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Cours ALGB Gros

Algèbre

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Université Rennes 1, Master 1 de Mathématiques, ALGB 19

septembre 2013

Anneaux et modules
Matthieu Romagny
2013-2014

Table des matières


1 Rappels 3
1.1 Relations d'équivalence et quotients . . . . . . . . . . 3
1.2 Lois internes compatibles . . . . . . . . . . . . . . . . 5
1.3 Cas des groupes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6

2 Théorie générale des anneaux et modules 8


2.1 Anneaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
2.2 Quelques exemples importants d'anneaux . . . . . . . 13
2.3 Idéaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
2.4 Idéaux des anneaux commutatifs . . . . . . . . . . . . 19
2.5 Modules et algèbres . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
2.6 Algèbres . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27

3 Modules libres de type ni 29


3.1 Modules libres . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
3.2 Modules libres de type ni . . . . . . . . . . . . . . . 30
3.3 Calcul matriciel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34
4 Anneaux factoriels et principaux 41
4.1 Anneaux noethériens . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
4.2 Divisibilité, anneaux factoriels . . . . . . . . . . . . . . 43
4.3 Anneaux principaux et euclidiens . . . . . . . . . . . . 52
1
5 Modules sur les anneaux principaux 55
5.1 Matrices à coecients dans un anneau principal . . . . 55
5.2 Structure des modules de type ni sur un anneau principal 64
5.3 Modules de torsion, composantes primaires . . . . . . 69
5.4 Application à la réduction des endomorphismes . . . . 73

2
L'objectif principal de cette première partie du cours ALGB est de
donner une introduction à la théorie des anneaux et à celle des modules.
Un module est l'analogue, sur un anneau de base qui n'est pas néces-
sairement un corps, de la notion d'espace vectoriel. Étant donné qu'il
y a une grande diversité d'anneaux, possédant des propriétés (arith-
métiques, algébriques, géométriques) variées, l'étude des modules est
plus riche en comportements de toutes sortes que l'algèbre linéaire clas-
sique. Dans ce cours, nous ne ferons d'étude plus avancée des modules
que pour des modules de type ni. Nous développerons une telle étude
en faisant une hypothèse simplicatrice :
 soit sur les anneaux : nous considérerons les anneaux principaux
et les modules de type ni arbitraires,
 soit sur les modules : nous considérerons alors les anneaux arbi-
traires, et les modules libres de type ni.
On trouvera à la n de ce polycopié une liste de livres dont la con-
sultation peut être un bon support, ou complément, de lecture.
La préparation de ce texte a bénécié de l'inuence orale et écrite de
Laurent Moret-Bailly et Dominique Bernardi, que je remercie chaleureuse-
ment tous les deux. Je remercie également les étudiants rennais pour
leur lecture attentive, et notamment Salim Rostam qui m'a signalé de
nombreuses erreurs et coquilles dans des versions précédentes du texte.

1 Rappels
1.1 Relations d'équivalence et quotients
Soit X un ensemble. Rappelons qu'une relation sur X est une partie
R du produit cartésien X × X . On note souvent xRy , au lieu de
(x, y) ∈ R . Une relation R est dite :
(1) réexive si xRx pour tout x,
(2) transitive si xRy et yRz impliquent xRz pour tous x, y, z ,
(3) symétrique si xRy implique yRx pour tous x, y , et
(4) antisymétrique si xRy et yRx implique x = y .
On appelle relation d'équivalence une relation réexive, transitive et
symétrique. Pour les relations d'équivalence, on utilise souvent la no-
3
tation x ∼ y au lieu de xRy. On appelle relation d'ordre une relation
réexive, transitive et antisymétrique.
Soit R une relation d'équivalence sur X . On note x l'ensemble des
y ∈ X tels que x ∼ y , et on l'appelle la classe d'équivalence de x. On
note X/R ou X/ ∼ l'ensemble des classes d'équivalence des éléments
de X . L'ensemble des classes {x}x∈X/R forme une partition de X ;
réciproquement toute partition {Xi}i∈I de X donne naissance à une
relation d'équivalence, dénie par le fait que x ∼ y si et seulement si
x, y appartiennent au même Xi .
Soit f : X → Y une application vers un ensemble Y . Alors, la rela-
tion R dénie par  x ∼ x0 si et seulement si f (x) = f (x0)  est une
relation d'équivalence sur X que l'on appelle la relation d'équivalence
associée à f , ou relation d'équivalence dénie par les bres de f (une
bre est une partie de X de la forme f −1(y), pour un y ∈ Y ). Un résul-
tat extrêmement important est que toutes les relations d'équivalence
sur X sont de cette forme :
1.1.1 Théorème. Soit R une relation d'équivalence
sur X . Alors, l'application π : X → X/R qui
envoie x sur sa classe x est surjective, et la relation
d'équivalence qui lui est associée est R . De plus X FF
π /
X/R
π vérie la propriété universelle suivante : pour
FF
FF
F f0
f FF# 
tout ensemble Y et toute application f : X → Y Y
telle que x ∼ x0 implique f (x) = f (x0) pour tous
x, x0 dans X , il existe une unique application f 0 :
X/R → Y telle que f = f 0 ◦ π .
L'application π est appelée surjection canonique.
1.1.2 Exercice. Avec les notations du théorème, vériez que l'image de f 0 est
égale à l'image de f , et que les classes de la relation d'équivalence associée à f 0
sont les images dans X/R des classes de la relation d'équivalence associée à f .
1.1.3 Exemples. Voici des exemples de relations d'équivalence issus de l'algèbre,
la géométrie, la topologie, l'analyse.
(1) X est l'ensemble N des entiers naturels ; m ∼ n ssi |m − n| est pair ;
X/ ∼ = {0, 1}.
(2) X = N × N ; (a, b) ∼ (c, d) ssi a + d = b + c ; X/ ∼ = Z.
4
(3) X = Z × N∗ ; (a, b) ∼ (c, d) ssi ad = bc ; X/ ∼ = Q.
(4) X est l'ensemble des paires de vecteurs unitaires d'un plan euclidien E ;
(u, v) ∼ (u0 , v 0 ) ssi il existe une rotation f de E qui envoie la paire (u, v) sur
la paire (u0 , v 0 ) ; X/ ∼ est l'ensemble des angles orientés.
(5) X est l'ensemble des vecteurs non nuls dans le k-espace vectoriel kn+1 ; u ∼
v ssi ∃λ ∈ k∗ , u = λv ; X/ ∼ = Pn (k).
(6) X est l'espace L p des fonctions complexes mesurables de norme p nie ;
f ∼ g ssi f − g est nulle presque partout ; X/ ∼ = Lp (voir 2.2.9 pour plus de
détails sur cet exemple).
(7) X est l'espace des suites rationnelles de Cauchy ; (un ) ∼ (vn ) ssi (un − vn )
converge vers 0 ; X/ ∼ = R.
(8) X = R[T ] ; P ∼ Q ssi P − Q est divisible par T 2 + 1 ; X/ ∼ = C.
(9) X = GLn (k) ; A ∼ B ssi ∃λ ∈ k∗ , A = λB ; X/ ∼ = PGLn (k)
1.1.4 Remarque. Si f : X → Y est une application d'ensembles, la relation
d'équivalence R associée à f sert à mesurer le défaut d'injectivité de f et l'image
f (X) de f sert à mesurer son défaut de surjectivité. En quelque sorte, on  rend
f injectif  en remplaçant X par X/R et on  rend f surjectif  en remplaçant
Y par f (X). Plus précisément, si l'on désigne par π : X → X/R la surjection
canonique et par i : f (X) → Y l'injection (inclusion) canonique, alors le
théorème 1.1.1 implique qu'il existe une unique bijection f : X/R → f (X)
telle que f = i ◦ f ◦ π . Cette écriture est appelée la décomposition canonique de
l'application f . L'étude des quotients de groupes et d'anneaux, que nous ferons
plus loin dans le cours, est motivée par le souhait d'obtenir des décompositions
semblables pour les morphismes de groupes et d'anneaux.

1.2 Lois internes compatibles


Rappelons qu'une loi de composition interne (ou simplement loi de
composition, ou loi interne, ou loi) sur un ensemble X est une appli-
cation X × X → X , (x, y) 7→ x ∗ y. On appelle x ∗ y le composé de x
et y pour la loi ∗.
1.2.1 Proposition. Soient R une relation d'équivalence sur un ensem-
ble X et π : X → X/R la surjection canonique. Soit ∗ une loi de
composition sur X . Les conditions suivantes sont équivalentes :
5
(1) pour tous x, x0 , y, y 0 dans X on a : x ∼ x0 et y ∼ y0 implique
x∗y ∼x ∗y 0
; 0

(2) il existe une loi de composition ∗ sur X/R telle que pour tous x, y
dans X on a x ∗ y = x ∗ y.
Lorsque les conditions équivalentes de la proposition sont vériées,
on dit que la loi ∗ est compatible à la relation d'équivalence, ou encore
que la loi ∗ passe au quotient en une loi ∗ sur X/R .
1.3 Cas des groupes
Soit ∗ une loi de composition interne sur un ensemble G. On dit
que la loi est associative si pour tous x, y, z dans G on a (x ∗ y) ∗ z =
x ∗ (y ∗ z). On dit que la loi est commutative si pour tous x, y dans G
on a x ∗ y = y ∗ x. Un élément neutre pour ∗ est un élément e ∈ G
tel que e ∗ x = x ∗ e = x pour tout x ∈ G ; s'il existe un élément
neutre, alors celui-ci est unique. Dans ce cas, pour x ∈ G, on appelle
symétrique de x un élément x0 ∈ G tel que x ∗ x0 = x0 ∗ x = e.
1.3.1 Remarque. Soient ∗ une loi sur G et R une relation d'équivalence sur G
qui sont compatibles. Soit ∗ la loi induite sur G/R. Si ∗ est associative (resp.
commutative), alors ∗ l'est aussi. Si e est neutre pour ∗, alors son image e est
neutre pour ∗.
1.3.2 Dénition. Un groupe est un ensemble G muni d'une loi ∗ telle que :
(1) la loi est associative,
(2) la loi possède un élément neutre e,
(3) tout élément de G possède un symétrique.
On dit que le groupe est commutatif ou abélien lorsque la loi ∗ commutative.
1.3.3 Conventions. On utilise le plus souvent la notation et la terminologie
multiplicatives pour désigner les objets précédents : ainsi on appelle multiplication
la loi ∗ de G, on note xy et on appelle produit le composé x ∗ y , on note 1
le neutre e, on note x−1 et on appelle inverse le symétrique x0 . L'exception
principale à cette convention a lieu lorsque le groupe est commutatif. Dans ce cas,
on utilise le plus souvent la notation et la terminologie additives : on appelle alors
addition la loi de G, on note x + y et on appelle somme le composé x ∗ y , on
note 0 le neutre e, on note −x et on appelle opposé le symétrique x0 .
6
1.3.4 Dénition. Soient G, H deux groupes. Un morphisme de groupes f :
G → H est une application telle que pour tous x, y dans G on a f (xy) =
f (x)f (y). Le noyau de f noté ker(f ) est l'ensemble f −1 (1) = {x ∈ G; f (x) =
1}, et l'image de f notée im(f ) est l'ensemble f (G) = {y ∈ H; ∃x ∈ G, y =
f (x)}.

On vérie facilement que tout morphisme de groupes f : G → H


envoie le neutre de G sur le neutre de H .
1.3.5 Dénition. Un sous-groupe d'un groupe G est un sous-ensemble H ⊂ G
tel que 1 ∈ H , pour tous x, y ∈ H on a xy ∈ H , et pour tout x ∈ H on a
x−1 ∈ H .

Si f : G → H est un morphisme, son image est un sous-groupe de


H.

1.3.6 Dénition. Un sous-groupe H ⊂ G est dit distingué (ou normal) si pour


tous x ∈ H , y ∈ G on a yxy −1 ∈ H . On note H C G pour indiquer que
H est distingué. Le groupe G est dit simple s'il n'a pas de sous-groupe distingué
autre que {1} et G.
Si f : G → H est un morphisme, son noyau est un sous-groupe
distingué. Noter que l'image n'est pas un sous-groupe distingué en
général. L'importance des sous-groupes distingués provient du fait que
réciproquement, tout sous-groupe distingué est noyau d'un morphisme
de source G. Ceci est une conséquence du théorème suivant sur l'exis-
tence des quotients :
1.3.7 Théorème. Soient G un groupe et N un
sous-groupe distingué. Alors il existe un groupe
noté G/N et un morphisme de groupes π : G →
G/N satisfaisant la propriété universelle : pour
π
G FF / G/N
FF
tout groupe H et tout morphisme f : G → H tel FF
F
f FF# 
f 0

que N ⊂ ker(f ), il existe un unique morphisme H


f 0 : G/N → H tel que f = f 0 ◦ π . De plus, le
morphisme π : G → G/N est surjectif, le sous-
groupe N est
distingué dans ker(f ), le noyau de f 0 s'identie à ker(f )/N , et l'image
de f 0 est égale à l'image de f .
7
L'ensemble G/N est l'ensemble des classes d'équivalence des élé-
ments de G pour la relation d'équivalence dénie par les classes à
gauche modulo N (ou les classes à droite : ce sont les mêmes lorsque
N est distingué).
1.3.8 Remarque. Le groupe quotient G/N est un objet abstrait et la descrip-
tion qui en est donnée dans la preuve du théorème n'est pas toujours très mani-
able. Faute de mieux, on peut utiliser cette description, mais dans les situations
concrètes on essaie d'identier G/N à un groupe connu. Ainsi, il découle du
théorème que si on dispose d'un morphisme surjectif ρ : G → Q de noyau N ,
alors le morphisme induit ρ0 : G/N → Q est un isomorphisme. Cette remarque
s'applique :
(i) au quotient GLn (k)/ SLn (k) qui s'identie à k× via le morphisme det :
GLn (k) → k× ,
(ii) au quotient d'un groupe G par son centre Z = Z(G) = {x ∈ G; ∀y ∈
G, xy = yx} qui s'identie au groupe des automorphismes intérieurs de G, à
l'aide du morphisme c : G → Aut(G) qui envoie x sur la conjugaison cx :
y 7→ xyx−1 .
1.3.9 Exercice. Soit G un groupe et R une relation d'équivalence sur l'ensemble
sous-jacent à G. Montrez que R est compatible avec la multiplication de G si et
seulement s'il existe un sous-groupe distingué N C G tel que xRy équivaut à
xy −1 ∈ N . (Indication : si R est compatible, montrez que la classe de 1 est un
sous-groupe distingué).
1.3.10 Exercice. Soient G un groupe, N un sous-groupe distingué et π : G →
G/N le morphisme de quotient. Montrez que les applications H 7→ π(H) et
K 7→ π −1 (K) sont des bijections inverses l'une de l'autre entre l'ensemble des
sous-groupes H ⊂ G contenant N et l'ensemble des sous-groupes K ⊂ G/N .

2 Théorie générale des anneaux et modules


2.1 Anneaux
Nous utilisons les conventions 1.3.3. Considérons un ensemble A
muni de deux lois de composition + : (x, y) 7→ x+y et × : (x, y) 7→ xy.
On dit que × est distributive à gauche (resp. à droite) sur + si pour
tous x, y, z dans A on a z(x + y) = zx + zy (resp. (x + y)z = xz + yz).
8
2.1.1 Dénition. Un anneau est un triplet (A, +, ×) tel que :
(1) (A, +) est un groupe commutatif, dont on note 0 l'élément neutre,
(2) la loi × est associative et possède un neutre 1 distinct de 0,
(3) la loi × est distributive à droite et à gauche sur +.
On dit que l'anneau est commutatif si la loi × est commutative.

2.1.2 Remarques. (1) Il existe une notion d'anneau plus générale dans laquelle
on ne requiert a priori ni l'associativité, ni l'existence d'un neutre multiplicatif 1,
et des exemples extrêmement intéressants de tels anneaux généraux. Les anneaux
de la dénition 2.1.1 sont alors qualiés d'anneaux associatifs et unitaires. Dans ce
cours, nous ne considérerons que les anneaux associatifs et unitaires, et omettrons
ces qualicatifs.
(2) Certaines dénitions autorisent à avoir 1 = 0 ; dans ce cas on a A = {0}.
(3) Les axiomes n'impliquent pas que (A, ×) est un groupe. En fait 0.x =
(1 − 1).x = 1.x − 1.x = 0 pour tout x ∈ A donc 0 n'a pas d'inverse si
A 6= {0}.

2.1.3 Premiers exemples.


(a) l'anneau des entiers relatifs Z, l'anneau des entiers de Gauss Z[i],
(b) les corps classiques Q, R, C, Fp = Z/pZ (p premier),
(c) l'algèbre des quaternions H = R ⊕ iR ⊕ jR ⊕ kR dont la multiplication
est déterminée par i2 = j 2 = k2 = −1, ij = −ji = k, ik = −ki = −j ,
jk = −kj = i.
(d) les anneaux de matrices,
(e) les anneaux de polynômes (voir 2.2.1) à coecients dans un anneau, en une
variable ou un nombre ni de variables,
(f) les anneaux de fonctions (voir 2.2.8) : sous-anneaux de l'anneau F(E, A) des
fonctions sur un ensemble E à valeurs dans un anneau A, muni de la structure
d'anneau naturelle induite par celle de A. Par exemple les anneaux de fonctions
à valeurs réelles de classe C k sur un intervalle de R, ou l'anneau H (U ) des
fonctions holomorphes sur un ouvert U de C,
(g) des sous-anneaux et quotients (voir 2.3.7) des exemples précédents.

9
2.1.4 Dénition. Soient A, B deux anneaux. Un morphisme d'anneaux f :
A → B est un morphisme de groupes de (A, +) dans (B, +) tel que f (1) = 1
et pour tous x, y dans A on a f (xy) = f (x)f (y). Le noyau ker(f ) et l'image
im(f ) sont par dénition le noyau et l'image de f comme morphisme des groupes
additifs sous-jacents.
Pour tout anneau A, il existe un unique morphisme Z → A, qui
envoie n sur n.1.
2.1.5 Exercice. Pour tout anneau A, on appelle anneau opposé à A et on note
A◦ l'anneau tel que (A◦ , +) = (A, +) muni de la multiplication renversée
x × y := yx. On appelle anti-morphisme (resp anti-isomorphisme...) de A vers
B un morphisme d'anneaux f : A → B ◦ , c'est-à-dire un morphisme de groupes
de (A, +) dans (B, +) tel que f (xy) = f (y)f (x) pour tous x, y . Montrez
que l'anneau Mn (R) des matrices à coecients dans un anneau commutatif R
est anti-isomorphe à lui-même, c'est-à-dire que Mn (R)◦ ' Mn (R).
2.1.6 Dénition. Un sous-anneau d'un anneau A est un sous-groupe A0 de
(A, +) qui contient 1 et tel que pour tous x, y ∈ A0 on a xy ∈ A0 .
Si f : A → B est un morphisme d'anneaux, alors son image f (A) est
un sous-anneau de B . Par ailleurs, il est facile de voir que si {Ai}i∈I est
une famille de sous-anneaux de A, alors leur intersection ∩ Ai est un
sous-anneau de A. Par exemple, si S est une partie de A, l'intersection
de tous les sous-anneaux de A contenant S est un sous-anneau appelé
le sous-anneau engendré par S . Il peut être décrit concrètement comme
le sous-groupe engendré par les produits nis s1 . . . sn d'éléments de S ,
i.e. l'ensemble des combinaisons linéaires à coecients dans Z des tels
produits. Un autre exemple important de sous-anneau est donné par le
résultat suivant.
2.1.7 Lemme. Soit A un anneau et S une partie de A. Alors, l'ensemble
des x ∈ A tels que xs = sx pour tout s ∈ S , appelé commutant de
S, est un sous-anneau de A. En particulier, le commutant de A tout
entier est un sous-anneau appelé le centre de A.
Preuve : C'est un exercice facile. 

Si x est dans le commutant de S , on dit aussi parfois que x centralise


S . Si x est dans le centre de A, on dit que x est central.

10
2.1.8 Dénitions. Soient A un anneau et x ∈ A.
(1) x est nilpotent s'il existe un entier n > 1 tel que xn = 0.
(2) x possède un inverse à gauche s'il existe y ∈ A tel que yx = 1.
(3) x est régulier à gauche, ou non diviseur de zéro à gauche, ou simpliable à
gauche, si xy = 0 implique y = 0, pour tout y ∈ A.
On dénit de même les notions d'inverse à droite et d'élément régulier à droite.
(4) x est inversible s'il possède un inverse à gauche et à droite ; x est régulier, ou
non diviseur de zéro s'il l'est à gauche et à droite.
(5) A est une algèbre à division, ou un corps gauche, si tout élément non nul est
inversible.
Si A est commutatif, les notions  à gauche  et  à droite  coïncident et dans
ce cas :
(6) A est un intègre si tout élément non nul est régulier.
(7) A est un corps si tout élément non nul est inversible.
Si x possède un inverse à gauche (resp. à droite), il est régulier à
gauche (resp. à droite). Si x possède des inverses à gauche et à droite,
ces inverses sont égaux à un même élément noté x−1. L'ensemble des
inversibles de A forme un groupe noté A× ou parfois A∗.
Il est naturel de dire que x est inversible à gauche s'il possède un in-
verse à gauche, mais il faut noter que cela mène à une petite bizarrerie.
En eet, notons γx : A → A, y 7→ xy la multiplication à gauche par x
et δx : A → A, y 7→ yx la multiplication à droite par x. Avec les
dénitions ci-dessus x est régulier à gauche si et seulement si la mul-
tiplication à gauche par x est injective, alors que x est inversible à
gauche si et seulement si la multiplication à droite par x est surjective.
En dépit de cet accident, la terminologie que nous avons introduite
semble la meilleure et est largement partagée dans la littérature.
2.1.9 Exemples. Voici quelques exemples et contre-exemples d'anneaux intè-
gres.
(1) Soit n ∈ N. L'anneau Z/nZ est intègre si et seulement si n = 0 ou n est
premier.
11
(2) L'anneau C (R, R) des fonctions continues de R dans R n'est pas intègre ;
quels sont ses diviseurs de zéro ?
(3) L'anneau H (U ) des fonctions holomorphes sur un ouvert connexe non vide
U ⊂ C est intègre, à cause du principe des zéros isolés.
(4) Si A est intègre, l'anneau de polynômes A[X] est intègre.
Voici quelques exemples de corps.
(5) Q, R, C sont des corps. L'anneau Z/nZ est un corps si et seulement si n est
premier.
(6) Si k est un corps, l'anneau des fractions rationnelles k(X) est un corps.
L'anneau M (U ) des fonctions méromorphes sur un ouvert connexe non vide
U ⊂ C est un corps.
(7) Le corps des fractions d'un anneau intègre. On notera que l'existence du corps
des fractions montre qu'un anneau est intègre si et seulement si c'est un sous-
anneau d'un corps.

