LOTI
LOTI
Pour chaque pièce est décliné l’état initial (quand les données disponibles le permettent) et
le parti pris adopté dans le cadre du projet de rénovation.
Le petit
petit musée …
Cette pièce, de loin la plus documentée, permet l’approche la plus fine. Elle a fait, il y a
quelques années, l’objet d’une étude très poétique de Michèle Naturel, aujourd’hui
directrice du musée Bertrand de Châteauroux1. Elle y fait la part belle au Théâtre de Peau
d’Âne, dont les petits personnages et les décors subsistent toujours, entreposés dans les
réserves. Ce travail est fondamental mais il n’aborde pas le côté intime de ce qui n’est pas
que le « musée de l’enfance » mais bien le « musée secret » de l’écrivain. De cet aspect
1
« Le musée d’enfance, les collections naturalistes et le Théâtre de Peau d’Âne », in « Les escales du Temps »,
Les carnets de l’exotisme, 3, éditions Kailash, Paris, 2002, 229-241.
découle l’appellation « Petit musée », aujourd’hui adoptée parce que plus appropriée à sa
réalité.
Le « Petit Musée » existe encore de nos jours, bien que très délabré et privé de la majeure
partie de ses collections, disparues, déplacées ailleurs dans la maison ou remisées dans les
réserves pour des raisons de conservation. Depuis le printemps 2010, la pièce a même dû
être sécurisée par un coffrage du fait de l’état alarmant du plafond. Les aménagements
initiaux demeurent toutefois en place. Réalisés à partir de 1860, ils sont complétés tout au
long de la jeunesse du Julien Viaud. Installé dans ce qu’il désigne comme un « galetas », il
s’agit en fait d’une fort petite pièce, dans laquelle on pénètre par une porte basse donnant
sur la galerie de la salle gothique, et prenant jour par une unique fenêtre, plus large que
haute, donnant au sud –sud - ouest. Hormis l’emplacement de ces deux ouvertures, toutes
les parois sont occupées par des étagères de menuiserie de bois blanc recouvert de papier
et une partie du sol l’est par une caisse vitrée : l’aquarium réalisé, comme sans doute la
plupart des aménagements, par la tante Claire, complice affectionnée de toutes les
entreprises de son neveu.
Les deux petits meubles situés face à la porte contiennent, protégés par des vitres, la
collection de coquilles. Elles font l’objet d’une classification scrupuleuse apprise auprès du
vieil oncle, consignée dans un cahier et reportée sur une pastille de papier numérotée collée
sur chaque spécimen. C’est l’accroissement continu de cette dernière collection qui a
entraîné, semble-t-il, des aménagements complémentaires de cet espace déjà si exigu.
De l’autre côté de la pièce, des étagères protégées par des voiles de gaze sont plus
particulièrement dévolues aux reptiles, aux oiseaux et aux mammifères, empaillés, à l’état
de squelette ou en bocal. Le règne végétal est aussi présent sous la forme de lichens et
fougère enfermés dans des boîtes vitrées. A la différence des meubles aux coquilles cette
présentation répond moins à un système de taxonomie scientifique qu’à une volonté de
mise en scène. Certains animaux sont suspendus ou accrochés comme de leur vivant, ainsi
un varan du Nil (varanus niloticus), un caméléon de l’est de Madagascar (calumma parsonii) ,
ou un iguane vert d’Amérique (iguana iguana) repeint en bleu ! Les végétaux sont
savamment agencés telles les fougères de Polynésie (lycopodium cernum). Au sol, sous
l’étagère, sont posés des de crânes de divers mammifères dont celui imposant d’un
hippopotame (toujours en place). A l’instar des oiseaux exotiques (ou prédominent les
espèces d’Amérique du Sud Rhamphocelus sp., Tangara sp., Cyanerpes sp., Colibri sp. ), les
papillons et coléoptères, rassemblés au fond de la pièce dans des boîtes vitrées, sont
présentés sans respect des classifications mais en une mise en scène orchestrant les
couleurs et les formes. Dans le même esprit, l’étagère aux fossiles accrochée au même
endroit répond à un ordre purement esthétique. Cette primauté de l’effet sur la vérité
scientifique culmine avec l’aquarium déjà évoqué qui n’est autre que l’extraordinaire
reconstitution, grandeur nature, d’un morceau de barrière corallienne où, sur du sable,
parsemé de petits blocs de calcaire perforé qu’on trouve à Oléron, des madrépores et autres
coraux des mers chaudes sont peuplés de véritables coquillages et de poissons factices en
papier gouaché cousu .
