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Analyse de l'incipit de L'Œuvre de Zola

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Département de Langue et Littérature Françaises

Filière d’Etudes Françaises


***
Cours : Analyse de roman Semestre : III Groupe : 2
Professeur : Hicham BELHAJ Année universitaire : 2023-2024

Travail préparatoire au commentaire littéraire

Etape 1 : Lire plusieurs fois le texte.


Etape 2: Surligner les phrases dans le passage afin de faciliter la référence
aux mots, phrases et expressions analysés.

Claude passait devant l’Hôtel-de-Ville, et deux heures du matin


sonnaient à l’horloge, quand l’orage éclata. Il s’était oublié à rôder dans les
Halles, par cette nuit brûlante de juillet, en artiste flâneur, amoureux du
Paris nocturne. Brusquement, les gouttes tombèrent si larges, si drues,
qu’il prit sa course, galopa dégingandé, éperdu, le long du quai de la
Grève. Mais, au pont Louis-Philippe, une colère de son essoufflement
l’arrêta : il trouvait imbécile cette peur de l’eau ; et, dans les ténèbres
épaisses, sous le cinglement de l’averse qui noyait les becs de gaz, il
traversa lentement le pont, les mains ballantes.
Du reste, Claude n’avait plus que quelques pas à faire. Comme il tournait
sur le quai de Bourbon, dans l’île Saint-Louis, un vif éclair illumina la
ligne droite et plate des vieux hôtels ranges devant la Seine, au bord de
l’étroite chaussée. La réverbération alluma les vitres des hautes fenêtres sans
persiennes, on vit le grand air triste des antiques façades, avec des détails
très nets, un balcon de pierre, une rampe de terrasse, la guirlande sculptée
d’un fronton. C’était là que le peintre avait son atelier, dans les combles de
l’ancien hôtel du Martoy, à l’angle de la rue de la Femme-sans-Tête. Le quai
entrevu était aussitôt retombé aux ténèbres, et un formidable coup de
tonnerre avait ébranlé le quartier endormi.
Arrivé devant sa porte, une vieille porte ronde et basse, bardée de fer,
Claude, aveuglé par la pluie, tâtonna pour tirer le bouton de la sonnette ; et
sa surprise fut extrême, il eut un tressaillement en rencontrant dans
l’encoignure, collé contre le bois, un corps vivant. Puis, à la brusque

1
lueur d’un second éclair, il aperçut une grande jeune fille, vêtue de noir, et
déjà trempée, qui grelottait de peur. Lorsque le coup de tonnerre les eut
secoués tous les deux, il s’écria :
Ŕ Ah bien ! si je m’attendais... Qui êtes-vous ? que voulez-vous ?

Emile Zola, L’OEuvre

Etape 3 : Grille d’analyse des phrases de l’incipit de L’œuvre de


Zola
Phrase Relevé Analyse/interprétation

(expression ou phrase) (Analyse : Fond = sens = message : ce qui est dit
Interprétation : Forme = style : manière de le dire)
Claude passait Claude (prénom, héros ?!) ; la présentation du
Pg. 1 personnage principal : un personnage réaliste avec un
nom, un métier, une adresse, des goûts

Claude est connu des lecteurs de Zola : il s’agit de


Claude Lantier protagoniste de Le Ventre de Paris. C’est
pourquoi son nom de famille n’est pas indiqué. C’est
aussi pour rapprocher le lecteur du personnage principal
Ph 1 qu’est Claude.

Passait : verbe d’action : le choix du verbe "passait"


pour ouvrir le roman, crée une impression de
mouvement et d'action dès le début. Ce verbe indique
que Claude est en déplacement ; ce qui donne
immédiatement un dynamisme à la scène.
l’Hôtel-de-Ville Indication spatiale = réalisme
L’Hôtel-de-Ville représente :
1- Représentation de l'autorité et de la ville : L'Hôtel-
de-Ville est le siège du gouvernement municipal de
Paris. En le plaçant au début du roman, Zola introduit
immédiatement l'idée d'une autorité extérieure, d'un
contrôle sur la ville et sur les artistes !? Cela peut être
interprété comme une allusion à la lutte de l'artiste contre
les conventions et les contraintes sociales.
2- Contraste entre l'art et la bureaucratie : Le choix
de l'Hôtel-de-Ville comme lieu de départ contraste avec
la vie bohème et passionnée de l'artiste Claude Lantier.
Cela suggère une tension entre l'art créatif et
l'administration bureaucratique de la ville (représentée