2.1.10 Exercice. Soient E un espace vectoriel sur un corps k, A = Endk (E)


son anneau d'endomorphismes, f ∈ A. Montrez que :
(1) f ∈ A est inversible à gauche ⇐⇒ f est régulier à gauche ⇐⇒ f est
injectif.
(2) f ∈ A est inversible à droite ⇐⇒ f est régulier à droite ⇐⇒ f est
surjectif.
Par exemple, prenons k = Q et E = Q[X]. Soit D : E → E l'opérateur de
dérivation, et I : E → E l'opérateur qui envoie un polynôme sur sa primitive
nulle en 0. On a D ◦ I = IdE donc D possède un inverse à droite (et même
une innité) mais n'est pas régulier à gauche ; I possède un inverse à gauche (et
même une innité) mais n'est pas régulier à droite.

2.1.11 Exercice. Soit A un anneau et x un élément de A. Montrez que si x


possède un inverse à gauche et est régulier à droite, alors il est inversible. Même
énoncé si x possède un inverse à droite et est régulier à gauche. Soit S ⊂ A une
partie et C le commutant de S dans A. Montrez que si x ∈ C est inversible
dans A, alors x−1 ∈ C . Donnez un exemple dans lequel on suppose seulement
que x possède un inverse à gauche x0 , mais x0 6∈ C .

12
2.2 Quelques exemples importants d'anneaux
2.2.1 Anneaux de polynômes. Soit A un anneau. On note A[X] l'anneau
des polynômes à coecients dans A en l'indéterminée (centrale) X . On peut le
construire, comme dans le cas classique où A est commutatif, comme ensemble
des suites à support ni (fn )P n>0 avec les lois (fn ) + (gn ) = (fn + gn ) et
(fn )(gn ) = (hn ) avec hn = i+j=n fi gj . Par le morphisme qui envoie a sur la
suite (a, 0, 0, . . . ), l'anneau A s'identie au sous-anneau de A[X] des polynômes
constants. L'indéterminée X est la suite (0, 1, 0, 0, . . . ) ; elle commute avec tous
les éléments de A, donc est dans le centre de PA[X]. nToutP élément F = (fn ) ∈
A[X] s'écrit comme une somme nie F = n fn X = n X n fn . On dénit
le degré deg(F ), et le coecient dominant cd(F ), de la manière habituelle ;
rappelons que deg(0) = −∞ et cd(0) = 0. On a deg(F G) 6 deg(F ) +
deg(G) et en regardant les coecients dominants, on voit qu'il y a égalité si
cd(F ) est régulier à gauche ou si cd(G) est régulier à droite. On peut faire des
divisions euclidiennes à gauche et à droite ; ceci est énoncé précisément dans le
lemme suivant.

2.2.2 Lemme. Soit A un anneau et F, G ∈ A[X] des polynômes. On


suppose que le coecient dominant de G est inversible.
(1) Division euclidienne à gauche : il existe un unique couple (Q, R) ∈
A[X]2 tel que F = GQ + R et deg(R) < deg(G).
(2) Division euclidienne à droite : il existe un unique couple (Q0 , R0 ) ∈
A[X]2 tel que F = Q0 G + R0 et deg(R0 ) < deg(G).

Preuve : Nous démontrons le point (1), la preuve de (2) est similaire.


Notons aX m et bX n les monômes dominants de F et G.
Existence par récurrence sur m. Si m < n, on prend Q = 0 et R =
F . Sinon, on observe que le monôme dominant de Gb−1 aX m−n est
bX n b−1 aX m−n = aX m , de sorte que F − Gb−1 aX m−n est de degré
strictement plus petit que m. Par l'hypothèse de récurrence, il existe
(Q∗ , R) tel que F − Gb−1 aX m−n = GQ∗ + R avec deg(R) < n. En
posant Q = Q∗ + b−1aX m−n, on obtient le couple (Q, R) souhaité.
Unicité. Supposons que (Q1, R1) et (Q2, R2) vérient la conclusion de
(1). Alors, on a F = GQ1 +R1 = GQ2 +R2 donc G(Q1 −Q2) = R2 −R1.
Comme b est régulier à gauche, on en déduit deg(G) + deg(Q1 − Q2) =
13
deg(R2 −R1 ) < deg(G). Ceci n'est possible que si deg(Q1 −Q2 ) = −∞,
donc Q1 = Q2 puis R1 = R2. 

2.2.3 Remarque. Dans la preuve de (1), pour l'existence, on a besoin que b


soit inversible à droite. Pour l'unicité, on a besoin que b soit régulier à gauche.
Alors b est inversible (voir 2.1.11) donc on ne peut pas aaiblir l'hypothèse sur le
coecient dominant de G.

2.2.4 Exercice. Soit A un anneau.


(1) Soit Z le centre de A ; calculez le centre de A[X].
(2) Pour α ∈ A et F = fn X n ∈ A[X], on note Fg (α) = αn fn la
P P

valeur à gauche de F en α. Considérons la division euclidienne à gauche F =


(X − α)Q + r avec deg(r) 6 0. Montrez que r = Fg (α). Déduisez-en que
{F ∈ A[X], Fg (α) = 0} est un idéal à droite. Mêmes questions de l'autre côté.
(3) Avec les notations de 2.2.2, supposons que tous les coecients de F commu-
tent avec tous les coecients de G. Montrez qu'alors les deux divisions euclidi-
ennes coïncident, i.e. (Q, R) = (Q0 , R0 ).

2.2.5 Anneaux de matrices. Soit R un anneau et n > 1 un entier. On note


S = Mn (R) l'anneau des matrices carrées de taille n à coecients dans R.
Ses lois internes sont dénies
Pn avec les formules habituelles ; on fera attention que
dans la formule ci,j = k=1 ai,k bk,j qui dénit le produit C = AB de deux
matrices A et B , les coecients de A et B ne sont pas permutables et sont bien
écrits les uns à gauche, les autres à droite.

2.2.6 Exercice. Montrez que Mn(R) n'est pas commutatif, sauf si R est com-
mutatif et n = 1. Soit Z le centre de R, montrez que le centre de Mn (R) est
Z. Id = {z Id, z ∈ Z}.

2.2.7 Exercice. Donnez un isomorphisme canonique entre Mn(R[X]) et Mn(R)[X].


2.2.8 Produits d'anneaux ; anneaux de fonctions. Soit (Ai)i∈I une famille
d'anneaux. Le produit direct A = i∈I Ai est l'ensemble produit cartésien des
Q

Ai , muni des lois d'addition et de multiplication dénies coordonnée par coor-


donnée. Pour chaque j ∈ I ,
14
on dispose d'une application de projection πj :
i∈I Ai → Aj qui est un morphisme d'anneaux. Le
Q

produit direct vérie la propriété universelle suivante : B GG


GG fj
GG
pour tout anneau B et toute famille de morphismes d'an- f GG
G
Q πj #
neaux fj :QB → Aj , il existe un unique morphisme Ai /A
j
f : B → Ai tel que fj = πj ◦ f pour tout j . La
démonstration de cette propriété universelle est facile.
Si tous les Ai sont égaux à un même anneau A, alors i∈I Ai s'identie à
Q
l'anneau F(I, A) des fonctions de I à valeurs dans A, muni de l'addition et de
la multiplication ponctuelles.
Un exemple classique est l'ensemble P(I) des parties de I . Pour A, B des
parties de I , soit A∆B = (A r B) ∪ (B r A) la diérence symétrique et
A ∩ B l'intersection. Alors (P(I), ∆, ∩) est un anneau commutatif, de neutre
additif l'ensemble vide ∅ et de neutre multiplicatif l'ensemble I . L'application qui
associe à une partie A ⊂ I sa fonction indicatrice 1A établit un isomorphisme
d'anneaux P(I) → F(I, Z/2Z).
2.2.9 Espaces Lp (voir Rudin [R], chapitre 3). Soient a, b, p des réels
avec −∞ 6 a 6 b 6 +∞ et 1 6 p 6 ∞. Soit L p l'ensemble des fonctions
complexes dénies et de puissance p-ième intégrable sur l'intervalle [a, b]. Muni de
l'addition des fonctions, c'est un groupe abélien, d'après l'inégalité de Minkowski ;
c'est même un C-espace vectoriel. Soit Lp le quotient de L p par le sous-espace
des fonctions nulles presque partout.
(1) Si p = 2, les espaces L 2 et L2 sont stables par produit, d'après l'inégalité
de Hölder. Ce sont donc des anneaux.
(2) Si p 6= 2, le produit ponctuel de deux fonctions L p n'est pas dans L p en
général. Cependant, si [a, b] = R et si f et g sont dans L 1 , une application
Rdu théorème de Fubini montre que leur1 produit de convolution f ? g : x 7→
f (t)g(x − t) dt est encore dans L . Le seul petit problème pour faire de
(L 1 , +, ?) un anneau est qu'il n'existe pas de neutre multiplicatif i.e. de fonction
e ∈ L 1 telle que e ? f = f ? e = f pour tout f . Pour étudier L 1 à l'aide de la
théorie des anneaux, une solution est de se placer dans le cadre des anneaux non
unitaires, voir remarque 2.1.2(1). Une autre solution est d'utiliser la construction
suivante, qui plonge L 1 de manière canonique dans un anneau unitaire. On étend
le produit de L 1 à l'espace vectoriel A = C ⊕ L 1 par la formule :
(λ, f ) ? (µ, g) = (λµ, λg + µf + f ? g).

15
Alors (A, +, ?) est un anneau de neutre multiplicatif (1, 0), qui contient L 1
comme idéal.

2.3 Idéaux
2.3.1 Dénitions. Soit A un anneau.
(1) Un idéal à gauche de A est un sous-groupe I de (A, +) tel que pour tout
x ∈ I et tout a ∈ A, on a ax ∈ I . Un idéal à droite... xa ∈ I .
(2) Un idéal bilatère est un idéal à droite et à gauche.
L'anneau A est dit simple s'il n'a pas d'idéal bilatère autre que {0} et A.
Si A est commutatif, les trois notions d'idéal coïncident.
Le seul idéal à gauche qui soit un sous-anneau est A tout entier :
un sous-anneau contient toujours 1 alors qu'un idéal à gauche I 6= A
ne contient pas 1. Même chose avec les idéaux à droite.
Un idéal intéressant attaché à un anneau A est le noyau du mor-
phisme f : Z → A, i 7→ i.1A. Pour le décrire, on utilise le résultat
classique qui dit que tout idéal de Z est l'idéal nZ engendré par un en-
tier n > 0. Rappelons la démonstration : soit I ⊂ Z un idéal. Si I = {0}
on prend n = 0. Si I 6= {0}, on pose n = min{k ∈ I, k > 1}. On a
n ∈ I donc nZ ⊂ I ; réciproquement, pour m ∈ I notons m = nq + r ,
r < n, la division euclidienne de m par n. D'après la dénition de n,
les deux propriétés r < n et r = m − nq ∈ I impliquent que r = 0,
donc m = nq ∈ nZ.
2.3.2 Dénition. On appelle caractéristique de A l'unique générateur positif ou
nul du noyau du morphisme Z → A.
Ainsi Z, Q, R ou C sont de caractéristique 0 ; l'anneau Z/nZ est de
caractéristique n ; un corps ni à q = pr éléments (avec p premier) est
de caractéristique p ; l'anneau (P(I), ∆, ∩) des parties d'un ensemble
I est de caractéristique 2.

2.3.3 Idéaux engendrés, sommes d'idéaux, produits d'idéaux. Les no-


tions d'idéaux engendrés et de sommes d'idéaux ont une version  à droite  et
bilatère évidente ; nous nous limitons ci-dessous au cas des idéaux à gauche. L'in-
tersection d'une famille d'idéaux à gauche est un idéal à gauche ; en particulier,
16
pour toute partie S ⊂ A il existe un plus petit idéal à gauche de A contenant S ,
appelé l'idéal à gauche engendré par S . C'est l'ensemble des combinaisons linéaires
à gauche à coecients dans A d'éléments de S . Un idéal principal à gauche est un
idéal à gauche engendré par un seul élément a ; on le note Aa. La somme d'une
famille quelconque d'idéaux
P à gauche {Iλ }λ∈L est l'idéal à gauche engendré par
la réunion des Iλ , noté λ∈L Iλ ; c'est l'ensemble des sommes nies d'éléments
des Iλ .
Pour les produits, nous ne considérons que des idéaux bilatères. Le produit
d'une famille nie d'idéaux bilatères I1 , . . . , In est l'idéal bilatère noté I1 . . . In
engendré par les produits i1 . . . in avec iλ ∈ Iλ pour tout λ.

2.3.4 Exemples. (1) Si I et J sont des idéaux à gauche de A, alors {a ∈


A, aI ⊂ J } est un idéal à gauche.
(2) Soient X un ensemble et x ∈ X , alors l'ensemble {f ∈ F(X, A), f (x) =
0} est un idéal bilatère de l'anneau de fonctions F(X, A).

2.3.5 Exercice (voir [FGN1], exercices 6.24, 6.25, 6.26). Soient k un corps,
E un k-espace vectoriel, F ⊂ E un sous-espace, A = Endk (E).

(1) Montrez que IF = {f ∈ A, f |F = 0} est un idéal à gauche et JF = {f ∈


A, im(f ) ⊂ F } un idéal à droite.
(2) Dans la suite, on suppose que E est de dimension nie. Montrez que les IF
et JF sont les seuls idéaux de A.
(3) Déduisez de (2) que A est simple.

2.3.6 Exercice. Montrez que la préimage d'un idéal par un morphisme est un
idéal, et que l'image d'un idéal par un morphisme surjectif est un idéal. Donnez
un contre-exemple si l'on enlève l'hypothèse de surjectivité.

Si f : A → B est un morphisme, son noyau est un idéal bilatère.


L'importance des idéaux bilatères provient du fait que réciproquement,
tout idéal bilatère est noyau d'un morphisme de source A. La notion
d'idéal bilatère est donc l'analogue, en théorie des anneaux, de la notion
de sous-groupe distingué en théorie des groupes.
17
2.3.7 Théorème. Soient A un anneau et I un idéal
bilatère distinct de A. Il existe un anneau noté
A/I et un morphisme d'anneaux π : A → A/I
satisfaisant la propriété universelle suivante : pour A EE
π /
EE
A/I
tout anneau B et tout morphisme f : A → B EE
E
f EE" 
f0
tel que I ⊂ ker(f ), il existe un unique morphisme B
f 0 : A/I → B tel que f = f 0 ◦ π . Le morphisme π
est surjectif, le noyau de f 0 s'identie à ker(f )/I , et
l'image de f 0
est égale à l'image de f .

Preuve : La preuve est semblable à la preuve du théorème de quotient


pour les groupes : on considère la relation d'équivalence sur A dénie
par x ∼ y si et seulement si x−y ∈ I . Le fait que I soit un sous-groupe
de (A, +) implique que cette relation d'équivalence est compatible avec
l'addition de A (on ne dit rien de nouveau ici que ce que l'on sait déjà
pour le quotient d'un groupe par un sous-groupe distingué). Le fait que
I soit stable par multiplication à droite et à gauche par des éléments
de A implique que cette relation est compatible avec la multiplication
de A : en eet, si x ∼ x0 et y ∼ y0, alors il existe i, j dans I tels que
x0 = x + i, y 0 = y + j de sorte que

x0 y 0 = xy + xj + iy + ij avec xj + iy + ij ∈ I ;

ainsi x0y0 ∼ xy. Donc + et × induisent des lois sur l'ensemble quotient
A/I := A/ ∼ qui le munissent d'une structure d'anneau. Le neutre
additif de A/I est l'image de 0 et le neutre multiplicatif est l'image
de 1 ; le fait que I 6= A assure que ces deux éléments de A/I sont
distincts. La démonstration de la propriété universelle et des autres
propriétés énoncées dans le théorème ne pose pas de grande diculté.


2.3.8 Exercice. Soient A un groupe et R une relation d'équivalence sur l'ensem-


ble sous-jacent à A. Montrez que R est compatible avec l'addition et la multipli-
cation de A si et seulement s'il existe un idéal I ⊂ A tel que xRy équivaut à
x − y ∈ I.

18
2.3.9 Exercice. Soient A un anneau, I un idéal bilatère distinct de A et π :
A → A/I le morphisme de quotient. Montrez que les applications J → 7 π(J )
et K 7→ π −1 (K) sont des bijections inverses l'une de l'autre entre l'ensemble
des idéaux à gauche J ⊂ A contenant I et l'ensemble des idéaux à gauche K de
A/I .

2.4 Idéaux des anneaux commutatifs


Dans cette sous-section, on considère un anneau commutatif A et
on s'intéresse à certains idéaux importants.
2.4.1 Dénition. Soit A un anneau commutatif.
(1) Un idéal premier est un idéal strict p ( A tel que A/p est intègre, c'est-à-dire
que pour tous x, y ∈ A on a : xy ∈ p implique (x ∈ p ou y ∈ p).
(2) Un idéal maximal est un idéal strict m ( A tel que A/m est un corps,
c'est-à-dire que pour tout x 6∈ m, il existe a ∈ A tel que 1 + ax ∈ m.
On voit facilement que m est maximal si et seulement si c'est un
idéal maximal pour l'inclusion.
Nous allons établir certains résultats d'existence d'idéaux premiers
et maximaux, qui seront basés sur l'axiome du choix. L'axiome du choix
possède des formes équivalentes qui sont parfois plus commodes d'util-
isation ; le lemme de Zorn et le théorème d'existence de bons ordres dû
à Zermelo en sont deux exemples. Nous allons donner tous ces énoncés.
Ce n'est pas notre propos dans ce cours de nous attarder sur les dé-
montrations ; contentons-nous de conseiller à la lectrice de s'accorder
un instant de détente en dévorant les treize pages des chapitres 15, 16
et 17 de Halmos [Ha] (si ce n'est tout le livre, qui en vaut la peine) ou
alors le chapitre 1 de Douady et Douady [DD].
Commençons par rappeler l'énoncé de l'axiome du choix.
2.4.2 Axiome du choix. Si I est un ensemble nonQvide et {Ei}i∈I est
une famille d'ensembles non vides, alors le produit i∈I Ei est non vide.
Cet axiome porte ce nom car il arme que si chaque Ei est non
vide, on peut  choisir  un élément xi dans chacun des Ei, donnant
ainsi un élément (xi)i∈I du produit des Ei. On appelle  fonction de
choix  une fonction qui associe à i un élément xi ∈ Ei.
19
Rappelons que dans un ensemble partiellement ordonné E , on appelle
chaîne toute partie totalement ordonnée de E . On dit que E est inductif
si chacune de ses chaînes possède une borne supérieure dans E .
2.4.3 Lemme de Zorn. Tout ensemble non vide inductivement ordonné
possède un élément maximal.
Ce théorème est énoncé par Zorn dans un article de 1935, mais il
semble qu'il avait été établi par d'autres auteurs auparavant ; au moins
par Kuratowski en 1922.
Rappelons qu'on appelle bon ordre un ordre sur un ensemble E
tel que toute partie non vide de E admet un plus petit élément. Par
exemple, l'ordre habituel sur N est un bon ordre.
2.4.4 Théorème du bon ordre. Tout ensemble peut être muni d'un bon
ordre.
Ce théorème est établi par Zermelo en 1904. On montre que l'ax-
iome du choix, le lemme de Zorn et le théorème de bon ordre sont
équivalents.
Nous pouvons revenir à l'étude des anneaux.
2.4.5 Théorème. Soit A un anneau commutatif non nul. Alors, tout
idéal distinct de A est inclus dans un idéal maximal.
Ce résultat est dû à Krull en 1929.
Preuve : Soit I un idéal strict, i.e. distinct de A. Soit E l'ensemble des
idéaux stricts contenant I . Cet ensemble n'est pas vide car il contient I .
Il est inductivement ordonné, car si {Jλ}λ∈L est une famille totalement
ordonnée d'idéaux de E , leur réunion est un idéal contenant I qui est
strict, car sinon il contiendrait 1, et donc l'un des Jλ contiendrait 1, en
contradiction avec le fait que les Jλ sont stricts. D'après le lemme de
Zorn, l'ensemble E possède un élément maximal ; un tel élément est
un idéal maximal contenant I . 

En fait, W. Hodges a démontré en 1975 que le théorème de Krull


implique l'axiome du choix ; ainsi les énoncés 2.4.2, 2.4.3, 2.4.4, 2.4.5
sont équivalents.
20
2.4.6 Corollaire. Tout anneau commutatif A possède un morphisme
surjectif vers un corps.
Preuve : L'idéal {0} est strict et par le théorème ci-dessus, il est inclus
dans idéal maximal m. Le morphisme A → A/m répond à la question.


