These - Rananjason Ralaza
These - Rananjason Ralaza
UNIVERSITE DE POITIERS
REFORMES ET INNOVATIONS
COMPTABLES DANS LE SECTEUR PUBLIC
LOCAL MALGACHE
par
Tokiniaina RANANJASON RALAZA
COMPOSITION DU JURY
A travers cette citation du 1 Corinthiens chapitre 15, versée 10, je remercie en premier lieu,
mon seigneur Dieu tout puissant pour sa grâce et sa bénédiction sans lesquelles je n’aurai pu
réaliser ma thèse.
i
Programme de Réforme pour l’Efficacité de l’Administration et le FID – Fonds d’intervention
pour le Développement pour l’intérêt qu’ils portent à la problématique de mise en place d’un
outil adapté aux communes rurales malgaches. Je remercie particulièrement Monsieur Serge
RADERT (Coordonnateur Général du PREA), Monsieur RASENDRA (Directeur Général du
FID), Madame Hary ANDRIAMBOAVONJY (Secrétaire Général du MPR DAT) et
Monsieur Pascal RAZAFIMAHATRATRA (Directeur du Financement des Collectivités du
MPR DAT), qui m’ont permis d’intégrer leur structure respective pour la réalisation de mes
recherches.
J’ai également été très sensible à l’accueil que m’ont réservé tout le personnel du PREA, du
FID et du MPR DAT que je remercie vivement pour leur sympathie et leur pleine
coopération. Par la même occasion, je remercie chacun des responsables communaux (élus et
administratifs) ainsi que les responsables de services déconcentrés qui m’ont accueilli lors de
mes déplacements sur terrain. Leur intérêt, leur motivation et leur accueil m’ont permis de
réaliser mes recherches dans les conditions optimales.
J’adresse mes sincères remerciements à tous ceux ou celles qui ont contribué de près ou de
loin à la réalisation de ce travail. Je pense particulièrement à ma famille et mes amis pour leur
soutien permanent tout au long de mes trois années de thèse.
ii
GLOSSAIRE
iii
IASB : International Accounting Standard Board
ICCA : Institut Canadien des Comptables Agrées
IFAC : International Federation of Accountants
IFPB : Impôt Foncier sur les Propriétés Bâties
IFT : Impôt foncier sur le Terrain
INSCAE : Institut National des Sciences Comptables et de l’Administration des Entreprises
INSTAT : Institut National de la Statistique
IPSAS : International Public Sector Accounting Standard
IPSASB : International Public Sector Accounting Standard Board
LOLF : Loi Organique sur les Lois de Finances
MAP : Madagascar Action Plan
MDAT : Ministère de la Décentralisation et de l’Aménagement du Territoire
MEFB : Ministère de l’Economie, des Finances et du Budget
MPR DAT : Ministère auprès de la Présidence de la République chargé de la Décentralisation et de
l’Aménagement du Territoire
NHS : National Health Service
OCDE : Organisation de Coopération et de Développement Economique
OPCI : Organismes Publics de Coopération Intercommunale
PAGU : Projet d’Appui à la Gestion décentralisée des Communes Urbaines de Madagascar
PAIGEP : Programme d’Appui Institutionnel et de Gestion des Entreprises Publiques
PCC : Président du Conseil Communal
PCD : Plan Communal de Développement
PCG : Plan Comptable Général
PCGE : Plan Comptable Général de l’Etat
PCOP : Plan Comptable des Opérations Publiques
PGDI : Programme de Gouvernance et de Développement Institutionnel
PREA : Programme de Réforme pour l’Efficacité de l’Administration
PSC : Public Sector Committee
PUND : Programme des Nations Unies pour le Développement
RAB : Ressources Accounting Budgeting
SEC : Securities Exchange Committee
SG : Secrétaire Général
SMT : Système Minimal de Trésorerie
STC : Secrétaire Trésorier Comptable
TAFB : Taxe Annexe à l’impôt Foncier sur les propriétés Bâties
UE : Union Européenne
URSS : Union des Républiques Socialistes Soviétiques
iv
Sommaire
REMERCIEMENTS ............................................................................................................................................. I
GLOSSAIRE .......................................................................................................................................................III
SOMMAIRE..........................................................................................................................................................V
BIBLIOGRAPHIE............................................................................................................................................ 367
LISTE DES SCHEMAS, TABLEAUX ET ENCADRES .............................................................................. 381
TABLE DES MATIERES ................................................................................................................................ 385
LISTE DES ANNEXES .................................................................................................................................... 389
v
INTRODUCTION GENERALE
INTRODUCTION GENERALE
L’idée réformiste de cet écrivain et théoricien politique français du XIXème siècle nous fait
remarquer que l’Etat, les différents organes le constituant ainsi que les différents outils de
gestion qu’il utilise ne sont jamais à l’abri d’une réforme sous quelque forme que ce soit. En
effet, le thème de la réforme de l’Etat n’a jamais quitté les scènes politiques et économiques
de toutes les civilisations, de toutes les nations, de tous les temps. Néanmoins, la conception
et la concrétisation de la réforme évoluent au fil des temps. Une telle évolution s’illustre
depuis le Moyen-Âge, par l’utilisation des registres romains recensant l’étendue des terres et
indispensables pour la levée des impôts, jusqu’à la révolution, période sous laquelle sont
apparus le bilan financier de la nation (en 1792) et les premières règles comptables de l’Etat,
et s’enchaînant par les réformes napoléoniennes définissant les principes budgétaires et règles
de contrôle des comptes publics. La réforme de l’Etat se poursuit alors par des modernisations
successives telles que l’harmonisation des règles comptables ou encore le rapprochement de
la comptabilité publique avec la comptabilité privée dans les années 1950 (LANDE, 2006).
1
INTRODUCTION GENERALE
La réforme de l'Etat apparaît de manière insistante dans les années 1970. Les chocs pétroliers
au cours des années 1970, l’accroissement des crises fiscales et les déséquilibres budgétaires
qu’ont connu les pays industrialisés ont contribué à remettre en cause le modèle de
fonctionnement de l’Etat-providence, origine de la prospérité de l’économie capitaliste depuis
l’après guerre. En effet, l’application dans les pays industrialisés des idées néolibérales,
initiées par d’éminents économistes tels que FRIEDMAN (1976) et HAYEK (1974) selon
lesquels « l’Etat n’a pas réussi à créer un système d’incitations garantissant une économie
efficiente et seul le marché est à même de remplir ce rôle », fut à l’origine d’une « révolution
conservatrice » s’opposant aux idées keynésiennes. Ainsi, l’Etat doit selon un modèle idéal-
type, se retrancher dans ses fonctions régaliennes et laisser place au marché (HUFTY, 1998).
Les solutions proposées par les théoriciens du choix public sont alors de limiter
constitutionnellement le déficit budgétaire de l’Etat et de transformer l’administration
publique en la rapprochant du marché.
Dans les pays occidentaux, les politiques de réforme de l’administration ont connu un
développement extraordinaire durant les années 1980 (POLLIT et BOUCKAERT, 2000). Ces
réformes structurelles en vue de transformer les systèmes administratifs ont commencé en
Grande-Bretagne, en Nouvelle-Zélande et en Australie sous l’influence d’une nouvelle
doctrine néo managériale que HOOD (1994) qualifie de révolution intellectuelle. En effet, de
nouveaux principes, règles et instruments ont été utilisés pour transformer les systèmes
administratifs. Le mouvement se généralise, par la suite, dans un grand nombre d’Etats
occidentaux sous l’appellation de New Public Management (HOOD, 1994).
Les doctrines du New Public Management se fondent sur la désagrégation des administrations
en petites unités, l’externalisation par privatisation ou décentralisation, la séparation des
fonctions stratégiques de pilotage des fonctions de mise en œuvre, le renforcement de
l’accountability ou de la « redevabilité » de l’administration… (BEZES, 2005).
Dans les pays en développement, c’est également la crise des finances publiques par
l’implosion de la dette qui sonne le glas des stratégies de développement axées sur
l’interventionnisme de l’Etat décidées après les indépendances. L’appropriation du
programme néolibéral de libéralisation économique par les institutions de Bretton Woods,
dans les années 1980, fut à l’origine de nombreux prêts politiquement conditionnés visant à
réaliser des programmes d’ajustements structurels dans les pays en développement. En effet,
la Banque Mondiale a développé un programme de Prêts à l’Ajustement Structurel (PAS)
consistant à octroyer indépendamment des projets, des crédits venant en appui aux
2
INTRODUCTION GENERALE
Deux grandes stratégies de réformes ont été successivement poursuivies dans le cadre des
recommandations des institutions de Bretton Woods. La première, qui vise à redéfinir le rôle
de l’Etat dans l’économie, se traduit par des programmes de privatisation des entreprises
publiques, de libéralisation des marchés des biens et des capitaux et de libéralisation des prix
(GUILLAUMONT, 1994). La seconde, qui vise à améliorer le fonctionnement de l’Etat, se
traduit par la mise en place de contre-pouvoirs institutionnalisés pour responsabiliser la
gestion publique, par l’introduction d’un certain degré de concurrence dans la fonction
publique et par le rapprochement de l’institution publique de la population afin de refléter les
besoins et aspirations de la population dans les choix publics. Par ailleurs, de nombreux pays
ont adopté des réformes de décentralisation afin de répondre à la crise des finances publiques
et à la crise de l’institution publique. Entre autres, 63 des 75 pays en développement se sont
engagés dans un processus de décentralisation (DILLINGER, 1995).
1 – Le sujet de recherche
Dans le cas de Madagascar, les pressions de la Banque Mondiale et du FMI dans les années
1988-1990 ont conduit le gouvernement malgache à adopter, à travers le Document Cadre de
Politique Economique (DCPE), un vaste programme d’ajustement structurel visant
principalement au désengagement de l’Etat par le biais de la privatisation d’une part, et de la
décentralisation d’autre part.
La reprise par des multinationales à capitaux étrangers de la plupart des entreprises publiques
malgaches constitue alors une véritable bouffée d’oxygène non seulement pour le budget de
l’Etat mais également pour l’économie du pays. Quant à la politique de décentralisation, elle a
été instituée par la révision constitutionnelle de 1992 mettant en place un processus de
décentralisation effective reposant sur trois niveaux : les communes, les départements et les
régions. Cette première étape du processus de décentralisation malgache s’est soldée par la
3
INTRODUCTION GENERALE
mise en place effective des communes qui, selon la Banque Mondiale (2004), constituent les
seules collectivités décentralisées fonctionnelles. Pour faire face aux compétences récemment
transférées aux communes, la constitution leur consacre une autonomie administrative et
financière leur permettant de déterminer et de gérer librement leur budget. Malgré une
politique de décentralisation récente, la responsabilisation des communes tant en matière
administrative que financière prend de l’importance avec une vitesse telle que les outils
administratifs et surtout comptables qu’elles utilisent paraissent rudimentaires et
complètement dépassés.
Depuis 2000, une série de réformes du système d’information comptable du secteur public
local ont été initiées par le gouvernement malgache avec l’appui de ses principaux bailleurs
de fonds et partenaires internationaux. Par ailleurs, ces derniers (Banque mondiale, FMI,
Union Européenne…) conditionnent désormais l’obtention des financements par la mise en
œuvre des réformes du secteur public visant, entre autres, la transparence et la bonne
gouvernance. La volonté politique de l’Etat malgache de s’engager dans les réformes
imposées par les principaux bailleurs de fonds se matérialise alors à travers le Document de
Stratégie pour la Réduction de la Pauvreté (DSRP), principal document de négociation auprès
des bailleurs de fonds. Aussi, pour répondre aux exigences et conditionnalités des bailleurs, le
gouvernement malgache s’inspire des expériences étrangères dans la conduite des réformes du
secteur public. C’est ainsi que le Plan Comptable des Opérations Publiques, PCOP 2000 et
PCOP 2006, sont inspirés des normes comptables internationales pour le secteur public
(IPSAS) tandis que la nouvelle Loi Organique sur les Lois de Finances N° 2004-007 (LOLF),
véritable révolution pour la constitution financière de l’Etat, est essentiellement copiée sur la
LOLF française.
Néanmoins, l’application desdites réformes se heurte aux réalités et pratiques sur le terrain.
Les acteurs locaux malgaches (essentiellement les maires, les conseillers et les trésoriers
comptables), comme ceux des autres pays de l’Afrique sub-saharienne (DEVLIN et al, 1996,
p.200), ne disposent que d’une faible compétence du fait de leur faible niveau de formation
(ou de scolarisation) voir de leur analphabétisme. Par conséquent, il leur est difficile, voire
impossible, d’appliquer des systèmes internationalement reconnus et ayant contribué au
développement du système d’information comptable des pays développés tels que la France,
l’Angleterre, le Canada, le Japon, les Etats-Unis, l’Australie, la Nouvelle-Zélande.
Il apparaît que les acteurs au niveau local ne peuvent suivre les réformes initiées au niveau de
l’Etat central et qu’il existe un écart grandissant entre la doctrine comptable et les
4
INTRODUCTION GENERALE
pratiques comptables locales. Partant de ce premier constat, faut-il continuer à adopter les
modèles internationaux au niveau local ou, au contraire, développer des systèmes plus
simples, robustes et pragmatiques tenant compte des contingences et contraintes
locales ?
2 – L’objectif de la recherche
Face à cet écart grandissant entre la doctrine comptable et les pratiques comptables locales
nous avons reçu mandat du ministère de la décentralisation pour concevoir un système
comptable et budgétaire simplifié tenant compte à la fois des contraintes et du niveau de
compétence des acteurs communaux.
En tant que collectivité de base, les communes jouent un rôle important dans le
développement local et leurs compétences sont élargies pour leur permettre d’assurer ce rôle.
Toutefois, le processus de décentralisation malgache se caractérise par l’existence de fortes
disparités dans les moyens financiers et la gestion administrative des communes urbaines et
des communes rurales (BANQUE MONDIALE, 2004, p.60). Le budget des communes
rurales est financé à hauteur de 75% ou plus par des transferts émanant de l’Etat central et la
plupart des investissements sont assurés par des projets de développement financés par un
bailleur de fonds international. A ce titre, l’Etat malgache, les bailleurs de fonds ainsi que les
partenaires financiers de Madagascar (Banque Mondiale, Union Européenne, Coopération
française, Coopération allemande, Coopération suisse…) ont mis en place des projets de
développement ou des fonds sociaux visant à associer les communes à la gestion et au
fonctionnement des projets d’infrastructures locaux. Leur objectif est de développer
progressivement les capacités administratives et financières des communes en transférant
directement à ces dernières les fonds d’investissements nécessaires et en les impliquant dans
la gestion financière, la passation des marchés et la supervision des travaux de construction.
5
INTRODUCTION GENERALE
Le second objet de cette recherche est donc de déterminer les conditions requises pour la
mise en place et l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié au niveau des
communes rurales malgaches.
6
INTRODUCTION GENERALE
4 – Le déroulement de la recherche
Notre recherche a commencé en septembre 2005. Les différentes phases de son déroulement
peuvent être synthétisées par le schéma ci-après.
7
INTRODUCTION GENERALE
1
Recherche
bibliographique
Rédaction +
2
recherche
bibliographique
SOUTENANCE
FINALISATION DE LA
REDACTION
8
INTRODUCTION GENERALE
5 – Le plan de la thèse
Pour répondre à notre question de recherche, nous avons décomposé la thèse en deux parties.
La première partie permet de démontrer que l’application des réformes décidées au niveau
de l’Etat central malgache se heurte aux contraintes et contingences locales du fait de
l’insuffisance de ressources humaines, matérielles et financières attribuable à une
décentralisation trop récente. Il s’agit dans un premier temps d’analyser et de comprendre
l’évolution de la place du secteur public local malgache. A cet effet, le premier chapitre
présente une analyse du processus de décentralisation à travers l’histoire de Madagascar
(section 1) suivie d’une analyse approfondie de l’administration communale (section 2). Dans
un second temps, le chapitre 2 montre que la normalisation comptable au niveau du secteur
public malgache ne tient pas compte des contraintes locales. Ainsi, nous allons expliquer, à
l’aide de la théorie néo-institutionnelle l’adoption par mimétisme des référentiels comptables
malgaches (section 1). Ensuite, nous allons utiliser la théorie de la contingence pour mettre en
évidence l’incompatibilité des référentiels comptables du fait de contraintes et contingences
locales (section 2).
A l’issue de cette première partie, nous chercherons à démontrer que compte tenu d’une
décentralisation récente, les communes rurales malgaches ne disposent ni des compétences ni
9
INTRODUCTION GENERALE
des connaissances et encore moins des expériences et ressources nécessaires pour mettre en
place des systèmes comptables alignés sur les normes comptables internationales ou
étrangères et que, par conséquent, il serait plus efficace de développer un système comptable
et budgétaire plus simple, robuste et pragmatique tenant compte de la compétence et du
niveau de formation des acteurs locaux.
La seconde partie se focalise sur la conception et la mise en place d’un système comptable et
budgétaire simplifié au niveau des communes rurales malgaches. Elle retrace le processus de
conception et d’adoption de l’outil au niveau des communes rurales. A cet effet, le premier
chapitre présente l’analyse des besoins d’information des utilisateurs (section1) avant la
transcription du modèle de système comptable et budgétaire simplifié à travers les grilles de
lecture des outils de gestion et des innovations managériales (section 2). Ensuite, le chapitre
2 est consacré au processus de diffusion et d’adoption de l’outil par les communes rurales
malgaches. Les motivations d’adoption des acteurs locaux et les intérêts pouvant mobiliser les
différents acteurs institutionnels pour soutenir l’adoption du modèle seront traités à cet effet.
A l’issue de cette seconde partie, nous chercherons, d’une part, à identifier les éléments
nécessaires à la conception d’un système d’information comptable et budgétaire adapté aux
communes rurales, et d’autre part, à mettre en évidence les conditions requises pour s’assurer
du succès de son adoption.
10
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
INTRODUCTION
PARTIE 1
L’EVOLUTION DU SECTEUR PUBLIC
LOCAL MALGACHE
Depuis les programmes d’ajustements structurels lancés par la Banque Mondiale et le FMI
vers la fin des années 1980, le gouvernement malgache enchaîne réformes sur réformes dans
l’espoir d’assainir les finances publiques et relancer le processus de développement du pays.
A cet effet, Madagascar s’est engagé, pour la première fois de son histoire, dans une politique
de décentralisation effective à travers la révision constitutionnelle de 1992. D’après la Banque
Mondiale (2004), cette première étape du processus de décentralisation n’a pas produit les
11
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
INTRODUCTION
résultats escomptés car les communes sont les seules collectivités décentralisées
fonctionnelles jusqu’en 2004. Par ailleurs, il existe un énorme décalage entre le niveau de
développement des communes rurales et celui des communes urbaines. De ce fait, les
classements administratifs des communes paraissent complètement dépassés par la réalité.
D’une part, les communes urbaines ont pu profiter de la décentralisation, et d’autre part, les
communes rurales peinent à trouver les ressources humaines, financières et matérielles qui
leur sont indispensables.
Malgré cette réalité, les principaux bailleurs de fonds exigent que le gouvernement
entreprenne d’autres réformes visant à améliorer la transparence et la bonne gouvernance au
niveau du secteur public tant central que local. Pour répondre à ces exigences le
gouvernement malgache s’est inspiré des expériences étrangères comme c’est le cas du PCOP
2000 et PCOP 2006 qui ont été alignés sur les normes comptables internationales pour le
secteur public (IPSAS) ou encore de la nouvelle Loi Organique sur les Lois de Finances N°
2004-007 (LOLF), essentiellement copiée sur la LOLF française. Notre constat est qu’il existe
une forte volonté politique visant à aligner le système d’information comptable du secteur
public local malgache sur les positions internationales. Cet alignement se traduit alors par
l’adoption, par mimétisme, d’une normalisation comptable ne tenant pas compte des
contingences locales.
L’objectif de cette première partie est de démontrer que l’application des réformes
décidées au niveau de l’Etat central malgache se heurte aux contraintes et contingences
locales du fait de l’insuffisance de ressources humaines, matérielles et financières
attribuable à une décentralisation trop récente.
Reprenant ces deux idées principales, nous avons décomposé cette première partie en deux
chapitres.
L’objectif d’une telle entreprise est d’approfondir notre compréhension de la place du secteur
public local dans le paysage politique malgache en nous permettant de mener un diagnostic
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PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
INTRODUCTION
des forces et faiblesses de celui-ci. Le chapitre 1 nous apportera les premiers éléments nous
permettant de circonscrire les causes potentielles de l’échec des réformes entreprises.
Le chapitre 2 présente une analyse des différentes réformes entreprises par l’Etat central et
s’adressant non seulement à ce dernier mais également au secteur public local. Il explique la
manière selon laquelle les réformes ont été adoptées et surtout accueillies par le secteur public
local. A ce titre, il s’inspire de la théorie néo-institutionnelle pour expliquer l’adoption par
mimétisme des référentiels comptables malgaches et de la théorie de la contingence pour
mettre en évidence l’incompatibilité des référentiels comptables aux contraintes et
contingences locales.
13
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
CHAPITRE 1
LA PLACE DU SECTEUR PUBLIC LOCAL
MALGACHE : UNE DECENTRALISATION
RECENTE
Pays insulaire de l’océan indien, Madagascar a été découvert par le navigateur portugais
Diego DIAZ vers 1500. Cette ancienne colonie française est la cinquième plus grande île du
monde après l'Australie, le Groenland, la Nouvelle Guinée et Bornéo. Elle s’étend sur
587.000 km², soit une superficie comparable à celle de la France et le Benelux réunis.
Madagascar, est séparé de la côte sud-est africaine par le canal de Mozambique, il est à cheval
sur le tropique du capricorne.
Depuis le XVIIIème siècle, les différentes tribus et royaumes dispersés dans toute l’île ont été
réunis par les tribus merina des hautes terres centrales dirigées par le roi
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PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
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PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
1.1 – La colonisation
Suite à l’effondrement de la monarchie de l’Imerina à la suite des invasions françaises,
Madagascar a été déclarée colonie par la loi d’annexion1 du 6 août 1896. La présence de l’Etat
français sur le territoire malgache s’exerce alors à travers une administration coloniale dirigée
par un gouverneur général nommé par décret du Président de la République et relevant du
ministre français des colonies.
L’organisation administrative et territoriale de la colonie était conçue selon les buts poursuivis
par chacun des gouverneurs qui se sont succédés durant la colonisation. Ainsi, le général
GALLIENI (1896 à 1905), premier gouverneur en titre, organise le pays selon un modèle
déconcentré reposant sur les provinces, les districts et les postes administratifs.
L’administration communale a également été instituée mais ce fut sous une forme plus
déconcentrée que décentralisée. En effet, bien que les communes disposent d’un semblant
d’autonomie dans leur gestion, les administrateurs maires ainsi que les membres de la
commission municipale (au lieu de conseil municipal) sont nommés par arrêté du gouverneur
général. En outre, GALLIENI a mis en place une administration indigène d’exécution qui
subsiste en dessous de l’administration coloniale française de contrôle afin d’asseoir
rapidement la domination de la nation colonisatrice.
De 1905 à 1924, les successeurs de GALLIENI ont procédé, pour des raisons économiques, à
la simplification et la réduction des circonscriptions administratives précédemment établies.
En effet, la colonie de Madagascar subit et est appelée à subir le contrecoup de la crise
économique, monétaire et financière française après la première guerre mondiale2. Cette
volonté d’économie dans le fonctionnement administratif se traduit concrètement par
1
Voir JOM du 27 septembre 1896, p.1
2
Selon circulaire du 26 mars 1921 relative aux économies, JOM du 26 mars 1921, p.362
17
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
La période allant de 1924 à la fin de la seconde guerre mondiale a été marquée par une
participation progressive de la population malgache dans l’administration coloniale grâce
notamment à l’élargissement du corps électoral du niveau municipal à la population
malgache. Par ailleurs, la forme d’administration déconcentrée a évolué vers une
décentralisation basée d’une part sur les régions, qui sont administrées par le chef de région et
les conseils régionaux et, d’autre part, sur les districts, lesquels sont administrés par le chef de
district et les conseils de notables de districts.
L’application de la loi cadre4 (entre 1957 et 1958) a conduit l’administration coloniale à des
réformes décentralisatrices renforçant les organes provinciaux en tant que collectivités
décentralisées d’une part, et multipliant le régime communal d’autre part.
3
JOM du 29 novembre 1913, p.1386
4
Loi N°56 619 du 23 juin 1956 autorisant le Gouvernement à mettre en œuvre les réformes et à prendre les
mesures propres à assurer l’évolution des territoires relavant du Ministre de la France d’Outre Mer, promulguée
par arrêté du 29 juin 1956, JOM du 2 juillet 1956, p.1825
18
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
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PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
Nous allons limiter notre analyse à l’institution communale sachant que l’annexe n°11
reprend une analyse plus détaillée de l’évolution historique des autres structures
décentralisées (et déconcentrées) de l’époque coloniale.
En effet, les communes ont été créées pour la première fois en 1897 sous l’administration
coloniale du général GALLIENI5. Dotées d’une autonomie administrative et financière, elles
sont gérées par un administrateur maire désigné par le gouverneur général et une commission
municipale dont les membres sont également nommés par le gouverneur général pour une
durée de trois ans. Les villes de Nosy Be, Sainte-Marie, Diego-Suarez, Tamatave et Majunga
ont été les premières à être érigées en communes dès 1897 tandis que les villes de
Fianarantsoa et d’Antananarivo l’ont été en centres autonomes. Les centres autonomes, bien
5
Arrêté N°38 du 13 février 1897 érigeant les Etablissements de Diego Suerez, de Nosy Be et de Sainte-Marie en
communes, JOM du 24 février 1897, p.177 ; voir également l’arrêté du 15 octobre 1897 portant création de la
commune de Tamatave et de Majunga
20
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
En 1913, les successeurs de GALLIENI ont adopté un nouveau régime6 permettant aux
citoyens français résidents dans les villes érigées en commune d’exercer leur droit politique et
droit d’électeur. Bien que le Maire reste un fonctionnaire nommé, le régime de 1913 a permis
non seulement l’élection des membres français du conseil municipal par les citoyens français,
mais également la publicité des débats, la consécration pour le conseil municipal d’une
attribution délibérative, et surtout l’augmentation du nombre des membres indigènes
(désignés) du conseil municipal passant d’un seul membre malgache contre deux, cinq ou sept
français à deux ou quatre malgaches contre cinq ou onze conseillers municipaux français.
Malgré son caractère minoritaire, c’est déjà un point de départ vers une évolution accordant
des droits plus importants à l’élément malgache.
6
Décret du 09 octobre 1913portant organisation et fonctionnement des municipalités élues à Madagascar, JOM
du 29 novembre 1913
7
Décret du 28 juillet 1939, JOM du 19 août 1939, p.1053
21
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
Les communes constituent, avec les provinces, les circonscriptions administratives qui ont le
plus évolué vers une forme décentralisée. Les autres circonscriptions, bien qu’elles
correspondent à des organes déconcentrés, jouent parfois un rôle de tutelle ou de contrôle
dans le fonctionnement de certaines collectivités décentralisées. A ce titre, il paraît intéressant
de poursuivre notre analyse par l’étude des relations hiérarchiques et de contrôle entre les
organes centraux et les collectivités décentralisées.
8 Loi du 5 avril 1884 portant sur l’organisation municipale, JORF du 6 avril 1884, p.1857-1868
9
Décret N°57-465 du 04 avril 1957 portant décret d’application de la loi-cadre, JOM du 20 avril 1957
22
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
23
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
AUTORITE METROPOLITAINE
Organes centraux
(Chef du territoire) TUTELLE
Province PROVINCE
(représentation de l’Etat) (collectivité décentralisée)
Relation de subordination hiérarchique conformément au principe de déconcentration
Circonscriptions
autonomes
Districts
TUTELLE
Gouvernements
Cantons
: Autorité de tutelle
Villages
24
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
Les relations hiérarchiques et de contrôle entre les organes centraux et les collectivités locales
se traduisent par l’exercice d’une tutelle prévue par l’article 36 de la loi municipale du 19
novembre 1955 stipulant que : « …le chef de territoire exerce dans les communes de son
territoire les attributions dévolues au préfet de police dans les communes suburbaines de la
Seine. ». Par ailleurs, l’article 37 de la même loi mentionne que « …le chef de territoire peut
déléguer, par arrêté, tout ou partie de ses attributions de police au chef de la circonscription
administrative dans laquelle cette commune se trouve incluse ». L’application de ces textes
sur le cas malgache met en évidence l’existence d’une tutelle des délibérations du conseil
municipal qui est assurée par le Gouverneur général qui peut le déléguer au Chef de province.
De ce fait, l’ensemble des budgets et comptes administratifs des communes est soumis à
l’approbation du Gouverneur général ou par délégation aux chefs de province.
Par ailleurs, le compte de gestion du receveur municipal est soumis au contrôle juridictionnel
de la Cour des comptes conformément à l’article 40 de la loi municipale qui stipule que
« …les comptes des communes sont soumis au contrôle juridictionnel de la Cour des comptes
dans les conditions fixées par les règlements en vigueur ».
A Madagascar, l’application de la loi cadre s’est traduite non seulement par un renforcement
de l’autonomie des collectivités locales, mais également par un élargissement de leurs
compétences surtout au niveau des communes pour lesquelles l’encadré suivant présente les
compétences.
Les compétences dévolues aux organes municipaux sont définies par la loi du 19 novembre 1955. Elles
comprennent la publication des lois et règlements, l’exécution des mesures de sûreté générale, la conservation et
l’administration des propriétés de la commune, la fonction de l’état civil, l’acceptation des dons et legs faits à la
commune et aux établissements communaux, la souscription des marchés, baux de biens, adjudication des
travaux communaux, la gestion des revenus et la surveillance des établissements communaux, la gestion
administrative et financière, l’établissement, le mode d’assiette, les tarifs, et les règles de perception de tous les
droits, taxes et revenus communaux, l’établissement, la conservation, l’entretien et la réparation des édifices de
la commune, cimetières, promenades, places, rues, voies publiques, aqueducs, canaux, fontaines, pompes et
égouts, la police communale et tout ce qui est en rapport à la sûreté et à la liberté du passage sur la voie
25
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
publique, à l’éclairage, au balayage, aux arrosements, à la solidité et à la salubrité des constructions privées et
aux mesures générales d’hygiène et de salubrité publique.
L’annexe 11 fournit une analyse détaillée de l’évolution des compétences entre les différentes
collectivités locales sous la période coloniale. Nous allons donc poursuivre notre analyse par
le système d’information comptable.
La gestion des finances publiques dans la colonie de Madagascar est régie par le décret du 30
décembre 1912 sur le régime financier des colonies10. Ce texte prévoit que les budgets de
chaque commune sont préparés par le maire (ou l’administrateur maire le cas échéant),
délibérés par le conseil municipal (la commission municipale le cas échéant) et soumis à
l’approbation du Gouverneur général qui peut donner délégation aux chefs de province. Ils
comprennent un budget primitif délibéré et arrêté avant l’ouverture de l’exercice et un budget
supplémentaire délibéré et arrêté au cours de l’exercice. Lorsque les budgets votés par les
conseillers municipaux sont susceptibles de modifications, ces modifications sont prononcées
par des arrêtés du gouverneur. Par ailleurs, si le conseil municipal ne se réunirait pas ou se
séparerait sans avoir voté le budget de la commune, ce dernier serait arrêté d’office et mis en
exécution après avoir été approuvé par le gouverneur.
Le maire assure les fonctions d’ordonnateur des budgets communaux et tient à cet effet la
comptabilité des recettes et des dépenses. Il présente par exercice le compte administratif du
service municipal et le soumet aux délibérations des conseillers municipaux dans la première
session ordinaire que tiennent ces conseillers après la clôture de l’exercice. Le compte
administratif du maire est ensuite arrêté par le gouverneur.
Les fonctions de comptable du Trésor sont assurées par un receveur municipal qui est chargé,
sous sa responsabilité personnelle, de poursuivre la rentrée de tous les revenus de la commune
et toutes les sommes qui lui sont dues d’une part, et d’acquitter les dépenses mandatées par le
maire jusqu’à concurrence des crédits régulièrement accordés d’autre part.
A la fin de l’exercice, le receveur municipal établit un compte de gestion annuel qui est visé
par le comptable supérieur de l’arrondissement (le trésorier particulier ou le trésorier-payeur),
10 Décret du 30 novembre 1912 portant sur le régime financier des colonies, JORF du 31 décembre 1912,
p.11081-11093
26
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
soumis aux délibération des conseillers municipaux et adressé au gouverneur qui le transmet
ensuite à l’autorité compétente pour le juger, c’est-à-dire la cour des comptes.
Ainsi se présente l’évolution du secteur public local malgache sous la période coloniale. Elle
est marquée par une forte présence des autorités centrales qui exercent un important pouvoir
de nomination, d’encadrement et de contrôle sur les collectivités locales. Voyons ce qu’il en
est durant la première République.
27
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
La structure administrative sous la première République peut être résumée dans le tableau
suivant.
28
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
Les relations hiérarchiques et de contrôle existant entre les organes centraux et les
collectivités locales peuvent être résumées par le schéma suivant11.
Organes centraux
(Ministère de l’intérieur)
Préfecture
Collectivité
décentralisée
Arrondissements
: Autorité hiérarchique
Cantons
: Autorité de tutelle
D’après le schéma ci-dessus, le fonctionnement des communes est fortement encadré à travers
une tutelle administrative et financière exercé par l’Etat. Le même principe que celui de
l’époque coloniale a été dupliqué avec un léger changement au niveau des organes exerçant la
tutelle. Les délibérations des conseils municipaux (ou communaux) sont désormais soumises
à l’approbation préalable du préfet (pour les communes rurales) ou celui du ministère de
l’intérieur (pour les communes urbaines) avant leur exécution. En effet, ce rôle a été confié
aux chefs de province et aux chefs de districts sous la colonisation.
11
Le détail des relations hiérarchiques entre les organes centraux et les provinces est présenté dans l'annexe n°11
29
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
Les compétences attribuées aux collectivités locales sont définies par la constitution ainsi que
par les lois et règlements d’application. Pour l’échelon communal, elles sont présentées dans
l’encadré suivant.
Les matières suivantes demeurent de la compétence des communes : « …la publication des lois et règlements,
l’exécution des mesures de sûreté générale, la conservation et l’administration des propriétés de la commune,
la fonction de l’état civil, l’acceptation des dons et legs faits à la commune et aux établissements communaux,
la souscription des marchés, baux de biens, adjudication des travaux communaux, la gestion des revenus et la
surveillance des établissements communaux, la gestion administrative et financière, l’établissement, le mode
d’assiette, les tarifs, et les règles de perception de tous les droits, taxes et revenus communaux, l’établissement,
la conservation, l’entretien et la réparation des édifices de la commune, cimetières, promenades, places, rues,
voies publiques, aqueducs, canaux, fontaines, pompes et égouts, la police communale et tout ce qui est en
rapport à la sûreté et à la liberté du passage sur la voie publique, à l’éclairage, au balayage, aux arrosements,
à la solidité et à la salubrité des constructions privées et aux mesures générales d’hygiène et de salubrité
publique… »
Nous pouvons constater à travers cet encadré que même si les tutelles exercées sur les
délibérations communales aient été renforcées, les compétences de ces dernières n’ont subi
aucun changement important par rapport à la période coloniale.
La gestion des finances publiques est régie par la loi N° 63-015 du 15 juillet 1963 portant
dispositions générales sur les finances publiques et par le décret N°68-080 du 13 février 1968
portant règlement général sur la comptabilité publique. La loi N°63-015 précitée fixe les
principes comptables et budgétaires tels que la séparation de fonction entre ordonnateur et
comptable, la comptabilisation des dépenses au stade de leurs visas par le comptable payeur
(article 46 de la loi N°63-015), la prise en compte des recettes au titre du budget de l’année au
cours de laquelle elles sont encaissées (article 45 de la loi N°63-015). Quant au décret N°68-
080, il définit l’objet et le contenu de la comptabilité du secteur public en général et ceux des
collectivités territoriales décentralisées en particulier.
30
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
les communes en distinguant des acteurs différents selon qu’il s’agisse d’une commune
urbaine ou d’une commune rurale. Néanmoins, rappelons qu’il s’agit, dans le présent
paragraphe, de faire un bref aperçu du système d’information comptable sous la première
République. L’analyse détaillée du système comptable du secteur public malgache est
présentée dans le chapitre suivant.
Ainsi se présente l’évolution du secteur public local malgache sous la première République.
La période relative à la deuxième République est traitée dans le paragraphe suivant.
Les années 1972 à 1975 sont marquées par une série d’évènements, allant du soulèvement
populaire aux complots et attentats politiques, qui n’ont cessé de bouleverser l’équilibre
politique, économique et social de Madagascar. Néanmoins, cette période transitoire s’est
soldée par l’accession du capitaine de frégate Didier RATSIRAKA à la magistrature suprême
de 1975 à 1991. Dirigeant marxiste-léniniste, il établit, à travers le livre rouge (boky mena), la
« Charte de la Révolution Socialiste Malgache » qui prône l’ouverture politique vers les pays
socialistes (URSS, Cuba, Roumanie, Yougoslavie…) et la restructuration institutionnelle et
administrative axée sur le centralisme démocratique. La deuxième République malgache
commence alors avec la nouvelle constitution du 21 décembre 1975 qui prévoit six organes
institutionnels12 au niveau du pouvoir central et l’institutionnalisation du « fokonolona »
comme point de départ de la démocratisation et de la décentralisation effective sur le plan
local. Par ailleurs, c’est une période essentiellement marquée par une volonté politique, de la
part des dirigeants, d’afficher une identité nationale par le biais d’une malgachisation de tout
le système administratif.
12
Le président de la République, le Conseil Suprême de la Révolution, l’Assemblée nationale populaire, le
Gouvernement, le Comité militaire pour le développement, la Haute cour constitutionnelle
31
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
contrôle entre l’Etat central et les collectivités locales (1.3.2), les compétences dévolues aux
collectivités locales (1.3.3) et le système d’information comptable (1.3.4).
Le régime socialiste mis en place sous la deuxième République reprend les mêmes structures
que celles qui ont été ébauchées durant le directoire militaire du général RAMANANTSOA
(1972 à 1975). Ces dernières prévoient l’institutionnalisation du « fokonolona » pour asseoir
une démocratie populaire à tous les échelons de décision politique et administrative.
A cet effet, l’article 15 de l’ordonnance n° 76-044 du 27 décembre 1976 fixant les règles
relatives à l’organisation, au fonctionnement et aux attributions des collectivités
décentralisées prévoit que « …Sur son territoire, le Fokonolona d’une Collectivité
décentralisée détient le pouvoir révolutionnaire : administratif, législatif, juridictionnel,
défense, sécurité, économique, politique et social. »
32
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
Chaque collectivité dispose d’un organe délibérant élu pour cinq ans13. Il s’agit d’une
assemblée générale pour le Fokontany et d’un conseil populaire pour le Firaisampokontany, le
Fivondronampokontany et le Faritany. Par ailleurs, l’organe exécutif est constitué par un
comité exécutif. Il est chargé d’exécuter les délibérations des conseils populaires (ou
assemblée générale le cas échéant) et se compose de membres élus parmi les membres du
conseil populaire ou de l’assemblée générale le cas échéant.
Les relations hiérarchiques et de contrôle existant entre les collectivités décentralisées et les
organes centraux sont définies selon le principe du centralisme démocratique en vertu duquel
chaque collectivité décentralisée exerce une tutelle sur les actes et sur les organes des
collectivités décentralisées inférieures. La tutelle a pour but d’harmoniser et de contrôler le
fonctionnement et les actes des collectivités selon les règles du centralisme démocratique. Par
ailleurs, le pouvoir central peut exercer directement la tutelle de certaines collectivités
décentralisées par décret pris en conseil des ministres.
13
Article 26 de l’ordonnance n° 76-044 du 27 décembre 1976 fixant les règles relatives à l’organisation, au
fonctionnement et aux attributions des collectivités décentralisées
33
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
annuler en tant que de besoin (…) les décisions et les délibérations prises par les
collectivités décentralisées sous tutelle,
protéger les Collectivités décentralisées sous tutelle contre les erreurs, négligence et
abus de leurs représentants, des particuliers ou d’autres organismes,
veiller à ce que les délibérations et actes des Collectivités décentralisées sous tutelle
ne soient pas source de mésentente ou de création de factions au sein tant des
collectivités sous tutelle que de la collectivité décentralisée tutélaire… »
Organes centraux
(Gouvernement)
Faritany
Fivondronampokontany
Relation de
subordination
hiérarchique Relation hiérarchique et de tutelle
conformément au
principe de Firaisampokontany
centralisme
démocratique
Relation hiérarchique et de tutelle
Fokontany
Village
(Fokonolona)
34
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
Bien que les collectivités décentralisées aient été dotées d’une personnalité morale et de
l’autonomie financière14, l’exercice des tutelles par les collectivités hiérarchiquement
supérieures ne leur permet pas tellement de gérer librement leurs affaires. En effet, le principe
de centralisme démocratique prévu par la constitution limite considérablement l’autonomie
administrative et de gestion des collectivités décentralisées.
La tutelle des actes d’administration de la collectivité décentralisée couvre non seulement les
délibérations de l’assemblée générale ou du conseil populaire, mais également les décisions et
activités des comités exécutifs. Par ailleurs, les délibérations et actes à caractère financier ou
créant des structures d’intervention sont soumis à l’approbation préalable de la collectivité de
tutelle.
à la tenue de l’état-civil,
Les dispositions législatives et règlementaires prévues par la loi N° 63-015 du 15 juillet 1963
portant dispositions générales sur les finances publiques et par le décret N°68-080 du 13
février 1968 portant règlement général sur la comptabilité publique sont maintenues durant la
deuxième République.
Toutefois, l’adoption du Plan comptable général de l’Etat (PCGE) par le décret N°88-500 du
21 décembre 1988 peut être considérée comme une première innovation du système
d’information comptable au niveau de l’Etat15. Il s’inspire des concepts de la comptabilité
14
Article premier de l’Ordonnance n° 76-044 du 27 décembre 1976 fixant les règles relatives à l’organisation, au
fonctionnement et aux attributions des Collectivités décentralisées
15
Article premier du Décret N°88-500 portant approbation du Plan comptable général de l'Etat, JORDM N°1915
du 20 février 1989
35
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
économique qui ont été pris en compte par le plan comptable général malgache (PCG 87). A
cet effet, il propose, pour l’Etat, un système de comptabilité patrimoniale permettant la
production d’états financiers compatibles avec les modèles normalisés qui devront être utilisés
par les entreprises.
Ainsi se présente l’évolution du secteur public local durant la deuxième République. Nous
allons aborder celui de la troisième République dans le paragraphe qui suit.
La destitution en 1996 du président en poste, Albert ZAFY (1992 à 1996), a permis le retour
au pouvoir de Didier RATSIRAKA de 1996 à 2001. Cette deuxième investiture de la
troisième République malgache a été imprégnée, entre autres, par la révision constitutionnelle
de 1998 instituant le sénat en tant qu’organe législatif. Par la même occasion, elle réoriente la
politique de décentralisation qui est désormais basée sur les provinces autonomes, les régions
et les communes.
Les élections présidentielles de 2001 se soldent par une importante crise politique qui paralyse
l’économie du pays tout au long du premier semestre 2002. A l’issue de la crise, Marc
RAVALOMANANA prend le pouvoir et assure la présidence de la troisième investiture sous
la troisième République. Cette période est marquée par une reprise de l’organisation étatique
36
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
telle qu’elle est prévue par la constitution. Par ailleurs, aucun changement important dans la
politique de décentralisation n’intervient jusqu’en 2006. Le président Marc
RAVALOMANANA est réélu, pour une durée de cinq ans, suite aux élections présidentielles
du 3 décembre 2006.
37
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
librement par des assemblées, dont les membres sont élus au suffrage universel direct, qui
règlent par leurs délibérations les affaires dévolues à leur compétence. Il s’agit du conseil
régional pour les régions, du conseil départemental pour les départements, du conseil
municipal pour les communes urbaines et du conseil communal pour les communes rurales
(Article 3 de la Loi n°94-008). Les décisions des assemblées sont alors exécutées par un
bureau exécutif dirigé par une personnalité élu au suffrage universel direct. Le bureau exécutif
est dirigé par le président de région pour les régions, le président du département pour les
départements et le maire pour les communes (Article 52 de la Loi n°94-008). Par ailleurs, la
représentation de l’Etat est assurée par un haut fonctionnaire dont les modalités de nomination
sont fixées par la loi. Il s’agit principalement du préfet de région pour les régions et du sous-
préfet pour les départements et communes (Article premier de la Loi n°96-248).
Il est important de noter qu’à l’issue de cette première investiture de la troisième République,
les régions et les départements n’ont pas été mises en place du fait de la lenteur des réformes.
Par ailleurs, la plupart des bailleurs de fonds internationaux (Coopération françaises, Banque
Mondiale, Union Européenne) qui travaillent avec le gouvernement malgache ont concentré
leurs efforts sur l’installation de l’institution communale dans la mesure où ils ont choisi celle-ci
38
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
comme cellule de base pour la conduite des actions de développement du pays. Par la même
occasion l’institution communale a vu son autonomie et ses compétences largement accrues par
rapport à celles des « firaisampokontany » de la deuxième République.
Schéma n° 7 – Relation hiérarchique et de contrôle entre l’Etat et les CTD (constitution 1992)
Organes centraux
(Ministère de l’intérieur)
Relation de subordination hiérarchique conformément au principe de
Collectivité décentralisée
Sous-préfecture DEPARTEMENTS
déconcentration
Arrondissement COMMUNES
(collectivité décentralisée)
Quartiers
(Fokontany)
: Autorité de tutelle
39
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
La tutelle des collectivités hiérarchiquement supérieures est désormais supprimée pour faire
place à un contrôle a posteriori non plus sur l’opportunité des actes et délibérations des
assemblées locales mais sur la légalité de ces derniers.
Les compétences dévolues à chaque niveau de collectivité décentralisée sont définies par la
loi N°94-007 relative aux pouvoirs, compétences et ressources des collectivités territoriales
décentralisées16. Pour les communes, elles peuvent être résumées dans l’encadré suivant.
Encadré n° 3 – Les compétences dévolues aux collectivités locales sous la 1ère investiture de la troisième
République
Les compétences attribuées aux communes ont été définies selon les principes de proximité et d’appartenance.
Elles comprennent essentiellement « …l'identification des principaux besoins et problèmes sociaux rencontrés au
niveau de la Commune , la définition et la réalisation des programmes d'habitat et des équipements publics à
caractère urbain, toutes les opérations ayant trait à l'état civil, à la conscription militaire, au recensement de la
population, la réalisation d'actions d'aide sociales, les opérations de voirie, d'assainissement, d'hygiène, et
d'enlèvement des ordures ménagères, la réalisation et la gestion des places et marchés publics, des aires de
stationnement de véhicules, et de tout autre équipement générateur de revenu comme les abattoirs, les espaces
verts, la prévention et la lutte contre les feux de brousse, la gestion de son patrimoine propre, la construction et la
gestion des équipements et infrastructures socio – sportifs, la mise en œuvre d'actions et mesures appropriées
contre les calamités naturelles, la gestion du personnel relevant de son ressort… »
Force est de constater que l’institution communale a vu ses compétences largement accrues par
rapport à celles des « firaisampokontany » sous la deuxième République lesquelles se limitaient
simplement à l’état civil et au recensement.
Le système d’information comptable du secteur public malgache n’a connu aucune évolution
importante durant la première législature de la troisième République. En effet, les dispositions
législatives et règlementaires prévues par la loi N° 63-015 du 15 juillet 1963 portant
dispositions générales sur les finances publiques et par le décret N°68-080 du 13 février 1968
portant règlement général sur la comptabilité publique ont été maintenues au cours de cette
période. En outre, le Plan comptable général de l’Etat (PCGE), approuvé par le décret N°88-
500 du 21 décembre 1988, reste applicable uniquement au niveau de l’Etat.
16
J.O. n° 2304 du 05 juin 1995, p. 1241
40
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
Ainsi se présente l’évolution du secteur public local malgache durant la première investiture
de la troisième République. Voyons ce qu’il en est pour la deuxième investiture de la
troisième République.
La loi constitutionnelle n° 98 - 001 du 8 avril 1998 réorganise l’Etat malgache sur un système
de provinces autonomes dont les compétences et les principes de gouvernement sont définis et
garantis par la constitution (Article premier de la Loi constitutionnelle n°98-001). Les
provinces autonomes sont des collectivités publiques dotées de la personnalité juridique et de
l’autonomie administrative et financière. Elles sont organisées en collectivités territoriales
décentralisées comprenant des régions et des communes qui sont dotées chacune d’un organe
délibérant et d’un organe exécutif (Article 126, Loi n°98-001). Ainsi, les régions et les
communes deviennent des démembrements des provinces autonomes et leurs compétences
sont définies par les lois de leur province respective.
L’organe exécutif de chaque province autonome est dirigé par un gouverneur. Ce dernier est
élu par le conseil provincial lequel assure la fonction législative. Par ailleurs, la représentation
de l’Etat est assurée par un haut fonctionnaire, le Délégué général du gouvernement, chargé
de veiller au respect des répartitions de compétences, des dispositions législatives et
règlementaires.
41
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
Les législations nationales et provinciales de l’époque sont restées floues et imprécises quant
au statut (déconcentré ou décentralisé) des collectivités territoriales constituant les provinces
autonomes. Contrairement aux dispositions de l’article 126 de la constitution mentionnant que
« les provinces autonomes sont organisées en collectivités décentralisées comprenant les
régions et les communes (…) dotées chacune d’un organe exécutif et délibérant », les
informations fournies par les gouvernorats, entre autre celui d’Antananarivo, précisent que
« Les différents étages du découpage territorial malgache sont la province, la région, le
fivondronana, le firaisana et le fokontany. Les régions existent comme circonscription
administrative sous l'autorité d'un préfet, (…) elles n'existent pas en tant que collectivité
territoriale (…) le firaisana correspond presque à la notion de commune17 ». Apparemment,
les provinces autonomes ont adopté les mêmes structures et organisations administratives que
celles applicables durant la deuxième République. Dans ce cas, les démembrements des
provinces autonomes correspondent plutôt à des organes déconcentrés et non décentralisés.
La constitution de 1998 accorde plus d’autonomie aux provinces qui passent du statut de
circonscription administrative (organe déconcentré) à celui de collectivités publiques
autonomes. Néanmoins, l’autonomie accordée aux provinces ne doit pas s’effectuer au
détriment de l’unité nationale ni celui du respect des dispositions règlementaires et
constitutionnelles. C’est ainsi que le poste de Délégué général du gouvernement a été créé par
la loi 2000-17 du 4 septembre 2000 afin assurer le contrôle des actes et délibérations des
17
Voir le site du gouvernorat de la Province Autonome d’Antananarivo : [Link]
[Link]/mono_admin.shtm
42
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
organes provinciaux. Par ailleurs, les éventuels conflits de compétences entre l’Etat et les
provinces autonomes sont réglés directement par la Haute cour constitutionnelle
conformément à l’article 118 de la constitution.
Organes centraux
(Gouvernement)
Loi et
constitution
Délégué général du PROVINCES
gouvernement AUTONOMES
Relation de (Collectivités publiques)
subordination
hiérarchique
conformément Services déconcentrés de
au principe de l’Etat REGIONS Loi
déconcentration (Collectivité décentralisée) provinciale
Services déconcentrés de
l’Etat COMMUNES
(Collectivité décentralisée)
: Autorité hiérarchique
: Autorité de tutelle
43
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
gouverneur qui « …coordonne et contrôle les actes, autres que budgétaires, (…) dans les
conditions prévues par la loi provinciale et dans le respect des lois nationales18… ».
Si les compétences des provinces autonomes sont déterminées par des dispositions
constitutionnelles et règlementaires, celles des collectivités locales qui les composent, entre
autres les communes, le sont par les lois provinciales.
Encadré n° 4 – Les compétences dévolues aux collectivités locales sous la 2ème investiture de la troisième
République
L’article 7 de la loi n°2000-016 du 29 août 2000 déterminant le cadre de la gestion des propres affaires des
provinces autonomes prévoit que « …les compétences des collectivités territoriales décentralisées sont définies
par les lois de leur province respective suivant le même principe de libre gestion des affaires d'intérêt local… ».
Dans ce cas, il appartient au organes provinciaux de fixer les compétences et attributions qu’il souhaitent
accorder aux collectivités territoriales (décentralisées ou déconcentrées) se trouvant dans leur province.
Toutefois, l’article 148 de la constitution mentionne que « …les collectivités territoriales décentralisées
actuellement existantes continuent de fonctionner selon la législation en vigueur, jusqu’à la mise en place des
provinces autonomes et de leurs démembrements… ». Bien que les provinces autonomes n’aient eu qu’une
existence relativement brève, aucune loi provinciale n’ait pu définir clairement le statut et les compétences des
collectivités territoriales correspondant aux communes et régions. Aussi, serait-il plus prudent d’affirmer que
ces dernières, en tant qu’entités décentralisées, continuent de fonctionner selon les législations de 1992.
