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Rapportdesoutenance

Rapport de soutenance

Transféré par

Diarra Issouf Karamoko
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Rapport de soutenance

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Rapport sur la soutenance de thèse de Valérie Golaz

« Croissance démographique, pression foncière et diversification économique :


une analyse biographique des stratégies de survie à Magenche
(Gucha District, Kenya)

La soutenance débute à 15 heures sous la présidence de Jacques Vallin, qui indique que Jacques
Charmes s’excuse de ne peut pas pouvoir participer à ce jury, mais qu’il a transmis un avis écrit, qui
sera lu en séance. La parole est donnée pour commencer à Valérie Golaz.
La candidate fournit une vue d’ensemble parfaitement structurée de son travail. A son origine se
trouvent les fortes densités de population du pays Gusii, qui fait partie des zones rurales les plus
densément peuplées d’Afrique. Contrairement à d’autres régions semblables du Kenya, cette
population garde une faible propension à émigrer. En d’autres termes on peut se demander ce qui
retient les Gusii et pourquoi la pression foncière croissante n’a pas entraîné une baisse de la fécondité
précoce dans cette région du Kenya. Ces deux questions en entraînent une troisième : comment la
population rurale survit-elle dans ces conditions? Ces enjeux sont d’autant plus importants que les
stratégies adoptées en pays gusii pourraient éclairer d’autres populations soumises à des contraintes
similaires et menacées par l’exode rural. Ces questions l’ont amenée à se pencher sur les relations
entre démographie et économie en milieu rural africain. Il s’agit ici de saisir les mutations profondes
de la société, en ce qui concerne la nuptialité, la fécondité, la mortalité, les migrations, l’accès à la
terre, les activités agricoles et non agricoles, et de mesurer l’influence de chacun de ces phénomènes
sur les autres, à l’échelle de l’individu.
Volontairement micro-locale, pour permettre une analyse fine de l’interaction entre les décisions
prises et les événements vécus par les individus, cette étude est représentative de la région de
Magenche, petite division administrative située au sud du pays Gusii, à la frontière de l’ancienne
réserve Maasai. Cette zone d’étude a été choisie parce qu’elle représente un cas extrême de densité,
une population entièrement rurale; il n’y a pas d’axe routier praticable toute l’année et la région est de
ce fait coupée de façon cyclique du réseau goudronné qui relie la plupart des grandes villes du Kenya.
Pour cette raison, aucune entreprise importante n’y est actuellement implantée.
Devant l’inexistence de sources adéquates, l’étude nécessitait la création de données. Elle a ainsi
réalisé en 1997-1998 une enquête auprès de 615 ménages et individus, ainsi que des entretiens
approfondis auprès de catégories spécifiques de la population. Le recueil individuel a été de type
biographique et concernait quatre aspects de la vie des enquêtés : les trajectoires migratoires, les
trajectoires professionnelles, les événements qui marquent la vie familiale et les différentes étapes de
l’accès à la terre. Ces données ont été analysées en utilisant l’analyse des biographies, qui permet une
mesure des interactions entre événements, sans sortir ceux-ci de leur contexte, et de l’hétérogénéité de
la population étudiée vis-à-vis des phénomènes considérés. Il ne peut être question dans cette courte
présentation de donner le détail de l’analyse très poussée qui a pu être menée à partir de cette enquête.
La candidate donne l’exemple de l’effet du niveau scolaire sur le placement d’un enfant (pages 412-
416), qui montre la finesse d’une telle approche.
Cette analyse permet de répondre aux questions initiales de façon détaillée, tout en ouvrant sur des
questions plus générales, car son travail est présenté comme exploratoire. Elle indique les diverses
approches qu’elle n’a pas abordées (étude de l’entourage, étude multiniveau) et va rendre ses données
accessibles à d’autres chercheurs sous forme d’un CD-Rom.
