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Actes du colloque sur l'émergence 2017

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HORS-SÉRIE

Actes du colloque international


ÉMERGENCE
ET RECONNAISSANCE

Volume I - Bouaké, les 03, 04 et 05 Août 2017 Côte d’Ivoire


ISSN : 2313-7908
N° DEPOT LEGAL 13196 du 16 Septembre 2016
Perspectives Philosophiques-Actes du colloque international, Volume I - Bouaké, les 03, 04 et 05 Août 2017

PERSPECTIVES PHILOSOPHIQUES

Revue Ivoirienne de Philosophie et de Sciences Humaines

Directeur de Publication : Prof. Doh Ludovic FIÉ

Boîte postale : 01 BP V18 ABIDJAN 01

Tél : (+225) 03 01 08 85
(+225) 03 47 11 75
(+225) 01 83 41 83

E-mail : [email protected]

Site internet : http:// perspectivesphilosophiques.net

ISSN : 2313-7908

N° DEPOT LEGAL 13196 du 16 Septembre 2016

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Perspectives Philosophiques-Actes du colloque international, Volume I - Bouaké, les 03, 04 et 05 Août 2017

ADMINISTRATION DE LA REVUE PERSPECTIVES PHILOSOPHIQUES


Directeur de publication : Prof. Doh Ludovic FIÉ, Professeur des Universités
Rédacteur en chef : Dr. N’dri Marcel KOUASSI, Maître de Conférences
Rédacteur en chef Adjoint : Dr. Assouma BAMBA, Maître de Conférences

COMITÉ SCIENTIFIQUE
Prof. Aka Landry KOMÉNAN, Professeur des Universités, Philosophie politique, Université Alassane OUATTARA
Prof. Antoine KOUAKOU, Professeur des Universités, Métaphysique et Éthique, Université Alassane OUATTARA
Prof. Ayénon Ignace YAPI, Professeur des Universités, Histoire et Philosophie des sciences, Université Alassane
OUATTARA.
Prof. Azoumana OUATTARA, Professeur des Universités, Philosophie politique, Université Alassane OUATTARA
Prof. Catherine COLLOBERT, Professeur des Universités, Philosophie Antique, Université d'Ottawa
Prof. Daniel TANGUAY, Professeur des Universités, Philosophie Politique et Sociale, Université d'Ottawa
Prof. David Musa SORO, Professeur des Universités, Philosophie ancienne, Université Alassane OUATTARA
Prof. Doh Ludovic FIÉ, Professeur des Universités, Théorie critique et Philosophie de l’art, Université Alassane
OUATTARA
Prof. Henri BAH, Professeur des Universités, Métaphysique et Droits de l’Homme, Université Alassane OUATTARA
Prof. Issiaka-P. Latoundji LALEYE, Professeur des Universités, Épistémologie et Anthropologie, Université Gaston
Berger, Sénégal
Prof. Jean Gobert TANOH, Professeur des Universités, Métaphysique et Théologie, Université Alassane OUATTARA
Prof. Kouassi Edmond YAO, Professeur des Universités, Philosophie politique et sociale, Université Alassane
OUATTARA
Prof. Lazare Marcellin POAMÉ, Professeur des Universités, Bioéthique et Éthique des Technologies, Université Alassane
OUATTARA
Prof. Mahamadé SAVADOGO, Professeur des universités, Philosophie morale et politique, Histoire de la Philosophie
moderne et contemporaine, Université de Ouagadougou
Dr. N’Dri Marcel KOUASSI, Maître de Conférences, Éthique des Technologies, Université Alassane OUATTARA
Prof. Samba DIAKITÉ, Professeur des Universités, Études africaines, Université Alassane OUATTARA
Prof. Yahot CHRISTOPHE, Professeur des Universités, Métaphysique, Université Alassane OUATTARA

COMITÉ DE LECTURE
Prof. Ayénon Ignace YAPI, Professeur des Universités, Histoire et Philosophie des sciences, Université Alassane
OUATTARA
Prof. Azoumana OUATTARA, Professeur des Universités, Philosophie politique, Université Alassane OUATTARA
Prof. Catherine COLLOBERT, Professeur des Universités, Philosophie Antique, Université d'Ottawa
Prof. Daniel TANGUAY, Professeur des Universités, Philosophie Politique et Sociale, Université d'Ottawa
Prof. Doh Ludovic FIÉ, Professeur des Universités, Théorie critique et Philosophie de l’art, Université Alassane
OUATTARA
Prof. Henri BAH, Professeur des Universités, Métaphysique et Droits de l’Homme, Université Alassane OUATTARA
Prof. Issiaka-P. Latoundji LALEYE, Professeur des Universités, Épistémologie et Anthropologie, Université Gaston
Berger, Sénégal
Prof. Kouassi Edmond YAO, Professeur des Universités, Philosophie politique et sociale, Université Alassane
OUATTARA
Prof. Lazare Marcellin POAMÉ, Professeur des Universités, Bioéthique et Éthique des Technologies, Université Alassane
OUATTARA
Prof. Mahamadé SAVADOGO, Professeur des universités, Philosophie morale et politique, Histoire de la Philosophie
moderne et contemporaine, Université de Ouagadougou
Prof. Samba DIAKITÉ, Professeur des Universités, Études africaines, Université Alassane OUATTARA
Prof. Yahot CHRISTOPHE, Professeur des Universités, Métaphysique, Université Alassane OUATTARA

COMITÉ DE RÉDACTION
Dr Abou SANGARÉ, Maître de Conférences
Dr Donissongui SORO, Maître de Conférences
Dr Alexis KOFFI KOFFI, Maître-Assistant
Dr Kouma YOUSSOUF, Maître de Conférences
Dr Lucien BIAGNÉ, Maître de Conférences
Dr Nicolas Kolotioloma YEO, Maître-Assistant
Dr Steven BROU, Maître de Conférences
Secrétaire de rédaction : Dr Blé Sylvère KOUAHO, Maître de Conférences
Trésorier : Dr. Grégoire TRAORÉ, Maître de Conférences
Responsable de la diffusion : Prof. Antoine KOUAKOU, Professeur des Universités

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Perspectives Philosophiques-Actes du colloque international, Volume I - Bouaké, les 03, 04 et 05 Août 2017

SOMMAIRE

Allocution du Président du Comité d’Organisation ………………………….…… 1


Allocution du Directeur du Département de Philosophie……………….………… 3
Allocution du Président de l’Université…………………………………………… 7
Allocution du représentant du parrain……...…………………………………..… 11
Avant-propos : Argumentaire…………...…………………………………...…… 13

PLÉNIÈRES………………………………………………………………......… 15
De quoi émerger ? Une phénoménologie de l’interrogation
Issiaka-P. Latoundji LALÈYÊ………………………………………………..….. 16
L’émergence : expression du mouvement de la substance libérée en concept
Augustin Kouadio DIBI………………………………………………………..… 37
Cheikh Anta Diop entre nihilisme et reconnaissance ou de la condition de
l’émergence globale
Thiémélé L. Ramsès BOA……………………………………………………….. 42
ATELIERS…………………………………………………………....……......... 50

SOUS-THÈME I : ÉTHIQUE, ONTOLOGIE ET ALTÉRITÉ....................... 51


La crise des migrants ou l’épreuve de la reconnaissance : diagnostic d’une
figure immergente de l’hospitalité
Abou SANGARÉ………………………………………………………………… 52
Da-sein comme chemin de l’émergence : du conformisme ȧ l’excellence
Alexis Koffi KOFFI……………………………………………………………… 67
Du penser nietzschéen de l’économie de la connaissance comme socle de
l’émergence africaine
Baba DAGNOGO…………………………………………………………...……. 80

SOUS-THÈME II : CULTURE ET DÉVELOPPEMENT…………………… 98


Justement l’émergence des états informels d’Afrique
Assouman BAMBA………………………………………………………….....… 99
La conscience et la reconnaissance de la complexité comme conditions
d’émergence en contexte d’épistémologie postcritique
Auguste NSONSISSA…………………………………………………………... 118
L’éducation chez Platon, socle d’émergence et de reconnaissance
anthropocentrées
Donissongui SORO……………………………………………………………... 137
Langues nationales et émergence de l’Afrique noire chez cheikh Anta Diop
Issaka SAWADOGO…………………………………………………………..... 155
L’émergence langagière par le français ivoirien, un gage de réconciliation
Joachim KEI…………………………………………………………………..… 170

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Perspectives Philosophiques-Actes du colloque international, Volume I - Bouaké, les 03, 04 et 05 Août 2017

SOUS-THÈME III : UTOPIE ET GOUVERNANCE…………………….… 183


La question de l’émergence de l’Afrique dans le roman africain : de l’effet de
mode à l’utopie de la reconnaissance identitaire
David Sézito MAHO……………………………………………………………. 184
L’émergence des pays africains entre doute et espoir
Décaird Koffi KOUADIO………………………………………………….…… 203
Regards de R. Aron et P. Hassner sur la politique de puissance et l’instabilité
Nassirou Ounfana IDI…………………………………………………..….……. 218

