X Incontro Mondiale delle Famiglie
Roma 22 - 26 giugno 2022
Identité et Mission de la Famille
Chrétienne
Benoît & Véronique Rabourdin -France-
Conference n.3
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IDENTITÉ ET MISSION DE LA FAMILLE CHRÉTIENNE
Benoît & Véronique Rabourdin
Città del Vaticano, giugno 2022
Introduction :
Dans sa lettre aux familles de 1994, JPII écrivait :
« A l'époque moderne, le progrès de la connaissance du monde matériel et aussi de la
psychologie humaine a été considérable ; mais en ce qui concerne sa dimension la plus intime, la
dimension métaphysique, l'homme d'aujourd'hui reste en grande partie un être inconnu pour lui-
même ; et, par conséquent, la famille aussi reste une réalité méconnue. » (n°19)
La famille, quoi de plus naturel ?...cellule de base de la société, lieu de l’apprentissage de la
relation, elle est (ou devrait être) le socle structurant de la formation et de l’épanouissement de tout
être humain.
Si souvent malmenée, déstabilisée, éclatée ou en danger d’éclatement, la famille est appelée
à redécouvrir le trésor qu’elle recèle en son sein, pour son propre bien mais aussi pour celui de
l’Eglise et de l’humanité.
Comme dans la parabole du trésor caché dans le champ qui invite le protagoniste à tout
vendre, tout lâcher, pour acheter ce champ afin de déterrer ce trésor et finalement d’en vivre,
prenons ce temps pour entrevoir et accéder à ces richesses enfouies en chaque famille par grâce et
qui se révèlent être un don pour la mission de l’Eglise et pour le monde.
Trois temps pour parler de l’identité et de la mission de la famille chrétienne :
I. La famille, un trésor donné par Dieu
II. La famille, un trésor à « déterrer » et à faire vivre
III. La famille, un trésor à partager pour porter du fruit
I. Premier temps : La famille, un trésor donné par Dieu :
Qu’est-ce que Dieu a voulu en créant le couple et la famille ? Qu’a-t-il voulu nous dire en
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venant lui-même s’incarner et vivre au sein d’une famille ? Quelle est l’identité de la
famille chrétienne?
1. Le mariage, un signe précieux :
A l’heure où les nouvelles générations ont du mal à percevoir l’intérêt du
sacrement de mariage et choisissent de plus en plus souvent de ne pas se marier…une
question se pose : révélons-nous et donnons-nous à voir suffisamment ce qu’est vraiment
le mariage chrétien ?
La famille commence par le couple, souligne le premier chapitre d’Amoris
Laetitia, qui est appelé à vivre son union comme un « signe précieux ». Quel signe ?
AL (119) nous dit : « Le mariage est un signe précieux, parce que « lorsqu’un
homme et une femme célèbrent le sacrement de mariage, Dieu pour ainsi dire, se
‘‘reflète’’ en eux, il imprime en eux ses traits et le caractère indélébile de son amour. Le
mariage est l’icône de l’amour de Dieu pour nous. En effet, Dieu lui aussi est
communion : les trois personnes du Père, du Fils et du Saint Esprit vivent depuis toujours
et pour toujours en unité parfaite. Et c’est précisément cela le mystère du mariage : Dieu
fait des deux époux une seule existence ».
Ainsi, cet amour qui circule entre les personnes de la Trinité, est ce que Dieu offre
aux époux pour qu’à leur tour, ils en vivent et le fassent circuler au sein de leur propre
famille, mais également dans l’Eglise et dans la société.
2. Un trésor à révéler aux époux.
Lorsque nous avons découvert ce projet de Dieu pour le couple et la famille, nous
avons vécu un véritable renouvellement au sein de notre propre couple alors que nous
avions déjà plusieurs années de mariage !
Le fait de percevoir cette réalité nous a fait entrer dans la contemplation
émerveillée de notre vocation d’époux. Nous comprenions davantage la beauté et la
profondeur de notre alliance.
Développée par JPII dans ses catéchèses qu’on appelle la « Théologie du corps »,
l’homme et la femme dans les épousailles, sont l’image de ce que Dieu veut vivre avec
chacun d’entre nous.
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Ainsi la famille et finalement toutes les relations humaines, dans la société et dans
l’Eglise, sont appelés à vivre cette communion d’amour pour être unis. C’est la prière de
Jésus avant de quitter ce monde : « Père, qu’ils soient un comme nous sommes Un » Jn
(17, 11).
