Titre : Le Chemin de l'Étoile Solitaire
Le silence pesait lourd ce matin-là. C'était un silence que je connaissais trop bien, celui qui
envahit la maison après la perte de ma mère. J'avais six ans, encore trop jeune pour
comprendre pleinement la portée de ce départ, mais suffisamment vieux pour ressentir le vide
qu'elle laissait derrière elle. Ce vide, qui s'ajoutait à celui de mon père, parti trois ans plus tôt,
marquait chaque recoin de ma vie. Mon monde s'était rétréci, se limitant aux murs de cette
maison où résonnaient les souvenirs d'un passé que je ne pouvais plus atteindre.
Ma tante Elsie, une femme d'une force et d'une résilience exceptionnelles, est devenue mon
refuge, mon pilier. Elle a pris sur elle tout le poids de ma douleur, se dévouant corps et âme
pour m'élever. Mais malgré tous ses efforts, rien ne pouvait remplacer l'absence de mes
parents. Ma sœur, Rose Sandeline, était elle aussi une enfant, mais elle m'enseignait avec une
tendresse et une patience qui n'appartenaient qu'à elle. Elle m'offrait des instants de réconfort
dans ce monde devenu trop grand et trop vide pour un petit garçon comme moi.
Mon enfance a été marquée par la solitude. Je n'avais pas beaucoup d'amis, non pas parce que
je ne le voulais pas, mais parce que les circonstances ne me le permettaient pas. J'étais
réservé, timide, enfermé dans une bulle que je n'osais pas briser. Mais même dans cette
solitude, je me sentais observateur du monde, attentif à chaque détail, chaque mouvement
autour de moi. En 8ème année fondamentale, je me suis senti pour la première fois prêt à
éclore, à sortir de ma coquille.
Puis un jour, quelqu'un que ma mémoire a fini par effacer m'a donné une opportunité, un petit
business qui, pour moi, représentait une lueur d'espoir. Grâce à cela, j'ai pu acheter mon
premier téléphone, un objet simple, mais qui symbolisait tant pour moi. Mais la vie, encore
une fois, n'a pas été clémente. Un jour, l'argent que j'avais laborieusement accumulé grâce à ce
business avait disparu. Je me souviens de la sensation de désespoir qui m'a envahi, de
l'injustice qui me semblait tellement cruelle pour un enfant déjà si éprouvé.
En classe de 9ème année, ma tante Elsie m'a inscrit dans une école de français. C'est là que j'ai
appris à m'exprimer avec aisance dans cette langue, un outil précieux qui m'a permis de me
reconnecter avec le monde, d'une manière que je n'aurais jamais imaginée. En seconde, sur la
demande de mon oncle Saül, ma tante m'a envoyé dans une école professionnelle où j'ai
appris l'électricité et la plomberie. Ces apprentissages étaient plus que des simples
compétences ; ils représentaient pour moi une manière de construire quelque chose de solide,
de tangible, dans un univers qui me semblait si instable.
Lorsque je suis arrivé en rhéto, une nouvelle passion est née en moi : le journalisme. Je me
suis inscrit dans une école spécialisée, avec l'espoir de comprendre ce monde et de trouver ma
place en son sein. Cette même année, j'ai décidé de me présenter au poste de président de mon
collège. Pour la première fois, j'ai connu des moments de gloire. Tout le monde scandait mon
nom, me portant haut, et je me suis senti enfin reconnu. Mais la réalité m'a rapidement
rattrapé. J'ai perdu l'élection, victime d'un manque de communication et de la corruption qui
gangrenait déjà ces institutions. Cette défaite m'a laissé un goût amer, mais elle m'a aussi
enseigné la dure réalité de la vie. Elle m'a surtout préparé à la suite, car à mon entrée à
l'université, j'ai été élu président, une victoire qui, cette fois-ci, ne serait pas volée.
En 2019, mon grand cousin Aldaïr m'a donné l'opportunité d'intégrer le club de Festi-Génie.
C'était une nouvelle aventure, un défi qui a rapidement pris une place centrale dans ma vie.
J'ai passé des mois à m'entraîner, à me préparer, et cette année-là, nous avons été champions.
C'était un triomphe, une victoire qui marquait un tournant dans mon parcours.
En 2020, mon rêve de devenir médecin s'est heurté à une réalité douloureuse. Il n'y avait pas
de concours d'entrée pour la faculté de médecine cette année-là. J'ai dû faire un choix difficile,
un choix dicté par la reconnaissance envers ma sœur, qui avait tant fait pour moi. L'année
suivante, le concours a été organisé, mais j'ai dû me résoudre à ne pas y participer. La charge
aurait été trop lourde pour ma tante Elsie, et je ne pouvais pas lui imposer ce fardeau
supplémentaire. J'ai donc fait un autre choix, non sans regret, mais avec la conviction de
suivre un chemin qui me permettrait de grandir autrement.
En 2021, j'ai eu l'opportunité de coacher l'équipe Festi-Génie de mon collège. Cette
expérience m'a permis de retrouver la fierté de la victoire, en nous menant à nouveau au titre
de champions. Cependant, en 2023, une défaite est venue briser cet élan. Nous avons perdu la
finale, et cette défaite m'a profondément affecté. Mais en 2024, en tant que coach assistant, j'ai
contribué à notre revanche. Cette victoire contre l'équipe qui nous avait battus l'année
précédente était douce et symbolisait mon parcours, fait de hauts et de bas, mais toujours
guidé par une détermination sans faille.
En 2022, une nouvelle page s'est tournée dans ma vie. J'ai réalisé mon premier travail en tant
que professionnel dans le domaine du multimédia, une expérience enrichissante qui m'a
permis de donner du travail à des amis et à mon cousin Roosevelt. Cette expérience aété plus
qu'un simple succès professionnel ; il a été un rêve devenu réalité, particulièrement lorsque
j'ai vu le sourire se dessiner sur le visage de ma tante Elsie, celle qui avait tant sacrifié pour
moi.
Cette même année, j'ai commencé à travailler dans une station de radio. J'y ai occupé les rôles
de directeur de programmation, responsable technique et logistique. Cette radio appartenait à
mon grand cousin Roland Fleurant, qui avait généreusement payé mon loyer pendant mes
quatre années à la première faculté. Je travaillais sans être payé, par reconnaissance pour tout
ce qu'il avait fait pour moi.
Aujourd'hui, alors que je m'apprête à terminer ma seconde faculté, en sociologie, après avoir
déjà complété celle en psychopédagogie, je ressens un mélange de fierté et de gratitude. Le
chemin que j'ai parcouru a été semé d'embûches, mais chaque épreuve m'a permis de grandir,
de forger mon caractère. Le petit garçon timide et réservé a laissé place à un jeune homme
déterminé, prêt à affronter le monde avec la même patience et la même résilience qui l'ont
accompagné tout au long de sa vie.
L'avenir, je le vois maintenant avec optimisme. Je veux continuer à me développer, à servir
ma communauté, à rendre hommage à ceux qui ont cru en moi, comme ma tante Elsie et ma
sœur Rose Sandeline. Je rêve d'un avenir où je pourrai enfin réaliser tous mes projets, où je
pourrai transmettre ce que j'ai appris et aider d'autres à surmonter les défis de la vie, tout
comme j'ai pu le faire. Le chemin a été long, mais chaque pas m'a rapproché un peu plus de ce
que je suis destiné à devenir.