SOUS-THÈME IV : TECHNOSCIENCE ET PROGRÈS……………..…… 236


Émergence des états postcoloniaux d’Afrique : contre ou par-delà la
rationalité technoscientifique ?
Kouamé YAO………………………………………………………………….... 237
Le projet cartésien d’une philosophie pratique et le défi de l’émergence en
Afrique
Mahamoudou KONATÉ…………………………………………………..……. 251
Émergence de la philosophie pratique et reconnaissance chez Descartes : une
contribution à l’émergence de l’Afrique
Marcel Silvère Blé KOUAHO…………………………………………………. 270
Émergence et reconnaissance : lecture bachelardienne du développement par
enveloppement
Stevens Gbaley Bernaud BROU………………………………………………... 283

SOUS-THÈME V : ÉCONOMIE ET SOCIÉTÉ…………………...……….. 299


La justice sociale à l’épreuve de l’émergence en Afrique subsaharienne : Rawls
et Frazer
Faloukou DOSSO………………………………………………………………. 300
Justice et reconnaissance dans une société pluraliste : les États-nations
d’Afrique à l’épreuve de l’émergence
Marcelin Kouassi AGBRA…………………………………………………….... 314

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Perspectives Philosophiques-Actes du colloque international, Volume I - Bouaké, les 03, 04 et 05 Août 2017

LIGNE ÉDITORIALE

L’univers de la recherche ne trouve sa sève nourricière que par l’existence de


revues universitaires et scientifiques animées ou alimentées, en général, par les
Enseignants-Chercheurs. Le Département de Philosophie de l’Université de Bouaké,
conscient de l’exigence de productions scientifiques par lesquelles tout universitaire
correspond et répond à l’appel de la pensée, vient corroborer cette évidence avec
l’avènement de Perspectives Philosophiques. En ce sens, Perspectives Philosophiques
n’est ni une revue de plus ni une revue en plus dans l’univers des revues universitaires.
Dans le vaste champ des revues en effet, il n’est pas besoin de faire remarquer que
chacune d’elles, à partir de son orientation, « cultive » des aspects précis du divers
phénoménal conçu comme ensemble de problèmes dont ladite revue a pour tâche
essentielle de débattre. Ce faire particulier proposé en constitue la spécificité. Aussi,
Perspectives Philosophiques, en son lieu de surgissement comme « autre », envisagée
dans le monde en sa totalité, ne se justifie-t-elle pas par le souci d’axer la recherche sur
la philosophie pour l’élargir aux sciences humaines ?
Comme le suggère son logo, perspectives philosophiques met en relief la posture du
penseur ayant les mains croisées, et devant faire face à une préoccupation d’ordre
géographique, historique, linguistique, littéraire, philosophique, psychologique,
sociologique, etc.
Ces préoccupations si nombreuses, symbolisées par une kyrielle de ramifications
s’enchevêtrant les unes les autres, montrent ostensiblement l’effectivité d’une
interdisciplinarité, d’un décloisonnement des espaces du savoir, gage d’un progrès
certain. Ce décloisonnement qui s’inscrit dans une dynamique infinitiste, est marqué par
l’ouverture vers un horizon dégagé, clairsemé, vers une perspective comprise non
seulement comme capacité du penseur à aborder, sous plusieurs angles, la complexité
des questions, des préoccupations à analyser objectivement, mais aussi comme
probables horizons dans la quête effrénée de la vérité qui se dit faussement au singulier
parce que réellement plurielle.
Perspectives Philosophiques est une revue du Département de philosophie de
l’Université de Bouaké. Revue numérique en français et en anglais, Perspectives

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Perspectives Philosophiques-Actes du colloque international, Volume I - Bouaké, les 03, 04 et 05 Août 2017

Philosophiques est conçue comme un outil de diffusion de la production scientifique en


philosophie et en sciences humaines. Cette revue universitaire à comité scientifique
international, proposant études et débats philosophiques, se veut par ailleurs, lieu de
recherche pour une approche transdisciplinaire, de croisements d’idées afin de favoriser le
franchissement des frontières. Autrement dit, elle veut œuvrer à l’ouverture des espaces
gnoséologiques et cognitifs en posant des passerelles entre différentes régionalités du
savoir. C’est ainsi qu’elle met en dialogue les sciences humaines et la réflexion
philosophique et entend garantir un pluralisme de points de vues. La revue publie
différents articles, essais, comptes rendus de lecture, textes de référence originaux et
inédits.

Le comité de rédaction

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Perspectives Philosophiques-Actes du colloque international, Volume I - Bouaké, les 03, 04 et 05 Août 2017

ALLOCUTION DU PRÉSIDENT DU COMITÉ D’ORGANISATION

--------------------------------------
Mesdames, messieurs, honorables invités, en vos rangs, grades et qualités,
chers amis de la Presse, chers Étudiants,
Je voudrais, avant tout propos, remercier le Professeur Fie Doh Ludovic, Chef du
Département de Philosophie, de l’honneur qu’il nous a fait, à l’ensemble du comité de
coordination et à moi-même, de nous avoir confié l’organisation de ce colloque. C’est au
nom de cette équipe que j’ai eu plaisir à diriger, et que je remercie, que je prends la
parole ce matin pour souhaiter à tous et à chacun la cordiale bienvenue en Côte d’Ivoire
et à Bouaké.
Mesdames et messieurs,
Le lieu qui nous accueille pour ces moments de réflexion est
l’Université. L’essence de cette école supérieure ne peut parvenir à la puissance qui est
la sienne que si, avant tout et toujours, les Départements qui en constituent les poches
d’animation sont eux-mêmes dirigés par le caractère inexorable de leur mission :
Éveiller et faire briller la lumière. Mais, y a-t-il meilleure manière de faire briller
la lumière que d’organiser un colloque qui, comme le mot lui-même l’indique, est un
lieu, une occasion qui fait se tenir ensemble des sachants pour rendre un concept
fécond en le questionnant convenablement ? Ainsi, le Département de
philosophie, pour l’occasion qu’il offre à toute cette crème de pouvoir s’exprime
sur « Émergence et reconnaissance », vient pleinement assumer l’obligation qui est la
sienne de répondre à l’appel de l’Université.
Mesdames et messieurs,
Permettez qu’à ce niveau de mon propos, j’adresse les sincères remerciements du
comité d’organisation à Monsieur le Ministre des Infrastructures économiques,
Docteur Kouakou Koffi Amédé, notre Parrain, représenté ici par Monsieur Ekpini
Gilbert, son Directeur de Cabinet, pour son soutien et ses conseils. Je tiens également à
remercier Madame le Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche
scientifique, le Professeur Bakayoko-Ly Ramata, représenté ici par le Professeur
Bamba Abdramane, Directeur de la recherche au Ministère de l’Enseignement
supérieur et de la recherche scientifique, pour ses encouragements.

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Perspectives Philosophiques-Actes du colloque international, Volume I - Bouaké, les 03, 04 et 05 Août 2017

Chers participants, le comité d’organisation a travaillé avec engagement et


dévouement pour vous offrir les meilleures conditions d’accueil possibles. Mais malgré
cet engagement et cette volonté des imperfections pourraient être constatées. Je
voudrais, au nom du comité d’organisation, solliciter votre indulgence pour ces
faiblesses liées certainement à la finitude de l’homme.
Mesdames et Messieurs, nous sommes à une messe de la parole. Et de la
parole le sage Abron, Kwabenan Ngboko, dit:
« Kasa Bya Kasa. Kasa Yè Ya. Kasa Kasa a. Kasa Krogron », qui se traduit
comme suit :
« Toute parole est parole. Parler est facile et difficile. Qui veut parler, doit parler
clair, bien, vrai ». Puisse la transcendance permettre à chacun de parler clair, bien
et vrai.
Je vous remercie
Monsieur Abou SANGARÉ
Maître de Conférences

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Perspectives Philosophiques-Actes du colloque international, Volume I - Bouaké, les 03, 04 et 05 Août 2017

ALLOCUTION DU DIRECTEUR DU DÉPARTEMENT DE PHILOSOPHIE

--------------------------------------
Monsieur le Directeur de la recherche, Professeur Bamba Abdramane, Représentant
Madame le Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique,
Professeur Bakayoko-Ly Ramata,
Monsieur le Directeur de Cabinet, Monsieur Ekpini Gilbert, représentant le M. le
Parrain, le Ministre des infrastructures économiques, Docteur Kouakou Koffi Amédé,
Monsieur le Président de l’Université Alassane Ouattara
Monsieur le Doyen de l’UFR Communication, Milieu et Société
Mesdames et Messieurs les Doyens des UFR,
Mesdames et Messieurs les Directeurs de Centres et Chefs de services,
Mesdames et Messieurs les chefs de Départements
Mesdames et Messieurs les Enseignants-Chercheurs, chers collègues,
À nos invités et collègues venus du Burkina Faso, du Sénégal, du Congo
Brazzaville, du Niger, de la France et des universités ivoiriennes,
Chers étudiants,
Chers représentants des organes de presse,
Chers invités,
Mesdames et Messieurs,
Qu’il me soit permis, avant tout propos, en ma double qualité de chef de
Département et de Directeur de Publication de la revue Perspectives Philosophiques, de
remercier très sincèrement Madame le Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la
Recherche Scientifique, Le Professeur Bakayoko LY-Ramata, pour avoir accepté la
présidence de ce colloque.
Cette rencontre scientifique est organisée sous le parrainage du ministre des
infrastructures économiques, Docteur KOUAKOU Koffi Amédé. Si nous sommes en
ces lieux ce matin, c’est grâce à sa sollicitude, son esprit d’ouverture et son désir de
voir la réflexion se mettre au service de l’homme, de la société.