Or nous venons tous de familles (qui peuvent être parfois très blessées) et nous
savons combien c’est difficile de vivre ensemble unis… combien c’est difficile d’aimer
l’autre inconditionnellement…de prendre soin de chacun (du plus petit au plus âgé), de
travailler à cette communion entre nous alors que la différence de l’autre me dérange…et
pourtant, c’est le projet de Dieu pour la famille et le chemin de sanctification pour chacun.
Ce trésor caché en Dieu et qu’Il nous partage en nous créant à sa ressemblance, Il
nous invite à en vivre, sachant que le fruit que chacun en retirera, c’est d’être comblé de
la Joie même de Dieu : « qu’ils aient en eux ma joie, et qu’ils en soient comblés » nous
dit Jésus dans Jn (17,13). C’est la Joie de l’Amour .
Quel cœur humain ne rêve pas de vivre cette joie de l’amour ? Quel couple et
quelle famille ne désirent pas être heureux ensemble ?
3. Une vocation :
Ainsi, Le mariage chrétien est bien plus qu’un contrat social, c’est une
vocation, « un don pour la sanctification et le salut des époux » AL (72) et un appel.
Les époux et leur famille, sont appelés par Dieu à vivre une mission, celle de le
rendre visible en ce monde. Lorsque les relations entre les membres d’une même famille
sont orientées vers « le prendre soin de l’autre », l’amour est présent et la famille vit un
double mouvement :
une unité intérieure (communion entre les membres)
et une diffusion par contagion à l’extérieur.(un témoignage pour le
monde)
Il est important de comprendre ce trésor et de le révéler car les couples et les
familles qui vivent cette communion d’amour sont intrinsèquement heureux et féconds.
Ils portent immanquablement du fruit qui se déploie en un rayonnement naturel là où ils
sont implantés.
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Nous sommes témoins de la puissance d’une pastorale, animée par des couples
pour « des couples non mariés », mise en place dans quelques paroisses. A l’issu du
parcours, de nombreux couples, touchés par cette vocation à laquelle Dieu les appelle,
demandent le sacrement de mariage. Cette annonce raisonne tellement dans leur cœur et
leur propre expérience d’amour conjugal, qu’ils en comprennent la réalité et l’origine. Ils
désirent la vivre et en deviennent eux-mêmes témoins.
Révéler ce don de Dieu est donc la première étape nécessaire pour les
couples et les familles,
Aider à en vivre est la deuxième.
Comme pour une chasse au trésor, nous avons besoin d’indices pour nous aider à
avancer dans la bonne direction. Pour nous aider, en quelque sorte, « à déterrer » celui-ci
enfoui au cœur de notre sacrement de mariage et le mettre au grand jour.
II. Deuxième temps : La famille, un trésor à « déterrer » :
Si la famille est un trésor pour le monde, comment l’aider à se fortifier et à briller pour attirer
et permettre à d’autres de choisir cette vocation à laquelle Dieu les appelle ?
Remplis de joie et de bonne volonté au début de leurs mariages, les couples et les familles
sont souvent très vite rattrapés par le rythme effréné du travail, les activités multiples de chacun, les
tentations du monde et courent le risque avec le temps, de devenir une association de personnes qui
vivent plus ou moins bien ensemble...et qui malheureusement, pour un trop grand nombre, se
séparent.
Comment vivre en couple et en famille des relations d’amour qui nous unissent profondément,
des relations qui conduisent à la communion ? Cette communion qui reflète l’image de Dieu.
Quatre « indices » ou « clés » pour nous aider sur ce chemin à
avancer dans la bonne direction :
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1. Première clé : Passer de l’utilitarisme au don :
Bien souvent, l’amour se limite à la passion qui n’est basée que sur ce que l’on sent ou l’on
ne sent pas…mais le vrai amour dépasse le sentiment pour aimer dans le temps.
Dans notre marche vers cette quête d’aimer vraiment et pour toujours, nous avons un caillou
dans notre chaussure qui rend l’exercice plus difficile…l’utilitarisme développé par notre égo!
Nous faisons tous l’expérience de notre inclination naturelle à « prendre » au lieu de
« donner », à « se servir » plutôt que « servir ». Conséquence du péché originel, cette tendance nous
pousse à utiliser l’autre et blesse réellement nos relations.
