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Thèmes abordés

  • pensée critique,
  • réforme éducative,
  • approches pédagogiques,
  • intégration des soft skills,
  • éducation à la sécurité routiè…,
  • recommandations pédagogiques,
  • flexibilité,
  • projets d'initiative personnel…,
  • pédagogie active,
  • système éducatif
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  • pensée critique,
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  • flexibilité,
  • projets d'initiative personnel…,
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  • système éducatif

Revue Marocaine de l’Évaluation et de la Recherche en Éducation/ N°9. Juin 2023.

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Place des soft skills dans la réforme de l’enseignement supérieur :


quelles perceptions et quelles pratiques ?

Fatima OUAHMI
Faculté des Sciences de l’Education – Université Mohammed V – Rabat

Es-Saâdia AOULA
ENSET Mohammédia – Université Hassan II – Casablanca

Résumé
L’enseignement supérieur marocain a fait l’objet de plusieurs réformes depuis
l’indépendance. Ainsi, nous assistons aujourd’hui au lancement d’un nouveau projet de
réforme « le PACTE ESRI » élaboré sur la base des recommandations issues des assises
régionales organisées par le Ministère et dont les soft skills est l’une des mesures phares.
C’est dans ce contexte que s’inscrit notre investigation qui vise à répondre à la problématique
suivante : « Comment les enseignants perçoivent ce concept & quelles pratiques
pédagogiques mettent-ils en œuvre pour développer les soft skills chez leurs étudiants ? ». Les
résultats de notre étude révèlent des perceptions et des pratiques pédagogiques différentes
selon le type d’établissement (accès ouvert, accès régulé) et le profil de l’enseignant.
Néanmoins, tous les enseignants interrogés s’accordent sur l’importance de ces compétences
dans les cursus de formation dès le cycle primaire.

Mots clés : enseignement supérieur, réforme, soft skills, perceptions.

Abstract :

Moroccan higher education has undergone several reforms since independence. Today, we are
witnessing the launch of a new reform project, the “PACTE ESRI”, based on the
recommendations of the regional conferences organized by the Ministry, of which soft skills
is one of the key measures. It is in this context that our investigation was conducted in order
to answer the following question: "How do teachers perceive this concept and what
pedagogical practices do they implement to develop soft skills with their students? The results
of our survey reveal different perceptions and pedagogical practices depending on the type of
institution (open access, regulated access) and the teacher's profile. Nevertheless, all the
teachers interviewed agree on the importance of soft skills in the training curricula from the
primary school.

Keywords : higher education, reform, soft skills, perceptions.

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Introduction

De la Charte Nationale de l’Education et de la Formation adoptée en 1999 au plan d’urgence


(2009-2012) mis en œuvre dans le but de donner un nouveau souffle à la réforme de notre
système éducatif dans sa globalité et en passant par la vision stratégique du Conseil Supérieur
de l’Education, de la Formation et de la Recherche Scientifique 2015-2030, le secteur de
l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique a fait l’objet de plusieurs réformes
durant les vingt dernières années.

Ainsi, en dépit de réformes successives dont notamment l’adoption du système LMD


(Licence, Master, Doctorat) en 2003-2004, la mise en place de licences et de masters
professionnels ainsi que l’intégration d’un module transversal « Techniques d’expression et
de Communication » appelé par la suite « langue et communication » ou encore « langue et
terminologie », l’insertion professionnelle des lauréats demeure le principal défi auquel sont
confrontés les universités marocaines.

En effet, la dernière évaluation menée en 2018 par l’Instance Nationale auprès du Conseil
Supérieur de l’Education, de la Formation et de la Recherche Scientifique à ce sujet via le
suivi pendant 45 mois des trajectoires de diplômés de l’enseignement supérieur (promotion
2014) a révélé qu’en moyenne 69,4% des diplômés enquêtés sont en situation d’emploi 4 ans
après l’obtention de leurs diplômes et 13,3% sont toujours à la recherche d’un emploi, 9,4%
sont en situation de reprise ou de poursuite d’études et 7,9% sont inactifs.

