Deuil conjugal chez les hommes aînés
Deuil conjugal chez les hommes aînés
MÉMOIRE
PRÉSENTÉ
PAR
NOÉMIE COUTURE
NOVEMBRE 2022
UNIVERSITÉ DU QUÉBEC À MONTRÉAL
Service des bibliothèques
Avertissement
La diffusion de ce mémoire se fait dans le respect des droits de son auteur, qui a signé
le formulaire Autorisation de reproduire et de diffuser un travail de recherche de cycles
supérieurs (SDU-522 – Rév.04-2020). Cette autorisation stipule que «conformément à
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publication de la totalité ou d’une partie importante de [son] travail de recherche pour
des fins pédagogiques et non commerciales. Plus précisément, [l’auteur] autorise
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que ce soit, y compris l’Internet. Cette licence et cette autorisation n’entraînent pas une
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intellectuelle. Sauf entente contraire, [l’auteur] conserve la liberté de diffuser et de
commercialiser ou non ce travail dont [il] possède un exemplaire.»
REMERCIEMENTS
Ce mémoire est une grande fierté pour moi. Travailler auprès des hommes en deuil,
recueillir leur expérience et entrer, pour l’espace d’un instant, dans leur vie personnelle
a été un grand honneur. C’est ainsi que je voudrais remercier les sept (7) hommes qui
ont généreusement accepté de nous partager leur expérience du deuil conjugal. C’est
grâce à eux et leur expérience que cette recherche est aussi riche.
Je remercie également mon mari, Douglas, qui a été présent à mes côtés, soutenant et
aimant tout au long de cette aventure. Ta présence a été réconfortante, elle m’a permise
d’avancer et de garder ma motivation.
Je remercie mon père, Pierre, tu m’as offert ton regard scientifique, ton soutien moral,
technique ainsi que ton amour paternel. C’est aussi toi qui m’a transmis ta passion pour
la recherche et je t’en remercie.
Ma mère, Gabrielle, merci de m’avoir offert une oreille attentive. Ton soutien moral a
été précieux à travers mon parcours scolaire, mais également, et surtout, à travers les
épreuves que la vie a mis sur mon chemin depuis les deux dernières années.
REMERCIEMENTS ..................................................................................................... ii
INTRODUCTION ........................................................................................................ 1
Tableaux Page
RÉSUMÉ
Cette recherche a pour objectif d’explorer l’expérience du deuil conjugal des hommes,
âgés entre 65 et 74 ans, ayant perdu leur conjointe1 depuis 1 à 5 ans. Considérant
l’augmentation de l’espérance de vie, l’avancée en âge de la cohorte des baby-boomers,
soit l’échantillon ciblée dans cette étude, et la grande proportion d’aînés vivant dans
une union et, considérant que le deuil conjugal serait un des événements les plus
stressant que l’on puisse vivre au courant de la vie, il semble primordial de se pencher
plus sérieusement sur le sujet du deuil conjugal chez une population masculine âgée.
Cette recherche s’inscrit dans une démarche descriptive et exploratoire. Nous avons
rencontré sept (7) hommes endeuillés avec lesquels nous avons conduit des entrevues
qualitatives semi-dirigées d’une durée d’environ 60 minutes afin de recueillir leurs
témoignages de deuil conjugal. Une perspective constructiviste a été sélectionnée car
nous accordons une grande importance au vécu subjectif de chaque endeuillé. Le
modèle de deuil de Stroebe et Schut (1999; 2010; 2015), le Dual Process Model of
coping with bereavement, est central et permet de situer notre pensée tout au long de
cette étude.
L’analyse des entrevues nous a permis de révéler une expérience du deuil conjugal très
variée pour chaque endeuillé, que ce soit sur le plan des émotions, du soutien social ou
des changements vécus à la suite de la perte de l’être cher, par exemple. En conclusion,
une meilleure compréhension de cet enjeu chez les hommes est pertinente afin
d’enrichir et ajuster les interventions sociales en contexte de deuil conjugal.
Mots clés : deuil conjugal - hommes âgés - expérience subjective – étude descriptive
exploratoire
1
Le point médian sera utilisé afin de favoriser une écriture inclusive (Agin-Blais et al., 2020).
INTRODUCTION
Le présent mémoire porte sur le deuil conjugal tel que vécu par les hommes âgés entre
65 et 74 ans. Les hommes endeuillés de leur conjointe pourraient faire face à diverses
conséquences, notamment sur la santé physique (ex.: maladies cardiovasculaires,
mortalité), psychologique (ex. : détresse émotionnelle, suicide) et sociale (ex. :
isolement). Ils pourraient également vivre certains enjeux d’adaptation dans leur deuil,
notamment en ce qui concerne leurs nouveaux rôles sociaux et la continuité du lien
entretenu avec lea conjointe décédée. Ces hommes peuvent toutefois vivre des
expériences résilientes et positives de deuil, notamment à travers de l’accroissement
personnel dans leur cheminement et à travers la création de nouvelles relations. Pour
toutes ces raisons, ce mémoire se penchera sur le processus de deuil, et plus
spécifiquement le deuil conjugal, tel que vécu par les hommes âgés. En explorant
l’expérience de ces derniers, nous tenterons de répondre aux objectifs de cette étude,
notamment ceux de décrire l’expérience du deuil conjugal telle que vécue par ces
hommes, de mieux comprendre la nature de la relation entre l’homme endeuillé et sona
conjointe décédée, d’explorer les éléments qui influencent le processus particulier du
deuil conjugal et, enfin, celui d’identifier les rituels entourant la mort et le deuil
conjugal. À travers l’exploration de ces objectifs de recherche, la question centrale
suivante pourra également être investiguée à travers l’étude réalisée dans le cadre de
ce mémoire : Quelle est l’expérience du deuil conjugal, telle que vécue par les hommes,
âgés entre 65 et 74 ans, ayant perdu leur conjointe depuis 1 à 5 ans? Afin de répondre
à ces objectifs et à cette interrogation, nous avons recueilli les témoignages de deuil
conjugal auprès de 7 hommes âgés endeuillés par l’entremise d’entrevues qualitatives
semi-dirigées. Cela, afin d’explorer ces éléments et de mieux comprendre leurs
2
Dans un premier temps, les thèmes suivants seront détaillés, soit le portrait de la
population ciblée, les réactions du deuil (les conséquences sur la santé physique et
psychologique, facteurs de protection) et le cas particulier du deuil conjugal en
abordant différents thèmes, tel que l’adaptation au deuil. Ces éléments permettront de
contextualiser le phénomène du deuil conjugal tel que vécu dans une population
masculine âgée. Ensuite, le cadre théorique et conceptuel choisi dans le cadre de ce
mémoire sera présenté afin de mieux comprendre ce qui guidera, entre autres, l’analyse
des données. C’est ainsi que la perspective épistémique choisie dans cette étude, soit le
constructivisme, sera brièvement expliquée. S’ensuivront les définitions des principaux
concepts à l’étude, une recension des principaux modèles de deuil ainsi que la
présentation du cadre conceptuel sélectionné pour ce mémoire, soit le Dual Process
Model of coping with bereavement de Stroebe et Schut (1999; 2010; 2015).
S’ensuivront les chapitres sur la méthodologie et les considérations éthiques dans
lesquelles, entre autres, les stratégies de recherche, le recrutement, les instruments de
collecte de données, les risques et avantages de la recherche ainsi que les notions de
consentement et de confidentialité seront abordées. Finalement, les résultats de l’étude
seront décrits et discutés dans les chapitres portant respectivement sur la présentation
des résultats ainsi que la discussion et interprétation des résultats. Le chapitre de la
discussion des résultats sera couronné des principales limites de cette recherche.
Finalement, le mémoire se terminera avec une brève conclusion ouvrant sur des pistes
de réflexions.
CHAPITRE I
Dans ce chapitre, il sera possible d’y retrouver un bref portrait de la population étudiée,
soit les hommes âgés endeuillés. Ces informations permettront de mettre en contexte
les informations ultérieures retrouvées dans la section de l’état des connaissances de ce
mémoire. S’ensuivront des éléments se rapportant aux différentes conséquences
associées au deuil d’une conjointe, en abordant notamment la mortalité, le suicide, la
santé physique et la détresse émotionnelle. De plus, les facteurs de protection
(résilience, soutien social), l’adaptation au deuil (facteurs contextuels, continuité du
lien, la nature de la relation), les rôles sociaux et identitaires et la pertinence scientifique
et sociale de cette étude seront abordés.
Le Québec siège parmi les sociétés dans lesquelles le vieillissement s’opèrerait le plus
rapidement, après le Japon et la Corée du Sud (Institut nationale de santé publique du
Québec INSPQ, 2016). Ce phénomène pourrait facilement s’expliquer par le faible
taux de natalité, par l’augmentation de l’espérance de vie ainsi que par la progression
4
2
« Un baby-boom se caractérise par une augmentation soudaine du nombre de naissances observé d'une
année à l'autre. Il prend fin lorsqu'une baisse abrupte du nombre de naissances est enregistrée. Par
conséquent, la variation annuelle du nombre de naissances peut être utilisée pour définir le baby-boom
survenu après la Seconde Guerre Mondiale au Canada. Depuis 1921, la plus forte hausse annuelle du
nombre de naissances, soit d'environ 15 %, est survenue entre 1945 et 1946. Cette forte hausse
correspond au début de la période du baby-boom » (Statistique Canada, 2014).
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3
Plusieurs appellations existent lorsque vient le temps d’aborder les désordres (« disorders ») associés
au deuil. En fait, les termes employés divergent selon les auteurs qui les emploient. Certains pourront
ainsi parler de deuil compliqué: “it implies that the symptoms associated with the loss are not only
unresolved but also associated with or predictive of impaired performance in daily activities” (Prigerson,
1995, p.23)) ou de deuil traumatique: « specific manifestations of being traumatised by the death »
6
Selon l’INSPQ (2016), c’est une grande majorité d’aînés qui vivraient en couple. La
plupart d’entre eux seraient mariés (94%) et une faible proportion vivraient en union
libre (6%). Plus spécifiquement, il s’agirait de 76% des hommes âgés qui vivraient en
couple comparativement à 49% des femmes, en 2011. Cette tendance pourrait
notamment s’expliquer par le fait que les femmes survivraient davantage à leur
conjointe ainsi que par le fait que les hommes se remarieraient davantage à la suite de
la perte de leur premierère conjointe. Cependant, la plupart des aînés resteraient avec
lea même partenaire durant leur vie de couple (Statistique Canada, 2014). C’est ainsi
qu’il semblerait primordial d’aborder l’impact de la perte dude la partenaire auprès des
hommes survivants, puisque cette personne constituerait leur principale source de
soutien (Carr et Utz, 2001a; Carr et al., 2000; Dabergott, 2021).
Bien que la majorité des enfants nés dans la période du baby-boom et de l’après-guerre,
soit entre 1946 et 1965 (Statistique Canada, 2018), aient vécu dans un environnement
familial traditionnel, ces derniers auraient probablement vécu l’influence de la
Révolution tranquille au courant des années 1960. Ainsi, plusieurs transformations
familiales et conjugales se seraient opérées et auraient pu influencer la façon de vivre
en couple. À cette époque, nous dénotons des changements tels que la Loi sur le divorce
de 1968, l’augmentation de l’homoparentalité, la popularité du statut de conjoints de
faits ou encore les couples dans lesquels les deux conjoints sont actifs au travail, et du
(Prigerson, 1999, p.68)). D’autres termes peuvent également être employés tels que le deuil prolongé,
chronique ou deuil pathologique, par exemple (Prigerson, 1995).
7
fait même, les conciliations travail-famille, par exemple. Ce sont en fait des
transformations qui ont eu lieues dans la période de l’après baby-boom et qui auraient
pu teinter la réalité des personnes y ayant vécu (Ménard et Le Bourdais, 2012;
Statistique Canada, 2015). Bref, à travers ce mémoire, nous désirons explorer les liens
conjugaux et familiaux des hommes nés durant la période du baby-boom (1946-1965),
donc âgés entre 65 et 74 ans, puisqu’ils pourraient les vivre différemment. Ces
changements pourraient vraisemblablement avoir des impacts en ce qui a trait aux
réactions de deuil et, ultimement, à l’adaptation au deuil dude la partenaire. C’est ainsi
que l’expérience des hommes provenant de cette cohorte sera plus spécifiquement
investiguée.
1.2.1.1 Mortalité
Les aînés ayant perdu une conjointe seraient plus à risque de mortalité (Stroebe, Schut
et Stroebe, 2005; Stahl et Schut, 2014; Dabergott, 2021). Le widowhood effect est un
phénomène bien connu stipulant un plus haut taux de mortalité chez les endeuillés
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mortalité chez les hommes endeuillés serait presqu’égal à celui des hommes mariés 5
ans après le décès du ou de la conjointe, ce qui viendrait à l’encontre des résultats
soutenant l’augmentation de la mort précoce chez les hommes endeuillés seuls. Bien
que l’étude d’Hart et al. (2007) n’ait pas montré d’effet du temps sur le risque de
mortalité chez les endeuillés, diverses études ont montré que le risque de mortalité chez
les endeuillés pouvait perdurer à plus long terme (Osterweis, Solomon et Green, 1984;
Stroebe, Schut et Stroebe, 2007; Van den Berg et al. 2011; Hart et al., 2007). Bref,
malgré les disparités présentes dans les résultats d’études, nous comprenons mieux les
risques psychosociaux élevés pour les hommes âgés à la suite du décès de leur
conjointe. L’exploration du vécu de ces hommes permettra notamment de mieux saisir
l’ampleur des éléments qui influencent le deuil dans chacune de leurs expériences.
1.2.1.2 Suicide
Le taux de suicide serait, de façon générale, plus élevé chez les endeuillés tôt après le
décès de leur partenaire (Osterweis, Solomon et Green, 1984; Kaprio, Koskenvuo, et
Rita, 1987; Durkheim, Spaulding et Simpson, 2002 ; Luoma et Pearson, 2002; Stroebe,
Stroebe et Abakoumkin, 2005). Le suicide constituerait alors la principale cause de
décès auprès de ceux-ci (Durkheim, Spaulding et Simpson, 2002 ; Luoma et Pearson,
2002). Par ailleurs, le suicide serait davantage associé à la détresse vécue par les
hommes endeuillés et au déclin de la santé mentale, selon certains auteurs (Osterweis,
Solomon et Green, 1984; Byrne et Raphael, 1997; Stroebe, Stroebe et Schut, 2001). Ils
seraient en fait plus vulnérables face à une mort précoce. Cela pourrait notamment être
expliqué, en partie, par le fait que lea partenaire constituerait souvent le soutien
émotionnel principal. Pour leur part, Houle, Mishara et Chagnon (2006) ont soulevé
l’hypothèse selon laquelle l’absence d’une partenaire pourrait laisser place à un moins
grand réseau de soutien ainsi qu’à une moins grande disponibilité de ce soutien. D’autre
part, selon l’étude de Stroebe, Stroebe et Abakoumkin (2005), un soutien social plus
élevé pourrait être associé à une diminution des idées suicidaires auprès de la
10
population endeuillée. Toutefois, cet effet du soutien social serait plus fort chez les
femmes ayant perdu leur conjointe. De plus, les hommes démontreraient un taux de
suicide complété plus élevé que celui des femmes puisqu’ils emploieraient souvent des
moyens plus létaux. Encore une fois, nous pouvons mieux comprendre l’importance
d’explorer le vécu des hommes âgés ayant perdu leur conjointe puisque celui-ci
pourrait être associé à plusieurs facteurs de risque, tels que la présence d’idées et de
comportements suicidaires.
Comme mentionné précédemment, la mortalité des hommes pourrait, entre autres, être
tributaire d’un plus haut taux de suicide. Cependant, le développement ou l’apparition
de problèmes de santé physique pourrait également expliquer une partie de ces
conclusions (Hart et al., 2007; Van den Berg et al. 2011). La santé physique des
hommes endeuillés âgés de 70 ans et plus, déclinerait plus rapidement que celle des
femmes ou des hommes mariés (Stroebe, Stroebe et Schut, 2001; Holm, Berland et
Severisson, 2019). En fait, la relation entre le deuil conjugal et les effets sur la santé
physique, et plus spécifiquement la mortalité, serait plus élevée chez les hommes âgés
que chez les femmes du même âge.
Holm, Berland et Severisson (2019) ont souligné le déclin de la santé physique chez
les aînés endeuillés de façon globale. Cependant, plusieurs études (Parkes, 1964;
Osterweiss, Solomon et Green, 1984; Stroebe et Stroebe, 1987; Stahl et Schulz, 2014)
se sont plus spécifiquement penchées sur les symptômes physiques vécus par la
population endeuillée. Selon une étude, les hommes âgés endeuillés auraient davantage
de symptômes physiques négatifs auto-rapportés ainsi que plus d’anxiété lorsqu’on les
compare au groupe contrôle (Parkes et Brown, 1972, cité dans Osterweis, Solomon et
Green, 1984). À cet effet, des symptômes tels que les pleurs, des changements dans le
sommeil et l’appétit ainsi que de la difficulté à respirer étaient des symptômes qui
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pouvaient être rapportés par les participants. Par ailleurs, selon certaines autres études,
les hommes âgés seraient plus à risque de décéder par suicide, accident, cancer (Elwert
et Christakis, 2008), maladies du cœur (ex. : l’athérosclérose, les thromboses
coronariennes et autres maladies dégénératives du cœur) (Parkes, Benjamin et
Fitzgerald, 1969; Elwert et Christakis, 2008) et de cirrhose du foie (Osterweis,
Solomon et Green, 1984; Stroebe, Stroebe et Schut, 2001; Holm, Bertrand et
Severisson, 2019), six (6) mois après la mort de leur conjointe (Osterweis, Solomon et
Green, 1984). L’étude de Stroebe, Schut et Stroebe (2005) a montré que les hommes
âgés seraient plus vulnérables à développer des morbidités (apparition ou dégradation
de conditions existantes) tôt dans le processus de deuil. Toutefois, ce risque diminuerait
six (6) mois après le décès du ou de la conjointe. Van den Berg, Lindeboom et Portrait
(2011) ont toutefois rapporté que le décès du partenaire augmenterait les risques chez
la population endeuillée de développer des maladies telles que l’arthrite et le diabète,
et ce, jusqu’à dix (10) ans après le début du deuil.
Plusieurs auteurs ont tenté d’élaborer des hypothèses afin d’expliquer l’apparition de
certains symptômes associés au deuil. En fait, ces excès de morbidités et de mortalités
persisteraient par le fait que les hommes seraient moins enclins à rapporter leurs
symptômes ou même à les reconnaitre (Stroebe, Stroebe et Schut, 2001). D’autre part,
à la suite de la mort dude la conjointe, les hommes âgés seraient plus vulnérables aux
maladies physiques (ex : maladies du cœur et du système immunitaire) puisqu’ils
feraient face à une situation stressante (Christian et al., 2006; Holm, Bertrand et
Severisson, 2019). En revanche, selon Jacobs et Ostfeld (1977, cité dans Heckert, 1991),
Osterweis, Solomon et Green (1984) ainsi que Sasson et Umberson (2014), les
problèmes de santé physique seraient plutôt des expressions somatiques associées à des
problématiques psychosociales. En fait, certains symptômes physiques sous-tendraient
des problèmes psychosociaux, tels que la présence de symptômes dépressifs, par
exemple. Certains hommes endeuillés n’exprimeraient pas émotionnellement leur deuil,
12
mais seraient davantage portés à consulter des médecins pour des problèmes de santé
physique, et ce, en raison de la présence de normes culturelles qui ne favoriseraient pas
l’expression des émotions associées au deuil chez les hommes.
