Troisième année de la licence fondamentale en psychologie
Évaluation clinique et neuropsychologique
Année universitaire 2022/2023
ANAMNÈSE ET ÉVALUATION
NEUROPSYCHOLOGIQUE DE BASE
Imen Souissi
Psychologue-neuropsychologue
Docteure en psychologie
[email protected]
PLAN
Introduction
1. L’anamnèse
1.1. Objectifs
1.2. Le recueil d’informations
2. L’évaluation neuropsychologique de base
2.1. Les caractéristiques
2.2. Les contraintes
2.3. Les fonctions concernées
Conclusion
Référence
Introduction
1. L’anamnèse
- C’est une démarche indispensable: le premier recueil
d’informations relatives à un patient.
Permet d’établir une relation de confiance, nécessaire
pour le déroulement de la suite de l’évaluation.
Seron et van der Linden (2014)
1.1. Les Objectifs
Recueillir des informations sur :
- L’origine de la demande
- Le passé scolaire, professionnel, et familial du patient
- L’histoire des déficits /la maladie
- La prise de conscience des troubles, les réactions et la
motivation
- Le fonctionnement intellectuel et cognitif
- Le fonctionnement quotidien (les AVQ)
Évaluer le mode de fonctionnement
antérieur (prémorbide)
1.2. Le recueil d’informations
L’origine de la demande
« …La formulation de la question est généralement imprécise et il
sera souvent nécessaire de faire expliciter d’avantage les motifs à
l’origine de la demande … » (Seron & Van der Linden ,2014).
Un patient peut être examiné pour des raisons très
différentes:
- Évaluation de l’ efficience intellectuelle
- Évaluation des fonctions cognitives : mémoire, attention, …
- Évaluation des séquelles des lésions cérébrales acquises (exemple
du traumatisme crânien)
- Évaluation des séquelles des syndromes démentiels (exemple de la
MA)
- Évaluation des troubles émotionnels et comportementaux
La demande émane de la
part: Cause organique ou fonctionnelle
Neurologue des troubles …
Autres Patient lui- Proche
collègues même
Contribution au diagnostic, troubles
Difficultés cognitives, conatives ou
spécifiques des apprentissages, bilans
comportementales observées depuis des
cognitifs spécifiques, …
semaines…
Médecin
Établir un pourcentage d’invalidité,
expertise médico-légale, revalidation, …
Définir l’origine de la demande est crucial par ce que :
- Le contenu de l’examen est en partie orienté par la nature de la
demande
- L’attitude du patient change en fonction de l’origine de la
demande
N.B: il est aussi important de demander au patient s’il connait les objectifs de
l’examen neuropsychologique (des représentations erronées le plus souvent).
L’histoire de la maladie
Consulter le dossier médical du patient (dans les mesures du possible)
avant de procéder à l’examen neuropsychologique:
- Connaitre le niveau d’éveil du patient
- Mieux choisir la nature et la quantité des tests/épreuves à administrer
- Mieux gérer le temps d’évaluation (à courte durée/par sessions, …)
-Opter pour une évaluation directe des signes spécifiques (si on connait
les sites lésionnels)
Par ailleurs, le neuropsychologue doit être attentif aux différents types
d’informations:
Physiques Personnelles
Autres Lésionnelles
- L’âge, le genre et la latéralité
- La chronologie des évènements
- La nature, l’étendue et la localisation des lésions
- Le caractère évolutif ou non de la pathologie
- Le fonctionnement moteur et sensoriel
- La présence ou non des traitements médicamenteux
- La présence d’atteintes cérébrales antérieures (antécédents,
comorbidité)
Une activité complexe qui nécessite une
focalisation importante sur les :
- Capacités d’auto-observation ou d’auto-évaluation
- Capacités d’évocation et de récupération en mémoire
- Capacités expressives et réceptives
- Présupposés du patient sur les objectifs de l’examen
Il est préférable de s’entretenir avec le patient seul ;
- Si l’accompagnateur reste présent lors de l’anamnèse, il peut
avoir tendance à revenir régulièrement au secours du patient
pour ajouter des détails, contredire, appuyer ou développer ses
propos
Tendance à substituer le patient
L’histoire des déficits cognitifs
À partir des questions ouvertes et générales:
Exemples:
- Pourquoi êtes-vous à l’hôpital ?
