COURS Ethique 2024
COURS Ethique 2024
ETHIQUE CHRETIENNE
❖ OBJECTIFS DU COURS
Chapitre Cinquième :
LES DEVOIRS SOCIAUX DES
CROYANTS
16/10/2024 Chapitre Sixième :
L'ETHIQUE CIVIQUE
Chapitre Septième :
ETUDE DE CAS
EXAMEN FINAL
2
INTRODUCTION
La Bible est à la fois la norme ultime de la vie pratique et de la vie de foi
de tout chrétien, notamment du chrétien évangélique. C’est elle qui a le dernier
mot1. Or, elle reste souvent silencieuse sur beaucoup de sujets qui se posent aux
chrétiens dans la société actuelle.
Où trouver, par exemple, une indication explicite sur le caractère licite ou
illicite de la contraception, de la fécondation in vitro, du tabac, du transfert
d'embryons, des manipulations génétiques, des adoptions, de l’euthanasie,
d'aide au suicidaire, des familles monoparentales, des séropositifs, etc.
Pourtant ces questions éthiques revêtent une importance capitale dans la crise des
représentations sociales. Elles apparaissent peu confessionnelles et largement
ouvertes à des possibilités de consensus, malgré un enracinement profond dans
une tradition confessionnelle.
Aussi, il n’y a pas une seule et unique éthique chrétienne mais plusieurs
modèles moraux s’enracinent dans la Bible. Comment s’y retrouver pour proposer
une conduite et des paroles claires et motivantes à tous ceux qui réclament des
orientations dans le monde incohérent d’aujourd’hui ?
Ce cours a donc pour objectif d’aider le chrétien en général et en particulier
l’étudiant de la Bible, à dégager et à rassembler les principes bibliques d’éthique
épars, en vue d’un bon usage.
1
Cela ne veut certes pas dire que l’Écriture est notre seule source de connaissance ou notre seul guide moral, ni
que nous n'avons besoin d'aucune autre source d'information ou que tout ce que nous avons besoin de savoir s'y
trouve. La Bible n'est en fait ni exclusive ni exhaustive.
3
3. La notion d’éthique
Le mot « éthique » vient du grec, ta éthika signifie les choses morales.
L'éthique est donc, en général, la science de la conduite, c'est-à-dire l'attitude
constante des hommes dirigée vers une fin. L'éthique étudie l'homme étant un
être qui a une volonté responsable.
Ce qui revient à dire que tout ce qui procure le plaisir désirable est bon. Où est
donc le caractère éthique ? D'autre part, on peut avoir une obligation à agir en
faveur de quelqu'un. Notre plaisir n'est pas alors le motif déterminant.
2. Le stoïcisme
Quant aux stoïciens, le plaisir est aussi recherché. La différence entre eux
et les épicuriens est qu'ils ne fuient pas la douleur : ils cherchaient le plaisir par la
maîtrise de soi ; il faut endurer patiemment la douleur.
3. L'utilitarisme
Ce système, fondé sur une sorte de pragmatisme, encourage toute action
dont le résultat pratique profite au plus grand nombre, ou mieux encore, procure
le plus grand bonheur. Il ne tient compte ni de sa valeur éthique ni de sa
motivation. Par ailleurs, chaque individu est en droit de chercher son propre
plaisir.
Evaluation de l'Utilitarisme : Etant donné que chacun doit chercher son
propre bonheur, la recherche du bonheur ou plaisir commun ne peut pas toujours
atteindre son objectif. D'autre, part, le fait qu'une action plaît au plus grand
nombre ne garantit pas toujours le bien fondé de cette action. Exemple : les
catégories sociales inférieures, toujours plus nombreuses, peuvent se révolter
contre les plus riches toujours minoritaires. Même si leur action peut plaire à un
plus grand nombre, elle n'est cependant justifiée pour autant.
I. DEFINITION
de Dieu (1 Cor 2.14). L'homme a cependant gardé une certaine notion de la justice
et du droit (Rom 2.14-15). En tant que tel, l'homme a des obligations morales.
2. La nature de DIEU
Dieu est l’être suprême dont dépendent tous les êtres, la Réalité qui est à
l'origine de tout (Ps 90.2 : « Avant que les montagnes fussent nées, enfantés la
terre et le monde, de toujours à toujours tu es Dieu. ») Être Saint, Infaillible, Sa
Volonté est normative et fait force de loi. Comme telle, elle est le point de repère
de toutes actions ou conduites bonnes (Rom 12.2). Ceux qui n'orientent pas leur
vie par rapport à cette volonté, sont reconnus méchants (Ps 1.5 ; 10.4 ; 36.5). Le
présupposé le plus important de l'éthique chrétienne est le fait que la sainte volonté
de Dieu est la règle normative de toute conduite bonne.
Pour certaines critiques, l'ordonnance de Dieu n'a de raison d'être que parce
que l'homme a une nature morale (courant humaniste). En effet, c'est grâce à
notre discernement moral que nous savons que ce que Dieu ordonne est bon.
Pour d'autres encore, il faut que l'homme soit convaincu que Dieu est bon, pour
obéir à Sa volonté. D'autres encore font dépendre le bien-fondé de la volonté de
Dieu d'une « justice éternelle », abstraite (comme le croyaient les habitants de
l'île de Malte en Actes 28:4).
Mais il y a deux vérités absolues à retenir et à croire :
• La volonté de DIEU est bonne, juste... parce que la nature même de Dieu
est bonne (Mac 10.18);
• Si l'homme peut recevoir la volonté de Dieu et la mettre en pratique, c'est
parce qu'il a été créé à l'image et à la ressemblance de Dieu (Gn 1.26).
Mais ce n'est pas tout, il y a un troisième présupposé.
3. La révélation divine
Au travers de toute la Bible, l'A.T. et le N.T., Dieu se révèle. Cette
révélation est liée à deux réalités :
• Dieu se révèle parce que l'homme, par sa nature morale, peut obéir à Sa
Volonté ;
• Mais aussi, Dieu se révèle à l'homme comme un élu qu’il veut conduire à
la perfection (2Tim 3.16 ; Gal 5.22).
C'est ce qui explique le chapitre suivant.
1. Le monothéisme
Les affirmations selon lesquelles le concept hébraïque de Dieu serait
l'aboutissement d'une évolution d'un polythéisme primitif sont insoutenables.
Dieu, en effet s'est révélé au peuple d'Israël dès les origines, comme étant le seul
Dieu véritable (Deut 6.4 : « Ecoute, Israël ! L’Eternel, notre Dieu, est le seul
Eternel. »)
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pesanteur3. D’où l’expression « tomber dans le péché » est juste. Pour vaincre
cette pesanteur, le Chrétien doit lui opposer la force qui est la plus grande : la
grâce de DIEU (Rom 7.24-25 : « Malheureux que je suis ! Qui me délivrera de ce
corps qui m'entraîne à la mort ? Dieu soit loué, par Jésus-Christ notre Seigneur
! Ainsi, je suis au service de la loi de Dieu par mon intelligence, mais dans ma
faiblesse humaine, je suis asservi à la loi du péché. »).
Mais à la loi du péché s'ajoutent les habitudes contractées sous l'influence
de l'ancienne vie. Le Chrétien doit les combattre en réglant sa vie par rapport à
Jésus-Christ.
b. Lois comme critères transcendants (ou en d'autres termes, lois
naturelles)
Il s'agit des lois qui ne sont pas inscrites dans l'organisme, mais qui sont
proposées de l'extérieur. C'est, selon Aristote, « la règle de justice qui est valable
partout, indépendamment de toute opinion personnelle »4. Elle est d'une
application universelle. Elle est connue de tous les peuples du monde entier (Rom
2.14s). Malgré la dépravation de l'homme par le péché, il a cette connaissance.
C'est d'ailleurs elle qui éclaire leur chemin.
En effet, les hommes s'inspirent de la loi de DIEU pour élaborer eux-
mêmes leurs lois pour réglementer la vie en société. À titre d’exemples, nous
pouvons citer : le code de la route, le code pénal etc. Ces lois ont pour rôle de
limiter les dégâts provoqués par la loi du péché. De toutes les créatures de DIEU,
l'homme est le seul capable d'obéir consciemment et volontairement à des lois qui
ne sont pas inscrites dans son organisme. Mais aujourd'hui, l'homme se disqualifie
lui-même en refusant d'obéir à DIEU et aux différentes lois qui régissaient les
rapports des hommes entre eux. À cet effet, Lacueva a raison quand il écrit que «
celui qui lui désobéit, se fuit lui-même et nit sa nature humaine ».
DIEU, en effet, en donnant la loi à l'homme, prouve deux situations de fait :
• L’homme est capable d'obéir librement à la loi de son Créateur,
• DIEU voulait demeurer en relation avec sa créature bien-aimée (Gn
2. 16-17).
c. La loi scientifique
Il s'agit des lois établies par les savants en fonction de la connaissance des
comportements humains. Exemple, la loi positive. Elle est appelée ainsi parce
qu'elle est « établie par l'autorité légitime en vue du bien de la communauté ».
Elle est donc le fait des autorités civiles de tout pays organisé, pour l'ordre social.
Mais si cette loi s'oppose à la loi naturelle, elle n'est plus valable; des citoyens
peuvent alors résister à l'autorité. Les Chrétiens ne peuvent pas tolérer non plus
qu'elle s'oppose à la loi divine (Act 4.19).
3
Pesanteur : en physique, c’est la force d'attraction qui entraîne les corps vers le centre de la Terre.
4
Lacuevap.39.
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d. La Torah
Le mot hébreu « Torah » (=loi) comporte le sens de direction. Il désigne
un ensemble de prescriptions divines touchant à la vie morale, sociale, spirituelle
et culturelle. En bref, c'est l'expression de la volonté de DIEU qui régit son peuple
(Ps 78.1 : « Mon peuple, écoute mon enseignement, sois attentif à ce que je vais
dire. »)
À la différence de la loi établie par les hommes, elle englobe la vie humaine
dans sa totalité. Elle est en outre immuable (Mat 5.17 : « Ne pensez pas que je
sois venu supprimer la loi de Moïse et l'enseignement des prophètes. Je ne suis
pas venu pour les supprimer mais pour leur donner tout leur sens. »)
La loi a pour rôle essentiel de traiter des rapports entre DIEU et les
Israélites comme étant un peuple de rachetés. Ce sont des rapports de dépendance
à DIEU par son Alliance de grâce. Elle joue donc un double rôle : en révélant la
volonté de DIEU et comment il veut être servi, la loi fait connaître à l'homme son
état de péché (Rom 4.15 ; 7.13). Par cela même, elle le conduit à CHRIST (Gal
3.24) qui, du reste, est l'accomplissement (Mat 5.17) et la fin de la loi (Rom 10.4).
