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Lutte Contre La Corruption

la corruption dans le milieu des affaires

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L a multiplication des dispositifs visant à lutter contre la corruption est souvent analysée à

travers le prisme de la pression extérieure et, ce faisant, de l’instrumentalisation politique


nationale d’une mode internationale faite de moralisation de la vie publique, d’influences
géopolitiques, de diffusion de normes et de critères organisationnels. La politique suivie au
Maroc est alors comprise comme du mimétisme en vue d’une reconnaissance internationale,
d’un accroissement de la crédibilité et de la légitimité internationale du pays. Il est vrai que
l’énumération des mécanismes et des dispositifs mis en place pourrait le laisser penser tant on
y retrouve les « recettes » expérimentées ailleurs [1] : adoption de lois stéréotypées et
ratification de conventions internationales, réformes administratives inspirées des principes
néolibéraux globaux, recours à des dispositifs techniques censés éloigner les usagers des
fonctionnaires, simplification institutionnelle et bureaucratique… L’accélération du processus
à partir du début des années 2000 est ainsi comprise comme le fait du prince, en l’occurrence
du Roi, non seulement pour répondre à ces attentes internationales mais aussi à celles d’une
société civile elle-même influencée par les organisations non gouvernementales spécialisées
sur la question de la transparence et de la lutte contre la corruption.

Mais peut-on s’arrêter là ? Il est pour nous difficile de s’en tenir à cette explication tant ce
processus a été riche de conflits sur l’opportunité de ces mécanismes, de tensions autour de
leurs contours et de leur contenu, de stratégies d’appropriation et de contournement dans leur
mise en œuvre. Il nous a paru plus opportun, et plus riche analytiquement, d’observer
l’insertion de cette stratégie de lutte contre la corruption dans les changements de la vie
politique et sociale et de chercher à comprendre quelles sont les bases sociales qui permettent
aux divers mécanismes et dispositifs de lutte contre la corruption de se déployer, et donc de
leur donner leur signification.
Depuis une dizaine d’années, et plus intensément encore depuis la définition par le
gouvernement dirigé par le technocrate Driss Jettou du plan d’action de lutte contre la
corruption en mai 2005, tout un arsenal juridique a été mis en place au Maroc [2] . Le dahir
(du 31 décembre 1998) sur les marchés publics a connu des aménagements réguliers, la
convention des Nations Unies sur la lutte contre la corruption a été signée en 2003 et ratifiée
en mai 2007, la loi sur le blanchiment a été votée à la fin de la même année, tandis que le
projet de loi sur la déclaration du patrimoine a été adopté en Conseil de gouvernement en
février 2007. Le gouvernement a décidé depuis 2005 de mettre en place une Haute Autorité
sur la question, l’Instance centrale de prévention de la corruption (ICPC), qui est finalement
entrée en fonction fin 2008. Parallèlement, une partie de la réforme administrative lancée
depuis le début des années 2000 a précisément pour but de lutter contre la « petite
corruption » : développement de l’administration électronique pour éviter le contact
systématique et rapproché des fonctionnaires et des administrés, remplacement de services
multiples par une politique de guichets uniques, notamment pour les investissements,
élimination des autorisations pour les petits commerces, privatisation des services publics et
systématisation de la délégation, publicisation de la répression des « agents d’autorité »
indélicats (gendarmes, juges…). Pour la « grande corruption », la montée en puissance de
l’Inspection générale des finances (IGF) et de la Cour des comptes a accompagné la mise en
place des centres régionaux d’investissement ou la création de tribunaux spécialisés dans les
questions économiques et financières. Ces derniers symbolisent également les
transformations, plus timides et ambivalentes, bien qu’indéniables, du monde de la justice en
la matière.
Enfin, le changement du paysage politique est frappant : depuis la reconnaissance de fait
de Transparency Maroc [3] .En 1997, le thème de la corruption a envahi le champ politique.
Le Palais bien évidemment a été le premier à s’approprier en partie le travail de l’association,
notamment à l’initiative d’Abdelaziz Meziane Belfiqh. Mais le gouvernement n’a pas été en
reste, qui a mis en place un plan d’action ; certains ministres, notamment celui de la fonction
publique et de la réforme administrative, Mohamed Boussaïd, font de l’anticorruption un
point central de leur politique. Ce mouvement général suggère qu’au-delà des processus
bureaucratiques et institutionnels, il existe désormais un vrai partage de connaissances, de
techniques et de sensibilités. Ceci est encore illustré par la centralité du thème lors des
élections de 2007, en raison de l’implication de la presse et des militants lors des débats
publics ou sur le web, mais tout aussi bien de l’inscription de la question dans le programme
de tous les partis politiques. L’installation de la « société civile » (associations spécialisées,
individus influents, groupes de citoyens ou d’acteurs, etc.), à l’instar de l’« Association de
défense de l’argent public » créée en 2006, est désormais durable dans le paysage marocain.
L’usage d’Internet a explosé, particulièrement des vidéos diffusées sur YouTube qui relatent
nombre d’affaires de « petite corruption » ou d’abus de biens sociaux. L’implication de la
Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) s’est réalisée dès la reconnaissance
de Transparency Maroc, avec la création d’un comité d’éthique (renommé commission de
lutte contre la corruption en 2006) et la participation active des leaders de l’association dans
diverses instances et opérations du patronat [4] . Preuve de la profondeur des changements
intervenus, la lutte contre la corruption est depuis le début des années 2000 un véritable
business, celui de la « gouvernance d’entreprise » : on ne compte plus les enquêtes, focus
groups, formations, colloques, mises en place de label, rencontres et séminaires sur le thème.

On pourrait encore mentionner nombre de mesures techniques, de décisions politiques, de


processus administratifs et judiciaires. Mais il importe davantage ici d’analyser les modalités
par lesquelles, sur un sujet aussi délicat, les choix ont été faits et les décisions prises. Les
avancées sont indéniables mais elles ne sont pas allées de soi, comme le suggèrent la lenteur
des processus et l’ambiguïté des évolutions (à l’instar de la cohabitation d’une justice
moderne, informatisée et fonctionnelle pour les investissements et d’une justice civile et
pénale fonctionnant sur les anciens schémas, peu compétente, sans moyens et largement
corrompue). Ces atermoiements reflètent l’ampleur des tensions et des conflits sur la
compréhension de ce qu’est la corruption, de ce qui est licite et de ce qui ne l’est pas, et in
fine de ce que doit être un « bon gouvernement ». Elle infirme de ce fait la thèse de
l’omniprésence du Palais et de sa capacité de contrôle absolu sur les processus politiques qu’il
enclenche. Il ne fait aucun doute que Mohamed VI est directement impliqué dans la création
de la Haute Autorité par exemple, mais il n’est pas moins flagrant que la nature de celle-ci,
son statut et ses modalités d’intervention font débat parmi les acteurs impliqués dans sa
conception, et que le Prince ne peut passer outre ces dynamiques sociopolitiques. C’est
précisément pour cette raison que l’installation rapide de l’ICPC s’est transformée en une
mise en place lente et négociée qui ne s’est concrétisée qu’au bout de plus de trois années par
la nomination d’Abdesselam Aboudrar. Ces lenteurs et ces débats infirment de même la thèse
de l’instrumentalisation par le Palais d’une rhétorique populaire, et par conséquent la thèse de
la superficialité des changements, voire des faux-semblants. L’administration en offre une
illustration emblématique : au-delà des réformes institutionnelles et organisationnelles, les
débats sont intenses en son sein. Les tensions entre tenants du statu quo et « réformateurs »
sont telles que des inspecteurs généraux de différents ministères se sont organisés de façon
informelle dans un corps de fonctionnaires intègres (nommé « Collège des inspecteurs
généraux des ministères »), de même que des secrétaires généraux se sont unis pour faire face
aux passe-droits des politiques ou que des fonctionnaires locaux de la ville de Casablanca,
toutes tendances politiques confondues, ont formé une association centrée sur la mise en place
d’un code d’éthique [5] . Les uns et les autres ont été financés par l’USAID, bénéficiant ainsi
d’une manne financière et d’une légitimité extérieure du fait de l’adoption d’un kit
international désormais dominant. Mais ces financements ont toujours été marginaux, ils n’ont
été octroyés qu’une fois la dynamique locale lancée et, le plus souvent, ces organismes ou
associations poursuivent leurs activités sans l’appui de cette aide étrangère.

