FICHE CONTEXTE
PAYS
LE RWANDA
Introduction historique :
De la colonisation au génocide
rwandais…
Le Rwanda a connu une histoire marquée, depuis la colonisation 1, par l’exacerbation de tensions politico-
ethniques. La décolonisation et le pouvoir en place à l’époque ont plongé le pays dans une période de troubles
graves et de violences qui ont mené le pays dans l’horreur d’un génocide 2. Marqué par ce que l’humanité a pu
connaitre de pire, le Rwanda se reconstruit petit à petit et doit maintenant faire face à de nombreux défis.
Données
générales3
Nom officiel :
ÉTHIOPIE
République du Rwanda
Capitale : SOUDAN
Kigali
Superficie :
26.338 km²
Situation géographique :
Région des Grands Lacs
Population : RÉPUBLIQUE
10.537.222 habitants (en 2012) DÉMOCRATIQUE
Densité : DU CONGO OUGANDA
416.00 hab/km2 (en 2012)
Système politique :
République démocratique à régime KENYA
présidentiel
Chef de l’État :
Paul Kagame, élu en 2000 (scrutin indirect),
réélu en 2003 et 2010 (suffrage universel) RWANDA
IDH (indice de développement humain) :
0.429 en 2011, occupant
BURUNDI
la 166e place/187 pays
Langues officielles :
Kinyarwanda, français et anglais
TANZANIE
1
Colonisation : Action de coloniser, c’est-à-dire
d’installer des colonies. La colonie est un territoire
occupé par une nation en dehors de ses propres
frontières. La colonie est le résultat d’un processus
politique, économique, culturel et social appelé
colonisation, et qui consiste en la conquête,
l’administration et l’exploitation d’un territoire,
de sa population et de ses ressources.
2
Cf. Support documentaire : Les crimes de droit
international
3
PNUD 2011, [Link]
profiles/[Link] et [Link]
[Link]
EXACERBATION DES CLIVAGES
ETHNIQUES PENDANT LA PÉRIODE
COLONIALE
Comme ses voisins d’Afrique centrale et de la région En 1918, pour faciliter la gestion politique et sociale,
des Grands Lacs, le pays était autrefois occupé par les le colonisateur belge applique une politique de
Twa (Pygmées), avant l’arrivée d’autres populations. « contrôle indirect » en s’appuyant sur les autorités en
Ces peuples se sont étroitement mêlés pour don- place, l’aristocratie Tutsi, et confie à l’Église catholique
ner naissance à une civilisation commune, utilisant la la gestion des services de santé et des écoles. Entre
même langue bantoue, le Kinyarwanda. À partir du 1929 et 1933, les Belges opèrent une réforme adminis-
XVIe siècle, la région s’organise en royaumes dirigés trative : les fonctions de chef deviennent héréditaires,
chacun par un mwami (roi). L’un des mwami unifie le les chefferies sont regroupées, les domaines royaux
pays sous son autorité et met en place un système sont supprimés et les chefs Hutu et femmes chefs
d’organisation politico-administrative, sociale et éco- sont destitués au profit des hommes Tutsi, considérés
nomique. comme plus aptes à gérer le pays.
Dans le cadre de sa politique d’expansion colo- Au niveau éducatif, une école d’élite est créée pour
niale en Afrique, l’Allemagne instaure, à la fin du XIXe les fils des chefs et l’enseignement des jeunes Tutsi
siècle, un protectorat 4 sur un territoire englobant le est privilégié. Par exemple, dans les écoles coloniales,
Rwanda, le Burundi et le Tanganyika (Tanzanie). Après on apprenait l’arithmétique et le français aux enfants
la défaite de l’Allemagne en 1918, le traité de Ver- Tutsi mais le chant aux petits Hutu. Dans les années
sailles 5 attribue le protectorat du Rwanda et du Bu- 30, les Belges imposèrent la carte d’identité avec la
rundi (appelés alors Ruanda-Urundi) à la Belgique. Les mention ethnique Tutsi ou Hutu, accentuant la dis-
colonisateurs belges entreprennent alors une « mis- tinction sociale et économique entre les deux ethnies.
sion civilisatrice » basée sur le système démocratique Cette politique va jouer un rôle prépondérant dans
belge (introduction du droit positif, droit de propriété, les rivalités politico-ethniques qui vont déchirer le
carte d’identité,...) ; ils confient l’éducation et la santé pays durant plus de 30 ans.
