ETENE Article
ETENE Article
Laboratoire Pierre Pagney Climat, Eau, Ecosystème et Développement (LACEEDE), Université d’Abomey-
Calavi, 03 BP 1122, Cotonou, Bénin Email : [email protected], [email protected]
Résumé
Le présent travail évalue les implications des pluies extrêmes et les crues exceptionnelles de
même que la dégradation des terres autour du fleuve l’Ouémé à Bonou au Bénin. En effet, les
perturbations hydro-pluviométriques observées ces derniers temps amplifiés par le
phénomène de l’occupation incontrôlée des berges ont contribué énormément à la dégradation
et le comblement dudit fleuve.
Pour apprécier les phénomènes extrêmes et le processus d’érodibilité des terres, les données
hydro-pluviométriques, démographiques, topographiques, hydrogéologiques, etc. ont été
utilisées. Les investigations en milieu réel appuyées des indicateurs ont aidé à apprécier la
manifestation du phénomène de la dégradation des terres. De plus, l’étude de la cartographie a
permis d’inventorier les secteurs les plus vulnérables à l’érosion et aux inondations. Aussi, les
méthodes statistiques ont permis de calculées les paramètres de dispersion et autres.
Il résulte de ce travail que les effets de changements climatiques amplifiés par les actions
anthropiques ont accentué les événements pluvieux extrêmes et hydrologiques dans le milieu
d’étude. Le bilan de l’occupation du sol a montré qu’entre 2000 et 2013, les espaces agricoles,
habités et masse d’eau ont évolué considérablement. Les facteurs explicatifs de cette
dégradation sont entre autre l’augmentation des phénomènes extrêmes, les différents types
d’aménagement de l’espace, etc.
Abstract :
The present work estimates the implications of the extreme rains and the exceptional floods as
well as the degradation of lands around the river Ouémé at Bonou in Benin. Indeed, the
hydro-pluviometric disturbances observed lately amplified by the phenomenon of the
uncontrolled activity of banks contributed enormously to the degradation and the filling of the
aforementioned river.
To appreciate the extreme phenomena and the process of érodibilité lands, the hydro-
pluviometric, demographic, topographic, hydrogeological data, etc. were used. The
investigations in real environment supported indicators helped to appreciate the demonstration
of the phenomenon of the degradation of lands. Furthermore, the study of the mapping
allowed to inventory sectors the most vulnerable in the erosion and in the floods. So, the
statistical methods allowed of calculated the parameters of dispersal and other.
1
It results from this work that the effects of climate change amplified by the anthropological
actions stressed the extreme and hydrological rainy events in the environment of study. The
balance sheet of the land use showed that between 2000 and 2013, the agricultural, inhabited
spaces and body of water evolved considerably. The explanatory factors of this degradation
are among others the increase of the extreme phenomena, the various chaps of space layout,
etc.
1-Introduction et justification
2
moyenne pluviométrique annuelle est de 1300 mm. La température quant à elle varie entre 25
et 30°c avec une moyenne annuelle de 27, 33°c. Sur le plan hydrologique, la Commune est
traversée du Nord au Sud par le fleuve Ouémé sur environ 40 km de long. Ses principaux
affluents sont : Gba, Djougoudou, Zou, Gnanhoui, Wovi. La crue du fleuve s’amorce en
juillet et atteint son niveau maximal en septembre. Cette crue cause parfois de nombreux
dégâts aux cultures par les inondations. Au plan pédologique, la commune de Bonou est
caractérisée par :
- les sols ferralitiques sur le plateau, favorable aux cultures annuelles (maïs, manioc, haricot,
patate douce, arachide) et pérennes (palmier à huile, plantation de teck, d’acacia...);
- les sols argilo-sablonneux dans la plaine alluvial assez riches du fait de l’apport en matières
organiques par la crue du fleuve Ouémé; ils sont propices aux cultures de contre saison et aux
cultures maraîchères ;
- les sols hydromorphes difficiles à travailler et favorables à des cultures comme le riz.