La diffusion du thème et des dispositifs de lutte contre la corruption est parfois analysée en
termes d’usage politique. Le dispositif de lutte contre la corruption concrétiserait, aux côtés de
la création d’institutions de réconciliation comme l’Instance équité et réconciliation (IER) ou
le Comité consultatif des droits de l’homme (CCDH), un processus de cooptation de tout un
pan de la société politique [6] : l’ancienne gauche radicale et révolutionnaire, réprimée et
emprisonnée durant les années de plomb, ferait aujourd’hui à son tour, après une période de
latence et de reconversion dans la société civile, notamment dans la lutte contre la corruption,
l’objet de toutes les attentions du Palais en vue de son intégration dans le « sérail ». Ceux qui
ont constitué Transparency Maroc seraient aujourd’hui « cooptés » puisqu’on les retrouve à la
tête du comité d’éthique de la CGEM, de la Haute Autorité, dans des fonctions économiques
importantes et dans des situations de conseil auprès du Palais ou du gouvernement.

La notion de cooptation, non pas telle qu’elle est proposée par Antonio Gramsci par exemple
mais telle qu’elle est utilisée au Maroc de manière mécaniciste, s’avère trompeuse car elle
suggère que seul le Palais est à l’initiative de cette rencontre et qu’il s’agit pour lui de
« récupérer » des éléments auparavant en dehors du champ du pouvoir. En réalité, il existe un
double, voire un triple mouvement. Certes le palais joue une partition fondamentale en ce
qu’in fine c’est lui qui accepte ou non l’intégration de tel ou tel cercle politique. Cependant,
l’influence du mouvement associatif a été essentielle dans ce rapprochement qui n’a été rendu
possible que par la ténacité de l’action de ses activistes, par leur professionnalisme et leur
organisation, par l’écho surtout que ces luttes politiques ont rencontré au sein de la société,
par les tensions que celles-ci ont provoqué. Par ailleurs, ce que les historiens du politique
retiendront sous le vocable de « gouvernement d’alternance » a été un moment crucial, non
pas que le rapport de force ait basculé du côté des « démocrates réformateurs » contre les
« méchants conservateurs », mais bien parce que les acteurs se sont alors pris au jeu d’un
modèle d’alternance politique qui donnait pour la première fois dans l’histoire du Maroc la
légitimité à un éventuel basculement dans les rapports de pouvoir. Autrement dit, sous les
couleurs de l’alternance, ce moment rendait exécutable ce qui était pensé par des technocrates.
Car les lignes de fracture ne passent pas toujours par où l’on croit, et la frilosité est parfois du
côté des « démocrates ». Ainsi, en 1998, Transparency Maroc pensait que son programme de
lutte contre la corruption allait être celui du nouveau gouvernement de gauche. Mais
l’association fut vite déçue : les réticences les plus fortes sont venues du ministère des
Affaires générales dirigé par un membre éminent de l’USFP [7] , Ahmed Lahlimi, qui a certes
engagé la coopération avec l’ONG mais pour lui imprimer son rythme de réforme à défaut de
sa volonté. Le problème n’était pas uniquement celui de la paternité de cette campagne de
lutte contre la corruption mais de la conception qu’avaient les uns et les autres du système et
de la vie politiques. Il a fallu attendre un gouvernement dirigé par un technocrate pour
que Transparency Maroc relance le partenariat avec le gouvernement et… qu’il soit
officiellement reconnu (en 2004).

Autrement dit, si rencontre il y a, elle est le fruit d’une longue histoire qui implique de façon
tout aussi active Palais et opposants, politiques et technocrates, différents courants politiques,
acteurs étatiques et acteurs associatifs, dirigeants et dirigés. Les analyses en termes de
cooptation cachent ces mouvements beaucoup plus complexes. Elles occultent les rapports de
force, les négociations, la violence des situations et l’incertitude des transformations en
cours [8] . Elles empêchent de poser la question des processus et des personnes qui participent
à la vie politique. De fait, une fois posé le refus de l’option violente, un véritable débat s’est
instauré au sein de la gauche : quelle contribution apporter ? Comment participer à la vie
politique tout en refusant certains principes et tout en restant fidèle à d’autres ? Les
oppositions sont virulentes et les débats sont aujourd’hui encore vifs entre ceux qui, à gauche,
acceptent, selon l’expression de rigueur, d’« être dans le sérail » de façon indépendante et
ceux qui refusent toute alliance avec le pouvoir central.

Certes, tous les acteurs peuvent, à un moment ou à un autre, instrumentaliser telle ou telle
mesure, telle ou telle orientation, l’intégrer dans leur propre stratégie et se l’approprier. Mais
aucun acteur, pas même le Roi ou un bailleur de fonds puissant, ne maîtrise les
transformations en cours. Tout n’est pas affaire de stratégie intentionnelle ; il n’existe pas une
marche, une orientation mais bel et bien une multiplicité d’acteurs, de niveaux d’action, de
compréhensions et d’intérêts. La période actuelle est particulièrement intéressante au Maroc
parce qu’on y voit changer les conceptions du pouvoir et de la richesse, du licite et de
l’illicite, du moral et de l’immoral. Mais ces changements ne sont pas homogènes, ils ne sont
pas identiques pour tous les acteurs, dans toutes les circonstances, pour tous les contextes et
dans tous les lieux. Pour entrer dans cette complexité mouvante, il nous semble important de
faire apparaître, à travers quelques exemples précis, la multiplicité des situations et des
logiques d’action sur la question de la corruption, de sa perception, de sa signification
politique et de son insertion dans les relations de pouvoir. Autrement dit, de faire
concrètement apparaître l’élargissement en cours des répertoires d’action, de compréhension
et d’interprétation qui s’offrent aux Marocains.

I. Le moment électoral : une morale à géométrie


variable

La corruption électorale est une longue pratique qui se traduit principalement par l’achat de
voix des électeurs [9] . Depuis le début des années 2000, cette technique a été dénoncée par les
autorités marocaines, et pas seulement dans les discours. De véritables dispositifs préventifs
ont été mis en place, à l’instar de l’interdiction faite aux agents d’autorité, par le ministère de
l’Intérieur, de répondre favorablement, durant la campagne électorale, aux invitations et aux
dîners et, plus généralement, de participer à des lieux de sociabilité locale au point qu’il leur a
été interdit de serrer la main aux candidats. Le châtiment et l’exemplarité dans le traitement
punitif n’ont pas été, non plus, oubliés et c’est ainsi que des membres de la seconde chambre
ont été poursuivis pour corruption active. Pour autant, il est difficile de mesurer le recul de la
corruption.

