Notes Projectif
Notes Projectif
UNE INTRODUCTION À LA
GÉOMÉTRIE PROJECTIVE
COMPLÉMENT
Ce document est un complément de l’exposé fait dans le cadre du séminaire de mathématiques de l’école
polytechnique. L’objectif est de donner un rapide (très rapide !) aperçu de certaines notions de géométrie pro-
jective, dans la continuation de ce qui a été fait au séminaire, à l’intention de ceux qui veulent approfondir.
Comme les démonstrations sont souvent les choses les plus difficiles à lire, je les ai laissé en exercice, par soucis
de fluidité. On n’est pas obligé de voir les démonstrations pour comprendre le sens des théorèmes : on peut
les sauter si on veux juste avoir un aperçu de la théorie. Mais bien entendu, le lecteur sagace est invité à tout
démontrer, et c’est mieux ! Pour cela, des indications sont fournies.
Avant de commencer, je tiens à préciser que le livre [1] de Benoît Kloeckner est très facile à lire, ce que j’en-
courage à faire. Pour ceux qui veulent approfondir encore plus, il y a de bonnes références dans la bibliographie.
1 Repères projectifs
Je rappelle qu’on a montré comment associer des coordonnées homogènes [x0 : · · · : xn ] (:= (x0 , . . . , xn ) à
×λ près) aux points de l’espace projectif P (E), en s’aidant d’une base (b0 , . . . , bn ) de E. Ensuite, j’ai vaguement
parlé de repèresP projectifs, en disant qu’on peut associer, à toute telle base, un (n + 2)-uplet (e0 , . . . , en+1 ) =
(hb0 i, . . . , hbn i, h bi i) de P (E). On a de cette manière une certaine correspondance entre les bases de E et
certains (n + 2)-uplets de P (E), les repères projectifs : (exo ?) chacun de ces derniers correspond à une unique
base de E à multiplication par un scalaire (non nul) près, et elles définissent toutes les mêmes coordonnées
homogènes.
Mais cette caractérisation des repères projectifs nécessite de revenir à l’espace vectoriel de départ. Cela va à
l’encontre de notre bonne volonté de travailler dans l’espace projectif, avec des techniques et outils projectifs !
Heureusement, on en a une jolie caractérisation en termes exclusivement projectifs :
toute famille de n + 1 éléments distincts de
(e0 , . . . , en+1 ) repère projectif ⇔ {e0 , . . . , en+1 } n’est pas contenue dans un
hyperplan projectif
Notons que cela équivaut à dire que toute telle famille de n + 1 éléments engendre l’espace tout entier, où
"espace engendré par une partie" désigne le plus petit espace projectif la contenant.
Ainsi, pour définir un repère dans un espace projectif, il nous faut un point de plus que dans un espace
affine, et ce point doit être "assez générique".
Voici quelques illustrations :
— Les repères d’une droite projective sont les triplets constitués de points deux à deux distincts.
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Complément
— Un repère d’un plan projectif est constitué de 4 points dont trois ne sont jamais alignés. On peut le voir
comme un triangle définit par les intersections de trois droites distinctes, plus un point qui n’est contenu
dans aucune d’elles. Au fait, combien de triangles définissent trois droites distinctes d’un plan projectif ?
(a) (b)
Figure 1 – Exemples de repères projectifs : (a) dans une droite projective ; (b) dans un plan projectif
Je rappelle que les repères projectifs ne servent pas seulement à avoir des coordonnées homogènes, mais ont
aussi une propriété très importante : le groupe projectif (l’ensemble des transformations projectives de P (E)
dans lui-même) a une action simplement transitive sur l’ensemble des repères projectifs ((ie) pour tout couple
de repères projectifs, il existe une unique transformation projective qui envoie l’un sur l’autre).
Notons que ceci est immédiatement issu de la simple transitivité du groupe linéaire sur les bases vectorielles.
Cette propriété de simple transitivité constitue un des outils les plus utiles en géométrie projective. Par
exemple, pour montrer que deux applications projectives sont égales, il suffit de montrer qu’elle coïncident dans
un repère projectif.
2 Structure d’incidence
Les espaces projectifs, tels qu’on les a définis, sont munis d’une structure, dite d’incidence : donnés un point
et une droite, on est capable de dire si le point appartient à la droite, auquel cas on dit qu’il lui est incident.
Notons qu’un espace vectoriel ou affine est également muni d’une telle structure. La différence, c’est que
le premier contient un point incident à toutes les droites, et le second a le bon goût de vérifier l’existence
et l’unicité d’une droite passant par deux points distincts quelconques. Mais en plus de tout cela, les espaces
projectifs assurent également la propriété suivante : deux droites distinctes s’intersectent en un unique point.