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Perspectives Philosophiques-Actes du colloque international, Volume I - Bouaké, les 03, 04 et 05 Août 2017

Nos remerciements vont également aux autorités de notre université, notamment au


Président, le Professeur Lazare Marcellin POAME, pour l’appui institutionnel, à
Monsieur le Doyen de l’UFR Communication, Milieu et Société, Professeur Azoumana
OUATTARA pour ses conseils et encouragements,
Nos remerciements vont enfin au Comité d’organisation de ce colloque et à tous
ceux qui ont effectué le déplacement à Bouaké, témoignant ainsi leur intérêt pour la
chose scientifique, à toute la presse, venue couvrir cette manifestation.
Mesdames et Messieurs, lorsque qu’une après-midi de 2015, à notre bureau, le
Professeur Kouakou et moi, entourés des collègues, membres du comité de rédaction de
la revue Perspectives Philosophiques, envisagions d’organiser un colloque
international, parce que convaincus que le monde universitaire ne peut vivre sans ce
type de rencontres, nous étions loin, bien très loin de penser que ce moment réunirait
aujourd’hui ces illustres invités que vous êtes, autorités administratives et politiques,
chercheurs, enseignants-chercheurs, étudiants, venant d’horizons divers.
Deux motivations ont été à l’origine du choix de thème de ce colloque.
Nous sommes des universitaires, mais citoyens d’un pays. Il est de notre devoir de
penser notre société. Nous le savons tous, l’émergence, en Côte D’Ivoire, est promue et
sous-tend la gouvernance actuelle. Il nous revient d’accompagner le politique dans sa
quête d’un bien-être du citoyen. Platon, dans la République, révèle que le désordre
social apparait quand chacun ne respecte pas sa fonction. Nous ne sommes pas des
hommes politiques, mais des penseurs voulant apporter leur contribution à la quête du
plein épanouissement de l’homme, de tout homme. Nous le ferons dans le respect du jeu
intellectuel et de l’éthique universitaire. C’est pourquoi nous mettrons l’accent sur la
dimension sociale de l’émergence.
En ce sens, il s’agira d’apporter un éclairage sur les enjeux de l’émergence qui
semblent se résumer en des chiffres, en des termes économétriques, au point de penser
qu’un pays émergent se caractérise par un accroissement significatif de son revenu par
habitant. Et pourtant, l’émergence n’est pas uniquement cela, c’est pourquoi nous
mettons ce concept en rapport avec la reconnaissance. Expression d’un besoin de
visibilité, de respect, de dignité que chacun estime dus, la reconnaissance semble bien
être la condition de l’épanouissement du sujet ou du groupe, et son aptitude à participer

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Perspectives Philosophiques-Actes du colloque international, Volume I - Bouaké, les 03, 04 et 05 Août 2017

à la construction de la vie publique. Il s’agira de voir, pendant ce colloque, si


l’émergence peut s’accommoder du déni de reconnaissance.
Pour notre génération prise, en effet, dans le vertige de la rationalité
instrumentale, dans une société de plus en plus atomisée, caractérisée par l’oubli de la
reconnaissance, qu’il soit individuel, fondé par le sujet universel de type kantien
d’approche honnetienne, ou collectif, culturel ou politique de la perspective de Charles
Taylor, symptôme d'un monde aplati, en quête d'une autodétermination
anthropocentrique incertaine, il est impérieux de repenser notre rapport aux autres mais
à nous-mêmes. Dans notre société technocapitaliste et totalitaire caractérisée par
l’uniformisation des cultures et des comportements, en effet, il n’est pas aisé pour
l’individu d’entretenir des rapports véritablement humains et vrais avec lui-même et
avec autrui. Inscrit dans une logique capitaliste, l’homme semble agir désormais par
calcul rationnel de ses intérêts, observateur à distance du jeu des forces et des chances
de gains, loin de toute empathie avec les autres humains. Ce rapport froid et
désenchanté au monde consiste à traiter ce monde et les êtres qui l’habitent comme des
objets. Cette réification va jusqu’à la fragilisation de l’auto-reconnaissance. La
réification comme telle est un oubli de la reconnaissance qui ne peut être réparé que par
le ressouvenir d’une existence avec les autres en société. C’est pourquoi, il convient de
convoquer l’émergence au tribunal de la raison critique.
Ce colloque a pour ambition de :
- Discuter et débattre autours de sujets relevant du social, de l’éthique, des droits
de l’homme et de la culture ;
- Présenter, dans une approche systémique les conditions de l’émergence ;
- Mettre en évidence la nécessité d’une approche interdisciplinaire dans la
recherche de l’émergence ;

Nous voulons alimenter le débat, faire de ce moment un lieu d’incubation de la


décision politique, c’est-à-dire permettre au politique de faire un choix éclairé.
Mesdames et Messieurs, au sortir de ce colloque, nous comprendrons aussi
certainement que la philosophie ne consiste pas à tenir des discours oiseux de types à
hypostasier les conditions sociales d’existence de l’homme. En ce sens, les Francfortois,
notamment Adorno affirme que si la philosophie ne veut rester à la remorque de l’histoire,

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Perspectives Philosophiques-Actes du colloque international, Volume I - Bouaké, les 03, 04 et 05 Août 2017

elle doit suspecter tout le réel. La philosophie est plus qu’un passe-temps pour des
intellectuels qu’on qualifierait de désœuvrés. Ce colloque est un appel à la communauté,
un appel à sortir de notre particularité pour retrouver le cosmos des éveillés, qui est pour
nous le monde de la pensée, devant projeter sa lumière sur l’univers traversé pas les
avatars de la modernité. Ce rôle sociétale de la philosophie convaincra certainement nos
autorités afin d’ouvrir le Département de Philosophie de l’Université Peleforo Gon
Coulibaly. Annoncé depuis au moins quatre ans, ce Département, malgré le nombre de
docteurs en philosophie y affectés, n’existe pas encore.
Je vous remercie
Monsieur Ludovic FIE DOH
Professeur Titulaire

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Perspectives Philosophiques-Actes du colloque international, Volume I - Bouaké, les 03, 04 et 05 Août 2017

ALLOCUTION DU PRÉSIDENT DE L’UNIVERSITÉ

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Monsieur le Représentant du Ministre des Infrastructures économiques,
Monsieur le Représentant de Madame le Ministre de l’Enseignement Supérieur et
de la Recherche Scientifique,
Monsieur le représentant du Préfet de Région,
Monsieur le représentant du Président du Conseil régional,
Monsieur le Maire de la Commune de Bouaké,
Madame et Monsieur les Vice-Présidents de l’UAO,
Monsieur le Secrétaire général,
Madame la Directrice du CROU,
Madame et Messieurs les Doyens des UFR,
Messieurs les Directeurs de Centre,
Mesdames et Messieurs les Chefs de service,
Mesdames et Messieurs les Chefs de département,
Madame et Messieurs les experts,
Mesdames et Messieurs les Enseignants-Chercheurs,
Chers collaborateurs du personnel administratif et technique,
Chers étudiants,
Chers amis de la presse,
Mesdames et Messieurs,
C’est avec un plaisir partagé par tous les acteurs de l’Université Alassane Ouattara
que je prends la parole, ce matin, à l’occasion du colloque international sur la
thématique de l’émergence en lien avec la Reconnaissance, organisé par le Département
de philosophie.
L’effectivité de ma joie singulière est structurée par l’idée que le Département de
Philosophie de l’Université Alassane Ouattara continue de faire jouer à ses principaux
animateurs le rôle qui doit être le leur, à savoir celui de toujours passer au crible de la

