COURS DE DROIT CIVIL 1
Droit de la personne et de la
famille
Première partie
Les personnes
Dans le langage juridique, le mot ‘’personne’’ désigne tous les êtres qui sont titulaires de droit
et sujets d’obligation, c’est-à-dire qui sont susceptibles d’assumer des obligations. Ce terme
‘’personne’’ est synonyme de sujet de droit. Les personnes sont donc les seuls sujets de droit. Il
existe En Droit deux catégories de personnes. Elles ont en commun la qualité de sujet de droit et
sont les acteurs de la vie juridique ; ce sont les personnes physiques, et les personnes morales.
Droit des personnes et de la famille
Titre I
Les personnes physiques
La personne physique est saisie par Le Droit dans les différentes étapes de sa vie : ainsi Le
Droit s’occupe de l’existence de la personne physique dès sa naissance (parfois avant même
sa naissance) et ce, jusqu’à sa mort considérée comme la fin de la personnalité juridique
(Chapitre 1er).
Ensuite, Le Droit prévoit des droits subjectifs attachés à la personne (Chapitre 2), en
s’intéressant également à l’individualisation de la personne physique (Chapitre 3). Enfin, il
fixe les règles relatives à sa capacité (Chapitre 4).
Le commencement et l’extinction de la personnalité juridique 31
Droit des personnes et de la famille
Les personnes physiques 31
Chapitre 1er- Le commencement et l’extinction de la personnalité juridique
Tout être humain à la personnalité juridique ; mais à quel moment commence la personnalité
juridique et quand prend-elle fin?
La personnalité juridique s’acquiert avec la naissance et prend fin avec la mort.
Section 1- Le commencement de la personnalité juridique
Selon le principe, la personnalité juridique commence avec la naissance.
Mais dans certains cas, pour lui reconnaître par anticipation la personnalité juridique, Le Droit
assimile à l’enfant déjà né, un enfant qui est encore dans le ventre de sa mère au moment où un
droit naît à son profit, c’est-à-dire à l’instant où il est pour lui question d’acquérir un droit :
c’est l’exception au principe.
Paragraphe 1er- Le principe : la personnalité commence avec la naissance
La naissance est la condition qui permet à l’enfant d’avoir la personnalité juridique, et d’être
titulaire de droit. Elle est ainsi le point de départ de la personnalité juridique, de la participation
de l’enfant à la vie juridique. Autrement dit, selon ce principe, ce n’est que lorsqu’il est sorti du
ventre de sa mère que l’enfant peut acquérir un droit à savoir : hériter d’un bien en cas de décès
de son père ou sa mère ; recevoir un bien, par exemple une maison, par donation…etc.
A l’inverse, selon toujours ce principe, l’enfant qui n’est pas encore né n’a pas la personnalité ; il
n’est donc pas apte à être titulaire d’un droit, en particulier succéder.
Ce principe a ainsi pour inconvénient d’exclure de la succession de son père, un enfant que
porte une femme dont le mari décède pendant la période de grossesse ; car cet enfant ne figure
pas parmi ceux qui sont nés au moment du décès du père, c’est-à-dire au moment où on cherche
à savoir qui a la qualité d’héritier du père décédé. En application donc de ce principe, cet enfant
n’étant pas né, n’a pas la personnalité juridique; il ne peut donc bénéficier de la succession de
son défunt père.
Pour remédier à cette injustice, ce principe selon lequel la personnalité commence à la naissance
est frappé d’une exception.
Droit des personnes et de la famille
Le commencement et l’extinction de la personnalité juridique 33
Droit des personnes et de la famille
Paragraphe 2- L’exception : la reconnaissance de la personnalité à l’enfant simplement
conçu
Par exception, on assimile la conception de l’enfant à la naissance de celui-ci ; autrement dit,
on considère la conception de l’enfant comme équivalant à la naissance de celui-ci, lorsque
son intérêt l’exige.
Cette règle exceptionnelle a pour fondement juridique un adage romain qui s’énonce dans les
termes suivants: « Infans conceptus pro nato habetur quoties de commodis ejus agitur »1 ;
ce qui signifie : l’enfant conçu est considéré comme né chaque fois qu’il y va de son intérêt.
L’enfant étant encore dans le ventre de sa mère, il n’est pas né à l’instant où son père vient de
mourir ; néanmoins, on le considère comme né parce qu’à la date du décès de son père, à cette
date où on essaie de déterminer et rassembler les héritiers, son intérêt l’exige.