Le rapport de la Commission Spéciale du Nouveau Modèle de Développement va confirmer


l’importance de cette problématique d’employabilité des diplômés des universités marocaines
en insistant sur le fait que « l’amélioration de l’offre éducative, dans les divers cycles de
formation, constitue l’un des déterminants clés du modèle de développement, puisqu’elle
contribue à former et catalyser les compétences nécessaires au développement des secteurs
socio-économiques, tant publics que privés ».

Partant de ce constat et pour pallier l’inadéquation formation-emploi, le Département de


l’enseignement supérieur et de la Recherche Scientifique a lancé l’expérimentation du
système de Bachelor dès la rentrée universitaire 2021-2022 avec l’intégration de huit modules
de soft skills sur les quatre années de formation qui sera ensuite suspendu suite à un ensemble
d’insuffisances qui ne favorisent pas la réussite de sa mise en œuvre.

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Revue Marocaine de l’Évaluation et de la Recherche en Éducation/ N°9. Juin 2023.
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L’amélioration de l’offre impose de repenser les contenus de formation en priorisant aussi
bien les compétences techniques que les compétences transversales. Les softs skills peuvent
être mobilisées en tant que levier de l’employabilité des étudiants dans l’enseignement
supérieur.

Durant les dernières années et face à une mondialisation intensifiée, les universités sont
confrontées à la problématique de l’employabilité à l’échelle internationale. Une stratégie
éducative intégrant des compétences non techniques s’avère nécessaire pour relever ce
nouveau défi (Heckman & Kautz, 2012. Le Maroc n’est, évidemment, pas épargné en
témoignent les différentes réformes dont le secteur de l’enseignement supérieur et de la
recherche scientifique a fait l’objet. La formation et le développement des compétences non
techniques (soft skills) des étudiants universitaires devraient être d'un intérêt central pour les
établissements d'enseignement supérieur car ils sont étroitement liés à l'adaptation au contexte
de travail (Raciti, 2015).

1. Les softs skills : de quoi parle-t-on ?

L’état de l’art révèle plusieurs appellations des soft skills : compétences non cognitives
(Cunha & Heckman, 2008), compétences socio-émotionnelles (Institut Ayrton Senna, 2014),
compétences transversales ( Beneitone, P ; Esquetini, C ; González, J ; Marty, M ; Siufi, G &
Wagenaar, R, 2007; Raciti, 2015), Compétences essentielles (Organisation mondiale de la
Santé, 2003). De plus, différentes conceptualisations et classifications de ces compétences ont
été développées.

Pour leur part, Moss et Tilly (1996) définissent les soft skills comme étant « des compétences,
des capacités et des traits qui se rapportent à la personnalité, à l'attitude et au comportement
plutôt qu'à des connaissances formelles ou techniques».

D'autres auteurs ont, cependant, révélé que les soft skills sont plus que de simples traits et
dispositions individuels. Hurrell (2009), par exemple, définit les compétences non techniques
comme « impliquant des capacités interpersonnelles et intrapersonnelles pour faciliter une
performance maîtrisée dans des contextes particuliers».

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Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, ils sont définis comme un ensemble compétences
socio-affectives nécessaires à l'interaction avec autrui et qui permettent de faire face aux
exigences quotidiennes et aux situations difficiles. Par exemple, ils permettent l'individu à
prendre des décisions, à résoudre des problèmes, à penser de manière critique et créative, à
communiquer efficacement, à reconnaître les émotions des autres et établir des relations
saines aux niveaux physique et émotionnel (Organisation mondiale de la Santé, 2003).

Toutefois, des situations professionnelles peuvent interpeler des compétences allant au-delà
des dimensions socio-affectives pour intégrer l’aspect cognitif.

Selon l'Institut Ayrton Senna (2014), ces compétences sont importantes à la gestion de soi, à
la gestion des émotions, pour interagir avec les autres, fixer et atteindre des objectifs, prendre
des décisions de façon autonome et responsable et confronter les situations difficiles de
manière innovante et constructive.

