Politiques À L'Appui Du Développement Durable: Réunion Du Conseil de L'Ocde Au Niveau Ministériel, 2 0 0 1
Politiques À L'Appui Du Développement Durable: Réunion Du Conseil de L'Ocde Au Niveau Ministériel, 2 0 0 1
DÉVELOPPEMENT DURABLE
R É U N I O N D U C O N S E I L D E L’ O C D E
AU NIVEAU MINISTÉRIEL,
2001
© OCDE 2001
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Préface
En mai 1998, les ministres des pays Membres de l’OCDE sont convenus que
« … l’action en faveur du développement durable est une priorité essentielle des
pays de l’OCDE et ils ont encouragé l’approfondissement de la stratégie… dans
les domaines du changement climatique, du progrès technologique, des indica-
teurs de durabilité et de l’incidence des subventions sur l’environnement ». Ils se
sont également accordés à interpréter le terme « durable » comme recouvrant les
considérations sociales et environnementales aussi bien qu’économiques,
l’objectif étant l’intégration des politiques économiques, environnementales et
sociales dans la perspective d’une amélioration du bien-être. Enfin, ils ont souli-
gné « … qu’il importe de promouvoir une intégration efficace des considérations
environnementales dans le système multilatéral [pour les échanges et l’investisse-
ment] ». Un rapport, assorti de recommandations d’action, était attendu pour 2001.
Le rapport Développement durable : quelles politiques ? fait suite à cette demande. Il
s’appuie pour l’essentiel sur les travaux récents effectués par l’OCDE et ses orga-
nes autonomes1 sur différents thèmes en relation avec le développement dura-
ble. Il se fonde également sur d’autres sources utiles pour compléter l’analyse
de ces thèmes. Conformément au mandat défini pour le projet, le rapport ne vise en
aucune manière à traiter de façon exhaustive la question du développement durable.
Il met plutôt l’accent sur les options qui s’offrent aux pays de l’OCDE pour mieux inté-
grer les considérations environnementales dans le fonctionnement du système éco-
nomique et prendre en compte certaines des conséquences sociales de cette étroite
intégration. Bien qu’un grand nombre de ces options soit bien connues, leur mise en
œuvre concrète dans les pays Membres n’a souvent pas été à la hauteur de ce que
l’on souhaitait. Le rapport souligne combien il importe de donner une priorité élevée
à la mobilisation d’un plus large soutien, parmi les pouvoirs publics et la société en
général, en faveur d’une mise en place généralisée de politiques de développement
durable, tant au niveau national qu’international.
Divers organismes gouvernementaux, organisations internationales et groupes
de la société civile œuvrent pour promouvoir le développement durable. La
contribution de l’OCDE réside dans le fait qu’elle aborde ces questions dans une
perspective économique et qu’elle y apporte son expertise multidisciplinaire. La
mise en œuvre pratique de politiques qui encouragent le développement durable 3
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Politiques à l’appui du développement durable
nécessite l’engagement résolu aussi bien des milieux économiques que des autres
acteurs, ainsi que des efforts continus pour favoriser le dialogue entre ces acteurs.
Les politiques qui visent expressément à assurer une croissance économique
durable, un environnement sain ou la cohésion sociale sont importantes en soi pour
le développement durable. Bien qu’elles ne soient pas examinées en détail dans ce
rapport, des rapports connexes de l’OCDE sur la croissance économique (OCDE,
2001b), sur une stratégie de l’environnement pour la prochaine décennie (OCDE,
2001d) et sur des lignes directrices pour la réduction de la pauvreté dans les pays en
développement (OCDE, 2001a) contribuent à l’analyse des politiques dans ces autres
domaines. Ces rapports sont également d’une grande utilité pour le débat plus géné-
ral sur le développement durable.
Le rapport Développement durable : quelles politiques ? est inspiré et complété par un
rapport analytique plus détaillé sur le développement durable (OCDE, 2001e). Il doit
servir de document de référence pour la réunion du Conseil de l’OCDE au niveau des
ministres de mai 2001, et est publié sous la responsabilité du Secrétaire général. Les
autres publications connexes élaborées à l’occasion du projet de l’OCDE sur le déve-
loppement durable sont énumérées ci-après.