à l’Église catholique.
L’histoire coloniale nous permet de voir comment les MOUVEMENT DE DÉCOLONISATION
colonisateurs vont percevoir la réalité rwandaise et la ET « RÉVOLUTION SOCIALE » :
figer selon les critères raciaux en vogue à l’époque RADICALISATION DES CLIVAGES
(XIXe siècle). Trois ethnies seront identifiées selon ETHNIQUES
ces critères : Hutu, Tutsi et Twa. Pourtant, le terme
d’ethnie 6 est inapproprié pour décrire le système Ce système crée une double frustration tant chez les
social complexe du Rwanda au sein duquel la popula- Tutsi, qui rêvent d’indépendance, que chez les Hutu
tion s’organise plutôt par clan, s’identifie à une seule qui ne supportent plus leur asservissement. La révolte
culture et parle la même langue. Par ailleurs, ces gronde. Dans les années 1950, les Tutsi commencent
catégories socioprofessionnelles (Hutu, Tutsi et Twa) à revendiquer l’indépendance du pays. En consé-
n’étaient pas figées : un Hutu pouvait devenir Tutsi quence, les colonisateurs belges renversèrent leur
selon son statut économique, et vice versa. alliance au profit des Hutu (l’Église ouvre une école
Hutu d’opposition), au nom de la « démocratie majo-
ritaire », dénonçant ainsi les privilèges Tutsi. Les Hutu,
qui souhaitent être intégrés au gouvernement, enta-
ment une guerre civile 7 à partir de 1959 (« la révolu-
tion sociale des Hutu »), avant de prendre le pouvoir.
L’indépendance du pays est proclamée le 1er juillet
1962, mais les premières décennies du gouverne-
ment Hutu (1962-1990) s’accompagnent de nouvelles
explosions de violences et massacres qui poussent un
4
Protectorat : Régime juridique établi par un traité grand nombre de Tutsi à s’exiler en Ouganda. Ceux-ci
international et selon lequel un État protecteur forment le Front patriotique rwandais (FPR) qui s’orga-
contrôle un État protégé.
nise pour tenter de reprendre le pouvoir à Kigali.
5
Traité de paix entre l’Allemagne et les alliés de la En 1973, un coup d’État militaire porte le général Ha-
Première Guerre mondiale, signé le 28 juin 1919, byarimana au pouvoir. Le nouveau Président Hutu per-
qui annonce la création de la Société des Nations et
détermine les sanctions prises à l’encontre de l’Allemagne.
siste dans une politique de catégorisation ethnique
(quotas, carte d’identité ethnique, armée mono-eth-
nique,…) en défaveur des Tutsi.
6
Ethnie : Ensemble de personnes partageant
une même langue, une même culture.
7
Guerre civile : dans un État donné, conflit opposant
cet État à des groupes armés ou des groupes armés
et/ou civils entre eux.
[Link]
FICHE CONTEXTE
PAYS
GUERRE CIVILE ET NÉGOCIATION
D’UN ACCORD DE PAIX LE GÉNOCIDE
En 1990, le FPR envahit le Rwanda et le pays plonge Le 6 avril 1994, le Président Habyarimana et le Pré-
dans une guerre civile violente. Sous la pression na- sident burundais Cyprien Ntaryamira sont assassinés
tionale et internationale qui demande la démocrati- lors d’un attentat contre l’avion qui les transportait.
sation du pays, le président Habyarimana modifie la Cet assassinat marque le début du génocide mené
Constitution et permet le multipartisme. Les négocia- contre les Tutsi et les massacres des Hutu qui s’y op-
tions pour un gouvernement de transition s’ouvrent. posaient.