La situation est beaucoup plus complexe qu’une simple tentative de moralisation assortie de
résistances (lecture naïve, positiviste et évolutionniste) ou qu’une politique de faux-semblant
(lecture cynique et emprunte d’illusion volontariste). Car, sur le terrain, un double mouvement
apparaît. D’une part, l’achat des voix ne disparaît pas, même si le processus se complexifie :
on substitue l’achat des cartes à l’achat des voix ; les électeurs entrent dans des jeux subtils
d’appropriation de l’achat des voix en faussant la vente de la leur et en opacifiant leur choix
électoral final. C’est ce que Richard Banégas a appelé la « démocratisation de la "politique du
ventre" » à propos du cas béninois [10] . Ainsi, au Maroc, il n’est pas rare de voir quelqu’un
vendre sa voix à trois candidats différents et de voter pour un quatrième. De l’autre, la
politique de lutte contre la corruption prend des ramifications originales en ce sens qu’elle se
traduit moins par la disparition de l’argent dans le jeu électoral que par le déplacement de son
utilisation et, avec lui, le déplacement du curseur de la morale politique. On observe en effet
la substitution à l’intérêt personnel immédiat de l’intérêt de groupe reporté dans le temps,
c’est-à-dire le passage de l’achat classique de la voix quelques jours avant l’élection à la
négociation collective de services et de biens pour un groupe ad hoc constitué à l’occasion des
élections : construction de routes ou de souks, adduction d’eau de tel territoire, électrification
de tel quartier, obtention d’un engin pour faire des pistes, nomination d’un membre du groupe
dans une administration et plus généralement accès à l’emploi, intégration de membres du
groupe dans le staff de la campagne [11] , etc. De sorte qu’aujourd’hui, le système d’achat des
voix n’est plus généralisé au tout venant, mais est devenu un système très fin et démultiplié où
seules sont ciblées les voix qui comptent et où la capacité d’appropriation et de ruse des
électeurs est prise en compte [12] .

Dans ce contexte, la « corruption » est un concept confus pour la majorité de la population qui
raisonne davantage en termes d’efficacité. Indéniablement, le passage de l’achat individuel et
direct à la négociation collective a accru l’efficacité du système. Le système est-il plus moral
pour autant ? Là n’est pas le problème pour des électeurs qui n’arrivent pas à décoder la
superposition des registres de légitimation et des niveaux d’action. Pourquoi serait-il immoral
de recevoir d’un parti 100 dirhams et moral de négocier avec un parti politique certains
privilèges pour un groupe d’électeurs ou une circonscription ? Il existe un décalage important
entre, d’une part, les déclarations de principe générales et éthérées des acteurs, y compris des
représentants de l’État, sur la condamnation de l’usage de l’argent en politique et, de l’autre,
le discours sur le terrain de ces mêmes acteurs sur la nécessité d’adopter le langage du
concret. Or ce concret, c’est aussi un billet de 100 dirhams au même titre que la négociation
d’un privilège. Le fait de négocier un service public notamment n’est pas perçu, en termes
moraux, comme de la corruption. Dans un système où les rentes politiques restent
importantes, les gens estiment que toute personne qui cherche à en capter un doit payer. Le
raisonnement est simple : pourquoi un tel veut-il être conseiller si ce n’est pour avoir accès à
des ressources ? Si tel est le cas, pourquoi l’aurait-il gratuitement « sur le dos » des électeurs ?
N’est-il pas « normal » et même « moral » que le candidat rétribue ou récompense ceux des
électeurs qui l’aident à « monter », selon le principe de l’échelle ? Par ailleurs, ce qu’on peut
appeler de la corruption dans les élections (l’achat des voix) n’est-il pas une conséquence
ultime d’une forme de libéralisation politique ? En l’absence d’une conception morale du
politique issue de la res publica et de l’intérêt général, l’élection est un lieu d’action et de
négociation d’un groupe qui rationalise ses choix dans un système politique composite
caractérisé par la juxtaposition de plusieurs modes de gouvernement.
Aujourd’hui, la « lutte contre la corruption » surdétermine la réflexion politique. Mais ce
discours aseptisé et bien-pensant ne tient pas compte des perceptions différenciées de la
corruption et surtout de cette part fondamentale de rapports de force, de négociation politique
et de transaction dans l’exercice du pouvoir. Ceci amène les uns à traquer les affaires et les
autres à dénoncer des coups. Mais le puritanisme anticorruption bloque aussi le système et
déplace l’opacité : il conduit à travailler sur les conditions formelles de la corruption et non
sur les pratiques réelles et donc sur les véritables enjeux, ceux des chevauchements des
positions de pouvoir et des positions d’accumulation, de l’entremêlement des logiques
publiques et des logiques privées, des conflits d’intérêts. Dans le cas des élections de 2007,
cela s’est traduit par une surveillance démesurée et absurde des agents d’autorité, sommés de
suspendre toute intégration dans la vie sociale locale, et simultanément par un laxisme total
vis-à-vis du recrutement du personnel des bureaux de vote, souvent des employés municipaux
recrutés par les présidents de commune… eux-mêmes candidats aux législatives ou proches
des candidats [13] .

Ce premier exemple illustre le caractère éthéré du discours sur la lutte contre la corruption et
la déconnexion des dispositifs mis en place face aux réalités sociales et politiques. Parfois, la
lutte contre ce qui est appelé l’usage de l’argent sale dans les élections a elle-même été
entachée d’illégalité. Des membres de la seconde chambre n’ont ainsi pu être condamnés en
2006 qu’en raison de l’utilisation illégale d’un dispositif, l’écoute téléphonique, légalement
cantonné aux opérations de lutte contre le terrorisme [14] . Et lors des élections de 2003, le
ministre socialiste de la Justice n’a pas hésité à reconnaître publiquement qu’il avait lui-même
appelé quelques barons de la drogue pour les dissuader de se présenter aux élections, et qu’il
avait ainsi constitué dans ce sens une liste de gens indésirables [15] . Ce mouvement de
moralisation naïf, en tout cas moins subtil que celui entrepris par Driss Basri en 1997, n’a
certes pas été reconduit. Mais cet arrêt est moins dû aux objections de fond qu’au fait que
cette technique a été jugée « ridicule » et contreproductive, le baron de la drogue remplissant
une fonction sociale reconnue et ayant été remplacé par un élu tout aussi indésirable… en la
personne de l’islamiste. Quant aux agents d’autorité, à commencer par les Moqadem et les
fonctionnaires municipaux, ils font partie de la population, et une de leurs fonctions est
précisément d’opérer des choix au nom des équilibres locaux, autrement dit de participer à la
sociabilité locale.

Cette impossibilité de lutter efficacement contre la corruption reflète les contradictions du