A- Les fondements textuels de l’exception en Droit ivoirien
Deux textes de loi contiennent les éléments indicateurs de la règle ‘’infans conceptus’’ en droit
ivoirien : il s’agit de la loi relative aux successions et celle relative aux donations entre vifs et
aux testaments.
Selon l’article 7 de la loi n° 2019-573 du 26 juin 2019 relative aux successions: « Pour
succéder, il faut exister à l’instant de la succession.
Sont donc incapables de succéder :
1° - Celui qui n’est pas encore conçu ;
2° - L’enfant qui n’est pas né vivant. »
Il résulte de ces dispositions que celui qui est simplement conçu, étant considéré comme né, est
doté ipso facto de la personnalité depuis le ventre de sa mère.
B- Les conditions d’application de l’exception
Pour être assimilé par anticipation à l’enfant déjà né, l’enfant doit être conçu (1ère condition).
1 Serge Guinchard et Thierry Debard, Lexique des termes juridiques, 23 ème édition 2015-2016, Editions DALLOZ. N.B. Il est
vivement recommandé aux étudia nts de se munir de cet ouvrage dès les premiers jours de leur entrée en faculté de droit.
commencement et
Le l’extinction de la personnalité juridique 34
Droit des personnes et de la famille
Il faut, ensuite, que soit constaté un intérêt, droit né au profit de l’enfant conçu (2ème condition).
Toutefois, ce droit qui lui sera attribué par anticipation ne peut être effectif que si l’enfant, le
moment venu, naît vivant (3ème condition).
1- L’attribution anticipée de la personnalité juridique est liée à la conception
La loi, principalement dans le cadre de l’attribution de la paternité légit ime, indique que si le
mari démontre que pendant une période qui court du 300 ème au 180ème jour avant la naissance de
l’enfant, il était dans l’impossibilité physique de cohabiter (autrement dit d’avoir des rapports
intimes) avec sa femme, il peut désavouer l’enfant né de celle-ci (article 4.1° de la loi n°
2019571 du 26 juin 2019 relative à la filiation).
Ce temps qui court du 300ème au 180ème jour avant la naissance de l’enfant est appelé ‘’la période
légale de conception’’. Autrement dit, ce sont les relations intimes entretenues pendant cette
période, par l’homme avec sa femme, qui ont eu pour résultat la conception de l’enfant. Si le
mari était, pendant cette période, dans l’incapacité d’entretenir de tels rapports, alors il n’est pas
le père de l’enfant.
La date de sa conception va être ainsi placée, située, par les défenseurs de l’intérêt de l’enfant
(en particulier sa mère) entre le 300 ème et le 180ème jour qui précède sa naissance, en démontrant
que pendant cette période son père était en relations constantes avec sa mère ; il est donc
l’auteur de la conception.
Ou, à l’inverse, ce sont les adversaires de l’enfant qui, pour le priver par exemple du droit
d’hériter ou de bénéficier d’une donation, vont démontrer que pendant cette période, son
supposé père n’ayant eu aucun contact avec elle, n’a pu entretenir des rapports intimes avec sa
mère ; il n’est donc pas l’auteur de la conception.
Ainsi, pour déterminer la période légale de conception (période pendant laquelle l’enfant est
supposé conçu), le législateur part d’une date de repère : la date de naissance de l’enfant. Il
s’agit donc de compter les jours un à un, en partant du jour de la naissance qui est la date de
référence mais est exclu du décompte, étant observé que selon la loi, les jours pris en compte
sont ceux situés «avant (la date de) la naissance de cet enfant » (article 4.1° de la loi n° 2019-
571 du 26 juin 2019 relative à la filiation).
Le commencement et l’extinction de la personnalité juridique 35
Droit des personnes et de la famille
Il faut d’abord fixer la date qui correspond au 180ème jour avant la naissance, puis ensuite
trouver celle qui correspond au 300ème jour avant la naissance.
La période légale de conception permet également de déclarer irrecevable l’action en recherche
de paternité hors mariage exercée par la mère contre le père d’un enfant naturel (article 24.1°,
2°, 4° de la loi n° 2019-571 du 26 juin 2019 relative à la filiation).