Au tout début de son histoire, le musée est, comme il a été dit, une sorte de cabinet de
curiosité à l’ancienne mode, où seule la présentation des coquilles répond à une
préoccupation scientifique. La collection s’est constituée au fil des opportunités et se
trouvent réunis les fruits des collectes locales de Julien et les cadeaux exotiques du grand-
oncle et du frère, telle la fameuse maquette de pirogue offerte par Gustave. Une maquette
de pirogue, en provenance d’Uvéa, une des îles Loyauté à l’est de la Nouvelle-Calédonie, et
connue comme celle de Gustave existe toujours. Certes, Gustave n’y est jamais allé, mais il a
pu l’acquérir à Tahiti d’autant qu’une très grande mobilité des objets est attestée dans le
Pacifique à l’époque, aussi l’attribution est-elle admissible. En revanche, pour les quelques
objets océaniens qui subsistent, hormis ceux de l’île de Pâques qui proviennent du voyage de
la Flore et, donc, des collectes de Loti, il est difficile de savoir lequel des deux frères les a
rapportés, car ils ont fréquenté les mêmes îles. Dans son testament Loti parle de deux
couronnes de femmes tahitiennes, très jolies qui avaient été données vers 1860 à mon frère
par la reine Pomaré conservées alors dans le petit musée et disparues depuis
Une étape majeure de l’histoire du musée est sa fermeture à l’automne 1866, avant le
départ à Paris. Une fois encore, la tante Claire joue un rôle essentiel et Loti relate
l’évènement avec beaucoup de détails. C’est vraisemblablement à cette occasion que la
nature intrinsèque du « Petit Musée » change ; de simple cabinet d’histoire naturelle, il
devient un véritable reliquaire puisque Loti y « ensevelit » les objets auxquels il tient le plus.
Il évoque d’ailleurs expressément cette démarche dans Prime Jeunesse ou il utilise le mot
reliquaire 2. Avec l’aide de sa tante, il sature complètement l’espace en y déposant ses
2
Pierre Loti, Prime Jeunesse, édition de Bruno Vercier, Folio classique, n° 3280,Gallimard, paris, 1999, 353 Si
je parle longuement de ce « musée », dont je fis en outre, à partir de ces jours une sorte de reliquaire, c’est qu’il
grandes boîtes de mes jouets d’autrefois, sous l’étagère aux fossiles, et resserre dans un
secrétaire venant de l’île d’Oléron de gentilles boîtes à bonbons, de gentils bibelots qui
dataient de l’enfance de maman, vases ou statuettes en porcelaine, petites chinoiseries
surannées qui venaient de grands oncles navigateurs, etc.
Maints objets cités par Loti existent encore, retirés du Petit musée à des époques diverses,
exposés ailleurs ou plus récemment rangés pour des raisons de conservation. Les jouets
composent la panoplie classique de ce qui pouvait amuser un petit garçon sous le second
empire. Les gentilles boîtes à bonbon ont survécu : ce sont des boîtes en carton, rondes, au
couvercle embouti et décoré de chromolithographie. Elles renferment parfois d’autres petits
objets. L’une d’elles, une boîte au couvercle portant une dame à la Watteau, contient deux
patrons de gants de poupée en satin, quatre rondelles de carton dont deux dans des billets
de loterie au profit de la veuve du peintre Charles Lemercier et un ornement d’applique
rocaille en métal doré et argenté embouti. Dans une autre portant la mention Marrons
Glacées, il s’agit de deux gants de poupée en soie, d’un oiseau sur une fleur en pâte, de deux
sacs de gaze renfermant des herbes, de fleurs séchées, de brindilles, de mousses, de lichens
et de graines diverses. Enfin, celle à la marque Au Mortier d’Argent chocolats et thés
Leguerrier 60, rue Mr le Prince Paris recèle un caillou et un amalgame délicat de fragments
de feuille et d’or de trèfles. Le contenu de ces boîtes constituent de véritables petites
compositions, fait d’autant plus étonnant qu’elles n’étaient pas destinées à être vues.