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Principaux enjeux et réactions
des pouvoirs publics
Introduction
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Politiques à l’appui du développement durable
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durable est complexe et vaste, et il importe donc d’autant plus de privilégier cer-
tains domaines clés, ceux qui présentent le plus de risques de non-durabilité. On
traitera ici essentiellement des risques d’épuisement ou de dégradation irréversi-
bles d’un ensemble de ressources naturelles et environnementales, en proposant
un ensemble complet de mesures pour faire face à ces risques. Bien que les poli-
tiques économiques et sociales offrent manifestement d’importantes possibilités
pour contribuer à la durabilité à long terme, il existe dans ces domaines, du moins
dans les pays de l’OCDE, des ensembles de politiques relativement bien établis3.
Les liens entre les politiques économiques 4 et sociales5 sont également bien
compris. En revanche, les politiques d’environnement, et leurs synergies avec les
politiques tant économiques que sociales, sont généralement moins dévelop-
pées. Ces synergies doivent être renforcées pour appuyer le développement
durable. Compte tenu de ces considérations, le rapport traite pour l’essentiel du
lien économie-environnement, car d’une part les enjeux dans ce domaine sont
particulièrement importants et d’autre part les relations entre économie et envi-
ronnement sont aussi moins bien connues. Une amélioration de la cohérence
entre les politiques économiques et environnementales contribuerait à éliminer
les incitations inadéquates qui entraînent un épuisement des ressources et une
détérioration de l’environnement non viables.
Les mesures décrites couvrent quatre grands domaines d’action :
• L’utilisation du système de prix pour encourager individuellement les
agents à prendre pleinement en compte l’intégralité des coûts de la dété-
rioration de l’environnement dans leurs décisions ;
• La réforme des procédures de prise de décisions, en faveur d’approches
intégrant plus étroitement tout l’éventail des conséquences des politiques
des gouvernements ;
• Le recours aux politiques technologiques pour découpler la détérioration
de l’environnement et la croissance économique ;
• Le renforcement de la contribution des systèmes internationaux d’échanges
et d’investissement à un développement durable au plan mondial.
Des recommandations pour chacun de ces domaines sont présentées à la fin
de ce texte, et sont complétées par une analyse plus détaillée dans le corps du
rapport. Ces recommandations interdépendantes sont ensuite appliquées à deux
problèmes spécifiques – le changement climatique et la gestion des ressources
naturelles – pour lesquels les risques de non-durabilité semblent importants. En
agissant dans ces domaines, les responsables gouvernementaux doivent pren-
dre en compte un certain nombre d’éléments importants, qui peuvent contri-
buer à la conception et à la mise en œuvre de politiques de développement
durable (encadré 2). 7
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L’analyse présentée ici fait ressortir l’importance d’un certain nombre d’éléments
interdépendants pour mieux orienter les politiques de développement durable, à
savoir :
Planification axée sur le long terme. Faute d’un cadre adéquat pour évaluer l’inci-
dence des politiques sur les différents types de ressources, des mesures visant
des objectifs à court terme peuvent être retenues, même si elles ont des inci-
dences négatives à long terme. S’il peut y avoir des arbitrages entre des buts
différents à court terme, à long terme le capital créé par l’homme, le capital
naturel, le capital humain et le capital social se compléteront mutuellement au
service du bien-être.
Prix. Pour que les marchés contribuent à des résultats durables, les prix doi-
vent refléter l’intégralité des coûts et avantages pour les collectivités des biens et
services produits. Cela peut nécessiter l’élimination des incitations à la surexploi-
tation des ressources naturelles et à la détérioration de l’environnement, ou
l’introduction d’incitations positives à l’amélioration de l’environnement.
Production de biens publics. Nombre des retombées associées aux interventions
publiques nécessaires pour promouvoir le développement durable ont les carac-
téristiques de biens publics (recherche fondamentale, information, santé et ensei-
gnement). De même, ces biens publics ont souvent un caractère planétaire dans
la mesure où plusieurs pays en tireront avantage (par exemple information sur
l’état des écosystèmes mondiaux). Pour que la production de ces biens publics
soit efficace il faut surmonter les obstacles à la coordination, par des règles de
partage qui tiennent compte du fait que tous les pays n’ont pas les mêmes res-
ponsabilités et capacités d’action.