Cette structure d’incidence est loin d’être aussi anodine qu’elle en a l’air. Il se trouve qu’elle offre une alter-
native pour définir les espaces projectifs ! En effet, étant donné un triplet (Π, ∆, R), représentant un ensemble de
points, un ensemble de droites, et une relation d’incidence, on peut résumer en quelques axiomes, dus à Veblen
et Young, toute l’information de la structure projective en dimension > 1 :
— Par deux points distincts passe une droite et une seule.
— Si A,B,C,D sont 4 points distincts tels que les droites (AB) et (CD) soient sécantes, alors les droites
(AC) et (BD) sont sécantes.
— Toute droite passe par au moins 3 points.
Pour le plan projectif, on peut les synthétiser ainsi :
— Par deux points distincts passe une droite et une seule.
— Deux droites distinctes se coupent en un et un seul point.
— Toute droite passe par au moins 3 points.
— Il existe au moins 3 points non alignés.
Notons que de même, le plan affine peut être définit avec des axiomes d’incidence.
Nous avons donc vu que la structure d’incidence permet de voir les espaces projectifs d’un autre angle, peut
être plus intuitif. En réalité, elle offre même plus : les axiomes d’incidence définissent des espaces projectifs
plus généraux (du moins pour la dimension 2) que ceux induits par les espaces vectoriels (plus précisément, les
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corps). Il y a certains théorèmes vrais dans les plans projectifs induits par un corps, qui ne le sont plus dans le
système d’axiomes d’incidence. Voici quelques exemples d’axiomatiques des plans projectifs :
— Plans projectifs généraux (axiomes d’incidence).
— Plans projectifs arguésiens (axiomes d’incidence + axiome de Desargues) : les plans projectifs vérifiant
le théorème de Desargues sont exactement ceux induits par un corps.
— Plans projectifs de Pappus (axiomes d’incidence + axiome de Desargues + axiome de Pappus) : les plans
projectifs vérifiant en plus le théorème de Pappus sont exactement ceux induits par un corps commutatif.
Théorème (Desargues). Soit P un K-plan projectif. Soient abc et a0 b0 c0 sont deux triangles tels que
a 6= a0 , b 6= b0 , c 6= c0 , (ab) 6= (a0 b0 ), (ac) 6= (a0 c0 ) et (bc) 6= (b0 c0 ). Notons α = (bc) ∩ (b0 c0 ), β =
(ac) ∩ (a0 c0 ) et γ = (ab) ∩ (a0 b0 ). Alors (aa0 ), (bb0 ) et (cc0 ) sont concourantes si et seulement si α, β, et
γ sont alignés.
Démonstration. La démonstration pour le plan projectif induit par un corps est un bon exercice :
s’inspirer de la démonstration du théorème de Pappus. Indication : se placer dans une carte affine
judicieuse.
γ
α
β b0
b
a a0
c0
En dimension ≥ 3, cette distinction n’est plus vérifiée, car le théorème de Desargues et est démontrable à
partir des axiomes d’incidence.
En plus de généraliser la structure de plan projectif, la structure d’incidence a un autre atout : c’est de son
point de vue que la dualité projective plane prend toute sa profondeur. La dualité se traduit sur la structure
d’incidence par l’échange des deux ensembles Π et ∆, et en inversant le relation R : les point deviennent des
droites, et les droites deviennent des points. Le fait qu’on puisse travailler de la même manière dans le dual,
c’est à dire en échangeant la nature point/droite, traduit en réalité le fait que dans le plan projectif, il n’y a
hormis notre point de vue aucune différence entre la nature des points, et la nature des droites. Comme l’a si
bien remarqué Hilbert, la seule chose qui compte, c’est la relation entre les deux objets : étant donnés deux
objets a et b de nature différente, cela revient au même de considérer que a est un point contenu dans b en tant
que droite, ou que a est une droite contenant b en tant que point. De même, cela revient au même de considérer
que z est une droite passant par deux point x et y, ou que x et y sont deux droites qui se coupent en z.
Remarquons que cette dualité n’est plus possible dans les espaces affines, dans lesquels deux points distincts
définissent une unique droite, alors que deux droites distinctes ne s’intersectent pas toujours en un unique point.
