Chapitre 3 : Relation entre la banque centrale et la banque commerciale
Il s'agit de voir qui des banques centrales et des banques commerciales détient le rôle
moteur en matière de création monétaire et quels en sont en définitive les déterminants
majeurs de l'offre de monnaie. Deux réponses sont le plus souvent données. Dans
l'optique dite du multiplicateur, c'est la banque centrale qui a un rôle premier. Dans
l'optique dite du diviseur, l'accent est mis sur la relative autonomie des banques en
matière d'octroi de crédit et donc de la création monétaire.
Section I : Le comportement de la banque centrale
A. La banque centrale et la création monétaire
La Banque Centrale peut créer deux sortes de monnaie : - Il s'agit d'abord de la monnaie
fiduciaire (monopole d'émission des billets). La Banque Centrale crée de la monnaie
fiduciaire lorsque les agents économiques non financiers souhaitent détenir une partie de
leurs avoirs sous formes de billets: on parle de préférence pour la liquidité. Comme la
création de monnaie scripturale par les banques commerciales s'accompagne toujours
d'une demande de billets (fuite bancaire), elles sont obligées de s'en procurer auprès de
la Banque Centrale. Exemple : lorsqu'un étudiant retire au distributeur de sa banque 40
FCFA, il oblige cette dernière à se procurer de la monnaie Banque Centrale (une monnaie
que les banques commerciales ne peuvent pas émettre). Il s'agit ensuite de la monnaie
scripturale qu'elle peut créer selon les mêmes mécanismes que la création monétaire des
banques, c'est à dire lorsqu'elle transforme une créance (sur tes particuliers, sur
l'extérieur ou sur le trésor public) en moyens de paiement. Il convient cependant de
discerner deux formes de monnaie. Lorsque la Banque Centrale consent à acheter des
actifs réels, financiers, des devises (ou encore à accorder des crédits à l'Etat), elle crée
ce que l'on appelle de la monnaie externe ou libre (la création de la monnaie est
définitive). Cette monnaie a pour principale caractéristique de ne pas augmenter l'actif
global du système non bancaire. En effet, ces opérations ne concernent que la banque
centrale, les banques commerciales et le Trésor Public. SI une banque commerciale cède
des devises à la Banque Centrale pour un montant de 1000 euro (nous considérerons
une parité 1 euro = 1 FCFA), la Banque Centrale va créer de la Monnaie Banque Centrale
en créditant le compte courant de la banque commerciale de 1000 FCFA.
devises de la Banque Centrale va s'accroître de 1000 euro. On s'aperçoit Ici que la
monnaie créée est de type scriptural (elle n'est pas convertie en billets). En outre, cette
monnaie est dite externe ou libre dans la mesure où elle est créée définitivement par la
Banque Centrale. La base monétaire (Monnaie Banque Centrale) se sera accrue de 1000
FCFA.
Lorsque la Banque Centrale crée de la monnaie scripturale au titre du refinancement des
banques commerciales (octroi de crédit, opérations de réescompte d'un effet de
commerce), la monnaie créée est dite Interne dans la mesure où sa création n'est pas
définitive. Si la Banque Centrale refinance les banques commerciales et le Trésor Public,
elle crée de Sa monnaie scripturale qui circule entre les différents comptes. Cette
monnaie est appelée Monnaie Banque Centrale (MBC) ou également base monétaire.
Elle apparaît au passif du bilan et ses contreparties à l'actif. La Monnaie Banque Centrale
assure ainsi une forme de communication entre les diverses banques (et le Trésor). Nous
avons vu précédemment qu'une compensation Interbancaire quotidienne était réalisée
sur le marché monétaire entre les créances et les dettes de chaque banque. De cette
compensation, se dégage pour chaque banque un solde excédentaire ou déficitaire,
inscrit au crédit ou au débit de son compte dans les livres de la Banque Centrale. Ceci se
traduit par une hausse ou une baisse de ses avoirs en monnaie Banque Centrale. Dans
le cas où le montant de Monnaie Banque Centrale détenu par une banque commerciale
devient Insuffisant, cette banque doit immédiatement acheter de la monnaie Banque
Centrale en cédant par exemple des effets représentatifs de crédits, soit à d'autres
banques commerciales, soit à la Banque Centrale (opération de refinancement).
