CM1 Thème 1 Avant La France Antiquité
CM1 Thème 1 Avant La France Antiquité
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ET AVANT LA FRANCE ?
Partie 2
CELTES, GAULOIS, GRECS ET ROMAINS : QUELS
HERITAGES DES MONDES ANCIENS ?
La 2nde partie du cours sur le thème « Avant la France » est centrée sur les Gaules, le brassage de
leurs populations, celtes principalement, et leurs contacts avec les civilisations méditerranéennes,
grecques et romaines.
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Par ailleurs, l’archéologie ne nous apporte aucune preuve tangible de mouvement de population
massif, simplement le constat de mutations dans les pratiques culturelles et la vie quotidienne.
Une image pour comprendre la nuance : si dans 1000 ans les archéologues du futur découvrent que brusquement
l’Europe occidentale au XX° siècle s’est couverte de Mac Do et que partout on trouve des cannettes de Coca Cola,
ils ne devront pas en déduire qu’une migration nord américaine s’est produite !
Quoi qu’il en soit, les découvertes archéologiques, comme celle de la tombe du prince de Lavau,
près de Troyes, montrent bien l’importance de cette Gaule du nord dès le Vème siècle.
1b. Une riche aristocratie gauloise en relation avec le monde gréco romain dès le Vème
siècle avant JC
Cette tombe exceptionnelle montre le défunt enterré avec un char de guerre, dans une vaste
chambre funéraire de 14 mètres carrés et entourée d’un système de protection. De précieux
objets accompagnent aussi ce défunt : un chaudron de bronze décoré de têtes d’Acheloos, dieu-
fleuve grec, et de huit têtes de lionnes, une oenochoé (pichet à vin) en céramique grecque à
figures noires sur fond rouge, un poignard... Ce type d’inhumation était réservé bien sûr à l’élite.
On parle donc de « tombes princières ». Un autre exemple célèbre est celui de la tombe dite « de
la princesse » de Vix, en Bourgogne. On y a trouvé la tombe à char d’une défunte et, entre autres,
un cratère fabriqué en Grande Grèce (sud de l’Italie) servant à consommer le vin que les Grecs
exportent en Gaule et qui devient la boisson de prédilection des élites gauloises.
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La présence d’objets d’origine grecque dans cette région si éloignée de la Méditerranée montre
ainsi que les commerçants méditerranéens sont entrés en contact avec les Gaulois. Les élites,
surtout celles vivant à proximité des grands axes fluviaux, ont progressivement fait l’acquisition
d’objets d’origine méditerranéenne, des objets rares et exotiques, source de prestige.
En effet, à partir du VII ° siècle, les cités grecques ont fondé des colonies le long du littoral
occidental de la Méditerranée. Marseille (Massalia) fondée en – 600 par des colons venus de
Phocée, en Asie Mineure, est la plus importante. La légende décrit une fondation bien acceptée
par les populations locales, gauloises ou ligures. La ville connaît une croissance rapide et devient
la plus importante cité grecque en Méditerranée occidentale. Elle va elle-même va essaimer à
Nikaia (Nice), Aghaté (Agde) etc.
Les motivations des Grecs étaient avant tout commerciales : contrôler les produits clés transitant
par la Gaule, l’étain, le cuivre, l’or, l’ambre… Leur influence sur les Gaulois s’affirme : Beaucoup
semblent apprendre le grec, langue des échanges commerciaux. De nombreux guerriers
deviennent des mercenaires au service des Etats grecs. Un des effets les plus spectaculaires de
cette acculturation fut l’adoption de la monnaie (une imitation des monnaies grecques), par les
peuples gaulois.
Cependant vers 150 av JC, Marseille doit faire appel à l’aide des Romains. La ville apparaît
désormais comme une vassale de la puissante république romaine et elle finit par perdre son
indépendance en 49 av JC
Dès le II° siècle avant notre ère les marchands romains remplacent les commerçants grecs sur les
routes de la Gaule.
