Livre Blanc MK FPH
Livre Blanc MK FPH
Syndicat Alizé Collège National de la Fédération Nationale des Fédération Française des Masseurs
Kinésithérapie Salariée Étudiants en Kinésithérapie Kinésithérapeutes Rééducateurs
Après des années d’alerte, le gouvernement a enfin pris la mesure au printemps 2016 de la situation
catastrophique des kinésithérapeutes de la fonction publique hospitalière :
En juin 2016, le gouvernement a proposé une nouvelle grille indiciaire pour « résoudre » cette situation. Celle-
ci ne tient visiblement pas compte de la mesure du problème :
Ces propositions ne répondent pas à l'urgence de la situation. Elles n’ont pas pris en compte les niveaux de
rémunération déjà pratiqués pour la majorité des kinésithérapeutes recrutés aujourd’hui en tant que
contractuels à des indices bien supérieurs.
Par ailleurs, au-delà des rémunérations, la profession attend une revalorisation du mode d’exercice des
masseurs-kinésithérapeutes salariés. Ces attentes sont résumées dans 20 propositions pour une
kinésithérapie performante et moderne dans la fonction publique hospitalière.
Contacts presse :
Recommandation 2 : mettre en place, sans restriction, des primes incitatives dans les secteurs pour lesquels
les ratios minimaux ne sont pas pourvus.
Recommandation 3 : reconnaître l’engagement dans la fonction publique par une prime d’exercice public
exclusif.
Recommandation 6 : créer une grille indiciaire spécifique aux rééducateurs avec la reconnaissance des
responsabilités et niveaux d’études de chacune des professions. Pour les kinésithérapeutes : elle sera basée
sur les grilles « A-type » de la fonction publique.
Recommandation 7 : reconnaître l’expertise, les compétences supplémentaires, et les titres par l’accès
direct à une grille de second grade.
Recommandation 10 : Créer une filière de rééducation cohérente, avec une autonomie vis à vis de la filière
infirmière, et dotée de sa propre hiérarchie.
Recommandation 14 : En plus de leurs missions cliniques, doter les kinésithérapeutes d’un temps de
formation, information, recherche, à l’image de ce qui se pratique pour les psychologues.
Recommandation 20 : Faciliter la mobilité entre secteur public, secteur privé et activité libérale par la
reprise systématique de l’ancienneté acquise dans chacun des modes d’exercice.
2
Table des matières
Préambule ....................................................................................................................................................................................... 4
PREMIÈRE PARTIE : Approche éthique et économique d’une filière rééducation dans les établissements de soins. ......................... 7
2. Des moyens pour placer le kinésithérapeute au coeur du parcours de soin des patients dépendants 17
a. Des salaires à la hauteur ...................................................................................................................................................... 17
b. Des conditions de travail décentes ....................................................................................................................................... 17
c. Respect et extension des actes et missions........................................................................................................................... 18
d. Formation continue - Développement professionnel ............................................................................................................ 18
3
Préambule
Environ 20% des patients âgés augmentent leur niveau de dépendance de façon importante au cours d’une
hospitalisation1. Et dans des proportions moindres, c’est l’ensemble des patients hospitalisés pour une durée
prolongée qui présentent un risque de dépendance. On appelle dépendance iatrogène la part le plus souvent
évitable de la dépendance acquise durant l’hospitalisation.
Ainsi après une hospitalisation, le retour à domicile peut s’avérer difficile du fait de la fatigue, d’un état de
santé encore fragile, mais aussi des séquelles motrices et fonctionnelles liées à l’alitement ou la maladie.
Les principales pathologies occasionnant une dépendance chez des patients hospitalisés sont :
Toutes ces pathologies rentrent dans le champ d’intervention des masseurs-kinésithérapeutes qui dès le
début de l’hospitalisation vont accompagner le patient vers la restauration de leur autonomie fonctionnelle.
Aux urgences, le kinésithérapeute peut intervenir pour des prises en charge aigües : désencombrement d’un
nourrisson, ou d’un adulte, gestion de la « petite » traumatologie.
1
Source : Institut des sciences du vieillissement.
4
En pédiatrie, le kinésithérapeute aide au développement des prématurés, traite les troubles orthopédiques
du nouveau-né (pied bot, torticolis congénital...), prend en charge les épidémies hivernales (bronchiolite), et
assure le suivi des enfants malades (maladies génétiques).