La parole est maintenant donnée à Philippe Antoine, rapporteur. Il indique que la thèse de Valérie
Golaz est très dense, et qu’elle montre bien l’évolution et la dégradation des conditions de survie
d’une population d’un district rural au Kenya. Sa problématique est claire: les problèmes liés à la
densification progressive touchent-ils tous les ménages ? quelle est l’évolution des rôles féminins et
masculins ? quelles sont les stratégies de survie adoptées par les individus et les ménages ? Elle
souligne les difficultés du terrain, fait des réflexions très personnelles qui traduisent bien des

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difficultés et les dangers inhérents aux enquêtes. Elle présente enfin les méthodes d’analyse des
biographies utilisées, dont elle a une bonne maîtrise. A la lecture de cette partie, le rapporteur fait le
constat que les leçons tirées de l’expérience sont souvent toujours les mêmes et que les erreurs se
répètent. Il existe un aspect « cuisine » dans le travail d’enquête qui n’est exposé dans un aucun
manuel et dont la transmission serait bien utile pour les jeunes chercheurs. Par contre il est frappé par
la franchise du ton de l’auteur ; elle ne cache pas les problèmes rencontrés, elle met le doigt sur les
réponses mensongères et elle soulève les problèmes politiques générés par les autorités. Deux regrets
toutefois : le premier concerne la longueur de l’exposé de ces deux premiers chapitres, car à la page
240 elle n’a toujours pas abordé le cœur de la thèse; le second porte sur l’exposé trop concis de la
problématique en seulement 4 pages (p.126 à 129).
Elle aborde ensuite l'imbrication entre mariage et compensation matrimoniale, et l'accès au foncier
pour les femmes, avec une vue malheureusement incomplète de l’évolution de la polygamie. La
compensation matrimoniale est versée de plus en plus tardivement (sauf pour les femmes les plus
instruites ou issues de familles plus aisées). Ce paiement différé de la dot est-il la traduction d'une
dégradation générale des conditions économiques ou marque-t-il la disparition progressive d'une
coutume ? Le recul du mariage coutumier rend plus précaire la situation des femmes, surtout pour
l'accès à la terre. Pour la fécondité et la mortalité, elle constate une baisse importante de la fécondité
alors que mortalité est en hausse sensible. Elle montre bien que c'est la scolarisation qui joue un rôle
important dans le recul de l'âge à la première naissance. Bien plus de jeunes filles durant les années 90
ont un enfant dans la dernière année de scolarité mais cette grossesse n’est pas cause d'interruption de
scolarité. Il n’est cependant pas entièrement convaincu par la démonstration, qui manque
d’informations sur la durée de la scolarisation. Pour les intervalles entre naissances il n’est pas
d'accord avec le commentaire de la figure 4.21 (p. 345) : l’âge médian est bien plus tardif pour les
personnes nées après 1968 et la valeur du troisième quartile est très différente (elle passe de 2.5 ans à
presque 4 ans selon la génération). Il regrette aussi que la fécondité ne soit pas étudiée en tenant
compte de la biographie matrimoniale. L'analyse des facteurs de la mortalité infantile et juvénile est
assez fouillée. Dans l’étude du confiage des enfants revenus à Magenche, la démonstration que les
garçons sont confiés en vue de la scolarisation et les filles comme aide domestique ne lui paraît pas
toujours convaincante. Cela relève plus d’hypothèses, que du résultat de l’analyse, surtout pour les
filles. L’étude des migrations est aussi moins convaincante que les précédentes, car l’on ne travaille
que sur les migrants de retour. Le ralentissement très net des migrations de ces dernières années
apparaît clairement, attribué aux conflits ethniques.
Dans la région de Magenche, il y a un morcellement des parcelles : les jeunes générations accèdent
plus précocement à la terre que leurs aînés et cela de plus en plus jeunes, mais sur des parcelles de
plus en plus petites. Quel est le sort des pères qui partagent leur terre plus tôt ? Le commentaire page
516 de la figure 6.22 ne correspond pas au graphique attenant. Elle présente une analyse originale de
l’accès à la terre maasaï par les Gusii : ce sont les ménages les moins dotés en terre qui louent le plus
en pays Maasai. Il serait utile de rapprocher les tableaux 6.32 p 528 et 6.41 p 539. En effet le risque
d'arrêter rapidement la location de terres en pays maasai s'accroît nettement d'une génération à l'autre
alors que la propension à louer ne diffère pas d’une génération à l’autre. Les risques courus sont plus
grands, mais la location continue au même rythme. Il a trouvé très astucieux le calcul simple d'un taux
de dépendance des terres maasai de la page 542 à la page 549. La présentation de la diversification des
sources de revenus par la diversification des cultures ou la pluri-activité informelle est intéressante et
les analyses de risques montrent bien l'accélération de l'entrée dans le secteur informel pour les jeunes
générations, en particulier féminines. Pourquoi ne teste-t-on pas l’entrée des femmes en union et la
descendance ? Pourquoi ne pas prendre en compte dans ces modèles le nombre d’enfants voire le
nombre d’enfants scolarisés ? Les migrants de retour participent au dynamisme économique. Est-ce
qu'ils investissent le fruit de leur travail hors de Magenche? Est-ce qu'ils ont acquis un savoir-faire ?
