© Laurent Garcin MP Dumont d’Urville
Séries numériques
𝕂 désigne le corps ℝ ou ℂ.
1 Généralités
1.1 Définitions
Définition 1.1 Série
Soit (𝑢𝑛 )𝑛≥𝑛0 une suite numérique (i.e. à valeurs dans 𝕂). On appelle série de terme général 𝑢𝑛 la suite (S𝑛 )𝑛≥𝑛0 où
𝑛
∀𝑛 ≥ 𝑛0 , S𝑛 = ∑ 𝑢𝑘
𝑘=𝑛0
Cette série est noté ∑ 𝑢𝑛 ou plus simplement ∑ 𝑢𝑛 s’il n’y a pas ambiguïté sur le premier terme.
𝑛≥𝑛0
Pour 𝑛 ≥ 𝑛0 , S𝑛 est appelée somme partielle de rang 𝑛 de cette série.
Remarque. Une série est donc un cas particulier de suite.
Exemple 1.1
On appelle série arithmétique toute série dont le terme général est le terme général d’une suite arithmétique.
𝑛(𝑛 + 1)
Par exemple, ∑ 𝑛 est une série arithmétique. Sa somme partielle de rang 𝑛 est .
𝑛≥0
2
Exemple 1.2
On appelle série géométrique toute série dont le terme général est le terme général d’une suite géométrique. Par exemple,
∑ 2𝑛 est une série géométrique. Sa somme partielle de rang 𝑛 est 2𝑛 − 1.
𝑛≥0
Exemple 1.3
1
On appelle série harmonique la série ∑ .
𝑛≥1
𝑛
Exemple 1.4
On appelle série télescopique toute série dont le terme général est de la forme 𝑢𝑛 = 𝑣𝑛 − 𝑣𝑛−1 . La somme partielle de
rang 𝑛 de la série ∑ 𝑢𝑛 est 𝑣𝑛 − 𝑣0 .
𝑛≥1
Remarque. La suite des sommes partielles de la série ∑ 𝑢𝑛 est croissante (resp. décroissante) si et seulement si la suite
𝑛≥𝑛0
(𝑢𝑛 )𝑛≥𝑛0+1 est positive (resp. négative).
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1.2 Nature et somme d’une série
Définition 1.2 Convergence et divergence
On dit qu’une série converge (resp. diverge) si la suite de ses sommes partielles converge (resp. diverge).
Remarque. La convergence d’une série ne dépend pas du premier rang i.e. les séries ∑ 𝑢𝑛 et ∑ 𝑢𝑛 sont de même nature.
𝑛≥𝑛0 𝑛≥𝑛1
Définition 1.3 Somme d’une série
+∞
Si la série ∑ 𝑢𝑛 converge, la limite de la suite des sommes partielles est appelée somme de la série et est notée ∑ 𝑢𝑛 .
𝑛≥𝑛0 𝑛=𝑛0
+∞ 𝑛
Remarque. On a donc ∑ 𝑢𝑛 = lim ∑ 𝑢𝑘 .
𝑛→+∞
𝑛=𝑛0 𝑘=𝑛0
Remarque. Aussi surprenant cela puisse-t-il paraître, une somme infinie de termes, fussent-ils tous positifs peut se révéler
être finie.
+∞
Attention ! La notation ∑ 𝑢𝑛 n’a de sens que si la série ∑ 𝑢𝑛 converge. Il faut donc prouver la convergence de la
𝑛=𝑛0 𝑛≥𝑛0
série avant d’employer cette notation.
Proposition 1.1 Lien suite/série
La série télescopique ∑ (𝑢𝑛 − 𝑢𝑛−1 ) et la suite (𝑢𝑛 ) sont de même nature (i.e. elles convergent toutes les deux ou elles
divergent toutes les deux).
+∞
De plus, si (𝑢𝑛 ) converge vers une limite ℓ, ∑ 𝑢𝑛 − 𝑢𝑛−1 = ℓ − 𝑢𝑛0−1 .
𝑛=𝑛0
Exercice 1.1
1
Nature et somme de la série ∑ .