Dans tous les services hospitaliers, le kinésithérapeute est en première ligne dans la prise en charge des
affections respiratoires avec une nécessité de permanence des soins 365 jours par an. Il réalise dans ce cadre
des gardes et des astreintes pour les prises en charge d’urgence.
Dans les services de médecine et de chirurgie, le kinésithérapeute va mettre en place une rééducation
précoce visant à restaurer une autonomie compatible avec un retour rapide au domicile.
Dans les services de convalescence (SSR), et de rééducation (MPR), le kinésithérapeute est l’acteur essentiel
de la prise en charge. Il accompagne la restauration des fonctions sévèrement touchées (polytraumatismes,
paraplégies, maladies dégénératives…) pour rendre possible la réinsertion sociale et personnelle.
En EHPAD (maison de retraite), le kinésithérapeute œuvre au maintien de l’autonomie des résidents, garant
d’une bonne qualité de vie. Il prévient les complications du vieillissement occasionnant des hospitalisations.
En soins palliatifs, le kinésithérapeute va accompagner les patients en fin de vie par la prise en charge de la
douleur et l’entretien du corps.
À toutes ces missions, qui répondent à des besoins de santé publique évidents s’ajoutent des consultations
spécialisées. Ainsi, dans les hôpitaux, les kinésithérapeutes assurent le bilan, le suivi et la prise en charge des
patients dans le cadre de :
Enfin, les kinésithérapeutes des centres de santé assurent la formation des étudiants et participent à la
recherche en rééducation :
5
Les masseurs-kinésithérapeutes tiennent donc un rôle essentiel dans les établissements de santé. Pourtant,
depuis des années, il est devenu difficile pour les hôpitaux et centres de rééducation de recruter ces
personnels. Déjà, en 2008, l’Observatoire National des Emplois et des Métiers de la Fonction Publique
Hospitalière décrivait une problématique d’attractivité en milieu hospitalier et une difficulté de fidélisation2.
2
ONDPS : Monographie de masseur-kinésithérapeute, 2008.
3
ATIH : Analyse des Bilans sociaux des établissements publics de santé 2012, 2013 et 2014.
6
PREMIÈRE PARTIE : Approche éthique et économique d’une filière rééducation
dans les établissements de soins.
Peu d’embauches hospitalières directes sont réalisées à la sortie des instituts de formation initiale en masso-
kinésithérapie. Les étudiants en kinésithérapie ne sont plus attirés par l’hôpital public pour plusieurs raisons4:
Les statuts hospitaliers des kinésithérapeutes sont aujourd’hui obsolètes au regard des niveaux de
qualifications et grades universitaires exigés pour exercer.
Ceci devient une source de difficultés financières (difficulté à se loger notamment dans les villes importantes,
à se déplacer). Le désengagement de l’État dans la formation initiale conduit, compte tenu des frais de
scolarité élevés, à un endettement des jeunes diplômés incompatible avec les rémunérations du secteur
public. Selon la FNEK 5 , 30% des étudiants en kinésithérapie contractent un emprunt pour financer leurs
études.
L’impossibilité de prendre en compte de l’activité libérale pour la reprise d’ancienneté rend difficile
l’attractivité de la FPH à partir d’une certaine maturité professionnelle.
Le déroulement de carrière dans la fonction publique hospitalière ne laisse pas entrevoir d’opportunités
d’amélioration de la rémunération en fonction de la spécialisation des agents ou de leurs prises de
responsabilités (encadrement des étudiants, activités de recherche, missions de coordination...), ni de possible
évolution de carrière prenant en compte ces paramètres, ainsi que la reconnaissance afférente.
4
ONDPS : Monographie de masseur-kinésithérapeute, 2008.
5
FNEK (Fédération Nationale des Étudiants en Kinésithérapie) : Coût des études, enjeux et perspectives. 20
février 2017.
7
Métiers à
Kinésithérapeute IADE Psychologue Sage-Femme Ingénieur AAH
bac +5
Indice Majoré - Grilles 2018 (protocole PPCR)
810
800 798 798 798 798
790
780
770
760
989 € de différentiel
750
740
730
720
710
700
690
680
670 673
660
650
640 644
630
620
610 Attaché
600 d'administrat
Psychologue Ingénieur
590 587 ion
Hospitalier
580 hospitalière
Sage-femme
570 Masseur-
Infirmier
560 kinésithérap
Anesthésiste
550 eute
(IADE)
540 Catégorie A
530 (PROJET
520 gouverneme
510 ntal 2017,
500 non publié
490 Masseur- au JO )
480 kinésithérap
470 eute
460 Catégorie B
450
440 436
430
420 416
410
400
390 388 388 388
380
370
360 356
350 349
8
Le tableau ci-après présente les écarts de rémunération rencontrés entre quatre professions de niveau
équivalent de formation. On constate des disparités financières qui ne tiennent pas forcément compte de la
responsabilité et de l’autonomie des professionnels.