Un nouveau gouvernement de coalition est formé en
avril 1992 et entame des négociations avec le FPR Les massacres font près d’un million de victimes en
aboutissant d’abord à un cessez-le-feu en juillet 1992 trois mois, sans que les organisations internationales,
et finalement aux accords d’Arusha en août 1993. Ces ni certaines puissances internationales, pourtant pré-
accords prévoient qu’un nouveau gouvernement tran- sentes dans le pays, n’interviennent pour y mettre fin
sitionnel soit mis en place, dans lequel le FPR aurait aux massacres.
le même nombre de portefeuilles ministériels que le
parti au pouvoir, le MRND, ainsi que la fusion des deux Face à ce génocide, les responsabilités internationales
armées. Pour faire respecter ces accords, des casques sont accablantes : « Les Nations Unies n’ont pas livré
bleus des Nations Unies 8 se déploient dès novembre les informations dont ils disposaient au Conseil de
1993. sécurité. Les États-Unis, traumatisés par l’échec de la
Somalie, ne voulaient plus risquer la vie de leurs boys
Mais en réalité, la mise en œuvre des accords ne s’achè- en intervenant et n’avaient aucun contact avec ce petit
vera jamais. Le Président Habyarimana avait perdu pays africain. La Belgique a retiré précipitamment ses
progressivement une grande partie de ses pouvoirs troupes après l’assassinat de ses dix casques bleus
suite aux accords, et devait en même temps faire face et a préconisé le retrait total des forces des Nations
au durcissement de ses partisans les plus extrémistes. Unies. La France a soutenu jusqu’à la fin le régime
L’installation du gouvernement de transition est alors d’Habyarimana et a été le seul pays qui a reconnu le
boycottée à plusieurs reprises. Entre-temps, le régime gouvernement intermédiaire, exclusivement composé
à Kigali, avec la complicité de l’armée, développe une de planificateurs du génocide » 9.
véritable stratégie d’extinction des Tutsi (propagande
anti-Tutsi par la presse et la radio notamment, création En juillet 1994, le FPR parvient à prendre le pouvoir et
de milices et de camps d’entraînement,...). met fin au génocide contre les Tutsi.
8
L’organisation internationale des Nations Unies est
une organisation internationale qui a été fondée en
1945 dans le but de maintenir la paix et la sécurité
internationale, de développer des relations amicales
entre les nations, de coordonner l’action des nations
et d’aider celles-ci à travailler ensemble pour lutter
contre la pauvreté, la faim, la maladie, l’analphabé-
tisme, à établir de meilleures conditions de vie et à
assurer le respect des droits de l’homme en général.
9
« Dossier pédagogique : comprendre les génocides
du XXe siècle », une réalisation de la Cellule Formation
Jeunesse du Centre Communautaire Laïc Juif, [Link]
(projet écoles)
[Link]
ACCORDS DE PAIX, TRANSITION
DÉMOCRATIQUE ET SITUATION
POST-CONFLIT
Plus d’un million et demi de Rwandais fuient alors le Sur le plan social et économique, malgré des résul-
pays vers la Tanzanie et surtout l’est de la République tats encourageants en matière de développement so-
démocratique du Congo (RDC), dont parmi eux des cio-économique, d’importants défis restent à relever
extrémistes rwandais armés. À partir de 1996, le nou- et la tâche est immense pour reconstruire le pays qui
veau régime oblige les réfugiés à retourner au Rwan- est pauvre en ressources naturelles. Si la carte d’iden-
da et l’Armée Patriotique Rwandaise (APR) lance des tité ethnique a été abolie et les manuels scolaires
offensives armées pour démanteler l’opposition poli- réécrits, les traumatismes générés par le génocide
tico-militaire Hutu installée dans les camps de réfu- restent prégnants au sein de la société rwandaise où
giés, provoquant des milliers de morts. Le génocide rescapés et génocidaires sont contraints de cohabiter.
au Rwanda a eu un impact violent au niveau régional.
