L’art
I. La grandeur de l’art réside-t-elle dans l’imitation ou dans la création ?
a) L’art comme imitation du sensible
Pdt très longtemps : mise en avant de l’art figuratif = essayer de reproduire au maximum la
réalité.
Ex : Les raisins du peintre Zeuxis, fresque de l’Empereur chinois
Platon : Livre X de la République : lorsque l’apparence devient la réalité on est dans l’illusion.
Il reproche à certains artistes de vouloir faire passer l’œuvre pour la réalité alors que ce n’est
qu’une copie de l’apparence. + copie subjective car l’artiste a des sentiments.
Cpt il ne condamne pas l’art : l’art doit être morale = il doit élever notre âme pour aller vers
la vérité. L’art doit nous pousser à depasser le monde sensible pour aller vers le monde
intelligible.
b) L’art et le monde intelligible
L’art est un moyen de nous faire atteindre le monde idéal, le monde de l’esprit. En un sens,
on peut dire que l’art idéalise le monde sensible.
Platon : l’art n’est pas là pour imiter la nature, l’art dépasse la nature, les imperfections pour
accéder à quelque chose qui n’est pas dans la réalité.
Exemple : crucifixion=horrible, mais tableau de crucifixion peut etre beau
La grandeur de l’art n’est pas dans l’imitation de la nature. Sur terre, tout n’est que pâle
copie d’une idée « parfaite » qui n’est pas terrestre mais les artistes tendent à se rapprocher
de cette perfection = ils n’imitent pas vraiment la nature.
Kant : Critique de la faculté de juger
« l’art n’est pas la représentation d’une belle chose, c’est la belle représentation d’une
chose »
c) L’art et la révélation de l’esprit
Hegel : l’esthétique
Art = travail esthétique= travail intellectuel
Esthétique : science du beau, esprit humain capable de dépasser la nature « l’art c’est
l’esprit se prenant pour objet » : l’homme ne peut pas se limiter à imiter la nature.
La perfection n’existant pas, l’art ne peut pas servir à « bien » imiter : l’imitation est qq
chose de servile. L’art imitatif est une caricature de la vie et du monde. En vérité
art=idéalisation du monde
L’art est création et non imitation : le monde ne satisfait pas complètement l’homme qui
ressent le besoin d’en créer un nouveau, en ajoutant qq chose qui n’existe pas dans la
réalité.
(Vocab antique pour parler des artistes : les dieux parlent au travers des artistes « Le poète
est un mage » Hugo)
« L’art c’est l’homme ajouté à la nature » : transformation subjective de la nature : création
et non imitation
L’art est le miroir de l’histoire : permet a l’homme de prendre conscience de lui-même
comme être spirituel, d’avoir connaissance des sociétés à des moments donnés.
L’art c’est l’esprit car permet de refléter des idées et donc des époques.
Hegel définit 3 moments de l’art :
- L’art symbolique : « Le propre du symbole est qu’il n’est pas un signe purement
arbitraire, sa forme extérieure n’est pas étrangère à l’idée qu’il exprime. » Ici, le
sensible l’emporte sur le spirituel (exemple du sphinx)
- L’art classique : adéquation entre le sens et la représentation (ex : nombre d’or :
volonté d’exprimer la perfection de l’humanité au travers des maths)
- L’art romantique : l’idée est trop grande pour être incarnée dans une matière quel
qu’elle soit (inverse de l’art symbolique) : vise l’intériorité (ex : la musique : c’est
immatériel et ca nous touche à l’intérieur)
- L’art du XXème siècle va encore plus loin : abstrait, surréaliste. (Hegel n’a pas imaginé
ca)
L’art ne peut pas être considéré comme une simple imitation de la réalité,. Il y a donc tjrs de
la création dans l’art mais que faut-il entendre par la ? Quelle est donc la nature de la
création artistique, n’est il pas paradoxale de vouloir la définir ?
II. Le problème de la création
a) Essais et définition
Création : fait d’amener qq chose de nouveau, d’original, qui n’existait pas avant. Mot qui
vient de la Genèse.
C’est imprévisible, inexplicable.
Expliquer un phénomène c’est le rattacher à une cause le ranger sous une loi, or dans le
domaine religieux, la création est inexplicable (creéation du monde ex nihilo )
Lien dieu-homme : on est capable de créer mais on a besoin d’un point de départ matériel.
« Création » est utilisé pour décrire une activité humaine à partir de la Renaissance (comme
le mot « génie »), avant on parlait de production artistique.
« L’artiste est un génie habité par une fureur divine »
Kant : « C’est la nature elle-même qui parle au travers du génie »
1) La distance de l’art par rapport à la nature
Idée pas nouvelle (Aristote) : Kant l’enrichie « L’art est le principe externe des choses alors
que la nature est le principe interne des choses ».