Dans ces conditions, le découragement professionnel est fréquent. Après quelques années d’exercice, les
professionnels sont frustrés, avec un sentiment d’immobilisme, conduisant à une fuite vers l’activité libérale
ou le secteur privé.
Infirmier Bac + 5 Décret n° 2017- Exerce ses activités sous le Indices 430 à
anesthésiste (RNCP 1) 316 du 10 mars contrôle exclusif d'un 652
(IADE) 2017 médecin anesthésiste-
réanimateur sous réserve
que ce médecin ait
préalablement examiné le
patient et établi par écrit
la stratégie anesthésique
et soit présent sur le site
où sont réalisés les actes.
Sage-Femme Bac +5 Article L4151-1 Pratique des actes indices 432 à
(RNCP 1) du code de la nécessaires au diagnostic, 793
santé publique à la surveillance de la
grossesse et à la
préparation
psychoprophylactique à
l'accouchement, ainsi qu'à
la surveillance et à la
pratique de
l'accouchement et des
soins postnataux en ce qui
concerne la mère et
l'enfant
Psychologue Bac +5 Décret n°91- étudient et traitent, au Indices 349 à
(RNCP 1) 129 du 31 travers d'une démarche 783
janvier 1991 professionnelle propre,
les rapports réciproques
entre la vie psychique et
les comportements
individuels et collectifs
afin de promouvoir
l'autonomie de la
personnalité
9
b. Un manque de reconnaissance du métier
À l’image de l’ensemble de la profession, le kinésithérapeute salarié dispose d’une grande autonomie dans sa
pratique professionnelle, mais celle-ci n’est pas reconnue, voire niée dans l’organisation hospitalière.
En effet, la hiérarchie paramédicale protocolaire des hôpitaux ne colle pas à un métier indépendant et
empreint d’initiatives et de diversité. Celle-ci est perçue très négativement par les kinésithérapeutes qui se
sentent bridés.
Une incompréhension mutuelle est à l’origine de fréquentes tensions avec un encadrement supérieur
souvent infirmier car les paradigmes de prise en charge du patient sont différents en réhabilitation.
Face au manque de kinésithérapeutes, cette méconnaissance conduit à des glissements de tâches fréquents.
Ainsi les kinésithérapeutes constatent fréquemment des situations d’exercice illégal de la kinésithérapie par
des aides-soignants ou des enseignants en activités physiques adaptées. En plus du risque pour le patient, ces
situations sont très mal vécues par les professionnels qui perçoivent ces situations comme une
dévalorisation de leurs compétences propres.
Alors que l’exercice salarié de la kinésithérapie est le plus souvent très spécialisé, il n’existe pas de
reconnaissance institutionnelle ou statutaire des formations universitaires, et autres diplômes, ce qui
appauvrit les sources de recrutement.
Le métier de masseur-kinésithérapeute dispose de bonnes perspectives d’emploi. Il n’en est pas autant pour
les perspectives de carrière.
10
Dans la fonction publique, la seule évolution du métier est le management, ce qui n’attire pas forcément les
professionnels dont la formation initiale est scientifique. La formation de cadre de santé principalement
centrée sur les disciplines infirmières est inadaptée à la formation de rééducateur.
Pour accéder aux fonctions de formateur en IFMK, il est demandé de détenir le diplôme de cadre de santé. Ce
diplôme est perçu comme illégitime par les kinésithérapeutes qui ont une culture universitaire. Ils s’orientent
plus volontiers vers un Master ou un Doctorat. Ces diplômes universitaires ne sont pas reconnus dans la
fonction publique hospitalière.
Les expertises, très développées dans la fonction publique (neurologie, pédiatrie, réanimation, pneumologie,
oro-maxillo-facial, périnéologie…), ne sont pas non plus reconnues alors qu’elles demandent un important
travail de formation et d’investissement du professionnel qui exerce alors en étroite collaboration avec des
médecins spécialistes, en apportant une plus-value reconnue en termes de qualité des soins.
