CHAPITRE 4 : LES POLITIQUES COMMERCIALES
À partir de 1947, l’économie mondiale est caractérisée par une tendance au libre-échange, ce
dernier reste cependant contesté, notamment en liaison avec le problème des inégalités de
développement (voir « Économie du Développement »). Avec la création de l’OMC en 1995,
la question d’une régulation du commerce mondial est de nouveau posée. Cependant la montée
en puissance rapide des pays émergents (et notamment de la Chine) suscite de nouveaux débats.
Aussi, soulignons qu’en dépit des arguments théoriques irréfutables sur les effets bénéfiques du
libre-échange, tous les pays du monde, sans exception, pratiquent diverses formes de
protectionnisme. Il est donc intéressant d’examiner les conséquences pratiques des mesures
protectionnistes ainsi que les raisons les plus souvent invoquées pour les soutenir.
Ce chapitre étudie les conséquences des politiques commerciales mises en place par les
gouvernements, sur leur économie nationale, ainsi que sur les économies étrangères. Dans ce
domaine, les pouvoirs publics disposent d’une grande variété d’instruments de protection : taxes
sur les produits échangés, subventions, ou limites légales aux volumes d’importation.
I- LES INSTRUMENTS DE LA POLITIQUE COMMERCIALE
Cette partie fournie donc un cadre général permettant de comprendre les effets des instruments
protectionnistes les plus importants de la politique commerciale. Le protectionnisme fait appel
à un ensemble si vaste d’instrument qu’il n’est guère possible de délimiter ses frontières. Ces
instruments sont généralement regroupés en deux catégories : les instruments tarifaires (1) et
les instruments non tarifaires (2).
1- LES INSTRUMENTS TARIFAIRES
Le tarif douanier a longtemps constitué la principale restriction à l’échange international, et ce,
jusqu’au début des années 1970. Un tarif ou un droit de douane est une charge imposée sur
des biens importés et vise essentiellement à réduire le volume des importations. Il faut signaler
qu’un tarif s’applique aussi sur des biens exportés. On en distingue deux types : les droits de
douane spécifiques et les droits de douane ad valorem. Le premier correspond au
prélèvement d’un montant fixe par unité de bien importé (par exemple, 3 € par baril de pétrole).
Le second est une taxe correspondant à une part de la valeur du bien importé (par exemple, une
taxe de 25 % appliquée à la valeur de chaque camion importé). Dans les deux cas, cette mesure
de protection tarifaire a pour conséquence d’augmenter le coût d’importation des biens.
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2- LES INSTRUMENTS NON TARIFAIRES
Les droits de douane constituent la forme la plus simple et la plus transparente des politiques
commerciales parce qu'ils sont aisément quantifiables et agissent directement sur les prix. Mais
depuis quelques décennies, la plupart des interventions gouvernementales en matière de
politique commerciale utilisent d'autres instruments dont l’action est plus indirecte et plus
floue : comme les quotas d’importation (limitation légale des quantités importées) et les
restrictions volontaires aux exportations (limitation des quantités exportées, souvent
imposée à la demande du pays importateur).
Les subventions à l’exportation : Une subvention à l’exportation est une aide publique
versée à une entreprise qui vend une part de sa production à l’étranger. À l’instar d’un
droit de douane, elle peut être spécifique (somme allouée à chaque unité vendue) ou ad
valorem (proportion de la valeur exportée).
Les quotas d’importation : Un quota d’importation est une limite légale des quantités
importées. Cette barrière non tarifaire s’accompagne le plus souvent de l’octroi de
licences à certains groupes d’individus ou d’entreprises. Par exemple, les États-Unis ont
mis en place un quota sur les importations de fromage étranger. Seules quelques sociétés
commerciales ont le droit d’importer chaque année un poids maximal de fromage.
Les restrictions volontaires aux exportations : Une alternative au quota d’importation
est la restriction volontaire aux exportations (RVE). Il s’agit d’un quota sur le commerce
imposé non pas par le pays importateur, mais par l’exportateur lui-même. L’exemple le
plus emblématique est la limitation, dans les années 1980, des exportations
d’automobiles japonaises vers les marchés américains et européens.