3
Figure 1 : Situation géographique de Bonou
3-Données et méthodes
4
La cartographie de l’érosion à l’échelle d’un petit bassin-versant peut se faire à l’aide
d’observations directes sur le terrain. Ainsi, pour la vulnérabilité des terres à l’érosion, nous
avons utilisé les indices d’agressivité climatique de Fournier (1962) cité par Amoussou
(2010), afin de déterminer la capacité érosive du climat.
L’équation donne :
P2
F=
p
avec p, la pluviométrie mensuelle la plus élevée, et P, la moyenne pluviométrique annuelle.
4-Résultats et discussion
4 200
Indices pluviométriques
3
Pluies en mm
2 150
1 100
0
-1 50
-2
0
-3
Jan
Févr
Mars
Avril
Mai
Juin
Juillet
Aout
Sept
Oct
Nov
Déc
1960
1964
1968
1972
1976
1980
1984
1988
1992
1996
2000
2004
2008
Années Mois
Figure 2 : Evolution Interannuelle des hauteurs de Figure3 : Evolution mensuelle des hauteurs de pluie
pluie à Bonou de 1960 à 2010 à Bonou de 1960 à 2010
L’analyse de la figure 2 indique que la décennie 1960 est marquée par une fréquence des
années humides au début et plus dominées par des années sèches dans le milieu des années
1970 tandis que la décennie 1980 est plutôt caractérisée par une fréquence des années sèches
avec la présence des années humides au début de la période. Les années sèches se manifestent
entre autres, par une installation tardive des pluies et/ou rupture pluviométrique au cœur de la
saison pluvieuse et une fin précoce des précipitations. Enfin la décennie 2000 est dominée
par une forte fréquence des années sèches mais avec une légère reprise des années humides
vers la décennie 2010. Les années humides se manifestent entre autres, par l’importance des
événements pluvieux et l’occurrence des pluies exceptionnelles. Il convient de signaler, le
caractère successif des années humides (2 à 5 années consécutives) qui amplifie les impacts
de l’érosion des terres face auxquels des mesures d’adaptation ont été adoptée par les
pouvoirs publics et les communautés locales.
Par contre la figure 3 présente le régime pluviométrique mensuel du secteur d’étude. Ce
régime est caractérisé par un régime mensuel bimodal (Juin et septembre) dont le plus élevé
5
s’observe en juin. Ce qui se traduit par la présence de l’eau sur une bonne partie du bassin
versant et ce qui explique également la difficulté de gestion des inondations et surtout du
phénomène érosif. Il faut noter également que ces deux saisons, sont alternées par deux
saisons sèches.
Ces différentes analyses sont en harmonie avec la plupart des régimes pluviométriques des
climats de type subéquatorial (Boko, 1993, Amoussou, 2005, Totin, 2010).
Quant aux figures 4 et 5, elles présentent respectivement la variation interannuelle et
mensuelle du débit de l’écoulement dans la vallée de l’Ouémé à Bonou.
3 800
y = 0.0014x - 0.0351
2 600
2 500
1 400
1 300
0
200
-1
100
-1
0
-2
Janvier
Février
Mars
Avril
Mai
Juin
Juillet
Aout
Septembre
Octobre
Novembre
Décembre
-2
-3
1960
1964
1968
1972
1976
1980
1984
1988
1992
1996
2000
2004
2008
Mois
Années
Figure 6 : Occupation du sol à Bonou en 2000 Figure 7: Occupation du sol à Bonou en 2013
De l’analyse comparée des deux cartes d’occupation des sols de 2000 et 2013 (figures 6 et
7), il ressort qu’une forte pression humaine s’exerce sur les écosystèmes et en particulier sur
les formations végétales. Ainsi, différentes unités d’occupation du sol ont connu une
progression soit une régression (Tableau I).
Tableau I : Synthèse des unités d’occupation du sol dans la commune de Bonou
7
Le tableau I montre que les superficies occupées par les champs et jachères sous palmier de
même que les mosaïques de culture et jachère ont connu une forte augmentation. Elles
passent respectivement de 15, 99 % e en 2000 et à 21, 87 % et 30,79 en 2013, soit une
évolution positive de sa superficie totale. De même, les masses d’eau ont vu leur superficie
diminuer de 1, 43 % et 1, 41 entre 2000 et 2013, sur l’ensemble du secteur d’étude.