𝑛≥1
𝑛(𝑛 + 1)
𝑓(𝑛) (𝑎)
Remarque. On appelle série de Taylor une série de la forme ∑ (𝑥 − 𝑎)𝑛 . On ne peut a priori rien dire sur ce type
𝑛∈ℕ
𝑛!
de série mais dans le cas où elle converge vers 𝑓(𝑥) (attention, ce n’est pas toujours le cas), on peut éventuellement le montrer
grâce à l’inégalité de Taylor-Lagrange.
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Exercice 1.2 ★★★ Taylor-Lagrange
A l’aide de l’inégalité de Taylor-Lagrange prouver la convergence et déterminer la somme des séries suivantes
𝑥𝑛
1. ∑ pour 𝑥 ∈ ℝ ;
𝑛≥0
𝑛!
(−1)𝑛 𝑥2𝑛 (−1)𝑛 𝑥2𝑛+1
2. ∑ et ∑ pour 𝑥 ∈ ℝ.
𝑛∈ℕ
(2𝑛)! 𝑛∈ℕ
(2𝑛 + 1)!
(−1)𝑛−1 𝑥𝑛
3. ∑ pour 𝑥 ∈ [0, 1].
𝑛≥1
𝑛
Méthode Changement d’indice
Il est possible d’effectuer des changements d’indices dans la somme d’une série. C’est même plus simple que pour une
somme finie. Par exemple, supposons que la série ∑ 𝑢𝑛 converge. Effectuons par exemple le changement d’indice 𝑝 =
𝑛∈ℕ
𝑛 + 1.
+∞ N N+1 +∞
∑ 𝑢𝑛 = lim ∑ 𝑢𝑛 = lim ∑ 𝑢𝑝−1 = ∑ 𝑢𝑝−1
N→+∞ N→+∞
𝑛=0 𝑛=0 𝑝=1 𝑝=1
+∞ +∞
En pratique, on ne passe pas par la limite des sommes partielles et on écrit directement ∑ 𝑢𝑛 = ∑ 𝑢𝑝−1 .
𝑛=0 𝑝=1
1.3 Opérations sur les séries
La proposition suivante n’est qu’une conséquence de la linéarité de la limite.
Proposition 1.2 Linéarité de la somme
Soient ∑ 𝑢𝑛 et ∑ 𝑣𝑛 deux séries numériques convergentes et (λ, μ) ∈ 𝕂2 . Alors la série ∑ (λ𝑢𝑛 + μ𝑣𝑛 ) converge
𝑛≥𝑛0 𝑛≥𝑛0 𝑛≥𝑛0
et
+∞ +∞ +∞
∑ (λ𝑢𝑛 + μ𝑣𝑛 ) = λ ∑ 𝑢𝑛 + μ ∑ 𝑣𝑛
𝑛≥𝑛0 𝑛≥𝑛0 𝑛≥𝑛0
Remarque. En termes plus savants, les séries numériques convergentes forment un 𝕂-espace vectoriel et l’application qui à
une série convergente associe sa somme est une forme linéaire sur cet espace vectoriel.
Attention ! La réciproque est fausse en général. Par exemple, si ∑ (𝑢𝑛 + 𝑣𝑛 ) converge, on ne peut rien dire de ∑ 𝑢𝑛 et
∑ 𝑣𝑛 (prendre par exemple, 𝑢𝑛 = −𝑣𝑛 = 2𝑛 ).
+∞ +∞ +∞
On évitera à tout prix d’écrire des égalités du type ∑ (𝑢𝑛 + 𝑣𝑛 ) = ∑ 𝑢𝑛 + ∑ 𝑣𝑛 avant d’avoir prouvé la convergence
𝑛=𝑛0 𝑛=𝑛0 𝑛=𝑛0
des séries ∑ 𝑢𝑛 et ∑ 𝑣𝑛 .