Cette sacralisation n’a pas empêché l’endroit d’évoluer, car durant toute son existence Loti
y ensevelira des souvenirs d’un passé plus proche, certains soigneusement emballés, sorte
de petites momies parallélépipédiques. La mise en œuvre de ces réceptacles est décrite dans
le texte poignant Tante Claire nous quitte : Et je regarde de plus près, à travers les vitres, ces
deux brins de laurier-rose que secoue le vent du nord mortel ; ils sont déjà gelés et la glace a
fait fendre la bouteille où ils trempaient ; personne ne la plantera, ni ne la fera revivre, la
pauvre dernière bouture laissée par tante Claire, et cela me déchire cruellement de la
regarder, et les sanglots tout à coup me viennent, les premiers depuis que je sais qu’elle va
mourir…Puis, j’ouvre la fenêtre, je ramasse pieusement la bouture gelée, les débris de la
bouteille, la ficelle qui l’attachait, et je serre le tout dans une boîte, «écrivant, sur le couvercle
ce que cela a été, avec la date funèbre.- Qui sait entre quelles mains tombera cette petite
relique ridicule, quand je serai moi aussi retourné à la terre !… 3
Une partie de ces boîtes et paquets demeurent inviolée. Il a été décidé de ne pas ouvrir ces
précieux réceptacles afin de ne pas aller contre la volonté de Loti et la radiographie a été
utilisée avec plus ou moins de succès pour en connaître le contenu. On peut en établir une
chronologie Les boîtes les plus anciennes sont celles de l’enfance et de l’adolescence et leur
contenu est directement lié au musée première manière, telles quatre boîtes en bois ou en
carton portant respectivement les mentions : Papillons de St Porchaire, Restes de Bêtes,
a vraiment joué un rôle dans ma vie, même plus tard dans ma vie d’homme courant le monde,- et qui croirait
cela en voyant cet appartement de poupée, dont je touchais déjà de la tête le plafond trop bas !…
3
Pierre Loti, Le livre de la Pitié et de la Mort, deuxième édition, Calmann Lévy, Paris, 1891, 233.
Restes de Papillons, Papillons réparables. La radiographie n’a révélé que des épingles qui
maintenaient les insectes mais aucune trace de ceux -ci.
Chambre de Loti
A ce propos, l’habitude qu’a Loti d’enfermer des petites choses dans toutes sortes de
contenants et de noter scrupuleusement leur nature, comme on authentifie les reliques des
saints semble plutôt paradoxale pour un protestant. Elle ne le quitte jamais et d’autres
boîtes et paquets témoignent des épisodes de sa vie. Parmi les dizaines qui subsistent, on
peut citer une caisse à sucre scellée dans les Nouvelles Artistiques et Littéraires de juin 1886
marquée Plantes de Tahiti et dans laquelle la radiographie laisse entrevoir un assemblage
hétéroclite de végétaux, de coquillage, d’un bouton et de ce qui semble être un galon. Il ne
s’agit pas là de collecte de naturaliste mais bien de souvenirs pieusement conservés.
Mais l’exemple plus étonnant de ces « paquets funéraires » est donné par une boîte à
chaussure scellée par les habituels journaux et portant l’inscription : Dépouille de mon
pauvre petit chat d’Avize, le plus intelligent et le plus affectueux des chats, qui fut mon
compagnon fidèle pendant une année de guerre P.L. Laquelle s’avéra, une fois radiographiée,
contenir le corps momifié d’un chat enveloppé d’une étoffe, son grelot et deux boutons de
métal. Loti avait été cantonné à Avize dans la Marne du 21 septembre 1915 jusqu’au 1er avril
de l’année suivante, logé chez madame Rollain. Le 19 janvier 1916, il recueille un petit chat
qui sera son compagnon de solitude jusqu’à son départ d’Avize. Alors qu’il est à Hendaye le
12 janvier 1917, il apprend la mort de l’animal par une lettre de sa logeuse. Cela veut dire
qu’il a fait acheminer la dépouille du chat d’Avize à Rochefort afin de l’intégrer à ce petit
panthéon qu’est devenu alors son petit musée.
On conçoit mieux l’attachement de Loti à ce lieu et à son contenu à la lecture d’un texte au
titre bien dans le goût de Loti : Recommandations Suprêmes qu’il laisse à son fils Samuel, où
il détaille ce que doit être le sort du contenu de la maison. Étonnamment peu de chose sinon
les portraits familiaux et quelques objets méritent d’être préservés à l’inverse du Petit
musée. Il le dit clairement : § 14° dans le petit musée. Là, tout m’est absolument précieux ; ce
sont les souvenirs les plus chers de ma jeunesse. Je demande que l’on détruise en premier lieu
l’aquarium avec les coraux et les poissons – la menuiserie de cet aquarium avait été faite par
tante Clarisse. Je demande que l’on brûle plutôt que de les laisser manger par les vers les
petits oiseaux empaillés contenus dans les vitrines et qui viennent de mes chasses
d’autrefois ; de même pour les papillons. Quant au petit bureau d’enfant, qui vient
également de l’île d’Oléron et qui est rempli de mes jouets, je demande bien entendu qu’il
soit anéanti, ainsi que son contenu. Dans le fond, sous l’étagère aux fossiles, il y a une
quantité de boîtes de mes jouets d’enfant et aussi des papiers curieux venant de ma
grand’mère Viaud, qu’il faudra respecter ou / détruire. Détruire aussi le vieux perroquet
empaillé, qui a été pendant des années le perroquet de la maison. Dans une des petites
vitrines du fond, derrière les oiseaux empaillés, il y a deux couronnes de femmes tahitiennes,
très jolies qui avaient été données vers 1860 à mon frère par la reine Pomaré. Sur le petit
bureau d’enfant, il y a sous globe des plumets très rares de chefs Noukahiviens. En résumé,
ce petit musée contient à peu près tous les souvenirs les plus précieux que je possède, y
compris la petite chaise d’enfant de ma mère, ainsi que la petite chaise et la petite table
d’enfant qui viennent de ma sœur et de moi même.