Du coup, le Chrétien n'est plus sous le joug de la loi, mais va la mettre en
pratique comme étant participant de la nature divine. D’où le caractère de Christ
en nous (Eph 4.13 : « De cette façon, nous parviendrons tous ensemble à l'unité
de la foi dans la connaissance du Fils de Dieu ; nous deviendrons des adultes
dont le développement atteindra à la stature parfaite du Christ. »).
e. Le Décalogue (Exo 20.1-17 : Deut 5.6-21)
Le Décalogue, qui veut dire « dix paroles », est la reproduction des lois
que l’ETERNEL a écrites lui-même sur les deux tables de pierre (Deut 5.22b).
Les trois premiers commandements traitaient des rapports verticaux entre DIEU
et les hommes (v.3-7) ; le quatrième a un caractère religieux, il comporte une
valeur importante pour l'homme. N°1- la notion du repos physique; N°2- le plus
haut degré de la dignité humaine : se lever au-dessus du matériel pour réfléchir
sur les valeurs invisibles et éternelles. Aujourd'hui, l'homme perd cette dignité en
ne se penchant que sur le matériel (Mat 16.26).
Les six autres commandements traitent des rapports horizontaux ; ils ont
un objectif social. Mais le cinquième a, à la fois un sens religieux et social. Le
prologue d’Exode 20 présente DIEU comme étant Souverain, ayant tout droit sur
les Israélites. En retour, ils ont une dette de reconnaissance et une obligation
envers DIEU: c'est l'adoration de ce DIEU unique, d’une façon désintéressée.
C'est le fondement de la théologie et de l'éthique de l'A.T. et du N.T. Cela se
manifeste par le respect et la pratique de la justice (Lév 11.44 ; 1 Pie 1.15-17).
Les parents devaient perpétuer la connaissance de DIEU (Deut 4.9s ; 6.7 ;
11.19). En effet, de la crainte de DIEU découlait beaucoup de valeurs humaines :
la sagesse (Proverbes), le respect des aînés et celui de la vie humaine. La vie
humaine est sacrée puisque l'homme est créé à l'image de DIEU.
Aussi, « l'homicide est un des péchés les plus graves » condamnés par
toute la Bible (1 Jn 3.15 : « Quiconque a de la haine pour son frère est un
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meurtrier. Or vous savez qu'aucun meurtrier n'a de place en lui pour la vie
éternelle »). Mais ce commandement fait exception à la peine de mort (Exo 21.12
: « Celui qui frappe et tue un être humain doit être mis à mort ») et à la guerre
(Deut.7.2 ; 20.13-18) dans l'exercice de la justice. La peine de mort exercée contre
les adultères consiste à protéger la vie familiale ( Lév 20.10). Cela montre du reste
la haute conception biblique du mariage (Gen 2.21-24 :
Alors le Seigneur Dieu fit tomber l'homme dans un profond sommeil. Il lui
prit une côte et referma la chair à sa place. Avec cette côte, le Seigneur fit
une femme et la conduisit à l'homme. 23 En la voyant celui-ci s'écria : « Ah !
Cette fois, voici quelqu'un qui est plus que tout autre du même sang que moi
! On la nommera compagne de l'homme, car c'est de son compagnon qu'elle
fut tirée. » 24 C'est pourquoi l'homme quittera père et mère pour s'attacher à
sa femme, et ils deviendront tous deux un seul être).
b. L'injustice sociale
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période intermédiaire était très brève, il était plus préoccupé par le royaume à
venir. Son enseignement se concentre donc sur les conditions d'entrer dans ce
royaume : la nécessité de la repentance et du renoncement aux choses du monde.
Du coup, il néglige tout ce qui est de ce monde : famille, propriété, richesse, etc.
Ces reproches contre l'enseignement du Maître sont sans fondement, pour
plusieurs raisons : dans son enseignement, nous l'avons déjà dit, le Seigneur met
l'accent plus sur la source de la conduite que les actes. Un homme transformé,
selon l'éthique de Christ, sera un bon citoyen dans tous les domaines. Donc
son enseignement n'est pas entièrement négatif pour le monde.
D'autre part, il n'a pas adopté une attitude négative envers la famille. Il a
participé avec joie aux noces de Cana (Jn 2.1-10) ; il a reçu des enfants auxquels
il a imposé les mains (Mat 19.13-15). Il a d'ailleurs rappelé avec force
l'indissolubilité du mariage (Mat 19.5-9). Il s'élève contre ceux qui négligent leurs
responsabilités familiales (Mat 15.1-9).
Quant à l’absence de l'éthique sociale que l'on lui reproche, on peut
objecter comme suit : les principes spirituels que Jésus a enseignés peuvent bien
s’appliquer aux structures sociales. En effet, il enseigne l'humilité et le service
envers les autres (Marc 10.42-46).
b. L'éthique du royaume futur
Pour les tenants de cette théorie, le Christ enseigne la pure volonté de Dieu
telle qu’elle va s'accomplir dans le royaume de Dieu à venir. Il n'envisage pas la
possibilité de son accomplissement ici-bas. L'interprétation dispensationaliste qui
abonde dans ce même sens, atteste que le sermon sur la montagne comporte une
loi qui ne s'applique pas au temps de la grâce.
c. L'éthique du royaume futur avec validité actuelle
Cette théorie qui a pour promoteur Paul Ramsey, préconise qu'une partie
de l'enseignement de Jésus est liée évidemment à la venue immédiate du royaume
de Dieu. L'autre partie par contre peut s'adapter au contexte actuel.
d. L'éthique du royaume de DIEU comme réalité présente
On donne au terme royaume trois sens: la souveraineté éternelle de Dieu;
la manifestation présente du règne de Dieu dans la vie des hommes ; la venue du
royaume dans la parousie. Le royaume de Dieu en question dans l'enseignement
de Jésus-Christ comporte deux aspects : le « déjà » (Mat 16.16 ; Luc 17.21), et le
« pas encore ».
Dans la mesure où l’enseignement de Christ s'applique uniquement aux
sujets du royaume, c'est-à-dire les rachetés, on peut dire que l'éthique de Jésus est
une éthique du royaume. L'enseignement du Seigneur concernant les récompenses
suscitent aussi des critiques de certains philosophes qui taxent l'éthique
chrétienne d'égoïste, à cause des promesses de récompenses faites par Christ.
A part les béatitudes (Mat 5.3-11), Jésus promet de récompenser les services (Mat
10.29s), l'amour (Luc 14.13s) etc. La récompense, telle qu'elle est promise, n'est
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pas mauvaise, puisqu'elle est donnée par amour d'une part, et Jésus ne la promet
pas pour attirer les hommes, mais pour encourager ceux qui lui obéissent.
Il reste à voir la forme de l'enseignement de notre Seigneur. D'abord,
considérons-le dans son aspect positif. Le seul point absolu positif et normatif de
l'enseignement éthique du Seigneur Jésus, c'est l'amour. L'amour fonde toute
l'éthique chrétienne. Le Seigneur le qualifie de « plus grand commandement »
(Mat 22.37-39). C'est lui qui définit tous les autres commandements.
Les apôtres lui emboîtaient le pas. Ainsi Paul fait de l'amour le point de
départ de son enseignement éthique (Rom 13.8-10 ; Gal 5.14). Pour Jacques,
l'amour constitue la « loi royale » (2.8). Quant à l'apôtre Jean, l'amour fait l'objet
d'une épître entière qui d'ailleurs, constitue le commentaire le plus complet de ce
commandement (1 Jn).
L'amour du prochain dépend absolument de celui de Dieu. Ce
commandement existait déjà dans l'A.T (Lév 19.18). Mais le Seigneur est celui
qui a établi le rapport entre les deux : « Jésus rattache le commandement d'aimer
le prochain à celui d'aimer Dieu de tout son cœur ; c'est le second semblable » au
premier. Cette conjonction qu'opère Jésus frappe d'autant plus que personne ne lui
a demandé les deux plus grands commandements ; c'est lui qui prend l'initiative.
En deux ou trois mots, nous avons là toute la théologie de l'éthique ! On le voit,
l'amour du prochain ne va pas sans l'amour de Dieu.
Ceci étant, tous les autres commandements ne constituent que des décrets
d'application de ces deux grands commandements : l'honneur dû aux parents, le
respect de la propriété d'autrui et, par extension, les conseils concrets d'application
d'un principe général. Exemple : « va et vends tout ce que tu as et donne-le aux
pauvres » (Marc 10.21). Même les commandements négatifs sont un commentaire
de ces grands. II convient de savoir, en outre, que les commandements du Maître
comportent un autre sens qu'il ne faut pas prendre au pied de la lettre : les
commandements hyperboliques (du grec huperbolikôs = d'une manière
excessive, exagérée).
Ainsi, certains commandements du Seigneur Jésus ne doivent pas être pris
à la lettre, comme par exemple ceux inscrits dans Matthieu 5.29-30 :
Si donc c'est à cause de ton œil droit que tu tombes dans le péché,
arrache-le et jette-le loin de toi : il vaut mieux pour toi perdre une seule
partie de ton corps que d'être jeté tout entier dans l'enfer. 30 Si c'est à
cause de ta main droite que tu tombes dans le péché, coupe-la et jette-
la loin de toi : il vaut mieux pour toi perdre un seul membre de ton
corps que d'aller tout entier en enfer.
et Luc 14.26 : « Celui qui vient à moi doit me préférer à son père, sa mère,
sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs, et même à sa propre personne. Sinon,
il ne peut pas être mon disciple ».
Le Seigneur se sert de ces expressions pour deux raisons:
• Faire réfléchir ses interlocuteurs en remettant en cause, même la
bonne morale quand elle n'est pas fondée dans l'amour de Dieu.
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1. Le royaume de Dieu
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Ce terme comporte deux sens : le royaume de Dieu comme une réalité ici et
maintenant (Rom 14.17 ; 1 Cor 4.20 ; Col 1.13 ; 4.11) et le royaume de Dieu
eschatologique. D'ores et déjà, on peut distinguer les membres du royaume
eschatologique (1 Cor 6.9-11 ; Gal 5.21 ; Eph 5.5).
2. L'Évangile du salut
« L'Évangile est... la solution au problème éthique humain ». En effet, par
la foi en Jésus-Christ, l'homme participe à la justice du règne de Dieu. Du coup,
il est délivré de son impuissance morale. Il peut s'épanouir moralement et
spirituellement (Rom 6.12-13). Déclaré légalement juste, le chrétien doit mener
une vie juste (2 Cor 5.21 ; 1 Cor 1.30).
