Sortie de Crise en Afrique de l'Ouest
Sortie de Crise en Afrique de l'Ouest
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Atelier de lancement de
INTRODUCTION......................................................................................................................................................................................-5 -
I. LE MAINTIEN DES SERVICES ET DES FONCTIONS D’ETAT EN CASAMANCE, QUELS ENSEIGNEMENTS POUR L’AFRIQUE DE
L’OUEST ?.......................................................................................................................................................................................-6 -
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INTRODUCTION
L’atelier a réuni plus de cinquante participants originaires des pays concernés et de la Gambie.
Plusieurs catégories d’acteurs étaient présentes : décideurs, hommes politiques, représentants
des institutions étatiques et des collectivités locales du Sénégal, des agences bilatérales de
coopération, des organisations internationales et de la société civile, acteurs de terrain, experts
régionaux et internationaux (voir liste des participants en annexe).
L’importance a été soulignée de partager les expériences acquises et les leçons tirées pour que
les conditions d’une paix durable rayonnent dans la région ; s’appuyant sur la culture commune
et les potentialités sociales et économiques immenses, bien qu’encore peu exploitées, dont celle-
ci bénéficie3. La nécessité d’une approche régionale des mesures d’appui et d’accompagnement à
la sortie de crise a fait également l’objet d’un consensus.
Le SCSAO remercie les autorités du Sénégal, pays hôte, aux nivaux national, de la région de
Ziguinchor et des villes de Ziguinchor et de Sédhiou, pour leur participation active et leur
disponibilité pendant toute la durée de l’atelier.
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I. LE MAINTIEN DES SERVICES ET DES FONCTIONS D’ETAT EN CASAMANCE, QUELS
ENSEIGNEMENTS POUR L’AFRIQUE DE L’OUEST4 ?
Lancée fin 2003 par le SCSAO, ce travail vise à identifier les facteurs de blocage et les leviers de
déblocage dans l’accès aux services de base et dans la promotion de la sécurité en situation de
conflit, en insistant sur les rôles joués par les populations elles-mêmes et sur les dimensions
transfrontalières ; le but étant de suggérer des pistes d’action pour améliorer l’assistance aux
populations, la promotion de la paix et de la sécurité pour tous.
Un des moments forts a été l’atelier de réflexion et de consultation (Ziguinchor, 24-26 février
2004) qui a réuni une trentaine d’acteurs des services d’éducation, de santé et agricoles à cheval
sur les frontières sénégalo-gambienne et sénégalo–bissau-guinéenne5. Des missions de terrain
ont permis de faire le suivi de diverses initiatives prises pour le maintien des services
mentionnées à ce premier l’atelier. Au préalable, une travail de diagnostic avait été mené sur :
l’état des services, les enjeux politico-économique du conflit, les acteurs du conflit, les facteurs et
acteurs religieux. Ces activités ont alimenté la rédaction d’un rapport final (cf. annexe A)
présenté pendant la première matinée de l’atelier de janvier.
La plupart des acteurs réunis lors de la rencontre en 2004 ont participé à la restitution de l’étude
jusqu’à la clôture des débats. Ceci a permis de faire le lien entre les perspectives identifiées dans
l’étude et la problématique plus générale des dynamiques de sortie de crise. De l’avis général,
les résultats présentés sont pertinents afin d’appréhender la situation actuelle en Casamance, les
mécanismes de la solidarité et de l’insécurité dans les espaces transfrontaliers. Toutefois, des
propositions concrètes quant à la manière de faire évoluer les politiques et les pratiques pour la
fourniture des services et la construction de la paix, sont nécessaires.
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Dans les travaux du SCSAO, les « services publics et communautaires » sont les services rendus ou approvisionnés par les
organismes de l’État, les autorités locales et décentralisées, mais également les structures traditionnelles villageoises, les
organisations confessionnelles, les ONG, la société civile, les réseaux d’acteurs, le secteur privé etc., tels que les services de santé,
les services agricoles, d’éducation, de micro-crédit, etc. Les « fonctions d’État » sont les actions qui garantissent la sécurité et la
protection physique des populations dans les limites des frontières nationales (développer un cadre législatif approprié, veiller à
assurer un accès équitable aux services, assurer le bien-être des populations vivant à l’intérieur des frontières, etc.).
5 Voir C. Kayser et L. Sonko, Résumés des résultats et suites, Atelier de consultation et de réflexion, Ziguinchor 24-26 février 2004,
CSAO, SAH/CR(04)108.
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Lois de 1972 et 1996. Les collectivités locales ont pour mission générale la conception, la programmation et la mise en œuvre des
actions de développement économique, éducatif, social, sanitaire, culturel et scientifique d’intérêt régional, communal ou rural.
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régionale et départementale. Sur le terrain, les acteurs-clés de la fourniture des services sont :
les services techniques déconcentrés, les collectivités locales, les organisations de la société
civile, les populations et les partenaires au développement.
• Ces structures et ces acteurs interviennent dans les deux régions administratives de la
Casamance naturelle (Ziguinchor et Kolda). Considérant le secteur de l’éducation,
Ziguinchor est la deuxième région scolaire après la celle de Dakar. Les infrastructures
disponibles sont importantes, les taux brut de scolarisation au-dessus de la moyenne
nationale. Le conflit qui dure depuis presque 23 ans a mis à mal ces acquis et détérioré les
conditions de sécurité humaine des populations. Vu la nature du conflit et sa durée, il est
toutefois difficile d’évaluer dans quelle mesure l’insécurité et l’instabilité influent sur
l’accès aux services en comparaison à d’autres facteurs communs à l’ensemble du pays
(ex : investissements insuffisants, diffusion de la pauvreté, ressources humaines limitées…).
Par exemple, le recours au personnel bénévole dans l’éducation (les pionniers de l’éducation)
et dans la santé (les agents de santé à base communautaire – ASBC), est une tendance
générale qui pose la question de la qualité et la durabilité des services fournis au plan
national.
• Face à cette situation, plusieurs initiatives ont vu le jour pour garantir les services minima et
la sécurité. Elles sont portées par des acteurs divers dont la légitimité provient d’abord de
leur appartenance aux populations : associations villageoises, groupements d’intérêt
économique, associations de femmes et de jeunes, groupes religieux, socioculturels, etc.
s’impliquant dans la reconstruction des habitats, la réhabilitation d’infrastructures,
l’assistance aux réfugiés de retour, la réconciliation et la construction de la paix au niveau
communautaire. Ensuite, cette légitimité découle de la proximité des fournisseurs des
services aux populations : ONG travaillant sur le terrain, organisations humanitaires et
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La population de Ziguinchor a presque doublé en l’espace d’une décennie, elle s’élève à 200 000 habitants dont 13% sont des
déplacés.
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partenaires au développement depuis longtemps actifs en Casamance, projets de l’Etat, etc.
qui financent la reconstruction des infrastructures, la mise à disposition de services, l’aide
alimentaire aux groupes vulnérables et défavorisés, l’éducation à la paix.
• Pour assurer une continuité dans l’assistance, les nombreuses initiatives publiques et
humanitaires sons souvent concentrées dans les zones stables et accessibles. Par ailleurs,
alors que les initiatives des populations locales se multiplient, leur durabilité et viabilité
demeurent aléatoires. De quelle manière faut-il les appuyer pour qu’elles s’inscrivent dans le
long terme et atteignent un plus grand nombre de bénéficiaires tout en préservant leur esprit
et rythme originaires ? Il est constaté que si ces deux types d’initiatives s’articulent
efficacement les unes avec les autres, elles produisent des résultats tangibles pour le
maintien de services. Ces initiatives combinées permettent également une meilleure
sécurité des populations : des espaces de négociations se créent pour les parties en conflits
où les fournisseurs de services jouent aussi un rôle de médiateurs informels. Cette situation
reste néanmoins très localisée et ses impacts sur la résolution du conflit demandent à être
davantage explorés.
• Développer des passerelles entre les différentes initiatives est une recommandation forte de
l’étude sur laquelle il existe un consensus. Éviter la concurrence et la duplication des efforts ;
favoriser l’appropriation par les acteurs locaux en renforçant leurs responsabilités ;
augmenter la redevabilité des acteurs intermédiaires ; améliorer la transparence des
mécanismes d’intervention sont identifiés comme étant des pistes prioritaires d’action.