Les espaces projectifs sont de ce point de vu une continuation naturelle de la complétion :
+ droites reliant + pts d’inters
espaces vectoriels −−−−−−−−−−→ espaces affines −−−−−−−−−→ espaces projectifs
les points des droites
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Notons enfin que la dualité est également présente en dimension > 2 : on s’intéresse toujours à la relation
d’incidence entre les sous-espaces projectifs, et on échange les points avec les hyperplans, et plus généralement,
les sous-espaces de dimension k avec les sous-espaces de codimension k.
Par la suite, on ne considérera que les espaces projectifs induits par un corps, et on continuera à les manipuler
à partir de la construction vectorielle : pourquoi se priver d’une théorie aussi puissante que celle des espaces
vectoriels ? Mais on gardera à l’esprit le point de vue "structure d’incidence", qui peux enrichir l’intuition,
surtout celle concernant la dualité.
Pour plus de détails sur la structure d’incidence, consulter les articles Wikipédia : Plan projectif (structure
d’incidence), Théorème de Desargues, et Plan projectif arguésien.
3 Plan projectif
Notons P = P (E) un plan projectif sur un corps K.
D2
πp (m)
D1
s
Figure 3 – Perspective
Démonstration. exo :). Indication : considérer une carte affine adaptée, et montrer que πp est la
restriction à D1 d’une transformation projective de P.
En réalité, cet exemple n’est pas si particulier que ça : les perspectives constituent une large classe parmi
les homographies entre deux droites de P.
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les homographies D1 → D2 ont un "comportement" dans P, au sens où les images et leurs antécédents vérifient
des propriétés palpables uniquement dans P !
Théorème. Si f : D1 → D2 est une homographie, alors il existe une droite ∆ (différente de D1 et D2 ) telle
que :
∀x, y ∈ D1 , (xf (y)) ∩ (f (x)y) ∈ ∆
On dit que ∆ est l’axe de l’homographie f . On a de plus :
— Si f est une perspective ((ie) fixe s), ∆ passe par s.
— Sinon, ∆ = (f −1 (s), f (s)).
D2
z0
D1 y 0 ∆ D2
0
x y0
s ∆ D1 t
x x0
y z
s x r y
p
(a) (b)
Figure 4 – Axe d’une homographie : (a) une perspective ; (b) une qui ne l’est pas
On a ainsi une information sur tout homographies D1 → D2 : sont axe. Mais cette information n’est pas
complète. En effet, deux telles homographies de même axe ne sont pas forcément égales.
On a également fait la moitié du travail de caractérisation des homographies D1 → D2 : on sait que celles
dont l’axe passe par s (ou de manière équivalente, celles qui fixent s) sont les perspectives. Mais on ne sait pas
vraiment à quoi ressemblent les autres (bien qu’on sache grâce au théorème ci-dessus, à partir de l’axe et de
l’image d’un point donné, reconstruire les images de tous les autres points).
Remarquons enfin qu’on a le résultat suivant (démontré en passant dans le théorème ci-dessus) : toute
homographie D1 → D2 est la composée d’au plus deux perspectives.
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Rappel : Birapport. Étant donné une droite projective D sur un corps K, et quatre points x, y, z ∈ D
deux à deux distincts ((ie) qui forment une base de D), on définit le birapport [x, y, z, ·] comme étant
l’unique homographie :
D → K̂
x 7→ ∞
y 7→ 0
z 7→ 1
où K̂ = K∪{∞} est la K-droite projective canonique (et où (∞, 0, 1) est sont repère projectif canonique).
Je rappelle la convention de notation des coordonnées homogènes dans K̂ : z := [z : 1] et ∞ := [1 : 0].
On peut interpréter [x, y, z, w] comme la coordonnée homogène de w dans le repère projectif (x, y, z).
Mais il ne faut surtout pas confondre coordonnées homogènes dans un repère (de la forme [· : ·]) et
birapport (de la forme [·, ·, ·, ·]).
w−y
w−x
La formule du birapport dans K̂ est : [x, y, z, w] = z−y . On y voit immédiatement les formules :
z−x
−1 −1
[x, y, z, w] = [x, y, w, z] = [y, x, w, z] = 1 − [x, z, y, w].
Dernier rappel et le plus important : le birapport est invariant par homographie, et même plus, on a
équivalence pour une bijection entre être une homographie et préserver le birapport.
Étant donné un point p ∈ P, on appelle faisceau de droites basé en p l’ensemble Dp des droites qui passent
par p.