Même si le deuil est une expérience universelle, les réactions émotionnelles y étant
associé sont, pour leur part, singulières à chaque personne qui le vit. En fait, le
processus de deuil varierait selon la personne qui la vit, notamment, en termes de temps
et d’intensité des expressions émotionnelles (Carr et al., 2000; Bonanno, Wortman et
Nesse, 2004). C’est ainsi que la perte d’une partenaire pourrait entraîner des réactions
psychologiques, telles que les pleurs, l’anxiété, l’agitation, des difficultés associées au
sommeil, de l’apathie, des idées suicidaires (Osterweis, Solomon et Green, 1984;
Stroebe, Stroebe et Schut, 2001; Moon, 2011; Utz, Caserta et Lund, 2012; Holland et
coll., 2013), et aller jusqu’à des maux de tête, de la fatigue, des épisodes de panique et
des difficultés de concentration (Lund, Caserta et Dimond, 1986; Utz, Caserta et Lund,
2012). De façon générale, les endeuillés devraient faire face à un « défi sur le plan
émotionnel » (emotional challenge) pouvant être associé à la présence de symptômes
dépressifs et anxieux (Perrig-Chiello, Spahni, Höpflinger et Carr, 2016). Plusieurs
études soulevaient également que les personnes âgées endeuillées rapporteraient moins
de bien-être et plus de symptômes dépressifs si on les comparait à leurs homologues
mariés (Umberson, Wortman et Kessler, 1992; Lee, Willetts et Seccombe, 1998;
Williams et Umberson, 2004).
La recension des études portant sur les conséquences psychologiques du deuil selon le
genre comportait des différences dans les résultats. C’est ainsi que pour certains auteurs,
ce seraient les hommes qui expérimenteraient davantage de symptômes psychologiques
(ex. : détresse émotionnelle, symptômes dépressifs et anxieux) à la suite du décès de
leur conjointe. De façon générale, le veuvage pourrait entraîner des symptômes
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cognitifs (ex.: faible estime de soi), dépressifs et anxieux (Xu, Wu, Schimmele et Li,
2020). De plus, Byrne et Raphael (1997), Fitzpatrick (1998) et Chen et al. (1999) ont
également soulevé une forte prévalence de symptômes anxieux chez les veufs, si on les
compare aux hommes mariés, et ce, 25 mois (Chen et al., 1999) après le décès dude la
conjointe. Divers auteurs (Chen et al., 1999; Richards et McCallum, cité dans Heckert,
1991; Carr, 2004; King, Carr et Taylor, 2019) auraient aussi trouvé la présence de
symptômes dépressifs chez les hommes âgés endeuillés, et ce, 13 mois après le décès
du ou de la conjointe. Cependant, d’autres auteurs ont relevé que la présence de
symptômes dépressifs serait plus élevée chez les femmes aînées endeuillées que chez
les hommes aînés (Holm, Bertrand et Severisson, 2019; Stroebe, Stroebe et Schut, 2001;
Perrig-Chiello, Spahni, Höpflinger et Carr, 2016) ou que ces symptômes seraient
similaires entre les deux genres. Pour leur part, Broese Van Groenou et Deeg (1999)
ainsi que Umberson et al. (1992) rapportaient que les femmes deviendraient moins
dépressives avec le temps, et les symptômes dépressifs des hommes dépasseraient ceux
des femmes après quatre (4) ans. Des symptômes dépressifs qui persistent au-delà de
cette période seraient associé à des complications du deuil : l’endeuillé n’arriverait pas
à s’adapter à la perte de l’être cher (King, Carr et Taylor, 2019).
Divers auteurs ont tenté d’élaborer des hypothèses afin de mieux comprendre le
contexte d’apparition des symptômes psychologiques associés au deuil. C’est ainsi que
la perte de contrôle et d’indépendance que les hommes pouvaient avoir antérieurement
au sein de leur couple pourraient être associé à des symptômes d’anxiété. Ils seraient
également amenés à faire face à leur propre mort, ce qui pourrait conduire à des
manifestations d’anxiété telles que la peur, l’évitement et le déni de la mort, par
exemple (Byrne et Raphael, 1997). Les symptômes d’anxiété pourraient également être
vécus par les endeuillés en réaction à des changements dans leurs responsabilités (Carr
et al., 2000) ainsi qu’à des changements de rôles qui les amèneraient à réajuster leur
vie (Fitzpatrick, 1998; Dabergott, 2021). Tout de même, peu de données sont
14
Dans cette section, il a été possible d’en apprendre davantage sur diverses
conséquences physiologiques et psychologiques associées au deuil. C’est ainsi que des
personnes, et plus spécifiquement les hommes âgés ayant perdu un être cher, pourraient
expérimenter des réactions physiques telles que l’apparition ou l’exacerbation de
symptômes cardiovasculaires, pouvant éventuellement mener à une mort précoce. De
plus, comme soulevé précédemment, bien que les réactions émotionnelles soient
multiples, les endeuillés pourraient expérimenter des symptômes anxieux et/ou
dépressifs à la suite du décès d’un proche, et notamment dude la conjointe. C’est ainsi
que la peur, l’adaptation à des nouvelles responsabilités ou même la confrontation face
à leur propre mort pourraient entraîner l’expérience de ce type de symptômes auprès
des endeuillés.
Facteurs de protection
Le processus de deuil d’un individu dépendrait à la fois des facteurs de risque (ex. :
maladie physique, isolement social, détresse émotionnelle) auxquels il s’expose, mais
également de la résilience pouvant être développée à la suite du décès d’un proche (Lai,
Yue et Li, 2014; Galatzer-Levy, Huang et Bonanno, 2018). La résilience est un concept
qui est globalement définit comme faisant partie d’une démarche adaptative dans
laquelle les individus continueraient d’apprécier la vie malgré les difficultés et feraient
face aux nouveaux défis de façon déterminée (Wagnild et Young, 1993, cité dans
Crummy, 2002). Plus spécifiquement, la résilience est définie par Van Hook (2014)
comme étant le processus par lequel les individus gèrent les difficultés, mais également
comme étant la capacité à créer et maintenir une vie qui fait sens pour eux, tout en
contribuant aux personnes autour d’eux. Également, la résilience implique un
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processus à travers lequel l’individu développerait une vie réussie, et ce, malgré
l’exposition à des multiples facteurs de risque (Van Hook 2014). C’est ainsi que la
résilience pourrait s’exprimer de différentes façons dans la vie d’une personne
endeuillée. En fait, les endeuillés résilients pourraient notamment entamer un processus
de développement personnel, une transformation, renégocier des aspects dans leur vie
quotidienne ainsi que reconfigurer leur « soi » et leurs relations aux autres (Martin-
Matthews, 2011). L’étude de Moon (2001) montrait également l’idée selon laquelle les
aînés pourraient faire certains apprentissages durant leur processus de deuil. Par
exemple, cela pourrait engendrer une meilleure conscience des enjeux de la mort, une
plus grande sensibilité face à la vie qui nous amènerait à l’apprécier davantage ainsi
que la repriorisation des buts, des activités et de nos relations intra et interpersonnelles
(Moon, 2011). Bien que l’on connaisse encore peu les facteurs associés à la résilience
et ses effets sur la santé des endeuillés, celle-ci pourrait être associée à une meilleure
adaptation au quotidien chez les endeuillés ayant perdu leur partenaire (Stroebe, Schut
et Stroebe, 2007; Lai, Yue et Li, 2014; King, Carr et Taylor, 2019). De plus, la
résilience viendrait modérer l’impact du veuvage sur la santé de l’endeuillé, notamment
en protégeant les hommes contre des symptômes dépressifs élevés à la suite du décès
de leur partenaire (King, Carr et Taylor, 2019).
Bonanno et al. (2002) ainsi que Carr et Utz (2001a) ont souligné qu’il s’agirait en fait
d’une minorité de personnes, soit environ 15 à 30% des endeuillés ayant perdus un
enfant ou leur conjointe, qui développeraient une dépression clinique ou des altérations
fonctionnelles. Autrement dit, il s’agirait en fait d’une grande proportion des veufs et
veuves (40-70%) qui expérimenteraient des réactions psychologiques moins sévères
comme la dysphorie ou de la tristesse et 70 à 80% des endeuillés s’adapteraient au
décès de leur conjointe sans développer de dépression clinique. Ces endeuillés
vivraient ainsi un processus de deuil dit « normal ». En fait, ces résultats nous
indiqueraient que la majorité des endeuillés expérimenteraient une expérience de deuil
résiliente (Carr et Utz, 2001a; Bonanno et al., 2002). Bref, les études plus récentes
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Le soutien social pourrait être considéré comme étant associé positivement au bien-être
psychologique et physique ainsi qu’à la satisfaction chez les aînés endeuillés
(Fitzpatrick, 1998; Utz et al., 2002; Martin-Matthews, 2011). C’est ainsi que le soutien
social serait qualifié de « stress-buffering » dans certaines études (Clark, Siviski et
Weiner, 1986; Fitzpatrick, 1998; Brose Van Groenou et Deeg, 1999; Stroebe, Stroebe
et Schut, 2001), puisqu’il viendrait atténuer les situations de vie stressantes, ce qui
rendrait le stress moins dommageable pour la santé globale (Bonanno et Kaltman,
1999). Les endeuillés pourraient ainsi gérer leur douleur émotionnelle et leur
souffrance à travers les soutiens familiaux et sociaux. Toutefois, l’étude de Stroebe,
Stroebe, Abakoumkin, et Schut (1996) n’aurait pas permis de souligner l’effet positif
du soutien social sur le stress vécu par l’individu endeuillé. En fait, cela pourrait
notamment être expliqué par le fait que l’aide et le soutien apporté par les proches
n’arriverait pas à compenser le soutien qui était auparavant reçu au sein de la relation
conjugale.
Les hommes seraient globalement plus à risque de vivre de l’isolement (Clark, Sivinski
et Weiner, 1986; Audet et Tremblay, 2019), de la solitude (Berardo, 1970) et une
diminution dans les activités en raison du déclin de la fréquence des relations avec les
proches et amis (Berardo, 1970; Dykstra et de Jong Gierveld, 2004). En revanche, bien
qu’une grande proportion d’hommes âgés endeuillés seraient en mesure de vivre seuls
et de prendre soin d’eux-mêmes, ils seraient tout de même plus enclins à avoir besoin
d’autrui dans la préparation des repas ou l’administration d’autres soins, entre autres
17
(Berardo, 1970). Par ailleurs, l’étude de Martin-Matthews (2011) a spécifié que les
aînés endeuillés pourraient bénéficier en premier lieu du soutien instrumental (ex :
courses, entretien ménager) (Holm, Bertrand et Severisson, 2019) de leurs enfants
rendus adultes, mais que les liens amicaux deviendraient plus importants avec le temps.
Cependant, les hommes âgés seraient moins enclins à contacter leurs enfants pour
obtenir de l’aide puisque leur conjointe ne serait plus présente pour maintenir les liens
entre les différents membres de la famille (« kinkeeping ») (Utz et al., 2004). De plus,
certaines amitiés ne passeraient pas à travers l’épreuve du veuvage, ce qui deviendrait
alors problématique. En ce sens, 20% des veufs et veuves rapporteraient ne pas avoir
de liens significatifs avec des proches (familles ou amis) (Martin-Matthews, 2011). Par
ailleurs, l’étude de Audet et Tremblay (2019) montrerait que les hommes
considèreraient leur conjointe comme leur unique confidente lorsqu’ils faisaient face
à un problème. C’est ainsi que lorsque l’homme aîné perdrait sona conjointe, celui-ci
pourrait alors perdre sona principale source de soutien social et personne à qui se
confier. C’est alors que les conjoints survivants devraient trouver d’autres moyens afin
de combler ces besoins, ce qui pourrait exiger de grands efforts d’adaptation de leur
part (Osterweis, 1988; Sanders, 1989; Weiss, 1974; cités dans Papineau, 1991; Utz et
al. 2014). Également, Utz et al. (2002) mentionnaient que le deuil en fin de vie serait
un des défis les plus difficile à surmonter dans la vie d’une personne âgée. Plus
traditionnellement, le soutien social pourrait être un élément important à considérer
chez les hommes âgés puisque ces derniers dépendraient souvent de leur conjointe afin
d’entretenir les relations amicales et familiales ainsi que les activités sociales. De plus,
les hommes endeuillés pourraient vivre plus d’isolement puisqu’il y aurait
fondamentalement moins d’hommes endeuillés avec qui ils pourraient partager leur
vécu, comparativement au plus grand nombre de femmes endeuillées (Broese Van
Groenou et Deeg, 1999; Stroebe, Stroebe et Schut, 2001) et qu’ils auraient moins
tendance à aller chercher de l’aide formelle (Carr, 2020).
18
Bref, nous avons vu que le soutien social pouvait constituer un des principaux facteurs
de protection qu’un individu pourrait avoir afin de faire face aux défis de la perte d’une
partenaire. La proximité des proches et de la famille aurait notamment le potentiel de
diminuer les effets négatifs du stress sur la santé. Cependant, nous avons également vu
que les hommes seraient plus à risque de vivre de l’isolement et de la solitude à la suite
du décès de leur conjointe. Cela pourrait notamment s’expliquer par le fait que les
hommes diminueraient leurs activités, les contacts avec leurs proches, qu’il y a
fondamentalement moins d’hommes endeuillés et qu’ils iraient moins chercher d’aide
lorsqu’ils en ont besoin (Carr, 2020). Ces éléments nous permettent, encore une fois,
de comprendre l’aspect fondamental de se pencher sur les expériences subjectives des
hommes âgés ayant vécu le deuil conjugal. Cette section met en lumière des enjeux
fondamentaux que pourraient vivre les hommes âgés qui feront éventuellement face à
la perte de leur conjointe dans le contexte des transformations familiales que nous
vivons actuellement.
Facteurs contextuels
s’y adapterait bien avec le temps. C’est ainsi que différents éléments seraient
associés à l’adaptation au deuil chez les aînés endeuillés de façon générale. En fait,
on considère que les circonstances entourant le décès et la durée de la maladie dude
la conjointe influenceraient l’adaptation à la suite de son décès. De façon générale,
la maladie chronique d’un proche viendrait influencer la vie familiale. En fait,
différentes maladies peuvent engendrer des problèmes psychosociaux (ex. :
changement de rôles, stress, adaptation) bien spécifiques, selon la phase dans
laquelle la personne malade se retrouve (phase aiguë, chronique ou terminale), son
évolution (progressive, épisodique ou constante), les conséquences (mortelles ou
non-mortelles) ainsi que le degré d’invalidité (Rolland, 1987; 1994). Par exemple,
les familles qui font face à la maladie chronique progressive d’un proche devront
constamment s’adapter aux changements de rôles en raison de l’invalidité
grandissante du proche atteint. Ces éléments nous ramènent à la notion
d’« anticipatory grief » de Lindemann (1944) (Ball, 1977, cité dans Heckert, 1991;
Middleton, Moylan, Raphael, Burnett et Martinek, 1993; Overtone et Cottone, 2016;
Moon, 2016) qui se rapporte au deuil face à une mort ou une perte prévue et
imminente. C’est un type de deuil à travers lequel le décès dude la conjointe
pourrait être associé à un soulagement et une diminution du stress lorsqu’il se
produit dans un contexte de maladie chronique. En fait, l’anticipation du décès d’un
proche viendrait atténuer l’expression émotionnelle (ex. : agitation, trouble du
sommeil) associée au deuil de cette personne, comparativement à une mort subite.
Pour sa part, la mort subite dude la conjointe pourrait être plus anxiogène
comparativement à la mort anticipée de cecette dernierère (Bonanno et Kaltman,
1999). Cependant, bien que la mort anticipée permettrait aux endeuillés de
développer des stratégies d’adaptation et de s’ajuster à leur nouvelle réalité, celle-
ci pourrait tout de même entraîner des impacts psychologiques (ex. : irritabilité,
fonctions cognitives), sociaux (ex. : solitude) et physiques (ex. : habitudes de vie,
prise de médication, consommation) chez l’endeuillé (Johansson et Grimby, 2012).
20
les biens à long-terme, par exemple. L’aspect adaptatif ou non de ce phénomène est
encore très mitigé et devra faire l’objet de futures études devant tenir compte de
multiples facteurs contextuels (ex. : culture, nature de la relation) afin de pouvoir
nuancer les résultats obtenus (Field, Gal-Oz et Bonanno, 2003; Steffen et Klass, 2018).
Certains auteurs, tels que Carr et Utz (2001a), ont mentionné que l’expérience du deuil
serait étroitement liée à l’expérience conjugale. En fait, la façon dont lea conjointe
survivante expérimenterait le deuil serait reliée aux bénéfices psychologiques et
sociaux vécus dans le couple avant le décès. Les premiers écrits (« Mourning and
melancholia », Freud, 1917) sur le sujet du deuil conjugal stipulaient que les personnes
ayant vécu un « mariage trouble » (troubled mariage) vivraient un deuil intensifié et
même parfois « différé » (delayed) puisque les conjointes survivantes auraient de la
difficulté à laisser-aller la relation entretenue avec leur partenaire. Ces derniers
pourraient même exprimer davantage de symptômes dépressifs puisqu’ils pourraient
ressentir de la colère envers lea conjointe décédée. En revanche, les études plus
récentes (Carr et al., 2000; Carr et Boerner, 2009) arriveraient à des conclusions
divergentes. C’est ainsi que les personnes ayant vécu une relation chaleureuse, basée
sur la confiance, la proximité et l’interdépendance vivraient un deuil plus intense que
les personnes ayant vécu une relation conflictuelle. Bref, les « mariages troubles »
tendraient à diminuer les expressions associées au deuil plutôt que de les exacerber,
comme nous pouvions le soutenir auparavant. Finalement, la nature de la relation et la
continuité du lien avec lea défunte pourraient influencer l’expérience du deuil
conjugal chez les hommes âgés. Un des objectifs de ce mémoire, étant de mieux
comprendre la nature de la relation entre l’homme endeuillé et sona conjointe
décédée, nous permettra notamment, d’aller explorer ces aspects du deuil conjugal
auprès de cette population.
23
Bref, divers éléments associés aux facteurs contextuels entourant le décès et la mort, la
nature de la relation et la continuité du lien entretenue avec lea conjointe décédée
ainsi que certains aspects associés aux rôles sociaux et identitaires de l’endeuillée
peuvent potentiellement influencer un processus de deuil conjugal.
24
De façon générale, bien qu’il existe un certain nombre d’études portant sur le deuil
conjugal, celles-ci comportent certaines complexités en raison de limites
méthodologiques (ex. : homogénéité de l’échantillon, groupe d’âge) (Bonanno et al.,
2002). Également, plusieurs auteurs soulignaient le manque de connaissance en ce qui
concerne le deuil chez les hommes âgés. C’est notamment le cas de Lund, Caserta et
Dimond (1986), Byrne et Raphael (1997), Fitzpatrick (1998) ainsi que Moss et Moss
(2014) qui ont souligné la nécessité de conduire davantage de recherches auprès des
hommes âgés endeuillés afin de mieux comprendre ce qui caractériserait le deuil ainsi
que la signification de la perte auprès de cette population. En fait, comme les femmes
âgées sont plus enclines à vivre l’expérience du deuil conjugal, les connaissances que
l’on a à ce sujet sembleraient avoir une connotation de genre : davantage de résultats
seraient associés à l’expérience féminine du deuil (Clark, Sviski et Weiner, 1986;
Crummy, 2002; Martin-Matthews, 2011). Les études portant sur le deuil dude la
conjointe s’attarderaient davantage à la situation féminine de ce phénomène ce qui
rendrait le deuil conjugal masculin plus « invisible » (Fennell et Davidson, 2003).
Cependant, depuis quelques années, certains chercheurs se sont davantage intéressés
aux différents vécus au sein de la population des hommes âgés endeuillés (Martin-
Matthews, 2011), ce qui a pu contribuer à l’augmentation des connaissances à ce sujet,
et du fait même, à la disparité des conclusions. Bref, plusieurs éléments nous
permettraient de statuer qu’il serait effectivement pertinent de conduire davantage de
recherches sur le sujet du deuil conjugal tel que vécu par les hommes âgés, notamment
le manque de connaissances ainsi que les différences présentes dans les recherches qui
ont déjà été conduites.