Toutefois, est-il faisable d’insérer les services existants sur le terrain dans des systèmes
publics d’Etat par définition rigides et formalisés, voire entre systèmes étatiques différents
pour ce qui est des espaces transfrontaliers ?
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Parti Africain pour l’Indépendance de la Guinée-Bissau et Cap-Vert fondé par Amilcar Cabral en 1956.
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affrontements entre l’armée sénégalaise et les Mouvement. Fuyant leurs villages détruits,
les plantations d’anacardes inaccessibles à cause des mines, les populations
(majoritairement mancagnes) trouvent refuge chez leurs parents en Guinée-Bissau. Les
anciennes solidarités et les pratiques traditionnelles revivent dans les initiatives mises en
place par les populations mancagnes pour garantir leur sécurité humaine (ex :
l’association PKUMEL).
• Le renouvellement de l’Etat à partir des aspirations et des besoins exprimés par le bas, une
nouvelle définition de la citoyenneté intégrant le caractère multidimensionnel de
l’identité individuelle sont des enjeux centraux pour la sortie de crise. Pour renouer le
dialogue entre les institutions étatiques, les acteurs sociopolitiques et les populations,
l’engagement de toutes les parties prenantes est indispensable. Ce dialogue permettrait de
clarifier le rôle, les pouvoirs et les capacités de chaque acteur dans la construction
d’institutions publiques poursuivant l’intérêt général de manière efficace ; et aussi de
consolider les logiques civiles porteuses de paix, qui existent même dans un contexte de
conflit. La mise en œuvre d’une décentralisation politique et administrative effective et
performante est une opportunité à saisir afin d’atteindre ces objectifs.
• Des interventions adaptées à la spécificité de chaque contexte sont donc nécessaires dans
les processus de réconciliation et de reconstruction. Il est recommandé en matière de
relance économique et sociale de la Casamance de ne pas appliquer des stratégies et des
programmes pré-établis du simple fait qu’ils produisent des résultats positifs ailleurs ou que
le savoir-faire (ex : lignes directrices, enseignements tirés, pratiques, structures, etc.) est déjà
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disponible. Bâtir sur les diversités spatiales pour appuyer les dynamiques existantes sur le
terrain s’avère indispensable afin de lier la reconstruction à la prévention de conflits à venir.
• Des interventions ciblées qui produisent des résultats durables requièrent une
connaissance profonde des causes et facteurs complexes du conflit, et de ses
conséquences. L’histoire du conflit en Casamance a longtemps été un sujet tabou.
Aujourd’hui, les conditions semblent réunies pour écrire cette histoire avec la contribution
des chercheurs sénégalais et des populations. La confiance et le consensus établis autour de
cette priorité constituent, en eux-mêmes, des indicateurs d’une situation de sortie de crise.
Trois questions ont structuré les débats à partir de contributions illustrant les perceptions, les
actions et les perspectives des acteurs : hommes et femmes de culture, collectivités locales,
médias, associations de jeunes et des femmes, ONG et autres acteurs de la société civile, agences
d’Etat et partenaires bilatéraux et multilatéraux au développement. Ces questions sont les
suivantes :
Les échanges ont fait ressortir des similitudes et les différences entre les situations de la
Casamance, de la Guinée-Bissau et de la Sierra Leone qui se situent à des moments spécifiques
du processus de sortie de crise. Le besoin de clarifier les responsabilités de tous les acteurs,
d’articuler les actions à plusieurs niveaux (local, national, transfrontalier et régional) a été
souligné tout comme la nécessité de croiser les expériences pour en tirer des perspectives et des
enseignements régionaux.
2.1 La sortie de crise en Afrique de l’Ouest : des expériences différentes éclairant la situation
régionale
• Après son indépendance en 1974, la Guinée-Bissau a connu une série de coups d’état et de
tentatives de renversement de l’ordre constitutionnel. Cela culmine avec un conflit militaire
(1998-1999 et les violences en octobre 2004. Pour la période 1998-1999, les pertes en vies
humaines s’élèvent à plus de cinq mille personnes. Ces crises successives provoquent une
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fuite des cerveaux avec des conséquences non négligeables pour la reconstruction des
systèmes politique, économique et social en sortie de crise9. Les principes guide de la lutte de
libération contre la colonisation portugaise (unité, solidarité, primauté des intérêts collectifs,
respect des règles du jeu…) s’effritent au long du processus de construction de l’État post-
colonial. La primauté de l’autorité civile est contestée par les militaires dont le poids est
démesuré dans la vie publique. Le système politique est miné par la prolifération des partis
politiques (27 pour une population d’un million d’habitants). Du fait de sa désarticulation au
niveau des provinces, l’emprise de l’Etat sur le territoire ne dépasse pas la capitale. Les
institutions nationales peinent à remplir leurs fonctions et à fournir les services aux
populations ; ce qui se reflète dans des indicateurs socio-économiques faibles décrivant la
Guinée-Bissau comme un « pays en panne » où la fragmentation politique, sociale et
ethnique augmente. Par ailleurs, la solidarité régionale s’avère un facteur de pacification
important, comme l’atteste l’intervention de la CEDEAO en 1999. Le processus de paix au
Sénégal pourrait avoir des impacts positifs sur la sécurité transfrontalière, les événements du
conflit en Casamance ayant nourri l’insécurité en Guinée-Bissau. A présent, la Banque
mondiale et les Nations unies interviennent dans le pays à travers leurs programmes de
démobilisation, de réinsertion et de réintégration des anciens combattants, malgré l’absence
d’interlocuteurs publics clairs. Les prochaines élections présidentielles prévues pour mai
2005 permettront d’avoir plus de visibilité sur les perspectives réelles de démilitarisation de
la société bissau-guinéenne et sur la faisabilité des réformes politico-institutionnelles,
conditions indispensables à la paix.
• La Sierra Leone émerge d’un conflit violent ayant duré onze ans, aux importantes
ramifications et implications transfrontalières voire régionales. Plus de 50 000 victimes sont
dénombrées alors que les déplacés forcés à l’intérieur et à l’extérieur du pays sont estimés à
un million et demi. Depuis 2002, une stratégie multisectorielle de reconstruction, de
réhabilitation et de réintégration est mise en œuvre sous-tendant les processus de
réconciliation, de construction des institutions publiques et de consolidation de la paix.
Exécutée par une variété d’acteurs nationaux et locaux10, cette stratégie est appuyée par les
partenaires au développement. Ses résultats sont tangibles en termes d’une sécurité accrue
des personnes, d’une disponibilité d’infrastructures de base surtout en milieu urbain, et
d’une reprise des affaires, de la vie politique et sociale. L’expérience acquise illustre les
changements produits à l’issue du conflit : les acteurs sociopolitiques interpellent
directement les décideurs et les gouvernants pour la résolution de problèmes collectifs ; ils
interviennent de manière plus effective dans la gestion des conflits et dans la régulation la
société. Ces changements ont des impacts positifs sur les dynamiques de sortie de crise, mais
ils ne constituent pas, à eux seuls, une masse critique suffisante pour répondre aux causes
profondes du conflit et anticiper les comportements des acteurs ayant plus d’intérêt dans la
continuation des violences que dans la paix (les mercenaires, les trafiquants d’armes, les
profiteurs des économies de guerre, etc.). Dans cette optique, la faible intensité du conflit en
Sierra Leone dépendrait de la présence d’acteurs extérieurs comme la CEDEAO ou la
Mission des Nations unies, garants des accords de paix. Les enseignements tirés du
processus de sortie de crise en Sierra Leone soulignent la nécessité de: 1) bâtir les réformes
9 Selon les estimations de l’Organisation internationale des migrations, 13 000 ressortissants bissau-guinéens vivent au Portugal, 1
000 en Espagne, 500 en Allemagne, 200 aux Etats-Unis. Parmi d’eux, beaucoup de cadres
10 Gouvernement, agence de l’Etat (la National Commission for Social Action – NaCSA), collectivités locales, société civile, ONG,
associations à la base, syndicats, médias, etc.