Exemple : Calculons la période légale de conception d’un enfant né le 30 mai 2008 dont le père
est décédé le 18 novembre 2007.
l’extinction de la personnalité juridique 36
Droit des personnes et de la famille
Le commencement et
Le commencement et l’extinction de la personnalité juridique 37
Droit des personnes et de la famille
Ce sont les rapports sexuels entretenus par les deux époux entre le 4 août 2007 et le 2 décembre
2007 qui ont donné lieu à la conception de cet enfant né le 30 mai 2008.
Le père est décédé le 18 novembre 2007 ; la période légale de conception (réelle) s’étend donc
du 4 août 2007 au 17 novembre 2007.
2- L’intérêt de l’enfant
La personnalité juridique est reconnue à l’enfant conçu chaque fois qu’il sera pour lui question
d’acquérir un droit, un avantage: un legs ou une donation selon la loi. Mais cette règle est
étendue à tous les cas d’acquisition d’un avantage par l’enfant simplement conçu : tel est le cas
de l’indemnité d’une assurance-vie contractée par le père au profit des enfants; ou encore d’une
somme d’argent versée aux enfants d’un travailleur décédé des suites d’un accident de travail.
Ainsi, par fiction juridique, le législateur assimile l’enfant conçu à un enfant déjà né afin de lui
permettre de bénéficier d’un droit.
Il importe de préciser que la règle est inventée par les juristes pour permettre à l’enfant
d’acquérir des droits, donc bénéficier d’avantages matériels ou moraux, et non pour supporter
des obligations ou subir les défaveurs, les inconvénients du Droit.
3- L’enfant doit naître vivant
Le droit dont bénéficie l’enfant du seul fait de sa conception ne sera effectif que si, au moment
où la grossesse sera arrivée à maturité (à terme), ce dernier naît vivant. Cette condition signifie
que l’enfant qui naît vivant, verra se confirmer la personnalité juridique à lui accordée par
anticipation à l’instant du décès du père ; il pourra, par voie de conséquence, devenir
effectivement propriétaire du bien objet du partage de la succession, de la donation ou du legs
qui lui a été attribué dès sa conception.
En revanche, l’enfant qui ne naît pas vivant n’aura jamais eu la personnalité ; il sera dépouillé
du droit qui lui a été préalablement reconnu du fait de sa conception.
Mais alors que faut-il entendre par naître vivant?
Est né vivant, l’enfant qui a respiré après l’accouchement. La respiration après l’accouchement
est donc le critère de la vie. L’enfant qui ne respire pas après l’accouchement est un ‘’mort-
né’’; il est mort dans le sein (le ventre) de sa mère avant d’être expulsé ; celui-ci n’étant pas né
vivant, il n’acquiert pas la personnalité juridique.
commencement et l’extinction de la personnalité juridique 38
Droit des personnes et de la famille
Le
Il importe de signaler que selon l’ancienne loi de 1964, aujourd’hui abrogée par la loi de 2019,
l’enfant doit non seulement naître vivant, mais en outre il doit naître viable.
La question se posait alors de savoir ce que signifie naître viable.
Est né viable, l’enfant qui naît avec les organes essentiels à la vie, suffisamment constitués
pour lui permettre de vivre.
Aujourd’hui, l’article 7 de la loi n° 2019-573 du 26 juin 2019 relative aux successions a
supprimé la condition relative à la viabilité ; ce texte précise : « Pour succéder, il faut exister à
l’instant de la succession.
Sont donc incapables de succéder :
1° - Celui qui n’est pas encore conçu ;
2° - L’enfant qui n’est pas né vivant. »
Le commencement et
Droit des personnes et de la famille
Section 2- La fin de la personnalité juridique
Deux cas nous intéressent ici : le décès et les situations d’incertitude sur la fin de la
personnalité
Sous-section 1- La mort : point d’effacement de la personnalité juridique
La mort, c’est l’arrêt des fonctions vitales de la personne avec présence de corps.
La personnalité juridique supposant la vie cesse avec la mort. Le terme de la personnalité
juridique coïncide exactement avec le terme naturel de la vie humaine.
Mais le droit, tout en privant le défunt de personnalité, admet que sa volonté puisse produire
effet après sa mort ; il accorde une valeur juridique au testament qui, selon nous, et ce,
contrairement à certaines opinions2, ne traduit nullement un prolongement de la personnalité
juridique.
Par ailleurs, le cadavre qui n’a pas de personnalité est tout de même une chose digne de respect.
Ainsi une autopsie ne peut être pratiquée sur le corps d’un mort sans l’autorisation de ses
parents.
