L’évolution de la philosophie avec la science
a- la philosophie comme la mère des sciences
L’histoire de la philosophie, selon Jean François THONNARD, est l’exposé rationnel des efforts faits par l’esprit
humain aux différentes époques, pour découvrir la vérité touchant les racines dernières et les plus universelles
des choses. Elle est un savoir encyclopédique qui ne fournit pas des résultats apodictiques après élucubration.
Selon Karl Jaspers dans son ouvrage intitulé « introduction à la philosophie » la philosophie n’est pas une
science exacte et ne doit pas être confondue à la science car elle surgit avant toutes les sciences ainsi ne fournit
pas des résultats apodictiques après élucubration. Heidegger dans son ouvrage intitulée «introduction à la
pensée de Heidegger» a élucidé ce qu'était la philosophie, et il était arrivé à dire qu'elle a à être avant tout une
relation confiante, libre et originale avec les choses dans leur ensemble. Comparant le mot à d'autres termes
désignant les sciences, il avait dit que le mot “philein " a dans le mot "philosophie" un sens différent de celui
qu'il a, par exemple, dans celui de “philologie”. Celle-ci est l'étude du logos, et le mot “philein " y signifie une
sorte d'étude qui s'attache au “logos”, qui a de l'attachement pour le logos. Tandis que dans le mot
philosophie, le mot “philein” indique au contraire l'objet de la relation. La philosophie est la sagesse de ce
“philein ", c'est-à-dire de cette parenté avec les choses. Heidegger avait ensuite dit que la philosophie ainsi
définie doit être distinguée d'avec la science. Depuis sa naissance dans l’antiquité , elle s’est appropriée un rôle
particulier au sein des diverses sciences en participant à leur progression , notamment en posant les problèmes
de base , pour ensuite élaborer des explications aux différents phénomènes , c’est dans cette perspective
Aristote affirme que la philosophie représentait dans l’antiquité la science suprême , celle des premiers
principes et des premières causes .les autres sciences , et notamment la physique recevaient d’elle leurs
fondements. Cette alliance s'est trouvée brisée au XVIIe siècle, avec l'apparition de la méthode expérimentale
et le développement des sciences positives. Depuis cette époque, la science et la philosophie n'ont cessé de
s'éloigner l'une de l'autre. Cette séparation n'a pas seulement dissocié ce qui était autrefois réuni, mais a
bouleversé de fond en comble le sens même du projet scientifique. La science moderne semble en passe de
réaliser le rêve cartésien de rendre l'homme comme « maître et possesseur de la nature ». Elle devient à ce
titre le dépositaire de tous les espoirs de qui attend l’humanité d'elle ce que la philosophie n'a pas réussi à lui
offrir, c'est-à-dire son bonheur ou plutôt son bien-être matériel
b- la philosophie et la science : évolution conjointe
Pour la majeure partie de leur histoire, celles que nous distinguons aujourd’hui comme étant les sciences
et la philosophie marchèrent ensemble, sans qu’on les sépare en deux domaines distincts de la
connaissance. On n’a qu’à nommer quelques grands noms pour s’en apercevoir : Aristote, Galilée,
Descartes, Newton, Leibniz, Darwin, Durkheim, Mach, Rutherford, Einstein, Bohr, etc. Aristote avait des
dizaines de disciples recueillant pour lui des données d’histoire naturelle ; Descartes ne se réservait que
quelques jours par mois pour la philosophie, faisant le plus souvent de la physique et des mathématiques ;
Newton a intitulé son ouvrage majeur Principia Mathematica Philosophia Naturalis ; Einstein et Bohr
s’adonnaient à un débat de pointe en métaphysique. Et la liste pourrait continuer longtemps. Pour tous ces
penseurs, la recherche empirique et celle spéculative – en termes contemporains, certains diraient
scientifique et philosophique – sont de toute évidence complémentaires. La scission de la recherche en
deux champs distincts n’est arrivée que bien tardivement dans l’histoire. Le philosophe grec Aristote, en
développant la logique, est un des fondateurs de la science. En effectuant un survol historique des points
tournants dans l’évolution de la méthode scientifique contemporaine, nous verrons comment la logique
aristotélicienne l'a influencée, en gardant toujours à l'esprit qu'à l'époque classique, la philosophie n'était
pas séparée de la science. En effet, le philosophe qui recherchait les causes des choses s'engageait, par le
fait même, dans l'étude proprement scientifique, la science étant, au sens ancien, la connaissance des
causes. Nous définirons donc ainsi la science : tout savoir de nature universelle et nécessaire comportant
un ensemble de connaissances sur un objet déterminé.