II- QUELLE POLITIQUE COMMERCIALE ADOPTER ?
La politique commerciale d’un pays, c’est-à-dire l’attitude qu’il adopte vis-à-vis du reste du
monde en matière d’échanges de biens et services, s’inscrit soit dans une logique de libre-
échange, soit dans une logique protectionniste. Il s’agit dans le premier cas de favoriser les
échanges ; dans le second, de restreindre les importations ou, tout du moins, de les encadrer.
Ces dernières décennies, les pays ont eu tendance à s’ouvrir aux échanges extérieurs, mais les
économistes parviennent difficilement à mettre en évidence les gains de cette ouverture. Au
terme de leur analyse empirique, Francisco Rodriguez et Dani Rodrik (2000) concluaient
2
notamment que « la nature de la relation entre la politique commerciale et la croissance
économique reste une question ouverte ».
A- GAINS ET COUTS DU LIBRE-ECHANGE
Le libre-échange désigne à la fois une situation où aucune barrière ne vient entraver les
échanges et la doctrine promouvant une telle situation. Il a notamment été promu par le GATT
(à partir de 1947), puis par l’OMC (à partir de 1995), qui ont contribué à réduire les tarifs
douaniers à travers le monde au fil des diverses négociations qu’ils ont organisées dans une
logique multilatérale. A la différence du GATT (qui ne constituait qu’un simple accord),
l’OMC est une véritable organisation, veillant à l’application des accords commerciaux entre
les nations et participant à résoudre les éventuels différends commerciaux qui opposeraient ces
dernières. Des accords régionaux se sont également multipliés ces dernières décennies,
aboutissant à la création de zones de libre-échange, d’unions douanières ou de marchés
communs. Ces derniers visent à réduire les barrières à l’échange entre leurs signataires, mais
pas forcément celles que ces derniers entretiennent vis-à-vis du reste du monde.
1- Les gains d’une ouverture aux échanges
Pour les néoclassique, le commerce international favorise la croissance économique en
stimulant à la fois l’offre et la demande. Avec la baisse des barrières à l’échange, les résidents
profitent d’une plus grande diversité et d’une plus grande qualité de produits, ainsi que d’une
baisse des prix. Comme leur pouvoir d’achat augmente, les ménages consomment davantage,
notamment en biens et services domestiques. Les entreprises profitent également de la baisse
des prix (en accédant à des biens intermédiaires moins chers, qui réduisent leurs coûts de
production) et des transferts technologiques (en important les innovations étrangères, qui
augmentent leur productivité).
L’ouverture réduit les rentes et accentue la concurrence, car chaque entreprise domestique n’est
plus seulement concurrencée par les autres firmes domestiques, mais désormais aussi par les
entreprises étrangères. Pour garder sa clientèle, chacune est incitée à baisser ses prix, à
différencier ses produits de ceux proposés par ses rivales, à innover. Les entreprises les moins
efficaces disparaissent, tandis que les plus efficaces profitent de l’élargissement de leur marché
pour accroître leurs ventes à l’étranger. Puisqu’elles produisent davantage, elles profitent plus
amplement des rendements d’échelles : la baisse subséquente de leurs coûts unitaires leur
permet d’accroître leur profit et de baisser leurs prix, accentuant ainsi leur compétitivité-prix
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sur les marchés internationaux. Au final, l’ouverture aux échanges détruit certes des emplois
dans certains secteurs de l’économie, mais tout en en créant dans le reste de l’économie.
Plus spécifiquement, le commerce international peut aider les pays les moins avancés à sortir
de leur trappe à sous-développement : en effet, en autarcie, leurs firmes peuvent difficilement
accroître leurs ventes en raison de la faible demande domestique ; la faiblesse des revenus
contraint l’accumulation du capital, etc. Les délocalisations contribuent à la diffusion des
nouvelles technologies et des savoir-faire. En recevant des investissements directs à l’étranger
et en exportant, un pays peut plus facilement se doter de moyens de production et accroître ses
débouchés.