18
Article 10 de la Loi n°2001/001 du 24 octobre 2001 portant Loi statutaire de la province autonome
d’Antananarivo, sur [Link]
44
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
La deuxième investiture de la troisième République a surtout été marquée par la mise en place
des provinces autonomes en 2000. Les régions, bien que prévues par la constitution, n’ont
jamais vu le jour du fait de la lenteur des réformes. Par ailleurs, les évènements politiques de
2001 ont mis prématurément un terme aux provinces autonomes qui n’ont existé finalement
que sur une période très limitée (de fin 2000 à mi-2002). Par conséquent, les communes ont
continué à fonctionner avec les anciennes lois de la première investiture (années 1992 à
1996) dans la mesure où aucune loi provinciale définissant leurs compétences et mode de
fonctionnement n’a été publiée sur cette période.
Néanmoins, l’approbation du Plan Comptable des Opérations Publiques 2000 (PCOP 2000)
par le décret n°99-941 du 10 décembre 1999 constitue une réforme radicale par rapport à
l’ancien Plan Comptable Général de l’Etat (PCGE). Il a été conçu « …dans une optique de
contrôle au profit d’une comptabilité à la fois de droits constatés et patrimoniale… » (CSC,
1999), non seulement pour l’Etat central mais également pour les collectivités territoriales
décentralisées. Le détail de ces réformes est approfondi dans le chapitre suivant.
45
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
Après les crises de 2002, bien qu’aucun texte ne prévoit explicitement leur suppression, les
stratégies de décentralisation axées sur les provinces autonomes ont été abandonnées par le
nouveau régime. En effet, la circonscription administrative correspondant aux provinces ont
été placées sous la direction d’un collège de délégation spéciale nommé par décret du
président de la République pris en conseil de gouvernement et dont les attributions,
essentiellement de représentation de l’Etat, sont définies par l’ordonnance n°92-003 du 26
février 1992 relatives aux collectivités décentralisées. Par ailleurs, la loi organique n° 2003-
005 du 27 août 2003 fixant les modalités d'application de l'article 129-1 de la constitution19
prévoit, en son article 3, la nomination par le président de la République d’un chef de
province, secondé par deux adjoints, exerçant non seulement toutes les fonctions dévolues aux
anciens conseils de gouvernorat mais également celles du conseil provincial. Cette même loi
prévoit dans son article 4 la suspension de plein droit des commissaires généraux et permet
aux présidents ainsi qu’aux membres des délégations spéciales de continuer l’exercice de
leurs fonctions jusqu’à la nomination des chefs de provinces.
Face à cette incertitude entourant le sort des provinces autonomes, les communes, seules
collectivités décentralisées fonctionnelles jusqu’en 2004, poursuivent leur fonctionnement
selon les lois des années 1993, 1994 et 1995 sur la décentralisation20. Par ailleurs,
19
Loi organique N° 2003-005 du 27 Août 2003 fixant les modalités d'application de l'article 129.1 de la
Constitution, JO n°2853 du 28.08.03, p.2256
20
Il s’agit des Loi 95-005 du 21 juin 1995 relative aux budgets des Collectivités territoriales décentralisées, Loi
94-010 du 26 avril 1995 statut particulier Communes urbaines Nosy-Be et Sainte-Marie , Loi 94-009 du 26 avril
46
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
l’installation des régions, bien qu’elles aient été prévues par les révisions constitutionnelles de
1992 et de 1998, n’a été réalisée qu’à partir de 2004, c’est-à-dire par la loi N° 2004-001 du 17
juin 2004 relative aux régions. A cet effet, il a été créé 22 régions.
1995 portant statut particulier de la ville d’Antananarivo, Loi 94-008 du 26 avril 1995 organisation, et attributions
des collectivités territoriales, Loi 94-007 du 26 avril 1995 aux pouvoirs des Collectivités territoriales décentralisées,
Loi 94-001 du 26 avril 1995 Chefs-lieux des Collectivités Territoriales Décentralisées, Loi 93-005 Orientation
générale de la politique de décentralisation
21
Conformément aux dispositions du Décret N° 2004-299 du 3 mars 2004 fixant l'organisation, le fonctionnement
et les attributions du Fokontany, JO n°2898 du 12.04.04, p.1594
Le Fokontany est une subdivision administrative de base au niveau de la Commune. Le Fokontany, selon
l'importance des agglomérations, comprend des hameaux, villages, secteurs ou quartiers. Les habitants du
Fokontany constituent le « Fokonolona »
47
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
4.3.2) – Les relations hiérarchiques et de contrôle entre l’Etat central et les collectivités
locales
Les communes et les régions sont les seules collectivités territoriales décentralisées installées
après les crises de 2002. Les régions constituent à la fois une collectivité décentralisée et une
circonscription administrative. A cet effet, elles sont soumises à deux régimes de contrôle et
de subordination hiérarchique différents. Ces derniers sont définis par la loi n°2004-001 du 17
juin 2004 relative aux régions22 et ses décrets d’application. Quant aux communes, elles sont
soumises aux règles de contrôle définies par les anciennes lois des années 90. Ainsi, les
relations hiérarchique et de contrôle existant entre les organes centraux (ou représentation de
l’Etat au niveau local) et les collectivités territoriales décentralisées peuvent être schématisées
comme suit :
Organes centraux
(Gouvernement)
Relation de subordination hiérarchique conformément au principe de
Provinces
Collectivité décentralisée
Arrondissements COMMUNES
(collectivité décentralisée)
Fokontany
: contrôle hiérarchique
: contrôle a posteriori
22
JO n°2915 du 12.07.04, p.2556
48
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
Dans la mesure où la période après les crises de 2002 est marquée par une poursuite des
réformes définies dans les années 1990, les seuls changement intervenus se trouvent au niveau
des contrôles. En effet, les contrôles exercés sur les communes ont été confiés non plus aux
provinces ni aux sous-préfectures mais aux régions et/ou par délégation aux districts. En tant
que représentant de l’Etat dans sa circonscription, « …le chef de région (…) exerce le contrôle
de légalité des actes des autorités communales23… ». Il s’agit d’un contrôle a posteriori tel
que prévue par les lois des années 1990.
Les compétences dévolues aux collectivités locales (les communes et les régions) restent les
mêmes que celles définies par la loi n°94-007 relative aux pouvoirs, compétences et ressources
des Collectivités territoriales décentralisées24. Celles-ci ont déjà été développées dans les
paragraphes précédents.
Les plus importantes réformes de la gestion des finances publiques malgache sont
intervenues durant la troisième législature de la troisième République. Il s’agit entre
autres de l’adoption de la loi organique sur les lois de finances (LOLF) N° 2004-007 du 26
juillet 2004 introduisant la notion de budget programme au niveau de l’Etat, celui du décret
N°2005-003 portant règlement général sur la comptabilité de l’exécution budgétaire des
organismes publics remplaçant ainsi l’ancien décret N°68-080, et de l’adoption du nouveau
PCOP 2006 (Plan comptable des opérations publiques 2006) s’alignant sur les normes
comptables internationales pour le secteur public (IPSAS – International Public Sector
Accounting Standards).
Bien qu’elle devait remplacer la loi N°63-015 sur les finances publiques, la nouvelle LOLF
malgache N°2004-007 reprend les mêmes principes définis par cette dernière. Il s’agit entre
autres, de la comptabilisation des dépenses au stade de leur visa par le comptable payeur
(article 55 de la LOLF) et la prise en compte des recettes au titre du budget de l’année au
cours de laquelle elles sont encaissées (article 54 de la LOLF). Toutefois, sa principale
23
Article 8 du décret n° 2004-859 du 17 septembre 2004
24
J.O. n° 2304 du 05.0695, p. 1241
49
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
* * *
Le paysage administratif malgache a été modifiés à de nombreuses reprises avec, néanmoins,
une certaine permanence de l’échelon communal. Par ailleurs, il existe une forte tradition de
centralisation de l’Etat à travers les structures déconcentrées.
Mais ce qui nous intéresse ce sont les structures décentralisées car elles ont a priori des
besoins en terme de système d’information de gestion financière et comptable. Parmi les
structures décentralisées, ce sont les communes qui sont les plus intéressantes à étudier du fait
de leur antériorité. En outre, elles ont été privilégiées comme niveau de développement par les
bailleurs de fonds. Or, le bref aperçu du système d’information des communes montre une
forte tradition de comptabilité de caisse récemment modifiée par l’adoption du PCOP 2000 et
du PCOP 2006. Est-ce que ces dernières innovations comptables sont à même de répondre au
attentes des communes et à leur besoins ?
50
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
51
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
Ensuite, les enquêtes de terrain ont été réalisées sur une durée de cinq mois allant du 1er mars
2006 au 31 juillet 2006. Elles ont été réalisées auprès de 16 communes se répartissant comme
suit :
Soixante quatre entretiens ont été réalisés auprès des différents responsables locaux tels que le
maire, le président du conseil communal ou municipal, le comptable du Trésor, l’agent
comptable de la commune (pour les communes rurales de deuxième catégorie), le chef de
district ou le chef d’arrondissement administratif (en leur qualité de représentant de l’Etat), et
le chef de centre fiscal.
La collecte et le traitement des informations ont été réalisées par dépouillement des entretiens,
de codage, d’élaboration de fiche de synthèse et de matrice.
52
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
25
Article 125 à 127 de la Constitution du 18 septembre 1992
26
Loi n° 93-005 portant orientation générale de la politique de décentralisation, Loi n° 94-001 du 26 avril 1995
relative aux Chefs-lieux des Collectivités Territoriales Décentralisées, Loi n° 94-007 du 26 avril 1995 relative aux
pouvoirs des Collectivités territoriales décentralisées, Loi n° 94-009 du 26 avril 1995 portant statut particulier de
la ville d’Antananarivo, Loi n° 94-010 du 26 avril 1995 statut particulier Communes urbaines Nosy-Be et Sainte-
Marie, Loi n° 95-005 du 21 juin 1995 relative aux budgets des Collectivités territoriales décentralisées
27
Article 126 de la Loi constitutionnelle n° 98-001 du 08 avril 1998, JO n° 2495 du 08 avril 1998, p.1260 à 1286
28
Article 7 de la Loi n° 2000-016 du 29 août 2000 déterminant le cadre de gestion des propres affaires des
provinces autonomes
53
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
En outre, l’Etat dispose seul du pouvoir de réglementation générale lui permettant de fixer,
par les lois et leurs décrets d’application, les conditions d’exercice par les collectivités
territoriales de leurs compétences30.
29
Article 132 de la constitution du 18 septembre 1992
30
Article 9 de la Loi n° 93-005 portant orientation générale de la politique de décentralisation, JO n° 2241 du 02
mai 1994, p.1057, modifiée et complétée par la loi n° 94-039 du 3 janvier 1995, JO n° 2296 du 17 avril 1995,
p.902
54
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
Chapitre 3
DES COMMUNES
La prise en charge effective des compétences énumérées par la loi diffère selon que la
commune soit une commune urbaine ou une commune rurale. Dans le cas de notre
échantillon, bien que les informations fournies par nos entretiens ne puissent être généralisées,
les communes urbaines et les communes rurales périphériques du grand Antananarivo ont
moins de difficultés que les autres communes dans l’exercice de leurs compétences. D’une
manière générale, la prise en charge se présente comme suit :
55
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
Tableau n° 8 – Prise en charge par les communes urbaines et communes périphériques du grand
Antananarivo des compétences transférées
56
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
En ce qui concerne les autres communes rurales, la prise en charge des compétences se
présente comme suit :
Tableau n° 9 – Prise en charge par les communes rurales des compétences transférées
L’organisation des communes rurales (autres que les communes périphériques du Grand
Antananarivo) telle que nous l’avons observé montre que ces dernières ne sont pas en mesure
57
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
d’assurer la prise en charge de toutes les compétences qui leur ont été dévolues par la loi.
Notre enquête révèle notamment que la plupart des communes rurales, surtout de deuxième
catégorie, n’ont prévu aucune structure devant assumer les tâches relatives à la « définition et
la réalisation des programmes d’habitat et des équipements publics ». Les autres tâches
relatives aux « opérations relatives à la circonscription militaire, au recensement de la
population » sont assurées, dans la plupart des cas, par les représentants de l’Etat tel que le
chef de district ou le chef d’arrondissement administratif. Par ailleurs, celles relatives à « la
réalisation d’actions d’aides sociales, la prévention contre les feux de brousse, la
construction et la gestion des équipements et infrastructures socio sportifs, la mise en œuvre
des actions et mesures appropriées contre les calamités naturelles » ne sont pas réalisées. En
outre, « la réalisation des places et marchés publics, des aires de stationnement de véhicules
et tout autre équipement générateur de revenu comme les abattoirs, les espaces verts » sont
financées par des bailleurs de fonds ou projets de développement tels que le FID (Fonds
d’Intervention pour le Développement). La gestion des infrastructures réalisées par le FID est
ensuite confiée à la commune qui assure, à travers un régisseur, le recouvrement des recettes
correspondantes.
31
J.O. n° 2304 du 05.06.95, p. 1241
58
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
59
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
Théoriquement, les ressources transférées aux communes devraient leur permettre d’assurer le
financement des compétences qui leur sont dévolues par la loi. Toutefois, notre enquête révèle
que l’apport de chaque catégorie de ressources dans le budget communal n’atteint pas le
même degré d’importance. En effet, la plupart des communes urbaines et communes rurales
périphériques du Grand Antananarivo ont bénéficié des projets de « renforcement de
capacités » financés par les bailleurs de fonds internationaux tels que la Banque mondiale ou
la coopération française. L’intervention de ces projets a permis une amélioration importante
des ressources fiscales grâce notamment à la mise à jour du recensement fiscal en matière
d’impôt foncier, à l’amélioration des procédures de recouvrement, de gestion et d’édition des
rôles. Quant aux autres communes rurales, le taux de recouvrement des impôts fonciers y est
très médiocre faute d’actualisation des bases de données fiscales et d’amélioration des
procédures de recouvrement. Elles se contentent par conséquent de ressources de moindre
importance telles que les droits de place au marché, les ristournes sur les produits agricoles ou
encore les redevances et droits sur services rendus.
Les informations que nous avons recueillies mettent en évidence l’existence d’un écart
grandissant entre les ressources des communes urbaines et celles des communes rurales
périphériques du Grand Antananarivo d’une part, et les ressources des communes rurales
d’autre part. En effet, ces dernières dépendent complètement des subventions émanant de
l’Etat pour assurer leur fonctionnement. Elles peinent à se financer sur les ressources propres
qui leur ont été transférées par la loi. En revanche, les deux premières catégories ne
rencontrent pas trop de difficultés à se financer sur les ressources propres bien que les
subventions de l’Etat jouent un rôle relativement important pour leur fonctionnement. Nos
données confirment l’estimation établie par la Banque mondiale concernant la composition
des recettes au niveau des communes urbaines et communes rurales.
Tableau n° 10 – Composition des recettes des communes urbaines et communes rurales (estimation)
Communes urbaines Communes rurales
Grand Antananarivo Moyenne nationale
Part des recettes propres 72% 47% 25%
Dont :
- Recettes fiscales 34% 17% 12%
- Redevance d’utilisation 28% 27% 11%
- Autres 10% 3% 2%
Part des transferts 28% 53% 75%
(Source : Banque mondiale, 2004)
60
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
L’Etat est représenté par un chef d’arrondissement administratif et un chef de district rattachés
au chef de région34. Les chefs de districts, en tant que représentant de l’Etat, ont entre autres
pour mission d’effectuer un contrôle a posteriori sur la légalité des actes des collectivités
locales. En effet, le principe de la libre administration35 prévue par la constitution met fin au
pouvoir de tutelle et de contrôle préalable de l’Etat central sur les actes et délibérations des
collectivités locales. Néanmoins, ils peuvent saisir les tribunaux administratifs ou financiers
en cas d’irrégularités constatées.
32
Article 52 de la Loi n° 94-008 du 26 avril 1995 fixant les règles relatives à l'organisation, au fonctionnement et
aux attributions des collectivités territoriales décentralisées, J.O. n° 2304 du 05.06.95, p.1247
33
Article 3 de la Loi n° 94-008 du 26 avril 1995
34
Conformément aux dispositions de l’article 32 du décret N° 2005-012 du 11 janvier portant création des
Districts et des Arrondissements administratifs (JO n°2957 du 28.02 05, p.2693), « Les Préfets, Sous-préfets et
leurs Adjoints ainsi que les Délégués des Arrondissements administratifs continuent d'exercer leurs fonctions
jusqu'à la nomination des Chefs de District, de leurs Adjoints et des Chefs d'Arrondissements. »
35
Article 127 de la constitution du 18 septembre 1992
61
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
MINISTERE DE
L’INTERIEUR
Chef de région
Relation
hiérarchique
CONTROLE DE LEGALITE
Chef de district
ADMINISTRATION COMMUNALE
Chef
d’arrondissement
ORGANE Contrôle BUREAU
DELIBERANT : EXECUTIF :
Délibérations
conseil municipal Maire +
ou communal adjoint
Il appartient au Maire de désigner les membres du bureau exécutif qui vont l’assister pour
l’administration de la commune.
Une enquête menée par la Banque Mondiale révèle qu’en général, la mairie est constituée de
deux adjoints et d’un minimum de trois chefs de service (finances, administration générale,
secrétaire d’état civil). Beaucoup de communes ont aussi des services de nettoyage, de
sécurité et d’ingénierie (technique)36.
36
BANQUE MONDIALE (2004), « Décentralisation à Madagascar », Une étude de la Banque Mondiale
concernant un pays, Banque internationale pour la reconstruction et le développement/Banque mondiale,
Washington, D.C. 20433 (États-Unis d'Amérique), Juillet 2004
62
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
Les pouvoirs et attributions du Maire sont définis par la loi N° 94-008 du 26 avril 199537 et le
Décret N° 96-898 du 25 septembre 199638. A cet effet, il exerce :
Dans ce cas, le Maire prépare l’ordre du jour du conseil lequel est arrêté de concert
avec le président du Conseil. Il prépare également le budget de la commune avec
les autres membres du bureau exécutif et le concours des services déconcentrés de
l’Etat avant de le proposer au Conseil. Le Maire assure également une liaison
permanente avec le Conseil et le Représentant de l’Etat territorialement compétent
par la transmission de rapports périodiques, de copies des décisions et arrêtés ou
autres documents jugés utiles39.
Le Conseil peut à tout moment mettre fin à une délégation. Lorsque le Conseil n’a
pas accordé de délégation chaque décision fait l’objet d’une délibération préalable.
37
Loi n° 94-008 du 26 avril 1995 fixant les règles relatives à l'organisation, au fonctionnement et aux attributions
des collectivités territoriales décentralisées, J.O. n° 2304 du 05.06.95, p.1247
38
Décret n° 96-898 du 25 septembre 1996 fixant les attributions du Maire, J.O. n° 2392 du 21.10.96, p. 2789
39
Article 3 à 4 du Décret n° 96-898 du 25 septembre 1996 fixant les attributions du Maire, J.O. n° 2392 du
21.10.96, p. 2789
40
Article 5 à 6 du Décret n° 96-898 du 25 septembre 1996
41
Article 7 à 18 du Décret n° 96-898 du 25 septembre 1996 fixant les attributions du Maire, J.O. n° 2392 du
21.10.96, p. 2789
63
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
L’organe délibérant, le conseil municipal pour les communes urbaines et le conseil communal
pour les communes rurales, est chargé de régler les affaires de la commune à travers ses
délibérations et de surveiller par la même occasion les actes du bureau exécutif. Il est dirigé
par un bureau composé d’un Président, d’un vice-président et de deux rapporteurs, tous élus
parmi les conseillers.
Les compétences du conseil sont définies par la loi N° 94-008 du 26 avril 1995 et ses
délibérations portent, entre autres, sur le budget et le compte administratif présentés par le
Maire, la création de services, d’organismes et d’établissements locaux, l’ensemble des
opérations sur le patrimoine (vente, affectation…) ou les radiations d’hypothèques, les
emprunts, le plan d’urbanisme, la modification des infrastructures communales (voies,
réseaux...), l’acceptation des dons et legs, les engagements en garantie, la détermination des
modalités de la participation de la commune aux travaux entrepris en commun avec d’autres
collectivités territoriales, la concession ou l’affermage des services et infrastructures,
l’institution et la fixation des impôts et taxes autorisées par la loi, la fixation des tarifs des
services et de l’usage du domaine, la désignation des représentants de la Commune à la
Commission Administrative chargée d’arrêter les listes électorales. Le nombre des conseillers
municipaux/communaux est fixé par la loi n°94-006 relative aux élections territoriales.
64
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
Chaque conseiller doit être membre d’au moins une commission qui est chargée de préparer
les travaux du conseil. Les principales commissions de l’organe délibérant sont :
- existence des infrastructures de base telles que les voiries, équipements collectifs,
hôtel de ville42…
Par ailleurs, d’autres critères reposant sur l’importance des ressources localement disponibles
permettent de distinguer deux catégories de communes (rurales ou urbaines) :
42
Article 6 de la Loi n° 94-001 du 26 avril 1995 fixant le nombre, la délimitation, la dénomination et les chefs-
lieux des collectivités territoriales décentralisées avec amendements J.O. n° 2304 du 05.06.95, p. 1214
43
Décret n° 95-381 du 26 mai 1995 portant classement des communes en communes urbaines ou en communes
rurales, JO n° 2313 du 21 juillet 1995, p.1700 complété par le Décret n°2003-846 du août 2003 fixant en annexe
B bis la liste des communes rurales
65
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
Catégories de
communes Sous catégories Nombres en %
Hors catégorie 1 0,06%
URBAINES Première catégorie 6 0,39%
Deuxième catégorie 38 2,44%
Sous-total – communes urbaines 45 2,89%
Première catégorie 58 3,72%
RURALES
Deuxième catégorie 1 455 93,39%
Sous-total – communes rurales 1 513 97,11%
TOTAL GENERAL 1 558 100,00%
Catégories de
communes Sous catégories Nombres
RURALES Première catégorie 58
Périphérie du grand TANA 27
Deuxième
catégorie Hors périphérie du grand
TANA 1 428
Sous-total 2ème catégorie 1 455
TOTAL COMMUNES RURALES 1 513
(Source : notre enquête, 2006)
Ces communes ont bénéficié du soutien de la Coopération française dans les années 1990 à
2000. Il s’agit essentiellement du projet FAC ADAT « Appui au développement de
l’Agglomération de Tananarive ». Les actions entreprises dans le cadre de ce projet
s’articulent autour d’une intervention sur les ressources financières municipales et, en
particulier, l'impôt foncier sur la propriété bâtie (nouveau recensement, amélioration du
recouvrement), d’un appui à la mise en place d'une politique de la ville avec une
66
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
Parmi les neuf communes rurales de 2ème catégorie de notre échantillon, quatre se situent à la
périphérie d’Antananarivo. Elles ont toutes bénéficié du projet FAC ADAT de la coopération
française et sont membres du FIFTAMA. L’analyse de la taille de leurs budgets et la
comparaison de ces derniers au budget des autres communes rurales et communes urbaines est
résumée dans le tableau suivant :
Le tableau ci-dessus montre que la taille du budget des communes rurales périphériques
d’Antananarivo est largement plus important que celui des autres communes rurales. Par
ailleurs, l’estimation du nombre de leurs habitants par le projet FAC ADAT en 2000 dépasse
le critère fixé par la loi pour obtenir le statut de communes urbaines.
67
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
Compte tenu de nos observations sur le terrain, le critère de classification prévue par la loi
semble obsolète et ne reflète plus la réalité communale. En effet, les informations que nous
avons recueillies sont assez révélatrices, tout au moins pour les communes rurales
périphériques d’Antananarivo, de la nécessité d’une révision de la classification
administrative des communes. Le classement desdites communes périphériques en communes
rurales de première catégorie, ou pourquoi pas en commune urbaine de deuxième catégorie,
semble donc se justifier non seulement par l’importance des fonds gérés au niveau de ces
communes mais également par le nombre, en perpétuelle croissance, de leurs habitants et
surtout par le développement des infrastructures communales de base dont elles disposent.
44
Article 24 du Décret n° 2005-003 du 04 janvier 2005 portant règlement général sur la comptabilité de
l’exécution budgétaire des organismes publics, [Link]
68
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
catégorie car l’article 293 du décret 2005-003 portant règlement général sur la comptabilité de
l’exécution budgétaire des organismes publics autorise le maire de ces communes à nommer,
sous l’approbation du chef de région, un trésorier communal qui lui est directement rattaché.
L’organisation de la fonction comptable au niveau d’une commune diffère donc selon que
celle-ci soit une commune urbaine, une commune rurale de première catégorie ou une
commune rurale de deuxième catégorie.
Le comptable du Trésor gère les crédits de la commune et contrôle la régularité des dépenses
(contrôle de l’ordonnateur, contrôle des signatures et des pièces justificatives, disponibilité
des crédits…) avant d’effectuer le paiement correspondant46. En fin d’exercice, il procède au
rapprochement entre son compte de gestion et le compte administratif du maire auquel il
délivre un certificat de conformité. Par ailleurs, les comptes de gestion produits par le
comptable public sont soumis au contrôle et à la vérification du tribunal financier lequel
établit par ses jugements si le comptable est quitte, en avance ou en débet. En cas de jugement
de débet, le comptable engage sa responsabilité pécuniaire et doit solder le débet47.
Les actes budgétaires et comptes administratifs du bureau exécutif (du Maire et ses équipes)
sont aussi soumis au contrôle de légalité du Chef de district. Ce dernier peut ordonner des
corrections pour les irrégularités constatées ou saisir le tribunal administratif et financier pour
régler ces dernières48.
45
Article 278 à 281 du Décret n° 2005-003 du 04 janvier 2005 portant règlement général sur la comptabilité de
l’exécution budgétaire des organismes publics
46
Article 285 du Décret n° 2005-003 du 04 janvier 2005 portant règlement général sur la comptabilité de
l’exécution budgétaire des organismes publics
47
Article 141 de la Loi n° 2004-021 du 19 août 2004 modifiant certaines dispositions de la loi n°2001-025 du 9
avril 2003 relative au Tribunal administratif financier, JO n°2926 du 06.09.04, p.3131
48
Article 118 à 126 de la Loi n° 94-008 du 26 avril 1995 fixant les règles relatives à l'organisation, au
fonctionnement et aux attributions des collectivités territoriales décentralisées, J.O. n° 2304 du 05.06.95, p.1247
69
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
REGION
Saisir si
CHEF DE irrégularité TRIBUNAL
DISTRICT ADMINISTRATIF
TRIBUNAL
CONTROLE DE LEGALITE FINANCIER
Service
comptabilité
CONTROLE DE LA
(*) : le nombre de direction peut CONFORMITE
varier d’une commune à l’autre
Budget et Compte de gestion et
comptabilité comptabilité tenue en
administrative tenue partie double
en partie simple
Le système reprend les mêmes principes que celui des communes urbaines. Néanmoins, le
percepteur principal tient lieu de comptable public au niveau des communes rurales de
première catégorie. Par ailleurs, la taille et le volume des opérations réalisées au niveau de ces
communes sont relativement moins importants par rapport aux communes urbaines. Il est
alors fréquent de n’y rencontrer qu’un service comptabilité ou même un simple agent
comptable au lieu d’une direction financière.
70
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
Schéma n° 13 – Organisation de la fonction comptable au niveau d’une commune rurale de 1ère catégorie
REGION
Saisir si
CHEF DE irrégularité TRIBUNAL
DISTRICT ADMINISTRATIF
TRIBUNAL
CONTROLE DE LEGALITE FINANCIER
CONTROLE DE LA
CONFORMITE
Le trésorier assure le maniement des deniers de la commune, l’encaissement des recettes ainsi
que le paiement des dépenses jusqu’à concurrence des crédits votés dans le budget. Il exerce
49
Article 293 du décret n° 2005-003 du 04 janvier 2005 portant règlement général sur la comptabilité de
l’exécution budgétaire des organismes publics
71
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
les mêmes contrôles de régularité prévus par l’article 13, 14 et 15 du décret n°2005-003
portant règlement général sur la comptabilité de l’exécution budgétaire des organismes
publics. Tout paiement irrégulier engage sa responsabilité sur ses deniers personnels.
REGION
Saisir si
irrégularité
TRIBUNAL
CHEF DE ADMINISTRATIF
DISTRICT
COMMUNE
CONSEIL Délibérations MAIRE
COMMUNAL
Secrétaire Trésorier
comptable communal
50
Article 329 du Décret n° 2005-003 du 04 janvier 2005 portant règlement général sur la comptabilité de
l’exécution budgétaire des organismes publics
72
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
justifie par le faible niveau de complexité des opérations qu’elles gèrent et la taille de leurs
budgets.
Les principales opérations effectuées par les communes sont basées sur le budget qui est à la
fois un acte de prévision et un acte d’autorisation. Par conséquent, aucune opération, qu’elle
soit de recettes ou de dépenses, ne peut être effectuée sans autorisation budgétaire préalable.
En outre, les opérations d’exécution budgétaire sont récapitulées dans le compte administratif
afin de constater le résultat de l’exercice.
a) – Le budget
Le budget est l’acte par lequel le conseil municipal prévoit et autorise les recettes et les
dépenses de l’exercice. Il est donc à la fois un acte de prévision, en ce sens que les recettes et
les dépenses qui y sont inscrites ont un caractère estimatif, leur montant pouvant être
ultérieurement ajusté en cas de besoin par des « décisions modificatives », et un acte
d’autorisation car le niveau des crédits ouverts au budget en matière de dépenses, comme
parfois en matière de recettes (pour les emprunts notamment), est une limite maximale qui
s’impose au maire, trésorier et/ou au receveur municipal. Aucun dépassement n’est possible,
et toute ouverture de crédits supplémentaires nécessite l’accord préalable du conseil municipal
ou communal.
Le budget des communes se décompose en plusieurs documents qui doivent être équilibrés en
recettes et en dépenses:
73
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
i) – Elaboration du budget
Le budget est préparé par le bureau exécutif et soumis au vote du conseil municipal ou conseil
communal. Le maire peut demander l’assistance technique des services déconcentrés
(comptable du Trésor, chef d’arrondissement administratif, chef de centre fiscal) dans
l’élaboration du budget.
Pratiquement, le budget de l’année N est établi par rapport au compte administratif de N-1,
c’est-à-dire que les responsables exécutifs des communes établissent leur budget en fonction
des réalisations de l’année précédente. La plupart des communes ne disposent donc pas de
vision, ni de plan de développement à long ou moyen terme pour leur servir de cadre
d’élaboration et de gestion budgétaire.
74
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
Après son élaboration, le bureau exécutif soumet le budget à un premier examen des
conseillers (président du conseil et commissions finances). Ces derniers y apportent leurs
suggestions pour d’éventuelles modifications avant de procéder au vote et à l’approbation
définitive du budget en session ordinaire. Après le contrôle de régularité effectué par le
représentant de l’Etat, le maire assure la publication et la mise en exécution du budget à
travers un arrêté municipal.
Conseil municipal
Maire et bureau ou Représentant de l’Etat Maire et bureau
exécutif Conseil communal exécutif
En tant qu’ordonnateur principal du budget communal, le maire exécute le budget voté par le
conseil municipal (ou communal) tant en recettes qu’en dépenses.
La procédure d’exécution des recettes comprend trois phases : la liquidation et l’émission des
titres de recettes par l’ordonnateur et le recouvrement par le comptable public. Au niveau des
dépenses, la procédure d’exécution comprend l’engagement, la liquidation et le mandatement
par l’ordonnateur et le paiement par le comptable public. Les trois premières phases sont
assurées par l’ordonnateur tandis que le paiement incombe au comptable public.
75
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
b) – Le compte administratif
Le compte administratif est un tableau, établi par le Maire, qui fournit des informations sur les
résultats d’exécution du budget. Il fournit des informations, non seulement sur les prévisions
et autorisations ouvertes au budget, mais également sur le total des émissions de titres de
recettes et de mandats de paiement imputé à chaque ligne budgétaire.
Ce document reprend l’ensemble des comptes ouverts par décision budgétaire et présente
pour chaque section en investissement et en fonctionnement, le solde d’exécution de
l’exercice.
c) – Le compte de gestion
Etabli par le comptable public, le compte de gestion est un document de synthèse qui fournit
les informations sur l'évolution de la situation patrimoniale et financière de la commune. Il
permet également de justifier l’exécution du budget en présentant tous les comptes
mouvementés au cours de l’exercice.
51
Article 21 de la Loi n° 95 005 relative aux budgets des collectivités territoriales décentralisées, JO n° 2308 du
03 juillet 1995 p.1440
76
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
Les communes ayant bénéficié des projets financés par la Coopération française et/ou par la
Banque Mondiale ont été dotées de matériels informatiques et de logiciels de gestion pour
assurer un meilleur suivi de leur budget et de leur compte administratif.
Les logiciels qu’elles utilisent permettent d’effectuer une gestion budgétaire complète. Ils
possèdent des fonctionnalités répondant à plusieurs tâches relatives à l’élaboration et à
l’exécution du budget tant en recette qu’en dépense, à la gestion comptable des engagements
et l’établissement du compte administratif.
77
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
liquidés, de l’état des liquidés non mandatés, des mandats non comptabilisés,
des mandats non payés et du compte administratif
Les communes adoptant une gestion partiellement informatisée sont celles qui possèdent des
matériels informatiques mais qui ne disposent pas de logiciel de gestion comptable ou bien
elles en disposent mais ces derniers demeurent inexploités faute de personnel formé. Ces
communes utilisent les tableurs du type Excel pour établir leur budget et compte administratif.
Le suivi de l’exécution budgétaire s’effectue manuellement soit en utilisant les documents au
format papier vendu par l’imprimerie nationale soit sur des registres et/ou cahiers
confectionnés par le comptable de la commune et tenant lieu de grand livre. Lesdits registres
sont côtés et paraphés par le Maire.
Le suivi de la trésorerie pour les communes rurales s’effectue par la tenue d’un livre journal
au format papier vendu par l’imprimerie nationale et mettant en évidence après chaque
opération de recette ou de dépense la date, l’objet, le numéro de pièce et le solde de l’encaisse
ou de la banque.
Les communes adoptant une gestion manuelle sont celles qui ne possèdent ni logiciel de
gestion comptable et budgétaire ni matériels informatiques pour assurer leur gestion
financière. Le budget et le compte administratif sont établis à partir des documents au format
papier vendus par l’imprimerie nationale. Le suivi de la trésorerie et celui de l’exécution
budgétaire reprennent les mêmes principes que le cas précédent.
* * *
A Madagascar, le paysage de l’administration communale se caractérise par l’existence d’un
écart important entre les communes urbaines et les communes rurales. Ce décalage se
manifeste non seulement au niveau de la prise en charge des compétences transférées mais
78
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
Durant les années 1990, les communes urbaines et les communes rurales périphériques de la
commune urbaine d’Antananarivo ont pu augmenter considérablement leurs recettes grâce à
l’intervention des différents projets de développement sur l’amélioration de leurs ressources
financières notamment en matière d’impôts fonciers (réalisation de recensement fiscal,
conception et/ou actualisation de bases de données fiscales, informatisation de la gestion des
rôles, amélioration des procédures de recouvrement…). Elles ont également bénéficié d’un
appui pour l’amélioration du fonctionnement de l’institution communale (formation,
informatisation de la gestion budgétaire et comptable, dotation de matériels informatiques,
réhabilitation de bâtiments administratifs, construction de marchés publics…).
Les communes rurales par contre ont vu très peu d’amélioration de leurs ressources
financières. Elles sont complètement dépendantes des subventions et des transferts émanant
de l’Etat central pour compléter les maigres recettes qu’elles tirent des services rendus (droits
pour l’état-civil, redevances et droits administratifs divers, droits sur les places de marché…).
Par ailleurs, le niveau de formation et de qualification de leur personnel est considérablement
inférieur à celui des communes urbaines et des communes rurales périphériques
d’Antananarivo. Il ressort de cette situation que l’organisation et la gestion administrative et
financières des communes rurales sont très simples, voire rudimentaires par rapport aux autres
communes.
Ainsi, face à l’accroissement des compétences que doivent gérer les communes, il apparaît
que le système d’information financière et comptable des communes malgaches, et tout
particulièrement des communes rurales, ne leur permet pas de prendre des décisions avisées
ce qui est pourtant la finalité affichée théoriquement d’un système d’information.
C’est ce constat qui nous a amené à nous focaliser sur la création d’un outil comptable tenant
compte de leur degré d’informatisation quasi nul et du manque de qualification du personnel.
Il s’agit également d’une problématique à laquelle fait face les bailleurs de fonds qui
souhaitent améliorer la gestion et les comptes rendus de l’utilisation des fonds octroyés.
79
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
CONCLUSION DU CHAPITRE 1
81
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 1 – La place du secteur public local malgache : une décentralisation récente
humaines, matérielles et financières par rapport aux secondes. Bien que les compétences qui
leur ont été transférées par la loi soient pratiquement les mêmes, les moyens (financier,
matériel et humain) que ces dernières disposent pour exercer lesdites compétences sont
largement insuffisants tant en quantité qu’en qualité.
Malgré le fossé existant entre les communes urbaines et les communes rurales, Madagascar
s’est engagée dans un vaste programme de réforme visant à améliorer la gestion publique tant
au niveau central que local. Notre enquête préliminaire montre, au moins indirectement que
l’application des réformes comptables entreprises pour améliorer la gestion des communes
semble très partielle. Il en résulte une pratique comptable révélant des lacunes graves du
système d’information malgré une volonté politique d’améliorer la gestion comptable et
budgétaire des communes. Mais en quoi consistent ces réformes ? D’où viennent-elles ? Et
quel est le degré de cette application partielle ?
L’analyse des réformes comptables et celles des contraintes liées au contexte local sont donc
approfondies dans le chapitre 2.
82
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
CHAPITRE 2
L’ELARGISSEMENT DU FOSSE ENTRE LA
DOCTRINE COMPTABLE ET LA
PRATIQUE DES COMMUNES
Au cours des années 1980, l’application des réformes inspirées des modèles néo-libéraux par
les pays développés et principalement ceux de l’OCDE a connu un succès tel que les
institutions de Bretton Woods en ont fait un modèle de référence pour les pays en voie de
développement. Les pressions de la Banque Mondiale et du FMI dans les années 1988-1990
ont conduit le gouvernement malgache à adopter, à travers le Document Cadre de Politique
Economique (DCPE), un vaste programme d’ajustement structurel visant principalement le
désengagement de l’Etat par le biais de la privatisation d’une part, et de la décentralisation
d’autre part.
83
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
Malgré une politique de décentralisation très récente, la responsabilisation des communes tant
en matière administrative que financière prend de l’importance avec une vitesse telle que les
outils administratifs et surtout comptables dont elles utilisent paraissent rudimentaires et
complètement dépassés. Depuis 2000, une série de réformes du système d’information
comptable du secteur public ont été initiées par le gouvernement malgache avec l’appui de ses
principaux bailleurs de fonds et partenaires internationaux. Ces derniers (Banque mondiale,
FMI, Union Européenne…) conditionnent l’obtention des financements par la mise en œuvre
de réformes visant à améliorer la gestion des finances publiques. Pour asseoir leur légitimité
vis-à-vis des parties prenantes, les autorités malgaches se sont inspirées des expériences
étrangères dans la conduite des réformes du secteur public. C’est ainsi que le PCOP 2000 et
PCOP 2006 ont été inspirées des normes comptables internationales pour le secteur public
(IPSAS) tandis que la nouvelle Loi Organique sur les Lois de Finances N° 2004-007 (LOLF),
véritable révolution pour la constitution financière de l’Etat, est essentiellement copiée sur la
LOLF française. Néanmoins, ces réformes sont-elles adaptées aux contingences et contraintes
locales ?
L’objectif de ce chapitre est de montrer l’existence d’un écart important entre la doctrine
comptable et les pratiques locales. En effet, les réformes entreprises sont inappropriées car
elles ne tiennent pas compte des contingences locales. Ainsi, nous allons expliquer, à l’aide de
la théorie néo-institutionnelle l’adoption par mimétisme des référentiels comptables
malgaches (Section 1). Ensuite, nous allons utiliser la théorie de la contingence pour mettre en
évidence l’incompatibilité des référentiels comptables aux contraintes et contingences locales.
84
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
Cet important engouement, non seulement dans l’adoption des réformes issues du new public
management mais également de celles issues de la normalisation comptable internationale,
confère à ces concepts une légitimité telle que les institutions de Bretton Woods en ont fait un
modèle de référence pour les réformes du secteur public dans les pays en voie de
développement. En effet, HUFTY (1998, p.22) soutient que la Banque Mondiale et le Fonds
52
KRISTENSEN J.K., GROSZYK W.S. et BÜHLER B., « L’élaboration et la gestion des budgets centrés sur
les résultats », in Revue de l’OCDE sur la gestion budgétaire, volume 1, n°4, pp.7-37, 2002
85
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
Monétaire International ont été inspirés par l’école néo-libérale de Chicago pour la conduite
des réformes du secteur public dans les pays du tiers monde. Par ailleurs, CHAN (2003,
traduit par LANDE, 2004, p.665) met en évidence que les organismes internationaux et les
principaux pays donateurs sont de plus en plus exigeants envers les pays pauvres. Faisant
allusion à la nécessité d’un langage international d’information financière, il précise que les
pays et organismes emprunteurs exigent une comptabilité plus fiable leur permettant de
s’assurer que les fonds empruntés sont correctement gérés. Dans le cas de Madagascar, ces
réformes se sont concrétisées par l’adoption de la loi organique sur les lois de finances LOLF
n°2004-007 du 24 juillet 2004 et celui du Plan Comptable des Opérations Publiques 2006 ou
PCOP 2006 cohérent avec les normes comptables internationales IPSAS.
L’objet de cette section est d’analyser les réformes initiées par l’Etat malgache et qui affectent
le système comptable et budgétaire des communes. Comme il a été expliqué précédemment,
l’adoption de ces réformes semble résulter d’un mouvement observé au niveau international.
De ce fait, il est important de voir dans un premier temps les différents concepts issus de ce
mouvement international, c’est-à-dire le new public management et les normes comptables
internationales « IPSAS ». Sachant que le comportement des autorités malgaches dans
l’adoption des réformes s’apparente visiblement à une recherche de légitimité auprès des
principaux bailleurs de fonds, il semble intéressant de mener une analyse institutionnelle des
réformes du secteur public en général avant de présenter les réformes spécifiques au cas
malgache.
86
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
L’adoption des méthodes et concepts issus des entreprises constitue une véritable révolution
dans la sphère publique (MILOT, 2005, p.102). Selon BEZES (2005, p.10) le new public
management se présente comme une doctrine de gestion publique à la fois cohérente,
apolitique et internationale. Il cite POLLIT (1990) pour souligner que le new public
management s’inspire de l’économie (théorie économique du choix public, théorie des coûts
de transactions, et théorie de l’agence), de la gestion et du management des entreprises
privées. Par ailleurs, certains auteurs comme OSBORNE (1993) et GEABLER (1993)
considèrent que le new public management constitue un nouveau cadre analytique pour
comprendre et penser la gestion publique. A cet effet, ils le présentent comme un nouveau
paradigme, au sens de KHUN, remplaçant le paradigme wébérien de l’administration
publique. D’autres auteurs comme HOOD (1995), FLYNN et STREHL (1996) remarquent,
après analyse comparative des réformes relatives à l’application du new public management
dans les pays de l’OCDE, que ce concept représente un changement important.
Sur la base d’une étude comparative, MONKS (1998, p.79) établit une classification des
expériences menées par les pays de l’OCDE. Il établit un premier groupe composé du
Royaume-Uni et de la Nouvelle-Zélande, lesquels présentent des réformes appuyées sur une
démarche radicale s’inspirant du marché. Les réformes y ont été conduites, tant au niveau
national que local, selon une approche descendante et visaient à restructurer le secteur public
sur la base du modèle privé. Ensuite, il identifie un second groupe composé des Etats-Unis, de
l’Allemagne, de la Suisse, et des Pays-Bas. Ce groupe représente les pays ayant mené des
réformes selon une dynamique ascendante. C’est au niveau local que les réformes s’y
remarquent le plus. Contrairement aux groupes précédents, ils tentent de mettre en place des
réformes moins radicales, de manière pragmatique et progressive. FINGER et al. (1996)
distinguent trois types de réformes basées sur le new public management, en fonction de
l’initiateur et du contexte :
87
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
MONKS (1998, p.82) propose quatre typologies liées aux expériences des pays de l’OCDE :
- « le modèle efficient, qui a dominé la fin des années 70 avec son accent sur un secteur
public inspiré du secteur privé. Ce modèle est guidé par les notions comme celle de
value for money et par les valeurs d’économie, d’efficience et, à moindre degré
d’efficacité,
- le modèle qualitatif, qui recherche la qualité des services publics et son orientation en
fonction du client,
Le tableau suivant résume les principaux concepts, principes et outils du new public
management tel qu’ils ont été observés dans les différents pays de l’OCDE :
88
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
89
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
L’analyse des réformes entreprises dans les pays de l’OCDE permet de recenser quelques
innovations majeures touchant les systèmes d’information comptables et de gestion du secteur
public. Aussi, les modernisations apportées par le new public management se traduisent par
des améliorations du système comptable et budgétaire en vue d’assainir les finances
publiques, apprécier les responsabilités et évaluer les performances.
Beaucoup de pays de l’OCDE ont changé leur mode de gestion et méthodes de budgétisation
au cours des deux dernières décennies. Anciennement concentrés sur les moyens, ces derniers
ont été reformés et s’orientent désormais vers les résultats. Les résultats sont « les incidences
sur la collectivité, ou les conséquences pour elle, des produits ou des activités de l’Etat. Ils
donnent une idée de ce à quoi aboutit, intentionnellement ou non, l’action de l’Etat et
justifient ses interventions » (OCDE, 2002). Le système basé sur les résultats prévoit
habituellement des indicateurs permettant de mesurer les réalisations par rapport aux objectifs
qui ont été définis au moment des allocations budgétaires (KRISTENSEN et al, 2002, p.10 ).
En Grande Bretagne par exemple, la réforme des états budgétaires prévoit une présentation
des résultats obtenus par rapport aux ressources utilisées. L’idée est de décliner chaque
politique publique en quelques objectifs quantifiables regroupant un ensemble d’activités et
correspondant à un agrégat de ressources. Chaque objectif sera suivi au moyen d’indicateurs
90
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
Le new public management s’oppose aux principaux axiomes d’action du service public
(MERRIEN, 1998, p.144). A cet effet, il attribue une importance prioritaire aux résultats en
accordant aux gestionnaires plus de marge de manœuvre, notamment par la simplification des
procédures et règles financières, ce qui modifie fondamentalement le rôle imparti du
fonctionnaire passant d’une fonction d’administrateur à une fonction de manager
responsabilisé sur les résultats (HUTEAU, 2006, p.16).
La responsabilité des gestionnaires de l’Etat est donc appréciée à partir des résultats de leurs
actions sur le plan sociétal (KRISTENSEN et al, 2002, p.12). Ce changement de perspective a
renforcé la qualité de la gestion tout en augmentant l’efficacité et l’effectivité des projets.
Grâce au nouveau système de budgétisation axée sur les résultats, de nombreux pays de
l’OCDE intègrent désormais les informations sur les résultats dans leurs processus et
documents budgétaires. Ces informations serviront ensuite à l’appréciation de la
responsabilité des gestionnaires publics. C’est le cas, par exemple, de l’évaluation
53
OCDE, « Revue de l’OCDE sur la gestion budgétaire », volume 1, n°4, 2002
91
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
systématique des résultats au sein des ministères japonais. Aux Etats-Unis, au Canada et en
Grande Bretagne, les administrations doivent publier, avec les documents budgétaires, des
états retraçant l’action publique sous l’angle des objectifs de résultats et de produits. En
Australie et aux Pays-Bas, les principaux documents budgétaires et comptables s’articulent
désormais autour du concept de résultat (OCDE, 2002).
Par ailleurs, très peu de dispositions rendent les gestionnaires publics comptables du coût des
actifs qui sont à leur disposition. Cette situation se traduit non seulement par une absence de
suivi rigoureux et efficace des actifs mais également par une dégradation des actifs publics.
Pour pallier cette insuffisance du système comptable et budgétaire, la première innovation
consiste à procéder à un inventaire et à une évaluation des actifs en vue d’établir et d’intégrer
un état sur le patrimoine dans les états financiers. La seconde innovation consiste à
comptabiliser en charge les dépréciations de ces actifs (LANDE, 1996, p.29).
92
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
Les indicateurs de performance devraient comprendre, en plus des résultats des prestations
fournies (output), une traduction qualitative ou quantitative des impacts sociétaux (outcome)
des politiques publiques (KETL, 1997 ; BOUKEART, 1996 ; CARTER et al., 1995 ;
FLYNN, 1986). En effet, la performance publique, n’a de sens que si les citoyens – clients de
l’administration – sont satisfaits, et les problèmes collectifs amoindris ou résolus (VARONE,
1998).
Au Canada par exemple, les rapports ministériels sur le rendement, qui sont communiqués au
Parlement, décrivent les progrès réalisés par rapport aux engagements en matière de résultats.
En Australie, les retombées (les résultats) sur la société australienne des politiques menées par
la fédération se mesurent par deux indicateurs de performances publiés périodiquement. Il
s’agit des indicateurs d’efficacité et des indicateurs de rendement. En France, la réforme
initiée à travers la LOLF prévoit l’introduction d’indicateurs quantitatifs des résultats atteints.
Au Japon, le système d’évaluation des performances oblige les ministères à publier des
rapprochements entre les performances effectuées et les objectifs poursuivis. En Norvège, des
rapports sur les résultats d’activité sont établis au terme de l’exercice budgétaire afin de
montrer dans quelle mesure les objectifs ont été réalisés54.
54
OCDE, « Revue de l’OCDE sur la gestion budgétaire », volume 1, n°4, 2002
55
IFAC – International Federation of Accountants est une organisation internationale regroupant 163 professions
comptables reparties sur 119 pays et dont la mission principale est de promouvoir la qualité des pratiques
comptables au niveau mondial.
93
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
Inspirées des normes IFRS « International Financial Reporting Standards » applicables aux
entreprises, ces normes dites IPSAS « International Public Sector Accounting Standard »
visent, entre autres, à l’amélioration de la qualité de l’information financière dans le secteur
public. A cet effet, vingt-quatre normes sur la comptabilité d’engagement et une norme sur la
comptabilité de caisse ont été publiées par l’IPSASB depuis 1996. Par ailleurs, une normes
sur la comptabilisation des actifs patrimoniaux (Accounting for heritage assets under the
accrual basis of accounting) est en cours de discussion, c’est-à-dire, sous forme d’exposé
sondage, actuellement.
94
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
Les normes IPSAS 22, IPSAS 23 et IPSAS 24 ont été publié en décembre 2006 et ne sont
disponibles que dans leur version anglaise. L’approche adoptée par l’IPSASB consiste à
définir une comptabilité de caisse robuste mais limitée en terme d’information pour un certain
nombre de pays, à renforcer la convergence entre les IPSAS et les IFRS, et à développer des
normes de comptabilité d’engagement avec une information plus forte et plus étendue pour
servir d’outil de management et de support pour la reddition des comptes (ADHEMAR,
2005).
Le système de comptabilité de caisse est basé sur un budget tenu en cash qui regroupe les
informations sur l’origine des fonds et sur leur affectation au cours d’une période. Il s’agit
entre autres des informations sur les dépenses liées aux différentes activités de l’Etat, les
ressources collectées (impôts, taxes…) pour assurer la réalisation de ces activités, et
l’excédent ou le déficit de trésorerie à la fin de l’exercice57. Ces informations sont,
généralement, utilisées par les parlementaires et autres organes représentants de la population
pour contrôler la collecte et l’utilisation des impôts par le gouvernement. Elles sont facilement
56
IFAC, « Cash basis IPSAS : Financial reporting under the cash basis of accounting »
57
Paragraphe 104 et 107 de l’étude IFAC-PSC « Study N°11 – Government Financial Reporting. Accounting
issues and practices », May 2000
95
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
Comptabilisation des encaissements et Encaissements des titres émis en N mais encaissés en N+1
décaissement survenus en N Décaissements des mandats émis en N mais payés en N+1
+
Calcul de l’excédent ou déficit de trésorerie
dans le rapport de fin d’exercice
Comptabilisés pour le compte de N+1
58
Paragraphe 109 de l’étude IFAC-PSC « Study N°11 – Government Financial Reporting. Accounting issues
and practices », May 2000
96
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
passifs. Il en va de même pour les décaissements qui peuvent constituer, soit des
charges, soit des actifs. En plus de cette absence totale de reconnaissance des actifs et
des passifs, la comptabilité de caisse ne rend compte que sur l’utilisation des
ressources et ne fournit pas assez d’information pour rendre des comptes sur la gestion
de l’administration59 (accountability).