Par contre, si le montant de monnaie Banque centrale détenu par une banque
commerciale est supérieur à ce qui lui est nécessaire pour satisfaire la demande de ses
clients et pour constituer d'éventuelles réserves obligatoires, elle a la possibilité
d'accroître le volume de crédits qu'elle accorde. L'opération de réescompte d'un effet de
commerce peut être introduite de la manière suivante : la société X doit une somme
d'argent à une société Y, X signe donc une reconnaissance de dettes, si Y a besoin de
cette somme avant l'échéance, elle peut porter ce papier (traite, effet de commerce) à sa
banque qui lui échangera contre des moyens de paiement disponibles immédiatement,
moyennant un coût qui est le taux d'escompte. La banque peut à son tour escompter ce
papier auprès de la Banque centrale; par le réescompte, la Banque centrale crée de la
monnaie au profit de la banque. La dette de la société X est ainsi transférée à l'actif de la
Banque centrale. Nous voyons ici que la création monétaire de la Banque Centrale n'est
que transitoire dans la mesure où le remboursement du refinancement (effet de
commerce) donne lieu à une destruction de monnaie identique
B. La création monétaire dans un système hiérarchisé
Supposons que pour une raison quelconque, les banques disposent de réserves
excédentaires RE de 100 auprès de la banque centrale. Elles ont intérêt à utiliser ces
réserves afin d'obtenir des revenus supplémentaires, plutôt que de les conserver en
monnaie centrale, ce qui ne rapporte rien ou très peu. On suppose que la préférence pour
les billets (b = 20%). De plus, les banques commerciales doivent respecter un taux de
réserves obligatoires r = 10%. Elles décident donc d'accorder 100 de crédits, ce qui va
mettre en route des vagues successives de fuites et de nouveaux crédits
C La relation entre la monnaie centrale et la monnaie de banque
Pour établir cette relation, nous simplifions l'analyse en supposant que les réserves du
Trésor public (c'est-à-dire son dépôt) à la banque centrale sont nulles. Auprès de cette
dernière, les banques ont des réserves R. elles sont composées pour partie de réserves
obligatoires R0, liées via le taux r aux dépôts de leur clientèle, et pour partie, elles peuvent
être excédentaires RE. On sait par ailleurs que la masse monétaire M est la somme des
billets B et des dépôts D, et la monnaie centrale étant la somme des billets et des réserves
R, la relation entre les différentes formes de monnaie peut être établie de deux manières.
1. Présentation du modèle
La première consiste à préciser les comportements en référence aux dépôts. En notant
h le rapport que les agents non financiers souhaitent maintenir entre les billets détenus
et leurs dépôts en banque (h = R/D), nous pouvons écrire : MC = B + R = hD + rD = (h+r)
D avec r et h compris entre 0 et 1. M = B+D = hD + D = (h+1) D
De ces deux relations, nous déduisons que :
Équation 1
Compte tenu de la valeur des paramètres h et r, le terme en crochets (le multiplicateur)
est supérieur à l'unité. La masse monétaire est un multiple de la monnaie centrale.
La seconde façon d'établir cette relation consiste à reprendre la décomposition de la
masse monétaire et, en raison des préférences de la clientèle, à supposer un rapport b
entre les billets détenus et la masse monétaire (b = B/M) et B = b.M. RO le montant des
réserves obligatoires ; g le coefficient de réserves obligatoires ; D = d.M = (1 - b).M, d la
fraction des dépôts dans la masse monétaire. La base monétaire H= RO + B = gD + bM
= g (1- b).M + bM H = (g - gb + b).M
Équation 2
La masse monétaire est donc un multiple de la base monétaire. On dira également que
la Banque Centrale est capable de contrôler la masse monétaire en circulation et que
l'offre de monnaie est exogène (La Banque centrale peut imposer la masse monétaire de
son choix).
Les conditions de mise en œuvre du multiplicateur de crédit L'idée qui domine dans la
théorie du multiplicateur est que la monnaie centrale constitue la base d'une pyramide qui
correspond à l'ensemble des moyens de paiement détenus par les ANB.
i) L'existence des réserves excédentaires
La présence de réserves excédentaires, d'avoirs en monnaie centrale dépassant les
réserves obligatoires est essentielle puisqu'elle est la condition même de toute création
monétaire. C'est en ce sens que la monnaie centrale est qualifiée de « base monétaire »
ou de « monnaie à haute puissance » (highpowered money)
La conclusion est donc que, dès le départ, le processus de multiplication est entravé par
l'absence de « matière première » (les réserves libres), c'est-à-dire de multiplicande.
ii) L'emploi des réserves excédentaires
Pour que le multiplicateur de crédit puisse jouer, II faut encore que les banques réservent
leurs encaisses excédentaires en monnaie centrale aux fuites qui, inévitablement,
résultent des nouveaux crédits qu'elles consentent.
Enfin, les banques peuvent profiter d'une éventuelle manne de liquidités pour se
désendetter vis-à-vis de la banque centrale, c'est-à-dire réduire le recours au
refinancement plutôt que de répondre à une demande de crédit.
iii) L'existence d'une demande de crédits
La monnaie moderne est une monnaie de crédit puisque l'essentiel de sa création
s'effectue par les crédits aux ANB. En conséquence, pour qu'une impulsion exogène
donnée à la liquidité des banques entraîne un accroissement de la monnaie bancaire, II
faut que la demande de crédit y
Au total, le multiplicateur de crédit décrit un mécanisme potentiel d'expansion de la masse
monétaire, où la quantité de monnaie en circulation est réglée par l'offre de crédit des
banques, cette offre étant limitée par la monnaie centrale disponible. Les conditions de la
demande de monnaie sont négligées. À partir d'un accroissement de la liquidité des
banques en monnaie centrale, il permet de calculer les limites. La création moné[Link]
l'offre de monnaie théorique maxima à l'émission de monnaie bancaire nouvelle. Mais il
ne permet pas de prévoir précisément la création de monnaie qui sera réalisée.
Si le coefficient des réserves obligatoires est contrôlé par la Banque Centrale (et donc
stable), II n'en va pas de même pour le taux de préférence pour les billets (très variable).
En modifiant leur préférence pour les billets, les agents non financiers peuvent entraîner
une variabilité du multiplicateur.