2- Les coûts de l’ouverture aux échanges
La théorie néoclassique suggère que l’ouverture aux échanges génère des gains pour l’ensemble
des pays, mais pas forcément pour chaque économie. En effet, la concurrence étrangère risque
par exemple d’éliminer les producteurs locaux en incitant les résidents à se détourner de leurs
produits. C’est particulièrement le cas des pays les moins avancés, dont les entreprises
proposent des biens de moins bonne qualité et parfois plus chers que ceux 8 provenant de leurs
concurrentes étrangères. Au lieu de les sortir de leur trappe à sous-développement, le libre-
échange risque de les y enfermer davantage.
Les pays hautement spécialisés dans la production de quelques biens sont particulièrement
vulnérables aux aléas du commerce mondial : d’autres pays peuvent tôt ou tard parvenir à
proposer ces mêmes biens, mais avec une meilleure qualité ou un prix plus faible, et la demande
mondiale peut subitement se détourner de leurs produits pour des substituts. En outre, les
recettes des pays qui n’exportent qu’un seul bien, par exemple une ressource naturelle,
dépendent étroitement de son prix, mais ce dernier est très souvent fixé sur les marchés
internationaux, ce qui le rend très volatile.
La libéralisation des échanges accroît les interdépendances entre pays : plus une économie est
ouverte, plus son activité domestique est sensible aux dynamiques à l’œuvre dans le reste du
monde. Par exemple, un pays verra son activité stimulée par l’expansion dans ses partenaires à
l’échange, via la hausse de ses exportations. Par contre, un ralentissement de l’activité dans le
reste du monde déprimera la production et l’emploi domestiques, via le déclin des exportations,
mais les résidents réduiront alors leurs importations, ce qui freinera davantage l’activité dans le
reste du monde. Le commerce international constitue ainsi l’un des principaux canaux de
transmission et d’amplification des récessions. En outre, la politique conjoncturelle est d’autant
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moins efficace que l’économie est ouverte ; par exemple, la contrainte extérieure réduit
l’efficacité d’un plan de relance, car une partie de la demande s’adresse à l’étranger.
La concurrence internationale est susceptible d’accroître les inégalités dans les pays, comme le
suggère notamment le théorème Stolper-Samuelson tiré du modèle HOS. Puisque les pays
développés disposent d’un avantage comparatif dans la production intensive en travail qualifié,
ils se spécialisent dans cette dernière, tandis que les activités intensives en travail peu qualifié
sont délocalisées. La demande de travailleurs qualifiés augmente, tandis que la demande de
travailleurs peu qualifiés diminue. Si les premiers bénéficient d’une hausse de salaires, les
seconds voient par contre leurs salaires stagner, voire décliner, et leurs chances de se retrouver
au chômage augmenter. Dans les pays en développement, les inégalités diminuent si ce sont les
travailleurs les moins qualifiés qui sont embauchés ; par contre, les inégalités augmentent
également en leur sein si ce sont les travailleurs les plus qualifiés du pays qui sont embauchés.
Les plus pessimistes estiment que la mondialisation modifie le rapport de force en faveur des
employeurs et fait pression à la baisse sur tous les salaires en mettant l’ensemble des travailleurs
en concurrence, et ce qu’importe leurs niveaux de qualification.
Enfin, le libre-échange est susceptible de mettre les Etats en concurrence. Par exemple, les pays
développés tirent leurs avantages comparatifs de leur main-d’œuvre qualifiée, de leur capacité
d’innovation, ainsi que de la qualité de leurs infrastructures et de leurs services publics. Mais
si leur Etat réduit sa fiscalité et le coût du travail afin d’attirer les investissements directs à
l’étranger et freiner les délocalisations, il perdra en recettes et devra alors réduire ses dépenses,
ce qui dégradera la qualité des infrastructures, de la recherche, de l’éducation et des autres
services publics. En d’autres termes, l’économie risque de perdre en compétitivité structurelle
pour gagner en compétitivité-prix, sans que ce gain soit décisif face à la concurrence des pays
émergents.