Je ne voudrais qu’à aucun prix cela fût profané.
C’est un endroit majeur : il résume en fait toute l’existence de l’écrivain et, à ce titre, il est le
cœur de la maison. Rendons grâce à Samuel de l’avoir au mieux préservé en respectant
partiellement la volonté paternelle et en le laissant quasiment en l’état. Seules les deux
chaises sont dans la salle Renaissance devant la cheminée. Le reste a été, comme on l’a dit,
en grande partie remisé dans les réserves par mesure conservatoire.
De toutes les pièces que nous avons à traiter, le petit musée est le mieux documenté. Il a
souffert mais il peut être en grande partie reconstitué. L’exiguïté et la difficulté d’accès des
lieux en interdisent cependant la visite, il faudra trouver un moyen de l’ouvrir au public sans
doute par le biais d’une caméra. En tous cas, certains objets n’y seront pas réintégrés. Une
partie d’entre eux, les souvenirs de famille, seront présentés avec d’autres dans la
« chambre des grands-mères » dévolue à l’histoire familiale : le secrétaire de Nadine, les
deux chaises et les jouets d’enfants.
D’autres figureront dans le centre d’interprétation : un choix de boîtes, quelques spécimens
d’histoire naturelle et la pirogue de Gustave pour évoquer le lieu et son processus de
création. Les plumets Tu’ua des Marquises et ce qui reste des collectes effectuées lors du
voyage de la Flore dans le Pacifique, iront dans l’espace consacré à ce voyage4.
4
Il est souvent fait référence au centre d’interprétation qui doit être installé dans la maison mitoyenne n° 137 de la rue
Pierre Loti, acquise par la ville à cet effet, afin de compléter la visite de la maison et d’évoquer les multiples aspects du
personnage si complexe que fut Pierre Loti.
La salle paysanne…
paysanne…
Cette salle dite « paysanne » est en fait un chai, élément constitutif classique du parcellaire
rochefortais, transformé en 1893 en « salle paysanne » inaugurée le 13 janvier 1894 par une
fête du même nom, connue aussi, sous le nom de « fête saintongeaise ». Avec cette salle,
Loti s’attache à un exercice qui lui est cher, la reconstitution d’une atmosphère propre à un
lieu ou une population non encore marquée par la modernité, ici une Saintonge mythifiée,
liée à ses années d’enfance tant à Rochefort que dans les environs.
On possède fort peu de documents sur le lieu tel qu’il se présentait à cette date mais
l’exercice semble assez réussi. C’est la reconstitution fidèle d’un intérieur saintongeais
traditionnel avec sa grande table, le vaisselier, aujourd’hui dans la cuisine, l’ étagère destiné
à entreposer divers effets, toujours en place comme le petit potager visible au fond à droite
auprès de la porte et des ustensiles de dinanderie accrochés au mur. Le sol est simplement
pavé comme il se doit.
La salle a servi ensuite de salle de gymnastique à l’écrivain comme l’atteste une barre
d’exercice toujours en place. Finalement, mais on ignore à quelle date, le lieu vidé de son
contenu devient une remise.
En dépit d’une durable utilisation prosaïque, l’endroit conserve des éléments décoratifs
intéressants, telles la cheminée et la porte sommées des armoiries de courtoisie de Loti.
Il est envisageable de restaurer les lieux en y présentant un visuel de l’état initial. Les coiffes
portées par les femmes à cette occasion subsistent en partie, elles pourraient être présentés
au centre d’interprétation avec une photographie des faux paysans dans l’espace dévolu
aux différentes fêtes données par l’écrivain.
Le bureau de Gustave…
Gustave…
L’état initial du bureau du frère de Pierre Loti, prématurément disparu en 1865, n’est pas
connu. Le placard mural, où Loti a pieusement resserré la pharmacie et les spécimens
anatomiques d’étude de son frère, devait exister, ainsi que le petit bureau de Gustave ; pour
le reste, il est difficile de se faire une idée du lieu avant les ajouts de Pierre Loti.