Sous-section 2 - L’incertitude sur la fin de la personnalité juridique
Certaines situations existent, auxquelles le droit attache des conséquences juridiques ; celles-
ci se traduisent par une incertitude sur la vie d’une personne : Il s’agit de l’absence et de la
disparition.
Paragraphe 1- L’absence
La nouvelle loi n° 2018-862 du 19 novembre 2018 relative à l’état civil (article 70) apporte
deux innovations au régime juridique de l’absence :
1- le jugement déclaratif d’absence emporte désormais la dissolution du mariage de l’absent ;
l’extinction de la personnalité juridique 40
Droit des personnes et de la famille
ASSI-ESSO Anne-Marie Hortense, Précis de droit civil ivoirien, Les personnes – La famille, LDI 1ère édition 1997 N° 39, Brou Kouakou
23
Mathurin, Droit civil, Droit des personnes et de la famille éditions ABC p.24
Le commencement et l’extinction de la personnalité juridique 38
Droit des personnes et de la famille
2- l’absent peut être judiciairement déclaré décédé dix ans à compter de la date de ses dernières
nouvelles.
Les dispositions du code civil en la matière n’ayant pas été modifiées par les réformes de 2018-
2019, celles-ci continuent de régir la situation d’absence.
* Définition.
En droit, l’absence est la situation d’une personne qui a cessé de paraître au lieu de son
domicile ou de sa résidence sans laisser de nouvelles, et dont on ignore si elle est encore en vie
ou décédée (article 115 du code civil).
La lecture des dispositions en la matière révèle que la loi organise le régime juridique de
l’absence autour de deux grands axes : la présomption d’absence et la déclaration d’absence. Ce
qui met en évidence l’existence de deux périodes : la période qui précède le jugement déclaratif
d’absence et celle qui lui est postérieure. Enfin, la loi fixe les règles relatives à la fin de
l’absence.
A- La présomption d’absence
C’est la situation de l’individu pendant la période antérieure à la déclaration d’absence.
Ce temps qui précède la déclaration d’absence, et qui court à partir de la date des dernières
nouvelles de l’individu, est appelé la période de la présomption d’absence.
Au cours de cette période dont la durée mérite d’être connue, des précautions sont prises par la
loi pour protéger les intérêts de l’individu présumé absent.
1- La durée de la période de la présomption d’absence
Selon l’article115 du code civil, lorsque la personne a quitté son lieu de vie, et que pendant
quatre ans on n’a pas eu de ses nouvelles, son absence peut être déclarée. Cela signifie que les
personnes qui entendent obtenir la déclaration d’absence du présumé absent, doivent, avant de
saisir le tribunal, observer un délai de 4 ans au moins, à dater des dernières nouvelles de celui-
ci. Ce délai est de 10 ans si le présumé absent, avant son départ, a désigné un ma ndataire pour
gérer ses biens (article 121 du code civil).
Droit des personnes et de la famille
Une fois saisi, le juge qui reçoit la demande de déclaration d’absence dispose d’un délai d’un an
pour faire réaliser une enquête (article 119 du code civil) sur laquelle il va s’appuyer pour rendre sa
décision.
Le commencement et l’extinction de la personnalité juridique 39
2- La protection des intérêts du présumé absent
Deux dispositions sont ici prises par la loi
a- L’administration judiciaire des biens du présumé absent
Pendant la période de la présomption d’absence, les biens du présumé absent peuvent être
exposés au risque de dispersion, de dilapidation. Aussi, la loi prévoit-elle (article 112 du code
civil) qu’en cas de ‘’nécessité de pourvoir à l’administration de tout ou partie des biens lais sés
par une personne présumée absente’’, le tribunal pourra nommer un administrateur judiciaire
pour les gérer.
L’administrateur judiciaire peut être choisi par le juge parmi les membres de la famille du
présumé absent, comme il peut s’agir d’une personne étrangère à ladite famille. En toute
hypothèse, ne peut être désignée par le juge en qualité d’administrateur judiciaire qu’une
personne de bonne moralité, capable de gérer les biens du présumé absent en bon père de
famille.
b- La représentation du présumé absent dans les partages
Lorsqu’une succession (un héritage) est ouverte pendant la période de présomption d’absence,
le tribunal, à la requête de la partie la plus diligente, pourra commettre un notaire pour y
représenter le présumé absent. Il en va de même dans tous les inventaires, comptes, partages et
liquidations dans lesquels le présumé absent est intéressé (Article 113 du code civil).