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En conclusion, on voit combien ce monde gaulois est ouvert aux échanges dès le Vème siècle et
entre ainsi dans l’histoire. Du coup, le choc entre la Rome de J. César et la Gaule, 4 siècles plus
tard, ne sera peut-être pas si radical que cela ?
2) La conquête de la Gaule
2a. Une pénétration romaine bien antérieure à la conquête du 1er siècle avant JC
La conquête de la Gaule par Rome survient après deux siècles d’expansion continue de la
république romaine. En 125 av JC, Rome a achevé la conquête du sud de la Gaule, entre
Espagne et Italie. Elle y fonde de nombreuses colonies. Celle de Narbonne va donner son nom à
la province (provincia d’où vient le nom Provence). L’influence de Rome devient très importante
en Gaule, des communautés de marchands romains, les négotiatores, y sont nombreux. Ils
importent des céréales, des salaisons et exportent du vin, des céramiques, de l’huile. Des alliances
de tribus gauloises - les Séquanes et les Eduens par exemple - avec la République romaine sont
déjà négociées.
2b. Une civilisation gauloise, dont on garde des traces matérielles mais seulement des
écrits écrits par les « autres »
La culture druidique était de tradition orale, donc nous savons très peu de choses. Les Gaulois
n’ont pas écrit sur eux même : leur enseignement était oral, très peu d'entre eux savaient écrire et
aucun texte, s'il y en eut, n'a été découvert.
Les seules sources dont nous avons longtemps disposé provenaient pour l’essentiel des Grecs
(Polybe : IInd s. av. JC - Strabon : Ier s [Link] - Plutarque : fin Ier s. av. JC) et des Romains
(Cicéron - Tite-Live : Ier s av JC - Pline l’Ancien : Ier ap JC et enfin Jules César, « La Guerre des
Gaules », 58-51 avant JC. Ces textes véhiculent de nombreux stéréotypes et sont donc très
partials même si on peut y trouver des informations montrant qu’ils étaoient bien informés. Ainsi,
ils nous montrent un pays riche, fortement peuplé, aux ressources agricoles et minières
abondantes. Mais ils dressent un portrait simpliste des Gaulois, peuple barbare (= qui ne parle
pas le grec), sauvage donc.
Ce qui a contribué à renouveler notre vision de la Gaule romaine, ce sont les fouilles
archéologiques, à partir du XIXème siècle. Elles ont révisé la vision de Gaulois chevelus vivant
dans des villages entourés de forêts, et réévalué leur niveau de civilisation technique. Ainsi, les
artisans gaulois possédaient un savoir-faire dans de nombreux domaines. Ils étaient sont réputés
pour le travail du bois, du cuir et du fer. Ils sont métallurgistes (épées) et orfèvres (armes, parures
- torques, bracelets - vaisselle). Ils inventèrent le tonneau mais aussi le savon. Leur art était
décoratif, plutôt abstrait. On en a de beaux exemples grâce aux vestiges trouvés dans l’oppidum
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de Corent (Puy-de-Dôme), probable capitale du peuple arverne avant la guerre des Gaules.
Sur le plan politique, la Gaule est morcelée en une multitude de petits états rivaux correspondant
à 60 / 80 « cités » (comme dit Jules César) plus ou moins rivales (Éduens, Séquanes, Vénètes,
Arvernes…). Ces tribus sont divisées en sous-tribus etc. Cependant, chaque année, un peuple
reçoit le mandat de représenter les autres.
Il existe cependant une culture commune qui se manifeste dans la langue, des habitudes
alimentaires, vestimentaires, une religion polythéiste avec dieux inspirés des forces de la nature,
comme Taranis, Cernunnos, Epona.... Les druides structurent cette culture : Ils ne sont pas que
des prêtres car ils pratiquent la divination, les mathématiques, l’astronomie, la médecine et
établissent le calendrier (voir celui retrouvé à Coligny). Souvent chargés de la justice et de
l’éducation des jeunes guerriers et hommes politiques, ils sont dispensés d’impôt, de service
militaire.