Le système de comptabilité de caisse modifiée est basé sur un budget tenu en cash et une
comptabilisation des opérations selon les encaissements et les décaissements. Ce système
permet de limiter les dérives liées aux décalages entre flux de trésorerie et fait générateur
(critique de la comptabilité de caisse) par l’utilisation de la technique de la journée
complémentaire.
La reconnaissance des actifs et des passifs se limite aux éléments monétaires, aux
investissements réalisés et aux emprunts remboursés ou souscrits au cours de l’année
(LANDE, 2005). Le résultat sera calculé sur la base des variations de trésorerie de l’exercice
y compris la journée complémentaire (LANDE, 2000).
59
Paragraphe 111 de l’étude IFAC-PSC « Study N°11 – Government Financial Reporting. Accounting issues
and practices », May 2000
97
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
Journée complémentaire
(*) : à titre d’exemple, nous avons considéré la période allant du 01/01/N+1 au 01/02/N+1 comme période
complémentaire au titre de l’exercice N
Le système de comptabilité d’engagement modifiée est basé sur un budget tenu en cash et une
comptabilité tenue en appliquant une comptabilité d’engagement et patrimoniale. Le budget et
la comptabilité sont régis par des principes différents, par conséquent, ils constituent des
documents autonomes. Le budget est établi en fonction des encaissements et des
décaissements tandis que la comptabilité est établie en droits constatés permettant
l’établissement d’un bilan et d’un compte de résultat.
La comptabilité d’engagement repose sur un modèle comptable inspiré du secteur privé. Elle
propose un alignement du système comptable de l’Etat sur celui des entreprises. Les
transactions sont comptabilisées, non plus au moment des encaissements ni des
décaissements, mais au moment des engagements. La comptabilité d’engagement préconise le
98
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
rattachement des charges aux produits et le rattachement de ces deux éléments à l’exercice
(LANDE, 2005). Par ailleurs, elle fait la distinction, d’une part, entre actifs et charges pour les
dépenses et, d’autre part, entre passifs et produits pour les recettes. En outre, la comptabilité
d’engagement introduit un aspect patrimonial de la comptabilité publique par la
reconnaissance des fonds propres (net assets/equity)60 (IFAC, 2000).
De nombreux auteurs, pour ne citer que CHAN (2004), JONES (2001), DEVLIN &
MERROUCHE (2005), LUDER (2003), LANDE (2005), HASSAN (2005), pensent que les
informations financières produites par le modèle de comptabilité d’engagement reflètent
mieux la situation financière et patrimoniale de l’entité publique et permet d’introduire la
notion de résultat et de performance dans les documents financiers. Par ailleurs, il fournit des
informations de meilleure qualité, non seulement pour la prise de décisions mais également
pour rendre compte de la gestion (IFAC, 2000).
60
Paragraphe 236 de l’étude IFAC-PSC « Study N°11 – Government Financial Reporting. Accounting issues
and practices », May 2000
61
Paragraphe 320 de l’étude IFAC-PSC « Study N°11 – Government Financial Reporting. Accounting issues
and practices », May 2000
62
Paragraphe 296 de l’étude IFAC-PSC « Study N°11 – Government Financial Reporting. Accounting issues
and practices », May 2000
99
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
Toutefois, les expériences néo-zélandaises sont les plus développées en la matière. Depuis
1984, la Nouvelle-Zélande a adopté une politique néo-libérale visant une refonte de
l’organisation et du fonctionnement de l’Etat. Ces vagues de réformes se sont traduites, à
partir de 1989, par l’adoption d’un système de comptabilité inspiré du secteur privé applicable
à tous les niveaux de l’administration et à toutes les agences d’exécution vers lesquelles
certaines activités administratives ont été dévolues.
La Nouvelle-Zélande gère son budget comme une entreprise. L'approche patrimoniale est
identique, puisque chaque ministère présente un bilan et un compte d'exploitation, et se
voit assigner une obligation de dégager un excédent ou de limiter son déficit. Ces
modalités de gestion rompent avec le principe d'unité de caisse de l'Etat, qui constitue
pourtant un élément important de notre comptabilité publique. Les règles de la
comptabilité analytique sont également en vigueur dans le secteur public.
100
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
Une nouvelle loi organique relatives aux lois de finances (LOLF), loi organique n°2004-007
du 26 juillet 2004, a été votée dans une perspective de modernisation de la gestion publique.
Par ailleurs, le Plan Comptable Général (version 2005) qui s’aligne sur les normes
internationales servira de référence dans la conduite des réformes du Plan Comptable des
Opérations Publiques (version 2006) qui doit s’inspirer des normes comptables internationales
pour rénover le cadre comptable du secteur public à Madagascar.
La loi n°63-015 du 15 juillet 1963 a été, depuis plus de 40 ans, la seule constitution financière
régissant le droit budgétaire de la République malgache. Elle favorise une logique de moyens
se caractérisant par la prédominance du respect des autorisations budgétaires sans aucune
mesure ni évaluation des réalisations ou de l’utilisation faite des crédits alloués à la fin d’un
exercice budgétaire. Aussi, la reconduction automatique des crédits conduisait à une
consommation massive de ces derniers avant la fin de l’année pour recevoir la même
enveloppe budgétaire au cours de l’exercice suivant. Cette situation entraîne, entre autres, une
déresponsabilisation des gestionnaires publics, des gaspillages et des activités anti-
économiques sur les deniers publics (MEFB, 2004).
Réforme des finances publiques oblige, les autorités malgaches ont adopté une nouvelle
constitution budgétaire à travers la loi organique n° 2004-007 du 26 juillet 2004 sur les lois de
finances. Elle a été appliquée, initialement, au niveau de l’Etat. Toutefois, la LOLF peut,
grâce à sa légitimité, servir de guide d’analyse pour le développement futur du système
d’information comptable et budgétaire au niveau des collectivités locales. En effet, la loi
organique introduit une modernisation profonde de la gestion des finances publiques
notamment par la mise en place d’une gestion axée sur les résultats et d’une budgétisation par
programme, le renforcement des contrôles et l’alignement de la comptabilité publique sur
celle du secteur privé.
La loi organique n°2004-007 propose une réforme centrée sur la responsabilisation des
gestionnaires publics. Elle préconise le passage d’une logique de moyens à une logique de
101
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
résultats. La budgétisation par nature de moyens dont le contrôle s’apprécie par la conformité
avec les autorisations de dépenses est alors abandonnée au profit d’une budgétisation
structurée par les finalités des politiques publiques et contrôlée par les résultats obtenus. Cette
même logique a été retenue dans les réformes administratives menées par les pays de
l’OCDE, notamment la France (CARASSUS, 2005). Il s’agit, entre autres, de réformer la
présentation du budget selon une architecture permettant de clarifier les politiques publiques
et de mieux identifier les responsabilités (MEFB, 2004). Les politiques publiques sont
organisées en missions, programmes, objectifs, résultats intermédiaires attendus et activités
(article 9 de la LOLF).
Mission
Programme 1 Programme 2
Objectif 1 Objectif 2
Activité 1 Activité 2
Désormais, les crédits ouverts sont regroupés par missions, ces dernières constituent une
expression des choix politiques adoptés par le gouvernement. Selon l’article 9 de la LOLF
malgache, « …les missions sont composées par un ensemble de programmes (…). Les
programmes regroupent les crédits destinés à mettre en œuvre une action ou un ensemble
cohérent d'actions relevant d'un même ministère et auquel sont associés des objectifs précis
(…) ainsi que des résultats attendus (…) faisant l'objet d'une évaluation ». A chaque
programme sont associés des objectifs de programme (outcome) qui constituent les résultats
finaux à atteindre dans le cadre d’un programme. Ils traduisent le caractère global et complexe
de l’action publique et mesurent à cet effet les impacts sociétaux de la mise en œuvre des
programmes (amélioration de l’environnement économique, social, culturel, écologique…).
102
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
Par ailleurs, la performance globale de l’administration et celle des gestionnaires publics sera
mesurée à partir d’indicateurs qui sont associés à chacun des objectifs publics. Ces derniers
doivent correspondre à des variables claires, précises, et pertinentes pour mesurer les moyens
mis en œuvre (indicateur de moyen), le niveau d’activité des services (indicateur d’activités),
le niveau des réalisations créées (indicateur de résultat attendu), et le changement intervenu
dans la société (indicateur d’objectif ou d’impact) résultant de la mise en œuvre des
programmes.
2) – Le renforcement du contrôle
La nouvelle organisation du budget permet une meilleure lisibilité des politiques publiques
lesquelles se déclinent en 52 missions et 126 programmes (MEFB, 2004). Par ailleurs, elle
accorde une plus grande marge de manœuvre aux gestionnaires à travers la fongibilité des
crédits contenus dans le même programme. Néanmoins, elle renforce le contrôle à trois
niveaux : le contrôle politique, le contrôle administratif et le contrôle juridictionnel.
a) – Le contrôle politique
103
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
circulation monétaire (article 57). En outre, certaines informations telles que les ressources et
charges de trésorerie doivent obligatoirement figurer dans les lois de finances (article 37). Par
ailleurs, les virements et transferts de crédits, les décrets d’avances, les ouvertures de crédits
supplémentaires en cas d’urgence et les annulations de crédits doivent être soumis à l’avis du
parlement (article 19 à 21).
b) – Le contrôle administratif
L’adoption de la LOLF a permis de renforcer le contrôle administratif grâce entre autres aux
organes permanents de contrôle des finances publiques tel que l’Inspection Générale de l’Etat,
l’Inspection Générale des Finances, le Contrôle Financier (anciennement appelé Contrôle des
Dépenses Engagées), le Conseil de Discipline Budgétaire et Financière. Lesdits organes de
contrôle ont comme mission principale de garantir la fiabilité et la régularité des comptes de
l’Etat. Par ailleurs, ils peuvent être saisis par demande de l’assemblée parlementaire, le
Président de la République ou le Premier ministre pour s'assurer du bon fonctionnement des
services publics, de la bonne gestion des finances des collectivités publiques et des
organismes publics de l'Etat (article 58 à 60).
c) – Le contrôle juridictionnel
Par ailleurs, la Cour des comptes assiste le Parlement et le Gouvernement dans le contrôle de
l'exécution des lois de Finances (…). Cette mission d’assistance doit contribuer à la mesure
de l’efficacité (degré d’atteinte des résultats) des actions de l’Etat et des services publics
(MEFB, 2004). Elle pourrait également ouvrir la voie à des méthodes modernes de contrôle
de gestion des politiques publiques (analyser les dépenses publiques au regard des principes
d’efficacité et d’efficience).
104
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
Dans son article 38, la LOLF malgache introduit une grande innovation liée à la
reconnaissance de trois dimensions de la comptabilité (budgétaire, financière et analytique) en
stipulant que « l'Etat tient une comptabilité des recettes et des dépenses budgétaires et une
comptabilité générale de l'ensemble de ses opérations établie suivant le Plan Comptable des
Opérations Publiques en vigueur. En outre, il met en œuvre une comptabilité analytique
destinée à analyser les coûts des différentes actions engagées dans le cadre des
programmes ». En effet, la comptabilité publique malgache était, jusqu’à l’adoption de la
LOLF, basée sur une comptabilité budgétaire d’encaissement et de décaissement dont le
principal objectif était de vérifier la conformité des montants budgétisés aux réalisations.
Ce système de comptabilité budgétaire a été maintenu pour retracer toutes les opérations de
recettes et de dépenses budgétaires survenues au cours de l’exercice et suivre les autorisations
budgétaires données par le Parlement. Par ailleurs, une comptabilité générale tenue selon le
principe de droits constatés a été introduite afin de présenter la situation financière et
patrimoniale de l’Etat de manière fidèle et sincère aux observateurs des finances publiques
tels que les parlementaires (MEFB, 2004). Pour ce faire, un inventaire exhaustif des droits et
obligations nés au cours de l’exercice est indispensable (MEFB, 2004). En effet, l’article 40
de la LOLF prévoit que « …la comptabilité générale de l'Etat est fondée sur le principe de la
constatation des droits et obligations. Les opérations sont prises en compte au titre de
l'exercice auquel elles se rattachent, indépendamment de leur date de paiement ou
d'encaissement ». En outre, la LOLF dans son article 39 préconise la mise en place d’une
comptabilité analytique « …destinée à analyser les coûts des différentes actions engagées
dans le cadre des programmes ». En effet, l’amélioration de la gestion publique nécessite de
connaître les coûts de gestion afin de les comparer dans le temps et dans l’espace pour
mesurer une véritable performance de la gestion (MEFB, 2004).
105
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
Sous la colonisation, le cadre comptable de l’Etat malgache était régi par le décret français du
30 décembre 1912 portant sur le régime financier des colonies. Ce texte organise le système
financier territorial local (c’est-à-dire dans les colonies françaises) en précisant le rôle des
Gouverneurs en matière de finances territoriales locales, les règles de droit budgétaire, la
présentation, la classification, les modes de perception des recettes du service local, le mode
d'exercice des poursuites, l'organisation et le fonctionnement des Agences Spéciales, les
modalités de contrôle des dépenses engagées, l'organisation du Service Commercial, les
modalités de présentation du compte de gestion des comptables au titre des opérations du
budget de l'État colonial et au titre des budgets du Service local63. Par ailleurs, la comptabilité
financière du Service local est soumise aux mêmes règles que celles de l'État colonial.
Depuis l’indépendance, le décret du 30 décembre 1912 sur le régime financier des colonies a
été remplacé par divers textes législatifs et règlementaires régissant la comptabilité des
opérations publiques. Il s’agit entre autres de la loi n°63-015 du 15 juillet 1963 portant
dispositions générales sur les finances publiques, des Lois de Finances annuelles, du décret
n°68-080 du 3 juillet 1968 portant règlement général sur la comptabilité publique et des
Instructions de la Direction Générale du Trésor. Par ailleurs, le plan comptable de l’Etat
63
Décret français du 30 décembre 1912 portant sur le régime financier des colonies, Journal Officiel de la
République Française du 31 Décembre 1912, p.11081 à 11099
106
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
malgache a été réformé à trois reprises depuis l’indépendance à ce jour. La première réforme
a été initiée par le décret n°88-500 du 21 décembre 1988 portant approbation du Plan
Comptable Général de l’Etat (PCGE) appliqué depuis le 1er janvier 1990. La deuxième
réforme a été introduite par le décret n°99-941 du 10 décembre 1999 portant approbation du
Plan Comptable des Opérations Publiques version 2000 (PCOP 2000) appliqué depuis le 1er
janvier 2000. La troisième réforme est incarnée par le décret n°2005-210 du 26 avril 2005
portant approbation du Plan Comptable des Opérations Publiques version 2006 (PCOP 2006)
qui doit entrer en vigueur au 1er janvier 2006.
Schéma n° 19 – Analyse chronologique des réformes du Plan Comptable des Opérations Publiques
Approuvé par le décret n°88-500 du 21 décembre 1988, le PCGE (Plan Comptable Général de
l’Etat) introduit un système de comptabilité budgétaire d’encaissement et de décaissement au
niveau de l’Etat central depuis le 1er janvier 1990 (Article 2 du décret n°88-500). Il s’identifie
au modèle de comptabilité de caisse reconnu par l’IFAC dans les années 1990 (IFAC – PSC,
Study 1). C'est-à-dire que la comptabilisation des opérations s’effectue au moment de
l’encaissement ou celui du décaissement. En effet, les dépenses publiques sont
comptabilisées, dans le cadre du PCGE, après le visa pour paiement effectué par le comptable
public. Quant aux recettes, elles sont prises en compte au budget de l’année au cours de
laquelle elles sont encaissées (Loi n°63-015 du 15 juillet 1963).
107
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
Approuvé par le décret n°99-941 du 10 décembre 1999, le Plan Comptable des Opérations
Publiques version 2000 (PCOP 2000) constitue une réforme radicale par rapport à l’ancien
PCGE (Plan Comptable Général de l’Etat). Il a été conçu dans une optique de contrôle au
profit d’une comptabilité à la fois de droits constatés et patrimoniale (CSC, 1999), ce qui
implique une comptabilisation des opérations au moment de l’engagement et non plus au
moment du décaissement ni celui de l’encaissement. Toutefois, les principaux textes régissant
la comptabilité des opérations publiques tels que la loi n°63-015 du 15 juillet 1963 portant
dispositions générales sur les finances publiques, le décret n°68-080 du 3 juillet 1968 portant
règlement général sur la comptabilité publique et les différentes Instructions de la Direction
Générale du Trésor demeurent inchangés. Aussi, compte tenu des dispositions de la loi n°63-
015 du 15 juillet 1963, les opérations sont toujours comptabilisées au moment des
encaissements ou celui des décaissements. Néanmoins, l’application de la notion de période
complémentaire permet de rattacher les recettes et les dépenses à l’exercice de survenance des
évènements et non plus celui des paiements. Le PCOP 2000 s’identifie donc au modèle de
comptabilité de caisse modifiée reconnu par l’IFAC dans les années 1990 (IFAC – PSC,
Study 1).
108
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
A ce propos, le PCOP 2000 permet de faire une distinction entre les charges et les actifs par
l’imputation des dépenses de fonctionnement au débit des comptes de la classe 6 et des
dépenses d’investissement au débit des comptes de la classe 2. De même, les recettes de
fonctionnement sont comptabilisées dans les comptes de la classe 7 et les recettes
d’investissement (principalement des fonds de dotations ou des emprunts) dans les comptes
de la classe 1. Par ailleurs, l’utilisation des comptes d’exécution des lois de finances (classe 9
dans l’ancien PCGE) a été abandonnée au profit de l’harmonisation et de l’unicité des
nomenclatures comptables et budgétaires. Cette harmonisation, qui s’étend aux nomenclatures
de la comptabilité pour toutes les collectivités publiques (Etat central, Collectivités,
Etablissements publics…), facilite la consolidation des comptes du secteur public et son
articulation avec la comptabilité nationale (CSC, 1999).
Toutefois, force est de constater que le PCOP 2000 ne reconnaît aucune comptabilisation des
provisions (CSC, 1999, p.45) (ni provisions pour dépréciation, ni provisions pour les pensions
et plan de retraite). De même, les amortissements ne sont pas calculés sur la durée de vie ou la
durée d’utilisation des immobilisations mais sur l’exercice d’acquisition. De ce fait, le suivi
des amortissements est très théorique (dans les textes seulement) car il n’est possible de
comptabiliser un amortissement (avec un taux de 100%) que s’il existe des marges de
manœuvre budgétaires permettant cette allocation. En outre, l’absence de distinction entre
passif à court terme et passif à long terme d’une part, et entre actif à court terme et actif à long
terme d’autre part, rend difficilement réalisable sur le plan pratique la comptabilisation des
créances, dettes, et comptes de régularisation tels que « Produits constatés d’avance »,
« Charges constatées d’avance » bien que ce soit prévu dans les dispositions du PCOP 2000
(CSC, 1999, p.13).
109
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
S’agissant d’une mise à jour du PCOP 2000, le PCOP 2006 est un plan comptable sectoriel
qui s’inspire globalement du PCG 2005 applicable à la comptabilité d’entreprise, lui même
cohérent avec les normes internationales IAS/IFRS (CSC, 2005).
Approuvé par le décret n°2005-210 du 26 avril 2005, le Plan Comptable des Opérations
Publiques dans sa version 2006 (PCOP 2006) constitue une réforme visant l’alignement du
cadre comptable de l’Etat malgache sur les normes internationales. De ce fait, les principaux
textes régissant la comptabilité des opérations publiques ont également été reformés.
Désormais, le cadre légal du PCOP sera constitué par la loi organique n° 2004-007 du 26
juillet 2004 relatives aux lois de finances, les lois de finances annuelles, le décret n° 2005-003
du 4 janvier 2005 portant règlement général sur la comptabilité de l’exécution budgétaire des
organismes publics et les différentes instructions de la Direction Générale du Trésor.
Tableau n° 21 – Tableau de synthèse des textes législatifs et réglementaires régissant les PCOP
Loi N°63-015 du 15 juillet 1963 portant Loi N° 2004-007 du 26 juillet 2004 relative
dispositions générales sur les finances aux lois de finances
publiques
Décret N°68-080 du 3juillet 1968 portant Décret n° 2005-003 du 4 janvier 2005 portant
règlement général sur la comptabilité règlement général sur la comptabilité de
publique l’exécution budgétaire des organismes
publics
Décret N°99-941 du 4 janvier 2005 portant Décret N°2005-210 du 26 avril 2005 portant
approbation du Plan Comptable des approbation du Plan Comptable des
Opérations Publiques dans sa version 2000 Opérations Publiques dans sa version 2006
(PCOP 2000) (PCOP 2006)
110
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
distinguent de celles applicables aux entreprises qu'en raison des spécificités de son action64
(…) », le PCOP 2006 s’inspire globalement du PCG 2005 lequel est cohérent avec les normes
internationales IAS/IFRS. Concernant les spécificités de l’Etat, le PCOP 2006 se réfère aux
normes comptables internationales pour le secteur public (IPSAS – International Public Sector
Accounting Standards), aux études et travaux de préparatoires de l’IFAC en cours (sur
produits régaliens par exemple) ainsi qu’aux normes françaises sur les comptes de l’Etat
(CSC, 2005).
La comptabilisation des opérations, dans le cadre du PCOP 2006, est basée sur le principe
d’engagement et de patrimonialité. En effet, le fait générateur détermine la comptabilisation
des opérations dans les états financiers et par conséquent, il constitue le principal critère de
rattachement à l’exercice. D’une part, les actifs sont comptabilisés dans les états financiers de
l’exercice au cours duquel le contrôle des avantages économiques futurs ou le potentiel de
services futurs est acquis à l’Etat (PCOP 2006, paragraphe 311-1). D’autre part, les passifs
sont comptabilisés dans les états financiers de l’exercice au cours duquel les obligations
correspondantes sont nées (PCOP 2006, paragraphe 312-1).
Le PCOP 2006 distingue les actifs courants c’est-à-dire les stocks, les créances de l’actif
courant et la trésorerie, et les actifs non courants comprenant les immobilisations
incorporelles, corporelles et financières. La même distinction est reprise au niveau des passifs
qui se décomposent donc en passifs courants (dettes à court terme) et passifs non courants
(emprunts à long terme). Toutefois, les actifs incorporels représentatifs de la souveraineté ne
sont pas comptabilisés compte tenu de la difficulté liée à leur identification et à leur
évaluation (PCOP 2006, paragraphe 311-13). LANDE (2005) soulève la même difficulté dans
son analyse des différents niveaux de reconnaissance des actifs et des passifs en comptabilité
d’engagement. Par ailleurs, les produits sont comptabilisés dans les états financiers de
l’exercice au cours duquel ils sont acquis (PCOP 2006, paragraphe 313-1) tandis que les
charges le sont dans les états financiers de l’exercice au cours duquel elles ont été
consommées (PCOP 2006, paragraphe 314-1).
64
Voir article 40 de la Loi Organique sur les Lois de Finances n° 2004-007 du 26 juillet 2004 pour la LOLF
malgache et l’article 30 de la Loi Organique sur les Lois de Finances du 1er août 2001 pour la LOLF française
111
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
dépréciation pour les éléments d’actifs non amortissables, les produits à recevoir, les charges
à payer, les produits constatés d’avance et les charges constatées d’avance.
Applicable à tous les échelons du secteur public malgache (Etat central, collectivités locales,
établissements publics…), le PCOP 2006 constitue une véritable réforme en profondeur du
système comptable de l’administration. En effet, la réforme du PCOP intervenue en 2006
aligne le système comptable malgache sur les normes internationales, notamment à travers
une comptabilité d’engagement complète (full accrual basis).
Les caractéristiques du PCOP 2000 et celles du PCOP 2006 développées ci-dessus permettent
de positionner ces derniers dans le tableau comparatif des différents degrés de comptabilité
d’engagement établi par LANDE65 (2005).
Tableau n° 22 – Reconnaissance des actifs et passifs selon le PCOP 2000 et le PCOP 2006
Passifs
COMPTABILITE DE monétaires PCOP 2000
CAISSE MODIFIEE (emprunts
de l’année)
Passifs
COMPTABILITE monétaires
D’ENGAGEMENT + dettes à
MODIFIE court terme
65
LANDE E., « Accrual accounting in the public sector: between institutional competitiveness and search for
legitimacy », 10th CIGAR Conference May 26 & 27th, 2005, Poitiers, France
112
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
En se basant sur le niveau de reconnaissance des actifs et des passifs, LANDE (2005) estime
qu’il est possible d’identifier différents niveaux de comptabilité d’engagement. Il s’agit entre
autres de la comptabilité de caisse modifiée (modified cash basis), de la comptabilité
d’engagement modifiée (modified accrual accounting), et de la comptabilité d’engagement
complète (accrual accounting pour le secteur public et full accrual accounting pour les
entreprises). Toutefois, certaines intersections, représentées par les cases grises, sont en
pratique improbables.
Dans leurs versions sociologiques, les théories néo-institutionnelles analysent l’influence des
institutions sur les pratiques gestionnaires des organisations. SCOTT (1987) définit les
institutions comme étant un ensemble très vaste de références, de normes, de valeurs, et de
routines qui structurent et conditionnent l’action collective. Initialement, la théorie néo-
institutionnelle sociologique a été développée par MEYER et ROWAN (1977) et DI
MAGGIO et POWELL (1983). L’application de celle-ci dans le secteur public a été initiée,
entre autres, par les travaux de TOLBERT et ZUCKER (1983) qui ont démontré que
l’adoption des changements et celui des réformes au niveau des villes américaines résulte de
l’existence de pressions institutionnelles exercées sur ces dernières. En 1988, DIRSMITH et
COVALESKY (1988) expliquent le comportement individuel des membres d’une
organisation publique d’enseignement face à l’adoption des réformes et des changements de
procédures budgétaires applicable à celle-ci. Par ailleurs, les travaux de CARPENTER et
FEROZ (1990, 1992, 2001) illustrent l’application de la théorie en analysant les facteurs
113
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
déterminant l’adoption des US GAAP par les Etats du Kentucky, de New York de Michigan,
de l’Ohio et du Delaware.
Le présent paragraphe consiste à mener une analyse institutionnelle des réformes initiées par
l’Etat malgache. Ainsi, après avoir analysé les apports des articles fondateurs de la théorie
néo-institutionnelle sociologique, son application dans le secteur public sera présentée avant
de l’illustrer sur le cas malgache.
L’adoption des pratiques et des normes institutionnalisées permet aux organisations d’asseoir
une légitimité vis-à-vis de leurs parties prenantes. En agissant ainsi, les organisations
deviennent légitimes aux yeux des parties prenantes et obtiennent par conséquent le support
de ces dernières ainsi que les ressources nécessaires pour leur survie. Ainsi, MEYER et
ROWAN (1977, p.353) soulignent que le succès et la survie des organisations dépendent, non
pas de l’efficience des coordinations et des contrôles de leurs activités, mais de leur
conformité aux mythes rationnels. La survie des organisations dépend donc de leur
isomorphisme par rapport à l’environnement institutionnel (MEYER et ROWAN, 1977,
p.355).
114
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
LEGITIMITE et SURVIE
RESSOURCES
Efficience
organisationnelle
(Source : MEYER et ROWAN, 1977)
Toutefois, MEYER et ROWAN (1977, p.356) précisent que l’isomorphisme par rapport à
l’environnement institutionnel peut conduire les organisations soit à une stratégie d’adoption
cérémonielle ou à une stratégie de conformité totale. Dans le premier cas, les organisations
véhiculent seulement une image selon laquelle elles se conforment aux mythes rationnels sans
changements réels au niveau interne. Dans le second cas, elles se conforment aux mythes et
engagent réellement les changements requis pour s’y conformer. Par ailleurs, elles peuvent
également décliner l’adoption des mythes rationnels parce que ces derniers sont incompatibles
avec leurs activités ou promettre d’engager les réformes nécessaires pour s’y conformer. Dans
ces deux derniers cas, les organisations risquent de perdre leur légitimité vis-à-vis des parties
prenantes et mettre en danger leur ressource ainsi que leur survie.
Selon DI MAGGIO et POWELL (1983, p.148), les organisations appartenant au même champ
organisationnel ont tendance à adopter des structures ou des outils de gestion similaires. Ils
entendent par champ organisationnel, « l’ensemble des organisations, interconnectées, qui
forment un environnement institutionnel reconnu, composé par les fournisseurs clés, les
consommateurs de ressources et de produits, les agences de régulation et les autres
organisations qui produisent des services ou des produits similaires ». DI MAGGIO et
POWELL (1983, p.148) précisent par ailleurs qu’il existe des rapports de force, à l’intérieur
des champs organisationnels, rendant les organisations de plus en plus similaires. En effet, les
organisations plus importantes vont chercher à dominer leur environnement tandis que celles
de moindre importance vont chercher à se conformer à l’environnement institutionnalisé.
115
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
Citant MEYER et ROWAN (1977), ils soulignent que cette volonté de conformité résulte plus
de la recherche de légitimité que celui de l’amélioration de la performance.
L’isomorphisme mimétique résulte de l’imitation entre les organisations. En effet, quand ces
dernières sont confrontées à des situations incertaines où les choix à effectuer sont peu clairs
et difficilement analysables, elles ont tendance à copier sur les autres organisations qui ont
rencontré le plus de succès et apparaissent de fait comme les plus légitimes (DI MAGGIO et
POWELL, 1983, p.151).
116
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
jugées légitimes et la reproduction des normes engendrent une homogénéisation des structures
organisationnelles.
Dans les années 1990, CARPENTER et FEROZ (1990, p.68) estiment que plus de la moitié
des Etats américains ont adopté, ou sont en train d’adopter, les US GAAP pour leur reporting
externe. En 2001, ils ont mené une étude expliquant les facteurs ayant influencé la décision
d’adoption des US GAAP par les Etats de New York, du Michigan, de l’Ohio et du Delaware
à travers les mécanismes d’isomorphisme institutionnel de DI MAGGIO et POWELL (1983).
D’abord, ils précisent que les Etats pour lesquels les bureaucrates appartiennent à une
association professionnelle promouvant l’adoption des GAAP sont plus proactifs par rapport
aux autres Etats dans l’adoption de ces derniers. Ensuite, ils soulignent que l’influence des
intérêts personnels des bureaucrates peut engendrer des comportements pouvant empêcher
l’adoption des GAAP. Dans l’Etat de New York et du Michigan par exemple, les bureaucrates
adoptent une stratégie de compromis face aux pressions institutionnelles exercées par les
politiciens. Dans l’Etat de l’Ohio, les bureaucrates adoptent une stratégie de défi, « defy
117
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
strategy », alors que les politiciens ont ratifié l’adoption des GAAP. L’Etat du Delaware a
décliné l’adoption GAAP dans les années 1990. Néanmoins, CARPENTER et FEROZ (1990)
précisent que les stratégies de refus d’adoption ont toutes échoué à cause d’une part des
pressions institutionnelles exercé par le gouvernement et, d’autre part, de l’influence de la
profession comptable américaine.
Par ailleurs, LAWTON et al. (2000) ont analysé le processus d’implantation des mesures de
performance au sein de 74 organisations du secteur public au Royaume-Uni de 1992 à 1995.
Dans un premier temps, ils expliquent que les systèmes de mesure de la performance ont été
inspirés des codes de bonne conduite publié par l’OCDE en 1994 afin d’établir la
responsabilité (accountability) des gestionnaires publics. Ils soulignent ensuite que la mise en
place desdits systèmes a été réalisée selon une approche « top down ». En effet, l’introduction
des systèmes de mesure de la performance résultent de la législation ou des directives
émanant du gouvernement central (LAWTON et al, 2000, p.15). Ainsi, ces derniers
acquièrent une légitimité telle qu’ils deviennent des concepts institutionnalisés au sens de
MEYER et ROWAN (1977).
Ainsi, le NPM et les IPSAS peuvent être considérés comme étant des règles
institutionnalisées au sens de MEYER et ROWAN (1977) car ils sont acceptés par tous, ou du
moins par les plus importants pays et organisations de la scène internationale. De ce fait, les
pays de moindre importance et dépendant, sur le plan international, des pays développés et/ou
d’organismes internationaux doivent se conformer à ces règles institutionnalisées (NPM et
118
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
IPSAS) pour asseoir leur légitimité et obtenir les ressources nécessaires à leur survie. C’est
notamment le cas des pays en voie de développement dont Madagascar.
Dans le cas malgache, cette recherche de légitimité se traduit à travers le DSRP (Document de
Stratégie pour la Réduction de la Pauvreté). Le DSRP est un document établit par les
gouvernements des pays à faible revenu et soumis aux différents partenaires extérieurs du
développement tels que le FMI et la Banque Mondiale (FMI, 2005, p.1). Dans le cas de
Madagascar, les réformes de la gestion des finances publiques figurent parmi les principales
actions de l’axe « Bonne gouvernance » du DSRP. De ce fait, il existe une réelle volonté à se
conformer aux pratiques et normes institutionnalisées de la part des dirigeants malgaches. En
effet, une nouvelle loi organique sur les lois de finances LOLF n°2004-007 a été adoptée en
2004 (DSRP, 2004, p.63) et le nouveau plan comptable des opérations publiques 2006 (PCOP
2006) a été aligné aux normes comptables internationales IPSAS (Rapport du FMI sur le
DSRP, 2004, p.90). Cette recherche de légitimité auprès des bailleurs et partenaires
internationaux peut également être approfondie à travers le concept d’isomorphisme
institutionnel développé par DI MAGGIO et POWELL (1983).
Au niveau national, la diffusion des réformes (PCOP 2006 et LOLF 2004-007) a été réalisée
aux moyens de la législation, principal élément de coercition selon DI MAGGIO et POWELL
(1983, p.150). En effet, la LOLF malgache est prévue par la loi n° 2004-007 du 26 juillet
2004 tandis que le PCOP 2006 a été approuvé par le décret n°2005-210 du 26 avril 2005. La
lecture des travaux issus de la théorie néo-institutionnelle pour ne citer que TOLBERT et
ZUCKER (1983), DIRSMITH et COVALESKY (1988) et CARPENTER et FEROZ (1990,
1992, 2001) démontre que les réformes du secteur public sont rapidement diffusées et
119
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
2) – L’isomorphisme normatif
Pourtant, force est de constater que la position de la profession comptable malgache, sur le
plan international, ne lui permet pas d’influencer le débat sur l’évolution et encore moins la
conception des normes comptables internationales IPSAS. De ce fait, la normalisation
comptable malgache résulte davantage d’une adoption, par mimétisme, des standards
internationaux que d’une stratégie proactive par rapport à ces standards.
3) – L’isomorphisme mimétique
120
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
* * *
L’important engouement des pays développés, des pays en voie de développement et des
principaux organismes internationaux (OCDE, Banque Mondiale, FMI, Union Européenne…)
envers les réformes issues des concepts du NPM et celles issues de la normalisation
comptable internationale confèrent à ces dernières une importante légitimité. Ainsi, au sens de
la théorie néo-institutionnelle sociologique, ces réformes sont devenues des règles et pratiques
institutionnalisées auxquelles les organisations de moindre envergure d’un champ
organisationnel devraient se conformer pour asseoir leur légitimité envers les organisations
dominantes.
Dans le cas malgache, les réformes résultent des pressions exercées par les principaux
bailleurs de fonds et partenaires bilatéraux. La volonté de l’Etat malgache à se conformer
auxdites pressions se matérialise à travers le DSRP qui prévoit dans son axe « Bonne
gouvernance » les réformes de la gestion des finances publiques. Néanmoins, la faible
expérience des autorités malgaches dans la conduite des réformes les a conduit à copier les
expériences étrangères. En effet, le PCOP 2006 s’inspire directement des IPSAS tandis que la
LOLF malgache reprend textuellement une très grande partie de la LOLF française. La
diffusion des réformes au niveau national se fait ensuite au moyen de la législation qui est
considérée par DI MAGGIO et POWELL (1983) comme étant un excellent moyen de
coercition. En effet, les travaux de TOLBERT et ZUCKER (1983), DIRSMITH et
COVALESKY (1988) et CARPENTER et FEROZ (1990, 1992, 2001) démontre que les
réformes émanant d’une loi ou d’une directives des gouvernements centraux se diffusent et
s’appliquent plus vite par rapport aux autres réformes.
121
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
par les autorités malgaches se heurtent à des contraintes liées aux contextes et contingences
locales, élément non pris en compte par la théorie néo-institutionnelle sociologique. Ainsi, il
existe un écart important entre la doctrine et les pratiques comptables des communes. Ces
dernières révèlent des lacunes graves du système d’information comptable qui, avec les
recommandations des bailleurs de fonds pour la définition d’un système plus adapté au
contexte local, seront analysées sous l’angle de la théorie de la contingence. Cette analyse fera
l’objet de la section 2.
122
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
Le système d’information comptable et budgétaire des communes malgaches est régi par les
différents textes sur la décentralisation et sur la comptabilité publique66. Il se caractérise
essentiellement par la séparation stricte des fonctions entre l’ordonnateur et le comptable
public, d’une part, et l’existence des missions de contrôles dévolues aux chefs de districts
(anciens préfets) et aux tribunaux administratifs et financiers, d’autre part.
66
Il s’agit principalement des :
• Loi N° 95-005 du 21 juin 1995 relative aux budgets des Collectivités territoriales décentralisées, J.O.
n° 2308 du 03 juillet 1995, p.1440
• Loi N°94-007 du 26 avril 1995 relatives aux pouvoirs, compétences et ressources des Collectivités
territoriales décentralisées, J.O. n° 2304 du 05 juin 1995, p. 1241
• Loi N° 94-008 du 26 avril 1995 fixant les règles relatives à l’organisation, au fonctionnement et aux
attributions des Collectivités territoriales décentralisées J.O. n° 2304 du 05 juin 1995 p.1247
• Décret N°2005-003 du 04 janvier 2005 portant règlement général sur la comptabilité et l’exécution
budgétaire des organismes publics
• Décret N°2005-012 du 11 janvier 2005 portant création des districts et des arrondissements
administratifs, JO n°2957 du 28 février 2005, p.2693
• Arrêtés N°3737, 3738, 3739/96-MBFP/SG du 14 juin 1996 fixant le mode de présentation et la
nomenclature des budgets des communes urbaines et des communes rurales, le régime de la
comptabilité des communes rurales de 1ère et de 2ème catégorie
• Circulaire N°05-06-G du 30 mars 2005 relative à la production des comptes de gestion
• Instruction N°05-06-G du 11 avril 2005 portant modificatif à l’instruction N°04-40 G du 19 novembre
2004 relative à la production des comptes de gestion. Exercice 2001 et 2003
123
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
Selon LANDE (2003, p.106) la qualité de l’information produite sera fonction des données
recueillies et des traitements qui en sont faits. Elle souligne que le système d’information
comptable est donc soumis, comme le stipule le PCG français (4ème éd., p. VII), au respect des
principes comptables, aux exigences de contrôle et de vérification et à l’utilisation d’une
terminologie commune. En principe, l’application des principes et des moyens de contrôles
mis en œuvre définis par les différents textes régissant le système d’information comptable et
budgétaire des communes malgaches devrait permettre d’avoir des informations fiables,
sincères et fidèles sur leur situation financière et patrimoniale. Néanmoins, les contraintes
liées aux contextes et contingences locales ne permettent pas d’atteindre cet objectif. Il existe
des lacunes du système qui sont liées non seulement aux données collectées, mais également
au niveau du traitement de ces données, et surtout au niveau des contrôles. Pour pallier ces
lacunes, un certain nombre de projets de développement financés par les bailleurs de fonds
internationaux ont proposé des modèles de système comptable intégrant les réalités du terrain.
La présente section analysera dans un premier temps les lacunes liées au système
d’information comptable et budgétaire des communes malgaches. Dans un deuxième temps,
elle expliquera lesdites lacunes à partir de la théorie de la contingence et ce, en mettant en
évidence les contraintes liées au contexte local. Enfin, elle présentera une analyse sommaire
des propositions émanant des bailleurs de fonds dans la définition de système comptable
mieux adapté au contexte local.
En effet, l’information s’obtient après la mise en forme des données (traitement) pour
satisfaire les besoins des utilisateurs dans un contexte déterminé. Selon REIX (2004, p.3), un
système d’information est un ensemble organisé de ressources : matériel, logiciel, personnel,
124
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
Ainsi, notre analyse des lacunes du système d’information comptable et budgétaire des
communes sera centrée sur les données recueillies par ces dernières, les traitements
comptables qu’elles en font, et le système de contrôle qui s’exercent sur elles.
Les communes déterminent et gèrent librement leur budget. Pour ce faire, elles disposent des
manuels tels que le Guide du maire (PNUD, 2000), le Manuel de Procédures Comptables et
Budgétaires pour les Communes Rurales (1ère et 2ème catégorie) (PAIGEP, 1999), et des
documents type (budget, compte administratif…) édités et vendus par l’Imprimerie Nationale
pour leur servir de canevas dans l’élaboration du budget. Néanmoins, les données budgétaires
présentent des lacunes tant au niveau des recettes qu’au niveau des dépenses. L’exercice de
budgétisation est même resté au stade très théorique. Il est perçu comme une obligation légale
et administrative sans nécessité de programmation réelle, tant au niveau des recettes qu’au
niveau des dépenses, pour 90 % des communes malgaches67 (ACORDS, 2003, p.24)
La fiabilité des données budgétaires est compromise par la difficulté liée à l’estimation et la
prévision des recettes communales lesquelles se composent essentiellement des subventions,
des recettes fiscales et des recettes non fiscales.
67
ACORDS, Rapport sur l’ « Analyse du contexte institutionnel et financier en vue d’un appui direct aux
communes rurales et aux organisations intercommunales ». Selon une enquête préliminaire réalisé auprès des
communes rurales de deuxième catégorie, représentant 90% des communes malgaches, par l’ACORDS en 2003.
125
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
Dotation 8.800 FMG (soit 1.760 Ariary) par habitant pour Paiement d’apport bénéficiaire
complémentaire une commune urbaine et 3.810 FMG (762 Ariary) dans le cas d’un financement
par habitant pour une commune rurale. externe
Paiement des dépenses
d’investissements
Paiement des dépenses de
fonctionnement
(Source : adapté de MDAT, 2006)
126
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
subvention conditionnelle et dotation complémentaire), leurs clés de répartition ont été établis
au début du processus de décentralisation (BANQUE MONDIALE, 2004, p.41). Elles
reposent donc sur des recensements obsolètes datant de 1993 et qui ont fait l’objet de
plusieurs extrapolations (ACORDS, 2003, p.23). En outre, le montant annuel alloué par
habitant est défini au niveau central sur la base des crédits disponibles et le montant des
subventions n’est donc connu par les communes qu’après leur versement effectif. Par
conséquent, le montant des subventions ne peut faire l’objet d’aucune évaluation fiable dans
le budget primitif de la commune (ACORDS, 2003).
Par ailleurs, le versement des subventions connaît souvent des retards dus à des dispositifs
comptables inefficients entre le ministère des finances et les trésoreries locales (BANQUE
MONDIALE, 2004). Les maires de communes urbaines (CU) et surtout ceux des communes
rurales (CR) que nous avons auditionnés se plaignent tous de ce retard dans le versement des
subventions. En effet, les maires des communes urbaines confirment que « …le versement des
subventions s’effectue avec 3 à 6 mois de retard… ». Pour certaines communes rurales, elles
n’arrivent que vers la fin de l’exercice, pour d’autres au début de l’exercice suivant. Cette
situation réduit considérablement la capacité de planification et de programmation des
investissements, et parfois même dégrade le fonctionnement au niveau de la majorité des
communes rurales (BANQUE MONDIALE, 2004 ; ACORDS, 2003). Deux maires de
commune urbaine nous ont répondu que « …les salaires du personnel (agents communaux,
professeurs des EPP, personnel du CSB) n’ont pas été payés depuis trois mois à cause du
retard des subventions… ». La même situation est évoquée par presque tous les maires des
communes rurales mais leur situation est plus grave car elles tirent une grande partie de leurs
ressources des subventions.
Les recettes fiscales pouvant être mobilisées par les communes sont constituées
essentiellement par les impôts directs (impôts fonciers, centimes additionnels à la taxe
professionnelle, l’impôt synthétique), les impôts indirects (impôts de licences, prélèvement
sur les jeux, taxe et surtaxe sur l'eau et l'électricité), les droits et taxes d'enregistrement des
actes et mutations (taxe additionnelle aux droits d'enregistrement et taxe sur les véhicules à
moteur), les droits et taxes divers instaurés par la loi, notamment la loi 94-007 relative aux
pouvoirs, compétences et ressources des collectivités territoriales décentralisées.
127
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
Les impôts fonciers constituent les plus importantes sources de recettes fiscales pour les
communes (BANQUE MONDIALE, 2004, p.58). Il s’agit essentiellement de l’impôt foncier
sur les terrains (IFT), l’impôt foncier sur les propriétés bâties (IFPB), de la taxe annexe à
l’impôt foncier sur la propriété bâtie (TAFB) et des redevances de collecte et de traitement
des ordures ménagères.
Toutefois, la base d’évaluation des impôts fonciers, pour la plupart des communes malgaches,
date de plus de 10 ans pour les grandes communes urbaines et de plus de 20 ans pour les
communes rurales. En effet, les maires et les responsables du service recette (ou service
technique) de deux communes urbaines nous ont affirmé que « …le dernier recensement date
des époques du PAGU, cela remonte vers 1996… ». Par ailleurs, la plupart des maires des
communes rurales (sauf pour les communes rurales périphériques du Grand Antananarivo qui
ont bénéficié des projets FAC-ADAT vers 1998) affirment que pour leur commune « …le
dernier recensement a eu lieu vers 1986… ».
Apparemment, ce sont les bases de données fiscales des communes rurales qui sont les plus
anciennes. Non seulement, cette situation entraîne une sous-évaluation des recettes
budgétisées (et par conséquent émises) mais le recouvrement des impôts locaux se trouve
aussi gravement affecté. La valeur locative sur la base de laquelle les impôts sont estimés ne
reflète aucunement l’évolution de la situation économique de la commune (nouvelles
constructions, démolition, cession et/ou changement de propriétaire, augmentation de la
valeur des quartiers, inflation…), ce qui entraîne un taux de recouvrement très faible. D’après
les analyses du projet PAGU en 2000, ce taux de recouvrement dépasse très rarement les
25%. Par conséquent, les données budgétaires sur les recettes fiscales sont complètement
faussées et ne traduisent nullement une image fidèle de la situation des communes.
Sur tout le territoire national, seulement quarante neuf communes, soit 2% des communes
malgaches, ont pu bénéficier des projets visant l’amélioration de leurs ressources fiscales tel
que le projet PAIGEP (1999/c), le PAGU (2000) ou bien le projet FAC-ADAT (2001).
Lesdits projets ont permis aux communes bénéficiaires de fiabiliser l’estimation de leurs
recettes fiscales, d’accroître les rentrées de recettes, de mettre au point un outil d’actualisation
de la matière imposable, d’accroître leur capacité d’investissement et d’établir une relation
tangible entre impôt et service rendu.
128
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
Les recettes non fiscales des communes correspondent à des redevances de prestation de
services ou des redevances d’utilisation du domaine. Les premières constituent généralement
une contrepartie à un service rendu. Elles se composent essentiellement des droits de place sur
les marchés, des péages sur les routes, ponts, bacs, des droits de stationnement sur les aires
aménagées, des redevances d'usage de l'abattoir, des droits d'entrée dans les musées, parcs,
sites, des droits de vidange, de vente d'eau, des redevances de ramassage des ordures
ménagères, des droits de délivrance des actes administratifs et des copies d'actes d'état civil,
des droits de légalisation de signature… (PAIGEP, 1999/c). Quant aux secondes, elles
correspondent à des produits domaniaux tirés de la location ou de l'autorisation d'usage du
patrimoine de la commune. Elles sont composées essentiellement par les loyers de bâtiments
et de terrains, les droits de voirie, les concessions dans les cimetières, les droits de pêche, les
droits de coupe de bois… (PAIGEP, 1999/c).
La plupart des communes ne disposent pas de moyens de contrôle nécessaires pour s’assurer
de la fiabilité des émissions et des recouvrements de recettes non fiscales. Dans le cas des
ristournes et des autres recettes qui sont réparties entre les communes et les différentes
collectivités publiques (Etat, régions, provinces, chambre de commerce…) par exemple, elles
ne disposent d’aucune information leur permettant de contrôler avec exactitude les montants
collectés et ceux qui doivent être reversés à leur caisse (ACORDS, 2003). Par conséquent, ces
recettes ne sont pas correctement évaluées dans le budget communal.
Par ailleurs, les communes bénéficient souvent des apports des bailleurs ou partenaires de
développement tels que les projets de développement comme le FID (Fonds d’Intervention
pour le Développement), la Fondation TANY MEVA… pour financer la construction ou la
réhabilitation des infrastructures communales comme les marchés, les bâtiments
administratifs… Toutefois, de nombreuses études (BANQUE MONDIALE, 2004 ; ACORDS,
2003 ; PAGU, 2000) montrent que la plupart de ces investissements, aussi importants soient-
ils, sont gérés de manière extrabudgétaire par les communes. Par conséquent, ils ne sont
jamais inscrits aux articles budgétaires (ACORDS, 2003). Aussi, les informations contenues
dans le budget ne reflètent-elles que très partiellement la situation réelle des communes.
129
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
En outre, il n’existe que très peu de communes qui respectent les procédures budgétaires
(nécessité d’élaborer un budget primitif, un budget rectificatif, et un budget additionnel) telles
qu’elles sont préconisées dans les manuels ou guides pratiques établis à cet effet [Guide du
Maire (PNUD, 2000) ; Manuel de procédures comptables et budgétaire (PAIGEP, 1999)]. La
plupart d’entre elles se contentent du seul budget primitif et omettent, par incompétence, les
autres types de budget (budget rectificatif et budget additionnel) même si des re-
programmations internes ont été opérées (ACORDS, 2003). De ce fait, les budgets sont le
plus souvent équilibrés de manière artificielle, et seulement dans l’objectif de se conformer à
l’obligation d’équilibre.
Plusieurs actions de réformes, pour ne citer que le PCOP (CSC, 2000, 2006), le Guide du
Maire (PNUD, 2000), les Manuels de procédures comptables et budgétaires (PAIGEP,
1999/a, 1999/b), le renforcement de capacité et projet d’informatisation de la gestion (PAGU,
2000 ; ADAT, 2001), ont été réalisées pour améliorer le système d’information comptable et
budgétaire des communes malgaches. Malgré les progrès qu’elles constituent par rapport au
système existant, lesdites réformes demeurent à un stade très parcellaire sur tout le territoire
national car elles ne touchent que 2% des communes malgaches (49 communes sur 1558 ont
bénéficié des projets PAIGEP, PAGU et ADAT et même le PCOP 2000 n’est pas encore
appliqué à ce jour au niveau des communes). Par ailleurs, les réformes entreprises sont aussi
très insuffisantes sur le plan technique et conceptuel à cause de la forte dépendance du
130
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
Par ailleurs, la rigidité des règles budgétaires permettrait aux communes de masquer des
déficits éventuels liés à la survenance d’évènements imprévus pouvant entraîner des dépenses
au cours de l’exercice. Il s’agit par exemple des dépenses exceptionnelles engendrées par la
survenance d’une catastrophe naturelle (tempête, inondations, tremblement de terre, invasion
de criquets…) auxquelles la commune doit faire face. La comptabilisation de ces charges sera
131
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
alors reportée sur l’exercice budgétaire suivant, entraînant une sous-évaluation des charges de
l’exercice au cours duquel elles sont nées.
Les réformes introduites par les deux dernières révisions du PCOP (en 2000 et en 2006) visent
l’adoption d’une comptabilité de droits constatés et patrimoniale pour tout le secteur public y
compris les communes. La comptabilisation en droits constatés consiste à procéder au
rattachement à un exercice des droits et obligations qui y sont nés, quelle que soit la date de
dénouement en trésorerie de l'opération. Ce principe suppose au préalable la définition des
faits générateurs afin d'identifier avec précision la date de naissance de l'opération. Cela
signifie notamment que :
les recettes fiscales et non fiscales doivent être rattachées à l'exercice au titre duquel
elles sont dues et comptabilisées même si elles n'ont pas été encaissées,
et les dépenses doivent également être rattachées à l'exercice au titre duquel elles sont
dues et comptabilisées même si elles n'ont pas été décaissées.
Par ailleurs, la définition du fait générateur entraîne également la comptabilisation d’éléments
calculés à la fin de l’exercice pour certaines catégories de produis et de charges (charges à
payer, produits à recevoir, charges constatées d’avance, produits constatés d’avance,
amortissements, provisions).