2
par les hommes de l’art : jury des Salons, public). Le
personnage de Claude est en quelque sorte en opposition
avec l'ordre établi représenté par cet édifice.
3- Paris comme source d'inspiration : L'Hôtel-de-Ville
est un emblème de Paris en tant que ville lumière et
capitale culturelle. Pour Claude, Paris est une source
d'inspiration inestimable. La mention de cet édifice
évoque le rôle central de la ville dans la vie de l'artiste et
dans l'intrigue du roman.
deux heures du matin Heure tardive = atmosphère nocturne et mystérieuse ;
Claude est révolté !
Réalisme
sonnaient à l’horloge Rappel du passage inexorable du temps ; rappel de
l’existence éphémère de l’homme sur terre.
quand l’orage éclata L’orage qui éclate soudainement accentue cette
atmosphère en créant une tension dramatique. Cette
ambiance pesante et tumultueuse reflète l'état d'esprit de
Claude.
Il s’était oublié à rôder Champ sémantique de l’errance (passer, s’oublier, rôder,
flâner)
Ph 2 dans les Halles,
Les Halles : située au cœur de Paris, les Halles est le
par cette nuit brûlante centre moderne de la ville.
de juillet,
Indication temporelle naturelle : été brûlant ==) Projet
littéraire de Zola : Naturalisme étude de l’homme dans
en artiste flâneur, son milieu naturel et urbain
amoureux du Paris
nocturne. Portrait de Claude qui est dépeint comme un artiste
flâneur, errant (quête de sujets pour son art). Cette
description souligne son amour pour la vie nocturne de
la ville, suggérant qu'il trouve inspiration et passion dans
ces moments tardifs et solitaires = Projet Naturaliste
(Paris = un thème + un espace plastique : car décrite
comme une œuvre d’art.
Ph 3 Brusquement, les L'orage éclate brusquement, et les gouttes de pluie
gouttes tombèrent si deviennent abondantes.
larges, si drues,

qu’il prit sa course, Verbes d’action : favoriser à imaginer la scène avec plus
galopa dégingandé, de détail : Réalisme (effet du ralenti comme au cinéma).
éperdu, le long du quai Claude réagit en courant précipitamment le long du quai
de la Grève. de la Grève, montrant sa vulnérabilité et sa réaction
impulsive à la nature. La pluie intense crée une tension
dramatique.
Ph 4 Mais, au pont Louis- pont Louis-Philippe, les becs de gaz : éléments de
Philippe, une colère de réalisme et de naturalisme chers à Zola. La description
son essoufflement de l'architecture, des détails des bâtiments et de la scène
l’arrêta : nocturne démontre l'attention aux détails propre au
naturalisme.

3
il trouvait imbécile
cette peur de l’eau ; et, L’artiste se rend compte de l'irrationalité de sa peur de
l'eau. C’est une métaphore de sa vie d'artiste, confrontée
dans les ténèbres à des moments d'incertitude et de peur.
épaisses,
Insistance sur la densité des ténèbres. Intérêt pour le
paysage nocturne et pour les différents états de la
sous le cinglement de lumière= Impressionnisme (la lumière est le sujet de la
l’averse qui noyait les peinture).
becs de gaz, il traversa
lentement le pont, « cinglement » : brutalité de la Nature qui veut éteindre
la lumière. La Nature se dresse comme une force
les mains ballantes. opposante aux projets artistiques de Claude. Scène
réaliste et symbolique par excellence.