- De quoi vous plaignez-vous ?
- Quelles sont vos principales difficultés actuellement? …
Les informations fournies par les patients sont extrêmement
variables. Cette variabilité est expliquée par plusieurs facteurs:
La nature et Les capacités
l’intensité des d’expression et de
troubles compréhension
Le niveau de
conscience des
troubles
Autres
Les conséquences
Estime de soi
des troubles
Désirabilité sociale
- Les descriptions sont souvent imprécises: « j’ai mal à la tête; la
mémoire, j’ai tout perdu… », « je n’entends pas bien »,...
Bien articuler, reformuler, expliquer, … davantage afin
d’obtenir un tableau plus précis.
Pour ce faire, le neuropsychologue clinicien doit faire recours à :
a)Ses connaissances relatives au fonctionnement cognitif normal et
pathologique
b)Ses connaissances relatives à la sémiologie neuropsychologique
c) Ses connaissances sur les variables à prendre en compte dans
l’analyse des déficits
Évaluation quantitative et qualitative +++
Indices verbaux et comportementaux +++
N’oubliez pas de demander au patient de vous décrire:
- Des épisodes concrets au sein desquels le trouble s’est manifesté et
dont il se souvient
- Le déroulement des activités quotidiennes (conduite automobile, cuisine,
activités ménagères, travail, courses, …)
- Ses états émotionnels: la présence d’une apathie, perte d’intérêt, une
instabilité motrice, tendance impulsive, …
Le passé scolaire et professionnel du patient
Établissements fréquentés, niveau éducatif, redoublement, matières
préférées, assiduité, intérêt et motivation, difficultés rencontrées,
trajectoire professionnelle,…
L’évaluation du déficit se fait en référence à un ensemble
d’hypothèses sur le fonctionnement cognitif antérieur du patient et
sur ses domaines particuliers d’expertise.
Prise de conscience et réaction aux troubles
Conscience des
Anosodiaphorie Anosognosie
troubles
Il faut toujours vérifier les données fournies par le patient lors de l’entretien et les
confronter avec celles recueillies pendant l’évaluation neuropsychologique.
L’évaluation des déficits
Plusieurs paramètres à prendre en compte (Seron & Van der Linden, 2014):
- Les moments de l’évaluation ou les variables temporelles (chutes
attentionnelles ou fatigue au-delà d’un quart d’heure, etc)
- La surcharge mentale (oublis, distractions, difficultés de concentration
surtout quand le patient est appelé à effectuer plusieurs choses à la fois ou encore
sous contrainte temporelle)
- Le cadre de l’évaluation (routinier ou inhabituel )
- La fréquence d’apparition des situations-problèmes (nombre de
domaine touché, retentissement sur les AVQ)
- D’autres variables: rythme de travail, travail individuel ou en
équipe, ambiance au travail, niveau d’investissement
professionnel, degré d’épanouissement, …
Le recueil d’informations sur les stratégies palliatives mises en
place par le patient et/ou son entourage est aussi fondamental:
Permet d’analyser à quel fonctionnement cognitif ces stratégies font
appel ou en quoi elles allègent le travail mental requis
Renseigne sur le niveau de conscience, l’étendue et la spécificité de
la lésion
Sert à comprendre les motifs de l’échec
Permet d’apprécier le niveau d’autonomie du patient
1.3. Synthèse
Mener une anamnèse est une activité complexe: elle exige du
clinicien différentes habiletés en un temps limité:
- Susciter, recueillir et noter un grand nombre d’informations
- Centrer l’entretien sur des objectifs précis
- Prendre note de façon synthétique et précise tout en conservant
une attitude d’écoute active
L’anamnèse constitue ainsi une phase indispensable de
l’examen neuropsychologique.
Si elle est correctement menée, elle sera une source
d’informations importantes qui permettront de/d’:
Orienter la suite de l’examen
Aider à l’interprétation des
épreuves
Contribuer au diagnostic
Planifier un programme de prise en
charge adapté
2. L’évaluation neuropsychologique de base
L’anamnèse permet d’apprécier d’une manière générale certains
aspects du fonctionnement cognitif, conatif et comportemental
du patient.