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Perspectives Philosophiques-Actes du colloque international, Volume I - Bouaké, les 03, 04 et 05 Août 2017

pensée critique les idées, les concepts à visée développementaliste, marqués du sceau de
l’ignorance, de la connaissance approximative ou d’une vulgarisation brumeuse.
C’est le sens qu’il me plaît de donner à ce colloque dont je salue la tenue à Bouaké,
à l’Université Alassane Ouattara, car il permettra certainement de mettre au jour et à
jour la complexité du concept d’émergence, ses dimensions et ses usages multiples,
perceptibles à travers les discours politiques, les débats de salon et les rencontres
scientifiques. Qu’est-ce que l’émergence ? Telle est la question inévitable à laquelle ce
colloque devra donc répondre.
Pour ma part, une appréhension globalisante du phénomène me permet d’affirmer
que si le concept a bien évolué depuis son émergence au début du 20ème siècle, il
apparaît à la conscience de l’analyste averti comme un mouvement ascendant, porté par
une totalité cohérente et conquérante, orientée vers une fin économiquement et
socialement désirée. L’émergence est un élan construit et constant préparant à un saut
qualitatif. D’un point de vue sociétal, elle suppose et présuppose une double
modernisation, celle des infrastructures et des institutions.
Autrement dit, nous attendons de ce colloque une bonne archéologie du concept
d’émergence, affranchi des premières ébauches des émergentistes. Ce sera l’occasion de
prémunir ce dernier contre les extrêmes de l’émergentisme technocratique et du
logocentrisme émergentiste.
En effet, en ses dimensions ontique et ontologique, l’émergence peut donner lieu à
des usages allant du technocratique au logomachique en passant par l’économocentrique
et le propagandiste. Elle doit, de manière impérieuse, se distinguer des notions
connexes, susceptibles de la rendre brumeuse, notamment la résurgence et la jactance
qui sont en fait des surgissements erratiques.
C’est pourquoi, nous attendons également de ce Colloque une consolidation
sémantique impliquant le polissage du concept d’émergence sans polysémie rébarbative
afin de faire émerger poliment une mentalité neuve, novatrice et constamment innovante
sous-tendue par un besoin rationnel de reconnaissance.
Mesdames et Messieurs, l’émergence étant la chose la mieux partagée dans tous les
pays en développement dont les citoyens aspirent à un mieux-être, cette mentalité

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Perspectives Philosophiques-Actes du colloque international, Volume I - Bouaké, les 03, 04 et 05 Août 2017

nouvelle devra s’incarner dans un nouveau type de citoyen, caractérisé par le respect
polyforme et exemplaire, transcendant les frontières de l’anthrophos et avec la force du
besoin de reconnaissance, porté sur les fonts baptismaux par la dernière figure de l’École
de Francfort, Axel Honneth.
La consolidation sémantique dont il est ici question devra s’accompagner d’une
vulgarisation scientifique du concept d’émergence. Ce type de vulgarisation doit
permettre de sortir le vulgaire de sa minorité au sens kantien du terme et de son
ignorance pour le réconcilier avec les valeurs fondatrices de l’Émergence sociétale
parmi lesquelles le sens du civisme et le culte du travail.
Fort heureusement, la Côte d’Ivoire, consciente du poids des impondérables
susceptibles de peser lourdement sur sa marche vers l’émergence, a adopté la voie
prudentielle, plus réaliste, celle qui recommande de fixer un horizon et non une date.
D’où l’expression « horizon 2020 » qui traduit une temporalité élastique et raisonnable.
Mesdames et Messieurs, je voudrais, à ce stade de mon propos, adresser les
remerciements de l’Institution à Monsieur le Président de la République et à son
gouvernement pour avoir pris la pleine mesure du défi que constitue l’émergence pour
tous les pays africains en voie de développement, en situation de mal développement ou
en passe d’être développés.
Je tiens également à remercier spécialement Madame le Ministre de l’Enseignement
supérieur et de la Recherche scientifique, le Professeur Bakayoko-Ly Ramata. En effet,
sous la houlette de notre Ministre de tutelle et des acteurs des Universités, l’on assiste à
une mue de l’Enseignement supérieur, appelé à apporter sa contribution à la marche de
la Côte d’Ivoire vers l’Émergence. J’en veux pour preuve ce colloque dont je félicite les
initiateurs et les organisateurs qui n’ont ménagé aucun effort pour réunir, sur le sol de
l’UAO, les enseignants-chercheurs et les experts nationaux et internationaux
susceptibles de débroussailler le terrain toujours en friche de l’Émergence.
Je ne saurais clore mon propos sans exprimer ma profonde gratitude au
Représentant du Ministre des infrastructures, Monsieur Gilbert Ekpini, porteur d’un
précieux message de la part du Ministre Amédé Koffi Kouakou, au Représentant du
Ministre de l’Enseignement supérieur, le Professeur Bamba qui, bien qu’averti à la
dernière minute, a tenu à effectuer le déplacement. Permettez enfin que j’exprime ma

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Perspectives Philosophiques-Actes du colloque international, Volume I - Bouaké, les 03, 04 et 05 Août 2017

gratitude aux Autorités de la ville de Bouaké. Je pense précisément au Préfet Konin Aka
dont le soutien ne nous a jamais fait défaut, au Président du Conseil régional, Monsieur
Jean Kouassi Abonouan, pour sa sollicitude constante et au Maire Nicolas Djibo, notre
partenaire exemplaire. Je n’oublie pas tous ceux qui ont accepté (étudiants, travailleurs,
hommes politiques), ce matin, de consacrer une partie de leur temps à l’Émergence
philosophiquement interrogée.
Je vous remercie
Professeur Lazare POAMÉ

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ALLOCUTION DU REPRÉSENTANT DU PARRAIN

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Mesdames et Messieurs,
Je voudrais, de prime abord, vous exprimer les sincères regrets du Dr. Kouakou
Amédé, Ministre des Infrastructures Économiques, de n’avoir pas pu personnellement
être présent à cette cérémonie d’ouverture, en tant que parrain de ce Colloque de la
pensée philosophique sur le thème « Émergence et Reconnaissance ».
C’est donc un réel honneur, pour moi, qu’il m’ait désigné pour le représenter à ce
colloque, en présence des plus hautes sommités de la réflexion philosophique de notre
pays.
Mesdames et Messieurs,
L’Émergence ! Voici un concept qui est aujourd’hui entré dans le vocabulaire de
tous les ivoiriens et qui est devenu, pour certains, simplement un slogan politique ; au
point où ce terme, qui est sensé traduire, avant tout, un niveau de développement
économique et social, est galvaudé du fait d’une utilisation à tort et à travers.
Par ailleurs, l’une des difficultés majeures de nos pays, dans l’approche socio-
économique du concept de l’émergence, est de définir le référentiel par rapport auquel
s’apprécie le niveau de développement. En somme, par rapport à quel pays doit-on
comparer le niveau de développement économique et social de nos États afin de savoir
s’ils sont émergents ou non ; d’où la notion de « Reconnaissance » !
En un mot, quelle entité est habilitée à reconnaître l’Émergence ? Sur quelles bases
s’établit cette Reconnaissance et comment se décerne cette Reconnaissance ?
Mesdames et Messieurs,
Il ressort donc, de ce bref examen du concept de l’émergence, que le thème
« Émergence et Reconnaissance » retenu pour votre colloque qui s’ouvre ce jour est des
plus pertinent et d’actualité.
En effet, pour reprendre la célèbre pensée de Boileau, « Ce qui se conçoit bien
s'énonce clairement - Et les mots pour le dire arrivent aisément »,
Si donc le concept de l’Émergence est mieux compris et donc mieux conçu pour
nos pays, il s’énoncera clairement en termes d’une meilleure orientation des politiques

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Perspectives Philosophiques-Actes du colloque international, Volume I - Bouaké, les 03, 04 et 05 Août 2017

de développement sociales et économiques ; et les mots pour le dire, c’est-à-dire leur


explication à nos populations, seront plus aisés parce que ces populations verront
concrètement les impacts de ces politiques dans leur quotidien.
Éminents et distingués Professeurs !
Lorsqu’autant de Maîtres du penser sont réunis, moins longs doivent être les
discours afin de laisser place à la libre expression du savoir.
Je voudrais donc clore mes propos sur ces mots et déclarer, au nom du Dr. Kouakou
Amédé, Ministre des infrastructures Économiques, ouvert le Colloque « Émergence et
Reconnaissance ».
Je vous remercie !
Monsieur Gilbert EKPINI,
Directeur de Cabinet du Ministre des Infrastructures Économiques.