Il est également important d’aborder l’enjeu du deuil conjugal auprès des hommes âgés
provenant de la cohorte des baby-boomers puisque ces derniers vivraient le décès d’un
être cher dans une période dans laquelle ils feraient face à une plus grande vulnérabilité
25
physique, financière et sociale (Moss et Moss, 2014). Les hommes ayant vécu dans la
période de la Révolution tranquille ont pu vivre des changements familiaux et
conjugaux, tels que l’ascension de la famille nucléaire, des familles monoparentales, le
statut de conjoint de fait, etc. Ces changements pourraient aujourd’hui avoir un effet
sur les enjeux associés au deuil (ex. : solitude, isolement) ainsi que sur l’adaptation au
deuil de leur conjointe. De plus, les hommes seraient moins enclins à exprimer les
émotions et la détresse associées à la perte de leur partenaire (Stroebe, Stroebe et Schut,
2001; Crummy, 2002). Cela pourrait faire en sorte que les hommes, de façon plus
générale, seraient davantage isolés et plus à risque de ressentir de la solitude (Berardo,
1970) entraînant ainsi des conséquences dommageables dans leur vie (ex. : détresse,
suicide) (Clark, Sivinski et Weiner, 1986; Broese Van Groenou et Deeg, 1999; Stroebe,
Stroebe et Schut, 2001; Martin-Matthews, 2011; Audet et Tremblay, 2019). Par ailleurs,
l’hétérogénéité des vécus masculins serait parfois ignorée lorsque l’on regarde les
résultats d’études. La diversité des expériences masculines du deuil serait en grande
partie méconnue (Bertrand et al., 2015). À cet effet, la société gagnerait à reconnaître
davantage les processus masculins de deuil. Les hommes sont à risque de vivre de la
détresse et des complications liées à la perte d'un proche, et encore plus s'il s'agit d'une
conjointe. L’acquisition de meilleures connaissances de ces processus d’endeuillés
pourrait notamment faire en sorte que les intervenants puissent mieux reconnaître et
comprendre les conséquences ainsi que les facteurs de risque et de protection associés
à un processus de deuil conjugal, telle que vécue par les hommes âgés, et ainsi ajuster
les interventions afin de mieux répondre à leurs besoins. Éventuellement, cela pourrait
aussi permettre de mieux reconnaître les hommes en détresse et prévenir certains
comportements suicidaires, entre autres. Tous ces enjeux sont d'ordre sociétale
puisqu'ils tiennent compte de la santé bio-psycho-sociale d'une grande partie de la
population actuelle, considérant le vieillissement de notre population. Bref, une
meilleure compréhension des différents facteurs influençant les expériences
26
Question de recherche
Quelle est l’expérience du deuil conjugal telle que vécue par les hommes aînés?
− Décrire l’expérience du deuil conjugal telle que vécue par ces hommes;
que certains faits provenant de la vie personnelle de l’endeuillée puissent tout de même
être vérifiables et objectifs. Vygotski (1934/1997) souligne également ceci : « l’esprit
construit la réalité par sa relation au monde et par les relations sociales ». Ici, Vygotski
(1934/1997) met l’emphase sur la relation qu’un individu peut entretenir avec son
entourage ainsi que l’importance de ceci dans la construction de sa propre réalité et de
sa pensée singulière. Dans le cadre de ce mémoire, il s’agirait ainsi de laisser
entièrement la place au vécu des hommes endeuillés dans la construction de leur propre
expérience du deuil conjugal, tout en considérant que ce vécu prend place dans un
contexte particulier et au sein d’interactions sociales. Bref, nous devrions comprendre
le deuil comme étant une construction sociale de la réalité pouvant prendre des
significations différentes selon les individus, les époques et les contextes socio-
historiques dans lesquels nous nous retrouvons.
2.2.1.1 Deuil
Il est primordial de définir le deuil, ce qui guidera notre compréhension tout au long de
la lecture de ce mémoire. Plusieurs auteurs ont offert une définition de ce concept
dépendamment de leur approche et de leur perspective théorique. C’est ainsi que, par
exemple, selon Hanus (2006) :
29
Cette définition est fort pertinente puisqu’elle rend compte de la variabilité des vécus
associés au deuil. Cependant, la définition du deuil qui est mobilisée dans ce mémoire
est plutôt celle d’Osterweis, Solomon et Green (1984) puisqu’elle semble être partagée
par plusieurs auteurs (Osterweis, Solomon et Green, 1984; Stroebe, Hansson, Stroebe
et Schut, 2001; Stroebe, Schut et Stroebe, 2007). Comme mentionné plus tôt dans ce
mémoire, Osterweis, Solomon et Green (1984) définissent le deuil comme étant le fait
de perdre une personne significative par la mort.
Dans cette section, une recension des principaux modèles de deuil sera dressée. C’est
ainsi que les modèles plus traditionnels associés à la notion de « travail de deuil » (grief
work) et les modèles par étapes (Kübler-Ross, 1989; Monbourquette, 2016; Worden,
2002) seront brièvement présentés. S’ensuivront les présentations des modèles de
Michel Hanus (2006) avec sa notion de deuils, au pluriel, ainsi qu’un modèle intégratif
du deuil rédigé par Bonanno et Kaltman (1999). Cette recension se poursuivra avec des
modèles associés à la notion de « continuing bonds », tel qu’introduit par Klass,
Silverman et Nickman (1996).
Les rituels traditionnels associés au deuil existent depuis toujours. Cependant, avec
l’arrivée de la modernité, ces rituels sociaux tendent à disparaitre pour laisser la place
à un processus plus individualisé (Caradec, 2007). En ce sens, on parle souvent que
l’on « doit faire son deuil » (Copper-Batsch, 2008), comme s’il s’agissait d’une tâche
que l’on devrait accomplir. Cette vision renvoie aux modèles associés au « travail de
deuil » propageant une conception d’un deuil dit « normal » et empruntant une
trajectoire réussie (Dumont, 2012). Avec la venue de la discipline de la psychanalyse,
plusieurs théories associées au « travail de deuil » se sont érigées, dont celle de Freud
(1915, cité dans Copper-Batsch, 2008) qui a été centrale. Globalement, l’hypothèse de
31
cette conception du deuil réfère au fait que le deuil d’un individu devrait en venir à
terme, afin de pouvoir éviter des conséquences ultérieures, notamment reliées à la santé
physique (Stroebe, 1992, cité dans Stroebe et Schut, 1999). C’est ainsi que l’on conçoit
que le deuil devrait s’effectuer à travers l’expression émotionnelle et que l’échec de
celle-ci serait perçu comme étant non-adaptatif. Le « travail de deuil » permettrait
notamment à l’endeuillé d’accepter et de faire sens de la perte de l’être cher (Stroebe,
Schut et Stroebe, 2005).
À la fin du 20e siècle, le modèle en « phases », aussi connu sous le nom de modèle par
étapes, a été très influent (Stroebe et Schut, 2010). Plus spécifiquement, le modèle par
étapes de Bowlby (1980) a contribué à influencer plusieurs auteurs contemporains,
comme nous le verrons plus tard. Son modèle prévoit qu’un individu endeuillé passerait
par quatre (4) phases distinctes : (1) le choc, (2) l’intense désir de retrouver la personne
décédée (« yearning ») et la protestation, (3) le désespoir et (4) la restitution. Cependant,
ce modèle a été critiqué puisqu’il est considéré comme étant passif et ne tiendrait pas
compte de la « lutte acharnée » des endeuillés faisant partie du processus de deuil
(Stroebe et Schut, 2010, p.275).
Cet héritage a laissé place à d’autres auteurs s’inspirant de cette conception plus
traditionnelle du deuil. Des auteurs contemporains, tels que Kübler-Ross (1989) et
Monbourquette (2016) ont élaboré des modèles par étapes qui sont encore utilisés
aujourd’hui par plusieurs professionnels œuvrant dans les services sociaux. Pour sa
part, Élizabeth Kübler-Ross (1926-2004) était une psychiatre, pionnière dans le
domaine de la fin de vie. Elle est notamment reconnue pour son modèle de deuil en
cinq (5) étapes (Penny, 2009). Chaque endeuillé devraient passer à travers ces étapes
afin de pouvoir compléter le deuil de l’être cher. Selon sa conception, les étapes à
travers lesquelles les endeuillés devraient passer afin de résoudre leur deuil sont les
suivantes : (1) le refus et l’isolement, (2) l’irritation, (3) le marchandage, (4) la
dépression et (5) l’acceptation (Kübler-Ross, 1989). Finalement, les difficultés
32
rencontrées dans chacune de ces étapes devraient être résolues afin de pouvoir passer
à la suivante (Dumont, 2012). Par ailleurs, Jean Monbourquette, prêtre oblat, est un
pionnier dans le domaine du suivi de deuil. Sa conception du deuil est maintenant bien
répandue et fait l’objet de plusieurs conférences au sein desquelles les 7 étapes du deuil
sont enseignées. C’est ainsi qu’un endeuillé passerait à travers ces sept (7) étapes : (1)
le choc, (2) le déni, (3) la ronde des émotions (angoisse, tristesse, colère, culpabilité,
sensation de liberté et la grande « braille »), (4) la prise en charge des tâches reliées au
deuil, (5) la découverte du sens de sa perte, (6) l’échange de pardon et (7) la prise de
possession de son héritage. Avec la survenue de cette dernière étape, l’endeuillé
pourrait ainsi considérer que son deuil est bel et bien terminé (Monbourquette, 2016).
Bien que plusieurs perçoivent ces modèles comme centraux afin de mieux comprendre
le processus de deuil, ils peuvent tout de même être l’objet de plusieurs critiques. En
fait, les modèles de deuil plus traditionnels, tels que le « travail de deuil » et par étapes,
ont été très critiqués puisqu’ils tendent à simplifier et normaliser le processus
d’adaptation des endeuillés (Wortman, Silver et Kessler, 1993). Dans les faits,
plusieurs études démontrent que l’expérience du deuil ne serait pas vécue en étapes
bien définies et linéaires et qu’il s’agirait plutôt d’un processus qui différeraient selon
chaque individu (Dumont, 2012).
Peu à peu, cette conception du « deuil par étapes » a laissé la place à des modèles de
deuil plus nuancés. C’est notamment dans cette lignée que le modèle intégratif du deuil
de Bonnano et Kaltman (1999) a vu le jour. Ce modèle présente quatre (4) composantes
qui nous permettraient de mieux comprendre les différences individuelles dans le
processus du deuil. Ces éléments sont les suivants : le contexte de la perte (ex. : âge,
revenu, type de décès), un continuum du sens accordé à la perte (pragmatique,
existentiel), la modification des représentations des relations perdues (lien de continuité)
33
Le modèle de Michel Hanus (2006) s’inscrit également dans cette vague. Selon ce
modèle, bien que la plupart des endeuillés passeraient par les mêmes étapes (choc, état
dépressif, rétablissement et travail de deuil) et processus psychologiques à la suite du
décès d’un proche, l’intensité et la facilité avec lesquelles un individu vivrait ce deuil
varieraient. C’est ainsi que l’auteur met de l’avant le concept de « deuils », au pluriel,
afin de témoigner de cette multiplicité des vécus de deuil. De plus, Hanus (2006) stipule
que la relation qui unissait lea défunte et la personne endeuillée, le temps qui passe
ainsi que l’affection octroyée par les proches seraient les principaux facteurs qui
influenceraient cette variation entre les différents vécus de deuil. Finalement, à travers
sa conception du deuil, l’auteur définit et met en lien les concepts de deuils dits
« normaux », deuils difficiles, deuils compliqués et deuils pathologiques. Tous ces
types de deuils seraient constitués des mêmes étapes, à des intensités différentes. Il est
tout de même important de comprendre qu’il existe des variations individuelles en
termes de sévérité, de durée et des risques encourus dans le deuil.
Klass, Silverman et Nickman (1996) ont remis en question, dans leur modèle du
« continuing bonds », le modèle du « travail de deuil » s’inscrivant dans la tradition
psychanalytique (Freud, 1917/1957). Comme nous l’avons constaté plus tôt, ce modèle
stipule qu’un individu en deuil devrait renoncer au lien qu’il entretenait avec lea
défunte afin que l’adaptation au deuil puisse être entamée (Field, Gal-Oz et Bonanno,
2003). Contrairement à ce modèle, la notion de « continuing bonds » stipule que
certains endeuillés continueraient d’entretenir un lien d’attachement avec lea
conjointe décédée, à travers des comportements ou des expressions émotionnelles, par
exemple (Field, Gal-Oz et Bonanno, 2003; Klass, Silverman, et Nickman, 1996). Ce
34
Le Dual Process Model of coping with bereavement (DPM), élaboré par Stroebe et
Schut (1999; 2010; 2015), est celui qui sera mobilisé à travers ce mémoire. Leur modèle
permet également de nuancer les modèles plus traditionnels de deuil, tels que celui de
Freud (1915) et le « travail de deuil » ainsi que les modèles par étapes, tels que ceux
de Kübler-Ross (1985) et de Monbourquette (2016), en mettant de l’avant un processus
35
perte, l’expérience de la souffrance, l’ajustement de sa vie sans lea défunte ainsi que
la relocalisation émotionnelle face au défunt (relocate deceased emotionally) et passer
à autre chose (Stroebe et Schut, 2015). Bien qu’il ne s’agisse pas d’un modèle par
étapes, les auteurs soutiennent que les affects plus négatifs surviendraient davantage au
début du deuil afin de tranquillement laisser la place à des affects plus positifs.
selon Stroebe et Schut (1999), il serait important d’avoir des moments de répit du
processus de deuil car celui-ci peut être très souffrant et demander beaucoup d’efforts
et de ressources pour la personne qui y est confronté. Ce moment de pause ferait partie
d’un processus sain d’adaptation au deuil selon les auteurs.
Le Dual Process Model of coping with bereavement de Stroebe et Schut (1999; 2010;
2015) s’ancre notamment dans la théorie du stress cognitif de Lazarus (Lazarus, 1990).
Celle-ci stipule que le stress serait un processus complexe, dépendant de multiples
variables et étant en changement constant. En fait, le stress psychologique réfère à une
relation particulière entre une personne et son environnement. La relation de stress se
produit au moment où la situation dépasse les ressources d’une personne. Il est
important de spécifier que le stress ne provient ni de l’environnement ni de l’individu
spécifiquement, mais bien de l’union entre les croyances et motifs individuels et un
environnement posant des défis ou une menace. Finalement, une fois que l’individu a
évaluée une situation comme étant stressante, les mécanismes d’adaptation peuvent se
mettre en branle.
Le Task Model de Worden (1991), tel que présenté plus tôt, a fortement influencé les
tâches orientées vers la perte proposées dans le DPM. Comme mentionné
précédemment, un individu en deuil exercerait certaines tâches orientées vers la perte
de l’être cher afin de pouvoir s’y adapter. Cependant, comme l’ont mentionné
clairement Stroebe et Schut (2010) dans leur écrit, leur modèle DPM contient des
caractéristiques qui le distinguent du modèle de Worden. Entre autres, Stroebe et Schut
(2010) considèrent que l’endeuillé réaliserait des tâches associées au réinvestissement
dans la vie dans leur processus de deuil et qu’il y aurait un mouvement oscillatoire
entre les éléments associés à la perte et au réinvestissement dans la vie.
38
Stroebe, Schut et Boerner (2010) ont également élaboré un lien entre leur modèle
d’adaptation au deuil ainsi que la notion de « continuing bonds » et, plus largement, la
théorie de l’attachement. En fait, la théorie de l’attachement, et plus spécifiquement les
types d’attachement développés avec la figure d’attachement (sécurisant, insécurisant,
anxieux ou évitant), seraient associés à différents degrés d’adaptation à la suite de la
perte de l’être cher. À titre d’exemple, selon leur modèle, des individus ayant un
attachement sécurisant avec son ou sa conjointe, pourraient aisément osciller entre les
dimensions de la perte et de réinvestissement dans la vie. Ceux-ci auraient à la fois une
construction de sens (pensées et perceptions) positive et négative à travers ces deux
dimensions du modèle (perte et réinvestissement dans la vie). Ils auraient également
davantage de pensées positives, ce qui serait plus propice à une adaptation saine, si on
les compare à des individus ayant un attachement insécurisant. Finalement, il y aurait
la présence d’une continuité du lien avec lea défunte qui serait intégrée dans la
nouvelle vie de l’endeuillé (Stroebe, Schut et Boerner, 2010).
Stroebe et Schut (2015) ont adapté la version initiale du Dual Process Model of coping
with bereavement, afin d’y intégrer simultanément les perspectives du deuil individuel
et familial. En fait, selon les auteurs, le deuil serait influencé à la fois par les facteurs
intra- et interpersonnels. Ces auteurs ont stipulé que la famille jouerait un rôle dans
l’adaptation au deuil d’un individu. Plus spécifiquement, non seulement les familles
contribueraient au processus de deuil d’un endeuillé, mais aideraient également à
trouver des solutions aux difficultés rencontrées. En tenant compte des aspects
familiaux dans le deuil, cela pourrait notamment approfondir notre compréhension du
deuil individuel tout en identifiant les éléments favorisant son adaptation.
39
Le Dual Process Model of coping with bereavement de Stroebe et Schut (1999; 2010;
2015) semble pertinent à inclure dans ce mémoire pour diverses raisons. En fait, leur
modèle de deuil adopte une perspective dynamique de ce phénomène en considérant
des dimensions à la fois de confrontation et d’évitement d’éléments associés au deuil,
tels que des éléments associés à la perte et au réinvestissement dans la vie ainsi que
leur oscillation. Également, les auteurs ont élaboré des liens avec le concept de
« continuing bonds » de Klass, Silverman et Nickman (1996), ce qui apporte une vision
du deuil conjugal plus complexe comparativement aux conceptions plus traditionnelles.
Bref, ces éléments nous aideront à mieux comprendre ce qui pourrait sous-tendre les
vécus de deuil conjugaux chez les hommes qui ont participé aux entretiens qualitatifs
de ce projet de maîtrise.
Afin de réaliser cette étude sur le deuil conjugal des hommes âgés entre 65 et 74 ans,
diverses modalités méthodologiques ont été élaborées. C’est ainsi que les éléments
méthodologiques associés à la stratégie de recherche, la population et l’échantillon à
l’étude, le recrutement et les critères de sélection des participants, les méthodes et
instruments de collecte de données ainsi que les méthodes d’analyse des données seront
décrits dans les sections suivantes.
Stratégie de recherche
l’expérience personnelle de ces hommes ayant perdu leur partenaire. C’est ainsi que
cette recherche s’inscrit dans une trajectoire descriptive qualitative puisqu’elle sert à
« … décrire les expériences personnelles et les réponses des personnes à un
événement ou à une situation » (Fortin et Gagnon, 2016, p.200). La recherche
qualitative permet, de façon générale, de comprendre le sens (Mucchielli, 2007; Paillé
et Mucchielli, 2016) et la signification de leur expérience et de leur réalité sociale en
interrogeant les personnes concernées par le phénomène à l’étude (Corbière et
Larivière, 2014; Fortin et Gagnon, 2016). Elle nous permet ainsi d’étudier un sujet plus
en profondeur en le plaçant dans son contexte (Corbière et Larivière, 2014; Fortin et
Gagnon, 2016). Nous pourrions également qualifier ce mémoire de recherche
exploratoire puisqu’il vise à clarifier une problématique pour laquelle nous ne détenons
peu de connaissances. La recherche exploratoire tend donc à « baliser une réalité à
étudier » (Trudel, Simard et Vonarx, 2007). Bref, ce type de recherche qualitative nous
permettra de faciliter la compréhension du phénomène à l’étude, soit le deuil conjugal
tel que vécu par les hommes âgés, et ce, auprès d’une population pour laquelle le
phénomène de deuil conjugal n’a pas encore été abordé en profondeur.