C. La remise en cause de la causalité du « multiplicateur monétaire »
Il est peu réaliste de considérer que l'activité de crédit n'est qu'une résultante
automatique de la situation de trésorerie des banques. Dans la réalité, celles-ci répondent
à la demande de la clientèle et disposent d'une certaine marge de manœuvre pour se
procurer des liquidités. Dans de nombreux cas, c'est la monnaie créée par les banques
qui déclenche le recours à la monnaie centrale et non l'inverse. 1- Le principe du « diviseur
de crédit » Le principe du diviseur de crédit peut être déduit de la relation suivante :
La problématique du diviseur de crédit met l'accent sur le rôle moteur des banques dans
le processus de création monétaire, et inverse la causalité entre M et H, La banque
centrale entérinerait, par un refinancement (H) quasi automatique, l'offre de crédits des
banques à leur clientèle. Dans cette optique, à la suite d'un crédit C accordé par les
banques, la monnaie créée (M = C) est porté au crédit des agents non financiers. Ces
derniers demandant une conversion en billets (B = bM) et conservant des dépôts
(D = (1 - b) M) sur lesquels les banques constituent des réserves (R = g D = g (1 - b) M),
les banques devront assurer un volume de refinancement RF égal à : bM + g (1 - b) M. A
la suite de la création monétaire des banques (M), les besoins de refinancement
conduisent à une création de monnaie de la banque centrale égale à : MC = RF = bM +
g (1 - b) M = (b + g (1 - b)).M
Section II : Le contrôle de la monnaie et les limites de la création monétaire
A. Le contrôle de la monnaie par la banque centrale
La somme des postes figurant au passif constitue la monnaie banque centrale : MBC= B
+ R Avec MC la monnaie banque centrale, B les billets et pièces (monnaies
divisionnaires) en circulation, et R les réserves des banques. Dans ce cadre, la banque
centrale peut contrôler parfaitement le montant de la monnaie banque centrale par ses
opérations d'open market.
1- Les achats à l'open market à une banque
Soit le cas où la banque centrale achète des titres d'une valeur de 100 millions de francs
à une banque. Celle-ci va soit déposer la somme reçue sur son compte à la banque
centrale, soit la conserver directement dans ses caisses sous la forme de billets.
2- Les achats à l'open market au secteur privé non bancaire
Supposons que le ménage ou l'entreprise vend les titres à la banque centrale et dépose
la contrepartie à la banque.
Cette analyse montre que l'effet d'un achat à l'open market sur la monnaie centrale, la
liquidité bancaire dépend de la forme (billets ou dépôts bancaires) de détention du produit
de la vente du titre par le vendeur. L'effet d'un achat à l'open market sur la monnaie
centrale n'est pas aussi sûr que son effet sur la monnaie banque centrale.
3- Les ventes à l'open market
Si la banque centrale vend des obligations d'Etat d'une valeur de 100 à une banque ou à
un agent privé non bancaire, la monnaie banque centrale diminue du même montant.
B. Les limites de la création monétaire
Si un banquier n'a besoin que de son stylo pour créer de la monnaie, on peut se demander
ce qui empêche une création infinie de monnaie. En fait, la création monétaire est limitée
par la demande de monnaie, par les besoins des banques en billets et par les
interventions de la Banque Centrale.
1- La contrainte de la demande de monnaie
Les banques ne créent pas de la monnaie pour le plaisir, mais en réponse à une demande
de monnaie. La création monétaire est donc bornée par les besoins de liquidités des
agents non financiers, et ces besoins eux-mêmes sont élevés durant les périodes de forte
activité, mais réduits dans les périodes de ralentissement de l'activité. La contrepartie
«créances sur l'économie» est source de création monétaire si la consommation des
ménages, l'investissement des entreprises et des ménages jouent un rôle moteur dans
l'économie (demande de crédit pour la consommation, pour l'Investissement). La
contrepartie « créances sur l'extérieur » pèse sur la liquidité des banques commerciales,
elle l'améliore en cas d'excédent commercial et donc entrée de devises (apports de.
celles-ci à la Banque Centrale), elle la détériore dans le cas inverse. La contrepartie «
créance sur le Trésor Public » détériore la liquidité bancaire lorsque le budget de l'Etat
est excédentaire (notamment au moment du recouvrement de l'impôt), le compte des
banques à la Banque Centrale est en effet débité du montant des impôts prélevés, au
profit du compte du Trésor public.
2- Les besoins des banques en billets
Les clients des banques font circuler une partie de la monnaie créée par les banques,
non sous sa forme initiale de monnaie scripturale, mais sous forme de monnaie. Or les
banques ordinaires ne peuvent pas émettre de billets, elles doivent se les procurer en
effectuant des retraits sur leur compte à la Banque Centrale. Si la banque n'est pas
assurée de disposer de ces billets en cas de besoins, elle ne peut créer davantage de
monnaie. Les avoirs en monnaie Banque Centrale constituent ainsi la base monétaire
indispensable à tout création de monnaie en circulation.
Le système bancaire pris dans son ensemble ne peut donc pas créer de monnaie s'il ne
dispose pas des avoirs en compte à la Banque Centrale lui permettant de retirer les billets
qui lui seront demandés ensuite par la clientèle. Or, cela ne dépend pas simplement du
bon vouloir des banques, mais aussi de ta demande de billets de la clientèle (b) et de la
volonté qu'a la Banque Centrale de refinancer le système bancaire (AMBC) sur le marché
monétaire en lui procurant la monnaie Banque Centrale dont il a besoin pour fonctionner.