2.4.7 Dénition. Soit A un anneau commutatif. On dit que A est réduit si son
seul élément nilpotent est 0. On note Nil(A) l'ensemble des éléments nilpotents
de A, et on l'appelle le nilradical de A

2.4.8 Lemme. Le nilradical Nil(A) est un idéal de A.


Preuve : Soient x, y deux éléments nilpotents de A, de sorte qu'il existe
m, n > 1 tels que xm = y n = 0. On a :
m+n−1
X  m+n−1

(x + y)m+n−1 = xi y m+n−1−i .
i=0
i

Si i > m, on a xi = 0 ; sinon, on a m+n−1−i > n, donc ym+n−1−i = 0.


Ainsi tous les termes de la somme de droite s'annulent et on voit que
(x + y)m+n−1 = 0. Ainsi Nil(A) est un sous-groupe. Par ailleurs, si
a ∈ A et x ∈ Nil(A), alors il existe n tel que xn = 0 donc (ax)n =
an xn = 0 et ax ∈ Nil(A). Finalement Nil(A) est un idéal. 

Il est important de noter que la commutativité de A est tout à fait


essentielle pour utiliser la formule du binôme de Newton. Il est d'ailleurs
bien connu que l'ensemble des éléments nilpotents d'un anneau non
commutatif n'est pas un idéal en général : on le voit dans les anneaux
de matrices.
2.4.9 Exercice. Montrez que l'anneau quotient A/ Nil(A) est réduit.
2.4.10 Proposition. Soit A un anneau commutatif. Alors, le nilradical
est égal à l'intersection des idéaux premiers de A.
Preuve : Soit x un élément nilpotent et n tel que xn = 0. Alors, pour
tout idéal premier p, le fait que xn = 0 ∈ p implique x ∈ p. Ceci
21
montre que Nil(A) est inclus dans l'intersection des idéaux premiers.
Réciproquement, soit x ∈ A un élément qui n'est pas nilpotent. Alors,
la partie multiplicative S = {xn}n>0 ne contient pas 0. Considérons
l'ensemble E des idéaux de A qui ne rencontrent pas S . Cet ensemble
est non vide, puisqu'il contient {0}. Par ailleurs, il est inductivement
ordonné, car si {Iλ}λ∈L est une famille totalement ordonnée d'idéaux
qui ne rencontrent pas S , alors leur réunion est un idéal qui ne rencontre
pas S , donc c'est une borne supérieure pour la famille. D'après le lemme
de Zorn, il y a dans E un idéal p qui est un élément maximal pour
l'inclusion. Vérions que p est premier. Si x, y n'appartiennent pas à
p, alors les idéaux p + (x) et p + (y) contiennent p strictement, donc
rencontrent S , par maximalité. Il s'ensuit qu'il existe u, v ∈ p, a, b ∈ A
et m, n > 0 tels que u + ax = sm et v + by = sn. En faisant le produit,
on trouve :
uv + uby + vax + abxy = sm+n .
Dans le membre de gauche, les trois premiers termes sont dans p. Le
fait que p ne rencontre pas S impose que xy 6∈ p, d'où notre assertion.
On a trouvé un idéal premier qui ne contient pas x. 

2.4.11 Corollaire. Un anneau commutatif A est réduit si et seulement


s'il s'injecte dans un produit de corps.
Cet énoncé est à mettre en rapport avec le fait qu'un anneau est
intègre si et seulement s'il s'injecte dans un corps.
Preuve : Si A est inclus dans un produit de corps, il est clair qu'il est
réduit. Réciproquement, si A est réduit, d'après 2.4.10 l'intersection de
ses idéaux premiers est nulle. Notons P l'ensemble des idéaux premiers
de A et pour chaque p ∈ P , notons Kp le corps de fractions de l'anneau
intègre A/p. Le noyau du morphisme naturel
Y Y
A −→ A/p −→ Kp
p∈P p∈P

est l'intersection des p ∈ P , donc nul. On a plongé A dans un produit


de corps. 

22
2.5 Modules et algèbres
Certains exemples d'anneaux, parmis les plus intéressants, sont con-
struits à partir d'un anneau R qui joue un rôle d'anneau de  scalaires  :
il en va ainsi des anneaux de polynômes A = R[X], anneaux de ma-
trices A = Mn(R) ou anneaux de fonctions A = F(E, R), voir sous-
section 2.2. Pour ces anneaux, un grand nombre de choses se passent
 en tout cas si R est supposé commutatif  comme dans le cas plus
familier où R = k est un corps et ces anneaux ont une structure de
k-espace vectoriel. Pour ces raisons et pour bien d'autres, il est très
souhaitable de formaliser la notion de module sur un anneau qui est
l'analogue direct de la notion d'espace vectoriel sur un corps.
2.5.1 Dénition. Soit A un anneau. Un A-module à gauche est un groupe
commutatif M muni d'une loi externe A × M → M , pour laquelle l'image de
(a, x) est notée a.x ou ax, telle que pour tous a, b ∈ A et x, y ∈ M on a :
(1) a.(x + y) = a.x + a.y ,
(2) (a + b)x = a.x + b.x,
(3) (ab).x = a.(b.x).
(4) 1.x = x.
Un A-module à droite est muni d'une loi externe M × A → M , l'image de
(x, a) est notée x.a ou xa, et ces données vérient quatre axiomes évidents
semblables aux quatre ci-dessus.
Un A-module à droite est la même chose qu'un module à gauche
sur l'anneau A◦ opposé à A (voir exercice 2.1.5). Via ce dictionnaire,
la théorie à droite et la théorie à gauche sont donc équivalentes. Si A
est commutatif, on a A = A◦ et on ne distingue pas entre modules
à gauche et à droite. Dans la suite, nous parlerons essentiellement de
modules à gauche.
2.5.2 Exemples. (1) La multiplication de A le munit d'une structure de A-
module à gauche et d'une structure de A-module à droite.
(2) Si A est un corps, un A-module est juste un espace vectoriel.
(3) Un Z-module est juste un groupe abélien car à cause des axiomes (2) et (4) il
n'y a qu'une manière de dénir une structure de Z-module sur M : pour n ∈ Z
23
et x ∈ M on pose nx = (1 + · · · + 1)x = x + · · · + x qui est la somme de n
termes égaux à x dans M . Exemples : Z, Q, Z/nZ, Z(p) = {a/b ∈ Q, p - b}
(p premier), Q/Z(p) , R.
(4) Pour tout anneau A et tout ensemble I , le module produit direct M = AI
est l'ensemble des collections (ai )i∈I d'éléments de I , ou encore l'ensemble des
fonctions de I dans A. Le module somme directe M = A(I) est le sous-ensemble
de AI formé des suites (ai )i∈I dont tous les termes sont nuls sauf un nombre
ni. Dans les deux cas, la structure de A-module est dénie coordonnée par
coordonnée.
(5) Soit f : A → B un morphisme d'anneaux. Alors B est muni d'une structure
de A-module par a.b := f (a)b.

2.5.3 Remarque. Soit M un groupe abélien et considérons l'ensemble End(M )


de ses endomorphismes. Muni de la loi + d'addition des endomorphismes et
de la composition ◦, c'est un anneau, non commutatif sauf cas exceptionnel,
voir exercice 2.2.6. Le neutre additif 0 est l'endomorphisme nul, et le neutre
multiplicatif 1 = IdM est l'endomorphisme identité. Ceci étant dit, consid-
érons une structure de A-module à gauche sur M et pour chaque a ∈ A, soit
γa : M → M , x 7→ a.x. L'axiome (1) de la dénition 2.5.1 dit que l'ap-
plication γa est un élément de End(M ), et les axiomes (2)-(3)-(4) disent que
l'application γ : A → End(M ) ainsi obtenue est un morphisme d'anneaux.
Il est clair que ceci décrit une bijection entre structures de A-module à gauche
sur M et morphismes d'anneaux A → End(M ). De même, une structure de
A-module à droite sur M est équivalente à la donnée d'un anti-morphisme d'an-
neaux A → End(M ).

2.5.4 Dénitions. Soient M, M1, . . . , Mn, N des A-modules.


(1) Un morphisme de A-modules, ou application A-linéaire est un morphisme de
groupes f : M → N tel que pour tous a ∈ A et x ∈ M , on a f (ax) =
af (x).
(2) Le noyau ker(f ) et l'image im(f ) sont par dénition le noyau et l'image de
f comme morphisme des groupes additifs sous-jacents.
(3) Une application f : M1 × · · · × Mn → N est diteQ n-linéaire si pour tout
i ∈ {1, . . . , n} et pour tout (n − 1)-uplet (xj )j6=i ∈ j6=i Mj , l'application
f (x1 , . . . , xi−1 , −, xi+1 , . . . , xn ) : Mi → P est A-linéaire.

24
(4) Une application n-linéaire f : M1 × · · · × Mn → N est dite alternée si
elle s'annule dès que deux des variables sont égales.

2.5.5 Module HomA (M, N ). On note HomA (M, N ) l'ensemble des mor-
phismes de A-modules de M dans N . C'est un groupe abélien. Pour tous a ∈ A
et f ∈ HomA (M, N ), notons a.f l'application M → N , x 7→ a.f (x). Il est
clair qu'elle est additive ; étudions sa linéarité par rapport aux scalaires de A. Pour
b ∈ A on a (a.f )(bx) = a.f (bx) = ab.f (x) et b.(a.f )(x) = ba.f (x). Si
a et b commutent, ces deux quantités sont égales. Notons Z le centre de A. On
en déduit que :

(i) HomA (M, N ) est muni d'une structure de Z -module,


(ii) HomZ (M, N ) est muni d'une structure de A-module,

et de manière plus mémorable, si A est commutatif, HomA (M, N ) est canon-


iquement muni d'une structure de A-module.

2.5.6 Dénition. Un sous-A-module d'un A-module M est un sous-groupe N


tel que pour tous a ∈ A et x ∈ N , on a ax ∈ N .

Le noyau, resp. l'image, d'un morphisme de A-modules f : M → N


est un sous-A-module de M , resp. de N . Les idéaux de l'anneau A sont
ses sous-A-modules. Une intersection de sous-modules est un sous-
module. Dans un A-module M , étant donnée une partie S ⊂ M , il
existe un plus petit sous-module contenant S , appelé le sous-module
engendré par S . Par exemple, si M est un A-module et I est un idéal de
A, les éléments de la forme ix avec i ∈ I et x ∈ M engendrent un sous-
module noté IM . Si I = (a) est engendré par un seul élément de A, on
note simplement aM pour IM . Enn, un dernier exemple est fourni par
les idéaux annulateurs : étant donnés deux sous-modules N, P de M ,
on pose (P : N ) = {a ∈ A, aN ⊂ P } ; c'est un idéal de A. Un cas
particulier est l'idéal (0 : M ) = {a ∈ A, aM = 0} appelé annulateur
de M et noté Ann(M ). Le morphisme A → End(M ) qui décrit la
structure de A-module de M (voir 2.5.3) se factorise par l'anneau
quotient A/ Ann(M ), induisant ainsi une structure de A/ Ann(M )-
module sur M .
25
2.5.7 Théorème. Soient M un A-module et N un
sous-A-module. Il existe un module noté M/N et
un morphisme de A-modules π : M → M/N satis- M
π /
M/N
:
faisant la propriété universelle suivante : pour tout f
module P et tout morphisme f : M → P tel P
 f0

que N ⊂ ker(f ), il existe un unique morphisme


f 0 : M/N → P tel que f = f 0 ◦ π .

Preuve : Exercice. 

On a vu aussi que la somme directe A(I) est un sous-module du


produit direct AI . On peut généraliser les notions de produit et de
sommeQau cas de familles quelconques (Mi)i∈I de modules : le produit
direct i∈I Mi est l'ensemble produit cartésien des Mi, et la somme
directe ⊕i∈I Mi est le sous-module du produit direct composé des suites
(xi )i∈I dont tous les termes sont nuls sauf un nombre ni. Dans les deux
cas, la structure de A-module est dénie coordonnée par coordonnée.
2.5.8 Remarque. L'inclusion ⊕ Mi → Q Mi est un isomorphisme si et seule-
ment si seuls un nombre ni des Mi sont non nuls.

2.5.9 Théorème. Soit (Mi)i∈I une famille de A-modules.


(1) Pour chaque j ∈ I , soit πj : i∈I Mi → Mj la
Q

projection sur le j -ième facteur. Le produit direct N


vérie la propriété universelle suivante : pour tout II
II fj
II
II
A-module N et toute famille de morphismes fj :
f
 I
πj $
/M
N → Mj , il existe un unique morphisme f : N →
Q
Mi j

Mi tel que fj = πj ◦ f pour tout j .


Q

(2) Pour chaque j ∈ I , soit αj : Mj → ⊕i∈I Mi le


morphisme qui envoie x sur la suite dont le seul
terme non nul est x sur la j -ième coordonnée. Mj H
αj
/⊕M
La somme directe vérie la propriété universelle HH
HH
i

suivante : pour tout A-module N et toute famille gj HHHH


g
$ 
de morphismes gj : Mj → N , il existe un unique N
morphisme g : ⊕ Mi → N tel que gj = g ◦ αj pour
tout j .
26
Preuve : La preuve n'est pas dicile ; nous indiquons juste comment
sont dénis les morphismes f et g. Dans (1), on pose f (x) = (fi(x))i∈I .
Dans (2), on note que chaque élément x = (xi)i∈I de la somme directe
possède un nombre ni de composantes non nulles, disons xi , . . . , xi .
On pose alors g(x) = gi (xi ) + · · · + gi (xi ).
1 n

1 1 n n


2.6 Algèbres
Les exemples d'anneaux A = R[X], A = Mn(R) et A = F(E, R)
possèdent une structure d'anneau et une structure de R-module. De
plus, ces deux structures sont  compatibles  en un certain sens qui
donne naissance à la notion de R-algèbre.
Nous nous limiterons au cas des algèbres sur un anneau de base
commutatif.
2.6.1 Dénition. Soit R un anneau commutatif. On appelle R-algèbre un an-
neau A muni d'une structure de R-module telle que la multiplication m :
A × A → A est R-bilinéaire.
Il se trouve que l'on peut décrire une structure d'algèbre de manière
très simple, essentiellement grâce au fait que les anneaux possèdent
des éléments neutres pour la multiplication. Précisément :
2.6.2 Proposition. Soient R un anneau commutatif et A un anneau.
La donnée d'une structure de R-algèbre sur A est équivalente à la
donnée d'un morphisme d'anneaux f : R → A tel que f (R) est inclus
dans le centre de A. La loi extérieure est alors donnée par la formule
r.a = f (r) × a.
Preuve : Soit A une R-algèbre au sens de la dénition 2.6.1. On dénit
une application f : R → A par f (r) = r.1. Cette application est un
morphisme de groupes additifs grâce à l'axiome (2) des modules. Elle
est multiplicative grâce au fait que la multiplication de A est supposée
bilinéaire ; en eet, f (rs) = (rs).1 = (rs).(1 × 1) = (r.1) × (s.1) =
f (r) × f (s). Elle vérie f (1R ) = 1R .1A = 1A grâce à l'axiome (4)
des modules. C'est donc un morphisme d'anneaux. Enn l'image de
f est incluse dans le centre de A encore par bilinéarité : f (r) × a =
(r.1) × a = r.(1 × a) = r.(a × 1) = a × (r.1) = a × f (r).

27
Réciproquement soit f : R → A un morphisme dont l'image est
centrale. Alors A est muni d'une structure de R-module par la for-
mule r.a = f (r) × a. Utilisant le fait que f (R) est centrale, on vérie
immédiatement que pour cette structure, la multiplication de A est
R-bilinéaire.
Il est clair que partant d'une R-algèbre A, sa structure est celle qui
est dénie par le morphisme associé f (r) = r.1. Il est clair aussi que
partant d'un morphisme f : R → A, ce morphisme est celui associé à la
structure de R-algèbre r.a = f (r)×a sur A. Ces remarques fournissent
l'équivalence entre les deux points de vue. 

2.6.3 Exercice. Remplacer tous les  il est clair que  de la preuve précédente
par des vérications en bonne et due forme, incluant la justication de chaque
calcul avec les axiomes de modules et d'algèbres.

2.6.4 Morphismes d'algèbres, sous-algèbres, etc. De manière parallèle à ce


que nous avons fait pour les anneaux, on peut exposer les notions de morphisme
de R-algèbres, de sous-R-algèbre, sous-R-algèbre engendrée par une partie, etc.
Nous épargnerons au lecteur le développement de toutes ces notions qu'il n'aura
pas de mal à formuler lui-même.

2.6.5 Remarque. Tout anneau est une Z-algèbre d'une unique manière : ceci se
voit sur la dénition 2.6.1 puisque la multiplication d'un anneau est Z-bilinéaire
par dénition, ou alors via la description de la proposition 2.6.2 puisque tout
anneau possède un unique morphisme Z → A, n 7→ n.1A dont l'image est
manifestement centrale. Ainsi, la théorie des anneaux est incluse dans la théorie
des algèbres sur un anneau commutatif.

2.6.6 Exercice. Le classique théorème de Cayley dit que tout groupe G ni
d'ordre n se plonge dans le groupe symétrique SG ' Sn , via le morphisme qui
associe à g la multiplication à gauche γg : x 7→ gx. Ce théorème est précieux
car il montre que les groupes symétriques contiennent tous les groupes nis. De la
même manière, les algèbres de matrices contiennent toutes les algèbres de dimen-
sion nie sur un corps k : vériez en eet que pour toute k-algèbre de dimension
nie A, l'application A → Endk (A) qui associe à a la multiplication à gauche
γa : x 7→ ax est un morphisme injectif de k-algèbres.

28
3 Modules libres de type ni
3.1 Modules libres
3.1.1 Dénition. Soit A un anneau et I un ensemble. On appelle A-module
libre standard de base I le A-module A := ⊕i∈I A, somme directe indicée par
(I)

I de copies de A. C'est le A-module des fonctions à support ni de I dans A.


Pour tout i ∈ I , on note ei ∈ A(I) l'élément dont la seule composante non nulle
est celle d'incide i qui vaut 1, c'est-à-dire, la fonction indicatrice de i.

3.1.2 Proposition. Pour tout A-module M et toute famille x = (xi)i∈I


d'éléments de M , il existe un unique morphisme de A-modules ϕx :
A(I) → M tel que ϕ(ei ) = xi pour tout i ∈ I .

Preuve : Chaque ej dénit un morphisme d'inclusion αj : Aej → A(I).


On voit alors que la propriété est un cas particulier de la propriété
universelle d'une somme directe, voir théorème 2.5.9(2). On notera
que l'image de ϕx est le sous-module de M engendré par les xi. Le
noyau de ϕx est appelé le module des relations entre les xi. 

3.1.3 Dénitions. Soit M un A-module et x = (xi)i∈I une famille d'éléments


de M . Soit ϕx : A(I) → M , ei 7→ xi l'application associée comme dans la
proposition 3.1.2.

(1) On dit que la famille x est génératrice si le morphisme ϕx est surjectif.


(2) On dit que la famille x est libre si le morphisme ϕx est injectif.
(3) On dit que la famille x est une base si le morphisme ϕx est bijectif.
(4) On dit que M est libre s'il possède une base (xi )i∈I .

3.1.4 Remarques. (1) M est libre si et seulement s'il est isomorphe à A(I) pour
un certain ensemble I .
(2) Une famille est libre si et seulement si toute sous-famille nie est libre.
(3) Il existe des parties libres maximales, et des parties génératrices minimales,
qui ne sont pas des bases : par exemple avec A = Z, M = Z, les parties {2} et
{2, 3}.

29
3.1.5 Exemples. (1) Si k est un corps, tout k-espace vectoriel est libre : d'après
le lemme de Zorn, il existe une famille libre maximale, et il est élémentaire de voir
que, puisque k est un corps, une telle famille est nécessairement génératrice.
(2) Le Z-module Z/2Z n'est pas libre ; le Z/2Z-module Z/2Z est libre.
(3) Le Z-module Q n'est pas libre (observer que deux éléments non nuls quelcon-
ques a/b et c/d sont multiples scalaires de 1/bd).
(4) Pour tout anneau A, l'ensemble {X i }i∈N est une base de l'anneau de polynômes A[X].
En revanche, ce n'est pas une base de A[[X]].

3.2 Modules libres de type ni


3.2.1 Dénition. Soient A un anneau. On dit qu'un A-module M est de type
ni s'il peut être engendré par un nombre ni d'éléments, c'est-à-dire s'il existe
un entier n et des éléments x1 , . . . , xr dans M qui engendrent un sous-module
égal à M .

3.2.2 Exercice. Montrez que M est de type ni si et seulement s'il existe un
morphisme surjectif de A-modules An → M . Montrez que si N ⊂ M est un
sous-module tel que N et M/N sont de type ni, alors M est de type ni.