L’exercice en CHU est naturellement tourné vers l’enseignement et la recherche, pourtant les postes
hospitalo-universitaires n’existent pas pour les kinésithérapeutes. Les professionnels se découragent face
aux difficultés administratives pour négocier des temps de recherche ou d’enseignement.
L’encadrement des étudiants, qui demande aujourd’hui d’être formé au tutorat 6 , n’est pas valorisé.
L’organisation des stages est souvent réalisée par bonne volonté, sur le temps personnel.
Si les possibilités d’exercice sont nombreuses et variées, créant une véritable dynamique au sein de la
profession, elles ne sont cependant pas officiellement reconnues. Que le professionnel souhaite s’investir dans
la formation des étudiants, dans un domaine spécifique de la kinésithérapie ou encore dans la recherche, il ne
peut prétendre à aucune valorisation de ces compétences.
Les complications liées à l’hospitalisation sont nombreuses, spécifiquement pour les patients les plus fragiles.
Parmi les plus fréquentes, on rencontre7 :
- la perte d’autonomie
- la grabatisation du patient âgé et la désadaptation à l’effort
- les infections respiratoires
- les complications thromboemboliques (phlébite, embolie pulmonaire)
- les complications cutanées et ostéo-articulaires (escarres, raideurs articulaires,
amyotrophie…).
Ces complications constituent une réelle perte de chance pour les patients. Elles peuvent en effet mettre en
jeu leur pronostic vital.
Une prise en charge rééducative par le kinésithérapeute permet de prévenir et prendre en charge
précocement ces complications, et d’éviter ainsi des séquelles potentiellement graves à tous les stades de
6
INSTRUCTION N° DGOS/RH1/2016/330 du 4 novembre 2016 relative à la formation des tuteurs de stages paramédicaux
7
V. Peigne. Principales complications de l’immobilité et du décubitus. Successful Aging Database. 2005.
11
la prise en charge : en réanimation8, dans les services d’hospitalisation conventionnelle, en EHPAD ou en unité
d’hospitalisation de longue durée9 10.
Par soucis de bientraitance, le système de soin se doit donc de garantir des soins de rééducation aux patients
hospitalisés. Or, face à la désaffection des kinésithérapeutes de la fonction publique hospitalière, des
situations d’incurie rééducative sont de plus en plus fréquentes.
Malheureusement, les mesures d’attractivités, arbitrées par le premier ministre, étaient en décalage avec les
problématiques réelles de la profession et n’ont donc pas abouti.
8
Schweickert WD, Pohlman MC, Pohlman AS, Nigos C, Pawlik AJ, Esbrook CL, Spears L, Miller M, Franczyk M,
Deprizio D, Schmidt GA, Bowman A, Barr R, McCallister KE, Hall JB, Kress JP. Early physical and occupational
therapy in mechanically ventilated, critically ill patients: a randomised controlled trial. Lancet. 2009 May
30;373(9678):1874-82.
9
Snowdon M, Peiris CL. Physiotherapy Commenced Within the First Four Weeks Post-Spinal Surgery Is Safe
and Effective: A Systematic Review and Meta-Analysis. Arch Phys Med Rehabil. 2016 Feb;97(2):292-301.
10
Patel BK, Hall JB. Perioperative physiotherapy. Curr Opin Anaesthesiol. 2013 Apr;26(2):152-6.
11
Question écrite N°84877 de M. Hervé Gaymard. Réponse publiée au JO le : 09/02/2016. Assemblée
Nationale.
12
3. Le kinésithérapeute : principal acteur de la prise en charge rééducative
Dans les services de chirurgie, de médecine, de réanimation ou de pédiatrie, le kinésithérapeute est souvent
le seul expert de l’autonomie fonctionnelle des patients.
À ce titre, les kinésithérapeutes travaillent en étroite collaboration avec les médecins pour affiner les
diagnostics, alerter sur des complications, et préparer la sortie du patient.
Dans le repérage de la fragilité des patients âgés, l’évaluation en kinésithérapie est une ressource et un
atout. L’évaluation en kinésithérapie permet une vision à la loupe des déficiences structurelles, des
incapacités, des restrictions de participation en rapport avec les critères de fragilité consensuels ou repérés
comme spécifiques à la situation du patient.
