PROGRAMME DE PHILOSOPHIE
CLASSE DE TERMINALES
MONSIEUR FALL
DOMAINE N°2 : LA VIE SOCIALE
NATURE ET CULTURE
Il s’agit de deux notions toutes polysémiques qu’on ne peut guère analyser
sans précision. Par la nature il faut retenir, outre le cadre de vie donné
comprenant l’environnement et l’espace physique, l’ensemble des
caractères, faits et comportements innés comme l’élocution (le parler), la
pensée et la raison, par lesquels l’homme se distingue des autres espèces et
de ses semblables. Quant à la culture elle intègre tous les faits de
civilisation ou artifices comme le travail, le langage, la connaissance, les
valeurs et règles acquis par l’homme au sein de l’univers social dans lequel
il vit. C’est de là qu’elle détient son qualificatif d’acquis. Ainsi au sens où
elles nous interpellent, nature et culture renvoient à l’homme.
L’anthropologue Taylor pour définir la culture dit: « la culture ou civilisation
est ce tout complexe qui comprend la connaissance, la croyance, l’art, la
morale, le droit, la coutume et toute autre attitude ou habitude acquise
par l’homme en tant que membre de la société ». A partir de cette
conception de la culture on est à même de penser et à juste titre qu’elle se
distingue de la nature. Mais une telle distinction n’est en réalité, que
formelle en ce sens que la nature de l’homme comporte en elle des
prédispositions par lesquelles celui-ci assimile la première, à savoir la
culture. En d’autres termes la culture est un fait humain dans tous ses
aspects. Par conséquent on ne peut véritablement parler ni de langage ni
de travail chez les animaux pour la simple raison que le langage demande
impérativement une pensée, qui leur fait défaut, et qui se sert d’un code
commun qui évolue et établit entre ceux qui l’utilisent, une relation
interactive. Emile Bénevéniste pour l’avoir compris ainsi dit : «par le
langage l’homme assimile la culture, la perpétue et la transforme ». De
même, pour le travail il faut être apte à se libérer de la nature en la
transformant en faisant ce que Georges Bataille appelle «crée un monde
nouveau ».
Il faut en outre reconnaître, en conséquence de cela, que l’homme en
tant que membre de la société est plus le produit de la culture que celui de
la nature. Aristote théoricien de la société comme réalité naturelle prend
l’homme pour « un animal politique » pour faire concevoir par là que parmi
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les dons qu’il détient de la nature, figure cette aptitude à rendre naturels
certains faits. C’est ce qu’il confirme quand il dit « la cité (société) est un
seconde nature». Ainsi on ne peut connaître l’être de raison que quand on
connaît véritablement l’être social qui le détermine dans la coutume.
Comme le prétend Pascal la nature humaine est dans sa capacité
d’assimilation de la culture par conséquent l’homme reste déterminé par la
coutume. « La coutume, dit-il, est notre nature.» Il existe sous un tel
rapport une part non négligeable à concéder à la culture et la société qui
façonnent l’individu afin qu’il se réalise. J.J Rousseau le pense car il conçoit
que l’homme est un homme devenu par la société qui exploite son
patrimoine génétique par l’éducation .Ce constat s’illustre dans l’étude du
comportement des enfants sauvages (qui ne présentaient aucun caractère
humain) Amala, Kamala et principalement Victor le sauvage d’Aveyron, par
qui le Docteur Jean Itard après une tentative d’éducation sociale constate
les progrès d’adaptation au langage à la lecture et à l’écriture. Lucien
Malson conclut d’ailleurs dans ces rapports : « avant la rencontre d’autrui
et du groupe l’homme n’est rien d’autre que des virtualités aussi légères
qu’une transparente vapeur» ; pour lui reconnaître ainsi une prédisposition
à la culture. Edgar Morin voit en l’humain un animal bio-culturel et rien
d’autre. Kant semble être du même avis car pour lui, « la nature humaine
est culturelle ».
En outre la culture avec l’idéologie et l’ethnologie a fait l’objet de discorde
entre les penseurs. Depuis les grecs antiques jusqu’à nos jours il y a une
tendance à préjuger sur la validité des cultures des sociétés moins
développées. De cette comparaison, certaines comme celles négro-
africaines et parfois même latino-américaines sortent qualifiées d’incultes
et de « sauvages » ou « non civilisées ». Ceci ne relevant que du préjugé a
été rectifié par Claude Lévi Strauss pour qui toutes les cultures se valent. La
culture en réalité est contemporaine à la société. Il le confirme en disant :
« partout où la règle se manifeste nous savons avec certitude être à l’étage
de la culture ». Ceci revient à dire que toute culture a une valeur et leur
différence est par essence un facteur de relativisme et qu’il y a « un
optimum de diversité indispensable aux sociétés humaines » conçoit
Strauss. On comprend Antoine de Saint- Exupéry dire : « si tu diffères de
moi loin de me léser tu m’enrichis ». Une invite est alors lancée à l’endroit
des pourfendeurs de l’absence de culture dans certaines sociétés. D’où la
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nécessité de s’ouvrir par reconnaissance pour autrui car « l’unique tare qui
puisse affliger un groupe, c’est d’être seul.