Efficacité par rapport au coût. Les politiques doivent rechercher le moindre coût
économique, ce qui implique de faire en sorte que le coût d’utilisation d’une
unité supplémentaire de ressource soit le même quelle que soit l’option choisie.
Le souci de l’efficacité par rapport au coût permet de minimiser les coûts globaux
et de fixer des objectifs plus ambitieux pour l’avenir.
Efficacité par rapport à l’environnement. Les politiques doivent assurer : i) la régéné-
ration (les ressources renouvelables doivent être utilisées de façon efficiente et
elles ne doivent pas pouvoir être consommées au-delà de leur rythme de régéné-
ration naturelle à long terme) ; ii) la substituabilité (les ressources non renouvelables
doivent être utilisées de façon efficiente et leur consommation ne doit pas dépas-
ser les niveaux pouvant être compensés par des ressources renouvelables ou
d’autres formes de capital) ; iii) l’assimilation (les rejets de substances dangereuses
ou polluantes dans l’environnement ne doivent pas excéder sa capacité d’assi-
milation, et les concentrations doivent être maintenues en dessous des
niveaux critiques dont le respect a été jugé nécessaire pour protéger la santé
humaine et l’environnement. Lorsque la capacité d’assimilation est effectivement
nulle les rejets doivent être strictement proscrits pour éviter toute accumulation
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dans l’environnement) ; iv) l’absence d’irréversibilité (il convient d’éviter les effets
préjudiciables irréversibles des activités humaines sur les écosystèmes et sur
les cycles géochimiques et hydrologiques. Les processus naturels capables de
préserver ou de rétablir l’intégrité des écosystèmes doivent être protégés des
incidences négatives des activités humaines. Il convient de prendre en compte
les différences dans les niveaux de résilience et de capacité d’assimilation des
écosystèmes pour la préservation de leurs populations d’espèces menacées, en
danger ou dans une situation critique).
Intégration des politiques. Le manque de cohérence des politiques suivies dans
différents domaines peut se traduire par des pratiques contraires à la durabilité. Il
arrive souvent, par exemple, que des politiques sectorielles soient introduites
sans tenir compte des externalités que visent à corriger les politiques environne-
mentales, ce qui conduit à des incohérences et des retombées non prévues. Pour
améliorer la cohérences des politiques, il importe de mieux intégrer les objectifs
économiques, environnementaux et sociaux dans les diverses politiques.
Précaution. Les risques de franchissement de seuils critiques dans la capacité de
régénération de l’environnement ne peuvent être évalués avec précision. En consé-
quence, lors de l’élaboration de politiques de développement durable, les pays
doivent appliquer des mesures de précaution adaptées, dans les situations où il n’y
a pas de certitude scientifique.
Coopération internationale. Avec l’interdépendance grandissante de l’économie
mondiale, les effets de contagion se multiplient. La défense étroite d’intérêts
nationaux n’a plus de sens quand les pays doivent faire face à un éventail de
périls environnementaux et sociaux qui menacent l’ensemble de la planète.
Transparence et responsabilisation. Une démarche participative est essentielle pour
relever avec succès le défi du développement durable, étant donné que les
conditions de la durabilité ne peuvent être définies en termes purement techni-
ques. Il s’agit d’éclairer la prise des décisions sur l’ensemble des conséquences que
celles-ci peuvent avoir et de veiller à rendre des comptes à l’opinion publique.
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360
16 Températures mondiales 16 000 16 000
(axe de gauche)
Scénario au fil de l’eau
14 000 14 000
320
Objectifs
de Kyoto
Concentrations 12 000 12 000
de GES
(axe de droite)
Note : Les données sur les concentrations de GES reposent sur des enregistrements provenant de données de
carottage de la banquise jusqu’en 1960, et d’observations de l’Observatoire de Mona Loa, Hawaï, depuis cette date.