Toutefois, l’application très partielle du PCOP 2000 et encore très partielle du PCOP 2006 au
niveau des communes constitue un véritable obstacle pour l’adoption d’une comptabilisation
68
Article 33 du décret 68-080 repris par le « Guide du Maire », Programme MAG 97/007 – DAP 1,
Gouvernance et Politiques Publiques pour un Développement Humain Durable, Septembre 2000, p.57. Depuis
2005, cette disposition de l’article 33 du décret 68-080 est remplacée par l’article 31 à 37 de la Loi 2005-003 du
4 janvier 2005 portant règlement général sur la comptabilité de l’exécution budgétaire des organismes publics
132
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
en droits constatés pour laquelle la mise en œuvre pratique reste en retrait par rapport aux
référentiels comptables. De ce fait, le système d’information comptable et budgétaire des
communes correspond à un système bâtard auquel correspond un niveau d’engagement
relativement léger. CHAN (2005, p.64) et LANDE (2005, p.81) distinguent à cet effet
plusieurs degrés de comptabilité d’engagement. Celle permettant, grâce notamment à
l’utilisation de la période complémentaire, de rattacher les produits et les charges à l’exercice
en est une variante.
Toutefois, la technique de période complémentaire est relativement limitée dans la
reconnaissance des engagements. La reconnaissance des engagements pour les éléments
calculés (charges à payer, produits à recevoir, charges constatées d’avance, produits constatés
d’avance, amortissements, provisions) est largement ignorée par les pratiques comptables en
vigueur au niveau des communes malgaches.
Au niveau des dépenses, elle consiste à mandater, au cours de la journée complémentaire, les
opérations ayant donné lieu à un service fait au 31/12/N afin de les rattacher à l’exercice N.
Toutefois, si l’ordonnateur se trouve dans l’impossibilité de mandater les opérations suscitées
(du fait de l’insuffisance des opérations comptables par exemple), elles ne seront pas
transcrites dans la comptabilité et feront l’objet d’une annulation dans le budget de l’exercice
N et seront reportées dans le budget de l’exercice N+1. A cet effet, elles seront récapitulées
dans un état des restes à réaliser (ou un état des mandats non payés) qui sera fourni en annexe
au compte administratif de l’exercice N (PNUD, 2000, p.62 ; PAIGEP, 1999/a, p.25,
PAIGEP, 1999/b, p.18). Par ailleurs, les mandats non payés au cours de la période
complémentaire doivent être annulés dans les comptes budgétaires de l’exercice courant et
récapitulés dans un état arrêté à cette date. Ils seront également repris par le budget de
l’exercice suivant.
133
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
Section de Ces opérations sont Ces opérations ne sont Ces opérations ne sont
fonctionnement prises en compte dans le pas prises en compte pas à comptabiliser mais
(Compte de compte administratif et dans le compte devraient faire l’objet
le compte de gestion administratif et le d’une information en
résultat)
compte de gestion annexe (état des
mandats non payés)
Section
d’investissement
(Source : adapté des manuels du PAIGEP (1999) et du PNUD (Guide du maire, 2000)
Ainsi, les mandats non payés au cours de la journée complémentaire, bien qu’ils concernent
l’exercice écoulé, ne seront pas retracés dans la comptabilité des communes. Toutefois,
l’application du principe des droits constatés permettrait de refléter dans les comptes de la
commune toutes les opérations ayant donné lieu à un service fait par l’utilisation des comptes
de régularisation tels que les « Charges constatées d’avance » ou « Charges à payer ».
En France, le rattachement des dépenses à l’exercice fait référence à la notion de service fait
(LANDE, 2003, p.112). Ainsi, toutes les opérations ayant donné lieu à service fait (mandatées
ou non mandatées) sont inscrites dans le compte administratif et le compte de gestion. Par
contre, les opérations n’ayant pas donné lieu à un service fait ne sont pas inscrites en
comptabilité. Seule la partie afférente à la section investissement est fourni en annexe dans les
« restes à réaliser ».
134
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
Concernant les recettes, elles doivent être rattachées à l’exercice de leur encaissement. Les
recettes encaissées au 31/12/N et pour lesquelles aucun titre de recette n’a été émis doivent
être régularisées par l’ordonnateur au moyen de titre de recettes de régularisation à imputer
dans les comptes budgétaires de l’exercice courant (PNUD, 2000, p.67 ; PAIGEP, 1999/a,
p.33). Ces régularisations doivent intervenir avant la fin de la période complémentaire au
risque de reporter les recettes non régularisées, au même titre que les recettes non recouvrées,
dans le budget de l’exercice suivant en restes à recouvrer.
Comme pour les dépenses, l’utilisation des comptes de régularisation tel que les « Produits
constatés d’avance » et les « Produits à recevoir » permettrait d’intégrer dans les comptes de
la commune toutes les opérations ayant donné lieu à un encaissement mais pour lesquelles
aucun titre n’est émis.
L’adoption du PCOP 2006 propose l’application des principes comptables issus du secteur
marchand (PCG 2005) pour lesquels une comptabilisation systématique des amortissements et
des provisions devrait être effectuée en fin d’exercice. Bien que la comptabilisation des
amortissements et des provisions soit déjà prévue (même partiellement) par le PCOP 2000,
son application au niveau des communes malgaches reste théorique.
135
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
communes, celui des amortissements révèle l’existence d’une situation économique assez
alarmante au niveau des communes.
Par ailleurs, les maires des communes urbaines et communes rurales que nous avons visitées
se plaignent tous de cette insuffisance des ressources pour l’investissement. Pourtant la loi
oblige les communes à imputer 15% de leurs recettes aux dépenses d’investissement (PNUD,
2000, p.46 ; PAIGEP, 1999/a, p.11, PAIGEP, 1999/b, p.9). Les enquêtes menées par les
bailleurs de fonds montrent que les 15% des recettes devant être affectées en investissement
ne sont jamais dépensés en tant que tel. Ils servent souvent à compléter la composante
« Fonctionnement » du budget (ACORDS, 2003, p.26 ; BANQUE MONDIALE, 2004, p.65).
Cependant, lesdites infrastructures publiques, si elles existent au niveau de quelques rares
communes, ne constituent normalement pas des éléments amortissables.
En outre, les communes sont astreintes à la tenue d’une comptabilité, dite « comptabilité-
matière », pour inventorier et valoriser l’ensemble de son patrimoine, comprenant l’ensemble
des biens meubles et immeubles. La plupart des communes se heurtent à des difficultés liées à
l’identification, l’inventaire (ou mise jour de l’inventaire), et la valorisation de leur patrimoine
ne leur permettant pas de tenir une comptabilité-matière à jour et régulière.
69
Voir également l’étude réalisée par l’ACORDS sur les besoins en infrastructures publiques des communes
rurales, in « Analyse du contexte institutionnel et financier en vue d’un appui direct aux communes rurales et aux
organisations intercommunales », Juillet 2003, p.28
136
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
Le système de contrôle au niveau des communes malgaches est organisé en fonction des
dispositions législatives et réglementaires sur la décentralisation et sur la comptabilité
publique. Il est assuré par divers organes tels que le comptable public, le chef de district (ou
chef d’arrondissement administratif), le tribunal administratif et financier, et le conseil
municipal. Chacun de ces organes exerce, à son niveau, les missions de contrôle qui lui sont
dévolues par les lois ou par la constitution. Aussi, le comptable public procède-t-il au contrôle
de l’exécution budgétaire tant en recettes qu’en dépenses, le chef de district au contrôle de la
légalité des budgets et comptes administratifs, le tribunal administratif et financier au contrôle
et jugement des actes et des comptes de gestion, et le conseil municipal au contrôle politique
des actes et du budget de la commune.
137
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
Budget et Compte de
compte gestion
administratif
138
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
L’Etat est représenté par le Chef de district qui exerce, au niveau local, un contrôle sur la
légalité du budget et du compte administratif des communes. Le contrôle du Représentant de
l’Etat porte sur la régularité du vote par les conseillers, la réalité de l’intérêt local des
dépenses, la légalité des ressources fiscales, le respect des prescriptions législatives et
réglementaires régissant les inscriptions et la présentation des documents budgétaires, la
sincérité de l’équilibre (Article 118 à 124, Loi N°94-008).
Le contrôle, limité à l’équilibre apparent des sections budgétaires et au respect des règles et
délais de vote pour l’adoption du budget, ne permet pas au représentant de l’Etat de vérifier la
sincérité des inscriptions budgétaires et moins encore d’anticiper les dérives financières. En
effet, les lois de décentralisation ont supprimé le pouvoir de tutelle et de contrôle de l’Etat sur
l’opportunité des actes et des décisions prises par les collectivités territoriales décentralisées
dont les communes.
Le conseil municipal ou conseil communal règle les affaires de la commune par délibération
(article 8, Loi N°95-005). En tant qu’organe délibérant de la commune (article 3, Loi N°94-
008), il exerce un contrôle politique sur les décisions de dépenses à engager et de recettes à
collecter au niveau communal. En effet, le budget voté constitue l’acte par lequel les
conseillers autorisent le maire à engager des dépenses (et à collecter des recettes) jusqu’à une
certaine limite qui est spécifiée par les crédits budgétaires.
Toutefois, force est de constater qu’au niveau de la plupart des communes malgaches, le
contrôle exercé par les conseillers est souvent limité à cause de l’insuffisance de leur
formation et compétence en matière de finances publiques, de droit budgétaire et même de
gestion locale. Cette limite a tendance à s’accentuer surtout au niveau des communes rurales
(représentant 90 % des communes malgaches) pour lesquelles les membres du conseil sont
tous issus d’une couche de population paysanne marquée par un très faible taux
d’alphabétisation. Certains projets de développement locaux, tel que l’ACORDS (2003),
estiment qu’aucune mesure concrète d’amélioration et de renforcement de capacité ne peut
raisonnablement être suggérée étant donnée qu’ils sont élus au suffrage universel direct.
139
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
Le contrôle juridictionnel est assuré par le tribunal administratif et financier qui dispose d’un
pouvoir d’investigation sur place (contrôle sur place) lorsqu’il est saisi. En effet, le
Représentant de l’Etat peut déférer à la juridiction compétente les actes de la commune qu’il
estime contraires à la légalité (Article 120, Loi N° 94-008).
En matière budgétaire et financière, le Tribunal financier peut être saisi par le Représentant de
l’Etat, souvent en cas de défaut d’adoption dans les délais légaux, d’absence d’équilibre réel,
ou de défaut d’inscription ou de mandatement d’une dépense obligatoire. Par ailleurs, il peut
procéder au contrôle des actes budgétaires de la commune, au contrôle de l’exécution des
budgets, à l’examen de la gestion du maire, et au contrôle des comptes de gestion du
comptable public (Article 115, Loi N°2004-021).
Toutefois, le contrôle exercé par le tribunal administratif et financier est un contrôle ponctuel
réalisé seulement sur demande du Représentant de l’Etat. Le système a été largement calqué
sur le système français basé sur le contrôle des Chambres régionales des comptes et considéré
par plusieurs auteurs tels que LANDE (1996, 2000, 2003), LECLERC (1997), CARASSUS
(2000, 2003), SULZER (2000), WATHELET (2000), comme non pertinent et lacunaire.
A titre d’exemple, LANDE (2003) montre les limites des interventions des CRC d’après le
cas de la ville de Sens.
140
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
Encadré n° 9 – Les limites des interventions des CRC, cas de la ville de Sens
La CRC était intervenue dès 1999 à la demande du préfet suite au déséquilibre du compte administratif de
l’exercice 1998. Néanmoins, les recommandations résultant de l’audit n’ont pas été suivies par la
collectivité. En effet, l’amélioration apparente de la situation financière à fin 1999 est due à la reprise de
l’excédent d’exécution d’un budget annexe pour 9,7MF, montant qualifié par la suite d’insincère à
hauteur de 5MF, et par la cession de terrain pour 19MF sans sortie de l’actif (la plus-value de cession
n’intégrait pas la sortie de l’actif).
De même, le déficit du compte administratif de 2000 n’intègre pas 16,8MF de charges nettes en section de
fonctionnement et 3,3MF de charges nettes en section d’investissement soit un écart de 20MF entre le
résultat présenté et la situation financière de la collectivité sans tenir compte du risque associé à la SEML.
Ce report de déficit se fait ressentir sur le budget 2001.
Ainsi, malgré les signaux apparus dès 1998, la délocalisation d’une partie des charges sur d’autres
structures, associées à des pratiques budgétaires et comptables de sous évaluation des engagements réels
de la commune, ont permis à la commune de cacher pendant deux ans une situation financière dégradée
dont l’ampleur n’est apparue qu’en 2001 après les élections municipales.
Néanmoins, le système d’information comptable et budgétaire n’est pas le seul en cause. Le système de
contrôle actuel ne permet pas une anticipation des défaillances car leur finalité à l’heure actuelle est de
vérifier la conformité des opérations par rapport aux dispositions législatives et réglementaires.
Source : LANDE (2003), « Le système d’information des communes permet-il de mesurer le risque
financier ? », Revue du Trésor, février 2003, pp. 106-115
La comptabilité publique s’appuie sur un principe strict de séparation des fonctions entre
l’ordonnateur et le comptable public (Ordonnance N°62-081). Au niveau des communes,
l’ordonnateur, c’est-à-dire le maire, exécute le budget tant en recettes qu’en dépenses. Le
comptable public s’occupe de la prise en charge et du recouvrement des recettes, du contrôle
et du paiement des dépenses, de la garde et du maniement des fonds de la communes, de la
conservation des pièces justificatives des opérations et des documents comptables qui lui sont
transmis et de la tenue de la comptabilité de la commune.
Le contrôle de l’exécution budgétaire exercé par le comptable public porte sur la régularité
des dépenses et des recettes. A cet effet, il vérifie en matière de dépenses « …la qualité de
141
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
Aux termes de l’article 56 de la LOLF malgache, « …les comptables publics sont soumis à un
régime de responsabilité pécuniaire et personnelle à raison des irrégularités ou manquements
commis dans l’exercice de leurs fonctions, indépendamment des responsabilités de droit
commun, disciplinaires, civiles et pénales qu'ils encourent en ces occasions… ».
Inspiré des règles de contrôle applicables au niveau des communes françaises, le principe de
séparation et de contrôle du comptable public sur les actes d’exécution budgétaire du maire
vise essentiellement à vérifier la régularité des recettes et dépenses et limiter par conséquent
les dérives financières. Toutefois, le comptable ne peut porter aucune appréciation sur la
légalité ni encore moins sur l’opportunité des décisions prises par l’ordonnateur.
Par ailleurs, il ne peut garantir la fiabilité et l’exhaustivité des informations comptables qui lui
sont transmises par l’ordonnateur. En effet, le comptable public ne peut contrôler que les
mandats et les titres de recettes qui lui sont transmis par l’ordonnateur. Il ne dispose pas de
pouvoir d’investigation sur place afin d’appréhender la réalité des engagements pris par la
commune.
142
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
143
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
Ainsi, WOODWARD (1994, p.74) souligne les différences de structures entre les
organisations s’expliquent par les différences de technologie utilisées par ces dernières. Selon
cet auteur, il existe un lien entre la technologie et la structure des organisations. Elle a observé
au niveau des firmes industrielles britanniques que les organisations utilisant des technologies
de production semblables tendaient à avoir des structures d’organisation semblables. BURNS
et STALKER (1966, cité par SCHEID, 2005, p.41) ont étudié la relation entre la structure
d’une firme et la stabilité de l’environnement de celle-ci auprès d’une vingtaine d’entreprises
du Royaume-Uni. A cet effet, ils distinguent deux types de structure organisationnelle, l’une
organique (peu formalisée) et l’autre mécanique (très formalisée). Ils concluent ensuite que la
structure mécanique est mieux adaptée dans un environnement stable tandis que la structure
organique l’est dans un environnement instable.
144
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
Selon WEILL et OLSON (1989, p.63), les variables contingentes les plus utilisées dans les
recherches en système d’information comprennent la stratégie, la structure, la taille,
l’environnement, la technologie, les tâches à effectuer et les caractéristiques individuelles.
CHAPELLIER (1994, p.95) regroupe les variables contingentes en variables structurelles
(taille, âge, degré d’informatisation, type d’activité) et en variables comportementales (profil
du dirigeant, profil du comptable). A cet effet, il soutient que le degré de complexité du
système d’information comptable des organisations dépend des facteurs d’ordre structurel et
des facteurs d’ordre comportemental.
145
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
70
LÜDER, « A contingency model of governmental accounting innovations in the political administrative
environment », in CHAN & PATTON (eds), Reaserch in governmental and non profit accounting, Vol.7, JAI
Press Inc., Greenwich, CT, 1992
146
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
STIMULI
- Crises financières
- Scandales financiers
- Marché financier
- Normalisateur externe
- Intérêts professionnels
Déclenche
PRODUCTEURS DE L’INFORMATION
UTILISATEURS DE L’INFORMATION
- Caractéristiques détermine
organisationnelles
- Système légal
- Compétence et qualification
L’introduction (ou non) d’un
des comptables
système d’information
- Taille des juridictions
comptable public plus
informatif
147
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
Le modèle de contingence développé initialement par LÜDER (1992) a été repris par un
nombre considérable de chercheurs, notamment ceux du réseau CIGAR, pour décrire et
expliquer les processus de réformes en cours ou à venir dans leur pays respectif. Entre autres,
on peut citer les travaux de CHAN (1994) aux Etats-Unis, de MADER et SCHEDLER (1994)
en Suisse, de MELLEMVIK et MONSEN (1995) au Danemark, Norvège et Suède, de
MUSSARY (1995) en Italie, de JARGUA et al. (1995) en Pologne, de PALLOT (1996) en
Nouvelle Zélande, de MONTESINOS et VELA (2000) en Espagne, de LANDE (1996, 2003)
en France, CHRISTENSEN (2001) en Australie, de GODFREY et al. (1996) en Afrique…
Par ailleurs, plusieurs études comparatives sur l’influence favorable ou défavorable des
caractéristiques de l’environnement national sur les réformes comptables du secteur public ont
été menées dans plusieurs pays tels que la Nouvelle-Zélande, la Grande Bretagne,
l’Allemagne, la Finlande, les Etats-Unis, les Pays-Bas d’une part (BUDÄUS et
BUCHHOLTZ, 1996), et le Kenya, la Tanzanie, l’Ouganda d’autre part (GODFREY et al.,
1996). VELA et FUERTES (2000) ont effectué une étude comparative sur les résultats de ces
recherches. Leurs conclusions peuvent être résumées dans le tableau suivant (VELA et
FUERTES, 2000, p.92) :
148
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
149
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
D’autres travaux ont permis de compléter, de transformer et/ou d’apporter des précisions au
modèle initial de contingence en ajoutant ou en supprimant d’autres variables structurelles.
Aussi, BUDAÜS et BUCHHOLTZ (1996) utilisent-ils le modèle de LÜDER (1992) pour
analyser les réformes de la comptabilité analytique au niveau des communes. Ils ont conclu
que les résultats des réformes dépendent de l’importance des autres facteurs administratifs et
organisationnels qu’ils qualifient de soft factors, pour les changements d’attitudes et de
pratiques des acteurs et de hard factors, pour les changements dans les mécanismes et
procédures administratives. Dans cette même logique mais en adoptant une approche
différente, YAMAMOTO (1997, 2000) soutient l’existence d’une pluralité de types de
gouvernance (compte tenu du système politique) et de types de management (compte tenu de
la culture administrative). A cet effet, il maintient l’existence d’une relation claire et linéaire
entre le type de gouvernance, de management et de système comptable. Aussi, conclut-il que
le résultat des réformes du système d’information comptable public n’est pas satisfaisant tant
que le nouveau système comptable ne s’adapte pas au type de gouvernance et de mangement.
Par ailleurs, PALLOT (1996) souligne que les résultats attendus des réformes dépendent de la
manière avec laquelle est géré le processus de réforme. Dès lors, elle introduit d’autres
variables liées à la conduite et au management du processus de réforme regroupant les
motivations liées à la réforme, le calendrier des réformes à entreprendre, les textes législatifs
et/ou réglementaires requis…
150
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
L’intégration des résultats issus des recherches internationales, menées notamment dans le
cadre du réseau CIGAR, a permis de développer le modèle initial de la contingence de
LÜDER (1992) désormais appelé Financial Management Reform Process Model – FMR
Model ou modèle du processus de réforme de la gestion financière. Le FMR model reprend
les variables contextuelles caractérisant les organisations institutionnelles propre à chaque
pays tout en corrigeant l’emphase du contexte national sur le comportement des acteurs,
considérée comme l’une des sources de critiques pour le modèle initial (CHAN, 1996). A cet
effet, le FMR précise les acteurs clés du processus de réforme en mettant l’accent sur l’impact
de leur comportement et attitude sur les résultats du processus de réforme. Par ailleurs, il
prend en compte les différentes étapes du processus de réforme.
Le FMR Model (LÜDER, 2000) met en évidence les interactions possibles entre les variables
de contingences lesquelles sont classées en deux groupes de variables contextuelles (stimuli et
organisations institutionnelles), trois groupes de variables comportementales (les conducteurs
de la réforme, les promoteurs politique de la réforme et les autres parties prenantes ou
stakeholders) et deux groupes de variables instrumentales (le concept de la réforme et la
stratégie de réforme).
151
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
STIMULI
- Crises financières ou fiscales
- Scandales financiers
- Doctrine dominant
- Nécessité de reformer le secteur public
Ligne d’influence
RESULTAT DE LA
REFORME OU ETAPE
Ligne d’impact
DE LA REFORME
152
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
Les réformes du système comptable et budgétaire des communes malgaches sont diffusées par
les autorités centrales par les lois et décrets. Notre analyse du système, telle que présentée
dans le paragraphe précédent, révèle des lacunes importantes : l’application des réformes au
niveau local est très partielle, voire inexistante pour les communes soumises à des contraintes
de compétences, financières, matérielles et technologiques.
L’analyse des entretiens réalisés montrent que les réformes initiées pour le niveau communal
ne prennent pas en compte les contraintes liées aux contingences locales. Néanmoins, nous
avons limité notre investigation au profil des maires et des comptables communaux, la taille
du budget et l’utilisation des moyens informatiques (matériel et logiciel). En effet, l’objectif
de notre paragraphe n’est pas de tester ni les différentes hypothèses de la théorie de la
contingence ni le modèle de LÜDER (1992, 2003) mais d’apporter quelques éléments
explicatifs des lacunes du système comptable des communes.
Le profil des maires de notre échantillon n’échappe pas au fossé grandissant entre les
communes urbaines et les communes rurales de Madagascar. En effet, les maires des
communes urbaines ont poursuivi des études plus pointues que leurs homologues des
communes rurales. Le niveau de qualification des élus est très alarmant dans la plupart des
communes rurales lesquelles sont souvent marquées par un faible taux d’alphabétisation de la
153
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
population. Le profil des maires des communes de notre échantillon peut est résumée dans le
tableau suivant :
154
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
Les maires des communes N°1 à N°11, à l’exception de celui de la commune N°6, ont tous
poursuivis des études supérieures bien que ces dernières ne soient pas nécessairement
spécialisées en gestion ni en comptabilité (privée ou publique). Bien qu’elles n’aient pas
adopté le PCOP, le système d’information comptable et budgétaire de ces communes est
structuré soit par l’existence d’un progiciel de gestion comptable, soit par l’utilisation des
documents et imprimés officiels fournis par l’imprimerie nationale.
Pour les communes N°12 à N°16, le niveau de qualification des maires est relativement
alarmant. Ils sont issus des communes rurales pour lesquelles le taux d’alphabétisation est très
faible. Ils n’ont pas adopté le PCOP car leur degré d’alphabétisation ne leur permet pas
d’accéder au niveau de technicité de ce dernier. Par ailleurs, les budgets y sont rédigés sur
papier libre et le suivi de la gestion budgétaire effectué à partir de cahiers confectionnés en
l’interne sur la base d’un système de comptabilité de caisse.
Le même cadre d’analyse a été utilisé pour l’étude du profil des comptables communaux.
Nous entendons par « comptables communaux » les personnes en charge de la direction ou du
service de comptabilité au niveau de la commune. En effet, dans les grandes communes
urbaines, les affaires administratives et financières sont confiées à une direction tandis que
dans une commune de moindre importance, elles sont confiées à un service ou un simple
agent. L’analyse du profil des comptables communaux peut être résumée dans le tableau
suivant :
155
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
156
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
Le comptable de la commune N°1 (commune urbaine hors catégorie) dispose d’un niveau de
formation assez élevé en matière de comptabilité publique, c’est un ancien Inspecteur du
Trésor. Il indique que : « …La commune N°1 n’utilise pas encore le PCOP ni le budget
programme, mais l’ancienne nomenclature budgétaire. La gestion budgétaire se fait selon les
principes de l’unité, l’annualité, l’universalité et l’équilibre budgétaire… ».
Les trois plus grandes communes de notre échantillon disposent toutes d’un personnel
d’encadrement qualifié (Niveau Bac+4 à Bac+8). Néanmoins, ces derniers présentent une
légère réticence par rapport aux réformes du PCOP 2000 et une très grande réticence par
rapport au PCOP 2006. En effet, ils estiment que la plus grande partie du problème sera au
niveau des agents d’exécution qui n’ont aucune notion de comptabilité : « Dans la région,
notre commune est une assez grande commune. Et notre personnel d’encadrement sont tous
diplômés pourtant nous avons encore des problèmes de compétences et de formation pour
mettre en place le PCOP à cause de la compétence de nos agents d’exécution pour lesquels le
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PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
niveau d’étude est moins élevé (niveau Bac, ou BEPC). Imaginez-vous ce qu’il en serait pour
les petites communes rurales dans les brousse » (Maire de la commune N°2).
158
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
Visiblement, la taille du budget des communes urbaines et celui des communes rurales
périphériques du grand Antananarivo (CR2 PGA) est sensiblement supérieure à celui du
budget des autres communes rurales. Pourtant, le comportement des communes face à
l’adoption du PCOP ne varie pas en fonction de la taille de leur budget. Exceptionnellement,
la commune N°2, bien qu’elle ait un budget important par rapport aux autres communes,
semble vouloir adopter le PCOP mais cette adoption se limite aux seules nomenclatures
159
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
budgétaires. Le comptable de la commune N°2 nous a rapporté que « …c’est le Trésor qui a
exigé l’application des nomenclatures prévues par le PCOP ». Les résultats que nous avons
obtenus semblent démontrer que les communes de notre échantillon ne fournissent pas
beaucoup d’effort pour adopter le PCOP quelle que soit la taille de leur budget. Cela signifie-
t-il que la taille du budget des communes de notre échantillon n’est pas assez importante pour
adopter une comptabilité d’engagement ? C’est en effet le cas si l’on fait une comparaison des
communes malgaches avec les grandes villes américaines et européennes ayant adopté un
système de comptabilité d’engagement.
4) – L’informatisation du système
A l’exception des communes ayant bénéficié des projets d’appui au renforcement des
capacités locales (PAGU, PAIGEP,…), l’utilisation des outils informatiques dans la gestion
financière demeurent à un stade très embryonnaire sinon inexistante. Plusieurs communes
rurales effectuent manuellement les opérations relatives à la gestion comptable et budgétaire
depuis l’élaboration du budget jusqu’à l’établissement du compte administratif. Les
communes urbaines utilisent des matériels informatiques et des logiciels de gestion mais elles
se plaignent de la vétusté des matériels mis à leur disposition. En effet, aucun renouvellement
de leur parc informatique n’a été prévu depuis l’installation desdits matériels. Par ailleurs,
certaines communes urbaines utilisent des logiciels de bureautique (MS WORD ou MS
EXCEL) pour l’édition des budgets, le suivi budgétaire et l’élaboration du compte
administratif.
160
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
161
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
162
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
Encadré n° 10 – Le DSRP
Il existe un certain nombre de projets financés par les bailleurs de fonds pour assister le
gouvernement malgache dans la mise en place d’un cadre institutionnel permettant une
gestion et un suivi efficace des dépenses publiques afin de réduire la pauvreté (BANQUE
MONDIALE, 2001). Tant au niveau national que local, lesdits projets se traduisent
essentiellement par une assistance technique dans la conduite des réformes visant, entre
autres, le renforcement des capacités et la maîtrise des finances publiques. A cet effet, le
163
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
La Banque mondiale joue un rôle important dans l’exécution des réformes de l’administration
publique à Madagascar. Les actions qu’elle mène peuvent être analysées à travers les projets
d’appui institutionnel tels que le PAIGEP ou Programme d’Appui Institutionnel et Gestion
des Entreprises Publiques et le PGDI ou Programme pour la Gouvernance, le Développement
Institutionnel et la réduction de la pauvreté. En effet, Madagascar a bénéficié d’un
financement par l’Association Internationale de développement (IDA) en 1996 pour assurer la
71
Fonds Africain de Développement, « Rapport d’Evaluation. Projet de Renforcement Institutionnel visant la
Bonne Gouvernance (PRIBG). République de Madagascar », Octobre 2004
164
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
a) – Le PAIGEP
De nombreuses réformes de la gestion des finances publiques ont été initiées à travers le
PAIGEP. D’une part, le projet a assisté le Ministère des Finances et du Budget dans la mise
en place du Plan Comptable des Opérations Publiques (PCOP) et la mise en œuvre du
Système Intégré de Gestion des Finances Publiques (SIGFP) dans la province pilote de
Toamasina (BANQUE MONDIALE, 2001). D’autre part, il a permis de conduire des
expériences pilotes de renforcement du processus de décentralisation au niveau de 12
communes rurales réparties sur tout le territoire national (FENU, 1999). Il s’agit
essentiellement d’une assistance technique dans le domaine de l’administration des recettes
(recensement fiscal, gestion et édition des rôles, recouvrement…) et de la gestion du budget.
A cet effet, le PAIGEP a permis la production de 3 documents de gestion à l’attention des élus
communaux mis à part les travaux d’élaboration ou de mise en conformité des textes régissant
les communes. Lesdits documents concernent des guides sur les procédures comptables, sur
les ressources financières (fiscales et non fiscales) et sur l’organisation générale de
l’administration communale.
La description des procédures contenues dans le manuel laisse largement entendre que le
système comptable et budgétaire proposé correspond au modèle de comptabilité de caisse
modifiée. Néanmoins, force est de constater que les guides élaborés dans le cadre du PAIGEP
se limitent à la description des procédures à suivre dans l’élaboration et l’exécution du budget
165
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
b) – Le PGDI
S’insérant dans une logique de continuité des actions déjà commencées dans le cadre du
PAIGEP, le PGDI vise l’amélioration de la transparence et de la gestion des affaires
économiques et financières de l’Etat d’une part, et le renforcement des capacités et la
consolidation des institutions nationales de formation d’autre part (BANQUE MONDIALE,
2004).
Le projet a aussi facilité le renforcement des organes de contrôle interne et externe tels que
l’Inspection Générale de l’Etat (IGE), l’Inspection Générale des Finances (IGF), la Brigade
d’Inspection du Trésor (BdT), le Contrôle des Dépenses Engagées (CDE), la Cour des
Comptes, la Commission de Discipline Budgétaire et Financière (CDBF) et les Commissions
des Finances du Parlement (CFP). Aussi, de nouveaux cadres juridiques, institutionnels et
organisationnels ont été adoptés non seulement en matière de gestion budgétaire mais
également au niveau de la gestion et de la passation des marchés publics, et surtout en matière
de suivi et d’évaluation des politiques gouvernementales. En outre, d’importantes actions de
formation et de renforcement des capacités ont été réalisées au profit du Ministère de
l’Economie, des Finances et du Budget (MEFB), du Ministère de la Justice, de l’Ecole
Nationale de la Magistrature et des Greffe (ENMG), de l’Ecole Nationale de l’Administration
de Madagascar (ENAM), du Centre National de Formation Administrative (CNFA) afin de
pallier les insuffisances de capital humain et matériel en qualité et quantité adéquate pour
faire face aux différentes actions de réforme.
166
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
Au niveau local, les actions du PGDI se sont concrétisées par un rapport de consultant
proposant un cadre juridique et comptable pour la gestion financière des communes rurales de
2ème catégorie. Ce modèle propose une orientation générale sur l’utilisation d’un plan de
compte (compte et sous-comptes) pour les opérations comptables et budgétaires des
communes. En complément des procédures budgétaires proposées par les modèles du
PAIGEP, il repose sur une subdivision des comptes à quatre chiffre comme le précise
l’exemple ci-après :
Source : Rapport final « Elaboration d’un cadre juridique et comptable pour la gestion financière des
communes rurales de 2ème catégorie », RANDRIAMAHAFEHY, PGDI, 2005
Le soutien du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) pour les
réformes du secteur public se concrétise à travers le programme « Gouvernance et Politiques
Publiques pour un Développement Humain Durable MAG 97/007 » lequel a été établi en
étroite collaboration avec le Gouvernement malgache (PNUD, 2000). Le projet assiste le
Ministère chargé du Budget et du Développement des Provinces Autonomes dans
l’établissement des directives et méthodologies communes pour la gestion et le contrôle
financier au niveau communal. Par ailleurs, il fournit une assistance en matière de gestion
167
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
a) – Le guide du Maire
Mis à part les directives sur l’organisation, le fonctionnement et le contrôle des actes d’une
commune, le « Guide du Maire » propose des procédures comptables et budgétaires basées
sur les règles de la comptabilité publique. Le système d’information comptable ainsi proposé
met en relation deux acteurs principaux, le maire (ordonnateur du budget communal) et le
comptable public (receveur communal).
L’ordonnateur tient une comptabilité administrative tenue en partie simple. Cette dernière est
essentiellement articulée sur le budget, lequel doit être préalablement voté par l’organe
délibérant (le conseil municipal ou communal). Elle transcrit, au fur et à mesure de
l’exécution du budget, les engagements de dépenses et les émissions de titres de recettes
effectués par la commune (PNUD, 2000, p.83). Par ailleurs, le receveur communal, tient une
comptabilité en partie double basée sur les justificatifs fournis par l’ordonnateur. Cette
comptabilité permet d’établir les comptes de gestion de la commune en fin d’exercice. A cet
effet, les opérations sont enregistrées au moment des encaissements pour les recettes et celui
des décaissements pour les dépenses.
168
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
La comptabilité-matière est l'ensemble des règles applicables à la gestion des matériels et des
matières de toute nature utilisées par l'Administration pour le fonctionnement de ses services.
Elle est régie par l’Instruction générale du 22 juillet 1955 selon laquelle « tous les objets,
matières, matériels dont la valeur est supérieure à 5.000 FMG donnent lieu à la tenue d’une
comptabilité-matière » à l’exception des « matières et objets consommables nécessaires soit
aux besoins habituels des bureaux (fournitures de bureau papiers, chemises, agrafeurs, ... )
soit à la propreté et à l'entretien du matériel en service (ingrédients: alcool, essence, cirages,
savons,... ) » et des « objets scellés dans les bâtiments, les machines fixes, ... ». La
169
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
170
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
Le logiciel de gestion comptable et budgétaire (LGM) a été installé au niveau des communes
ayant bénéficié de l’appui du projet FAC – PAGU. Il présente plusieurs fonctionnalités
répondant aux différentes tâches relatives à l’élaboration et à l’exécution du budget tant en
recettes qu’en dépenses, à la gestion comptable des engagements et l’établissement du compte
administratif. Il s’agit entre autres des fonctions de base telles que :
b) – Le projet FAC-ADAT
171
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
Dans le domaine comptable et financier, le projet ADAT utilise des outils, des démarches et
procédés semblables à ceux utilisés dans le cadre du projet FAC – PAGU. Les campagnes de
recensement fiscal et d’informatisation de la gestion des impôts fonciers ont été entreprises en
complément de l’informatisation de la gestion comptable et budgétaire.
L’appui de l’ACORDS prend la forme d’une aide budgétaire directe sur trois ans destinée à
financer les investissements pour des petites constructions, des travaux de réhabilitation ou de
maintenance des infrastructures communales. Compte tenu de la complexité de cette approche
172
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
173
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
* * *
L’analyse du système comptable et budgétaire des communes malgaches révèle des lacunes
importantes. Elles sont liées à la fiabilité des données sur les recettes, à la limite technique des
traitements comptables effectués et à l’insuffisance des systèmes de contrôle. Pour pallier ces
lacunes du système d’information, les organes normalisateurs malgaches ont proposé des
réformes en profondeur visant l’alignement de la comptabilité communales sur les normes
comptables internationales IPSAS. Ces réformes se sont concrétisées par l’adoption du PCOP
2000 puis du PCOP 2006.
Néanmoins, l’application desdites réformes sur le plan communal bute sur les contraintes
liées au contexte et contingences locales. En effet, nous avons vérifié à partir de la théorie de
la contingence les facteurs pouvant expliquer la non-application du PCOP au niveau des
communes sans aller en profondeur. Il ressort de notre analyse que les facteurs tels que le
profil du maire, le profil des comptables communaux, la taille des budgets communaux et le
degré d’informatisation de la gestion des communes ne sont pas compatibles avec les
exigences des normes comptables internationales sur lesquelles s’inspire le PCOP. Une rapide
comparaison avec les grandes villes américaines et européennes ayant adopté des réformes
similaires (comptabilité d’engagement) permet de le confirmer.
174
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
modèles et manuels sont rédigés en français alors que certains maires et comptables des
communes rurales comprennent mal cette langue, et encore plus mal le français technique
desdits documents et modèles.
Cette situation nous a amené à contacter un bailleurs de fonds afin de financer notre recherche
et d’élaborer un outil intégrant les contraintes spécifiques des communes rurales.
175
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
Chapitre 2 – L’élargissement du fossé entre la doctrine comptable et les pratiques des communes
CONCLUSION DU CHAPITRE 2
Les pressions de la Banque Mondiale et du FMI ont conduit les autorités malgaches à adopter,
par mimétisme, des réformes comptables s’alignant sur les pratiques et normes comptables
internationales IPSAS (DSRP, 2004). Ce comportement s’explique, à la lumière des théories
néo-institutionnelles développées initialement par MEYER et ROWAN (1977) et DI
MAGGIO et POWELL (1983), par une recherche de légitimité envers les parties prenantes
desquelles dépend la survie de l’organisation. Pourtant, l’application desdites réformes au
niveau du secteur public local n’est pas encore effective jusqu’à nos jours. En effet, notre
observation des pratiques comptables locales montre l’utilisation d’un système de
comptabilité de caisse alors que la doctrine comptable propose un système de comptabilité
d’engagement. Par ailleurs, le système d’information comptable utilisé par les communes
révèle des lacunes graves qui sont liées aux contingences et contraintes locales. Les
ressources humaines, financières, matérielles et technologiques à la disposition des communes
ne leur permettent pas de mettre en place un système sophistiqué s’inspirant des IPSAS. En
effet, la théorie de la contingence (WEILL et OLSON, 1989) postule que la conception d’un
système d’information comptable doit tenir compte des caractéristiques propre à chaque
institution. Dans ce contexte de rareté des ressources, certains bailleurs de fonds
internationaux ont proposé des réformes moins complexes et intégrant les réalités du terrain
mais l’application de celles-ci se limite aux seules communes pilotes. Par ailleurs,
l’application desdites réformes s’opère difficilement au niveau des communes rurales.
176
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
CONCLUSION
CONCLUSION DE LA PARTIE 1
Cette première partie a permis de situer la place du secteur public local dans le cadre du
processus de décentralisation malgache. L’évolution de l’environnement politique,
organisationnel, juridique et comptable du secteur public local met en évidence un
accroissement récent de la responsabilisation des communes tant en matière administrative
que financière. Pour accompagner cette responsabilisation, les autorités malgaches ont
entrepris une série de réformes du système d’information comptable et budgétaire du secteur
public local en transposant les réformes initialement prévues pour l’Etat central au niveau des
communes.
L’Etat malgache a adopté des réformes s’inspirant des normes comptables internationales
(PCOP) et des expériences étrangères (LOLF) pour asseoir leur légitimité vis-à-vis des
bailleurs de fonds et partenaires internationaux. Les apports de la théorie néo-institutionnelle
permettent d’expliquer le processus d’adoption des réformes par mimétisme. Néanmoins, la
transposition de toute ou partie de ces réformes au niveau des communes malgaches se
heurtent aux contingences et contraintes locales. En effet, une grande partie des acteurs locaux
ne disposent ni des compétences, ni des connaissances et encore moins des expériences
requises pour répondre aux exigences et niveau de technicité requis par les différentes
réformes. C’est le cas des réformes successives introduites par les PCOP 2000 et par le PCOP
2006 dont l’application au niveau des communes n’est toujours pas effective à ce jour. Cette
non-appropriation des réformes s’explique, entre autres, par l’incompatibilité des facteurs de
contingences locales (insuffisance des ressources matérielles, financières et humaines) aux
caractéristiques du système comptable proposé.
Face à cet écart grandissant entre les référentiels comptables et les pratiques comptables des
communes, les bailleurs de fonds ont proposé des modèles de système comptable moins
complexes et tenant compte des contraintes locales mais l’application de ces derniers est
limitée aux communes pilotes. Par ailleurs, les communes rurales auxquelles s’adressent les
modèles rencontrent souvent des difficultés à les appréhender. Quel serait alors le modèle de
177
PARTIE 1 – L’évolution du secteur public local malgache
CONCLUSION
système comptable à promouvoir pour les communes rurales ? Faut-il continuer à adopter les
modèles internationaux ou vulgariser les modèles proposés par les bailleurs de fonds
internationaux ? Est-ce qu’on peut développer des systèmes encore plus simples, plus
robustes et plus pragmatiques tenant compte des contingences et contraintes locales ? Cette
partie de la problématique sera traitée dans la partie 2.
178
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
INTRODUCTION
PARTIE 2
DE LA CONCEPTION A L’ADOPTION D’UN
SYSTEME COMPTABLE ET BUDGETAIRE
SIMPLIFIE AU NIVEAU DES COMMUNES
RURALES MALGACHES
Une telle entreprise s’inscrit dans le cadre d’un aller retour « théorie – terrain » si bien qu’il
semble important de rappeler cette phrase de Gaston BACHELARD, philosophe et
épistémologue français du 19ème siècle (1884 – 1962), pour guider notre démarche. Nous
traiterons donc dans la deuxième partie de la thèse le processus de conception (chapitre 1) et
le processus de diffusion (chapitre 2) du système comptable et budgétaire simplifié au niveau
des communes rurales malgaches.
179
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
CHAPITRE 1
PROCESSUS DE CONSTRUCTION D’UN
SYSTEME COMPTABLE ET BUDGETAIRE
SIMPLIFIE POUR LES COMMUNES
RURALES MALGACHES
181
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
L’application du cadre conceptuel de l’IASB au niveau du secteur public fait l’objet d’une
réflexion au sein de l’IPSASB. En effet, les utilisateurs de l’information financière dans le
secteur public couvrent une large catégorie d’acteurs avec des besoins d’information et des
objectifs relativement distincts. De ce fait, la focalisation sur une seule catégorie d’utilisateur,
c’est-à-dire l’investisseur financier, porte naturellement à critique. C’est probablement l’une
des raisons pour lesquelles l’IPSASB a publié un projet de cadre conceptuel pour les IPSAS72
fin 2006.
Selon le CSC (2006, [Link]) le PCOP malgache est conforme aux normes comptables
internationales IAS/IFRS. En ce sens, il s’inspire, au moins indirectement, du cadre
conceptuel de l’IASB. Il est donc appelé à subir les mêmes critiques que ce dernier, entre
72
IPSASB, “Public Sector Conceptual framework – Project Brief”, December 2006, [Link]
182
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
autres, celle sur la priorisation des besoins d’information des investisseurs financiers. Si le
PCOP s’adresse à tout le secteur public malgache, bien que son application au niveau local ne
soit pas effective, quels sont donc les différents types d’utilisateurs de l’information
financière dans le secteur public local malgache ? Quels sont leurs besoins en matière
d’information financière ? A quelles fins utilisent-ils les informations financières ?
Pour répondre à ces questionnements, nous analyserons dans un premier temps les concepts
de « l’utilisateur » et de « besoins d’information des utilisateurs » dans le secteur public.
Ensuite, nous présenterons les résultats de notre enquête sur l’identification des besoins
d’information des acteurs locaux malgaches.
183
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
RAPPORTS Niveau 4
(Reports) (Level 4)
UTILISATEURS Niveau 5
(Users) (Level 5)
DYE et BOWSHER (1987) ont mené une étude sur les rapports financiers des gouvernements
fédéraux (Federal Governement Reporting Study – FGRS) aux Etats-Unis et au Canada. A ce
titre, ils ont trouvé que les utilisateurs de l’information financière publiée par le secteur public
sont composés par les parlementaires, les citoyens, les média, les analystes politiques, les
groupes d’intérêts spécifiques et les autres collectivités publiques, les gestionnaires et les
planificateurs du gouvernement, les économistes, les entreprises et autres organisations, les
prêteurs et investisseurs potentiels sur le marché ainsi que leurs conseillers (p.18). Ils
proposent de regrouper les utilisateurs suscités en trois grandes catégories comme le montre le
schéma suivant :
184
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Informations et analyses
MAYSTON (1992) précise, dans son étude sur le cadre conceptuel et les besoins
d’information des utilisateurs au Royaume-Uni, qu’il existe sept groupes d’utilisateurs
potentiels pour le secteur public. Ils comprennent, selon cet auteur, les électeurs, les
185
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
contribuables et les consommateurs des biens et services publics (groupe A), les représentants
de la population, c’est-à-dire des utilisateurs du groupe A (groupe B), les responsables
politiques tels que les ministres (groupe C), les gestionnaires publics (groupe D), les
employés (exécutants) du secteur public (groupe E), les organes de contrôles et de
surveillance (groupe F), les prêteurs et fournisseurs divers (groupe G).
Selon MAYSTON (1992, p.229), l’information financière peut être utilisée à des fins de
gestion, à des fins de contrôle ou les deux à la fois. Entre autres, les utilisateurs appartenant au
groupe C, D et E se servent des informations financières pour asseoir leur décision
managériale tandis que ceux du groupe A et B utilisent ces dernières pour prendre une
décision politique (décision de vote compte tenu de la performance des services publics par
exemple). Par ailleurs, les utilisateurs appartenant aux groupes F et G s’intéressent au contrôle
de la gestion de l’entité publique.
LANDE et ROUSSEAU (2003) distinguent les parties prenantes locales et les parties
prenantes nationales au niveau du secteur public local français (LANDE et ROUSSEAU,
2003, p.10). Ainsi, selon ces auteurs, les parties prenantes locales comprennent les hommes
politiques locaux, les citoyens et les partenaires des collectivités locales. Par ailleurs, les
parties prenantes nationales sont composées par les différents ministères de tutelles ou de
contrôle, l’INSEE (organisme de statistique nationale) et les institutions nationales ou
régionales de contrôles et d’audit telles que les chambres régionales des comptes par exemple.
Ils précisent également le rôle joué par la presse qui constitue, non seulement une source de
diffusion des informations publiques, mais également un moyen de détection et de révélation
des problèmes et éventuels scandales financiers.
186
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Schéma n° 26 – Les parties prenantes et utilisateurs de l’information financière du secteur public local
NIVEAU CENTRAL
Etat Organe
d’audit et
de contrôle
Information Source
macroécono- Régularité, d’information
mique, Economie, et révélateur de
risque Efficience, problème
Efficacité
Source
d’information
et de
Hommes politiques communication
locaux
Information pour la
Risque, prise de décision Economie, Presse
solvabilité Efficience,
Efficacité
Partenaires Citoyens et
locaux opposition
politique
NIVEAU LOCAL
La lecture des travaux cités précédemment fait ressortir des groupes d’utilisateurs
relativement similaires par rapport au secteur public. Leurs besoins d’informations respectifs
sont-ils les mêmes ?
187
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Les résultats des travaux de LANDE et ROUSSEAU (2003, p.14) font ressortir que les
besoins d’information des différentes parties prenantes (au niveau local et national) peuvent
être de nature financière (évaluation de la solvabilité et de la marge de manœuvre financière),
managériale (contrôle des services et des responsabilités) ou analytique (évaluation des
décisions politiques). Entre autres, les auteurs précisent que les hommes politiques locaux (le
maire plus précisément) utilisent les informations financières pour gérer leur marge de
manœuvre financière et budgétaire, contrôler les organismes satellites, négocier avec les
partenaires (banque, fournisseur), et communiquer sur leurs actions et sur les finances de la
collectivité. Les citoyens et l’opposition utilisent l’information financière pour évaluer la
performance des politiciens en poste et celle de la collectivité publique d’une manière
générale. A cet effet, ils ont besoin d’une information sur la performance des services publics,
sur la qualité des services publics, et sur le coût des services publics. Les partenaires
économiques locaux ont besoin d’une information sur le risque et la solvabilité de la
collectivité publique avant de s’engager dans une relation contractuelle avec cette dernière.
Des besoins d’information similaires se retrouvent dans les résultats de MAYSTON (1992,
p.228) qui, se référant à ses groupes d’utilisateurs A, B, C, D, E, et G précise que
l’information financière est utilisée par ces derniers à des fins politiques (décision politique de
voter pour ou contre, décision politique d’abandonner ou de poursuivre la fourniture d’un
service public) et managériales (gestion des crédits, actifs à long terme, coût des services).
Par ailleurs, les organes de contrôle (groupe F) identifiés par MAYSTON (1992, p.229)
peuvent être assimilés aux instances nationales de contrôle (préfecture, Trésor public,
ministères) et d’audit (chambre régionale des comptes) que LANDE et ROUSSEAU (2003)
ont trouvé pour le cas français. En effet, ces catégories d’utilisateurs ont besoin de
l’information financière pour assurer leur mission de contrôle et de surveillance. Entre autres,
ils ont besoin d’une information sur les opérations effectuées par la collectivité ainsi que leur
moyen de financement, sur la situation financière de la collectivité, sur la santé financière des
satellites, sur l’impact de la situation financière de la collectivité sur la fiscalité locale, …
188
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
DYE et BOWSHER (1987) mettent en évidence que les média jouent un rôle de traitement et
de diffusion de l’information financière. A cet effet, les auteurs précisent que les besoins
d’information des média sont très variés et dépendent, dans la plupart des cas, des rapports,
des articles et des analyses qu’ils préparent. Ainsi, les besoins d’information des média
peuvent varier d’une information très synthétisée (vue d’ensemble des finances publiques
comprenant les sources de revenues principales et les manières selon lesquelles les produits
sont dépensés), à une information très détaillée (le rendement des programmes, impact
économique et social des activités du gouvernement, acquisition et consommation de
ressources sur une période, coût des actifs à long terme, dépréciation…).
D’une manière globale, les besoins d’information des différentes parties prenantes portent,
d’après les propositions de PAVAN et LEMME (2006, p.118), sur le recouvrement des
recettes, les dépenses publiques, les programmes, les impacts des programmes (outcomes), les
résultats des programmes (output), l’efficacité et l’efficience des dépenses publiques, la
conformité avec les autorisations de dépenses, l’impact futur des politiques actuelles, l’actif
net de l’entité publique, l’évolution de l’actif net de l’entité publique et les flux de trésorerie.
Ainsi, les besoins d’information des différents utilisateurs identifiés par les travaux de
recherche suscités s’orientent vers la gestion, vers le contrôle ou vers la communication et/ou
la comparaison. Qu’en est-il des utilisateurs de l’information financière au niveau du secteur
public local malgache ? Pour répondre à ce questionnement, nous avons mené une enquête sur
terrain durant le premier semestre 2006 (1er mars au 31 juillet 2006). Les résultats de cette
enquête sont présentés dans le paragraphe suivant.
189
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
catégorie et quatre intervenants (et à la fois utilisateurs) majeurs pour les communes rurales
de deuxième catégorie. Ainsi, il est possible de distinguer le maire, le conseil municipal, la
direction ou service financier, le comptable du Trésor, le Chef de district et le tribunal
financier pour les communes urbaines et communes rurales de première catégorie. En
revanche, la liste des intervenants – utilisateurs se limite au maire, conseil communal,
secrétaire comptable, trésorier communal et chef de district pour les communes rurales de
deuxième catégorie. Par ailleurs, d’autres utilisateurs comme le ministère de la
décentralisation, les projets de développement locaux, la presse et les citoyens peuvent
également être des utilisateurs potentiels de l’information financière produite par les
communes malgaches.
Afin d’appréhender les besoins d’information financière des différents acteurs locaux, nous
avons réalisé une étude de terrain en collaboration avec le Ministère de la Décentralisation et
de l’Aménagement du Territoire au cours du premier semestre 2006. Cette étude a été
financée par le Programme de Réforme pour l’Efficacité de l’Administration, un projet de
réforme du secteur public malgache financé par la Banque Mondiale et rattaché à la
Présidence de la République.
L’objet du paragraphe suivant est de présenter les méthodes utilisées lors de la collecte des
données et informations susceptibles d’identifier les besoins d’information des acteurs locaux.
Ainsi, nous avons procédé à une série d’entretiens auprès des différents acteurs. Les entretiens
ont par la suite été analysés pour faciliter notre compréhension des besoins d’information de
chaque acteur et répondre à notre question de recherche.