Au lieu « d’aimer Dieu et notre prochain comme nous-même » Mc 12 ,31-33 (les deux
commandements dans lesquels se résument tous les autres, nous dit Jésus), nous instrumentalisons et
utilisons souvent notre prochain pour notre propre intérêt.
Lorsque nous avons réalisé la présence de ce biais dans les relations humaines et donc dans
notre propre couple et famille, nous avons chacun personnellement et en conscience examiné notre
relation à l’autre…ma relation avec mon époux, (ou mon épouse), ma relation avec mes enfants, mes
parents âgés, et finalement avec ceux qui m’entourent. (un petit exercice que chacun peut faire quel
que soit son état de vie)
Nous constatons alors souvent que nos paroles et nos actions ne sont pas toujours tournées
vers le bien de l’autre, et qu’il y a un travail personnel à faire pour changer et aimer l’autre pour lui-
même et ne jamais l’utiliser. Respecter sa liberté, accepter qu’il soit différent.
Pour avancer dans la communion conjugale et familiale, nous avons besoin de retirer ce
caillou de « l’utilitarisme » car il nous freine et nous empêche d’atteindre notre but !
Alors, comment vivre réellement dans nos couples et avec nos enfants cette communion
d’amour ?
Le Christ nous montre le chemin : «Il se donne ». Il nous donne sa propre vie pour
que nous ayons le chemin de la vraie Vie. Le vrai amour est don. « il n’y a pas de plus grand
amour que de donner sa vie… » nous dit-Il (Jn 15 ,13) et c’est ce qu’Il fera lui-même.
Nous sommes faits à l’image de Dieu pour nous donner. C’est la mission des parents
pour leurs enfants mais c’est aussi la mission des époux entre eux et la mission de l’Eglise
pour le monde.
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La communion se vit par le don.
Nous avons réalisé alors, que le don de soi est concret…et s’incarne dans de nombreux gestes
gratuits au quotidien. Plus de gestes de tendresse, plus de paroles bienveillantes et encourageantes,
moins de reproches… Plus de demandes de pardon entre nous et avec nos enfants. (Nous faisons tous
des erreurs, et les reconnaître et dire à son conjoint ou à ses enfants : « j’ai eu tort, je te demande
pardon », c’est une démarche qui demande de l’humilité et qui est vraiment difficile… mais elle est
puissante et elle restaure la communion qui avait été ébranlée par la faute. En ce qui nous concerne,
il ne se passe pas une semaine sans que nous en fassions l’expérience !)
Plus d’écoute, plus d’attention à l’autre et à ses besoins, plus de petits services.
Dans AL, le pape François nous dit: En famille « il est nécessaire d’utiliser trois mots.
Je veux le répéter, trois mots : s’il te plaît, merci, pardon, Trois mots clés ! » AL(132).
Et dans le chapitre IV d’ AL, il nous invite à méditer « l’hymne à la charité » de la 1ère
épître aux Cor (13, 4-7) car dit-il, « nous y trouvons certaines caractéristiques de l’amour
véritable » « l’amour est patient, l’amour est serviable, etc… Autant d’attitudes et d’actions
qui nous font entrer dans de vraies relations d’amour à l’image de Dieu.
Lorsque nous avons commencé à nous appliquer à vivre davantage dans le don de
nous-mêmes à travers tous ces gestes et ces paroles concrètes, nous avons naturellement été
renouvelés dans notre amour, si bien qu’un jour, notre petite dernière nous a dit : « les parents,
vous avez changé…vous avez l’air plus amoureux ! »
Cet amour de don, qui nous décentre de nous-mêmes pour prendre soin de l’autre au cœur
de nos familles, est à apprendre dès le plus jeune âge et à réapprendre chaque jour, et lorsqu’il est
vécu, il irrigue son entourage et donc l’Eglise et la société.
C’est la joie de l’amour qui se répand, un amour vivant qui circule.