3. La foi
Il s'agit ici de la foi comme un élan de confiance, un abandon total de tout
son être à Dieu. Ayant une telle foi, le chrétien entre dans les vues de Dieu et agit
par amour (Gal 5.6). Or, c'est par l'amour, comme tel, que l'on peut accomplir la
loi du Seigneur, expression de sa Volonté (Rom 13.8,10).
C'est par là que le chrétien spirituel (1 Cor 2.12-16) se distingue de
l'homme naturel (1 Cor 2.14) et du chrétien charnel (1 Cor 3.1-3). Étant dans un
état de relation intime et permanente avec son Père céleste, il ne peut plus
pratiquer le mal, car Paul montre que « le mal a son origine en dehors de ce
monde, dans les puissances spirituelles, mauvaises » (Eph 2.2 ; 6.12). Il peut donc
triompher du mal sous toutes ses formes : le péché sexuel (1 Cor 6.9-10), - le
péché de la langue (Col 3.8 ; Eph 4.5 etc.). Il peut alors pratiquer le bien.
Or, l'essence ou la racine de toutes les vertus, c’est l’amour (1 Cor 13.4-7).
L'apôtre nous offre un tableau magnifique des grandes qualités spirituelles et
morales dans Philippiens 4.8. Nous évoluons maintenant vers une dimension plus
large de l'éthique :
C'est vrai, mais il y a plus. C'est surtout, parce que justement, ayant une
âme dotée d'esprit, l'homme est capable de communiquer avec Dieu, son Créateur,
c'est un être religieux. En bref, il est le vis-à-vis de Dieu. Mais cette image de
Dieu en l'homme va être détériorée à la suite du péché. Cela se traduit par l'attitude
d'Adam et d'Eve (Gen 3.8). C'est le point de départ de tous les désordres moraux
(Gen 3.12- 13). Mais, grâce à la compassion de Dieu, l'homme ne va pas toujours
demeurer dans cet état.
propre bonheur. Philippiens 2.4 fait penser à cela : il y est question, en effet de
«considérer aussi ceux des autres ».
La parole de Jean-Baptiste dans Luc 3.11 est encore plus explicite : « Que
celui qui a deux tuniques partage avec celui qui n'en a pas... » Il ne demande pas
à celui qui n'a qu'une tunique de s'en dépouiller. Ainsi, dans toute chose, le
chrétien a le droit de penser aussi à son bien : Christ Lui-même a souffert la croix
en vue « de la joie qui lui était réservée » (Héb 12.2). Mais la Bible nous enseigne
aussi le renoncement à soi (Luc 9.23-24) pour une réelle consécration à DIEU.
b. La consécration à DIEU
Tout notre être doit être consacré à Dieu (Rom 12.1). Ceci étant, toutes nos
facultés (spirituelles, intellectuelles, esthétiques et physiques) sont destinées à son
service. Il faut donc les cultiver. 1 Timothée 4.8 ne les méprise pas mais souligne
leur moindre importance par rapport à l'avantage de la piété. Aussi, pour une
raison éthique, le chrétien se doit de protéger son Esprit et ses sentiments contre
tout ce qui peut endormir, souiller ses facultés : littérature, art, spectacles,
boissons, publicité, etc.
c. Distinguer le bon et le mauvais
Il y a une conception qui tend à distinguer entre objets bons et mauvais.
Elle va même jusqu'à condamner l'usage de certains aliments, boissons, argent,
sexe, etc. (1 Tim 4.3): Cela donne naissance à une éthique d'interdiction (Col 2.20-
23). D'autre part, selon une autre conception philosophique, la matière est
mauvaise. Or, le corps humain est matière, donc mauvais. Il faut donc le
minimiser, voir mépriser ; d'où l'ascétisme.
Mais le N.T. nous présente un autre enseignement : pour mener une vie
saine, il ne s'agit pas de mépriser le corps crée par Dieu. Il faut plutôt tenir la chair
en bride, et cela par une maîtrise de soi-même (Gal 5.22b). La sexualité, ordonnée
par Dieu Lui-même (Gen 1.28 ; 2.24 ; 1 Cor 7.3-5), n'est pas mauvaise en soi :
elle est bonne quand elle est pratiquée dans le cadre du mariage. Les aliments non
plus ne sont pas mauvais en soi. Ils deviennent bons ou mauvais selon l'usage
qu'on en fait (1Tim 5.13), selon que l'on a ou pas d'égard pour les autres (Rom
14.1 ; 1 Cor 8.4-13). Les richesses sont également bonnes ou mauvaises, selon
l'attitude de chacun vis-à-vis des richesses. Abraham était fort riche (Gen 13.2 ;
24.34- 35). Cependant il a été appelé « ami de Dieu » (Jacq 2.23) ; ce qui ne fut
pas le cas pour le mauvais riche (Luc 16.19-31).
En bref, rien de ce que Dieu a créé n'est mauvais en soi. Mais tout
s'apprécie ou se déprécie selon le comportement éthique des usagers.
développer outre-mesure (Rom 12.3). C'est dire qu'il faut exercer ses facultés sans
complexe (1 Cor 12.13-30). Face aux contrariétés de la vie, il faut savoir suivre
l'exemple de Christ (1 Pie 2.21) et ne pas se plaindre des autres ou de la
providence.
D'autre part, le chrétien, comme il doit le faire pour autrui, a le droit de
prendre soin de sa propre vie. Même s'il doit être prêt à sacrifier sa vie pour les
autres, il est en droit de la protéger contre des éventuels agresseurs.
Dans le même ordre d'idée, disons que le chrétien ne doit jamais avoir
recours au suicide, quelque soit la situation. Le suicide, en effet, traduit deux
grandes faiblesses :
• manque de courage en face des circonstances de la vie ;
• manque de foi dans la providence divine.
Il faut plutôt confier la situation à Dieu par la prière, la supplication (Phil
4.6 ; Mat 15.21-28) ; car « tout est possible à Dieu » (Math 19.26; Marc 10.27).
Ainsi donc ce qui plaît à Dieu, c'est que le croyant sache se confier en sa toute
puissance, dans tout ce qui lui arrive.
VI.L'ETHIQUE SEXUELLE
1. L'importance du sujet
Des erreurs monumentales se commettent dans ce domaine. Longtemps
considérée comme tabou, la sexualité est mal comprise. Dans certains cultes à
mystère, elle est sacralisée. Par contre, dans certains autres, on la considère
comme quelque chose de vil en soi. La recherche exagérée et l'exaltation du sexe
font de la sexualité une déesse au vingtième siècle. C'est pourquoi, dans le cadre
éthique, nous devons chercher à la réhabiliter.
2. La fonction normale de la sexualité dans le plan de Dieu
Elle fait partie de la personnalité humaine, donc de l'être profond de
l'homme. Elle se présente comme l'expression altruiste5: son sens de la
communauté. Dans un acte sexuel interviennent les éléments physiologiques et
psychologiques, ce dernier est d'ailleurs le plus déterminant.
En effet, la sexualité est conditionnée par le cerveau ; d'où la douleur morale
ou le trouble psychologique que peut provoquer une sexualité mal vécue (névrose
= maladie caractérisée par des troubles nerveux sans aucune lésion organique).
Contrairement à ce que l'on pense trop souvent, l'instinct sexuel n'a pas été créé
en vue de la procréation seulement. Mais elle est également destinée à exprimer
la complémentarité ainsi que l'interpénétration spirituelle et affective de
l'homme et de la femme.
Si l'amour au sens « agapè » sert de « soubassement » au mariage, la
sexualité est le « serre-joint » qui permet l'assemblage des briques de l'édifice du
mariage. Elle est, en effet, une force pour la vie conjugale. Voilà qui souligne
assez la raison biblique de la condamnation de la sexualité pratiquée en dehors du
mariage.
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Altruiste : qui adopte une attitude dévouée et désintéressée face aux autres.
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Mais la sexualité est animatrice des quatre éléments : éros (amour sensuel),
épithymia (amour- convoitise), Philia (amour-amitié) et même agapè (amour
pur). C'est peut-être grâce à l'harmonie de tous ces éléments que la sexualité est «
physiologiquement source de vrai plaisir et éthiquement parfaite... »
Cette signification biblique de la sexualité condamne avec force les péchés
sexuels suivants : l’adultère, la fornication (1 Cor 6.12-20), l'impureté (Rom 1.24
; Gal 5.19 ; Eph 4.19 ; 5.3). Comment le chrétien doit-il combattre ces péchés
dans sa propre vie ? La Bible nous enseigne clairement que l'amour est
l'accomplissement de la loi (Rom 13:8-10). Le vrai amour que Dieu nous donne,
nous gardera toujours de commettre le dérèglement sexuel avec une personne,
objet d'un vrai amour.
VII.L'ETHIQUE CONJUGALE
1. L'importance du sujet
Le mariage est d'autant plus important qu'il est une institution divine, et
aussi vieux que le monde (Gal 2.18-24). Et comme tel, le mariage est indissoluble
: un homme et une femme se marient pour la vie (Mat 19.6). Ainsi l'union
conjugale (entre deux personnes de sexes opposés) est l’accomplissement du plan
de Dieu. C'est malheureux d'apprendre les prévisions de certains sociologues que
le mariage légal sera aboli aux U.S. A. et qu'il est déjà en voie de l'être en Suède.
Le mariage est aussi union intime. Cette intimité dont la profondeur exige
adaptation réciproque aux époux, se développe grâce à la vie ensemble, la
collaboration, etc.
2. Les buts du mariage
Ils sont au nombre de deux :
- En clair, Dieu a créé la femme pour que l'homme ait une compagne (en
hébreu ézère = secours). La prédominance chez l'homme, c'est la tête et la raison
; alors que la femme est beaucoup plus cordiale et intuitive. C'est une harmonie,
une complémentarité. Il est juste de dire que Dieu a créé l'homme et la femme
différents, mais un et complémentaires. L'expression « une seule chair » (Gen
2.24) comprend aussi bien l'union sexuelle que le travail, les joies et les peines de
la vie. En bref, cela veut dire une seule existence. Mais le mariage a une autre
finalité.
- La procréation : Dieu qui a créé l'homme à son image et à sa ressemblance,
lui donne le devoir, le privilège et la possibilité de perpétuer l'espèce humaine
(Gen 1.28). Cela constitue une bénédiction ajoutée.
3. Le respect dû au mariage
À cause de la sainteté du mariage, il doit être honoré de tous (Héb 13.4). Ce
texte souligne d'ailleurs qu'il est un état de perfection. L'état contraire est
considéré chez la femme juive comme une malédiction (Jug 11.37 :« Cependant,
ajouta-t-elle, accorde-moi un délai de deux mois ; je me rendrai sur les collines
avec mes amies pour m'y lamenter de devoir mourir avant d'avoir été mariée »).