Singer et al. (2009) proposent une classification des soft skills sur la base de trois catégories :

➢ Génériques ou comportementales, qui sont nécessaires à l'exécution de toute type de


travail, qui comprend les compétences interpersonnelles, l'intégrité, la proactivité et
l'initiative, fiabilité et prédisposition à apprendre.

➢ Basiques ou Essentielles : sont celles qui permettent de s’adapter au poste ou au


domaine de l'industrie, comme la communication, le travail d'équipe, l’adaptabilité, la
flexibilité, le sens du service et la créativité.

➢ Techniques ou Fonctionnelles sont spécifiques au poste à occuper, comme la gestion


des conflits, la construction d'équipe, la formation, le mentorat, la motivation, le
soutien aux supervisés, l’entrepreneuriat et le développement des réseaux sociaux.

Shakir (2009), quant à lui, classe les soft skills en attributs personnels, compétences
interpersonnelles, résolution de problèmes et prise de décision, représentées dans ce qui suit
en sept traits : leadership, communication, travail d'équipe, pensée critique et résolution de
problèmes, apprentissage tout au long de la vie, gestion de l'information, entrepreneuriat, et
éthique professionnelle.

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Selon Haselberger et d'autres auteurs du projet ModEs (2012) :«Les Soft Skills représentent
une combinaison dynamique de compétences cognitives et métacognitives, de compétences
interpersonnelles, intellectuelles et pratiques. Les compétences non techniques aident les gens
à s'adapter et à se comporter de manière positive afin qu'ils puissent faire face efficacement
aux défis de leur vie professionnelle et quotidienne».

Pour notre communication, nous retenons la classification de Mangrulkar, Whitman et Posner


(2001) qui se démarque par une classification des compétences non techniques selon trois
catégories interdépendantes et complémentaires : la première catégorie implique des
compétences interpersonnelles qui incluent des compétences pour la communication assertive,
la négociation, la confiance, la coopération et l’empathie ; la deuxième catégorie concerne les
compétences cognitives nécessaires à la résolution de problèmes, la pensée critique, l’auto-
évaluation, l’analyse et la prise de décision et la compréhension de son impact. Enfin, la
troisième catégorie concerne les compétences de contrôle émotionnel ou la gestion
émotionnelle en situation de stress et des sentiments intenses, comme la colère, la tristesse et
la frustration.

2. Etude empirique

Notre investigation s’intéresse à ce concept de soft skills et s’interroge sur la compréhension


de ce concept, sa perception chez les enseignants et les conditions d’apprentissage à mettre en
œuvre pour atteindre les objectifs qui lui sont assignés,

a. Méthodologie

Nous avons mené une étude comparative exploratoire qui a touché une quarantaine
d’enseignants chercheurs appartenant à un établissement à accès régulé, en l’occurrence
l’ENSET (Ecole Normale Supérieure de l’Enseignement Technique) de Mohammédia et des
Etablissements à accès ouvert : la FSE (Faculté des Sciences de l’Education) de Rabat et la
Faculté des sciences de et la FLSH de Ben Msik.

Pour ce faire, nous avons adopté une méthodologie mixte : focus group, entretiens et
administration d’un questionnaire.

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b. Profil des répondants

Notre étude a ciblé des enseignants qui assurent des modules transversaux (langues,
communication, management, entrepreneuriat…). Ainsi, 50% sont des enseignants chercheurs
qui ont participé à notre étude sont spécialisés en «communication professionnelle » ou
«langue et communication» tandis que le reste des enseignants enseignent les langues
(français, arabe des affaires, anglais) à raison de 40 % ou encore le management, la GRH et
l’entrepreneuriat (10%).

Ces enseignants interviennent dans différents cycles de formation :

Cycle Effectif

Licence 26

DUT/ cycle d’ingénieur 8

Master 6

Total 40

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3. Analyse des résultats

En ce qui concerne la prise de connaissance du profil de sortie visé par la formation, la


majorité des enseignants (35 sur 40) ont déclaré avoir pris connaissance du profil de sortie
visé par la formation avant de démarrer leurs cours.

