Chapitre 4
Le contenu du contrat
Positionnement du chapitre dans le programme
Thème L’intégration de l’entreprise dans son environnement
Question Comment les contrats sécurisent-ils les relations entre l’entreprise et ses
partenaires ?
Compétence(s) Analyser et évaluer les clauses et les effets juridiques d’un contrat
Savoirs associés Le contenu du contrat
Cours
Le contrat est fondé sur des principes tels que la liberté contractuelle, la bonne foi, la force
obligatoire du contrat. Ces principes permettent d’assurer la loyauté et l’équilibre des échanges.
La liberté contractuelle pose le principe de la liberté de contracter et du libre choix du contractant.
Le principe de bonne foi est l’instrument de la justice contractuelle et guide le juge dans la
recherche de l’équilibre contractuel tout au long de la vie du contrat.
Le principe de la force obligatoire pose un point fondamental : une fois signé, le contrat crée des
effets de droit (droits et obligations) auxquels les cocontractants devront se soumettre.
I. Les effets du contrat pour sécuriser les relations
A. Les effets à l’égard des parties
Créancières ou débitrices, les parties au contrat doivent obligatoirement respecter leur
engagement. On dit que le contrat fait « la loi des parties ».
Le principe de la force obligatoire suppose l’impossibilité de résiliation du contrat par une seule
partie, puisqu’un accord mutuel avait originellement été conclu. Les deux parties doivent donc
s’accorder afin que le contrat puisse être résilié. Aucune partie ne pourra se désengager des
obligations établies par le contrat. Le contractant doit exécuter ses engagements de bonne foi, et
ne peut demander à ne pas les exécuter. L’exécution de bonne foi signifie qu’aucune tromperie ne
peut entacher l’exécution. De son côté, le créancier doit également garantir le débiteur de sa
bonne foi.
B. Les effets à l’égard des tiers
Il est logique que si le contrat s'impose aux parties, il ne puisse avoir d'effets à l'égard des tiers. En
effet, ces personnes, les tiers, qui n'ont pas participé au contrat, ne peuvent invoquer cet accord de
volonté. On parle « d’effet relatif » du contrat. Donc, sauf exception, le contrat n’a pas d’effet
obligatoire vis-à-vis des tiers, car nul ne peut être engagé par un acte auquel il n’est pas partie.
C. Le juge et le contrat
1) Le principe
Le juge doit se soumettre à la force obligatoire du contrat. Il ne peut remettre en cause la force
obligatoire d’un contrat de droit privé au prétexte que des circonstances nouvelles auraient
provoqué un bouleversement de son économie générale et aurait rendu son exécution
préjudiciable pour l’une des parties. Le juge peut donc interpréter le contrat en recherchant la
volonté des parties mais il ne peut normalement pas le réviser.
2) L’évolution du rôle du juge depuis l’ordonnance de février 2016
Avec la réforme, le juge est désormais autorisé à modifier le contrat dans certaines circonstances,
et non plus seulement à veiller à son respect ou à l’anéantir en cas d’inexécution ou s’il est vicié.
On notera en effet que l’ordonnance a introduit la « théorie de l’imprévision » : le concept
d’imprévision désigne un changement de circonstances économiques qui, s’il n’empêche
nullement les parties de satisfaire à leurs obligations contractuelles, a toutefois comme
conséquence de réduire fortement la rentabilité de l’exécution contractuelle pour l’une des parties,
voire de générer un coût d’exécution pour cette partie, qui en réalité perd de l’argent à exécuter le
contrat.
Ainsi, le nouvel article 1195 du Code civil prévoit dorénavant : « Si un changement de
circonstances imprévisibles lors de la conclusion du contrat rend l'exécution excessivement
onéreuse pour une partie qui n'avait pas accepté d'en assumer le risque, celle-ci peut demander
une renégociation du contrat à son cocontractant. Elle continue à exécuter ses obligations durant
la renégociation. En cas de refus ou d'échec de la renégociation, les parties peuvent convenir de
la résolution du contrat, à la date et aux conditions qu'elles déterminent, ou demander d'un
commun accord au juge de procéder à son adaptation. À défaut d'accord dans un délai
raisonnable, le juge peut, à la demande d'une partie, réviser le contrat ou y mettre fin, à la date et
aux conditions qu'il fixe. »
Le juge peut donc, dans l’hypothèse où les parties ne trouvent pas d’accord amiable pour
renégocier les termes du contrat, réviser le contrat ou y mettre fin. Le juge apparaît donc
désormais comme garant de l’équilibre du contrat, en procédant dans certains cas à un contrôle de
la proportionnalité et de l’absence de caractère abusif de certaines clauses, et en veillant à ce que
le contrat soit négocié et formé de bonne foi.