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Perspectives Philosophiques-Actes du colloque international, Volume I - Bouaké, les 03, 04 et 05 Août 2017

AVANT-PROPOS : ARGUMENTAIRE

Plus qu’un vocable, le concept d’Émergence se pose, dans les pays en voie de
développement, comme un objectif à atteindre hic et nunc. Le flux temporel qui semble le
porter à l’horizon se spatialise à l’aune des aspirations et des potentialités économiques de
chaque État. La Côte d’Ivoire l’attend de 2020 ; le Sénégal, de 2025 ; le Cameroun, de
2035, etc. Et contre Lamartine, chacun murmure : « Ô temps, accélère ton vol ! ».
On parle d’émergence, concept introduit par les économistes de la Société
financière Internationale (SFI) dans les années 80, pour désigner initialement les pays
en pleine croissance et qui mériteraient la confiance et la reconnaissance des
investisseurs privés, mobilisant ainsi les ressources pour le financement des différents
programmes et projets. L’émergence correspond à un début d’industrialisation, de
croissance forte et durable, et de modernisation des institutions de l’État.
Si l’émergence est devenue le leitmotiv du discours politique désormais
indissociable de l’économie, c’est parce qu’elle semble s’inscrire dans un dualisme
ontologique avec la reconnaissance. La dynamique de l’intersubjectivité pose au moi la
réalité de l’autre comme un autre moi qui s’offusque des formes aliénantes. Elle traduit
aussi le retour à l’autre, dans l’ordre du symbolique, de ce dont on lui est redevable.
Ainsi, le statut de pays émergents se manifeste aux États sous-développés
comme le gage de leur reconnaissance non seulement en tant qu’espaces d’opportunité
renvoyant au devoir de reconstruction, mais aussi en tant qu’entités-sujets devant
bénéficier, en raison de leurs performances économiques, de l’estime et de la confiance
des investisseurs internationaux. Estime, confiance et respect, c’est d’ailleurs en ces
termes que Honneth marque le renouveau du concept de Reconnaissance. Cette
reconnaissance, en tant que valeur significativement proche des valeurs de considération
et de récompense, est aussi celle des populations exigeant de plus en plus une
redistribution équitable des richesses.
En outre, la dialectique entre émergence et reconnaissance est interactive et
signifie, de ce fait, que la reconnaissance peut fonder et légitimer l’émergence, qu’elle
peut la catalyser et l’entretenir. Dès lors, saisir l’émergence unilatéralement, c’est la
dévoyer, la galvauder, et c’est ignorer son lien irréductible, originel et non-monnayable
avec la Pensée. Aussi est-il nécessaire de la saisir dans la pleine mesure de son être, de

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son essence pour mieux articuler sa relation avec le devoir de reconnaissance. N’est-il
donc pas venu le moment de la reconnaissance si tant est que les pays émergents sont
ceux dans lesquels les niveaux de bien-être des populations, les taux substantiels des
opportunités d’emploi convergent vers ceux des pays développés ? Quelles sont les
réflexions et actions à mener pour rendre compatibles les concepts d’Émergence et de
Reconnaissance ?
C’est pour répondre à cette convocation du penser, que le Département de
philosophie de l’Université Alassane Ouattara a choisi de mobiliser la réflexion autour
du mécanisme d’osmose et de dialyse entre Émergence et Reconnaissance à partir des
sous-thèmes suivants :
- Éthique, Ontologie et Altérité
- Culture et Développement
- Gouvernance politique et Utopie
- Technosciences et Progrès
- Économie et Société.

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DA-SEIN COMME CHEMIN DE L’ÉMERGENCE :


DU CONFORMISME Ȧ L’EXCELLENCE

Alexis KOFFI KOFFI


Université Alassane Ouattara (Côte d’Ivoire)
[email protected]

Résumé :
L’émergence à laquelle aspirent la plupart des nations du monde entier, ne doit pas
être envisagée uniquement sous l’angle socio-économique. Bien plus, nous devons
absolument intégrer à la notion d’émergence sa dimension humaine oubliée. En cela, le
Da-sein en tant que mode de penser originel, nous apparaît comme le chemin d’une
émergence intégrale, dans la mesure où il nous ouvre au projet extatique et nous conduit
à une existence authentique selon nos propres possibilités inaliénables. En fait,
l’émergence intégrale dont le Da-sein constitue le lieu d’incubation se donne à entendre
comme une articulation harmonieuse et rigoureuse entre la pensée technicienne et la
pensée méditante : ce qui signifie, que l’émergence doit être, désormais, conçue comme
tension entre l’extérieur et l’intérieur, entre le visible et l’invisible afin qu’advienne
l’accomplissement historial des peuples de la terre.
Mots-clés : Conformisme, Da-sein, Émergence intégrale, Excellence, Pensée
calculante, Pensée méditante, Souci de l’Être.
Abstract :
The emergence to which most of nations aspire to the whole world should not be
viewed solely only from the socio-economic point of view. Moreover, we must
absolutely integrate into the notion of emergence its human dimension which is most of
the time forgotten. In this, the Da-sein as an original way of thinking appears to us as
the path of an integral emergence, insofar as it opens us up to the ecstatic project and
leads us to an authentic existence according to our own inalienable possibilities. In fact,
the integral emergence of which the Da-sein constitutes the place of incubation is to be
understood as a harmonious and rigorous articulation between the technical thought and
the meditative thought: this means that emergence must now be conceived as a tension
between the external and the internal, between the visible and the invisible, so that the
historical achievement of the peoples of the earth can be achieved.
Keywords : Conformism, Da-sein, Integral Emergence, Excellence, Calculating
Thinking, Meditative Thinking, Concern for Being.

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Introduction
Il existe dans la vie de tout peuple, de toute nation des moments où l’homme, dans
son « être-au-monde », désire ardemment accéder à un niveau supérieur de croissance
socio-économique. Cet état de maturité et de stabilité socio-économique est ce que l’on
nomme communément émergence. De son étymologie latine emergere, l’émergence
renvoie à un mouvement de sortie d’un état de minorité à un état d’excellence.
Malheureusement, le concept d’émergence, aujourd’hui, a pris un bain de brouillamini
eu égard à son caractère purement matérialiste voire économocentrique. Cette
dimension quantitative de l’émergence a été récupérée par le politique, qui n’envisage
que la croissance numérique au détriment de la croissance humaine. En ce sens, nous
comprenons aisément que ce qui importe c’est l’avoir et non l’être ; c’est le
développement économique et non intégral de l’homme. Or, à y voir de plus près, on se
rend bien compte que l’émergence, en son aspect matérialiste, n’est que la manifestation
de l’invisible qui rend visible le concept lui-même. Autrement dit, l’émergence en son
fond originel n’est que l’extériorisation de ce qui est intérieur, c’est-à-dire enfouie dans
notre être le plus profond. Car l’homme n’est homme que s’il peut se tenir debout pour
contempler l’Essentiel. L’émergence a donc une dimension cognitive voire ontologique,
qu’il ne faudrait pas occulter au risque de se fourvoyer soi-même. En tant que telle,
l’émergence à laquelle aspirent profondément la plupart des nations, surtout en Afrique,
présuppose une certaine disposition fondamentale rendue possible par un mode de
penser originel : Da-sein. Le Da-sein, en effet, loin d’être une écriture fantaisiste et
dénué de sens, est un concept clé dans le philosopher heideggérien, qui implique une
sorte de projet extatique dans lequel l’homme s’accomplit véritablement par son
pouvoir-être le plus propre. « Le Da-sein est toujours déjà « au-delà de soi » ; non pas
qu’il se comporte ainsi envers un étant qu’il n’est pas, mais il l’est comme être tendu
vers un pouvoir-être qu’il est lui-même » (M. Heidegger, 1986a, p. 241). De ce point de
vue, l’homme en tant que Da-sein n’a plus simplement le souci de son bien-être
(développement socio-économique), mais également de l’Être. De ce qui précède, nous
pouvons soutenir qu’émerger, c’est essentiellement avoir le souci de l’Être en passant
par ce mode authentique d’existence qu’est le Da-sein. Mais comment accéder au juste
à l’émergence ? Quel est le lieu situationnel du concept de l’émergence ? Qu’est-ce bien

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que le Da-sein ? En quoi, se donne-t-il comme chemin de l’émergence ? Le Da-sein


n’implique-t-il pas l’excellence ?
Voilà, autant de questions auxquelles nous tenterons de répondre dans la présente
analyse, pour que soit nettement perçu le rapport essentiel entre le concept de Da-sein
d’une part et la notion d’émergence de l’autre. Et cela, dans le seul but d’amener nos
nations à faire l’expérience de l’émergence intégrale, qui requiert que nous prêtons
attention à ce qui donne le plus à penser : à savoir la pensée de l’Être.