3.2.3 La notion de rang. Considérons maintenant un A-module M qui est


libre. Ceci signie qu'il possède une base B = (ei )i∈I . Si x1 , . . . , xr sont des
éléments de M , chacun d'entre eux possède un nombre ni de composantes non
nulles sur la base B , si bien que l'ensemble des indices des composantes non nulles
des xj forme un sous-ensemble ni J ⊂ I . En particulier, si on suppose de plus
que M est de type ni, il peut être engendré par un tel r -uplet x1 , . . . , xr (avec
r choisi minimal si on veut) et le raisonnement qui précède montre que M est
inclus dans le sous-module engendré par les ei avec i ∈ J . Alors chaque élément
de B est combinaison linéaire de ceux des éléments de B dont l'indice est dans
J , donc est égal à l'un d'entre eux (par les propriétés d'une base), et J = I .
Ainsi I est ni i.e. il existe un entier r > 0 tel que M ' Ar .
Supposons de plus que A est commutatif. Montrons qu'alors l'entier r est
uniquement déterminé, c'est-à-dire que Ar ' As implique r = s. Pour cela,
choisissons un idéal maximal m ⊂ A, ce qui est possible d'après le théorème 2.4.5,
et notons k = A/m le corps résiduel. Partant d'un isomorphisme de A-modules
Ar ' As , en réduisant modulo m on obtient un isomorphisme de k-espaces

30
vectoriels kr ' ks . La théorie de la dimension des espaces vectoriels nous apprend
qu'alors r = s.
Les remarques qui précèdent peuvent sembler évidentes, car les propriétés des
familles libres et génératrices en algèbre linéaire classique (sur un corps) nous
les rendent familières. Cependant, on a vu qu'il faut du soin pour les justier,
et ce soin n'est pas superu : il existe des anneaux non commutatifs A tels que
Am ' An pour tous les entiers m, n > 1. Pour tout corps k, l'anneau des
endomorphismes d'un k-espace vectoriel de dimension innie est un tel exemple
(mais ce n'est pas évident de le voir !). Pour de tels anneaux, la notion de rang
n'est pas dénie.
3.2.4 Dénition. Soient A un anneau commutatif et M un A-module libre de
type ni. L'unique entier r tel que M ' Ar est appelé le rang de M .
3.2.5 Hypothèse. Dans toute la suite du cours, nous supposons que les anneaux
considérés sont commutatifs ; cette règle sera répétée aussi souvent que possible
(dans les limites du raisonnable) et restera en vigueur quoi qu'il arrive.
3.2.6 Représentation matricielle des morphismes. De nombreux concepts
et résultats d'algèbre linéaire sur un corps de base restent valables pour les mor-
phismes des modules libres de type ni sur un anneau commutatif quelconque.
Ainsi en est-il du formalisme du calcul matriciel et de la théorie du déterminant.
Nous terminerons cette sous-section en indiquant les rudiments du calcul ma-
triciel pour les endomorphismes (il s'agit en fait plutôt de rappels, puisque tout
se passe comme en algèbre linéaire habituelle). Dans la sous-section suivante, nous
établirons les propriétés principales du déterminant et des concepts qui lui sont
reliés avec un point de vue exclusivement matriciel ; la lectrice ou le lecteur peut
en trouver une présentation plus intrinsèque par exemple dans la section 2.7 du
polycopié [CL].
L'ensemble usuel de matrices Mr,s(A) est muni d'une structure de
A-module évidente, et le produit matriciel dénit des applications A-
bilinéaires Mr,s(A) × Ms,t(A) → Mr,t(A). En particulier ceci fait de
l'ensemble des matrices carrées Mr (A) une A-algèbre.
Dans ce qui suit, nous considérerons des couples (E, e) formés d'un
A-module libre de type ni E et d'une base e = {e1 , . . . , er } où r =
rang(E). Soit u : (E, e) → (F, f ) une application A-linéaire entre deux
modules libres de type ni
P munis de bases. Pour chaque élément ej de
la base e, soit u(ej ) = i ui,j fi l'écriture de son image sur la base f .
31
3.2.7 Dénition. La matrice de coecients ui,j est appelée matrice de u dans
les bases e et f et notée Mate,f (u). Si E = F et e = f , on note Mate (u) au
lieu de Mate,f (u).
Soient r = rang(E) et s = rang(F ). Comme u : E → F est déter-
minée de manière unique par les valeurs u(ej ), et chacune d'entre elles
est déterminée de manière unique par les scalaires ui,j ∈ A, l'applica-
tion u 7→ Mate,f (u) est un isomorphisme de A-modules :
HomA (E, F ) ' Ms,r (A).

Si E = F et e = f , on obtient un isomorphisme de A-algèbres :


EndA (E) ' Mr (A).

Le groupe des automorphismes de E correspond au groupe des matrices


inversibles, qui comme on le verra en 3.3.10 n'est rien d'autre que le
groupe des matrices de déterminant inversible noté GLr (A).
3.2.8 Proposition. La matrice de la composée de deux applications A-
linéaires entre A-modules libres de type ni munis de bases :
u v
(E, e) −→ (F, f ) −→ (G, g)

est donnée par la formule :


Mate,g (vu) = Matf,g (v) Mate,f (u).

Plus généralement, la composée de n applications A-linéaires ui :


(E i , ei ) → (E i+1 , ei+1 ) (1 6 i 6 n) a pour matrice Mate ,e (un · · · u1 ) =
1 n+1

Mate ,e (un ) · · · Mate ,e (u1 ).


n n+1 1 2

Preuve : Les coecients


P uij et vki sont dénis par lesPégalités
P u(ej ) =
ij fi et v(fi ) = k vki gk . On a donc (vu)(ej ) =
P
Pi uP i uij k vki gk =
k( ij )gk . On voit que le coecient d'indice (k, j) de la matrice
i vki uP
de vu est i vkiuij , qui est le coecient d'indice (k, j) du produit
matriciel annoncé. Le cas de la composée de n applications linéaires
s'en déduit par une récurrence immédiate. 

On peut utiliser la formule précédente pour relier les matrices asso-


ciées à un même endomorphisme dans des bases diérentes.
32
3.2.9 Dénition. Soit E un A-module libre de type ni et e, e0 deux bases de
E . On appelle matrice de changement de base (ou matrice de passage) de e à e0
la matrice :
0
Pee = Mate0 ,e (IdE ).

C'est la matrice dont les colonnes sont les vecteurs de e0 exprimés sur la base e.

En appliquant la proposition 3.2.8 à la composée (E, e) →


Id Id
(E, e0 ) →
(E, e) on voit que Pee Pee = I. En particulier, ces matrices sont in-
0
0

versibles.
3.2.10 Proposition. Soit une application A-linéaire entre
u : E → F
deux A-modules libres de type ni. Soient e, e0 deux bases de E et
P = Pee la matrice de passage. Soient f, f 0 deux bases de F et Q = Pff
0 0

la matrice de passage. Alors, on a :


Mate0 ,f 0 (u) = Q−1 Mate,f (u) P.

En particulier si E = F , e = f et e0 = f 0 on a :
Mate0 (u) = P −1 Mate (u) P.

Preuve : On applique la proposition 3.2.8 à la composée


Id u Id
(E, e0 ) −→ (E, e) −→ (F, f ) −→ (F, f 0 )

et cela donne directement le résultat. 

3.2.11 Remarque. Certaines notions d'algèbre linéaire usuelle (i.e. sur un corps)
ne s'étendent cependant pas à des anneaux de scalaires commutatifs quelconques.
Par exemple, pour une application linéaire u : M → N entre deux modules
libres de type ni, la notation de rang (au sens  dimension de l'image ) n'est
pas bien dénie car l'image de u n'est pas un module libre en général, donc n'a
pas de rang (au sens de la dénition 3.2.7). On fera donc attention de ne pas
utiliser toute l'algèbre linéaire sans précaution !

33
3.3 Calcul matriciel
On xe un anneau commutatif R et un entier n > 1. (Nous notons
désormais R l'anneau de coecients, pour disposer de la lettre A pour
les matrices.) On note Sn le groupe symétrique sur n lettres et  :
Sn → {±1} le morphisme signature. Soit A = (ai,j ) une matrice
carrée de taille n à coecients dans R. On dénit :
X
det(A) = (σ)a1,σ(1) . . . an,σ(n) .
σ∈Sn

3.3.1 Proposition. Soit tA la transposée de la matrice A. On a : det(tA) =


det(A).

Preuve : En posant τ = σ −1 dans la somme et j = σ(i) dans le produit,


on a :
n n
déf
X Y X Y
t −1
det( A) = (σ) aσ(i),i = (τ ) aj,τ (j) .
σ∈Sn i=1 τ ∈Sn j=1

Comme (τ −1) = (τ ), c'est égal à det(A). 

3.3.2 Lemme. Le déterminant est multilinéaire alterné en les lignes (ou


colonnes) de A.
Preuve : Compte tenu de 3.3.1, il sut de considérer le cas des colonnes.
La multilinéarité est évidente. Montrons que det(A) = 0 si A possède
deux colonnes égales, disons celles d'indices u et v. Soit τ la transpo-
sition (uv). On a une partition Sn = An ∪ τ An d'où :
X X
det(A) = (σ)a1,σ(1) . . . an,σ(n) + (στ )a1,στ (1) . . . an,στ (n) .
σ∈An σ∈An

Or au,στ (u) av,στ (v) = au,σ(u) av,σ(v) par égalité des colonnes u et v , et
ai,στ (i)i = ai,σ(i) pour i 6∈ {u, v}, Ainsi :
X X
det(A) = (σ)a1,σ(1) . . . an,σ(n) − (σ)a1,σ(1) . . . an,σ(n) = 0,
σ∈An σ∈An

comme souhaité. 

34
3.3.3 Théorème. Soient et B deux matrices carrées de taille
A n à
coecients dans un anneau commutatif R. On a :
det(AB) = det(A) det(B).
Preuve : Notons Fn l'ensemble des fonctions de {1, . . . , n} dans lui-
même. La matrice B étant xée, si τ ∈ Fn, notons M = Bτ la ma-
trice dont le terme d'indice (i, j) est mi,j = bτ (i),j . Si τ n'est pas
injectif, cette matrice possède deux lignes égales, donc son détermi-
nant s'annule d'après le lemme. Nous utiliserons cette remarque simple
dans
P le calcul ci-dessous. Le terme d'indice (i, j) de la matrice AB est
k ai,k bk,j . On a :
X n X
Y n
det(AB) = (σ) ai,k bk,σ(i)
σ∈Sn i=1 k=1
par dénition du déterminant,
X n
X Y
= (σ) ai,τ (i) bτ (i),σ(i)
σ∈Sn τ ∈Fn i=1
en développant le produit de sommes,
X X n
Y
= (σ) ai,τ (i) bτ (i),σ(i)
τ ∈Fn σ∈Sn i=1
en permutant P
et P,
σ τ
X n
Y X n
Y
= ai,τ (i) (σ) bτ (i),σ(i)
τ ∈Fn i=1 σ∈Sn i=1
car Q
ai,τ (i) ne dépend pas de σ,
i
n
X Y X n
Y
= ai,τ (i) (σ) bτ (i),σ(i)
τ ∈Sn i=1 σ∈Sn i=1
car det(Bτ ) = 0 si τ n'est pas injectif,
X n
Y X n
Y
= (τ ) ai,τ (i) (ρ) bj,ρ(j)
τ ∈Sn i=1 ρ∈Sn j=1
en posant ρ = στ −1 et j = τ (i),
= det(A) det(B),

35
comme souhaité. 

3.3.4 Dénition. Soit A une matrice carrée de taille n à coecients dans un


anneau commutatif R. Fixons un couple (i, j) d'entiers entre 1 et n, et notons
Mi,j la matrice obtenue à partir de A en eaçant la i-ième ligne et la j -ième
colonne.
(1) le mineur d'indice (i, j) de A est le déterminant µi,j = det(Mi,j ),
(2) le cofacteur d'indice (i, j) de A est la quantité (−1)i+j µi,j ,
(3) la comatrice est la matrice Com(A) dont les coecients sont les cofacteurs
de A.
3.3.5 Une convention sur la signature. Pour calculer avec des sous-matrices
MI,J = (mi,j )i∈I,j∈J de A dénies par des parties I, J ⊂ {1, . . . , n}, il peut
être nécessaire d'en écrire explicitement le numérotage des lignes et colonnes.
Cependant, cela peut devenir très pénible et peut parfois être évité, en étant as-
tucieux avec les notations. Par exemple, lorsque I et J sont de même cardinal r et
qu'on veut manipuler le déterminant de MI,J , qui est un mineur de taille r , il est
utile d'étendre ainsi la notion de signature aux bijections entre ensembles nis or-
donnés : si I et J sont des ensembles nis de même cardinal r , les munir d'un ordre
revient à les munir de bijections α : {1, . . . , r} → I et β : {1, . . . , r} → J ,
et on dénit la signature d'une bijection σ : I → J comme étant celle de la
permutation β −1 σα. (Dans la suite, nous noterons σ : I ' J une telle bijec-
tion.) Il est immédiat de constater que la signature ainsi dénie est multiplicative
lorsqu'on compose des bijections entre ensembles nis ordonnés. Revenons à une
sous-matrice MI,J . Ici, les parties I et J sont munies de l'ordre induit par celui de
{1, . . . , n}. Avec ces conventions, le mineur µI,J correspondant à MI,J possède
une expression simple :
X Y
µI,J = (σ) ai,σ(i) .
σ:I'J i∈I

Prenons l'exemple de la matrice Mi,j . Observons que pour être en cohérence


avec la notation générale MI,J , il vaut mieux la noter Mi? ,j ? = (mi,j )i∈i? ,j∈j ?
où l'on a posé
i? := {1, . . . , n} r {i} ;
cependant, lorsqu'on ne manipule que des mineurs de taille (n−1, n−1) comme
ici, c'est la notation Mi,j qui prévaut. La renumérotation explicite des lignes et
36
colonnes de Mi,j se fait avec la permutation βi = (i, i + 1, . . . , n) et pour
1 6 u, v 6 n − 1, le coecient d'indice (u, v) s'écrit alors mu,v = aβi (u),βj (v) .
La manipulation de cette permutation est pesante. Nos conventions précédentes
nous mènent plutôt à l'expression du mineur :
X Y
µi,j = det(Mi,j ) = (σ) as,σ(s) .
σ:i? →j ? s∈i?

Les conventions d'écriture que nous venons d'indiquer seront utiles ci-dessous, et
encore plus dans le calcul de la remarque 5.1.7.
Le lemme suivant, qui utilise les mêmes notations, nous sera utile.
3.3.6 Lemme. Soient i, j ∈ {1, . . . , n} et σ une bijection de {1, . . . , n}
telle que
σ(j) = i. Soit τ : j ? → i? la restriction de σ. Alors (τ ) =
(−1) (σ).
i+j

Preuve : Partons de l'expression (σ) = Qu<v σ(v)−σ(u) . En séparant le


cas où u = j , le cas où v = j , et le cas où u, v 6= j on trouve :
v−u

Y σ(v) − i Y i − σ(u) Y σ(v) − i


(σ) = × × (τ ) = × (τ ).
j<v
v−j u<j
j−u v6=j
v−j

Le produit indicé par v 6= j vaut ±1, et pour le calculer il nous sut de


compter les signes négatifs. Le numérateur est négatif lorsque σ(v) ∈
{1, . . . , i − 1} c'est-à-dire i − 1 fois, et le dénominateur est négatif
lorsque v ∈ {1, . . . , j − 1} c'est-à-dire j − 1 fois. Finalement (τ ) =
(−1)i−1+j−1 (σ) = (−1)i+j (σ). 

3.3.7 Proposition (Développement lignes-colonnes). Notations de 3.3.4.


On a :
(1) Développement par rapport à la i-ième ligne :
n
X
det(A) = ai,j (−1)i+j µi,j .
j=1

(2) Développement par rapport à la j -ième colonne :


n
X
det(A) = ai,j (−1)i+j µi,j .
i=1

37
Preuve : (1) Découpons la somme qui exprime det(A) en n sommes,
une pour chaque j ∈ {1, . . . , n}, indicées par les permutations σ telles
que σ(j) = i :
n
X X n
Y
det(A) = (σ) aσ(s),s .
j=1 σ∈Sn s=1
σ(j)=i

En isolant le facteur aσ(j),j = ai,j et en posant τ = σ|j , on trouve, vu ?

le lemme 3.3.6 :
n
X X Y n
X
i+j
det(A) = ai,j (−1) (τ ) aτ (v),v = ai,j (−1)i+j µi,j .
j=1 τ :j ? →i? v∈j ? j=1

(2) Découle de (1), compte tenu de la proposition 3.3.1. 

3.3.8 Théorème (Formule de la comatrice). Soit A une matrice carrée


à coecients dans un anneau commutatif R. Alors on a les égalités :
A t Com(A) = t Com(A)A = det(A) Id.
Preuve : Notons µi,jPles mineurs de A et ci,j les coecients de A tCom(A),
c'est-à-dire ci,j = k ai,k (−1)k+j µj,k . La formule de développement
par rapport à la i-ième ligne donne ci,i = det(A). Supposons ensuite
que i 6= j . Soit A0 la matrice obtenue en remplaçant la j -ième ligne
de A par la i-ième et aectons d'un  0  les quantités correspon-
dant à A0. Pour tout k, on a a0j,k = ai,k et µ0j,k = µj,k . La formule
de
P développement parPrapport à la j -ième ligne donne det(A0) =
0
k aj,k (−1) µj,k = k ai,k (−1)k+j µj,k = ci,j . Mais comme A0 pos-
k+j 0

sède deux lignes égales, nalement ci,j = det(A0) = 0. Ces remar-


ques assemblées montrent que A tCom(A) = det(A) Id. Les formules
de développement par rapport aux colonnes montrent de même que
t
Com(A)A = det(A) Id. 

3.3.9 Remarque. Dans tous ces énoncés, il est crucial que l'anneau de coe-
cients R soit commutatif. En revanche, on n'a pas utilisé l'existence du neutre
multiplicatif 1. De fait, les résultats 3.3.2 à 3.3.7 sont valables dans un anneau
commutatif non unitaire, de même que 3.3.8 quitte à remplacer det(A) Id par
la matrice diagonale de coecients diagonaux égaux à det(A).
38
3.3.10 Corollaire. La matrice A est inversible si et seulement si det(A)
est inversible.
Preuve : Si A est inversible, on a det(A) det(A−1) = det(AA−1) = 1
donc det(A) est inversible. Réciproquement, si det(A) est inversible
la formule de la comatrice montre que det(A)−1(tCom(A)) est une
inverse pour A. 

3.3.11 Théorème (Cayley-Hamilton). Soit A une matrice carrée à co-


ecients dans un anneau commutatif R, et χ son polynôme caractéris-
tique. Alors χ(A) = 0.
Preuve : Soit S = R[A] la sous-R-algèbre de Mn(R) engendrée par la
matrice A. C'est un anneau commutatif de neutre multiplicatif 1 = Id.
Les polynômes χ(T ) ∈ R[T ] et T Id −A = T − A peuvent tous deux
être vus dans S[T ]. Écrivons la division euclidienne de χ(T ) par (T −A)
dans S[T ] :
(?) χ(T ) = (T − A)Q + R, Q, R ∈ S[T ], deg(R) 6 0.
Or la formule de la comatrice dit que χ(T ) = (T − A)B où B ∈
Mn (R)[T ] est la transposée de la comatrice de T − A. Par unicité de
la division euclidienne à gauche dans Mn(R)[T ] (voir lemme 2.2.2),
on a donc Q = B et R = 0. En particulier, la matrice B est dans le
sous-anneau commutatif S[T ] de Mn(R)[T ]. En appliquant à l'égalité
(?) le morphisme d'évaluation evA : S[T ] → S , P 7→ P (A), on trouve
χ(A) = 0. 

Pour nir, nous allons raner le corollaire 3.3.10 en étudiant les


liens entre injectivité, surjectivité et bijectivité des endomorphismes en
termes du déterminant. En algèbre linéaire classique (sur un corps de
base), les trois propriétés sont équivalentes ; considérons maintenant
un anneau commutatif quelconque R. Concernant l'injectivité, on voit
déjà en dimension 1 qu'elle n'est pas équivalente à la bijectivité : une
matrice de dimension 1 est donnée par un seul coecient x ∈ R,
l'endomorphisme associé f est la multiplication par x de R dans lui-
même, et f est injectif si et seulement si x est non diviseur de 0. Il se
trouve que la réponse en général est semblable à cet exemple :
39
3.3.12 Proposition. Soit A une matrice carrée de taille nà coecients
dans un anneau R. Soit f : Rn → Rn l'endomorphisme R-linéaire
associé, et det(f ) = det(A). Alors :
(1) f est surjectif ssi f est bijectif ssi det(f ) est inversible,
(2) f est injectif ssi det(f ) est non diviseur de 0.
Preuve : Soient e1, . . . , en les vecteurs de la base canonique de Rn.
(1) Compte tenu de 3.3.10, il sut de montrer que surjectif implique
bijectif. Si f est surjectif, pour tout i il existe un vecteur i ∈ Rn tel
que f (i) = ei. Soit le morphisme g : Rn → Rn déni par g(ei) = i.
On a f ◦ g = Id car ceci est vrai pour tous les ei, qui forment une partie
génératrice. On en déduit que det(f ) det(g) = 1 et donc det(f ) est
inversible. Alors, la formule de la comatrice montre que f est bijectif.
(2) Posons d = det(f ). Si d est non diviseur de zéro, soit v ∈ Rn un
vecteur tel que f (v) = 0. Si V est le vecteur colonne correspondant
à v, on a AV = 0 et en appliquant la transposée de la comatrice, on
trouve dV = 0. En regardant coordonnée par coordonnée, le fait que
d est non diviseur de 0 implique que V = 0, donc f est injectif.
Réciproquement, si d est diviseur de zéro, montrons que f n'est
pas injectif. Soit r ∈ R non nul tel que rd = 0. Rappelons qu'on
appelle mineur de A le déterminant d'une matrice extraite de A ; ceci
étend la dénition 3.3.4(1). Si pour tout mineur µ de A on a rµ = 0,
alors en particulier ceci est vrai pour les mineurs de taille 1, i.e. les
coecients de la matrice A. On a donc f (re1) = 0, or re1 6= 0, donc
f n'est pas injectif. Sinon, il existe une matrice extraite B de A telle
que r det(B) 6= 0. Choisissons une telle matrice de taille m maximale ;
on a m < n puisque rd = 0. Quitte à réordonner les vecteurs de
base à la source et au but, c'est-à-dire à multiplier A à gauche et à
droite par des matrices de permutation (inversibles), on peut supposer
que B est la matrice de taille m située en haut à gauche. Pour chaque
i ∈ {1, . . . , n}, bordons B avec la i-ème ligne et la m + 1-ième colonne
de A pour former la matrice 
de taille m + 1 suivante

:
a1,1 . . . a1,m a1,m+1
 . .. ..
 .