Figure 5 – Dp
Or on remarque que la définition des faisceaux de droites ressemble à la définition vectorielle de la droite
projective : c’est un faisceau de droites, mais dans un plan vectoriel. On se doute bien qu’on peut donc également
munir le faisceau Dp de P d’une structure de droite projective, ce qui permettrait de jouir de toute la richesse
de la théorie du birapport. Pour cela, on s’aidera d’une bijection entre Dp et une droite projective, ce qui
transférera la structure de cette dernière à Dp (tout comme on peut transférer une structure d’un groupe ou
toute autre structure grâce à une bijection, dont le sens est "identification").
Mais si on utilise deux bijections f et g avec deux droites projectives D1 et D2 , comment peut-on savoir si la
structure induite est la même ? Avant de se poser cette question, il faut définir ce que l’on entend par "structure
de droite projective". On peut la définir par la donnée d’un birapport, mais aussi par un couple (f, D). Dans
tous les cas, les deux structures induites par (f, D1 ) et (g, D2 ) sont les mêmes si g ◦ f −1 : D1 → D2 est une
homographie.
Commençons par un premier exemple : si on observe le faisceau Dp dans le dual (induit par le dual vectoriel)
de P, on remarque qu’il correspond aux points de la droite p∗ . On a ainsi une bijection naturelle δ : Dp → p∗ ,
qui induit une structure de droite projective sur Dp .
On peut également transférer la structure d’une droite D (ne contenant pas p) de P à Dp via la bijection :
Dp → D
φD
p : A 7 → A∩D
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Figure 6 – φD
p
Remarquons que la structure induite par φD p ne dépend pas du choix de D : c’est le caractère homographique
des perspectives centrées en p.
Mais la question que l’on peut se poser est : les structures induites par φD p et δ sont elles les mêmes ? La
réponse est oui. La démonstration est en exo (indication : on est un peu obligé de revenir à l’espace vectoriel
de départ, car c’est à partir de sa dualité qu’a été définie la dualité projective : considérer un repère projectif
sur P et définir, en revenant à une base de E et en considérant la base duale, le "repère projectif dual" sur P).
Remarquons qu’il existe un équivalent pour les faisceaux de l’axe d’une homographie entre deux droites de
P. Soit f une homographie entre Dp et Dq . En passant au dual (ou f devient une homographie entre deux
droites de P), on montre qu’il existe un point c, appelé centre de f , tel que :
(f (D1 ) ∩ D2 )(D1 ∩ f (D2 )) 3 c
p c q
Observons enfin l’équivalent dual pour les faisceaux d’une perspective : elle est par rapport à une droite L,
et son centre appartient à (pq) :
D →Dq Dp → Dq
πL p :
D → ((q) (D ∩ L))
3.3 Coniques
Je rappelle qu’on a définit les coniques comme étant les ensembles de la forme :
Où q est une forme quadratique. Je rappelle aussi que les coniques propres sont les coniques non dégénérés
(q non dégénérée) et non vides. On a vu qu’ils étaient tous les mêmes à transformation projective près.
On peut également démontrer que par cinq points distincts dont trois ne sont jamais alignés passe une unique
conique, et elle est propre (exo. Indication : choisir un repère projectif adapté).
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3.3.1 Polarité
Dans la théorie des espaces vectoriels, on arrive en dimension finie, à identifier E à E ∗ , si l’on se donne une
forme bilinéaire non dégénérée.
L’équivalent pour le plan projectif des formes bilinéaires, ce sont les coniques propres. On va donc s’aider
des coniques pour définir une nouvelle dualité, qu’on appelle polarité, qui identifie le dual de P avec lui-même,
au sens suivant : la droite duale d’un point de P est une droite de P, et inversement.
Soit C une conique propre définie par une forme quadratique q et sa forme bilinéaire ϕ associée (uniques
à multiplication près). Tout comme on avait définit la dualité en utilisant "l’orthogonal" pour le crochet de
dualité, on définit la polarité de la manière suivante (on note F ⊥ l’orthogonal du sous-espace vectoriel F de E
par rapport à ϕ) :
— Si p = P (F ) ∈ P, on appelle droite polaire de p la droite p◦ := P (F ⊥ ) de P.
— Si D = P (F ) ∈ P, on appelle point polaire de D le point D◦ := P (F ⊥ ) de P.
p◦
Figure 8 – Polarité
On vérifie facilement que la polarité ainsi définie vérifie les même propriétés que la dualité. De plus, cette
fois, on a réellement p◦◦ = p et D◦◦ = D. On a aussi la propriété suivante :
p ∈ p◦ ⇔ p ∈ C ⇔ p◦ est tantgent à C
a p a◦
p◦
b◦
En effet, p = a◦ ∩ b◦ ⇔ p◦ = (ab).