1. De la topologie du concept d’émergence : entre pensée calculante et pensée


méditante
Sans nul doute, si l’humanité a éprouvé, à un moment donné de son histoire, le besoin
d’émerger c’est parce qu’elle a réalisé son immersion dans quelque chose qui lui était
étrangère. L’aspiration profonde de l’homme à l’émergence est consécutive d’une prise de
conscience quant à son être-immergé. Mais, en quoi l’homme a-t-il pu immerger ?
Assurément, l’homme, de tout temps, a immergé dans la médiocrité, dans un obscurantisme
béat. C’est d’ailleurs, cet état de fait qui justifie l’avènement de l’Aufklärung, c’est-à-dire la
philosophie des Lumières, qui sera par la suite amplifiée par la raison instrumentale. En fait,
l’Aufklärung depuis son établissement désire se libérer de toute emprise des dogmes
religieux et de la connaissance mythologique. Dans sa volonté opiniâtre de se libérer de tout
ce qui n’est pas elle, la raison humaine envisage s’affirmer indépendamment de toute
croyance ; elle veut sortir des sentiers battus afin de se frayer son propre chemin. Cette visée
essentielle de l’Aufklärung, qui implique l’idée d’émergence est clairement évoquée par E.
Kant (1997, p. 16), à travers cette définition qu’il donne des Lumières : « Les Lumières se
définissent comme la sortie de l’homme hors de l’état de minorité, où il se maintient par sa
propre faute. La minorité est l’incapacité de se servir de son entendement sans être dirigé
par un autre. (…) Sapere aude ! (Ose savoir). Aie le courage de te servir de ton propre
entendement ! Voilà la devise des Lumières ». Comme on le voit, l’Aufklärung suppose
l’idée d’émergence, parce que justement cette sortie de l’homme hors de l’état de minorité,
s’apparente au concept d’émergence en son sens originaire, entendu comme mouvement de
sortie d’un état premier pour un état second.
Partant, l’homme éclairé émerge de cet état de minorité dans lequel il se retrouvait
pour s’affirmer comme être de raison. De cette façon, l’Aufklärung va fortement

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Perspectives Philosophiques-Actes du colloque international, Volume I - Bouaké, les 03, 04 et 05 Août 2017

contribuer à l’éclosion de l’esprit scientifique, disons de la pensée calculante. Cette


pensée dite calculante qui se déploie dans la science et la technique, n’a d’autre but
qu’un savoir pratique, utilitaire. Cela montre bien, que les technosciences ont pour lieu
de prédilection le réel dont elles se préoccupent en premier. Autrement dit, la science
tout comme la technique, dans leur mode de fonctionnement, proclament avant tout la
primauté du réel, à partir duquel elles réalisent leur objet d’étude. « La science s’assure
du réel dans son objectivité » (M. Heidegger, 1986b, p. 62). En s’assurant du réel dans
son objectivité, la technoscience engendre des sociétés dites industrialisées. Le niveau
de développement socio-économique de ces sociétés est tel que l’on parle de nations
émergeantes. Ainsi, l’émergence dans l’entendement du commun des mortels est
uniquement fonction du niveau de développement matériel, si bien que lorsqu’on
aborde la question l’on n’hésite pas à nous brandir des chiffres émanant de la pensée
calculante. Toutefois, cette façon de concevoir l’émergence par la pensée humaine
n’immerge-t-elle pas finalement dans la pensée calculante ?
Assurément. Car la pensée calculante qui relève du domaine du mesurable, nous
conduit parfois au misérable. Au fond, la pensée calculante, la raison technicienne, par
son activité dominatrice, nous dissuade quelquefois de séjourner dans l’essentiel, c’est-
à-dire dans la pensée méditante. « L’habitude possède en propre cet effrayant pouvoir,
de nous déshabituer d’habiter dans l’essentiel – et souvent de façon si décisive qu’il ne
nous laisse plus jamais parvenir à y habiter » (M. Heidegger, 1987, p. 141). La raison
instrumentale, dans son principe dominateur, ne laisse pas la moindre opportunité à la
pensée fondamentale de se déployer en tant que telle. Autrement dit, la pensée
calculante tient prisonnière la pensée méditante et lui impose son propre dicta. Avec le
progrès de la rationalité technico-scientifique, il nous est difficile de penser à
proprement parler, puisque cette dernière tend à nous assujettir. « Toutefois, notre
attachement aux choses techniques est maintenant si fort que nous sommes, à notre insu,
devenus leurs esclaves » (M. Heidegger, 1990, p. 145). Cela montre bien, que le
rapport de l’homme émergeant aux objets techniques est tel que celui-ci se retrouve lui-
même, sans en avoir conscience, dans une situation de dépendance totale vis-à-vis de
ces objets. La pensée calculante, qui tend ainsi à réduire tous les besoins de l’homme au
seul aspect matérialiste, ignore que l’homme n’est pas que matière. C’est d’ailleurs

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Perspectives Philosophiques-Actes du colloque international, Volume I - Bouaké, les 03, 04 et 05 Août 2017

pourquoi, il importe que nous intégrions à la notion d’émergence sa dimension


humaine, qui requiert que l’on puisse accorder à la pensée méditante une place de choix.
Étant donné que l’homme est tripartite c’est-à-dire qu’il est esprit, possédant une âme et
habitant dans un corps, il serait inconcevable d’envisager l’émergence uniquement sous
l’angle matériel, socio-économique.
Ainsi, le lieu du concept d’émergence oscille entre le matériel et la pensée. C’est
dire que ce lieu d’appréhension du concept d’émergence est tension entre l’extérieur et
l’intérieur. Les deux dimensions sont à prendre nécessairement en compte pour une
restitution du sens véritable de la notion d’émergence. Certainement, c’est dans cette
articulation de la matière et de la forme, du visible et de l’invisible que l’émergence
retrouve toutes ses lettres de noblesse. L’esprit riche en lui-même, la pensée qui se
médite elle-même trouve toujours de quoi façonner le monde. Par là, nous comprenons
qu’une chose ne peut véritablement émerger que lorsqu’elle se dirige vers la pensée
« bâtisseuse », qui seule tient et maintient l’édifice de l’humanité émergeante. « La
pensée « bâtisseuse » est du même coup pensée qui « élimine ». Suivant cette guise, elle
fait et tient fermement ce que le bâtiment peut porter, et bannit ce qui le met en péril »
(M. Heidegger, 2005, p. 81). Pour autant qu’elle bannit ce qui pourrait faire périr le
bâtiment de notre humanité aspirant à l’émergence, la pensée « bâtisseuse » nous permet
de nous tenir en verticalité afin d’honorer en nous le sens de l’humain. Et ce d’autant
plus, que l’homme qui pense est d’ores et déjà pris dans l’élément de la pensée, de telle
manière qu’il se situe dans une correspondance vivante par rapport à elle. « Penser
implique que le penseur soit toujours pris dans la pensée, inclus en elle » (C. Malabou,
2004, p. 120). En ce sens, l’évolution qui se donne dans l’émergence courante ne doit
nullement comprimer la liberté humaine, elle ne doit pas amener l’homme à se renier
soi-même. Bien au contraire, cette émergence évolutionniste doit conduire l’existence
humaine à s’accepter comme telle afin de s’affirmer en tant qu’existence vouée à la
pensée. « Le point de départ, c’est fondamentalement que la vie dit « oui » à elle-même.
En tenant à elle-même, elle déclare qu’elle s’estime » (H. Jonas, 2005, p. 138). En ne
tenant qu’à elle-même, la vie n’a pour référence qu’elle-même. Cela voudrait dire,
qu’elle n’a pour seul modèle que la vie elle-même. Malheureusement, plutôt que d’avoir
pour modèle de vie la vie elle-même, l’homme actuel semble adopter un mode de vie

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qui lui est impropre. Assurément, ce mode de vie impropre que l’on remarque dans ce
qu’il convient d’appeler la quotidienneté du « On » apparaît comme une véritable pierre
d’achoppement à l’idée d’émergence.

2. La quotidienneté du « on » comme entrave à l’idée d’émergence


Détermination existentiale du Dasein dans le philosopher heideggérien, l’être-avec
est cela même que j’ai toujours en propre. En ce sens, l’être-avec caractérise l’être
profond du Dasein qui, tel qu’il se donne, est chaque fois déjà mit-sein. Comme mit-
sein, le Dasein est un coexistant et son existence une coexistence. Dans cette
coexistence qui est aussi rapport nécessaire à l’autre, le Dasein culbute, le plus souvent,
dans le mode d’être des autres, c’est-à-dire dans le « On ». Autrement dit, le Dasein, au
cours de son parcours existential, s’expose, parfois, à des existants à l’aliénation, à la
déchéance. Dans cette situation de déréliction, le Dasein se perd et se retrouve englouti
par la dictature du « On ». Cela voudrait dire, qu’au sein du monde et parmi les autres,
nous existons très souvent non selon nos propres possibilités mais plutôt en conformité
au mode d’être d’autrui. De la sorte, autrui conditionne mon existence, il l’assujettit.
« Et comme l’on se porte constamment au devant de chaque Dasein en le dispensant
d’être, il le maintient et accentue son opiniâtre domination » (M. Heidegger, 1986, p.
171). Ainsi, tout se passe comme si l’homme subissait une irrésistible pression de la
part des autres qui, dès lors, se substituaient en quelque sorte à son propre pouvoir-être.
Notre être authentique se dissout complètement en cet être commun et grégaire qui se
révèle à travers la quotidienneté du « On ». Mais, en quoi la quotidienneté du « On »
entrave-t-elle l’idée d’émergence ?
Dans la quotidienneté du « On », l’homme a tendance à se conformer au mode d’être
des autres plutôt qu’à lui-même. Dans ce conformisme existentiel, l’homme ne vit plus
comme il devrait vivre, mais comme « On » vit. Si nous désirons être nous-mêmes et
accéder à notre propre vérité, nous devrions absolument « changer de regard » en nous
exerçant à la pure vision de « réveiller cette faculté que tout le monde possède, mais dont
peu font usage » (Plotin, 1956, p. 105). En faisant bon usage de cette faculté essentielle
qu’est la pensée, nous comprendrions que si l’émergence se donne comme un idéal
humain auquel toutes les sociétés aspirent, il faut cependant reconnaître qu’il n’y a pas
d’émergence archétypale. C’est pourquoi, dans la recherche de l’émergence, le