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politiques, institutionnelles et socio-économiques dans la durée ; 2) ancrer ces réformes dans
la société par l’inclusion de toutes les parties prenantes dans le processus de sortie de crise11 ;
3) promouvoir une leadership politique forte bénéficiant d’un large consensus ; 4) s’attaquer
aux facteurs structurels de crise tels que la pauvreté, l’exclusion, les inégalités, l’insécurité
humaine et la mauvaise gouvernance ; 5) encourager la solidarité régionale pour la gestion
des conflits et adopter une approche régionale pour leur résolution.
3 Une approche indispensable : lier les interventions ciblées sur le conflit à la réponse aux
facteurs structurels de crise. En sortie de crise, des signaux de changement clairs par
rapport à la situation de conflit ouvert doivent être envoyés aux parties prenantes. L’un
de ces signaux étant la mise en place d’interventions autres que celles de
gestion/résolution du conflit, ou d’urgence. Dans les cas de la Sierra Leone, de la Guinée-
11 A travers, par exemple, l’éducation à la paix, le renforcement des capacités des acteurs de la société civile, etc.
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Bissau et de la Casamance, les tensions entre générations ou entre groupes socio-
économiques pour l’accès et l’utilisation des ressources (ex : foncières, forestières, etc.)
posent des défis importants à la stabilité et à la sécurité tant au niveau local qu’au niveau
régional. Le besoin a été souligné de prendre en compte cette situation dans la
formulation de stratégies de reconstruction et de relance économique.
3 Des acteurs incontournables : Les participants ont insisté sur la nécessité de permettre le
dialogue entre tous les acteurs sociopolitiques pour reconstruire l’espace public de
manière consensuelle. Les partenaires au développement sont appelés à appuyer ce
processus. Les actions et les expériences de certains acteurs sont présentées ci-dessous.
3 Une nécessité opérationnelle : valoriser toutes les synergies possibles entre les initiatives
existantes. En sortie de crise, les initiatives prises par différentes catégories d’acteurs se
multiplient qu’il s’agisse des jeunes, des femmes ou de la société civile. Il est nécessaire
de promouvoir la solidarité entre ces acteurs, d’harmoniser les interventions des uns et
des autres afin d’accroître leur impact global. Une proposition a été avancée d’établir des
« coalitions locales » qui fédèrent les initiatives en cours dans des zones spécifiques.
2.2 La contribution des acteurs sociopolitiques à la sortie de crise : un rôle construit dans le
temps
• Alors que le conflit nourrit la méfiance et les malentendus, les femmes et les hommes de
culture – producteurs d’idées, de valeurs et de connaissances – fournissent un éclairage des
positions des parties prenantes et les aident à établir un dialogue. Ils facilitent l’émergence
d’une culture de paix en forgeant de nouvelles valeurs communes. Ils contribuent à
l’épanouissement et à l’enrichissement culturel des individus et des sociétés visant, à travers
leurs œuvres, la valorisation des droits et des libertés fondamentaux. Il existe, toutefois, un
danger lié à l’instrumentalisation de la culture par des individus ou des groups. Ceux-ci
peuvent attiser les conflits véhiculant une culture de la discrimination, du mépris de « tout
ce qui est différent ». Par ailleurs, une politique culturelle discriminatoire peut imposer
l’usage de la/les langue(s) officielle(s) pour l’éducation, l’administration, etc. au détriment
des autres composantes linguistiques nationales12. Un effort conjoint des acteurs impliqués
dans la production et dans la promotion de la culture est essentiel pour que la diversité
culturelle soit perçue comme une richesse et pas comme une faiblesse, dans la construction
de l’identité nationale. La constitution sénégalaise définit la culture comme le fondement de
l’unité et de la cohésion nationale. Pour soutenir la culture de l’inclusion et la
responsabilisation des acteurs sur le terrain, il a été suggéré de renforcer les activités
d’éducation à la paix et d’appuyer davantage l’organisation de manifestations et initiatives
culturelles par les populations, ex: marches de la paix, journées culturelles à thème,
compétitions sportives, création d’associations socioculturelles, etc. Promouvoir la culture
du pardon et de l’oubli pour bâtir la paix, selon le modèle de l’Afrique du Sud, est un choix
politique objet de discussion.
12 La question de la langue s’inscrit dans le débat plus large sur la valorisation des pratiques culturelles endogènes comme moyens
pour renforcer la paix et le développement. Ce thème est débattu à l’atelier organisé par le SCSAO à Conakry (Guinée) les 9-11
mars 2005 pour une « Initiative de valorisation des capacités endogènes de prévention des conflits et de gouvernance ».
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• Il est difficile d’appréhender les fonctions des collectivités locales en raison d’une double
situation de victime et de partie prenante d’un conflit qui peut les caractériser. Certains
participants ont défini le processus de décentralisation au Sénégal comme une réponse
donnée par l’Etat aux revendications séparatistes d’une partie de sa population. La
décentralisation constituerait une alternative voire une proposition de sortie de crise mise en
avant par le Gouvernement à un moment historique précis. Les collectivités locales
garantissent le lien entre les niveaux national et local de gestion de la société. Elles jouent
l’interface entre mécanismes officiels et mécanismes socioculturels de régulation politique
intégrant dans leur action des acteurs (les femmes, les jeunes, les notables, les religieux, etc.)
dont les fonctions sociales spécifiques permettent d’exercer un impact fort sur le
déroulement du conflit et sur les perspectives de pacification. Les collectivités locales
s’engagent souvent dans la solution de problèmes qui dépassent leurs zones de compétence
(ex : assistance aux populations déplacées) en concertation avec leurs homologues de l’autre
côte de la frontière. Sans l’apport du chaînon local, les institutions publiques auraient du mal
à mettre en synergie les ressources étatiques et celles sociétales ou bien à prendre en compte
les aspects transfrontaliers pour promouvoir la paix et la sécurité. Cependant, les
collectivités locales jouent toujours un rôle marginal dans les stratégies officielles de
résolution des conflits et de construction de la paix. Trois circonstances ont été citées qui
seraient susceptibles de renforcer leur contribution à la sortie de crise au Sénégal :
Des perspectives concrètes s’ouvrent pour une majeure inclusion des collectivités locales
dans les processus décisionnels concernant leurs zones et leurs domaines de compétence. Le
besoin a été néanmoins constaté de renforcer le partenariat horizontal avec d’autres acteurs
concernés selon les principes de la complémentarité et de la subsidiarité. Des questions ont
été, par ailleurs, soulevées quant aux rapports entre les collectivités locales et le Mouvement
tout au long du conflit et en situation de sortie de crise. Enfin, il a été observé qu’elles
devraient jouer un rôle davantage poussé dans la gestion des ressources naturelles et dans la
protection des forêts autour desquelles se concentrent les enjeux-clés d’une paix durable
dans plusieurs pays ouest-africains.
• Le rôle des médias dans la promotion de la sécurité est controversé. Les journalistes
peuvent-ils se considérer comme des « citoyens virtuels » lorsqu’ils exercent leur
profession dans des contextes conflictuels ? Tantôt victimes tantôt complices, les médias
semblent ne pas trouver les justes repères pour agir en vue de l’intérêt collectif en situation
13 Agence nationale pour la relance des activités économiques et sociales en Casamance, voir plus bas.
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de conflit14. Par exemple, la presse ne tire pas la sonnette d’alarme avant la crise bissau-
guinéenne de 1998, malgré plusieurs signes indiquaient l’imminence d’une guerre. Elle sert
plutôt de « tribune » aux différents protagonistes avant et pendant le conflit. De même,
l’expression utilisée pour nommer ce conflit, la « courte guerre », est trompeuse car en réalité
les événements de 1998-1999 provoquent des destructions et des victimes supérieures à
celles de la guerre de libération durée onze ans. En ce qui concerne la Casamance, des titres
contradictoires, sensationnels apparus sur les journaux nationaux sèment la confusion dans
l’esprit des Sénégalais et façonnent une opinion publique inquiète du sort des civils et des
militaires envoyés en mission dans la région. Mal perçu tant par le MDFC que par l’armée, le
comportement de la presse contribue à rendre difficile le dialogue entre eux. Plusieurs
initiatives sont prises par les journalistes eux-mêmes ou par les ONG travaillant sur le
terrain (ex : OXFAM GB) pour analyser le rôle de médias dans le conflit et prendre de
mesures correctives ; une d’entre elles étant la création d’un réseau régional des journalistes
pour la paix et l’intégration. Il se pose aux médias ouest-africains le défi de faire un travail
correct (couvrir l’actualité avec honnêteté intellectuelle, rapporter les faits avec exactitude,
les traiter avec objectivité...) dans une situation anormale en raison d’un manque de moyens,
d’une formation insuffisante, d’une faible reconnaissance et garantie de leur fonction. Il se
pose la question de savoir quelle contribution les médias peuvent apporter à la sortie de
crise. La nécessité de les associer au processus de paix se confirme, mais jusqu’à quel degré
doivent-ils l’être ? Doivent-ils devenir des facilitateurs du processus ? L’exemple du
Mozambique où l’implication des médias a contribué positivement à ramener la paix, a été
cité.