Est-ce qu'ils ont eu de nouvelles idées d'activité ?
Le travail est excellent, les analyses démographiques très fouillées, originales et rigoureuses et le
travail fourmille de petites « astuces ». Un petit regret parfois : il manque d’analyses descriptives. Par
exemple l’auteur ne donne aucun repère pour apprécier la progression de la scolarisation et du niveau
d’instruction, alors que ces variables interviennent tout au cours de l’analyse. La rigueur de l’analyse

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parfois trop systématique rend la lecture moins aisée : certaines analyses auraient pu figurer en
annexes. La conclusion est par contre limpide et montre bien l’intensification des problèmes
rencontrés dans cette région, et les stratégies déployées par les populations.
La parole est ensuite donnée à Christian Thibon, rapporteur. Il indique que le texte présenté par
Valérie Golaz se compose de trois parties « réelles », soit un total de sept chapitres bien équilibrés. La
première partie sous la forme d’une grande introduction traite du cadre de l’étude, de ses spécificités
naturelles, démographiques, économiques et historiques, et des raisons du choix de Magenche, zone
historique d’expansion périphérique de peuplement au contact des sociétés voisines Maasai, Luo et
Kuria. L’intérêt d’une telle étude régionale résonne des interrogations générales concernant la
population du Kenya et d’autres régions africaines, qui portent sur les voies de sortie de la « trappe
malthusienne » des régions de fortes densités. Ces questions concernent le problème foncier, le
recours au secteur informel, la régulation démographique dans un contexte de violences accrues
politiques et intercommunautaires, internes. Dans un terrain au demeurant difficile voire dangereux,
ce qui est un des mérites de cette recherche, elle affine l’analyse en abordant plus particulièrement les
problèmes liés à la densification des peuplements et les stratégies de survie des ménages et des
individus. Cette descente au cœur du quotidien et du vécu donne à l’étude une profondeur d’analyse
qui restitue la complexité des évolutions, bien au-delà des généralisations ou des certitudes qu’une
telle problématique suscite bien souvent. La recherche a exploité et expérimenté les ressorts d’une
enquête ménages et biographies, qui fait l’objet d’une présentation conséquente, à la fois rigoureuse et
critique sur les différents temps de la définition, de la collecte, de la saisie et de l’analyse des données.
Bien que longue, cette partie aurait dû comporter certaines informations sur le contexte historique et
sur les cycles familiaux (reproduction et coutume dite traditionnel). La deuxième partie (chapitres III,
IV, V) traite plus particulièrement des phénomènes démographiques, des modifications récentes du
régime démographique. L’intérêt d’une telle étude de démographie régionale, voire sous régionale,
réside dans l’éclairage de certains aspects de la transition démographique par l’examen des
biographies. Elle dégage les traits d’une modernisation démographique conflictuelle qui alimente une
violence du bas entre aînés/cadets/benjamins, entre homme et femme, entre ménages. La troisième
partie (chapitres VI, VII) aborde l’impact des dynamiques démographiques sur la question foncière au
travers des limites rencontrées, tant foncières, démographiques que politiques dans les pratiques, voire
les stratégies d’accès au foncier (achat et location hors du territoire de Magenche) . Les réponses
apportées à une telle dynamique, en partie bloquée, sont présentées sous les formes classiques de
l’intensification, de la diversification culturale, du développement de l’informel examinées avec des
approches différenciées selon des variables souvent ignorées (sexe, années de naissance…), mais aussi
sous des formes plus originales en relation avec des activités illégales, autant conjoncturelles que
structurelles. Il manque cependant une vision globale des différences démo-économiques entre
familles riches et pauvres : l’approche valorisant les trajectoires individuelles aurait-elle gommé cette
mesure ?