Les péchés contre le mariage sont vivement condamnés par la Bible (Cf. Lév
27
18.29 : « En effet, tous ceux qui s'adonnent à ces pratiques abominables seront
exclus du peuple d'Israël. »). Le respect dû au mariage demande aux époux : les
devoirs.
4. Les devoirs conjugaux
- L'amour mutuel. L'amour qui est demandé à l'homme, et dont il doit aimer
sa femme, n'est pas d'abord l’éros ni philia, mais l'agapè lui-même. Cet amour
au sens le plus fort du mot. Ayant cet amour pour sa femme, l'homme peut être
capable d'avoir toutes les considérations qu'il lui doit : elle est son égal et
cohéritière de la grâce de la vie éternelle. Mais aussi, de façon objective, il doit
savoir et tenir compte dans tous ses agissements, que la femme est un vase plus
fragile (1 Pie 3.7).
- Quant à la femme, elle doit être soumise à son mari. Le verbe grec
employé ici est hypotaso qui n'exprime pas l'idée d'infériorité ou sujétion de la
femme par rapport à l'homme ; il indique que l'homme est la tête qui dirige. Il est
donc question de rang et non de valeur. Le verbe hypotaso veut aussi dire :
s'abriter derrière. La femme doit adopter une altitude de modestie et beaucoup
de respect à l'égard de son mari. Lorsque le foyer traverse des difficultés, des
mésententes, la meilleure attitude serait que chacun des époux se mette en
question : remplis-je, comme il se doit, mes devoirs ? Mais ce n'est pas tout. Il
faut :
- respecter le « devoir conjugal » (Deut 24.5 : Exo 21.10 ; 1 Cor 7.3).
L’entente dans l’acte sexuel est un facteur important pour l’équilibre du foyer.
Aussi, la frigidité et le manque de disponibilité chez la femme peuvent faire
beaucoup de mal à l’homme. De la même façon, la femme peut terriblement
souffrir si le mari est violent, égoïste dans ce domaine et manque d’estime à
l’égard de sa femme. Il faut bien soigner sa façon de faire l’amour sexuel : c’est
la qualité et non le nombre qu'il faut.
Croyants et responsables, les parents doivent savoir contrôler et organiser
la procréation en fonction de leurs possibilités. Les moyens contraceptifs ne sont
pas interdits par la Bible. Le cas d'Onân a été condamné parce que cet homme
agissait par méchanceté (Gen 38. 8-10).
- Éviter les atteintes à la sainteté du mariage. Les relations sexuelles ne sont
approuvées par Dieu, et ne procurent de la paix et de la joie, que dans le couple.
Les relations prénuptiales6 sont donc une atteinte à la dignité du mariage et
peuvent affecter le capital affectif : il faut donc les déconseiller. Mais que faut-il
faire au cas où les fiancés ont eu des relations sexuelles avant le mariage ? Comme
tout autre péché, il faut leur faire prendre conscience de cela; leur faire confesser...
Le mariage peut être célébré.
D'autres atteintes sont l'adultère (Héb 13.4b), le mariage mixte entre un
chrétien et un non chrétien (Gal 6.1 ; Amos 3.3 ; 2 Cor 6.14-18). Lorsque l'un ou
l'autre n'a pas l'usage normal de la raison, du sexe, le mariage n'est pas possible.
6
Prénuptial : qui se fait avant le mariage.
28
Il faut respecter l'âge prescrit par la loi. Le mariage est trop important pour le
profaner !
VIII.L'ETHIQUE FAMILIALE
Le foyer comprend non seulement les deux époux, mais aussi les enfants et
parfois d'autres personnes encore. Nous allons traiter ici des devoirs des parents
envers leurs enfants et vis versa (Eph 6.1-4 ; Col 3.20-21).
1. Les devoirs des parents
Ils ne doivent pas afficher des comportements négatifs à l'égard de leurs
enfants. Il faut éviter de les décourager (atymô) avec “a” privatif ; thimos veut
dire de peur « qu'il ne manque de force de caractère ». Il faut plutôt encourager
les enfants. Les parents doivent toujours agir avec justice. Ils doivent les élever
(ektrephete = prendre constamment soin de) ; les discipliner, c'est-à- dire toute
correction doit s'accompagner d'instruction (1 Cor 11.32) ; les instruire selon le
Seigneur (nouthèsia) veut dire en substance : fixer l'esprit des enfants sur les
vérités du Seigneur, leur donner de solides fondements et critères de jugement
(2Tim 3.16). La responsabilité des parents envers l'enfant commence avant sa
naissance.
2. L'avortement
DIEU est l'auteur et reste le seul Maître de la vie humaine (Ps 139:16 ; Esa
49: 1 ; Jér 1:5). Nul humain n'a le droit de provoquer un avortement. Mais
lorsqu'une grossesse met en danger la vie de la mère, et sur le conseil de l'autorité
compétente en la matière (le médecin), le fœtus peut être sacrifié au profit de la
mère.
3. Les devoirs filiaux
Les devoirs des enfants envers leurs parents commencent avec
l'obéissance. Ce mot, en grec, comporte soumission. Les enfants doivent être
soumis à l'autorité parentale qui, en quelque sorte, est représentative de l'autorité
de Dieu. Ils leur doivent donc obéissance dans tout, sauf lorsqu'il y a conflit
d'autorité entre eux et Dieu (Cf. Act 4.19 ; 5.29). Les enfants désobéissants à leurs
parents ne restent pas impunis (Pr 30.17), alors qu'aux enfants obéissants une
promesse de longévité et de bonheur est faite (Eph 6.3 ; Ex 20.12).
IX.L'ETHIQUE SOCIALE
Quand Dieu a créé l'homme, Il lui a confié des missions importantes à
accomplir, entre autre la procréation. En outre l'homme est le seul être capable à
avoir le langage articulé: possibilité de verbaliser sa pensée. Tout cela a pour but
la communication. En effet, l'homme est un être social et, comme tel, il vit dans
un réseau de relations.
1. La justice sociale
29
I.LE CAPITALISME
Il est le produit d'un libéralisme économique. C'est un régime économique
dans lequel les hommes contribuent à l'activité économique, les uns par les
capitaux productifs, les autres par le travail Technique de production. Le
capitalisme a pour principe de base « la liberté complète quant à l'acquisition de
la richesse et à l'emploi du capital qui sont régis par la loi de l'offre et de la
demande ». Quels sont les problèmes éthiques que pose le capitalisme ?
a) L'inégalité sociale: les capitalistes ont un niveau de vie très élevé par
rapport au reste des populations du pays.
b) Cela favorise un paternalisme, parfois au détriment des pauvres (Jaq 5.1-
5).
Cette inégalité est-elle due au manque de capacité et d'ardeur au travail de la part
des pauvres ? C'est l'argument que les nantis avancent. Mais il s'avère que des
personnes capables et ayant la volonté de travailler ont de la peine à s'intégrer «
dans un contexte de compétition que crée le système capitaliste ». Y a-t-il un autre
système, meilleur que cela ?
II.LE SOCIALISME
Dans ce système, les moyens de production, d'échange et de distribution
appartement à la collectivité. C'est le prolétariat qui contrôle « les conditions
d’existence et le pouvoir politique de la nation ». Sur le plan économique, deux
constatations s'imposent:
a) La plus-value du travail: l'ouvrier bénéficie d'une partie minime de ce
qu'il produit (salaire); alors que la plus grande partie sert à grossir le capital de
l'employeur.
b) Le commerce : à cause de son insertion, comme intermédiaire, le prix des
produits est élevé, ce qui ne profite « ni au travailleur, ni au consommateur, mais
enrichi l’intermédiaire qui s'est chargé de la distribution ». Il y a deux sortes de
socialisme: le socialisme réformiste ou social-démocratie.
Ses caractéristiques: il prône la collectivité des moyens de production ;
les biens de consommation restent propriété privée; n'enseigne pas l'athéisme et
l'aspect dialectique du marxisme; la prise de pouvoir est une affaire de lutte
démocratique et non par « révolution sanglante ». C'est le visage du socialisme de
nos jours.
III.LE COMMUNISME
Ses caractéristiques: il prône et la collectivisation des moyens de
production et celle des biens de consommation. Il enseigne l'athéisme et l'aspect
31
CHAPITRE CINQUIEME :
LES DEVOIRS SOCIAUX DES CROYANTS
Ces relations trouvent leur fondement éthique dans la Bible (Eph 6.5-9 ;
Col 3.22-25 ; 4.1).
I.MAITRES ET SERVITEURS
1. Serviteurs ou employés
Leur comportement au travail ou au service de leurs maîtres doit être inspiré
par la crainte de Dieu. Les conséquences d'un tel comportement sont: conscience
professionnelle, sens de responsabilité et honnêteté (Eph 6.5-8 ; Col 2.22-25).
2. Maitres
Quant aux maîtres, patrons ou chefs, conscients qu'ils sont eux-mêmes
serviteurs du plus Grand Maître; ils doivent se comporter avec justice et égards
envers leurs serviteurs (Eph 6.9 ; Col 4.1). Les contrevenants sont sévèrement
menacés (Jac 5.1-6).
7
Manifeste : c’est un écrit publié exposant et détaillant un sujet ou une doctrine. Le manifeste d'un parti politique.
32
faiblesses, des chutes secrètes d'un frère ou d'une sœur. L'exigence éthique est que
tout chrétien digne de ce nom évite tout ce qui pouvait porter atteinte à la
réputation d'autrui. Une inexactitude rapportée à la légère, « peut causer des
préjudices » car on ne le ferait pas sans offenser le Seigneur Lui-même (Rom
14.1-4 ; Act 9.4 ; Mat 25.45).
CHAPITRE SIXIEME :
L'ETHIQUE CIVIQUE
Le croyant né de nouveau, habité par le Saint-Esprit, est déjà citoyen des cieux (Eph
2.6 ; Jn 14:2 ; Apoc 21:27). Mais à présent il a encore les pieds sur terre (Jn 17:11, 15,18).
La double citoyenneté suscite-t-elle une dualité dans la vie du croyant ? S'il est bien
conscient de la situation, ses sentiments en tant que citoyens des cieux prévalent sur ceux de ce
monde (Col 3:1 -4; 1 Pie 2:11 ). Le plus qu'on puisse dire est qu'il y a une tension dans le croyant
(Phil 3:20).
II.L’ETAT
1. La Nation
Ce concept comporte l'idée d'un groupe humain établi en une région déterminée. La
nation se caractérise par une conscience de son unité et la volonté de vivre en commun, avec
des réalités ethniques communes: race, culture, histoire, tradition etc. En bref l'idée de Nation
implique une idée de spontanéité, donc plus naturelle que celle de l'État.