Sources : Graphique A : les concentrations de GES sont tirées de C.D. Keeling et T.P. Whorf, Scripps Institution of
Oceanography, University of California, États-Unis, pour les mesures effectuées à l’Observatoire de Mona Loa,
Hawaï ; et du Service de l’environnement atmosphérique d’Environnement Canada pour les enregistrements
effectués à Alert, TNO, Canada. Les températures mondiales sont tirées de Jones et al. (1999) et Parker et al.
(1995). Graphique B : Les émissions de GES comprennent les émissions de dioxyde de carbone, de méthane
et d’hémioxyde d’azote et sont celles utilisées dans le modèle GREEN de l’OCDE.
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ressources qui pourraient se révéler précieuses à l’avenir, soit par leur existence
même soit en raison des matières premières qu’elles pourraient procurer dans
des domaines comme les pratiques pharmaceutiques, agricoles et industrielles.
Il y a lieu de la même manière de se préoccuper du rythme auquel les res-
sources en eau sont exploitées et dégradées. Les activités humaines ont contri-
bué à augmenter les prélèvements d’eaux et la pollution des masses aquatiques.
Bien que les ressources en eau douce restent encore abondantes à l’échelle pla-
nétaire, celles-ci sont réparties de façon inégale à l’intérieur des pays et des
régions. Une personne sur cinq dans le monde n’a pas accès à une eau potable
saine et d’un coût abordable et une sur deux n’a pas accès à des services d’assai-
nissement adéquats. Environ un tiers de la population mondiale vit actuellement
selon les estimations dans des pays où l’on observe un stress hydrique moyen-
élevé ou élevé12 et cette proportion devrait doubler d’ici 2025, selon les projections.
Nombre de ces tendances mettent en péril la capacité de l’environnement
naturel à assurer le bien-être futur. Elles constituent également une lourde charge
sur le bien-être de la génération actuelle, du fait de leurs incidences sur la santé
humaine. Les dommages environnementaux pourraient être d’ores et déjà res-
ponsables de 2 à 6 % de la morbidité totale dans les pays de l’OCDE, et de 8 à
13 % de celle observée dans les pays non membres (OCDE, 2001c). Les effets sur
la santé de la dégradation de l’environnement sont un élément capital de l’inter-
face social-environnement 13 . Une compréhension et quantification plus précises
du poids que les dangers environnementaux font peser sur le bien-être
d’aujourd’hui pourraient se révéler cruciales pour l’adoption de politiques envi-
ronnementales plus ambitieuses à long terme.
Une démarche cohérente s’impose pour lutter contre ces menaces qui pèsent
sur l’environnement d’une manière compatible avec les priorités des différents
pays en matière de développement économique et social, compte tenu surtout
du caractère planétaire d’un grand nombre de ces périls. Dans certains cas,
comme pour le changement climatique, les pays ne peuvent isolément inverser
les tendances négatives. Dans d’autres cas, comme pour la biodiversité ou les
pénuries d’eau, les conséquences d’une poursuite de la dégradation dépassent
les frontières nationales. Du fait de la mondialisation de l’activité économique et
de l’évolution des poids économiques relatifs des pays, les priorités d’action ne
se situent plus désormais aux niveaux local et national, mais aux niveaux régional
et mondial. De ce fait, les politiques nationales dans de nombreux domaines sont
devenues moins efficaces par elles-mêmes, suscitant des appels en faveur de
nouvelles actions multilatérales. La coopération internationale, toutefois, néces-
site des priorités d’action et des critères communs pour le partage des coûts. Il 13
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est difficile de trouver des accords sur ces priorités quand il existe de fortes dis-
parités dans les conditions économiques entre les pays.
Cela a d’autant plus de chance d’être le cas lorsque les besoins fondamen-
t aux d’un e po pulatio n no mbr eu se – essen tie lle men t dan s les pa ys en
développement – ne peuvent être satisfaits du fait de la pauvreté, de la malnutri-
tion, de l’analphabétisme ou d’un accès insuffisant à des services de base. Les
conséquences de la pauvreté se perpétuent souvent dans le temps et se propa-
gent d’un pays à l’autre sous la forme de conflits, de migrations et de maladies14.