La conclusion propose une lecture de la crise socio économique qui renouvelle l’étude par le bas en
valorisant l’échelle des individus et des ménages, l’approche des stratégies de survie : elle s’interroge
sur les changements radicaux, dans un contexte qui rappelle, peut-être, un scénario pré colonial et
termine sur une réflexion inspirée par l’équation densité et violence. Elle met en évidence le blocage
d’un système de peuplement à l’instigation des familles dans un cadre frontalier devenu conflictuel.
Ceci mériterait cependant une interprétation comparative plus conséquente, une mise en perspectives
compte tenu des travaux régionaux, pourtant connus comme le signale la bibliographie. Il en est de
même de l’importance de la parenté, un sujet plusieurs fois abordé et suggéré, comme des relations
familiales et des structures ménagères qui composent des variables, certes difficilement mesurables
par les méthodes utilisées, mais cependant prégnantes dans une société où la richesse demeure de
nature familiale. A ce sujet, les travaux de [Link], en Afrique de [Link] et en Tanzanie de
l’école scandinave (historique et sociodémographique) méritaient d’être exploités. Cette conclusion
modeste (au regard des données avancées) qui témoigne d’une prudence scientifique inspirée par les
limites rencontrées, n’enlève rien à l’intérêt de ce travail, par ailleurs fort bien rédigé et présenté, qui
témoigne d’une connaissance approfondie du terrain étudié, manifestement vécue de l’intérieur.
Toutefois on peut regretter certaines lourdeurs de style, ponctuelles (l’abus d’usage du terme de

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risque..) ou associées à des développements qui se contentent de décrire les tableaux, la quasi-absence
de notes infrapaginales souvent nécessaires pour préciser des définitions.
Bien au-delà du cas régional présenté, cette étude est une contribution pertinente dans la connaissance
des stratégies de survie, des comportements démo-économiques en situation de crise ; elle participe à
une réflexion expérimentale concernant des méthodologies, à ce jour plutôt mises en œuvre dans
l’étude des faits urbains et des migrations. On peut regretter parfois la fixation sur une telle méthode
qui a incité à négliger d’autres approches plus descriptives, y compris l’observation qui comme en
témoignent les quelques photographies présentées apparaît pertinentes. Mais c’est une force du travail
présenté que d’inciter à de tels débats, en partie soulevés lors de la soutenance.
La parole est ensuite donnée à André Quesnel. Il commence par féliciter Valérie Golaz, en indiquant
les points les plus remarquables de sa thèse : elle s’est donné l’objectif d’aborder le devenir d’une
société rurale à travers son système démo-économique, pris dans toutes ses dimensions, et l’analyse
par le biais des stratégies individuelles de survie ; elle a mis au centre de son travail la question
foncière, autour de laquelle s’articulent les trajectoires de vie des membre de cette société gusii, qui
connaît une accélération de la densification de la population ou une rétraction de l’espace foncier (due
à l’impossibilité d’aller cultiver les terres maasai) ; elle mis en œuvre une collecte et une analyse
biographique très fouillées et très pertinentes de la nuptialité, de la fécondité, de la mobilité, et
foncière, lorsque que l’on sait la difficulté en Afrique de l’identification et de la datation des
événements démographiques ; les données utilisées sont toujours soumises à l’opération « critique des
données ». Les résultats sont rassemblés dans une conclusion extrêmement claire, qui ouvre avec
lucidité de nouvelles pistes de recherche. Elle livre des apports très importants sur bien des aspects
des relations entre la dynamique démographique et la dynamique économique des ménages ruraux
dans un milieu contraignant de l’Afrique. Les observations qu’il apporte par la suite servent à faciliter
la poursuite du débat qu’elle a contribué à alimenter.