2. L'Etat
La vie chrétienne est neutre vis-à-vis des systèmes politiques. Ceci étant, le chrétien,
citoyen de son pays, peut choisir le parti politique qui répond mieux à ses convictions
religieuses par rapport à la notion de l'autorité et à la dignité humaine.
1. Le totalitarisme
Les partis comme le fascisme, le nazisme, le marxisme etc., par le fait de leur
philosophie totalitaire imposée du haut en bas, est de nature à aliéner l’homme. En effet, ils ont
le monopole du contrôle de « tous les aspects de la vie sociale, y compris le religieux » . Le
chrétien ne peut pas approuver un tel système.
IV.L'EGLISE ET L'ETAT
« L’Eglise et l'Etat sont deux types différents de société ». Cela est fonction que
l'homme est Corps et âme (Gen 2:7). Comme tel, il a des besoins temporels et spirituels. Aussi,
l'Etat, voulu de Dieu, a été institué pour s'occuper des réalités temporelles de la vie de l'homme,
veiller à l'ordre social (Rom 13:1-7). Quant à l'Eglise, communauté spirituelle, elle a pour
responsabilité de s'occuper des valeurs spirituelles.
Si les deux types de société ont le même enjeu: l'homme, leurs préoccupations sont de
nature différente. Les Evangéliques ont raison d'adopter « le principe de la séparation de
l’Eglise et l'Etat, à l'instar de notre Seigneur Jésus » (Mat 22:21 : « « De l'empereur »,
répondirent-ils. Alors Jésus leur dit : « Payez donc à l'empereur ce qui lui appartient, et à Dieu
ce qui lui appartient. »). Mais les deux domaines ne doivent adopter, ni une attitude d’hostilité,
ni de manque de respect l'un vis-à-vis de l'autre; mais plutôt un esprit de collaboration, en
sachant reconnaître et délimiter « les zones de compétence ». Car les deux domaines se
34
Conscient des réalités bibliques que nous venons de voir, le chrétien doit par motif de
conscience:
• Obéissance et soumission aux autorités et aux lois (ex. le code de la route, les règles qui
régissait les affaires etc.)
• Payer l’impôt, les taxes, les droits de douanes etc., sans chercher d'échappatoire pour
faire appel au favoritisme (Rom 13:6-8);
• Honorer et respecter les Autorités ( 1 Pi 2:13-17);
• Comme tout autre citoyen, le chrétien se doit de participer à la vie politique de son pays
dans tous les domaines : voter pour le meilleur candidat, apporter ses idées sur la construction
etc.
L'action que le chrétien doit exercer dans son milieu est comparée à celle du sel, de la
lumière (Mat 5:13-16) et du levain (Mat 13:33 ; Luc 13:21). Pour bien comprendre son rôle, le
chrétien doit analyser ces éléments: il n'a qu'à les imiter ! (Prov 6:6-8). La Bible lui enseigne
cette sagesse.
Il s'agit d'abord d'une prise de conscience des problèmes de ce monde et une juste prise
de position qui consiste à exercer action et influence positives. En écartant les extrêmes, un
pessimisme radical ou un optimisme exagéré, notre éthique se fondera sur les principes
doctrinaux suivants:
2. La grâce générale de Dieu pour le monde est évidente. Elle se manifeste « dans tous les
domaines du travail, de l'art, de la culture ; toute vérité, toute justice ou liberté qui s'y trouve
est agréable à Dieu. Ce sont des bénédictions de la grâce commune » qui ne sont pas destinées
à disparaître (Apo 21:26 ; Es.60: 11). L'Esprit de Dieu œuvre dans l'être de l'homme et y
maintient à un certain niveau une moralité (2Thes 2:7 ; Gen 20:2-4). Mais seul le chrétien peut
pratiquer les vertus de haut degré (Phil 4:8).
3. Le chrétien, convaincu, responsable, doit agir pour toute bonne œuvre (la paix, la vérité, la
justice), mais doit s'élever contre tout ce qui entrave le bonheur des hommes (la violence,
l'injustice, l'exploitation de l'homme, la guerre, le chômage, etc.). Sa position peut souvent
susciter des mécontentements contre lui. Mais il doit accepter cela, c'est normal (2Tim 3:12)!
Le chrétien, entant que personne équilibrée, doit fuir les deux extrêmes pour adopter
une position de juste milieu. Ainsi, d'une part, il ne va pas adopter « le sécularisme
anthropocentrique » qui, trop concentré sur les réalités terre à terre, n’a aucun intérêt pour les
réalités éternelles ; d'autre part, il ne va pas se comporter au « super-saint » qui, différent des
réalités terrestres, ne lutte pas contre les grands maux existentiels actuels. Mais le chrétien
engagé doit prendre position contre les maux : comme le racisme, le féminisme à la lumière des
Saintes Ecritures. Il y a surtout deux problèmes difficiles : la guerre (nous en parlerons au
chapitre six) et la peine de mort.
La peine de mort : l’A.T., il est clair, justifie la peine de mort dans plusieurs cas
graves (Gen 9:6 ; Exo 21:12- 32) : C'est des règlements de comptes. D'ailleurs, « le code
Hammourabi imposait la peine de mort pour des fautes nettement moins graves ».
Mais dans l'économie de la grâce, le Nouveau Testament n'abonde pas dans ce sens.
Jésus introduit une autre Loi : celle de l'amour et du pardon. Il pardonna la femme adultère (Jn
8:3-1 l) qui avait commis une faute « punissable de mort » (Deut 22:22-24). Face à cette loi de
l'amour et du pardon, la loi du talion est caduque (Exo.21:23-25 ; Cf. Mat 5:38-48). C'est « la
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règle d'or » (Mat 7:12) qui inspire tout (Rom 12:17-21 ; 13:8-10). A ceci s'ajoutait d'autres
raisons interdisant la peine de mort:
a) Seul Dieu peut décider, en tant que Maître suprême, à ôter la vie d'un homme (Ez 18:4).
Par ailleurs Dieu ne veut pas la mort du pécheur (Ez 3:17-18);
b) ôter la vie d'un malfaiteur, n'arrange rien au mal commis, ni n'arrange aucune personne
de la famille du malfaiteur disparu. Ainsi donc la peine de mort manifeste le point faible des
pays qui la pratiquait. C'est l'échec de tout le système didactique (la psychologie éducative, la
méthode de rééducation de mentalité, etc.).
Comment concilier ceci avec la déclaration de Paul dans Rom 13:4 : « Le magistrat est
serviteur de Dieu... ce n'est pas en vain qu'il porte l'épée...Pour exercer la vengeance et punir
celui qui fait le mal » ? Faut-il considérer « l'épée comme l'emblème du droit de punir en
général, sans qu'il résulte rien de là quant à la peine de mort en particulier ? » Pouvons-nous
être capables de donner sur ce passage une explication exégétiquement fidèle, mais sans
légitimer la peine de mort qui pourrait être pratiquée à la fantaisie des grands de ce monde ?
Le problème réside au niveau de la communion intime entre Dieu et le magistrat
punissant comme « l'agent de la colère de Dieu ». Dans chacun des cas, agit-il vraiment sous
l'inspiration et sous le contrôle du Souverain des souverains ? En tout cas une chose est sûre,
c'est que « Dieu use de patience envers vous, ne voulant qu'aucun périsse, mais voulant que
tous arrivent à la repentance » (2 Pie 3:9).
CONCLUSION
CHAPITRE SEPTIEME :
ETUDE DE CAS
INTRODUCTION
Les funérailles occupent une place prépondérante en Afrique non seulement en fonction
des passions qu'elles revêtent mais aussi en vertu de leurs liens intrinsèques avec la culture.
Elles sont des occasions de grands rassemblements, très souvent festives occasionnant des
grandes dépenses, des moments incontrôlés où se manifeste « la solidarité africaine », se
résolvent des conflits familiaux, se scellent de nombreuses réconciliations et s'effectuent des
pratiques de nature mystique.
Aussi, au cours des funérailles en Afrique, les règles rigoureuses doivent être
respectées. Si l'application de la déontologie funéraire fait défaut, il surgit des difficultés, voire
des conflits occasionnant de lourdes amendes. C'est pourquoi, le chrétien africain doit connaître
les rouages des funérailles s'il veut maintenir sa dignité de citoyen des cieux parmi les gens de
sa culture. Pour cerner les contours de ce fait social important, nous prendrons l'exemple du
peuple baoulé de Côte d'ivoire, un peuple dont les funérailles présentent beaucoup de
similitudes avec ceux du grand groupe Akan de Côte d'Ivoire et de celui de Ghana. Comment
les funérailles se déroulent-ils en pays baoulé ? Quels sont les enjeux éthiques qui en découlent
?
C'est autour de ces deux axes que s'articulera notre travail. Nous considérerons d'abord
le déroulement des funérailles et ensuite nous apporterons notre appréciation sur les différents
éléments mentionnés.
La Bible nous fourni tant de renseignements sur la pratique des funérailles dans la
période post-testamentaire et néotestamentaire. Ces pratiques ne sont pas toutes spécifiques à
Israël. On les trouve un peu partout dans le Moyen et le Proche-Orient. Découvrons donc
quelques pratiques mortuaires dans la Bible.
1. Le traitement de la dépouille
8
Ruben, POHOR, cours dispensé à la Faculté de Théologie Evangélique de l’Alliance Chrétienne (FATEAC,
année 2008/2009, pp. 26-34.
38
simplement lavées, ointes de parfums et d'aromate, puis enveloppées dans un linceul avant
d'être enterrées (Jn 11, 44 ; 20, 5-7 ; Ac 9, 37).
2. La sépulture
Au temps des patriarches, les membres d'une même famille étaient tous enterrés dans
une même tombe. C'était une fosse naturelle ou une grotte taillée dans le roc où l'on transportait
parfois des dépouilles mortelles, depuis des lieux très éloignés. Joseph emporta d'Egypte jusqu'à
Canaan la dépouille de son père, et plus tard ses ossements aussi furent déplacés en Israël.
En Israël, les riches pouvaient acquérir de belles sépultures familiales, tandis que les
pauvres, les étrangers devaient se contenter d'un cimetière public (2 rois 23,6 ; Jér 26,23 ; Mt
27,57).
3. Les funérailles
La loi de moïse enseigne que tout contact avec un cadavre rend impur. Comme tel, le
corps doit être enterré le plus tôt possible. Aussi, il était strictement interdit au grand prêtre de
toucher à un cadavre, ni se mettre en deuil (Lév 21,10-12). Quant aux prêtres, ils ne pouvaient
participer aux manifestations funéraires que dans le cadre de la stricte parenté (Lév 21,1-4).