Ci =   .

 am,1 . . . am,m am,m+1 
ai,1 . . . ai,m ai,m+1

40
Pour i 6 m la matrice Ci a deux lignes égales donc son déterminant
est nul. Pour i > m + 1 c'est une matrice extraite de A de taille m + 1,
donc son déterminant est annulé par r compte tenu de l'hypothèse sur
m. Dans tous les cas, on a r det(C i ) = 0. Développant par rapport
à la dernière ligne, on trouve r j=1 (−1)j ai,j µj = 0 où µj est le
Pm+1

mineur du coecient de position (m + 1, j). Pour i variant, ces égalités


disent exactement que f (rv) = 0 où v est le vecteur de coordonnées
(−µ1 , . . . , (−1)m+1 µm+1 , 0, . . . , 0). Comme rµm+1 = r det(B) 6= 0, on
a rv 6= 0, donc f n'est pas injectif. 

4 Anneaux factoriels et principaux


Dans cette section, comme depuis 3.2.5, tous les anneaux consid-
érés sont commutatifs. Nous commencerons par étudier brièvement les
anneaux noethériens, qui forment une classe d'anneaux jouissant de
propriétés de nitude remarquables, puis les anneaux factoriels et prin-
cipaux, qui eux possèdent des propriétés arithmétiques intéressantes.
4.1 Anneaux noethériens
4.1.1 Dénition. Soit A un anneau. On dit que A est noethérien si toute suite
croissante d'idéaux de A est stationnaire.
4.1.2 Exemples. Un corps est noethérien ; un anneau principal est noethérien.
Par exemple Z et l'anneau k[X] de polynômes à coecients dans un corps k
sont noethériens (ce n'est pas évident, et nous ne l'avons pas encore prouvé à
ce stade du cours). L'anneau k[X1 , . . . , Xn , . . . ] de polynômes en une innité
dénombrable de variables n'est pas noethérien, car l'idéal (X1 , . . . , Xn , . . . )
n'est pas de type ni. L'anneau H (C) des fonctions holomorphes sur C n'est pas
noethérien, voir la remarque 4.2.14.
On dit qu'un idéal est de type ni s'il peut être engendré par un nom-
bre ni d'éléments, c'est-à-dire s'il est de type ni comme A-module
(voir 3.2.1).
4.1.3 Lemme. Soit A un anneau. Les conditions suivantes sont équiv-
alentes :
41
(1) A est noethérien ;
(2) tout idéal de A est de type ni.
Preuve : Supposons qu'il existe un idéal I ⊂ A qui n'est pas de type
ni. Nous allons construire une suite d'idéaux non stationnaire, dont
le n-ième terme In est engendré par n éléments x1, . . . , xn de I . On
choisit x1 ∈ I et on pose I1 = (x1). Supposons In construit ; comme
I n'est pas de type ni, il existe xn+1 ∈ I r In . On pose In+1 =
(x1 , . . . , xn , xn+1 ).
Réciproquement, si tout idéal est de type ni, considérons une suite
croissante d'idéaux I1 ⊂ I2 ⊂ . . . ... La réunion I = ∪n>1In est un idéal,
de type ni par hypothèse, donc engendré par des éléments x1, . . . , xr .
Ces éléments appartiennent tous à un certain Im, pour m assez grand.
On en déduit que I = Im = Im+1 = . . . et la suite stationne à Im. 

4.1.4 Lemme. Tout quotient d'un anneau noethérien est noethérien.


Preuve : On doit montrer que pour tout morphisme surjectif A → B
avec A noethérien, l'anneau B est noethérien. Si J est un idéal de B ,
sa préimage dans A est un idéal qui est de type ni par hypothèse,
donc engendré par un nombre ni d'éléments x1, . . . , xr . Les images
des xi engendrent J , donc celui-ci est de type ni et B est noethérien.


4.1.5 Théorème de la base de Hilbert. Soit A un anneau noethérien.


Alors, l'anneau de polynômes A[X] est noethérien.
Ce résultat a été établi par Hilbert en 1888.
Preuve : S'il existe un idéal I ⊂ A[X] qui n'est pas de type ni, on
construit une suite (fk )k>1 d'éléments de I de la manière suivante. On
choisit dans I un polynôme f1 de degré minimal puis, une fois construits
f1 , . . . , fk , on choisit dans I r (f1 , . . . , fk ), qui n'est pas vide d'après
l'hypothèse sur I , un polynôme fk+1 de degré minimal. Soit ak X d le k

monôme dominant de fk . Comme A est noethérien, l'idéal engendré


par tous les ak peut être engendré par un nombre ni d'entre eux,
42
disons a1, . . . , am. On a donc am+1 = u1a1 + · · · + umam pour certains
uk ∈ A. Considérons le polynôme

g = (u1 f1 X dm+1 −d1 + · · · + um fm X dm+1 −dm ) − fm+1 .

Par construction deg(g) < deg(fm+1) et g ∈ I r (f1, . . . , fm). Ceci est


une contradiction avec le choix de fm+1. 

On dit qu'une A-algèbre A → B est de type ni si elle peut être en-
gendrée par un nombre ni d'éléments x1, . . . , xr i.e. si la sous-algèbre
engendrée par les xi est égale à B . C'est encore équivalent à dire que
B est quotient de l'anneau de polynômes A[X1 , . . . , Xr ].

4.1.6 Corollaire. Soient A un anneau noethérien. Alors toute A-algèbre


de type ni est un anneau noethérien.
Preuve : D'après le théorème de la base de Hilbert et par récurrence sur
r, l'anneau de polynômes A[X1, . . . , Xr ] est noethérien. Une A-algèbre
de type ni A → B est un quotient d'un anneau A[X1, . . . , Xr ], donc
est noethérien d'après 4.1.4. 

4.1.7 Remarque. Nous avons vu que la classe des anneaux noethériens pos-
sède de bonnes propriétés de stabilité par quotient et par passage à un an-
neau de polynômes en un nombre ni de variables, mais elle n'est pas stable
par passage à un sous-anneau. Par exemple, nous verrons que l'anneau Z[X]
est noethérien, mais son sous-anneau A = Z[2X, ZX 2 , 2X 3 , . . . ] engendré
par les éléments 2X n pour n > 1 ne l'est pas : il est facile de voir que la
suite d'idéaux In = (2X 2 , 2X 3 , . . . , 2X n ) est croissante non stationnaire.
Un autre exemple est fourni par l'anneau de polynômes en une innité de vari-
ables k[X1 , . . . , Xn , . . . ], qui est sous-anneau de son corps de fractions qui est
noethérien.

4.2 Divisibilité, anneaux factoriels


Pour tout anneau A, nous notons A× le groupe multiplicatif de ses
éléments inversibles.
4.2.1 Dénitions. Soient A un anneau et a, b des éléments de A.
43
(1) On dit que a divise b, et on écrit a | b, s'il existe c ∈ A tel que b = ac. On
dit aussi que a est un diviseur de b, ou que b est un multiple de a.
(2) On dit que a et b sont associés, et on écrit a ∼ b, si a | b et b | a.

Si A est intègre, il est équivalent de dire que a ∼ b ou qu'il existe u ∈


A tel que a = ub ; mais ce n'est pas vrai en général. L'ensemble des
×

éléments associés à 1 est A×. La relation de divisibilité est une relation


réexive et transitive (on parle de préordre) mais pas antisymétrique en
général, qui est compatible à la multiplication. La relation d'association
∼ est une relation d'équivalence, et la divisibilité induit une relation
antisymétrique sur l'ensemble quotient A/ ∼ ; c'est donc une relation
d'ordre sur A/ ∼, également compatible à la multiplication (induite).
Notant (a) l'idéal engendré par a, il est clair que a | b si et seulement
si (b) ⊂ (a), et que a ∼ b si et seulement si (a) = (b). Ainsi A/ ∼
s'identie avec l'ensemble des idéaux principaux de A, ordonné par
inclusion.
4.2.2 Remarque. Contrairement à ce que la notation habituelle 6 laisse enten-
dre, la notion de relation d'ordre n'est pas orientée i.e. ne donne pas de statut
diérent aux éléments  grands  et aux éléments  petits . Ainsi, à toute rela-
tion d'ordre 6 correspond une relation 60 dénie par  x 60 y si et seulement
si y 6 x , et les éléments grands pour 6 sont ceux qui sont petits pour 60 . Si
l'on utilise une notation neutre pour une relation d'ordre (comme x ∗ y au lieu
de x 6 y ) ce fait est d'ailleurs évident. En conséquence, lorsque dans un ensem-
ble ordonné on dénit les notions de majorant, minorant, maximum, minimum,
borne supérieure, borne inférieure, il convient de préciser si les majorants sont les
éléments qui se situent à gauche, ou à droite, du signe de relation. Concernant la
divisibilité, pour respecter la terminologie de pgcd introduite ci-dessous, on doit
convenir que lorsque a | b, c'est a qui est petit et b qui est grand. Cette conven-
tion est un peu étonnante en termes d'idéaux, puisqu'elle veut dire que lorsque
(b) ⊂ (a), c'est (b) le plus grand.

4.2.3 Dénition. Soit (ai)i∈I une famille d'éléments non nuls de A.


(1) On dit que les ai ont un pgcd si l'ensemble de leurs diviseurs communs possède
un plus grand élément dans A/ ∼. Lorsqu'il existe, le pgcd est bien déni à
association près et on le note pgcd((ai )i∈I ).
44
(2) On dit que les ai ont un ppcm si l'ensemble de leurs multiples communs
possède un plus petit élément. Lorsqu'il existe, le ppcm est bien déni à association
près et on le note ppcm((ai )i∈I ).
Lorsqu'on raisonne dans A, il est commode d'appeler pgcd des ai n'importe lequel
des représentants (mod ∼) du pgcd ; le même abus de langage est valable avec les
ppcm.

(3) On dit que les ai sont premiers entre eux si leur pgcd existe et est égal à 1.

4.2.4 Dénitions. Soient A un anneau et p, a, b des éléments de A.


(1) On dit que p est irréductible s'il est non nul, non inversible et si pour tous
a, b, on a : p = ab entraîne que a ou b est inversible.
(2) On dit que p est premier s'il ne divise pas 0 et si l'idéal (p) est premier.

Ces dénitions sont en général données pour un anneau A intègre ;


dans ce cas, bien sûr, p est premier s'il est non nul et si l'idéal (p) est
premier.
Il est commode d'appeler factorisation non triviale de p une écriture
p = ab telle que ni a ni b n'est inversible. Ainsi, un élément irréductible
est un élément non nul, non inversible qui n'a pas de factorisation non
triviale. Si p est premier, il est irréductible mais la réciproque n'est pas
vraie en général, voir 4.2.10 et 4.2.13.
4.2.5 Exercice. Montrez que si a, p ∈ A avec p irréductible, alors pgcd(a, p)
existe et vaut p ou 1, selon que p divise a ou non. En particulier, si p et q sont
des irréductibles distincts, alors pgcd(p, q) = 1.

4.2.6 Dénition. Soit A un anneau. On dit que A est factoriel s'il vérie les
trois conditions suivantes :

(I) Intégrité : A est intègre,


(E) Existence : tout a ∈ A non nul possède une écriture a = upα1 1 . . . pαr r avec
u ∈ A× , p1 , . . . , pr irréductibles distincts et αi > 1 pour tout i,
(U) Unicité : une écriture comme dans (E) est unique, à l'ordre près et à associ-
ation près des facteurs.

45
4.2.7 Exemples. Un corps est factoriel. Dans la sous-section 4.3, nous mon-
trerons à l'aide de la division euclidienne que les anneaux Z et k[X] (pour un
corps k) sont principaux donc factoriels (voir 4.3.8 et 4.3.3). Cela n'est pas si
facile !

La propriété d'unicité (U) est essentielle. Il n'est pas inutile de l'écrire


en toutes lettres : elleβsignie que si a possède deux décompositions
a = upα 1 . . . pr = vq1 . . . qr comme indiqué dans (E), alors r = s
1 α
r 1 β s

et il existe une permutation σ ∈ Sr telle que pi ∼ qσ(i) et αi = βσ(i),


pour tout i ∈ {1, . . . , r}.
Soit Σ un ensemble de représentants des éléments irréductibles pour
la relation d'association, i.e. un ensemble qui contient un élément de
chaque classe. Si A est factoriel, tout élément non nul a ∈ A possède
une unique décomposition
Y
a=u pαp
p∈Σ

avec u ∈ A× et αp = 0 sauf pour un nombre ni de p. L'entier αp est


appelé la multiplicité de p dans a.
4.2.8 Remarque. Dans les anneaux Z et k[X], il existe un choix privilégié de
famille de représentants des irréductibles. Dans Z, cela résulte de l'existence du
signe qui permet de sélectionner les irréductibles positifs ; dans k[X] cela résulte
de l'existence du coecient dominant qui permet de sélectionner les irréductibles
unitaires. En général, il n'y a pas de choix privilégié.

Nous ferons une étude précise de la condition (U) ci-dessous, mais


notons d'abord que la condition (E) d'existence de décompositions en
irréductibles est, elle, relativement commune. Par exemple, on peut
voir que tous les anneaux noethériens la vérient.
4.2.9 Proposition. Tout anneau noethérien vérie la condition (E).
Preuve : Pour a ∈ A non nul, notons µ(a) le supremum de l'ensemble
des entiers n tels que a s'écrit comme produit de n éléments non in-
versibles de A (en particulier n = 0 si a ∈ A×). C'est un entier ou le
symbole ∞. La fonction µ est une mesure de la  grandeur arithmé-
tique  des éléments de A r {0}. Elle vérie µ(aa0) > µ(a) + µ(a0)
46
pour tous a, a0 ∈ A ; µ(a) = 0 ssi a ∈ A× ; µ(a) = 1 ssi a est
irréductible. Supposons qu'il existe a ∈ A tel que µ(a) = ∞, et con-
struisons par récurrence des écritures comme produit d'éléments non
inversibles a = b1 . . . bnan avec µ(an) = ∞. On pose a0 = a. Par
récurrence, si a = b1 . . . bnan avec µ(an) = ∞, il existe une factori-
sation non triviale an = bn+1an+1 et l'un des deux facteurs doit être
de mesure innie ; quitte à les renommer, on peut supposer que c'est
an+1 . Posons :
In = (a : b1 . . . bn ) := {x ∈ A, xb1 . . . bn ∈ (a)}.
Une vérication immédiate montre que la suite In est croissante, mais
elle n'est pas stationnaire car an+1 ∈ In+1 r In. Par contraposée, si
A est noethérien on a µ(a) < ∞ pour tout a. Soit a = b1 . . . bn une
écriture en produit d'éléments non inversibles avec n = µ(a) maximal ;
alors les bi sont nécessairement de mesure 1, c'est-à-dire irréductibles.



4.2.10 √Exemple. (1) Voir [P], contre-exemple dans II, Ÿ 3, c). L'anneau Z[i 5] =
{a + i 5, a, b ∈ Z} est intègre, comme sous-anneau de C. Il est isomorphe à
Z[T ]/(T 2 + 5) donc noethérien d'après le théorème de la base de Hilbert 4.1.5.
Il vérie
√ donc (I)√et (E). Néanmoins il ne vérie pas (U) car 9 = 3 × 3 =
(2 + i 5)(2 − i 5) où l'on vérie que les quatre facteurs qui apparaissent sont
irréductibles. On voit aussi dans cet exemple que l'élément 3 est irréductible, mais
non premier : en eet

Z[i 5]/(3) ' Z[T ]/(T 2 +5, 3) ' F3 [T ]/(T 2 +2) ' F3 [T ]/((T −1)(T −2))
est un anneau dans lequel la classe de T − 1 est un diviseur de 0.
(2) On peut montrer que pour tout corps k, l'anneau quotient k[X, Y, Z, T ]/(XY −
ZT ) vérie lui aussi (I) et (E) mais pas (U). Ici, la classe de X dans A est un
élément irréductible non premier.
Nous étudions maintenant le lien entre la factorialité et l'existence
des pgcd.
4.2.11 Lemme. Soient A un anneau factoriel. Alors toute famille nie
d'éléments non nuls de A possède un pgcd et un ppcm. Plus précisé-
ment, soit Σ un ensemble de représentants des éléments irréductibles.
47
Soient a1, . . . , ar des éléments non nuls de A et αp (i) la multiplicité
de p dans ai. Alors, on a :
et
Y Y
pgcd(a1 , . . . , ar ) = pmini αp (i) ppcm(a1 , . . . , ar ) = pmaxi αp (i) .

Preuve :Le produit de deuxQ éléments non nuls a = u QQpα et b = p

pβ est égal à c = uv pα +β . On en déduit que pα divise


Q
v p p p p

pβ si et seulement si αp 6 βp pour tout p. Le résultat en découle.


Q p

4.2.12 Lemme. Soit A un anneau intègre et a, b, x non nuls dans A. Si


xa et xb possèdent un pgcd, alors a et b possèdent un pgcd et on a la
formule pgcd(xa, xb) = x pgcd(a, b).
Preuve : Notons d1 = pgcd(xa, xb). Comme x est un diviseur commun
de xa et xb, il divise le pgcd, donc il existe d tel que d1 = xd. Comme
xd divise xa et xb, on voit que d divise a et b i.e. est un de leurs
diviseurs communs. Soit e un diviseur commun de a et b. Alors xe est
un diviseur commun de xa et xb, donc il divise leur pgcd d1 = xd. On
en déduit que e divise d, donc d est le pgcd de a et b. 

4.2.13 Théorème. Soit A un anneau vériant les conditions (I) et (E),


par exemple un anneau intègre noethérien. Dans ce qui suit, les let-
tres a, b, c, p, désignent des éléments quelconques de A. Les conditions
suivantes sont équivalentes :
(1) A est factoriel ;
(2) Lemme d'Euclide : si p est irréductible et p | ab, alors p | a ou
p | b;
(3) si p est irréductible, alors (p) est premier ;
(4) Lemme de Gauss : si a | bc et a est premier avec b, alors a | c ;
(5) deux éléments non nuls quelconques de A ont un pgcd.

Preuve : (2) ⇔ (3) est évident : il s'agit essentiellement d'une refor-


mulation. Nous allons montrer que (1) ⇒ (5) ⇒ (4) ⇒ (2) ⇒ (1).
Choisissons une famille Σ de représentants des éléments irréductibles
48
pour la relation d'assocation, i.e. un ensemble qui contient un élément
de chaque classe. Comme A vérie la propriété
Q α (E), tout a ∈ A pos-
sède au moins une décomposition a = u p où p décrit Σ, u ∈ A× p

et les αp sont nuls sauf un nombre ni d'entre eux.


(1) ⇒ (5) est un cas particulier du lemme 4.2.11.
(5) ⇒ (4). Soient a, b, c tels que pgcd(a, b) = 1 et a | bc, c'est-à-
dire qu'il existe u ∈ A tel que bc = au. Utilisant le lemme 4.2.12, on
trouve :
c = c pgcd(a, b) = pgcd(ac, bc) = pgcd(ac, au) = a pgcd(c, u),
donc a divise c.
(4) ⇒ (2) est immédiat en appliquant l'hypothèse avec (a, b, c) =
(p, a, b).
(2) ⇒ (1). Appelons longueur d'une décomposition a = u Q pα la p

somme des αp, et notons ν(a) le minimum des longueurs des décom-
positions de a. Montrons par récurrence sur ν(a) que chaque a ne
possède qu'une décomposition en irréductibles. Si ν(a) = 0, alors a
est inversibleQet le résultat est clair. Si ν(a) > 1, choisissons une écri-
ture a =P u pα qui réalise
p
Q βle minimum des longueurs i.e. telle que
ν(a) = αp . Soit a = v p une autre décomposition
p
Q β de a. Comme
ν(a) > 1, il existe q tel que αq > 1. Alors q divise v p , donc d'après p

le lemme d'Euclide il divise l'un des facteurs. Comme les irréductibles


distincts sont premiers entre eux (voir exercice 4.2.5), ceci signie que
βq > 1. Ainsi a = qa0 avec
Y Y
0 αq −1 αp βq −1
a = uq p = vq pβp .
p6=q p6=q

Comme ν(a0) < ν(a), on conclut grâce à l'hypothèse de récurrence. 

Notons que la fonction ν : A → N utilisée dans la preuve de (2)


⇒ (1) est distincte de la fonction µ de la preuve de 4.2.9 ; en parti-
culier sa dénition comme minimum fait que ν(aa0) 6 ν(a) + ν(a0),
contrairement à µ. Lorsque A est noethérien, la fonction µ fait aussi
bien l'aaire que ν pour notre besoin, mais en général on ne sait pas si
µ(a) < ∞ pour tout a, or on a besoin d'une fonction à valeurs nies
pour faire la récurrence.
49
4.2.14 Remarque. Il existe des anneaux intègres dans lesquels tout couple (et
même, toute famille) d'éléments non nuls possède un pgcd mais qui ne sont pas
factoriels. Bien sûr, ces anneaux ne sont pas noethériens, à cause du résultat qui
précède. Un exemple est l'anneau H (C) des fonctions holomorphes sur C ; une
discussion très intéressante de ses propriétés est donnée dans [B].

Nous allons maintenant établir le théorème de Gauss 4.2.17 sur la


factorialité des anneaux de polynômes ; nous aurons besoin de la notion
capitale suivante.
4.2.15 Dénition. Soit A un anneau factoriel et P ∈ A[X]. On appelle con-
tenu de P , noté c(P ), le pgcd de ses coecients. On dit que P est primitif si
c(P ) = 1.