B- AVANTAGES ET COUTS DU PROTECTIONNISME
Le protectionnisme désigne les mesures adoptées par un Etat en vue de favoriser la production
domestique face à la concurrence étrangère. Certaines d’entre elles s’apparentent à des
barrières tarifaires : ce sont les droits de douane, visant à accroître le prix des biens importés
en vue de décourager les résidents à les acheter (donc afin de les inciter à acheter les biens
domestiques). Si ces mesures ont connu un fort recul ces dernières décennies, ce n’est pas
vraiment le cas des barrières non tarifaires, qui peuvent relever d’un protectionnisme «
déguisé ». Celles-ci incluent les restrictions sur la quantité de biens importés (les quotas, les
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contingents ou encore les embargos), les subventions accordées aux entreprises domestiques,
les subventions sur les exportations (réduisant directement le prix des produits domestiques sur
les marchés étrangers), certaines normes, notamment techniques, sanitaires et
environnementales (empêchant l’importation des produits qui ne les respectent pas), le dumping
(consistant pour les entreprises à vendre leurs produits à l’étranger à des prix inférieurs aux prix
domestiques), etc. La manipulation délibérée du taux de change en vue de le déprécier ou de
l’empêcher de s’apprécier relève également du protectionnisme : une monnaie faible favorise
les exportations et freine les importations.
1- Les justifications du protectionnisme
Friedrich List (1789-1846) a fourni l’une des premières justifications du protectionnisme.
Dans les pays en développement, certaines entreprises disposent potentiellement d’un avantage
compétitif, mais elles ne se sont pas suffisamment développées afin de l’exploiter : les
entreprises ont une taille trop petite pour bénéficier des économies d’échelle et ainsi rentabiliser
leurs coûts fixes, la main-d’œuvre n’est pas encore qualifiée, les ménages ne se sont pas encore
habitués aux nouveaux produits nationaux, etc. List préconise alors un « protectionnisme
éducateur » afin de protéger les industries naissantes de la concurrence étrangère et leur
permettre de se développer, notamment d’exploiter les économies d’échelle et les économies
d’apprentissage. Les mesures protectionnistes ne sont toutefois à ses yeux que « des béquilles
pour apprendre à marcher » : une fois que le pays s’est développé et a acquis son avantage
comparatif, il doit s’ouvrir au commerce international.
Un pays peut adopter des mesures protectionnistes pour protéger ses industries vieillissantes,
du moins un temps, afin de permettre à ce que les facteurs de production (notamment la
maind’œuvre) soient réalloués dans l’économie tout en contenant les coûts d’ajustement de
court terme (par exemple la hausse du chômage). Dans le même ordre d’idée, un Etat est incité
à prendre des mesures protectionnistes lorsque l’économie bascule en récession afin de relancer
l’activité domestique et contenir la hausse du chômage.
D’autres arguments peuvent également être avancés. Par exemple, un Etat adopte des normes
techniques, sanitaires et environnementales pour protéger les consommateurs contre les
produits qu’il juge dangereux ou indésirables. Ensuite, un Etat peut considérer que certaines
activités doivent rester du domaine national, et ce même si elles ne sont pas compétitives, parce
qu’il les juge stratégiques ou sensibles. C’est notamment le cas de la défense, de l’agriculture
ou de l’approvisionnement en énergies. Enfin, un Etat peut adopter des mesures protectionnistes
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s’il juge que les entreprises domestiques font l’objet d’une concurrence déloyale de la part de
leurs rivales étrangères.
2- Les coûts du protectionnisme
Même si un Etat désire ne subventionner que les seules industries naissantes, rien ne certifie
qu’il parvienne à identifier les secteurs susceptibles d’acquérir un avantage comparatif ; ce sont
souvent des groupes de pression qui vont capter ces aides. De plus, la protection des industries
vieillissantes peut réduire leur incitation à se restructurer, ce qui freine la réallocation des
facteurs vers les entreprises les plus efficaces. Des ressources sont alors gaspillées pour
maintenir à flots des secteurs inefficaces et accroître leurs rentes. Ainsi, le protectionnisme sert
des intérêts particuliers au détriment de l’intérêt collectif.
