REPUBLIQUE DU
SENEGAL COUR D’APPEL DE DAKAR (SENEGAL)
Un Peuple - Un But - Une
Foi TRIBUNAL DE GRANDE INSTANCE HORS CLASSE DE DAKAR
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COUR D’APPEL DE ---------------------
DAKAR
AUDIENCE PUBLIQUE DE LA CHAMBRE
TRIBUNAL DE GRANDE
CRIMINELLE SPECIALE DU 10 AVRIL 2018
INSTANCE HORS
CLASSE DE DAKAR
A l’audience publique de la chambre criminelle du Tribunal de Grande
N° 044bis/2018 du Instance Hors Classe de Dakar (Sénégal) siégeant en formation
jugement spéciale, tenue le 10 Avril deux mille dix-huit par Monsieur Samba
N° 1838/2015 du parquet KANE, juge au siège, Président, assisté de messieurs El Hadji Ndary
DIOP, Boubacar Ndiaye FALL, Raymond Henri DIOUF et de
LE MINISTERE PUBLIC madame Khadidiatou BA NDIEGUENE, membres, en présence de
Monsieur Aly Ciré NDIAYE, Premier Substitut du Procureur de la
CONTRE République et avec l’assistance de Me Abdoulaye SOW, Greffier, a été
rendu le jugement dont la teneur suit :
Mouhamadou SECK
ENTRE :
(Mes Souleymane
DIAGNE et Abdoulaye
SECK) Monsieur le Procureur de la République demandeur, suivant
ordonnance de non lieu partiel, de mise en accusation, de prise de
NATURE DES CRIMES corps et de renvoi devant la chambre criminelle spéciale en date du
ET 15 décembre 2017 rendue par le juge en charge du premier cabinet
DELITS d’instruction du Tribunal de Grande Instance Hors Classe de Dakar ;
D’UNE PART
Actes de terrorisme,
Apologie du terrorisme, ET LE NOMME:
blanchiment de capitaux
dans le cadre d’activités
Mouhamadou SECK, né le 21 janvier 1999 à Landou/Pout, de Doudou
terroristes et financement
et Mariama FAYE, domicilié au lieu de naissance;
du terrorisme en bande
organisée
D’AUTRE PART
Arts : 279-1, 279-4 et 279- Placé sous mandat de dépôt le 26 février 2016 ;
5, 2, 37 de la loi 2004-09
du 06 février 2004 et 4, 32 Accusé des crimes et délits d’actes de terrorisme, d’apologie du
de la loi 2009-16 du 02 terrorisme, de blanchiment de capitaux dans le cadre d’activités
mars 2009 terroristes et de financement du terrorisme en bande organisée ;
Décision : Faits prévus et punis par les articles 279-1, 279-4 et 279-5 du code
(Voir dispositif) pénal, 2, 37 de la loi 2004-09 du 06 février 2004 et 4, 32 de la loi 2009-
16 du 02 mars 2009;
A l’appel de la cause à l’audience du 27 décembre 2017, l’affaire a été
ajournée au 14 février 2018 puis successivement renvoyée au 14 mars
et au 09 avril 2018 pour la régularisation de l’ordonnance de non lieu
partiel, de mise en accusation, de prise de corps et de renvoi devant la
chambre criminelle spéciale en date du 15 décembre 2017 rendue par
le juge en charge du premier cabinet d’instruction du Tribunal de
Grande Instance Hors Classe de Dakar ;
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Chambre Criminelle spéciale
A cette date la chambre criminelle, suite à la rectification effectuée, a
utilement retenue l’affaire;
Monsieur le Procureur de la République a exposé que, par ordonnance
de renvoi en date du 15 décembre 2017 rectifiée le 19 mars 2018, il a
fait citer les accusés à comparaître par devant le tribunal, pour se
défendre en raison des crimes et délits ci-dessus indiquées ;
Le Greffier a fait lecture des pièces du dossier ;
Les conseils de l’accusés Mouhamadou SECK ont soulevé
l’incompétence de la chambre pour juger ce dernier aux motifs que
celui-ci, né le 21/01/1999, était mineur au moment des faits ;
Le Ministère Public a fait ses réquisitions ;
Les débats ont été déclarés clos le 09 avril 2018 et l’affaire mise en
délibéré pour jugement être rendu à l’audience du 10 avril 2018 ;
Advenue cette date, la chambre, vidant son délibéré conformément à
la loi, a statué en ces termes :
La Chambre
Attendu que par ordonnance de mise en accusation rendue le
15/12/2017, le doyen des juges d’instruction a renvoyé Mouhamadou
SECK et vingt-neuf (29) autres devant la chambre Criminelle du
Tribunal de grande instance de céans siégeant en formation spéciale
pour les faits d’actes de terrorisme, d’apologie du terrorisme, de
blanchiment de capitaux dans le cadre d’activités terroristes et de