« La population désigne le groupe formé par tous les éléments personnes à propos
desquels on souhaite obtenir de l’information » (Fortin et Gagnon, 2016, p.260). Dans
le présent mémoire, il s’agit d’hommes, âgés entre 65 et 74 ans, ayant perdu leur
conjointe depuis 1 à 5 ans. Bien que la recherche qualitative ne prétende pas atteindre
une représentativité statistique face aux résultats obtenus mais plus une saturation
théorique, il est tout de même pertinent de sélectionner un échantillon, soit un sous-
groupe de la population, qui nous permettra d’obtenir des informations riches au sujet
des cas étudiés (Fortin et Gagnon, 2016). On tente ici de recueillir de l’information
pertinente pour mieux comprendre un phénomène, ce qui ne requiert pas
nécessairement un nombre élevé de participants. Selon Mongeau (2008), un échantillon
42
de sept (7) à douze (12) participants permettrait d’atteindre la saturation des données
lors d’entrevues qualitatives. Bref, dans le cadre de ce projet, nous avons rencontré sept
(7) participants afin de recueillir leurs témoignages de deuil conjugal. En tenant compte
du bassin de population des hommes aînés endeuillés ainsi que du contexte socio-
sanitaire, il a été difficile de rejoindre davantage de participants. Finalement, la
méthode d’échantillonnage non-probabiliste de type intentionnelle a été utilisée. Donc,
les participants ont été sélectionnés sur la base des caractéristiques typiques de la
population, plutôt qu’aléatoirement. Dans ce type d’échantillonnage, il est courant de
cibler des endroits particuliers afin de procéder au recrutement, ce qui sera discuté
davantage dans les sections ultérieures (Fortin et Gagnon, 2016). La méthode boule-
de-neige a également été effectuée, notamment, en demandant aux participants de nous
référer des participants potentiels.
Dans un deuxième temps, plusieurs maisons de soins palliatifs ont été rejointes afin de
vérifier leur volonté de participer au recrutement de ce projet. C’est ainsi que les
travailleuses sociales des maisons de soins palliatifs suivantes ont accepté de collaborer
dans le projet : La Source bleue, la Maison Vaudreuil-Soulanges ainsi que la Maison
Victor-Gadbois. Elles ont ainsi ciblé des hommes endeuillés afin de leur présenter la
recherche et pour identifier ceux pouvant être potentiellement intéressés à y participer.
Finalement, une affiche de recrutement a également été publiée sur la page Facebook
de l’étudiante-chercheure afin de la diffuser à un grand nombre de personnes et ainsi
faire connaître le projet.
Les participants ciblés pour ce mémoire de recherche sont des hommes, âgés entre 65
et 74 ans, correspondant à la tranche d’âge associée à la cohorte des baby-boomers.
Comme souligné plus tôt dans le portrait de la population, ces derniers pourraient vivre
les liens familiaux et conjugaux différemment, ce qui pourrait influencer leur processus
de deuil conjugal (ex. : famille nucléaire, conjoint de fait, couple sans enfant). Les
hommes endeuillés qui ont été rencontré devaient idéalement avoir perdu leur
conjointe depuis minimalement un (1) an et maximum cinq (5) ans. En fait, ce critère
peut se justifier par le fait que, dans un premier temps, nous désirons éviter de
rencontrer des hommes étant dans une trop grande détresse émotionnelle. C’est pour
cela que la perte ne devait pas être trop récente puisque, selon les études, cette détresse
s’estomperait au courant de la première année (6 et 18 mois) (Bonanno et al., 2002;
44
Bonanno, Wortman et Nesse, 2004). De plus, une rencontre trop tôt dans le processus
de deuil pourrait être perçue comme étant intrusive. Dans un deuxième temps, nous
désirions rencontrer des hommes ayant perdu leur conjointe depuis un maximum de 5
ans afin d’éviter les biais de mémoire. L’état actuel d’un individu, ses objectifs et son
état affectif viendraient jouer un rôle dans la mémoire des événements (Safer et Keuler,
2002). Bien que les détails d’événements s’estomperaient avec le temps (Higgins et
King, 2017), il y a en fait des évidences qui montreraient un lien entre les changements
associés au deuil actuel et les souvenirs rétrospectifs associés au deuil. C’est ainsi que
les personnes vivant davantage de détresse actuellement auront tendance à surestimer
la détresse vécue dans le passé et, à l’inverse, les personnes vivant moins de détresse
actuellement pourraient la sous-estimer (Field, Thompson et Gallagher-Thompson,
2006). Bref, le temps qui passe et l’intensité de la détresse vécue pourraient influencer
la mémoire associée au deuil conjugal. De plus, les hommes rencontrés devaient avoir
été minimalement 1 an en couple avec lea conjointe décédée, ce qui nous assurait
d’interviewer des participants ayant une histoire de couple. Finalement, les hommes
rencontrés ne devaient pas présenter de troubles cognitifs afin d’éviter les enjeux de
compréhension et de communication lors des entrevues qualitatives et devaient parler
le français pour les mêmes raisons.
Les perspectives subjectives des participants ont été récoltées à travers des entrevues
qualitatives semi-dirigées. Il s’agissait en fait de récolter le savoir expérientiel des
45
cette étape d’analyse des données s’est échelonnée sur plusieurs mois, soit de mars à
octobre 2021. Par ailleurs, dans le cadre d’une recherche qualitative descriptive,
l’analyse thématique de contenu est souvent la méthode d’analyse qui est mise de
l’avant (Fortin et Gagnon, 2016). En fait, cette méthode « permet de classer les mots
en catégories » (Fortin et Gagnon, 2016, p.375). En ce sens, le contenu des entrevues
réalisées auprès des hommes endeuillés a été retranscrit intégralement afin de faciliter
le travail de l’étudiante-chercheure. Il a ensuite été possible d’ériger des thèmes et des
catégories regroupant les mêmes idées selon ce qu’ont rapporté les hommes endeuillés
en entrevue, soit l’analyse verticale. L’étape de codification a ensuite été possible, à
travers laquelle les catégories ont été associées aux sections de verbatim pertinentes de
l’ensemble des entrevues, soit l’analyse transversale (Wanlin, 2007). C’est ainsi qu’un
arbre de codification a été élaboré selon le contenu des entrevues qualitatives réalisées
auprès des endeuillés. La dernière étape d’inférence a été effectuée en procédant à
l’analyse interprétative des résultats (Wanlin, 2007; Corbière et Larivière, 2014; Fortin
et Gagnon, 2016). Bref, grâce aux informations méthodologiques qui ont été présentées
ci-dessus, nous comprenons mieux comment et auprès de qui cette recherche a été
réalisée.
Lorsque nous effectuons une recherche auprès d’individus, plusieurs questions sur le
plan éthique doivent être prises en compte par lea chercheure. C’est ainsi que, dans la
prochaine section, des thèmes tels que les risques et avantages de la recherche pour les
participants, le consentement de ceux-ci ainsi que la confidentialité des données
recueillies seront abordés. Il est a noté que ce projet a obtenu sa certification éthique
de l’UQÀM (#4772) en date du 15 février 2021.
47
Ce mémoire aborde le sujet du deuil conjugal auprès d’une population masculine âgée.
Cette population est encore peu étudiée, comme nous l’avons constaté dans les sections
précédentes. C’est ainsi que les hommes qui ont participé à cette recherche, en
partageant leur vécu personnel de deuil, ont contribué à enrichir les données
disponibles à ce sujet et éventuellement aider d’autres hommes endeuillés dans leur
propre parcours d’endeuillé.
48
Bref, c’est à travers une méthodologie qualitative descriptive et exploratoire qu’il a été
possible d’investiguer le vécu du deuil conjugal des hommes âgés. Tout en gardant en
tête les considérations éthiques du projet, diverses questions ouvertes ont été posées
lors d’entrevues qualitatives ce qui a permis de développer davantage nos
connaissances en ce qui a trait à ces expériences subjectives de deuil conjugal. Les
résultats recueillis lors de ces entrevues qualitatives seront décrits en détails ci-dessous.
CHAPITRE IV
Des entrevues qualitatives ont été conduites auprès de sept (7) hommes âgés endeuillés
ayant perdu leur conjointe. À travers leur discours, il a été possible de faire ressortir
plusieurs éléments qui tendent à répondre aux objectifs de cette recherche. En premier
lieu, un bref portrait de la population sera effectué, ce qui permettra de mettre en
contexte les résultats obtenus lors des entrevues qualitatives. En deuxième lieu, des
thèmes tels que l’expérience du deuil conjugal (émotions, croyances, sens de la perte),
la nature de la relation entre l’endeuillé et sa conjointe (relation passée, continuité du
lien), les éléments qui influencent le processus de deuil conjugal (isolement, soutien)
ainsi que les rituels entourant la mort et le deuil conjugal (rituels funéraires et de deuil)
seront rapportés dans la section suivante.
Description de l’échantillon
Un total de sept (7) hommes ont été rencontrés dans le cadre de cette recherche
abordant le deuil conjugal. Un seul homme a refusé de participer à l’étude lors du
premier contact téléphonique. Les participants rencontrés étaient des hommes âgés
entre 64 et 76 ans et endeuillés depuis un an et demi allant jusqu’à six (6) ans.
L’ensemble des endeuillés rencontrés ont été en couple ou mariés à une femme. L’âge
de la conjointe au moment du décès variait entre 56 ans et 80 ans. De plus, l’évolution
51
Jean est un homme retraité et âgé de 72 ans qui se décrit comme québécois catholique
non-pratiquant. Il est endeuillé de sa conjointe depuis six (6) ans. Celle-ci est décédée
d’un cancer des poumons. Ils ont été en union durant 40 ans et il est actuellement veuf.
Paul est un homme retraité et âgé de 65 ans qui se décrit comme étant agnostique. Il est
endeuillé de sa conjointe depuis trois (3) ans et quatre (4) mois. Elle est décédée d’un
cancer du pancréas. Ils ont été en union durant 16 ans et il est actuellement en union de
fait avec une nouvelle conjointe.
Albert est un homme retraité et âgé de 70 ans qui se décrit comme québécois catholique.
Il est endeuillé de sa conjointe depuis deux (2) ans et six (6) mois. Le diagnostic du
décès est inconnu par l’homme. On sait toutefois qu’elle souffrait de douleurs
chroniques et que sa santé se détériorait graduellement depuis plusieurs années. Ils ont
été en union durant 49 ans. Il est actuellement en union de fait avec une nouvelle
conjointe.
4
L’anonymisation des données a été effectuée afin de conserver la confidentialité des participants. Des
pseudonymes leur ont été attribués.
53
Henri est un homme retraité et âgé de 71 ans qui se dit québécois caucasien. Il est
endeuillé depuis trois (3) ans et a perdu sa conjointe d’un cancer des poumons. La santé
de sa conjointe s’est détériorée rapidement puisqu’aucun traitement curatif n’était
possible. Ils ont été en union durant 11 ans et il est actuellement veuf.
Joseph est un homme âgé de 69 ans qui se décrit comme québécois anglo-franco. Il a
fait des études supérieures en travail social et est toujours sur le marché du travail à
temps plein. Il est endeuillé depuis deux (2) ans et un (1) mois et a perdu sa conjointe
d’un cancer de la gorge. Ils ont été en union durant 33 ans et étaient séparés depuis
environ un an. Il a appris la maladie et le décès de sa conjointe après qu’elle ait procédé
à l’aide médicale à mourir. Il est actuellement veuf.
Jalil est un homme de 64 ans retraité depuis peu de temps qui se décrit comme étant
Tunésien et croyant. Il est endeuillé depuis deux (2) ans et onze (11) mois et a perdu sa
conjointe d’un cancer du sein à la suite d’une longue période de maladie et de rémission.
Ils ont été en union durant 39 ans et il est actuellement veuf.
Bref, bien que les hommes aient présenté des similitudes dans leurs caractéristiques
(âge, cause du décès de leur conjointe, statut d’employabilité), chacun d’entre eux a
vécu des expériences de deuil uniques et c’est ce que nous aurons l’opportunité de
constater dans les sections suivantes.
4.2 L’expérience du deuil conjugal telle que vécue chez l’homme endeuillé
Décrire l’expérience personnelle du deuil conjugal chez les hommes âgés est l’un des
objectifs spécifiques qui était, selon nous, incontournable à aborder dans cette
recherche. Il était notamment important de connaître l’expérience subjective du
conjoint endeuillé. Bref, cette section illustre l’expérience riche et diversifiée de ces
hommes en abordant notamment des thèmes tels que les émotions ressenties, les
54
changements vécus dans leur vie à la suite du décès, l’espoir mais aussi les croyances
des hommes et le sens de la perte, entre autres.
À leur façon très singulière, l’ensemble des endeuillés rencontrés nous ont partagé avec
beaucoup de générosité, de sensibilité et de nuances leur expérience unique du deuil de
leur conjointe. Leur discours était parsemé d’émotions qu’ils ont ressenties et parfois,
continuaient toujours de vivre. Que ce soient des émotions vécues lors de l’annonce du
diagnostic, lors du décès ou des émotions inhérentes au processus de deuil, chacun a
été en mesure de l’exprimer.
4.2.1.1 Le choc
Le choc a été une émotion relatée par la majorité des participants rencontrés. Selon
leurs expériences, le choc a pu prendre différentes formes et être expliqué de différentes
façons. Cependant, le dénominateur commun du vécu de ces hommes semblait être le
fait qu’ils n’aient pas prédit la maladie de leur conjointe. Ainsi, il y a certainement eu,
pour quelques participants, un aspect irréel face à la maladie et à l’annonce du
diagnostic de leur conjointe. En ce sens, Guy a mentionné que ce moment était
« comme dans un rêve ». Pour lui, sa conjointe allait sortir de l’hôpital et revenir à la
maison. Par ailleurs, Henri a souligné ceci :
Et lorsque [nom de la conjointe décédée] qui était, par ailleurs, une femme
en bonne santé, en forme physiquement beaucoup plus que moi, très active
jusque dans les mois précédents. Qui pouvait marcher 5-10 km par jour,
vraiment pis elle était forte et solide. Et c’était…c’était pas pensable qui
arrive quelque chose comme ça. … On pensait pas qu’on était face à un
cancer qui serait intraitable! (Henri)
Une minorité de participants ont également soulevé un élément de surprise, d’une part,
face à la condition médicale de leur conjointe et, d’autres part, face à sa mort. Comme
55
Finalement, certains participants ont clairement mentionné avoir vécu un choc face au
diagnostic et au décès de leur conjointe. Un des hommes a mentionné avoir vécu
l’annonce du diagnostic comme « un coup de masse dans le front » (Paul). Pour lui et
sa conjointe, ce choc a fait en sorte, d’une part, qu’ils ont vécu beaucoup de peine et ils
ont pleuré « comme des veaux » (Paul) et, d’autres part, cela rendait l’annonce à la
famille d’autant plus difficile.
Bref, ici le participant a témoigné d’une certaine incertitude quant au futur et, plus
spécifiquement, quant à ce qu’il traverserait et comment il vivrait le deuil de sa
conjointe décédée.
4.2.1.4 Culpabilité
La culpabilité est une émotion inhérente au deuil et partagée par plusieurs endeuillés.
Les hommes rencontrés dans le cadre de cette étude n’en font pas exception. Un d’entre
eux a souligné avoir encore aujourd’hui, six (6) ans après le décès de sa conjointe, des
regrets de ne pas en avoir fait davantage dans leur vie de couple.
Ben moi, ce que je vivais ça, c’est parce que je pense que je l’ai jamais
secondée suffisamment. Et c’est un peu ça qui était mon drame. …
Vraiment c’est toujours à quoi je reviens à chaque fois qu’on en parle. …
Pis on s’est jamais arrêté pour en parler plus là. Tu sais, j’aurais dû en faire
plus dans le fond. … Tu sais? Fait que c’est ça. Pis ça m’habite encore
aujourd’hui (Jean).
4.2.1.5 Tristesse
Environ la moitié des participants ont, à travers diverses expressions, soulevé avoir
vécu ou encore vivre de la tristesse face au décès de leur conjointe. C’est ainsi que des
expressions telles que « chagrin » (Jalil), « peine » (Paul), « douloureux », « sensible »
58
(Henri) ainsi que le fait de « pleurer » (Henri et Jalil), avoir « la larme à l’œil » (Paul)
ou encore « brailler » (Paul et Joseph) ont été employées par ces hommes. Deux
hommes endeuillés (Henri et Jalil) ont souligné se sentir « bien à l’aise de pleurer » et
ont parlé des bénéfices qu’exprimer leur peine a pu leur apporter dans leur deuil. Pour
Jalil, le fait d’exprimer ses émotions, notamment, la tristesse, a été « vraiment une
médecine ». Cependant, Paul a vécu le fait « d’apprivoiser sa peine » comme étant le
principal enjeu vécu dans son deuil. Bref, malgré la multitude de termes employés par
ces hommes, il semblait pertinent de mettre en lumière la tristesse qu’ils ont pu vivre
ou continuaient de ressentir dans leur deuil et qu’ils ont été en mesure de l’exprimer,
pour la plupart. En revanche, Joseph a soulevé l’idée que les hommes ont davantage
tendance à faire « semblant que ça nous fait pas mal trop trop … ». D’ailleurs, cet
élément mentionné par Joseph rejoint la croyance populaire stéréotypée que les
hommes exprimeraient moins leurs émotions. Ce participant a révélé ce que ce type de
croyance a eu comme effet dans son expérience du deuil conjugal :
« … parce que moi dans ma vie, c’est ça qui a fallu que je fasse souvent,
que je fasse semblant que les choses me blessaient pas parce que je trouvais
que les…les défis que mon épouse vivaient étaient plus grand que ce que
je vivais par la bande. … Mais en quelque part, ça nous fait pas moins
mal que ça fait mal aux femmes de perdre leur mari » (Joseph).
La majorité des hommes rencontrés ont mentionné avoir vécu des changements dans
leur vie à la suite du décès de leur conjointe. Ils ont mentionné avoir vécu des
changements dans leur vie quotidienne et, plus spécifiquement, dans leur routine, et ce,
59
Moi je dirais que, je peux pas parler de liberté, mais j’avais moins de
préoccupations. Exemple, quand j’allais jouer au golf pis que je savais que
[nom de la conjointe décédée] était à la maison, c’était, j’étais préoccupé.
Suite à son départ, ben là, tu sais j’avais tout mon temps (Albert).
Bien que la majorité des hommes endeuillés aient vécu des changements dans leur vie,
certains hommes ont affirmé le contraire, notamment en ce qui concerne la routine et
l’apprentissage des tâches. Entre autres, Henri a soulevé ne pas avoir eu à vivre
beaucoup de changements dans sa vie à la suite du décès de sa conjointe. Sa routine est
demeurée similaire, même s’il a perdu sa compagne avec qui il partageait son quotidien.
60
Il a d’ailleurs souligné que c’est « moins sympathique » de devoir le vivre seul. Par
ailleurs, la répartition des rôles dans le couple n’a pas entraîné des difficultés pour tous
lors du deuil. C’est ainsi qu’une minorité de participants ont mentionné ne pas avoir de
« dépendance » (Paul et Henri) et avoir eu un partage des tâches au sein du couple. Paul
a rapporté durant l’entrevue : « Fait que c’était vraiment une belle relation
fonctionnelle pis pas accroché à souvent ces types de dépendances autant
fonctionnelles que relationnelles ». Pour sa part, Henri a soulevé le fait que sa femme
l’avait « préparé à être fonctionnel » ainsi que l’idée qu’« il y a pas grand-chose qui
m’effraie dans l’entretien d’une maison et le train train quotidien ». Les participants
Paul, Albert et Henri ont rapporté l’effet positif que ce partage des tâches a pu avoir
dans la façon de vivre leur deuil. Le fait de ne pas se sentir « dépourvu » (Paul), de ne
pas sentir de « pression » (Paul) pour se trouver une nouvelle conjointe, ne pas avoir
de « crainte à affronter ce que j’avais à faire à tous les jours » (Albert) ainsi que le fait
de ne pas avoir « eu cette dimension-là à subir », en faisant référence à l’apprentissage
des tâches ménagères, ont été relevés par ces hommes endeuillés de leur conjointe.