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Perspectives Philosophiques-Actes du colloque international, Volume I - Bouaké, les 03, 04 et 05 Août 2017

conformisme que suppose la dictature du « On » se présente comme un danger


permanent, une menace sérieuse. Cela est d’autant plus vrai, qu’aujourd’hui, lorsque le
politique évoque l’idée d’émergence, il le fait toujours par rapport à un modèle si bien
qu’elle perd toute originalité. Or justement, l’originalité qui puise sa source dans la pensée
originelle elle-même est ce qui caractérise chaque individu, chaque peuple et chaque
nation. Cela montre bien la nécessité de « changer de regard » afin d’apprendre la pensée
dans un recueillir essentiel, qui seul, nous prédispose à l’émergence authentique.
« Apprendre à penser c’est, d’une part, repérer dans les choses qui viennent à notre
conscience celles qui sont le signe déformé de leur essence et, d’autre part, tenter de les
garder comme pensable » (C. Courtin, 2012, p. 4). En apprenant ainsi à penser
fondamentalement les choses, chaque nation est appelée à penser substantiellement
l’émergence. En cela, nous ne saurions exclure l’ouverture aux autres nations
émergeantes. Il faut certes s’ouvrir aux autres mais ne pas se conformer à eux. Cela
signifie que, dans la quête de l’émergence de nos nations, nous devons nous instruire du
modèle d’autres nations émergeantes tout en gardant notre particularité. Car il est clair
qu’il ne saurait y avoir d’émergence paradigmatique au sens d’un prêt à porter. Toute
émergence émerge de son propre fond d’où il a été immergée.
Aussi la quotidienneté du « On » se donne-t-elle comme obstacle à l’émergence,
parce que l’emprise du « On » sur les êtres, en tant qu’indéterminé pur, aboutit
finalement sur l’irresponsabilité. Ȧ toute question sur la responsabilité, chacun se
réfugie dans l’anonymat du « On ». De cette façon, chaque être-là se décharge de son
propre jugement et de sa propre décision sur le « On » qui n’est personne en fait.
Inéluctablement, cette irresponsabilité nous conduit à une existence inauthentique, c’est-
à-dire à une existence superficielle dépourvue d’initiative personnelle. Sous le mode de
l’inauthenticité, notre existence apparaît comme celle d’un être irresponsable, parce que
nous n’avons aucunement souci de l’Être. En conséquence, nous ne saurions agir par
nous-mêmes et assumer notre être-là-au-monde, puisque nous avons basculé dans la
banalité quotidienne caractérisée par le « On ». Or, c’est bien en toute responsabilité que
la question de l’émergence doit être abordée. Autrement dit, la réalisation de
l’émergence en son effectivité requiert que nous soyons responsables en assumant
pleinement et en toute conscience notre existence. Sans nul doute, l’irresponsabilité à

Alexis KOFFI KOFFI 73


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laquelle nous conduit la quotidienneté du « On » engendre le bavardage. Le bavardage,


en effet, en tant que mode impropre du parler de l’existence déchue, nous amène à
régler notre compréhension des choses du monde sur un être-exprimé préétabli,
prédéterminé qu’il convient de nommer « on-dit ». La plupart du temps c’est d’après le
discours populaire du « on-dit », que l’homme se fait une certaine entente de soi-même
– c’est en fonction de la propagande du « on-dit » qu’il parvient à se faire une idée de
lui-même, même si cela n’est pas toujours ce qu’on attend de lui. « L’équivoque telle
qu’elle sévit dans l’état d’explicitation en cours sur la place publique fait passer pour
événement véritable les pronostics dont on bavarde et les pressentiments sur lesquels se
jette la curiosité et elle taxe réalisation et action de superfétatoire et d’insignifiantes »
(M. Heidegger, 1986a, p. 222).
Ainsi, le « on-dit » qui se propage sous la forme de rumeur constitue l’état
d’explicitation quotidienne au sein duquel l’homme se développe de prime abord. C’est
toujours et d’abord dans le déploiement du discours public du « on-dit » que nous nous
situons. Cependant, aussi longtemps que notre être-là s’en remettra au « on-dit », il se
maintiendra dans le suspens qui le priverait de tout rapport authentique avec lui-même,
avec le monde et avec autrui. Autrement dit, tant que notre être-là se référera au
discours quotidien du « on-dit », il nous sera difficile voire impossible d’expérimenter
une existence authentique, susceptible de nous propulser vers l’émergence. « Tant que
le Dasein s’en tient au on-dit, il est coupé en tant qu’être-au-monde des rapports d’être
primitifs et véritablement originaux à l’égard du monde, de la coexistence et de l’être-au
lui-même » (M. Heidegger, 1986a, p. 214). Dans ces conditions, le Dasein gagnerait à
transcender cet état moyen d’explicitation que lui offre le discours populaire du « on-
dit », afin d’accéder à une appréhension substantielle de soi et du monde. D’où le
passage du Dasein au Da-sein, qui traduit bien ce saut qualitatif de l’homme ek-sistant à
travers le projet extatique. En tant que tel, le Da-sein se donne comme le lieu de culture
de l’excellence, qui nous ouvre au chemin de l’émergence intégrale.

3. Da-sein et culture de l’excellence : chemin de pensée pour une émergence


intégrale
Le Dasein dans la terminologie heideggérienne renvoie à l’homme en tant qu’étant
privilégié capable de se tenir dans la proximité de l’Être. Se tenant ainsi dans le

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voisinage de l’Être, l’homme est, en tant qu’être-jeté, c’est-à-dire ne s’appartenant pas à


lui-même, pro-jeté. « Être-jeté ne saurait signifier être livré à soi-même, mais plutôt que
l’homme ne se possède pas lui-même, il n’est pas puissant sur lui-même, en ce sens, il
est cette impuissance dont nous parlions » (J. Wahl, 1998, p. 181). En tant qu’il est cet
être impuissant, l’homme a besoin pour son accomplissement de séjourner dans
l’Ouvert. Trouvant de la sorte séjour dans l’Ouvert qui l’ouvre à l’ouvertude de la vérité
de l’Être, l’homme Dasein devient Da-sein. En réalité, le Da-sein, tel qu’il se présente,
a toujours déjà regagné sa véritable patrie dont il garde la mémoire. « Le Da-sein répond
à ce pourquoi il est ; il garde mémoire de sa patrie. En en gardant mémoire, il se remet à
l’être et rend simultanément le don de l’être à lui-même » (M. Caron, 2005, p. 38). De
cette façon, le Da-sein institue le rapport ententif de l’être de l’homme avec l’Être.
Mais, en quoi le Da-sein se donne-t-il comme culture de l’excellence conduisant sur le
chemin de l’émergence intégrale ?
Le Da-sein, en sa structure interne, est toujours prédisposé à correspondre à l’appel
de l’Être dont il a souci. En réalité, l’homme qui a le souci de l’Être et qui porte
attention à son propre égard est tourné vers la profondeur. De là, il se démarque de la
médiocrité de l’existence commune pour se porter vers l’excellence de l’existence
authentique. Cette existence authentique qui se révèle dans le Da-sein implique une
pensée fondamentale. En fait, la pensée dite fondamentale, contrairement à l’esprit
scientifique, ne vise pas un objet extérieur, encore moins une fin utilitariste. Se situant
en dehors de toute vue théorique, pratique voire pragmatique, la pensée pensante se
porte vers elle-même pour se penser en profondeur. Comme on peut le remarquer, une
telle pensée n’a pour visée essentielle qu’elle-même et non autre chose ; elle vise moins
à un résultat qu’à s’accomplir soi-même. « La pensée est supérieure à toute action et
production, non par la grandeur des réalisations ou par les effets qu’elle produit, mais
par l’insignifiance de son accomplir qui est sans résultat » (M. Heidegger, 1964, p. 165).
Eu égard à la position privilégiée qui est la sienne, la pensée fondamentale doit être
sauvegardée, elle doit être maintenue en son élément.
Pour ce faire, l’homme doit ek-sister, c’est-à-dire qu’il doit se projeter hors de soi
pour se prodiguer dans l’Être. En ce sens, la pensée et l’Être demeurent intimement liées
de telle manière que penser signifierait s’aventurer sur la voie mystérieuse de l’Être. La