La réduction de la pauvreté doit donc faire partie intégrante de l’action en faveur
du développement durable à l’échelle mondiale et la concrétisation de cet objec-
tif nécessitera des efforts plus importants de la part des pouvoirs publics, des
entreprises, de la société civile et de la communauté des pays donneurs. S’inspi-
rant des résolutions d’un certain nombre de conférences de l’ONU dans les
années 90, les pays donneurs se sont accordés pour axer les efforts sur sept
objectifs de développement international qui, s’ils sont atteints au cours des
quinze prochaines années, amélioreront la vie de millions de personnes déshéri-
tées dans les pays en développement15.
En outre d’importantes synergies existent entre les objectifs de la réduction
de la pauvreté et d’une meilleure protection de l’environnement. Les populations
rurales, par exemple, dépendent directement des écosystèmes qui les entourent
– pâturages, forêts, terres humides et pêcheries côtières – pour la satisfaction de
leurs besoins en aliments, combustibles, abri, fourrage et plantes médicinales.
Dans les régions rurales et urbaines, les facteurs environnementaux sont à l’origine
d’un cinquième de la morbidité totale dans les pays en développement – soit une
proportion similaire à celle de la malnutrition et de tous les autres facteurs de risque
pouvant être prévenus (Banque mondiale, 2000). Plus généralement, la durabilité de
l’environnement ne peut être assurée que dans le cadre d’une vaste stratégie du
développement visant une croissance économique soutenue, la solvabilité finan-
cière, le développement des institutions, l’amélioration de la gouvernance, des inves-
tissements efficaces dans l’enseignement et la santé et la réduction de la pauvreté.
Les pays de l’OCDE peuvent considérablement aider les pays en développe-
ment à réaliser ces objectifs en leur donnant accès à leurs marchés et aux moyens
d’investissement dont ces pays ont besoin. La libéralisation des échanges et de
l’investissement favorisera la croissance économique des pays en développe-
ment, et pourrait contribuer à faire sortir un grand nombre de personnes de la pau-
vreté. Elle peut également améliorer la protection de l’environnement dans les pays
en développement grâce à la diffusion et la mise en œuvre de technologies moins
polluantes, à la coopération pour la mise en place de bons systèmes de gouvernance
et au soutien des producteurs dans les pays en développement pour qu’ils soient en
mesure de répondre à la demande des consommateurs par des biens produits de
14 façon durable. Toutefois, la mondialisation ne produira pas tous ses effets si les
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sur les écosystèmes terrestres et marins, dans l’évaluation d’un ensemble de ser-
vices assurés par les écosystèmes et dans la quantification des incidences sur la
santé de divers dangers environnementaux. Les risques de dommages sérieux ou
irréversibles appellent la prise en compte dans l’action gouvernementale de la
16 notion de précaution16, mais l’insuffisance des informations sur l’ampleur des risques
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en cause – ou sur le point à partir duquel des seuils critiques sont franchis – a sou-
vent compliqué les décisions sur le degré « d’assurance » (au sens économique)
qu’il y a lieu de prendre. Il est capital de combler ces lacunes pour pouvoir éla-
borer des objectifs d’action plus crédibles et mobiliser un large soutien en leur
faveur. Les gouvernements des pays de l’OCDE, du fait des moyens de recherche
dont ils disposent, ont d’importantes responsabilités à cet égard.
La difficulté rencontrée pour fournir une information détaillée et concise sur
le développement durable est aussi un élément de ce déficit de connaissances. Il
est désormais admis que le produit intérieur brut (PIB) n’est qu’un indicateur
limité du bien-être des populations, dans la mesure où certaines activités qui
contribuent au PIB diminuent le bien-être (par exemple, la pollution) tandis que
d’autres peuvent réduire le niveau des ressources en-deça de leur seuil de régé-
nération (si elles ne sont pas gérées de façon durable). Cette prise de conscience,
toutefois, ne s’est pas encore traduite par l’établissement d’indicateurs détaillés
combinant des informations sur les différents types d’actifs et les flux de revenus.