4.2.16 Lemme. Soient Afactoriel et P, Q ∈ A. On a : c(P Q) =


c(P ) c(Q). En particulier, le produit de deux polynômes primitifs est
primitif.
Preuve : Il est clair que pour a ∈ A, on a c(aP ) = a c(P ). Notant
P = aP et Q = bQ0 avec P 0 , Q0 primitifs, on est ramené à démontrer
0

que c(P 0Q0) = c(P 0) c(Q0) i.e. on est ramené au cas où P et Q sont
primitifs. Mais dire que P est primitif signie que pour tout irréductible
p ∈ A, l'un au moins de ses coecients n'est pas divisible par p, c'est-
à-dire que la classe P dans l'anneau quotient (A/p)[X] ' A[X]/(p)
est non nulle. De même, la classe Q dans (A/p)[X] est non nulle.
Comme A/p est intègre, alors (A/p)[X] l'est aussi et P Q est non
nulle. Comme c'est vrai pour tout p, alors P Q est primitif. 

Le lemme implique que tout polynôme non nul de A[X] est produit
d'une constante non nulle qui est (à association près) son contenu, par
un polynôme primitif, notons : P = c(P )P 0. De plus, cette décompo-
sition en produit  constant × primitif  est multiplicative au sens où
c(P Q) = c(P ) c(Q) et (P Q)0 = P 0 Q0 , aux constantes inversibles près
bien sûr.
4.2.17 Théorème (Gauss). Soit A un anneau factoriel. Alors, l'anneau
de polynômes en une variable A[X] est factoriel. De plus, la famille
IA[X] des irréductibles de A[X] est réunion de la famille IA des polynômes

50
constants irréductibles dans A et de la famille I 0 des polynômes prim-
itifs qui sont irréductibles dans K[X], où K est le corps de fractions
de A.
Preuve : Il est facile de voir que les éléments de IA sont irréductibles
dans A[X]. Vérions qu'un élément P ∈ I 0 l'est aussi. Si P = QR dans
A[X], comme P est irréductible dans K[X], l'un des deux polynômes
Q, R est constant. Par ailleurs, comme 1 = c(P ) = c(Q) c(R), on
voit que ce polynôme constant est inversible dans A. Donc P est ir-
réductible. On obtient ainsi l'inclusion IA ∪ I 0 ⊂ IA[X]. Nous allons
montrer que A[X] vérie les trois conditions (I)-(E)-(U) de 4.2.6, et la
preuve montrera au passage que l'inclusion précédente est une égalité.
(I) L'anneau A[X] est intègre, car si P 6= 0 et Q 6= 0, leurs coecients
dominants sont non nuls, donc le coecient dominant de P Q est non
nul, et P Q 6= 0.
(E) Si P ∈ A[X], on peut écrire P = aP 0 avec a ∈ A et P 0 primitif. On
peut décomposer a en produit d'éléments de IA. Pour terminer, il nous
sut de décomposer P 0, c'est-à-dire de montrer que : tout polynôme
primitif P ∈ A[X] est produit d'éléments de I 0. Observons d'abord
que tout polynôme de K[X] peut s'écrire sous la forme rs Q avec r, s
dans A (premiers entre eux si on veut) et Q ∈ A[X] primitif (il sut de
mettre en facteur le ppcm des coecients du polynôme). Nous avons
besoin d'utiliser ici le fait que l'anneau K[X] est factoriel, ce qui sera
établi dans la sous-section suivante, voir 4.3.8 et 4.3.3. On peut donc
écrire une factorisation :
r Y ri
P = ( Qi )αi
s si
en produit d'irréductibles dans K[X]. On en déduit
Y Y Y
(s sα
i )P
i
=r riαi Qα
i
i

puis en prenant le contenu s


Q α
s = r
i
ri . Il en découle que P =
Q α i

Qi comme on voulait le montrer. On a montré au passage que tout


Q α i
i

polynôme de A[X] peut être écrit comme produit d'éléments de IA et


I 0 , donc IA[X] ⊂ IA ∪ I 0 .
(U) Utilisant le fait que la décomposition P = c(P )P 0 est multiplica-
tive, on voit que P | Q si et seulement si c(P ) | c(Q) et P 0 | Q0. En
51
utilisant cela et le fait que A et K[X] sont factoriels, on montre que le
lemme d'Euclide est vrai dans A[X]. L'implication (2) ⇒ (1) de 4.2.13
permet de conclure. 

Par une récurrence immédiate, on voit alors que pour tout n l'an-
neau k[X1, . . . , Xn] est factoriel. Cela entraîne sans beaucoup d'eort
que l'anneau k[X1, . . . , Xn, . . . ] de polynômes en une innité dénom-
brable de variables, qui est non noethérien, est factoriel : l'observation
principale est qu'un polynôme de cet anneau ne fait intervenir qu'un
nombre ni m de variables, et on peut alors le décomposer de manière
unique en produit d'irréductibles dans k[X1, . . . , Xm].
4.3 Anneaux principaux et euclidiens
On rappelle qu'un idéal d'un anneau commutatif est dit principal s'il
peut être engendré par un seul élément.
4.3.1 Dénition. Un anneau A est dit principal s'il est intègre et si tous ses
idéaux sont principaux.

4.3.2 Exemples. (1) Tout corps est un anneau principal.


(2) Les anneaux Z et Z(p) = {a/b ∈ Q, p - b} sont principaux.
(3) Si k est un corps, l'anneau des polynômes en une variable k[X] et l'anneau
des séries formelles en une variable k[[X]] sont principaux.
(4) L'anneau Z[X] n'est pas principal, car l'idéal (2, X) n'est pas principal.
L'anneau k[X, Y ] n'est pas principal, car l'idéal (X, Y ) n'est pas principal.
(5) Si n > 2 est un entier composé, l'anneau Z/nZ n'est pas intègre donc n'est
pas principal, alors que tous ses idéaux sont principaux.

4.3.3 Proposition. Tout anneau principal A est factoriel. Si a et b sont


des éléments non nuls de A, leur pgcd est un générateur de l'idéal
(a, b) et leur ppcm est un générateur de l'idéal (a) ∩ (b).

Preuve : Soient a, b ∈ A et d un générateur de l'idéal (a, b). Pour tout


e ∈ A, on a :
(e | a et e | b) ⇐⇒ (a) ⊂ (e) et (b) ⊂ (e) ⇐⇒ (a, b) ⊂ (e) ⇐⇒ (d) ⊂ (e).

52
Ceci montre que d est un pgcd pour a et b. Soit m un générateur de
l'idéal (a) ∩ (b), qui est l'idéal des multiples communs de a et b ; la
dénition de m revient à dire que c'est un ppcm pour a et b. Pour
conclure, l'anneau A est intègre, noethérien et admet des pgcd, donc
il est factoriel d'après 4.2.13. 

4.3.4 Corollaire (Bézout). Soient A un anneau principal et a, b ∈ A.


Alors a et b sont premiers entre eux si et seulement s'il existe u, v ∈ A
tels que ua + vb = 1. Plus généralement, le pgcd de a et b est égal
à d si et seulement s'il existe u, v ∈ A premiers entre eux tels que
ua + vb = d.

Un couple (u, v) satisfaisant les conditions du corollaire est appelé


couple de Bézout. Notons qu'un énoncé similaire est valable avec un
nombre ni d'éléments a1, . . . , an dans A.
Preuve : D'après 4.3.3, a et b sont premiers entre eux si et seulement
si (a, b) = A. En particulier 1 ∈ (a, b) donc il existe u, v ∈ A tels que
ua + vb = 1. Réciproquement, si d divise a et b alors il divise ua + vb
pour tous u, v. Il s'ensuit que si ua + vb = 1, alors a et b sont premiers
entre eux. Le cas où le pgcd de a et b est un élément d quelconque
n'est pas beaucoup plus dicile et est laissé à la lectrice. 

4.3.5 Dénition. Soit A un anneau intègre. On appelle stathme (euclidien) ou


jauge (euclidienne) sur A une application δ : A → N satisfaisant les deux
conditions :
(1) (croissance) si a | b et b 6= 0, alors δ(a) 6 δ(b) ;
(2) (division euclidienne) pour tout couple (a, b) ∈ A2 avec b 6= 0, il existe un
couple (q, r) ∈ A2 tel que a = bq + r et δ(r) < δ(b).
On appelle anneau euclidien un anneau intègre muni d'un stathme euclidien.

4.3.6 Remarques. (1) L'élément 0 est l'unique élément de stathme minimal. En


eet, si a 6= 0, la condition (2) avec b = a fournit δ(0) < δ(a). Par ailleurs,
quitte à changer δ en δ − δ(0), on peut toujours supposer que δ(0) = 0.
53
(2) S'il existe une application δ : A → N satisfaisant la condition (2), alors il
existe un stathme, déni par δ 0 (0) = δ(0) et δ 0 (a) = min{δ(ax), x 6= 0} si
a 6= 0. La condition de croissance (1) est utile pour les algorithmes.
(3) Cette dénition est l'objet de petites variations dans la littérature, en général
sans conséquence. Par exemple, pour certains le stathme est une fonction δ :
A r {0} → N, et pour d'autres c'est une fonction δ : A → N ∪ {−∞} avec
δ(0) = −∞.
(4) On ne demande pas a priori que le couple (q, r) soit unique. L'unicité,
lorsqu'elle a lieu, peut cependant être utile.

4.3.7 Exemples. (1) Z est euclidien pour δ(a) = |a|.


(2) Si k est un corps, k[X] est euclidien avec δ(P ) = 0 si P = 0 et δ(P ) =
1 + deg(P ) si P 6= 0. (Il peut sembler plus naturel de prendre δ : k[X] →
N ∪ {−∞} égal au degré, cf la remarque (3) précédente.)
(3) Z[i] est euclidien pour δ(a) = |a|2 .

4.3.8 Proposition. Tout anneau euclidien A est principal.


Preuve : Soit I un idéal de A. Si I = (0), il est principal. Sinon, soit
b un élément non nul de I de stathme minimal. Pour tout a ∈ I , on
peut écrire a = bq + r avec δ(r) < δ(b). Alors r = a − bq ∈ I a un
stathme inférieur à celui de b, ce qui n'est possible que si r = 0. Ceci
montre que I = (b). 

4.3.9 Dénition. Soient A un anneau commutatif, I, J des idéaux, a, b ∈ A.


(1) On dit que I et J sont étrangers si I + J = A, c'est-à-dire s'il existe i ∈ I
et j ∈ J tels que i + j = 1.
(2) On dit que a, b ∈ A sont étrangers si (a) et (b) le sont, c'est-à-dire s'il
existe u, v ∈ A tels que ua + vb = 1.

4.3.10 Théorème des restes chinois. Soient un anneau commutatif


A
et I, J des idéaux étrangers. Alors le morphisme canonique A/IJ →
A/I ×A/J est un isomorphisme. En particulier si A est principal et a, b
sont premiers entre eux, le morphisme canonique A/(ab) → A/(a) ×
A/(b) est un isomorphisme.

54
On rappelle (voir 2.3.3) que le produit IJ est l'idéal engendré par
les produits ij avec i ∈ I et j ∈ J , ou encore l'ensemble des sommes
nies de tels produits ij .
Preuve : Notons a mod K la classe de a modulo un idéal K . Le mor-
phisme f : A/IJ → A/I × A/J envoie (a mod IJ ) sur (a mod I, a
mod J ). Comme I et J sont étrangers, il existe i ∈ I et j ∈ J tel
que i + j = 1. Montrons que IJ = I ∩ J . L'inclusion directe est
vraie sans hypothèse sur I et J , et la réciproque vient du fait que si
x ∈ I ∩ J , on a x = xi + xj ∈ IJ . Ceci montre que f est injectif. Par
ailleurs, soient x, y dans A. Utilisant le fait que i ≡ 1 mod J et j ≡ 1
mod I , on voit que (x mod I, y mod J ) ∈ A/I × A/J est l'image
de xj + yi ∈ A/IJ . Ceci montre que f est surjectif, ainsi f est un
isomorphisme.
Dans le cas principal, la proposition 4.3.3 montre que a et b sont
premiers entre eux si et seulement s'ils sont étrangers, donc le résultat
découle de ce qui précède. 

4.3.11 Proposition. Soient A un anneau principal qui n'est pas un corps,


et p ∈ A non nul. Les conditions suivantes sont équivalentes :
(1) p est irréductible,
(2) l'idéal (p) est premier,
(3) l'idéal (p) est maximal.
Preuve : L'implication (3) ⇒ (2) est évidente et l'implication (2) ⇒ (1)
est facile. Il ne reste qu'à montrer que (1) ⇒ (3). Soit (p) ( (a) ⊂ A
une chaîne d'idéaux. De p ∈ (a) il découle qu'il existe b ∈ A tel que
p = ab. Comme (p) 6= (a), on doit avoir a ∼ 1 donc (a) = A. Ceci
montre que (p) est maximal. 

5 Modules sur les anneaux principaux


5.1 Matrices à coecients dans un anneau principal
Pour tout anneau commutatif A, nous notons Mn,p(A) le A-module
des matrices de taille (n, p), qui s'identie au A-module des mor-
55
phismes de Ap dans An. C'est un A-module libre de rang np, dont
la base canonique est formée des matrices Ei,j avec 1 6 i 6 n et
1 6 j 6 p, dont le seul coecient non nul est celui placé en position
(i, j) qui vaut 1 :
j

 
Ei,j = 


.
i → 1 

Si Ei,j ∈ Mn,p(A) et Ek,l ∈ Mp,q (A), on a :


Ei,j Ek,l = δj,k Ei,l
où δj,k désigne le symbole de Kronecker.
Le A-module Mn(A) = Mn,n(A) des matrices carrées, qui s'iden-
tie à End(An), est muni d'une structure d'anneau et même de A-
algèbre. Le groupe de ses éléments inversibles est GLn(A), le groupe
des matrices de déterminant inversibles. Nous noterons aussi SLn(A)
le sous-groupe des matrices de déterminant 1. On appelle matrices
élémentaires les matrices de SLn(A) dénies pour i 6= j et a ∈ A par :
j
 ↓ 
1
Ei,j (a) = Id +aEi,j =
 ... 
... .
 
i →

a 
1
On a clairement Ei,j (a) ∈ SLn(A). Notons En(A) le sous-groupe de
SLn (A) engendré par les Ei,j (a) ; ce groupe a une importance algorith-
mique dans les calculs que nous ferons ci-dessous.
5.1.1 Lemme. Soient M ∈ Mn,p(A), Li sa i-ième ligne et Cj sa j -ième
colonne.
(1) Multiplier M à droite par une matrice élémentaire Ei,j (a) ∈ Mp (A)
a pour seul eet de remplacer la j -ième colonne Cj par Cj + aCi. En
abrégé : Cj → Cj + aCi.
56
(2)Multiplier M à gauche par une matrice élémentaire Ei,j (a) ∈ Mn(A)
a pour seul eet de remplacer la i-ième ligne Li par Li +aLj . En abrégé :
Li → Li + aLj .

Preuve : Ces faits sont immédiats en posant le calcul matriciel. On


peut les démontrer de manière plus formelle, comme suit. Le coecient
de Ei,j (a) en position (u, v) est δu,v + aδi,uδj,v . On en déduit que le
coecient de M Ei,j (a) de position u, v est :
X
mu,w (δw,v + aδi,w δj,v ) = mu,v + amu,i δj,v .
w

On voit que les coecients de la colonne Cv sont inchangés lorsque


v 6= j , et se voient additionner amu,i lorsque v = j . C'est ce qu'arme
(1). Le point (2) se démontre de manière identique, ou en observant
qu'il résulte de (1) par transposition. 

5.1.2 Dénition. On dit que deux matrices M, M 0 de Mn,p(A) sont :


(1) équivalentes s'il existe P ∈ GLn (A) et Q ∈ GLp (A) telles que M 0 =
G
P M Q ; on note M ∼ M 0 ou simplement M ∼ M 0 .
(2) S-équivalentes si P et Q peuvent être choisies dans SLn et SLp ; on note
S
M ∼ M 0.
E
(3) E-équivalentes si P et Q peuvent être choisies dans En et Ep ; on note M ∼
M 0.

Deux matrices sont équivalentes si elles sont dans la même orbite


pour l'action à gauche du produit GLn(A) × GLp(A) sur Mn,p(A) don-
née par :
(P, Q).M = P M Q−1 .
Elles sont S-équivalentes, resp. E-équivalentes, si elles sont dans la
même orbite pour l'action du sous-groupe SLn(A) × SLp(A), resp.
En (A) × Ep (A).

5.1.3 Théorème (Forme normale de Smith). Si A est principal, toute


57
matrice M ∈ Mn,p (A) est S-équivalente à une matrice de la forme :
 
d1 0 0
 . .. 
D = diag(d1 , . . . , dr ) = 
 

 0 dr 
0 ··· 0 ··· 0

avec di ∈ A r {0} et d1 | d2 | · · · | dr . Une telle matrice D est dite en


forme normale de Smith. Si A est euclidien, la matrice M est même E-
équivalente à D. De plus, la forme normale de Smith de M est unique
à association près des coecients non nuls : si
G
diag(d1 , . . . , dr ) ∼ diag(d01 , . . . , d0s ),

sont deux formes normales de Smith équivalentes, on a r = s et di ∼ d0i


pour tout i. Autrement dit, la suite d'idéaux (d1) ⊃ (d2) ⊃ · · · ⊃ (dr )
ne dépend que de M . Ces idéaux, ou les di, sont appelés les facteurs
invariants de M .
La preuve consiste à décrire un algorithme qui met M en forme nor-
male de Smith. Elle se présente comme une récurrence sur la  taille 
et le  poids  de M , deux quantités que nous dénissons tout de
suite. On appelle taille de M la quantité τ (M ) = max(n, p). C'est un
entier > 1. Pour a ∈ A non nul, appelons poids de a la quantité :
δ(a) si A est euclidien, muni d'un stathme δ,

π(a) =
nombre de facteurs irréductibles de a, sinon.
et pour M = (mi,j ) non nulle, dénissons le poids de M par :
π(M ) = min π(mi,j ).
i,j ; mi,j 6=0

C'est un entier > 0. La fonction π mesure la  grandeur arithmétique 


tout comme les fonctions µ et ν que nous avons utilisées dans 4.2.
Avant de commencer la preuve du théorème, nous allons décrire trois
procédures qui permettent de réaliser certaines opérations simples sur
les matrices.
58
Procédure P1. Soient a, b ∈ A. Par des multiplications à droite par des
matrices élémentaires, on a les équivalences matricielles :
( a b ) ∼ ( a a + b ) en faisant C2 → C2 + C1 ,
E

∼ ( −b a + b ) en faisant C1 → C1 − C2 ,
E

∼ ( −b a ) en faisant C2 → C2 + C1 .
E

Pour une matrice quelconque, la même suite de trois opérations per-


met d'échanger deux colonnes, à un signe près (mais le signe ne nous
importe pas). La même suite de trois multiplications à gauche permet
d'échanger deux lignes de M , à un signe près. En conséquence, par
des opérations élémentaires, tout coecient de M peut être placé en
position en position (1, 1), avec des changements de signe éventuels,
mais sans changer π(M ).
Procédure P2. Soient a, q ∈ A. Alors, on a :
( a qa ) ∼ ( a 0 ) en faisant C2 → C2 − qC1 .
E

Ainsi, si un coecient de M divise un coecient de la même ligne, on


peut remplacer ce dernier par 0, en ne changeant que les éléments de
sa colonne.
Procédure P3. Soient a, b ∈ A non nuls, avec a - b.
(1) Dans le cas non euclidien, posons d = pgcd(a, b). D'après le
théorème de Bézout (énoncé ici en corollaire 4.3.4) il existe u, v ∈ A
tels que d = ua + vb et a0, b0 ∈ A tels que a = da0, b = db0. On en
déduit que ua0 + vb0 = 1 et ab0 = da0b0 = ba0. En conséquence :
u −b0
 
(a b) =(d 0)
v a0
où la matrice (2, 2) qui intervient est de déterminant 1 i.e. dans SL2(A).
On appelle matrice de Bézout une matrice de cette forme. Par ailleurs
d divise a mais n'est pas associé à a, car a - b. Ainsi ( a b ) ∼ ( d 0 )
S

avec π(d) < π(a).


(2) Dans le cas euclidien, on écrit la division euclidienne b = aq + r
avec δ(r) < δ(a), d'où
 
1 −q
(a b) =(a r)
0 1

59
où la matrice (2, 2) qui intervient est un élément de E2(A). Ainsi
( a b ) ∼ ( a r ) avec π(r) < π(a). Ceci termine la description de
E

la procédure 3.
5.1.4 Preuve de 5.1.3 : existence. Comme indiqué précédemment, on fait
une récurrence sur l'entier τ (M ) + π(M ). Si τ (M ) = 1, la matrice M est
sous forme normale de Smith ; en particulier ceci initialise la récurrence. Sup-
posons τ (M ) + π(M ) > 2 et supposons le théorème démontré pour les valeurs
inférieures de τ + π .
Par P1, on peut supposer que m1,1 6= 0 et π(m1,1 ) = π(M ).
S'il existe ` > 1 tel que m1,1 - m1,` (ou m1,1 - m`,1 ), d'après P3 on a M ∼
M 0 avec π(M 0 ) < π(M ). On conclut alors par l'hypothèse de récurrence. Noter
qu'ici, comme à chaque fois qu'on utilise P3, l'équivalence est la S-équivalence ou
la E-équivalence selon qu'on est dans le cas euclidien ou non.
Si m1,1 divise tous les coecients de L1 et C1 , on applique P2 à ( m1,1 m1,` )
pour chaque `. La ligne L1 devient ( m1,1 0 · · · 0 ) et la colonne C1 est in-
changée. On applique ensuite P2 à m 1,1
m`,1
pour chaque `. On a obtenu :
 
m1,1 0 · · · 0
 0 
M ∼  .. .
 