C’est pourquoi GS (48) nous dit : « La famille manifestera à tous les hommes la
véritable nature de l'Église, tant par l'amour des époux, leur fécondité généreuse, l'unité et la
fidélité du foyer, que par la coopération amicale de tous ses membres » et AL (47) précise : «
Aussi l’Église, pour comprendre pleinement son mystère, regarde-t-elle la famille humaine
qui le manifeste d’une façon authentique ».
et st JPII nous disait dans sa lettre aux familles de 1981 (N°14): « La famille est la
route de l'Eglise … cette route qui, par la vie conjugale et familiale, mène au Royaume des
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cieux (cf. Mt 7, 14). Il est important que la « communion des personnes » dans la famille
devienne une préparation à la « communion des saints ». « La famille est le centre et le cœur
de la civilisation de l'amour ».
2. Deuxième clé : Planifier des temps privilégiés
Au début de notre mariage, des couples qui vivaient ce don d’eux-mêmes aussi au service
de l’Eglise, en organisant des parcours pour couples dans les paroisses, nous ont invités à placer dans
notre emploi du temps chaque semaine, un temps privilégié en couple pour partager et communiquer
plus profondément. Ces temps que nous continuons à planifier encore aujourd’hui, après 35 ans de
mariage, sont vraiment précieux et construisent notre relation d’époux.
De même, prendre chaque semaine un temps privilégié de jeux et de qualité avec nos enfants
expriment concrètement l’amour que nous avons pour eux et les éduquent à prendre du temps pour
les autres.
Célébrer et ouvrir notre famille à d’autres, sur l’exemple de nos frères et sœurs orientaux qui
accueillent généreusement et se réjouissent de ces nouvelles rencontres, est aussi la vocation de nos
familles, qui nous éduquent au partage et à la communion avec d’autres.
AL nous dit : « Dès le départ, l’amour rejette toute tendance à s’enfermer sur lui-
même, et s’ouvre à une fécondité qui le prolonge au-delà de sa propre existence ».
3. Troisième clé : « Par Lui, avec Lui et en Lui… » Demeurer en
Dieu :
Ces couples nous ont aussi invités à prier avec eux, nous questionnant ainsi sur la place
que nous faisions nous-mêmes à Dieu au sein de notre famille ?
« La transmission de la foi suppose que les parents vivent l’expérience réelle d’avoir
confiance en Dieu, de le chercher, d’avoir besoin de lui… » nous dit AL(309). Ces couples,
on le voyait : ils y croyaient, ils le vivaient. Leur témoignage nous a touchés et nous a entraînés
à désirer vivre la même chose qu’eux.
Jésus, en choisissant de commencer sa vie publique en participant à des noces à Cana, ne
vient-il pas nous signifier son désir d’être présent au cœur de notre sacrement de mariage ? Pourquoi
se priver de son aide pour transformer notre eau quotidienne en vin de fête? Or, le vin (symbole de
la joie pour les hébreux) que donne le Christ est bien meilleur que celui produit par de simples mains
d’hommes…l’intendant s’en étonne !...nous aussi, mais c’est pourtant vrai :
AL nous dit :« Si la famille parvient à se concentrer dans le Christ, Il unifie et illumine toute
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la vie familiale » AL (247). De façon très simple, nous avons réintroduit le bénédicité, pris des petits
temps de prière en couple et avec nos enfants, lu et partagé avec eux des passages d’évangile, participé
à des sessions qui nous invitaient à prier en famille…
Aujourd’hui, alors que nos enfants sont eux-mêmes parents, nous constatons qu’ils
transmettent naturellement cette vie au quotidien avec Dieu à leurs propres enfants. C’est ainsi que
de temps en temps, l’un de nos petits-fils de quatre ans au moment du repas nous dit : « mais, on a
oublié de remercier le Seigneur ! » Nous voilà rappelés à l’ordre par nos petits-enfants ! Et ce même
petit bonhomme parlant avec les gens dans la rue, leur dit au moment de partir: « Au revoir monsieur,
je t’aime »…laissant son interlocuteur à la fois étonné et ému ! L’enfant est une éponge qui absorbe
et redonne ce qu’il reçoit. Dans une culture pleine d’amour, dans laquelle il se sait aimé de Dieu et
de ses parents, il redonnera spontanément cet amour dans la société dans laquelle il grandira.
Ainsi, Dieu qui est la source de cet amour de communion, par ces temps familiaux de
qualité tout simples et ces temps de prières en familles, irrigue de son Amour nos cœurs et
celui de nos enfants. Il forge les couples et les familles à cette communion d’amour à laquelle
ils sont appelés et dont les signes visibles sont la paix et la joie.
4. Quatrième clé : Raviver la flamme
Nous savons qu’un feu à besoin de bois et de souffle pour continuer à bruler, sinon, il
s’éteint !