Dans le même temps, on enregistre une augmentation de la superficie des agglomérations et
des plantations dans la commune. Ainsi, on passe respectivement de 2,68 % des
agglomérations, 11, 18 % des plantations en 2000 et 5, 33 % d’agglomérations et 18,16 % en
2013. Cette progression de la superficie des unités anthropisées est liée à l’augmentation de la
population et surtout agricole dans le secteur d’étude et aussi par une demande croissante des
terres agricoles.
En effet, les habitations implantées sur les versants et aux bords du fleuve l’Ouémé
contribuent à l’accélération du phénomène érosif. Ce phénomène est surtout observé à
Agbosso, Dogba-Hê, Atchabita et Hounhouè. La population riveraine se fixe près de l’eau ou
sur les versants pour pouvoir se rendre le plus rapidement possible à la pêche. Les cases
couvertes de tôles ondulées concentrent les gouttes d’eau de pluie et renforcent leur énergie
cinétique, ce qui engendre des ravins profonds observables dans les villages (photos 1 et 2).
Ainsi, l’homme à travers ses actions, rend vulnérable le sol à l’érosion surtout amplifier par
les extrêmes hydro-pluviométriques et facilite ainsi le drainage d’énormes quantités de sables,
argiles, limons vers le fleuve.
Photo 1 : Ravinement d’un versant à Atchonsa à Photo 2: Erosion d’un versant à Affame à Bonou
Bonou
Les photos 1 et 2 montrent les différentes formes de ravinement dans le milieu d’étude. Or,
selon Cerdan (2001) cité par Amoussou (2010) le couvert végétal a une action protectrice sur
les sols. Ainsi, une bande enherbée de 6 m avec une pente de 10 % réduit de 76 à 98 %
l’érosion. La réduction des formations végétales naturelles autour du fleuve Ouémé à Bonou
accélère le ruissellement et par là même l’érosion. Ajoutons, en suivant Toth et Fekete (1974)
que la dégradation du couvert végétal dans un bassin-versant suite à une forte emprise
agricole a également une influence négative sur la qualité des eaux si rien n’est fait pour la
contrôler. C’est le cas sur le bassin-versant du bassin du fleuve l’Ouémé à Bonou.
8
4.3- Evolution des extrêmes pluviométriques et hydrologiques à Bonou
Les figures 8 e t9 ont montré l’évolution des pluies maximales journalières annuelles (1960-
2010) de même que les débits maximaux journaliers annuels (1960-2010) dans le secteur
d’étude.
200 600
500
160
en m3/s (1960-2010)
journalières (mm)
140 400
120
100 300
80
200
60
40 100
20
0
0 1960
1964
1968
1972
1976
1980
1984
1988
1992
1996
2000
2004
2008
1960
1964
1968
1972
1976
1980
1984
1988
1992
1996
2000
2004
2008
Années
Années
Figure 6 : Variation interannuelle des hauteurs de Figure 7 : Variation interannuelle des débits
pluie maximales journalières annuelle à Bonou de maximaux journaliers annuels Bonou de 1960 à 2010
1960 à 2012
La figure 8 indique les hauteurs de pluie maximales journalières en 24h de la période 1960-
2010 dans la vallée de l’Ouémé à Bonou. Cette analyse révèle une tendance à la hausse à
partir des décennies 1980 et 1990. Avec cette tendance, il importe d’analyser que la
récurrence des hauteurs de pluies extrêmes pouvant contribuer à la dégradation des terres dans
le milieu d’étude.
Concernant la figure 9, il est constaté que les débits annuels obtenus suivant les différents
évènements hydrologiques extrêmes dans la vallée de l’Ouémé à Bonou ont tendance à mieux
s’ajuster à la loi de Gumbel avec un intervalle de confiance de 95 %. Les récurrences des
débits extrêmes sont également de 2, 5, 10, 20, 50, 100 et 200 ans et permet de dire que le
secteur d’étude peut être en proie à des crues exceptionnelles susceptibles d’occasionner des
inondations qui ne seront pas sans conséquences sur le phénomène érosif.
Quant aux figures 10 et 11, elles montrent les pluies et débits extrêmes en fonction de temps
de retour dans la commune de Bonou selon les travaux de Codja (2013).