Ainsi peut-il regretter tout d’abord l’organisation de cette thèse : l’introduction et les deux premiers
chapitres n’aident guère à bien cerner la problématique, sinon en termes très généraux. Il est alors
dommage que celle-ci et les éléments de réponse ne soient proposés qu’au fil de l’analyse de chacune
des variables considérées. Certaines parties de la méthodologie (chapitre 2) auraient d’ailleurs pu être
renvoyées en annexe. De même, dans chacun des chapitres suivants, avant de se lancer directement
dans l’analyse des biographies, il aurait été intéressant d’avoir des tableaux de situation et de
distribution au moment de l’enquête de diverses variables, afin d’aider le lecteur à ne pas perdre de
vue la dimension du phénomène analysé. Par contre, la pertinence avec laquelle ont été construites et
utilisées des variables qui auraient pu être rejetées comme de mauvaise qualité, est remarquable : ainsi
le fait qu’une grande proportion de personnes ignore son clan d’appartenance, est une donnée
hautement signifiante qui a été très judicieusement réintégrée dans l’analyse. Ce travail contribue tout
particulièrement à la compréhension des processus d’accession à la ressource foncière. Pour les
hommes, il démontre clairement, que l’union s’impose comme le vecteur d’accès à une terre, exigeant
de leur père une partition chaque fois plus rapide du patrimoine foncier et entraînant ainsi un
morcellement croissant de celui-ci. En montrant que les plus pauvres, les moins instruits, exigent plus
que d’autres cette partition, et s’empressent dès qu’ils le peuvent de régler la compensation
matrimoniale pour assurer leur légitimité sur la terre, il souligne bien que la terre est aujourd’hui un
enjeu fondamental dans cette situation de fermeture de la frontière avec le pays maasai voisin et de
conflits subséquents. On voit bien que ces changements de temporalité d’accès à certains statuts
exigent de nouvelles adaptations au niveau du système de cultures et du système d’exploitation
familiale. Mais on ne perçoit pas bien comment est organisée la division du travail, la mobilisation de
la main d’œuvre infantile selon les cultures. Il aurait été utile de mieux réintroduire cette dimension
familiale, d’autant que l’unité collective de collecte et de référence est une unité ménagère autour d’un
même patrimoine foncier. Cela devrait conduire , lors des travaux ultérieurs, à mettre en œuvre une
analyse multiniveau.
Les résultats auxquels aboutissent les chapitres 3 et 6 sur les statuts des individus dans leur unité
domestique et leur conditions d’accès au foncier, soulignent bien les stratégies de ces individus en
relation les uns aux autres et posent la problématique des relations intra-générationnelles et
intergénérationnelles autour de la ressource foncière du ménage. Ainsi une attention particulière est

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portée au benjamin, qui semble par une union plus précoce exiger un partage du patrimoine foncier du
père. Il aurait aimé trouver ici une prise en compte de la dimension de la fratrie. Par ailleurs, on
perçoit que c’est encore autour du paiement ou non, différé ou non, de la compensation matrimoniale
par les individus eux mêmes que se redéfinissent les relations intergénérationnelles et les stratégies
des individus. Enfin le processus de location de terre en pays maasai et l’identification des différents
ménages qui s’y sont investis est très finement analysée, dégageant ainsi les raisons pour lesquelles
seuls les ménages gusii présentant le plus faible ou le plus important patrimoine foncier prennent le
risque d’une location en pays maasai, même en période de conflit ouvert.
De la même façon, elle aborde avec les outils de la démographie les aspects agricoles (mise en
plantation de thé ou de café des terres disponibles) comme les aspects politiques de la transformation
de cet espace rural. Par exemple elle souligne bien que cette société Gusii a toujours fonctionné par
extension d’un front pionnier ou de sa frontière agricole chez les Massai et que la fermeture provoque
l’émergence de nouveaux acteurs qui s’impliquent dans les activités illégales ; elle fournit ainsi de
nombreux éléments pour venir étayer la réflexion autour de ce que Kopytoff (1987, The African
Frontier : The Reproduction of Traditional African Societies, Indiana University Press) appelle « les
institutions de la frontière » qui gèrent voire génèrent à leur profit des conflits autour de cette
« frontière ».
