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Raison et pensée critique : enjeux et limites

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RATIONNEL ET RAISONNABLE – 13 SEPTEMBRE 2008

Il existe plusieurs définitions de la raison et un nombre incalculable d’expressions populaires qui


les utilisent. Essayons, d’abord, de sélectionner les moins contestables :

La Raison, c’est, à la fois, la faculté de penser logiquement, et celle de savoir distinguer le vrai
du faux.
L’origine latine du mot est la traduction du grec Logos, il était utilisé pour désigner un discours
cohérent, compréhensible et admissible par tout le monde ; la langue française en a retenu
qu’une Raison est l’argumentation logique d’une affirmation.

Cet énoncé suffit à mettre le sujet au cœur de nos préoccupations mais, dès qu’il faut développer,
on se heurte à l’énormité de la tâche et à sa complexité ; j’ai, donc, procédé à quelques
simplifications :

- Me limiter à la raison pratique 1 sans aborder les théories fastidieuses,


- N’utiliser que des expériences ou des lectures personnelles,
- Éviter de traiter de la Raison comme discours ou justification d’une affirmation (usage
réducteur),
- Résister à la tentation d’opposer la Raison et la Foi, car il me parait évident qu’elles se
complètent plus qu’elles ne s’opposent.

Ceci posé, on peut identifier les différentes étapes de la pensée dans lesquels la raison intervient
:
- L’acquisition de données,
- La compréhension des rapports entre les choses et de l’ordre qui en découle.
- L’élaboration d’une stratégie d’action visant à libérer l’homme des contraintes et à
améliorer sa condition.

A chaque stade, la raison s’appuie sur les principes et les méthodes de la logique.
Permettez-moi de citer un atypique investisseur américain, aussi connu pour sa richesse que
pour ses formules au bon sens décapant, Warren Buffett qui résume bien ce déroulement :
« Vous n'avez pas raison ou tort parce que d'autres sont d'accord avec vous. Vous avez
raison parce que vos faits sont exacts et que votre raisonnement est juste. »
Mais le mécanisme de la Raison n’est pas aussi simple ni aussi infaillible qu’une élégante formule
le laisserait croire.
La logique fait partie de mon métier et je suis confronté, tous les jours, à ses limites dans le
domaine, pourtant assez simple, de la gestion informatisé de l’entreprise.
Je m’intéresse, aussi et depuis longtemps, aux sciences cognitives qui étudient les
comportements, l’acquisition des connaissances et la pensée tant sur le plan physiologique que
psychologique.
Sous ce double éclairage, je peux illustrer pourquoi, à mon avis, la simple acquisition ou
l’utilisation de l’information pose problème :
Si on compare, schématiquement, le fonctionnement de la mémoire avec le stockage de données
sur un disque dur, on peut dire que la mémoire se construit en permanence, et se réorganise
pendant le sommeil (reclassement, remise à jour des index de recherche).

1
Je vous invite à relire 2 ouvrages anciens sur l’entendement humain – John Locke (1690) et David Hume (1748).
Ensuite, lorsqu’une information nouvelle est perçue, elle est, immédiatement et inconsciemment,
confrontée au stock existant.
- Si elle est, totalement, contradictoire, elle est rejetée car considérée fausse ou non
pertinente,
- Si elle est identique, elle est, également, rejetée car elle fait double emploi et
encombrerait inutilement.
Ne sont donc retenue que les informations cohérentes avec les informations antérieures mais
assez innovantes pour mériter de l’intérêt.
Ce mécanisme est, non seulement, prudent mais, aussi, extrêmement conservateur ; il laisse
échapper, énormément d’informations utiles pour raisonner de manière pertinente.
Par exemple, les ethnologues ont constaté chez certains peuples primitifs qu’ils n’utilisaient pas
toutes les couleurs existantes.