Dans cette démarche, le kinésithérapeute, qui prend en charge le patient en première intention, a ainsi
l’opportunité de communiquer toute information susceptible d’être utile au médecin pour l’établissement du
diagnostic médical et l’organisation du devenir.
Le kinésithérapeute est un acteur du soin, qui compte tenu de sa solide formation théorique (physiologie,
anatomie, sémiologie...), partage un socle de connaissances avec les médecins.
C’est cette complémentarité qui permet d’offrir au patient une prise en charge de proximité, basée sur le soin
et les thérapeutiques non-médicamenteuses, et tenant en compte des exigences médicales guidant la prise
en charge.
12
Repérage et maintien de l’autonomie des personnes âgés fragiles. Livre blanc de la Société Française de
Gériatrie et Gérontologie.
13
d. Le kinésithérapeute : un rempart à la maltraitance
La rééducation demande une implication du patient dans sa prise en charge. Cette vision de « patient acteur
de sa prise en charge » s’oppose parfois à un paradigme encore persistant dans les hôpitaux du « patient passif
subissant ses soins ».
La présence d’un kinésithérapeute dans une unité de soin permet d’impliquer les patients dans leur prise en
charge, mais aussi d’accompagner les équipes aides-soignantes dans une démarche de réhabilitation précoce
des patients vers leur autonomie.
Il est donc évident que les kinésithérapeutes sont un levier formidable de diminution des coûts, et
d’optimisation du système de soin. Cette réduction des durées moyennes de séjour est permise :
13
Shitama H, Akebi T, Nakamoto Y, Kimura Y, Wada F, Hachisuka K. [Effect of an increase in numbers of physical
therapists on dynamic situation of inpatients in an acute hospital]. J UOEH. 2011 Sep 1;33(3):263-8.
14
Tayrose G, Newman D, Slover J, Jaffe F, Hunter T, Bosco J 3rd. Rapid mobilization decreases length-of-stay
in joint replacement patients. Bull Hosp Jt Dis (2013). 2013;71(3):222-6.
15
Mungovan SF, Singh P, Gass GC, Smart NA, Hirschhorn AD. Effect of physical activity in the first five days
after cardiac surgery. J Rehabil Med. 2017 Jan 19;49(1):71-77. doi: 10.2340/16501977-2165.
14
b. La prévention des troubles musculo-squelettiques au travail
Après la chute, l’effort lié à la manutention de malades est la seconde cause d’accident de travail dans la
fonction publique hospitalière16. Le kinésithérapeute est un expert de la manutention des malades, il possède
également des notions d’ergonomie. Auprès des soignants, ces compétences vont être mises à profit dans
l’éducation et la prévention des troubles musculo-squelettiques du personnel soignant.
Le développement des compétences dans les différents champs cliniques ainsi que l’amélioration de la qualité
du diagnostic kinésithérapique doivent permettre au kinésithérapeute une plus grande autonomie d’exercice.
De nombreuses études effectuées aux États-Unis, au Canada, en Australie ont démontré que le renforcement
des compétences et de l’autonomie du kinésithérapeute permet de considérablement diminuer les
dépenses de santé tout en garantissant une sécurité et une qualité optimale des soins17 18.
De nombreux facteurs poussent désormais au changement en matière d’accès aux soins de santé : les
changements démographiques, les contraintes financières, l’augmentation des choix thérapeutiques, les
attentes des patients.
Au travers des recommandations faites par la Confédération Mondiale de la Kinésithérapie (WCPT), les
kinésithérapeutes français ont les compétences minimales pour recevoir les patients en accès direct sans
leur faire courir un risque disproportionné par rapport au bénéfice escompté tout en déchargeant les
professionnels médicaux19.
Il est désormais nécessaire d’en démontrer l’efficacité clinique et économique par son application en France.
16
ATIH : Bilan social de la FPH 2014.
17
Bury TJ, Stokes EK. A global view of Direct Access and Patient self-referral to physical therapy: implications
for the profession. Phys Ther April 2013 93:449-459
18
Bury TJ, Stokes EK. Direct access and patient/client self-referral to physiotherapy: a review of contemporary
practice within the European Union. Physiotherapy (2013), http://dx.doi.org/10.1016/j.physio.2012.12.011
19
WCPT report: Direct access and self-referral to physical therapy: findings from a global survey of WCPT
member organisations. Online:
http://www.wcpt.org/sites/wcpt.org/files/files/Direct_access_SR_report_Jan2013.pdf
15
SECONDE PARTIE : perspectives et propositions
L’augmentation des quotas d’étudiants en IFMK, ainsi que la liberté de circulation des professionnels à travers
l’Union Européenne ont entraîné une hausse sans précédent du nombre de kinésithérapeutes en France. Ils
sont ainsi passés de 70 000 en 2011 à plus de 86 000 en 2016. Pourtant, cette augmentation n’a pas bénéficié
au secteur public, toujours déserté par les professionnels.