« tournait en rond » en faisant allusion à une maison vide et sans « âme ». Un homme
a aussi rapporté avoir perdu une confidente, une amie et une famille. Également, Guy
a même dit que « C’est quand je reviens chez nous que c’est le pire ». Pour Paul, le fait
de se retrouver seul à la maison était particulièrement « pénible ». Henri a spécifié,
pour sa part, que le sentiment de solitude se faisait ressentir par le fait qu’il n’avait plus
de compagne avec qui échanger et partager sa journée. Il a dit que cela était « une
grande privation ». L’extrait d’entrevue suivant illustre bien les propos relevés ci-haut :
Une minorité de participants ont cependant rapporté des stratégies afin de contourner
ce sentiment de solitude. Guy a dit qu’il aimait souvent quitter la maison afin de ne pas
s’y retrouver seul. Par contre, quand il devait y être seul, plusieurs radios et télévisions
jouaient en même temps afin de briser le silence, ce qui semblait atténuer le sentiment
de solitude chez cet homme. Finalement, Paul nous a dit « non, c’est pas vrai que je
vais rester dans ce mode-là », en faisant référence à sa nouvelle vie seul. C’est ainsi
qu’il a décidé de s’inscrire sur les réseaux de rencontres.
Les rôles exercés par les hommes auprès de leur conjointe et famille durant la période
de la maladie pourraient également venir influencer l’expérience du deuil conjugal.
C’est ainsi que les hommes endeuillés ont adopté plusieurs rôles, autant auprès de leur
conjointe malade et en fin de vie, qu’auprès de leurs enfants et famille. La majorité des
hommes rencontrés ont parlé du soutien et de l’accompagnement qu’ils ont offert à leur
conjointe à travers l’expérience de la maladie et de la mort. Certains ont parlé de
62
Une des idées principales qui ressortait dans le discours des hommes endeuillés était le
fait de vouloir être présent pour leur conjointe, et ce, en les priorisant de différentes
manières. Pour certains, il s’agissait de la prioriser dans les soins qu’elle recevait à
l’hôpital ou encore dans l’accompagnement offert lors des rendez-vous médicaux. Un
homme a même dit que les préoccupations de la vie quotidienne devenaient
« secondaires » (Paul) et que, lui ainsi que sa famille, voulaient être présents le plus
possible au chevet de la conjointe malade. Le fait de prioriser la conjointe est également
bien illustré par ces deux passages : « Je ne me rappelle pas être présent pour moi-
même. Mais pour elle oui » (Jalil). Henri a également dit ceci :
… le fait que je sois directement sollicité par la situation à être présent,
à soutenir [nom de la conjointe décédée], à l’aider physiquement,
psychologiquement ben ç’a fait que j’étais moins centré sur ce que moi je
vivais pis c’était très correct. C’était elle la priorité pis je pouvais bien
vivre avec ça. Ce qui faisait pas que c’était facile pour autant (Henri).
63
Un des participants a même relevé avoir pris la décision de reporter une opération
importante afin de pouvoir assister à un rendez-vous médical avec sa conjointe, ce qui,
encore une fois, illustre bien le besoin de l’homme de prioriser sa conjointe en fin de
vie :
Une minorité d’hommes a également rapporté avoir joué un rôle auprès de leurs enfants
en leur apportant un soutien dans le deuil de leur mère. En ce sens, Jalil a souligné qu’il
s’agissait du devoir d’un père de consoler ses enfants et a soulevé l’importance de rester
fort sans démontrer ses faiblesses : « Veut veut pas, ils doivent avoir un support
pendant et après la mort d’un parent à eux. Moi je suis conjoint, je suis leur père. Si je
dois leur montrer ma faiblesse, ils vont être dans le pétrin moralement » (Jalil).
Cette section traite des croyances des hommes endeuillés face à la vie et à la mort de
façon générale, ce qui pourrait teinter leur expérience du deuil conjugal. À cet effet,
certains hommes ont mentionné ne pas avoir de contrôle face à la mort. Pour Guy, cette
croyance faisait en sorte qu’il « baisse les bras » face aux événements associés à la
mort, telle que la maladie de sa conjointe, bien qu’habituellement il se disait être un
homme qui aime surmonter les défis. Paul, pour sa part, a souligné ceci : « C’est pas la
vie qui me mène, c’est moi qui mène la vie. Du moins, ce sur quoi j’en ai le contrôle
là! Parce que la mort j’en ai pas de contrôle ». Bref, cet homme se disait être un homme
64
très « volontaire » qui ne se laisse pas « abattre » par les événements de la vie. Henri a
dit croire en la vie éternelle. Selon lui, l’être cher décédé resterait vivant dans nos cœurs
et nos pensées. Il ne croyait cependant pas à la vision stéréotypée du paradis, telle qu’on
la connait : « moi l’idée qu’on va être assis sur un nuage en quelque part pis que ça va
être le party éternel, je crois plus à ça ». Finalement, Jalil a stipulé que sa vision de la
vie avait changée à la suite du décès de sa conjointe et disait vouloir en profiter. Bref,
ces visions de la vie et de la mort sont uniques à chacun et semblaient avoir teinté leur
expérience du deuil.
Plusieurs hommes endeuillés ont tenté de faire du sens face au décès de leur conjointe.
Certains y sont arrivés, chacun à leur façon, tandis que d’autres n’arrivaient pas à en
faire sens. C’est, entre autres, le cas pour Jean qui a mentionné ceci : « Je fais ma petite
vie, mais on dirait plus que ça se prolonge moins que je trouve que la vie vaut la peine
d’être vécue ».
D’autres participants ont rapporté, par exemple, avoir fait des dons monétaires à la
maison de soins palliatifs où leur conjointe est décédée. Un autre participant a dit avoir
accepté le choix de sa conjointe de partir avec l’aide médicale à mourir, bien que
plusieurs questions soient restées en suspens face à son départ soudain. Ce même
homme a également souligné l’importance de participer à cette recherche afin de mettre
en lumière le vécu des hommes endeuillés de leur conjointe. Il a dit en entrevue : « je
suis bien content que tu fasses des recherches comme ça, pour que tu puisses parler de
la situation des hommes » (Joseph). Finalement, un autre participant a souligné ceci :
« … moi regardes tout le monde naît, tout le monde meurt. On sait pas exactement
où et quand » (Paul). Il semblait faire sens de la perte de sa conjointe en rapportant
ceci : «… j’aurais aimé ça qu’elle reste. On avait encore des belles aventures à vivre,
65
des choses intéressantes. Par contre, elle vieillissait plus vite pis elle commençait à
avoir plus de difficultés à suivre … » (Paul).
La façon dont les endeuillés et leur conjointe ont pu vivre l’expérience de la maladie
pourrait potentiellement influencer la façon dont le deuil serait vécu. Des éléments tels
que le fait de « vivre la maladie de la conjointe », notamment en abordant la manière
dont ils auraient fait face aux symptômes et aux traitements reçus par la conjointe, ainsi
que des éléments associés à l’espoir de guérison, seront rapportés.
Les éléments se rapportant au vécu et au ressenti des hommes face à la maladie, aux
symptômes et aux traitements auxquels ils ont dû faire face avant le décès de la
conjointe seront décrits dans cette section. En ce sens, Albert a parlé des douleurs
chroniques de sa conjointe en disant que « c’était pas une vie » et que de « voir
quelqu’un souffrir c’est pas évident ». Ce que Jalil a rapporté lors de l’entrevue était
similaire :
L’espoir de guérison de la conjointe est un thème qui est ressorti dans le discours de
plusieurs participants. En fait, l’idée principale exprimée par ces hommes était l’espoir
que leur conjointe reviendrait à la maison guérie. L’extrait de verbatim suivant
témoigne bien de cet élément : « Et pis après ça, je dirais pas on attendait ça, on avait
toujours espoir qui va avoir quelque chose qui va la guérir. Et l’espoir on l’a jamais
perdu jusqu’à la dernière seconde » (Jalil). Un autre homme endeuillé a également
souligné le fait qu’ils se sentaient « invulnérable » (Guy) par rapport à la maladie et ne
pensaient jamais que cela pourrait lui arriver. Également, un autre participant a
mentionné qu’il pensait que « c’était pour être tout réglé » (Jean). Finalement, d’autres
hommes ont dit avoir de l’espoir face à des nouveaux traitements et à la recherche
contre le cancer.
À l’inverse, bien que certains d’entre eux aient démontré de l’espoir concernant la
guérison de la maladie de leur conjointe, certains participants ont souligné un certain
désespoir concernant ce dénouement. C’est ainsi qu’un homme a dit : « Y avait aucune
possibilité de guérison là. Sauf un miracle. Je suis pas très croyant, je ne crois pas
beaucoup aux miracles » (Paul).
À la lumière des résultats se rapportant aux émotions, aux changements liés à la perte,
aux rôles des hommes durant la maladie de leur conjointe, à leurs croyances, au sens
donné à la perte et à leur expérience durant la maladie de leur conjointe, nous pouvons
constater que l’expérience du deuil conjugal telle que vécue par ces hommes endeuillés
est très diversifiée et empreinte de sensibilité.
67
La nature de la relation entretenue dans le couple avant le décès ainsi que la relation
maintenue avec la conjointe après le décès ont été investiguée lors des entrevues. Des
questions portant sur la relation passée avec la conjointe et la continuité du lien que
l’homme endeuillé continuait d’entretenir avec sa conjointe décédée ont été posées afin
de répondre à un des objectifs spécifiques de cette recherche. Cependant, des thèmes
émergents sont ressortis et contribuent à une meilleure compréhension du phénomène
du deuil conjugal vécu par les hommes âgés. C’est ainsi que des éléments associés à la
perception de leur conjointe et leur désir d’honorer des promesses passées seront
également abordés dans la section suivante.
Comment était leur vie de couple avant le décès de la conjointe? Quelle était la
dynamique vécue au sein du couple? Quelle est l’influence de cette dynamique dans le
vécu du deuil conjugal chez les hommes endeuillés? Voici des questions centrales
auxquelles les hommes ont apporté quelques pistes de réponses, notamment, en
abordant des sujets tels que : les épreuves passées, la communication dans le couple
ainsi que la proximité dans la relation.
La moitié des participants ont souligné avoir vécu des épreuves dans leur vie de couple
et racontaient comment cela a pu influencer leur expérience d’endeuillé. Le premier a
dit avoir vécu, au début de leur union, des morts périnatales. Ces événements auraient
contribué à renforcir sa relation de couple puisqu’ils auraient traversé cela ensemble.
Ce qui a été le plus dur c’est des enfants. Elle a fait 4 fausses couches, un
bébé mort-né pis on a adopté notre dernière fille. Ç’a commencé au début
du mariage. 6 mois après qu’on était marié. La première fausse-couche.
On a toujours vécu ça ensemble. Ça nous a renforci (Guy).
68
Pour le second participant, sa conjointe aurait subi un accident sur son lieu de travail
ce qui aurait entraîné des douleurs chroniques chez celle-ci. Cet événement spécifique
aurait apporté des changements dans les activités qu’ils pratiquaient ensemble.
L’homme a dit : « Ç’a beaucoup changé » (Albert) en faisant référence aux activités
qu’ils ne pouvaient plus faire ensemble.
Tu sais, mais c’est sûr que je me sentais pas nécessairement compris. Les
gens, ses sœurs pis nos amis, y’ont de la compassion pour moi. Ils me
comprennent pis ils m’acceptent mais ils m’acceptent dans la complexité
de cette affaire-là qu’ils comprennent pas. J’ai été un gars résilient qui
aimait sa femme à la fin…jusqu’à (Joseph).
Albert a raconté avoir vécu, avec sa conjointe, plusieurs tentatives de suicide de leur
fils. Selon lui, ces épreuves vécues dans leur famille auraient pu influencer, d’une part,
la santé de sa femme : « Et en quelque part, je pense aussi que, tu sais le corps peut,
peut accepter des douleurs mais y a des limites ». D’autres part, ces épreuves auraient
également influencé la façon dont il aurait fait face au deuil de sa conjointe. Voici ce
qu’il en disait :
le départ de mon épouse d’autant plus que je la voyais souffrir à tous les
jours (Albert).
Certains hommes ont fait mention de la communication qui régnait dans leur couple
avant et après l’apparition de la maladie. Ils ont parlé de la présence d’une
communication remplie de « respect » (Paul et Henri) ainsi que l’idée d’être « capable
de se dire des choses » (Paul) et d’« échanger ensemble » (Henri). Paul a dit : « On a
eu beaucoup de communication et de respect », « avoir une belle conversation » et un
« dialogue ouvert » avec sa conjointe, et ce, jusqu’à la fin. Un autre homme a également
souligné le fait qu’ils étaient en mesure de respecter l’opinion de l’autre au sein du
couple. Il a également rapporté ceci : « souvent à l’intérieur de ces années-là on se le
disait combien on était chanceux de vivre ça » (Henri). Bref, ces éléments témoignaient
de la présence d’une communication qui semblait saine et empreinte de respect mutuel.
Cette section traite du lien de proximité qui régnait dans le couple, à la fois avant
l’apparition de la maladie et pendant la maladie. Tous les hommes rencontrés ont relevé,
d’une façon ou d’une autre, des éléments qui s’y rapportait, ce qui permettra de mieux
comprendre la nature de la relation au sein de leurs couples.
70
D’autres hommes ont emprunté les mots suivants pour décrire leur relation de couple :
« compatible », « belle relation », « une relation qui coulait », « facile de vivre avec »
(Paul), « on formait une équipe » (Albert), « complicité » (Henri), « relation positive »
(Joseph) et « harmonie » (Jalil). Certains hommes ont aussi fait mention de la relation
fusionnelle qu’ils ont pu entretenir lors de leur union notamment en employant des
expressions telles que « symbiotique » (Joseph), « dans notre bulle » (Guy) et « une
moitié de moi » (Jalil). À cet effet, voici ce qu’a dit Guy quant à l’effet de cette relation
fusionnelle sur ses autres relations : « C’est qu’on était tellement dans notre bulle elle
et moi que là j’arrive tout seul aujourd’hui pis j’ai plus rien à l’extérieur de la bulle ».
Ces paroles semblaient montrer une absence de soutien social en raison de la relation
fusionnelle qu’il entretenait avec sa conjointe maintenant décédée.
Plusieurs hommes ont amené l’idée selon laquelle la nature de la relation entretenue
avec la conjointe aurait pu jouer un rôle dans la façon de vivre leur deuil. Voici
quelques exemples de ce qui a été rapporté par les participants :
Jalil a souligné ceci : « On était tellement en harmonie ensemble que oui c’était très
difficile ».
Pour sa part, Paul a mentionné avoir vécu une expérience émotionnelle difficile tout en
ayant « pas eu trop de difficultés ». Selon lui, le deuil d’une conjointe serait plus facile
à faire dans les couples dans lesquels « ça allait bien » et où il n’y avait pas
« d’amertume ».
Un homme s’est cependant démarqué par sa relation qu’il qualifiait parfois comme
étant « un petit peu difficile » (Jean). Cet homme a dit avoir vécu beaucoup de moments
seuls, avoir eu une vie indépendante et ne pas avoir été assez « proche » de sa conjointe.
Voici ce qu’il a rapporté en entrevue :
Guy a dit de sa femme qu’elle avait un « bon caractère », qu’elle était « formidable »
et qu’elle était une « très bonne femme ». Pour sa part, Jean a dépeint sa femme comme
étant une femme « très travaillante », « contrôlante », « fatiguée de la vie » puisqu’elle
travaillait dur, tout en étant le « noyau de la famille ». La femme d’Albert était pour lui
une sorte d’héroïne, une femme « forte » puisqu’elle devait faire face à la douleur
72
quotidiennement, « joviale », qui « aimait les gens », qui était à l’écoute et aimait
« partager » avec les autres. Pour Henri et Jalil, leur femme était « courageuse ». Pour
ce dernier, sa conjointe réussissait à donner de la force et du courage à son entourage.
Il la décrivait comme étant quelqu’un de « très positive » et disait même qu’elle était
comme « un ange ». Finalement, Joseph a dit de sa conjointe qu’elle était une personne
« complexe » et avec des « qualités extraordinaires ». Il l’a aussi décrite comme étant
à la fois une « victime », de par les abus vécus dans son enfance, mais également
comme une personne ayant fait vivre des abus aux membres de sa famille. Bref, les
hommes endeuillés ont partagé leur perception de leur conjointe. Celles-ci ont
certainement pu teinter la façon dont ces hommes ont vécu leur deuil conjugal.
La continuité du lien dans le deuil est l’idée à travers laquelle un endeuillé continuerait
d’entretenir un lien d’attachement avec la personne défunte et serait étroitement
influencée par la nature de la relation au sein du couple. Ici, l’ensemble des endeuillés
ont mentionné, d’une façon ou d’une autre, entretenir une certaine relation avec leur
conjointe décédée, notamment à travers certains comportements ou expressions
émotionnelles. Plusieurs exemples de ce concept seront décrits dans cette section.
L’ensemble des participants ont mentionné maintenir une relation quelconque avec leur
conjointe décédée. Pour certains, il s’agissait simplement de penser à elle (Guy, Jean,
Paul, Albert, Jalil), pour d’autres, il était important de parler de leur conjointe décédée
avec leur nouvelle conjointe (Guy, Paul) ou avec leurs proches et amis (Paul et Henri).
D’autres endeuillés ont aussi rapporté entretenir une relation davantage spirituelle avec
leur conjointe décédée, notamment en lui parlant ou en lui posant des questions (Jean,
Jalil). Jalil a dit ceci : « La relation plutôt spirituelle. Ça m’arrive parfois le soir lorsque
je me demande quelque chose, je lui demande « qu’est-ce que t’en dis d’après toi? ».
De plus, certains endeuillés ont mentionné ressentir la présence de leur conjointe. Jalil
a mentionné qu’elle était comme « un ange qui me protège ». Également, ce passage
illustre bien la présence de la conjointe qui est toujours ressentie :
… quand elle la nouvelle conjointe est venue chez moi, ben elle a
rencontré [nom de la conjointe décédée]. Elle dit : « je sens sa présence ».
Parce que moi comme j’ai dit, j’ai pas modifié la déco. De façon générale,
la déco d’une maison c’est plus l’aspect féminin. Et elle a rencontré [nom
de la conjointe décédée] pis elle a une belle relation. Pis ça ç’a été
important (Paul).
Paul a également souligné avoir gardé plusieurs photos de sa conjointe sur les murs de
sa maison puisqu’elles lui rappelaient des bons souvenirs avec celle-ci. Henri, lui, a dit
garder sa conjointe dans son cœur et Joseph soulignait que sa relation conjugale était
une grande « richesse » dans sa vie actuelle. Finalement, Jalil a rapporté avoir
intériorisé certaines habitudes et traits de sa conjointe maintenant décédée. Voici ce
qu’il a dit en entrevue :
74
… même moi dans mes actes quotidiens lorsque j’agis--. Mes habitudes
de vie ressemblent à elle beaucoup à travers le temps qu’on a passé
ensemble. Mais même des étrangers lorsqu’ils me voient me disent « toi
tu es comme [nom de la conjointe décédée] ».
À travers ces résultats portant sur la nature de la relation entre l’homme endeuillé et sa
conjointe décédée, nous avons pu constater que la relation passée et présente ont joué
un rôle dans le vécu du deuil conjugal des hommes rencontrés.