En restreignant les biens importés et en renchérissant leur prix, le protectionnisme réduit la
diversité de produits auxquels les résidents ont accès, freine les transferts technologiques et
accélère l’inflation. La réduction même de la concurrence réduit l’incitation des entreprises
domestiques à diversifier leurs produits, à innover et à réduire leurs prix. Les ménages perdent
en pouvoir d’achat et les entreprises voient leurs coûts de production augmenter, ce qui risque
de faire basculer l’économie dans une spirale inflationniste et une récession.
Enfin, le protectionnisme apparaît comme une politique du « chacun pour soi », par nature non
coopérative, qui vise à créer des emplois dans l’économie domestique aux dépens du reste du
monde. Or elle risque par là même d’être contreproductive : si un pays réduit délibérément ses
importations, il dégrade l’activité chez ses partenaires commerciaux, si bien que ces derniers
réduisent mécaniquement leurs importations, donc les exportations du pays protectionniste.
Surtout, ce dernier peut faire l’objet de représailles (notamment commerciales et militaires) de
la part de ses partenaires à l’échange. Il risque au final de perdre les gains qu’il retirait de ses
mesures protectionnistes, voire de se retrouver dans une situation pire que celle initiale. Si des
pays adoptent des mesures protectionnistes pour faire face à une récession, ils risquent
d’aggraver cette dernière en la propageant aux autres pays. Beaucoup considèrent ainsi que
l’essor du protectionnisme lors des années 1930 a contribué à la sévérité de la Grande
Dépression.
3- Les effets des mesures protectionnistes
Nous allons ici présenter respectivement les effets de l’instauration d’un droit de douane (a) et
ceux de l’instauration d’un quota à l’importation (b).
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a- L’effet de l’instauration d’un droit de douane
L’impact de l’instauration d’un droit de douane sur l’économie nationale peut être étudié à
partir d’une représentation graphique. Le cas étudié est celui d’un « petit pays », c’est-à-dire un
pays dont la part dans la consommation mondiale est suffisamment faible pour que sa variation
n’ait aucun impact sur le prix des importations. Le droit de douane n’est efficace que dans le
cas où un pays devient importateur des biens. Ainsi, prenons l’exemple d’un pays importateur
d’un bien « j » quelconque : avant l’instauration du droit de douane, le bien « j » est importé au
prix (P1j), et après l’instauration, ce bien est importé au prix (P2j).
Dans la situation de libre-échange, le prix domestique est égal au prix mondial. Un droit
de douane fait passer le prix du bien (j) importé au-dessus du prix mondial d’un montant égal à
la valeur de ce droit de douane.
Cette variation de prix affecte le comportement des consommateurs et des vendeurs
domestiques. Le tarif douanier affecte ainsi différemment les deux catégories d’agents
économiques composants la nation : les producteurs voient leur situation s’améliorer (puisqu’ils
peuvent vendre leurs produits à un prix élevé), alors que les consommateurs connaissent une
détérioration de leur position. L’impact global peut être évalué en termes de bien-être national
(somme du bien-être des agents économiques).
Intéressons-nous maintenant aux gains et aux pertes découlant du droit de douane.
Comme il conduit à l’augmentation du prix domestique, les vendeurs domestiques voient leur
situation s’améliorer contrairement aux acheteurs domestiques. A cela, s’ajoute le fait que l’Etat
perçoit une recette fiscale. Afin de mesurer les gains et les pertes, nous devons analyser le
changement dans le surplus des consommateurs, le surplus des producteurs et les recettes
fiscales de l’Etat. Ces changements sont résumés dans le tableau suivant :
La surface D et F montre la baisse du surplus et représente la perte sèche associée aux droits de
douane (voire la graphique ci-dessous).