INDIVIDU ET SOCIETE
Il s’agit de réalités inséparables. L‘individu est l’élément indivisible d’un
ensemble donné et sans lequel l’ensemble n’a aucune existence possible.
Cet ensemble dans le cas de figure où il renvoie à la société regroupe des
individus qui entrent en relation réglementée. Dans le dictionnaire du
même nom, Lalande reconnaît en la société un « ensemble d’individus dont
les rapports sont consolidés en institution le plus souvent garantis par des
sanctions soit codifiées soit diffuses et qui font sentir à l’individu l’action et
la contrainte de la collectivité ». Concernant leur origine deux conceptions
historiques sont retenues : celle des naturalistes et celle dite de l’hypothèse
de l’état nature.
Principalement pour Aristote, la société humaine est le résultat d’une
disposition naturelle par laquelle il crée la famille puis le village enfin la
cité. Pour lui la cité est de ces réalités qui existent par nature car « l’homme
est un animal politique». S’il en est ainsi c’est parce que l’être de raison
dispose d’éléments tels que l’appareil phonatoire qui assimile le langage en
tant que besoin, que seule la société permet d’éclore et de mettre en
activité parce que c’est par elle qu’il entre en relation avec autrui à
l’intention de qui il s’exprime. On comprend ainsi pourquoi la société est
partie de la famille comme sa forme élémentaire. D’où l’idée d’Aristote
selon laquelle la société, « créée au début pour satisfaire un besoin, elle
existe pour permettre de bien vivre. »
Les théoriciens politiques à l’instar de Thomas Hobbes, Rousseau, John
Locke et bien d’autres conçoivent que la société a son origine dans l’état de
nature. Celui-ci est caractérisé par une existence précaire dans laquelle la
force personnelle garantit à tout un chacun sa propre sécurité d’où la
présence en permanence de ce que Hobbes appelle « une guerre de tous
contre tous » ou « une guerre de chacun contre chacun ». Sous ce rapport
l’existence humaine est exempte de toute sécurité, de toute liberté et de
paix. L’homme y « est un loup pour l’homme » estime Hobbes. C’est pour
échapper à cette situation de vie sauvage ou rien n’est injuste et tout est
juste, sous l’impulsion de l’instinct de conservation (reflexe de fuir la mort)
que les hommes ont initié leur pacte ou contrat donnant le jour à la société
en tant qu’effet d’une convention dont la vocation est pour Rousseau
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de « trouver forme d’association qui défende et protège de toute la force
commune la personne et les biens de chaque associé». Celle-ci par
conséquent exige de chacun le respect inconditionnel des lois (normes et
règles) relatives à sa création. Cependant pour Rousseau, opposé à
Hobbes, c’est la dégradation des conditions de vie et la propriété qui firent
naître la société. Il est d’ailleurs d’avis que l’homme a acquis ce caractère
belliqueux dans la société qui l’a « rendu mauvais et misérable parmi ses
semblables ». On comprend ainsi que la vocation de la société ou son
principe est de donner des formes de comportement contraignant ou
coercitif dont le refus et la difficulté d’assimilation ont créé des déviants
(prophètes, réformateurs, révolutionnaires, porteurs de projet de société),
des marginaux (délinquants, prostitués, clochards) et des fous qui sont
déséquilibrés par un défaut d’adaptation sociale ou de socialisation.
L’ETAT
Créé à la suite de la convention sociale, l’Etat a pour vocation de contrôler
le pouvoir commun. Il est une entité politique appartenant à une
communauté humaine dite nation (hommes et femmes ayant un passé
commun) établie sur un ou plusieurs territoires et mue par une volonté de
vie commune. Il a un fondement juridique qui organise le droit sur la base
d’une constitution. Quel est le fondement légitime de l’Etat?