Bien qu’un certain nombre de méthodologies et d’indicateurs aient été élaborés
(encadré 4), il n’existe pas encore d’ensemble de données faisant autorité et qui
synthétise ces différents axes de travail. L’élaboration de cet ensemble de don-
nées, et son utilisation dans le cadre d’un processus d’examen mutuel sont des
priorités majeures pour mieux sensibiliser le grand public et identifier les points
où les contraintes sont les plus fortes.
Dans de nombreux domaines, on dispose d’informations suffisantes sur les-
quelles baser les politiques. L’action toutefois reste insuffisante. Plusieurs fac-
teurs contribuent à ces déficits d’action :
• A l’égard des ressources collectives – comme le climat, la biodiversité et
(dans certains cas) les ressources en eau potable – il y a peu d’incitation
pour quelque pays que ce soit à agir de façon unilatérale. Dans ce cas, les
coûts seraient supportés par le pays prenant l’initiative, alors que les
retombées bénéficieraient à tous. La coopération entre pays, sur la base de
leurs responsabilités collectives et en fonction de leurs moyens, est donc
indispensable pour une action efficace.
• L’action a souvent été retardée par la crainte des conséquences à court
terme des politiques visant à protéger l’environnement sur la répartition
des revenus des ménages (c’est-à-dire le risque qu’elles pénalisent de
façon excessive les faibles revenus), sur l’emploi (notamment lorsque les
destructions d’emplois sont concentrées au plan local) et sur la compé-
titivité individuelle des entreprises et des secteurs. Un certain nombre
d’options pratiques sont présentées dans le rapport afin de résoudre ces
problèmes. Ces craintes ne sont pas l’apanage des politiques destinées à
remédier aux problèmes de développement durable. Comme dans 17
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Une bonne partie des travaux récents sur la mesure du progrès sur la voie du
développement durable a porté sur des questions spécifiques, comme la mesure du
changement climatique ou les incidences environnementales et sociales de secteurs
particuliers comme l’agriculture, l’énergie et les transports. La mesure du développe-
ment durable au niveau des grands agrégats nécessite toutefois une intégration géné-
rale des indicateurs des évolutions économiques, environnementales et sociales.
Un moyen de réaliser cette intégration est d’élargir le cadre traditionnelle-
ment utilisé pour la mesure de l’activité économique, celui des comptes natio-
naux. Des extensions de ces comptes au domaine environnemental sont
actuellement en cours. Elles visent à retracer les évolutions des actifs environne-
mentaux, et à mettre en évidence les transactions liées à l’environnement (par
exemple dépenses de réduction et de maîtrise de la pollution). Des extensions
en direction du domaine social pourraient également permettre le rattachement
de comptes qui mesurent l’emploi, le capital humain, et la répartition du revenu
et de la consommation des ménages entre les divers groupes socio-économiques.
La mesure du capital naturel et humain nécessite des données à la fois monétai-
res et physiques. Bien que les travaux dans ces domaines aient progressé 1, la
mise en place d’une comptabilité nationale intégrant pleinement tous ces élé-
ments reste un objectif à moyen ou long terme. A plus court terme, cette intégra-
tion doit passer par des méthodes complémentaires.
Comme les indicateurs dans chacune des trois dimensions du développe-
ment durable sont bien au point, une méthode consiste à choisir un petit ensem-
ble d’indicateurs pour chacune de ces dimensions, afin de retracer les principales
tendances du développement durable, comme le font déjà certains pays Mem-
bres de l’OCDE. Un ensemble préliminaire d’indicateurs de ce type pour les pays
de l’OCDE est décrit dans la publication OCDE (2001e). Ceux-ci se répartissent en
indicateurs de ressources (qui mesurent les niveaux et variations des actifs économi-
ques, environnementaux et sociaux2) ; et indicateurs de résultats (qui retracent les aspects
quantitatifs et qualitatifs du développement selon un large éventail de points de vue,
notamment répartition des revenus, santé et qualité de l’environnement)3. La liste
fournit une illustration de cette approche, qui repose sur des indicateurs disponibles
pour la plupart des pays Membres de l’OCDE et qui pourrait être utilisée de façon
systématique dans les travaux de l’OCDE (y compris dans les études de perfor-
mances). Il ne s’agit pas cependant d’en faire un ensemble définitif et normatif
devant être utilisé dans chaque pays, mais plutôt d’une base pour des travaux futurs.