Pour éviter de laisser le juge décider à leur place, les entreprises pourront choisir d’aménager
contractuellement « l’imprévision » en rédigeant une clause de « hardship » (clause
d’imprévision) dans laquelle elles décriront les événements exclus du périmètre de révision du
juge (ex. : variation du prix d’une matière première, changement du contexte règlementaire). Elles
pourront également encadrer de manière précise les conditions et modalités de la négociation
préalable à la saisine du juge, ou définir ce qu’il faut entendre par une exécution « excessivement
onéreuse » pour une partie afin de limiter encore les cas d’imprévision. La liberté contractuelle
subsistera donc au moins en partie.
II. Les principales clauses pour anticiper l’avenir
L’équilibre contractuel se manifeste notamment par l’intermédiaire des clauses qui vont permettre
de préciser les conditions de la relation, le but poursuivi, mais également les formes d’évolution
éventuelle de la relation contractuelle. Les clauses contractuelles ont pour fonction d’ajuster le
contrat aux véritables besoins des entreprises et d’anticiper les éventuelles difficultés. On
distingue la clause de renégociation, la clause de réserve de propriété, la clause résolutoire, la
clause pénale, la clause limitative de responsabilité…
A. Les clauses relatives à l’exécution des contrats
1) La clause de renégociation
La clause de renégociation est la clause par laquelle les parties à un contrat se prémunissent de la
survenance d’un événement imprévu qui bousculerait l’économie générale du contrat. Les parties
auront ainsi l’obligation de se concerter afin de tenter de rétablir l’équilibre dans leurs droits et
obligations. Une clause de renégociation est dès lors essentielle dans les contrats qui s’appliquent
sur une longue durée (ex. : contrat de franchise, fourniture de matières premières), puisqu’elle
oblige les parties à renégocier un contrat si des événements imprévisibles lors de sa conclusion
venaient rendre son exécution trop onéreuse pour l’une d’entre elles.
Elle doit donc inclure les événements qui, s’ils se réalisent, conduiront les parties à renégocier le
contrat, et aussi préciser le déroulement de la procédure de renégociation.
La partie victime du changement de circonstances pourra demander à son cocontractant une
renégociation du contrat. Durant la renégociation, elle devra continuer à exécuter ses obligations.
Si le cocontractant refuse ou si la renégociation échoue, les parties pourront, d’un commun
accord, résoudre le contrat ou saisir le juge pour qu’il procède à son adaptation.
Enfin, à défaut d’accord dans un délai raisonnable, l’une des parties pourra demander au juge de
réviser le contrat ou d'y mettre fin.
La clause doit donc aussi préciser le sort du contrat si les parties ne parviennent pas à modifier
leur accord à l’issue des négociations.
# Pour aller plus loin #
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Depuis le 1 octobre 2016, la révision du contrat pour imprévision a fait son entrée dans le
Code civil. Elle est ainsi possible, même en l’absence de clause la prévoyant, dès lors qu’un
« changement de circonstances imprévisible lors de la conclusion du contrat rend l'exécution
excessivement onéreuse pour une partie qui n'avait pas accepté d'en assumer le risque »
(article 1195 du Code civil). À défaut d’accord entre les parties, le juge peut réviser le contrat
ou y mettre fin, à la date et aux conditions qu'il fixe.
2) La clause de réserve de propriété
Dans le cadre des relations commerciales entre entreprises, la clause de réserve de propriété
permet de sécuriser l’entreprise contre les éventuels impayés de ses clients. En effet, elle permet à
une entreprise de décaler la date de transfert de propriété des biens livrés à un de ses clients à la
date du paiement intégral du prix, au lieu de la date de livraison des biens dans la plupart des cas.
Ainsi, si l’acheteur est confronté à des difficultés de paiement (ex. : entreprise en cessation de
paiements), le vendeur impayé pourra réclamer la restitution du bien, dont il est toujours
propriétaire.
La clause de réserve de propriété doit être rédigée par écrit et portée à la connaissance de
l’acheteur au plus tard au moment de la livraison. Il convient de préciser dans cette clause que le
transfert de propriété des biens livrés n’a lieu qu’à compter de la réception du paiement intégral
du prix et que si l’acheteur ne respecte pas l’échéance, il sera possible de demander la restitution
de ces biens. Pour être applicable, la clause de réserve de propriété doit être acceptée par
l’acheteur.