Indifférence voire résistance de Claude aux agressions


venant de la nature/la culture (les hommes de l’art : jury
des Salons, public, quelques personnages)
Pg. 2 Du reste, Claude Claude est proche de sa destination, créant une attente
n’avait plus que pour le lecteur quant à la révélation de l'endroit où il se
Ph 5 quelques pas à faire. rend.
Claude croit pouvoir atteindre son idéal esthétique
prochainement : créer un nouvel art.
Ph 6 Comme il tournait sur le quai de Bourbon, île Saint-Louis, des vieux hôtels
le quai de Bourbon, rangés devant la Seine : éléments de réalisme et de
dans l’île Saint-Louis, naturalisme

un vif éclair illumina La soudaineté et la vivacité de l’éclair qui illumine


la ligne droite et plate soudainement les vieux hôtels bordant la Seine permet
des vieux hôtels de créer une image visuelle forte. Cette description des
rangés devant la Seine, bâtiments suggère un lieu pittoresque et ancien, typique
au bord de l’étroite de Paris = une description visuelle = le narrateur décrit
chaussée. en peintre
Ph 7 La réverbération Champ lexical de la lumière : réverbération, (éclair),
alluma les vitres des alluma : Impressionnisme
hautes fenêtres sans L'éclair révèle les détails architecturaux des bâtiments
persiennes, on vit le avec une grande netteté, ajoutant une dimension réaliste
grand air triste des à la scène. Zola décrit minutieusement et
antiques façades, avec « péjorativement » l'architecture qualifiée comme triste.
des détails très nets, un = Prise de position esthétique contre l’art
balcon de pierre, une antique/classique
rampe de terrasse, la
guirlande sculptée d’un La projet pictural de Claude se veut à l’encontre du
fronton. modèle antique/classique.
Ph 8 C’était là que le peintre Cette phrase révèle l'endroit précis où Claude a son
avait son atelier, dans atelier, dans les combles de l'ancien hôtel du Martoy. Le
les combles de l’ancien nom de la rue, "Femme-sans-Tête," ajoute une touche de
hôtel du Martoy, à mystère et d'intrigue.
l’angle de la rue de la

4
Femme-sans-Tête. Paradoxe et symbolique de l'emplacement de l’atelier :
Claude a son atelier dans un endroit ancien, bordé de
bâtiments anciens et classiques, illustrant un Paris figé
dans le temps. Cependant, Claude est décrit comme un
artiste en quête de nouveauté et de modernité, cherchant
à créer un nouvel art.
Ph 9 Le quai entrevu était L'éclair s'estompe rapidement, ramenant l'obscurité. Le
aussitôt retombé aux coup de tonnerre ajoute une note dramatique à la scène,
ténèbres, et un perturbant le quartier qui semblait endormi jusqu'à
formidable coup de présent.
tonnerre avait ébranlé
le quartier endormi. une description détaillée, réaliste et subjective de la
description incluse dans la narration pour créer une
atmosphère réaliste et visuelle= narration picturale
Ph 10 Arrivé devant sa porte, Le domicile de Claude est caractérisé par une vieille
une vieille porte ronde porte solide et lourde, renforcée de fer. La description de
et basse, bardée de fer, la porte (vieille, inesthétique) évoque une image de
protection, mais aussi de séparation entre le monde
extérieur et le refuge de l'artiste.
Claude, aveuglé par la Le monde extérieur, c’est le succès ; la porte, l’art
pluie, tâtonna pour tirer académique/pompier: jury des Salons.
le bouton de la Tâtonner : Procéder avec hésitation et incertitude par
sonnette ; manque d'expérience
Cette scène suggère la vulnérabilité de Claude face à la
et sa surprise fut brutalité de la Nature et sa lutte pour entrer chez lui/pour
extrême, s’affirmer en tant qu’artiste.

il eut un tressaillement Surprise, inattendu : cela annonce l'élément dramatique


en rencontrant dans qui va suivre, suscitant la curiosité du lecteur : il s’agit
l’encoignure, collé d’un personnage capital et d’un événement décisif.
contre le bois, un corps
vivant. Le moment crucial est révélé : Claude découvre un corps
vivant dans l'encoignure de sa porte. Cette découverte
soudaine crée une tension dramatique. Le choix du mot
"tressaillement" suggère la surprise et peut aussi refléter
l'état émotionnel de Claude face à cette inattendue
rencontre.
Symbolique du « corps vivant » pour les
impressionnistes. Le "corps vivant" pourrait symboliser
cette proximité avec le sujet (peinture sur le motif), la
recherche de la vérité visuelle par l'observation directe.
Ph 11 Puis, à la brusque lueur La phrase s'ouvre sur une nouvelle illumination par un
d’un second éclair, éclair, qui renforce l'aspect dramatique de la scène.
L'utilisation de la lumière soudaine et fugace est typique
du réalisme de Zola, car elle crée des moments visuels
forts et saisissants.