Ceci est vrai quel que soit le principe (multiplicateur ou diviseur) évoqué :
∆M = ∆MBC / (r + b – rb) ∆MBC = ∆M. (r + b – rb)
3- Le contrôle de la création monétaire par ta Banque Centrale
La Banque Centrale contrôle indirectement la création monétaire des banques
commerciales en contrôlant la mesure dans laquelle elles pourront satisfaire les besoins
en monnaie Banque Centrale engendrés par cette création monétaire (refinancement des
banques commerciales en situation de déséquilibre). Toutefois, on ne doit jamais perdre
de vue les principaux objectifs assignés à la Banque Centrale, à savoir la lutte contre
l'inflation au travers de la stabilité Interne et externe de la monnaie. La stabilité interne a
trait à ta surveillance et au contrôle de la masse monétaire. !l s'agit de suivre l'évolution
des agrégats monétaires. Si l'augmentation de la masse monétaire est liée à celte de
l'activité économique, les risques d'inflation peuvent être raisonnablement contenus
(l'accroissement de la monnaie en circulation fait suite aux besoins des agents
économiques). Si par contre, la hausse de la quantité de monnaie n'est pas justifiée par
la croissance économique, elle peut générer de l'inflation. La stabilité externe est liée à la
surveillance des taux de change, c'est à dire de la valeur de ta monnaie (ici l'euro) par
rapport aux autres devises. Ainsi le renchérissement de certaines importations, comme
les matières premières et énergétiques, libellées en dollars, accroît les coûts de
production des entreprises ivoiriennes (ou de la zone UEMOA) et peut conduire à une
hausse des prix. A travers la politique monétaire, la Banque Centrale a généralement
recours à trois types d’intervention : la politique d'encadrement du crédit, la politique
d'Intervention sur le marché monétaire, la politique de réserves obligatoires.
Chapitre 4 : Les motifs de détention de la monnaie : la demande de monnaie
Introduction
Les agents non financiers détiennent de la monnaie (appelée « encaisses
monétaires ») parce que la monnaie n’a d’autre valeur que celle liée aux fonctions
qu’elle remplit.
L’analyse de la demande de monnaie se penche, pour l’essentiel, sur les agents à
capacités de financement : les épargnants. Elle cherche à savoir ceux-ci
choisissent de détenir des encaisses liquides et dans quelle mesure ces motifs les
incitent à préférer la monnaie aux autres actifs qui s’offrent à eux.
L’étude de la demande de monnaie permet de comprendre les déterminants dont
le changement peut engendrer une offre ou une demande excédentaire. Si l’offre
de M augmente, l’équilibre sur le marché de la monnaie ne peut être établi que si
les déterminants de la D de M changent pour que les agents économiques
détiennent la nouvelle M en circulation. Par ailleurs, la compréhension des
déterminants de la D de M aide à saisir les mécanismes de transmission de la
monnaie vers les autres marchés et de préciser les variables qui peuvent être
affectées en cas du déséquilibre monétaire.
L’analyse de la demande de M se base sur les approches théoriques différentes de
la monnaie :
– La monnaie comme instrument de transaction (l’équation des échanges, l’équation
de Cambridge, l’effet d’encaisse réelle).
– La Monnaie et gestion de portefeuille (Keynes)
– La Monnaie et gestion du patrimoine (Friedman)
Les divergences de la conception de la demande de monnaie auront nécessairement
des effets sur la conception de la conduite de la politique monétaire.
3.1. La demande de monnaie chez les classiques
Les premières théories de la demande de monnaie ont considéré le caractère
transactionnel de la monnaie. Dans cette optique, la M n’est pas détenue pour elle-
même, mais elle constitue un bien dont l’utilité est d’être l’intermédiaire des
échanges pour effectuer des transactions (théorie quantitative de la monnaie, Ecole
de Cambridge). Comme bien, la monnaie fait l’objet d’une offre et d’une demande.
Dans ce contexte, la demande de monnaie est liée à la nécessité de faire des
transactions. « On achète des produits avec des produits et des services et le
numéraire n'est que l'argent au moyen duquel l'échange s'effectue » écrit Ricardo.
La monnaie est neutre : pas de thésaurisation, pas de détention de monnaie à des
fins spéculatives).
Pour ces auteurs et notamment J.-B. Say (1767- 1832)1, la monnaie est un voile,
en ce sens qu’elle ne modifie pas l’échange : « l’argent n’est que la voiture de la
valeur des produits » et « l’argent ne joue qu’un rôle passager (...) il se trouve qu’on
a toujours payé des produits avec des produits 2». La valeur de la monnaie, c’est
donc celle des biens qu’elle permet d’acheter.
Les classiques considèrent ainsi que la monnaie n’a aucune influence sur
l’économie réelle. Elle est neutre. La quantité de monnaie en circulation influe
uniquement sur le niveau des prix mais elle n’affecte pas le niveau de la production.
Cette approche est qualifiée de dichotomique en ce sens qu’elle sépare la sphère
réelle et la sphère monétaire.
3.1.1. L’équation de Fisher
Cette équation de Fisher va servir de fondement à la théorie quantitative de la
monnaie.
La formulation de la pensée classique a été développée grâce à l’équation des
échanges au début de XXème siècle par l’économiste américain I Fisher (1911).
Formulation : M V = P T
M : Masse totale de monnaie, elle est définie comme étant ce qui permet de faire des
transactions.
V : la vitesse de circulation de la
monnaie.
P : le niveau général des prix
T : le niveau des transactions.
Hypothèses :
* La vitesse de circulation de la monnaie est stable puisqu’elle ne dépend que
des facteurs structurels.