A l'occasion des funérailles, les parents du défunt observaient certaines pratiques telles
que le rasage de la tête et de la barbe, les incisions sur le corps, le déchirement des habits, le
port du sac, se rouler dans la poussière, se couvrir de cendre, pleurer, et se lamenter. On pouvait
également écrire ou chanter des complaintes en hommage au défunt (2 Sam 1,17-27 ; 2 Chr
25,25). Les femmes faisaient généralement office de pleureuses (élégiaques). Après
l'inhumation, un repas mortuaire était parfois offert (Jer 16,7). La durée des deuils observée
dans la Bible varie entre trois et tente jours.
1. Pratiques
Chez les San au Burkina, celui qui part annoncer le décès, quelque soit la distance, doit
impérativement être le premier à revenir sur les lieux du décès au risque d'être aussi frappé par
la mort. Le rasage de la tête semble être une pratique exigée aux parents proches du défunt par
de nombreuses cultures en Afrique telles que chez les Baoulé et les Sénoufo.
Aux nombres des pratiques courantes, nous notons la procession en pleurs et l'offrande
de la boisson à ceux qui sont venus consoler la famille. Naturellement, ce sont des boissons
alcooliques (Bière, vin, etc.). La période des funérailles est meublée de danses traditionnelles.
Aussi chaque ami du défunt, pour manifester sa sympathie peut à l'occasion faire venir une
danse dans laquelle il milite.
Chez les sénoufo, les parents du défunt doivent nécessairement esquisser des pas de
danse dans le but de mettre le défunt à l'aise. En d'autres termes, pour ne pas le priver d'une
certaine faveur et d'un épanouissement dans l'au-delà. Par ailleurs, les parents sont tenus de
faire une offrande (argent, Cori, etc.) en faveur des initiés venus pour danser.
Pour rendre notre description plus compréhensible, nous suivrons l’ordre chronologique
dans lequel apparaissent les éléments au cours des obsèques. Nous considérerons les éléments
avant l'enterrement, ceux qui s'exécutent pendant l'enterrement et ce qui se fait après
l'enterrement.
Dès que survient un décès au village, deux choses urgentes sont à faire : soigner la
présentation du corps, et porter la nouvelle à tous. Concernant le corps, on procède ensuite à la
toilette mortuaire et on expose le corps si la famille estime qu'il peut être présenté au public.
C'est à partir de ce moment qu'on peut pleurer le mort.
Ce sont d'ailleurs les lamentations qui portent la nouvelle aux autres villageois dans leurs
cours. Pour ceux qui sont dans les champs, c'est le tam-tam parleur qui leur annonce le décès.
A ceux qui sont dans les villages environnants, on envoie vers eux des messagers pour leur
apporter la nouvelle.
La démarche est tout autre quand le décès survient en ville. Si le décès survient dans un
hôpital, on transfert le corps à la morgue après que l'agent de santé ait délivré un certificat de
décès. Les parents rentrent à La maison. Puis la nouvelle est apportée aux personnes concernées.
Généralement, c'est par le téléphone. Mais pour les personnes très proches du défunt, on
dépêche vers elles des personnes pour leur annoncer la nouvelle. Cette précaution permet de
diminuer le choc mais surtout de les assister dans leur affliction.
Si le décès survient dans une maison de la ville, on remplit les formalités administratives
au niveau de la mairie et on transfert le corps dans une morgue. Que ce soit en ville ou au
village, la solidarité africaine fait que les gens affluent dans la famille du défunt pour apporter
leur réconfort moral. Certains des plus proches parents déménagent dans la famille durant tout
le temps des funérailles. Des dons en nature et en espèce (pagnes, draps de lit, les foulards etc.)
sont faits pour aider la famille à supporter les charges occasionnées par la mort.
Quand la grande famille se réunit après l'annonce de la mauvaise nouvelle, celle-ci tient
des réunions pour l'organisation des obsèques. Ses assises portent essentiellement sur la date de
l'enterrement et sur les dispositions pratiques à prendre pour le bon déroulement de
l'enterrement et pour un meilleur accueil de ceux qui viendront pour apporter le réconfort. A ce
niveau, signalons que les décisions varient selon le renom du défunt et l'opulence de sa famille.
Certains préparent des cérémonies grandioses et d'autres des manifestations à la mesure de leurs
possibilités.
L'achat des pagnes de funérailles est devenu presque obligatoire dans cette culture qui
n'avait pas cette habitude. Seulement notons que c'est à cette étape que nombre de gens
s'endettent par contrainte ou par le désir de paraître. Ainsi ils créent des problèmes financiers
pour leurs différentes familles. Et après les obsèques, ces hommes n'arrivent plus à payer les
dettes. Dans tous les cas, les plus grandes dépenses se situent au niveau de la location des
chaises et des bâches, de l'achat des boissons, de la nourriture, du cercueil, du corbillard si le
corps doit être transféré de la ville sur une grande distance. Les funérailles sont vraiment des
occasions de grandes dépenses. Malgré tout, on fait les différents préparatifs pour le jour de
l'enterrement.
L'enterrement est le plus souvent précédé d'une veillée funèbre. Si la personne décédée
est chrétienne, ce sont les chrétiens qui se chargent d'exécuter des chants religieux et de prêcher
la Parole de Dieu durant la cérémonie. Si elle est membre d'une religion additionnelle africaine,
ce sont ses coreligionnaires qui ont à charge le déroulement de la veillée. Notons que quelque
40
fois, l'on veut que le temps soit reparti entre les chrétiens et les autres et cela suscite beaucoup
de discussions.
Le jouir de l'inhumation est un jour où personne ne veut s'absenter. Beaucoup de personnes se
rendent sur les lieux pour d'abord rendre un dernier hommage au défunt (e), mais surtout pour
assister la famille qui doit se séparer définitivement d'un être cher.
Ce jour est aussi celui où l'on reçoit encore des dons. Le jour de l'enterrement des
personnes très âgées est un jour de fête. Les danses ancestrales sont exécutées comme pour faire
les adieux aux défunts. Les femmes s'activent à faire le repas pour recevoir les étrangers venus
de très loin. Pendant ce même moment, le vin de palme, le vin rouge et les liqueurs sont servis
à profusion dans les familles. C'est pour cette culture la meilleure manière de bien recevoir les
étrangers et celle de supporter la douleur. Pour les personnes moins âgées, c'est vraiment le
grand calme. Cette attitude est la même que celle du peuple Ashanti du Ghana ; La tristesse se
lit sur les visages mais cela n'exclut pas que la liqueur coule à flot dans les maisons.
Quand l’heure indiquée pour l’enterrement sonne, on présente le corps en bière sur la
place publique. Des rites sont faits à l'endroit du veuf ou de la veuve et aussi à l'égard des
enfants si le défunt (e) en a eu. Suit immédiatement l'inhumation à laquelle tout le monde est
convié si la personne décédée est chrétienne. Dans le cas contraire, la présence des femmes est
interdite au cimetière. Dans les deux cas, tout le monde ne se déporte pas au cimetière. Les
personnes âgées restent à la maison ou sur la place publique pour consoler la famille éplorée.
Les funérailles ne se limitent pas au cimetière mais ils se poursuivent après l'inhumation.
Cette partie se résume essentiellement aux rites de purification, aux adresses faites à la
famille éplorée, au recueil des dons, à la restauration de tous les visiteurs et l'achèvement des
rites à l'égard du partenaire et à l'égard des enfants, juste après l'enterrement, tous ceux qui se
sont rendus au cimetière sont tenus de se purifier. Ils doivent se laver les mains dans un bassin
qui contient une infusion de plantes spécialement préparée à cette occasion. De retour à la
maison, l'on s'adresse à la famille éplorée pour lui demander de prendre courage afin de
supporter cette dure épreuve.
Suit après la restauration pour les visiteurs qui doivent retourner dans leurs localités
respectives. Mais pour les autochtones, il faut continuer à recueillir les dons. Chez les Ashanti
du Ghana, des groupes de chanteurs s'installent et c'est leurs rythmes que se font les dons. Pour
certains, c'est en fait l'occasion de démontrer leurs capacités financières ; mais en générale les
dons sont fait dans l'objectif de soutenir la famille éplorée. En pays baoulé, le souci de paraître
est moins marqué. L'essentiel, c'est d'apporter quelque chose pour témoigner notre compassion
à la famille.
Le soir venu, l'on se disperse, mais certaines femmes passent la nuit avec la famille éplorée
dans le but de leur apporter leur chaleur humaine de même que leur assistance. Un soin
particulier est accordé au veuf (ve) et aux enfants.
Le lendemain ou à défaut les jours qui suivent, on doit procéder aux cérémonies de
purification de la famille. Tous les membres proches doivent se raser la tête. On estime que les
cheveux ont été souillés par la mort, il faut donc s'en débarrasser. Les cheveux tondus sont une
marque de deuil chez les Baoulé. Pour la veuve ou le veuf, d'autres cérémonies sont ajoutées II
ou elle est soumis(e) à une toilette de purification. On estime qu'il ou qu'elle est souillée par le
départ du conjoint. Ensuite un repas spécial lui est fait pour marquer la fin du jeûne.
Nous faisons remarquer que chez les Baoulé, dès que le partenaire décède, on soumet
automatiquement le survivant à un jeûne si sa santé lui permet de l'observer. C'est seulement le
soir qu'on lui donne de la nourriture. Il ou elle est tenu de respecter certaines attitudes comme
par exemple, ne pas demander lui-même les nouvelles quand on le salue, ne pas marcher bras
ballant, pleurer automatique quand arrive un visiteur en pleurant etc. La cérémonie de
41
purification dont nous parlions tantôt se fait avec toutes les contraintes. On fait porter à la veuve
ou au veuf de même qu'aux enfants, des colliers qui marquent le statut de veuve ou de veuf de
même que le statut d'orphelin. Le Baoulé croit que ces éléments éloignent d'eux l'âme du défunt
et ils leur garantissent une bonne santé. La période de veuvage durait environ un an dans les
temps anciens. Mais avec la modernisation de nos sociétés, elle est réduite à environ une
semaine.
Au village, une dernière cérémonie se fait à l'égard de la veuve ou du veuf. On lui fait
un repas spécial. Celui-ci marque la fin du jeûne. Ensuite on l'accompagne au champ pour lui
dire qu'à partir de ce moment, il ou elle peut reprendre ses activités champêtres. Pour ceux de
la ville, on leur laisse la liberté de vaquer à leurs occupations après leur toilette de veuvage.
Soulignons que la toilette de purification et le dernier repas sont faits en fonction des rapports
que le conjoint survivant a entretenus avec le défunt(e) et avec sa famille. Si les relations ont
été bonnes, tout se passe sans incident. Mais si elles ont été défaillantes, on soupçonne que c'est
le conjoint survivant qui lui a donné la mort.