𝑛≥𝑛0 𝑛≥𝑛0
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Proposition 1.3
Soit ∑ 𝑢𝑛 une série complexe. Alors ∑ 𝑢𝑛 converge si et seulement si ∑ Re(𝑢𝑛 ) et ∑ Im(𝑢𝑛 ) convergent et dans
𝑛≥𝑛0 𝑛≥𝑛0 𝑛≥𝑛0 𝑛≥𝑛0
ce cas
+∞ +∞ +∞
∑ 𝑢𝑛 = ∑ Re(𝑢𝑛 ) + 𝑖 ∑ Im(𝑢𝑛 )
𝑛=𝑛0 𝑛=𝑛0 𝑛=𝑛0
En particulier
+∞ +∞ +∞ +∞
Re ( ∑ 𝑢𝑛 ) = ∑ Re(𝑢𝑛 ) Im ( ∑ 𝑢𝑛 ) = ∑ Im(𝑢𝑛 )
𝑛=𝑛0 𝑛=𝑛0 𝑛=𝑛0 𝑛=𝑛0
Exercice 1.3
(𝑖𝑥)𝑛
Soit 𝑥 ∈ ℝ. Montrer que la série ∑ converge et a pour somme 𝑒𝑖𝑥 . En déduire la convergence des séries
𝑛∈ℕ
𝑛!
(−1)𝑛 𝑥2𝑛 (−1)𝑛 𝑥2𝑛+1
∑ et ∑ et leurs sommes.
𝑛∈ℕ
(2𝑛)! 𝑛∈ℕ
(2𝑛 + 1)!
Proposition 1.4 Conjugaison
Soit ∑ 𝑢𝑛 une série numérique. Alors les séries ∑ 𝑢𝑛 et ∑ 𝑢𝑛 sont de même nature.
𝑛≥𝑛0 𝑛≥𝑛0 𝑛≥𝑛0
+∞ +∞
En cas de convergence, ∑ 𝑢𝑛 = ∑ 𝑢𝑛 .
𝑛=𝑛0 𝑛=𝑛0
1.4 Divergence grossière
Proposition 1.5
Soit ∑ 𝑢𝑛 une série convergente. Alors la suite (𝑢𝑛 ) converge vers 0.
1
Attention ! La réciproque est absolument fausse. Par exemple, la suite de terme général converge vers 0 tandis que
𝑛
la série harmonique diverge.
Définition 1.4 Divergence grossière
Une série ∑ 𝑢𝑛 est dite grossièrement divergente lorsque la suite (𝑢𝑛 ) ne converge pas vers 0.
Exemple 1.5
Si |𝑞| ≥ 1, la série ∑ 𝑞𝑛 diverge grossièrement.
1
La série ∑ ne diverge pas grossièrement.
𝑛
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1.5 Séries usuelles
Proposition 1.6 Série géométrique
Soit 𝑞 ∈ ℂ. La série géométrique ∑ 𝑞𝑛 converge si et seulement si |𝑞| < 1.
+∞
1
Dans ce cas, ∑ 𝑞𝑛 = .
𝑛=0
1 − 𝑞
Exercice 1.4
Nature et somme de la série ∑ 𝑛𝑞𝑛 .
𝑛∈ℕ
Proposition 1.7 Série exponentielle
+∞
𝑧𝑛 𝑧𝑛
Soit 𝑧 ∈ ℂ. La série ∑ converge et ∑ = 𝑒𝑧 .
𝑛! 𝑛=0
𝑛!
1.6 Reste d’une série convergente
Définition 1.5 Reste d’une série convergente
Soit ∑ 𝑢𝑛 une série convergente. Pour tout 𝑛 ≥ 𝑛0 , la série ∑ 𝑢𝑘 est convergente et on appelle sa somme le reste
𝑛≥𝑛0 𝑘≥𝑛+1
+∞
de rang 𝑛 de la série ∑ 𝑢𝑛 . Autrement dit, le reste de rang 𝑛 de la série ∑ 𝑢𝑛 est ∑ 𝑢𝑘 .
𝑛≥𝑛0 𝑛≥𝑛0 𝑘=𝑛+1
Proposition 1.8
Soit ∑ 𝑢𝑛 une série convergente. Alors pour tout 𝑛 ≥ 𝑛0
𝑛≥𝑛0
+∞ 𝑛 +∞
∑ 𝑢𝑘 = ∑ 𝑢𝑘 + ∑ 𝑢𝑘
𝑘=𝑛0 𝑘=𝑛0 𝑘=𝑛+1
Remarque. Si on note S𝑛 la somme partielle de rang 𝑛, R𝑛 le reste de rang 𝑛 et S la somme de la série, on a donc S𝑛 + R𝑛 = S
pour tout 𝑛 ≥ 𝑛0 .