Les communes de notre échantillon ont été sélectionnées suite aux entretiens préliminaires
que nous avons eu avec les responsables des ministères centraux et projets de développement
œuvrant pour la réforme du secteur public malgache. Néanmoins, leurs noms ne seront pas
communiqués pour des soucis de confidentialité. A cet effet, nous avons attribué un numéro
pour chaque commune.
Une telle stratégie d’échantillonnage correspond, selon MILES et HUBERMAN (2003, p.58),
à un échantillonnage séquentiel dirigé par une réflexion conceptuelle. A ce propos, les auteurs
soulignent que la première sélection d’informants devrait aboutir à la recommandation
d’autres informants. Dans notre cas, les premiers contacts et entretiens (formels et informels)
avec les responsables des ministères centraux et ceux des projets de réforme du secteur public
190
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Par ailleurs, nous avons décidé en commun accord avec notre co-directeur de thèse d’inclure
une commune urbaine hors catégorie (CUHC) dans l’échantillon. Le tableau suivant présente
les communes sélectionnées pour notre échantillonnage.
191
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Selon SAVALL et ZARDET (2004, p.209), les sources et supports d’informations peuvent
être regrouper en trois famille : E.D.O = Entretiens, Documents, Observation. WACHEUX
(1996, p.203) propose des typologies similaires mais avec, toutefois, beaucoup plus de détail.
En effet, il distingue cinq sources de données principales. Il s’agit de : l’entretien,
l’observation directe, l’observation participante, les archives et la documentation. L’entretien
« …correspond à un projet de connaissances des comportements humains et des interactions
sociales à partir du discours des acteurs… » (WACHEUX, 1996, p.203). L’observation est
« … une analyse des comportements sociaux à partir d’une relation humaine partagée et
durable de l’existence des hommes… » (LAPLANTINE, 1987, cité par WACHEUX, 1996,
p.209). L’analyse documentaire (documents et archives) « …est une opération de
192
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
a) – L’entretien
Nous avons privilégié l’entretien pour notre analyse des besoins d’information financière au
niveau des différents acteurs. C’est une technique qui permet de refléter l’univers mental
conscient ou inconscient des individus (THIETART, 2003, p.235). Il est souvent utilisé
comme un moyen privilégié d’accéder aux faits, aux représentations et aux interprétations sur
des situations connues des acteurs (WACHEUX, 1996, p.203). Toutefois, il faut distinguer
l’entretien individuel de l’entretien groupé. Le premier correspond à une situation de face à
face entre un investigateur et un sujet (THIETART, 2003, p.235) tandis que le second
consiste à réunir différents sujets autour d’un ou plusieurs animateurs en vue de créer une
situation d’interaction (THIETART, 2003, p.237). Notre investigation a été basée sur un
entretien individuel. L’entretien individuel peut être semi-directif ou non directif
(WACHEUX, 1996 ; RISPAL, 2002 ; THIETART, 2003 ; SAVALL et ZARDET, 2004).
Dans le premier cas, le chercheur définit un thème général sans intervenir sur l’orientation du
propos du sujet (THIETART, 2003, p.235). Dans le second cas, le chercheur s’appuie sur les
mêmes principes que le précédent mais utilise, en revanche, un guide structuré sur des thèmes
préalablement définis (THIETART, 2003, p.235). Soucieux de ne pas voir les entretiens se
disperser vers des questions ou des thèmes sans rapports réels avec notre question de
recherche (c’est-à-dire les besoins d’information des acteurs), nous avons procédé à une série
d’entretiens semi-directifs sur différents thèmes relatifs à la gestion comptable et budgétaire
des communes. L’objectif était de poser des questions précises en rapport avec les besoins
d’information des acteurs. Un guide d’entretien a été élaboré à cet effet (Annexe N°1). Par
ailleurs, nous avons enregistré les entretiens sur magnétophone malgré les réticences et la
prudence dans les propos que l’enregistrement pourrait entraîner chez l’interlocuteur.
Néanmoins, l’existence d’un ordre de mission formel rédigé sur un papier en-tête du PREA
(Programme de Réforme pour l’Efficacité de l’Administration), un projet de réforme du
secteur public rattaché à la Présidence de la République, a permis de limiter ces réticence et
prudence de la part des acteurs. Certains interviewés profitaient même de l’entretien pour
faire passer leurs doléances auprès du Président. Dans de telles circonstances, nous avons été
obligé de recentrer l’entretien sur notre question de recherche. Par contre, il arrivait parfois
que les interlocuteurs apportent des réponses floues ou incomplètes. A ce titre, nous avons
aménagé, au fur et à mesure de l’évolution de l’entretien, des questions d’investigations ou
193
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
des questions d’implication lesquelles ne peuvent être préparées à l’avance selon RUBIN et
RUBIN (1995) cité par THIETART (2003, p.236). Elles permettent non seulement de
compléter, ou de clarifier une réponse incomplète ou floue, mais également de demander des
exemples ou des preuves (questions d’investigation) et surtout d’élaborer avec précision une
idée ou un concept (questions d’implication) (RUBIN et RUBIN, 1995 ; cité par THIETART,
2003). Le tableau qui résume les caractéristiques générales des entretiens que nous avons
réalisés au niveau des communes est fourni en annexe (Annexe N°2).
b) – L’observation
Selon THIETART (2003, p.238), l’observation « …est un mode de collecte des données par
lequel le chercheur observe de lui-même, de visu, des processus ou des comportements se
déroulant dans une organisation, pendant une période de temps délimitée ». Après chaque
entretien, nous avons procédé à une vérification systématique des propos de l’interlocuteur à
partir d’une illustration tirée des observations des activités réelles de ce dernier. En procédant
ainsi, nous avons pu comprendre les réalités de l’intérieur pour pouvoir l’expliquer.
194
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
L’acceptation par les acteurs locaux de notre présence a été facilitée grâce au parrainage de
notre étude par le PREA et par le MDAT (Ministère de la Décentralisation et de
l’Aménagement du Territoire). Une véritable relation de confiance avec les sources de
données a été possible grâce à ce parrainage. Néanmoins, l’existence de ce parrainage n’a
influencé aucunement notre processus de recherche. Nous avons disposé d’une liberté
importante pour organiser notre démarche sur terrain. A l’issue de chaque mission
d’observation, nous avons élaboré une fiche de restitution qui nous a servi dans la phase
d’élaboration de résultat (Annexe N°3).
c) – L’analyse de documents
Selon MIQUEL (1991), cité par WACHEUX (1996, p.220), la plupart des évènements vécus
par les organisations laissent des traces soit dans la conscience des personnes qui les ont
vécus, soit dans les écrits. C’est en se servant des écrits que nous avons triangulé les données
obtenues des discours et des observations.
MILES et HUBERMAN (2003) proposent différents instruments pour l’analyse des données
qualitatives (entretiens, observations, documents). Les mêmes auteurs distinguent l’analyse
après la collecte des données et l’analyse pendant la collecte des données qu’ils
recommandent fortement (MILES et HUBERMAN, 2003, p.101). Par ailleurs, ils considèrent
comme une sérieuse erreur le fait de consacrer beaucoup de temps pour la collecte des
données puis de s’isoler pour leur traitement. A cet effet, ils proposent trois composantes
principales de l’analyse des données qualitatives : la condensation des données, la
présentation des données et l’élaboration/vérification des conclusions.
195
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Pendant Après
Tenant compte des méthodes et instruments proposés par MILES et HUBERMAN (2003), le
traitement des données relatives à notre analyse des besoins d’information financière des
acteurs locaux a été réalisé par l’utilisation de codage, de fiche de synthèse (entretien,
documents et de observation), de matrice et de journal de recherche.
a) – Le codage
Selon THIETART (2003, p.177), le codage consiste à nommer et catégoriser les phénomènes
grâce à un examen approfondi des données. Pour MILES et HUBERMAN (2003, p.112), les
codes sont des étiquettes qui désignent des unités de signification pour organiser l’information
compilée au cours de la recherche. Ils sont utiles à l’extraction et à l’agencement de segments
de texte. MILES et HUBERMAN (2003) recommande la préparation d’une liste de départ de
codes avant la descente sur le terrain. Cette dernière fera l’objet de rajout ou de suppression
au fur et à mesure de l’avancement de la collecte et de l’analyse des données.
Afin de lier directement les questions de recherche aux données, nous avons établi une « liste
de départ » de codes avant la descente sur le terrain. Certains codes ont été changés
(supprimés ou reformulés) et d’autres ont été ajoutés pour assurer une meilleure
196
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
compréhension des données relatives aux besoins d’information des acteurs. En effet, nous
nous sommes rendu compte, une fois sur terrain, que certains codes sont inapplicables,
surchargés, mal adaptés ou trop abstraits. Une liste finale de codes est fournie en annexe.
(Annexe N°4)
Selon WACHEUX (1996, p.231), une fiche de synthèse restitue les informations essentielles
et les contributions à l’objet de recherche, ainsi que les dimensions contextuelles, les
conséquences immédiates et les interrogations. MILES et HUBERMAN (2003, p.104)
proposent de limiter la rédaction de la fiche sur une simple feuille, c’est-à-dire ne dépassant
pas une page recto simple.
Nous avons élaboré des fiches de synthèse (Annexe N°5) à l’issue de chaque entretien réalisé,
de chaque commune visitée et de chaque document analysé.
c) – Les matrices
Pour analyser les besoins d’information de chaque acteur au niveau d’une commune, nous
avons utilisé la matrice par rôles proposée par MILES et HUBERMAN (2003). En effet, les
auteurs soulignent que cet instrument permet une représentation systématique des données
recueillies auprès d’un ensemble d’individus. Il s’agit dans un premier temps de représenter la
perception par les acteurs de leur rôle puis de saisir (recueillir) dans un second temps leur
vision, et éventuellement leur besoin par rapport à un thème déterminé. Cet instrument facilite
la comparaison entre les acteurs (sur un même site).
Ensuite, nous avons complété les matrices par rôles par une méta-matrice partiellement
ordonnée (MILES et HUBERMAN, 2003, p.320) pour avoir une vision d’ensemble des
besoins d’information de tous les acteurs pour toutes les communes que nous avons visitées.
En effet, selon MILES et HUBERMAN (2003, p.318), cet instrument rassemble, sous un
format standardisé toutes les données provenant de chacun des divers sites.
197
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
d) – Le journal de recherche
Le journal de recherche permet d’enregistrer chronologiquement les investigations qui ont été
réalisées (WACHEUX, 1996, p.232). Nous avons tenu un journal de recherche (Annexe N°6)
afin de conserver une trace d’ensemble de nos investigations. Les informations enregistrées
dans le journal ont été utilisées, lors de l’analyse des données, pour alimenter le raisonnement
par des précisions contextuelles.
e) – Les photos
Nous avons également pris des photos pour illustrer la réalité locale. En effet, il nous a semblé
plus facile d’appréhender cette réalité à partir d’une photo au lieu et place d’une longue
description narrative.
D’une manière générale, la première phase de notre analyse de données a consisté à réduire le
texte et à l’organiser, par le biais du codage, des matrices, et des fiches de synthèses afin de
préparer les travaux d’analyse proprement dits. L’étape suivante sera consacrée, à l’inférence
de l’ensemble des interprétations à partir des discours recueillis. Le matériel ainsi codé et
structuré a été déployé pour réaliser les interprétations qui seront exposées dans le paragraphe
qui suit.
198
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
UTILISATEURS UTILISATEURS
INTERNES EXTERNES
A des fins A des fins A des fins A des fins A des fins A des fins de A des fins
politiques et de de gestion de politiques de suivi et de d’information
négociation contrôle statistique financement
s
Citoyens
Le présent paragraphe sera consacré à l’analyse des besoins d’information financière des
différents acteurs présentés par le schéma ci-dessus. Pour ce faire, nous présenterons
successivement les résultats de nos investigations (entretien, observation, analyse de
document) pour chaque catégorie d’utilisateurs.
Les utilisateurs internes se composent des maires et des membres du bureau exécutif local
chargés de la gestion financière et comptable. Les entretiens réalisés avec ces derniers mettent
en évidence l’existence d’une pluralité des besoins d’information dont la finalité converge
vers une prise de décisions politiques et managériales. Néanmoins, l’information financière
demeure partiellement exploitée au niveau des utilisateurs internes. En effet, les besoins
d’information que nous avons relevés se limitent au strict respect des règles légales en matière
199
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
a) – Les maires
Les besoins d’information exprimés par les maires74 s’articulent autour des recettes et des
dépenses. Cette situation met en évidence l’existence d’une vision à court terme dans la
gestion des communes. Accessoirement, les maires pensent que les informations sur la
fiscalité locale et sur les matières pourront les aider dans leur gestion.
Pour les émissions de recettes, il est important pour les maires de respecter le vote des
conseillers notamment sur les tarifs à appliquer ou sur les taux d’imposition. Le maire d’une
commune rurale a entre autres mentionné :
• Nous ne pouvons pas dépasser les autorisations des conseillers. Si les conseillers ont
voté 2.000 Ariary comme droit pour les cérémonies coutumières, nous devons
l’appliquer. Nous ne pouvons pas augmenter ni diminuer ce montant. Ce serait
contraire à la loi.
Des besoins similaires sont ressentis par les maires de commune rurale. Néanmoins, ces
dernières ne disposent pas des mêmes moyens que les communes urbaines. La plupart d’entre
74
Dans certaines grandes villes, nous n’avons pas eu de contact direct avec le maire mais plutôt avec le premier
adjoint au maire.
200
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
elles effectuent des suivis manuels du recouvrement des recettes. Le maire d’une commune
rurale pilote du PAIGEP nous a affirmé :
D’autres maires de communes rurales affirment avoir besoin d’une information sur les
recouvrements des recettes mais ils ne savent pas comment ni par quel moyen effectuer
un suivi par ligne budgétaire. Ils ne disposent ni de canevas ni de documents établis à
l’avance, leur permettant d’effectuer un tel suivi. Aussi, ils se contentent d’un journal
confectionné sur un cahier (voir un bout de papier) où se mélangent toutes les
informations sur les rentrées et sorties de fonds de la commune.
Pour les communes disposant de moyens informatiques, les informations sur les dépenses
sont demandées par le maire auprès des agents, services ou directions concernées. Ces
derniers effectuent un tirage informatique des documents correspondants. Le maire d’une
commune urbaine affirme par exemple :
201
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Pour les communes ne disposant d’aucun moyen informatique, les informations sur les
dépenses sont présentées à partir des fiches ou journal des engagements qui sont normalement
tenus par le secrétaire comptable ou secrétaire trésorier comptable. Ainsi, un maire d’une
commune rurale nous confirme que :
Les maires affirment qu’ils ont besoins d’une information sur la fiscalité locale notamment
sur les impôts fonciers. Ces besoins correspondent à deux soucis :
- l’amélioration du recouvrement,
- et l’autonomie financière.
Pour le premier, les maires estiment qu’une base de données sur la fiscalité locale permettrait
de recenser tous les contribuables et suivre efficacement les recouvrements. Les maires
affirment même que cela les aiderait à prendre des mesures pour améliorer le recouvrement.
Un maire de commune urbaine a précisé que :
Dans le second cas, les besoins des maires correspondent surtout à un souci d’autonomie. En
effet, les communes ne disposant pas de base de données fiscales récente ne peuvent assurer
elles-mêmes l’émission des rôles. Par conséquent, elles sont dépendantes des services de
contribution directe de leur district ou province de rattachement. L’émission et le
recouvrement des rôles pour les impôts fonciers sont alors en retard de 4 à 5 ans par rapport à
202
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
l’exercice en cours. Cette situation se traduit concrètement par un très faible taux de
recouvrement des impôts fonciers.
Les maires affirment qu’ils ont besoin d’une information sur le mouvement des matières.
Néanmoins, lesdits besoins résultent plus des recommandations de l’inspection générale
d’Etat ou celles des projets de développement locaux que d’un véritable besoin du maire pour
suivre les mouvements des matières.
• … l'inspection générale de l'Etat nous a fait une remarque sur la carence de notre
comptabilité matière. Je pense qu'il faut nous assister dans la mise en place de notre
comptabilité matière. C’est vraiment un réel besoin…
Par ailleurs, le secrétaire trésorier comptable d’une commune rurale nous affirme que :
• Depuis notre sélection pour le projet ACORDS, ces derniers nous ont invité à tenir
une comptabilité matière à jour. Pourtant, nous n’avons jamais tenu de comptabilité
matière avant l’avènement du projet ACORDS.
b) – Les managers
Nous regroupons sous le qualificatif « managers » les agents, services ou directions chargés
de la gestion comptable et financière de la commune visitée. Leurs besoins d’information
dépendent de ceux du maire. En effet, ils établissent, à la demande du maire, des informations
relatives aux recettes, dépenses, fiscalité locale et matières de la commune.
Une situation similaire se retrouve au niveau des communes rurales. En effet, un secrétaire
trésorier comptable d’une commune rurale de deuxième catégorie nous confirme que :
203
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
• Le maire me demande régulièrement des informations sur les recettes et sur les
dépenses. C’est à lui de prendre les décisions. Mon rôle est de lui fournir les
informations qu’il demande pour prendre ses décisions. Entre autres, je l’alerte quand
les crédits sont épuisés ou les fonds libres insuffisants.
Les utilisateurs externes que nous avons identifiés se composent des comptables du Trésor,
des Chefs de districts, des conseillers communaux ou conseillers municipaux, du ministère de
la décentralisation, des projets de développement financés par les différents bailleurs et de la
presse.
Les entretiens réalisés avec ces derniers mettent en évidence l’existence d’une pluralité des
besoins d’information dont la finalité converge vers le contrôle, l’établissement de
statistiques, le suivi, le financement, et l’information ou le traitement de l’information pour
d’autres utilisateurs. Nous synthétisons ci-après les besoins d’information exprimés par
chacun des utilisateurs externes de l’information financière et comptable pour chaque
commune visitée.
a) – Les conseillers
Nous avons interviewé tous les présidents du conseil municipal ou conseil communal des
communes de l’échantillon. Il ressort de nos entretiens que les besoins exprimés par les
conseillers correspondent à une information sur l’exécution des dépenses et sur l’exécution
des recettes.
• (…) le problème se situe surtout au niveau du suivi des dépenses, de l'utilisation des
fonds et de l'exécution du budget (fanaraha-maso ny fandaniana sy ny fizotran'ny
budget, ny fampiasana azy). Depuis mes deux ans de mandat en tant que président du
conseil, les délais pour l'élaboration du budget additionnel ne sont jamais respectés.
Par exemple, la loi prévoit que le budget additionnel doit être établi au cours du
premier trimestre de l'année. Pourtant, dans le cas de notre commune, le budget
additionnel n'est établi que vers le mois d'août ou même septembre. Nous ne sommes
204
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
pas au courant des dépenses effectuées par l'exécutif, dans quoi ont-ils dépensé les
fonds ? Nous espérons vraiment qu'une telle information nous soit communiquée par
l'exécutif. Un autre cas de manque d'information se situe au niveau des dépenses
engagées et des recettes. Par exemple, après trois mois d'exécution budgétaire, nous
aimerions savoir à combien s'élève les fonds dépensés par la commune pour telle ou
telle chose? à combien s'élève les recettes pour telle chose. De telles informations,
nous n'en avons pas. Donc nous ne pouvons même pas observer la cadence
d'exécution du budget, les insuffisances ou l'excédent des fonds communaux.
Par ailleurs, les conseillers demandent également une information sur l’évaluation des
réalisations du bureau exécutif en plus d’une information sur la destination des dépenses
effectuées par ce dernier. En effet, le même président de conseil municipal a ajouté que :
• Un autre problème c'est que les dirigeants se prennent pour des maîtres incontestés
des lieux. Ils décident et règnent sur les lieux comme s'ils pouvaient disposer
librement des biens et fonds publics. En tant que président du conseil, je pense que les
citoyens ont le droit de demander des comptes aux dirigeants. Si vous avez consommé
X millions ou X milliards de carburants, c'était pour faire quoi? Quels ont été vos
déplacements? Dans quel but? ....
Curieusement, les mêmes besoins d’information ont été trouvés dans les communes rurales
mêmes pour celles qui ne font pas partie de la couronne du Grand Antananarivo. Néanmoins,
ces dernières ont exprimés la nécessité d’une formation et d’un budget autonome pour assurer
leur rôle de contrôleur des actes de l’exécutif. Voici un extrait des réponses apportées par un
président de conseil communal d’une commune rurale hors Antananarivo :
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PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
L'assemblée nationale a son propre budget et donc une autonomie par rapport au
gouvernement. Notre rôle en tant que conseiller municipal c'est de contrôler l'exécutif
local. Donc nous travaillons comme si c'était nous le gendarme, le contrôleur. Si en
tant que contrôleur, je demande souvent de l'argent à celui que je contrôle, pour
acheter par exemple des fournitures ou pour effectuer des déplacements, cela implique
que je dépend financièrement de la personne que je contrôle. Certes nous avons des
indemnités de session et elles sont prévues par le budget. Mais c'est au maire de
décider le moment propice pour les payer. Nous n'avons donc pas cette autonomie
financière vis-à-vis de l'exécutif et nous sommes à la merci du maire. C'est vraiment
un obstacle pour assurer pleinement nos rôles de contrôleurs.
• Il faut également prévoir une formation des élus, surtout nous les conseillers. Il faut
recentrer nos connaissances surtout au niveau des droits et responsabilités vis-à-vis
de l'exécutif et vis-à-vis des attentes des citoyens. Des fois, nous agissons seulement
par bon sens. Des fois nous allons même au-delà de nos attributions, des fois en deçà.
Donc il faut bien préciser les attributions par le biais des formations. Les actions
devraient être renforcées surtout au niveau des communes rurales.
D’une manière générale, les besoins d’information des conseillers correspondent à une
information financière retraçant la conformité des réalisations par rapport aux autorisations
budgétaires. Ils requièrent également une évaluation des résultats des actions de l’exécutif et
une information concernant l’utilisation des fonds publics. En effet, les informations
contenues dans les documents budgétaires (présentation par nature) de la commune ne
permettent pas d’informer les profanes (les non spécialistes) sur la destination des dépenses
communales. Par ailleurs, aucun dispositif d’évaluation des actions et politiques publiques
n’est prévue ni par les différentes lois sur la décentralisation ni par les lois sur la comptabilité
publique75.
b) – Le chef de district
Les entretiens que nous avons eus avec les chefs de districts ou adjoints de chefs de district
confirment leur rôle de représentant de l’Etat en assurant le contrôle de légalité des actes et
délibérations des autorités communales.
75 L’application de la loi organique sur les lois de finances n°2004-007 au niveau de l’Etat central se traduit par
la mise en pace d’un budget programme (une budgétisation centrée sur les résultats) et la mise en place d’une
série d’indicateurs. Néanmoins, l’application de cette loi au niveau local n’est pas encore prévue.
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PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Pour assurer leur mission de contrôle, ils ont besoin des informations contenues dans les
documents budgétaires et procès-verbaux établis par la commune. A partir de ces
informations, ils se fondent une opinion sur la légalité des actes et propose aux autorités
communales les corrections qui s’imposent. Voici un extrait de l’entretien que nous avons eu
avec un chef de district :
• Mon rôle est d'assurer le contrôle de légalité des actes de la commune. Il s'agit
beaucoup plus d'un concours technique que d'un contrôle. J'apporte donc des
corrections dans le budget de la commune. Je ne suis pas là pour faire de l'inspection
mais pour apporter des corrections. C'est le cas par exemple lorsqu'il y a des
dépassements trop importants de dépenses par rapport à l'année dernière, je propose
souvent au maire de ramener les dépenses au moins au niveau de N-1. Dans le cas des
recettes, quand le budget prévoit des montants trop inférieurs au niveau de N - 1, je
propose au maire de les ramener au niveau de N-1. En effet, le budget de l'année ne
doit pas être inférieur au budget de l'année N-1 car c'est dans une philosophie de
développement que l'exercice de budgétisation s'inscrit.
Ainsi, le chef de district a besoin d’une information exhaustive, précise et chiffrée sur
l’ensemble des prévisions et autorisations budgétaires, d’une part, et sur l’ensemble des
réalisations, d’autre part. Lesdites informations lui servent de base pour assurer la mission de
contrôle de la légalité lors des délibérations communales (vote du budget et approbation du
compte administratif).
c) – Le Trésor
Nous rassemblons sous le qualificatif « Trésor » l’ensemble des comptables publics du Trésor
qui assurent le maniement des fonds publics pour chaque commune de l’échantillon. Ainsi, ce
qualificatif embrasse l’ensemble des fonctionnaires déconcentrés du Trésor tels que les
207
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
trésoriers généraux, les trésoriers principaux les percepteurs principaux… que nous avons
interviewés.
Rappelons que le comptable du Trésor est chargé de contrôler la régularité des dépenses et des
recettes de la commune. Entre autres, il vérifie le respect des crédits ouverts et celui des fonds
libres pour chaque mandat émis par le maire. A partir des entretiens réalisés, nous avons
relevé que le Trésor a besoin des informations contenues dans le budget primitif notamment
celles relatives aux autorisations budgétaires votées par le conseil. De ce fait, les besoins
d’information du Trésor concourent à la réalisation de sa mission de contrôle de type légaliste
qu’il exerce sur la commune. A titre d’exemple, un trésorier général nous a confié :
• C'est à partir du budget primitif que je contrôle le fonds libre pour chaque émission
de mandat. Je vous parle bien sûr de la partie dépense du budget. J'effectue pour
chaque émission le contrôle du crédit ouvert par rapport au mandat émis, le montant
du crédit disponible par rapport au cumul des émissions et la vérification sur pièce
c'est-à-dire des pièces justificatives de la dépense. S'il y a des dépassements, nous
rejetons la dépense.
• (…) Je prends toutes les opérations de recettes et toutes les opérations de dépenses de
l’année. Je calcule le solde entre les recettes et les dépenses. Après, je compare avec
le solde du compte administratif du maire (…)
Ainsi, le Trésor a besoin d’une information exhaustive, précise et chiffrée sur l’ensemble des
prévisions et autorisations budgétaires, d’une part, et d’une information exhaustive, précise et
chiffrée sur l’ensemble des réalisations, d’autre part. La première est indispensable pour
assurer la mission de contrôle de régularité tandis que la seconde lui sert de base pour
l’établissement du certificat de conformité.
208
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
d) – Le MDAT
- établir des statistiques sur les recettes et dépenses communales. Pour cela, les
informations contenues dans les documents budgétaires (le montant total des
recettes et le montant total des dépenses) sont ressaisies dans leur intégralité sur un
fichier EXCEL.
76
L’enquête a eu lieu au premier semestre 2006 et c’est pour cette raison que nous avons gardé l’appellation
MDAT ou Ministère de la Décentralisation et de l’Aménagement du Territoire dans cette partie de la thèse. En
effet, depuis les nouvelles nominations après l’élection présidentielle de décembre 2006, l’appellation du
ministère a changé en MPRDAT ou Ministère auprès de la Présidence de la République chargé de la
Décentralisation et de l’Aménagement du Territoire.
209
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
permet d’obtenir, a priori, une information importante sur les compétences des
acteurs locaux qui les ont préparés. Cette première opinion sera ensuite confortée
par une analyse du volume budgétaire et une éventuelle visite de lieu.
Les besoins d’information du MDAT correspondent aux données brutes, précises et chiffrées
contenues dans le budget et le compte administratif. Lesdites informations lui servent de base
pour mener des analyses statistiques relatives aux différents éléments constitutifs des
documents financiers établis. Ces éléments couvrent, entre autres, les recettes fiscales, les
recettes non fiscales, les recettes propres, les subventions, les autres sources de financements
externes, les différentes catégories de dépenses (investissement, fonctionnement)…
e) – Les projets
Les projets de développement locaux utilisent les documents financiers établis par les
communes comme critère de sélection de leurs zones d’intervention. Il s’agit pour les
responsables de projets de recueillir les informations susceptibles de donner une appréciation
globale de la capacité de gestion des acteurs locaux et celui du degré d’entente ou de
différends entre ces derniers.
- la disposition de trois budgets et compte administratif (N, N-1, N-2) votés en équilibre
et n’ayant pas fait l’objet d’éventuelles observations négatives de la part des
conseillers communaux, des représentants de l’Etat ou du Trésor ;
210
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
- disposer d’un compte approuvé par le conseil communal lors du dernier exercice,
Néanmoins, les critères de sélection des projets ne se limitent pas aux seules informations
financières. D’autres informations de nature qualitative rentrent également dans leur critère de
décision. Nous pouvons citer, entre autres, le degré d’enclavement, le retard sur le plan
développement, le niveau global de pauvreté, l’existence ou non de campagne contre les feux
de brousse…
Les besoins d’information des projets de développement dépassent les seules données
financières issues du budget et compte administratif. Il est nécessaire d’adjoindre des
informations permettant de mesurer le développement de chaque commune avant de les
inclure dans leur zone d’intervention.
f) – La presse
La presse constitue une source non négligeable d’information pour les citoyens et pour les
autres catégories d’utilisateurs de l’information financière. A cet effet, elle traite les
informations brutes recueillies auprès des autorités locales (auprès des communes ou des
services déconcentrés) afin de les présenter de manière à ce que les utilisateurs finaux, quel
que soit leur degré de compétence en comptabilité publique, puissent comprendre le
fonctionnement et la situation financière des communes par une simple lecture des
informations publiées. D’une manière générale, la publication des informations par la presse
fait suite à l’existence d’un problème ou dysfonctionnement au niveau de la commune.
A cet effet, les besoins d’information de la presse comprennent, en plus d’une information
budgétaire, une information qualitative et pas forcément financière. Nous avons relevé dans
les quotidiens d’information d’Antananarivo quelques illustrations de la suspension du maire
de la commune urbaine de Toamasina.
211
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
• (…) la décision du ministère de l’Intérieur de le suspendre a été motivée par (…) les
problèmes de la réhabilitation des rues et de l’enlèvement des ordures où les
manquements de l’équipe exécutive dirigée par le maire Roland Ratsiraka ont été les
plus manifestes78 (…)
Ces mêmes informations, avec des formulations différentes, ont été publiées par la presse
malgache. Toutefois, cette information n’explique pas en détail les données financières ou
budgétaires qui n’ont même pas été communiquées.
En vertu de l’article 2 du décret N° 2004-573 du 1er juin 2004, l’inspection générale de l’Etat
est chargée de procéder à la vérification de la gestion des ordonnateurs et de celle des
comptables publics des services et établissements publics de l'Etat, des Collectivités
Territoriales Décentralisées.
Nous avons eu un contact informel avec un inspecteur d’Etat. Néanmoins, nous pouvons
conclure à partir des informations publiées par les journaux d’information que l’IGE/IGF
constitue un utilisateur externe de l’information financière publiée par les communes. A partir
du cas de la commune urbaine de Toamasina, nous avons relevé que :
• « …les inspections menées par l'Inspection générale de l'Etat ainsi que par des
ministères marquent le mois de suspension du maire80… »,
• « …La suspension ou destitution qui tirent leur origine (…) à la suite de malversations
financières dûment constatées par les services de l’Inspection générale de l’Etat
(IGE) et qui aboutissent généralement à des décisions judiciaires de condamnation
des maires intéressés81… »
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212
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Les besoins d’information des différents utilisateurs que nous identifié peuvent être résumés
dans le tableau suivant :
213
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
* * *
L’IPSASB a emprunté le cadre conceptuel de l’IASB pour développer les IPSAS. Toutefois,
les normes comptables internationales IAS/IFRS, développées par l’IASB, privilégient les
besoins d’information d’une seule catégorie d’utilisateur, c’est-à-dire l’investisseur financier.
Il est supposé que la satisfaction des besoins d’information de l’investisseur financier devrait
permettre de satisfaire les besoins d’information des autres utilisateurs potentiels de
l’information. Cette position est de plus en plus critiquée surtout au niveau du secteur public
où l’on rencontre une multitude d’utilisateurs de l’information financière avec des besoins
aussi divers que variés.
214
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Le secteur public local malgache ne fait pas exception. Nous avons identifié à partir d’une
recherche de terrain qu’il existe deux groupes d’utilisateurs de l’information et des documents
financiers établis par les communes. Le groupe des utilisateurs internes qui se compose de
maires et d’agents/services/direction chargés de la gestion financière et comptable de la
commune d’une part, et le groupe des utilisateurs externes qui est constitué par les conseillers
municipaux ou communaux, le district, le Trésor, les ministères centraux, les projets de
développement financés par des bailleurs de fonds internationaux, la presse et les organes de
contrôle de l’Etat d’autre part.
S’inscrivant dans une démarche exploratoire par induction, notre investigation repose sur des
entretiens, analyse de documents et observation. Par ailleurs, les données recueillies ont été
traitées à partir des techniques d’analyse de données qualitative (WACHEUX, 1996 ; MILES
et HUBERMAN, 2003 ; RISPAL, 2002).
Chacun des utilisateurs suscités a des besoins d’information différents pour des finalités
différentes. Les besoins d’information des utilisateurs internes correspondent, d’une manière
générale, à une information permettant d’effectuer un contrôle et un suivi des exécutions
budgétaires afin de se conformer aux dispositions réglementaires en vigueur. Les besoins
d’information des utilisateurs externes ne se limitent pas aux seules informations pour le suivi
budgétaire. Ils comprennent des informations plus larges telles que les réalisations de travaux,
le degré d’enclavement, les dysfonctionnements ou mésententes politiques entre les organes
communaux. Néanmoins, la tendance générale est que les besoins d’information des
utilisateurs (internes et externes) convergent tous vers une information de type contrôle –
budgétaire comme le montre la figure suivante :
215
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
INFORMATION
Information sur la fiscalité locale CONTROLE BUDGETAIRE
216
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Dans le cadre de cette section, nous allons présenter le système d’information comptable et
budgétaire en tant qu’outil de gestion dans un premier temps. Ensuite, nous analyserons les
caractères innovants du système dans un second temps.
82
La première phase de notre étude a été financée par le PREA – Programme de Réforme pour l’Efficacité de
l’Administration. Par ailleurs, elle a été menée en collaboration avec le Ministère de la Décentralisation et de
l’Aménagement du Territoire (MDAT, actuellement appelé MPRDAT ou Ministère auprès de la Présidence de la
République chargé de la Décentralisation et de l’Aménagement du Territoire). L’objectif de cette phase a été de
mener une enquête au niveau des communes dans un premier temps, et de concevoir un système comptable et
budgétaire simplifié à l’intention des communes dans un second temps. Il ressort de cette étude que le niveau de
compétence et de formation des acteurs locaux (maires, trésorier communaux, conseillers communaux) ne
permettent pas l’implantation et l’utilisation d’un outil de gestion complexe telle que les normes comptables
internationales au niveau des communes rurales de deuxième catégorie.
217
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Par ailleurs, GILBERT (1998, p.22) propose de modérer l’usage du terme « outil » pour
désigner les techniques et les instruments de gestion. Selon ce même auteur, l’outil sert à agir
sur la matière, des objets matériels et de ce fait son action est physique, elle se plie aux lois
naturelles. Par contre, le terme instrument est plus général et moins concret. Son action
couvre non pas l’univers matériel, mais les données et surtout le comportement humain.
GILBERT (1998, p.23) propose donc les critères de distinction entre outil et instrument de
gestion suivant :
Bien que GILBERT (1998) ait proposé cette distinction, la confusion de vocabulaire subsiste
dans la littérature des sciences de gestion. En effet, plusieurs recherches portant sur les outils
de gestion abordent ces derniers sous différentes dénominations. Ainsi, de nombreux
chercheurs utilisent des termes aussi divers que variés pour désigner les techniques et
instruments se référant à la gestion. GIRIN (1981) parle de machines de gestion, BERRY
(1983) préfère le terme « instrument de gestion », HATCHUEL et WEIL (1992) utilisent les
termes de « techniques managériales » ou d’« appareil gestionnaire », MOISDON (1997)
218
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
emploie les expressions « dispositif de gestion », « outil de gestion » et DAVID (1998) adopte
le terme « outil de gestion ». Par souci de simplification et afin de mieux exploiter la
littérature, nous n’allons pas faire trop de distinction entre outil de gestion, instrument de
gestion et technique de gestion. Néanmoins, cette diversité et richesse de la littérature nous
amène à nous demander comment peut-on définir un outil de gestion et quelles sont ses
principales caractéristiques ?
D’après BERRY (1983), un instrument de gestion correspond à tous les moyens conceptuels
ou matériels visant à réduire la complexité et simplifier le réel dans la conduite des
entreprises. Il s’agit d’un « artefact » ayant une double nature objective et subjective. Cette
conception est partagée par LORINO (2002, p.15) selon lequel un outil de gestion est à la fois
un artefact et un schème d’utilisation. Il précise, que « […] l’outil […] est un signe
«matériel», présent dans la réalité «objective» (même si c’est un outil purement
informationnel), [et] un schème d’utilisation, abstraction réfléchissante d’actions concrètes,
toutes uniques car prises dans un contexte unique ». En guise d’exemple, LORINO (2002)
prend le cas de la métaphore du panneau de sens interdit qui est à la fois un artefact (un objet
physique, le panneau) et un schème d’utilisation (ce panneau est le signe symbolique d’un
schème d’action : il signifie qu’il ne faut pas s’engager dans cette voie).
219
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Pour MOISDON (1997, p.7), un outil de gestion est « (…) un ensemble de raisonnements et
de connaissances reliant de façon formelle un certain nombre de variables issues de
l’organisation, (…) destiné à instruire les divers actes classiques de la gestion que l’on peut
regrouper dans les termes de la trilogie classique : prévoir, décider, contrôler ». A ce titre, il
cite comme exemple les ratios de productivité, les indicateurs de qualité, de délais, de prix de
revient issus d’une comptabilité analytique, les modèles statistiques de prévision des ventes,
les plans de production, les calculs issus des mathématiques appliquées, la comptabilité
générale…
Force est de constater que les outils de gestion ont envahi les différents niveaux de
fonctionnement des organisations. Ils sont considérés, au niveau des organisations, comme
des supports de l’intervention ou de l’action (HATCHUEL et WEIL, 1992 ; MOISDON
1997), des outils d’investigation des fonctionnements organisationnels (MOISDON, 1997,
LORINO, 2002), des outils de pilotage de la mutation (ou du changement) (MOISDON,
1997 ; DAVID 1998 ; GILBERT, 1998), des moyens de régulation des rapports sociaux
(BERRY, 1983), des moyens de mécanisation (ou de routinisation) des comportements (DE
COSTER et PICHAULT, 1994 ; LORINO, 2002).
Si tels sont les rôles assignés aux outils de gestion, possèdent-ils des caractéristiques ou
structures communes leur permettant de s’identifier et d’assurer les rôles précédemment
reconnus ?
D’après HATCHUEL et WEIL (1992, p.123) tout outil de gestion est formé de trois éléments
en interaction : un substrat technique, une philosophie gestionnaire et une vision simplifiée
des relations organisationnelles.
- Une philosophie gestionnaire désignant un « (…) système de concept qui [définit] les
objets et les objectifs formant les cibles d’une rationalisation » (HATCHUEL et
WEIL, 1992, p.124). Elle désigne, selon ces mêmes auteurs, le but général et premier
qui fonde l’outil de gestion bien qu’il ne soit pas nécessairement poursuivi sur le
terrain. En d’autres termes, la philosophie gestionnaire correspond à l’esprit dans
lequel le maniement de l’instrument est envisagé (GILBERT, 1998, p.46).
220
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
- Une vision simplifiée des relations organisationnelles qui permet d’entrevoir les
principaux acteurs et leurs rôles autour de l’instrument (GILBERT, 1998, p.46). En
effet, selon HATCHUEL et WEIL (1992, p.125), « (…) les [techniques managériales]
seraient muettes et sans vertu mobilisatrice si elles ne se définissaient à travers une
scène dont les personnages viennent expliciter les rôles que doivent tenir un petit
nombre d’acteur sommairement, voire caricaturalement décrits ».
HATCHUEL et WEIL (1992) ont illustré les caractéristiques précédemment identifiées pour
analyser les techniques managériales correspondant respectivement à l’organisation
scientifique du travail, la gestion de production assistée par ordinateur, la recherche
opérationnelle, l’intelligence artificielle et les systèmes experts. Le tableau suivant résume les
résultats desdites analyses :
221
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Pôle spéculatif
Niveau 4 : argumentatif
Croyances, normes de comportement,
Déconstruction de l’instrument
hypothèses implicites, théories…
Construction de l’instrument
Niveau 3 : conceptuel
Notions générales et abstraites
auxquelles il est fait appel
Niveau 2 : procédural
Schéma de raisonnement tel que
« Faire A, puis B et ensuite C, etc. »
Niveau 1 : opérant
Caractéristiques visibles et concrètes
destinées à produire un effet
Pôle pratique
222
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
223
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Plusieurs travaux de recherche se basent sur les grilles d’analyse développées respectivement
par HATCHUEL et WEIL (1992) et GILBERT (1998) pour analyser les caractéristiques et les
structures des outils de gestion. Entre autres, nous pouvons citer les travaux de DAVID (1996,
1998) sur la structure des outils de gestion et celui des innovations managériales,
GODOWSKI (2003) sur l’assimilation d’un système de coût fondé sur l’approche par activité,
LAFONTAINE (2003, 2005), DESMAZES et LAFONTAINE (2007) sur les outils de
contrôle de gestion environnemental, et ROCHER (2006) sur le guide de consolidation des
risques dans le secteur public local français.
Nous concluons de cette revue de littérature que le modèle développé par HATCHUEL et
WEIL (1992) permet de dégager trois dimensions caractéristiques de chaque outil de gestion
étudié tandis que le modèle de GILBERT (1998) permet d’approfondir la structure d’un
instrument de gestion. Nous allons articuler la présentation du modèle de système
d’information comptable et budgétaire que nous avons proposé pour le secteur public local
malgache sur le modèle de GILBERT (1998).
Selon GILBERT (1998, p.48) la déconstruction d’une instrumentation de gestion repose sur
quatre questions :
Nous allons aborder chacune de ces questions dans le cas du système d’information
comptable et budgétaire simplifié.
224
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
- fournir des informations répondant aux besoins des différents utilisateurs (l’analyse de
ces besoins a fait l’objet de la section précédente).
BUDGET
COMPTE FICHE
ADMINISTRATIF D’ACTIVITE
GRAND LIVRE
PV DES
D’ARRETE RECETTES
DE CAISSE
SYSTEME
COMPTABLE ET
PV DE GRAND LIVRE
RAPPROCHEMENT BUDGETAIRE DES DEPENSES
BANCAIRE
JOURNAL
DES JOURNAL DE
MATIERES BANQUE
JOURNAL JOURNAL
DE BORD DE CAISSE
- les instruments de suivi et de contrôle des réalisations qui regroupent les grands livres
de recettes, les grands livre des dépenses, le journal de bord, le journal de banque, le
journal de caisse, le journal des matières, le procès-verbal d’arrêté de caisse, le procès-
verbal de pointage (ou de rapprochement bancaire) ;
225
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Le système comptable et budgétaire simplifié repose sur un processus qui relie, en trois
phases, les différents instruments précédemment énumérés. Les trois étapes comprennent la
budgétisation, le suivi des réalisations ou exécution budgétaire et le compte-rendu.
a) – La phase de budgétisation
- une définition des activités à réaliser durant l’exercice budgétaire et une identification
des différentes catégories de ressources qui vont servir à leur financement ;
- une évaluation des dépenses à effectuer pour l’exercice. Il s’agit ici d’effectuer un
choix quant à l’affectation d’une ou plusieurs catégories de ressources (de recettes) à
une activité à réaliser.
Néanmoins, cet exercice reste soumis au respect des règles imposées par la comptabilité
publique. Il s’agit du respect de l’équilibre global entre les recettes et les dépenses, du respect
de l’équilibre entre les sections de fonctionnement et les sections d’investissement, du vote du
budget par les conseillers communaux, de la publication du budget par le maire. Par ailleurs,
les activités à réaliser par la commune sont également limitées aux compétences définies par
l’article 15 de la loi n°94-007 relative aux pouvoirs, compétences et ressources des
collectivités territoriales décentralisées83.
Les différentes étapes de la budgétisation peuvent être résumées par le schéma suivant :
83
Loi n° 94-007 du 26 avril 1995 relative aux pouvoirs, compétences et ressources des collectivités
territoriales décentralisées, J.O. n° 2304 du 05juin 1995, p. 1241
226
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Activité n°1
FONCTIONNEMENT FONCTIONNEMENT
Activité n°2
Activité n°
Activité n°4
INVESTISSEMENT INVESTISSEMENT
Activité n°5 ….
Activité n°n
- un suivi journalier des réalisations ou de l’exécution des activités par rapport aux
prévisions,
- un report de chaque ligne budgétaire (recettes et dépenses) dans les grands livres
concernés (grands livres des recettes, grands livre des dépenses) au début de
l’exercice. Cette étape peut être illustrée par le schéma suivant :
227
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
DEPENSES DE
FONCTIONNEMENT
GRAND LIVRE DES DEPENSES
Dépenses n°1 – Compte n°1, page 1
DEPENSES BUDGETISEES
Dépenses N°4
GRAND LIVRE DES DEPENSES
Dépenses N°n
228
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
- un report, dans le journal de bord, de toutes les activités définies dans la fiche de
synthèse des activités à réaliser pour l’exercice budgétaire. Cette étape peut être
illustrée par le schéma suivant :
JOURNAL DE BORD
Activité n°1 – page 1
FICHE DE SYNTHESE DES ACTIVITES
Activités N°5
. JOURNAL DE BORD
. Activité n°3 – page 3
.
.
.
Activités N°n
c) – La phase de compte-rendu
- à reporter tous les soldes de chaque compte des grands livres dans un état des
réalisations budgétaires lequel est confectionné à l’image du budget ;
229
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
- à dégager et analyser, pour chaque ligne budgétaire, les écarts entre les réalisations
et les prévisions ;
Schéma n° 36 – Report des soldes du grand livre dans l’état des réalisations budgétaires
DEPENSES DE
Dépenses N°4
GRAND LIVRE DES DEPENSES
Dépenses n°3 – Compte n°3, page 3 Dépenses N°5 ….
Dépenses N°n
230
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Schéma n° 37 – Report des informations du journal de bord dans la fiche de synthèse des activités
JOURNAL DE BORD
Activité n°1 – page 1 JOURNAL
Activité N°1
.
.
JOURNAL DE BORD .
.
Activité n°3 – page 1
Activité N°n
Le système comptable et budgétaire simplifié est fondé sur trois concepts : la comptabilité de
caisse, le besoin des utilisateurs et l’information. Les deux premiers concepts ayant déjà fait
l’objet d’un développement dans les chapitres précédents, nous allons nous focaliser sur
l’information.
D’une manière générale, l’information est définie comme une mise en forme de données afin
de répondre aux besoins d’un utilisateur (GRENIER, 2000, p.1119), un renseignement tiré du
traitement des données par un modèle interprétatif (REIX, 2000, p.20), ou simplement un
artefact qui est créé par des acteurs sociaux (LE MOIGNE, 1996, p.44). L’information
comptable provient du traitement des données comptables selon les normes et les règles de la
comptabilité (GRENIER, 2000, p.1123). Elle peut servir à rendre des comptes aux multiples
partenaires de l’entreprise tels que les investisseurs, les créanciers, les employés, la société, le
gouvernement, la concurrence (MICHAILESCO, 2000, p.1023). Par ailleurs, l’entreprise
produit également des informations internes lesquelles servent d’outil d’aide à la décision
pour les dirigeants, retraçant la manière selon laquelle les ressources sont acquises et
consommées à l’intérieur de l’organisation (BERLAND, 2004, p.25). Il s’agit de deux
systèmes d’information distincts mais complémentaires au niveau de l’entreprise.
231
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Une telle distinction n’est pas toujours évidente à faire dans le secteur public car la frontière
entre le système comptable et le système budgétaire n’est souvent pas clairement définie. Par
exemple, d’après LANDE (2003, p.108), le système comptable des communes n’est pas
suffisamment autonome par rapport à leur système budgétaire. A cet effet, les communes ne
disposent à l’origine, que d’une comptabilité budgétaire servant à vérifier la conformité des
réalisations par rapport aux décisions budgétaires. D’ailleurs, c’est pour répondre à ce besoin
que le contrôle de régularité a été institué au niveau des organisations publiques (BURLAUD,
2000, p.521). Ainsi, l’information produite par le système d’information correspond à une
« information – contrôle » c’est-à-dire, dans une optique légaliste du contrôle. La littérature
distingue plusieurs types de contrôle. BURLAUD (2000, p.422) précise que plusieurs formes
de contrôle peuvent être mises en œuvre au sein d’une organisation. Il distingue le contrôle de
gestion, le contrôle par la hiérarchie, le contrôle par la règle, le contrôle par les audits, le
contrôle par le marché, le contrôle par la culture et le contrôle par le clan.
LANDE (1996, p.24) précise que l’information financière (information – contrôle) produite
par le secteur public local peut évoluer en fonction des besoins et de la nature des objectifs
poursuivis par les acteurs et décideurs locaux. Dans son analyse des réformes entreprises dans
les pays de l’OCDE, cet auteur propose trois catégories d’évolutions :
• les évolutions touchant le contrôle, c’est-à-dire celles visant à faire évoluer le contrôle
budgétaire (donc de trésorerie) vers un contrôle des engagements ;
232
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Information – contrôle
budgétaire
1er niveau
d’évolution
Le système comptable et budgétaire simplifié n’a aucune prétention de proposer tous les
niveaux d’évolution identifiés par LANDE (1996). Néanmoins, l’utilisation d’outils comme la
fiche de synthèse des activités (en début d’exercice) et le journal de bord sert :
233
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
L’objectif de ces outils étant, en paraphrasant ANTHONY (1965, cité par BERLAND, 2004,
p.19), de permettre aux acteurs locaux d’avoir l’assurance que les ressources sont obtenues et
utilisées de manière efficace et efficiente pour la réalisation des activités (et implicitement des
objectifs) de la commune. Ils sont donc utilisés dans une optique de gestion interne, c’est-à-
dire, pour produire une « information – gestion ».
Par ailleurs, l’établissement, à la fin de l’exercice, d’une fiche de synthèse des activités et
d’un état des réalisations budgétaires permet de produire des informations synthétiques
facilitant le compte-rendu et la légitimation des choix politiques non seulement envers les
conseillers communaux mais également vis-à-vis des tiers qui comprennent les projets de
développement ruraux, bailleurs de fonds importants pour les communes. Lesdits outils sont
dans ce cas utilisés dans une optique de communication externe, c’est-à-dire pour produire
une « information – communication ou de légitimation ».
- et il leur faut un outil à la fois simple et pragmatique compte tenu des contraintes
locales.
Le maire et le bureau exécutif doivent rendre des comptes aux citoyens, aux élus (conseillers
communaux), aux partenaires financiers (projet de développement financé par les bailleurs de
234
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
fonds) et à l’Etat. La section 1 du présent chapitre a montré que les différents utilisateurs
externes de l’information financière produite par la commune semblent intéressés par un
renforcement des contrôles s’exerçant sur l’utilisation des fonds publics et sur les résultats
obtenus par le maire et le bureau exécutif.
Cette obligation de rendre des comptes constitue un des principes de la nouvelle gestion
publique (MERRIEN, 1999, p.99). D’après BUSSON-VILLA et LE GALL (2003, p.56), elle
a favorisé le développement de nouveaux outils permettant l’évaluation des résultats des
politiques publiques, l’amélioration de la productivité et de la performance, la qualité des
services publics... S’inspirant directement ou indirectement du secteur privé, ces outils
suscitent beaucoup d’engouement tant au niveau des pays développés qu’au niveau des pays
en développement. Toutefois, conscients des réalités et contraintes locales, des projets de
développement financés par les bailleurs de fonds préfèrent la mise en place d’un outil simple
et pragmatique pour améliorer la gestion des communes rurales et faciliter leur compte-rendu.
Partant du constat que plus de 90 % des dépenses publiques nationales sont gérées au niveau
de l’Etat central, nous pouvons affirmer que le secteur public local n’échappe pas à cette
insuffisance de ressources matérielles, financières et humaines. La situation y est même
235
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
beaucoup plus alarmante avec un niveau moyen de formation frôlant à peine le cycle primaire
élémentaire, une gestion administrative et financière purement manuelle ou encore un budget
moyen par habitant inférieur à 2 euros84. En conséquence, les réformes visant à mettre en
place des outils complexes, la comptabilité d’engagement introduite par le PCOP 2006 par
exemple, sont très difficiles à mettre en œuvre au niveau du secteur public local malgache.
Une telle situation ne signifie pas qu’il est impossible d’introduire des outils simples et
pragmatiques, lesquels s’inscrivent dans la même philosophie que ceux largement utilisés par
le paradigme de la nouvelle gestion publique. Le système d’information comptable et
budgétaire simplifié a été conçu dans cet esprit. Il permet de retracer l’origine des ressources
de la commune, l’utilisation qu’elle en a faite et ses réalisations tant sur le plan technique que
financier. Il s’identifie à cet effet aux principes gestionnaires mobilisés par la LOLF et son
budget programme, c’est-à-dire identifier les ressources et optimiser leurs affectations
(INPUT), déterminer de façon précise leur destination (les utilisations qui en seront faites) et
mesurer les résultats qui sont obtenus ainsi que leurs impacts sur la population locale
(OUTPUT et OUTCOME).