Cette petite pièce, placée entre la chambre arabe et la bibliothèque, n’a pas fait l’objet d’un
décor complet. Elle est plutôt devenue une sorte de musée dédié à certains voyages et aussi,
comme la bibliothèque contiguë, une galerie de portraits photographiques des amis et/ou
admirateurs de l’écrivain.
Quelques photographies anciennes montrent, en effet, un décor mural qui existe toujours et
intègre des scènes chinoises sur paille de riz. Mais la pièce regorge littéralement d’objets de
provenances variées : des objets océaniens, japonais, un bois de char indien et, même, une
sculpture mexicaine.
Il semble que Loti ait, dans un premier temps, dévolu cet espace à la présentation de ses
collections rapportées lors du voyage de la Flore en 1871-1872 dont l’essentiel a été
dispersé lors de la vente fameuse des 29 et 30 janvier 1929 et pour qulques pièces à celles
de décembre du 7 décembre 19805.
C’est alors que partent la quasi-totalité des objets de l’île de Pâques, entre autres : N° 186
statuette d’homme debout, les bras pendants en bois sculpté. La tête est ornée d’une haute
5
Collection Pierre Loti – Objets d’Art et Meubles de la Chine provenant du Palais Impérial – Art Océanien Ile
de Pâques – Marquises - Nouvelle-Calédonie- sculpture Mexicaine dont la vente aux enchères publiques aura
lieu HOTEL DROUOT, salle n°10 Le mercredi 30 janvier 1929, à deux heures – Me F. .Lair Dubreuil
Commissaire –Priseur6, rue Favart,6 – M. André Portier Expert près le Tribunal Civil de la Seine 24 rue
Chauchat [ ] Chez lesquels se distribue le présent Catalogue – EXPOSITION PUBLIQUE HOTEL DROUOT,
salle 10, le Mardi 29 Janvier 1929 de 2 h . à 6 h. [ 200 lot]
Vente aux enchères publiques – Dimanche 7 Décembre 1980 à 14heures 30 Suite dimanche 14 Décembre à 14
heures 30 – Hôtel des Ventes 32 avenue camille-Pelletan 17300 Rochefort-sur-Mer [ ] Par le Ministère de Me
René Dijeau Commissaire-priseur Exposition : Samedi 6 décembre de 14 h. 30 à 18h. et le matin de la vente de
10 h. à 12h.
touffe de plumes, et d’autres pièces océaniennes : N° 190 ornement en bois sculpté de trois
personnages de « tiki ». Iles Marquises, N° 192 tiki en os sculpté. Iles Marquise, N° 194 grand
masque de Cérémonie en bois sculpté représentant un visage humain à grand nez en bec de
perroquet. Il est orné d’une haute coiffure et d’une longue barbe en cheveux tressés et en
plumes. Nouvelle-Calédonie, N° 186 deux colliers formés chacun de larges coquilles de nacre.
Océanie.
Par la suite, Loti y ajoute des objets japonais et un bois de char indien.
Tel qu’il est, le bureau de Gustave n’a pas été ruiné comme la pagode japonaise ou la salle
chinoise mais il a perdu l’essentiel de l’atmosphère d’accumulation, si chère à Loti, qui est
comme sa marque de fabrique.
Pour des raisons de sécurité ce bureau ne sera que rarement accessible au public, qui pourra
cependant l’apercevoir de l’entrée de la chambre arabe.
Les quelques pièces océaniennes subsistant, collerette et pendentif en bois tahonga de l’île
de Pâques, colliers en ivoire de cétacé et plumets en plumes de phaétons Tu ‘ua des
Marquises, collier en huîtres perlières des Tuamotu, devraient intégrer le centre
d’interprétation pour évoquer le voyage de la Flore, tout comme le bois de char indien et
d’autres objets conservés dans la bibliothèque celui en en Inde de 1899-1900.
La pharmacie et les pièces anatomiques liées aux études de Gustave trouveront sans doute
leur place dans la « chambre des aïeules » consacrée à l’histoire familiale.
Enfin toutes les photographies et documents graphiques seront contretypés et les originaux
conservés à la photothèque.
La bibliothèque…
bibliothèque… ou chambre des momies
Bien que postérieure à l’aménagement de la pagode et de la salle chinoise, pour des raisons
de similarité de conception, la bibliothèque sera traitée après le bureau.
L’esprit dans lequel Loti aménage sa bibliothèque est assez proche de celui qui préside au
petit bureau, mais cette pièce est dédiée tardivement à l’Egypte (voyage de 1907). Il y
accumule un nombre appréciable d’éléments funéraires égyptiens pour l’essentiel dispersés
lors de la vente du 16 décembre 1953 à Drouot, en même temps que ceux de la pagode
japonaise et d’autres pièces tant orientales qu’européennes6. Notons au passage que cette
maison si chargée aujourd’hui a perdu une bonne part de son mobilier lors des ventes
successives.