Les difficultés de recrutement ne sont donc pas liées à des causes démographiques mais au manque
d’attractivité de la fonction publique pour les kinésithérapeutes.
Pourtant les besoins en kinésithérapie doivent être considérés comme primaires, essentiels à une prise en
charge normale des patients. Il est donc nécessaire de créer des ratios kinésithérapeute/patients dans les
hôpitaux.
Le décret n°2017-981 du 9 mai 2017 a tenté de mettre en place une prime dans certains hôpitaux sous dotés.
Cependant, son montant (3000 euros pendant trois ans), est trop faible pour rattraper les écarts de salaires,
et ses conditions sont extrêmement restrictives pour produire un quelconque effet.
Recommandation 2 : mettre en place des primes incitatives dans les secteurs pour lesquels les ratios minimaux
ne sont pas pourvus, sans restriction.
Recommandation 3 : reconnaître l’engagement dans la fonction publique par une prime d’exercice public
exclusif.
16
2. Des moyens pour placer le kinésithérapeute au cœur du parcours de soin des
patients dépendants
Compte tenu de la faible attractivité des grilles salariales, les centres hospitaliers ont actuellement recours à
des kinésithérapeutes contractuels et sont contraints à des efforts financiers pour pourvoir ces postes.
Les kinésithérapeutes contractuels sont fréquemment recrutés sur les indices maximaux proposés par les
grilles de rémunération actuelles. Les centres hospitaliers se livrent d’ailleurs à une sévère concurrence pour
pouvoir recruter des kinésithérapeutes. Les établissements en difficultés financières sont donc généralement
les moins bien servis.
Il convient donc de rénover la grille, et de reclasser les kinésithérapeutes dans la catégorie A de la fonction
publique hospitalière, conformément au protocole Bachelot du 2 février 2010.
Ce reclassement en catégorie A, doit permettre aux titulaires de conserver la catégorie active. En effet, le
métier est très physique avec des manutentions de patients quotidiennes.
La progression de salaire doit tenir compte des années de service, mais aussi des compétences, missions
supplémentaires et spécialités que peuvent acquérir au cours de leurs carrières les kinésithérapeutes
hospitaliers.
- kinésithérapeutes de premier grade : en début de carrière pour les titulaires du seul titre de Diplôme
d’État de Masseur-kinésithérapeute.
Le passage dans le second grade sera assorti d’une augmentation des responsabilités professionnelles et/ou
administratives (encadrement, tutorat, management…).
L’attractivité de l’exercice salarié est liée aux conditions de travail que les établissements offrent à leurs
salariés. Pour les kinésithérapeutes, il s’agit d’avoir accès à un plateau technique de qualité, permettant
d’accueillir des patients dans les meilleures conditions.
Face aux maisons de santé qui développent de plus en plus des plateaux techniques de kinésithérapie, bien
équipés, il est difficile d’être attractif quand le matériel de rééducation est vieillissant à l’hôpital, sans accès
aux nouvelles technologies, et surtout avec souvent un manque de place évident.
Il est donc nécessaire de définir des normes définissant les conditions minimales d’accueil des patients sur
un plateau technique de rééducation : surface minimale par patient et par thérapeute, équipements, etc…
17
De plus les kinésithérapeutes, pour établir leurs bilans, réaliser leurs tâches administratives (cotations d’actes,
courriers…), ont besoin d’avoir à leur disposition des bureaux. C’est malheureusement trop souvent que l’on
constate qu’une dizaine de rééducateurs (kinésithérapeutes, ergothérapeutes…) partagent un bureau de
10m²…
Dans le cadre de ses fonctions, et sauf indication médicale contraire, le kinésithérapeute est habilité à :
Ces droits ne sont pas toujours respectés dans le cadre hospitalier. Ces limitations sont notamment dues aux
limitations techniques des logiciels de prescription et de dossier patient, mais aussi par le manque de
connaissance des modalités de prescription de la kinésithérapie.