Il existe aussi de manière certaine des formes préurbaines dans le monde gaulois au Ier siècle
avant J.C. On appelle oppida ces sortes de villes (par ex : Bibracte, Alésia, Corent…).
A cette date, l’influence culturelle romaine, attestée par les fouilles archéologiques, est
importante :
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- monnaie d'argent frappée à l'effigie de Roma qui facilitait les échanges
- fibules romaines trouvées dans des oppida etc.
La conquête militaire par Jules César ne fera donc qu’accélérer un processus entamé depuis
longtemps.
En 58-51 a lieu la Guerre des Gaules , soit la conquête de l’ensemble du territoire par Jules César.
L’épisode le plus marquant en est la révolte gauloise de 53-52 conduite par Vercingétorix, battu à
Alésia.
Jules César est alors un général ambitieux, désireux de s'emparer du pouvoir et de mettre de
l'ordre dans les institutions romaines. En 58 avant JC, le Sénat, qui détient l'autorité suprême,
tente de l'éloigner en lui enjoignant de conquérir les territoires compris entre les Pyrénées et le
Rhin (les Gaules). César est par ailleurs sollicité par les Eduens une tribu de la Gaule pour
intervenir contre les Helvetes, d'autres Gaulois qui ont entrepris d'émigrer en passant par leur
territoire.
Dès lors, César mène plusieurs campagnes guerrières pour soumettre les différents peuples
gaulois, de Belgique, au nord de la Seine, en Bretagne, en Aquitaine. En – 56, la plus grande partie
de la Gaule lui fait allégeance. César peut croire la Gaule soumise mais il n'en est rien. La paix est
sans cesse remise en cause.
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Dans le courant de l'année 53 avant JC, le jeune Vercingétorix, devenu chef des Arvernes, un
peuple qui n'a jamais été occupé par les légions romaines, prend conscience de la menace que
représente César pour son indépendance. Il fomente une coalition secrète de tous les peuples de
la Gaule. Jules César vient l’attaquer en Auvergne mais le chef gaulois s'établit solidement à
Gergovie, une place fortifiée proche de Clermont-Ferrand, lors de ce qui est devenu dans
l’Histoire plus célèbre victoire gauloise.
Pourtant, Vercingétorix, qui tente de repousser les Romains vers la sud, doit battre en retraite et
se réfugie avec 80.000 hommes dans Alésia, un oppidum bien fortifié dans l'est de la Gaule.
César organise le siège méthodique d’Alésia, avec une ligne de fortifications double de 17 et 22
kilomètres de circonférence pour empêcher toute sortie des assiégés et repousser l'armée gauloise
venue à leur secours. Cette tactique porte ses fruits : la famine contraint Vercingétorix à se
rendre. Enchaîné, le chef va suivre pendant quatre ans son vainqueur au cours de ses campagnes
militaires. Il sera ensuite emprisonné à Rome avant de figurer au triomphe de César et d'être
étranglé dans sa cellule.
L'année suivante, en 51 avant JC, César soumet quelques ultimes révoltes, dont celle
d'Uxellodunum (Cahors). Il fait couper les mains de tous les défenseurs de cette ville. La Gaule
tout entière fait soumission. Les huit ans de guerre lui auront coûté plusieurs centaines de milliers
de morts et la destruction de dizaines de cités.
La conquête a longtemps donné lieu à une vision idéologique comme en témoigne la « Guerre
des Gaules » de César où celui-ci impose « sa » vision de vainqueur.
Plutarque, historien d’origine grec du 1er siècle , donne, lui, une vision plus glorieuse de
Vercingétorix. Il explique qu’après avoir fait souffrir les Romains, Vercingétorix décida lui-même
de se rendre. Cette version, peu vraisemblable, a pourtant été retenue traditionnellement par les
historiens du Second Empire. La glorification de Vercingétorix atteint son apogée lors de la mise
en place en 1865 à Alise-Ste-Reine d’une statue du chef gaulois mesurant 7m. Parallèlement ,
Napoléon III fait fouiller Alésia et Bibracte.