L’incipit se situe entre deux éclairs : Le 1er éclair (ph 6) :


il aperçut une grande illumine les vieux hôtels bordant la Seine, l’espace

5
jeune fille, vêtue de urbain ; le second éclair (ph 11) : illumine le corps de la
noir, et déjà trempée, jeune fille.
qui grelottait de peur.
Portrait physique de la fille : champ lexical du deuil
Lorsque le coup de (noir, peur)
tonnerre les eut
secoués tous les deux,
il s’écria
Le coup de tonnerre qui ébranle les deux personnages
suggère une réaction physique intense et montre
comment cet événement inattendu les rapproche
brusquement.

Etape 4 : La synthèse par regroupement

L’objectif ici est d’exploiter les résultats de la grille d’analyse des phrases du passage. Pour ce
faire, il faut réarranger les analyses et les interprétations des phrases en les regroupant en
fonction de leur proximité. Cette synthèse par regroupement doit permettre de définir la
problématique du commentaire ainsi que les axes pertinents pour son développement, c'est-
à-dire les deux ou trois parties clés de l’extrait à analyser.

Problématique

 En quoi l’extrait est-il un manifeste du réalisme-symbolisme-impressionnisme où


l’auteur remet en cause les règles de l’art académique en vigueur et promeut un art
nouveau (moderne) ?
 Comment les éléments du réalisme, du symbolisme et de l'impressionnisme
permettent-ils de remettre en question les règles de l’art académique et de prôner un
art moderne ?

1- Présentation de l'extrait de l'Œuvre de Zola comme un manifeste du réalisme-


symbolisme-impressionnisme

L'Œuvre de Zola s'ouvre sur un incipit qui va au-delà de sa simple fonction narrative,
établissant ainsi un manifeste littéraire du réalisme-symbolisme-impressionnisme. Dans cet
extrait, Zola remet en question les normes de l'art académique en vigueur tout en promouvant
un nouvel art moderne. Dans un Paris nocturne tourmenté par un orage, le protagoniste,
Claude, est dépeint dans une ambiance réaliste, symbolique et impressionniste, offrant ainsi
une critique subtile des conventions artistiques traditionnelles. À travers l'utilisation
méticuleuse des éléments atmosphériques et des descriptions détaillées, Zola esquisse les
prémices d'un changement esthétique et conceptuel, jetant les bases d'une esthétique novatrice
et plus en phase avec la réalité de son époque. Ainsi, l'analyse approfondie de cet incipit
révélera comment Zola utilise habilement les éléments du réalisme, du symbolisme et de
l'impressionnisme pour remodeler les frontières de l'expression artistique et pour mettre en
lumière les conflits entre l'ancien et le nouveau dans le monde de l'art au XIXe siècle.

6
1. Éléments réalistes :

Préalables :

Le concept de "réalisme" fait sa première apparition en 1850 pour décrire le style


pictural de Gustave Courbet, avant de devenir le fondement d'un mouvement littéraire
émergent entre 1850 et 1870.
Le réalisme a évolué en opposition aux principes romantiques, cherchant à présenter
une représentation objective et documentée de la réalité. Il s'attache particulièrement
aux vies des classes modestes et des milieux défavorisés.

Le contexte historique du réalisme


Le contexte historique du réalisme est intimement lié à l'échec des aspirations de la
révolution de 1848. Cette révolution avait suscité l'espoir de concrétiser les idéaux
chéris par les romantiques. L'arrivée au pouvoir de Lamartine à la tête du
gouvernement provisoire avait soulevé des attentes considérables, avec un programme
politique prometteur incluant des réformes majeures telles que le suffrage universel,
l'abolition de la peine de mort et de l'esclavage, le droit au travail, l'éducation gratuite,
ainsi que la liberté de la presse.
Cependant, cette révolution de 1848 s'est soldée par un échec majeur, marqué par
l'élection de Louis Napoléon Bonaparte à la présidence en 1848, suivi de son coup
d'État en 1851. Ce retournement a été largement perçu comme la défaite de l'idéalisme
romantique. Sous le règne de Napoléon III, un régime autoritaire s'établit, consacrant
le triomphe des valeurs de la bourgeoisie et de l'argent.