• L’implication des femmes dans la résolution des conflits n’est pas que récente. En Afrique de
l’Ouest, le WIPNET15 qui fait partie du réseau régional WANEP16, regroupe plus de 400
organisations de femmes actives au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Liberia, etc. En Sierra Leone
et au Liberia, le Réseau des femmes du Fleuve Mano17 joue un rôle primordial dans les
processus de paix et de réconciliation durant les années 90. En Casamance, les femmes sont
actives à travers plusieurs associations, par exemple l’USOFORAL18, dès années 90. Elles
organisent diverses manifestations (rallies annuelles, tables rondes, forums, séances de
prières, etc.) culminant dans les marches des femmes des fétiches dans les bois sacrés en 2003
puis en 2004. Certains aspects des activités des femmes pour la paix appèlent au débat. S’il
est certain que les femmes occupent une place importante dans les sociétés ouest-africaines,
notamment en Basse Casamance chez les Diolas, traditionnellement leur intervention se
limite à l’espace domestique ou public réduit (le village, la communauté ethnique). Les
femmes semblent ne pas se sentir légitimées à agir en dehors de cet espace. Le recours massif
à des rites, prières, danses, libations, marches indiquerait qu’elles ne sont pas prêtes à
s’investir dans la sphère politique, à profiter de leur mobilisation en faveur de la paix pour
contester l’ordre établi et se positionner dans le jeu politique. La mobilisation des femmes en
Casamance serait-elle de nature conservatrice, informelle avec comme seul but la survie du
14 « Le journalisme devait seulement viser le bien commun. Car la presse a du pouvoir de même qu’un torrent sortant de son lit
dévaste les cultures sur son passage. Une plume mal contrôlée est une plume destructive » (Mahatma Gandhi cité par Allen Yero
Emballo dans sa communication).
15 Women In Peacebuilding Network.
16 West African Network for Peacebuilding.
17 MARWOPNET, selon l’acronyme anglais.
18 Voir : [Link]
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groupe, le maintien de la cohésion sociale ? Par ailleurs, les femmes ne sont pas seulement
victimes ou actrices de paix. En Sierra Leone comme en Casamance, elles ont participé au
conflit et soutenu les combattants. L’implication des femmes dans le déclenchement et dans
la poursuite des conflits doit être analysé alors que leur rôle e en sortie de crise est discuté.
Les expériences acquises dans la région mettent en avant les priorités suivantes afin que les
femmes jouent un rôle significatif dans la sortie de crise :
3 Donner aux femmes toutes les informations disponibles pour qu’elles soient au même
niveau d’information que les autres acteurs ;
3 Les former et renforcer leurs capacités de gestion, résolution des conflits et promotion de
la paix ;
3 Promouvoir l’échange d’expériences entre elles pour qu’elles prennent davantage
conscience de leur rôle ;
3 Augmenter la solidarité en vue d’organiser des réseaux nationaux et régionaux, à l’instar
du Réseau des femmes du Fleuve Mano, et de mettre en synergie des initiatives jusqu’ici
fragmentées en Gambie, Casamance et Guinée-Bissau.
• En Casamance, les jeunes ne participant pas aux combats s’organisent en tant qu’acteurs
transfrontaliers pour trouver une sortie à la crise19. Des structures sont créées, par exemple le
Mouvement des Jeunes pour la Paix et l’Intégration (MJPI), avec l’objectif de restaurer la
confiance entre les populations frontalières et de permettre un rapprochement entre les
gouvernements. Ce Mouvement se constitue en 2000 à l’occasion de la fermeture de la
frontière sénégalo–bissau-guinéenne par les populations ayant subi les effets
d’affrontements sanglants entre l’armée sénégalaise et le MFDC dans la région de Kolda. Les
législations de deux pays étant différentes, les branches du Mouvement au Sénégal et en
Guinée-Bissau se structurent séparément pour mener à bien des activités communes ou
complémentaires : rencontres avec les parties en conflit ; sensibilisation des leaders d’opinion
; organisation de festivals régionaux de la paix, de la tolérance et du bon voisinage, etc. Ces
jeunes bénéficient du soutien des partenaires extérieurs (ex : l’UNICEF, le projet
FANKANTA de la GTZ de Kolda, OXFAM GB, le Programme sénégalo-allemand PROCAS,
etc.), ce qui permet la création de cellules d’alerte et de gestion des urgences sur le terrain,
des activités de formation en médiation, prévention et gestion des conflits, l’appui aux
victimes du conflit, etc. Les difficultés se posant aux jeunes intervenant dans les espaces
transfrontaliers sont de nature financière et technique ; les partenaires extérieurs et les
services d’Etat ayant pur la plupart une approche nationale de leur intervention. Toutefois,
une approche plus souple est adoptée sur le terrain par les partenaires afin de s’adapter aux
exigences réelles. Cette approche mérite d’être systématisée considérant que les conflits
fonciers, les tensions liées à la transhumance transfrontalière, à l’exploitation des champs et
des rizières à cheval sur les frontières ou à l’utilisation de ressources naturelles partagées,
restent importants. Les jeunes acteurs de la paix sont convaincus que la coopération
transfrontalière constituerait un atout fondamental pour la prévention et pour la gestion de
ces situations conflictuelles.
19
98% des effectifs (soldats et combattants confondus) dans l’espace à cheval entre le Sénégal, la Gambie et la Guinée-Bissau sont
des jeunes. Des chiffres similaires caractérisent les conflits du Fleuve Mano et de la Côte d’Ivoire.
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• Beaucoup d’initiatives mentionnées plus haut des femmes, des jeunes ou des autres acteurs
opérant en Casamance reçoivent le soutien du Conseil des ONG d’appui au Développement
qui regroupe 164 ONG nationales, étrangères et internationales. Promouvant la concertation
et la solidarité entre ses membres, le CONGAD est représentatif de la société civile au
Sénégal. Les activités menées en collaboration avec les acteurs de terrain visent : le
décloisonnement de la crise (ex : sensibilisation des populations à travers des émissions
radiophoniques) ; le renforcement de la concertation et le dialogue politique (organisation
des festivals de la paix, « les journées culturelles Aguène et Diambone », etc.) ; la promotion
de la culture de la paix et des droits humains (camps vacances pour les enfants,
renforcement des capacités des ONG, etc.) ; la réinsertion et la reconstruction (identification
des impacts socio-économiques de la crise, plaidoyer pour le retour des acteurs du
développement dans la zone, forum des acteurs, soutien à la scolarisation des enfants,
activités de formation pour des groupes cibles, microcrédit, etc.). Ces activités ont permis à la
société civile tant nationale que locale de contribuer à obtenir des résultats positifs dans la
gestion de la crise et en particulier : la pacification des zones de tensions dans la région de
Kolda ; l’ouverture d’une discussion nationale sur la crise ; un changement d’attitude de la
presse locale dans le traitement du dossier ; la multiplication d’organisations de la société
civile locale capables d’influer sur le processus de paix et de devenir acteur de
développement. De manière générale, la société civile africaine s’investit tant dans la
recherche de solution (fonctions de plaidoyer, de médiation, etc.) que dans l’assistance aux
victimes du conflit ou de ses conséquences socio-économiques (aide d’urgence,
réhabilitation, renforcement des capacités, etc.). Il existe un consensus sur le caractère
primordial de l’implication de la société civile dans toutes les phases du traitement des
conflits et sur sa contribution incontournable à la sortie de crise. Toutefois, l’accent a été mis
sur la nécessité de construire des partenariats forts entre les acteurs de la société civile et les
institutions publiques dans l’exécution de leurs fonctions respectives.