De manière générale, hormis certaines spécialités médicales axées sur la réhabilitation, on constate une
méconnaissance des indications et moyens d’intervention des masseurs-kinésithérapeutes.
Il est donc nécessaire de conforter les kinésithérapeutes dans leur exercice, notamment en respectant le
cadre règlementaire de leur exercice par :
- la mise à disposition des moyens matériels leur permettant de prescrire des dispositifs médicaux dans
le respect de la réglementation.
- l’adaptation des logiciels de prescription aux modalités de prescription de kinésithérapie.
Au respect des droits du masseur-kinésithérapeute, il convient d’en adjoindre de nouveau, afin d’améliorer
l’efficience et l’efficacité des soins apportés aux patients.
Le décret d’acte des masseurs-kinésithérapeutes devra également être revisité. En effet, de nombreux actes
réalisés dans le cadre hospitalier n’y figurent pas. On peut citer notamment l’extubation des patients intubés
en réanimation, la gestion de l'oxygénothérapie…
Afin de renforcer le lien ville-hôpital, le kinésithérapeute hospitalier doit pouvoir orienter un de ses patients
vers un confrère de ville, sans nécessité d’une nouvelle prescription médicale à la sortie de l’hospitalisation.
Par ailleurs, le kinésithérapeute exerce quotidiennement en première intention, lorsqu’il est appelé pour un
avis, ou une prise en charge urgente. Non prévu par la législation, ces situations mettent les kinésithérapeutes
hospitaliers en situation d’insécurité juridique. En effet, l’article L4321-1 du code de la santé publique ne
prévoit cette possibilité qu’en l’absence d’un médecin, ce qui n’est pas le cas dans le cadre hospitalier.
Les kinésithérapeutes sont très consommateurs de formation continue. En effet, l’évolution des pratiques
est rapide dans cette profession. De plus, les formations sont souvent longues (plusieurs années) et
demandent un investissement du professionnel important.
Malheureusement, « noyés » dans la politique globale de formation continue des établissements hospitaliers,
il est souvent long et difficile d’obtenir des réponses favorables aux demandes de formation.
18
Les axes de formations institutionnels ne sont pas adaptés au personnel de rééducation. Ils sont centrés sur
le personnel infirmier.
Ainsi, l’un des avantages du salariat, qui est l’accès à la formation continue est dévoyé par une offre inadaptée
ou insatisfaite.
Recommandation 6 : créer une grille indiciaire spécifique pour les rééducateurs, cohérente avec la
reconnaissance des responsabilités et niveaux d’études de chacune des professions. Pour les
kinésithérapeutes : elle sera basée sur les grilles « A-type » de la fonction publique.
Recommandation 7 : reconnaître l’expertise, les compétences supplémentaires, et les titres par l’accès direct
à une grille de second grade.
Recommandation 9 : respecter les droits et compétences des kinésithérapeutes, et étendre leurs prérogatives.
19
3. Une filière rééducation d'excellence au service du patient et du progrès
a. Un encadrement adapté
Le kinésithérapeute est un professionnel de santé très autonome dans sa pratique : il est libre du choix de ses
techniques et de la durée du traitement qu’il met en œuvre. Cette autonomie se traduit par une liberté
d’organisation très différente du management infirmier, se rapprochant davantage de l’organisation du
corps médical.
L’encadrement de proximité doit donc être adapté et en adéquation avec les réalités du terrain. C’est pourquoi
celui-ci doit être assuré par un cadre issu de la filière rééducation.
Par ailleurs, les kinésithérapeutes ne doivent plus relever d’une hiérarchie infirmière. C’est pourquoi les
décisions concernant le personnel de rééducation doivent toujours associer un kinésithérapeute, que ce soit
au sein des pôles ou des directions des soins.
En effet, une hiérarchie paramédicale protocolaire n’est pas compatible avec un métier indépendant et
empreint d’initiatives et de diversité au bénéfice de l’institution hospitalière et des patients traités.
Cette spécificité de pratique, proche du fonctionnement médical est d’ailleurs reconnue par la loi :
Les kinésithérapeutes doivent également pouvoir être nommés responsables de centres d’activités ou d’unités
fonctionnelles spécifiques : plateaux techniques de rééducation, équipes de rééducateurs…
Les psychologues bénéficient de temps « FIR ». Cette possibilité pourrait être une solution : une partie du
temps de travail est consacré à l’actualisation des connaissances, la réalisation de travaux de recherche, la
collaboration à des actions de formation ainsi que l’accueil d’étudiants en effectuant un stage hospitalier.