Dans ce cas, les risques d'empoisonnement du survivant sont élevés. C'est soit l'eau de
toilette qui comporte les plantes venimeuses en plus des bonnes plantes, soit c'est le repas qui
est empoisonné. Dans tous les cas, une dernière cérémonie est faite pour permettre au conjoint
survivant de vaquer librement à ses occupations.
Toutefois, il ou elle n'est pas abandonné (e) de si tôt. Il ou elle est toujours accompagné
(e) de quelqu'un qui est déjà passé par cette dure épreuve. C'est cette personne qui lui indique
toutes les dispositions utiles à prendre pour sortir victorieux (se) de cette épreuve. Quelle
appréciation le chrétien africain peut- il- faire de tout le déroulement des funérailles en pays
baoulé ?
Chez certains peuples tels que les baoulés, les trois premiers décès d'une famille
nucléaire sont considérés Fèwa. En d'autres tenues, ces décès sont privés de toutes prérogatives.
Comme tel, il est formellement interdit de pleurer et l'inhumation se fait sans tambour ni
trompette. A l'occasion de tout enterrement, dès le retour du cimetière, on se lave les mains
dans un vase dont il y a de l'eau et des feuilles de citron. Cela vise une protection : s'éloigner
de l'aiguillon de la mort. Dans la plupart des peuples africains, les femmes enceintes qui
décèdent subissent un ensevelissement particulier. Dans ce cas de figure, des initiés extraient le
bébé et on les couche côte à côte dans la tombe.
A l'endroit des veuves ou des veufs, il y a une pratique qui s'impose. Chez les baoulés
par exemple, après l'inhumation du partenaire décédé, le veuf ou la veuve doit être lavé par une
eau spéciale. Quant aux orphelins avant l'inhumation, on leur demande de passer à travers le
corps étendu à tour de rôle à commencer par l'aîné jusqu'au plus petit. Aussi, au retour de
l'enterrement, on utilise une partie de la couverture mise sur le cercueil pour l'attacher aux
chevilles de chaque enfant. Avec le temps, ce morceau de tissu finira par se détacher et tomber
pour mettre un terme au rite d'orphelinat.
Dans certains peuples manding notamment au Burkina chez les son, seule la classe des
forgerons a le droit de commencer à creuser la tombe. Naturellement, dans le commun de tous
les peuples en Afrique, après l'enterrement, l'on fixe un jour pour une autre cérémonie qui
consiste à une levée de deuil. Mais l'organisation diffère d'un peuple à l'autre. Chez les sénoufo
et au Burkina par exemple, c'est un grand jour où l'on célèbre le défunt.
3. Les raisons
Pour la première raison, l'idée qui se dessine est que les funérailles constituent un
passeport pour ainsi avoir accès à l'au-delà. Ce qui signifie que tant que les funérailles ne sont
pas organisées, l'âme du défunt réside encore sur la terre. Comme tel, Dr André KOUADIO fait
remarquer que « les Ashanti placent des plantes rampantes en travers du chemin pour empêcher
les morts de les suivre ».
La seconde raison, notamment obtenir la faveur des morts traduit une sorte de protection
et de bénédiction dont les vivants doivent être l'objet de la part de celui qui est décédé. Quant à
la troisième raison, c'est l'occasion que l'ami du défunt ou toute personne venue pour la
circonstance s'offre pour traduire émotionnellement, physiquement ou matériellement son
affection. Cette sympathie peut être aussi bien à l'endroit du défunt que de la famille éplorée.
Pour cela, « certains peuples tels que les Ashanti , Baoulé, Abbé, Attié et les Agni en mangeant,
offrent une partie au défunt » car si un cadavre n'est pas content, il peut vous créer des
problèmes. Très souvent, ce sont les récoltes qui ne vont pas produire.
Au regard de toutes les pratiques mentionnées, nous présentons ici deux problèmes qui
méritent une réflexion quant au sens éthique.
Notre identité de chrétien fait de nous une alliance avec le Christ. Considérant que
Christ a toute autorité dans les cieux et sur la terre, nous avons déjà une sécurité absolue et
suffisante. Dans cette perspective, il est écrit : « L'Éternel est ma lumière et mon salut : De qui
aurais-je crainte ? L'Eternel est le soutien de ma vie : De qui aurais-je peur ? » Comme tel, le
chrétien ne doit pas observer certaines pratiques dans le sens d'une protection contre le mal ou
la mort.
Au nombre de ces pratiques, nous citons : le rasage de tête, se laver les mains après
l'enterrement, s'arranger à retourner le premier sur les lieux de décès après l'annonce du décès,
observer le fêwa , extraire impérativement le bébé du ventre d'un cadavre portant une grossesse,
faire porter une amulette aux orphelins, le lavage du veuf ou de la veuve etc. Aussi, le fait de
poser un acte en faveur du bien-être du défunt touche un problème doctrinal.
En effet, selon la doctrine des évangéliques issus de la Réforme, le bien-être d'une âme
dépend de sa relation avec Christ de son vivant. Cela a été l'un des champs de bataille de Luther
dans ces 95 thèses adressées à l'église catholique. Ainsi, le chrétien notamment l'évangélique
doit se garder d'observer ces pratiques. Nous voulons parler des pas de danse que les parents
doivent esquisser, etc.
A ce niveau, il convient de faire la part des choses. La sympathie est une vertu louable
tant dans le monde que dans l'église. Cependant, le problème serait l'intention que nous avons
en posant un tel acte. Par exemple, participer aux funérailles d'une personne qui est décédé est
à la fois une sorte de sympathie envers les parents et envers la mémoire de l’illustre disparu. Si
le chrétien le fait pour motif de communion fraternelle selon qu'il est écrit « pleurer avec ceux
qui pleure » (Rom 12,15), cela est juste. Mais si le chrétien doit le faire pour attendre en retour
une bénédiction du défunt, alors cela pose un problème.
43
Aussi, les pleurs ont un fondement biblique. Jésus a pleuré devant la tombe de Lazare
(Jn 11, 35). Dans le N.T, à la mort d'Etienne, les chrétiens ont beaucoup pleuré (Ac 8,2) ; à Jaffa
le décès de Dorcas (Ac 9, 3) avait causé tant de tristesses que toutes les veuves pleuraient à
l'arrivé de Pierre. Mais cela doit se faire sans hypocrisie contrairement à ce que nous voyons
généralement lors des obsèques. Par ailleurs, le chrétien doit montrer son espérance surtout dans
le cas d'un chrétien décédé en évitant tout acte d'exagération tel que se cogner la tête contre le
mûr, ou prononcer des paroles de désespoir. Généralement, dans l'expression de la sympathie,
nous l'exprimons par des dons de condoléance (argent, nature). A ce niveau, le problème éthique
est l'orgueil qui pousse certains à s'afficher devant la foule en insistant qu'on fasse échos de leur
don dans un haut parleur. Le chrétien peut naturellement faire des dons de condoléances. Mais
il doit se garder de tout orgueil.
3. Le mécanisme de solution
La Bible déclare que «mon peuple est détruit, parce qu'il lui manque la connaissance»
(Osée 4, 6). Au regard de tout ce qui précède, nous constatons que nos chrétiens observent
certaines pratiques parce qu'ils ne sont pas enseignés. Comme tel, le Pasteur et son conseil
doivent sélectionner tous les sujets relatifs aux funérailles et les traiter en un séminaire devant
toute l'église pour permettre à chacun de poser des questions et découvrir son erreur. Selon
Margaret, «un homme ne changera sa façon d'agir ou son attitude que s'il se rend compte par
lui-même que le changement lui apportera des résultats plus importants et plus bénéfiques que
ce qu'il retire de son comportement habituel» . Au nombre des sujets à enseigner, nous citons
par exemple la doctrine du salut, la mort, l'au-delà, et la confession de foi. Au terme d'un
séminaire élargi à toute l'église locale d'une région donnée, nous arrêterons ensemble une ligne
de conduite dans le cadre des funérailles.
Notre appréciation se fera autour de deux pôles : les aspects négatifs et les aspects
positifs. Mais nous ne terminerons pas ce travail sans proposer des pistes de réflexion en vue
d'améliorer les funérailles dans cette culture. Commençons par relever les aspects négatifs des
funérailles dans cette culture.
Notre appréciation pourrait peut-être être critiquée. Mais nous prenons le courage de
dénoncer ce que nous jugeons comme éléments négatifs dans l'organisation des funérailles en
pays baoulé. Nous dénonçons tous les excès qui se pratiquent dans ces funérailles : les sommes
importantes d'argent englouties, les excès dans la consommation de boisson alcoolisée. Nous
dénonçons aussi les pagnes de funérailles devenus presque obligatoires dans une culture qui
n'avait pas cette habitude ; et enfin la dépravation sexuelle qui se pratique au cours des veillées
funèbres. Ce délit sexuel n'est pas spécifique chez les Baoulé. Mais nous le mentionnons parce
qu'il se pratique aussi dans leur milieu. Nous émettons des réserves quant aux différentes
cérémonies de purification.
En effet, nous admettons que l’on engage des dépenses pour enterrer dignement son
mort. Mais de là, s'engager dans des dépenses exorbitantes au point d'endetter la famille, nous
ne pourrions le cautionner. De plus, le mobil qui sou tend de tels agissements n'est pas du tout
louable. L'on veut faire les funérailles comme ceux qui ont les moyens. Enterrer notre mort
dans un cercueil de grande qualité. L'idée est louable. Mais s'endetter pour acquérir ce matériel
44
frôle la vanité et même la folie, car on expose de cette manière la famille à des problèmes qu'on
ne pourra plus résoudre. La scolarisation des enfants risque d'être compromise après de telles
dépenses.
Les excès dans la consommation des boissons alcoolisées non seulement détruisent le corps de
ceux qui en font usage, mais ils provoquent des querelles et troublent le bon déroulement des
obsèques. Pour toutes ces raisons, nous ne pouvons pas cautionner ces excès.
Aussi, les pagnes de deuil qu'on se croit obligés d'acquérir suscite en nous plusieurs réflexions
: A quoi servent-ils ? Identifier les membres de la famille me répondra-t-on. Mais tout le monde
porte ce pagne et finalement ce but n'est pas atteint.
Quel est le message qu'il véhicule ? C'est pour garder le souvenir du défunt. Mais est-
ce par cet objet très périssable qu'on gardera cette mémoire ? N'est-ce pas pour se souvenir de
sa mort qu'on porte ce pagne ? Si tel est le vrai motif, quel avantage les vivants ont-ils à se
rappeler de tous les morts de leur famille ? N'est-ce pas pour rappeler les tristes souvenirs ? En
plus, n'est-ce pas des occasions de dépenses supplémentaires ? Pour toutes ces raisons, nous
n'apprécions pas positivement les pagnes de deuil.