système politique marocain, ou plus précisément la pluralité des référents, des logiques
d’action, des modes légitimes de gouvernement. Elle suggère également la faible maîtrise des
autorités centrales face à des dynamiques sociopolitiques disparates. Mohamed VI et ses
conseillers politiques étaient certainement sincères dans leur volonté de faire disparaître la
marchandisation du vote. Mais la question n’est pas celle de la sincérité ou de la ruse. La
perpétuation de l’usage de l’argent lors des élections ne traduit pas une volonté administrative
et politique, elle n’est pas davantage le reflet d’une stratégie royale : les uns et les autres
sortent d’ailleurs désorientés d’une telle situation. La question est celle des pratiques
concrètes des élections et des enjeux électoraux [16] . Dans une circonscription locale, un
candidat – aussi loyal à son parti ou à son mentor soit-il – aura d’autant plus de mal à être
« vertueux » que la course aux voix est effrénée, que les militants se font rares, que les
intermédiaires proposent des services rémunérés, que les attentes de la population sont
matériellement importantes, que les associations du quartier ont rationalisé leur stratégie de
lobbying ou plus simplement de revendication. Dans d’autres situations, les stratèges
politiques du parti peuvent se dire qu’il est finalement moins nocif de perpétuer des pratiques
éprouvées plutôt que de risquer de voir des concurrents, opportunément qualifiés de non-
démocrates, gagner les élections. Dans d’autres configurations, plus « perverses » encore, le
candidat peut effectivement renoncer à l’usage de l’argent, mais le recrutement de militants
ou de forces locales pour mener campagne dans le quartier peut être interprété comme une
façon déguisée de distribuer de l’argent. Sans compter que, lorsque le concurrent arrose
généreusement une zone, comment ne pas faire de même ? La libéralisation et la compétition
politique, l’effervescence associative, la peur du chaos ou tout simplement du changement, la
vitalité des mouvements sociaux, l’efficacité de pratiques mercantiles, la force des demandes
économiques et sociales de la part des électeurs, etc., tout cela se télescope pour donner forme
à ces nouveaux usages de l’argent dans le moment électoral, et non à son éradication. Les
Marocains utilisent d’ailleurs un lexique très riche pour évacuer la dimension culpabilisante
d’une morale trop stricte qui ignorerait une économie de l’échange où se confond don et
obligation de contre-don : « graissez le lacet, il passera aisément », « tout service mérite
salaire », ainsi que des termes comme la halwa (les sucreries) et le ftouh (qui vient de la
sourate al fatiha), une sorte de rétribution symbolique et non une rémunération d’un service…

II. La « petite corruption », une réalité ambiguë

La petite corruption, celle du quotidien de la population marocaine, est sans aucun doute celle
qui est aujourd’hui la plus commentée au Maroc et qui fait l’objet de la plus grande attention
de la part des autorités [17] . Se pencher sur ses différentes modalités ainsi que sur les
tentatives de lutte contre celles-ci, c’est observer un processus lent et fragmenté de
dissociation entre ce qui relève de la « corruption » et ce qui relève de la « dette ». C’est ce
que nous allons essayer de montrer à travers deux exemples, celui des gendarmes postés sur
les routes du royaume, et celui des fonctionnaires au contact de la population.

Les actions spectaculaires à l’encontre des gendarmes ponctionnant les conducteurs sur les
routes du royaume constituent le cas emblématique de l’efficacité de la lutte contre la petite
corruption. Inutile ici d’entrer dans la description d’une pratique aussi banale que
systématique. En revanche, les modalités de sa stigmatisation et de sa condamnation sont plus
originales. Depuis la mi-2007, en effet, le site You Tube est devenu un lieu fondamental de
cette lutte improvisée et spontanée, notamment par les vidéos prises et diffusées par Juba, « le
sniper de Targuist », un village du Rif [18] . Le film montre des gendarmes rackettant
systématiquement les automobilistes. En quelques semaines, il a été visionné plus d’un
million de fois entraînant, d’une part, une multiplication de vidéos et de montages souvent
drôles et inventifs et, de l’autre, l’apparition d’un véritable débat public sur la question, relayé
par les médias traditionnels, y compris à l’étranger [19] . Rapidement, l’ampleur du
phénomène a amené le roi Mohamed VI à répondre positivement aux demandes
d’intervention explicitement évoquées tant par Juba que par les autres auteurs de vidéos, et à
limoger les gendarmes en question.

Cet exemple montre comment la société peut prendre efficacement en charge un sujet,
notamment par l’usage des nouvelles technologies de l’information et par sa publicisation. Le
mouvement ainsi enclenché a été suffisamment puissant pour modifier les rapports de force
locaux et rendre suspecte et dangereuse une pratique désormais officiellement illégitime. Les
gendarmes sont dorénavant fragilisés, la population commence à dénoncer les pratiques de
racket, un numéro vert vient d’être mis en place et peut désormais fonctionner. Le pouvoir
central, à commencer par le Palais et le ministère de l’Intérieur, est obligé de prendre en
compte cette dynamique. La différence avec l’exemple précédent, celui de l’usage de l’argent
durant les élections, est grande. Dans ce dernier cas, les discours et les règles édictées à
l’encontre de la corruption n’évoquaient finalement pas grand-chose aux populations
concernées. La dynamique ici est inverse. La « petite corruption » est venue au centre des
préoccupations politiques grâce à l’activisme social de certains segments de la population, à
leur capacité d’interpeller les pouvoirs publics et de réussir ainsi à stigmatiser le racket
policier comme emblème même de la corruption.
19Mais l’histoire ne se termine pas ici. Le contexte dans lequel cette dénonciation a vu le jour
est bien spécifique : il s’agit du Rif, et les revendications de Juba – du nom d’un roi berbère –
étaient en ce sens chargées d’ambiguïtés, mêlant exigence de transparence et d’honnêteté aux
revendications d’autonomie du Rif, de reconnaissance de la langue amazighe [20] et de
condamnation plus générale de la gendarmerie, non seulement corrompue mais également
force d’occupation. Tout cela dans le contexte de revalorisation par la monarchie d’une
province longtemps délaissée, voire ostracisée. Parallèlement, ces opérations spectaculaires de
limogeage et de poursuite de gendarmes ont eu pour effet, moins paradoxal que classique,
d’accroître le coût de la corruption. Aujourd’hui, 20 dirhams ne suffisent plus pour passer
outre les exigences des gendarmes suffisamment téméraires pour perpétuer des pratiques
désormais condamnées. Si le racket n’est plus systématique, il est devenu beaucoup plus lourd
pour l’automobiliste qui n’a pas eu la chance, ou la vigilance, de passer correctement et au
bon moment. Plus précisément, la lutte contre la corruption a été préjudiciable aux
professionnels de la route qui avaient jusqu’alors intégré les 20 dirhams dans leur évaluation
des coûts de transport, et qui se trouvent aujourd’hui confrontés à un système aléatoire qu’ils
ne maîtrisent plus.

La réalité n’est cependant pas toujours analysée de façon aussi univoque, comme le suggère
l’exemple du travail administratif et notamment fiscal. Le terrain de la fiscalité est d’autant
plus propice aux pratiques de corruption que le système est si complexe, fait de la
superposition de textes contradictoires et d’éléments épars, qu’il donne à l’inspecteur
d’immenses opportunités d’appréciation et d’interprétation des situations qui se présentent à
lui [21]. Tel est le cas, par exemple, de l’évaluation du prix du m² construit à Casablanca en
l’absence de centralisation des données sur les transactions existantes, ou des valeurs des
amortissements et autres investissements déductibles des résultats nets imposables. Chaque
inspecteur fait sa propre enquête, l’État lui laissant la possibilité et la liberté de juger selon ses
propres choix. Les différentiels de taxation et les marges de manœuvre sont alors immenses,
dépendants de variables techniques et financières, du contexte du contrôle, de l’identité du
contribuable, de la situation budgétaire et financière de l’État mais aussi de la perception, par
l’inspecteur en question, de la nature de son travail. Un inspecteur interviewé nous relatait
ainsi qu’il avait deux façons de penser sa fonction, soit être « juste » avec le contribuable, soit
remplir les caisses de l’État. Pour sa part, poursuivait-il en toute sérénité et sûr de son
honnêteté, il donnait la priorité au contribuable… qui était toujours reconnaissant tandis que
le Makhzen [22] , lui, ne l’était pas. Bien évidemment, il ne demandait jamais rien et optait
pour le contribuable par philosophie car, de toutes façons et sur le long terme, il était
récompensé de ses bonnes actions, soit par Dieu, soit par les hommes…