Elle peut être insérée sur les factures de vente, dans les conditions générales de vente, sur les
devis, les bons de commande et les bons de livraison, dans un contrat de vente.
Pour qu’elle puisse être appliquée, l’entreprise créancière doit être en mesure de prouver que la
clause de réserve de propriété a été présentée et acceptée par l’acheteur au plus tard au moment de
la livraison des biens concernés et que la créance n’a pas été payée dans les délais.
À défaut de restitution à l’amiable, l’entreprise peut effectuer un recours en justice.
B. Les clauses relatives au règlement des litiges
1) La clause résolutoire
C’est la clause par laquelle les parties conviennent qu’en cas d’inexécution, le contrat pourra être
résolu (annulation rétroactive du contrat) ou résilié (annulation du contrat pour l’avenir) et donc
anéanti de plein droit sans l’intervention du juge. Elle a donc un rôle dissuasif en poussant le
contractant défaillant à exécuter ses obligations. Son intérêt tient au fait qu’elle évite au créancier
d’avoir à saisir la justice pour demander l’annulation du contrat non respecté.
2) La clause pénale
Stipulée dans l’intérêt du créancier, la clause pénale fixe d’avance le montant précis de la
réparation due par le débiteur en cas d’inexécution de ses obligations contractuelles. Elle a donc
pour objectif d’inciter le débiteur à respecter ses obligations. Dès le départ, le débiteur est au
courant du montant qu’il devra payer s’il n’exécute pas le contrat. En cela, la clause pénale
présente l’avantage que la partie qui se plaint de la non-exécution du contrat ne doit pas démontrer
l’étendue de son préjudice : la seule violation du contrat suffit à justifier une indemnisation.
La loi impose cependant des limites à la liberté des parties et permet, si elle est excessive, d’en
réduire le montant.
C. Les clauses relatives à la responsabilité
Stipulée dans l’intérêt du débiteur, la clause limitative de responsabilité prévoit qu’en cas
d’inexécution de ses obligations, celui-ci s’expose à payer des dommages-intérêts au créancier.
Pour éviter de laisser le juge déterminer le montant du dédommagement, les parties insèrent
parfois dans le contrat des clauses pour éviter le recours au tribunal. Cependant, si le juge est
saisi, il pourra l’écarter si la défaillance du débiteur a pour origine une faute intentionnelle ou une
faute lourde.
1) La clause limitative de la responsabilité
La clause limitative fixe un plafond au montant de l’indemnisation du créancier de l’obligation
inexécutée ou mal exécutée. En effet, en cas de manquement à une obligation contractuelle, le
cocontractant défaillant engage sa responsabilité contractuelle. Cela signifie qu’il devra verser à
son cocontractant lésé une somme, destinée à compenser les dommages causés au créancier. Il est
donc envisageable de limiter sa responsabilité contractuelle dans le but d’encadrer les
conséquences d’un manquement. Limiter sa responsabilité contractuelle permet de contrôler les
risques pour son entreprise. En effet, faute d’encadrement, les conséquences financières d’un
manquement contractuel peuvent être lourdes financièrement. Cette clause donne la certitude au
créancier que le débiteur ne s’opposera pas à la demande d’indemnité. L’avantage pour le débiteur
est de savoir à l’avance à quelle conséquence pécuniaire maximale il s’expose en cas de
manquement. Pour les deux cocontractants, cette clause est une garantie de règlement rapide du
litige sans avoir à saisir la justice.
2) Les limites des clauses limitatives de responsabilité
Pour les contrats passés entre professionnels, s’il est possible d’aménager la responsabilité
contractuelle, celle-ci est encadrée (on notera que les clauses limitatives de responsabilité sont
interdites dans les contrats passés avec des consommateurs). Ainsi, il n’est pas admis de limiter la
responsabilité de l’un des cocontractants à tel point que les obligations essentielles mises à sa
charge se trouvent vidées de leur substance.
Les clauses simplement limitatives de responsabilité sont plus difficilement écartées par un juge.
Il convient donc d’être attentif à la rédaction des clauses limitatives ou exonératoires de
responsabilité au sein des contrats. Une telle clause ne devra pas aboutir à rendre inexistantes les
obligations contractuelles de l’une ou l’autre des parties.