Dix lots, du n°62 à 71, sont des pièces égyptiennes, dont des cartonnages de momies, une
momie de femme, une momie d’enfant et deux de chats, ces dernières rachetées à la fin des
années 1990 et réintégrées à la maison.
Là encore, ces pièces parfois exceptionnelles, telle la statuette de chat en bronze d’époque
saïte qui trouva preneur à 162 000 francs, voisinent avec des objets de bien moindre valeur,
voire sans aucune valeur sinon pour Loti qui devait y rattacher quelque souvenir.
On note aussi la présence d’objets japonais, les poissons de la fête des garçons, indiens,
kabyles, les deux urnes sur la cheminée, d’Asie centrale, les cafetans ikatés ou pseudo
chinois comme la couronne de l’impératrice de la fête de 1902 qui trouve place sur une
étagère.
Là encore, les photographies abondantes envahissent littéralement les murs.
6
OBJETS DE HAUTE CURIOSITĖ Antiquités Ėgytiennes Chat Ėgyptien en Bronze Momies Objets d’Art
d’Orient et d’Extrême-Orient meubles des XVe , XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles Tapis d’Orient provenant de la
Collection PIERRE LOTI [ ] dont la vente aux enchères publiques aura lieu : HOTEL DROUOT, Salle N° 6 Le
Mercredi 16 décembre 1953, à 14 heures – commissaire-priseur Me Philippe Couturier 56, rue de la Victoire
Assisté de : M. Charles ratton Expert près la Cour d’Appel, le Tribunal-Civil de la Seine et les Douanes
Françaises 14, rue de Marignan M. Bernard Dillée Expert près le Tribunal-Civil de la Seine 54, rue Taitbout
M. Pierre Lamy Expert près les Douanes Françaises 11, boulevard de Clichy MM. André et Guy Portier
Experts près le Tribunal-Civil de la Seine 24, rue Chauchat Exposition Publique : le Mardi 15 décembre 1953,
de 14h. à 18 h.
Devenir de la bibliothèque
Hormis les catalogues des ventes de 1953 et 19807, seules demeurent quelques
photographies pour donner une idée de ce que fut cette étonnante réalisation.
Achevée le 31 mars 1886 à l’emplacement d’une alcôve et d’une salle à manger aménagées
par les parents de l’écrivain, lieux importants de la vie familiale, cette situation l’avait
conduit à demander l’assentiment de ses proches pour son aménagement. Toute en
longueur éclairée par deux fenêtres au sud, cette pagode se caractérisait par sa surcharge et
certains anachronismes remarqués déjà par Guitry visitant la maison après la mort de
l’écrivain Bois sculptés et dorés, dans très peu de lumière. Gardes de sabre, ivoires jaunis, un
fouillis de cadeaux reçus, de choses rapportées – et cette impression que rien n’est à sa place,
que les nattes qui sont à terre devraient être au mur, que les rideaux sont des tapis, que les
inscriptions sont peut-être à l’envers et que les poutres étaient des colonnes, là-bas …8 Pour
reprendre ce que dit le maitre dans ce même ouvrage à propos de la mosquée « ce n’est pas
une pagode, mais c’est un désir ardent, très émouvant, d’être une pagode ». Marie Pascale
Prévost-Bault a souligné la précocité de l’ensemble et le fait qu’on ne peut départager la
date d’acquisition des objets entre le séjour de 1885 et celui de 1901. On ne le saura sans
doute jamais, en revanche, elle souligne le côté disparate des pièces où le pire côtoie le
meilleur, une habitude chez Loti, si l’on excepte la salle chinoise. Pourtant à la période où il a
visité le Japon, il aurait pu se procurer des antiquités de premier ordre. La révolution Meiji
avait en effet entrainé une réaction anti bouddhique au profit du shintoïsme, religion
purement nippone, et nombre de pagodes avaient été détruites ou fermées et leur contenu
vendu par les antiquaires comme l’atteste l’écrivain Lafcadio Hearn dans son texte « le
crépuscule des dieux » où il décrit un entrepôt de marchand littéralement encombré
7
Ventes de 1953 et 1980 Op. cit.