En effet, le profil de sortie permet d’identifier les compétences visées par la formation et, par
conséquent, de connaître les compétences à développer au cours de la formation et qui sont
traduites en savoirs, savoir-faire et savoir-être selon les spécificités du module pris en charge.

Pour ce qui est des compétences développées en priorité chez les étudiants, la plupart des
enseignants interrogés place la communication à la tête de ces compétentes (29 sur 40), suivie
par la confiance en soi (28 sur 40), puis la pensée critique (26 sur 40) ; viennent ensuite : la
coopération et l’empathie et l’auto-évaluation (22 sur 40), la négociation et l’argumentation
(21 sur 40).

Par contre, le reste des compétences, à savoir : la résolution de problèmes, la gestion du stress,
la gestion des émotions ainsi que l’analyse et la compréhension des conséquences d’une
action sont considérées par les enseignants interrogés comme étant moyennement à pas du
tout importants.

Les verbatim ci-dessous illustrent les propos ci-haut indiqués :

« La capacité à communiquer avec les autres, à prendre la parole en public est pour moi une
compétence fondamentale»
«La communication est aussi important dans le secteur public que dans le secteur privé »
Selon
«Le les enseignants
manque interrogés,
de confiance en soices
est compétences
le plus grand sont développées
handicap chez les aussi bien dans le cadre
étudiants»
d’activités curriculaires
« Les compétences qu’extracurrilaires
comportementales sont dont notamment
les plus l’organisation
importantes » d’évènements par
les«L’enseignement
étudiants, les projets d’initiative personnelle, deslerecherches terrain,…
scolaire ne développe pas assez sens critique, nous essayons de rattraper le
retard enregistré à ce niveau»
Eu égard à la classification de Mangrulkar, Whitman et Posner, nous remarquons que les
« La gestion du stress et des émotions c’est des compétences qui peuvent s’acquérir dans la vie
enseignants interrogés
professionnelle » accordent une grande importance aux compétences interpersonnelles.

Par ailleurs, une comparaison de ces résultats avec la typologie des soft skills adoptée dans le
cadre de l’expérimentation du cycle du Bachelor, nous permet de noter les constats suivants :

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- Au niveau du projet du Bachelor, 4 types de sofskills ont été retenus :

➢ Les Study skills (ou compétences académiques) dans lesquelles on trouve notamment
la prise de parole en public qui est une compétence communicationnelle et qui sont
programmées en 1ère année.

➢ Les Life skills, quant à elles, sont programmées en 2e année et comprennent


notamment la connaissance de soi, l’empathie, l’esprit critique, la prise de décision, la
résolution de problèmes ainsi que la gestion du stress.

➢ En 3e année, nous retrouvons les Civic Skills qui préparent les étudiants pour
accomplir leurs devoirs de citoyen (élections, travail associatif…).

➢ Les Professional Skills sont programmées, quant à elle, en 4e année et visent


l’insertion professionnelle (recherche d’emploi, le sens de l’organisation, le travail en
équipe…).

Certaines compétences qui constituent le socle de base des Life Skills telles que la résolution
de problèmes, la gestion des émotions ou encore la gestion du stress ne sont pas considérés
par les enseignants interrogés comme très importantes.

En outre, les employeurs interviewés dans le cadre d’une enquête menée sur l’employabilité
des diplômés sur le marché de l’emploi de Marrakech (Pellegrini, 2016), ont déclaré qu’ils
s’intéressaient d’un côté aux qualités relationnelles qui consistent, selon eux, à avoir « l’esprit
commercial » (savoir « vendre » et « se vendre ») et à maîtriser les codes de comportement au
sein de l’entreprise et avec les interlocuteurs extérieurs (partenaires, fournisseurs, clients,
etc.). D’un autre côté, ils mettent en avant des compétences managériales qui concernent aussi
bien le rapport à autrui (savoir-être) que « le management » de soi-même : être capable de
travailler en équipe, être « proactif » et « autonome », « prendre des initiatives » et faire
preuve de « leadership ». Ils identifient également comme faisant partie des soft skills les
compétences linguistiques qui relèvent plus d’un processus d’apprentissage (hard skill) : en
plus de l’arabe dialectal, c’est au minimum la maîtrise du français à l’oral comme à l’écrit
qu’ils présentent comme une soft skill préalable à toute embauche pour des postes qualifiés à
responsabilités, l’anglais et l’espagnol étant parfois également exigés en plus.