* Le volume des transactions est constant à court terme. Il est déterminé par les
conditions réelles productives (fonction de production, facteurs de production..). Y est
déterminé par les conditions réelles productives (fonction de production, facteurs de
production..). L’équilibre est de plein emploi et permanent (l’offre crée sa propre
demande). C’est une perspective de long terme.
1 Économiste français qui publie en 1803 un Traité d’économie politique et en 1815 un
Catéchisme d’économie politique.
2 Say J-B., Traité d’Économie Politique, 1803, réédité par Calmann-Lévy , 1972, p. 138 à 140.
* L’offre de monnaie est exogène fixée par les autorités monétaires. La masse
monétaire est définie comme étant ce qui permet de faire des transactions
Exemple : Si une économie produit un seul bien et que T = 100, le prix de ce bien
est 5 u.m alors la valeur des transactions est égale à 500. Si la masse monétaire
s’élève à 250, alors la vitesse de circulation de la M est égale à 500/250 = 2.
Chaque unité monétaire change de propriétaire en moyenne 2 fois par an. On n’a
pas besoin d’une masse monétaire de 500 mais juste de 250 puisque chaque unité
monétaire peut effectuer 2 paiements en moyenne durant la même année.
Signification Cette équation exprime le lien entre les transactions et la masse
monétaire : le montant des achats est égal à la quantité de M en circulation
multipliée par le nombre de fois qu’elle change de propriétaire au cours de la même
période.
Elle signifie qu’une augmentation de la masse monétaire se traduit nécessairement
par une hausse du niveau général des prix (inflation) mais n’affecte pas les
variables réelles. C’est la dichotomie classique.
En effet, la théorie quantitative établit une une relation directe entre le taux de
croissance de la monnaie et l’inflation
%∆M + %∆V = %∆P + %∆T
Selon les hypothèses, V est stable et T est stable. Ainsi, %∆V = %∆Y = 0
π = %∆P = %∆M
L’origine principale de l’inflation soutenue à long terme est l’augmentation du stock de
M. L'inflation est ainsi un phénomène strictement monétaire.
Or, l’équation des échanges est une identité qui est toujours vérifiée, elle ne nous
permet pas d’en déduire une fonction de comportement c-à-d de demande de
monnaie.
3.1.2. L’école de Cambridge
La notion de demande de monnaie apparaît pour la première fois avec l’école de
Cambridge (A. Marshall et A.C. Pigou). Pour A. Marshall (1842-1924) et A. C. Pigou,
la demande de monnaie naît de la volonté des individus de détenir des liquidités leur
permettant d’effectuer des transactions.
Grâce à l’équation de Cambridge, la théorie quantitative de la monnaie (TQM) s’est
ensuite exprimée sous la forme d’une équation de demande.
Pour approximer le volume des transactions dans cette analyse, T est remplacé par Y
puisque plus Y est élevé, T est élevée.
L’équation quantitative de la monnaie devient: MV = PY où Y est le PIB réel
(V) est le rapport entre le PIB nominal et la masse monétaire ( V = PY/M).
Dans ce cas, V est une vitesse –revenu, elle exprime le nombre de fois qu’une une
unité monétaire entre dans le revenu de l’agent durant une par période donnée. La
fonction de demande de monnaie est :
Md = p k Y : demande d’encaisses nominales
Md /p = k Y : demande d’encaisses réelles3 défini par Pigou. Ces encaisses réelles
dépendent de Y et du coefficient 𝑘.
La quantité de monnaie que veut détenir un agent est une proportion fixe de son
revenu nominal. La demande d’encaisses réelles est une fonction croissante du
revenu. Elle est exprimée par le facteur k (k = 1/v), la proportion du revenu que les
agents désirent en espèces monétaires, c-à-d le désir de liquidité.
Cette D de M s’identifie à une simple demande de transactions. Elle dépend de 3
facteurs : revenu réel, NGP (Niveau général des Prix) et V. Elle est inélastique au
taux d’intérêt car elle dépend essentiellement de la dépense.
La M est détenue uniquement pour motif de transactions. Du point de vue que
Marshall, le seul motif important de demande de monnaie est le financement des
transactions. La demande de monnaie ne dépend pas du taux d'intérêt puisque les
encaisses sont essentiellement affectées à la dépense. L’agent économique
n’effectue pas un arbitrage entre la détention de monnaie et les placements
financiers.
Selon cette approche, la monnaie est neutre et toute variation de la quantité de
monnaie n’affecte que les variables monétaires.
Remarque : Effet d’encaisses réelles (Pigou)
Pigou s’intéresse à l’explication des mécanismes d’ajustement des prix par rapport
à l’offre de monnaie. Il met en évidence l’impact de l’offre de monnaie sur les prix
et après sur le comportement des agents.
Pigou va montrer que si le niveau des prix augmente, les agents vont chercher à
maintenir leurs encaisses réelles de façon à ce que leur pouvoir d’achat ne varie
pas, la demande de monnaie va donc s’accroître. Les agents vont ainsi accroître
la part de leur revenu qu’ils détiennent en encaisses monétaires : c’est l’effet
d’encaisse réelle ou effet Pigou. Ces agents rationnels ne sont pas victimes de
l’illusion monétaire4.