-17 -
selon les priorités nationales, d’autre part. Ses domaines d’interventions sont : la lutte
anti-mines / dépollution ; la démobilisation et la réinsertion des anciens combattants, la
réintégration des anciens combattants et des personnes / groupes affectés par le conflit ;
la réhabilitation des infrastructures (secteurs routiers, de l’éducation et de la santé) ; et le
développement local. L’agence a adopté le fromager comme symbole ; son action
s’inscrivant dans la préservation de l’environnent notamment des forêts, sources de
richesse économique et culturelle pour la région. Ses interlocuteurs privilégiés
sont l’armée et le MFDC pour ce qui est de la dépollution des mines antipersonnel et de
l’identification des personnes à démobiliser ; les collectivités locales pour la gestion des
ressources naturelles et toute action de développement ; ainsi que la société civile, les
communautés, les bailleurs et tout autre acteur travaillant en Casamance.
3 La création de l’Agence est une initiative appréciée car elle marque une nouvelle phase
dans la gestion de la situation en Casamance. Toutefois, il a été observé que son
institution a déjà suscité de nombreuses attentes. Il serait nécessaire de clarifier les
ressources financières dont l’Agence dispose aujourd’hui, son niveau d’opérationnalité,
son plan de travail et la liste des priorités établies. De l’avis général, les interventions en
matière d’infrastructures de transport (mise en place d’un réseau de routes,
établissement de liaisons maritime et ferroviaire entre Dakar et Ziguinchor, construction
d’un pont sur le fleuve Gambie, etc.) sont prioritaires ; l’enclavement et l’isolement de la
Casamance constituant des obstacles à son développement et à une paix durable. La
manière de laquelle l’Agence articulera son intervention vis-à-vis des autres acteurs
présents sur le terrain, surtout les collectivités locales, suscite également des
interrogations. Afin que l’elle produise des résultats concrets et bénéficie d’un large
soutien au sein des populations, l’Agence doit être mise en état d’exécuter sa mission
sans tarder.
21 Les impacts recherchés sont d’une part, de faire des économies relatives au niveau du budget de la Défense et Sécurité afin de les
re-injecter vers des secteurs prioritaires tels que la santé et l’éducation et, d’autre part, de contribuer à la démilitarisation de la
société bissau-guinéenne afin de consolider la sécurité interne par des retombées positives sur la stabilité régionale.
22 Par exemple, principes de non discrimination, participation, perspective de genre, complémentarité juridique, diversification des
options de réintégration, promotion de la réintégration en milieu rural, etc. L’OIM gère le Programme s’appuyant sur une
longue expérience dans plus de 14 pays en Afrique et ailleurs.
-18 -
cadre de la restructuration des armées et de la démilitarisation de la société23. Il prévoit
également des mesures pour désarmer les civils, contrôler la circulation illégale des
armes et permettre le déminage des zones polluées. Au total, plus de 20 000 personnes
sont ciblées par les activités de réinsertion. Celles-ci comportent trois bénéfices : un
service de conseil et d’information ; une allocation immédiate couvrant les frais de
transports, l’achat de vêtements, d’outils agricoles, d’ustensiles domestiques, etc. ; et un
subside d’appui à la réinsertion (37 000 FCFA) pendant un an. Les anciens combattants
démobilisés qui se trouvent dans une situation de vulnérabilité24 sont éligibles pour
bénéficier de projets de réintégration dans les domaines du petit commerce, de
l’agriculture et de l’élevage, de la petite industrie, des services, de la pêche, de l’artisanat,
du transport et du logement. Ces projets sont exécutés avec l’aide d’ONG sélectionnées
sur une base compétitive.
3 L’OIM a mené une évaluation du PDRRI qui montre que 50% des personnes
démobilisées n’ayant pas bénéficié d’un appui à la réintégration, rentrent en possession
d’une arme ou sont réintégrées dans les forces armées. Le défi majeur est donc celui
d’une démilitarisation et d’une démobilisation durables. Trois conditions sont identifiées
qui pourraient aider à répondre à ce défi : 1) que les acteurs nationaux (civils et
militaires) assument des responsabilités claires dans l’exécution du Programme et que
celui-ci s’inscrive dans une réforme globale du système de la sécurité ; 2) que le
Programme soit exécuté selon le calendrier imparti par une mise à disposition immédiate
et adéquate des fonds nécessaires par les partenaires ; et 3) que le Programme évolue de
manière coordonnée avec les interventions menées dans les pays limitrophes afin
d’empêcher aux ex-combattants de devenir des mercenaires dans d’autres contextes de
conflit et afin de construire un espace transfrontalier sécurisé.
• Les partenaires au développement tels que la GTZ ou l’USAID, ont une expérience
pluriannuelle de partenariat avec le Gouvernement du Sénégal en matière de réduction du
conflit, développement socio-économique et construction de la paix en Casamance. Ils
mettent en œuvre des programmes multisectoriels visant le renforcement des capacités,
l’appui aux initiatives locales de promotion de la paix et de fourniture des services sociaux.
Dès le début, les stratégies d’intervention de deux agences évoluent au gré des réalités dans
lesquelles elles s’inscrivent. Par exemple, la GTZ adopte une « approche zonale » pour
23 40% du budget national est consacré aux forces armées. Le Programme a recensé plus de 16 000 anciens combattants et quelque
13 000 éléments des Forces de la Défense, de la Sécurité et des Milices. Au total, 30 000 personnes sont potentiellement actives.
24 Parmi lesquels des femmes ex-combattantes, des enfants soldats et des handicapés ; environ un tiers du total selon les critères
établis par le PDRRI.
-19 -
l’élaboration et la mise en œuvre de projets qui mieux correspondent aux situations et aux
besoins de différentes zones cibles. Ses actions s’inspirent tout de même à des principes de
travail communs tels que le renforcement du dialogue et de l’inclusion de toutes les
catégories sociales, l’information et la sensibilisation des populations concernées, et l’analyse
permanente de l’évolution des situations. Dans son expérience, l’USAID, tout en respectant
le principe de la neutralité, juge important d’appuyer tendances et capacités de dialogue des
parties en conflit afin d’apporter un soutien aux populations des zones les plus reculées.
L’USAID contribue dans ce cadre au renforcement des capacités de négociation du MFDC en
vue de pourparlers aboutissant à un accord de paix satisfaisant pour tous et de ce fait
respecté, condition indispensable à une paix durable. Basées au Sénégal, les deux agences
ont néanmoins un champ d’intervention transfrontalier. Comme déjà indiqué plus haut,
cette souplesse d’approche et d’initiative sur le terrain est essentiel si elles veulent réussir
leur mission. La souplesse d’approche, la durée de leur engagement et la présence continue
sur le terrain font de deux agences des partenaires extérieurs fort appréciés par les
populations. Elles restent des acteurs-clés de la phase de sortie de crise au Sénégal.
Les travaux de l’atelier ont permis d’identifier les éléments suivants qui alimenteront le dossier
« dynamiques de sortie de crise en Afrique de l’Ouest » du SCSAO au cours des prochains mois.
1. Les expériences présentées illustrent la richesse des initiatives existantes et leurs potentialités
pour consolider la phase de sortie de crise. Elles soulignent l’importance d’appuyer les
interventions sur le terrain visant à :
2. Dans leurs diversités et spécificités, les sociétés ouest-africaines expriment toutes le besoin
de négocier de nouvelles règles du jeu pour une régulation politique et sociale. Les thèmes
ci-dessous sont identifiés comme les enjeux-clés sous-tendant le renouvellement de l’Etat et
la réorganisation de l’espace public autour desquels un débat informé entre toutes les parties
prenantes s’impose :
3 La citoyenneté ;
3 Le leadership ;
3 La sécurité ;
-20 -
3 La décentralisation ;
3 La gestion des ressources naturelles ;
3 La solidarité régionale.
3 La lutte contre la circulation des armes légères et de petit calibre au niveau sous-régional
impliquant une coopération du Sénégal, de la Guinée Bissau et de la Gambie en vue de
limiter le trafic illicite d’armes entre ces trois pays, en conformité aux dispositions prises
par la CEDEAO contre la prolifération d’armes dans la région.