Plusieurs éléments peuvent venir influencer le processus de deuil d’un individu. Par
exemple, les facteurs contextuels, l’isolement, le soutien social, les deuils antérieurs,
les caractéristiques personnelles de l’endeuillé et les rôles sociaux peuvent constituer à
la fois des facteurs de risque et de protection dans le processus de deuil et risquent
d’entraîner des conséquences dans la vie d’un endeuillé. Cette section traitera de ces
éléments, ce qui permettra de répondre à un des objectifs spécifiques de cette étude,
tout en tentant de faire des liens avec les vécus singuliers de chacun des hommes
rencontrés.
Cette section met l’emphase sur plusieurs éléments contextuels reconnus comme
pouvant influencer l’expérience du deuil, soit la période d’hospitalisation de la
conjointe, son déroulement ainsi que, plus spécifiquement, le moment du décès de la
conjointe. L’expérience vécue avec le personnel soignant sera également abordée dans
cette section.
Euh…à l’hôpital, j’ai pas aimé ça. La façon qu’elle est là pis…Elle peut
pas finir ses jours en confort et puis tranquille pis heureuse. Parce que
l’hôpital, on se comprends-tu? Le manger et puis l’hôpital c’est l’hôpital
hen? (Jalil)
lui « des fois aimer c’est apprendre à laisser-aller » (Albert). Finalement, pour lui, voir
la santé de sa femme se dégrader tranquillement aux soins intensifs aurait été aidant
dans son deuil. Voici un extrait de ce qu’il a rapporté en entrevue :
Alors, c’est un peu rapidement, c’est…pendant une semaine elle a été aux
soins intensifs à l’hôpital nom d’un hôpital en Montérégie, mais sa fin
était inévitable. … en l’accompagnant pendant 1 semaine de temps aux
soins intensifs on la voyait graduellement dépérir. Et dans ce sens-là je
pense que ça m’a aidé ….
Certains hommes endeuillés ont discuté de leur expérience avec le personnel soignant
durant l’hospitalisation de leur conjointe. Pour sa part, Guy avait de la difficulté à
obtenir des diagnostics et des informations claires de la part du personnel soignant. Il
a dit ceci : « Ouais. Y’en a un qui disait une chose, l’autre disait autre chose tsé. On
était pas sûr de rien ». Cependant, l’expérience d’Henri était tout à fait différente. De
son côté, le personnel soignant aurait fait preuve de petites attentions lors des derniers
jours de sa conjointe :
Et le personnel de l’équipe soins palliatifs ont été tellement fins, parce que
prenant connaissance de cet anniversaire-là anniversaire de leur
rencontre, ils se sont mis ensemble, ils ont ramassé un petit bouquet de
fleurs pis ils ont fait une petite carte pis sont arrivés dans notre chambre,
dans la chambre de [nom de la conjointe décédée] en nous souhaitant un
bel anniversaire (Henri).
La littérature souligne bien le lien existant entre les circonstances entourant le décès et
l’expérience du deuil de façon générale (Rolland, 1987; 1994; Wilson, Macleod et
Houtterkier, 2016; Tenzek et Depner, 2017). C’est ainsi que des éléments associés à
l’expérience de la conjointe malade et de l’homme endeuillé et se rapportant
spécifiquement aux soins de fin de vie (maison de soins palliatifs, unité de soins
77
palliatifs à l’hôpital ou à domicile) ainsi que des éléments associés aux derniers
moments qu’ils ont, ou pas, passés ensemble et avec leur famille seront traités.
Certains hommes ont parlé de leur expérience en maison de soins palliatifs ainsi que
des soins que leur conjointe a pu y recevoir. Paul a mentionné : « En soins palliatifs.
Ç’a été numéro 1 là. Pas un mot à dire ». Sa conjointe a pu y recevoir de la médication
de fin de vie afin de mourir sans douleur. De plus, contrairement à son expérience à
l’hôpital, il a souligné que « La maison de soins palliatifs c’était mieux parce que c’est
une chambre fermée pis c’est tranquille. Ça avait plus d’allure ». Jalil a également
souligné cet élément de quiétude et de calme qui régnait dans la maison de soins
palliatifs dans laquelle sa conjointe a pu terminer sa vie. Il a dit ceci :
J’ai ben aimé ça! Dans ce sens, on entre par la porte, c’est vraiment
vraiment le calme absolu, la sérénité absolue. C’est une place où on permet
au malade de transiger…c’est une place de transition de la vie à la mort.
Sans douleur et avec amour et dignité (Jalil).
Il a même dit avoir perçu un changement chez sa femme lors de son entrée dans cette
maison de soins : « Les traits du visage ont changé de l’angoisse à la joie » (Jalil). Selon
lui, cet endroit aurait permis à sa conjointe de mourir heureuse, accompagnée de sa
famille, et ce, sans douleur. Pour lui, la maison de soins palliatifs a eu un grand impact
pour sa femme ainsi que pour sa famille. Il a dit avoir ressenti tout l’ « amour » du
personnel et même les percevait « comme une famille» autour d’eux. Finalement, Jalil
a été très explicite en énumérant divers soins (ex. : massage, musicothérapie) et
services (ex. : salle de célébration, accès à un psychologue, etc.) auxquels ils avaient
droit et qui facilitaient leur séjour et la fin de vie de sa conjointe.
Henri et sa conjointe ont reçu des soins palliatifs à domicile. Cela leur aurait permis
d’avoir la présence de leurs proches et amis dans le confort de la maison. Voici ce que
cet homme a rapporté :
78
Dans cette période-là elle a été comme à peu près 2 semaines, 2 semaines
et demi à la maison à ce moment-là quelques amis proches sont venus.
Même des amis qui ont fait un aller-retour de Québec en amenant le lunch
pour venir manger à la maison (Henri).
Certains ont souligné avoir eu l’opportunité de faire une dernière activité ensemble.
C’était notamment le cas de Paul qui a souligné avoir passé leur dernier été dans un
camping sur le bord de l’eau avec des membres de leur famille. Également, Jalil a
souligné avoir tenu à faire plusieurs activités avec sa conjointe afin de la tenir occupée
et la faire rire : « J’ai pas cessé une minute de la laisser occupée tellement et puis de la
faire rire. Surtout rire. Elle riait! Elle riait! » (Jalil). Henri a aussi dit que sa conjointe
avait eu la chance de passer son dernier anniversaire dans un spa en compagnie de sa
fille et d’une amie. Il se disait « très content » de lui avoir permis de vivre ce moment
privilégié avec les gens qu’elle aimait. Paul a également souligné que sa conjointe
s’était battue jusqu’à la fin afin de pouvoir tenir dans ses bras ses deux petits-enfants.
Elle avait donc tenue à être maintenue en vie le plus longtemps possible. Elle est
finalement décédée cinq (5) jours après la naissance de sa petite-fille.
Pour sa part, Joseph a vécu une expérience différente. Il a souligné ne pas avoir pu être
présent lors du décès de sa conjointe ainsi que dans les derniers moments de sa vie.
Celle-ci ne l’avait pas tenue informé de son diagnostic de cancer en phase terminale.
Voici ce qu’il a rapporté en entrevue :
79
Non, elle a tout, tout…toute sa famille et tous ses amis elle les a tenus à
l’écart de tout ça. Pis elle s’est faite de nouveaux amis dans les derniers
mois de sa vie. Tu sais, qui la connaissaient pas pis qui l’aimaient
beaucoup. Pis j’imagine qui voyaient pas que c’est une personne qui avait
des troubles qui étaient plus…les troubles de santé mentale là (Joseph).
Cette section traitera des épreuves qui ont pu être vécues en même temps que le deuil
de leur conjointe et qui a pu influencer leur expérience du deuil. Un seul homme a
souligné avoir vécu d’autres deuils en même temps que celui de sa conjointe. Henri et
sa conjointe ont, dans la période de fin de vie, vécu d’autres deuils de membres de la
famille. Cet homme a dit en entrevue avoir vécu le deuil de sa belle-sœur qui est
décédée dans des circonstances similaires à celle de sa conjointe, et ce, à trois (3) mois
de différence. Voici ce qu’il a dit lors de son entrevue : « À trois mois de différence.
Trois mois et quelques exactement le même profil les deux. C’était effarant de voir
comment c’était presqu’un copier-coller là » (Henri). Également, voici ce qu’il a dit
concernant l’impact que ces deuils concomitants ont eu sur son parcours : « … sur le
plan émotif, c’est sûr! Ça nous a tous touché. Mais c’était à l’intérieur de ce contexte-
là que la période de maladie, de phase terminale s’est vécue » (Henri).
Cette section vise à mettre en lumière les éléments qui sont associés aux démarches et
aux tâches administratives (ex. : succession, vente d’une propriété, héritage) entourant
le décès de la conjointe et comment ces éléments ont pu influencer les expériences de
deuil conjugal auprès de ces endeuillés.
Avant le décès, il a été possible pour quelques hommes et leur conjointe de mettre de
l’ordre dans leurs affaires. Pour certains, il s’agissait de faire le ménage de leurs papiers
et, pour d’autres, il s’agissait de mettre en ordre le testament et l’héritage qui seraient
80
Pour Henri, cela semblait avoir été aidant dans son processus de deuil puisque
les directives étaient alors claires quant à l’héritage et la succession que sa
conjointe désirait laisser à ses proches.
À la suite du décès de leur conjointe, certains hommes ont dit avoir procédé à la vente
de leur propriété. Pour l’un d’entre eux, Henri, il s’agissait d’une tâche qu’il remettait
à plus tard en raison de la maladie de sa conjointe. Il semble que cela ait été une tâche
difficile à faire autant physiquement (transporter des boites, faire le ménage)
qu’émotionnellement, puisqu’il s’agissait de la maison dans laquelle ses enfants ont
grandi. Pour le second endeuillé, la vente de la maison était cruciale car elle nécessitait
trop d’entretien en plus de lui rappeler trop de souvenirs :
… j’ai vendu ma maison vue que justement, on parle comment oublier
son deuil, après tout ça là, l’année passée, l’année même 2019 je l’ai fait.
En 2019 je l’ai fait. J’ai mis la maison à vendre parce que veut veut pas,
beaucoup beaucoup beaucoup de souvenirs (Jalil).
qui semble avoir été un aspect positif dans son processus de deuil.
4.4.2 L’isolement
Un des enjeux principaux de l’expérience vécue par les hommes endeuillés a été
l’isolement. Presque la moitié d’entre eux ont très clairement verbalisé que le fait d’être
seul et isolé après le décès de leur conjointe a été un des éléments les plus difficiles
dans leur deuil. Guy a rapporté ceci : « J’pense que pour les vieux là le pire c’est d’être
tout seul. Moi je vivrais avec quelqu’un toute suite pour pas être seul ». Par ailleurs,
certains d’entre eux ont souligné le fait qu’ils avaient peu d’amis ou de famille proche.
D’autres ont rapporté se sentir mieux lorsqu’ils étaient entourés. Par ailleurs, certains
ont tout simplement exprimé « le fait d’être tout seul » comme principale difficulté
dans leur deuil (Guy).
Moi, c’est…c’est pas compliqué mais c’est le principal enjeu du deuil
l’isolement. Tu sais, l’isolement. Quand t’as vécu avec une personne aussi
longtemps que ça. Pis une personne qui a des problèmes de personnalité
limite ou de…de--. À quelque part, tous mes amis ont débarqué, des amis
qu’elle se faisait assez facilement restaient pas longtemps. Fait que tu sais,
en quelque part, j’étais vraiment laissé seul avec ce deuil-là (Joseph).
Certains hommes ont vécu des deuils antérieurs à celui de leur conjointe, ce qui a
certainement pu influencer leur expérience d’accompagnement et de deuil conjugal.
Cette section relèvera certains éléments associés à la façon dont ces deuils antérieurs
ont pu influencer leur expérience du deuil conjugal et comment ceux-ci pourraient
constituer des facteurs de risque ou de protection dans leur processus.
Certains hommes ont vécu le deuil d’un ou de plusieurs membres de leur famille. C’est
notamment le cas d’Albert qui a perdu sa mère quelques années auparavant.
82
Henri a également vécu la maladie et le décès de son frère de qui il était proche. Il a été
présent auprès de celui-ci à partir de l’annonce du diagnostic, lors des traitements et
jusqu’à sa mort. Il était également présent lors de la mort de son père. Il se disait
privilégié d’avoir pu vivre ces expériences de fin de vie « dures mais apaisantes ».
Voici ce qu’il a dit concernant l’influence que ces expériences de deuils antérieurs ont
pu avoir dans l’expérience de son deuil conjugal :
D’autres hommes ont mentionné avoir vécu des deuils antérieurs, notamment le deuil
d’un parent, sans nécessairement que ceux-ci aient influencé le deuil de leur conjointe.
Joseph disait de ces deuils qu’il s’agissait de « deux choses très différentes ».
Cette section traitera des éléments intrinsèques se rapportant à l’homme, tels que les
caractéristiques personnelles de l’endeuillé et sa résilience ainsi que leurs influences
potentielles sur leur expérience du deuil conjugal.
83
Plusieurs hommes ont rapporté des éléments se rapportant à la résilience tout au long
de leur parcours d’endeuillé. C’est ainsi que cette section traitera des éléments se
rapportant à la résilience et comment celle-ci a pu influencer, ou non, leur expérience
d’endeuillé.
La majorité des hommes rencontrés ont exprimé, chacun à leur façon, avoir été et
continuer d’être résilient dans leur expérience du deuil conjugal. Certains hommes ont
rapporté leur capacité à faire face à la vie et aux difficultés qu’ils ont rencontrées. Paul
a dit : « C’est pas la vie qui me mène, c’est moi qui mène la vie ». Il disait ne pas se
« laisser abattre » malgré les « vents contraires ». Pour sa part, Albert a dit : « … je
me suis pas apitoyé sur mon sort. … affronter ce qu’on a à vivre pour moi c’était la
moindre des choses que j’avais à faire ». Jalil, lui, disait toujours percevoir le côté
positif de chaque situation. Par ailleurs, d’autres hommes ont plutôt mentionné leur
« choix de continuer à vivre » et de « continuer à aimer la vie » (Henri), de reprendre
le « cours normal » (Paul) de leur vie, d’essayer de se « relever » et de s’ « ouvrir sur
84
le monde » (Joseph). Finalement, Joseph a très clairement spécifié qu’il était un homme
« résilient » et que cela l’aurait probablement aidé à faire face au deuil de sa conjointe.
Une minorité d’hommes ont dit avoir pratiqué des loisirs avant le décès de leur
conjointe, et ce, durant la période de la maladie. Notamment, Albert aimait pratiquer le
golf. Pour lui, ces moments étaient comme « un cadeau de ma semaine ». Il a dit qu’il
avait « besoin de ça ». Henri, lui, pratiquait de la musique et le golf avec des amis. À
la suite du décès de sa conjointe, il a continué de pratiquer ces activités, ce qui lui aurait
également permis de bénéficier du soutien de son groupe d’amis. Voici ce qu’il a
mentionné :
… ça me nourrissait sur le plan affectif, mais sur le plan social d’être
soutenu par ces gens-là que je côtoie régulièrement. … après le décès de
[nom de la conjointe décédée], j’ai repris un peu le golf mais très peu. Mais
au moins, reprendre ce contact-là. Et goûter ce soutien-là aussi de mes
copains (Albert).
Avant le décès de sa conjointe, Jalil était prêt à prendre sa retraite. Cependant, lorsque
sa conjointe est décédée, il a pris la décision de retourner sur le marché du travail. Pour
lui, c’était une façon de s’occuper, de ne pas « descendre dans la tourmente » et ne pas
« virer fou ». Il a dit que cela lui permettait d’avoir une certaine « occupation » et
d’oublier ce qu’il vivait à ce moment-là.
La majorité des endeuillés ont rapporté les bénéfices de pratiquer diverses activités
dans leur deuil conjugal. Pour Guy, il s’agissait d’entretenir sa maison. Pour Jean,
85
c’était plutôt les petits-plaisirs de la vie, tels que boire une coupe de vin, écouter de la
musique et lire, qui arrivait à le « soulager un peu ». Paul, lui, a mentionné avoir écrit
un « résumé de notre histoire ». Il considérait cette écriture comme « un bon outil » et
cela lui aurait permis « de fermer les livres » (Paul). Pour sa part, Jalil tentait de rester
le plus occupé possible par divers moyens. Voici ce qu’il a dit :
Et puis, tu sais, qu’est-ce qui peut aider quelqu’un en deuil? Rire, pleurer,
manger, courir, se promener, nager, crier. Tout aide. Tout aide. Mais, il
faut pas sombrer. … Il faut pas rester une minute inoccupé. Au début.
C’est ce que j’ai fait d’ailleurs (Jalil).
Finalement, certains hommes ont rapporté avoir fait un voyage à la suite du décès de
leur conjointe. Jalil a voyagé avec sa fille et a souligné que ça les avait « aidé beaucoup
beaucoup beaucoup » dans leur deuil. De son côté, Paul a décrit son voyage comme
étant un « interlude » à travers lequel il pouvait faire une pause de son deuil. Voici ce
qu’il a dit plus spécifiquement :
4.4.6 Le soutien
Cette section portera sur la satisfaction des hommes endeuillés face au soutien social
reçu, que ce soit à travers un soutien professionnel (ex. : professionnels de la santé et
des services sociaux, intervenante en relation d’aide), par l’entremise d’un groupe
d’endeuillés ou à travers le soutien de leurs proches (ex. : nouvelle conjointe, famille)
et entourage (ex. : amis, voisins). Ce soutien a pu être reçu autant durant la période de
la maladie, lors de l’hospitalisation que lors du décès et, plus tardivement, après le
décès de la conjointe. Cette section nous permettra de mieux comprendre le rôle du
soutien dans le processus spécifique du deuil conjugal masculin.
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Certains hommes ont souligné avoir bénéficié de l’entraide reçue à travers les groupes
d’endeuillés. Pour certains, cela leur permettait de « ventiler » (Albert), pour d’autres,
cela leur permettait de mieux comprendre leur propre cheminement de deuil. Jean a
parlé de l’effet positif de l’exercice d’écriture qu’il a réalisé lors d’une rencontre de
groupe :
Je sais pas si c’est un an après sa mort, j’ai suivi une session sur le deuil
avec une personne. On était une dizaine de personnes durant dix semaines.
Ce qui m’a aidé je pense aussi là. On écrivait pis c’était quand même…
ç’a été favorable ce cheminement-là (Jean).
Pour Paul, ce qui l’aidait, c’était davantage être en contact avec des personnes ayant
été affectées intensément par le décès de leurs proches. Voici ce qu’il a rapporté : « Ça
aussi ça m’a aidé énormément parce que j’ai réalisé qui a des gens qui étaient beaucoup
plus mal pris que moi je pouvais l’être » (Paul). Pour sa part, ce qui a davantage aidé
Guy lors des groupes d’endeuillés, a été de se faire des nouveaux amis, un « petit
cercle », avec qui il pouvait échanger. Il a mentionné qu’écouter les histoires de ses
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amis lui « faisait du bien ». Finalement, voici ce qu’a rapporté Albert concernant son
expérience dans le groupe d’endeuillés : « … les réunions de groupe, j’étais plus à
l’aise là-dedans. Pis je pense qu’on apprend plus de personnes qui vivent la même
chose que toi. Fait que, ça ça m’a aidé à verbaliser ce que je vivais » (Albert).
Plus de la moitié des hommes endeuillés ont mentionné avoir une nouvelle conjointe,
compagne ou amie. C’est notamment le cas de Guy qui est maintenant en couple avec
une amie d’enfance de sa conjointe défunte. Il a cependant dit trouver difficile le fait
que sa nouvelle conjointe ne veuille pas habiter avec lui et qu’elle semblait avoir
« besoin d’air ». Il a dit ainsi qu’il s’agissait de sa compagne à « temps partiel ». Voici
ce qu’il a soulevé concernant sa nouvelle relation : « Je me sens vivant comme avant.