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pensée qui se pense à partir d’elle-même, est aussi et essentiellement pensée de la vérité
de l’Être. « La pensée est comme pensée liée à la venue de l’Être, à l’Être en tant qu’il est
la venue » (M. Heidegger, 1964, p. 169). Ainsi, le Da-sein se présente comme culture de
l’excellence, et donc de l’émergence intégrale, parce qu’il nous ouvre au projet extatique
et nous dispose à penser fondamentalement les choses. « En tant qu’il est le là à partir
duquel l’être se donne un lieu », selon M. Caron (2005, p. 41), le Da-sein est assurément
le lieu d’avènement d’une émergence intégrale. Autrement dit, c’est parce qu’en lui ce qui
donne lieu a lieu que le Da-sein peut se révéler comme étant le lieu-tenant de l’émergence
intégrale, c’est-à-dire le lieu où l’émergence intégrale se tient et se maintient en tant que
telle. Mais, que pouvons-nous entendre par émergence intégrale ?
L’émergence intégrale, en effet, se préoccupe aussi bien du bien-être de l’homme que
de son être intérieur dans l’attention de la pensée méditante. Comme telle, elle ne saurait
privilégier le seul aspect physique de l’homme au détriment de sa dimension cognitive.
Dans la mesure où elle émerge de son propre fond originaire, l’émergence intégrale retire
l’homme de sa situation d’être-étranger afin de l’amener à regagner sa véritable patrie par
une éclosion de la vérité de son être-soi le plus propre. « Le vrai, le substantiel est ce où
l’homme se retrouve pleinement chez soi » (A. Dibi, 1994, p. 45). L’émergence intégrale
est certainement révélatrice de ce substantiel, parce qu’elle procède elle-même de la
substantialité de l’Être. Pour autant qu’elle intègre intégralement le domaine de l’Être en
sa substantialité, l’émergence intégrale atteint l’homme à sa racine. Et, l’homme qui a le
souci de lui-même et qui porte attention à son être-là historial est dirigé vers la profondeur
des choses. Se diriger vers la profondeur des choses, c’est avant tout s’orienter vers l’Être
en sa substantialité. De là, il s’ensuit incontestablement que l’homme se démarque
toujours de la médiocrité de l’existence ordinaire pour se porter vers le fondement ultime.
De cette façon, l’homme se projette sur son pouvoir-être qui lui est propre en vue d’une
existence authentique. « Mais se projeter sur son pouvoir-être le plus propre veut dire :
pouvoir s’entendre soi-même dans l’être de l’étant ainsi révélé : exister » (M. Heidegger,
1986, p. 317). Sans nul doute, l’émergence intégrale qui implique l’existence authentique,
rend possible cette projection de l’homme en son pouvoir-être le plus propre en vue de sa
pleine réalisation. Cette projection de l’homme en son pouvoir-être le plus propre est
aussi projection sur la nature.

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Dès lors, nous comprenons aisément que l’émergence intégrale prend en compte
l’homme aussi bien sur le plan naturel que spirituel. « Ainsi la réalité de l’homme
oscille absolument entre la dépendance de la nature qui est vie et l’engagement de
l’existence qui est histoire » (J-G. Tanoh, 2006, p. 336). Si la réalité de l’homme oscille
entre la dépendance de la nature et l’existence humaine, l’émergence intégrale est une
articulation harmonieuse entre le naturel et le spirituel, entre la pensée calculante et la
pensée pensante. Ce qui suppose que l’effectivité de l’émergence intégrale tient
nécessairement dans le strict respect des exigences de cette articulation. Et, c’est
seulement dans la mesure où l’émergence intégrale amène l’humanité à en avoir
pleinement conscience, que les États du monde entier pourront parvenir à émerger
véritablement. Ainsi, seule une tradition « créatrice » impliquant une certaine ouvertude
de notre être-là à soi et au « monde », pourra nous permettre d’accéder à l’émergence
intégrale à travers une historicité authentique de l’exister humain. C’est donc par une
compréhension de soi et de son « monde », que l’être humain cessera d’être prisonnier
de l’histoire et parviendra à une émergence authentique, en tant que celle-ci participe de
l’accomplissement essentiel de son être-là historial. Car la véritable histoire, c’est celle
de l’Être, qui s’historialise pour l’homme, c’est-à-dire qui se « déploie-en-présence »
pour l’essence de l’homme. « Il y a, pensé plus originellement, l’histoire de l’Être, à
laquelle appartient la pensée, comme mémorial-pensé-dans-l’Être de cette histoire et
advenu par elle » (M. Heidegger, 1964, p. 89). Dans ce déploiement originel, l’Être
conduit l’humanité à accomplir constamment son existence. Ce qui importe donc pour
l’homme, c’est moins une conquête historique de soi focalisée sur des préoccupations
d’ordre socio-économique, qu’une réappropriation de son être-là historial. Se
réapproprier son être-soi par une relation substantielle à l’Être constitue une nécessité
par laquelle les sociétés humaines actuelles désireuses d’émerger, peuvent certainement
se soustraire à la conflagration future de leur monde afin de donner un contenu
humanisant voire existential à leur histoire.

Conclusion
Comment parvenir à l’émergence ? Telle a été la question principale à laquelle nous
avons tenté de répondre au cours de la présente analyse. Dans l’entendement du
commun des mortels, la voie royale pour accéder à l’émergence reste celle que nous

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offre la pensée calculante à travers les technosciences. Cette façon de concevoir


l’émergence sera très vite récupérée par le politique, qui semble envisager l’émergence
uniquement sous l’angle socio-économique. Ce n’est donc pas que nous nous opposons
de manière rigide à ce type d’émergence. Seulement, notre unique intention est
d’intégrer à cette émergence socio-économique, sa dimension humaine sans laquelle
elle serait incomplète. En ce sens, nous pensons que le concept d’émergence comme tel
se donne, avant tout, comme tension entre l’extérieur et l’intérieur. De ce point de vue,
il est clair que le nouveau chemin de l’émergence apparaît comme chemin de pensée
rendu possible par le Da-sein. Pour le Fribourgeois, en effet, nous sommes nous autres
hommes, à la différence des plantes et des animaux, des étants particuliers qu’il nomme
Dasein. En tant qu’étant particulier, le Dasein, c’est-à-dire l’être-là est capable d’éclore
à sa propre vérité à partir de la vérité de l’Être. Étant désormais conscient de cette
position privilégiée qui est la sienne, le Dasein, par un saut qualitatif, devient Da-sein.
En fait, le Da-sein en tant qu’ « être-le-là-de-l’être » présuppose un projet extatique
dans lequel l’homme ek-sistant s’inscrit résolument, afin de penser fondamentalement
les choses. « La pensée qui par essence appartient à l’ouverteté (die offenbarkeit) de
l’être, est d’abord la pensée que l’on considère comme la marque distinctive de
l’homme » (M. Heidegger, 1990, p. 241). Ainsi, le Da-sein se donne comme chemin de
l’émergence, parce qu’il nous amène à nous départir de la médiocrité de l’existence
ordinaire pour une vie d’excellence dans l’Ouvert. Partant, le Da-sein en tant que mode
de penser substantiel demeure le lieu d’expérimentation de ce qu’il convient d’appeler
l’émergence intégrale, qui se présente comme une articulation harmonieuse entre le
physique et le spirituel, entre la pensée technicienne et la pensée méditante.

Références bibliographiques
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Strateca Diffusion.
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Paris, Payot et Rivages.

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HEIDEGGER Martin, 1986, Essais et conférences, trad. André Préau, Paris,
Gallimard.
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HEIDEGGER Martin, 2005, Achèvement de la métaphysique et poésie, trad.
Adéline Froidecourt, Paris, Gallimard.
KANT Emmanuel, 1997, Histoire et progrès. Idée d’une histoire universelle.
Qu’est-ce que les Lumières ?, trad. Jean-Christophe Goddard, Paris, Hachette.
MALABOU Catherine, 2004, Le change Heidegger. Du fantastique en philosophie,
trad. Paris, Éditions Léo Scheer.
PLOTIN, 1956, Les Ennéades I, trad. Émile Bréhier, Paris, Les Belles Lettres.
TANOH Jean-Gobert, 2006, Concept vivant et choix : horizon d’une possibilisation
de l’être africain, in Ethiopique, n°76, 1er semestre.
WAHL Jean, 1998, Introduction à la pensée de Heidegger, Paris, Le livre de poche.

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