Il importe, sur ce point, de préciser qu’au sens de l’article 136 du code civil, lorsqu’une
succession (un héritage) est ouverte, à laquelle le présumé absent ou l’absent doit prendre part,
« elle sera dévolue exclusivement à ceux avec lesquels il aurait eu le droit de concourir, ou à
ceux qui l’auraient recueillie à son défaut ». Ce qui signifie que les cohéritiers, notamment les
frères et sœurs de l’absent, ont le droit de se partager à eux seuls cet héritage sans ternir compte
de l’absent ; quitte à ce dernier, lors d’un éventuel retour, d’exercer une action en pétition
d’hérédité (action en réclamation de sa part d’héritage) contre les copartageants, pour se voir
restituer la part qui lui revient dans la succession concernée (article 137 du code civil).
Droit des personnes et de la famille
Le commencement et l’extinction de la personnalité juridique 40
B- La déclaration d’absence
1- Les conditions de la déclaration d’absence
Toute personne intéressée peut présenter une requête en déclaration d’absence auprès du
tribunal de première instance (article 115 du code civil). Peuvent être considérées comme
personnes intéressées : les enfants et le conjoint de l’absent, ainsi que ses créanciers ; les
derniers cités étant des personnes vis-à-vis desquelles l’absent est redevable de l’exécution
d’une obligation, par exemple, du paiement d’une somme d’argent.
Les personnes intéressées sont tenues d’attendre l’écoulement d’un délai de 4 ans pour
présenter leur demande en déclaration d’absence au tribunal qui, à son tour, dispose d’une
année pour effectuer son enquête. Lorsque le présumé absent a laissé un mandataire, le délai de
déclaration d’absence de 10 ans est augmenté de la durée de l’enquête.
Le juge qui reçoit la demande de déclaration d’absence doit, pendant 1 an, mener une enquête
dont le but est de chercher à savoir si effectivement l’on ne peut obtenir aucune nouvelle du
présumé absent. L’enquête est faite dans l’arrondissement de son domicile ou de sa résidence.
Le rapport issu de cette enquête servira de point d’appui au juge pour prendre sa décision.
2- Les effets de la décision de déclaration d’absence
En s’appuyant sur le rapport de l’enquête qu’il a ordonnée, le tribunal a le choix entre :
- déclarer que la personne ne peut être considérée comme absente, parce que des éléments de
l’enquête par lui diligentée indiquent qu’on a de ses nouvelles ;
- déclarer que la personne est absente parce que, malgré toutes les recherches effectuées, on
n’a aucune nouvelle d’elle ; dans ce cas, le juge rend une décision de déclaration d’absence
encore appelée jugement déclaratif d’absence.
Dans cette dernière hypothèse, l’individu dont il s’agit est, dorénavant, officiellement absent ; il
n’est plus présumé absent. Le jugement déclaratif d’absence marque ainsi la fin de la période de
présomption d’absence.
Le l’extinction de la personnalité juridique 44
Droit des personnes et de la famille
– a Les effets du jugement déclaratif sur le mariage de l’absent
Selon la loi n° 2018-862 du 19 novembre 2018, relative à l’état civil (article 70 alinéa7) « le
mariage de l’absent se dissout à compter du jour où le jugement déclaratif d’absence est devenu
définitif »
commencement et
Droit des personnes et de la famille
Désormais, le jugement déclaratif d’absence dissout le mariage de l’absent. Ainsi, l’article 103
de la loi relative au mariage mentionne l’absence parmi les causes de dissolution du mariage,
au même titre que le décès, le divorce, le décès judiciairement déclaré en cas de disparition et
l’annulation du mariage.
Curieusement la loi ne donne aucun délai pour demander la déclaration d’absence ; sur ce point
le code civil s’applique.
En conséquence, le conjoint de l’absent peut contracter un nouveau mariage, puisque le
premier est dissous par le jugement déclaratif d’absence ; car selon la loi, pour pouvoir
contracter un nouveau mariage, il faut que le premier soit préalablement dissous (article 3 de la
loi relative au mariage).
b- Les effets du jugement déclaratif sur les enfants de l’absent
Le cas qui nous intéresse ici est celui de l’absent marié. L’enfant qui naît de sa femme moins de
300 jours après la date de ses dernières nouvelles est présumé être l’enfant de l’absent ; en
revanche pour l’enfant né plus de 300 jours après, l’absent n’en est pas le père (article 3-1° de
la loi relative à la paternité et à la filiation).
c- Les effets du jugement déclaratif d’absence sur les biens de l’absent
L’envoi en possession provisoire
Le jugement déclaratif d’absence envoie les héritiers présomptifs en possession provisoire des
biens. Autrement dit, le juge décide de remettre les biens de l’absent entre les mains de ses
héritiers que sont ses enfants, ses parents ou sa femme.
