’autrice utilise des phrases de type impératif pour inciter les femmes à agir
« Femme, réveille-toi », « reconnais tes droits ». Le texte fait ici écho par sa tonalité
injonctive à l’accusation que l’autrice avait adressée aux hommes, car il cherche de la même
façon à capter l’attention du lecteur en l’apostrophant vivement.
-Olympe de Gouges, se positionne ainsi comme la voie de la raison et cherche à
provoquer une réaction chez ses interlocutrices, c’est-à-dire l’ensemble des femmes. Cette
idée est confirmée par le lien qu’elle fait entre ses idées et celles des Lumières, grâce à la
référence au « tocsin de la raison ». La métaphore sonore et l’allégorisation de la raison
sonnent ainsi le début d’une ère et révèlent un tournant, un appel à la conscience et à l’action.
- Le son de la justice, visible grâce à « tocsin » et « entendre » est présent partout
comme l’indique l’hyperbole « dans tout l’univers ». Olympe de Gouges fait ici l’éloge des
Lumières. L’hyperbole « dans tout l’univers » indique bien l’idée que la philosophie des
Lumières s’est retrouvée dans toute l’Europe où les valeurs de raison, de nature et d’égalité
étaient prônées.
-lignes 2 à 3 :
-La négation « n’est plus » marque une rupture totale avec l’Ancien Régime
-L’énumération « de préjugés, de fanatisme, de superstition et de mensonge » révèle le
champ lexical de la bêtise et de l’ignorance associé à cet Ancien Régime et qui s’oppose à la
« raison », caractéristique des Lumières..
-lignes 3-4 :
-Le champ lexical de la bêtise se poursuit ici avec « sottise et usurpation » : tous ces
termes définissant le monde auquel Olympe de Gouges veut tourner le dos.
-La métaphore filée de la connaissance et des Lumières se poursuit ici avec « Le
flambeau de la vérité » : l’autrice prolonge ici le motif, issu des Lumières de la dissipation des
préjugés et de l’accès à la vérité, en l’appliquant aux femmes. Elles doivent faire confiance à
leur raison pour sortir des ténèbres et améliorer leur condition

Dans les lignes 1 à 4 de nombreuses métaphores mettent en avant les valeurs des Lumières
que l’autrice met en valeur « le tocsin de la raison », « le flambeau de la vérité » qui s’oppose
aux « nuages de la sottise ». L’alliance de termes concrets « tocsin », « flambeau » « nuages »
et abstraits « raison », « vérité », « sottise » insiste sur cette idée. Différents sens sont
d’ailleurs en éveil comme la vue et l’ouïe. La philosophie des Lumières prend l’homme en
entier.
-lignes 4 à 5 :
-Le champ lexical de l’esclavage et de l’affranchissement est très présent dans les deux
phrases « l’homme esclave » « briser ses fers » « devenu libre ». (L’abolition de l’esclavage
est une cause pour laquelle Olympe de Gouges a lutté)
-La métaphore « briser ses fers » qui fait allusion à l’affranchissement du peuple grâce
à la Révolution, suggère que la liberté fraichement acquise ne concerne que les hommes, le
possessif « ses » désignant « l’homme esclave »
-De plus l’autrice rappelle que si les femmes n’avaient pas employé leur énergie à
aider les hommes, ces derniers n’auraient pas pu mener leur révolte. Elle fait ainsi allusion à
la part active des femmes dans la révolution, action dont les femmes ne sont pas payées en
retour. Ainsi son raisonnement dans ces deux phrases, fait d’asyndètes aboutit à une antithèse
insupportable pour elle : « devenu libre, il est devenu injuste » : enfin libéré, l’homme reste un
despote pour la femme.
-ligne 5-6 :
-« Ô femmes ! femmes» : l’apostrophe emphatique accompagnée du « Ô » vocatif
montre l’émotion de l’autrice lorsqu’elle s’adresse aux femmes. Le passage du singulier au
pluriel dans son adresse aux femmes, ainsi que la répétition du substantif « femme » révèle
une volonté de collectif, de solidarité entre les femmes.
-Cette apostrophe est accompagnée d’une interrogation, une question rhétorique
« quand cesserez-vous d’être aveugles ? », marquée par la tonalité épique. L’autrice sous-
entend que les femmes sont en partie responsables de leur sort, et les incite à davantage de
clairvoyance « aveugles ». Les femmes sont « aveugles » puisqu’elles laissent les hommes les
asservir. Leur passivité est implicitement soulignée. Cette référence à l’aveuglement est une
nouvelle fois liée à l’idéal des Lumières, l’objectif étant de sortir l’Homme de l’ignorance ( le
philosophe Dumarsais définit avec cette même métaphore du « flambeau » le rôle des
philosophes dans l’article de L’Encyclopédie les concernant « Les autres hommes sont
emportés par leurs passions, sans que leurs actions qu’ils font soient précédées de la
réflexion : ce sont des hommes qui marchent dans les ténèbres ; au lieu que le philosophe,
dans ses passions mêmes, n’agisse qu’après la réflexion ; il marche la nuit, mais il est précédé
d’un flambeau »). Ici Olympe de Gouges reprend la même idée mais pour pousser les femmes
à ouvrir les yeux, à voir la façon dont elles sont traitées.