Nature -> marquée par le déterminisme, règne de la nécessité, des lois physiques
Art -> lieu de la liberté, prod volontaire et intentionnelle (on a un but à atteindre mais on ne
sait pas si on y arrivera »
« L’œuvre d’art est donc une production finale sans finalité définissable, une finalité sans
fin »
L’artiste peut modifier son œuvre au fur et à mesure et ne découvre le résultat final qu’en
même temps que le spectateur.
Alain : différencie technique et art
Technique : l’idée précède l’exécution
Art : inverse (pas de calcul avant la création)
Art : créer de la beauté
Artisanat : rôle pratique
2) Rapprochement entre art et nature
Pour Kant, le génie est un favori de la nature : c’est dans et par le génie que la nature donne
ses règles à l’art. Le génie est une disposition de l’esprit.
Kant définit 4 caractéristiques du génie :
- l’originalité : le génie ne produit pas en se référant à des règles données à priori : c’est lui
qui fait avancer l’histoire de l’art
- l’exemplarité : le génie fait école sans être lui-même d’aucune école : il inspire les autres
- L’exclusivité esthétique : pour Kant, on ne parle de génie que dans l’art, car contrairement
à la science, l’œuvre produite n’aurait pas pu être produite par quelqu’un d’autre
- Abscondité : le génie crée sans savoir comment il crée : l’inspi lui vient toute seule
« Bien souvent je ne cherche pas, je trouve » - Picasso
b) Les conditions de la création artistique
1) La société et la technique
Dans la société, 3 fonctions de l’art :
- Fonction de justification : artistes qui font l’éloge des dirigeants et ont un statut
privilégié
- Fonction de révolte : l’art devient une arme au service d’une cause
- Fonction de fuite : l’artiste fuit le monde qu’il trouve oppressant
Conditionnement de l’art :
- Contexte social : souvent, influence des valeurs de la société sur l’artiste (on peut ne
pas apprécier une œuvre parcequ’il nous manque le contexte). Attention, on est pas
dans le déterminisme puisqu’une œuvre n’est pas forcément le reflet d’une époque.
Ex : peinture de la Renaissance religieuse alors qu’à ce moment, y avait la peste.
- La technique : aspect matériel (outils) et immatériel (savoir-faire). Les inventions
techniques ont eu des conséquences majeures sur l’histoire de l’art (ex : croisées
d’ogive). Ca a meme permis l’invention de nouveaux types d’rats comme la photo et
le cinéma. Par contre, une performance technique n’est pas forcément de l’art
(blockbusters)
2) L’artiste
Aspect individuel : Impact de la vie de l’artiste sur son œuvre : il ya une dimension très
psychologique dans l’art : Beethoven, Toulouse Lautrec : phénomène de surcompensation
Phénomène de sublimation de Freud : importance des failles de la vie. Il s’intéresse à l’art et
essaye de déchiffrer les personnalités des artistes au travers des œuvres mais n’y parvient
pas : mystère dans la création artistique + pas vraiment de déterminisme
« Il nous faut reconnaître ici une marge de liberté que la psychanalyse reste impuissante à
réduire »
De plus, les artistes n’ont pas tjrs été libres dans leur processus de création
Aspect social : est ce que nous aimons forcément l’art de notre présent, est-ce que nous
sommes influencés par l’art passé ?
Goûts artistiques multiples qui dépendent de pleins de facteurs (artistes, époques etc)
L’époque n’est donc pas déterminante
Chef d’œuvres : œuvres reconnues quelle que soit l’époque
« l’artiste semble avoir représenté comme instinctivement dans son œuvre, en dehors de ce
qu’il y a mis avec une intention marquée, une infinité qu’aucune intelligence n’est capable
de développer intégralement. » Schelling
c) Art et langage
Art = expression donc // langage
Langage : signifie autre chose que lui-même : tend à s’effacer devant ce à quoi il renvoie
Art : la forme artistique n’est pas une apparence qui renvoie à un contenu extérieur : elle ne
s’efface pas devant autre chose qu’elle-même. L’œuvre d’art est pour elle-même. « Dans
l’art, la forme ne signifie pas mais elle se signifie. » Henri Focillon
Jakobson : étude du lien art/langage => poésie : travail sur la forme et non le fond « c’est un
type de message qui prend sa propre forme pour objet. » => Recherche de la beauté
III. La question du beau
A. Le beau classique ou objectif
Pour Voltaire : beauté subjective : « Demandez à un crapaud ce qu’est la beauté etc… »,
exemple du sentiment amoureux
Tous les gouts sont dans la nature, pas de def universelle du beau
Cpt il existe des choses que tout le monde trouve beau : ex : une dévotion sans faille pour
ses amis
Donc 2 types de beauté : sensible et morale
Platon : dévalorise la beauté sensible par rapport à la beauté morale
Bossuet : importance de l’esprit pour voir ce qu’est la beauté : « la beauté c.-à-d. la justesse,
la proportion et l’ordre ne s’aperçoivent que par l’esprit dont il ne faut pas confondre
l’opération avec celle des sciences sous prétexte qu’elle l’accompagne » La beauté dépasse