Dresser un tableau clinique du fonctionnement général du
patient
Déterminer la présence des troubles et identifier les capacités
demeurées intactes.
Néanmoins, la qualité de ces informations recueillies lors de
l’entretien varie d’une personne à une autre, en fonctions de
plusieurs paramètres (déjà cités) et parfois, dans certains cas,
aucune plainte explicite ne sera émise (les troubles ne sont pas encore
apparents, l’absence de prise de conscience, …)
Seron & Van der Linden (2014)
Le clinicien doit donc faire recours à un ensemble d’épreuves dans
le but de déterminer ou encore confirmer la présence de déficits
mais aussi d’identifier les aptitudes cognitives demeurées intactes.
Cet examen neuropsychologique de départ constitue «
l’examen neuropsychologique de base ».
- Dans un certain nombre de cas, le clinicien peut se baser sur des
éléments mentionnés sur le dossier médical:
Exemple de la localisation et l’étendue des lésions
Si elles sont connues, le psychologue pourra orienter son bilan initial vers la
recherche des déficits cognitifs habituellement décrits dans ce type de lésions.
- Dans d’autres cas, ce seront les informations recueillies lors de
l’anamnèse qui orienteront le choix des épreuves.
De nombreuses situations d’examen
2.1. Les caractéristiques
Il doit explorer un certain nombre suffisant de domaines
cognitifs afin de limiter le risque d’omettre un déficit
Il doit comporter des épreuves sensibles et correctement
normées, avec un degré de difficulté satisfaisant (afin d’éviter les
effets planchers/plafonds)
Il doit être réalisé dans un temps raisonnable (2 séances ou +)
Étendu, valide, fidèle, sensible et approprié.
Les tests psychométriques utilisés doivent être:
- valides;
- fidèles, et
- sensibles
Objectiver la présence d’un déficit cognitif et même de le
qualifier (composants)
MAIS
- Ne pourra pas fournir d’indications suffisamment précises
quant aux composantes spécifiques (sous-composants) de
traitement qui sont altérés et sur lesquelles pourrait reposer
la rééducation cognitive.
Nécessité d’administrer des épreuves
complémentaires construites à partir d’un modèle de
fonctionnement cognitif normal afin d’essayer
d’identifier la ou les composantes déficitaires
responsables du trouble relevé.
2.2. Les contraintes
Décours temporel de l’évaluation
Ordre de passation des épreuves
La nature des épreuves
Tâches verbales vs non-verbales
Les situations d’échec
Blocage, gestion des émotions, …
2.3. Les fonctions concernées
L’efficience cognitive globale (60 ans +)
Evaluation cognitive générale (Mattis, MMSE)
Evaluation exécutive générale (FAB)
L’efficience intellectuelle
Les matrices progressives de Raven (PM38/PM47)
Test of Non verbal Intelligence (TONI-2)
Echelles différentielles d’Efficiences Intellectuelles (EDEI)
Les fonctions visuo-constructives
Test d’horloge
Les praxies
Gestes simples, symboliques, sur ordre, etc
Le langage
Conversation/expression
Compréhension
Dénomination
Les processus attentionnels
Les épreuves de barrage de Zazzo (simple, double)
Les processus mnésiques
Les 5 mots de Dubois
Questions spécifiques (biographiques, sémantiques, etc)
La dépression
Echelle de Beck, GDS,
Conclusion
- Le bilan neuropsychologique de base permet de quantifier les
troubles , même à un niveau général.
- L’évaluation neuropsychologique approfondie permet
ultérieurement d’affiner les résultats et de dresser un inventaire
complet de l’ensemble des fonctions (+) et (-).
- Toute intervention neuropsychologique doit se baser sur une
analyse quantitative et qualitative des données pour assurer une
évaluation exhaustive.
Référence
Seron, X., & Van der Linden (2014). Traité de neuropsychologie
clinique de l’adulte. Tome 1: évaluation. Solal.
MERCI POUR VOTRE
ATTENTION