A la fin du XIXème, dans un contexte de défaite face aux Allemands (1870), La IIIème
République a besoin d’un héros et il est important de valoriser le guerrier gaulois, incarné par
Vercingétorix. Cette vision contribue à renforcer le sentiment patriotique. On lit dans le manuel
scolaire d’histoire, le « Petit Lavisse », en 1884 « Vercingétorix, premier héros de notre histoire »
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La reddition de Vercingétorix fut bien sûr moins glorieuse et l’historien Christian Goudineau s’est
employé à démythifier cette vision idyllique du héros national Vercingétorix. Il explique
notamment que Vercingétorix est livré désarmé après un échange diplomatique , mentionné par
César, ses troupes lançant leurs armes par-dessus les remparts d’Alésia.
3. La romanisation
La romanisation peut être définie comme un processus d’acculturation lent et complexe, un
mélange de culture romaine et de culture gauloise donnant naissance à une nouvelle culture. Les
processus de romanisation ont pu revêtir différentes formes, être plus ou moins forts et durables.
Par exemple dans le domaine religieux , les syncrétismes ont été nombreux entre dieux romains et
gaulois et Christian Goudineau montré qu’à la fin de l’empire Romain les campagnes gauloises
restaient assez peu romanisées.
Toutefois, Rome qui va imposer son modèle dans de nombreux domaines. Les apports de la
romanité sont nombreux et importants : adoption de la langue latine, d’un mode de vie urbain
particulier, avec des infrastructures (routes etc.), christianisation
L’adhésion des élites gauloises à ce modèle imposé, leur intégration par l’octroi de la citoyenneté
et la participation à la gestion des affaires locales est un facteur déterminant de la création de ce
qu’on appelle en France la culture gallo-romaine.
3a. Une domination politique qui intègre très bien les élites urbaines
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Durant le règne d’Auguste, 1er empereur, a lieu une réorganisation administrative. Des provinces
sont délimitées (Aquitaine, Lyonnaise, Belgique, Narbonnaise). Elles sont dirigées chacune par un
gouverneur désigné par l’empereur et peu à peu sillonées les courses du courrier impérial
emprunatnt les grandes lignes d’un réseau routier à but stratégique.
La citoyenneté est élargie progressivement : Les élites gauloises reçoivent les droits civils puis
droits politiques égaux à ceux des Romains. C’est un vecteur de progresision politique et sociale.
L’étude des inscriptions a permis de révéler l’origine gauloise de certaines grandes familles
(comme ce Caius Julius Rufius, prêtre de Rome et d’Auguste à l’autel des Gaules à Lyon dont
l’inscription de l’arc de Saintes retrace la généalogie).
Claude, empereur né à Lyon, donne accès aux magistratures romaines à tous les citoyens romains
de Gaule comme en témoigne son discours au Sénat (47-48 ) et retrouvé sur la Table
Claudienne devant le Sénat. Enfin, en 212, par l’Edit de Caracalla, tous les hommes libres du
monde romain deviennent citoyens.
La notion de citoyenneté comme statut commun fondé sur l’égalité juridique est un héritage
romain en Gaule, comme une grande partie du droit civil.
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L’urbanisation est également un vecteur de romanisation. De nombreuses cités sont fondées et,
de ce fait, la plupart de nos villes sont d’origine romaine : Caesarodunum (Tours) Lugdunum
(Lyon) qui devient capitale en – 43, etc.
Les cités sont dirigées, suivant le modèle romain, par des magistrats issus de l’élite gauloise et une
sorte de conseil municipal appelé Curie.