Nous avons identifié les dimensions théoriques caractérisant un outil de gestion. Notre revue
de littérature nous a permis d’identifier un certain nombre d’éléments permettant de présenter
la structure du système comptable et budgétaire simplifié que nous avons proposé pour le
secteur public local malgache. A présent, il semble intéressant d’analyser en profondeur ce
que l’outil apporte de nouveau pour les communes malgaches, c’est-à-dire en quoi est-il
innovant.
84
Source : Notre enquête réalisée avec le Fonds d’Intervention pour le Développement durant le premier
semestre 2007 sur la base de 6 communes rurales réparties sur trois niveaux (faible, moyen, avancé) de
développement.
85
HATCHUEL A. et LE MASSON P., « Innovation répétée et croissance de la firme », Micro-économie et
Gestion des fonctions de conception, Programme CRNS « Enjeux économiques de l’innovation », Cahier de
recherche N°18, Centre de Gestion Scientifique, Ecole des Mines Paris, Février 2001
236
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
1) – Définition de l’innovation
L’innovation a fait l’objet d’une littérature florissante, celle-ci a été définie par différents
auteurs, issus de plusieurs disciplines et selon plusieurs approches différentes. Néanmoins,
certains auteurs tels que KIMBERLY (1981) et DURIEUX (2000) proposent deux axes
principaux vers lesquels s’orientent lesdits travaux. Il s’agit de l’approche « processus » et de
l’approche « contenu ».
Les différentes définitions de l’innovation selon l’approche processuelle partent des travaux
pionniers de SCHUMPETER (1934) sur la théorie de l’évolution économique. Ainsi, l’auteur
distingue l’innovation de l’invention. Il précise que l’invention constitue une découverte, la
conception de quelque chose de fondamentalement nouveau tandis que l’innovation se réfère
à la mise sur le marché de cette nouveauté.
86
DAVID A., « Structure et dynamique des innovations managériales », Cinquième conférence de l’AIMS, 13,
14, et 15 mai 1996 à Lille
237
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Selon ALTER (2000, p.17), l’innovation est le processus par lequel une invention est
confrontée à un milieu social. Citant SCHUMPETER (1934), ALTER (2000) précise que
l’innovation résulte d’un processus prenant la forme d’une courbe en S comprenant trois
phases :
- une première phase d’initiation durant laquelle les initiateurs, c’est-à-dire « des
individus marginaux face aux logiques du circuit économique classique », prennent
un risque par rapport aux routines en usage et élaborent de nouvelles combinaisons
de ressources.
- une troisième phase qui voit les innovations stabilisées par de nouvelles règles
économiques, insérées dans le circuit économique et standardisées.
Dans l’approche « contenu », l’innovation est perçue comme étant un objet issu du processus
de diffusion d’une invention. A cet effet, elles est définie comme une idée, une pratique, un
objet matériel, un artefact, un programme, un produit ou une technique qui est perçu comme
nouveau par une unité d’adoption qui peut être un individu, un groupe d’individus ou une
organisation [ZALTMAN, DUNCAN et HOLBEK, 1973 ; KIMBERLY, 1981 ;
DAMANPOUR, 1984, 1987, 1989, 2001 ; ROGERS, 1995 ; COOPER, 1998, ALCOUFFE et
al. 2003].
Les auteurs s’inscrivant dans cette approche mettent en avant la perception du caractère
« nouveau » par les unités d’adoption de l’innovation. BURGELMAN, KOSNIK et VAN DE
POEL (1986, cité par GODOWSKI, 2003, p.73) considèrent qu’une innovation est quelque
chose de vraiment nouveau. Par conséquent, si l’idée est perçue comme nouvelle par
l’individu (ou l’unité d’adoption), elle est considérée comme une innovation (ROGERS,
1995, p.11).
238
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Toutefois, VAN DE VEN (2005, p.1) relativise la notion de nouveauté en précisant que
l’innovation est « (…) une idée nouvelle qui peut être soit une recombinaison d’idées
anciennes, soit un schéma qui modifie l’ordre présent, soit une formule unique perçue comme
nouvelle par les individus concernés (…) ». S’inscrivant dans cette même lignée,
ALCOUFFE (2004) distingue la notion de nouveauté absolue et de nouveauté relative. Dans
le premier cas, la nouveauté est inhérente à l’innovation tandis que dans le second cas, la
nouveauté est perçue uniquement par l’individu (ou unité d’adoption) concerné par
l’innovation c’est-à-dire pas forcément par tous les autres individus. Ainsi, un instrument de
gestion peut être considéré commune une innovation pour une catégorie d’acteurs mais pas
forcément par d’autres catégories d’acteurs qui sont déjà au courant de cette même
innovation.
Ainsi, il existe deux approches différentes pour définir l’innovation, l’approche « processus »
et l’approche « contenu ». Ces deux approches nous ont conduit à une multitude de définitions
pouvant être attribuées à une littérature florissante portant sur l’innovation. De ce fait, peut-on
relever des caractéristiques ou attributs communs que l’on peut attacher à une innovation ?
Pour répondre à cette question, nous allons analyser dans le paragraphe suivant les principales
caractéristiques d’une innovation.
D’après ROGERS (1995, p.15), cinq caractéristiques principales influencent l’adoption d’une
innovation. Il s’agit de l’avantage relatif, la compatibilité, la complexité, l’essayabilité et
l’observabilité.
239
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Plusieurs travaux s’inspirent de ces caractéristiques identifiées par ROGERS (1995) pour
déterminer le rythme d’adoption d’une innovation. Nous pouvons citer les travaux de
MOORE et BENBASAT (1991) sur l’adoption des nouvelles technologies de l’information
par les entreprises canadiennes, les travaux de FIRTH (1996) sur la diffusion de la
comptabilité de gestion auprès des entreprises chinoises ayant des partenaires étrangers, les
travaux de PERERA et al. (2003) sur la diffusion des méthodes de calcul de coût pour
l’évaluation des transferts auprès des entreprises publiques australiennes….
Néanmoins, les caractéristiques identifiées par ROGERS (1995) sont loin d’être exhaustives.
TORNATZKY et KLEIN (1982, cité par MOORE et BENBASAT, 1991, p.195) ont relevé
dix caractéristiques principales de l’innovation. Ces dernières comprennent les cinq
caractéristiques de ROGERS (1995) auxquelles ils ajoutent d’autres caractéristiques telles que
le coût, la communicabilité, la divisibilité, la rentabilité et l’approbation sociale. Par ailleurs,
ALCOUFFE (2004) fait référence aux travaux de FLIEGEL et KIVLIN (1966) et ceux de
ZALTMAN et LIN (1970) lesquels ont identifié respectivement quinze et seize
caractéristiques de l’innovation.
Ainsi, nous avons identifié l’ensemble des caractéristiques perçues de l’innovation. Les
travaux que nous avons analysés relèvent tous du champ organisationnel et comprennent
diverses typologies d’innovations organisationnelles.
L’innovation organisationnelle est définie comme étant l’adoption d’une idée nouvelle ou
d’un comportement nouveau par une organisation [DAFT (1978, p.195) ; DAMANPOUR et
EVAN (1984, p.393)]. A cet effet, COOPER (1998, p.493) précise que les organisations
développent et/ou adoptent de nouveaux produits, de nouvelles procédures ou de nouvelles
techniques pour se démarquer de leurs concurrents.
Ainsi, la littérature fait état de plusieurs typologies d’innovation (ZALTMAN et al.1973, cité
par DAMANPOUR, 1987, p.677). On distingue l’innovation radicale, l’innovation
incrémentale, l’innovation de produits, l’innovation de processus, l’innovation administrative
240
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
L’innovation est radicale quand elle introduit des changements fondamentaux au niveau des
activités de l’organisation [ABOU-ZEID et CHENG, 2004 COOPER,
1998 ; GOPALAKRISHNAN et BIERLY, 2001 ; MADANMOHAN, 2005]. Elle implique
une rupture par rapport aux habitudes et usages antérieurs de l’organisation. Par ailleurs,
l’innovation est incrémentale lorsqu’elle introduit un changement graduel caractérisé par une
amélioration progressive et continue de l’existant [DEWAR et DUTTON, 1986 ; COOPER,
1998 ; SISAYE, 1999].
241
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
242
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Dans notre cas, le système comptable et budgétaire semble étroitement lié aux structures
organisationnelles, aux procédures et au management des communes rurales auxquelles il est
destiné. Peut-on alors affirmer qu’il s’agisse d’une innovation managériale ? Pour répondre à
cette question, il semble important d’approfondir en quoi le système comptable et budgétaire
simplifié constitue une innovation managériale pour le secteur public local malgache.
Le système comptable et budgétaire simplifié est un instrument qui a pour but non seulement
de faciliter le contrôle des actions du maire et du bureau exécutif mais également d’améliorer
la gestion de ces derniers et surtout de permettre ou d’instaurer la communication envers les
différentes parties prenantes. D’un point de vue opérationnel, l’objectif est de fournir un
instrument de contrôle, un instrument de gestion et un instrument de communication. En tant
qu’outil de contrôle, il permet, d’abord de rapprocher régulièrement les réalisations
budgétaires par rapport aux prévisions, ensuite, de mettre en évidence les écarts constatés afin
de prévoir les mesures qui s’imposent. En tant qu’outil de gestion, il permet de piloter tant sur
le plan financier que technique les activités de la communes. Enfin, en tant qu’outil de
communication, il facilite le débat budgétaire.
Peut-on dans ce cas parler d’innovation managériale ? Pour répondre à cette question, nous
allons dans un premier temps (en empruntant les termes utilisés par CAPRON (2003, p.56)
montrer les caractères inédits du système comptable et budgétaire simplifié. Dans un
deuxième temps, nous allons analyser ses impacts sur le mode de management des communes
rurales. Et dans un troisième temps, nous allons montrer l’augmentation de stock de
connaissance qu’il apporte.
243
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Le secteur public local malgache se caractérise par une insuffisance cruelle des ressources
humaines, financières et matérielles (BANQUE MONDIALE, 2004, p.4). Le niveau de
qualification des acteurs locaux a poussé les principaux projets de développement financés
par les bailleurs de fonds à mettre en place un modèle simplifié de gestion financière et
comptable au niveau des communes rurales malgaches. Dans ce contexte, un certain nombre
d’outils ont déjà été proposés par les projets tels que le PAIGEP, le PGDI, la Coopération
française, la Coopération suisse, le projet ACORDS87… Nous avons également relevé
l’existence d’outils voisins tels que celui développé par le groupe de travail formé par
l’INSCAE et le cabinet MAZARS – FIVOARANA pour la comptabilité des églises
protestantes malgaches88 ou encore le système minimal de trésorerie proposé par le CSC.
L’existence de ces outils, généralement conçus par des consultants, des responsables
d’entreprises ou de l’administration, permet d’affirmer que l’idée de mettre en place un
modèle simplifié ne constitue pas une nouveauté en soi et nous n’avons pas la prétention d’en
réclamer la paternité. Néanmoins, le système comptable et budgétaire simplifié est
innovant parce qu’il diffère dans son objet des autres outils voisins, parce qu’il a été
élaboré dans une démarche originale et parce qu’il a des filiations avec d’autres outils
innovants tels que ceux issus des nouvelles réformes du secteur public par exemple.
87
Voir l’analyse détaillée des outils dans la partie 1
88
En effet, l’INSCAE et le cabinet MAZARS – FIVOARANA ont développé un modèle de comptabilité
simplifiée pour les églises protestantes de la capitale. Comme les communes rurales malgaches, lesdites églises
se caractérisent également par une insuffisance cruelle des ressources humaines, matérielles et financières. Il y a
donc une même logique de simplification des outils pour tenir compte du niveau de qualification des acteurs qui
vont l’utiliser.
244
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Par ailleurs, il introduit également de nouveaux outils tels que la fiche de synthèse des
activités, le journal de bord, le PV de rapprochement (ou de pointage) bancaire. Aux termes
de ZALTMAN, DUNCAN et HOLBEK (1973) ; KIMBERLY (1981) ; DAMANPOUR
(1984, 1987, 1989, 2001) ; ROGERS (1995) ; COOPER (1998), ALCOUFFE et al. (2003), ils
constituent une innovation parce qu’ils sont perçus comme nouveaux. En effet, ils peuvent
être considérés comme des innovations radicales parce qu’ils n’appartiennent pas, jusqu’à
l’adoption du système comptable et budgétaire simplifié, aux outils couramment utilisés par
les communes rurales.
245
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Tableau n° 39 – Les nouveaux outils qui participent à la gestion comptable et financière de la commune
89
Les projets financés par les bailleurs de fonds, l’inspection d’état effectue souvent des missions de contrôle
quant à l’utilisation des fonds qu’ils octroient.
246
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Il s’agit donc d’un processus itératif à deux niveaux, au sein du comité de pilotage90 dans un
premier temps et entre le comité de pilotage et le terrain d’expérimentation dans un second
temps. Le lancement du projet a eu lieu au premier semestre de l’année 2006 après une
négociation avec le responsable de projet de la Banque Mondiale et le Coordonnateur Général
du PREA (Programme de Réforme pour l’Efficacité de l’Administration) au mois de
décembre 2005. A cet effet, une mission d’évaluation de l’existant et d’analyse des besoins
90
Le comité de pilotage est composé par le PREA (l’organisme d’appui financier), le MDAT (organisme d’appui
politique) et le Doctorant.
247
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Ensuite, l’outil développé a été confronté (juillet – août 2006) aux premières appréciations
d’un groupe de réflexion92 qui a été chargé par le gouvernement malgache de préparer la mise
en place d’un nouveau projet, le Fonds de Développement Local (FDL). Il s’agit d’un fonds
multi-bailleurs dont l’objectif est d’appuyer financièrement les communes par le biais d’une
aide budgétaire directe. Le financement FDL est accompagné par des mécanismes de
« renforcement de capacités » favorisant la transparence et la bonne gouvernance financière
au niveau des communes bénéficiaires. Ces mécanismes prévoient la mise en place d’outils de
gestion simples et faciles à manipuler pour les acteurs locaux leur permettant de produire des
documents financiers fiables et vérifiables, d’identifier et mesurer l’impact des aides
budgétaires directes fournies par le FDL, d’effectuer des reporting périodiques, non seulement
sur l’exécution budgétaire mais également sur la réalisation des travaux financés par le FDL.
Pour répondre à ces exigences, le groupe de travail a estimé qu’il est utile d’imposer aux
communes sélectionnées par le FDL l’adoption du système comptable et budgétaire simplifié
que nous avons élaboré à l’issu des études terrain préalablement réalisées avec le PREA et le
MDAT.
Néanmoins, en tant que doctorant, nous avons une contrainte de délai pour terminer notre
thèse. Par ailleurs, le lancement effectif du FDL (prévu début 2007 à l’époque) a été retardé
par le gouvernement malgache pour des raisons qui nous sont étrangères. Nous avons donc
décidé de proposer le projet, le système comptable et budgétaire simplifié, à un autre projet
dont les principes de fonctionnement sont semblables à ceux du FDL. Nous avons eu le choix
entre un projet financé par la coopération suisse, un projet financé par l’Union européenne et
enfin un projet financé par la Banque Mondiale.
91
Au premier semestre 2006, la tutelle des collectivités territoriales décentralisées était assurée par le MDAT ou
Ministère de la décentralisation et de l’Aménagement du Territoire. Le changement d’appellation MPRDAT
(Ministère auprès de la Présidence de la République chargé de la décentralisation et de l’Aménagement du
Territoire) n’est intervenu qu’en 2007.
Les détails sur la méthodologie et l’échantillonnage de cette enquête sont développés dans la section 1 du
Chapitre 1.
92
Le doctorant faisait partie de ce groupe de réflexion qui était composé entre autres par l’ex-Coordonnateur
général du PREA, l’ex-Directeur National du PSDR (Programme de Soutien pour le Développement Rural), trois
consultants dont un juriste, un financier et un informaticien.
248
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Nous avons opté par le projet financé par la Banque Mondiale, c’est-à-dire le Fonds
d’Intervention pour le Développement (FID), pour deux raisons principales :
- nous voulions tester le modèle auprès des communes réparties sur trois différents
niveaux de développement (avancé, moyen, faible) et le FID était le seul projet
capable de nous donner accès à ces types de communes ;
Le modèle que nous avons proposé pour les communes rurales malgaches ne peut nier sa
filiation avec le contrôle budgétaire. S’agissant d’un outil qui s’est vulgarisé dans les années
1930, ALCOUFFE et al. (2003, p.11) précisent que nous sommes en présence d’un contrôle
budgétaire dès qu’il y a « (…) un ensemble de prévisions financières servant de base
d’évaluation à des contrôles postérieurs quelle que soit la forme qu’ils puissent prendre ».
Ramené au contexte des communes rurales malgaches, le contrôle budgétaire est perçu
comme une innovation si nous nous référons à notre définition, c’est-à-dire quelque chose de
nouveau. En effet, le format du compte administratif élaboré par l’imprimerie nationale
prévoit une colonne « reste à recouvrer » pour les recettes et une colonne « reste à payer »
pour les dépenses afin de constater les éventuels écarts entre les prévisions et les réalisations.
93
Telle n’est pas le cas pour les communes rurales malgache car dans leur majorité elles
n’utilisent pas ce format. D’une manière générale, certaine communes rurales n’ont pas les
moyens de s’en procurer, d’autres conçoivent elles-mêmes (informatisé, manuel ou à partir
d’une machine à écrire) le format de leur compte administratif. Par conséquent la constatation
et l’analyse des écarts entre les prévisions et les réalisations sont complètement négligées. La
nouveauté réside donc dans la volonté du système comptable et budgétaire simplifié de faire
constater, systématiquement après une écriture comptable avec une possibilité de
93
Du moins celles que nous avons visité en plus des comptes administratifs que nous avons analysé aux archives
du MDAT.
249
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
récapitulation périodique, les écarts entre les prévisions budgétaires et les réalisations de la
commune.
CHAN et al. (1996, p.13) souligne que l’innovation en comptabilité publique consiste à
promouvoir un système plus informatif. Dans le système français, la LOLF est considérée
comme une révolution budgétaire s’accompagnant d’une amélioration considérable du
système d’information de l’Etat. Elle constitue une évolution vers une culture de résultat, une
volonté de transparence budgétaire et une piste d’amélioration du pilotage de la performance.
Les autorités malgaches se sont largement inspirées de la LOLF française pour réformer le
cadre budgétaire de l’Etat malgache. Ladite réforme vise à instaurer la performance
administrative grâce à la définition précise des missions, la mesure des résultats obtenus, et la
fixation des objectifs tout en promouvant une ambiance d’autonomie et de responsabilisation.
Le système comptable et budgétaire simplifié se rapproche (s’inspire) des mêmes logiques et
principes que ceux de la LOLF. A cet effet, il constitue un système plus informatif, et donc
innovant si l’on applique la définition de CHAN et al. (1996). En effet, l’introduction de
nouveaux outils, entre autres l’utilisation de la fiche de synthèse et du journal de bord,
favorise la mise en place d’une gestion orientée vers les résultats, la transparence budgétaire
et l’amélioration du pilotage des activités de la commune rurale.
Enfin, le système comptable et budgétaire simplifié reprend une des logiques du système de
coûts par activités qui, d’après ALCOUFFE et al. (2003, p.10), suppose que les activités
consomment les ressources. GOSSELIN et MEVELLEC (2003, p.90) soulignent que
l’approche par activités est issue des pratiques internationales innovantes et que les ressources
sont mises en œuvre dans les activités. En effet, le système comptable et budgétaire simplifié
propose en amont du processus budgétaire d’évaluer dans un premier temps l’ensemble des
ressources mobilisables au niveau de la commune et d’affecter dans un deuxième temps une
ou plusieurs catégories de ressource à une activité définie par le maire et le bureau exécutif.
250
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Schéma n° 40 – La symétrie du système comptable et budgétaire simplifié avec l’approche par activité
Ainsi, nous avons vu que le système comptable et budgétaire simplifié possède des
caractéristiques inédites parce qu’il propose, en plus des nouveaux outils, des formats
nouveaux pour les outils existants, le processus de son élaboration est originale et il a des
filiations avec d’autres outils innovants. Quels sont ses impacts sur le mode de management
des communes rurales ?
Pour être assimilé à une innovation managériale, un instrument de gestion doit exercer un
impact sur le mode gestion des organisations (VAN DE VEN, 1986). SHIM et STAGLIANO
(1997, cité par GODOWSKI, 2003, p.73) confirment que l’approche par activité est une
innovation managériale car elle influence le management des entreprises dans la prise de
décision (coût des produits, rentabilité des lignes de produits, politique de prix, ajout et
suppression de produits, externalisation, mesure des performance, reporting financier). Par
ailleurs, LAFONTAINE (2003, p.117) précise que la comptabilité environnementale constitue
une innovation managériale par le fait qu’elle influence le mode de gestion (évaluer les coûts
et les gains des projets, démontrer l’influence de la performance environnementale sur le
résultat, évaluer l’éco-efficience…) et le mode de communication des entreprises (incorporer
251
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
les informations vertes dans les rapports annuels, diffuser volontairement des informations
vertes…). Dans le secteur public, le New Public Management suscite un important
engouement ces dernières années. Considérés comme des innovations managériales, les outils
qu’il propose transforment le mode de management des administrations centrales et locales
par une meilleure évaluation des coûts et des produits, une gestion basée sur les résultats, une
utilisation plus efficiente et plus efficace des ressources, une responsabilisation des
gestionnaires publics (accountability), une meilleure gestion financière et une évaluation des
performances (VERNIERIS et COHEN, 2004 ; CHRISTIAENS et PETEGHEM, 2005 ;
HYVONEN et al., 2005, YAMAMOTO, 2005).
Pour notre part, le système comptable et budgétaire simplifié exerce un impact sur le mode de
management des communes rurales parce qu’il permet de :
- de renforcer le contrôle ;
- d’alléger le format de présentation des registres utilisés par les communes rurales.
252
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Par ailleurs, la plupart des présidents de conseil communal que nous avons auditionné nous
rapportent que le modèle favorise l’accessibilité du débat budgétaire, les informations
présentées sont plus faciles à comprendre et plus pragmatiques. L’encadré suivant présente
quelques extraits de ces commentaires.
253
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Encadré n° 12 – Extrait des entretiens avec les présidents de conseil (traduction du malgache)
• « (…) le débat budgétaire serait beaucoup plus accessible pour les conseillers
grâce aux informations pragmatiques que le modèle simplifié fournit (…) ». En
effet, selon le président du conseil, « (…) le modèle simplifié est très informatif, il
affiche avec suffisamment de détail les origines des financements, l’utilisation de
ces derniers, et les réalisations de la commune (…) ».
Ainsi, la plupart des conseillers estiment qu’ils participeront (comprendront) mieux aux
sessions budgétaires de la commune parce que le système comptable et budgétaire simplifié
leur apporte des informations plus faciles à comprendre.
De leur côté, les maires et les trésoriers communaux avancent que le système comptable et
budgétaire simplifié permet d’instaurer le dialogue et la communication vis-à-vis des
conseillers communaux. Ils pensent que l’information produite par le système va leur
permettre de rendre compte et se justifier vis-à-vis des conseillers communaux. Nous
présentons dans l’encadré suivant quelques extraits de ces commentaires.
254
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Encadré n° 13 – Extrait des entretiens avec les maires et trésoriers (traduction du malgache)
Maire
Trésorier
Trésorier
« (…) Il permet aussi de justifier plus facilement les décisions prises au niveau de la
commune. Le système est transparent, le suivi de chaque source de financement permet de
justifier le retard du paiement des salaires des EPP (Ecole Primaire Publique) ou CSB
(Centre de Santé de Base) chaque fois que les subventions sont en retard. Bref, c’est un
moyen pour nous de nous justifier auprès des conseillers (…) ».
- d’un côté, les conseillers communaux font référence à une meilleure information
communiquée par le bureau exécutif, une meilleure accessibilité du débat
budgétaire ;
255
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
La tenue des registres comptables au niveau des communes rurales est généralement assurée
par le trésorier communal. Notre visite auprès des communes révèle que les registres
actuellement utilisés par ces dernières sont excessivement encombrants et difficiles à
manipuler. Par exemple, le grand livre des dépenses se présente comme suit :
Sachant que le grand livre des recettes se présente également de la même manière que le
registre ci-dessus94, cet encombrement peut constituer une importante source d’erreur, de
fraude ou de malversation. En effet, il est difficile de se retrouver dans les registres
comptables de la commune. Par ailleurs, lorsqu’il manque de la place sur ce registre, la
pratique est de lui agrafer ou coller des feuilles complémentaires. L’extrait de notre entretien
avec un adjoint au maire chargé des finances permet de soutenir cette constatation.
94
En effet, la plupart des trésoriers communaux nous ont confié cette réalité
256
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
257
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Encadré n° 15 – Extrait des entretiens avec divers acteurs locaux (traduction du malgache)
Maire
« (…) très simple et facile à mettre en œuvre par rapport aux autres modèles qui nous ont
été proposés par l’ACORDS par exemple (…) ».
« (…) est plus accessible que celui de l’ACORDS. C’est nouveau mais pourtant il
permet de comprendre très facilement ce qui se passe au niveau de la commune,
les financements, l’utilisation des financements, les réalisations... En plus, c’est
moins encombrant que le registre du SMT (…) ».
Trésorier
Ainsi, nous avons vu que le système comptable et budgétaire simplifié influence le mode de
management des communes rurales parce qu’il renforce les contrôles, favorise la
communication et le reporting et allège le format des registres comptables de base. Mais quel
accroissement du stock de connaissance des acteurs locaux apporte-t-il ?
DAVID (1996, p.6) souligne que le processus d’introduction des innovations managériales au
sein de l’organisation se traduit par la création de nouvelles connaissances. Il entend par
connaissances, « (…) l’ensemble des informations, représentations et savoir-faire produits,
partagés, mémorisés par toute ou partie de l’organisation (…) ». D’autres auteurs comme
VAN DE VEN (1986), GODOWSKI (2003), LAFONTAINE (2003, 2005), MERIC (2003)
avancent que la troisième condition que l’outil (technique, instrument) de gestion doit remplir
258
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
259
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
D’une manière générale, ces informations aident les acteurs locaux à mieux comprendre le
fonctionnement de la commune rurale, les évènements qu’elle vit ou qu’elle subit. Elles
offrent plus de visibilité pour évaluer la situation de la commune, pour assurer le pilotage de
ses activités et pour faire le contrôle. D’un côté, le maire et le bureau exécutif acquièrent une
meilleure information sur ce qu’ils vont faire, comment, quand et avec quelles ressources
peuvent-ils les faire et où est-ce qu’ils en sont dans leur réalisation. De l’autre côté, les
conseillers sont mieux renseignés sur la provenance des fonds utilisés par la commune, les
utilisations (affectations) qui en sont faites et les résultats de leurs utilisations. A ce propos,
nous avons recueilli quelques commentaires émanant des acteurs locaux sur les informations
qui accroissent leurs connaissances. Ces commentaires sont présentés dans l’encadré suivant.
260
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Encadré n° 16 – Extrait des entretiens avec divers acteurs locaux (traduction du malgache)
« (…) le débat budgétaire serait beaucoup plus accessible pour les conseillers grâce aux informations
pragmatiques que le modèle simplifié fournit (…) le modèle simplifié est très informatif, il affiche avec
suffisamment de détail les origines des financements, l’utilisation de ces derniers, et les réalisations de la
commune (…) ».
« (…) On connaît la provenance de l’argent, son utilisation et même les choses qui ont été réellement
réalisées ou non (…) ».
« (…) il permet de comprendre très facilement ce qui se passe au niveau de la commune, les financements,
l’utilisation des financements, les réalisations… »
Maire
« (…) le journal de bord et la fiche d’activité par exemple, mettent en évidence l’origine des fonds de la
commune, l’utilisation que la commune en a fait, le montant restant à utiliser. Et en prime, ces outils
permettent aussi d’informer sur l’état d’avancement des travaux ou activités en distinguant ceux que la
commune a déjà réalisé d’une part et ceux restant à réaliser d’autre part ».
Maire
« (…) c’est un modèle qui facilite l’appréciation de la situation financière de la commune en mettant
facilement en évidence les fonds qui sont gérés au niveau de la commune par origine, les fonds qui ont déjà
été dépensés et les activités que la commune doit encore réaliser. Ainsi, la situation financière et technique
est mise en évidence très facilement (…) »
Trésorier
« (…) Avec l’outil (…), nous ne serions plus en difficulté pour effectuer le suivi et surtout le contrôle des
éventuels dépassements de crédits (…) ».
Trésorier
« (…) le modèle apporte des choses nouvelles et permet d’accroître les connaissances (…), il peut
compléter les outils que nous utilisons au niveau de la commune ».
Trésorier
« (…) le modèle simplifié (…) permet de suivre la provenance et l’utilisation de chacun des fonds gérés par
la commune. Par ailleurs, la fiche d’activité et le journal de bord informent sur les réalisations sur le plan
physique et financier ».
261
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Ainsi, les commentaires des acteurs locaux confirment que le système comptable et
budgétaire simplifié augmentent les connaissances dont disposent ces derniers. D’une part, il
fournit de meilleures informations permettant aux maires et bureaux exécutifs d’évaluer la
situation de la commune et de piloter ses activités et, d’autre part, il fournit de meilleures
informations aux conseillers leur permettant d’exercer leur pouvoir de contrôle.
* * *
Conformément aux termes de la mission qui nous a été confiée par notre commanditaire, nous
avons conçu un outil (guide) de gestion comptable et budgétaire simplifié à l’intention des
communes rurales de deuxième catégorie. Nous l’avons appelé le « système comptable et
budgétaire simplifié ».
Dans un premier temps, nous avons exploité la littérature traitant des structures et des
caractéristiques des outils de gestion [MOISDON, 1997 ; HATCHUEL et WEIL, 1992 ;
DAVID, 1996 ; GILBERT, 1998 ; LORINO, 2002] pour analyser et présenter notre outil. A
cet effet, nous avons choisi la grille de lecture proposé par GILBERT (1998, p.47) pour
déconstruire le système comptable et budgétaire simplifié. Les résultats de cette première
analyse montrent que :
- sur le plan conceptuel, le système comptable et budgétaire simplifié est fondé sur
le concept de comptabilité de caisse, de besoin des utilisateurs et d’information
contrôle budgétaire ;
262
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
Chapitre 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
comptes avec des outils à la fois simples et pragmatiques pour l’ensemble des
acteurs locaux.
Dans un second temps, il nous a paru intéressant d’approfondir les aspects nouveaux et
innovants de l’outil en nous appuyant sur la littérature sur l’innovation en général
[SCHUMPETER (1934) ; ZALTMAN, DUNCAN et HOLBEK (1973) ; DAMANPOUR
(1984, 1987, 1989, 2001) ; ROGERS (1995) ; COOPER (1998)] et sur l’innovation
managériale en particulier [DAFT, (1978) ; KIMBERLY (1981) ; DAMANPOUR et EVAN,
(1984) ; VAN DE VEN (1986) ; DAVID (1996) ; MOISDON, (1997)]. A cet effet, nous
avons pu montrer que le système comptable et budgétaire simplifié constitue une innovation
managériale parce que :
- il augmente les connaissances dont disposent les acteurs locaux par la production
de meilleures informations permettant aux maires et bureaux exécutifs d’évaluer la
situation de la commune et de piloter ses activités d’une part, et aux conseillers
d’exercer leur pouvoir de contrôle, d’autre part.
263
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
CONCLUSION DU CHAPITRE 1
A cet effet, nous avons d’abord analysé les besoins d’informations des communes malgaches
(section 1) avant de proposer un modèle de système comptable. Pour ce faire, nous nous
sommes basé sur les travaux de l’IASB et de l’IPSASB sur le cadre conceptuel de
l’information financière dans le secteur privé et dans le secteur public. En effet, d’autres
chercheurs tels que DYE et BOWSHER (1987), MAYSTON (1992), LANDE et ROUSSEAU
(2003) sont partis de ces cadres pour identifier les différentes catégories d’utilisateurs de
l’information financière dans le secteur public et analyser les besoins de ces derniers. En nous
appuyant sur une démarche exploratoire par induction et sur une approche qualitative, nous
avons identifié deux catégories d’utilisateurs pour le secteur public local malgache. Les
utilisateurs internes (composés essentiellement par le maire et le bureau exécutif) s’intéressent
à une information permettant d’effectuer un contrôle et un suivi des exécutions budgétaires
afin de se conformer aux dispositions réglementaires en vigueur, tandis que les utilisateurs
externes (conseillers communaux, services déconcentrés, ministères centraux, projets de
développement financé par des bailleurs) s’intéressent à un type d’information beaucoup plus
large. Néanmoins, les besoins d’information des utilisateurs (internes et externes) convergent
tous vers une information de type contrôle – budgétaire.
Ensuite, nous avons conçu un système comptable et budgétaire simplifié, tenant compte des
besoins d’information des utilisateurs pour les communes rurales. Nous avons appliqué deux
grilles de lectures complémentaires pour la présentation de l’outil (Section 2). Dans un
265
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 1 – Processus de construction d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
premier temps, nous avons adopté la méthode de déconstruction de GILBERT (1998) pour
avoir une lecture analytique de la structure du système comptable et budgétaire simplifié.
Dans un second temps, nous avons mobilisé la littérature sur les caractéristiques obligatoires
d’une innovation managériale [VAN DE VEN (1986), GODOWSKI (2003), LAFONTAINE
(2003, 2005), MERIC (2003)] pour analyser les caractères innovants de l’outil, c’est-à-dire
son apport.
Une telle démarche est à la fois conceptuelle et pragmatique pour notre travail de recherche.
Elle est conceptuelle car tout système d’information repose sur la satisfaction des besoins des
utilisateurs (REIX, 2002 ; CHAN, 2003 ; LANDE, 2004 ; FASB/IASB ; 2006). Par ailleurs,
elle est pragmatique pour la suite de notre travail de recherche parce qu’elle permet de mieux
cibler le choix du cadre théorique que nous allons mobiliser pour le chapitre suivant. En effet,
l’adoption de l’innovation est consubstantielle au changement (ROGERS, 1995). Il nous est
donc plus cohérent de poursuivre notre réflexion sur la diffusion et l’adoption du système
comptable et budgétaire simplifié au niveau des communes rurales malgache. Cet aspect sera
de ce fait approfondi dans le chapitre 2.
266
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
CHAPITRE 2
LA DIFFUSION ET L’ACCEPTATION DU
SYSTEME COMPTABLE ET BUDGETAIRE
SIMPLIFIE PAR LES COMMUNES
RURALES
En prolongement du mandat que nous avons reçu de nos principaux bailleurs de fonds pour
concevoir un système comptable et budgétaire simplifié à l’intention des communes rurales
malgaches, il semble naturel de poursuivre notre réflexion sur la manière dont cet outil est
accueilli par ces dernières. Ainsi, après avoir développé les caractéristiques techniques et
apports du système comptable et budgétaire simplifié dans le chapitre précédent, nous allons
maintenant analyser la diffusion et l’adoption de cet outil de gestion au niveau des communes
rurales malgaches. A cet effet, nous répondrons principalement aux questions « pourquoi les
différents acteurs veulent adopter le modèle proposé ? » et « comment leur faire adopter le
modèle ? ».
267
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
Pour ce faire, nous présenterons dans une première section les différents champs théoriques et
conceptuels pouvant être mobilisés en matière de diffusion et d’adoption d’une innovation
managériale. A ce titre, nous allons nous inspirer des auteurs tels que ROGERS (1995) sur la
diffusion de l’innovation, ATTEWEL (1992), NAVARRO et al. (2007) et WOICESHYN,
2000) sur la théorie de l’apprentissage organisationnel, et AKRICH et al. (1988, 2002) sur la
théorie de la traduction. Le choix d’une telle approche se justifie par notre souci de cohérence
et de clarté lors de la présentation des résultats de la partie empirique de nos travaux. En effet,
nous allons nous baser sur les éclairages théoriques de la section 1 pour guider notre réflexion
et étayer nos conclusions qui seront présentées dans la section suivante.
268
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
Les recherches réalisées dans le domaine de la diffusion et de la mise en place des outils de
gestion [et des innovations managériales] sont très diverses et variées. A ce propos, DAVID
(1998, p.50) a identifié trois niveaux d’analyse correspondant respectivement à la vague de
rationalisation qui accompagne les innovations managériales (premier niveau d’analyse), la
diffusion d’une innovation managériale (deuxième niveau d’analyse) et le processus
d’introduction, d’utilisation ou de conception d’une innovation managériale par une
organisation (troisième niveau d’analyse).
Vague de rationalisation
269
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
Compte tenu de notre objectif, il semble plus cohérent de se référer au deux derniers niveaux
d’analyse proposé par DAVID (1998) c’est-à-dire la diffusion de l’innovation ainsi que son
processus d’implantation au sein d’une organisation. Plusieurs champs théoriques peuvent
être mobilisé pour traiter cette problématique. La théorie de la diffusion des innovations
(ROGERS, 1995) constitue l’une des plus courantes. Toutefois, d’autres théories telles que
l’apprentissage organisationnel (CROZIER et FRIEDBERG, 1977 ; ATTEWELL, 1992 ;
WOICESHYN, 2000 ; GOPALAKRISHNAN et BIERLY, 2001 ; ARGYRIS et SCHÖN,
2002), la théorie de la structuration (SCAPENS et MACINTOSH, 1996 ; BOLAND, 1996 ;
SCAPENS et JAZAYERI, 2003), la théorie de la traduction (AKRICH et al., 1988a ; 1988b),
et la théorie institutionnelle (BURNS et SCAPENS, 2000) peuvent également être mobilisées.
Pour soutenir notre analyse et compte tenu de notre objectif, il semble suffisant de mobiliser
la théorie de la diffusion, la théorie de l’apprentissage organisationnel et la théorie de la
traduction. Nous allons présenter succinctement chacune de ces théories et dégager leurs
apports respectifs pour notre recherche.
- la théorie processuelle (process theory models) qui repose sur la question des
processus de mise en œuvre d’une innovation au sein d’une organisation.
Le premier courant se réfère au processus de diffusion d’une innovation tandis que les deux
autres approfondissent le processus d’adoption d’une innovation (WOLFE, 1994 ; TAYLOR
et McADAM, 2004).
270
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
D’après ROGERS (1995, p.5), la diffusion d’une innovation est « (…) le processus par lequel
une innovation est transmise (communiquée) à travers certains canaux de communication,
dans le temps, aux membres d’un système social (…) ».
Ayant déjà analysé les attributs perçus de l’innovation dans le chapitre précédent (section2,
paragraphe 1.2.1), nous allons nous concentrer sur les autres déterminants du rythme
d’adoption tels que les types de décision d’innovation, les canaux de communication, la
nature du système social et les efforts promotionnels des agents de changement.
271
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
Face à une innovation, l’unité d’adoption (individu ou organisation) potentielle peut prendre
la décision soit de la rejeter, soit de l’adopter. ROGERS (1995, 28) distingue trois type de
décision d’innovation :
- la décision collective qui correspond au choix, résultant d’un consensus entre les
membres du système social, de rejeter ou d’adopter une innovation ;
D’après ROGERS (1995, p.29), l’innovation se diffuserait plus vite si elle résulte d’une
décision autoritaire. Par ailleurs, elle se diffuse plus vite avec une décision optionnelle
qu’avec une décision collective.
Selon ROGERS (1995, p.17) les canaux de communication correspondent aux moyens par
lesquels les messages passent d’un individu à un autre. Ainsi, il distingue les média (radio,
télévision, presse écrite…) et les canaux interpersonnels (échange interactif entre les
individus). ROGERS (1995) pense que les média sont plus rapides et plus efficients pour
informer les unités d’adoption de l’existence d’une innovation tandis que les canaux
interpersonnels sont plus aptes à persuader les individus d’adopter l’innovation.
272
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
système. Elle fournit une certaine régularité et stabilité au comportement humain (normes de
comportement). A ce titre, ROGERS (1995, p.24) reprend l’exemple d’une organisation
bureaucratique tel un gouvernement où il existe une structure sociale bien développée qui se
compose de positions hiérarchiques permettant aux fonctionnaires du rang supérieur de
donner des ordres à ceux du rang inférieur. Dans le second cas, il s’agit des réseaux
interpersonnels liant les membres du même système.
ROGERS (1995, p.27) définit un agent de changement comme étant « (…) un individu qui
influence les décisions d’innovation d’une unité d’adoption (un client) de manière à l’orienter
vers une décision considérée comme souhaitable par une agence de changement ».
Implicitement, l’agent de changement dépend d’une agence de changement, c’est une
personne extérieure à l’organisation (unité d’adoption ou client). Il s’agit généralement d’un
professionnel, disposant d’une haute qualification (diplôme universitaire), d’une expertise et
d’un statut social reconnu sur un domaine technique donné.
95
Si l’on se réfère à la définition de ROGERS (1995, p.5) selon laquelle la diffusion de l’innovation est « (…) le
processus par lequel une innovation est communiquée à travers certains canaux de communication, dans le
temps, aux membres d’un système social […] ».
273
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
informatisé. Il s’agit de la compatibilité de l’outil avec leur tâche, l’avantage relatif lié à son
adoption et la possibilité d’en démontrer les résultats. Par ailleurs, AGARWAL et PRASAD
(1997) précisent que l’utilisation de technologies de l’information serait déterminée par les
attributs perçus tels que la visibilité, la compatibilité et la possibilité d’essai. Dans le domaine
de la comptabilité et du contrôle de gestion, ALCOUFFE et al. (2003, 2007) soulignent que la
diffusion de la méthode ABC, en France, est influencée par l’utilisation de canaux de
communication puissants et l’existence des agents de changement. Les auteurs (ALCOUFFE
et al., 2003) précisent que la méthode ABC a surtout été relayée par les média, les canaux
interpersonnels, le monde académique, les entreprises utilisatrices, les associations, les
cabinets de conseils, les colloques et les congrès. En outre, FIRFTH (1996) a mis en évidence
l’influence des partenaires étrangers (joint venture), en tant qu’agent de changement, dans la
diffusion des méthodes de calcul de coût dans les entreprises chinoises.
PERERA et al. (2003), ont effectué une étude sur l’introduction d’un système d’évaluation
des coûts de transferts internes (transfer pricing) pour une entreprise publique australienne. A
cet effet, ils ont identifié comme avantages perçus de la méthode l’augmentation de la
sensibilité au coût des managers, la possibilité offerte par la méthode d’identifier les centres
de responsabilités (business units) et les activités performants ou non, l’image96 véhiculé par
l’utilisation de la méthode. Ensuite, ils mettent en évidence que l’entreprise publique a pris
une décision optionnelle dans l’adoption de l’innovation. Néanmoins, les valeurs, les normes
et la culture des membres de l’organisation (caractéristiques du système social) n’étaient pas
favorables à l’introduction de cette innovation, ce qui explique selon les auteurs, la lenteur du
processus de diffusion.
Pour le secteur public, ADHEMAR (2005) met en évidence l’effort promotionnel de l’IFAC,
ou plus précisément de l’IPSASB, pour assurer la diffusion des IPSAS à travers des canaux de
communication tels que l’utilisation des technologies de l’information (site web de l’IFAC),
les congrès et les colloques. Par ailleurs, LÜDER (1992, 1994, 2002 ; cité par LANDE, 2005,
p.92) explique le processus de diffusion des réformes comptables dans le secteur public en
mettant en évidence l’influence, sur ce dernier, de l’organisation institutionnelle (de l’unité
d’adoption97), des personnes impliquées dans la réforme, des promoteurs politiques de la
réforme, des stimuli déclencheurs de la réforme, du concept de la réforme, de la stratégie de
mise en œuvre, et des différentes parties prenantes de la réforme. A cet effet, ROCHER
96
MOORE et BENBASAT (1991) ont en effet rajouté « l’image » comme un autre attribut perçu de l’innovation
97
L’unité d’adoption peut être un Etat ou une collectivité locale
274
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
(2006, p.249) précise que le modèle de LÜDER (1992, 1994, 2002) permet d’expliquer
l’importance des réseaux d’individus et d’organisation dans la phase de diffusion de
l’innovation. En effet, plusieurs travaux de recherche se sont inspirés du modèle de LÜDER
(1992, 1994, 2002) pour expliquer la diffusion des réformes comptables tant au niveau du
secteur public central que local. JARUGA et NOWAK (1996, p.21) proposent, entre autres,
que les systèmes de valeurs, les modes de pensées, le système d’éducation, le système légal et
le modèle de juridiction peuvent constituer des obstacles à l’innovation comptable dans le
secteur public. DEVLIN et al. (1996, p.193) démontrent que la diffusion de l’innovation
comptable dans le secteur public des pays en développement est influencée par le système
colonial en place dans un premier temps, et par les bailleurs de fonds internationaux, les
experts et consultants occidentaux dans un second temps. Ces mêmes auteurs [DEVLIN et al.
2002, 31] confirment les résultats de JARUGA et NOWAK (1996) après avoir identifié
l’existence d’une influence de la culture nationale (coloniale, religieuse, ethnique, hybride)
sur la diffusion des réformes comptables du secteur public dans les pays en développement.
Malgré l’importance des travaux qui s’inspirent du modèle de la diffusion, ROGERS (1995)
soutient que l’aspect communicatif de l’innovation n’est pas suffisant pour s’assurer de son
utilisation. En effet, le modèle de la diffusion prend en compte différents éléments relatifs à la
perception des attributs d’une innovation par les unités d’adoption, les efforts des agents de
changement, les canaux de communication (de diffusion), les types de décision d’innovation,
et la nature du système social au sein duquel l’innovation va se diffuser. Néanmoins, cet
aspect communicatif ne garantit en rien ni l’utilisation de l’innovation ni le comportement
275
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
d’adoption des utilisateurs. Pour pallier cette lacune, ROGERS (1995) propose d’approfondir
l’aspect processuel de l’adoption d’une innovation.
Pour s’assurer de l’adoption d’une innovation, ROGERS (1995) propose un processus selon
lequel l’unité d’adoption passe d’abord par une prise de connaissance de l’innovation avant de
former une attitude par rapport à cette dernière. Ensuite elle décide d’accepter ou de rejeter
l’innovation avant de l’implanter et de continuer ou non son utilisation.
Il s’agit d’une succession de décision, un processus de décision d’innovation, qui diffère selon
que l’unité d’adoption soit une organisation ou un individu.
1) – Niveau individuel
- la persuasion concerne l’étape durant laquelle l’individu forme une attitude favorable
ou défavorable par rapport à l'innovation,
276
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
2) – Niveau organisationnel
a) – La phase d’initiation
La phase d’initiation est définie par ROGERS (1995, p.394) comme étant une phase de
collecte des informations et de conceptualisation conduisant l’organisation à la prise d’une
décision soit d’adopter, soit de rejeter l’innovation. La phase d’initiation consiste à identifier
les problèmes et à les mettre en relation avec l’innovation.
b) – La phase d’implantation
277
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
PERERA et al. (2003) mettent en évidence que lorsqu’une innovation managériale (un
système d’évaluation des coûts de transferts internes (transfer pricing) pour une entreprise
publique australienne) n’est pas conforme aux valeurs, aux normes et à la culture des
utilisateurs, elle n’est pas utilisée, donc rejetée, par ces derniers. Toutefois, après un
changement de culture (PERERA et al, 2003, p.161), une phase de redéfinition /
restructuration (qui a duré près de quatre ans dans le cas étudié), la réintroduction d’une
même innovation managériale se solde par un succès. ANDERSON (1995, cité par
LAFONTAINE, 2005, p.207) précise que la diffusion d’une innovation managériale (la
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CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
méthode ABC au sein de Général Motors) passe par six étapes comprenant la naissance d’un
besoin interne (ou d’une pression externe, la concurrence par exemple) nécessitant la mise en
œuvre d’un nouvel outil, le choix d’une solution avec les ressources requises pour le
changement, l’adaptation de l’outil aux besoins de l’organisation, l’évaluation de
l’acceptabilité de l’outil, l’utilisation de l’outil et la diffusion de l’outil au sein de toute
l’organisation. Par ailleurs, AX et BJORNENAK (2005, p.16) ont trouvé que la diffusion du
balanced scorecard en Suède résulte dans un premier temps de la promotion qu’en ont fait les
consultants, les universitaires et les premières entreprises qui l’ont adopté. La diffusion a
néanmoins heurté des obstacles telles que les barrières culturelles et linguistiques. A cet effet,
le balanced scorecard a fait l’objet d’une transformation pour tenir compte des cultures des
affaires suédoises et des pratiques comptables locales avant de gagner graduellement de la
popularité. LAPSLEY et WRIGHT (2004, p.359) ont étudié le processus de diffusion et
d’adoption d’une innovation comptable au sein du secteur public local écossais. Ils mettent en
évidence que le processus d’innovation commence par une réforme ou pression émanant de
l’Etat central. Ensuite, l’innovation est communiquée à travers les organismes professionnels,
les formations continues, les conférences, les colloques, les revues professionnelles et les
directives gouvernementales. Puis, l’innovation est adoptée et le processus d’adoption est
piloté par un comité ad hoc chargé de l’évaluation et de la revue périodique de l’implantation.
Par ailleurs, ils précisent (LAPSLEY et WRIGHT, 2004) que les cas d’abandon sont rares et
ils ont comme principal motif un coût de mise e œuvre trop élevé ou une politique
gouvernementale indiquant l’abandon.
S’inspirant du modèle de LÜDER (1992, 1994), DEVLIN et al. (2001, cité par ROCHER,
2006, p.250) proposent de modéliser les différentes phases du processus de diffusion et
d’adoption des innovations comptables dans le secteur public. A cet effet, ils reprennent les
cinq phases (identification des problèmes, mise en relation des problèmes avec l’innovation,
décision d’adoption et redéfinition / restructuration, clarification et routinisation) définies par
ROGERS (1995) et intègrent l’influence des obstacles au changement dans la décision
d’acceptation ou de rejet de l’innovation. L’ensemble du processus peut être résumé par le
schéma ci-après.
279
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
Variables Caractéristiques de
Stimuli culturels, politiques, économiques, et
organisationnelles l’innovation
Acteurs internes (Avantage relatif,
Conséquences de l’innovation
centralisation observabilité, possibilité
agents de changements
- complexité d’essayer)
- formalisation
- interconnexion
Acteurs - slack
politiques organisationnel Réinvention
- taille
Variables Décision
organisationnelles Acceptation / rejet de
Acteurs
externes l’innovation
administratifs
- ouverture vers
l’extérieur
Barrières au changement
Décision
280
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CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
Ainsi, nous pouvons nous inspirer de la théorie de la diffusion de l’innovation pour appuyer
une partie de nos résultats de recherche. Néanmoins, nous estimons que l’approche de
ROGERS (1995) se focalise trop sur les variables qui influencent l’adoption de l’innovation,
et qui agissent sur le processus d’adoption. Ceci justifie l’opérationnalisation des variables
telles que le rythme d’adoption, ou la vitesse d’adoption. Pourtant, l’implantation de
nouvelles pratiques (de nouveaux outils, d’innovations managériales) comprend le
développement de nouvelles attitudes, de nouvelles façons de faire, de nouvelles compétences
nécessitant un processus d’apprentissage que le paradigme diffusionniste ne saurait expliquer
en profondeur. Par conséquent, il nous faut nous orienter vers des approches moins
déterministes que celle de ROGERS (1995). A ce titre, nous développerons la théorie de
l’apprentissage organisationnel dans le paragraphe suivant.
281
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
L’apprentissage organisationnel connaît une littérature très florissante depuis ces vingt
dernières années. Il est traité à travers plusieurs disciplines pour ne citer que la psychologie, la
sociologie, les sciences de gestion, et l’informatique. Nous n’avons aucune prétention de faire
un nouvel état de l’art exhaustif sur le sujet. Néanmoins, il est important de définir le concept
de l’apprentissage organisationnel, d’analyser les typologies de connaissances touchées par le
concept et d’identifier les différentes formes d’apprentissage.
1) – Définition
La littérature consacrée à l’apprentissage organisationnel est d’une diversité telle qu’il est
possible d’identifier plusieurs définitions qui jalonnent le concept [ARGYRIS et SCHÖN,
1978, 2002 ; FIOL et LYLES, 1985 ; LEVITT et MARCH, 1988 ; HUBER, 1991 ; KOENIG,
1994, 2006].
282
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CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
Il est largement admis par la littérature que l’apprentissage organisationnel fait référence à
l’acquisition, par l’organisation, de nouvelles connaissances. De quelles types de
connaissance s’agit-il ?