Plus simplement, nous constatons que nous n’avons pas la même acuité de perception, selon
les domaines ; j’ai, personnellement, un sens de l’observation et de l’orientation très limité et une
mauvaise appréciation de mon corps dans l’espace. En musique, je capte les détails des genres
de musique que j’aime et suis assez insensible aux autres.
A partir de là, notre capacité d’interprétation, de raisonnement peut se restreindre et nos
conclusions devenir inefficaces et improductives :
Je peux citer un exemple classique, touchant un sport olympique, le saut en hauteur ; la discipline
existe depuis l’origine antique des jeux et, soudainement, en 1968, Dick Fosbury pulvérise le
record mondial en inventant une nouvelle technique de saut dorsal, alors qu’il n’avait rien d’un
athlète exceptionnel.
En effet, pour la première fois, il franchissait la barre avec un centre de gravité situé en dessous
d’elle jusqu’au dernier coup de rein.
Comment expliquer que personne n’y ait pensé avant lui, si ce n’est en concluant que nous étions
prisonniers d’une technique tellement habituelle que nous ne parvenions pas à la dépasser.
Chaque innovation technologique provoque la même sensation de surprise comparée aux
procédés antérieurs.
Personne ne conteste, aujourd’hui, qu’il soit possible d’avoir l’intuition d’une vérité ou de la
concevoir de façon plus émotionnelle que raisonnée.
Nous en avons tous fait l’expérience et il serait dommage de se priver de telles opportunités,
mais, même si ces perceptions laissent un souvenir plus vif que les autres, elles n’en demandent,
pas moins, une vérification logique et prudente.
Quand on demandait à Einstein, fondateur de la théorie révolutionnaire et féconde de la relativité,
quelle était, selon lui, la qualité la plus importante requise pour devenir chercheur, il répondait la
capacité d’émerveillement.
On peut interpréter cette faculté comme un autre moyen de briser les limites conventionnelles de
la perception.
Cette limite ne peut suffire à condamner la Raison mais seulement à pondérer la valeur des
vérités qu’elle permet d’établir.
Quelle que soit son origine, l’essentiel est de considérer toute vérité comme conditionnelle et
provisoire ; ce qui n’enlève rien à son utilité mais évite de la qualifier de définitive.
La raison, c’est pour moi, l’esprit critique appliqué, inlassablement, à tous les instants de la
pensée mais sans abandon ni scepticisme.
C’est encore plus flagrant, dans notre Société hyper médiatisée qui nous inonde d’informations
qui, pour cause d’audimat, privilégient les effets de mode et le sensationnel ; nous devons faire
le tri, distinguer ce qui est facile ou factice et rechercher l’essentiel.
Je citerai, encore, Warren Buffett quand il dit, avec un certain humour :

« Mieux vaut avoir approximativement raison qu'avoir précisément tort. »

Dans mon expérience de conseil de gestion, je préconise, souvent, qu’avant de s’attaquer aux
problèmes, individuellement, il est judicieux de constituer une équipe, pluridisciplinaire, pour les
analyser.
Il s’agit de rassembler, d’abord, des exemples concrets représentatifs, puis d’imaginer toutes les
solutions possibles. Les plus insolites sont, souvent, les plus intéressantes alors que les plus
classiques paraissent vouées à l’échec et c’est, souvent, un assemblage de solutions originales
qui est, finalement, efficace.
Mais, dans ce type d’exercice, les difficultés proviennent des différences de personnalité entre
les individus qui provoquent blocages et incompréhension ; le phénomène se constate dans tous
les groupes humains et la raison impose, souvent, d’assigner des rôles, à contremploi, aux
participants, afin d’améliorer leur flexibilité de comportement.
Par cet exemple, je souhaitais montrer que le bon usage de la raison consiste, souvent, à ne pas
se fier à l’opinion limitée d’un seul homme mais à bénéficier des avis complémentaires de
plusieurs personnes placées dans un contexte d’échanges harmonieux.
La plupart des erreurs proviennent du fait d’avoir omis ou sous évalués des informations qui
conditionnent la solution ou de se focaliser sur une partie du problème au détriment de l’équilibre
de l’ensemble.
Jusqu’à présent, j’avais, volontairement, éludé la question de la finalité qui doit conduire la raison
dans un sens de progression, puisque sa seule méthode ne peut y suffire.
Elle pose un nouveau problème de subjectivité encore plus essentiel.
Pour continuer à illustrer, par mon métier, les objectifs d’un projet de gestion doivent,
particulièrement, être clairs, hiérarchisés par niveau de priorité et compatibles.
Ils doivent, aussi, être constants ou au moins durables pour justifier les efforts engagés et leur
coût.