 . M1 
0

Comme τ (M1 ) < τ (M ), par l'hypothèse de récurrence il existe des matrices


P1 , Q1 appartenant à SL∗ (A) ou E∗ (A) telles que M1 = P1 D1 Q1 où D1 =
diag(d2 , . . . , dr ) avec d2 | · · · | dr . En posant ;
   
1 0 ... 0 1 0 ... 0
0  0 
P =  .. , Q =  .. ,
   
 . P1   . Q1 
0 0

et D = diag(m1,1 , d2 , . . . , dr ), on obtient M = P DQ. Si m1,1 | d2 on a


terminé. Sinon, on observe que :
   
m1,1 0 E m1,1 d2

0 d2 0 d2

60
en faisant L1 ← L1 + L2 . Comme m1,1 - d2 , on peut alors appliquer P3 pour
obtenir M ∼ M 0 avec π(M 0 ) < π(M ) et on conclut par l'hypothèse de
récurrence. 

Pour démontrer l'assertion d'unicité dans le théorème 5.1.3, nous


utiliserons une description des facteurs invariants d'une matrice M en
termes des idéaux de A engendrés par ses mineurs.
5.1.5 Notation. Soient A un anneau, M ∈ Mn,p(A) et r > 0. On note
Ir (M ) l'idéal de A engendré par les mineurs de taille r de M .

5.1.6 Proposition. Les idéaux Ir (M ) vérient les propriétés suivantes :


(1) Ir (t M ) = Ir (M ),
(2) Ir+1 (M ) ⊂ Ir (M ),
(3) Ir (M N ) ⊂ Ir (M ) ∩ Ir (N ) pour M ∈ Mn,p (A) et N ∈ Mp,q (A),
(4) Ir (P M Q) = Ir (M ) pour P ∈ GLn (A) et Q ∈ GLp(A),
(5) Soit D = diag(d1 , . . . , dn ) avec d1 | · · · | dn . Alors Ir (D) =
(d1 . . . dr ) si 0 6 r 6 n, et Ir (M ) = (0) si r > n.

Preuve : (1) est clair car M et tM ont les mêmes mineurs.


(2) provient du fait que par développement par rapport à une ligne, un
mineur de taille r + 1 est combinaison linéaire de mineurs de taille r.
(3) Les colonnes de M N sont des combinaisons linéaires de celles de
M . Par multilinéarité des déterminants, les r -mineurs de M N sont des
combinaisons linéaires des r-mineurs de M , donc Ir (M N ) ⊂ Ir (M ).
Par transposition, on a aussi Ir (M N ) ⊂ Ir (N ).
(4) Les matrices P, Q étant inversibles vérient Ir (P ) = Ir (Q) = A.
D'après (3) on a Ir (P M Q) ⊂ Ir (P ) ∩ Ir (M ) ∩ Ir (Q) = Ir (M ) =
Ir (P −1 P M QQ−1 ) ⊂ Ir (P M Q) donc toutes les inclusions sont des
égalités.
(5) L'idéal Ir (D) est engendré par les produits de r éléments parmi les
di . Compte tenu de la condition de divisibilité, tous sont multiples de
d1 . . . d r . 

61
5.1.7 Remarque. On peut améliorer 5.1.6(3) en montrant que Ir (M N ) est in-
clus dans le produit d'idéaux Ir (M )Ir (N ). Pour cela, on va généraliser la formule
de multiplicativité du déterminant 3.3.3 (qui est le mineur d'ordre maximal) au cas
des mineurs d'ordre r . Soient M ∈ Mn,p (A) une matrice et I ⊂ {1, . . . , n},
J ⊂ {1, . . . , p} des sous-ensembles de même cardinal r 6 min(n, p). Soit
MI,J la sous-matrice de M dont les lignes sont dans I et les colonnes dans J .
Avec les conventions de 3.3.5, le mineur correspondant est :

X Y
mI,J = det(MI,J ) = (σ) mi,σ(i) .
σ:I'J i∈I

Pour deux matrices multipliables M ∈ Mn,p (A) et N ∈ Mp,q (A), on a la


formule suivante pour les mineurs du produit P = M N :

X
pI,J = mI,K nK,J
K

où la somme porte sur les parties K ⊂ {1, . . . , p} de cardinal r . En eet, en


62
reprenant la stratégie de la preuve du théorème 3.3.3 :
X Y X
pI,J = (σ) mi,k nk,σ(i)
σ:I'J i∈I k∈{1..p}
X X Y
= (σ) mi,τ (i) nτ (i),σ(i)
σ:I'J τ :I→{1..p} i∈I

en développant le produit de sommes ;


ici τ décrit toutes les applications de I dans {1, . . . , p} ;
X X Y
= (σ) mi,τ (i) nτ (i),σ(i)
τ :I→{1..p} σ:I'J i∈I

en permutant et ;
P P
σ τ
!
X Y X Y
= mi,τ (i) (σ) nτ (i),σ(i)
τ :I→{1..p} i∈I σ:I'J i∈I

car mi,τ (i) ne dépend pas de σ ,


Q
i
!
X Y X Y
= mi,τ (i) (σ) nτ (i),σ(i)
τ :I,→{1..p} i∈I σ:I'J i∈I

car la parenthèse est un déterminant nul si τ n'est pas injectif ;


ici τ décrit les applications injectives,
!
X X Y X Y
= mi,τ (i) (σ) nτ (i),σ(i)
K⊂{1..p} τ :I'K i∈I σ:I'J i∈I
|K|=r

en écrivant que τ est une bijection sur son image,


 
X X Y X Y
= mi,τ (i)  (ρ)(τ ) nk,ρ(k) 
K τ :I'K i∈I ρ:K'J k∈K

en posant ρ = στ −1 : K ' J et k = τ (i),


! 
X X Y X Y
= (τ ) mi,τ (i)  (ρ) nk,ρ(k) 
K τ :I'K i∈I ρ:K'J k∈K
X
= mI,K nK,J .
K
Cette formule montre que le mineur pI,J d'un produit est somme de produits de
63
mineurs, de sorte que Ir (M N ) ⊂ Ir (M )Ir (N ). Par ailleurs, on est immédiate-
ment frappé par le fait qu'elle ressemble comme deux gouttes d'eau à la formule
du produit matriciel. Cette remarque peut être exploitée en associant à M une
matrice ∧r M dont les coecients sont les mineurs mI,J , indicés par les paires
(I, J ) de parties de même cardinal r , de telle manière que sous les conditions
précédentes :
∧r (M N ) = ∧r (M ) ∧r (N ).
Cette matrice est appelée puissance extérieure r -ième de M .

5.1.8 Corollaire : unicité dans 5.1.3. Soient D = diag(d1, . . . , ds), D0 =


diag(d01 , . . . , d0t ) deux matrices en forme de Smith dans Mn,p (A). Sup-
posons que D0 = P DQ avec P ∈ GLn(A) et Q ∈ GLp(A). Alors s = t
et di ∼ d0i pour tout i.
Preuve : D'après les points (4) et (5) de 5.1.6, on a (d1 . . . dr ) =
Ir (D) = Ir (D 0 ) = (d01 . . . d0r ) pour tout r . Ceci montre que s =
inf {r; Ir (D) = 0} = inf {r; Ir (D 0 ) = 0} = t puis, par récurrence sur i,
que di ∼ d0i pour tout i. 

5.1.9 Corollaire. Soient M, N des


A-modules libres de type ni, de
rangs respectifs p et n. Soit u : M → N un morphisme. Alors il
existe des bases B et C pour M et N tels que MatB,C (u) soit une
matrice diagonale de Smith diag(d1, . . . , dr ). Les idéaux (d1), . . . , (dr )
ne dépendent que de u. De plus :
(1) u est injectif si et seulement si r = p,
(2) u est surjectif si et seulement r = n et di ∈ A× pour tout i.

Preuve : La preuve est laissée en exercice, utilisant 5.1.3. 

5.2 Structure des modules de type ni sur un anneau principal


5.2.1 Lemme. Soient A un anneau commutatif noethérien et n > 1 un
entier. Alors tout sous-module de An est de type ni. Si A est principal,
tout sous-module de An est engendré par au plus n éléments.
64
Preuve : On fait une récurrence sur n. Si n = 1, un sous-module
de A n'est rien d'autre qu'un idéal et le résultat découle de 4.1.3.
En général, soit M un sous-module de An avec n > 2. Notons An−1
le sous-module libre de rang n − 1 engendré par les n − 1 premiers
vecteurs de la base canonique de An. Par l'hypothèse de récurrence, le
module N = M ∩ An−1 est de type ni. De plus, l'inclusion M ⊂ An
induit une application A-linéaire injective M/N → An/An−1 ' A ce
qui montre, encore par l'hypothèse de récurrence, que M/N est de
type ni. Soient x1, . . . , xr des générateurs de N et xr+1, . . . , xs des
éléments de M dont les images dans M/N sont des générateurs. Alors
x1 , . . . , xs sont des générateurs de M et on a ni. Dans le cas où A
est principal, d'après l'hypothèse de récurrence on a r 6 n − 1 et de
plus M/N est engendré par un seul élément xr+1. Donc x1, . . . , xr+1
sont des générateurs de M en nombre r + 1 6 n et on a ni. 

5.2.2 Théorème de la base adaptée. Soit A un anneau principal, L un


A-module de type ni, libre de rang l, et K ⊂ L un sous-A-module.
Alors K est un A-module de type ni, libre de rang k 6 l. De plus, il
existe des éléments non nuls d1, . . . , dk de A et une base {f1, . . . , fl }
de L tels que d1 | · · · | dk et que {d1f1, . . . , dk fk } est une base de K .
La suite d'idéaux (di) ne dépend que de L et K .
Preuve : Comme L ' Al, d'après le lemme précédent le module K
est de type ni, engendré par un certain nombre k 6 l d'éléments.
Supposons k choisi minimal, et soit s : Ak → K un morphisme surjectif
déni par un système minimal de générateurs. Notons u : Ak → K ,→
L la composée de s et de l'inclusion ; c'est un morphisme entre deux
A-modules libres de rangs nis. Choisissons des bases pour Ak et L.
D'après le théorème 5.1.3 appliqué à la matrice de u dans ces bases, il
existe un entier r 6 min(k, l), des éléments non nuls d1, . . . , dr de A
tels que d1 | · · · | dr , une base e1, . . . , ek de Ak et une base f1, . . . , fl
de L, telles que u(ei) = difi pour 1 6 i 6 r et u(ei) = 0 pour
i > r . Comme on a choisi k minimal, nécessairement r = k. On
voit alors que u est injectif donc K ' Ak est libre de rang k. Il ne
reste que l'unicité à montrer. Supposons que des éléments d1, . . . , dk
et une base (f1, . . . , fl) satisfont à la conclusion du théorème, de même
65
que des éléments d01, . . . , d0k et une base (f10 , . . . , fl0). Les matrices du
morphisme d'inclusion K ,→ L dans ces deux jeux de bases sont les
matrices diagonales D = diag(d1, . . . , dk ) et D0 = diag(d01, . . . , d0k ).
Ainsi D et D0 sont équivalentes via les matrices de changement de
base P, Q et le corollaire 5.1.8 donne l'unicité. 

5.2.3 Calcul pratique de bases adaptées. Supposons donnés des vecteurs


x1 , . . . , xk dans un A-module libre L = An , et supposons que l'on souhaite
eectuer le calcul pratique de bases adaptées pour le sous-module K engendré par
ces vecteurs. Ceci nous amène à préciser la démonstration de 5.2.2 pour la rendre
plus eective : on veut trouver les facteurs invariants d1 , . . . , dr et une base
explicite e = {e1 , . . . , en } de An telle que les vecteurs f1 = d1 e1 , . . . , fr =
dr er forment une base de K . On a r 6 k et comme on ne sait pas a priori si les
xi forment une famille libre, il est possible que r < k.
Notons  = {1 , . . . , k } la base canonique de Ak et δ = {δ1 , . . . , δn }
la base canonique de An . La clé du problème est d'étudier le morphisme u :
Ak → An qui envoie i sur xi . Utilisons les notations de 3.2.6 pour les matrices
d'applications A-linéaires. Notons M = Mat,δ (u) la matrice de u dans les
bases canoniques. Le théorème 5.1.3 de mise sous forme normale de Smith fournit
une écriture P M Q = D avec D = diag(d1 , . . . , dk ) et d1 | · · · | dk . On
notera r l'indice du dernier di non nul, donc dr+1 = · · · = dk = 0. Notons
e = {e1 , . . . , en } les vecteurs colonnes de la matrice P −1 et γ = {γ1 , . . . , γk }
les vecteurs colonnes de la matrice Q. Par dénition P et Q sont donc les ma-
trices de passage P = Peδ = Matδ,e (Id) et Q = Pγ = Matγ, (Id), voir
dénition 3.2.9. L'égalité P M Q = D n'est rien d'autre que l'égalité matricielle
de changement de bases pour la matrice de u :
D = P M Q = Matδ,e (Id) Mat,δ (u) Matγ, (Id) = Matγ,e (u)
Id u Id
associée à la composition (Ak , γ) −→ (Ak , ) −→ (An , δ) −→ (An , e)
dans les termes de la proposition 3.2.8. L'égalité D = Matγ,e (u) implique que
u(γi ) = di ei pour 1 6 i 6 k. Ainsi le sous-module K , image de u, est engendré
par les vecteurs f1 = d1 e1 , . . . , fr = dr er qui en forment une base.
D'un point de vue pratique, on dispose les vecteurs donnés xi en colonnes pour
former une matrice M . On applique l'algorithme de mise sous forme normale de
Smith qui fournit P M Q = D , et on veut connaître les colonnes de P −1 qui sont
la base {e1 , . . . , en }. Ici, il est utile d'être un peu astucieux et de ne pas se jeter
66
sans rééchir dans le calcul de P et de son inverse. Supposons que A est euclidien,
ce qui est toujours le cas dans la pratique. L'algorithme utilise deux procédures
P1 et P3(2), puisque P2 est un cas particulier de P3(2). Pour la recherche de
bases adaptées, il n'est pas utile de se limiter à des opérations élémentaires de
déterminant 1 ; dans P1, on utilisera donc l'échange de colonnes (resp. lignes) sans
changement de signe, qui est plus simple et qui se fait par la multiplication à droite
(resp. à gauche) par une matrice de tranposition Tij = In −Eii −Ejj +Eij +Eji ,
pour i 6= j . Lorsqu'on eectue l'algorithme, les opérations eectuées sur les lignes
se traduisent par des multiplications à gauche par des matrices E1 , . . . , E` de
la forme Eij (a) ou Tij . On a alors P = E` . . . E1 mais puisque c'est P −1 qui
nous intéresse le plus, on calculera P −1 = (E1 )−1 . . . (E` )−1 en notant que
Eij (a)−1 = Eij (−a) et Tij−1 = Tij . On obtient ainsi la base {e1 , . . . , en } en
lisant les colonnes de P −1 .
La base correspondante pour K est {d1 e1 , . . . , dr er }. La vérication du fait
que dj ej (1 6 j 6 r ) est dans K est apportéeP par la matrice Q = (qij ). En
eet, comme Q = Matγ, (Id), on a γj = i qij i . En prenant les images par
u on trouve : X X
dj ej = u(γj ) = qij u(i ) = qij xi
i i
ce qui exprime dj ej comme combinaison A-linéaire des xi . Dans le cas où x1 , . . . , xk
ne sont pas libres, en regardant de même les images par u des k − r dernières
colonnes de Q on obtient une base du module des relations entre les xi .
5.2.4 Théorème de structure des modules. Soit A un anneau principal
et M un A-module de type ni. Alors il existe un entier n > 0 et des
éléments d1, . . . , dr de A, non inversibles et éventuellement nuls, tels
que d1 | · · · | dr et :
M ' A/(d1 ) ⊕ · · · ⊕ A/(dn ).
L'entier n et la suite d'idéaux (di) ne dépendent que de M ; ces derniers
sont appelés les facteurs invariants de M .
En notant q le nombre de di qui sont nuls (ce sont les derniers de la
liste) et r = n − q, on obtient une variante intéressante de cet énoncé :
il existe des entiers q, r > 0 et des éléments d1, . . . , dr de A, non nuls
et non inversibles, tels que d1 | · · · | dr et :
M ' Aq ⊕ A/(d1 ) ⊕ · · · ⊕ A/(dr ).

67
Les entiers q, r et la suite d'idéaux (di) ne dépendent que de M . L'en-
tier q est le rang de M , déni comme nombre d'éléments d'une partie
libre maximale de M . Préparons la preuve de 5.2.4 avec un lemme qui
nous servira pour montrer la partie unicité.
5.2.5 Lemme. Soient A un anneau principal, d ∈ A et E = A/(d). Pour
tout irréductible p ∈ A et tout entier h > 1, notons Eh = ph−1E/phE .
Soit k = A/(p) l'anneau quotient, qui est un corps d'après 4.3.11.
Alors Eh est un k-espace vectoriel de dimension 1 si ph | d, et 0 sinon.
Preuve : Par construction, le morphisme de A-modules s : A → Eh
qui envoie a sur la classe de aph−1 est surjectif. Son noyau est l'idéal
des a ∈ A tels que aph−1 ∈ (ph, d). Si ph | d, alors (ph, d) = (ph)
et a ∈ ker(s) si et seulement si p | a. Dans ce cas ker(s) = (p) et
Eh ' A/(p) = k est de dimension 1 sur k. Sinon, l'idéal (ph , d) est
engendré par pk pour un certain k 6 h − 1 ; il contient ph−1, donc
ker(s) = A. Dans ce cas Eh ' A/A = 0 qui est de dimension 0 sur k.


Preuve de 5.2.4 : Soit n le nombre minimal d'éléments d'un système


de générateurs de M et s : An → M un morphisme surjectif. D'après
le théorème de la base adaptée, le noyau K = ker(s) est libre de rang
r 6 n et il existe des éléments non nuls d1 , . . . , dr de A et une base
{f1 , . . . , fn } de L = An tels que d1 | · · · | dr et que {d1 f1 , . . . , dr fr }
est une base de K . Posons q = n − r et dr+1 = · · · = dn = 0. Comme
on a choisi n minimal, aucun des di n'est inversible, et on voit que
M ' An /K ' Aq ⊕ A/(d1 ) ⊕ · · · ⊕ A/(dr ).

Ceci montre l'existence. Pour l'unicité, soit M un A-module. Nous


allons montrer que si M ' A/(d1)⊕· · ·⊕A/(dn), alors n et la suite des
di à association près peuvent être reconstruits à partir de M . Posons
d0 = 1. Il nous sut de montrer que la liste des quotients di+1 /di
peut être reconstruite, et pour cela, il sut de retrouver la liste des
multiplicités αp(di+1/di) des irréductibles p ∈ A dans di+1/di. Fixons
un p ∈ A de corps résiduel k = A/(p). Pour tout entier h > 1,
posons δp(h) = dimk (ph−1M/phM ). D'après le lemme 5.2.5, on a
68
δp (h) = card {i; ph | di }. Utilisant le fait que les di se divisent, on voit
que δp(h) = n − i si et seulement si ph - di et ph | di+1. Il s'ensuit que :
et ph | di+1} = αp(di+1/di).
card δp−1 (n − i) = card {h; ph - di
Les αp(di+1/di) sont donc déterminés à partir des fonctions δp intrin-
sèquement attachées à M , ce qui montre qu'ils sont uniques. 

On a vu qu'un Z-module n'est rien d'autre qu'un groupe abélien.


Le cas particulier A = Z du théorème 5.2.4 est donc spécialement
intéressant : il donne une classication des groupes abéliens de type
ni et (en faisant q = 0 dans l'énoncé suivant) une classication des
groupes abéliens nis :
5.2.6 Théorème. Soit G un groupe abélien de type ni. Alors il existe
un unique entier q > 0 et une unique suite d1, . . . , dr d'entiers > 2 tels
que d1 | · · · | dr et :
G ' Zq ⊕ Z/d1 Z ⊕ · · · ⊕ Z/dr Z.

5.3 Modules de torsion, composantes primaires


5.3.1 Dénition. Soient A un anneau commutatif intègre et M un A-module.
Soit a ∈ A non nul.
(1) On dit qu'un élément x ∈ M est de a-torsion si ax = 0. On note M (a)
l'ensemble des éléments de a-torsion.
(2) On dit que x est de a∞ -torsion s'il existe n > 1 tel que an x = 0. On note
M (a∞ ) l'ensemble des éléments de a∞ -torsion.
(3) On dit que x est de torsion s'il existe a 6= 0 tel que ax = 0. On note T (M )
l'ensemble des éléments de torsion.
(4) On dit que M est de a-torsion si M (a) = M et sans a-torsion si M (a) =
0. On dit que M est de a∞ -torsion si M (a∞ ) = M et sans a∞ -torsion si
M (a∞ ) = 0. On dit que M est de torsion si T (M ) = M et sans torsion si
T (M ) = 0.

Les propriétés de base de ces notions liées à la torsion font l'objet


de l'exercice suivant.
69
5.3.2 Exercice. Soient A un anneau commutatif intègre et M un A-module.
On suit les notations de la dénition précédente.
(1) Montrez que x ∈ M est de torsion si et seulement si le sous-A-module
Ax ⊂ M qu'il engendre n'est pas libre.
(2) Montrez que M (a), M (a∞ ), T (M ) sont des sous-A-modules de M .
(3) Donnez un exemple qui montre que M/M (a) n'est pas nécessairement sans
a-torsion.
(4) Montrez que M/M (a∞ ) est sans a∞ -torsion et que tout morphisme f :
M → N vers un module N sans a∞ -torsion se factorise de manière unique par
M/M (a∞ ). Mêmes questions avec M/T (M ).
(5) Montrez que si M est libre, il est sans torsion.
(6) On suppose M de type ni. Montrez que M est de torsion si et seulement
si son annulateur Ann(M ) = (0 : M ) est non nul (la notation (0 : M ) est
introduite après 2.5.6).
5.3.3 Exercice. Soit A un anneau principal. Soit M un A-module de type ni
isomorphe à Aq ⊕ A/(d1 ) ⊕ · · · ⊕ A/(dr ). Montrez que :
(1) T (M ) = A/(d1 ) ⊕ · · · ⊕ A/(dr ),
(2) M/T (M ) est libre de rang q ,
(3) Ann(M ) = (dr ).
5.3.4 Corollaire. Si A est un anneau principal, alors tout A-module de
type ni sans torsion est libre.
Preuve : C'est une conséquence du point (2) de l'exercice. 