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Au niveau international, les compétences les plus citées par les employeurs et les étudiants
dans la littérature en tant que compétences d'employabilité pertinentes sont : la résolution de
problèmes, la prise de décision, l'autogestion, l'éthique du travail, la négociation, les relations
interpersonnelles, la pensée critique, le travail d'équipe, la confiance en soi et les compétences
en communication.

Il en résulte que les compétences non techniques citées au niveau de la littérature et celles
plébiscitées par les recruteurs relèvent de trois aspects interdépendants et complémentaires :
l’aspect cognitif interpellant l’esprit d’analyse et de méthode pour la gestion des situations
professionnelles ; l’aspect socio-affectif qui renvoie à la dimension communicationnelle pour
entretenir des relations professionnelles positives et l’aspect de la conscience de soi qui
permet de se comporter d’une manière responsable et éthique.

Par ailleurs, selon Karim Banaoui DG de CV Parser1, la crise sanitaire COVID 19 a favorisé
la mobilisation de nouvelles soft skills en raison notamment du recours au télétravail dont
l’autonomie, l’auto-formation, la flexibilité et l’agilité, la créativité et l’innovation ainsi que la
résilience. Ces compétences sont devenues des atouts majeurs pour les chercheurs d’emploi.

En ce qui concerne la perception du concept de « soft skills », les avis des enseignants
interrogés restent très partagés :

➢ pour les enseignants de management et/ou d’entrepreunariat, il s’agit d’un contenu


proche du développement personnel, où il est question de doter l’étudiant de
compétences de gestion de soi,

➢ pour les enseignants de communication, il s’agit tout simplement d’un « terme à la


mode » qu’on désire utiliser pour être en phase avec le système d’enseignement anglo-
saxon, mais, son contenu ne diffère pas de celui du module « TEC » ou « langue et
communication » ou « communication professionnelle », etc… indépendamment des
filières.

➢ pour le reste des enseignants, c’est un enseignement visant à assurer la transition vers
l’enseignement supérieur en permettant à l’étudiant d’acquérir certaines compétences
pour mieux réussir sa formation universitaire ;

1
Habriche B., Quelles compétences et qualités pour le marché du travail post-Covid ?, consulté le 2 mars 2022,
URL : [Link]
post-covid.
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Néanmoins, la majorité des enseignants (36 sur 40) considèrent que les soft skills doivent être
enseignées car elles sont indispensables aussi bien dans la vie personnelle que professionnelle
et, par conséquent, ils recommandent l’intégration de ces compétences dans le cursus
universitaire au niveau de la licence à raison de 87% des enseignants interrogés, du DUT pour
75% et du Master pour 50%. En outre, ils sont unanimes à demander à déterminer les
objectifs et les contenus de ces soft skills avec rigueur.

Par ailleurs, certains enseignants pensent que ces compétences doivent être enseignées dans le
cadre du cours de communication, d’autres pensent qu’elles doivent constituer un module à
part entière alors que pour certains, il s’agit de compétences transversales qui doivent être
intégrées dans tous les cours en les adaptant aux besoins précis et réels des étudiants selon la
spécialité.

Ils insistent tous sur la nécessité de développer ces compétences via une pédagogie active
basée sur des activités pratiques : mises en situation, jeux de rôle, ateliers, activités artistiques,
projets, débats, coaching des étudiants, team building, travail associatif, compétitions
culturelles,...

Certains préconisent de faire appel à des professionnels qui souhaitent partager leurs
expériences dans la gestion de situations problématiques et par les spécialistes dans le soft
skills et du développement personnel.