Exemple 1.6
𝑞𝑛+1
Lorsque |𝑞| < 1, le reste de rang 𝑛 de la série ∑ 𝑞𝑛 est .
𝑛∈ℕ
1−𝑞
Corollaire 1.1
La suite des restes d’une série convergente converge vers 0.
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2 Comparaison à une intégrale
Méthode Comparaison à une intégrale
On considère une série ∑ 𝑓(𝑛) où 𝑓 est une fonction continue et monotone sur ℝ+ . On peut comparer les sommes
𝑛≥0
partielles S𝑛 à une intégrale pour déterminer la nature de la série. Si, par exemple, 𝑓 est croissante, on en déduit que pour
tout 𝑘 ∈ ℕ et 𝑡 ∈ [𝑘, 𝑘 + 1] :
𝑓(𝑘) ≤ 𝑓(𝑡) ≤ 𝑓(𝑘 + 1)
Puis par intégration sur [𝑘, 𝑘 + 1],
𝑘+1
𝑓(𝑘) ≤ ∫ 𝑓(𝑡) d𝑡 ≤ 𝑓(𝑘 + 1)
𝑘
Enfin, en sommant l’inégalité de gauche pour 0 ≤ 𝑘 ≤ 𝑛 et celle de droite pour 0 ≤ 𝑘 ≤ 𝑛 − 1, on obtient via la relation
de Chasles
𝑛 𝑛+1
∫ 𝑓(𝑡) d𝑡 + 𝑓(0) ≤ S𝑛 ≤ ∫ 𝑓(𝑡) d𝑡
0 0
On a des résultats analogues lorsque 𝑓 est décroissante.
Les encadrements obtenus permettent éventuellement de déterminer un équivalent de la suite des sommes partielles.
En modifiant légèrement la technique, on peut également obtenir un équivalent de la suite des restes (en cas de conver-
gence).
Graphiquement, la méthode correspond à encadrer l’intégrale de 𝑓 sur un intervalle par une somme d’aires de rectangles
d’où le nom de méthode des rectangles.
Cas d’une fonction croissante Cas d’une fonction décroissante
Remarque. Il ne s’agit pas de retenir des formules par cœur mais de retenir la méthode permettant d’obtenir des encadrements
des sommes partielles et des restes.
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Exemple 2.1 Équivalent de la série harmonique
1
La fonction 𝑡 ↦ est décroissante sur ℝ∗+ . On en déduit que pour tout 𝑘 ∈ ℕ∗ et tout 𝑡 ∈ [𝑘, 𝑘 + 1],
𝑡
1 1 1
≤ ≤
𝑘+1 𝑡 𝑘
Par intégration,
𝑘+1
1 d𝑡 1
≤∫ ≤
𝑘+1 𝑘
𝑡 𝑘
En sommant convenablement, on obtient pour tout 𝑛 ∈ ℕ∗
𝑛+1 𝑛 𝑛
d𝑡 1 d𝑡
∫ ≤ ∑ ≤1+∫
1
𝑡 𝑘=1
𝑘 1
𝑡
ou encore 𝑛
1
ln(𝑛 + 1) ≤ ∑ ≤ 1 + ln(𝑛)
𝑘=1
𝑘
1
L’inégalité de gauche permet de conclure que la série harmonique ∑ diverge.
𝑛 𝑛
1
L’encadrement permet même d’affirmer que donner un équivalent des sommes partielles ∑ ∼ ln 𝑛.
𝑘=1
𝑘
Proposition 2.1 Séries de Riemann
1
Soit α ∈ ℝ. La série ∑ α
converge si et seulement si α > 1.
𝑛≥1
𝑛
1
Remarque. Si α ≤ 0, la série ∑ α
diverge grossièrement.