Selon une tradition historico-religieuse l’Etat repose sur un principe d’une
monarchie de droit divin dont le droit de gouverner où de gestion du
pouvoir revient à un roi qui n’a de compte à rendre qu’à Dieu. Philon ne
semble pas démentir cette conception quand il considère que les rois
étaient soit « des dieux » soit les hommes étaient « des bêtes ». C’est
d’ailleurs en vertu de cette perspective que Saint Paul prie les hommes en
ces termes : «Obéissez aux puissances car il n’y a point de puissance qui ne
vienne de Dieu ».
Outre cette conception la réalité de l’Etat se fonde sur une morale de
conservation du pouvoir qui selon le théoricien de l’Etat moderne l’italien
Nicolas Machiavel l’unique charge requise pour un prince c’est de se
référer à l’histoire politique de la Rome antique riche en événements dans
lesquels le caractère changeant des hommes justifie tout recours à la
violence. Il pense, comme pour justifier les moyens par les fins, ces propos:
« Quiconque veut fonder un Etat et lui donner des lois doit supposer
d’avance des hommes méchants ». Qu’il faut ainsi associer la force du lion
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et la ruse du renard. Hegel ne conçoit pas le pouvoir autrement en ce sens
qu’il fait résultante de et l’expression de la raison qui pour avoir atteint un
certain niveau de perfection se manifeste en l’Etat qui est « l’expression de
l’Etat » faisant que l’individu ne puisse avoir d’existence objective et de
vérité que dans celui-ci. C’est là le fondement du principe de la raison
d’Etat souvent brandi comme argument politique justificatif des actions
négatives menées par le tiers élu.
Par ailleurs Rousseau parce que ne reconnait au pouvoir politique aucune
légitimité si elle n’a pas son fondement dans l’engagement à garantir aux
hommes leur liberté en contre partie du respect des règles établies. Ainsi
toute la mission de l’Etat consistera comme il le pense à veiller à ce que les
hommes ne cherchent pas à « vouloir jouir des droits de citoyens sans
vouloir remplir les devoirs de sujet.» C’est seulement sous cet angle que
l’autorité défendra bien ce que Rousseau nomme « l’intérêt général » que
la Démocratie (gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple),
meilleure forme d’Etat bien que difficile à réaliser, peut elle seule atteindre.
Rousseau en dit : «s’il y avait un peuple de dieux, il se gouvernerait
démocratiquement; un gouvernement si parfait ne convient pas à des
hommes.»
Il faut noter que l’abus de pouvoir lui a valu des critiques de
révolutionnaires comme Marx qui en voit « l’instrument de domination
d’une classe par une autre », de nihilistes dont Nietzsche pensant qu’il est
un monstre qui ment froidement surtout en disant « moi l’Etat je suis le
peuple», Bakounine conçoit l’Etat comme «immense cimetière où viennent
s’enterrer toutes les manifestations de la vie individuelle». L’Etat aliène
ainsi l’individu. Que dire alors de la liberté ?
LA LIBERTE
Dans un point de vue général et ordinaire la liberté est comprise comme le
pouvoir qu’a l’homme d’agir sans contrainte. En tant que membre de la
société faite d’individus à volontés différentes, l’homme peut-il alors être
libre? Non en ce sens que ce que je désire va souvent à l’encontre de ce
veut autrui en tant que condition de mon être social. Le 18è siècle pour
l’avoir compris ainsi soutient que notre liberté s’arrête là où commence
celle des autres. Pour Paul Valery «la liberté est de ces détestables
mots(…) qui chantent plus qu’ils ne parlent» pour signifier qu’elle n’a pas de
sens dans » absence de contrainte. Pour le comprendre, il faut admettre
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que c’est l’absence de liberté dans l’état de nature due à l’absence
d’interdits, qui poussa l’homme à la convention sociale. Par conséquent,
elle n’existe que dans respect de la loi. «La liberté, dit Voltaire, consiste à
ne dépendre que des lois ». Celles-ci déterminent et délimitent notre
champ d’action en imposant des obligations qui impliquer une privation de
liberté. Rousseau pense à l’inverse de celle-ci pour dire: «l’impulsion au
seul désir est esclavage; l’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est
liberté».
Par contre, étant donné qu’il existe d’autres déterminations ou agents
internes et externes qui exercent une influence sur nos actions qui sont de
nature soit biologique (la faim, la soif, la vieillesse, la malade) soit physique
(la chaleur, le froid, le vent) soit psychologique (les désirs de toute sorte),
exigent de l’homme un comportement moral pour son équilibre. Les
moralistes antiques et Epictète en premier chef, enseignent à ce sujet que
pour être libre il faut adopter cette attitude à ne point craindre ou désirer
et ne guère « demander que les choses arrivent tel que nous les voulons,
mais les vouloir telles qu’ils arrivent ».