c- Les premières distinctions entre la science et la philosophie
L’origine historique de cette scission se trouve dans la révolution scientifique des XVIe et XVIIe siècles,
inaugurée par Galilée en physique. Selon cette vue, la naissance de la science correspondrait à l’abandon du
sens commun ; de son côté, la philosophie serait restée plus proche du sens commun. Pour cette raison, les
ouvrages portant sur la naissance des sciences modernes lient souvent celle-ci à l’acceptation d’une
méthodologie qui permet de contrôler expérimentalement l’aspect spéculatif de la connaissance. En
philosophie, au contraire, le cadre de recherche est constamment remis en question et tout doit être
recommencé à zéro à chaque fois. En fixant ainsi le cadre à l’intérieur duquel ils allaient œuvrer, les penseurs
ayant influencé le développement des sciences modernes espéraient arriver à échapper à cet inlassable retour
à la case départ. De nos jours par contre, à tort ou à raison, plusieurs courants de pensée soulignent avec
insistance que cette « acceptation d’un paradigme » s’est faite à un prix trop élevé : étroitesse de vue,
déshumanisation de la connaissance, désocialisation des penseurs explication au détriment de la
compréhension, oublis des questions de fond, etc. Cependant, aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, la séparation
n’était pas encore consommée. Ce n’est que vers le milieu du XIXe siècle que certains groupes se sont
proclamés exclusivement « scientifiques » et qu’ils ont voulu couper tous les ponts avec la philosophie. La
naissance de la science est pourtant graduelle et sans rigueur. Par exemple, parmi les présocratiques qui
s'intéressent aux questions cosmologiques, quelques-uns affirment poétiquement que le monde est un navire
flottant sur l'eau, et expliquent scientifiquement que tous les êtres proviennent de la raréfaction et de la
condensation de l'eau qui est l'être primordial. Ces philosophes ont alors tendance à réduire, un peu
radicalement, l'explication de tous les phénomènes naturels à une seule cause. Mais la diversité des théories
cosmiques et la difficulté de les vérifier dans un monde toujours en flux détournent éventuellement l'attention
des philosophes du monde sensible vers les lois et les conventions du monde humain.
d- La séparation entre la philosophie et la science
le développement des sciences modernes a amené une importante réorganisation des disciplines
traditionnelles. Alors qu’il n’y avait jadis qu’une philosophie naturelle, maintenant il y a la philosophie et la
science, qui elle-même est subdivisée. Ainsi, la situation actuelle se dessine ainsi: il y a deux disciplines qui ont
comme visée la vérité, mais ayant des méthodes, des objets, des institutions et des préoccupations souvent
différentes. Aristote a été le premier philosophe à présenter explicitement une méthode scientifique. Telle que
nous l'avons décrite, l'expérience est un procédé inductif qui donne une orientation empirique à la science.
Cette orientation est appuyée par l'affirmation d'Aristote qui soutient qu'il faut toujours vérifier le savoir dans
le monde sensible, lequel, étant la réalité de l'individu concret est la mesure de la vérité de la science. De plus,
la logique aristotélicienne fonde l'aspect rationnel de la méthode puisqu'elle enseigne la structure du
syllogisme ainsi que le rôle de la définition et celui du langage. La reconnaissance de la contribution significative
d'Aristote dans la classification des espèces, la taxonomie, témoigne de l'utilité actuelle de sa logique dans
l'organisation des faits empiriques et permet d'en rendre compte. Finalement il distingue les différentes sortes
de syllogismes, ce qui lui permet de reconnaître deux rôles principaux de la science. Le savoir peut-être
théorique ou pratique, c’est à-dire spéculatif, ou en vue d'agir et de faire. Autrement dit on peut connaître
simplement pour connaître ou bien connaître pour réaliser pratiquement quelque chose à l'aide du savoir.
L'originalité d'Aristote réside d'abord dans sa logique par laquelle il a rassemblé et organisé, dans un système
compréhensif et cohérent la diversité des savoirs élaborés par plusieurs philosophes précédents.