La révolution industrielle
La révolution industrielle du XIXe siècle a favorisé des avancées technologiques
majeures et un essor économique sans précédent, notamment grâce à l'avènement de la
machine à vapeur, à l'essor de l'industrie textile et de l'acier, ainsi qu'à l'expansion des
chemins de fer. Malgré la prospérité du capitalisme, la montée de la prolétarisation a
accentué les inégalités sociales, mettant en lumière les limites de ce système en
apparence florissant.

Les principes du réalisme


, les principes du réalisme littéraire s'articulent autour de l'impératif de « rendre vrai ».
Les écrivains réalistes s'efforcent de représenter la réalité avec la plus grande fidélité
possible, dans toute sa complexité et sa diversité. Une définition éloquente du réalisme
est proposée par Duranty dans son ouvrage Le réalisme (1856) : « Le réalisme conclut
à la reproduction exacte, complète et sincère du milieu social de l'époque où l'on vit.
[…] Il faut qu'il ne déforme rien. »

Contrairement aux auteurs romantiques, qui nourrissaient des rêves d'ailleurs et


s'abandonnaient à leurs émotions, l'écrivain réaliste aspire à être le reflet fidèle du
monde qui l'entoure. Son objectif premier est d'imiter et de reproduire la réalité avec la
plus grande précision.

Les principes du réalisme


1- « Faire vrai »
Les auteurs réalistes visent la représentation fidèle du réel, avec toute sa richesse et sa
complexité. Selon Duranty dans Le réalisme (1856), le réalisme vise la reproduction

7
précise et sincère du contexte social de l'époque, sans déformation. En revanche, si les
auteurs romantiques tendaient à s'évader vers un monde idéal et se réconfortaient dans
les émotions, le réaliste, quant à lui, aspire à refléter le monde tel un miroir, s'efforçant
d'imiter et de reproduire la réalité le plus fidèlement possible.

2- Écrire de façon objective


Pour représenter fidèlement la réalité, le romancier réaliste doit adopter une approche
objective, mettant de côté sa subjectivité. Son objectif est de présenter les faits sans les
juger ni les condamner. Ainsi, l'écrivain réaliste adopte une posture d'observation
scientifique, rendant compte du monde de manière impartiale.

3- Montrer tous les sujets et toutes les catégories sociales


Pour l'auteur réaliste, tous les sujets, sans exception, méritent d'être abordés. Le
réalisme rejette la distinction entre sujets nobles et moins nobles, considérant que la
littérature ne doit pas exclure la pauvreté, les objets du quotidien ou l'argent au profit
des thèmes plus littéraires tels que les émotions ou la nature. Les réalistes s'intéressent
à tous les milieux et sujets, convaincus que la littérature doit refléter l'intégralité de la
réalité.

Les caractéristiques de l’écriture réaliste


1- Des descriptions détaillées
Dans un texte réaliste, les descriptions détaillées abondent, servant à offrir une
représentation précise et impartiale du monde réel.

2- Un vocabulaire riche et spécialisé


Les écrivains réalistes ont tendance à recourir à un vocabulaire riche et spécialisé,
choisissant des termes précis et évocateurs pour décrire en détail les aspects
complexes de la réalité qu'ils cherchent à représenter. Cette utilisation ciblée de la
langue leur permet de capturer avec précision les nuances et les subtilités des
situations, des lieux et des personnages, ajoutant ainsi une dimension de profondeur et
de réalisme à leurs récits.

3- Un cadre spatio-temporel ancré dans la réalité


Les romanciers réalistes situent leurs récits dans des cadres spatio-temporels
spécifiques, ancrés dans la réalité historique et géographique. Cette représentation
fidèle permet une immersion authentique dans des contextes précis, comme dans
L'Œuvre de Zola. Pour capturer la diversité sociale, ils utilisent différents registres et
niveaux de langage, intégrant des parlers populaires, des patois et de l'argot, comme le
montre Maupassant dans Aux Champs (1882) et Bel-Ami avec le patois normand.