Jacques Charmes n’ayant pu être présent à la soutenance, son avis sur cette thèse, lu par Daniel
Courgeau, est résumé ici. Il indique d’abord combien cette thèse de Valérie Golaz est remarquable à
plus d’un égard : outre le fait qu’il s’agit d’une monographie de grande qualité sur les Gusii du
Kenya, elle est aussi une démonstration – en des termes qu’il est rare de rencontrer – de l’efficacité et
de la pertinence de méthodes d’analyse qu’il est devenu trop fréquent d’utiliser de manière ésotérique,
auto-démonstratives et anti-pédagogiques exclusives de toute confrontation avec les statistiques
descriptives ou les analyses qualitatives ou socio-anthropologiques correspondantes. De ce point de
vue, la thèse maintient jusqu’au bout un parfait équilibre entre la démarche monographique explorant
l’ensemble des aspects de la société Gusii, et une démarche méthodologique testant variables
explicatives et modèles afin d’en montrer la valeur heuristique ou au contraire le caractère trompeur
des résultats apparents. Tout cela en faisant preuve de qualités didactiques et d’expression faisant
appel au raisonnement et à la logique du lecteur sans faire l’hypothèse que celui-ci est censé, par
définition, connaître a priori les méthodes utilisées et les hypothèses qui les sous-tendent.
Les qualités formelles de la thèse présentée sont le résultat et la preuve d’une démarche scientifique
rigoureuse, précise et reproductible. Les hypothèses et les résultats successifs sont toujours clairement
et simplement énoncés, puis repris, discutés et complétés tout au long d’une présentation que des
synthèses régulières et concises viennent renforcer et qui évitent que l’on perde le fil du discours et de
la démonstration. Le résultat final en est que derrière les spécificités du cas présenté, transparaissent
les possibilités de généralisation ou d’énonciation de règles (pour ne pas dire de lois) plus générales
de fonctionnement des sociétés. Mais l’auteur est suffisamment modeste et prudente pour ne pas les
proposer, mais en susciter la suggestion par la simple lecture de ses conclusions qui restent toujours
concrètes et précises. Enfin, le travail présenté est aussi le résultat d’une enquête de terrain et d’une
collecte de données originales dans un milieu particulièrement difficile et au cours d’une période
agitée par des conflits inter-ethniques. Ce contexte et les conditions de la collecte sont régulièrement
rappelés afin d’expliquer certaines caractéristiques de l’analyse et certains biais pouvant avoir eu un
effet sur les variables collectées. Surtout, les analyses effectuées et les résultats obtenus sont aussi
utilisés dans une perspective d’amélioration des instruments de collecte et d’analyse.
Ses remarques se limitent à quelques points. Tout d’abord, il lui semble que le passage sur le manque
de coopération de l’organisme statistique national (le CBS, pp. 138 et 139), opposé à la bonne volonté
de l’administration locale, n’a pas lieu d’être, même si la candidate l’a ressenti comme tel, pour les
raisons suivantes : il est normal que le CBS ait refusé de communiquer la liste exhaustive des
ménages de la région d’enquête, qui plus est accompagnée des caractéristiques individuelles, telles
que celles collectées lors du recensement de la population de 1989. Et il eût été anormal qu’une telle
communication ait été réalisée puisque les données individuelles sont couvertes par le secret
statistique. Même si l’accès aux micro-données a eu tendance à se développer au cours des années
récentes, il est loin d’être généralisé et suppose en tous cas leur « anonymisation », ce qui n’était

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certainement pas possible sur des données de la décennie 1980. Egalement l’utilisation des listes
censitaires en vue du tirage d’un échantillon suppose, pour les mêmes raisons, que l’on demande à
l’organisme statistique de tirer lui-même l’échantillon. A 8 ans de distance, un tel tirage n’a que peu
d’intérêt et il est vrai qu’une telle utilisation se limite en général au 1 er degré d’un sondage aréolaire
qui est ensuite suivi par un nouveau dénombrement des ménages sur les aires sélectionnées. Dans le
cas présent, le dénombrement de l’ensemble des ménages sur la zone d’étude s’imposait et la
demande au CBS visait donc simplement la comparaison de données individuelles, ce qui n’était pas
possible. Cependant la critique du recensement de 1989, effectuée par ailleurs, semble convaincante.