les indices sensibles : jugement qui porte sur la justesse et la proportion
Donc beauté = harmonie
B. Le beau et la subjectivité
`Kant : la beauté n’est pas une qualité de la chose, elle résulte d’un rapport du sujet à la
chose. La beauté est la cause d’un jugement esthétique : le sujet entre en connexion avec ce
qu’il regarde. Cet accord entre nous et l’objet nous fait ressentir du plaisir = plaisir
esthétique
Beauté = fruit du jugement esthétique
Voir citation cours
1. Le beau est l’objet d’une satisfaction désintéressée
L’homme a 2 types d’interets : pathologiques et de la raison
Le beau n’est pas une question d’interet et n’est pas forcément agréable (contradiction avec
l’empirisme qui pense que la consommation de biens matériels nous apporte de l’agréable,
or contemplation ≠ consommation)
Le beau n’est pas le bien : ne pas mélanger satisfaction esthétique et morale. Une belle
action n’est pas de la beauté, c’est du bien
2. Est beau ce qui plait universellement
Distinction agréable (plaisir des sens) et beauté (plaisir réflexif du goût)
Agréable : question de goûts
Plaisir esthétique/beauté : ce n’est pas la qualité de l’objet mais ca se joue dans la relation
du sujet à l’objet : les autres ne ressentent pas forcément la meme chose : on ne peut pas
convaincre quelqu’un d’autre de la beauté d’un objet
« C’est beau » ne donne donc aucune info sur l’objet
Pas possible de faire abstraction de la subjectivité
3. La beauté est la forme de la finalité d’un objet en tant qu’eelle y est percue sans la
représentation d’une fin
Finalité de la fréquentation des œuvres d’arts = volonté de ressentir le plaisir esthétique
Or plaisir esthétique pas défini objectivement par des concepts
Finalité subjective
4. Le beau est ce qui reconnu sans concept comme l’objet d’une satisfaction nécessaire
cad que tous les hommes doivent y être sensibles
Plaisir esthétique déclenché par une harmonie intérieure de manièree spontanée. Or tous
les hommes sont constitués pareil donc si ce plaisir vient de notre interiorité, on pourra tous
le ressentir un jour car on a tous une sensibilité
Dans l’acte esthétique se revele une intersubjectivité : communication directe (sans parole)
de l’homme avec l’homme.
C. Ouverture
Modernité : la beauté n’est plus centrale dans l’art : l’art doit être vivant et non beau (sauf
autour du langage)
Paul Valéry : « C’est en 1900 que le mot « beauté » a commencé à disparaître. Il a été
remplacé par un autre mot qui depuis a fait son chemin : le mot « vie » »
1. Le beau, le bizarre et le hasard
Baudelaire : « Le beau est toujours bizarre » : liberté dans l’art, la beauté n’est pas toujours
telle qu’on le croit, elle peut surgir n’importe quand. Baudelaire délaisse par exemple la
nature pour se tourner vers la ville sans la glorifier. (Les petites vieilles)
On peut donc chercher l’esthétique n’importe où : André Breton « La beauté sera convulsive
ou ne sera pas » : tout peut être beau tant que ca provoque une secousse en nous :
Surréalisme
Ex artistes : Comte de Lautréamont, Dali, Max Ernst
Beauté = liberté
2. Regard sur l’art contemporain
Innovation globale de l’art au début du XXème siècle :
-peinture : déformations, peinture sans sujet (abstrait, non figuratif)
-musique : ouverture des registres de sons avec la musique atonale ou sérielle (Pierre
Boulez), musique concrète (son au dela des notes et des instruments), musique
électroacoustique (pierre Henry)
- Littérature : Nouveau Roman, privilégier la forme narrative
- Théâtre : vivant, suppression de la règle des 3 unités, impro
Grandes orientations de l’art contemporain qui contestent souvent le travail sur l’oeuvre :
- L’art ironique : création négative volontaire Dadaïsme, Picasso, Marcel Duchamp
Le but est de choquer en réalisant des œuvres provocantes : liberté de l’artiste
- L’anti-art : art spontané = expression du sauvage de l’immédiat Pollock, Warhol etc
L’art brut : art pathologique (intérêt des sens) : œuvre d’art réalisées par des aliénés
sont les plus fortes car originales. C’est un art directement lié à l’inconscient.
- Art éphémère : sensibiliser le regard du spectateur sur qq chose qui va disparaître
- Art abstrait : nihilisme : fascination pour le vide et le rien : Klein, soulage
(monochromie)
Conclusion : L’art n’est en aucun cas une imitation de la nature, il est le lieu où la création
humaine atteint toute sa grandeur. C’est pour cette raison que l’artiste est parfois comparé
de façon analogique au créateur divin mais au dela des remarques précédentes, il parait
impossible de pouvoir unifier sous un même concept les termes « art » ou « beau » surtout
avec l’apparition de l’art contemporain qui semble s’opposer notamment à la vision
classique. C’est peut être pourquoi il faut parler en ce qui concerne l’art et le beau d’un
concept ouvert qui laisse la place à une recherche constamment renouvelée.