Bénéficiant de l’envoi en possession provisoire, les héritiers présomptifs ne deviennent pas
propriétaires des biens de l’absent. Ils peuvent seulement administrer ces biens (article 125 du
code civil) ; ils peuvent donc jouir des biens ainsi que de leurs revenus. Mais ils ne peuvent pas
disposer de ces biens, autrement dit, ils ne peuvent pas aliéner ces biens, c’est-à-dire les vendre
ou en faire donation à une tierce personne.
Avant d’en jouir, les héritiers présomptifs doivent procéder à l’inventaire des biens reçus et
donner caution pour la sûreté de leur administration (article 120 du code civil).
Le l’extinction de la personnalité juridique 46
Droit des personnes et de la famille
L’envoi en possession définitive
L’envoi en possession provisoire des biens peut être suivi de l’envoi en possession définitive.
En effet, s’il s’est écoulé un déla i de 30 ans à compter de la date du jugement déclaratif
d’absence ou 100 ans depuis la date de naissance de l’absent, les ayants-droit peuvent saisir le
tribunal pour l’entendre prononcer l’envoi en possession définitive, et ordonner, par voie de
conséquence, le partage des biens de l’absent (article 129 du code civil). Les ayants droits
envoyés en possession définitive peuvent désormais aliéner des biens de l’absent.
C- La fin de l’absence
La fin de l’absence est marquée, soit par la déclaration de décès, soit par le retour de l’absent.
1- La déclaration de décès de l’absent
Au terme d’un délai de dix ans à compter de la date des dernières nouvelles, le décès de
l’absent peut être judiciairement déclaré
Le jugement déclaratif de décès valant acte de décès est transcrit dans les registres de l’état
civil du dernier domicile de l’absent en marge de son acte de naissance ou de mariage ( article
70 de la loi relative à l’état civil).
Le décès est supposé survenu le jour du prononcé du jugement déclaratif.
A partir de sa transcription, le jugement déclaratif de décès produit tous les effets du décès :
notamment la succession de l’absent s’ouvre immédiatement à la date du jugement déclaratif de
décès ; si l’absent est marié son mariage est dissous.
2- Le retour de l’absent
Le retour de l’absent qui peut intervenir à n’importe quel moment, emporte, par l’intervention
d’un nouveau jugement l’annulant, donc cessation des effets du jugement déclaratif d’absence
ou du jugement déclaratif de décès
a- Le sort des biens de l’absent suite à son retour
Le l’extinction de la personnalité juridique 47
Droit des personnes et de la famille
L’absent qui reparaît recouvre ses biens dans l’état où ils se trouvent ; s’ils ont été aliénés,
c’està-dire vendus, il en recouvre le prix. Si ses biens ont été vendus et l’argent de la vente
utilisé pour l’achat d’autres biens, il recouvre ces biens achetés (article 132 du code civil).
commencement et
Les héritiers présomptifs qui ont joui des biens de l’absent sont tenus de lui restituer :
- 1/5 des revenus si ce dernier revient avant l’écoulement d’un délai de 15 ans ;
- 1/10 des revenus s’il revient après les 15 ans ;
- après 30 ans la totalité des revenus leur est acquise ; ils ne seront donc tenus d’aucun
remboursement à l’égard de l’absent revenu (article 127 du code civil).
b- Le sort du mariage de l’absent suite à son retour
Nous avons vu que le jugement déclaratif d’absence entraîne la dissolution du mariage de
l’absent ; son mariage étant dissous, le conjoint de l’absent peut contracter un nouveau mariage
conformément à l’article 3 de la loi relative au mariage.
Malgré le retour de l’absent, son mariage qui a pris fin avec le jugement déclaratif demeure
dissous.
Par ailleurs, revenu, l’absent peut exercer l’action en désaveu de paternité à l’égard des enfants
nés moins de 300 jours après la date des dernières nouvelles (article 3 de la loi relative à la
filiation interprété a contrario).