8
Sacha Guitry , Pages choisies, Plon, Paris, 1932, 63
d’objets exceptionnels9. Mais Loti s’est laissé aller à sa frénésie d’acquisitions sans se
soucier de la qualité des objets. Une fois de plus, seul l’effet compte, il faut surprendre le
visiteur en s’inspirant de ce qu’il avait vu aux sanctuaires de Nikko. Pourtant, il avait, comme
le rappelle Marie-Pascale Prévost-Bault, compris ce qu’était le goût japonais et le rapport de
ce peuple aux objets : elle cite Madame Chrysanthème où il évoque « le comble de la
simplicité cherchée, de l’élégance faite avec du néant, de la propreté immaculée et
invraisemblable ».10.
Trois autels sont dressés face aux fenêtres, les photographies montrent, rien de surprenant
ici, quelques variations dans la disposition des objets.
L’autel central est dominé par une triade avec au centre un bodhisattva : la déesse Kannon
entourée à sa droite par un autre bodhisattva Amida Nyorai, mais, fautivement à sa gauche,
par Fudo-Myôô, divinité qui représente une des formes de la colère de Bouddha. Même peu
orthodoxe, cet agencement produit son effet. A l’inverse, l’étage inférieur, très décousu,
prénte au centre Yakushi Nyorai le maître de la médecine puis, disposées de façon
symétrique, d’autres divinités, des grues et des lotus. L’autel le plus près du salon rouge
supporte une divinité aux bras multiple peut-être encore Kannon. Enfin, soit sur l’autel le
plus éloigné de l’entrée, soit devant l’entrée elle-même, figure une représentation
courroucée de Aizen-Myôô symbolisant l’amour profane. C’est la seule grande statue
demeurée dans la maison, peut-être la statue achetée par Loti à Kyoto qu’il évoque dans
Japonerie d’automne11. Cette œuvre grossière en dit long sur sa méconnaissance en matière
d’art japonais et son goût a la limite du kitch, notable ici par la profusion des lanternes,
tentures et la présence d’objets incongrus dans un temple comme les deux armures de
samouraïs et les bannières de guerre . Il a surpassé ce qu’un marchand parisien connu
appelle, sans doute abusivement, le mauvais goût Tokugawa.
Dans ce le lieu, définitivement dénaturé, absolument plus rien n’est plus lisible du décor
initial. Devenue la salle à manger de Samuel Pierre-Loti-Viaud dans les années 1950, c’est
aujourd’hui le bureau des guides. Dans le cadre d’une restauration de la maison, les murs
devraient être entièrement dissimulés et la pièce bénéficier d’une luminosité très faible afin
d’y présenter les quelques épaves de la pagode : le grand Aizen-Myôô, les boddhisattvas de
moindres dimensions, les deux armures de samouraï restaurées et présentées à la japonaise,
les bannières de guerre et les armes. Une projection de vues anciennes de la pagode
permettra de donner une idée initiale des lieux.
9
Kokoro – au cœur de la vie japonaise -, Paris, Dujarric et Cie, s.d., 188-199
10
Pierre Loti, Madame Chrysanthème, Calmann-Lévy, Paris, s.d., [Link], 205.
11
Pierre Loti, « Japoneries d’Automne », Kioto, la Ville sainte, Calmann-Lévy, s.d., chap. XI, 73-74. Loti se
fourvoyant décrit la statue comme « …un dieu de grande taille humaine assis les jambes croisées ; un très vieux
dieu Amiddah, à six bras, cinq yeux ; gesticulant, ricanant, féroce, un dieu d’une espèce rare sur les marchés, une
vraie trouvaille. »
La salle chinoise…
chinoise…
Cette salle fut créée à son retour de Chine par Loti après qu’il ait assisté à la fin de la terrible
révolte des Boxers, voyage qu’il évoque dans Les derniers jours de Pékin édité en 1902.
L’année suivante, le 11 mai 1903, cet extraordinaire décor est inauguré par une fête non
moins extraordinaire. Presque entièrement démonté à la fin des années 1920 par Samuel,
on ne connaît une fois de plus ce décor et son aménagement que grâce à quelques vues. Son
contenu est détaillé dans la vente des 29-30 janvier 192912.
La lecture du catalogue laisse rêveur eu égard à la qualité des œuvres, en effet tout ou
presque provient du Palais de Pékin avec comme pièce emblématique le lot 169 important
trône impérial, en bois de fer sculpté et ajouré de motifs floraux ; il est accompagné d’un
fronton à cinq vantaux ornés de glaces, auquel on accède par une galerie à trois marches qui
trouva preneur à 6600 francs. On pourrait citer le lot 1 Coupe plate, en porcelaine jaune
impérial, gravée sous couverte de dragons poursuivant le joyau sacré, au milieu des nuages.
Cachet Kannghi mais Kienlong , d’autres porcelaines jaunes de provenance impériale, des
pièces textiles tel le lot 113 costume de cour chinois , comprenant un manteau en satin
jaune, tissé et lamé or, décoré en polychromie, de dragons poursuivant le joyau sacré au
milieu des nuages, au dessus des flots ou le lot 125 deux coussins impériaux, en sparterie,
décoré en application de broderies jaune impérial et ornés de fleurs polychromes.