 Les repères temporels : L'heure précise de "deux heures du matin" est


mentionnée, fournissant un repère temporel concret qui situe l'action dans un
moment spécifique de la nuit. Cela renforce l'authenticité du récit en le reliant
à un moment précis dans la chronologie d'une nuit particulière.

 Les indications géographiques : Les références aux lieux spécifiques tels que
l'"Hôtel-de-Ville", les "Halles", le "quai de la Grève", le "pont Louis-Philippe",
et le "quai de Bourbon" établissent un cadre géographique tangible pour les
événements du récit. Ces repères spatiaux contribuent à ancrer l'histoire dans
8
un environnement urbain reconnaissable, renforçant ainsi l'authenticité de la
scène.

 Les descriptions détaillées de l'environnement : La description détaillée des


détails architecturaux des vieux hôtels, y compris les balcons en pierre, les
rampes de terrasse, et les frontons sculptés, crée une image visuelle précise de
l'environnement dans lequel évolue le personnage. Ces éléments contribuent à
la représentation réaliste de l'île Saint-Louis et de ses alentours, offrant une
image concrète et vivante de l'espace environnant.

 La construction progressive du personnage : Zola opte pour une construction


graduelle de la figure de Claude, le mettant en scène au cœur de l'action dès le
début du roman, ce qui souligne son rôle de protagoniste. Cette présentation in
media res crée un engagement immédiat du lecteur envers le personnage.

 Les traits psychologiques : Le passage met en évidence l'errance de Claude


dans sa recherche artistique, son amour pour l'espace moderne des Halles ainsi
que sa passion pour Paris la nuit. L'usage du verbe "oublier" souligne son
immersion profonde dans son art, tandis que son statut d'"artiste flâneur" met
en évidence son lien intime avec la ville et son atmosphère.

 Réaction de Claude face à l'orage et à la pluie : Les verbes d'action utilisés


pour décrire la réaction de Claude à l'orage soulignent son impulsivité et sa
vulnérabilité face à la nature. La pluie intense crée une tension dramatique qui
renforce la dimension réaliste de la scène, permettant aux lecteurs de visualiser
de manière concrète les événements qui se déroulent.

 La dualité entre le personnage et Paris : L'analyse souligne la façon dont Zola


établit une relation étroite entre Claude et Paris, le présentant comme un artiste
qui s'imprègne de l'imaginaire de la ville. Cette fusion entre le personnage et
son environnement reflète l'importance de l'atmosphère parisienne dans le
développement du protagoniste..

2. Éléments symbolistes :

Préalable 2 :

En 1886, la parution de L'Œuvre de Zola coïncide avec l'émergence du Symbolisme


(notamment avec le manifeste de Jean Moréas). Ce mouvement littéraire de la fin du 19e
siècle considère notre monde comme le reflet d'une réalité spirituelle supérieure. Les
symbolistes s'efforcent de rendre compte de cet univers invisible au moyen d'images
concrètes, de rythmes et de sonorités agissant comme des symboles pour déchiffrer
l'invisible. L'écriture symboliste privilégie les suggestions plutôt que les descriptions ou les
explications directes. Elle accorde une attention particulière à la musicalité d'un texte, à son
harmonie et à son pouvoir évocateur.

Principes du Symbolisme

9
1- Le déchiffrement du monde
Pour les symbolistes, le monde perceptible est en réalité une illusion, dissimulant une réalité
cachée. Afin de percer ces apparences et de dévoiler le mystère des choses, le poète
symboliste utilise des symboles et des images.

2- Le poète est un « voyant » qui traduit le monde en symboles


Le poète agit en tant que "voyant" qui interprète le monde à travers des symboles. Il croit en
l'existence d'une dimension cachée des choses. Ces auteurs considèrent qu'eux seuls sont
capables de décrypter les mystères de l'existence. Ils utilisent des symboles pour traduire ce
qu'ils perçoivent et pour partager les secrets découverts, agissant comme des intermédiaires
entre le public ordinaire et le monde. Cela crée un univers de correspondances

3- L’acte d’écrire et l’interprétation des signes du monde réel


Écrire consiste à interpréter les signes émanant du monde réel, utilisant l'« alchimie du
verbe» et la synesthésie pour révéler un monde invisible. L’écriture symboliste est ainsi
souvent qualifiée d'« impressionniste », car ces poètes ne visent pas une représentation exacte
du réel, mais se concentrent plutôt sur les sensations et les impressions suscitées en eux par
ce réel.
Grâce à cette nouvelle perspective, les auteurs symbolistes acquièrent la capacité de discerner
la beauté dissimulée derrière la laideur.