9
Figure 8 : Evolution des pluies journalières Figure 9 : Evolution des débits journaliers maximaux
maximales en fonction de période de retour à Bonou en fonction de période de retour à Bonou de 1951-
de 1960-2010 2012
L’examen de la figure 10 montre que les pluies extrêmes ont tendance à mieux s’ajuster à la
loi de Gumbel avec un intervalle de confiance à 95 %. Quant aux hauteurs maximales de
pluies, elles augmentent suivant les périodes d’occurrence de 2 ans, 5 ans, 10 ans et 100 ans.
Cette situation amène à dire que les hauteurs de pluies maximales sont en augmentation. Il
faut noter que les temps de retour des pluies journalières extrêmes, présentent quasiment la
même allure.
Il faut donc retenir que l'ajustement à la loi de Gumbel et la récurrence des pluies extrêmes
laissent présager que les pluies à Bonou peuvent contribuer à une forte crue voire
exceptionnelle occasionnant des dégâts dans le secteur surtout sur les terres agricoles. La
prise en compte de ces résultats permet de prendre des décisions pour tous travaux
d’aménagement hydroagricoles et pour la réalisation des systèmes d’alerte précoce inhérents
aux risques d’inondations dans la vallée de l’Ouémé à Bonou.
De l’analyse de la figure 11, il faut retenir que les débits maximums annuels évoluent au
même rythme que les pluies. Face à cette fluctuation et grâce à l’analyse de l’ajustement à la
loi de Gumbel, les périodes de récurrences des débits extrêmes sont également de 2, 5, 10, 20,
50, 100 et 200 ans. Aussi, constate-t-on que les valeurs les plus exceptionnelles 1206,9 à
1002,5 m3/s sont les valeurs dont les périodes de retour sont au-delà de 5 ans sur la période.
Une telle situation peut engendrer des mutations socioéconomiques dans la commune.
10
30 3
Indice d'agressivité Débit m3
3
La figure 12 montre une tendance à la hausse des deux paramètres par rapport aux décennies
1990 et 2000 où on a enregistré une forte diminution des superficies de formations naturelles
et une légère reprise pluviométrique. La dégradation du couvert végétal sous l’effet des
actions anthropiques laisse le sol nu ce qui d’emblée exposé au phénomène du ruissellement
et de l’érosion des terres.
Le lien entre l’agressivité de pluie avec l’érosion du sol dans le secteur est dû surtout à la
montée des eaux du fleuve pendant la période de crue. Ainsi, plus de 70 % des terres érodées
dans le milieu d’étude sont dues à l’action des eaux d’écoulement.
En effet, les fortes valeurs des indices de l’érosivité des pluies sont enregistrées durant les
années 1984, 1999 et 2004 avec respectivement 42 %, 16 % et 19 % comparativement aux
autres années, ou souvent l’érosion est faible ou quasi nul. Ce qui témoigne de l’inégale
répartition de la pluie, conséquence de la variabilité pluviométrique et du réchauffement
global (GIEC, 2007).
Au total, l’extension des superficies cultivables associée à l’augmentation de l’intensité des
pluies maximales est responsable de la destruction des terres agricoles dans le secteur d’étude.
Cette destruction provoque une érosion rapide et le comblement du fleuve.
Conclusion
Les extrêmes pluvio-hydrologiques ont connu une augmentation sur la période 1960-2010
dans le bassin versant du fleuve Ouémé à Bonou. Les hauteurs des pluies maximales
journalières annuelles en 24 ont connu une évolution significative à partir de 1990 de même
que les débits maximaux. Il faut noter que les pluies extrêmes ont tendance à mieux s’ajuster à
la loi de Gumbel avec un intervalle de confiance à 95 %. Quant aux débits maximaux annuels,
ils évoluent au même rythme que les pluies.
11
Quant à la dégradation des terres, elle est plus traduite par la dynamique de l’occupation de
l’espace dans le milieu d’étude. Ainsi entre 2000 et 2013, on a constaté une forte
augmentation des différentes unités d’occupation du sol. Toutefois une telle dégradation du
couvert végétal surtout dans un contexte de l’augmentation des pluies et débits extrêmes ne
peut qu’amplifier le phénomène de l’érodibilité des terres.
Références bibliographiques
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