𝑛≥1
𝑛
+∞
1
Remarque. Pour α > 1, on note ζ(α) = ∑ α
. La fonction ζ est appelée fonction ζ de Riemann.
𝑛=1
𝑛
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1
Exemple 2.2 Équivalent du reste de la série ∑
𝑛2
1
La fonction 𝑡 ↦ est décroissante sur ℝ∗+ . On en déduit que pour tout 𝑘 ∈ ℕ∗ et tout 𝑡 ∈ [𝑘, 𝑘 + 1],
𝑡2
1 1 1
≤ 2 ≤ 2
(𝑘 + 1)2 𝑡 𝑘
Par intégration,
𝑘+1
1 d𝑡 1
≤∫ ≤ 2
(𝑘 + 1)2 𝑘
𝑡2 𝑘
Mais en sommant l’encadrement précédent, on a également pour N > 𝑛 ≥ 1
N+1 N N
d𝑡 1 d𝑡
∫ ≤ ∑ 2 ≤∫
𝑛+1
𝑡2 𝑘=𝑛+1
𝑘 𝑛
𝑡2
ou encore
N
1 1 1 1 1
− ≤ ∑ ≤ −
𝑛 + 1 N + 1 𝑘=𝑛+1 𝑘2 𝑛 N
Par passage à la limite
+∞
1 1 1
≤ ∑ ≤
𝑛 + 1 𝑘=𝑛+1 𝑘2 𝑛
1
On obtient ainsi un équivalent de la suite des restes de la série ∑ .
𝑛2
+∞
1 1
∑ 2
∼
𝑘=𝑛+1
𝑘 𝑛→+∞ 𝑛
Exercice 2.1
1
Déterminer un équivalent de la somme partielle de la série ∑ α
lorsque α < 1 et un équivalent de son reste lorsque
𝑛≥1
𝑛
α > 1.
3 Séries à termes positifs
Une série ∑ 𝑢𝑛 est dite à termes positifs si les 𝑢𝑛 sont positifs.
3.1 Résultats généraux
Le théorème de la limite monotone permet d’énoncer le résultat suivant.
Proposition 3.1
Une série à termes positifs converge si et seulement si la suite de ses sommes partielles est majorée.
Dans le cas contraire, elle diverge vers +∞.
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Corollaire 3.1
Soit ∑ 𝑢𝑛 et ∑ 𝑣𝑛 deux séries réelles telles que 0 ≤ 𝑢𝑛 ≤ 𝑣𝑛 à partir d’un certain rang.
(i) Si ∑ 𝑣𝑛 converge, alors ∑ 𝑢𝑛 converge.
(ii) Si ∑ 𝑢𝑛 diverge, alors ∑ 𝑣𝑛 diverge.
+∞ +∞
Remarque. En cas de convergence et si 𝑢𝑛 ≤ 𝑣𝑛 pour 𝑛 ≥ N, alors ∑ 𝑢𝑛 ≤ ∑ 𝑣𝑛 .
𝑛=N 𝑛=N
Exemple 3.1
arctan 𝑛
La série ∑ converge.
𝑛2
ln 𝑛
La série ∑ diverge.
𝑛
3.2 Absolue convergence
Définition 3.1 Absolue convergence
Une série numérique (réelle ou complexe) ∑ 𝑢𝑛 est dite absolument convergente si ∑ |𝑢𝑛 | converge.
Théorème 3.1
| +∞ | +∞
Une série absolument convergente est convergente. Dans ce cas, | ∑ 𝑢𝑛 | ≤ ∑ |𝑢𝑛 |.
|𝑛=0 | 𝑛=0
(−1)𝑛+1 1
Attention ! La réciproque est fausse. La série ∑ converge tandis que la série ∑ diverge.
𝑛≥1
𝑛 𝑛≥1
𝑛
Exemple 3.2
sin 𝑛
La série ∑ converge absolument.