Les remarques de cet inspecteur nous font comprendre un enjeu fondamental de la


qualification de la « corruption ». Dans un contexte où les administrations sont (ou sont
perçues comme) lentes et inefficaces, arbitraires et hostiles, les administrés se sentent endettés
à la moindre performance ou mansuétude du service auquel ils ont à faire. En l’absence d’une
possible transformation de cette dette en action symbolique, ce que l’on nomme corruption est
la seule manière d’exprimer cette reconnaissance de dette. Mais ces propos évoquent un
deuxième enjeu, celui de l’interprétation des situations par les acteurs mêmes. La vérification
des données comptables et l’interprétation des textes fiscaux au profit du citoyen peuvent
donner lieu à deux jugements opposés. Le même principe peut être lu comme l’application,
par l’inspecteur, de la (bonne) morale islamique ou, au contraire, comme son dévoiement par
la négociation avec le contribuable d’un pourcentage sur les gains à advenir d’un biais en
faveur du contribuable. Dans le premier cas, l’enveloppe reçue sera considérée comme un
cadeau halal tandis que dans le second, elle sera l’expression de la corruption. On le voit, le
jugement de moralité ou d’immoralité renvoie moins aux actes ou gestes qu’aux situations ou
intentionnalités décryptées et perçues par les acteurs en jeu. Une dernière chose est soulignée
en filigrane dans les réflexions de notre inspecteur : c’est la dynamique propre de ces
pratiques. Peu à peu, l’inspecteur – qui doit perpétuellement faire des choix techniques et
justifier ses décisions dans un véritable maquis juridique et administratif, sous une pression
bureaucratique et politique souvent grande – ne voit plus ce qui est légitime et ce qui ne l’est
pas, ce qui est expression de reconnaissance de dette et corruption. Ce faisant, les normes et
les frontières définissant les contours de la légitimité de son action et de la moralité de son
comportement se déplacent subrepticement.
On retrouve ici le problème classique de la confusion entre « pourboire » ou « café » et
« corruption », et l’énorme décalage entre les classifications proposées par les « intellectuels
organiques » de la lutte contre la corruption et celles utilisées par les personnes qui font face à
de telles pratiques. C’est ce qui explique qu’à la différence du racket des gendarmes, les
actions de répression de cette corruption sont peu nombreuses, voire inexistantes, et
symboliquement peu puissantes. Au Maroc, il est indéniable aujourd’hui que, par rapport aux
performances attendues d’une administration, lorsqu’un fonctionnaire fait son travail
correctement, l’administré se sent endetté. Reste à différencier le travail correct du laisser-
faire habituel, le fonctionnaire zélé du fonctionnaire intéressé, le surcroît de travail de
l’habillage calculé d’une routine bureaucratique : il existe bien entendu tout un jeu social
destiné à déguiser la corruption en création de dette. Mais tout ne se réduit pas à ce jeu.
Ces exemples laissent penser que la société marocaine est aujourd’hui en train de faire ce
travail de dissociation entre corruption et expression d’une dette. Ils suggèrent également
toute l’ambivalence de la situation. La différence de traitement entre les gendarmes « ripoux »
et les fonctionnaires administratifs indélicats souligne l’importance des forces sociales sur
lesquelles se fondent les tentatives de lutte contre la corruption. Les modifications de
perception et par conséquent les changements d’attitude et la capacité effective d’action
contre la corruption sont fragmentaires et segmentées, différentes selon les acteurs en
présence, les contextes sociaux, les configurations politiques et les rapports de force. Il ne fait
aucun doute que le discours et les dispositifs de lutte contre la corruption ont des effets au-
delà d’une simple sensibilisation de la population. Il existe de vraies actions répressives, des
condamnations, des radiations et des licenciements. Plus, tout un processus de
judiciarisassions est en marche qui participe des modifications de perception et de
compréhension du phénomène corruptif. Contrairement à ce qui se passait jusque dans les
années 1990 au cours des opérations « d’assainissement » et des « campagnes » ponctuelles et
violentes, il s’agit moins désormais de faire exemple que d’affronter un processus banal, une
corruption reconnue comme quotidienne et qu’il faut réguler, à défaut d’éliminer. On perçoit
ici une autre ambivalence de la situation actuelle que soulignent bien les débats autour de la
dénonciation [23] . Dans la mesure où le corrupteur n’est pas poursuivi s’il dénonce le
fonctionnaire corrompu, la condamnation des pratiques est partielle et la logique de
l’efficacité prime sur la logique du principe et de la moralité… sapant les bases mêmes du
discours sur la lutte contre la corruption. Elle ouvre en outre la porte aux règlements de
compte et aux recompositions politiques, les opérations de lutte contre la corruption pouvant
s’avérer des lieux d’affrontements, parfois violents. C’est dans ce contexte – et seulement
dans celui-ci – que le puritanisme anticorruption peut devenir suspect et qu’il alimente les
interprétations en termes d’instrumentalisation. Cependant, l’attention à la multiplicité des
acteurs et des logiques à l’œuvre nous fait rejeter la montée en généralité de cette
interprétation intentionnelle et calculée. On est plutôt en présence d’une fonctionnalité
ponctuelle de dispositifs anticorruption (ici la dénonciation) pour des acteurs capables de
s’approprier des mécanismes grâce à leur position momentanément avantageuse dans des
rapports de force.

III. L’anticorruption dans le cadre de la lutte contre


le cannabis
Le dernier exemple, celui de la lutte contre la production de cannabis, permet cette fois-ci de
percevoir l’ambivalence des acteurs étatiques face à la question de la corruption, mais aussi la
pluralité des acteurs, des niveaux d’action et des registres de légitimation au sein de l’État. Il
ne fait aucun doute que l’État marocain a pris la question du cannabis à bras le corps sous la
contrainte extérieure ou, du moins, sous l’effet d’une pression internationale accrue. Cela dit,
l’État marocain a immédiatement donné sa marque au processus en menant notamment un
véritable travail de connaissance du « secteur » et en produisant des données. Cette empreinte
ne doit pas être seulement interprétée en termes d’appropriation (qui suppose une extériorité
de la démarche) et de ruse par rapport à une contrainte ; la production de données a créé une
nouvelle situation dans laquelle certains acteurs étatiques ont commencé à agir effectivement
et activement, à l’instar de certains gouverneurs, de l’Agence du Nord ou de représentants du
ministère de l’Intérieur. L’établissement du diagnostic a amené les responsables à reconnaître
non pas un mais des problèmes de cannabis, en différenciant leur qualification en fonction de
leur dangerosité pour l’État et pour le système politique dans son ensemble, en fonction aussi
des possibilités concrètes d’action sur le terrain [24] . Cela s’est donc traduit par un traitement
en zones concentriques : une éradication dans les zones marginales de production,
nommément dans la région de Larache ; des négociations ponctuelles dans les zones
intermédiaires, notamment dans les provinces de Taounat et de Sidi kacem (Ouezzane) ; et la
reconnaissance de l’impossibilité d’éradiquer le cannabis et donc de la légitimité de sa
production dans les zones centrales du Rif.

Cette stratégie ne peut donc être analysée comme une politique de faux-semblant : la baisse
des superficies cultivées est réelle, de même que le renforcement des contrôles. Les acteurs
principaux de cette politique ont été le ministère de l’Intérieur et l’Agence du Nord. Cette
dernière a monté un programme de substitution qui a largement réussi dans les zones
périphériques. Simultanément, et c’est sans doute la dimension la plus originale de cette
politique d’éradication, une politique urbaine a été envisagée dans ce cadre [25] . La
densification du réseau urbain dans le Rif et le renforcement des capacités des communes
urbaines ont été pensés comme des instruments essentiels de diminution de la culture du kif.
Outre le désenclavement de la région et son intégration aux grands circuits économiques du
pays, l’ambitieux chantier Tanger Méditerranée peut être compris comme un dispositif de
densification du réseau urbain et de présence de l’État et des services offerts à des populations
longtemps négligées [26] . Les anciennes opérations coup de poing n’ont cependant pas
disparu dans la logique instrumentale évoquée plus haut de rééquilibrage entre réseaux
concurrents et de renouvellement du personnel politique local.