Conclusion du mouvement 1 : l’ouverture du postambule se présente comme une vigoureuse


incitation à l’action dont la femme doit être l’actrice. Le style martial, les phrases lapidaires
donnent un caractère incisif à cette ouverture, destinée à produire un choc, un sursaut.

2) Mouvement 2 : lignes 6 à 14 : le constat d’une inégalité


-lignes 6 à 9 :
-Le 2ème mouvement est marqué par une succession de questions-réponses. Le discours
s’anime par un dialogue fictif entre l’autrice et les femmes à qui elle s’adresse.
-La question rhétorique qui inaugure le passage « Quels sont les avantages que vous
avez recueillis dans la Révolution ? » est en réalité l’affirmation d’une thèse ; les femmes
n’ont tiré aucun avantage de la révolution. Il y a un véritable effet de surprise dans ces lignes,
en effet Olympe de Gouges, critique la révolution et son effet sur les femmes. En effet les
conséquences de la révolution française ont amené à un comportement des hommes vis-à-vis
des femmes pire que dans l’Ancien Régime.
-Cette idée est mise en valeur par l’antithèse entre « avantages » et
« mépris »/ »dédain » : la connotation positive du terme « avantage » disparaît au profit de
termes péjoratifs qui soulignent la dépossession subie par les femmes.
-Dans les réponses aux deux questions des lignes 6 à 9, Olympe de Gouges fait ainsi le
constat de l’échec de la Révolution, en ce qui concerne le droit des femmes ; le changement
de régime leur a fait perdre le peu d’influence qu’elles avaient. L’injustice des hommes
s’impose alors. On observe ainsi le champ lexical de l’oppression « mépris » « corruption »
« détruit » « injustice ». La négation restrictive « ne… que » insiste sur l’idée que les femmes
n’ont aucun pouvoir sur les hommes.
-lignes 9 à 11 :
-« la réclamation de votre patrimoine » renvoie aux droits des femmes, à savoir au
statut égal avec le sexe masculin dont elles devraient bénéficier. Par le choix du terme
« patrimoine », qui fait référence à un ensemble de bien hérités collectivement, Olympe de
Gouges souligne que ces droits sont naturels. Cette idée est ainsi renforcée par l’expression
« sages décrets de la nature » qui confirme grâce à l’utilisation de l’adjectif « sages » que ces
droits sont naturels donc que les femmes peuvent y prétendre. Il s’agit encore d’une référence
aux Lumières car les droits de la nature se rattachent à cette philosophie.
-L’autrice fait référence aux noces de Cana dans une nouvelle question rhétorique « le
bon mot du législateur des noces de Cana ? », de manière ironique puisqu’elle détourne la
parole biblique pour souligner que s’il y a bien une différence entre les hommes et les
femmes, cette différence se fait en défaveur des femmes. La périphrase « du législateur des
noces de Cana » renvoie à la réponse que fait Jésus à Marie dans le célèbre épisode des Noces
de Cana. « Que me veux-tu femme ? » La traduction littérale, qui serait : « Femme, quoi, de
toi à moi ? » peut être reformulée d’autres manières, par exemple : « Femme, qu’attends-tu de
moi ? »
Elle critique ainsi les préceptes de la religion chrétienne, qui pourraient légitimer l’inégalité
des sexes et continuer à influencer la vie politique du pays, comme pendant l’Ancien régime.
-lignes 11 à 13 :
-La métaphore « morale longtemps accrochée aux branches de la politique » compare
la morale à un animal ou à une plante et confirme l’idée que l’autrice souhaite montrer la
persistance regrettable de cette « morale » biblique dans la politique.
-Dans ces lignes Olympe de Gouges donne la parole aux hommes, aux législateurs et
imagine un dialogue entre eux et les femmes « femmes, qu’y a-t-il de commun entre vous et
nous ? ». Ici Olympe de Gouges fait donc référence au fameux épisode des Noces de Cana,
lorsque Jésus demande à sa mère « qu’y a-t-il de commun entre vous et nous ? ». La réponse
très succincte mise en valeur par le pronom indéfini « tout » marque bien l’ironie de l’autrice.
Dans cette question que l’autrice imagine, les hommes encore une fois, opposent hommes et
femmes, à travers les deux pronoms personnels « entre vous et nous ». Olympe de Gouges
grâce au conditionnel présent souffle la réponse aux femmes « auriez-vous à répondre ».