Pour le reste des enseignants (4 sur 40), les soft skills devraient être « inculquées» aux
apprenants dès le préscolaire et jusqu’au supérieur « l’enfant assimile plus vite et
définitivement ces compétences » selon un enseignant.

A ce propos, nous pouvons signaler que le Département de l’Education Nationale a instauré


dès la rentrée scolaire 2021-2022, dans le cycle primaire, une séance d’une demi-heure par
semaine consacrée aux life skills, en particulier, l’éducation à la sécurité routière, l’éducation
financière et la découverte des métiers sachant qu’une expérimentation de l’intégration des
soft skills dans le cycle secondaire est également en cours.

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Ils considèrent également que les soft skills s’apprêtent à l’expérience et les valeurs implicites
et explicites et non selon un programme prédéfini.

En ce qui concerne la répartition à adopter entre Hard skills et Soft skills, la majorité des
enseignants interrogés (27 sur 40) ont opté pour une répartition équitable 50 % Hard skills et
50 % Soft skills alors que 7 enseignants chercheurs ont opté pour la répartition « Hard skills
75% / Soft Skills 25% », uniquement 3 pour la répartition «Hard skills 25% / Soft Skills 75%
» et 3 enseignants ont proposé la répartition « Hard Skills 100% / Soft Skills 0% ».

Ce résultat confirme le fait que les softs skills apportent un équilibre aux côtés des hards skills
dans la formation d'un futur employé capable de s'intégrer et de réussir aussi bien dans sa vie
professionnelle que personnelle.

En outre, la comparaison entre les réponses des enseignants intervenant dans un établissement
à accès ouvert en l’occurrence l’ENSET de Mohammédia et celles des enseignants
intervenant dans les établissements à accès ouvert (FLSH) nous a permis de noter qu’au
niveau de l’établissement à accès ouvert, les enseignants assuraient auparavant des cours de
communication dans des formations professionnalisantes (BTS, DUT) ce qui leur a permis de
développer une expertise non négligeable dans le domaine. Par conséquent, ils sont très
sensibilisés quant à l’importance des soft skills. De même, ils ne sont pas confrontés aux
mêmes contraintes que leurs collègues dans les établissements à accès ouvert sur le plan
notamment des effectifs des étudiants, de la maîtrise des langues ou encore de la disponibilité
des outils didactiques et de l’aménagement des salles de cours.

Ainsi, sur le plan des méthodes pédagogiques et des outils didactiques à mobiliser pour un
bon enseignement des « soft skills », plusieurs contraintes ont été soulevées notamment par
les enseignants intervenant dans les filières à accès ouvert, à savoir :

➢ Les programmes sont trop chargés, imprécis et ne prennent pas en considération les
changements dus à l’intégration des TIC ;

➢ Les effectifs des étudiants qui ne permettent pas de recourir à des méthodes
pédagogiques actives centrées sur l’étudiant : ateliers, jeu de rôles, études de cas… ;

➢ Les espaces où se déroulement les formations ne sont pas non plus adaptés à ces
méthodes ;

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Revue Marocaine de l’Évaluation et de la Recherche en Éducation/ N°9. Juin 2023.
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➢ Le faible niveau des étudiants dans les langues étrangères notamment le français
constitue également un obstacle majeur à l’acquisition des compétences visées,

➢ Le problème d’orientation scolaire qui engendre des choix par défaut et non sur la base
des vocations et des compétences ;

➢ L’absence de ressources pédagogiques adaptées au contexte marocain (manuels,


guides pédagogiques…) ;

➢ L’insuffisance des outils didactiques disponibles dans les établissements


universitaires,

➢ Tous les enseignants ne disposent pas des compétences nécessaires pour enseigner les
« soft skills » et ont besoin d’un renforcement de capacités.

Pour augmenter l’employabilité des étudiants, les enseignants interrogés ont formulé plusieurs
propositions :

➢ Former les enseignants dans le domaine des soft skills,

➢ Intégrer le module de communication depuis le lycée ou même le collège,

➢ Intégrer la culture générale, le développement personnel dans le cursus universitaire,

➢ Augmenter le volume horaire du module « communication » et des langues,

➢ Intégrer l'enseignement des Soft Skills assez tôt : dès le primaire

➢ Briser les frontières entre le primaire, le secondaire et le supérieur.