Énoncer une telle évidence ne donne pas l’assurance d’aboutir à un consensus.


L’expérience prouve qu’à moins de les mettre par écrit et de les rappeler, sans cesse, pendant la
durée du projet, les objectifs seront, toujours, remis en question.
Que dire, encore, de la découverte de paramètres inconnus ou de l’évolution rapide de certains
qui seront autant de prétexte pour les remettre en question.
Vous comprendrez, alors, pourquoi beaucoup de projets sont abandonnés ou n’aboutissent que
partiellement, avec comme explication lapidaire et laconique donnée aux collaborateurs, clients
ou usagers : « Excusez-nous, nous avons eu un problème informatique » (La technique servant,
alors, d’alibi facile).
J’ai même connu plus grave dans ma vie antérieure de Contrôleur de gestion industriel :
Souvenez-vous des hommes d’affaires qui rachetaient des entreprises en difficulté à leur valeur
de rendement (évidemment faible), en attendant qu’elles aient déposées leur bilan (pour ne plus
supporter les dettes) et qui, ensuite, revendaient les actifs ou les activités encore rentables pour
réaliser de substantielles plus-values.

Tout cela en contournant la vigilance des banquiers et administrateurs judiciaires qu’ils avaient
trompés par d’apparentes bonnes raisons.

Pour ne pas rester le simple outil du meilleur comme du pire, la Raison doit, non seulement, être
subordonnée à des lois et des règles universelles (Justice, Morale, Santé publique, Respect de
l’environnement), mais inscrire, dans sa méthode, leur rappel incessant.

Pour utiliser une formule plus frappante, la Raison devrait être la conscience de la Conscience
devant laquelle aucun compromis n’est possible et où aucune fin ne justifie les moyens, même
s’ils paraissent rationnels et efficaces.
J’ai gardé pour la conclusion de ce travail, la formule qui le résume le mieux, émise par Gilles-
Gaston Granger qui définit la Raison comme l’association d’une Méthode, d’une Attitude et d’un
Idéal, synthèse que je voudrai préciser encore une fois :

- La Méthode : C’est la rigueur logique qui a permis à l’homme de comprendre le monde


de manière autonome, en s’émancipant des peurs et des superstitions.
- L’Attitude : Celle de, toujours, préférer les actes réfléchis aux seules impressions,
impulsions ou instincts.
- L’Idéal : Celui de tendre, toujours vers plus de vérité démontrée mais, sans jamais,
prétendre avoir atteint une vérité définitive.

La raison n’est jamais aussi forte que lorsqu’elle assume les limites propres aux hommes qui
l’utilisent.
Selon moi, si la Raison libère l’homme, elle exige de lui, en échange, la vigilance, la responsabilité
et le respect du bien commun.
La responsabilité induit le danger, la possibilité de sanction et exige pondération et prudence.
En cela, elle est transcendée par des valeurs qui lui sont supérieures sans limiter, pourtant, son
champ d’application.
Ces principes me semblent compréhensibles et admissibles sans avoir recours à des débats
philosophiques ou ontologiques rebutants.

La paraphrase du titre de la planche aurait pu être : Un idéal de Rationalité, tempéré par une
Attitude raisonnable.
Cet idéal ne pourra se réaliser que lorsque la société organisera une délibération ouverte à tous
ses membres et offrira, à chacun, l’assurance d’être entendu quel que soit son origine, ses
convictions ou son niveau social.

Personne ne détient ni secrets ni vérités car nous devons, sans cesse, tout réinventer ensemble.
Nos différences nous enrichissent et nous aident à dépasser nos limites individuelles.

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