4- L’ésotérisme
L’écriture symboliste est souvent empreinte d'ésotérisme et de mystère, rendant l'autre
monde difficile à déchiffrer. Les symboles employés sont souvent obscurs, ambigus et
polysémiques, s'appuyant sur des termes peu courants, des mythes et des légendes.

5- La suggestion
Les symbolistes privilégient la suggestion plutôt que la description. Ils maîtrisent l'art subtil
de la suggestion.

6-La musicalité
La musicalité devient également un moyen de suggérer plutôt que de décrire. En utilisant
des vers libres, les poètes symbolistes substituent les rimes par des assonances et des
allitérations, créant ainsi dans leurs poèmes un tissu sonore complexe. Sensibles à la
musicalité du langage, ils explorent les allitérations et les assonances, produisant des effets
rythmiques singuliers. Ils recherchent des mots aux tonalités inhabituelles, inventées ou
empruntées au passé.

1. L'éclair et la lumière : L'éclair soudain qui illumine la ligne des vieux hôtels devant la
Seine crée un contraste saisissant entre l'obscurité et la lumière. Cette brève
illumination peut être interprétée comme un symbole de révélation ou de moment de
clarté dans la vie du protagoniste. La réverbération allumant les vitres des fenêtres et
la mise en valeur des détails architecturaux renforcent cette symbolique de révélation
et de mise en lumière.

2. Représentation de l'autorité et de la ville : En plaçant l'Hôtel-de-Ville au début du


récit, Zola peut symboliser le contrôle de l'autorité sur la ville et les artistes. Cette
représentation peut être interprétée comme une allusion à la lutte de l'artiste contre les

10
conventions sociales et les contraintes imposées par les institutions. Ainsi, l'Hôtel-de-
Ville devient un symbole de la structure sociale et de l'autorité qui régit la vie des
artistes, mettant en évidence le conflit entre la liberté artistique et les normes établies.

3. Paris comme source d'inspiration : L'Hôtel-de-Ville, en tant qu'emblème de Paris,


incarne la ville en tant que source d'inspiration pour Claude. En mettant en avant cet
édifice emblématique, Zola met en lumière le rôle essentiel de la ville dans la vie de
l'artiste et suggère que l'atmosphère, l'énergie et l'essence même de Paris influencent la
créativité et le processus artistique de Claude.

4. Le tonnerre : Le tonnerre qui ébranle le quartier endormi peut être interprété comme
un élément symbolique de tension dramatique ou de révélation imminente. Ce moment
de tension ajouté à l'apparition soudaine de la jeune fille contribue à l'atmosphère
mystérieuse et symbolique de la scène, soulignant les contrastes émotionnels et les
tensions internes du protagoniste.

5. La Nature comme force opposante et l'indifférence de Claude : L'utilisation du terme


"cinglement" pour décrire la brutalité de la nature souligne le conflit entre la nature et
les aspirations artistiques de Claude. Son indifférence apparente ou sa résistance aux
agressions extérieures renforce le thème de la lutte entre l'artiste et son environnement,
mettant en évidence les défis auxquels il est confronté.

6. La jeune fille vêtue de noir : La présence de la jeune fille trempée de noir, grelottant
de peur, peut être interprétée comme un symbole de mystère, de mélancolie ou même
de la muse artistique. Son apparence en contraste avec la luminosité de l'éclair
souligne la dualité entre l'obscurité et la lumière, renforçant potentiellement une
symbolique plus profonde liée aux émotions et aux thèmes de l'obscurité intérieure ou
de la dualité de l'âme.

7. Contraste entre le passé et la modernité : La présence de l'atelier de Claude dans un


endroit ancien, entouré de bâtiments classiques, peut être interprétée comme un
symbole du conflit entre la tradition et la modernité. Cette opposition souligne le désir
de l'artiste de se démarquer des conventions établies et de créer un art nouveau, en
dépit de son environnement ancré dans le passé. Ainsi, l'emplacement de son atelier
devient le reflet de sa lutte interne pour innover et pour transcender les limites de l'art
traditionnel.