Le corollaire n'est pas vrai pour les modules qui ne sont pas de type
ni ; par exemple, le Z-module Q est sans torsion mais n'est pas libre.
L'énoncé n'est pas vrai non plus, pour les modules de type ni, si A
est un anneau quelconque, même intègre ; par exemple, si A = Z[X],
le sous-A-module I = (2, X) de A est sans torsion mais il n'est pas
libre.
Dans l'énoncé du théorème qui suit, nous aurons besoin de la notion
de somme directe de sous-modules. On dit que M est somme directe
d'une famille de sous-modules {Mi}i∈I , et on écrit M = ⊕i∈I Mi, si M
70
est engendré par les Mi et si pour toute somme nie nulle xi + · · · +
xi = 0 avec xi ∈ Mi , on a xi = · · · = xi = 0. Ceci revient à dire
1

que le morphisme f : ⊕i∈I Mi → M donné par la famille d'inclusions


n j j 1 n

fi : Mi → M est un isomorphisme.

5.3.5 Théorème (Composantes primaires des modules de torsion). Soient


A un anneau principal et M un A-module de torsion. Pour chaque
a ∈ A non nul, soit M (a∞ ) le sous-module des éléments de a∞ -torsion,
voir dénition 5.3.1 et exercice 5.3.2. Soit Σ un ensemble de représen-
tants des éléments irréductibles de A pour la relation d'association.
Alors, on a :
M (p∞ ).
L
M =
p∈Σ

Le sous-module M (p∞) est appelé la composante p-primaire de M . Si


M est de type ni, toutes les composantes primaires sont nulles sauf
un nombre ni d'entre elles, et pour tout p ∈ Σ il existe n > 0 tel que
M (p∞ ) = M (pn ).

Preuve : Montrons que les M (p∞) engendrent M . Soit x ∈ M .


Comme M est de torsion, il existe a ∈ A non nul tel que ax = 0.
Soit a = upα1 . . . pαr la décomposition en irréductibles de a (elle est
1 r

uniqueQ si l'on choisit les p dans Σ). Pour tout j ∈ {1, . . . , r} posons
qj = i6=j pα i . Les éléments q1 , . . . , qr sont premiers entre eux dans leur
i

ensemble donc il existe u1, . . . , ur dans A tels que u1q1 +· · ·+ur qr = 1.


Posons yj = qj x. On a alors :
(i) pj yj = u−1 ax = 0 donc yj ∈ M (p∞ j ),

(ii) x = (u1 q1 + · · · + ur qr )x = u1 y1 + · · · + ur yr .
Il s'ensuit que x ∈ M (p∞ 1 ) ⊕ · · · ⊕ M (pr ).

Montrons que les M P(p ) sont en somme directe. Soit Σ ⊂ Σ ∞


∞ 0
un
sous-ensemble ni, et p∈Σ xp = 0 une somme nulle avec xp ∈ M (p )
0

pour tout p ∈ Σ0. Soit np > 0 tel que pn xp = 0, et notons tq = p

p6=q p . Alors tq et q sont premiers entre eux donc il existe uq , vq ∈


n n
Q p q

A tels que uq tq + vq q = 1. Par ailleurs, on a tq xp =


n q
0 si p 6= q . On en
déduit que xq = (uq tq + vq qn )xq = uq tq xq = uq tq ( p∈Σ xp) = 0. Ceci
q
P
0

étant vrai pour tout q ∈ Σ0, il s'ensuit que les M (p∞) sont en somme
directe.
71
Enn, supposons que M est de type ni, et soit {x1, . . . , xt} une
famille génératrice nie. Pour chaque i, on a une décomposition xi =
p∈Σ xi,p où xi,p ∈ M (p ) et les xi,p non nuls vivent dans un ensemble

P
ni Σi ⊂ Σ. Soit Σ0 la réunion des Σi avec 1 6 i 6 r. L'ensemble
des xi,p avec A 6 i 6 t et p ∈ Σ0 est une famille génératrice nie
dont les éléments sont primaires, c'est-à-dire appartiennent à l'une des
composantes primaires. On voit alors que M (p∞) = 0 si p 6∈ Σ0. Enn
pour p xé, soit N un entier tel que pN x1,p = · · · = pN xt,p = 0. On a
alors M (p∞) = M (pN ). 

5.3.6 Remarque. Soit A principal et M un A-module de type ni de torsion. La


décomposition en composantes primaires est une décomposition en somme de sous-
modules canoniques, alors que dans la décomposition donnée par le théorème de
structure des modules 5.2.4, il n'existe pas de collection canonique de sous-modules
isomorphes chacun à l'un des facteurs A/(di ). En revanche, la décomposition
primaire est moins ne que celle du théorème de structure, et peut être obtenue
facilement à partir de ce dernier. En eet, soient d1 | · · · | dr non nuls et non
inversibles tels que M ' A/(d1 ) ⊕ · · · ⊕ A/(dr ). Alors on peut choisir un
ensemble ni d'irréductibles p1 , . . . , ps et pour chaque i, une décomposition en
irréductibles :
α
di = ui p1 i,1 . . . pα
s .
i,s

D'après le théorème des restes chinois 4.3.10, on a un isomorphisme canonique de


modules :
α
A/(di ) ' A/(p1 i,1 ) ⊕ · · · ⊕ A/(pα
s ).
i,s

En regroupant les facteurs, on a nalement :


 r
  r 
α
A/(pα
L L
M ' A/(p1 i,1 ) ⊕ · · · ⊕ s ) .
i,s

i=1 i=1

On reconnaît les composantes primaires M (p∞


1 ), . . . , M (ps ).

5.3.7 Exemple. Sur l'anneau A = Z, considérons le module


M = Z/8Z ⊕ Z/12Z ⊕ Z/45Z.

Utilisant le théorème des restes chinois, on voit que :


M ' Z/8Z ⊕ Z/3Z ⊕ Z/4Z ⊕ Z/5Z ⊕ Z/9Z.

72
Ainsi M est somme de trois composantes primaires :

M (2∞ ) = Z/8Z⊕Z/4Z , M (3∞ ) = Z/3Z⊕Z/9Z et M (5∞ ) = Z/5Z.

En utilisant de nouveau le théorème chinois, on a :

M ' Z/12Z ⊕ Z/360Z

donc les facteurs invariants de M sont {12, 360}.

5.4 Application à la réduction des endomorphismes


5.4.1 Prélude : l'action de X . Soit A un anneau commutatif et M un A[X]-
module. Alors M est muni d'une structure de A-module obtenue par restriction
de l'action des scalaires de A[X] au sous-anneau A. Par ailleurs, l'action de X sur
M dénit un endomorphisme A-linéaire u : M → M tel que u(m) = X.m
pour tout m ∈ M .
Réciproquement, soit M un A-module et u : M → M un endomorphisme
A-linéaire. Pour tout polynôme P ∈ A[X], on sait dénir l'endomorphisme
P (u) ; explicitement, si P = an X n + · · · + a1 X + a0 , alors P (u) = an un +
· · · + a1 u + a0 Id. On dénit une structure de A[X]-module sur M par la
formule P.m = P (u)(m), pour tous P ∈ A[X] et m ∈ M .
La morale est que l'action de X s'identie à un endomorphisme A-linéaire de
M , et qu'il y a équivalence entre la donnée d'un A[X]-module M et celle d'une
paire (M, u) composée d'un A-module et d'un endomorphisme.

5.4.2 Endomorphismes des espaces vectoriels. Soient k un corps et E est


un k-espace vectoriel. Nous allons appliquer les remarques qui précèdent à l'étude
des endomorphismes de E . Chaque u ∈ Endk (E) munit E une structure de
k[X]-module ; nous noterons Eu le k[X]-module ainsi déni, d'ensemble sous-
jacent E . Le théorème de structure des modules sur l'anneau principal k[X]
va permettre de décrire u et Eu . Dans la correspondance de 5.4.1, si (E, u) et
(F, v) sont des espaces vectoriels munis d'endomorphismes, dénissant des k[X]-
modules Eu et Fv , alors un morphisme de k[X]-modules ϕ : Eu → Fv est un
endomorphisme d'espaces vectoriels ϕ : E → F tel que ϕ ◦ u = v ◦ ϕ. On peut
ainsi établir un dictionnaire entre l'algèbre linéaire de (E, u) et la structure de
k[X]-module de Eu :

73
(E, u), u ∈ Endk (E) k[X]-module Eu

k-endomorphisme qui commute avec u endomorphisme du k[X]-module


sous-espace vectoriel u-stable sous-k[X]-module
morphisme de k[X]-modules
vecteur x ∈ E
k[X] → Eu , P 7→ P (u)(x)
générateur unitaire de l'idéal
polynôme minimal de u
annulateur de Eu

Soit λ ∈ k et notons Dλ le k[X]-module quotient k[X]/(X − λ).


On voit facilement que si λ 6= µ dans k, alors Dλ n'est pas isomorphe
à Dµ. Si x ∈ E est un vecteur propre pour u pour la valeur propre λ,
le morphisme de k[X]-modules associé k[X] → Eu, P 7→ P (u)(x) a
un noyau engendré par (X − λ). Il se factorise donc en un morphisme
injectif de modules Dλ ,→ Eu. Ainsi, les espaces propres pour u cor-
respondent du côté k[X]-module à des sommes de sous-modules de la
forme Dλ. L'endomorphisme u est diagonalisable si et seulement si Eu
est isomorphe à une somme directe Dλ ⊕ · · · ⊕ Dλ .
1 n

5.4.3 Dénition. On dit qu'un k[X]-module M est cyclique s'il existe P ∈


k[X] non nul tel que M ' k[X]/(P ).

On peut toujours choisir P unitaire. Si M est cyclique, le polynôme P


est alors déterminé de manière unique : c'est le générateur unitaire de
l'idéal annulateur de M , i.e. Ann(M ) = (0 : M ) = {Q ∈ k[X], Q.M =
0}. Une autre façon de dire que M est cyclique est qu'il est de torsion,
engendré par un seul élément.
5.4.4 Remarque. Soit M ' k[X]/(P ) un module cyclique. Notons x la classe
de X dans M et n = deg(P ). Alors M est un k-espace vectoriel de dimension
n, avec pour base {1, x, . . . , xn−1 }.

5.4.5 Lemme. Soient E un k-espace vectoriel et u ∈ Endk (E). Alors,


les conditions suivantes sont équivalentes :
(1) le k[X]-module Eu est cyclique ;
74
(2) il existe x ∈ E et n > 0 tels que {x, u(x), . . . , un−1(x)} est une
base de E sur k ;
(3) il existe x ∈ E et n > 0 tels que {x, u(x), . . . , un−1 (x)} engendre
E sur k.

Preuve : (1) ⇒ (2). Si E ' k[X]/(P ), notons x ∈ E la classe de X


dans E et n = deg(P ). Par division euclidienne par P , on voit que
1, x, . . . , xn−1 engendre E .
(2) ⇒ (3) est évident.
(3) ⇒ (1). On dénit un morphisme de k[X]-modules ϕ : k[X] →
Eu en envoyant Q ∈ k[X] sur Q(u)(x). L'hypothèse implique que ce
morphisme est surjectif. Il n'est pas injectif, car dimk (E) < ∞. Soit
P un générateur du noyau, alors ϕ se factorise en un isomorphisme
k[X]/(P ) ' Eu . 

5.4.6 Remarque. Si Eu est cyclique, alors il est isomorphe à k[X]/(P ) où P


est le polynôme minimal (unitaire) de u. Si l'on écrit P = X n + an−1 X n−1 +
· · · + a1 X + a0 , la matrice de u dans la base {x, u(x), . . . , un−1 (x)} est :
 
0 ... 0 −a0
. ..
 1 .. . −a1 
 
CP :=  ... .. .
 0 . 
0 1 −an−1

Cette matrice est appelée la matrice compagnon du polynôme P . Comme deg(P ) =


n = dim(Eu ), on voit que P est à la fois le polynôme minimal et le polynôme
caractéristique de u.

5.4.7 Lemme. Soient E un k-espace vectoriel et u ∈ Endk (E). Alors,


les conditions suivantes sont équivalentes :
(1) dimk (E) < ∞ :
(2) Eu est un k[X]-module de type ni et de torsion.

(1) ⇒ (2). Soit B = {e1, . . . , en} une base de E sur k. Alors


Preuve :
B engendre E comme k-espace vectoriel, donc a fortiori Eu comme
k[X]-module. Ainsi Eu est de type ni. Puisque dimk (E) < ∞, pour i

75
xé la famille {un(ei)}n>0 ne peut être libre, donc il existe un polynôme
Pi ∈ k[X] non nul tel que Pi .ei = Pi (u)(ei ) = 0. Alors le polynôme P
produit des Pi annule Eu, ce qui montre que M est de torsion.
(2) ⇒ (1). Soit e1, . . . , en un système ni de générateurs de Eu et
ϕ : k[X]n → Eu le morphisme surjectif de k[X]-modules qui envoie
(Q1 , . . . , Qn ) sur (Q1 (u)(e1 ), . . . , Qn (u)(en )). Comme chaque ei est de
torsion, il existe un polynôme Pi ∈ k[X] non nul tel que [Link] = 0. Le
morphisme ϕ se factorise en un morphisme surjectif k[X]/(P1) × · · · ×
P n ) → Eu . Comme le membre de gauche est de k-dimension
k[X]/(P
nie deg(Pi), alors dimk (E) < ∞. 

5.4.8 Théorème (Décomposition de Frobenius). Soient k un corps, E


un k-espace vectoriel de dimension nie et u ∈ Endk (E) un endomor-
phisme de E . Alors il existe une unique famille de polynômes unitaires
non constants P1, . . . , Pr ∈ k[X] tels que P1 | · · · | Pr et que la ma-
trice de u dans une base convenable de E soit la matrice diagonale par
blocs :  
C P1 0 ... 0
 0
 ... ... 
 . ... ...
 ..
.


0 ... 0 C Pr
Les polynômes sont appelés les facteurs invariants, ou in-
P1 , . . . , Pr
variants de similitude, de u. Le polynôme minimal de u est Pr et le
polynôme caractéristique de u est P1 . . . Pr .
Preuve : D'après le théorème 5.2.4, il existe une suite de polynômes
P1 | · · · | Pr tels que Eu ' k[X]/(P1 )⊕· · ·⊕k[X]/(Pr ). Ces polynômes
sont non nuls car dimk (E) < ∞ et non inversibles, donc non constants.
Chaque facteur k[X]/(Pi) correspond à un sous-espace Ei ⊂ E qui est
stable par u, i.e. un module cyclique, et il admet une base Bi dans
laquelle la matrice de u est CP . La base B réunion des Bi est une
base de E dans laquelle la matrice de u est diagonale par blocs comme
i

indiqué. L'unicité des Pi provient du fait que la structure de k[X]-


module dénie par la matrice de l'énoncé est isomorphe à k[X]/(P1) ⊕
· · · ⊕ k[X]/(Pr ), qui détermine la suite (P1 , . . . , Pr ). 

76
Le nom d'invariants de similitude pour les Pi se justie par le résultat
suivant :
5.4.9 Corollaire. Soient A et A0 deux matrices de Mn(k). Alors A
etA0 sont semblables (c'est-à-dire qu'il existe Q ∈ GLn (k) telle que
A0 = Q−1 AQ) si et seulement si A et A0 ont les mêmes facteurs
invariants.
Preuve : Soient E = kn et u, u0 les endomorphismes de E correspon-
dant à A, A0. On a les conditions équivalentes : A et A0 sont sem-
blables ; il existe Q ∈ GLn(k) telle que A0 = Q−1AQ ; il existe un
isomorphisme v : Eu → Eu (c'est l'automorphisme de E déni par la
0

matrice Q) ; les matrices A et A0 ont les mêmes facteurs invariants. 


5.4.10 Corollaire. Soient k ⊂ K une extension de corps, A ∈ Mn(k)
et P1, . . . , Pr ses facteurs invariants. Alors les facteurs invariants de A
dans Mn(K) sont P1, . . . , Pr .
Preuve : On a une description de la matrice A, semblable à une matrice
diagonale par blocs compagnon, comme dans le théorème 5.4.8. Cette
description reste valable dans Mn(K). Les polynômes Pi vérient la
même condition de divisibilité dans K[X]. La propriété d'unicité montre
qu'ils sont les facteurs invariants de A dans Mn(K). 

5.4.11 Corollaire. Soient une extension de corps et A, B ∈


k ⊂ K
Mn (k). Si A et B sont semblables dans Mn (K), alors elles sont sem-
blables dans Mn(k).
Preuve : Soient P1, . . . , Pr les invariants de similitude de A et Q1, . . . , Qs
ceux de B . D'après le corollaire précédent et l'hypothèse que A et B
sont semblables, les suites d'invariants sont les mêmes dans K[X], donc
les mêmes dans k[X]. Il découle de 5.4.9 que A et B sont semblables
dans Mn(k). 

5.4.12 Remarques. La décomposition de Frobenius possède certains avantages


sur d'autres méthodes de réduction classique en algèbre linéaire comme la dé-
composition de Dunford-Chevalley, la réduction de Jordan... Par exemple, elle ne
77
nécessite aucune hypothèse ni sur le corps k, ni sur E et u. Ceci est précieux pour
démontrer un résultat comme 5.4.11, ou comme dans l'exercice 5.4.13 ci-dessous.
En revanche, elle présente l'inconvénient que les matrices compagnon CP ne
sont pas très agréables du point de vue du calcul. Songeons seulement
 que si
λ 0
λ 6= µ, la réduction de Frobenius de la matrice diagonale est la matrice
0 µ
 
0 −λµ
compagnon . On voit qu'on y perd au change !
1 λ+µ
5.4.13 Exercice. Soient k un corps et A ∈ Mn(k). Montrez que A est sem-
blable à sa transposée. (Indication : utilisez la décomposition de Frobenius.)
5.4.14 Notation (blocs de Jordan). Soient λ ∈ k et n > 1. On pose :
 
λ 1 0
 ... ... 
Jn (λ) =  ... 1 .
 
 
0 λ
Cette matrice est appelée bloc de Jordan de taille n et de valeur propre λ. On
note que Jn (λ) = λIn + Jn (0).
5.4.15 Remarque. Dans le k[X]-module k[X]/(X −λ)n, l'endomorphisme de
multiplication par X a pour matrice Jn (λ) dans la base {1, (X −λ), . . . , (X −
λ)n−1 }, puisque
X.(X − λ)i = (X − λ)(X − λ)i + λ(X − λ)i .
Dit autrement on a un isomorphisme de k[X]-modules entre k[X]/(X−λ)n et le
k[X]-module (kn )Jn (λ) déni par l'espace vectoriel E = kn et l'endomorphisme
u déterminé par la matrice Jn (λ).
5.4.16 Théorème (Décomposition de Jordan). Soient k un corps al-
gébriquement clos, E un k-espace vectoriel de dimension nie et u ∈
Endk (E) un endomorphisme de E . Alors il existe une base de E dans
laquelle la matrice de u est de la forme diagonale par blocs :
 
Jn1 (λ1 ) 0 ... 0

0 ... ... 
J = ... ... ... .
 
 
0 ... 0 Jnr (λr )

78
De plus, pour chaque i les tailles des diérents blocs de Jordan cor-
respondant à λi sont indépendantes du choix de la base ; en d'autres
termes J ne dépend que de u, à permutation près des blocs. Pour que
u et u0 soient semblables, il faut et il sut qu'elles aient la même liste
(non ordonnée) de blocs de Jordan.
Preuve : La décomposition en composantes primaires (proposition 5.3.5)
fournit une écriture Eu ' ⊕ri=1 k[X]/(Pin ) où les Pi sont des polynômes
i

unitaires irréductibles, pas nécessairement tous distincts. Comme k est


algébriquement clos, on a Pi = X − λi pour un certain λi ∈ k. Compte
tenu de la remarque 5.4.15, ceci fournit l'existence de la forme di-
agonale par blocs annoncée. L'unicité résulte de l'assertion analogue
d'unicité dans le théorème de structure 5.2.4 appliquée pour chacune
des composantes primaires. 

5.4.17 Remarque. On peut aaiblir l'hypothèse que k est algébriquement clos


en demandant simplement que le polynôme minimal (ou le polynôme caractéris-
tique) de u soit scindé dans k.

79
Références
[B] D. Bourqui , Arithmétique des anneaux de fonctions holomorphes, note
disponible en ligne à l'adresse
[Link]

[CL] A. Chambert-Loir , Algèbre commutative, cours disponible en ligne


à l'adresse [Link]
[Link].

[DD] R. Douady, A. Douady , Algèbre et théories galoisiennes, Cassini,


2005.
[FGN1] S. Francinou, H. Gianella, S. Nicolas , Exercices de Mathéma-
tiques, Oraux X-ENS, Algèbre 1, Cassini, 2001.
[Ha] P. Halmos , Introduction à la théorie des ensembles, Gauthier-Villars,
1967.
[L] S. Lang , Algèbre, Dunod, 2004.
[P] D. Perrin , Cours d'algèbre, Ellipses, 1996.
[RB] J.-J. Risler, P. Boyer , Algèbre pour la Licence 3, Dunod, 2006.
[R] W. Rudin , Analyse réelle et complexe, Dunod, 1998.
[T] P. Tauvel , Algèbre, Dunod, 2005.

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