Une autre approche en cas d’utilisation d’un ensemble limité d’indicateurs
consiste à les regrouper en un indicateur unique. Certains de ces indicateurs agré-
gés utilisent des pondérations physiques ou subjectives pour combiner les tendances
des différentes variables (par exemple l’Indice Planète vivante du WWF et al., 2000).
D’autres sont basés sur une évaluation monétaire des différents actifs et flux, et
sont étroitement intégrés au système des comptes nationaux. C’est notamment le
cas des concepts de PIB vert et d’épargne véritable. Le concept d’épargne vérita-
ble consiste à déduire de l’épargne, selon sa définition traditionnelle, le coût
estimé de l’épuisement et de la dégradation d’un éventail d’actifs environnemen-
taux et à ajouter les estimations des investissements en capital humain. Un
avantage du concept d’épargne véritable est que des niveaux systématiquement
18
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négatifs peuvent être interprétés comme une indication de tendances non durables.
Toutefois, cette approche pose des problèmes d’affectation de valeurs monétaires
à l’épuisement et à la dégradation d’un éventail de ressources.
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Une stratégie globale est nécessaire pour combler les déficits en matière de
connaissances et d’action. Les gouvernements des pays de l’OCDE doivent mon-
trer l’exemple. Ils doivent notamment refondre leurs moyens d’action pour davan-
tage utiliser les mécanismes du marché, tenir compte des impératifs d’intégration
des différents objectifs dans leurs décisions, et mieux considérer les intérêts des
pays en développement. Le progrès nécessite également un programme ciblé,
donnant une priorité particulière aux domaines dans lesquels les risques de
modes de développement non durable sont les plus grands, comme le change-
ment climatique et la gestion des autres ressources naturelles. Des recommanda-
tions destinées à rendre plus efficaces les interventions publiques sont
présentées ci-après, et explicitées plus en détail dans le corps du rapport. Toutes
ces recommandations ne s’appliquent ni à l’ensemble des pays de l’OCDE, ni à
toutes les situations. Les différences dans les priorités et les conditions institu-
tionnelles devront être prises en compte pour assurer leur mise en œuvre effi-
cace. Néanmoins, si elles sont globalement appliquées, ces recommandations
constituent un cadre concret pour progresser sur la voie du développement
20 durable dans tous les pays de l’OCDE.
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– En fixant des taux d’imposition qui soient compatibles avec les objectifs
environnementaux, par exemple en introduisant de nouvelles taxes sur 21
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• Adopter une démarche globale pour l’atténuation des effets sur le climat :
– En étendant l’effort d’atténuation à toutes les sources de gaz à effet de
serre et à tous les puits permettant le captage du carbone.
– En prenant en compte dans les politiques sur le climat à la fois les retom-
bées indirectes des politiques d’atténuation et les avantages pour le cli-
mat des autres politiques (par exemple, efficience et diversification
énergétique).
– En réformant les aides qui ont pour effet d’augmenter les émissions ou
de réduire le captage par des puits, notamment dans les secteurs des
transports, de l’énergie et de l’agriculture, et en envisageant des mesures
pour faciliter l’ajustement.
– En évaluant et faisant connaître les conséquences pour le changement
climatique de l’aide fournie par les organismes de crédits à l’exportation.
– En soutenant les projets de recherche et de développement technologi-
que qui suppriment les obstacles à l’adoption de technologies énergéti-
ques à meilleur rendement et de sources d’énergie à moindre intensité
de carbone, de même que la recherche sur les ajustements sociaux sus-
ceptibles de découler des réorientations des politiques.
– En mettant au point des approches cohérentes pour contrôler et suivre
les émissions, pour assurer la transparence des processus de déclaration,
vérification et examen, et pour améliorer le respect des dispositions.
– En élaborant des stratégies d’adaptation pour réduire l’exposition aux ris-
ques liés au changement climatique et faciliter la transition vers des
modes de vie qui soient moins vulnérables face aux incidences du climat.