Leur plan est souvent de conception orthogonale (autour de deux axes nord-sud et est-ouest
décumanus / cardo). Si possible, les rues sont larges et bordées de portiques. L’entrée des villes
est signalée par un arc tandis que les nécropoles sont installées à l’extérieur.. Des égouts, des
caniveaux améliorent la situation sanitaire. L’accès à l’eau est assuré par les aqueducs. Des fouilles
préventives menées par l’INRAP ont permis de reconstituer les structures urbaines anciennes de
la ville de Lutèce dont on a retrouvé l’ordo et le decumanus, les thermes, les égouts, les
habitations d’abord en torchis puis en pierre…
Mais surtout, un centre monumental est édifié autour du forum. Ces monuments publics,
caractéristiques de la civilisation romaine, reflètent la richesse des notables gaulois et leur
adoption de la pratique romaine de l’évergétisme, comme en témoigne là encore la célèbre
inscription sur l’arc de Saintes. L’art classique gréco-romain diffuse en Gaule des formes
architecturales qui s’imposeront durablement, en particulier la colonne et l’arc en plein cintre.
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Les échanges étaient déjà nombreux et anciens mais la Gaule s’intègre encore plus dans les
échanges méditerranéens. Elle devient elle-même exportatrice de poteries. La céramique sigillée
gauloise est très réputé. L’usage du tonneau se diffuse.
Ces échanges et les déplacements en général sont favorisés par les apports logistiques romains,
ponts et aqueducs (comme le célèbre pont du Gard), installations portuaires et canaux, et enfin
les fameuses voies romaines dont les principales sont pavées.
La romanisation touche également l’économie rurale. Les terroirs sont quadrillés et découpés en
lots. Ce cadastrage (encore repérable en Provence, en Côte d’Or, en Bretagne etc. grâce à la
photographie archéologique aérienne) permet d’abord de répartir les terres et de distribuer les
meilleures aux vétérans de l’armée romaine.
Des cultures nouvelles se développent en Gaule : la vigne, les cerisiers, les plantes oléagineuses,
les oliveraies…
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La formation de villa sur un domaine (fundus) est liée au développement d’un habitat rural
dispersé. Ces villae se divisent en deux parties :
- la pars urbana est l’habitat du maitre. Elle est organisée à la manière des grandes maisons
urbaines et peuvent comporter des thermes, être décorées de mosaïques .
- la pars rustica, que les paysans exploitent. L’esclavage y est pratiqué.
Des petits centres secondaires, appelés vici, se développent sur les axes commerciaux. Certains de
ces ont été construits. Ces villages comportent parfois des éléments de culture urbaine gallo-
romaines (comme un petit théâtre, un amphithéâtres) ainsi que des sanctuaires indigènes en
pleine campagne. Les deux sont présents sur le site de Sanxay (Vienne) par exemple. Il ne faut
donc pas sous-estimer l’influence de ce type de spectacle romain, y compris en milieu rural
Toutefois, les modes de vie gaulois sont davantage préservées à la campagne. Les outils et
techniques argicoles, l’habillement, l’habitat rural hors des villae restent assez semblables à ce
qu’ils étaient avant la conquête.
3c. Le culte civique romain s’impose mais s’accommode d’une tolérance religieuse
Le culte impérial est imposé et des notables locaux en deviennent les prêtres (pas du tout dans le
sens actuel), soit des magistrats chargés de l’entretenir. Devenir flamines, par exemple, est une
grande promotion pour un gaulois. Des temples sont édifiés, comme la célèbre Maison Carrée à
Nîmes.
Ce culte civique poursuit un objectif de cohésion politique et morale et s’accomode fort bien de
la persistance des dieux gaulois, eux mêmes partiellement assimilés au panthéon gréco-romain.
Ces dieux gaulois sont assez mal connus. Ils sont représentés souvent habillés à la romaine mais
accompagnés par leur attribut. Ils peuvent être réunis avec des dieux romains sur un même
monument (voir le pilier des Nautes à Paris). On peut donc parler d’un syncrétisme religieux.
Enfin, les pratiques funéraires indigènes, comme l’inhumation et le culte privé des morts,
subsistent.