financement du terrorisme en bande organisée, faits prévus et punis
par les articles 279-1, 279-4 et 279-5, 2, 37 de la loi 2004-09 du 06
février 2004 et 4, 32 de la loi 2009-16 du 02 mars 2009 ;
EN LA FORME
- Sur l’incompétence ;
Attendu que les conseils de l’accusé Mouhamadou SECK ont
excipé de l’incompétence de la chambre pour juger ce dernier aux
motifs que celui-ci, né le 21/01/1999, était mineur au moment des faits
et que, conformément aux articles 566 et suivants du Code de
Procédure Pénale, il n’est justiciable, pour les crimes et les délits, que
du Tribunal pour enfants ;
Qu’ils ont en outre fait valoir que l’article 677-30 de la loi n° 2016-
30 du 08/11/2016 modifiant le code de procédure pénale édicte
seulement une prorogation de la compétence ratione loci du Tribunal
de grande instance de Dakar pour les infractions terroristes en ce
qu’elle rend cette juridiction compétente pour des faits commis en
dehors de son ressort, sans toucher à l’ordre public judiciaire qui
inclut les procédures particulières établies aux articles 566 et
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Chambre Criminelle spéciale
suivants en vertu desquelles les mineurs sont justiciables du tribunal
pour enfants ;
Qu’ils ont ainsi conclu à la disjonction de la cause du mineur
Mouhamadou SECK ;
Attendu qu’en réaction, le ministère public a soutenu que les
actes dont la répression est poursuivie ont été prévus par des textes
spéciaux qui ont entendu donner compétence exclusive et absolue à la
Chambre Criminelle du tribunal de grande instance hors classe de
Dakar siégeant en formation spéciale pour connaitre des affaires
afférentes au terrorisme ;
Qu’il a rappelé que l’article 677-30 alinéa premier du code
précité dispose que : « la Chambre Criminelle du Tribunal de Grande
Instance de Dakar, siégeant en formation spéciale est seule
compétente pour juger les crimes rentrant dans l’une des catégories
visées par les articles 279-1 à 279-19…. » ;
Qu’il a estimé que la rédaction claire et en des termes généraux
dudit texte ne laisse place à aucun doute sur la compétence de la
chambre pour connaitre des infractions visées, même si elles sont
commises par un accusé mineur ;
Que poursuivant, il a soutenu que la loi n°2016-30 du
08/11/2016 est une loi spéciale au même titre que celle instituant le
tribunal pour enfants et qu’il est de règle qu’en cas de conflits
apparents entre deux lois spéciales, la dernière en date doit prévaloir
parce que plus conforme à la dernière volonté du législateur ;
Qu’il a précisé, au demeurant, que pour ce qui concerne le
traitement des affaires relatives au terrorisme, la loi a institué une
exclusivité en centralisant ce traitement à Dakar tant en ce qui
concerne l’enquête (Section de Recherches de la Gendarmerie et
Division des Investigations Criminelles), la poursuite et l’instruction
(Parquet et cabinets spécialisés de Dakar) que pour le jugement (
chambre criminelle spéciale du TGI de Dakar et chambre criminelle
spéciale de la Cour d’Appel de Dakar) ;
Qu’il a estimé qu’une décision d’incompétence de la chambre de
céans profiterait, ipso facto, au Tribunal de Grande Instance de Saint-
Louis en vertu des règles de compétence ratione loci, Mouhamadou
Seck ayant été arrêté dans ce ressort et qu’une telle éventualité serait
en contradiction avec l’esprit de la loi 2016-30 du 08 novembre 2016
qui a entendu attribuer une compétence exclusive, en matière de
terrorisme, aux organes spécialisés situés à Dakar ;
Qu’il a fait valoir, au surplus, que seule la chambre criminelle
de la Cour d’Appel de Dakar siégeant en formation spéciale est
compétente en cas de recours en matière de terrorisme et que cette
chambre ne peut connaître que des appels interjetés contre les
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Chambre Criminelle spéciale
décisions rendues par la chambre criminelle du tribunal de grande
instance de Dakar siégeant en formation spéciale, de sorte que selon
lui, faire droit à l’exception d’incompétence soulevée entrainerait le
risque de voir l’accusé privé de son droit d’appel ;
Qu’il a requis, en conséquence, que l’exception soulevée par les