De la même façon, si la quantité de monnaie augmente et si le niveau général des
prix est inchangé, le pouvoir d’achat augmente. Les agents ont donc des encaisses
supplémentaires à leur encaisses initiales d’équilibre. Ils vont donc accroître leur
demande. Mais en situation d’équilibre, i.e. de plein emploi des facteurs de
production, l’offre ne peut s’accroître. Dans ces conditions, les prix montent. Cette
hausse des prix réduit la valeur des encaisses réelles jusqu’au niveau où elles
étaient initialement. Ainsi, l’offre de monnaie doit être contrôlée de façon stricte de
telle sorte qu’il n’y ait pas d’augmentation du niveau général des prix.
𝑀𝑑
De l’équation précédente, il ressort que 𝑘 = 𝑃.𝑌.
3 Les encaisses réelles représentent les encaisses déflatées du niveau général des prix, c’est-à-dire
le pouvoir d’achat de ces encaisses.
4 Illusion monétaire : comportement qui consiste à confondre accroissement des encaisses monétaires
et accroissement du pouvoir d’achat. En effet, en période de hausse des prix, l’accroissement des
encaisses monétaires n’implique pas un accroissement du pouvoir d’achat
Finalement, le coefficient 𝑘 exprime le rapport entre la quantité de monnaie
demandée et la valeur des biens et services existant dans l’économie. Il mesure
donc le nombre d’unités monétaires nécessaires pour réaliser une unité d’échange.
Par conséquent, 𝑘 est égal à l’inverse de la vitesse de circulation de la monnaie.
3.2. La théorie keynésienne de la demande de monnaie : La Monnaie
et gestion de portefeuille
Pour Keynes, la monnaie fait explicitement partie du portefeuille ou de la richesse
de l'individu. Contrairement aux classiques, la demande de monnaie keynésienne
ne répond pas qu’à une fonction de paiement. La monnaie remplit la fonction de
réserve de valeurs. « La Monnaie est recherchée pour elle-même ». La monnaie
n’est pas neutre et elle influence l’activité économique. Si l’offre de monnaie
augmente, il faut considérer pour les keynésiens, les ajustements de court terme
sur les marchés financiers et le marché des biens et services.
3.2.1. Les motifs de demande de monnaie
Dans la théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie (1936), Keynes
distingue trois motifs de détention : un motif de transaction, un motif de précaution et
un motif de spéculation. En effet, intuitivement, nous détenons de la monnaie soit pour
effectuer des transactions, soit pour prévoir des achats ultérieurs, soit enfin, pour
spéculer. Il existe donc deux types d’encaisses, des encaisses actives, constituées
afin d’effectuer des transactions et des encaisses oisives ou thésaurisées, qui, elles,
sont effectuées afin de permettre des achats dans le futur ou afin de se prémunir
contre d’éventuelles pertes de revenu (encaisse de précaution) ou encore pour
pouvoir acquérir des titres ultérieurement, quand ces derniers offriront des
perspectives de gains en capital importants (encaisse de spéculation). Les agents
détiennent ces deux derniers types d’encaisses parce qu’ils préfèrent garder leur
épargne sous une forme monétaire, plutôt que sous la forme d’actifs financiers.
-Le motif de transaction : l’absence de la synchronisation entre les recettes et les
dépenses conduit à des encaisses de transaction pour satisfaire le besoin de la
monnaie pour la réalisation courante des échanges. Cette demande est une
fonction croissante du niveau du revenu.
-Le motif de précaution : cette encaisse est liée à l’existence des prévisions
imparfaites. Les agents détiennent une certaine liquidité pour faire face aux
dépenses imprévues. Cette demande est une fonction croissante du revenu.
Les demandes d’encaisses de transaction et de précaution varient donc avec le
revenu. Toutefois, la demande d’encaisses de précaution varie en sens inverse de
la demande d’encaisses de transaction quand l’activité économique se réduit. En
effet, si l’activité économique se réduit, la demande d’encaisses de transaction
diminue. En revanche, la demande d’encaisses de précaution augmente dans la
mesure où les entreprises et les ménages sont méfiants vis-à-vis de l’avenir.
À court terme, le revenu étant stable, la demande de monnaie de transaction et de
précaution est stable. Mais il existe aussi chez Keynes une demande de
spéculation.
-Le motif de spéculation : Ce motif consiste à garder une encaisse dans l’intention
de gagner des plus-values en fonction des gains et des pertes en capital anticipé
selon l’évolution prévue du taux d’intérêt.
- Pour déterminer son encaisse spéculative optimale, l’individu compare le taux
d’intérêt à un moment donné à son niveau futur.
- Si l’Etat émet des obligations, leur cours varie à l’inverse de la variation du i.
N = (ie E)/i
N : cours du titre ; E : valeur d’émission des titres ; ie : le taux de rendement du titre
; i : le taux d’intérêt courant du marché
- Si le i diminue, la rémunération des titres diminue (le coût d’opportunité de la
détention de M diminue), on détient plus de M et moins de titres.
- Le spéculateur achète un titre s’il pense que i va diminuer. Or, i a des chances
de baisser s’il est à un niveau élevé. La demande de monnaie pour motif de
spéculation est reliée de façon inverse au i.
**Si l’agent anticipe ↓ Taux d’intérêt : Placement en obligations
**Si l’agent anticipe ↑ taux d’intérêt : Pas de placement en obligations
Le taux d’intérêt est le prix de la renonciation à la liquidité. Il détermine le partage
de l'épargne entre placements financiers et thésaurisation et non le partage entre la
consommation et l’épargne comme pour les classiques. Le taux d’intérêt n’est donc
pas lié au volume d’épargne comme pour les néoclassiques mais à la forme.