« Pierre et Sophie, mariés depuis 12 ans avaient décidé de se séparer ne supportant
plus cette vie ensemble. Un autre couple leur dit : « peut-être vous manque-t-il des ingrédients
pour que la recette soit bonne et vous régale à nouveau ? » Invités à un week-end (retraite)
pour les familles durant lequel, les couples qui l’organisaient ont pris soin d’eux et de leurs
enfants, et pendant lequel ils ont vécu, entre autres, une expérience de prière, de
communication, de pardon…ce couple a choisi de reprendre le chemin ensemble et
d’alimenter sa relation « d’un bois nouveau » pour se donner une chance de raviver la flamme
de leur amour . L’année dernière, ils nous partageaient qu’ils étaient en chemin. A leurs
visages réjouis et à leurs yeux qui reflétaient l’espérance, nous constations qu’un souffle
nouveau les renouvelait.
Trop de couples souffrent, et aujourd’hui, de nombreux couples se séparent car ils
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n’ont pas forcément le « bois » pour entretenir la flamme et avancer ensemble.
La blessure des séparations brise les cœurs et spécialement celui des enfants lorsqu’il
y en a, et éloigne bien souvent de Dieu et de l’Eglise les membres de la famille.
Prenons soin des couples et des familles dans nos paroisses et nos diocèses.
Pas simplement au moment de la préparation au mariage mais à tout âge pour qu’ils puissent
se ressourcer, se fortifier et faire fructifier ce trésor.
Comment allons-nous à leur rencontre pour témoigner et leur transmettre ce trésor pour lequel
Dieu les a créés, et les aider à en vivre ?
Soyons créatifs, comme ces couples qui ont organisé avec le prêtre de leur paroisse ce
parcours.
Demandons à l’Esprit-Saint des idées et la force de mettre en place des initiatives.
A ces deux premières étapes de « Révéler » et de « Donner » des clés aux
couples pour leurs permettre de vivre le trésor de la communion enfoui au cœur de
leur amour conjugal et familial,
vient s’ajouter le « Partage et la Transmission » de ce trésor à d’autres.
III. Troisième temps : La famille, un trésor à partager : L’appel missionnaire
des couples et des familles
Ce trésor de la famille chrétienne, il est à faire briller au grand jour.
La joie de l’amour est communicative et entraîne avec elle ceux qui sont perdus et seuls.
Ainsi, « il est nécessaire, d’une part, de « réveiller » les familles, de leur faire prendre
conscience du don qu'elles représentent au sein de l'Église. nous dit AL (290) ; d'autre part,
il est important que l'Église apprenne à mettre en valeur les dons que l'Esprit confère à la
famille, en la reconnaissant comme protagoniste de l'évangélisation : les familles doivent être
« à la fois des Églises domestiques et un ferment d'évangélisation dans la société ».
1. La première mission du couple, c’est de donner la vie et de l’éduquer, et
dans cette éducation, le couple chrétien aura aussi à cœur de faire vivre et grandir la vie divine,
déposée comme « une graine de moutarde » en chacun de leurs enfants le jour leur baptême.
Trop souvent nous, parents, nous nous occupons de la formation académique de nos enfants,
mais par pudeur ou par manque de conviction...nous déléguons la transmission de la foi à
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l’extérieur de la famille. Au catéchisme, à la paroisse, c’est bien mais ce n’est pas
suffisant…La foi se transmet en premier par les parents : «Tous les jours de ta vie, toi, ainsi
que ton fils et le fils de ton fils, tu observeras…ses commandements. Tu les rediras à tes fils,
tu les répéteras sans cesse… » nous dit le livre de Dt 6, 2-7. L’enfant dont la foi est pétrie
dans la pâte familiale, aura plus de facilité à en vivre plus tard et à en témoigner. Des vocations
s’éveillent également dans ce terreau de foi vivante familiale et l’Eglise a besoin de ces jeunes
générations pour porter l’évangile aux nations.