Deux décennies après le génocide, un noyau dur d’an- Sur le plan politique, le régime actuel a explicite-
ciens miliciens appelé FDLR (Forces Démocratiques de ment et délibérément fait le choix d’une gouvernance
Libération du Rwanda) continue à contrôler de larges « adaptée au contexte rwandais », c’est-à-dire sans
portions des territoires du Sud et du Nord-Kivu (prin- vouloir copier aveuglément les modèles occiden-
cipalement dans les zones forestières), perpétrant des taux de démocratie et de justice. Tandis que la lutte
exactions particulièrement graves sur les populations contre la corruption et pour l’égalité entre hommes et
congolaises. Cette présence est aussi un facteur ma- femmes sont des priorités explicites du gouvernement
jeur d’insécurité pour le Rwanda, qui pourrait justifier (et pour lesquelles il a eu une reconnaissance inter-
les opérations militaires du gouvernement rwandais nationale), le pouvoir demeure fortement concentré
sur le sol congolais ou son soutien présumé à d’autres dans les mains du FPR qui maintient une prise forte sur
groupes armés congolais. la société entière, y compris sur la presse et la société
civile.
Sur le plan judiciaire, malgré la création par l’ONU
d’un Tribunal pénal pour le Rwanda (TPIR) 10 dès no-
vembre 1994, et la reconstruction de l’appareil judi-
ciaire national, fortement amoindri lors du conflit, le
système judiciaire n’a pas les capacités de juger les
auteurs présumés de génocide : au lendemain du
génocide, plus de 120.000 suspects sont arrêtés et
l’appareil judiciaire n’a alors la capacité d’en juger que
quelques milliers par an. En 1998, au rythme des pro-
cès, il aurait fallu plus d’un siècle pour juger tous les
auteurs présumés de génocide. Pour rompre avec la
culture de l’impunité et amorcer une réconciliation na-
tionale, le gouvernement met alors en place les juridic-
tions Gacaca, mécanismes de justice au niveau local,
inspirés des pratiques traditionnelles afin d’accélérer
les jugements des auteurs des crimes de génocide.
10
Cf. Support documentaire : Introduction sur la
Après avoir traité environ 2 millions de dossiers, les
justice pénale internationale et ses juridictions
Gacaca ont été officiellement closes le 18 juin 2012.
11
Cf. Support documentaire : La compétence universelle En Belgique, grâce à la loi de compétence univer-
selle 11, sept auteurs de crimes de génocide ont pu
être jugés et condamnés.
Sources
Braeckman Colette, Au Rwanda comme au Burundi,
l’argument ethnique ne fait plus recette, Le Monde
diplomatique, décembre 2010, [Link]
[Link]/2010/12/braeckman/ 19957
Chrétien Jean-Pierre, L’Afrique des grands lacs -
Deux Mille Ans d’histoire, Paris, Aubier-Historique, 2000.
Dossier pédagogique : comprendre les génocides
du 20e siècle, une réalisation de la Cellule Formation
Jeunesse du Centre Communautaire Laïc Juif.
ICG : [Link]
cfm?id=1174&l=2, rapports publiés par ICG sur le Rwanda.
Marysse S., Reytjens F. et Vandeginste S. (sous la dir.),
L’Annuaire de l’Afrique des Grands-Lacs (publication
annuelle), L’Harmattan, Paris.
National Institute of Statistics of Rwanda: [Link]
[Link]/
Séries Cahiers Africains, L’Harmattan/MRAC, Paris/
Tervuren.
Stassen J.P., Les revenants, Revue XXI, no20,
automne 2012.
[Link]