Le cas du cannabis est intéressant parce qu’il nous montre la démultiplication des effets de la
« lutte contre la corruption » du fait d’une compréhension différenciée des situations. D’une
part, la question de la production du cannabis est en quelque sorte « dé-corruptives » par deux
mécanismes contradictoires : reconnaissance de sa légitimité au centre, et éradication
effective et urbanisation aux marges. De l’autre, un grand nombre d’agents d’autorité
(gendarmes impliqués aux niveaux supérieurs de l’institution, juges, représentants locaux de
l’État) ont interprété la politique de répression du cannabis selon le modèle, pour ainsi dire
ancien, des « campagnes d’éradication », ce qui a abouti de façon classique à un
accroissement du coût de la corruption. C’est au niveau local que celle-ci joue, notamment
lorsque se décide quels seront les terrains sur lesquels l’éradication aura lieu. Selon que l’on
donne ou non, que l’on donne plus ou moins, que l’on prête gracieusement un tracteur ou un
engin pour la destruction des cultures, etc., on aura la « chance » de voir son terrain
sélectionné ou non. Parallèlement, une véritable dynamique locale a été enclenchée dans le
sillage de la lutte contre la corruption, de la participation et de la décentralisation et on
observe un « assainissement » des centres locaux, une animation locale et une réactivation de
la société civile locale par des personnes n’ayant jamais été impliquées dans le cannabis. On
assiste donc simultanément à un mouvement de retrait de relations mêlant activités illicites,
corruption et trafic d’influence, à l’intensification des négociations politiques entre
gouverneur, directeur de l’Agence du Nord, capos locaux et population et à une inventivité
renouvelée des acteurs de la région, dans des directions pas forcément convergentes. Il est
impossible de qualifier la lutte contre la corruption dans le Rif en termes globaux : il y a
certes instrumentalisation par certains à un moment donné d’une opération coup de poing,
mais cela n’empêche pas que les stratégies de substitution ou d’urbanisation enclenchent un
assainissement des relations locales de pouvoir même si elles peuvent tout aussi bien être
érigées en nouveau lieu d’exercice de la corruption, par exemple sur les questions foncières
des aménagements industriels et urbains.
IV. Vers une pluralisation des référents politiques au Maroc
Ce que l’on observe au Rif à propos de la tentative d’éradication de la culture du cannabis se
retrouve ailleurs au Maroc autour du redéploiement du système not biliaire et, plus largement,
des conceptions des relations de pouvoir. De nouvelles perceptions et compréhensions, de
nouveaux instruments et dispositifs apparaissent qui provoquent des déclassements et des
reclassements, qui modifient les normes, les critères d’évaluation, qui font apparaître de
nouveaux acteurs, à l’instar des anciens gauchistes évoqués précédemment ou de l’élite
technicienne silencieuse formée et jusque-là non politisée. Les changements se matérialisent
par la dévalorisation de certains registres (celui de l’hérédité, de la famille ou du népotisme)
et de terminologies (notable et notabilité, logique de loyauté et d’allégeance), ainsi que par la
valorisation d’autres registres tels la compétence, le diplôme ou l’intégrité.
Ces déplacements suggèrent des réajustements dans les modes de gouvernement. Si, dans les
années 1960-1970, il suffisait pour ainsi dire de gouverner en corrompant [27] , c’est-à-dire en
achetant de la loyauté, les relations se sont peu à peu diversifiées et sophistiquées. Si l’on ne
peut parler de rupture ou de « changement de régime » avec l’avènement de Mohamed VI, il
ne fait plus aucun doute que les registres de gouvernement se sont élargis, et que les logiques
de la représentation, de la participation et de la prise en compte, d’une manière ou d’une autre,
de l’opinion publique ont dépassé le stade des pétitions de principe. Le système politique
marocain n’a plus seulement besoin d’hommes loyaux. Cette diversification des modes de
gouvernement a réorienté le système politique vers quelque chose qu’il est difficile
aujourd’hui de définir, mais qui s’apparente à l’intégrité et à la probité. Alors que les alliés
traditionnels tiraient pour ainsi dire leur pouvoir de leur capacité de corruption – c’est-à-dire à
la fois des marques de largesses du pouvoir central sur eux et des marques de leurs propres
largesses sur « leur » population –, les nouveaux alliés du pouvoir tirent leur légitimité de leur
compétence et plus encore de leur droiture. Un Driss Benzekri ou un Ahmed Herzeni,
présidents successifs du CCDH, desserviraient leur position s’ils entraient dans cette
économie politique et morale des largesses, des privilèges et de l’ostentation ; ils se doivent
de paraître dans toute leur probité et leur frugalité, faisant émerger une autre éthique, une
autre économie politique et morale. Ce sont ces ajustements qu’il faut décrire le plus finement
possible pour comprendre pourquoi le discours de lutte contre la corruption est aujourd’hui
audible, pourquoi il est pertinent en dépit des multiples instrumentalisations dont il peut faire
l’objet.

Pour mieux identifier ces moments d’ajustement, ces micro-fractures qui ne sont pas
nécessairement traduites dans les textes et dans les décisions politiques, il nous a paru
intéressant de suivre la trajectoire d’un personnage emblématique de ces changements. Driss
Benzekri, ancien opposant de gauche, emprisonné durant les années de plomb, est devenu le
symbole de la rupture d’avec la période sombre marocaine. En 2003, il a été nommé à la tête
de l’IER puis, en 2005, du CCDH. Ce sont moins ces titres qui lui ont valu le respect que la
façon dont il a su habiller son nouveau rôle et inventer une nouvelle relation avec le pouvoir
central. Son enterrement a été un élément constitutif d’une nouvelle culture politique,
symbolisée par la cohabitation physique de la gauche dissidente et du Palais pendant
l’inhumation, à partir de concessions réciproques mais sans reniements de ce qui fonde la
spécificité de l’une et de l’autre partie. L’enterrement a eu cela de puissant qu’il a, pour la
première fois, affirmé publiquement ce changement de signification du rapport au pouvoir,
par la volonté d’un groupe et non pas d’un seul homme, aussi visionnaire et charismatique
qu’il ait été. Cette cohabitation illustrait la remise en question de l’omniscience du Makhzen
qui, de ce fait, est devenue problématique. Habituellement le Makhzen honore ses serviteurs
en les inhumant à Rabat ou dans le cimetière des martyrs à Casablanca. Benzekri, quant à lui,
avait exigé d’être enterré chez lui, en pays zemmours. Chez les siens, la cour a dû se déplacer
et ses membres ont été traités à pied d’égalité avec les militants amazighs ou de gauche venus
lui rendre un dernier hommage.
Ce moment dramatique qu’est l’enterrement a pu être vécu sous le signe de ce nouveau
paradigme. Pour autant, dans le quotidien de la vie, le changement n’est évidemment pas aussi
radical. On assiste moins à une rupture qu’à l’apparition, dans les relations de pouvoir, d’un
nouveau paradigme qui s’ajoute aux autres, donnant aux acteurs des possibilités accrues de
jeux entre registres différents. Ce nouveau paradigme fait disparaître le couple
dissidence/cooptation et le remplace par un nouveau type de rapport avec le pouvoir central,
caractérisé par la coopération, le débat et la relation critiques ; il fait disparaître l’allégeance
par une pluralisation des niveaux de loyauté envers le système (patrie, nation, etc.), envers le
roi, envers l’État et envers les compagnons de lutte, ouvrant des possibilités accrues à
l’intégration politique des anciens dissidents. Certains pans de la « société civile » entrent peu
à peu dans ce paradigme : ils ne se contentent pas de condamner le système, d’acquiescer
naïvement ou de façon intéressée aux injonctions du pouvoir central, mais acceptent de jouer
un rôle actif et critique dans l’exercice du pouvoir.