Si l’absent revient après le jugement déclaratif de décès, son mariage qui a pris fin avec le
jugement déclaratif demeure dissous. S’il a été procédé à la liquidation des biens, les biens
reçus en partage demeurent propres à chacun d’eux.
3- Le décès de l’absent
Si le décès de l’absent est prouvé avant le jugement déclaratif de décès, la procédure de
l’absence prend fin quelle que soit la période dans laquelle on se trouve : présomption
d’absence, envoi en possession provisoire ou envoi en possession définitive. Le décès prouvé
entraîne la dissolution du mariage de l’absent. La succession de l’absent s’ouvre à la date de
son décès au profit de ses héritiers.
Le l’extinction de la personnalité juridique 48
Droit des personnes et de la famille
Paragraphe 2- La disparition
La disparition est la situation d’une personne qui était dans des circonstances de nature à mettre
sa vie en danger mais dont le corps n’a pu être retrouvé.
Il convient d’abord les conditions, ensuite les effets de la disparition.
Le l’extinction de la personnalité juridique 49
Droit des personnes et de la famille
A -- Les conditions de la déclaration de décès
La loi précise la qualité des personnes qui peuvent exercer l’action devant le tribunal compétent
aux fins de déclarer le décès, et ce dans un délai d’un an (article 64 de loi relative à l’état civil).
1- Les personnes habilitées à intenter l’action en déclaration de décès
Selon la loi, le procureur de la république ou les parties intéressées peuvent présenter une
requête au tribunal pour l’entendre déclarer le décès du disparu (article 64 de loi relative à
l’état civil). Peuvent être considérées comme personnes intéressées : les enfants et le conjoint
du disparu, ses créanciers ou toute autre personne ayant intérêt à faire déclarer le décès du
disparu.
L’action exercée peut se traduire par une requête individuelle ou collective lorsque plusieurs
personnes ont disparu au cours d’un même événement (article 66 de la loi relative à l’état
civil).
2- Le tribunal compétent pour prononcer le décès du disparu
Plusieurs hypothèses sont prévues par la loi (article 65 de loi relative à l’état civil).
* La disparition a eu lieu sur le territoire de la Côte d’Ivoire ; dans ce cas, la requête doit être
présentée au tribunal ou la section de tribunal du lieu où l’événement s’est produit.
* La disparition a eu lieu à l’étranger, la requête doit être présentée au tribunal ou la section de
tribunal du domicile ou de la dernière résidence du disparu.
* La disparition a eu lieu à l’étranger à bord d’un navire ou d’un aéronef. Dans cette hypothèse
la requête doit être présentée au tribunal ou la section de tribunal du lieu du port d’attache de
l’aéronef ou du navire.
* A défaut de tout autre, le tribunal d’Abidjan est compétent.
B- Les effets du jugement déclaratif de décès
Contrairement à l’absence, la loi prévoit ici non pas une déclaration de disparition, mais un
jugement de déclaration de décès qui vaut acte de décès. Avant de déclarer le décès, le tribunal
peut ordonner toute mesure d’information complémentaire et requérir notamment une enquête
administrative sur les circonstances de la disparition.
Le juge du lieu de la survenance des événements saisi, rend un jugement déclaratif de décès. Le
jugement déclaratif de décès doit préciser la date du décès qui sera fixée en tenant compte des
Droit des personnes et de la famille
circonstances de la disparition ; cette date ne doit jamais être indéterminée (article 67 de la loi
relative à l’état civil). Le jugement déclaratif de décès valant acte de décès est transcrit dans les
Le commencement et l’extinction de la personnalité juridique 45
registres de l’état civil du lieu réel ou présumé du décès (article 68 de la loi relative à l’état civil).
A partir de sa transcription, le jugement déclaratif de décès produit tous les effets du décès :
notamment la succession du disparu s’ouvre immédiatement à la date du jugement déclaratif de
décès ; si le disparu est marié son mariage est dissous.
En cas de retour du disparu, le procureur de la république ou toute personne intéressée peut
demander au tribunal de prononcer l’annulation du jugement déclaratif de décès. L’annulation a
pour effet de rétablir la personnalité juridique du disparu. Le mariage du disparu reprend son
cours normal. Le disparu revenu recouvre ses biens dans l’état où ils se trouvent.
Droit des personnes et de la famille
Le commencement et l’extinction de la personnalité juridique 46
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