2. Deuxième mission : Êtres des phares dans ce monde : « vous êtes la lumière
du monde » nous dit Jésus dans Mt 5,14-16. « on n’allume pas une lampe pour la mettre sous
le boisseau…de même, que votre lumière brille devant les hommes : alors, voyant ce que vous
faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux. »
« la famille chrétienne est appelée à donner devant tous le témoignage d'un
dévouement généreux et désintéressé face aux problèmes sociaux, en choisissant en priorité
les pauvres et les marginaux. »
Nous dit FC 40. Ainsi, nous sommes appelés à tenir ouverte la porte de nos maisons
et à nous engager dans la vie publique de nos sociétés. Les époux et les familles qui essaient
de vivre de cette communion authentique et qui avancent sans se décourager en s’appuyant
sur l’amour miséricordieux de Dieu, rayonnent naturellement de cet amour dans leurs
engagements sociaux et apparaissent comme des phares sur la route des Hommes. Des
tempêtes les éclaboussent (malheureusement, toutes les familles vivent des épreuves), mais
ils restent debout, ancrés dans la confiance en Dieu. Le phare n’est pas englouti par la mer
(symbole de la mort) et continue de briller dans la nuit en indiquant la route du port. Lumière
d’espérance pour retrouver sa route, il est un soutien et montre, dans les sociétés de
consommation et de violence actuelles, que l’amour est vainqueur, qu’il peut être durable...,
qu’il est source de vie et de bonheur.
3. Enfin devenir des couples et des familles missionnaires dans l’Eglise :
Déjà en 1981 FC (50) nous disait :
« Si la famille chrétienne est une communauté, […]sa participation à la mission de
l'Église doit se réaliser d'une façon communautaire; c'est donc ensemble que les époux en
tant que couple, les parents et les enfants en tant que famille, doivent vivre leur service de
l'Église et du monde ».
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a) La complémentarité des états de vie dans la mission est riche et
indispensable aujourd’hui pour porter plus de fruits et pour atteindre des populations plus
difficilement accessibles par une seule composante d’état de vie.
De même que les jeunes évangélisent plus facilement les jeunes, les familles peuvent
plus facilement toucher d’autres familles par leur témoignage.
Saint Paul l’avait bien compris puisqu’il s’entourait de couples comme Priscille et
Aquila pour évangéliser. Dans les premiers temps de l’Eglise, l’évangile s’est répandu dans
le bassin méditerranéen aussi par l’œuvre missionnaire des couples »
Comme l’a souligné le pape François en janvier 2019 à la Rota : « On est frappé et
ému par cette profonde reconnaissance de la part de Paul envers l’œuvre missionnaire de ces
époux ; et en même temps, on peut reconnaître que cette synergie est un don précieux de
l’Esprit aux premières communautés chrétiennes »
b) La dimension missionnaire du sacrement de mariage :
A cet appel à la mission, commun à tous les baptisés par la grâce du sacerdoce
baptismal, vient s’ajouter pour les époux, un appel vocationnel qui provient du sacrement
de mariage.
L’identité du couple marié se caractérise par son sacrement ainsi, les charismes propres
de chacun des deux époux, s’enrichissent du charisme du couple lui-même, en tant qu’entité
pleine, formant une seule chair.
Par le sacrement de mariage, la sainte Trinité se rend présente aux époux :
a. le Père les unit,
b. le Fils les sauve et leur donne de « vivre de Lui »,
c. le Saint-Esprit leur donne le feu de la mission.
Lors de la célébration du mariage, la bénédiction du prêtre, qui avant JPII était une
simple prière avec les mains levées, est devenue ensuite, avec les mains étendues sur le couple,
une prière « consécratoire » d’envoi en mission.
L’Eglise aujourd’hui, a besoin que les époux exercent ce don qui leur est fait d’être
missionnaires ensemble.
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c) Appelons les couples à la mission, pas le mari seul ou la femme seule, mais
bien les époux ensemble. La mission en couple marié est bien plus qu’un homme et une femme
qui s’entendent bien pour annoncer l’évangile, c’est une communauté matrimoniale qui
rayonne. Ainsi, AL (200) nous dit :« Les Pères synodaux ont insisté sur le fait que les familles
chrétiennes, par la grâce du sacrement de mariage, sont les principaux acteurs de la pastorale
familiale, surtout en portant « le témoignage joyeux des époux et des familles, Églises
domestiques »
Paroisses, osez appeler les couples, maris et femmes à servir ensemble.
Couples, osons répondre d’une seule voix, à deux.
N’ayons pas peur, le rayonnement de l’amour cultivé se fera attractif de lui-même.