𝑛2
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Exercice 3.1 Sommation d’Abel
Soient (𝑎𝑛 )𝑛≥𝑛0 et (B𝑛 )𝑛≥𝑛0 deux suites complexes. On définit deux suites (A𝑛 )𝑛≥𝑛0 et (𝑏𝑛 )𝑛≥𝑛0 de la manière suivante :
𝑛
∀𝑛 ≥ 𝑛0 , A𝑛 = ∑ 𝑎𝑘 , 𝑏𝑛 = B𝑛+1 − B𝑛
𝑘=𝑛0
𝑛 𝑛−1
1. Montrer que ∑ 𝑎𝑘 B𝑘 = A𝑛 B𝑛 − ∑ A𝑘 𝑏𝑘 pour tout 𝑛 ≥ 𝑛0 .
𝑘=𝑛0 𝑘=𝑛0
sin 𝑛
2. Utiliser la question précédente pour étudier la convergence de ∑ .
𝑛≥1
𝑛
3. De manière générale, montrer que si (B𝑛 ) converge vers 0, si (A𝑛 ) est bornée et si ∑ 𝑏𝑛 est absolument convergente,
𝑛≥𝑛0
alors ∑ 𝑎𝑛 B𝑛 est convergente.
𝑛≥𝑛0
3.3 Relations de comparaison
Proposition 3.2
Soient ∑ 𝑢𝑛 et ∑ 𝑣𝑛 deux séries numériques. On suppose ∑ 𝑣𝑛 à termes positifs à partir d’un certain rang. Si 𝑢𝑛 =
𝒪 (𝑣𝑛 ) et si ∑ 𝑣𝑛 converge, alors ∑ 𝑢𝑛 converge (absolument).
Remarque. Les résultats restent vrais si on remplace le 𝒪 par un 𝑜 puisque la négligabilité implique la domination.
1 (−1)𝑛
Attention ! Encore une fois, il est essentielle que la série ∑ 𝑣𝑛 soit à termes positifs. Posons 𝑢𝑛 = et 𝑣𝑛 = .
𝑛 √𝑛
La série ∑ 𝑣𝑛 converge et 𝑢𝑛 = 𝒪 (𝑣𝑛 ) mais ∑ 𝑢𝑛 diverge.
Proposition 3.3
Soient ∑ 𝑢𝑛 et ∑ 𝑣𝑛 deux séries numériques dont l’une des deux est à termes positifs à partir d’un certain rang. Si
𝑢𝑛 ∼ 𝑣𝑛 , alors ∑ 𝑢𝑛 et ∑ 𝑣𝑛 sont de même nature.
Remarque. Si (𝑢𝑛 ) et (𝑣𝑛 ) sont des suites réelles telles que 𝑢𝑛 ∼ 𝑣𝑛 , alors 𝑢𝑛 et 𝑣𝑛 sont de même signe à partir d’un certain
rang.
Exemple 3.3
La série ∑ 𝑒−√𝑛 converge.
1
La série ∑ diverge.
√𝑛 ln 𝑛
1 1
La série ∑ sin est convergente.
𝑛 𝑛
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Attention ! Il est essentiel que les des deux séries soit à termes positifs (du moins à partir d’un certain rang).
(−1)𝑛 (−1)𝑛 1
Par exemple, en posant 𝑢𝑛 = et 𝑣𝑛 = + , on a bien 𝑢𝑛 ∼ 𝑣𝑛 mais ∑ 𝑢𝑛 converge tandis que ∑ 𝑣𝑛
√𝑛 √𝑛 𝑛
diverge.
Exercice 3.2 Règle de d’Alembert
Soit ∑ 𝑢𝑛 une série à termes strictement positifs.
𝑛∈ℕ
𝑢𝑛+1
1. Montrer que si la suite de terme général admet une limite 𝑙 < 1, alors ∑ 𝑢𝑛 converge.
𝑢𝑛 𝑛∈ℕ
𝑢𝑛+1
2. Montrer que si la suite de terme général admet une limite 𝑙 > 1, alors ∑ 𝑢𝑛 diverge.
𝑢𝑛 𝑛∈ℕ
𝑢𝑛+1
3. Montrer à l’aide de deux exemples que l’on ne peut pas conclure si la suite de terme général admet 1 pour limite.
𝑢𝑛
𝑛!
4. Étudier la nature de la série ∑ .