Pour ceux qui veulent approfondir la polarité, le document [2] la généralise au triangle, et également aux
corps convexes. Il peut facilement être trouvé sur internet en version libre.
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α d
γ
b c
β q
r p s
Commençons par observer que ces deux dernières propriétés sont en fait polaires l’une de l’autre. Pour cela,
identifions certaines relations de polarité :
— Les polaires de a, b, c, et d sont respectivement (αδ), (αβ), (βγ) et (γδ).
— Les polaires de α, β, γ, et δ sont respectivement (ab), (bc), (cd) et (ad) (Cf. figure 9).
— De même, les polaires de r et s sont respectivement (ac) et (bd).
— p◦ = ((ab) ∩ (cd))◦ = ((ab)◦ (cd)◦ ) = (αγ). De même, q ◦ = (βδ).
Ainsi, dire que les diagonales (ac), (bd), (αγ) et (βδ) sont concourante revient au même que de dire que
leurs points polaires r, s, p et q sont alignés.
Lemme. Si C est une conique propre, et D une droite la coupant en x et y. Alors pour tout z, w ∈
D\{x, y}, z ∈ w◦ (on dit en fait que z et w sont conjugués par rapport à C) si et seulement si
[x, y, z, w] = −1 (on dit en fait que (x, y, z, w) sont en division harmonique).
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Remarquons que nous jouissons ici d’une méthode qui n’est pas valable en géométrie affine : on ne peut
pas toujours envoyer quatre points donnés sur quatre autres par une application affine. La supériorité de la
géométrie projective dans ce cas réside dans le groupe projectif : il est plus gros que le groupe des applications
affines, et permet donc de faire plus de choses !
Mais où étions-nous déjà ? ? ! Ah, oui, c’est vrai : on a montré que (b, c, q, y) sont en division harmonique, et
donc que y ∈ q ◦ . Exactement de la même manière on montre que, z ∈ q ◦ . Ainsi, (βδ) = q ◦ = (y, z) = (op). De
(dp)→(ap) (ap)→(dp)
même, en utilisant πq et πo , on montre que (αγ) = (oq).
On a ainsi montré à la fois que q ∈ (αγ), p ∈ (βδ), et que les diagonales de abcd et αβγδ sont concourantes.
→ Da
C
γaC : x 6= a 7→ (ax)
a 7→ a◦
Démonstration. La démonstration est essentiellement celle de l’autre sens, sauf que la donnée n’est
plus (C, a, b) (et donc f ), mais plutôt "(a◦ , (ab), D) 7→ ((ab), b◦ , D0 )".
Ceci termine notre quête de la caractérisation des homographies entre les droites de P (ou par dualité, entre
les faisceaux de P) : on sait grâce au théorème de Chasles-Steiner quelles sont les homographies qui ne sont pas
des perspectives. On peut même en donner une interprétation géométrique (grâce à la polarité) :
Théorème. Si D1 et D2 sont deux droites de P se coupant en s, et f : D1 → D2 une homographie qui n’est
pas une perspective, alors il existe une conique propre C tangente à D1 et D2 en a := f −1 (s) et b := f (s), telle
que :
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c
e
a
y
x z b 0
d0
f 00 b
d
f0
f
droite passant par d → intersection avec C → droite passant par b → intersection avec (ef )
On a : 0 0
d 7→ e d 7→ e
π: a 7 → b ϕ: a 7 → b
f 7 → f x 7 → y
Remarquons que (d0 , a, f ) et (d0 , a, x) sont des repères projectifs de (af ) (car abcdef est non aplati).
On voit donc bien que :
x, y, z alignés ⇔ π = ϕ ⇔ f ∈ C
Les deux implications de la première équivalence sont claires. Pour la seconde, ⇐ est claire, alors que
⇒ nécessite un peu plus de réflexion. Notons f 0 = (df ) ∩ C et f 00 = (f 0 b) ∩ (ef ) = ϕ(f ). Ainsi, si
f 00 = ϕ(f ) = f et f 6= f 0 , alors (df ) = (f 0 f ) = (f 0 f 00 ) = (f 00 b) = (f b), ce qui n’est pas permis ! Ainsi,
ϕ(f ) = f ⇒ f = f 0 ∈ C.
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Complément
Bibliographie
[1] Benoît Kloeckner. Un bref aperçu de géométrie projective. Calvage & Mounet,2012.
[2] Benoît Kloeckner. Polarités définies par un triangle. Séminaire de Théorie spectrale et géométrie
(Grenoble), 2013, 29, p.51-71.
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