D’une manière générale, il semble que les littératures convergent sur le fait que
l’apprentissage organisationnel se réfère à l’acquisition des connaissances nouvelles par
l’organisation. La connaissance peut être définie comme une information, dont la validité a
été établie par des tests et des preuves, pouvant être distinguée de l'opinion, de la spéculation,
de la croyance ou d'autres types d'information non prouvée (LIEBSKIND, 1996, cité par
MURRAY, 2007, p.112). A ce propos, NONAKA et TAKEUCHI (1995, p.28) distinguent la
connaissance tacite (know-how) de la connaissance explicite (information). Selon ces mêmes
auteurs (NONAKA et TAKEUCHI, 1997), les connaissances explicites sont formalisées et
contenues dans des manuels de procédures codifiées, ou stockées dans une base de données.
De ce fait, elles peuvent se transmettre facilement. Par contre, les connaissances tacites sont
inhérentes à l’action et à l’expérience individuelle. Elles correspondent aux éléments
subjectifs tels que les impressions, les intuitions personnelles et sont de ce fait très difficiles à
articuler, à communiquer et à partager au moyen du langage formel. NONAKA et
TAKEUCHI (1995) distinguent deux dimensions de la connaissance tacite : la dimension
technique et la dimension cognitive. La dimension technique correspond au savoir-faire de
l’individu c’est-à-dire ses aptitudes et talents tandis que la dimension cognitive fait référence
aux modèles mentaux, aux idéaux, croyances, perceptions, valeurs, émotions…
Comment fait l’organisation pour acquérir les nouvelles connaissances lui permettant
d’apprendre ? Selon KOENIG (2006, p.299), il existe plusieurs manières pour une
organisation d’acquérir les nouvelles connaissances lui permettant d’apprendre. Quels sont
donc ces différents modes d’acquisition de connaissances ?
Plusieurs auteurs s’accordent sur le point qu’il existe de nombreuses façons pour une
organisation d’acquérir des connaissances nouvelles.
283
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
HUBER (1991, p.91) distingue cinq façons différentes pour une organisation d’acquérir les
connaissances. Il s’agit de l’apprentissage congénital (congenital learning), de l’apprentissage
par expérience (experimental learning), l’apprentissage indirect (vicarious learning),
l’apprentissage par greffe (grafting) et l’apprentissage par la recherche (searching and
noticing).
284
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
La littérature fait émerger plusieurs formes d’apprentissage. A cet effet, nous distinguons
l’apprentissage par l’action et par la pratique, l’apprentissage par l’usage, et l’apprentissage
par l’interaction.
ARGYRIS et SCHÖN (1978, 2002, p.37) signalent que la pression du réel pousse les
organisations à adopter des règles de travail différentes de celles énoncées dans les
déclarations d’intention. A ce titre, ils soulignent que le fait de détecter une erreur et de la
corriger par la suite constitue un mode d’acquisition de connaissances. Il s’agit donc d’un
processus d’essais – erreur permettant de corriger et d’adapter les actions organisationnelles.
ARGYRIS et SCHÖN (1978, 2002, p.44) qualifie ce processus d’apprentissage en simple
boucle dans la mesure où il se limite à la correction de la stratégie d’action de l’organisation.
Les résultats de ces expériences peut amener l’organisation à réviser, non seulement sa
stratégie d’action, mais également les valeurs directrices de ses fondements. A ce titre,
ARGIRIS et SCHÖN (1978, 2002, p.45) qualifie le processus d’apprentissage de double
boucle.
Les auteurs comme ARROW (1962, p.153), ATKINSON et STIGLITZ (1969, p.574)
soulignent que l’apprentissage résulte de l’expérience, de la pratique et de la répétition d’une
tâche. Il qualifie ce processus de learning by doing. A ce titre, ces mêmes auteurs s’accordent
sur le fait qu’il existe une relation positive entre l’accumulation de l’expérience et la
productivité. D’autres auteurs comme SOULIER (2004), COHEDENET et al. (2006),
BROWN et DUGUIT (2001) confirment cette théorie. Ils soutiennent que l’apprentissage est
indissociable de la pratique dans un contexte social donné. KOENIG (2006, p.296) qualifie ce
mode d’acquisition des connaissances de « philosophie pratique » ou de « sagesse pratique ».
285
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
L’apprentissage par l’usage ou learning by using est défini par ROSENBERG (1982, p.122)
comme l’ensemble des mécanismes mis en œuvre par l’organisation pour utiliser une
innovation lui permettant par la suite d’identifier les différentes possibilités de l’améliorer. A
ce titre, l’auteur précise que seule l’utilisation sur une longue durée peut révéler à l’utilisateur
la nécessité ou non d’adapter l’innovation afin d’accroître ses performances dans son contexte
d’utilisation. A ce titre, MUKOYAMA (2006, p.124) confirme, à partir d’un modèle
stochastique, que les utilisateurs finaux des instruments scientifiques, tels que les PC et les
processeurs, jouent un rôle important dans la détection des bugs, permettant aux producteurs
d’améliorer les caractéristiques de ces derniers.
Dans ce cas, l’apprentissage s’effectue à double sens c’est-à-dire entre les concepteurs et les
utilisateurs finaux. Il permet au concepteur d’améliorer les caractéristiques de l’innovation, et
à l’utilisateur de mieux utiliser l’innovation. Ceci implique une interaction entre les deux
parties.
D’un côté, VON HIPPEL (1976) et LUNDVALL (1988) soulignent que l’interaction entre
l’utilisateur et le concepteur d’une innovation permet de construire une base de connaissances
susceptible, non seulement d’apporter des améliorations sur le produit et ses modes
d’utilisation, mais également de mettre au point de nouvelles technologies encore plus
spécifiques et plus adaptées aux besoins des utilisateurs et au contexte d’utilisation.
D’autres formes d’apprentissage peuvent exister. Nous pouvons citer, entre autres,
l’apprentissage par l’apprendre et l’apprentissage par le désapprendre. Dans le premier cas, il
286
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
Toutefois, notre objectif n’est pas de dresser une liste exhaustive des différentes formes
d’apprentissage. Seulement, il nous est important d’identifier les formes les plus usuelles et
les plus mobilisées par la littérature touchant l’adoption et la diffusion d’une innovation. A ce
stade, il semble intéressant d’analyser les apports de la théorie de l’apprentissage
organisationnel dans l’étude de la diffusion et de l’adoption d’une innovation.
L’adoption d’une innovation managériale peut être traitée sous l’angle de l’apprentissage
organisationnel. Cette approche permet d’identifier les différentes étapes du processus
d’adoption d’une part, et les éventuels obstacles à l’adoption d’autre part.
Il existe plusieurs travaux de recherche qui traitent l’adoption de l’innovation sous l’angle de
l’apprentissage organisationnel. Parmi ces travaux, nous pouvons citer celui de ATEWELL
(1992) selon lequel, il ne peut y avoir une adoption d’une innovation sans apprentissage au
préalable. A ce titre, l’apprentissage organisationnel est assimilé à un processus. HUBER
(1991, p.90), souligne que le processus d’apprentissage organisationnel comprend quatre
phases correspondant respectivement à l’acquisition de connaissance, la distribution de
l’information, l’interprétation de l’information et la mémoire organisationnelle. Selon cet
auteur, la phase d’acquisition de connaissance comprend l’ensemble des activités et
comportements permettant à l’organisation d’acquérir des informations et des connaissances
nouvelles. Il assimile la distribution de l’information à une étape de généralisation des
informations et des connaissances nouvellement acquises de manière à ce que toutes les unités
composant la même organisation disposent des mêmes bases. Par ailleurs, l’interprétation
correspond au processus à partir duquel l’organisation attribue des significations aux
informations acquises et la mémoire organisationnelle se réfère à l’étape de conservation et de
stockage des connaissances de manière à ce que les membres de l’organisation puissent en
disposer en temps voulu. Les quatre phases identifiées par HUBER (1991) ont été testées et
confirmées par NAVARRO et al. (2007, p.173) sur l’adoption d’une innovation (e-business)
287
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
dans les entreprises espagnoles. Ils ont trouvé que la phase d’acquisition, d’interprétation et
de stockage des connaissances sont indispensables à la mise en œuvre d’une innovation. Par
ailleurs, il faut que les connaissances nouvellement acquises soient distribuées à tous ses
membres pour renforcer l’adoption de l’innovation.
D’autres auteurs comme CARROLL (1998, p.702) proposent également quatre étapes du
processus d’apprentissage organisationnel. CAROLL (1998) distingue une phase
d’observation (recherche et collecte d’information, suivi, contrôle), de réflexion (analyse,
interprétation, diagnostic), de création (conception, design, planification, décision), et
d’action (mise en oeuvre, test).
Par ailleurs, CROSSAN et al. (1999, p.525) distinguent d’autres phases telle que l’intuition,
l’interprétation, l’intégration et l’institutionnalisation. A ce titre, la phase d’intuition
correspond à l’identification consciencieuse et individuelle du modèle et/ou des possibilités
de source d’expérience. L’interprétation correspond à l’explication, par des mots ou par
l’action, d’une idée à un ou plusieurs individus de l’organisation. L’intégration se réfère au
processus de développement, de partage et d’ajustement mutuel des connaissances à tous les
individus de l’organisation. L’institutionnalisation correspond au processus de routinisation
des connaissances au niveau organisationnel.
WOICESHYN (2000, p.1098) remarque que les écrits sur le processus d’apprentissage
organisationnel s’accordent tous sur le fait que ce dernier commence toujours par une phase
d’observation de la réalité et d’acquisition de connaissance à partir de cette réalité. Ensuite,
lesdites observations sont interprétées par un ou plusieurs membres de l’organisation pour être
partagées par l’ensemble des membres de l’organisation. Le processus se termine alors par
des actions visant à intégrer les connaissances dans les comportements, les routines, les
stratégies et structures organisationnelles. Partant de ce constat, WOICESHYN (2000) étudie
l’adoption d’une innovation sous l’angle du processus d’apprentissage organisationnel. Il
souligne que l’adoption d’une innovation peut être assimilée à un processus d’apprentissage
organisationnel à quatre phases comprenant une phase d’observation, d’interprétation,
d’intégration et d’action (WOICESHYN, 2000, p.1095). Par ailleurs, il ajoute que d’autres
éléments tels que la capacité à apprendre (capital intellectuel) et l’effort pour apprendre
peuvent influencer positivement ou négativement l’adoption d’une innovation. Dans ce cas,
l’ensemble du processus d’adoption peut être résumé par le schéma suivant.
288
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
Capacité :
Capital
intellectuel
Apprentissage Succès de
Effort organisationnel l’adoption
- Observer d’une
- Interpréter innovation
Ressources - Intégrer
- Agir
Motivation
Dans ce modèle, WOICESHYN (2002, p.1098) soutient que l’adoption d’une innovation
dépend, en partie, de l’effort fourni par l’organisation pour apprendre. Ce dernier se mesure
par les ressources allouées par l’organisation dans l’apprentissage d’une part, et la motivation
de l’organisation pour adopter l’innovation (telle que les valeurs partagées, les récompenses,
les déclencheurs externes) d’autre part. WOICESHYN (2002, p.1098) avance que la capacité
de l’organisation à apprendre, ou plus précisément la capacité intellectuelle (le capital
intellectuel) de ses membres, influence également l’adoption d’une innovation. D’autres
auteurs comme HARRINGTON et GUIMARAES (2005), NAVARRO et al. (2007) partagent
le même avis en soulignant que l’organisation (ou plus précisément les acteurs de
l’organisation) doit avoir une capacité intellectuelle minimale (un certain niveau
d’intelligence ou de connaissance antérieure) pour acquérir et assimiler des nouvelles
connaissances indispensables à l’adoption d’une innovation.
Toutefois, le capital intellectuel comme les efforts fournis peuvent être différents d’une
organisation à une autre. En ce sens, ils peuvent faciliter l’adoption pour une organisation
comme ils peuvent également constituer un obstacle à l’adoption pour d’autres organisations.
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PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
Dans le second cas, comment les organisations peuvent-elles surmonter les obstacles à
l’adoption d’une innovation ?
Par ailleurs, ROBEY et al. (2002, p.17) distinguent les obstacles liés à la configuration de
l’innovation et ceux liés à l’assimilation de son processus d’utilisation. Les premiers peuvent
être surmontés en faisant appel à des consultants ou des agences externes tandis que les
seconds nécessitent, en plus de l’acquisition des nouvelles connaissances, le désapprentissage
des anciennes connaissances (ROBEY et al., 2000, p.38).
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PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
disposent pas des mêmes quantités de ressources consacrées à la formation. Pour certaines
structures, les formations externes peuvent se révéler excessivement coûteuses. C’est
probablement pour cette raison que WOICESHYN (2000) et NAMBISAN et WANG (2000)
qualifient l’insuffisance de ressources (financières) comme un obstacle à l’adoption de
l’innovation.
Pour compléter notre analyse, à ce niveau, il serait intéressant d’approfondir les intérêts des
différents acteurs dans le cadre de la diffusion de l’innovation. Pour ce faire, nous pouvons
mobiliser la théorie de la traduction qui sera développée dans le paragraphe suivant.
291
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
1) – Définition de l’ANT
La théorie de l’acteur réseau ou ANT résulte des travaux de CALLON (1986) et de LATOUR
(1988) lesquels analysent la constitution progressive d’un réseau faisant suite aux interactions
et négociations successives entre les différents acteurs humains et non humains. A ce titre,
BARDINI (1996, p.133) précise que la notion de « traduction » occupe une place importante
dans les négociations. Il s’agit, selon cet auteur, d’une interaction à partir de laquelle les
acteurs construisent des significations communes, se définissent des rôles et des
représentations, adoptent des compromis entre eux afin de poursuivre des objectifs individuels
et collectifs. LATOUR (2005) signale qu’il s’agit d’un processus de construction social et
292
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
Ainsi, les chercheurs du CSI ont articulé la théorie de la traduction ou la théorie de l’acteur
réseau (ANT) autour de quelques concepts clés et d’un processus dit processus de traduction.
La sociologie de la traduction repose sur un ensemble de concepts clés tels que le réseau, la
traduction, la controverse, l’entre-définition et le principe de symétrie.
a) – Le réseau
Le réseau correspond à une « (…) métaorganisation rassemblant des humains et des non-
humains mis en intermédiaires les un avec les autres » (CALLON cité par LATOUR, 1992,
p.55). CALLON (1974) distingue deux niveaux de réseaux qu’il nomme microcosme et
macrocosme. Le premier niveau correspond à une réduction représentative de la société au
sein de laquelle l’innovation sera mise en œuvre tandis que le second se réfère à la société
elle-même. L’auteur soutient que si l’innovation est convaincante au niveau microcosme, elle
le sera également au niveau macrocosme.
Par ailleurs, il précise que les réseaux sont de plus en plus forts au fur et à mesure qu’ils
incorporent les alliés humains et non-humains. La mise en relation des différents acteurs
(humains et non humains) est soutenue par la notion de traduction.
b) – La traduction
La traduction constitue le concept théorique central du modèle. Elle est définie comme « (…)
une relation symbolique qui transforme un énoncé problématique particulier dans le langage
d’un autre énoncé particulier » (CALLON, 1974-1975, p.19), ce qui implique une interaction
entre les différents acteurs lesquels forment des alliances pour soutenir certains objectifs
plutôt que d’autres dans le processus d’innovation. A cet effet, LATOUR (2005, p.292)
distingue cinq formes de traduction :
- traduction 1 : faiblesse extrême ; le plus faible doit rejoindre le but des plus forts.
- traduction 2 : les intérêts des plus faibles attirent les plus forts.
293
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
- traduction 3 : le plus faible devient un point de passage obligé mais doit revenir au but
initial.
- traduction 4 : le plus faible n’a plus qu’à revenir au but initial ; c’est maintenant son
but qui traduit celui des autres.
- traduction 5 : le plus faible est devenu le plus fort, tous les autres doivent se détourner
de leurs buts pour passer par le sien.
Il s’agit, comme le souligne CALLON (cité par LATOUR, 1992, p.65) d’une opération
permettant d’établir un lien intelligible entre des objectifs hétérogènes permettant ainsi de
reconstituer les réseaux. Toutefois, les auteurs précisent que la reconstitution s’effectue par
l’analyse des controverses.
c) – La controverse
Selon CALLON et LATOUR (1990, p.26), la controverse constitue une entrée royale à la
connaissance scientifique. AMBLARD et al. (2005, p.136-137) précisent que « c’est par la
controverse que s’élaborent les faits ; elle précède toujours l’émergence d’un énoncé
scientifique, d’une innovation ». Il s’agit d’une ou plusieurs épreuves (présentation des
expériences, discussion dans les congrès, dans les livres…) que l’on fait subir aux énoncés
pour accroître le nombre de modalités positives ou négatives. L’analyse des faits implique,
soit un suivi en temps réel de la réalisation de ces derniers, soit la reprise des controverses qui
les ont précédé de manière à connaître leurs sens et leurs contenus.
d) – L’entre-définition
294
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
e) – Le principe de symétrie
Le principe de symétrie a été emprunté à BLOOR (1978, cité par LATOUR et WOOGLAR,
1996). Il fait référence à quelques propositions fondamentales selon lesquelles les réseaux
sont des dispositifs d’action mêlant humains et non humains par conséquent il faut accorder
une importance égale aux sujets et aux objets. Il convient également de traiter avec la même
constance les faits sociaux. Sur ce point, LATOUR (1989, p.127) propose de ne pas trop
insister sur la frontière entre science et non science. Il souligne que les faits scientifiques
puisent leur légitimité en dehors d’eux-mêmes et que la science n’est pas vierge de tout
mythe.
A partir de ces concepts clés, les fondateurs de la théorie proposent un processus pour traduire
un réseau et essayer de le transformer ou le modifier, il s’agit du processus de traduction.
3) – Le processus de traduction
- La problématisation correspond aux efforts produits par les acteurs pour convaincre les
autres de souscrire à leur propre conception en leur montrant qu’ils ont les bonnes solutions.
- L’enrôlement c’est la création des réseaux d’alliances en vue de la construction d’un accord
entre les intérêts des parties prenantes.
D’autres auteurs comme EZZAMEL (1994) retrouvent les mêmes étapes du processus de
traduction identifiés par CALLON (1986) tandis que certains comme AMBLARD et al.
(2005) proposent des découpages différents. Ainsi, AMBLARD et al. (2005, p.155) précisent
qu’il existe dix étapes dans le processus de traduction. Il s’agit de l’analyse du contexte, de la
problématisation et du traducteur, du point de passage obligé et de la convergence, des porte-
295
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
- L’analyse du contexte correspond à l’étude des actants en présence, de leurs intérêts, de leurs
enjeux et de leur degré de convergence
- La problématisation se réfère au passage d’une entité d’un contexte, d’une position singulière
et isolée à une acceptation de coopération. Elle est assurée par un acteur légitime, chargé de
l’analyse du contexte et de la problématisation, nommé traducteur.
- Les porte-parole sont les représentants de toutes les entités, humaines et non humaines, dans
les négociations.
- Les intermédiaires se réfèrent à tout élément circulant entre les différentes entités mettant en
relation ces dernières. Ils peuvent prendre différentes formes telles qu’un objet technique, une
information (papier, disquettes, bandes magnétiques), un être humain et ses compétences, ou
même de l’argent.
- L’enrôlement correspond à l’affectation d’un rôle précis, une tâche, ou mission aux différents
acteurs de manière à les impliquer dans l’action, c’est-à-dire en assurer la mobilisation.
- Le rallongement est une phase qui consiste à multiplier les entités qui composent le réseau de
manière à le solidifier et le stabiliser durablement, c’est-à-dire en assurer l’irréversibilité.
Néanmoins, les auteurs soulignent que le rallongement peut aussi provoquer une dispersion et
par conséquent fragiliser le réseau si les nouvelles entités ne se soumettent pas aux conditions
précédentes (enrôlement, mobilisation, porte-parole…).
296
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
D’après les éléments précédemment développés, nous pouvons affirmer que pour sa diffusion,
une innovation a besoin d’un dispositif d’intéressement. A cet effet, elle doit convaincre,
intéresser et enrôler un nombre croissant d’alliés pour la soutenir. Mais quels sont les apports
d’une telle théorie dans l’adoption d’une innovation managériale ? Le fait que l’innovation
intéresse un certain nombre d’alliés implique-t-il systématiquement la réussite de son
adoption ?
Les travaux d’AKRICH et al. (1988a, 1988b, 2002a, 2002b) sont fondés sur l’analyse du
succès, c’est-à-dire l’adoption ou le rejet, d’une innovation. A ce titre, ces mêmes auteurs
précisent que le succès de l’innovation repose en grande partie sur l’art de l’intéressement
(AKRICH et al., 2002a, p.187-206) dans un premier temps, et sur l’art de choisir les bons
porte-parole (AKRICH et al., 2002b, 207-225) dans un second temps.
1) – L’art de l’intéressement
AKRICH et al. (1988a, 2002a) précisent que l’adoption d’une innovation se concrétise par
« […] une multiplicité de décisions hétérogènes, souvent confuses […] » qui sont prises dans
un contexte particulièrement complexe « […] par un grand nombre de groupes différents et
[…] antagonistes » (AKRICH et al., 2002a, p.191). A ce propos, ils insistent sur le caractère
incertain du contexte dans lequel les décisions sont prises. Il n’existe aucune garantie de
résultats liés à l’innovation. Au contraire, il est possible d’obtenir des résultats opposés à ceux
escomptés. Tel est le cas de la méthode de la coulée continue de l’acier (AKRICH et al.,
2002a, p.195) qui, au lieu de réduire les coûts d’une manière substantielle, s’est soldée par
une augmentation durable de ces derniers. En effet, les décisions sont généralement liées à de
supposés coûts avantageux lesquels influencent le choix d’adoption de l’innovation mais il
peut arriver que l’innovation augmente les coûts plus qu’elle ne les diminue.
Par ailleurs, ces mêmes auteurs précisent que les adopteurs potentiels ou les clients de
l’innovation sont complexes et indécis. Il est difficile de cerner leurs attentes et leurs besoins
lesquels sont imprévisibles. A ce propos, AKRICH et al. (2002a, p.200) font référence à la
notion de « clients à géométrie variable » qui ne peuvent être appréhendés que par
l’instauration d’un contact « direct » et par le choix d’un bon interlocuteur parmi une
multitude d’adopteurs. De la même manière, l’aspect technique de l’innovation est également
confronté à un choix parmi une multitude de possibilités. L’innovateur doit se frayer un
297
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
chemin et par conséquent prendre une décision compte tenu de la diversité des conseils,
expertises et interprétations qui se présentent à lui.
AKRICH et al. (2002b, p.212) assimilent cette recherche de compromis socio-technique ainsi
que ces négociations avec les différents acteurs à un processus tourbillonnaire interactif
impliquant de nombreux allers-retours entre les acteurs. Néanmoins, ce ne sont pas tous les
298
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
interlocuteurs qui vont intervenir dans cette interaction mais seulement quelques porte-parole
judicieusement choisis. Les mêmes auteurs précisent que « […] le destin de l’innovation […]
et son succès résident dans le choix des représentants ou des porte parole qui vont interagir et
négocier pour mettre en forme le projet et le transformer […] » (AKRICH et al., 2002b,
p.217). Par conséquent, les porte-parole doivent être représentatifs car la réussite de
l’innovation en dépend. Si les porte-parole sont bien choisis ceci implique une meilleure
représentativité du microcosme par rapport au macrocosme. C’est donc une véritable
orientation stratégique car une solution acceptable par le microcosme le sera également pour
le macrocosme (AKRICH et al., 2002b, p.219).
Par ailleurs, AKRICH et al. (2002b, p.222) signalent que « […] l’innovateur ne peut s’en
remettre à quelques trop rares interlocuteurs dont il ne sait jamais complètement de qui ou de
quoi il sont représentatifs et s’ils le sont vraiment ». En outre, il est tout à fait possible que les
acteurs ne soient pas tous des alliés. Comme le précisent les auteurs, « […] il y a ceux qui
vont trahir et ceux qui ont déjà trahi, ceux qui disent la vérité et ceux qui mentent, et ceux qui
sont des fidèles ou des inconditionnels et ceux que l’on est décidé à croire en toute occasion,
il y a les tièdes et les opportunistes […] » (AKRICH et al., 2002b, p.223). Face à cette
situation, l’innovateur dispose d’un outil, le procès d’accusation, pour déterminer parmi les
porte-parole sur qui (ou quoi) peut-il compter ou non pour mener à bien son projet. Cette
méthode consiste à proférer des accusations contre le maillon faible du réseau (de porte-
parole) de manière à ce qu’il saute. En procédant ainsi, l’innovateur peut déterminer les porte-
parole légitimes et dignes de confiances de ceux qui ne le sont pas. Ce qui entraîne une
redistribution et une transformation des alliances.
299
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
Ainsi, CALLON et LAW (1989, p.66) illustre le modèle à travers le processus d’élaboration
des réseaux constitué par les chercheurs du CNEXO, les marins pêcheurs et les coquilles
Saint-Jacques pour assurer la survie et la pérennité de ces dernières dans la baie de Saint-
Brieuc. D’autres travaux plus récents s’inscrivent dans la même lignée. A cet effet, nous
pouvons citer, entre autres, ceux de GASSON (2006) qui traite du processus d’implantation
d’un nouveau système d’information au sein d’une entreprise britannique. Cet auteur
distingue l’existence d’un réseau d’acteurs composés du directeur du système d’information
(IS Manager), des équipes de programmateurs, de la direction générale de l’entreprise, des
autres directions fonctionnelles (marketing, technique…), des utilisateurs et de la technologie
d’information mise en place.
STANFORTH (2006) s’est également inspiré du modèle de la traduction pour étudier la mise
en place d’un système informatisé de gestion comptable et budgétaire pour le secteur public
sri lankais. Il met en évidence l’existence des acteurs humains et non humains tels que le
gouvernement, le ministère des finances, les bailleurs de fonds, les consultants locaux et
étrangers, les universitaires locaux, les représentants de la société civile, les fonctionnaires
locaux (utilisateurs) et le système d’information lui-même. Il explique ensuite comment ce
dernier a été transformé depuis 1996, date à partir de laquelle le Sri Lanka a reçu une
première aide de l’ADB (Asian Development Bank) pour la réforme du système comptable de
l’Etat jusqu’à la mise en place, en 2005, d’un système d’information intégré.
DREVETON et ROCHER (2007, p.13) mettent en évidence les réseaux d’acteurs qui
soutiennent la diffusion d’un système de contrôle et de gestion des risques au sein du secteur
public local français d’une part et les transformations subies par ce dernier d’autre part. Ainsi,
le réseau est constitué par la DGCP98, les associations représentatives des collectivités locales,
la DGCL99, les collectivités locales (qui se décomposent en deux acteurs principaux, les élus
et les responsables des services financiers) et les services décentralisés du ministère des
finances. Ensuite, les auteurs mettent en évidence la transformation du cadre d’usage de
l’outil qui, à l’origine était prévue pour une évaluation des risques, un outil d’aide à la
décision, est devenu un outil pédagogique et de sensibilisation sur les risques.
Notre recherche se focalise sur la mise en place et l’adoption du nouveau système comptable
et budgétaire simplifié au niveau des communes rurales malgaches. Partant de la théorie de la
98
Direction Générale de la Comptabilité Publique
99
Direction Générale des Collectivités Locales
300
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
traduction, nous pouvons identifier les différents acteurs, tels que les communes rurales, le
ministère de la décentralisation et le FID (Fonds d’Intervention pour le Développement, un
projet financé par la Banque Mondiale) dans un premier temps et d’identifier leurs intérêts
respectifs dans un deuxième temps avant de déterminer comment enrôler et / ou intéresser
chacun des acteurs pour qu’ils soutiennent notre système comptable et budgétaire simplifié.
* * *
301
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
Néanmoins, nous pensons, à l’instar des auteurs comme ATTEWEL (1992) et NAVARRO et
al. (2007), que l’approche diffusionniste n’est pas suffisante pour analyser la diffusion et
l’adoption du système comptable et budgétaire par les communes rurales malgaches. Selon
ces auteurs, l’adoption d’une innovation implique une acquisition de nouvelles connaissances,
de nouvelles compétences et de savoir-faire de la part des utilisateurs potentiels. En d’autres
termes, l’adoption d’une innovation passe par un processus d’apprentissage dont la réussite
dépend de la capacité intellectuelle des acteurs pour apprendre d’une part, et des ressources
allouées à l’apprentissage d’autre part (WOICESHYN, 2000). Bien que les communes rurales
malgaches ne disposent pas des ressources financières requises pour améliorer leur capacité
d’apprentissage, elles peuvent compter sur les appuis techniques et financiers dispensés par
les bailleurs de fonds et par le ministère de tutelle sans lesquels elles ne peuvent apprendre et
par conséquent adopter l’innovation. Par ailleurs, les différents acteurs agissent par intérêt et
la théorie de l’apprentissage organisationnel ne permet pas de mieux cerner ces intérêts afin
d’identifier la meilleure voie possible pour changer le système comptable et budgétaire des
communes rurales. A ce titre, nous avons complété notre analyse par la théorie de la
traduction.
302
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
303
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
constructiviste. Le tableau suivant résume les principales différences entre les trois
positionnements épistémologiques.
Les
paradigmes
Les
questions Le Positivisme L’interprétativisme Le constructivisme
épistémo-
logiques
304
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
A ce propos, DAVID (1998, p.10), citant LE MOIGNE (1990), fait référence aux cinq
principes de l’épistémologie positiviste comprenant un principe ontologique, un principe de
l’univers câblé, un principe d’objectivité, un principe de neutralité de la logique et un principe
de moindre action100.
305
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
Dans le cas de notre recherche, nous convergeons plus vers une position constructiviste que
vers les deux autres positions épistémologiques (positiviste et interprétativiste) précédemment
étudiées. Néanmoins, force est de constater qu’il ne nous a été possible d’identifier la forme
définitive de notre recherche qu’à la fin de celle-ci. En effet, c’est grâce au projet de
recherche que avons préalablement défini, et ensuite corrigé avec les différents acteurs de
terrain que nous avons pu guider notre processus de recherche. Notre objectif de recherche est
de construire un outil de gestion comptable et budgétaire plus adapté aux communes rurales
malgaches. Afin de mieux situer ces dernières dans leur environnement et aussi de démontrer
les lacunes du système comptable et budgétaire qu’elles utilisent actuellement, nous avons
commencé notre recherche par une analyse descriptive du processus de décentralisation suivi
d’une autre analyse du processus de réforme du secteur public malgache en général et celui de
101
Ces principes sont tirés de la différenciation entre épistémologies positivistes et épistémologies
constructivistes effectués par LE MOIGNE (1990)
Le principe de représentabilité de l’expérience du réel : la connaissance est la recherche de la manière de penser
et de se comporter qui conviennent (VON GLASERSFELD). Nos expériences du réel sont communicables
(modélisables) et la vérité procède de cette adéquation des modèles de notre expérience du monde à cette
expérience
Le principe de l’univers construit : les représentations du monde sont téléologiques, l’intelligence organise le
monde en s’organisant elle-même, « la connaissance n’est pas la découverte des nécessités mais l’actualisation
des possibles »
Le principe de l’interaction sujet-objet : l’interaction entre le sujet et l’objet (plus précisément : l’image de
l’objet) est constitutive de la construction de la connaissance.
Le principe de l’argumentation générale : la logique disjonctive n’est qu’une manière de raisonner parmi d’autres
et n’a pas besoin d’être posée comme naturelle. La ruse, l’induction, l’abduction, délibération heuristique
permettent de produire des énoncés raisonnés.
Le principe de l’action intelligente : le scientifique contemporain est un concepteur-observateur-modelisateur. Le
concept d’action intelligente décrit l’élaboration, par toute forme de raisonnement a posteriori, d’une stratégie
d’action proposant une correspondance adéquate (convenable) entre une situation perçue et un projet conçu par
le système au comportement duquel on s’intéresse.
306
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
la comptabilité publique malgache en particulier. Ensuite, nous avons mené une enquête sur
les utilisateurs potentiels (les différents acteurs) de l’information financière produite par les
communes rurales avant de concevoir un outils de gestion (un système comptable et
budgétaire simplifié) répondant aux besoins de ces derniers. Puis, nous avons étudié le
processus de diffusion et d’adoption de l’outil par les communes rurales afin de dégager une
dynamique de changement. Il s’agit donc, comme le soulignent ALLARD-POESI et
MARECHAL (2007, p.45) de répondre aux problèmes pratiques du terrain étudié tout en
assurant son adéquation avec les préoccupations théoriques du chercheur. D’où la nécessité
d’une relation interactive entre sujet et objet de recherche conduisant à un processus de co-
construction de la connaissance avec les acteurs de terrains. A ce titre, notre recherche
contribue à produire des connaissances actionnables avec une volonté de transformation
laquelle se traduit par un projet d’élaboration d’outil de gestion. Par conséquent, nous
rejoignons le courant constructiviste lequel se retrouve, selon DAVID (1998, p.12), à trois
niveaux :
Concernant le troisième niveau, DAVID (1998, p.13) fait référence à la multiplication des
approches et l’utilisation de méthodologies croisées ayant comme conséquence
l’enrichissement des dispositifs de recherche. Cet aspect méthodologique de la recherche sera
développé dans le paragraphe suivant.
307
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
qualitative sans que cela n’exclue la possibilité de la compléter par des méthodes
quantitatives. Toutefois, force est de constater qu’il existe une multitude de méthodes
qualitatives dans la littérature. A ce titre, ERICKSON (1986, p.119) distingue l’observation
participante, l’ethnographie, l’étude de cas, l’interactionnisme symbolique, la
phénoménologie. A ceux là, WACHEUX (1996, p.90) rajoute la méthode comparative, la
recherche expérimentale, le scénario et la simulation, la recherche action, la méthode
biographique, l’innovation méthodique. De leur côté, MILES et HUBERMAN (2003, p.22)
proposent l’interprétativisme, l’anthropologie sociale et la recherche action intervention.
Nous avons choisi le recours à l’étude de cas parce que nous cherchons à connaître « pourquoi
les différents acteurs s’intéressent au système comptable et budgétaire simplifié ? ». Dans un
premier temps, notre recherche vise à répondre aux questions : « pourquoi les communes
rurales choisissent de l’adopter ? », et « pourquoi les bailleurs de fonds et le ministère de
tutelle choisissent de soutenir le modèle ? ». Dans un second temps, elle s’intéresse à l’aspect
dynamique de changement, c’est-à-dire en répondant à la question « comment changer le
système comptable et budgétaire des communes rurales malgaches ? ». A ce titre, nous nous
plaçons dans une logique exploratoire et essentiellement inductive sachant que très peu de
travail de recherche, pour ne pas dire aucun, n’a exploré ces types de questionnements sur
notre terrain d’étude.
ROYER et ZARLOWSKI (2007, p.218-219) distingue l’étude de cas unique de l’étude de cas
multiples. Selon eux, l’étude de cas unique peut être assimilée à une expérimentation. YIN
(2003, cité par ROYER et ZARLOWSKI, 2007, p.219) précise que le recours à une étude de
102
Nous privilégions la démarche qualitative mais cela ne nous empêche pas de la compléter, quand il le faut,
par des analyses quantitatives. En effet, certains auteurs comme GUBA et LINCOLN (1994), MORSE (1994),
ATKINSON et HAMMERSLEY (1994) encouragent même d’utiliser des méthodes quantitatives quand ces
dernières permettent d’apporter des informations complémentaires aux méthodes qualitatives.
308
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
cas unique se justifie si le chercheur souhaite tester une théorie, si le cas présente un caractère
extrême ou unique, si le cas étudié est typique ou représentatif, si le cas permet de révéler un
phénomène encore inaccessible à la communauté scientifique, ou bien si le cas est étudié à au
moins deux moments dans le temps. Par ailleurs, l’étude de cas multiples présente des
avantages dans la mesure où elle augmente la confiance accordée aux résultats (ROYER et
ZARLOWSKI, 2007, p.219). MILES et HUBERMAN (2003, p.308) précisent que l’étude de
cas multi-sites permet d’approfondir la compréhension et l’explication du phénomène étudié
notamment à travers l’identification de cas contraires qui permettront de renforcer les
similarités ou les différences entre les sites étudiées.
Nous avons privilégié l’étude de cas multi-sites dans la mesure où notre terrain d’étude offre
une opportunité intéressante. En effet, le classement administratif des communes malgaches
est complètement dépassé par la réalité. Cette réalité conduit naturellement à l’identification
de trois catégories de communes rurales : « les communes rurales riches », « les communes
rurales pauvres » et « les communes rurales moyennes ». Par conséquent, nous avons estimé
qu’il est plus intéressant de traiter notre problématique en prenant en compte cette possibilité
de comparaison entre les trois niveaux qui correspondent respectivement à un niveau
« avancé », un niveau « faible », et un niveau « moyen ». C’est d’ailleurs dans cette optique
de comparaison que réside les avantages offerts par une étude de cas multi-sites (MILES et
HUBERMAN, 2003 ; YIN, 1994).
Toutefois, notre problématique de recherche exige une présence du chercheur sur le terrain,
non seulement dans la conception de l’outil de gestion proposé mais également dans la mise
en place de celui-ci et surtout dans l’accompagnement du changement. A ce titre, nous avons
complété notre étude de cas [généralement à visée descriptive selon SAVALL et ZARDET
(2004, p.106)] par une approche compréhensive nous permettant d’être en contact avec les
acteurs de terrain afin de mieux les aider. D’où la nécessité d’une approche interventionniste.
309
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
(ARGYRIS et al., 1985), la science de l’aide à la décision (ROY, 1985, 1992) et la recherche
intervention en sciences de gestion (HATCHUEL, 1986, 1994, MOISDON, 1984, 1997).
L’action research consiste à « (…) faire une observation sociale objective au sein d’un groupe
(un espace de vie) qui fait face à un problème concret afin de préparer ce dernier au
changement et améliorer l’existant (…) » (LEWIN, 1951, cité par DAVID, 2000a, p.194).
L’action science consiste à « (…) décrire ce qui s’est produit d’une manière qui suggère la
façon dont les choses pourraient être changées, de formuler ensuite une alternative qui
transforme ce qui a été décrit et développer finalement un chemin pour passer de l’existant à
l’alternative proposée (…) (ARGYRIS, 1985, cité par DAVID, 2000a, p. 197). La science de
l’aide à la décision consiste à « (…) élaborer un réseau de concepts, de modèles, de
procédures et de résultats susceptibles de constituer un ensemble structuré et cohérent de
connaissances – en relation avec des corps d’hypothèses – jouant le rôle de clé pour guider la
prise de décision et communiquer à son sujet en conformité avec des objectifs et des valeurs
(…) » ROY (1992, cité par DAVID, 2000a, p.199). La recherche intervention consiste à
« (…) aider, sur le terrain, à concevoir et à mettre en place des modèles et outils de gestion
adéquats, à partir d’un projet de transformation plus ou moins complètement défini (…) »
DAVID (2000b, p.14).
Notre démarche de recherche consiste à aider les acteurs à concevoir et à mettre en place un
modèle simplifié de gestion comptable et budgétaire au niveau des communes rurales
malgaches afin de transformer le système existant. A ce titre, elle se rapproche plus de la
recherche intervention que des trois autres types d’approches interventionnistes définies ci-
dessus.
D’après DAVID (2000b, p.14), la démarche d’intervention commence par une observation de
ce qui se passe sur le terrain, et se poursuit ensuite par l’aide et la mise en œuvre de
changement concrets et observables au sein de l’organisation. A ce propos, SAVALL et
ZARDET (2004, p.106) précisent qu’il s’agit d’une approche à dominante descriptive,
compréhensive, participative et transformative qui se déroule au sein d’une organisation selon
un système d’alternance entre des périodes d’immersion et de distanciation (SAVALL et
ZARDET, 2004, p.79). Dans notre cas, il a fallu décrire, comprendre et transformer le
système comptable des communes afin de les doter d’un système plus simple et mieux adapté
aux contraintes locales. Par ailleurs, notre rattachement aux laboratoires BRAIN de
310
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
Ainsi, nous avons utilisé une méthodologie essentiellement qualitative (étude de cas multi-
sites et recherche intervention) pour traiter notre problématique. Tels que préconisé par
nombreux auteurs traitant de cette démarche de recherche, nous avons utilisé plusieurs
techniques de collectes des données reposant essentiellement sur l’entretien, l’observation
participante et l’analyse des documents (SAVALL et ZARDET, 2004 ; DAVID, 1998, 2000 ;
WACHEUX, 1996 ; MILES et HUBERMAN, 2003). En outre, chacune de ces techniques a
déjà fait l’objet de plus amples développements à l’occasion du chapitre précédent.
Reproduire un tel exercice serait non seulement redondant mais également moins intéressant
pour notre analyse. Toutefois, il est important de souligner que la deuxième phase de notre
recherche (la mise en place de l’outil) a été réalisée en partenariat avec le Fonds de
d’Intervention pour le Développement (FID) et le MPRDAT (Ministère auprès de la
Présidence de la République chargé de la Décentralisation et de l’Aménagement du
Territoire)104. Cette présentation des terrains d’études est approfondie dans le paragraphe
suivant.
Pour faciliter l’accès au terrain, nous avons bénéficié d’un parrainage du ministère de la
décentralisation tout au long des différentes étapes de notre recherche. D’abord, la première
phase de notre étude a été soutenue par le MDAT (Ministère de la Décentralisation et de
103
Notre recherche a été financée, entre autres, par une bourse de formation à la recherche octroyée par l’Agence
Universitaire de la Francophonie pour laquelle une alternance de 6 à 4 mois (France – Madagascar) est
obligatoire.
104
Lors de la première phase de la recherche, nous avons travaillé en partenariat avec le MDAT (Ministère de la
Décentralisation et de l’Aménagement du Territoire, qui a changé d’appellation MPRDAT en 2007) d’une part et
le PREA (Programme de Réforme pour l’Efficacité de l’Administration) d’autre part.
311
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
l’Aménagement du territoire) durant le premier semestre 2006. Cette phase a été consacrée,
comme l’indique le chapitre 1, à l’analyse du contexte et des besoins des acteurs locaux (cf.
section 1 du chapitre 1). Ensuite, la deuxième phase, consacrée à la mise en œuvre du modèle
de système comptable et budgétaire simplifié au niveau des communes, a été parrainée par le
MPRDAT (Ministère auprès de la Présidence chargé de la Décentralisation et de
l’Aménagement du Territoire) au cours du premier semestre 2007.
Avant sa création en mars 2005, les attributions du ministère ont été confiées à un
« Secrétariat d’Etat chargé de la Décentralisation et du Développement des Communes »
rattaché au Ministère de l’Intérieur. Ensuite, le MDAT a été chargé de l’élaboration et de la
mise en œuvre de la politique générale du gouvernement en matière de décentralisation et
d’aménagement du territoire. A partir de 2007, le ministère de la décentralisation a été
rattaché auprès de la Présidence de la République témoignant ainsi une réelle volonté
politique de l’Etat malgache à s’engager dans le processus de décentralisation. En effet,
l’instauration d’un « Etat de droit et d’une société bien gouvernancée » figurent parmi les
priorités du gouvernement malgache tels que défini par l’axe stratégique n°1 du DSRP. A ce
titre, les missions dévolues au MDAT consistent essentiellement à « rapprocher le
gouvernement des citoyens par le biais de la décentralisation et le renforcement des
communes105 ». Cette mission se rattache au sous-programme « décentralisation » du DSRP
lequel sous-programme est rattaché à sont tour au programme « Gouvernance de
proximité » de l’axe stratégique n°1. Le schéma suivant résume l’articulation entre la
Politique Générale de l’Etat (telle que définie dans le DSRP) avec les missions, objectifs et
activités à la charge du MDAT.
105
Il s’agit là d’une mission définie par la Politique Générale de l’Etat Malagasy prévue dans le cadre de la
réalisation du DSRP. Cf. « DSRP – Mise à jour », Juin 2005, p.66
312
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
DSRP
Axe stratégique1
« Restauration
d’un Etat de droit
et d’une société
bien
DSRP
gouvernancée »
Programme
Décentralisation
MISSION MDAT
Rapprocher le
gouvernement des
citoyens par le biais
de la
décentralisation
OBJECTIFS MDAT
Développer un
contexte favorable au
ACTIVITES du MDAT développement des
CTD
Renforcement des capacités Améliorer l’autonomie
institutionnelles au niveau des communes
des CTD
Diffusion des modalités
d’utilisation des subventions
Formation des acteurs locaux
106
Ce programme se décline en deux sous-programmes dont la « Décentralisation »
313
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
Pour réaliser ses missions et atteindre ses objectifs, le ministère de la décentralisation opère
en étroite collaboration avec différents partenaires techniques et financiers. D’une manière
générale, lesdits partenariats sont matérialisés, sous l’accord de l’Etat malgache, par la mise
en œuvre ou la création de projets et/ou programmes financés par les bailleurs de fonds tels
que la Coopération française, la Coopération suisse, la Coopération allemande, l’Union
Européenne, la Banque Mondiale. Ainsi, notre recherche a bénéficié du soutien financier du
FID – Fonds d’Intervention pour le Développement, un programme financé par la Banque
Mondiale.
107
Le premier accord de crédit entre la Banque Mondiale et le gouvernement malgache a été signé le 22 mai
2004 pour un montant de 85,2 millions de DTS (110 millions de dollars US) sur une durée de 5 ans. Des
modifications successives du premier accord de crédit ont été opérées respectivement le 9 novembre 2002, le 16
novembre 2003 et le 21 juillet 2004. Les deux premières modifications de 2002 consistaient en une réaffectation
de crédit visant à financer le rajout de nouvelle composante au projet (par exemple, le volet « Protection
sociale » a été rajoutée en 2002) tandis que la seconde consistait en un accord de crédit supplémentaire de 34,2
millions de DTS (50 millions de dollars US) pour faire face à la réhabilitation et la reconstruction des
infrastructures endommagées par le passage de deux cyclones particulièrement dévastateurs en 2004 (il s’agit du
cyclone GAFILO et ETILA).
314
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
le crédit octroyé par la Banque Mondiale d’une part, et finance les bénéficiaires par le biais de
subvention d’autre part108. Par ailleurs, le FID rend compte de sa gestion envers l’Etat
malgache et la Banque Mondiale conformément aux éléments constitutifs de l’accord de
crédit c’est-à-dire l’accord de projet, la convention de financement, et le manuel de
procédures.
Les activités du FID sont réparties à travers les six composantes suivantes : « Sous – projets
communautaires », « Renforcement des capacités », « Transferts de fonds vers les
communes », « Administration », « Protection Sociale », « Secours d’urgence » (Rapport final
du RMP, 2005, p.11).
- Sous – projets communautaires : est une composante qui finance les associations
locales afin de permettre à ces dernières de réaliser des sous-projets communautaires
tels que la construction de CSB (centre de santé de base), d’EPP (école primaire
publique), ou de pistes rurales109… A ce titre, le FID procède à un transfert de fonds
aux associations locales sur la base des critères tels que l'enclavement, l'accès aux
soins de santé de base, l'éducation, l’existence ou non de projets similaires déjà
réalisés, les recettes budgétaires par habitant… Le montant dudit transfert est limité à
$50.000 ($100.000 pour les pistes). Par ailleurs, les communautés doivent prendre en
charge les 10% du coût total de leur sous-projet. Leur participation se matérialise
souvent sous forme de fourniture de matériaux ou de main d'oeuvre et autres dépenses.
- Transferts de fonds vers les communes : est une composante qui consiste à transférer
directement des fonds aux communes, préalablement sélectionnées, leur permettant de
réaliser les priorités qu’elles ont défini dans leur PCD. A ce titre, les communes
bénéficient d’un financement de 5$ par habitant et devront prendre en charge les 10%
du coût total de leur projet. Les fonds ainsi octroyés feront ensuite l’objet d’un audit a
posteriori et d’un suivi semestriel de l'utilisation des fonds.
108
Voir [Link]
109
Les infrastructures de transport rural et les ouvrages d’irrigation sont réalisés par le FID lui-même au profit
des associations locales
315
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
- Protection Sociale : est une composante qui prend en charge la création d'emplois
résultant de la réalisation des projets à haute intensité de main d’œuvre et à faible
technicité tels que les projets d’entretiens des pistes rurales ou les projets de nettoyage.
Les activités et composantes du FID nous offrent une opportunité de terrain intéressante pour
notre recherche. Cette opportunité peut être schématisée de la manière suivante.
Sous – projets
communautaires Opportunité
pour notre
Transferts de fonds recherche
vers les communes
Renforcement des
capacités
FID
Administration
Protection Sociale
Secours d’urgence
316
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
Notre analyse des décaissements et des allocations de fonds effectuées par le FID met en
évidence l’importance particulière des composantes « Sous – projets communautaires »,
« Renforcement des capacités » et « Transferts de fonds vers les communes » dans les
activités du FID. Ces trois composantes ont consommé près de 67% de l’ensemble du crédit
sur la durée du projet, soit un montant global de 80,4 millions de DTS depuis 2001(RMP,
2005, p.12). Ces statistiques témoignent de la participation active du FID dans le processus de
décentralisation à Madagascar. Cette participation s’inscrit notamment dans le financement
des infrastructures de base (EPP, CSB, piste communale…) et la formation des acteurs
locaux.
Par ailleurs, le FID exerce un contrôle rigoureux sur l’utilisation des fonds octroyés aux
communes ou aux associations locales bénéficiaires. A ce titre, il souhaite améliorer les outils
de contrôle en place afin de permettre aux bénéficiaires des subventions d’effectuer des
comptes-rendu envers les représentants du FID, les représentants de l’Etat et les élus locaux.
Néanmoins, le FID privilégie la mise place d’un système comptable simplifié tenant compte
de la compétence et du niveau de formation des acteurs locaux. En ce sens, il a été opportun
de proposer notre système comptable et budgétaire simplifié, qui est avant tout un système
d’information – contrôle, à la direction générale du FID laquelle a accepté de financer notre
recherche et de tester notre modèle au niveau des communes rurales.
317
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
La commune rurale d’Ambohidrapeto se trouve dans la région Analamanga. Elle faisait partie
des 12 collines sacrées d’Antananarivo au temps du royaume merina110. Elle est bordée au
nord et nord-est par la commune d’Antananarivo, au sud par la commune d’Andranonahoatra,
à l’est par la commune de Bemasoandro, au sud- ouest par la commune d’Itaosy et à l’ouest
par la commune d’Ambohitrimanjaka111. S’étalant sur une superficie de 35 km², la commune
se décompose en trois arrondissements et seize fokontany112 comptant au total 19.715
habitants113.
La commune est dirigée par un maire théologien de formation (niveau licence) et conseiller
pédagogique dans l’éducation nationale. Ce dernier est assisté par un trésorier diplômé en
physique chimie (niveau licence). En outre, le président du conseil communal dispose d’un
niveau baccalauréat et d’une expérience antérieure en tant que contrôleur comptable.
Le tableau suivant résume le profil des acteurs clés pour la commune rurale
d’Ambohidrapeto :
110
Historiquement, le royaume merina a été unifié par le grand roi Andrianampoinimerina au XVIIIème siècle
111
Source : Plan Communal de Développement, Mai 2003
112
Source : entretien avec le bureau exécutif
113
D’après le dernier recensement effectué par le Chef d’Arrondissement au 31 décembre 2006.
318
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
Actuellement, la gestion financière de la commune est assurée par le trésorier qui tient trois
types de livres :
319
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
Par ailleurs, le maire dispose d’un fichier tenu sur MS Excel lui servant de base pour effectuer
le suivi global de l’exécution budgétaire et l’élaboration du compte administratif.
Le volume budgétaire géré par la commune s’élève à 301.261.418 Ariary en 2006 contre
344.500.000 Ariary en 2007, soit une augmentation de 14%. Par ailleurs, l’équilibre
budgétaire tant pour la section fonctionnement que pour la section d’investissement est
respecté. Le tableau suivant résume l’évolution des prévisions budgétaires de 2006 à 2007 :
114
D’après l’entretien avec le maire et le trésorier
115
D’après l’entretien avec le maire et le trésorier
320
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
RECETTES
Investissement 203 504 170,00 232 680 000,00 29 175 830,00 14%
TOTAL 301 261 418,00 344 500 000,00 43 238 582,00 14%
DEPENSES
Investissement 203 504 170,00 232 680 000,00 29 175 830,00 14%
TOTAL 301 261 418,00 344 500 000,00 43 238 582,00 14%
Dernier recensement au
31/12/06 par le chef
Nombre d'habitants 19 715,00 19 715,00 d’arrondissement
En 2006 comme en 2007, les investissements de la commune sont assurés par des
financements externes à hauteur de 188.262.680 Ar (92%) en 2006 et 212.680.000 Ar (91%)
en 2007.
Elle est délimitée au nord par la commune de Mangamila, au sud par la commune
d’Ambatomena, d’Antsahalalina, d’Ambohitseheno et d’Ambohibao sud, à l’ouest par la
commune d’Ambohitrolomahitsy, de Sadabe et d’Ampaneva et à l’est par la commune
d’Ambohidratrimoanala. S’étalant sur une superficie de 212 km², la commune
d’Ankazondandy compte 26 Fokontany pour un total de 21.102 habitants.