𝑛∈ℕ∗
𝑛𝑛
3.4 Séries alternées
Proposition 3.4 Critère spécial des séries alternées
Soit (𝑢𝑛 ) une suite monotone (à partir d’un certain rang) et de limite nulle. Alors la série ∑(−1)𝑛 𝑢𝑛 converge.
Remarque. Ce critère est utile pour montrer la convergence de série non absolument convergente. Il serait par exemple
(−1)𝑛 (−1)𝑛
ridicule d’invoquer ce résultat pour justifier la convergence de la série ∑ 2
. Il suffit en effet de constater que =
𝑛∈ℕ∗
𝑛 𝑛2 𝑛→+∞
1
𝒪 ( 2 ).
𝑛
Exemple 3.4
(−1)𝑛
La série ∑ est convergente.
𝑛∈ℕ∗
𝑛
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Exemple 3.5
(−1)𝑛
On souhaite étudier la convergence de la série ∑ sin ( ).
𝑛∈ℕ∗
𝑛
(−1)𝑛 (−1)𝑛 (−1)𝑛
Bien entendu, sin ( ) ∼ et ∑ converge car elle respecte le critère spécial des séries alternées.
𝑛 𝑛→+∞ 𝑛 𝑛∈ℕ∗
𝑛
Mais on ne peut pas utiliser le théorème de comparaison car il ne s’agit pas là de séries à termes positifs.
Néanmoins, comme sin 𝑢 = 𝑢 + 𝒪 (𝑢3 ),
𝑢→0
(−1)𝑛 (−1)𝑛 1
sin ( ) = + 𝒪 ( 3)
𝑛 𝑛→+∞ 𝑛 𝑛
(−1)𝑛 1
La série ∑ converge car elle respecte le critère spécial des séries alternées et la série de Riemann ∑ 3 converge
𝑛 𝑛
(−1)𝑛
également. On en déduit que la série ∑ sin ( ) converge en tant que somme de deux séries convergentes.
𝑛∈ℕ∗
𝑛
Exercice 3.3
Déterminer la nature de la série ∑ sin (π√𝑛2 + 1).
𝑛∈ℕ
Proposition 3.5 Signe et majoration du reste d’une série alternée
Soit (𝑢𝑛 )𝑛≥𝑛0 une suite monotone de limite nulle. On note R𝑛 le reste d’ordre 𝑛 de la série ∑ (−1)𝑛 𝑢𝑛 i.e. R𝑛 =
𝑛≥𝑛0
+∞
∑ (−1)𝑘 𝑢𝑘 . Alors pour tout 𝑛 ≥ 𝑛0 − 1,
𝑘=𝑛+1
• R𝑛 est du signe de (−1)𝑛+1 𝑢𝑛+1 ;
• |R𝑛 | ≤ |𝑢𝑛+1 |.
Remarque. En français : le reste d’une série vérifiant le critère des séries alternées est du même signe que son premier terme
et est majoré en valeur absolue par la valeur absolue de ce premier terme.
Exemple 3.6
(−1)𝑛−1
Considérons la série ∑ 𝑢𝑛 avec 𝑢𝑛 = . D’après le critère spécial des séries alternées, cette série converge.
𝑛∈ℕ∗ √𝑛
+∞
Notons S sa somme et R𝑛 = ∑ 𝑢𝑘 .
𝑘=𝑛+1
• Alors S = R0 donc S est du signe de 𝑢1 et |S| ≤ |𝑢1 |. On en déduit que 0 ≤ S ≤ 𝑢1 = 1.
1
• On peut affiner l’encadrement. En effet, R1 est du signe de 𝑢2 et |R1 | ≤ |𝑢2 | donc − ≤ R1 ≤ 0. Comme
√2
1
S = 𝑢 1 + R1 , 1 − ≤ S ≤ 1.
√2
1
• On peut encore aller plus loin. R2 est du signe de 𝑢3 et |R2 | ≤ |𝑢3 | donc 0 ≤ R2 ≤ . Comme S = 𝑢1 + 𝑢2 + R2 ,
√3
1 1 1
1− ≤S≤1− + .
√2 √2 √3
[Link] 12