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d. Reconnaître le tutorat
L’encadrement des étudiants est une responsabilité qui nécessite une formation adaptée et du temps à y
consacrer.
La formation des étudiants, mission à part entière des kinésithérapeutes hospitaliers, doit faire l’objet d’un
temps dédié. En effet, c’est en leur dégageant du temps que les kinésithérapeutes pourront participer
efficacement à la formation des futurs professionnels. Ces missions doivent être valorisées en formant et en
indemnisant les tuteurs de stage.
En effet, la gouvernance actuelle privilégie les cadres de santé et les directeurs des soins, selon le modèle
hospitalier public.
Cette situation limite les débouchés professionnels des kinésithérapeutes qui disposent d’un haut niveau
de formation universitaire et prive les instituts de formation de précieuses ressources.
Il devient alors possible d’organiser, par un statut particulier, l’autonomie préprofessionnelle des étudiants
qui auraient alors la possibilité d’exercer certains actes au cours du second cycle des études de
kinésithérapie. En dehors des périodes de stages, ce statut leur permettrait également d’obtenir une source
légale de revenu, pour financer le coût élevé des études kinésithérapie et d’éviter ainsi toute dérive d’exercice
illégal de la profession par des non diplômés dans un contexte de pénurie.
Recommandation 10 : Créer une filière de rééducation cohérente, avec une autonomie vis à vis de la filière
infirmière, et dotée de sa propre hiérarchie.
Recommandation 14 : En plus de leurs missions cliniques, doter les kinésithérapeutes d’un temps de formation,
information, recherche, à l’image de ce qui se pratique pour les psychologues.
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4. Les perspectives de carrière
- Les kinésithérapeutes de premier grade exerceront les activités de prise en charge clinique, de
prévention et participent à la recherche qui relèvent de leurs compétences. Ils participeront à
l’encadrement des étudiants et au tutorat.
Les chercheurs kinésithérapeutes titulaires d’un doctorat, sont confrontés à un choix difficile : poursuivre vers
une carrière universitaire et abandonner la clinique, ou renoncer à l’université pour continuer à pratiquer.
En effet, il n’existe pas dans la fonction publique hospitalière de statut « hospitalo-universitaire ». Pourtant,
rester au contact des malades est l’un des fondements de la recherche clinique pour rester en cohérence avec
les attentes du terrain.
Les seuls postes à responsabilités auxquels peuvent accéder les kinésithérapeutes avec un haut niveau de
formation universitaire sont, après de longues et difficile négociations, des fonctions d’encadrement,
dévolues aux cadres de santé, qui ne correspondent pas aux besoins de la recherche et des chercheurs.
Un grade spécifique de bi-appartenant doit donc être créé pour les kinésithérapeutes chercheurs. Consacré
pour développer et reconnaître la recherche clinique en rééducation, ce grade permettrait un rattachement à
l’Enseignement supérieur et de la Recherche de manière concomitante à leurs missions en CHU.
Ce modèle, comparable à celui des praticiens hospitaliers verrait l’émergence d’un corps d’enseignants-
chercheurs hospitalo-universitaires en kinésithérapie.
La France pourrait alors rattraper son retard en matière de recherche en rééducation, pour améliorer la
prise en charge des patients, et créer de la richesse par l’innovation en santé.
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c. Une évolution de carrière possible par la diversification des activités
Il doit être possible, afin de renforcer l’attractivité de la filière rééducation de partager son temps avec une
activité libérale. Cette activité libérale pouvant également se pratiquer sur les plateaux techniques de
rééducation, en dehors des heures d’ouvertures aux patients hospitalisés.
L’ancienneté acquise en milieu libéral, ou dans le privé doit être systématiquement reprise pour encourager
la mobilité des professionnels.
Recommandation 17 : Créer plusieurs grades permettant d'accéder à des niveaux de responsabilité croissants
en fonction du déroulement de carrière ou des titres obtenus.
Recommandation 19 : assouplir les conditions de cumul d’activité et simplifier les démarches administratives
nécessaires. Permettre aux kinésithérapeutes de réaliser un exercice privé à l’hôpital.
Recommandation 20 : Faciliter la mobilité entre secteur public, secteur privé et activité libérale par la reprise
systématique de l’ancienneté acquise dans chacun des modes d’exercice.
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