Conclusion

Les anciens paradigmes ne sont pas pour autant obsolètes. On est ainsi dans une situation
complexe où cohabitent non seulement des personnalités et des relations personnalisées au
pouvoir différentes, mais aussi pour ainsi dire des institutions d’âges politiques différents ou,
pour être moins téléologiques, des institutions se rattachant aux différents paradigmes. La
justice est incontestablement l’institution qui échappe le plus à ces mutations. Le roi a en effet
renoncé à ce ministère de souveraineté, qui est désormais géré par l’USFP. Ce dernier a choisi
en son sein un notable, l’ancien président du Parlement, Abdelwahed Radi, qui ne pouvait
effaroucher, encore moins remettre en cause le système politique fonctionnant sur le
paradigme de l’allégeance au Makhzen. À l’inverse, le CCDH est l’exemple symbolique de
cette nouvelle génération d’institutions qui reste une exception dans le paysage politique
marocain. La trajectoire politique de cette institution est emblématique des évolutions en
cours puisqu’elle a vu passer à sa tête Mohammed Mikou et Driss Dahak, haut commis de
l’État avant tout loyaux au Makhzen, Omar Aziman, prototype des technocrates « neutres »
dès lors qu’ils sont adossés au Palais…, Driss Benzekri et Ahmed Herzeni, anciens militants
de gauche, engagés, ayant accepté des responsabilités politiques tout en restant fidèles à leurs
principes. Dans une configuration différente encore, la Caisse des dépôts et de garantie peut
faire coexister en son sein les deux modes de gouvernement : le président du groupe
(Mustapha Bakkouri) assure la proximité au Palais et une allégeance sans concession à
Mohamed VI, tandis que la direction générale (représentée entre autres par Abdesselam
Aboudrar ou Mohamed Soual) joue sur le registre de la compétence, de la loyauté
technocratique et de l’intégrité, le tout étant rendu possible par une structuration du groupe
qui permet à chacun de procéder selon ses convictions et ses principes, et par des formes
d’opacité acceptables par les uns et par les autres.
L’apparition d’un nouveau registre du politique n’est cependant pas forcément synonyme
d’apparition d’un nouveau personnel politique. Les Benzekri, Herzeni ou Aboudrar sont
finalement marginaux. Le plus souvent, ce sont les mêmes élites qui prennent en charge la
transformation et la valorisation de ces nouvelles hiérarchies de normes et de ces nouvelles
procédures du jeu politique. Une partie des notabilités anciennes a parfaitement saisi l’intérêt
d’une reconversion. Se revendiquant des nouvelles normes (compétence et diplôme,
technocratie et transparence), son économie politique et morale n’en demeure pas moins
dessinée par les jeux de l’allégeance et de la soumission. Au nom des nouveaux principes de
« bonne gouvernance », l’opacité n’a ainsi pas disparu, mais elle opère à un autre niveau, dans
la superposition entre « anciennes » et « nouvelles » élites, dans une compréhension de la
technocratie et de la compétence très spécifique, celles-ci ne prenant leur valeur que par leur
adossement au Palais [28] . La perpétuation de l’allégeance et du couple makhzen/siba [29] . Ne
veut pas dire que rien ne change, bien au contraire : on observe plutôt un entrelacs de normes
et de procédures, de registres et de paradigmes, de formes différentes de loyauté et de
coopération entre acteurs. Dans ce contexte, les personnages les plus puissants sont
incontestablement ceux qui, à l’instar d’un Fouad ali El Himma, sont capables de circuler
entre ces différents cercles et de se mouvoir dans chacun d’entre eux avec la même
aisance [30] .

Le discours sur la lutte contre la corruption se décline de façon différente dans chacune de ces
configurations. L’apparence de statu quo, d’un Maroc éternel dirigé par un souverain
omnipotent et contrôlant toute vie politique par achat de loyauté, ou encore le semblant de
paradoxe du système s’explique par cette cohabitation. Nous avons essayé de montrer ici que
les mutations en cours étaient importantes et que, si elles n’étaient ni homogènes ni
convergentes, elles laissaient percevoir une responsabilité accrue de l’État face à la
« corruption », une délégitimassions progressive du système des prébendes et de distribution
des largesses, une fragmentation des espaces, des lieux et des acteurs quant à la perception de
ce qui est licite et de ce qui ne l’est pas, de ce qui est moral et de ce qui ne l’est pas, de ce qui
est légitime et de ce qui ne l’est pas… suggérant ainsi l’apparition de formes pragmatiques
d’exercice du pouvoir.
Les auteurs
Béatrice Hibou
Directrice de recherche au CNRS, membre du Centre d’études et de recherches internationales
(CERI) de Sciences Po, Paris. Ses travaux portent sur l’économie politique des réformes, sur
les transformations néolibérales de l’état et sur une sociologie historique de l’économie de la
domination. Après avoir mené ses terrains en Afrique sub-saharienne, elle centre aujourd’hui
davantage ses recherches sur le Maghreb et l’Europe du Sud.
Parmi ses publications :
— La force de l’obéissance. Économie politique de la répression en Tunisie, Paris : La
Découverte, 2006 ;
— La privatisation des états (dir.), Paris : Karthala, coll. « Recherches internationales », 1999
(2004 pour la version anglaise chez Hurst et Columbia University Press).
Mohamed Tozy
Professeur des universités à Aix-en-Provence et à l’IEP d’Aix-en-Provence, chercheur au
Laboratoire méditerranéen de sociologie (MMSH-Aix). Il est également directeur du Centre
marocain des sciences sociales (CM2S) et expert-consultant auprès de plusieurs organismes
internationaux (PNUD, FAO, FIDA, USAID, Banque mondiale…).
Parmi ses publications :
— Monarchie et islam politique au Maroc, Paris : Presses de Sciences Po, coll. « Références
académiques », 1999 (3è éd., 2008) ;
— L’islam au quotidien. Enquête sur les valeurs et les pratiques religieuses au Maroc (avec
Mohamed El Ayadi et Hassan Rachik), Casablanca : Prologues, coll. « Religion et société »,
2007 ;
— Usages de l’identité amazighe (avec Hassan Rachik et Abderrahman Lakhsassi),
Casablanca : Annajah, 2006 ;
— La Méditerranée des anthropologues : fractures, filiations, contiguïtés (dir., avec Diogini
Albera), Paris : Maisonneuve et Larose ; Aix-en-Provence, MMSH, 2005.

Notes

 [1]

.Sur la banalité de ces mécanismes, voir l’introduction à ce présent dossier par


Gilles FAVAREL-GARRIGUES, « La lutte anticorruption, de l’unanimisme
international aux priorités intérieures » ; Thierry GODEFROY et
Pierre LASCOUMES, Le capitalisme clandestin : l’illusoire régulation des places
offshore, Paris : La Découverte, 2004 ; Olivier VALLÉE, « La construction de l’objet
corruption en Afrique », Afrique contemporaine, 220, 2006, p. 137-162 et thèse en
cours.