Remarque : Dans son article de 37, Keynes ajoute un 4ème motif, le motif de
financement, spécialement pour les investissements des entreprises. Toute
augmentation des commandes d’investissement n’est pas possible sans l’apport
d’encaisses monétaires supplémentaires. Ainsi, la demande de financement
dépend du niveau de l’activité économique planifiée.
3.2.2. La fonction de demande de Monnaie keynésienne
- La fonction de demande de monnaie pour motif de transaction et de précaution
est une fonction croissante du revenu L1 = L1 (Y).
- La demande de monnaie pour motif de spéculation est une fonction
décroissante de i. L2 = L2 (i) et lim L2 si i tend vers i min est ∞. i est le coût alternatif
des encaisses.
- La demande de monnaie totale dépend du niveau du revenu courant et aussi
du niveau du taux d’intérêt.
L = L1 (y)+ L2 (i)
Deux cas extrêmes doivent être considérés :
Il existe imin en dessous duquel le taux d’intérêt du marché ne peut
plus baisser. Tout le monde anticipe une baisse des prix des titres et
donc des pertes de capital du portefeuille titres. Cette situation où la
préférence pour la liquidité est absolue est appelée « trappe à la
liquidité ».
Si i est imax, tous les agents ne peuvent envisager que sa baisse Â
toute épargne disponible est constituée d’obligations et demande de
monnaie est nulle.
3.2.3. La représentation graphique
3.2.4. Les caractéristiques de la Demande de M keynésienne
- La différence entre les keynésiens et les classiques est la présence du taux
d’intérêt nominal dans la demande de M. La D de M dépend du coût de la
détention de la M et donc du i nominal.
- Keynes envisage à la différence des classiques la possibilité de la
thésaurisation.
- L’agent économique effectue un arbitrage entre la monnaie et les actifs
financiers selon le taux d’intérêt. Le i détermine le partage de l'épargne entre
placements financiers et thésaurisation et non le partage entre la consommation
et l’épargne comme pour les classiques.
- L’auteur a introduit l’idée de l’incertitude. La demande de monnaie est influencée
par les prévisions des agents quant aux évolutions des taux d’intérêt.
- Keynes ne considère pas la constance de v puisque la thésaurisation influence
v (plus grande est la part thésaurisée, plus faible sera v).
- La demande de monnaie totale est donc instable : la demande de monnaie pour
motif de transaction et de précaution est stable parce qu’elle dépend du revenu
qui varie peu à court terme. Or, la demande de monnaie oisive dépend du taux
d’intérêt et des prévisions variables concernant le prix futur.
3.3. La demande de monnaie selon la théorie monétariste : La Monnaie
et gestion du patrimoine (Friedman)
M. Friedman est le chef de file de ce qu’on a appelé le monétarisme, connu aussi
sous le nom de l’École de Chicago.
La monnaie est un élément de la richesse (patrimoine) de tout agent économique.
Milton Friedman intègre la demande de monnaie comme un comportement de
diversification de la demande d’actifs financiers. Il faut rechercher la part optimiste
de la monnaie au sein du patrimoine (composé de la monnaie, les obligations, les
actions, le capital physique et le capital humain).
Friedman a prolongé la théorie quantitative et réfute la théorie keynésienne de la
demande de monnaie.
3.3.1. Les déterminants de la demande de monnaie
En 65, Friedman considère la demande de monnaie s’effectue en fonction de la
richesse totale, des anticipations des prix et les rendements des divers éléments
du patrimoine, des goûts et des préférences. En 59, l’auteur a considéré
l’hypothèse du revenu permanent.
M = f (P, rb, rc, 1/PdP/dt, w, Y, u)
M : la demande de monnaie
P : le niveau général des prix
rb et rc sont les taux de rendement des obligations et les
actions.
1/pdp/dt : le taux d’intérêt
Y : le revenu permanent
W : le rapport du capital humain et le capital non humain.
U : reflète les goûts et les préférences des agents. Elle représente les
changements possibles de goûts, en termes de détention d'encaisses
monétaires, chez les individus
3.3.2. Les caractéristiques de la demande de monnaie monétariste
- En supposant qu’à court terme, le rapport w est constant, les taux d’intérêt rb et
rc peuvent être interprétée comme une moyenne pondérée des taux applicables à
toutes les formes de la richesse. La relation s’explique ainsi : M/P = f (Y/P, i, Πa)
La demande de M dépend de 3 variables :
* le revenu permanent : demande de M est une fonction croissante du revenu
permanent
* le rendement des actifs financiers mesurés par le i : si i est élevé, les agents
préfèrent détenir des titres plutôt que la M.
* le NGP : plus NGP augmente, plus les agents ont tendance à se départir de leurs
encaisses monétaires pour acheter.
- A CT, l’augmentation de la masse monétaire affecte aussi bien le NGP et le volume
de la production. Toutefois à LT, l’accroissement de la masse monétaire non-
justifiée par un accroissement de la production se traduit par une augmentation du
niveau général des prix.
- Friedman note un comportement cyclique à court terme, le stock réel de la M est
lié positivement aux prix mais avec une élasticité plus faible que le revenu réel. La
variation de M et celle de V ont à court terme le même poids dans l’explication de
la variation de PY .