321
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
La commune est dirigée par un maire médecin de formation (niveau doctorat) lequel se fait
assisté, par un adjoint financier et un secrétaire trésorier de niveau BTS dans la gestion
financière de la commune. Par ailleurs, le président du conseil communal dispose d’un niveau
licence et d’une expérience en tant que proviseur du lycée technique d’Ankazondandy.
Le tableau suivant résume le profil des acteurs clés pour la commune rurale
d’Ankazondandy :
Actuellement, la gestion financière de la commune est assurée un trésorier qui tient trois types
de registres :
322
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
- un grand livre des recettes et dépenses qui sert de base au suivi de l’exécution
budgétaire et de la consommation des crédits
323
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
Le volume budgétaire géré par la commune s’élève à 301.261.418 Ariary en 2006 contre
344.500.000 Ariary en 2007, soit une augmentation de 14%. Par ailleurs, l’équilibre
budgétaire tant pour la section fonctionnement que pour la section d’investissement est
respecté. Le tableau suivant résume l’évolution des prévisions budgétaires de 2006 à 2007 :
116
D’après l’entretien avec le maire et le trésorier
117
D’après l’entretien avec le maire et le trésorier
324
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
RECETTES
DEPENSES
Dernier recensement au
31/12/06 par le chef
Nombre d'habitants 21.102 21.102 d’arrondissement
La strate correspondant aux « communes rurales moyennes » est constituée par les communes
rurales d’IMITO et de MAHASOABE.
La commune rurale d’Imito se trouve dans la région d’Amoron’i Mania. Elle est rattachée au
district de Fandriana. Elle est bordée au nord par la commune de Fiadanana, à l’est par la
commune de Mahazoarivo, au sud-est par la commune d’Alakamisy, au sud par la commune
de Fahizay et la commune d’Ambositra II, à l’ouest par la commune de Sandrandahy.118.
S’étalant sur une superficie de 124 km², la commune compte vingt deux fokontany119 avec
17.071 habitants120.
118
Source : Plan Communal de Développement, Septembre 2001
119
Budget de la commune, 2007
120
Source : entretien avec le bureau exécutif
325
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
La commune rurale d’Imito est dirigée par un maire instituteur de formation disposant d’un
BEPC et d’un CAP. Ce dernier est assisté :
- d’autre part, par un adjoint chargé des finances, opérateur économique ayant un
niveau baccalauréat.
Le tableau suivant résume le profil des personnalités clés de la gestion financière pour la
commune rurale d’Imito :
Actuellement, la gestion financière de la commune est assurée par le secrétaire trésorier sous
le contrôle de l’adjoint au maire chargé des finances. Le système se compose des registres
suivants :
326
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
- Le livre de compte des recettes et des dépenses qui sert de base au suivi de
l’exécution budgétaire et de la consommation des crédits.
Il s’agit d’un document acheté par la commune à l’imprimerie nationale et rallongé manuellement après
327
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
- Le journal de banque et journal de caisse pour le suivi du financement FID. Ils sont
respectivement tenus sur un cahier grand format coté et paraphé.
328
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
Le volume budgétaire géré par la commune s’élève à 30.199.400,20 Ariary en 2006 contre
33.146.900 Ariary en 2007, soit une augmentation de 10%. L’équilibre global entre les
recettes et les dépenses est respecté. Toutefois, les documents budgétaires de la commune ne
comporte pas de recettes d’investissement tant pour 2006 que pour 2007. Le tableau suivant
résume l’évolution des prévisions budgétaires de 2006 à 2007 :
RECETTES
Investissement - - - -
DEPENSES
121
D’après l’entretien avec le maire et le trésorier
329
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
La commune rurale de Mahasoabe se trouve dans la région de Haute Mahatsiatra. Elle est
rattachée au district de Fianarantsoa 2. Elle est bordée à l’est par la commune
d’Andranomiditra, à l’ouest par la commune d’Andrainjato centre, au nord par la commune
de Fandrandava et la commune d’Alatsinainy Ialamarina, et au sud par la commune de
Vohitrafeno et la commune d’Alakamisy Itenina122. S’étalant sur une superficie de 400 km²,
la commune compte trois arrondissements et vingt fokontany avec 24.852 habitants123.
La commune rurale de Mahasoabe est dirigée par un maire instituteur disposant d’un BEPC et
d’un CAP. Ce dernier est assisté par un secrétaire trésorier comptable (STC) pour lequel le
cursus scolaire a été sanctionné par le CEPE même s’il a fait la classe de 3ème. Par ailleurs, le
conseil communal est présidé par un agriculteur diplômé en sciences naturelles (niveau
licence).
Le tableau suivant résume le profil des personnalités clés de la gestion des finances
communales pour la commune rurale de Mahasoabe.
122
Source : Plan Communal de Développement, Juin 2002
123
Source : entretien avec le bureau exécutif
330
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
- Le livre de compte des recettes et des dépenses qui sert de base au suivi de
l’exécution budgétaire et de la consommation des crédits
331
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
Le volume budgétaire géré par la commune s’élève à 58.019.301,40 Ariary en 2005 contre
154.520.000 Ariary en 2007, soit une augmentation de 166%. L’équilibre budgétaire tant pour
la section fonctionnement que pour la section d’investissement est respecté. Les documents
budgétaires de l’exercice 2006 n’étant pas disponibles125, nous avons effectué notre analyse
sur la base d’une comparaison entre le budget de l’exercice 2005 et celui de l’exercice 2007.
Le tableau suivant résume l’évolution des prévisions budgétaires entre 2005 et 2007 :
RECETTES
DEPENSES
En 2007, les investissements de la commune sont assurés par des financements externes à
hauteur de 80.000.000 Ariary soit près de 90% des investissements.
124
D’après l’entretien avec le maire et le trésorier
125
Au moment de notre intervention, les documents budgétaires 2006 de la commune ont été transmis au chef de
district pour contrôle. Aucune autre copie n’a été conservée par commune.
332
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
La strate correspondant aux « communes rurales pauvres » est composée par les communes
rurales de TANANDAVA et de BEKITRO.
La commune rurale de Tanandava se trouve dans la région de l’Androy. Elle est rattachée au
district de Bekily. Elle est bordée au nord par la commune de Tanambao Tsirandrano, au
nord-ouest par la commune d’Ambatosola, au nord-est par la commune de Vohimanga, au sud
par la commune de Belindo Mahasoa, à l’ouest par la commune de Bekily et à l’est par la
commune de Beraketa et d’Anivorano Mitsinjo.126. S’étalant sur une superficie de 400 km², la
commune compte vingt trois fokontany127 avec 12.188 habitants128.
La commune rurale de Tanandava est dirigée par un maire, militaire retraité disposant d’un
BEPC. Ce dernier est assisté par un secrétaire trésorier comptable (STC), un agriculteur pour
lequel les études primaires ont été sanctionnées par le CEPE. Par ailleurs, le conseil
communal est présidé par un « olo-be129 » qui, de par son rang social, constitue un leader
naturel et incontesté au niveau de la communauté.
Le tableau suivant résume le profil des personnalités clés de la gestion des finances
communales pour la commune rurale de Tanandava :
126
Source : Plan Communal de Développement, Décembre 2002
127
Budget de la commune, 2007
128
Source : entretien avec le bureau exécutif
129
Dans la sociologie communautaire malgache, les « olo-be » sont généralement composés par les personnes les
plus âgées qui sont considérées comme des notables au niveau de la société.
333
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
Actuellement, la gestion financière de la commune est assurée par le trésorier. Ce dernier tient
les différents registres suivants :
- Le livre journal des recettes et des dépenses exigé par le FID. Ce dernier se
décompose en un journal de banque et un journal de caisse qui sont respectivement
tenus sur un cahier grand format côté et paraphé.
130
D’après l’entretien avec le maire et le trésorier
334
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
Le volume budgétaire géré par la commune s’élève à 20.741.093 Ariary en 2006 contre
22.345.106 Ariary en 2007, soit une augmentation de 8%. L’équilibre global entre les recettes
et les dépenses est respecté. Le tableau suivant résume l’évolution des prévisions budgétaires
de 2006 à 2007 :
RECETTES
Investissement - - - -
DEPENSES
Investissement - - - -
335
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
La commune rurale de Bekitro se trouve dans la région de l’Androy. Elle est rattachée au
district de Bekily. Elle est bordée au nord par les communes de Manakompy et de Tsikolaky,
à l’ouest par la commune de Betaza, au sud par la commune de Tranoroa, au sud-est par la
commune de Bevitiky et au nord-est par la commune de Belindo-Mahasoa131. S’étalant sur
une superficie de 1027 km², la commune compte trente deux fokontany132 avec 29.066
habitants133.
La commune rurale de Bekitro est dirigée par un maire, opérateur économique disposant d’un
baccalauréat. Ce dernier est assisté par un secrétaire trésorier comptable (STC) qui occupait
auparavant le poste de secrétaire d’état-civil. Le cursus du STC se limite aux seules études
primaires lesquelles ont été sanctionnées par le CEPE (Certificat d’Etudes Primaires
Elémentaires). Par ailleurs, le conseil communal est présidé par un cultivateur issu des « olo-
be » qui, de par leur rang social, constituent des leaders naturels et incontestés dans la
communauté.
Le tableau suivant résume le profil des personnalités clés de la gestion des finances
communales pour la commune rurale de Bekitro :
131
Source : Plan Communal de Développement, Décembre 2002
132
Budget de la commune, 2007
133
Source : entretien avec le bureau exécutif
336
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
Actuellement, la gestion financière de la commune est assurée par le STC. Ce dernier tient les
différents registres suivants :
- Le livre de compte des dépenses et celui des recettes qui servent à effectuer le suivi
de l’exécution budgétaire tant en recettes qu’en dépenses. Notons qu’ils ont été
inspirés du livre de compte des recettes et des dépenses vendu par l’imprimerie
nationale ;
- Le livre de caisse et de banque exigés par l’ACORDS, le livre journal des recettes
et des dépenses exigé par le FID, et le livre de recettes et de dépenses pour la tenue
du compte apport. Ces trois derniers registres sont respectivement tenus sur un
cahier grand format côté et paraphé.
La commune ne tient pas de « comptabilité matière ». Selon le STC, le système utilisé est très
encombrant et ne facilite pas le suivi de la consommation des crédits. L’élaboration du
compte administratif s’effectue difficilement par des pointages des livres et des calculs
arithmétiques fastidieux pour chaque article (ou paragraphe) budgétaire concerné134.
Le volume budgétaire géré par la commune s’élève à 354.323.893,95 Ariary en 2006 contre
434.845.100 Ariary en 2007, soit une augmentation de 23%. L’équilibre global entre les
recettes et les dépenses est respecté. Néanmoins, l’équilibre entre la section de
fonctionnement et celui de l’investissement n’est pas respecté. Le tableau suivant résume
l’évolution des prévisions budgétaires de 2006 à 2007 :
134
D’après l’entretien avec le maire et le trésorier
337
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
RECETTES
TOTAL 354 323 893,95 434 845 100,00 80 521 206,05 23%
DEPENSES
Investissement 256 143 336,75 302 500 000,00 46 356 663,25 18%
TOTAL 354 323 893,95 434 845 100,00 80 521 206,05 23%
En 2006 comme en 2007, les investissements de la commune sont assurés par des
financements externes à hauteur de 90%.
135
Celui de 2006 est calculé d’après le nombre d’habitants fourni par le PCD auquel a été appliqué le taux
d’accroissement de la population estimé par l’INSTAT.
338
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
Nous avons recueilli, par entretien, la motivation des différents acteurs communaux pour
adopter le système comptable et budgétaire simplifié. A ce propos, ROGERS (1995, p.207)
mentionne que les attributs perçus de l’innovation détermine, entre autres, son adoption136.
Partant de ce postulat, nous avons identifié « comment le modèle proposé est perçu par les
acteurs locaux ? », « veulent-ils l’adopter ? », « pensent-ils être capable de l’adopter ? »,
« quels sont leurs principales motivations d’adoption ? ».
Pour répondre à ces questions, nous avons analysé les évaluations de chacun des acteurs à
l’issu de chaque journée de formation137. Nous avons opté pour une séance interactive
complétée par des échanges informels. En effet, il s’agit ici de recueillir, purement et
simplement, les perceptions des différents acteurs à partir de leur discours (WACHEUX,
1996, p.205). D’autre part, l’aspect informel des échanges crée un climat de confiance entre le
chercheur et les acteurs communaux permettant à ces derniers de dévoiler, plus facilement, le
fonds de leur pensée. A ce titre, nous présentons sous forme de méta-matrice partiellement
ordonnée (MILES et HUBERMAN, 2003, p.321) les opinions et motivation d’adoption de
chaque acteur pour chaque site138 étudié.
136
ROGERS (1995) précise en effet que le rythme d’adoption d’une innovation est fonction d’une combinaison
de variable telle que les attributs perçus de l’innovation, les types de décision d’innovation, les canaux de
communication, et la nature du système social.
137
A ce titre, nous pensons rallier la position de l’auteur [ROGERS (1995)] selon laquelle les canaux de
communication interpersonnels sont plus aptes à persuader les individus d’adopter une innovation. Les journées
de formation étant un échange interactif entre le chercheur (en tant que formateur et en même temps agent
promoteur du modèle auprès des communes) et les acteurs locaux.
138
Notons qu’un site correspond dans notre étude à une commune et chacune des communes est classée par
niveau « avancé », « moyen », « faible ».
339
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
Tableau n° 53 – Méta – matrice des motivations d’adoption du modèle par les acteurs locaux
Niveau Commune Acteur Opinion générale Motivation d’adoption
1- Maire Selon le maire, le modèle est très informatif et il Oui motivé, mais craint les perturbations
AMBOHIDRAPETO craint un risque de perturbation de la part des occasionnées par le trop d’information
conseillers de l’opposition
Président du Conseil communal Selon le président du conseil, le modèle est très Oui, sans réserve mais souhaite la mise en
informatif et facilite l’accessibilité des informations place d’une structure administrative stable
lors des sessions budgétaires
Trésorier ou STC Selon le trésorier, la fonction de trésorier est trop Réticence car risque de surcharge de travail
consommatrice de temps et pas assez rémunératrice. (surcharge incompatible avec son deuxième
De ce fait, il a une autre activité à gérer pour gagner emploi)
sa vie. Il pense que le modèle permet de justifier
COMMUNES RURALES RICHES
340
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
Président du Conseil communal Le président du conseil précise que modèle pourrait Oui motivé
faciliter la compréhension et la participation des
conseillers lors des sessions budgétaires
Trésorier ou STC Le trésorier affirme que le modèle simplifié est le Oui motivé
moins encombrant
341
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
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PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
D’après notre méta – matrice, les acteurs perçoivent différemment le système comptable et
budgétaire simplifié. Par conséquent, la motivation d’adoption du modèle diffère, non
seulement d’un acteur à l’autre, mais également d’un niveau de commune à l’autre. Nous
avons isolé ces motivations d’adoption de la manière suivante.
D’une manière globale, les maires estiment que le modèle paraît simple et facile à mettre en
œuvre. Par ailleurs, leur motivation est liée au fait que l’adoption du modèle par leur
commune engendrera, ou tout au moins facilitera l’obtention d’un financement auprès du
bailleur de fonds (le FID).
Nous pouvons donc conclure que la motivation d’adoption des maires ne s’explique pas
forcément que par les attributs perçus de notre innovation (c’est-à-dire la simplicité, la facilité
de mise en œuvre ou encore l’aspect informatif du modèle). En effet, les maires ont besoin,
pour augmenter leur chance de réélection, de réaliser des projets d’investissement au niveau
de leur commune. Pour ce faire, le soutien financier du FID leur est indispensable. Nous
sommes en présence d’une logique purement politique que l’approche diffusionniste de
ROGERS (1995) ne peut expliquer que très partiellement. En effet, notre proposition rejoint
l’un des postulats de base de la théorie des choix publics selon lequel « les élus souhaitent
voir leur mandat se renouveler » (CHENG, 1994, cité par LANDE, 1996, p.50). A ce titre,
deux types de comportement partagent les communes rurales riches et les communes rurales
pauvres :
- les maires des communes rurales riches émettent quelques réserves par rapport
aux réactions négatives et purement politiciennes de leurs opposants. Lesdites
réserves concernent notamment le niveau de clarté et de détail des informations qui
pourront être fournies par le modèle. Ainsi, un maire nous a révélé qu’il craint que
« (…) l’outil soit utilisé par les conseillers de l’opposition seulement à des fins
politiques c’est-à-dire seulement pour perturber ou déstabiliser le bureau
exécutif ». Il estime que « (…) le modèle est trop informatif (…) » et selon lui,
« plus les informations communiquées aux conseillers sont détaillées, plus le débat
budgétaire risque de prendre beaucoup trop de temps alors que ce sont toujours
les mêmes questions qu’on traîne sur plusieurs jours139 ». Il semble, compte tenu
des propos de ce maire, que les élus auront tendance à renforcer l’asymétrie
139
Extrait de l’entretien avec le maire d’Ambohidrapeto
343
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
Les motivations d’adoption des maires sont synthétisées par les trois propositions suivantes :
344
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
Compte tenu de ces constats, il semble que le STC fait partie des premières personnes
concernées par l’adoption d’un nouveau système comptable et budgétaire au niveau de la
commune. Leur motivation d’adoption ainsi que leur opinion générale sur le modèle
paraissent donc important pour analyser la diffusion et l’adoption de notre modèle au niveau
de leur commune.
Les entretiens réalisés auprès des STC des communes de notre échantillon nous révèlent
globalement que les STC des communes rurales riches sont considérablement plus qualifiés
que les STC des communes rurales pauvres. Ils n’exercent pas leur fonction de STC à plein
temps car cette dernière ne représente pour eux qu’une activité secondaire frôlant même le
bénévolat. Ainsi, un STC de commune rurale riche nous a confié que « (…) la fonction de
trésorier au sein de la commune rurale d’Ambohidrapeto n’est pas du tout rémunératrice.
C’est même à la limite du bénévolat. Mon salaire en tant que trésorier de la commune ne peut
subvenir aux besoins de ma famille. Je suis donc contraint de travailler, de faire une autre
activité génératrice de revenu pour vivre. C’est seulement dans l’après-midi que j’assure mes
tâches en tant que trésorier. C’est la réalité, je ne suis pas très riche, loin de là. Et la
345
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
surcharge de travail que pourrait engendrer le nouveau système me prendra beaucoup trop
de temps ».
Les STC des communes rurales pauvres sont moins qualifiés que leurs homologues des
communes rurales riches. Ils ont les mêmes motivations que les maires des communes rurales
pauvres c’est-à-dire qu’ils souhaitent adopter le système comptable et budgétaire simplifié
pour pouvoir bénéficier de la formation qui vient derrière, ce qui leur permettra d’apprendre
(acquérir les bases pour les communes rurales pauvres) et améliorer (perfectionner ou
recentres leur connaissance, pour les communes rurales modestes) leur compétence en matière
de gestion administrative et financière.
Nous identifions ici deux positions en faveur ou rejetant le système simplifié. Nous les avons
résumées dans les propositions suivantes :
Les STC perçoivent le système comptable et budgétaire simplifié soit comme une source de
surcharge de travail non rémunéré (cas de STC des communes rurales riches), soit comme une
source d’apprentissage de leur métier (cas des STC des communes rurales pauvres). De cette
perception dépend leur motivation. Ainsi, notre proposition rejoint les différents postulats de
la littérature portant sur la diffusion des innovations tels que ROGERS (1995) qui estime que
les attributs perçus de l’innovation déterminent son adoption. WOICESHYN (2002, p.1098)
précise que la motivation d’adoption est fonction des récompenses obtenues résultant de
l’adoption.
346
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
Les entretiens réalisés avec les présidents de conseil communal nous ont permis d’identifié
que les motivations d’adoption de ces derniers sont liées au fait que le système comptable et
budgétaire simplifié apporte plus de lisibilité aux documents budgétaires d’une part et plus
d’accessibilité aux débats budgétaires d’autre part. A ce titre, le président du conseil
communal (PCC) d’une commune rurale riche nous a confié que « (…) le modèle simplifié
facilite le contrôle (…) » et que « le débat budgétaire serait beaucoup plus accessible pour les
conseillers grâce aux informations pragmatiques que le modèle simplifié fournit (…) ». Par
ailleurs, la plupart des PCC de communes rurales pauvres que nous avons interviewés sont
pratiquement d’accord pour adopter le modèle. Pour la plupart d’entre aux, « (…) le modèle
est clair (…) ».
Ainsi, nous avons synthétisé la motivation d’adoption des PCC dans la proposition suivante :
Nous avons identifié dans ce paragraphe (2.4.1), que les perceptions des acteurs sur l’utilité,
les avantages ou encore les inconvénients liés à l’adoption du modèle, influencent grandement
leur motivation d’adoption. Les principaux motifs d’adoption sont liés directement ou
indirectement à la facilité du contrôle pour les PCC, au moyen de financement et à
l’augmentation de la chance de réélection pour le maire, et à la possibilité d’apprentissage et
d’amélioration des compétences pour les STC. Par ailleurs, les principaux motifs de non
adoption sont liés à la surcharge de travail non rémunéré pour les STC et à la diminution de
l’asymétrie d’information et des marges de manœuvre budgétaire pour les maires.
Comme nous l’avons vu, les motifs d’adoption peuvent varier selon chaque acteur et selon
que la commune soit une commune rurale riche ou une commune rurale pauvre. Cette analyse
a été effectuée sur une échelle micro-économique, c’est-à-dire limitée à l’intérieur d’une
commune étudiée. A présent, il semble intéressant d’analyser la motivation et l’intérêt des
différents acteurs sur le plan macro-économique c’est-à-dire au niveau des différents acteurs
institutionnels concernés. Pour ce faire, nous allons analyser les différents niveaux
d’enrôlement et d’intéressement suscités par le système comptable et budgétaire simplifié tout
au long de sa diffusion.
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PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
Comme le souligne AKRICH et al. (1988a, 2002a), l’innovation doit intéresser les acteurs
pour gagner le soutien de ces derniers. A cet effet, nous avons identifié trois acteurs
principaux formant avec le chercheur et l’innovation managériale proposée le réseau
sociotechnique que nous avons mobilisé tout au long de notre recherche. L’ensemble de ces
acteurs humains et non humains peut être présenté par le schéma suivant.
Laboratoire CEREGE de
l’IAE de Poitiers et BRAIN
de l’INSCAE de Madagascar
FID
Le modèle de
système
comptable et DOCTORANT
MPRDAT
budgétaire
simplifié
Communes
rurales
a) – Le niveau financier
348
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
ailleurs, il exerce un contrôle et un suivi rigoureux de l’utilisation des fonds octroyés aux
communes et conditionne l’octroi du financement par l’adoption d’un système d’information
comptable et budgétaire fiable par les communes.
Initialement, le système comptable et budgétaire simplifié a été conçu pour satisfaire les
besoin « d’information – contrôle » au niveau des communes. C’est à ce titre qu’il peut
intéresser le FID. En effet, le modèle permet de produire les informations financières et
techniques requises par le FID lui permettant l’exercice de son contrôle.
b) – Le niveau politique
Le MPR DAT est chargé par la politique générale de l’Etat de développer un contexte
favorable au développement des collectivités locales et de renforcer l’autonomie des
communes. A ce titre, ses principales activités consiste à :
Le système comptable et budgétaire simplifié intéresse le MPR DAT dans la mesure où celui-
ci contribue, au moins indirectement, à la réalisation des activités principales du ministère
telles que nous l’avons expliqué ci-dessus. C’est un système d’information comptable
s’orientant dans un premier temps vers « une information – contrôle ». A ce titre, il facilite
non seulement la mise en œuvre du contrôle budgétaire au niveau des communes mais
également le contrôle de l’utilisation des subventions et dotations fournies par l’Etat au profit
des communes.
c) – Le niveau opérationnel
Les communes rurales sont excessivement dépendantes des financements externes (venant des
projets et du ministère). A cet effet, elles s’intéressent au modèle dans la mesure où celui-ci
leur permet d’obtenir lesdits financements d’une part et parce qu’il favorise la production des
informations financières répondant à leur besoin « d’information – contrôle » d’autre part.
L’ensemble des intérêts précédemment décrits peut être résumé par le schéma suivant.
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PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
Tels sont donc les différents acteurs intéressés par notre innovation managériale avec leurs
intérêts respectifs. Toutefois, la mobilisation des acteurs ainsi que la diffusion de l’innovation
a entraîné la transformation des utilisations prévues de celui-ci. En effet, le système
comptable et budgétaire simplifié a été prévu pour assurer le contrôle des financements
octroyés aux communes. Néanmoins, la réalité du terrain se traduit autrement. Avant d’être un
outil de contrôle, le système comptable et budgétaire simplifié a été utilisé pour des fins de
formation et de « renforcement de capacités ». La transformation de l’outil est donc traitée
dans le paragraphe suivant.
Au début de notre processus de recherche, notre bailleur de fonds nous a mandaté pour
concevoir un outil simple et facile à mettre en œuvre pour contrôler l’utilisation des
financements qu’il accorde aux communes rurales malgaches. Néanmoins, compte tenu du
faible niveau de formation des différents acteurs locaux, une problématique de formation et de
« renforcement de capacités » vient se greffer à la problématique de contrôle posé au départ
par le bailleur.
Comme nous l’avons mentionné dans la section précédente, les acteurs locaux malgaches
(essentiellement les maires, les conseillers et les trésoriers comptables), comme ceux des
autres pays de l’Afrique sub-saharienne (DEVLIN et al, 1996, p.200), ne disposent que d’une
350
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
Par ailleurs, les bailleurs de fonds et ministère, bien qu’ils souhaitent mettre en place un
nouvel outil de contrôle au niveau des communes, sont dans l’obligation de former ces
dernières pour qu’elles puissent utiliser correctement l’outil. Vu sous cet angle, le processus
d’adoption du système comptable et budgétaire simplifié par les communes rurales malgaches
se décompose en différentes phase d’enrôlement et d’apprentissage pouvant être résumées par
le schéma suivant.
351
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
Schéma n° 49 – Processus d’adoption du système comptable et budgétaire simplifié par les communes
rurales malgaches
non
OSBTACLES A
L’APPRENTISSAGE Fin du processus :
Pas d’apprentissage
Le schéma ci-dessus reprend les trois catégories d’acteurs précédemment identifiés c’est-à-
dire les communes elles-mêmes, le ministère de tutelle et les bailleurs de fonds qui sont
représentés par les projets de réforme ou les projets de développement.
352
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
353
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
* * *
Le choix de notre positionnement épistémologique n’a été définitivement arrêté qu’à la fin de
notre processus de recherche. Néanmoins, nous avons construit en interaction avec les
différents acteurs du terrain un projet de transformation du système comptable et budgétaire
des communes rurales malgaches. Notre objectif a été de construire un outil de gestion
s’adressant aux communes rurales malgaches avec l’intention de transformer, ou plus
précisément d’améliorer le système actuellement utilisé par ces derniers. La reconnaissance
de cette réalité construite autour d’un projet à visée transformative nous rapproche, d’après les
auteurs tels que WACHEUX (1996, p.43), DAVID (1998, p.12) ou encore PERRET et
SEVILLE (2007, p.14), d’une position constructiviste.
Par ailleurs, nous avons adopté une démarche essentiellement qualitative basée sur une étude
de cas multi sites. Selon MILES et HUBERMAN (2003), cette méthode permet d’approfondir
la compréhension et l’explication d’un phénomène en renforçant les similarités ou les
différences entre les différents sites étudiés. En effet, notre terrain d’étude offre une
opportunité intéressante dans la mesure où le classement administratif des communes rurales
est complètement dépassé par la réalité et que trois catégories de communes rurales émergent
naturellement de cette réalité. C’est ainsi que nous avons identifié les communes rurales
« riches », les communes rurales « modestes », et les communes rurales « pauvres ». En outre,
notre problématique de recherche a exigé non seulement une présence du chercheur sur le
terrain mais également une démarche interventionniste permettant d’accompagner le projet de
transformation depuis la conception de l’outil proposé jusqu’à l’adoption de celui-ci par les
communes rurales malgaches.
354
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
• La dimension politique est constituée par le MPR DAT du fait des objectifs et
missions dévolus à ce dernier par la politique générale de l’Etat.
• La dimension financière est composée par le FID dans la mesure où ce projet financé
par la Banque Mondiale est chargé de soutenir le gouvernement malgache dans la mise
en œuvre de la stratégie nationale de réduction de la pauvreté. Par ailleurs, le FID
exerce également un contrôle et un uivi rigoureux des financements qu’il accorde
directement aux communes rurales malgaches.
En nous basant sur les concepts théoriques mobilisés dans la section précédente, nous avons
identifié les principaux résultats de recherche suivants : « les motivations d’adoption des
acteurs locaux », « les différents niveaux d’intéressement » et « la transformation de l’outil ».
Nous avons conclu que les motivations d’adoption d’un acteur local dépendent des
perceptions qu’il a sur les avantages ou inconvénients engendré par l’adoption du modèle. A
ce titre, nous avons identifié que l’adoption du modèle proposé a été perçu par les acteurs des
communes rurales pauvres comme étant potentiellement une source de « facilité de
contrôle », « moyen de financement », « augmentation de la chance de réélection »,
« possibilité d’apprentissage », d’où l’existence d’une très forte motivation d’adoption au
niveau des communes rurales pauvres. Par ailleurs, les acteurs des communes rurales riches
perçoivent l’adoption du modèle comme étant potentiellement une source de « surcharge de
travail », ou encore de « diminution des marges de manœuvre ». Ce qui explique leur légère
réticence pour adopter le modèle.
Par ailleurs, l’analyse des différents acteurs composant le réseau institutionnel mobilisé pour
l’adoption du modèle nous a conduit à identifier trois niveaux d’intéressement se composant
d’un niveau financier (le FID), d’un niveau politique (le MPR DAT) et d’un niveau
opérationnel (les communes rurales). La traduction des intérêts respectifs de chaque acteur a
été défini à l’origine comme étant « l’exercice d’un contrôle financier et politique » pour le
MPR DAT, « l’exercice d’un contrôle financier et technique » pour le FID, et « l’obtention
d’un financement externe et la satisfaction des besoins “ d’information – contrôle” » pour les
communes rurales. Néanmoins, l’utilisation effective de l’outil proposé a conduit à la
transformation de celui-ci passant d’un « outil de contrôle » à « un outil de formation et de
355
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
356
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
CONCLUSION DU CHAPITRE 2
A cet effet, nous nous sommes basés sur les travaux de ROGERS (1995) sur la théorie de la
diffusion de l’innovation, ceux de ATTEWEL (1992), NAVARRO et al. (2007) et de
WOICESHYN, 2000) sur la théorie de l’apprentissage organisationnel, et ceux de AKRICH
et al. (1988, 2002) sur la théorie de l’acteur réseau pour guider notre démarche.
Après avoir identifié les motivations d’adoption des différents acteurs communaux, nous
avons élargi notre champ d’analyse au niveau des différents acteurs institutionnels concernés.
A ce titre, la théorie de l’acteur réseau développé par AKRICH et al. (1988, 2002) met en
évidence l’importance des réseaux d’acteurs humains et non humains soutenant l’innovation
pour assurer le succès et l’adoption de cette dernière.
357
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié par les CR
CHAPITRE 2 – La diffusion et l’acceptation du système comptable et budgétaire simplifié par les CR2
Nous avons mobilisé différents acteurs tels le FID, le MPR DAT et les communes rurales
nous conduisant naturellement à identifier trois niveau d’intéressement : un niveau financier
(le FID), un niveau politique (le MPR DAT) et un niveau opérationnel (les communes
rurales). Le soutien de chaque niveau se traduisant par un intérêt spécifique, nous avons
conclu que l’intérêt du MPR DAT correspond à « l’exercice d’un contrôle financier et
politique » celui du FID à « l’exercice d’un contrôle financier et technique », et celui des
communes rurales « l’obtention d’un financement externe et la satisfaction des besoins “
d’information – contrôle” ».
358
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
CONCLUSION
CONCLUSION DE LA PARTIE 2
La seconde partie nous a permis de trouver, au moins indirectement, une voie possible pour
solutionner la problématique retraçant l’existence d’un écart grandissant entre les référentiels
comptables et les pratiques comptables au niveau des communes rurales malgaches.
En effet, le chapitre 1 présente dans un premier temps une analyse du besoin d’information
des différents utilisateurs. Il apparaît que les informations financières produites par les
communes rurales malgaches s’adressent essentiellement à deux catégories d’utilisateurs, les
utilisateurs internes et les utilisateurs externes. Les premiers, constitués essentiellement par le
maire et le bureau exécutif s’intéressent à une information sur le suivi de l’exécution
budgétaire. Par contre, les utilisateurs externes regroupant les conseillers communaux, les
services déconcentrés, les projets financés par les bailleurs de fonds s’intéressent, en plus
d’une information budgétaire, à un type d’information beaucoup plus large telle que le degré
d’enclavement, le niveau de développement, le degré d’avancement technique et financier des
investissements… Néanmoins, nous avons conclu que les besoins d’information des
utilisateurs convergent essentiellement vers une information de type « contrôle – budgétaire ».
Dans un second temps, le même chapitre reprend les caractéristiques techniques et innovantes
du système comptable et budgétaire simplifié que nous avons conçu à l’intention des
communes rurales malgaches tout en tenant compte des différents besoins des utilisateurs.
359
PARTIE 2 – De la conception à l’adoption d’un système comptable et budgétaire simplifié pour les CR
CONCLUSION
A cet effet, nous pouvons conclure que le système comptable et budgétaire simplifié répond
d’une manière importante aux besoins d’ « information – contrôle » exprimés par les
différents utilisateurs. Néanmoins, l’utilisation effective de l’outil proposé nous conduit à la
transformation de celui-ci passant d’un « outil de contrôle » à « un outil de formation et de
renforcement de capacités ». En effet, les compétences et savoir-faire des acteurs communaux
nous dirigent vers l’identification d’autres intérêts au niveau de chaque acteur institutionnel. Il
s’agit du caractère indispensable de la formation et du renforcement de capacité à l’attention
des acteurs communaux.
360
CONCLUSION GENERALE
CONCLUSION GENERALE
Depuis les années 1980, les vagues de réformes du secteur public imposées par les bailleurs
de fonds internationaux (Banque Mondiale et FMI) ont conduit les pays en développement à
mettre en place des modèles ayant connu leur succès essentiellement dans les pays
industrialisés. En agissant ainsi, les gouvernements des pays en développement renforcent
leur légitimité envers les bailleurs de fonds et, par conséquent, continuent de percevoir les
financements émanant de ces derniers. En effet, les bailleurs de fonds internationaux
constituent, pour les pays en développement, des partenaires indispensables pour la relance de
leur économie.
Cette recherche de légitimité se concrétise, dans le cas de Madagascar, par l’adoption d’une
nouvelle loi organique sur les lois de finances d’une part, et par la réforme du plan comptable
pour les opérations publiques d’autre part. Ces réformes ont été introduites selon une
démarche « top down ». Toutefois, force est de constater que l’application de ces réformes au
niveau local demeure à un stade très partiel, voire inexistant, à cause des contraintes liées aux
réalités du contexte local.
Partant de ce constat, cette recherche s’inscrit dans le débat actuel sur la diffusion et
l’application des réformes et innovations comptables dans le secteur public local. En effet, les
contraintes liées aux contextes et réalités des communes rurales malgaches constituent des
obstacles importants pour l’application du plan comptable des opérations publiques, un
système d’information comptable inspiré des normes comptables internationales. Cette
recherche propose alors une alternative orientée vers la mise en œuvre d’un modèle plus
361
CONCLUSION GENERALE
simple et à la fois plus pragmatique à l’attention des communes rurales malgaches. Elle
démontre la possibilité d’une telle entreprise à travers un triple objectif :
- identifier les conditions optimales pour la mise en place d’un tel outil au
niveau des communes rurales malgaches.
En effet, l’institution communale connaît une forte présence sur le paysage administratif de
Madagascar depuis la colonisation. L’influence des bailleurs de fonds sur la politique générale
de l’Etat à cette institution le statut de « cellule de base » pour le développement du pays.
Ainsi, les différentes lois sur la décentralisation des années 1990 ont considérablement
augmenté les compétences que doivent gérer les communes. L’accroissement de leurs
compétences génère, du moins théoriquement, un besoin en terme de système
d’information de gestion financière et comptable. A ce titre, les normalisateurs malgaches
se sont inspirés des normes comptables internationales et des expériences étrangères pour
réformer le système comptable du secteur public en général et celui des collectivités
territoriales décentralisées, dont les communes, en particulier. Néanmoins, très peu de
communes disposent des ressources nécessaires (humaines, financière et matérielles) non
seulement pour faire face aux compétences transférées mais également pour appliquer les
réformes de leur nouveau système d’information comptable dont la finalité affichée est de
répondre aux besoins d’information leur permettant une prise de décisions avisées. La sous-
qualification du personnel communal et le degré d’informatisation quasi-nul de leur gestion
constituent autant d’obstacles à l’application de la doctrine comptable au niveau des
communes et plus particulièrement au niveau des communes rurales. Cette situation, résultant
d’une réforme conduite selon une approche « top down », constitue une problématique à
laquelle des acteurs institutionnels tels que les bailleurs de fonds et le ministère de la
décentralisation essaient de résoudre.
362
CONCLUSION GENERALE
A ce titre, nous avons pris contact avec deux projets financés par la Banque Mondiale pour
financer notre étude. L’objectif de celle-ci est en effet de concevoir un système comptable et
budgétaire simplifié à l’attention des communes rurales malgaches.
Nous avons, dans le cadre de ce mandat, analysé les besoins en matière d’information
financière des principaux utilisateurs des documents financiers établis par les communes.
Deux grandes catégories d’utilisateurs se démarquent avec des besoins d’informations ayant
des finalités différentes. D’une part, les utilisateurs internes, composés par le maire et les
membres du bureau exécutif, se focalisent sur une information permettant d’effectuer un
contrôle et un suivi des exécutions budgétaires dans un objectif de respect total de la
législation en vigueur. D’autre part, les utilisateurs externes, constitués essentiellement par les
conseillers communaux, les services déconcentrés, les organes de contrôle de l’Etat et les
projets financés par les bailleurs de fonds se tournent non seulement vers une information de
contrôle budgétaire mais également vers des informations plus générales permettant de
mesurer les réalisations et la responsabilité du maire.
S’inspirant des besoins exprimés par les utilisateurs des documents financiers établis par les
communes, cette recherche propose un modèle de système comptable et budgétaire simplifié.
Ce dernier est présenté à travers deux grilles de lecture. D’une part, la littérature traitant des
structures et caractéristiques des outils de gestion permet de caractériser le modèle comme
s’appuyant sur des instruments de prévisions, des instruments de contrôle et des instruments
de compte-rendu. Il s’articule autour d’un processus en trois phases : la budgétisation,
l’exécution budgétaire et le compte rendu. Par ailleurs, il est fondé sur les concepts tels que la
comptabilité de caisse, la redevabilité (compte rendu) et les besoins des utilisateurs.
D’autre part, la littérature traitant des innovations managériales permet de qualifier le modèle
comme un instrument inédit conçu à partir d’une démarche originale et affilié à d’autres outils
innovants. Il influence le mode de management des communes rurales en facilitant la
communication et le reporting. Par ailleurs, il contribue à l’augmentation du stock de
connaissances des acteurs communaux à travers la production de meilleures informations.
363
CONCLUSION GENERALE
Les communes rurales pauvres sont plus motivées pour adopter le modèle
simplifié dans la mesure où l’application de celui-ci est perçue comme un
moyen pour faciliter le contrôle, un moyen permettant d’accéder au
financement des bailleurs et par conséquent un moyen pour augmenter la
chance de réélection ou encore comme un moyen pour améliorer les
connaissances en matière de gestion financière et comptable. Par contre, les
communes rurales riches sont moins enthousiastes dans l’adoption du modèle
dans la mesure où l’adoption de celui-ci est perçue comme étant
potentiellement une source de surcharge de travail, ou encore de diminution
des marges de manoeuvre budgétaire.
Ainsi, les intérêts managériaux de cette recherche se situent à trois niveaux. D’abord, elle
permet d’interpeller les normalisateurs malgaches sur l’échec des réformes comptables
inspirées des normes comptables internationales. En effet, ces dernières ont été conduites
selon une approche « top down » et pourtant leur application au niveau des communes rurales
se heurtent aux contraintes telles que la sous-qualification du personnel communal et le degré
d’informatisation quasi-nul de la gestion financière des communes. Ensuite, elle propose un
outil permettant de satisfaire les besoins en matière d’information « contrôle budgétaire » des
364
CONCLUSION GENERALE
Toutefois, cette recherche présente des limites liées essentiellement à des barrières
linguistiques et à une contrainte de délai.
Les barrières linguistiques nous ont particulièrement handicapé dans le traitement des
données collectées à travers les entretiens. En effet, la plupart des entretiens ont été
365
CONCLUSION GENERALE
réalisés dans la langue malgache. Par conséquent, nous avons été obligé de faire une
première retranscription de nos entretiens en malgache et ensuite de traduire cette
retranscription en français. Nous sommes conscient que, malgré l’extrême objectivité
dont nous avons fait preuve, il peut demeurer certains biais relatifs à ce mode de
traitement. Par ailleurs, un tel traitement nous a privé d’exploiter nos entretiens à partir
des logiciels d’analyse textuelles qui accorde beaucoup d’importance aux « mots »
exprimés par les interviewés.
Le délai de production d’une thèse, normalement limité à trois ans, nous a obligé à
faire des choix importants dans la conduite de notre travail. Il aurait été intéressant de
prolonger l’étude de la mise en place du système comptable et budgétaire simplifié
afin d’approfondir l’impact de l’utilisation de ce dernier sur le mode de gestion de la
commune. Néanmoins, une telle entreprise requiert une présence permanente sur le
terrain durant au moins deux exercices budgétaires successifs. Dans la mesure où cette
exigence nous aurait obligé de réaliser notre recherche sur quatre, voire cinq ans, il a
fallu limiter l’étude de la mise en place du modèle aux motivations d’adoption ainsi
qu’aux différents niveaux d’intéressement.
Par ailleurs, il serait également intéressant de dupliquer la mise en place de l’outil sur une
échelle nationale en approfondissant pour chaque type de commune rurale les similarités et les
différences de comportement, de motivation ou même d’attitude face au changement.
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LISTE DES SCHEMAS, TABLEAUX ET ENCADRES
Schémas
Schéma n° 1 – Les différentes phases du déroulement de la recherche .................................................................. 8
Schéma n° 2 – Evolution de l’administration coloniale à Madagascar ................................................................. 18
Schéma n° 3 – Relation hiérarchique et de contrôle ............................................................................................. 24
Schéma n° 4 – Relation hiérarchique et de contrôle ............................................................................................. 29
Schéma n° 5 – Relation hiérarchique et de contrôle ............................................................................................. 34
Schéma n° 6 – Evolution de la troisième République ........................................................................................... 37
Schéma n° 7 – Relation hiérarchique et de contrôle entre l’Etat et les CTD (constitution 1992) ......................... 39
Schéma n° 8 – Les relations hiérarchiques et de contrôle ..................................................................................... 43
Schéma n° 9 – Relations hiérarchique et de contrôle après 2002.......................................................................... 48
Schéma n° 10 – Evolution du cadre législatif et constitutionnel régissant l’administration communale .............. 54
Schéma n° 11 – Organisation générale de la commune ........................................................................................ 62
Schéma n° 12 – Organisation de la fonction comptable au niveau d’une commune urbaine................................ 70
Schéma n° 13 – Organisation de la fonction comptable au niveau d’une commune rurale de 1ère catégorie ........ 71
Schéma n° 14 – Organisation de la fonction comptable au d’une commune rurale de 2ème catégorie .................. 72
Schéma n° 15 – Procédures d’élaboration du budget............................................................................................ 75
Schéma n° 16 – Système de comptabilité de caisse .............................................................................................. 96
Schéma n° 17 – Technique de la journée complémentaire.................................................................................... 98
Schéma n° 18 – Nouvelle architecture du budget de l’Etat................................................................................. 102
Schéma n° 19 – Analyse chronologique des réformes du Plan Comptable des Opérations Publiques ............... 107
Schéma n° 20 – Survie des organisations............................................................................................................ 115
Schéma n° 21 – Les différents types de contrôle externe.................................................................................... 138
Schéma n° 22 – Modèle de contingence des réformes comptables dans le secteur public.................................. 147
Schéma n° 23 – Financial Management Reform Process Model (FMR Model) ................................................. 152
Schéma n° 24 – La relation entre les éléments du cadre conceptuel de la comptabilité ..................................... 184
Schéma n° 25 – Les principaux groupes d’utilisateurs des rapports financiers fédéraux.................................... 185
Schéma n° 26 – Les parties prenantes et utilisateurs de l’information financière du secteur public local .......... 187
Schéma n° 27 – Les composantes de l’analyse de données ................................................................................ 196
Schéma n° 28 – Les utilisateurs de l’information financière .............................................................................. 199
Schéma n° 29 – Les besoins d’information des utilisateurs ................................................................................ 216
Schéma n° 30 – L’instrument de gestion ............................................................................................................ 219
Schéma n° 31 – Construction et déconstruction d’un instrument de gestion ...................................................... 222
Schéma n° 32 – Les éléments constitutifs du système comptable et budgétaire simplifié .................................. 225
Schéma n° 33 – Phase de budgétisation .............................................................................................................. 227
Schéma n° 34 – Report de chaque ligne de dépense budgétaire ......................................................................... 228
381
LISTE DES SCHEMAS, TABLEAUX ET ENCADRES
Schéma n° 35 – Report des activités à réaliser dans le journal de bord .............................................................. 229
Schéma n° 36 – Report des soldes du grand livre dans l’état des réalisations budgétaires ................................. 230
Schéma n° 37 – Report des informations du journal de bord dans la fiche de synthèse des activités ................. 231
Schéma n° 38 – Les différents niveaux de développement de l’information comptable des communes ............ 233
Schéma n° 39 – Processus d’élaboration du système comptable et budgétaire simplifié.................................... 247
Schéma n° 40 – La symétrie du système comptable et budgétaire simplifié avec l’approche par activité.......... 251
Schéma n° 41 – Les trois niveaux d’analyse d’une innovation managériale ...................................................... 269
Schéma n° 42 – Déterminants du rythme d’adoption d’une innovation.............................................................. 271
Schéma n° 43 – Le processus d’innovation comptable dans le secteur public.................................................... 280
Schéma n° 44 – Processus d’adoption d’une innovation..................................................................................... 289
Schéma n° 45 – Articulation entre politique générale de l’Etat et mission du MDAT ....................................... 313
Schéma n° 46 – L’opportunité de terrain offerte par les composantes du FID ................................................... 316
Schéma n° 47 – Le réseau mobilisé dans le cadre de la diffusion et l’adoption du système comptable et
budgétaire simplifié............................................................................................................................................. 348
Schéma n° 48 – Traduction des intérêts pour chaque acteur du réseau............................................................... 350
Schéma n° 49 – Processus d’adoption du système comptable et budgétaire simplifié par les communes rurales
malgaches............................................................................................................................................................ 352
Schéma n° 50 – Synthèse du processus de transformation du système comptable et budgétaire simplifié au
niveau des communes rurales malgaches............................................................................................................ 353
Tableaux
Tableau n° 1 – Structure administrative et territoriale .......................................................................................... 20
Tableau n° 2 – Structure administrative sous la première République.................................................................. 28
Tableau n° 3 – Structure administrative sous la deuxième République ................................................................ 32
Tableau n° 4 – Structure administrative et territoriale selon la constitution de 1992............................................ 38
Tableau n° 5 – Structure administrative et territoriale selon la constitution de 1998............................................ 41
Tableau n° 6 – Structure administrative et territoriale après 2002 ........................................................................ 47
Tableau n° 7 – Classement des communes de l’échantillon.................................................................................. 52
Tableau n° 8 – Prise en charge par les communes urbaines et communes périphériques du grand Antananarivo
des compétences transférées ................................................................................................................................. 56
Tableau n° 9 – Prise en charge par les communes rurales des compétences transférées....................................... 57
Tableau n° 10 – Composition des recettes des communes urbaines et communes rurales (estimation) ............... 60
Tableau n° 11 – Effectif des conseillers municipaux ............................................................................................ 64
Tableau n° 12 – Classement des communes ......................................................................................................... 66
Tableau n° 13 – Classement des communes rurales.............................................................................................. 66
Tableau n° 14 – Analyse de la taille du budget des communes périphériques du Grand Antananarivo ............... 67
Tableau n° 15 – Analyse de la taille de la population des communes périphériques du Grand Antananarivo...... 68
Tableau n° 16 – Format de présentation du budget............................................................................................... 74
Tableau n° 17 – Traitement des dépenses et recettes ............................................................................................ 75
Tableau n° 18 – Degré d’informatisation du système comptable.......................................................................... 77
Tableau n° 19 – Synthèse des principes, concepts et outils du new public management ...................................... 89
Tableau n° 20 – Synthèse des systèmes comptables introduit par la LOLF malgache ....................................... 106
Tableau n° 21 – Tableau de synthèse des textes législatifs et réglementaires régissant les PCOP ..................... 110
Tableau n° 22 – Reconnaissance des actifs et passifs selon le PCOP 2000 et le PCOP 2006............................. 112
Tableau n° 23 – Les différents types de subvention versées aux communes ...................................................... 126
Tableau n° 24 – Période complémentaire et rattachement des charges............................................................... 134
Tableau n° 25 – Période complémentaire et rattachement des produits.............................................................. 135
Tableau n° 26 – Régime de contrôle des communes selon leur statut et catégorie ............................................. 138
Tableau n° 27 – Influence de l’environnement sur les réformes de la comptabilité publique............................. 149
Tableau n° 28 – Profil des maires des communes de l’échantillon ..................................................................... 154
Tableau n° 29 – Profil des comptables communaux ........................................................................................... 156
Tableau n° 30 – Taille du budget communal ...................................................................................................... 159
Tableau n° 31 – Utilisation de l’informatique dans la gestion comptable et budgétaire des communes............. 161
Tableau n° 32 – Intervention des principaux bailleurs / partenaires dans le domaine de gouvernance............... 164
Tableau n° 33 – Synthèse des réformes comptables proposées par les bailleurs ................................................ 173
Tableau n° 34 – Présentation des communes de l’échantillon ............................................................................ 192
Tableau n° 35 – Cartographie des besoins d’information des utilisateurs internes et externes ........................... 213
382
LISTE DES SCHEMAS, TABLEAUX ET ENCADRES
Encadrés
Encadré n° 1 – Les compétences dévolues aux communes sous la période coloniale .......................................... 25
Encadré n° 2 – Les compétences dévolues aux communes sous la 1ère République ............................................. 30
Encadré n° 3 – Les compétences dévolues aux collectivités locales sous la 1ère investiture de la troisième
République ............................................................................................................................................................ 40
Encadré n° 4 – Les compétences dévolues aux collectivités locales sous la 2ème investiture de la troisième
République ............................................................................................................................................................ 44
Encadré n° 5 – Compétences des communes ........................................................................................................ 55
Encadré n° 6 – Ressources des communes............................................................................................................ 59
Encadré n° 7 – Les normes IPSASs ...................................................................................................................... 94
Encadré n° 8 – La réforme comptable au Nouvelle Zélande............................................................................... 100
Encadré n° 9 – Les limites des interventions des CRC, cas de la ville de Sens .................................................. 141
Encadré n° 10 – Le DSRP................................................................................................................................... 163
Encadré n° 11 – Exemple de nomenclature comptable ....................................................................................... 167
Encadré n° 12 – Extrait des entretiens avec les présidents de conseil (traduction du malgache)........................ 254
Encadré n° 13 – Extrait des entretiens avec les maires et trésoriers (traduction du malgache)........................... 255
Encadré n° 14 – Extrait de l’entretien avec un adjoint au maire chargé des finances ......................................... 257
Encadré n° 15 – Extrait des entretiens avec divers acteurs locaux (traduction du malgache)............................. 258
Encadré n° 16 – Extrait des entretiens avec divers acteurs locaux (traduction du malgache)............................. 261
Encadré n° 17 – Les quatre phases du processus de traduction........................................................................... 295
Encadré n° 18 – Les dix étapes du processus de traduction ................................................................................ 296
383
TABLE DES MATIERES
REMERCIEMENTS ............................................................................................................................................. I
GLOSSAIRE ....................................................................................................................................................... III
SOMMAIRE..........................................................................................................................................................V
385
TABLE DES MATIERES
386
TABLE DES MATIERES
BIBLIOGRAPHIE.............................................................................................................................................367
LISTE DES SCHEMAS, TABLEAUX ET ENCADRES ...............................................................................381
TABLE DES MATIERES .................................................................................................................................385
LISTE DES ANNEXES .....................................................................................................................................389
387
LISTE DES ANNEXES
389