3 La réforme des systèmes de la sécurité (SSR) et les programmes de DDR visant la
démilitarisation des sociétés et le contrôle démocratique des forces de défense et de
sécurité. Le Protocole additionnel de la CEDEAO sur la Démocratie et la Bonne
Gouvernance relatif au Mécanisme de prévention, de gestion, de règlement des conflits,
de maintien de la paix et de la sécurité, fixe des principes communs pour mener à bien
ces actions25.
3 Appuyer les institutions étatiques et les collectivités locales dans les initiatives de
dialogue et de concertation avec les acteurs sociopolitiques.
3 Faciliter l’adoption d’une approche transnationale des interventions des bailleurs sur le
terrain.
3 Coordonner davantage leur appui aux organisations régionales telles que la CEDEAO.
3 S’accorder sur des principes communs d’engagement en situation de conflit et/ou
d’instabilité qui contribuent à créer les conditions d’une sortie de crise.
Tenant compte des priorités indiquées plus haut, le programme de travail du SCSAO sur les
dynamiques de sortie de crise en Afrique de l’Ouest visera à :
25 Protocole A/SP1/12/01.
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Dans le cadre de son approche réseau, le SCSAO entend :
3 Faciliter les échanges entre les acteurs impliqués dans les programmes de DDR en Sierra
Leone, Guinée-Bissau au Sénégal et au Liberia.
3 Suivre de près l’évolution de la situation en Guinée-Bissau.
3 Synthétiser et diffuser les enseignements tirés de la résolution des crises dans d’autres
contextes ouest-africains (ex : le cas Tuareg au Mali et au Niger)
3 Stimuler le débat régional et s’impliquer dans les initiatives et réseaux agissant pour la
réforme des systèmes de la sécurité et leur contrôle démocratique.
3 Promouvoir la mise en place d’un cadre permanent de dialogue entre acteurs
sociopolitiques oeuvrant pour la paix et la démocratie à travers l’organisation d’un
Forum des Partis politiques, des médias et de la société civile en Afrique de l’Ouest.
-22 -
ANNEXE A : RAPPORT FINAL DE L’ETUDE
Initiative sur :
Contexte
Les situations de crise et de conflits se multiplient en Afrique. Pour en sortir, les solutions les
plus courantes sont : les interventions d’urgence d’acteurs extérieurs, les politiques éphémères
basées sur des visions de court terme, souvent appuyées par des interventions militaires peu
intégrées dans une stratégie sur la durée. Il semble pourtant indispensable de contrecarrer les
crises par une valorisation des potentiels de paix existant sur place par rapport aux négociations
d’intérêt et aux stratégies de survie ; et par un renforcement de cadres étatiques appropriés et
fonctionnels.
Cependant, les États africains sont minés par des fardeaux multiples :
26 Ce rapport a été rédigé par l’équipe en charge de la mise en œuvre de l’Initiative : Christiane Kayser (coordinatrice de l’équipe),
Lamine, Sonko, Nouha Cissé et Vincent Foucher. Il s’appuie sur les résultats des travaux de terrain et sur les documents de travail
produits par l’équipe en 2004. La responsabilité du contenu de ce rapport n’incombe qu’à ses seuls auteurs et n’engage en aucune
façon ni le Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest, ni l’OCDE.
-23 -
Le Sénégal constitue un exemple unique en ce qu’il compte parmi les États relativement les plus
solides tout en portant en son sein une région en crise depuis plus de vingt ans : la Casamance.
Début 1982, un conflit visant l’indépendance de la région a éclaté et dure depuis avec des
conséquences désastreuses pour son développement social et économique. Du fait de la
continuité culturelle avec la Gambie et la Guinée-Bissau, ce conflit a des implications
internationales évidentes dans les pays voisins et affiche une forte dimension transfrontalière.
L’objet de l’Initiative du SCSAO sur le « maintien des fonctions d’État et des services publics et
communautaires en situation de conflit : enseignements régionaux à partir du cas de la
Casamance, Sénégal » est d’ :
Identifier, en situation de conflit, les facteurs de blocage et les leviers de déblocage dans l’accès aux
services publics et communautaires (y compris la sécurité) en insistant sur les rôles joués par les
populations et sur les dimensions transfrontalières.
- Analyser et mieux comprendre la nature et les dynamiques des conflits notamment leurs
dimensions transfrontalières ;
- Identifier et valoriser les initiatives et les stratégies que les populations ont développées pour
assurer leur propre survie et sécurité ;
- Tirer des enseignements et définir des outils qui pourraient servir dans d’autres pays et
contextes.
- Meilleure compréhension des obstacles et des lacunes dans la fourniture des services aux
populations ;
- Visibilité des initiatives existantes et partages des leçons et expériences acquises ;
-24 -
- Création de passerelles entre les efforts des populations, les politiques des bailleurs et les
stratégies de l’État afin de permettre la construction de systèmes durables, équitables et de
qualité pour la fourniture de services qui allient le secteur privé au secteur public.
L’Initiative a été mise en œuvre par une équipe multidisciplinaire d’experts régionaux et
internationaux. Ses résultats se fondent sur une série d’activités menées en 2004 : des ateliers de
travail à Ziguinchor, des missions et enquêtes de terrain en Casamance et dans les pays
frontaliers, des échanges avec les organisations humanitaires et les bailleurs de fonds, et des
études préliminaires.
Le travail concret avec les différents acteurs de terrain étatiques et non gouvernementaux,
notamment lors de l’atelier de Ziguinchor a permis de sortir de la dimension recherche et
d’entrer dans un espace de recherche-action qui nécessiterait un suivi au-delà de cette Initiative.
Les leçons à tirer du cas casamançais nous semblent utiles pour l’Afrique de l’Ouest et au-delà.
Tout d’abord, nous voulons clarifier ce que nous entendons par les notions de « populations » et
« populations civiles » utilisées dans ces travaux. Classées par les observateurs extérieurs dans la
catégorie floue de « victimes », les « populations civiles » ne se limitent pas à cette dernière, et ne
sont pas forcément et toujours unies. Des liens multiples et complexes existent entre les civils et
les parties au conflit, ainsi que des logiques d’instrumentalisation réciproques. Par ailleurs, des
clivages forts travaillent les villages, se greffent au conflit, et interagissent avec les clivages
macropolitiques portés par le conflit. La question devient donc: quels contextes autorisent
une prise d’initiative des populations civiles? Dans quelles situations les populations civiles
arrivent-elles, pour défendre leurs intérêts et leur accès aux services communautaires, à lever les
formidables obstacles qui s’opposent à leur mobilisation ?
L’atelier de lancement de l’Initiative en février 2004 a permis de valider les hypothèses de travail
ci-dessous. Elles constituent la trame des travaux de l’équipe en charge de l’Initiative.
Hypothèse 1 : Promouvoir l’accès des populations aux services publics et communautaires est l’une des
stratégies de réduction de conflit.
-25 -
C: La construction d’un État décentralisé fonctionnel et efficace
La création de liens entre les initiatives des populations vivant dans les zones de conflit
et les collectivités locales est un pas important vers la construction d’un État décentralisé
fonctionnel et efficace.
Les acteurs externes et les services de l’État ont une grande responsabilité par rapport à la
création de passerelles entre les différentes initiatives et doivent à tout prix éviter de créer ou de
renforcer des processus de fragmentation.
En Afrique de l’Ouest, les conflits violents se traduisent le plus souvent par des mouvements
forcés de populations en direction des pays limitrophes. Dans le cas de la Casamance, on
constate la présence de réfugiés en Gambie et en Guinée-Bissau où ils résident depuis plus de
dix ans.
Dans l’espace guinéo-gambien, force est de constater que les populations utilisent les services
publics et communautaires au-delà des frontières nationales. L’accès y est toutefois fortement
limité à la fois pour les populations d’accueil et déplacées. Lorsque la pression sur les services
disponibles s’accroît, la paupérisation des populations d’accueil s’accentue. Du fait de la
promiscuité, une augmentation des risques de maladies est également enregistrée. Au vu des
différentes stratégies de fourniture de services et de la faiblesse des systèmes administratifs de
part et d’autre de la frontière, il est difficile de renforcer la collaboration et les échanges entre
systèmes nationaux afin de garantir une meilleure qualité des services pour tous.