Les époux révèlent naturellement la beauté et la force de ce sacrement qui les unit et
emmènent dans leur sillage d’autres couples et des jeunes qui s’engagent à servir l’Eglise à
leur tour.
Ne renonçons pas à l’engagement de servir en couple en pensant que nous n’en
sommes pas capables. Nous avons tous nos talents et nos limites mais Dieu le sait et pourtant,
Il nous fait confiance et nous demande d’être des disciples missionnaires.
d) Les fruits de la mission en couple et en famille :
« C’est en donnant, qu’on reçoit… » nous dit st François d’Assise
Pour nous époux, servir ensemble est un acte vertueux porteur de nombreux fruits pour
notre couple et notre famille.
Le premier est la découverte admirative des talents de notre conjoint qu’on peut voir
de très près dans les missions gratuites menées ensemble. Cette admiration nourrit notre amour
réciproque.
Cet engagement missionnaire est un facteur constructif de partage entre nous, nous
nous émerveillons et communiquons sur notre mission. La joie récoltée ensemble de ce don,
au nom du Seigneur, vient enrichir notre couple et le fait croître.
Enfin, nos enfants, participants à certains services avec nous, apprennent naturellement
le don gratuit d’eux-mêmes pour les autres et si l’équilibre : « prendre soin de notre famille
ad intra et servir ad extra » est bien dosé, ils se mettent très souvent à leur tour en mission
pour l’Eglise plus tard. C’est ce que l’exhortation apostolique Christi fideles Laici souligne
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en disant : « Plus les époux et les parents chrétiens grandiront dans la conscience que leur «
Église domestique» participe à la vie et à la mission de l'Église universelle, plus aussi leurs
enfants pourront être formés au «sens de l'Église» et comprendront la beauté qu'il y a à
consacrer leur énergie au service du Royaume de Dieu ». (ChL 62)
Conclusion :
Pour conclure, nous vous partageons ce petit témoignage vécu dans ma propre famille et qui
révèle les beaux fruits que la mission auprès des couples peut porter, ainsi que l’importance d’appeler
les couples à devenir missionnaires ensembles.
J’ai grandi dans un village de montagne en France avec des parents catholiques, ma mère
pratiquant par conviction, mon père par tradition, ne sachant pas trop, plutôt moins que plus, si Dieu
existait vraiment. Il suivait la messe par devoir de très loin…au fond de l’église ou à la tribune pour
écouter l’orgue, mais jamais au côté de sa femme ni de ses enfants. Ma mère, passait beaucoup de
temps à la paroisse, trop selon mon père…leur vie de couple était difficile et s’est petit à petit
construite en deux voies parallèles, à tel point qu’un jour s’est posé la question de la séparation !
C’était l’effondrement, le chemin semblait terminé…mais ils ont accepté de faire « une session pour
couples » qui leur a donné des clés pour reprendre le chemin ensemble et ils ont aussi découvert la
richesse que cela pouvait être pour un couple d’être en mission ensemble.
Un travail de reconstruction et de réunification s’est fait petit à petit. Au lieu de disputes à
table, ils partageaient sur l’organisation des équipes liturgiques et de la mission paroissiale.
Mon père, voyant les bienfaits pour leur couple de servir ensemble, à appeler d’autres couples
à venir les rejoindre. C’était assez incroyable, lui qui lorsque j’étais jeune me disait que l’Eglise c’était
pour les femmes et quelques hommes qui deviennent prêtres, était devenu un pilier de la paroisse et
un missionnaire…
Lorsqu’il est décédé, il y a deux ans, mes parents avaient 55 ans de mariage et nos enfants
gardent le souvenir de leurs grands-parents comme d’un phare leur montrant la route : unis, heureux,
en service ensemble pour le Seigneur, se donnant la main à la messe lors du Notre Père!
« l’Église est un bien pour la famille, la famille est un bien pour l’Église » nous dit AL(31)
Prenons soins des couples et des familles, permettons-leur de se fortifier pour cultiver leur
amour et appelons-les à la mission pour en rayonner dans les œuvres de compassion et
d’évangélisation avec nos pasteurs. Comme le rappelle AL : « l’annonce chrétienne qui concerne la
famille est vraiment une bonne nouvelle ». AL 2 , alors transmettons là car aujourd’hui, les jeunes ont
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besoin d’en comprendre le sens pour s’engager dans cette aventure!
Comparer avec le texte parlé
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