Comme quand j’étais avec ma femme dans le temps » (Guy). Jean a également
mentionné avoir une « amie », rencontrée sur les sites de rencontres, avec qui il passait
du temps. Il souhaitait rencontrer quelqu’un afin de pouvoir « continuer (sa) vie ». Il
s’agissait d’une femme avec qui il pouvait parler et faire certaines activités comme de
la marche. Cependant, celle-ci ne souhaiterait pas avoir de « lien trop étroit » avec Jean.
Selon lui, cette relation était auparavant très agréable, mais elle devient un peu plus
difficile en raison de leurs différences et de « l’opposition » dont cette amie ferait
preuve. Pour sa part, Paul recherchait une « présence féminine » à la suite du décès de
sa conjointe. Il désirait rencontrer une femme avec qui il pourrait faire des activités,
sans nécessairement avoir une relation « exclusive ». Il a tout de même, par l’entremise
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des sites de rencontres, fait la connaissance de sa nouvelle conjointe actuelle avec qui
il voyage beaucoup. Finalement, Albert a mentionné ne pas être resté longtemps veuf
puisqu’il se serait rapidement remis en couple avec une amie de sa conjointe défunte.
Cette nouvelle relation lui permettrait de pouvoir recommencer des activités qu’il
aimait et qu’il ne pouvait plus faire avec sa conjointe défunte. Également, sa nouvelle
relation lui permettrait d’avoir une « écoute mutuelle » et un grand « support »
puisqu’ils partageraient ensemble des aspects de leur vie conjugale antérieure. Voici
un extrait de son entrevue :
… quand on partage sur nos conjoints respectifs, ben moi je connaissais
son conjoint pis nom de la nouvelle conjointe connaissait [nom de la
conjointe décédée]. Donc, on passe pas par Toronto pour aller à Québec
quand on veut parler de nos conjoints respectifs …. Alors, dans ce sens-
là ç’a été et c’est encore une bonne écoute tu sais? On en parle quasiment
toutes les semaines de nos conjoints (Albert).
Pour sa part, Henri a souligné que certains événements (plusieurs décès consécutifs)
auraient mené les membres de sa famille « à se serrer les coudes davantage ». Il a dit
également avoir maintenu une « belle relation » avec sa belle-famille. Ce sont des liens
qu’il caractérisait comme « ineffaçables », « beaux » et « riches ». Henri a aussi
employé ces mots afin de décrire le soutien reçu par ses proches : « soutenant »,
« présents » et « soucieux ». C’est d’ailleurs ce qui aurait été le plus aidant dans son
expérience du deuil conjugal. Par ailleurs, Henri a dit que, malgré la distance, ses
enfants auraient été « extrêmement proches » de lui durant la période de deuil.
Finalement, ses amis auraient joué un rôle important dans son expérience du deuil
conjugal. Ils lui auraient apporté du soutien, notamment à travers un accompagnement,
des visites d’amitiés, des repas partagés ensemble, des discussions et des échanges sur
son deuil. Il qualifiait ses amis de « présents » et de « bienveillants ». Voici ce qu’Henri
a dit en entrevue: « … j’avais besoin de voir pis d’échanger pis de parler de ce que je
vivais ».
Bien qu’il ait rapporté ne pas parler souvent à son fils, Jean a dit maintenir une certaine
relation avec ses enfants, mais ne jamais avoir parlé de la mort de sa conjointe avec
eux. Il se disait « loin » de ses enfants et être « craintif » d’aborder le sujet du décès et
du deuil avec eux. Selon lui, c’est ce qui serait « le plus difficile » à vivre dans son
deuil. Également, il a dit ne pas avoir beaucoup d’amis ce qui faisait en sorte qu’il
s’« accrochait » à sa fille et à sa cousine, chez qui il allait régulièrement souper, lors
des premiers moments suivant le décès de sa conjointe. De plus, Jean a rapporté
l’importance que son chien a eu dans son expérience d’endeuillé :
Bien qu’il ait rapporté ne pas avoir beaucoup de proches au Québec, Jalil bénéficiait
d’une entraide avec ses enfants : « mes enfants m’ont aidé dans le deuil parce qu’ils
venaient me visiter. Okay? … On s’est consolé vice-versa ». De plus, pour Jalil, l’aide
de ses amis a été indispensable dans son deuil : « le support qu’il m’ont offert ça m’a
aidé beaucoup. … Mais sans eux autres, je te dis, j’étais comme sur le point ou sur le
bord du surmenage ». Jalil a également fait mention de son animal de compagnie.
Comme mentionné précédemment, pour Jalil, se maintenir occupé, notamment par la
pratique de certaines activités et le travail, ont été des éléments aidants dans son deuil.
C’est dans ce contexte qu’il disait aller prendre régulièrement des marches en nature
avec son chien.
Albert et ses deux fils se sont également entraidés durant cette période de deuil ; ils
auraient été « présents » et auraient offert leur « support » notamment à travers de
multiples échanges et discussions. Voici ce qu’il a rapporté : « On a échangé, je pense,
pas mal! … Mais…je me considère chanceux malgré tout parce que mes fils prennent
soin de leur père et l’inverse aussi ». Les petits-enfants d’Albert auraient également été
une source de soutien pour lui : « j’ai deux petits-enfants de 23 et 20 ans. Alors, ils ont
pris soin de leur grand-père malgré les distances actuelles, ils en prennent soin encore ».
De son côté, Joseph semblait avoir eu une relation privilégiée avec son fils. Il a dit de
son fils qu’il lui avait « sauvé la vie » : « c’est une personne complexe aussi, mais
c’était quelqu’un qui était à mes côtés pis qui était en mesure de me ramasser quand je
tombais tu sais? ». Cependant, il a dit avoir un « lien difficile » avec sa fille, et ce, bien
avant le décès de sa conjointe.
ses amis et voisins ont été l’aide qui lui était nécessaire dans son processus de deuil
conjugal. Guy a dit aimer rencontrer ses voisins et prendre des marches avec eux.
Bref, les éléments influençant le deuil (ex. : soutien social, résilience, isolement)
présentés dans cette section contribuent à notre compréhension de ce qui pourrait
potentiellement influencer un processus de deuil conjugal auprès d’hommes endeuillés.
Les rituels entourant la mort et le deuil conjugal font partie intégrante d’un processus
de deuil. C’est ainsi que cette section traitera des rituels funéraires ainsi que des rituels
de deuil ayant été pratiqués par les hommes dans leurs expériences de deuil ainsi que
leur influence dans leur parcours d’endeuillé.
Divers rituels funéraires (ex. : funérailles, dispersion des cendres) ont été pratiqués par
les hommes endeuillés rencontrés. Premièrement, Henri a dit avoir organisé des
funérailles pour sa conjointe défunte : « aux funérailles de [nom de la conjointe
décédée] y avait, je sais pas moi, il devait avoir 75 personnes qui étaient là. Ç’a été
vraiment incroyable » (Henri). Selon ses propos, cette présence semblait avoir été
positive pour lui. Ce dernier a également rapporté l’importance de trouver un moyen
de disposer les cendres qui faisait du sens pour eux et qui ressemblerait à sa conjointe.
Voici ce qu’il en a dit :
puis là ben à tous les jours ou à toutes les fois que je vais marcher au bord
de l’eau je sais qu’elle est là (Henri).
Différents rituels de deuil ont été pratiqués par les hommes rencontrés. Certains ont
rapporté aller à la messe du dimanche. Notamment, Guy a dit que cela lui « donnait
une force » et une « raison de continuer d’avancer tout seul ». D’autres hommes ont
rapporté écrire un hommage à leur conjointe défunte dans le journal ou sur les réseaux
sociaux à chaque année, conserver le signet funéraire sur leur bureau ou encore appeler
leurs enfants lors de l’anniversaire du décès de leur conjointe. Pour sa part, Jean a
mentionné aller visiter une ou deux fois par année l’endroit où reposent les cendres de
sa conjointe défunte. Voici ce que Jean a dit à cet effet :
Ben moi c’est sûr que ça me fait du bien parce que je pense à elle beaucoup
plus positivement à ce moment-là. Donc, c’est un peu pour ça que je vais
la voir. Puis vue qu’on a passé des bons moments et tout ça. Fait que c’est
le côté qui m’a le plus aidé mettons (Jean).
D’autres hommes ont dit aller visiter le cimetière ou le colombarium où repose leur
conjointe décédée. Par exemple, Paul a rapporté avoir tenté d’aller visiter le
colombarium où les cendres de sa conjointe reposent. Par contre, cela ne semblait pas
avoir été une expérience aidante pour lui : « Mais, je me sens pas à l’aise d’aller là au
93
colombarium. J’aime mieux lui parler quand je suis seul, ça va arriver à l’occasion que
je lui parle » (Paul).
Bref, plusieurs éléments ont été décrits dans cette section des résultats, notamment le
portrait des participants de cette étude, l’expérience du deuil conjugal telle que vécue
chez l’homme endeuillé, la nature de la relation entre l’homme endeuillé et sa conjointe
décédée, les éléments qui influencent le processus particulier du deuil conjugal et,
ultimement, les rituels entourant la mort et le deuil conjugal. Ces descriptions ont ainsi
pu mettre en lumière plusieurs nuances dans le vécu de ces endeuillés et nous permettre
de répondre aux objectifs de la présente étude. Cependant, les résultats ne nous amènent
pas à penser qu’il existe une différence entre l’expérience des hommes aînés endeuillés
provenant de la cohorte des baby-boomers et les autres hommes aînés. La section
94
suivante permettra d’analyser davantage certains des résultats décrits ci-hauts afin de
mieux comprendre le processus du deuil conjugal de ces hommes.
95
CHAPITRE V
Dans ce chapitre, les principaux résultats de cette recherche seront davantage analysés
et discutés. Les éléments qui seront rapportés tenteront de répondre à la question de
recherche suivante : Quelle est l’expérience du deuil conjugal, telle que vécue par les
hommes âgés, entre 65 et 74 ans, ayant perdu leur conjointe depuis 1 à 5 ans? Des
éléments de réponse associés aux objectifs spécifiques de cette étude seront également
traités, soit des éléments portant sur l’expérience du deuil conjugal de façon générale,
la nature de la relation entre l’endeuillé et sa conjointe décédée, les éléments qui
influencent le processus du deuil conjugal ainsi que les rituels entourant la mort et le
deuil conjugal. Ce chapitre se terminera avec les principales limites de cette étude.
5.1 L’expérience variée des hommes faisant face au deuil de leur conjointe
À travers les entrevues conduites dans cette étude, il a été possible de constater que le
vécu du deuil conjugal des hommes endeuillés était très diversifié. C’est ainsi que dans
cette section, certains résultats associés aux émotions vécues dans le processus de deuil
de ces hommes ainsi que les changements de vie liés à la perte de leur conjointe seront
discutés.
96
Les émotions sont centrales lorsque l’on parle du deuil. Des émotions de diverses
natures peuvent être vécues par les endeuillés ayant perdu une conjointe. Le
soulagement face à la fin de la souffrance due de la conjointe en est un exemple. C’est
ainsi que certains participants soulevaient l’idée à travers laquelle ils se sentaient
soulagés par le décès de leur conjointe car cela indiquait la fin de leur souffrance. Dans
certains cas, ils ont eu une certaine aisance à laisser partir leur conjointe puisqu’elle
souffrait de douleurs chroniques depuis plusieurs années. Quelques endeuillés
employaient des mots comme « libération », « délivrance » et « soulagement » pour
parler du décès de l’être aimé. L’un d’entre eux disait même avoir eu une expérience
plus difficile durant la maladie qu’après le décès. Pour lui, son deuil aurait débuté avant
le décès de sa conjointe en raison de l’expérience de la maladie qu’ils ont dû traverser
ensemble. Ce vécu de deuil pourrait s’expliquer, entre autres, par le phénomène de
« deuil anticipé » (anticipatory grief) (Lindemann, 1944; Ball, 1977, cité dans Heckert,
1991; Middleton, Moylan, Raphael, Burnett et Martinek, 1993; Overtone et Cottone,
2016; Moon, 2016). Comme mentionné plus haut dans la problématique de cette
recherche, l’anticipation du décès, tout en tenant compte des variables individuelles
(ex. : genre, âge), pourrait grandement diminuer l’expression émotionnelle dans le
deuil (Bonanno et Kaltman, 1999; Moon, 2016). À la lumière des études antérieures et
des résultats obtenus dans cette recherche, une hypothèse pourrait être émise : les
endeuillés ayant vécu la souffrance de leur conjointe durant plusieurs mois ou années,
et ayant possiblement vécu un deuil anticipé, pourraient vivre un certain soulagement
de ne plus lea voir souffrir. Ceux-ci pourraient possiblement vivre plus facilement leur
deuil à la suite du décès de leur conjointe.
face au décès de leur conjointe. C’est ainsi qu’un désir d’aller rejoindre la conjointe
décédée, le désir « de partir à sa place » ainsi que des pleurs ont été exprimés lors des
entrevues. À cet effet, plusieurs études ont également montré la présence d’une détresse
émotionnelle chez les endeuillés. Ce serait notamment le cas de Osterweis, Solomon et
Green (1984), Stroebe, Stroebe et Schut (2001), Worden (2002), Moon (2011), Utz,
Caserta et Lund (2012), Holland et coll. (2013), Sasson et Umberson (2014) et Xu, Wu,
Schimmele et Li (2020) qui ont relevé que les hommes endeuillés seraient plus enclins
à présenter des symptômes anxieux (ex. : attaque panique) et dépressifs (ex. : pleurs)
ainsi qu’une moins grande satisfaction face à leur vie. De plus, tel que rapporté par
Perrig-Chiello, Spahni, Höpflinger et Carr (2016), les endeuillés feraient face à un
grand « défi sur le plan émotionnel » (emotional challenge) (ex. : détresse
émotionnelle, problèmes de santé physique, solitude, isolement) dont les effets sur la
santé persisteraient durant plusieurs années, ce qui pourrait également expliquer en
partie les résultats rapportés dans ce mémoire. D’autre part, si l’on considère le Dual
Process Model of coping with bereavement de Stroebe et Schut (1999; 2010; 2015), les
aspects orientés vers la perte (loss-orientation), comme le fait de faire face à la
souffrance et aux émotions du deuil, et le réinvestissement dans la vie (restauration-
orientation), comme la réorganisation du quotidien sans l’être cher, pourraient entraîner
de la détresse et de l’anxiété chez l’endeuillé. Cependant, les résultats montrant une
plus grande détresse chez les hommes endeuillés de leur conjointe ne seraient pas
soutenus par toutes les recherches sur le sujet. Certaines études ont soulevé que ce serait
les femmes qui présenteraient davantage de détresse émotionnelle lors du deuil dude
la conjointe (Holm, Bertrand et Severisson, 2019; Stroebe, Stroebe et Schut, 2001;
Perrig-Chiello, Spahni, Höpflinger et Carr, 2016). Selon Perrig-Chiello, Spahni,
Höpflinger et Carr (2016) ces résultats pourraient s’expliquer par le fait que le taux de
suicide chez les hommes endeuillés serait plus élevé, ce qui réduirait le nombre
d’hommes vivant des symptômes dépressifs. Une autre explication possible quant à la
présence d’une grande détresse émotionnelle chez les endeuillés serait la nature de
98
Selon certains modèles de deuil, tels que ceux de Jean Monbourquette (2016) et de
Kübler-Ross (1989), le choc serait une étape inhérente au processus de deuil. C’est
ainsi que plusieurs endeuillés ont rapporté avoir vécu une période de choc, soit au
moment de l’annonce du diagnostic ou lors du décès de leur conjointe. En fait, ces
événements étaient considérés comme étant un élément de surprise ainsi qu’un moment
irréel dans leur parcours d’endeuillé. Le cas particulier de Joseph, un endeuillé que
nous avons rencontré, illustre bien cet effet de choc dans le deuil. Comme soulevé dans
la section des résultats, Joseph n’avait pas été préalablement mis au courant de la
maladie ni de la mort de sa conjointe. Celle-ci avait choisi de ne pas le tenir au courant
de ses conditions médicales et de sa fin de vie. Selon Tenzek-Depner (2017), le fait de
ne pas savoir que l’être cher est en fin de vie pourrait entraîner un choc dans le
processus de deuil d’un proche. Selon cet auteur, il serait important pour l’endeuillé
d’être « conscient » (awareness) et de bien comprendre que la personne aimée en fin
de vie est en train de mourir. Cette période avant le décès de l’être cher permettrait au
proche survivant de faire sens de la mort de l’autre. Une compréhension ambigüe de la
fin de vie pourrait entraîner des vécus de deuil plus traumatiques ou compliqués en
raison de la nature inattendue de la situation. Bref, la nature précipitée et même
inconnue de la situation de fin de vie des conjointes de certains endeuillés pourrait
expliquer en partie le choc que ceux-ci ont pu vivre dans leur deuil.
99
Selon les témoignages obtenus quant à l’expérience du deuil conjugal chez les hommes
âgés endeuillés, divers changements dans leur vie ont été vécus. La réorganisation de
la vie quotidienne en est un exemple flagrant rapporté par plusieurs endeuillés. Certains
mentionnaient avoir dû se réapproprier leur environnement (ex. : maison, chambre) et
d’autres ont simplement mentionné avoir dû réapprendre à vivre seul au quotidien en
adaptant leur routine. La réorganisation de la vie pouvait s’observer dans
l’apprentissage de nouvelles tâches ménagères et dans la prise en charge de nouvelles
responsabilités, entre autres. Ces éléments associés au changement et à l’adaptation
dans le processus du deuil allaient dans le même sens que les études de Carr et al.
(2000), Carr et Utz (2001a), Utz et al. (2004) et Dabergott (2021) qui ont relevé la
présence de cette adaptation chez les endeuillés.
À l’inverse, certains endeuillés disaient ne pas avoir vécu de changement dans leur
routine, laquelle était restée similaire à celle effectuée auparavant avec la conjointe.
Les hommes ayant vécu un partage des tâches au sein de leur couple rapportaient divers
aspects positifs en lien avec leur deuil. On parle par exemple, du fait de ne pas se sentir
dépourvu à la suite du décès de leur conjointe, de ne pas ressentir de pression de trouver
une nouvelle conjointe qui prendrait en charge ces tâches et de ne pas ajouter cette
préoccupation en plus de vivre les émotions associées à leur deuil. Ces ajustements
associés à l’adaptation du conjoint pourraient être plus difficiles chez les endeuillés
ayant vécu dans un couple ayant une répartition des tâches plus traditionnelle et
stéréotypée (Utz et al., 2004). Une dépendance fonctionnelle dans le couple pourrait
également être associée à une plus grande « expression émotionnelle du deuil »
(yearning), à l’anxiété et à la dépression (Carr et al., 2000).
100
En revanche, des hommes endeuillés soulignaient avoir vécu ces ajustements comme
un défi positif à travers lequel ces nouveaux apprentissages leur permettaient de rester
occuper. Ces ajustements dans l’expérience des endeuillés s’expliquent selon le Dual
Process Model of coping with bereavement (Stroebe et Schut, 1999; 2010; 2015) qui
avance qu’un endeuillé ferait face non seulement aux éléments associés à la perte (ex. :
émotions associées au deuil, rumination portant sur la vie antérieure et sur lea défunte)
mais également aux éléments associés au réinvestissement dans la vie (ex. : adaptation
à un nouvel environnement, nouvelles responsabilités, investissement dans les relations
sociales). C’est ainsi que certains endeuillés pourraient notamment apprendre à faire
des nouvelles tâches et prendre de nouvelles responsabilités et, par le fait même, être
distrait face au deuil. Cet ajustement pourrait entraîner différentes réactions chez
l’endeuillé allant du soulagement et de la fierté en passant par l’anxiété et la peur
d’échouer, par exemple. C’est ainsi que les résultats obtenus reflétaient bien cet aspect
du deuil présenté dans le modèle de deuil de Stroebe et Schut (1999; 2010; 2015)
soutenant une oscillation entre les composantes associées au deuil et à son adaptation.