 [2]

.Outre les différents comptes rendus de débats et tables rondes, on trouve ces
informations analysées dans Abdeslam ABOUDRAR, La lutte contre la corruption :
le cas du Maroc, contribution au Rapport du cinquantenaire de l’indépendance du
Royaume du Maroc, Rabat, 2005 ; Youness ELKHADI, La lutte contre la corruption
et la moralisation de la vie publique au Maroc, Mémoire de Master en administration
publique, ENA, août 2006 ; MAROC. MINISTÈRE DE LA MODERNISATION
DES SECTEURS PUBLICS et BANQUE MONDIALE, La lutte contre la corruption,
la promotion de l’éthique et de la transparence au Maroc, Table ronde, 11 décembre
2006.

 [3]
. Association marocaine de lutte contre la corruption, créée le 6 janvier 1996, membre
de Transparency International <www. transparencymaroc. org>.

 [4]

.Il y a pléthore de documents en la matière. La dernière publication en date


est : COMMISSION NATIONALE GOUVERNANCE D’ENTREPRISE, Code
marocain de bonnes pratiques de gouvernance d’entreprise, Casablanca : CGEM,
mars 2008.

 [5]

.L’USAID (United States Agency for International Development) a financé en 2007-


2008 un programme de coopération sur la bonne gouvernance locale avec la ville de
Casablanca. Il propose notamment un cycle de conférences et un atelier qui ont permis
la rédaction d’un code d’éthique des fonctionnaires locaux, alors que la partie « code
d’éthique des élus » est, à cette date, toujours en souffrance. Voir le Rapport de
synthèse des « jeudi de la gouvernance », Rabat : USAID-RTI, avril 2008.

 [6]

.Abdelhay eL MOUDDEN, Mohamed eL AYADI, Mohamed TOZY et


Sandrine LEFRANC, « Mémoire et Histoire », Les cahiers bleus, 6, mai 2006 (Groupe
d’analyse et de recherche sur le politique, Casablanca).

 [7]

.Union socialiste des forces populaires, parti politique marocain.

 [8]

.Mohamed TOZY, « Morocco’s Elections : Islamists, Technocrats, and the


Palace », Journal of Democracy, 19 (1), 2008, p. [Link] ligne

 [9]

.Mounia BENNANI-CHRAÏBI, Myriam CATUSSE et Jean-


Claude SANTUCCI (dir.), Scènes et coulisses de l’élection au Maroc. Les législatives
2002, Paris : Karthala, Aix-en Provence : IREMAM, 2005.

 [10]

.Richard BANÉGAS, La démocratie à pas de caméléon. Transition et imaginaires


politiques au Bénin, Paris : Karthala, 2003 qui nuance la thèse de J.-F. Bayart sur la
« politique du ventre » (Jean-François BAYART, L’État en Afrique. La politique du
ventre, Paris : Fayard, 1989) dans le cadre des mouvements de démocratisation du
début des années 1990.
 [11]

.Si 100 personnes sont intégrées dans l’équipe d’un candidat et sont payées 100 DH
par jour, ledit candidat est, par le jeu des liens familiaux et amicaux, assuré de gagner
au moins 500 électeurs…

 [12]

.Mounia BENNANI-CHRAÏBI, Myriam CATUSSE et Jean-


Claude SANTUCCI (dir.), Scènes et coulisses de l’élection au Maroc. Les législatives
2002, op. cit.

 [13]

.Sur ces pratiques, voir Les élections de 2007, Travaux de doctorants du Centre
marocain des sciences sociales, Université Hassan II Ain Chock Casablanca.

 [14]

.Tel quel, 244, 22 au 27octobre 2006 ; Aujourd’hui le Maroc, 1556, 24 novembre


2006.

 [15]

.Entre autres l’hebdomadaire La vie économique du 5 septembre 2003.

 [16]

.Voir à nouveau Les élections de 2007, Travaux de doctorants du Centre marocain des
sciences sociales, Université Hassan II Ain Chock Casablanca (ouvrage qui devrait
être publié sous la direction de Lamia Zaki).

 [17]

.TRANSPARENCY MAROC, Guide d’éducation à la transparence et la lutte contre


la corruption, Rabat : Fondation Friedrich Hebert, 2007.

 [18]

.Sur le site YouTube, lorsque l’on saisit « le snipper de Targuist », on obtient 5 760
références ! Voir en particulier hhhhttp:// wwwww. dailymotion. com/ video/
x30e5b_le-sniper-de-targuist-3eme-video_creation.

 [19]

.Tel est le cas, en France, de Libération du 6 septembre 2007.

 [20]
.Mohamed TOZY (avec Hassan RACHIK, Abderrahman LAKHSASSI, Fadma AÏT
MOUSS, Aziz CHAHIR, Aïcha BELHABIB), Usages de l’identité amazighe au
Maroc, Casablanca : Impr. Najah el jadida, 2006.

 [21]

.Sur le système fiscal, Béatrice HIBOU, « Fiscal Trajectories in Morocco and


Tunisia », in Steven HEYDEMANN (ed.), Networks of Privilege in the Middle East :
The Politics of Economic Reform Revisited, New York : Palgrave MacMillan, 2004,
p. 201-222.

 [22]

.Littéralement, le Makhzen est l'entrepôt. Jusqu'au Protectorat, ce terme a désigné la


Maison royale, puis l'appareil d'état. Sans entrer dans une analyse approfondie du
terme, on peut dire que le Makhzen représente aujourd'hui « une manière d'être et de
faire qui habite les mots, épice les plats, fixe le cérémonial des noces, tisse les habits
de circonstance et détermine le rituel de référence qui fixe la forme et le contenu de la
relation entre gouvernant et gouvernés » (Mohamed Tozy, « Les enjeux de pouvoir
dans les "champs politiques désamorcés" au
Maroc », in Michel CAMAU (dir.), Changements politiques au Maghreb, Paris :
éditions du CNRS, 1991.

 [23]

.La vidéo très populaire d’une artiste institutionnelle, Hanane Fadili, rend très bien
compte de la teneur de ce débat : hhhhttp:// wwwww. truveo. com/ Hanane-Fadili-
Rachwa-La-Corruption/

 [24]

.TARGA-AIDE, Étude sur la sociologie de la culture du cannabis dans le Rif


central : Rapport diagnostic, Rabat : Targa-Aide, 2005.

 [25]

.Projet de renforcement des petits centres urbains, Tanger : Agence de développement


des provinces du Nord, 2006.

 [26]

.Pour des données sur ce projet portuaire de très grande envergure, voir
wwwwwww. tmsa. ma,le site de l’Agence spéciale Tanger Med.

 [27]

.Celui qui a le mieux analysé le Maroc en ces termes est John WATERBURY, Le
Commandeur des croyants. La monarchie marocaine et son élite, Paris : PUF, 1975
(1970 pour l’édition américaine). Voir également Rémy LEVEAU, Le fellah
marocain, défenseur du trône, Paris : Presses de la FNSP, 1976.

 [28]

.Béatrice HIBOU et Mohamed. TOZY, « De la friture sur la ligne des réformes. La


libéralisation des télécommunications au Maroc », Critique internationale, 14, 2002,
p. 91-118.

 [29]

. Siba=dissidence.

 [30]

.Le « Mouvement pour tous les démocrates » créé par Fouad ali El Himma à la suite
des élections de 2007 (et transformé courant 2008 en « Parti de l’Authenticité et de la
Modernité ») semble préfigurer une nouvelle sphère d’hybridation, où cohabitent
différents profils.

CHAIMAA GHIATE

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