Quelques constats
Des éléments de fond ressortent des travaux menés et confirment les hypothèses définies au
préalable :
27 Association transfrontalière de la communauté ethnique Mancagne créée au milieu des années 90. Elle œuvre au resserrement
des liens entre les Mancagnes de Casamance et de Guinée-Bissau favorisant le retour des populations déplacées et la
reconstruction des villages endommagés ou abandonnés.
-26 -
négociation de leurs propres intérêts. Par cette culture, le citoyen découvre ses droits et ses
devoirs tout comme ses pouvoirs.
- Il existe un besoin d’État bien que le rapport à l’État existant soit souvent perturbé
notamment en raison de ses manifestations concrètes. Or le renforcement de la visibilité de
l’État à travers la promotion de l’accès des populations aux services publics et
communautaires est l’une des stratégies de transformation des conflits et de réduction des
tensions.
- Les dynamiques transfrontalières sont des éléments dominants dans toutes les zones de la
Casamance (comme dans d’autres espaces en conflits de la région) ce qui impose la nécessité
de penser la citoyenneté et le rapport à l’État de façon multiple, face à des États issus de
différentes colonisations et par là différents voire contradictoires dans leur fonctionnement
(cf. le problème de scolarisation des enfants casamançais par rapport aux systèmes gambien
et bissau-guinéen).
- Même les intervenants extérieurs (système des Nations unies, ONG internationales, etc.)
fonctionnent pour la plupart selon des logiques nationales avec de fortes barrières entre
elles. Il est donc nécessaire de développer des passerelles transfrontalières entre les
différents services de base qu’ils soient étatiques ou non gouvernementaux. Le cas des
associations culturelles transfrontalières montre que ces passerelles existent au niveau des
populations mais restent informelles et que les structures étatiques ont du mal à s’en
accommoder. Une coopération fructueuse entre différents types d’acteurs est possible sans
écraser les dynamiques locales à condition qu’elle mette au centre les spécificités locales et
milite pour l’innovation dans les différents systèmes de fourniture de services. L’initiative
sur les écoles portée par l’ONG Afudes, l’inspection des écoles, l’Unicef, la Coopération
allemande et le PAM montre le potentiel d’une synergie entre différents acteurs locaux et
extérieurs mais aussi les obstacles auxquels elle se heurte.
- Des logiques régionales doivent émerger dans ce secteur comme dans d’autres. Elles se
basent nécessairement sur des initiatives prises par les populations et leurs intermédiaires.
Ces initiatives sont loin d’être parfaites et ne répondent pas à toutes les exigences, mais ont
l’avantage d’être adaptées aux réalités de la zone et d’être appropriées par les premiers
concernés. Cette appropriation est fragile et peut être détruite par des intervenants extérieurs
non soucieux de son maintien.
- Une majeure responsabilisation des acteurs locaux, la redevabilité des acteurs intermédiaires
et la transparence des mécanismes émergent comme des principes essentiels.
- Le fil rouge est le renforcement des logiques civiles par rapport aux logiques guerrières. Est
logique civile tout ce qui renforce les pouvoirs des citoyens face au dictat des armes de tout
bord, tout ce qui contribue à la construction de structures durables et consensuelles de
gestion de la chose publique. Les logiques civiles ne sont pas exclusivement portées par des
civils tout comme les logiques militaires peuvent être mises en avant par des non-
combattants! Si dans le Fogny, des membres du MFDC s’investissent pour un meilleur accès
aux services de base pour tous les habitants, ils le font en tant que citoyens soucieux de
l’avenir de leurs enfants et non en tant que membres d’une rébellion. Si des acteurs de la
-27 -
société civile, se déclarant activistes de la paix, renforcent les conflits entre populations ils
servent les logiques guerrières.
- En Casamance comme dans les autres zones en conflit, les individus sont liés par des
parentés, des loyautés et des engagements divers et il existe un réseau multiple et enchevêtré
de relations sociales. Il s’agit donc de comprendre les acteurs dans leurs réalités
multidimensionnelles et de dégager les éléments de renforcement des logiques civiles.
- Les intervenants extérieurs se placent souvent dans une logique d’aide d’urgence qui
affaiblit les structures locales au lieu de les renforcer. Là où ils s’inscrivent dans une logique
de développement plus durable, il y a danger qu’ils se substituent aux initiatives de base et
surtout aux services locaux et nationaux de l’État. Le défi d’accompagner les acteurs locaux
dans leurs initiatives et à leur rythme avec un objectif clair de renforcement des structures
durables demande un ajustement constant et un effort de lobbying fort par rapport aux
systèmes de l’aide et de la coopération.
1. L’insertion des services existants dans les systèmes publics et l’identification d’interfaces
entre les différents services des États.
2. L’identification des « connecteurs » entre zones et groupes de populations et des
éléments de renforcement des logiques civiles.
3. L’analyse du rôle et du poids des intervenants extérieurs et une liste de principes pour
des stratégies non nuisibles (do-no-harm) de leur part.
Les éléments « connecteurs » qui permettent de construire des passerelles entre communautés,
villages et zones deviennent d’autant plus importants. Les populations civiles sont vues alors
comme acteurs centraux pour une paix durable et une analyse et une reconnaissance des rôles
qu’elles jouent, des conflits qu’elles portent, des intérêts qu’elles défendent apparaît comme un
pas essentiel pour tout intervenant.
Initiatives novatrices pour l’accès des populations aux services sociaux de base
La revue de la situation des services publics dans les départements de Sédhiou, Bignona,
Oussouye et Ziguinchor révèle l’existence d’initiatives entreprises à la fois par l’État et les
populations, conjointement ou de façon séparée, pour améliorer l’accès des populations aux
services sociaux de base surtout dans le domaine de la santé, de l’éducation et des services
agricoles.
- L’emploi, par l’État, d’agents contractuels pour servir dans les zones ou un déficit en
personnel est constaté surtout dans les domaines de la santé et de l’éducation.
- L’emploi, par les populations, de personnel contractuel pour servir dans les écoles où le
besoin en éducateurs n’est pas couvert par les services administratifs.
-28 -
- L’engagement de volontaires, le plus souvent issus des communautés, pour assurer la
provision de services dans le domaine de l’éducation et de la santé.
- La promotion et le fonctionnement des cadres locaux de concertation des organisations de
producteurs dans des communautés rurales même celles situées en zones de conflit
(Kafountine, Mlomp Kassa, Niaguis, Ouonck, Sindian).
- Les pionniers de l’éducation : il s’agit d’une initiative civile de renforcement de l’accès des
populations à l’éducation élémentaire surtout en vigueur dans les arrondissements de
Sindian, Diouloulou, Tenghory et Tendouck et en Gambie au sein des populations déplacées
et/ou réfugiées.
- Les agents de santé de base communautaire : cette initiative permet d’étendre les stratégies
sanitaires dites avancées en installant les agents de santé communautaire dans les zones de
conflit ou au sein des populations déplacées et/ou réfugiées. Elle est utilisée notamment dans
les arrondissements de Tanaff et Diattacounda.
- Actions collectives dans plusieurs villages : par exemple, dans la zone de Sanou.
Ces initiatives démontrent que la fourniture de services sociaux de base pour les populations
renforce en leur sein une perception de l’utilité de l’État et des services administratifs si ces
derniers arrivent à développer des stratégies de provision de services adaptées aux zones de
conflit. Les actions communautaires comme la production agricole dans les espaces collectifs
ainsi que la réfection des pistes de désenclavement sont des opportunités pour reconstruire les
relations sociales et développer des mécanismes de sécurité. Ces initiatives sont portées par les
populations locales, certains services de l’État et des intervenants non-étatiques locaux et
extérieurs. Elles sont fortes de par leur légitimité aux yeux de tous. Elles ne peuvent cependant
devenir durables que si elles deviennent indépendantes des appuis extérieurs. Une façon serait
de les intégrer de façon permanente dans un cadre étatique local théoriquement mis en place par
la décentralisation. Encore faudrait-il que ce cadre permette la valorisation des dynamiques
locales ce qui est souvent loin d’être le cas.
Aspects transfrontaliers
Les travaux menés au cours de l’Initiative permettent de constater que, même en situation de
conflit, les populations continuent à développer des stratégies positives qui contribuent à
l’amélioration de leurs conditions de vie et à la transformation des conflits.