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Avant le droit de douane, le prix domestique est égal au prix mondial. Le surplus des
consommateurs (la surface entre la courbe de demande et le prix mondial) sont donnés par : A
+ B + C + D + E + F. Le surplus des producteurs (la surface entre la courbe d’offre et le prix
mondial) sont donnés par G. La recette fiscale de l’Etat est nulle. Le surplus total, obtenu en
faisant la somme des surplus des producteurs, des consommateurs et de la recette fiscale de
l’Etat, est la surface A + B + C + D + E + F + G.
Une fois que l’Etat a imposé le droit de douane, le prix domestique excède le prix mondial d’un
montant égal au droit de douane. Le surplus des consommateurs devient A + B. Le surplus des
producteurs est la surface C + G. La recette fiscale, qui est égale au montant des importations
après le droit de douane multiplié par le droit de douane, est la surface E.
Ainsi, le surplus total avec droit de douane est A + B + C + E + G.
Afin de déterminer les effets globaux du droit de douane sur le bien-être, nous additionnons la
variation du surplus des consommateurs (qui est négative) à la variation du surplus des
producteurs (qui est positive) et à la variation de la recette fiscale (qui est positive). Nous
trouvons que le surplus total sur le marché est amputé de surface D + F. Cette baisse de surplus
est appelée la perte sèche ou perte de distorsion liée au droit de douane. Un droit de douane est
à l’origine d’une perte de bien-être simplement parce qu’il s’agit d’une taxe particulière.
Comme la plupart des taxes, il altère les incitations et conduit à l’allocation des ressources rares
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en dehors de l’optimum. Dans ce cas, nous pouvons identifier deux effets. D’une part, le droit
de douane sur le bien « j » augmente le prix que les vendeurs peuvent retirer de ce bien en le
passant au-dessus du prix mondial, ils sont de ce fait incités à augmenter leur production de ce
bien (de S 1 à S 2). Et d’autre part, le droit de douane augmente le prix que les acheteurs
domestiques doivent payer, ils sont de ce fait incités à diminuer leur consommation du bien « j
» (de D1 à D2). La surface D représente la perte sèche liée à la surproduction du bien « j » et la
surface F représente la perte sèche liée à la sous-consommation du bien « j ». La perte sèche
totale engendrée par le droit de douane est égale à la somme de ces deux triangles (D + F).
b- Effet de l’instauration d’un quota à l’importation
Un quota à l’importation est une limite de quantité des biens susceptibles d’être importés. Plus
précisément, imaginons que le gouvernement du pays « A » distribue un nombre limité des
licences d’importation. Chaque licence procure à son détenteur le droit d’importer une quantité
du bien « j ». Les économistes de ce pays veulent comparer le bien-être dans le cas du libre-
échange puis dans le cas où un quota à l’importation est introduit.
La figure ci-dessus montre comment un quota à l’importation affecte le marché de l’acier du
pays A.
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Comme le quota empêche les consommateurs de ce pays d’acheter autant du bien « j » qu’ils le
voudraient à l’étranger, l’offre d’acier n’est plus parfaitement élastique au prix mondial. Tant
que le prix du bien « j » dans le pays A est supérieur au prix mondial, les détenteurs de licences
importent autant qu’il leur est permis et l’offre totale du bien dans ce pays sera égale à l’offre
domestique augmentée du quota. Cela signifie que la courbe d’offre au-dessus du prix mondial
se déplace vers la droite du montant exact du quota (la courbe d’offre au-dessous du prix
mondial ne bouge pas car, dans ce cas, les détenteurs de licences ne trouvent pas d’avantage à
importer).
Le prix du bien « j » dans le pays A s’ajuste pour équilibrer l’offre (la production domestique
plus les importations) et la demande. Comme le montre la figure, le quota fait grimper le prix
du bien au-dessus du prix mondial. Les quantités domestiques demandées diminuent de Q1D
à Q2D et les quantités domestiques offertes augmentent de Q1S à Q2S. Sans surprise, le quota
fait diminuer les importations du bien « j ».