12
[Link].
Il est vrai que Loti ressentit une admiration sans bornes devant cet univers clos, jusqu’alors
interdit, qu’était le palais occupé. Il décrit à longueur de pages sa fascisation pour les
arrangements fantastiques qui forment son univers du moment. Dans ce lieu, l’empereur,
être quasi-divin, évolue dans un décor, toile de fond d’une vie de cour complètement
ritualisée. La Cité Interdite est un grand théâtre dont l’acteur essentiel est le « Fils du Ciel »,
voilà bien de quoi séduire complètement Loti et lui permettre de se projeter. La
reconstitution même à échelle réduite lui parut sans doute inévitable .
Aujourd’hui la provenance de cette collection, même s’il s’en est défendu, montre cette
salle chinoise sous le jour peu glorieux du pillage. C’étaient les mœurs du temps pour
inexcusables qu’ils soient.
Seule la partie arrière de la salle subsiste, bien délabrée. Loti en avait fait couvrir les plafonds
et les murs de carreaux de plâtres peints. Ce qui y est aujourd’hui présenté provient pour
l’essentiel de la pagode japonaise, si l’on excepte les quelques vêtements rescapés de la
garde-robe chinoise.
La partie subsistante sera restaurée afin d’y présenter les vêtements chinois (par roulement)
et quelques pièces chinoises dispersées dans la maison dont la statue sino-tibétaine de la
déesse Sitatapatra, dite la déesse au parasol blanc.
La Chambre aux abeilles…
abeilles…
Cette chambre nuptiale aménagée en septembre 1886 dans l’ancienne chambre verte de sa
mère présente un décor Empire largement réinterprété à l’aide d’éléments stuqués, abeilles
au plafond, char d’Apollon au dessus des portes, frises associant palmettes et cygnes dressés
aux ailes éployées et pilastres d’un ordre indéterminé.
Cette pièce a été vidée de son mobilier d’origine dont ne subsistent que le bois de lit et un
trumeau de cheminée actuellement conservé dans la chambre des grands-mères. Ces
éléments devront être réintégrés. Des éléments de mobilier sont actuellement conservés
dans cette pièce :
Le canapé et les deux fauteuils devront être remis dans leur pièce d’origine. Quant au piano
il trouvera sa place dans la partie consacrée à Loti et la musique dans le centre
d’interprétation.
Une fois réintégrés ces éléments, se pose le problème d’une restitution de la chambre très
difficile car non documentée par l’utilisation des éléments tapissiers et de l’éclairage.
La chambre des grands-
grands-mères…
mères…
(ancienne chambre de la mère de Loti, dite « chambre bleue »)
La chambre dites « des aïeules » située au deuxième étage où vivaient la mère de Loti et sa
tante Claire, devrait connaître une nouvelle destinée. Très délabrée et privée de son
mobilier, elle ne présente plus aujourd’hui comme éléments d’origine que la cheminée et sa
garniture en brocard et les papiers peints. Ce décor typique d’une maison bourgeoise du
19ième siècle pourrait abriter les souvenirs de famille et de ce fait, devenir une autre salle
du voyage dans le passé de l’écrivain, sorte de musée familial.
A cet effet, y seront présentés les portraits de Jeanne Renaudin, née Grenot et de Henriette
Texier, née Renaudin respectivement arrière-grand-mère et grand-mère maternelles de
l’écrivain, seuls éléments de la décoration d’origine.
D’autres éléments liés à l’histoire de la famille aujourd’hui dispersés dans la maison seront
intégrés dans cet espace.
Une restitution des papiers peints et des éléments tapissiers accompagneront la
présentation muséographique.
Conclusion
Conclusion
Il est clair que les dispersions et la démolition de la pagode japonaise et de la salle chinoise
ont privé la maison d’ensembles extraordinaires. Les esquisses de restitutions parfois très
lacunaires s’inscrivent dans la volonté de redonner vie à ces espaces, notamment pour les
deux ensembles extrême-orientaux.
Une salle n’a pas été évoquée la « chambre espagnole » située au dessus de la salle gothique
comme une excroissance néo-basque qui a été totalement anéantie et pour laquelle aucun
document ne subsiste. C’est dommage car elle a hébergé les gloires du temps, reines
déchues ou reines de théâtre, reçues par Loti.
Une fois ces restitutions et évocations menées à bien, gageons que le lieu aura retrouvé en
partie la dimension de « maison monde » que l’écrivain avait réalisée avec tant de passion.