3. Éléments impressionnistes :

 La description de la lumière et de l'atmosphère nocturne : L'utilisation de détails


visuels tels que l'éclair illuminant la ligne des vieux hôtels, la réverbération des vitres
des fenêtres sans persiennes et la mise en valeur des détails architecturaux évoquent la
sensibilité impressionniste à la lumière et à l'atmosphère environnante. Cette attention
portée aux variations de lumière et d'ombre contribue à créer une atmosphère visuelle
vivante et changeante.

11
 La représentation des effets météorologiques et de la nature : La description de
l'orage et de la pluie abondante, avec l'utilisation de termes tels que "cinglement de
l'averse" et la référence au tonnerre ébranlant le quartier endormi, met en avant la
focalisation sur les effets de la nature. Ces éléments sont représentatifs de l'intérêt des
impressionnistes pour la représentation de la nature et des phénomènes
météorologiques changeants.
 La sensation d'instantanéité et de mouvement : La mise en scène du protagoniste
Claude courant le long du quai de la Grève, galopant de manière désordonnée, illustre
une certaine impression d'instantanéité et de mouvement dynamique, caractéristique
de l'Impressionnisme. La focalisation sur l'action en cours et la description des
réactions immédiates du protagoniste contribuent à créer une scène vivante et
éphémère.

2- Remise en question des règles de l'art académique

L'incipit de L'Œuvre de Zola dépeint un Paris nocturne tourmenté par un orage, utilisant
des détails concrets et une représentation réaliste de l'environnement urbain. À travers cette
représentation minutieuse, Zola remet en question les règles de l'art académique en vigueur.
En décrivant l'orage avec un réalisme saisissant, l'auteur défie les conventions traditionnelles
qui favorisent les sujets idéalisés et les représentations idéalisées de la nature. Les
descriptions détaillées de l'environnement urbain, y compris les émotions suscitées par la
tempête, soulignent une tendance vers une représentation plus authentique de la vie
quotidienne, contrastant ainsi avec l'idéalisation souvent préconisée par l'académisme. Cette
remise en question de l'art académique est également illustrée par l'insouciance de Claude
envers la peur de l'orage, soulignant un rejet des conventions et des normes sociales imposées
par l'académisme de l'époque. Ainsi, l'utilisation de la description réaliste dans l'incipit agit
comme un moyen pour Zola de défier les normes de son époque, préfigurant ainsi le rejet plus
large des principes de l'art académique au profit d'une représentation plus authentique et sans
fard de la réalité.

3- Promotion d'un art nouveau (moderne)

L'incipit de L'Œuvre de Zola suggère la promotion d'un art nouveau, moderne et novateur,
à travers l'utilisation de divers éléments symboliques et impressionnistes. La caractérisation
du protagoniste, Claude, comme un artiste flâneur, reflète l'émergence d'une nouvelle
perspective artistique centrée sur la vie quotidienne urbaine et la représentation authentique de
l'expérience humaine. En dépeignant Claude au cœur d'un Paris nocturne, Zola insuffle à son
personnage une dimension symbolique, mettant en lumière l'importance de la connexion
émotionnelle entre l'artiste et son environnement.

De plus, l'utilisation impressionniste des éléments atmosphériques, tels que la tempête et


l'obscurité, crée une ambiance émotionnelle évocatrice, mettant en évidence l'accent mis sur

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les impressions et les émotions subjectives. Ces éléments symboliques et impressionnistes
reflètent un changement radical par rapport aux représentations conventionnelles de l'époque,
mettant en avant une esthétique plus subjective et une appréciation plus profonde de la nature
changeante de la réalité.

Ainsi, à travers l'incorporation de ces éléments novateurs, Zola favorise la promotion d'un art
moderne qui cherche à capturer la vie urbaine contemporaine dans toute sa complexité
émotionnelle, marquant ainsi une rupture avec les idéaux artistiques traditionnels et annonçant
une ère nouvelle et audacieuse de l'expression artistique.

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