La discussion sur le concept de « ménage » (pp. 134-138) aurait mérité de faire référence aux
réflexions de J. M. Gastellu et de G. Ancey (dans le cadre des travaux du groupe AMIRA de l’INSEE,
1970), et aussi aux définitions proposées par les recommandations en matière de recensements de
population formulées par la Division de la Population des Nations Unies. Enfin, parmi les sources
statistiques en référence (pp. 160-163), il pense qu’il aurait sans doute été utile de citer un certain
nombre de rapports du CBS de Nairobi, dont il donne une liste détaillée.
Sans préjuger des discussions que pourra avoir le jury au moment de la soutenance et après avoir
entendu la candidate, il lui semble que cette thèse mérite amplement la mention « Très honorable,
avec félicitations ».
La parole est ensuite donnée à Daniel Courgeau, directeur de thèse. Il montre ici l’aptitude à la
recherche en sciences humaines, les capacités d’analyse et l’importance du travail réalisé, qui
apparaissent très clairement dans le cheminement suivi tout au long de cette thèse par Valérie Golaz :
elle dresse d’abord une vue détaillée et passionnante du cadre dans lequel la thèse se situe, en faisant
preuve d’une connaissance étendue de l’histoire et de la géographie du Kenya, ainsi que de la
littérature couvrant le sujet ; elle indique ensuite très clairement ses questions de recherche, pose sa
problématique et justifie le choix des outils d’enquête et d’analyse utilisés par la suite ; elle développe
ensuite un questionnaire biographique original, capable de fournir les réponses pertinentes à ces
questions, en particulier sur les dynamiques foncières, sans équivalent dans la littérature
biographique ; elle réalise l’enquête sur le terrain, en tirant son propre échantillon, à partir d’une liste
de ménages élaborée pour l’enquête par l’administration locale et les « anciens » de la commune, en
dirigeant une équipe d’enquêteurs et d’interprètes locaux ; elle saisit les données de cette enquête de
façon à ce que le fichier élaboré soit facile à utiliser, tout en gardant toute la richesse de l’information
collectée ; elle analyse ce fichier à l’aide des techniques les plus pertinentes pour son propos, en
particulier l’analyse biographique dont elle a parfaitement assimilé la philosophie et toutes les
possibilités qu’elle offrait ; les résultats très précieux, qui en sont tirés, ont déjà été détaillés par
d’autres membres du jury et constituent l’essentiel des résultats de cette thèse ; elle tire d’une façon
très claire les conclusions de ce travail et cherche à les rendre les plus générales possibles et à les
relier entre elles ; ces conclusions fournissent de façon exemplaire une synthèse des résultats très
détaillés de cette analyse.
Il a pu suivre de façon continue, depuis son début, ce travail, et peut dire que l’auteur s’est
parfaitement attachée à suivre ce cheminement, parfois très difficile à maintenir, du fait des difficultés
du terrain, de la lourdeur du travail et des embûches de l’analyse: il tient à la féliciter d’avoir
surmonté ces embûches avec succès et d’indiquer les risques de biais dans l’analyse qu’elles peuvent
entraîner. Il précise les discussions sur les divers problèmes rencontrés tout au long de cette thèse :
celles sur la nécessité de consulter des spécialistes de divers champs situés hors de la démographie ou
ayant travaillé plus précisément sur le Kenya, pour assurer plus fermement certains des résultats ;
celles sur les dimensions et la localisation de la zone d’étude, en tenant compte des possibilités en
temps, en énergie et en moyens financiers ; celles sur les questions pertinentes à poser, en s’appuyant
sur les nombreuses enquêtes biographiques déjà réalisées dans les pays en développement, comme
celle de Dakar et Pikine (Antoine et Bocquier) ou celles de Colombie (Dureau et Florez) ; celles sur
les méthodes d’analyse biographique pertinentes à utiliser lorsque le temps est mesuré de façon
originale, par exemple par le nombre de naissances pour l’étude de l’utilisation de la contraception.
Ces discussions toujours très enrichissantes ont permis à l’auteur d’en tenir compte dans tous les
choix et décisions finalement prises. L’interprétation des résultats de l’analyse est toujours tentée avec
les précautions nécessaires et les arguments appropriés.