conseils de Mouhamadou SECK soit rejetée et les débats continués ;
SUR CE
Attendu qu’il résulte de la copie littérale d’acte de naissance
délivrée le 09/01/2018 par l’officier d’état-civil du centre secondaire de
Keur Moussa que l’accusé Mouhamadou SECK est né le 21/01/1999 ;
Qu’ainsi au moment de son arrestation en 2015, il était âgé de
seize (16) ans et était donc mineur ;
Attendu que comme l’a fait remarquer le ministère public,
l’article 677-30 alinéa premier de la loi 2016-30 du 08 novembre 2016
portant modification du code de procédure pénale, rédigé en des
termes généraux, donne compétence exclusive aux juridictions de
Dakar pour connaitre des infractions de terrorisme quel qu’en soit
l’auteur, écartant ainsi toute exception liée à la compétence ratione
personae ;
Qu’il apparait cependant que ledit texte qui n’a prévu aucune mesure
adaptée à la situation spécifique du mineur impliqué dans des affaires
de terrorisme, est manifestement en contradiction non seulement
avec les autres dispositions internes existantes relatives au mineur
en l’occurrence les articles 566 et suivants du code de procédure
pénale instituant le Tribunal pour enfants et une procédure spéciale
pour le jugement des mineurs soupçonnés d’avoir commis des
infractions, mais également avec les engagements internationaux
souscrits par le Sénégal comme la Convention Internationale des
droits de l’enfant adoptée par l’Assemblée Générale de l’Organisation
des Nations Unies le novembre 1989 entrée en vigueur à l’égard du
Sénégal le 02 septembre 1990 ;
Attendu que ladite convention relative notamment au
traitement des mineurs devant la justice, promeut en son article 40,
l’adoption de lois, de procédures, la mise en place d’autorités et
d’institutions spécialement conçues pour les enfants suspectés
d’infraction ;
Qu’en d’autres termes, ce texte fait obligation aux Etats parties
de mettre en place un système de justice pour mineurs chargé de la
poursuite et du jugement de ceux-ci, sans aucune exception à la
compétence de ce système fondée sur la gravité de l’infraction ;
Qu’il en est de même d’ailleurs de la Charte Africaine des droits
et du bien-être de l’enfant adoptée, le 18 mai 1992, par l’Organisation
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Chambre Criminelle spéciale
de l’Unité Africaine, devenue Union Africaine et entrée en vigueur à
l’égard du Sénégal le 29 juillet 1998 qui, en son article 17–2.d, exige
des Etats qu’ils veillent à ce qu’il soit interdit « à la presse et au public
d’assister au procès » de « tout enfant accusé d’avoir enfreint la loi
pénale » ;
Attendu qu’il importe de rappeler sur ce point qu’au sens de
l’article 79 de la Constitution du Sénégal, les traités ou accords
régulièrement ratifiés ou approuvés ont, dès leur publication, une
autorité supérieure à celle de la loi ;
Qu’il en résulte que la compétence exclusive de la chambre
criminelle spéciale instituée par la loi 2016-30 du 08 novembre 2016
portant modification du code de procédure pénale, qui est une loi
nationale, ne peut être appliquée au mineur, sous peine de violation
du principe de la hiérarchie des normes, surtout qu’il est admis qu’en
cas de contrariété entre les dispositions d’un traité et celles d’une loi
nationale, les premières s’appliquent ;
Qu’en considération des éléments ci-dessus, il échet de dire qu’en
ce qui concerne le cas des mineurs accusés d’infractions terroristes,
les dispositions du code de procédure pénale instituant le tribunal
pour enfants prévalent sur celles du même code issues de la loi 2016–
30 du 08 novembre 2016, ce qui en l’espèce, rend la chambre
incompétente pour connaître de la cause concernant le mineur
Mouhamadou SECK ;
PAR CES MOTIFS
Statuant publiquement, contradictoirement en matière criminelle et
en premier ressort ;
✓ Se déclare incompétente à l’égard de l’accusé Mouhamadou
SECK, mineur au moment des faits ;
✓ Renvoie le ministère public à mieux se pourvoir.
Ainsi fait, jugé et prononcé les jour, mois et an susdits ;
Et ont signé :
Le Président Le Greffier :
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Chambre Criminelle spéciale