Par exemple, bien qu’en situation de grande vulnérabilité, les populations de la zone de Sanou
ont initié des stratégies pour faciliter leur accès aux services de santé et d’éducation. Les deux
domaines apparaissent comme des éléments connecteurs entre les populations locales et
réfugiées, les Sénégalais et les Guinéens ; sans référence aucune aux positions individuelles par
rapport au conflit.
Actuellement, des rencontres régulières ont lieu entre les éducateurs guinéens et sénégalais et les
parents ont la possibilité de choisir le système d’éducation qu’ils souhaitent pour leurs enfants.
-29 -
Le conflit peut être perçu tel un facteur de transformation qui a contribué à l’amélioration de
l’offre de services. La question que l’on peut se poser est la capacité de l’État et des services
administratifs à prendre en compte de telles stratégies dans les politiques nationales et
régionales.
La continuité culturelle et linguistique permet de pondérer les effets des conflits sur les
populations, les groupes les plus vulnérables dans un pays donné pouvant trouver intégration et
soutien dans les villages situés dans les pays frontaliers.
L’analyse montre que les populations savent développer des initiatives regroupant les
personnes indistinctement de leurs pays d’appartenance et partager l’accès aux opportunités
économiques développant des mécanismes de solidarité.
Parfois certaines initiatives, telles les cadres de concertation pour la prévention du vol de bétail
transfrontalier et les comités de vigilance, sont considérées comme relevant du domaine de
l’invisible, de questions qui ne peuvent être discutées dans les cadres profanes.
Les populations ont pu développer rapidement les aspects transfrontaliers pour mettre en
œuvre des initiatives contribuant à la stabilisation de la zone. Si cela a pu se faire sans trop de
difficultés, il demeure cependant des enjeux en vue d’assurer l’efficacité des initiatives mises en
place. Le premier défi est relatif au financement des activités pour le bénéfice des populations
des différents pays et des organisations transfrontalières.
Défis
Le défi majeur qui se pose consiste en favoriser du côté de l’État et des intervenants extérieurs
l’apprentissage d’une approche flexible des services concernés dans l’exercice des rôles et des
responsabilités tout en développant et maintenant des stratégies partagées et mises en œuvre
par tous.
Pour l’État : sa responsabilité première est d’assurer aux citoyens, même en zones de conflits, un
accès équitable aux services communautaires de qualité.
Il est nécessaire de renforcer les initiatives des populations et de se réapproprier des processus par
exemple par la mise en place d’une stratégie d’intégration des acteurs (insertion des pionniers et
Agents de Santé à Base Communautaires dans le dispositif public) et de contrôle et d’assurance
de la qualité des services offerts au profit des populations via la supervision et le renforcement
des capacités des acteurs locaux (suivi pédagogique, formation initiale des pionniers et ASBC,
etc.).
-30 -
Pour les Collectivités locales : leurs fonctions sont d’organiser et de mettre en œuvre des
services au bénéfice des populations.
Au niveau des collectivités locales de base, ceci doit se traduire par le développement de
mécanismes et de stratégies citoyennes de gestion des attributions, par exemple l’implication
des populations déplacées dans les mécanismes de gestion de la formation et de l’éducation
(organisations des parents d’élèves en zone de conflits, participation à la planification des
besoins, intégration des besoins des ménages déplacés dans les préoccupations de l’école, etc.).
Il s’agira d’accompagner les structures villageoises et de valoriser les initiatives mises en œuvre par les
populations en vue de les viabiliser dans le cadre des politiques et stratégies de services communautaires
définies.
Pour les Organisations d’appui : du fait de la flexibilité de leurs modes d’intervention, elles
contribuent au développement de la confiance et à la création de nouvelles initiatives efficientes
pour l’accès des populations aux services sociaux de base.
Afin de mieux valoriser le potentiel d’intervention des différents acteurs au profit des
populations dans les régions en conflit et de réduire le risque d’effets nuisibles, il y a nécessité
de les mettre en relation les uns avec les autres. Il s’agit aussi de créer des liens avec les
systèmes étatiques qui, d’un côté, permettent le développement d’une diversité de réactions et
d’innovations sans les « étouffer dans l’œuf », et de l’autre, facilitent le développement et le
renforcement d’une stratégie commune sous la tutelle de l’État.
L’expérience de l’aménagement d’écoles pour les populations déplacées, conduite par Caritas,
Unicef, la GTZ et l’Inspection des Écoles, peut fournir des éléments pour développer des
propositions et critères afin de parvenir à un équilibre fragile. Il s’agit entre autres de redéfinir
clairement les rôles et attributions des uns et des autres selon le principe de subsidiarité. Un
premier pas serait d’identifier :
-31 -
ANNEXE B : LISTE DES DOCUMENTS DISPONIBLES
1. Nouha Cissé, « Analyse des associations transfrontalières et enquête sur l’état des services
publics et communautaires dans les zones de conflit », Fiche de synthèse de la mission de
terrain, Initiative sur le « Maintien des fonctions d’Etat et des services publics et
communautaires en situation de conflit : enseignements régionaux à partir du cas de la
Casamance, Sénégal »
2. Vincent Foucher, « Une comparaison de trois terroirs : Bayottes et Essignes, Diakaye,
Djibidione », Fiche de synthèse de la mission de terrain, Initiative sur le « Maintien des
fonctions d’Etat et des services publics et communautaires en situation de conflit :
enseignements régionaux à partir du cas de la Casamance, Sénégal »
3. Lamine Sonko, « Présentation des services d’éducation, de santé et agricoles », Fiche de
synthèse préparée pour l’Initiative sur le « Maintien des fonctions d’Etat et des services
publics et communautaires en situation de conflit : enseignements régionaux à partir du cas
de la Casamance, Sénégal »
4. Lamine Sonko, « Rôle des associations dans la transformation des conflits et l’amélioration
des conditions de vie des populations », Fiche de synthèse de la mission de terrain, Initiative
sur le « Maintien des fonctions d’Etat et des services publics et communautaires en situation
de conflit : enseignements régionaux à partir du cas de la Casamance, Sénégal »
5. Mamadu Jao, « Les acquis et les obstacles pour une sortie de crise définitive en Guinée-
Bissau »
6. Memunatou Pratt, « Indicateurs de sortie de crise : le cas de la Sierra Leone »
7. Mamadou Traoré Diop, « Le rôle de la culture dans la sortie de crise en Casamance »
8. Balla Moussa Daffé, « Rôle des collectivités locales dans la sortie de crise : Expression, points
de vue sur la situation et perspectives d’action »
9. Allen Yero Emballo, « Le rôle des médias dans les dynamiques de sortie de crise : les cas de
la Casamance et de la Guinée-Bissau »
10. Seynabou Male Cissé, « Stratégies de sortie de crise : les dynamiques de construction de la
paix, contributions des femmes »
11. Malamine Tamba, « Le CONGAD dans la reconstruction et la réinsertion sociale en
Casamance »
12. Demba Balde, « Les jeunes acteurs de paix : contributions et perspectives en Sénégambie »
13. Pierre Marie Bassene, « Agence nationale pour la Relance des Activités économiques et
sociales en Casamance (ANRAC) : genèse, fonctions et perspectives d’action »
14. Pedro Correia et Demba Balde, « Mise en œuvre réussie d’un programme de démobilisation,
réinsertion et réintégration (PDRRI) des ex-combattants : le cas du programme de la Guinée-
Bissau »
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- Oumar Cissé, « La contribution de la coopération sénégalo-allemande dans le processus de
sortie de crise en Casamance : le cas du Programme d’appui au développement
socioéconomique pour la paix en Casamance », Présentation PowerPoint
- RADDHO, « Stratégie de sortie de crise en Casamance : mise en œuvre du DDR et
perspectives de consolidation de la paix »
-33 -
ANNEXE C : LISTE FINALE DES PARTICIPANTS
-34 -
Journaliste E-mail : mjpkolda@[Link]
Mouvement Jeunes pour la Paix et l’Intégration
Kolda
35
Participants venant de Dakar, Sénégal
Gambie
36
[Link]
Guinée-Bissau
Sierra Leone
37
Mme Christiane KAYSER Tel : 05 61 08 49 06
Coordinatrice de l’Initiative Fax : 05 61 6 48 63
Les Barthes, St Julien E-mail : [Link]@[Link]
Gaillac-Toulza – France
38
Presse locale
Interprètes/traducteurs
39