– Accroître la sensibilisation au changement climatique, à ses incidences,
aux coûts et avantages des initiatives politiques, par l’information et le
dialogue avec les collectivités et les secteurs les plus touchés, de
manière à faciliter la transition vers de nouvelles formes de travail et de
consommation.
• Concevoir des politiques destinées à orienter à long terme l’effort d’atté-
nuation, de manière à stabiliser les concentrations à des niveaux évitant
toute interférence dangereuse avec le système climatique :
– En identifiant et évaluant des limites d’émissions compatibles avec les
objectifs de la Convention-cadre sur les changements climatiques.
– En encourageant la participation des pays en développement aux politi-
ques d’atténuation – étape essentielle pour réduire le changement cli-
matique à long terme. 27
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Notes
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9. Ainsi, plusieurs accords internationaux relatifs aux ressources biologiques marines, tels
que l’Accord visant à favoriser le respect par les navires de pêche en haute mer des
mesures internationales de conservation et de gestion, ne sont pas encore entrés en
vigueur (voir OCDE, 2000). De la même manière, l’Accord visant à favoriser le respect
par les navires de pêche en haute mer des mesures internationales de conservation et
de gestion, qui fait partie intégrante du Code de conduite de la FAO pour une pêche
responsable, n’a à ce jour été ratifié que par 19 pays, alors que 25 ratifications sont
nécessaires.
10. L’indice « Planète vivante » – élaboré par le WWF, le PNUD et d’autres organisations – est
une moyenne simple de trois indices qui mesurent les variations des populations d’espè-
ces animales dans les écosystèmes forestiers, dulçaquicoles et marins (WWF et al., 2000).
11. Quantité maximale d’une ressource renouvelable qui peut être prélevée pendant une
durée indéfinie sans entraîner de diminution du stock, en supposant que les prélève-
ments et la mortalité naturelle sont contrebalancés par des taux stables de reproduction et
de croissance.
12. Le stress hydrique est considéré comme moyen-élevé (ou élevé) lorsque le ratio des
prélèvements d’eau (moins l’eau restituée) rapportés au stock de ressources renouve-
lables dépasse 20 % (ou 40 %) (OCDE, 2001c).
13. Les dangers pour la santé humaine liés à l’environnement les plus fréquemment men-
tionnés concernent l’alimentation en eau des ménages, les services collectifs d’assai-
nissement, les conditions de maternité et l’alimentation. Il existe également certains
risques pour la santé du fait des rejets industriels et agricoles dans l’eau, l’air et les ali-
ments, qui entraînent des affections respiratoires et cardio-vasculaires, des cancers et
d’autres maladies.
14. Les maladies infectieuses imposent déjà un fardeau dévastateur à certains pays parmi
les plus pauvres. L’espérance de vie à la naissance dans les 29 pays d’Afrique les plus
touchés par le SIDA devrait passer de plus de 50 ans au début des années 1980 à
47 ans en 2000-2005, soit 9 ans de moins que n’aurait été l’espérance de vie en
l’absence de cette maladie (www.popin.org/pop1998/6.htm).
15. Ces objectifs couvrent le bien-être économique, le développement social et la régéné-
ration de l’environnement. Il s’agit avec ces objectifs de réduire de moitié la propor-
tion de personnes vivant avec moins d’un dollar par jour d’ici 2015 ; de scolariser
d’ici 2015 tous les enfants dans l’enseignement primaire ; d’éliminer les disparités
entre les sexes dans l’enseignement primaire et secondaire d’ici à 2005 ; de réduire
des deux tiers la mortalité infantile et juvénile d’ici 2015 ; de réduire de trois quarts les
taux de mortalité liés à la maternité d’ici 2015 ; d’assurer d’ici 2015 un accès aux servi-
ces de santé génésique à tous ceux qui en ont besoin ; et d’appliquer d’ici 2005 des
stratégies nationales axées sur le développement durable de manière à réparer
d’ici 2015 les dommages causés aux ressources environnementales (FMI et al, 2000a).
16. L’idée de « précaution » figure déjà dans plusieurs instruments à l’échelon international.
Différentes expressions sont apparues dans les négociations de ces textes pour donner
corps à cette idée (par exemple « principe de précaution », « démarche de précaution », etc.).
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