La dépravation sexuelle au cours des obsèques est le lot de tous les peuples. Nous les
désapprouvons à cause de la déchéance morale qu'elle véhicule. Quelles que soient les raisons
qu'on avancerait pour les justifier, aucune d'elle ne saurait nous convaincre, nous qui croyons
que le corps du chrétien est le temple du Saint-Esprit et qu'il doit être préservé pur pour notre
Seigneur. A côté de ces aspects négatifs, les funérailles en pays baoulé ont des avantages qu'il
convient de présenter à présent.
Au titre des aspects positifs, nous insisterons particulièrement sur la solidarité africaine
et le réflexe que les gens ont à organiser les obsèques. La solidarité en effet se déploie dans
toutes ses composantes pendant ces moments difficiles. C'est cette vertu qui motive tous les
actes qui se posent pendant les funérailles. Par la présence physique des personnes, elle apporte
la chaleur humaine, le réconfort, la compassion etc. C'est elle qui pousse les uns et les autres à
contribuer aux charges occasionnées par la mort. C'est aussi elle qui stimule les uns et les autres
à s'impliquer dans l'organisation des obsèques. C'est en fait cet amour prononcé pour le prochain
qui fait qu'on ne le laisse pas seul traverser cette épreuve humainement insurmontable. La
solidarité pousse les hommes et les femmes à prendre de leur temps pour assister les veufs (ves)
et les orphelins.
Nous apprécions aussi l'ardeur que les uns et les autres déploient pour organiser les
obsèques. Cela évite les désagréments à tout le monde. Ces nombreux contacts au cours des
préparatifs sont aussi l'occasion de règlement de conflits antérieurs survenus dans la famille.
Avant d'achever ce travail, permettez que nous fassions quelques propositions pour que les
funérailles en pays Baoulé répondent aux exigences de la religion chrétienne.
Ce paragraphe sera assez bref. Nous proposerons que le sujet sur les funérailles soit
enseigné dans nos églises. Cela sortirait les chrétiens de l'ignorance et les préparerait à mieux
affronter ces épreuves si difficiles. Aussi nous proposons que les dépenses excessives soient
évitées pendant ces moments difficiles. Il faut enfin être vigilant dans les funérailles en pays
baoulé car vous risquez de consommer de l'alcool mélangé avec du café.
45
CONCLUSION
Au terme de cette réflexion, nous retenons que les funérailles en Afrique représentent
un événement de grande envergure. Elles sont des moments de grande tristesse pour la famille
éplorée mais aussi pour la communauté toute entière. C'est également des moments très
importants dans les milieux Akan : que ce soit en Côte d'Ivoire comme au Ghana.
Elles permettent de rendre les derniers hommages à un être cher qui rompe la
communion d'avec les vivants. Elles rendent possible la manifestation d'une vraie solidarité
africaine vis-à-vis de la famille éplorée. C'est une affaire communautaire. Nous y voyons même
des pratiques qui s'approchent de ceux qu'on peut noter dans la Bible.
Pour les chrétiens, les funérailles constituent une belle occasion pour l'évangélisation
et de réflexion sur notre relation personnelle avec Dieu. Le chrétien doit faire preuve de
discernement selon que l'apôtre Paul s'adressant aux chrétiens dit: « ...qu'ils soient capables de
discerner la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui lui plaît, et ce qui est parfait ». Nous ne
sauront terminer notre exposé sans avertir les fidèles à rester vigilants à des occasions pareilles,
car ce sont des moments de grandes tentations. Enfin, nous retenons qu'il est bon d'honorer les
morts mais il est plus important d'investir nos biens dans la vie des vivants : d'où l'appel à
dépenser moins sur les morts.
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DEUXIEME CAS :
Concepts de pardon, de paix et de réconciliation dans un contexte de
la guerre et résolution de conflit9
INTRODUCTION
Selon le dictionnaire le Larousse de poche 2000, la guerre est une lutte armée et
organisée soit entre deux ou plusieurs pays ou au sein d'un même pays. On emploie aussi le
terme de conflit pour désigner la même réalité. Elle peut prendre plusieurs formes selon le
contexte: guerre de religion comme au temps des Croisades, ethniques...C'est le déploiement
d'une violence inouïe qui est soit verbale, physique ou armée. Toute l'histoire de l'humanité est
faite de conflits. Les causes en sont multiples et variées selon le contexte ainsi que les
conséquences. Devant un tel phénomène social qu'est la guerre, quels mécanismes de résolution
peut-on concevoir? Et quelles solutions éthiques peut-on envisager? Voilà quelques
interrogations auxquelles nous tenterons d'y répondre.
Pour cela, nous présenterons d'abord un bref aperçu historique des conflits ensuite nous
exposerons les solutions éthiques en vue de leur résolution.
Comme nous l'avons souligné plus haut, l'histoire de l'humanité entière est faite de
guerre, de conflits sous plusieurs formes. C'est un véritable règne de la violence sous toutes ses
formes. L'Ancien Testament rapporte beaucoup de cas de conflits entre le peuple Israélite et ses
voisins. Et dans le Nouveau Testament, Jésus Lui-même a vécu la violence de ses
contemporains. Dans notre monde actuel, nous avions assisté à la première et à la deuxième
guerre mondiale. De nombreux foyers de tensions existent encore dans le monde. Ici en Afrique
par exemple, nous avions même assisté à des génocides (Rwanda, Burundi, R.D.C.). Des pays
comme le Libéria, la Sierra Leone...ont connu les affres de la guerre. La Côte d'Ivoire n’en est
pas en reste avec la crise militaro-politique qu’elle connait depuis le 19 septembre 2002. Tenter
d'établir un bilan complet des conflits dans le monde serait une entreprise épuisante. Nous avons
simplement voulu mettre en exergue l'actualité du phénomène.
Plusieurs tentatives en vue de freiner ce fléau ont été vaines. Suite aux conséquences
de la première Guerre Mondiale, la SDN (Société Des Nations) a été créée pour réglementer les
relations internationales et prévenir les conflits éventuels. Mais en vain. C'est pourquoi celle-ci
a été remplacée par l'actuelle Organisation des Nations Unies (ONU) avec la même mission.
Mais celle-ci est actuellement loin d'avoir réussi ce pari. On se rend d'ailleurs compte que là où
les Casques bleus sont en grand nombre, il n'y a pas de paix durable. Au plan africain, nos
avions assisté à la création de l'OUA (Organisation de l'Unité Africaine.). Mais à cause de son
incapacité, elle est remplacée par l'actuelle Union Africaine avec la même mission.
Face à l'incapacité des hommes à résoudre les conflits dans le monde, que peut faire
l'Eglise? Dispose-t-elle d'autres moyens en vue de contribuer à l'éradication des conflits ?
L'Ethique chrétienne serait-elle la voie de solution?
II.L'ETHIQUE CHRETIENNE
9
Ruben, POHOR, cours dispensé à la Faculté de Théologie Evangélique de l’Alliance Chrétienne (FATEAC,
année 2008/2009, pp. 49-52.
47
C'est essentiellement la pratique des principes chrétiens tels que l'amour du prochain,
le pardon, la tolérance. Plusieurs passages bibliques exhortent à l'amour du prochain. D'ailleurs
les deux commandements divins stipulent que: «Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu de toute ton
âme, de toute ta pensée, et de toute ta force... Tu aimeras ton prochain comme toi-même.»
Par cet amour du prochain, nous devons respecter la personne humaine dans toute sa
dignité. Le Seigneur Jésus, pour montrer son horreur de la guerre, de la violence, a préféré
adopter la non-violence comme arme de combat contre le mal. Il a Lui-même souligné que
«tous ceux qui prendront l'épée, périront par l'épée. »
Les Pères de l'Eglise, en leur temps, avaient récusé la guerre. A cet effet, Origène,
théologien du 3è siècle déclare: «Nous ne tirons plus le glaive contre une nation, nous
n'apprenons plus à faire la guerre, devenus que nous sommes grâce à Jésus, des fils de la paix.»
Clément d'Alexandrie, théologien du 2è-3è siècle abonde dans le même sens en ces termes : «
Nous faisons notre entraînement pour la paix et non pour la guerre. Nous sommes les soldats
de la paix, une armée non sanglante que le Christ recrute par son sang et sa parole pour lui
donner le royaume des cieux. Revêtez donc l'arme de la paix.»
Comme nous le voyons, l'option de l'Église en faveur de la paix va de paire avec sa
mission prophétique. Il s'agit pour elle, de dénoncer le mal, les injustices et toute forme de
crimes sévissant là où elle est implantée. Elle doit moraliser et éduquer les consciences en
amenant les citoyens à la culture de la dignité humaine. Car nous croyons que c'est dans le cœur
de l'homme que naissent les pensées de guerre. Ici, une précision s'avère nécessaire. Nous
entendons par "Église", l'ensemble des fidèles qui sont réellement transformés et vivant une vie
d'amour grâce à l'Esprit de Dieu. L'histoire nous a montré que c'est là où il y a une forte majorité
de "chrétiens" que la guerre a pris racine (Rwanda, Burundi, R.D.C, Côte-d'Ivoire, Uganda...).
Donc partout les chrétiens doivent se mobiliser en faveur du respect des droits de la personne
humaine. Mais aussi le pardon, la tolérance et bien d'autres valeurs chrétiennes sont nécessaires
pour vivre en paix ensemble. Et l'Église doit encourager la pratique de ces vertus en son sein
pour les insuffler clans tout le corps social. Là où ces vertus sont absentes, il y aura forcément
la haine et le mépris de l'autre. C'est pourquoi leur manque est une menace à la paix. Voilà pour
ce qui est de l'éthique chrétienne. Qu'en est-il de l'éthique politique et sociologique ?
CONCLUSION
En examinant le phénomène de la guerre, nous nous rendons compte qu'elle est le fléau
le plus destructeur que l'humanité ait connu. Les conséquences en sont incalculables. Face aux
conflits meurtriers, plusieurs solutions ont été proposées jusqu'ici mais non encore
satisfaisantes. C'est pour cela que nous avions exposé les approches éthiques chrétiennes et
sociopolitiques. Cette dernière a surtout besoin de moyens pour le suivi et de l’impartialité de
la partie tierce. Notons enfin que les principes dégagés au niveau de ces approches sont
applicables à tous les conflits qui opposent des parties entre elles. Et leurs résultats sont
satisfaisants de l’avis des spécialistes en matière de résolution de conflit.
49
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