3d. La christianisation commence plus tardivement que dans le reste de l’empire, vers le
IIème siècle, mais se répand progressivement
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Cependant, le christianisme parait étrange aux Romains. C’est une religion universaliste, qui
demande un engagement exclusif de ses fidèles. Le message chrétien s'adresse à tous les individus
quel que soit leur statut et prêche l’amour du prochain, quel qu’il soit (femmes, esclaves compris).
Pour les Romains, la cité est le cadre privilégié du culte officiel, dont les sacrifices animaux sont
les cérémonies principales or le christianisme, monothéiste, refuse le culte de l’empereur, affirme
son monothéisme et ignore le sacrifice d'animaux. C’est sans doute pourquoi les autorités
officielles ont réagi avec tant de force contre la nouvelle religion, alors que le monde romain se
caractérise plutôt par une relative indifférence, voire une acceptation de nouveaux cultes.
Au IIIe siècle, l'Empire a besoin de renforcer son unité face aux risques des incursions barbares.
Il persécute les chrétiens en tant que menaces pour son unité (Les chrétiens refusent le culte
impérial, certains refusent aussi de servir dans l’armée par exemple). Tout cela explique, comme
dans le reste de l’Empire, les persécutions régulières bien que ponctuelles, la plus grande
persécution étant celle de l'Empereur Dioclétien (303-304)
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En Gaule notamment, au IIe siècle, le christianisme est encore un phénomène très localisé et
d’abord urbain, surtout dans les villes du sud et dans la vallée du Rhône, car cette nouvelle
religion est surtout propagée par des commerçants.
La première communauté attestée est celle de Lyon. Elle est connue par les sources relatant la
persécution de 177, persécution ponctuelle mais qui sera largement instrumentalisée par l’histoire
officielle de l’Eglise par la suite. Un témoin oculaire, l'auteur de la Lettre des chrétiens de Lyon à
l'Église de Smyrne, a raconté cet épisode de martyre lors de la persécution de 177. Parmi les
suppliciés (dont l'évêque de Lyon, saint Pothin), Blandine, une esclave, fut livrée aux lions qui
refusèrent de lui faire le moindre mal. Elle fut flagellée, placée sur un grill brûlant, puis livrée dans
un filet à un taureau qui la lança en l'air avec ses cornes. Ayant survécu au taureau, sainte
Blandine fut achevée par le glaive ! Mise en avant dès le Moyen âge, le XIXe siècle fera de
Blandine une héroïne romantique : une jeune fille aux longs cheveux, vêtue de blanc comme une
vierge, entourée de lions qui semblent vouloir la protéger plus que la croquer ! (dans un roman de
Chateaubriand par exemple)
La volonté de vivre pleinement leur foi pousse certains Chrétiens à endurer sans résistance le
martyre, à l'imitation de Jésus-Christ. Les témoins de ces martyres sont impressionnés et peuvent
se décider à adhérer à cette religion qui engage tant ses fidèles.
En 313 par l'« édit de Milan », l’empereur Constantin proclame la liberté de culte pour les
chrétiens. Il intervient directement dans la réunion des conciles, par exemple à Arles en 314
(présence de 16 évêques gaulois), qui définissent le dogme contre les hérésies. Mais l'Empire est
encore en même temps païen et chrétien.
C'est pendant cette période de tolérance que se produisent les voyages d'évangélisation de Saint
Martin, voyages itinérants de ville en ville, puis à partir de monastères, notamment le premier,
fondé à Ligugé par saint Hilaire de Poitiers (361). Saint Martin mène une action évangélisatrice
dans les campagnes encore très peu touchées par le christianisme, surtout dans le nord et l’ouest
de la Gaule. A l’origine, le mot paganisme désigne les paysans (de pagus = pays) qui ne sont
vraiment touchés par la christianisation qu’au Vème siècle.