Conclusion du mouvement 2 : par un dialogue fictif, Olympe de Gouges tente de


détruire progressivement, les réticences des femmes à regarder leur sort en face ainsi que les
usurpations dont elles ont été les victimes.

3) Mouvement 3 : lignes 14 à 20 : des revendications placées sous le signe de la raison


-lignes 14 à 19 :
Le troisième mouvement apparait comme un écho au premier, ils forment un cycle puisque
Olympe y valorise la raison et l’importance de la philosophie des Lumières. Les références
aux Lumières sont donc proches dans les deux mouvements et encadrent le deuxième mettant
en valeur l’inégalité hommes-femmes. La philosophie des Lumières et la croyance en une
raison permettra de lutter contre ces inégalités.
-« S’ils s’obstinaient, dans leur faiblesse, à mettre cette inconséquence en
contradiction avec leur principe » : la proposition subordonnée circonstancielle d’hypothèse
permet à l’autrice de prévoir les obstacles que les hommes pourraient élever face à la
démarche des femmes pour affermir et renforcer leur détermination.
-Face à l’opposition des hommes, elle conseille les femmes sur la marche à suivre pour
affirmer leurs droits : utilisation de l’impératif présent et du rythme ternaire « opposez »
« réunissez-vous » « déployez ». Les trois propositions juxtaposées formant une gradation,
semblent mimer l’amplification du mouvement des femmes pour réclamer leurs droits.
-Olympe de Gouges incite les femmes à défendre leurs droits mais en faisant appel à la
« raison » et à la « philosophie ». Elle joue ainsi sur l’alliance antithétique de termes
intellectuels ou moraux et de termes guerriers ou concrets « force de la raison » « étendards de
la philosophie » « énergie de votre caractère » /
-Dans ces lignes, les femmes sont désignées comme des combattantes face aux
ennemis que sont les hommes. On observe ainsi le champ lexical de la guerre, avec dans le
camp masculin un vocabulaire péjoratif : la « faiblesse », « de vaines prétentions », « serviles
adorateurs rampant » alors qu’il est mélioratif du côté féminin « la
force » « courageusement » « l’énergie ». Ce lexique de la guerre rappelle le registre épique,
propre à exalter les prouesses de héros mais ici de la femme.
-De plus l’utilisation du futur de certitude « vous verrez », lié à l’adverbe de temps
« bientôt » montre la certitude que ressent l’autrice quant à la victoire des femmes face aux
hommes.
-La périphrase « L’Être Suprême » qui désigne Dieu permet de montrer qu’un jour les
hommes et les femmes seront égaux face aux créations divines.

-lignes 19-20 :
-La dernière phrase de l’extrait commence par une proposition circonstancielle de
concession montrant comment les femmes doivent lutter contre les obstacles qu’elles
rencontrent d’où le champ lexical de l’opposition « barrières » « oppose » « affranchir ».
-Cette phrase insiste sur le pouvoir d’émancipation des femmes, l’autrice leur adresse
un message fort d’encouragement et d’espoir. Elle souligne que par leur volonté et leur
courage, les citoyennes sont aptes à vaincre les « barrières » des préjugés et des inégalités
sociales. Le parallèle entre le verbe « pouvoir » et « vouloir » ainsi que la tournure
impersonnelle « il est en votre pouvoir » fait des femmes des êtres de raison et de caractère.
La négation restrictive « ne…que » ne leur laisse pas d’autre choix que d’obtenir l’égalité.

Conclusion du mouvement 3 : Olympe de Gouges s’adresse ici en cheffe de guerre


aux femmes qu’elle dépeint en combattante des Lumières devant lutter sans peur avec les
ressources de leur esprit pour obtenir l’égalité.
Conclusion : Insister sur l’idée que l’autrice veut pousser les femmes à l’émancipation, elles
sont les premières à pouvoir se libérer du joug des hommes, elles y parviendront grâce à la
philosophie des Lumières.
Faire le lien avec une citation de La Boétie (Discours de la servitude volontaire 1576) :
« Et de tant d’indignités vous pourriez vous délivrer si vous essayiez, même pas de
vous délivrer, seulement de le vouloir. Soyez résolus à ne plus servir, et vous voilà libres. »

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