Un autre changement auquel les endeuillés devaient faire face était le sentiment de
solitude. Comme mentionné précédemment, la solitude serait l’évaluation subjective
qu’un individu se ferait de ses relations sociales. Ainsi, la solitude serait l’absence de
relations significatives dans la vie d’une personne (Holmén et Furukawa, 2002; Utz et
al., 2014). À cet effet, le veuvage serait considéré comme étant un fort prédicteur de
solitude (Savikko et al., 2010). Les participants de cette étude n’ont pas fait exception :
ce sentiment était partagé par la majorité des endeuillés rencontrés. Ce sentiment de
solitude était exprimé par le fait de se retrouver seul à la maison, de devoir apprivoiser
cette solitude, le fait de devoir vivre une séparation, ressentir un vide et avoir
l’impression de tourner en rond.
En fait, ces résultats vont dans le même sens que plusieurs autres études portant sur la
solitude chez les endeuillés à la suite du décès du partenaire. Ces études rapportent que
101
les risques de comparaisons de leur vie de couple passée et présente, par exemple. En
revanche, plusieurs expériences d’endeuillés de cette étude contredisent cette notion de
silence protecteur. Pour les endeuillés rencontrés, il était particulièrement important
que leur nouvelle conjointe soit réceptive à discuter de la conjointe décédée et même
qu’elle soit impliquée dans leur relation conjugale antérieure en visitant la maison
conjugale, par exemple.
D’autres disaient maintenir une relation plus spirituelle avec la défunte, notamment en
lui parlant, en lui posant des questions et en sentant sa présence, par exemple. Le
sentiment de présence (sense of presence) a également été abordé par Hayes et Steffen
(2018) dans leurs écrits. Selon elles, il s’agirait de voix, visions, odeurs, sensations
tactiles ou même d’impressions de présence indépendante des cinq sens. En fait, dans
la majorité des cas (69%), ce type d’expérience spirituelle semblait être positive pour
les endeuillés (Rees, 1971; Hayes et Steffen, 2018). Selon les propos rapportés dans le
cadre de ce mémoire, ces résultats d’études semblent être soutenus par les expériences
de continuité du lien chez les endeuillés rencontrés.
Les hommes rapportaient aussi maintenir un lien avec leur conjointe décédée soit en
intériorisant certaines valeurs et traits de celle-ci ou tout simplement en se rappelant de
bons souvenirs avec elle et en regardant d’anciennes photos. Ces résultats vont dans le
même sens que les recherches de Carr (2020) sur les stratégies d’adaptation employées
par les endeuillées à la suite du décès de leur conjointe. En fait, selon cette étude, les
veufs auraient davantage tendance à employer des stratégies d’adaptation associées à
leur relation conjugale antérieure, comme se remémorer des souvenirs réconfortants
vécus avec leur conjointe ainsi que maintenir une relation avec luielle après sa mort.
Ces conclusions rejoignent également plus largement les écrits de Carr, Freedman,
Cornman et Schwarz (2014) concernant l’importance de la relation conjugale dans le
bien-être des hommes âgés.
105
Bref, la continuité du lien entretenu avec la conjointe décédée semble être un élément
central dans le deuil des hommes âgés endeuillés que nous avons rencontrés. Cela leur
permettrait entre autres de faire sens de la perte en maintenant un lien avec celle-ci
même après la mort.
5.3 Les éléments qui influencent le processus du deuil conjugal chez les hommes âgés
Dans un processus de deuil conjugal, divers éléments peuvent constituer des facteurs
de risque ou de protection chez les endeuillés. Dans cette section, les facteurs
contextuels qui influencent le deuil conjugal, tels que le contexte d’hospitalisation et
les circonstances entourant le décès ainsi que les démarches et tâches administratives
entourant le décès seront abordés. Des éléments protecteurs et des facteurs de risque
(ex. : soutien, deuils antérieurs, maintien des activités) potentiels dans le deuil conjugal
seront également discutés.
mort ou à celle d’un être cher. C’est ainsi que divers facteurs pourraient être associés à
une « bonne mort », tels que des enjeux pratiques (environnement de soins et leur
accès) par exemple (Tenzek et Depner, 2017). Selon les résultats de la présente étude,
nous pourrions émettre l’hypothèse selon laquelle les endeuillés qui ont souligné avoir
manqué d’intimité et de confort lors de l’hospitalisation auraient une perception plus
négative de la fin de vie de leur conjointe. Ce type de perception pourrait venir
influencer le processus de deuil, la santé mentale et le sentiment de regret (Wilson,
Macleod et Houttekier, 2016). De plus, la communication entre les patients, la famille
et les professionnels de la santé serait également un facteur à considérer lorsqu’on se
penche sur l’expérience de fin de vie. Notamment, le sentiment de se sentir écouté et
inclus dans la prise de décision pourrait être associé à une expérience de fin de vie plus
positive pour les proches (Tenzek et Depner, 2017).
Les hommes ayant vécu une expérience en soins palliatifs mentionnaient que ce
contexte de fin de vie leur permettait d’avoir une certaine tranquillité, quiétude et
dignité. Ce contexte leur permettait également de vivre les derniers moments de leur
conjointe en famille, et ce, sans douleur. L’étude de Tenzek et Depner (2017) soutient
également ces résultats : la gestion de la douleur et des symptômes serait également
associée à une « bonne mort ». Également, plusieurs endeuillés soulignaient
l’importance d’être présents lors des derniers moments et lors du décès de leur
conjointe. Cela leur permettait de lui faire leurs aurevoirs, notamment en lui donnant
un « dernier baiser ». Tenzek et Depner (2017) soulignaient également l’importance de
« capturer » les derniers moments ensemble. Cela permettrait d’avoir un impact positif
sur le deuil ultérieurement. Le fait d’être engagé dans la vie jusqu’à la toute fin et d’être
présent permettrait, entre autres, de créer des souvenirs qui suivront les endeuillés tout
au long de leur deuil. Cependant, Joseph, un des endeuillés que nous avons rencontré,
n’a pas eu l’opportunité de passer du temps avec sa conjointe lors de ses derniers
moments. Comme mentionné précédemment, celui-ci n’avait pas été mis au courant de
son diagnostic et de son décès imminent. Selon Tenzek et Depner (2017), ce type de
107
Bref, divers facteurs contextuels entourant le décès et le deuil ont été identifiés comme
jouant un rôle dans l’expérience et l’adaptation des endeuillés. Notamment, le contexte
d’hospitalisation, les circonstances entourant le décès ainsi que les démarches et tâches
administratives qui semblaient influencer la façon dont les hommes ont vécu le deuil
de leur conjointe.
108
Contrairement à certaines études stipulant que le soutien des amis pourrait être plus
significatif dans un processus de deuil (Martin-Matthews, 2011; Utz et al., 2014; Holm,
Bertrand et Severisson, 2019), la majorité des hommes rencontrés nous ont partagé
l’importance que le soutien offert par leur famille a pu avoir dans leur parcours
d’endeuillé. Selon les propos relatés par ces hommes, le soutien reçu par leurs enfants,
par exemple, n’était pas uniquement d’ordre instrumental (ex. : repas, ménage, achats).
Ils semblaient entretenir une relation mutuelle à travers laquelle, à la fois les hommes
endeuillés et leurs enfants, s’entraidaient. Ces résultats sont également soutenus par le
« modèle de deuil révisé » (Dual Process Model of bereavement-Revised) de Stroebe
et Schut (2015) qui indique le rôle crucial de la famille dans l’adaptation au deuil d’un
individu.
d’être en contact avec des hommes vivant une situation similaire, de ventiler et
échanger, de mieux comprendre leur propre cheminement ainsi que de faire des
nouvelles rencontres. D’ailleurs, un homme disait se sentir plus à l’aise dans un
contexte de groupe comparativement à une consultation individuelle. À cet effet, cela
soutient ce que Utz et al. (2014) ont relevé dans leur étude. Selon eux, le soutien reçu
par les pairs et dans un groupe de personnes endeuillées pourrait offrir un sentiment de
réconfort et leur donner l’opportunité d’exprimer leurs émotions, ce qui pourrait avoir
une influence sur le sentiment de solitude ressenti dans le deuil. Finalement, deux (2)
endeuillés soulevaient l’importance que leur animal de compagnie aurait eu dans leur
processus de deuil. Notamment, parler avec leur chien et se maintenir occupé à travers
des promenades en nature les auraient grandement aidés. Cette trouvaille fait écho aux
résultats de l’étude de Carr et al. (2020). Selon leur étude, les animaux auraient
tendance à diminuer les conséquences négatives du deuil sur la santé psychologique,
telles que les symptômes dépressifs et le sentiment de solitude. Bref, le soutien reçu
lors du deuil semble être un facteur de protection dans l’expérience du deuil conjugal
et entraîner des impacts positifs au niveau de l’adaptation à la perte.
Plusieurs auteurs se sont penchés sur le sujet des deuils antérieurs et leur influence dans
un deuil actuel. C’est notamment le cas de Castro et Rocha (2013) qui ont soulevé dans
leur étude que la façon de vivre les pertes antérieures serait un bon indicateur dans la
manière dont sera vécue une expérience de deuil actuelle. Pour certains auteurs, les
deuils antérieurs pourraient notamment entraîner un deuil compliqué et prolongé
(Stroebe et al., 2001) et des difficultés d’adaptation (Mercer et Evans, 2006).
Cependant, ceux-ci soulignaient que les résultats d’études similaires étaient
controversés. En ce sens, Kristensen, Weisaeth et Heir (2010) n’en sont pas arrivés aux
mêmes conclusions. Bien que ces derniers n’aient pas relevé de lien significatif entre
les deuils antérieurs et les deuils actuels de façon générale, ils mentionnaient tout de
110
même qu’une perte significative à l’âge adulte pouvait avoir des répercussions
ultérieures sur la santé mentale d’un endeuillé lors d’un deuil subséquent. Les résultats
de la présente recherche tendent à contredire ces résultats d’études. Les hommes
rencontrés ont davantage rapporté des impacts positifs quant à leurs expériences de
deuils antérieurs. Notamment, ces deuils antérieurs leur auraient permis de se préparer
à vivre le deuil de leur conjointe, d’éliminer certaines craintes face à
l’accompagnement et de leur apporter une certaine sérénité face à la mort. Également,
un autre endeuillé soulignait que le deuil de ses parents n’avait en rien influencé son
expérience du deuil conjugal. À la lumière de ces informations, il est possible de
conclure que le soutien social reçu lors des deuils antérieurs et les caractéristiques
personnelles des endeuillés (ex. : personnalité, résilience) pourraient être un médiateur
entre la perte et l’expérience du deuil d’un être cher.
5.3.4 Se maintenir occupé par la pratique d’activités, loisirs et par le retour au travail
qui lui aurait permis de ne pas « sombrer » dans sa peine et de penser à autre chose. En
ce sens, Carr (2020) soulignait dans son étude que les veufs auraient davantage
tendance que les femmes à utiliser des stratégies d’adaptation associées à l’évitement
dans leur deuil, telles que le fait de vouloir oublier leur souffrance, par la consommation
d’alcool par exemple. Ces résultats d’études concernant les stratégies d’adaptation
associées à l’évitement viennent notamment rejoindre l’expérience du deuil conjugal
de Jalil, tel que mentionné ci-haut.
5.4 La place des rituels entourant la mort et le décès dans le vécu du deuil conjugal
masculin
Les rituels entourant la mort et le deuil, qu’ils soient traditionnels ou non, ont une place
considérable dans une expérience de deuil conjugal. C’est ainsi que, dans la section
suivante, les rituels funéraires et de deuil ainsi que leurs influences sur les endeuillés
seront discutés.
Plusieurs rituels entourant la mort et le deuil ont été pratiqués par les hommes
endeuillés rencontrés dans le cadre de cette étude. Certains disaient aller à la messe
régulièrement, d’autres rendaient hommage une fois par année à leur conjointe défunte
par l’entremise de témoignage sur les réseaux sociaux, d’autres allaient visiter le
colombarium où reposait les cendres de la défunte et d’autres disaient aller visiter le
lieu où les cendres de la conjointe avaient été dispersées. Ces rituels sont très diversifiés
et semblent avoir été personnalisés par chacun des hommes. La place des rituels plus
traditionnels et religieux semble avoir été moins importante dans l’expérience de ces
112
endeuillés. À cet effet, l’un d’entre eux disait être aller visiter le colombarium où les
cendres de sa conjointe reposaient. Ce dernier se disait mal à l’aise et soulignait que
cette expérience n’avait pas été aidante pour lui. Également, seulement un homme
mentionnait l’importance qu’ont eue les funérailles dans son parcours de deuil. Entre
autres, cela lui aurait permis d’avoir le soutien de sa famille et amis. Bref, ces résultats
soutiennent fortement les propos de Garces-Foley (2003) qui relatent également ce
phénomène de personnalisation des rituels et le déclin des rituels plus traditionnels. De
plus, l’étude d’Irwin (2018) soutient également ce phénomène en émergence en
soulignant l’importance des médias sociaux comme espace de rituels. En fait, plusieurs
individus créeraient des pages commémoratives pour la personne défunte, ce qui leur
permettrait, entre autres, de maintenir un lien avec celle-ci. Ce type de rituel pourrait
être utilisé par les endeuillés afin de faire du sens de la mort de l’être cher.
Les rituels de deuil pratiqués par les hommes endeuillés ont entraîné plusieurs
répercussions positives dans leur processus de deuil. Certains disaient que cela leur
aurait donné une force et une raison de continuer à avancer. D’autres ont rapporté que
les rituels pratiqués leur permettaient de se remémorer les bons moments passés avec
leur conjointe. Un autre endeuillé soulignait l’importance de la dispersion des cendres
de sa conjointe défunte. Cela semble avoir été une façon de faire du sens de la perte,
notamment en dispersant les cendres d’une façon qui concordait avec ce qu’avait été
sa conjointe. Ces éléments relatés par les hommes endeuillés vont dans le sens de
plusieurs études portant sur l’influence des rituels dans un processus de deuil. En fait,
plusieurs études reconnaissent l’importance de la pratique des rituels funéraires et de
deuil lorsqu’une personne vit le deuil d’un être cher (Mitima-Verloop, Mooren et
Boelen, 2021; Castle et Phillips, 2003). Les rituels de deuil pourraient notamment
permettre à l’endeuillé de regagner du contrôle sur la situation de perte (Norton et Gino,
2014), d’exprimer ses émotions et externaliser ses sentiments (Vale-Taylor, 2009), de
maintenir un lien significatif avec la personne décédée (Mroz et Bluck, 2008) ainsi que
de faire du sens de la perte (Possick et al., 2007), entre autres. Bref, à la lumière de ces
113
informations, il est possible de constater l’importance des rituels dans une situation de
deuil conjugal.
Cette étude comporte certaines limites que nous devrions garder en tête. Premièrement,
comme il s’agit d’un projet de maîtrise, seulement un petit nombre de participants a été
recruté. Cela peut facilement se justifier par l’accès difficile aux personnes concernées
par ce phénomène, soit les hommes âgés endeuillés, qui sont souvent plus difficiles à
rejoindre, ainsi que le temps et les ressources limitées. Bien que les entrevues aient
permis d’avoir accès à des vécus riches et personnels, il faut tout de même être
conscient que ceux-ci n’ont probablement pas permis d’atteindre la saturation
empirique. « La saturation empirique désigne les éléments sur lesquels se base le
chercheur pour juger que les dernières données recueillies n’apportent pas
d’information nouvelle ou différente pour justifier la poursuite de la collecte des
données auprès de nouvelles sources d’information » (Corbière et Larivière, 2014,
p.10). Deuxièmement, comme nous l’avons vu, la sélection des participants a été faite
sur la base des caractéristiques bien précises de la population à l’étude. Des milieux et
organismes précis ont également été ciblés afin de procéder à l’échantillonnage des
participants. Bref, il faut donc souligner le fait que les résultats obtenus lors de la
collecte des données pourraient ne pas se transférer à d’autres contextes (Fortin et
Gagnon, 2016) ou d’autres populations vue la spécificité de l’échantillon ciblé.
114
À travers cette étude, l’expérience du deuil conjugal, telle que vécue par les hommes
âgés, a été présentée. À la lumière des informations recensées dans le chapitre de la
problématique et de l’état des connaissances, nous avons constaté que la population
masculine âgée vivait le deuil conjugal de façon différente que le reste de la population.
Ils sont ainsi souvent confrontés à divers enjeux associés à la santé physique,
psychologique, sociale et, plus drastiquement, le suicide et la mortalité. De plus, des
thèmes tels que le soutien social et la résilience nous ont permis d’aborder des
expériences de deuil conjugal plus positives. Ensuite, des éléments nous aidant à
comprendre le processus d’adaptation au deuil de cette population ont été abordés, tels
que les facteurs contextuels, la continuité du lien, la nature de la relation avec lea
défunte ainsi que les rôles sociaux et identitaires. Bref, ces éléments nous ont permis
de mieux comprendre l’importance d’aborder l’enjeu du deuil conjugal auprès de cette
population et de dresser un portrait global.
À la lumière des résultats obtenus dans cette étude, nous avons constaté que
l’expérience variée du deuil conjugal chez les hommes rencontrés était un résultat
saillant dans cette étude. Ils nous ont partagé des expériences de deuil uniques et riches.
Plusieurs éléments de leur vécu sont ressortis, notamment le lien qu’ils continueraient
d’entretenir avec leur conjointe décédée, l’influence des démarches et tâches
administratives entourant le deuil et la mort dans leur expérience ainsi que l’importance
du soutien social dans leur deuil. La présence d’émotions et leur expression est
également un résultat marquant dans cette étude. Il est souvent exprimé, dans les
croyances populaires mais aussi dans certaines études, que les hommes exprimeraient
moins leurs émotions et seraient moins enclins à aller chercher de l’aide auprès de leurs
proches et auprès des professionnels. Les hommes endeuillés rencontrés dans la
présente étude ont démenti ces croyances. La majorité des endeuillés exprimaient,
chacun à leur façon bien personnelle, avoir vécu des émotions de choc, de tristesse, de
soulagement ou encore de la détresse dans leur deuil conjugal. De plus, la majorité des
hommes ont clairement exprimé l’importance que leur entourage, et pour la plupart
leurs enfants, a eu dans leur parcours d’endeuillé. Ceux-ci ont notamment pu leur offrir
une présence, une écoute et un accompagnement tout au long de leur deuil. Bref, ces
quelques résultats sont, selon nous, très importants à considérer lorsque l’on aborde le
deuil conjugal chez les hommes âgés. Ces éléments associés au soutien social
constitueraient des facteurs de protection majeurs auprès de l’ensemble des endeuillés,
que ce soit face au deuil d’une conjointe ou d’autres types de deuils. Être sensible à
ce type d’information dans le cadre d’un accompagnement de deuil nous semble crucial.
Le soutien social perçu et reçu peut notamment nous mettre sur la piste de potentielles
conséquences dans le deuil, telles que le sentiment de solitude, l’isolement et un
sentiment de détresse qui pourrait être vécu par les endeuillés, par exemple.
Bien que cette étude ait permis de révéler des vécus de deuil conjugal uniques, riches
et variés, certains éléments pourraient tout de même être améliorés dans des études
futures. L’échantillon de participants de cette étude était principalement constitué
117
Bref, cette recherche d’envergure a réussi à mettre en évidence ce que peuvent vivre
des hommes âgés lorsqu’ils font face au décès d’une conjointe. Grâce aux
témoignages riches des hommes qui ont généreusement accepté de participer à cette
étude sur le deuil conjugal, nous pouvons maintenant mieux comprendre les processus
de deuil conjugal dans une population masculine âgée et ainsi contribuer à ajuster les
interventions psychosociales auprès de cette population.
118
ANNEXE A
APPENDICE D
CERTIFICAT ÉTHIQUE
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