Le premier livre consacré à l’histoire de saint Martin a été écrit de son vivant. Quand il meurt en
397, Martin, évêque de Tours, est déjà LE saint de la Gaule romaine. En analysant cet extrait très
célèbre, il faut faire la part de la propagande de l’histoire religieuse dont Sulpice Sévère est un
précurseur. De manière générale, les sources pour ce sujet sont essentiellement de seconde main
et apologétiques.
Le christianisme devient religion officielle de l'Empire, par l’édits de Théodose en 394 et les
cultes païens sont interdits.
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Le nombre des chrétiens augmente dans les villes gauloises. Les structures de l’Eglise se précisent
à partir du concile de Nicée en 325. Les évêques, élus dans le cadre des cités, dirigent la
communauté des fidèles administrent les baptêmes et l’eucharistie (les deux sacrements majeurs),
et jouent aussi un rôle politique, car souvent alliés aux élites gallo-romaines en voie de
christianisation. Ils bâtissent des basiliques mais entreprennent aussi des travaux d’urbanisme.
S’organisent également de nombreuses paroisses rurales. Les prêtres ruraux ont la lourde tâche
d'achever la conversion des campagnes où persiste le culte des forces naturelles. La religion
chrétienne est adaptée (fêtes calquées sur le calendrier païen, culte des saints et de leurs
miracles...) à des fins de conversion. Du coup, le peuple prend l’habitude de demande au ciel un
succès ou une guérison aux saints chrétiens, d’aller en pèlerinage au tombeau des martyrs où le
contact des reliques est censé guérir … Des lieux de culte païens sont christianisés, par l’érection
d’une croix par exemple.
Les coutumes funéraires évoluent. En ville, on se fait enterrer le plus près possible des églises,
voire pour les aristocrates dans les églises, près des reliques.
Le catholicisme est alors protégé par les empereurs depuis 80 ans. Il connaît cependant de graves
difficultés avec l'arianisme, Un des atouts des chrétiens gaulois est de rester fidèles à la foi
romaine, donc au pape, alors qu’une hérésie progresse dans l’empire au IVème siècle : l’arianisme
(qui conteste le dogme de la Trinité). C’est aussi le cas de Clovis.
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Conclusion
Même si les héritages gaulois existent, les héritages romains sont prédominants. Ils concernent les
les aspects linguistiques (victoire du latin comme langue écrite avec maintien de quelques termes
gaulois), les aspects juridiques et politiques, architecturaux et enfin religieux avec le christianisme
etc.
Aux VIème et VIIème siècles, l’Eglise alliée du pouvoir mérovingien est facteur de stabilité et
d’unité au moment où le pouvoir romain vacille.
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Après la « chute » de l’empire romain d’occident en 476, la présence et l’autorité des évêques
subsistent. La plupart des rois barbares se sont déjà convertis au christianisme, mais dans sa
version arienne donc hérétique. Clovis, lui, se fait le « champion des chrétiens » et reçoit donc
leur appui.
Vers 500, roi des Francs, il se convertit au christianisme romain, pour des raisons sans doute plus
politiques que religieuses. N’étant plus païen mais pas hérétique non plus, il se rallie les
aristocrates gallo-romains et les autorités ecclésiastiques, y compris le pape. On mesure donc
l'extrême importance de son baptême.
Au VIème siècle, presque toute la Gaule mérovingienne est chrétienne. L’Eglise est un facteur de
stabilité. Les monastères, qui se multiplient servent de conservatoires intellectuels de la culture
antique : langue latine, copie des manuscrits
Les successeurs de Clovis continueront à assurer l’alliance avec l’Eglise : Les Carolingiens avec
Charles dit « martel » contre les musulmans (Poitiers 732), Charlemagne qui se fait couronner
empereur par le pape en 800 et tente de reconstituer un empire romain et chrétien. On mesure là
la continuité entre mondes romain et mérovingien puis carolingien.
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• Nos ancêtres les Gaulois, Seuil, 2008.
• Les Celtes, histoire d’un mythe, Belin, 2014.
• « La Gaule, une redécouverte », Documentation photographique, n° 8105, mai- juin 2015.