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Il indique ensuite les quelques points critiquables qui restent encore dans ce travail. Il y a très peu de
fautes d’orthographe et de grammaire, et la légende d’une photo est erronée. Il regrette également,
dans l’analyse très intéressante faite de la contraception selon le rang de naissance antérieur (pages
355 à 365), que l’auteur n’ait pas essayé d’y introduire la conjoncture. Cela aurait bien entendu
nécessité une nouvelle formulation des données, mais celle-ci était, lui semble-t-il, réalisable. Il relève
enfin que la figure 6-22 page 516 ne correspond pas du tout au commentaire, comme l’indiquait
Philippe Antoine : en se reportant à une version antérieure de la thèse, il constate que cette figure y
était parfaitement cohérente, cette fois-ci, avec le texte. La seule raison de cette incohérence semble
dès lors parvenir d’une maladresse dans l’impression de la thèse, et non d’un raisonnement incorrect.
Ces critiques sont mineures, devant le travail du plus grand intérêt qui a été réalisé. Cette thèse
constitue une contribution tout à fait pertinente à l’analyse des stratégies de survie d’une population,
qui se trouve dans des conditions extrêmes de densification et de pression foncière. Elle montre tout
l’apport qu’une analyse biographique peut fournir pour révéler la structure aussi bien institutionnelle
qu’informelle du système observé. Elle permet d’explorer, découvrir et vérifier les interconnexions
entre faits individuels et sociaux et les processus plus généraux étudiés par les anthropologues. Elle a
parfaitement réussi à partir de son travail micro-démographique à apporter des éléments de
compréhension de la société gusii en général et même d’autres peuples vivant dans des conditions
similaires.
Jacques Vallin prend enfin la parole pour dire la qualité remarquable de ce travail, par bien des aspects
hors norme, qui a été déjà longuement discuté par les différents membres du jury, le courage de
l’auteur pour avoir réalisé son enquête dans un milieu difficile en économie de guerre, et par ailleurs
la clarté d’écriture de cette thèse. Il regrette quelques anglicismes dans le texte, éducation au lieu
d’instruction par exemple, mais ceux-ci sont rares. Il est d’accord avec certains membres du jury pour
dire que l’introduction aurait dû présenter de façon explicite et détaillée les questions, aux quelles la
conclusion apporte une réponse si claire. Il pose la question de savoir si l’analyse des biographies
devait être utilisée de façon aussi exclusive qu’ici, ou si d’autres formes d’analyse n’avaient pas
également place dans ce travail.
Valérie Golaz répond de façon détaillée aux diverses questions posées par les membres du jury : elle
apporte des réponses à certains problèmes soulevés, souvent liés à l’enquête, qui, bien que déjà très
lourde, n’a pas pu aborder tous les points d’intérêt en particulier parce qu’elle ne fournit la biographie
détaillée que d’un seul membre du ménage; elle indique qu’elle va utiliser par la suite les méthodes
multiniveau, après avoir suivi le stage Ined à venir sur ce thème, ainsi que d’autres approches; elle
donne la suite des travaux qu’elle va réaliser sur cette enquête et qui permettront de répondre de façon
plus précise à certaines de ces questions (projet de travailler sur un ouvrage collectif sur les difficultés
de terrain, sur la pertinence du lignage comme outil d’analyse, etc.); elle indique enfin qu’il serait
utile de poursuivre cette enquête par d’autres, en pays gusii pour réaliser une véritable enquête sur la
famille, dans le reste du Kenya avec Philippe Bocquier, par exemple, pour les questions sur les
émigrants du pays gusii, et dans d’autres régions semblables d’Afrique, pour tester et généraliser ses
résultats. Les membres du jury se déclarent pleinement satisfaits de ces réponses.
La soutenance se termine à 17 heures 30. Après une brève délibération, le jury confère à Valérie Golaz
le grade de docteur de l’Institut d’Études Politiques de Paris, en démographie économique, avec la
mention « Très honorable, avec les félicitations du jury à l’unanimité ». Il propose en outre son travail
pour une subvention pour publication.

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