➢ Imposer une durée de stage minimale comme condition pour obtenir le diplôme, soit 3
mois pour la licence et 6 mois pour le Master.

➢ Développer l’ouverture sur le monde professionnel à travers : des visites d'entreprises,


des interventions de professionnels devant les étudiants,

➢ Renforcer les modules théoriques impérativement par des modules pratiques : inviter
des experts aussi bien du secteur public que privé, ateliers pratiques, visites de
terrains, réalisations de projets professionnels.

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Les verbatim ci-après illustrent quelques propositions des enseignants :

• Mettre l’accent sur les compétences de base qui sont la maîtrise de l’écrit et de
l’expression ainsi que le développement du sens critique. Il faudrait pour cela faire de
la lecture un vrai champ de compétence, sans lequel toute démarche serait inefficace.
• Une bonne formation commence dès le jeune âge des étudiants : maternelle,
primaire...
• Développer les compétences transversales
• Renforcer l’enseignement des langues
• Revoir l’évaluation
• Réduire les effectifs des classes
• Adapter les formations aux besoins du marché du travail, apprendre aux étudiants à
développer des projets.

L’analyse de l’ensemble des résultats issus de notre étude nous amène à formuler les constats
suivants :

➢ Les perceptions des enseignants interrogés dénotent d’une maîtrise insuffisante voire
d’une méconnaissance de l’essence même du concept « soft skills » ;

➢ Elles restent largement dominées par la spécialité des enseignants ou par les modules
enseignés ;

➢ Les compétences jugées prioritaires par les enseignants interrogés pourraient être
corrélées au profil de leurs étudiants. En effet, mettre en avant la communication, la
confiance en soi, l’esprit critique et le travail en équipe reviendrait à pallier, d’une
part, les lacunes linguistiques enregistrées notamment dans le cycle de licence et,
d’autre part, à favoriser une bonne transition cycle secondaire/cycle supérieur.

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Conclusion

Cette étude a examiné la manière dont les perceptions des enseignants influençaient
l’intégration des soft skills dans l’enseignement supérieur. Il est clair qu’il s’agit d’une étude
exploratoire que nous comptons enrichir grâce notamment à une enquête qui sera menée
auprès d’un échantillon d’étudiants universitaires, dans un premier temps, et auprès de
professionnels dans un second temps.

Néanmoins, nous pouvons d’ores et déjà formuler quelques recommandations :

➢ Sur le plan pédagogique : renforcer les capacités du corps enseignant notamment dans le
volet pédagogique afin de leur permettre d’innover en matière de démarches
pédagogiques et didactiques et revoir l’architecture pédagogique aussi bien du cycle
licence que des masters ; de même, il est nécessaire d’encourager la recherche
scientifique dans le domaine des soft skills ; Il serait intéressant également de
développer un référentiel de compétences par domaine d’activités en vue d’aider à
l’élaboration des syllabus de programmes relatifs aux soft skills.

➢ Sur le plan organisationnel et logistique : améliorer l’organisation interne des


établissements universitaires ainsi que l’aménagement des salles de cours tout en
dotant les établissements universitaires des équipements didactiques nécessaires à la
mise en œuvre d’approches pédagogiques innovantes ;

➢ Sur le plan managérial et financier : doter les universités d’une plus grande autonomie
financière et de gestion et favoriser leur ouverture sur le monde socio-professionnel.

Toute réforme universitaire ne peut se faire sans une réforme du système éducatif scolaire tant
sur le plan des contenus que des approches pédagogiques et notamment du cycle secondaire
afin de pallier les lacunes enregistrées chez les bacheliers et qui constituent des obstacles
majeurs dans la poursuite des études supérieures. De plus, une révision profonde doit être
apportée au système d’orientation scolaire et professionnelle afin de renforcer le choix de
parcours basé sur un projet personnel et professionnel.

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Bibliographie

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