- A long terme, il n’est pas possible de faire apparaître l’influence statistique
significative des taux d’intérêt et des prix. Le i n’influence que faiblement à court
terme la demande de monnaie. L’évolution des prix n’est pas une variable
explicative contrairement aux thèses quantitatives.
La demande réelle de M à long terme se fait à partir de prévisions à long terme
du revenu.
M = 0,00323 (Yp/N) 1,81 NPp
M : stock global de M
N : population
Y : revenu global nominal permanent
Pp : niveau des prix permanent.
- La demande de monnaie est plus liée à la richesse qu’aux transactions.
- Friedman parle d’une stabilité du comportement des agents vis-à-vis des encaisses.
L’incorporation du revenu permanent dans la demande de monnaie démontre sa
stabilité.
La règle d’or selon Friedman est que la masse monétaire doit varier à un taux
constant, égal au taux de croissance à long terme de la production nationale.
3.3.3. Le concept de revenu permanent
Selon Friedman, la variable pertinente pour comprendre le comportement d’un agent
(demande de consommation, de monnaie, etc.) est sa richesse.
La richesse W d’un agent est égale à la somme de ses revenus futurs actualisés ;
soit, en notant i le taux d’actualisation :
Friedman définit alors le revenu permanent YP comme le revenu constant de période
en période ayant la même valeur actualisée que la somme actualisée des revenus
effectifs obtenus sur un horizon n. Ce que l’on écrit :
Soit enfin :
3.4. La demande de monnaie selon l’approche de gestion de stock : le
modèle Baumol-Tobin
L’analyse keynésienne de la demande de monnaie a été prolongée par les modèles
de Baumol (52) et de Tobin (56). On s’intéresse aux coûts et aux avantages de la
détention de la monnaie.
Baumol montre que même limitée au motif de transaction, la demande de monnaie
dépend du taux d’intérêt. La D de M pour motif de transaction est aussi fonction du
i. On s’intéresse aux coûts et aux avantages de la détention de la monnaie. Baumol
a introduit les taux d'intérêt et l'arbitrage entre monnaie et titres.
La monnaie est considérée comme un stock de pouvoir d’achat qu’il faut gérer de
façon optimale : la détention de la monnaie présente un manque à gagner alors
que la détention des titres présente un coût.
Le stock optimal d’encaisses dépend de 3 variables : le taux d’intérêt, le montant
des transactions et les frais de courtage.
3.4.1. Les hypothèses
- Les transactions sont parfaitement prévues et régulières. L’agent est
rationnel. Le marché du crédit est imparfait. Le niveau général des prix est constant
et que le cours du titre ne varie pas dans le temps.
- Supposons que l’agent reçoit au début de chaque mois un revenu monétaire
égal à y et qu’il dépense régulièrement au cours du mois au rythme de y/30 par
jour.
- L’agent détermine son encaisse optimale E permettant d’effectuer un volume
de transactions donné, en tirant le rendement maximum et en minimisant les pertes
d’intérêts qui résultent de la détention de la monnaie. Les coûts correspondent à
l’ensemble des commissions, des frais de déplacement, du temps perdu et aux
désagréments qui en résultent.
- Choix A : l’agent détient tout son revenu sous forme de liquidité. Il ne reçoit
pas d’intérêts et ne subit pas de coûts de transactions. Son encaisse moyenne est
la moitié de son revenu mensuel (Y/2)
- Choix B : l’agent place le premier de chaque mois la moitié de son revenu
qu’il revend le 15 du mois. Son encaisse au cours de ces 15 jours varie entre Y/2
et zéro, soit une moyenne de Y/4. Les intérêts reçus sont : i (Y/4)= i (Y/2) (1/2)
Le coût de transaction est égal à 2t (un placement et une revente)
- Choix C : En N, l’individu effectue n transactions, les intérêts reçus s’élèvent
à i Y/n (1/n+2/n+.. ..+n-1/n) = i Y/ n2 (1+2+..(n-1)) = i Y/2n (n- 1).
Le coût de transaction est égal à n t.
3.4.2. La demande optimale de monnaie
- L’agent cherche à effectuer n transactions de manière à maximiser son gain total
G résultant du placement de la monnaie. Le gain est égal à la différence entre les
intérêts reçus et les coûts de transaction : G = (n-1) i Y/2n – t n
- On suppose que les conditions de second ordre sont vérifiées.
- Les conditions de premier ordre s’écrivent d G/d n = 2i Y/ 4 n2 - t = 0
- Le nombre optimal des transactions est égal à n*= iy
2t
- La détermination du nombre optimal des transactions donne la valeur de
l’encaisse moyenne optimale des transactions (E*n ) égal à Y/2n,
- Les encaisses de transactions liquides varient inversement du taux d’intérêt
(TOBIN, 1956, BAUMOL, 1952).
CONCLUSION
- La demande de monnaie constitue un point de divergence important entre les
classiques et keynésiens.
- Selon Hicks, l’apport théorique essentiel de Keynes réside dans sa théorie de
préférence pour la liquidité et précisément l’idée que la demande de monnaie
dépend du i, L (Y,i)
- Ce n’est qu’avec la théorie de demande de monnaie qu’on peut comprendre le
niveau de l’investissement (le taux d’intérêt est une variable monétaire qui dépend
de l’Offre et la Demande de monnaie). Or, l’investissement dépend d’une part du
taux d’intérêt et d’autre part du rendement escompté des capitaux c-à-d de
l’efficacité marginale du capital, la monnaie influence l’équilibre
macroéconomique.