Intéressons-nous maintenant aux gains et aux pertes liées au quota. Comme le quota place le
prix domestique au-dessus du prix mondial, les vendeurs domestiques y gagnent et les acheteurs
domestiques y perdent. De plus, les détenteurs de licences d’importation réalisent un profit en
achetant au prix mondial et en vendant au prix domestique plus élevé. Afin de mesurer les gains
et les pertes, nous calculons les changements dans le surplus des consommateurs, le surplus des
producteurs et le surplus des détenteurs de licences.
Avant que le gouvernement n’impose le quota, le prix domestique était au niveau du
prix mondial. Le surplus des consommateurs, la surface entre la courbe de demande et le prix
mondial, sont mesurés par la surface A + B + C + D + E’ + E’’ + F. Le surplus des producteurs,
la surface entre la courbe d’offre et le prix mondial, sont la surface G. Le surplus des détenteurs
de licences est nul car il n’y a pas de licences d’importation. Le surplus total, la somme des
surplus des producteurs, des consommateurs et des détenteurs de licences sont donnés par A +
B + C + D + E’ + E’’ + F + G.
Une fois que le gouvernement a imposé le quota d’importation et a accordé les licences,
le prix domestique passe au-dessus du prix mondial. Les consommateurs domestiques en
retirent un surplus A + B et les producteurs domestiques reçoivent C + G. Les détenteurs de
licences d’importation font un profit sur chaque unité importée égal à la différence entre le prix
du bien « j » du pays A et le prix mondial. Leur surplus est égal au différentiel de prix multiplié
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par les quantités importées. Il est ainsi égal à l’aire du rectangle E’ + E’’. Le surplus total avec
le quota est égal à A + B + C + E’ + E’’ + G.
Afin de voir comment le bien-être total varie avec l’imposition du quota, nous additionnons la
variation du surplus des consommateurs (qui est négative) à la variation du surplus des
producteurs (qui est positive). Nous trouvons que le surplus total sur le marché diminue de la
valeur D + F. Cette surface représente la perte sèche du quota d’importation.
Cette analyse devrait vous sembler quelque peu familière. En effet, si vous comparer l’analyse
du quota d’importation avec l’analyse du droit de douane, vous verrez par essence qu’elles sont
identiques. Les droits de douane et les quotas font tous deux augmenter le prix domestique du
bien, ils réduisent le bien-être des consommateurs domestiques, augmentent celui des
producteurs domestiques et engendrent des pertes sèches. Il n’existe qu’une différence entre
ces deux types de restrictions des échanges : un droit de douane augmente les recettes du
gouvernement (l’aire E) alors qu’un quota à l’importation apporte un surplus aux détenteurs de
licences (les aires E’ + E’’).
C’est sur la base de cette démonstration classique, qui repose sur une hypothèse implicite de
concurrence parfaite, que le protectionnisme est condamné par les théories traditionnelles.
Cependant, même dans ce contexte, il existe deux cas où le protectionnisme peut être
souhaitable : soit parce que la nation protectionniste est un « grand pays » (Le grand pays est
une nation dont la taille est suffisante pour qu’une modification des quantités achetées sur le
marché mondial ait un impact sur le prix du bien échangé. L’instauration par une telle nation
d’un tarif douanier conduit à une diminution des quantités achetées à l’étranger qui abaisse le
prix mondial.), soit parce que la production du bien est à l’origine d’externalités (La
production d’un bien peut s’accompagner d’externalités positives (conséquences positives de
l’action ou de l’activité d’un agent économique sur un autre), comme l’acquisition par les
travailleurs du secteur d’un savoir-faire qui peut améliorer leur productivité dans d’autres
secteurs.).
C’est sur la base des effets négatifs du protectionnisme que différents travaux ont tenté de
chiffrer les pertes de bien-être impliquées par les différentes formes de la protection. Patrick
Messer lin a procédé à des estimations sur les coûts de la protection pour la communauté
européenne dans les années 1990. Il conclut que la protection engendre des coûts qui s’élèvent
à environ 16% du PIB européen en concurrence parfaite, et le double soit 32% en concurrence
imparfaite.
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