0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
383 vues3 pages

Passion et Trahison dans Manon Lescaut

Transféré par

melinakarabadji4
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats DOCX, PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
383 vues3 pages

Passion et Trahison dans Manon Lescaut

Transféré par

melinakarabadji4
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats DOCX, PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

Manon Lescaut : texte de Bac n°2

Le souper et l’enlèvement

INTRODUCTION

Situation de l’extrait :

Première partie de l’œuvre. Des Grieux et Manon sont installés à Paris. Ils ont refait leur vie mais la
jeune femme trompe son amant avec M. de B., un riche fermier général. Le chevalier veut demander
à Manon des explications.

[Eléments biographiques sur Prévost et contextuels sur l’œuvre]

Résumé :

Lors d’un dîner en tête à tête avec des Grieux, Manon se met à verser des larmes ce qui attendrit ce
dernier. Alors que le narrateur veut la consoler, ils sont interrompus par l’arrivée des serviteurs du
père du chevalier, qui enlèvent ce dernier, alors que Manon s’enfuit.

Ce passage est empreint des sentiments des personnages, et le registre pathétique est très présent.
Les deux personnages ressentent de la pitié, mais pas pour les mêmes raisons. Le texte est narratif,
dramatique, et les émotions sont transmises de manière paroxystique. L’extrait met en avant
l’ambivalence du personnage de Manon, qui donne des signes d’affection tout en fuyant et trompant
l’amour de des Grieux. Raconté avec le point de vue interne du chevalier, et au discours direct, ce
texte nous fait voir sa fascination pour sa maîtresse, et son incapacité à comprendre ses intentions.

Problématiques :

- Comment Prévost parvient-il à faire voir la passion obsédante et aveuglante de son narrateur
pour Manon ?
- De quelle manière ce texte nous fait-il ressentir les émotions des personnages, afin de mieux
préparer un changement brutal dans l’intrigue ?

I – Une atmosphère pathétique avec de nombreux questionnements

[Ligne 1 à 8]

Passage narratif : une scène de dîner.

Une scène muette : pas de dialogues, verbes au passé simple, actions rapides : « servit » (l.1),
« crus » (l.2), « inspira » (l.3). Champ lexical du regard : « chandelle », « lumière », « regards »,
« yeux », « apercevoir » (l.1 à 4).

 Signale une communication par le regard entre les personnages. Transmissions des pensées
par le regard : modalisation (« je crus apercevoir » l.2 / « il me parut » l.6 / « peut-être l.7).
 Cette communication se base sur des interprétations visuelles du narrateur, qui sont peut-
être erronées. Des Grieux croit voir à travers Manon, mais n’y arrive pas en réalité.

Ingénuité de Des Grieux : s’imagine toujours la meilleure situation, par ex ligne 5 : « je ne pouvais
démêler si c’était de l’amour ou de la compassion, quoiqu’il me parût que c’était un sentiment doux
et languissant »
 Ici, deux subordonnées adjointes à la principale : « je ne pouvais démêler » : une
circonstancielle de condition (« si c’était de l’amour ou de la compassion ») et une
circonstancielle de concession (« quoiqu’il me parût »). On comprend que le raisonnement
de Des Grieux est soumis à des doutes et qu’il éprouve du malaise dans sa relation avec
Manon. Il a en effet des attentes vis-à-vis des sentiments de Manon (« amour / compassion /
sentiment doux et languissant ») mais ces attentes ne sont pas comblées.

Revirement émotionnel : Des Grieux est au début « fort gai » (l.1), mais la tristesse de Manon va le
contaminer : « Cette pensée m’en inspira aussi » (l.3).

L’influence psychologique de Manon sur Des Grieux (l’état émotionnel de Manon a mené à
l’interruption du dîner) : la dernière phrase est saturée par la négation : « Nous ne pensions ni à
parler, ni à manger » (l.8).  Les personnages se sont perdus dans leurs regards, dans l’observation
de leurs sentiments. Le dîner semble au point mort.

Le temps semble s’être arrêté : nombreux imparfaits qui montrent le temps comme ralenti dans les
pensées de Des Grieux + verbes à l’infinitif.

CCL partielle : cette première partie nous montre l’effondrement d’une situation pourtant
romantique au départ : un dîner aux chandelles entre deux amoureux. Des Grieux se perd dans des
interprétations fausses des larmes de Manon, il projette ses angoisses et ses espoirs sur sa maîtresse
sans vraiment comprendre la cause de ses pleurs.

II – L’ambivalence du sentiment : l’amour comme Pharmakon

[Lignes 9 à 16 : « crainte »]

« Enfin », adverbe de temps l.9 : éclatement d’une tension insupportable. Le temps reprend son
cours après s’être arrêté.

Tonalité pathétique, champ lexical de la souffrance : « pleurer, affligée, soupirs, inquiétude, peine,
tremblant » + exclamations l.9 : « perfides larmes ! ah Dieux ! »  caractère dramatique, scène
théâtrale.

« Ah Dieux ! »  le pluriel sur « Dieux », renvoie à un imaginaire antique, donc à la notion de fatalité.

Également expression de l’affection forte de Des Grieux : « beaux yeux / Ma chère Manon / avec
tous les empressements de l’amour ».

 Suscite de la pitié + mis en relation avec la fin du texte, renforce la cruauté de la tromperie
de Manon.

Rythme accéléré à partir de la ligne 13 : « Je me levai (…) vif »  nombreux verbes de mouvement,
une phrase courte, puis une phrase plus longue avec de nombreuses propositions, structurée avec
des points-virgules. Montre l’agitation de la scène et en même temps agitation mentale de Des
Grieux, intensité dramatique qui augmente.

Négation restrictive ligne 12 : « Elle ne me répondit que par quelques soupirs »  Des Grieux
attendait davantage, le lecteur comme lui se demande quel est le souci de Manon.

 Le lecteur est au même niveau de connaissance que Des Grieux, il vit la scène en même
temps que lui, qui la revit quand il la raconte. On le voit avec le discours direct : « vous êtes
affligée jusqu’à pleurer, et vous ne me dites pas un seul mot de vos peines » (l.10-11) :
confusion entre le narrateur au temps présent, et le personnage qui vit l’histoire dans le
passé.

« j’étais plus mort que vif » → comparatif doublé d’une antithèse. Idée de la proximité de la mort,
l’amour agit sur lui comme un pharmakon : il lui donne une énergie impulsive (les exclamations l.9),
mais le détruit en même temps. Montre aussi la puissance de l’impact des sentiments de Manon sur
lui, il est triste au point de mourir.

Larmes = expression des non-dits. La seule réponse qu’il obtient de Manon sont ses larmes,
communion, symbiose à travers les larmes. La tristesse est le seul sentiment qui les relie dans la
scène, à ce moment ils se retrouvent dans le même état émotionnel. Ref : « j’en versai moi-même en
essuyant les siens ».

Antithèse hyperbolique : « un barbare aurait été attendri ».

CCL partielle : les personnages trouvent une forme d’harmonie à travers les pleurs, mais ils ne
pleurent pas pour les mêmes raisons.

III – Un cœur trahi, et un dénouement tragique

[Lignes 16 à 22]

Plein de verbes au passé simple : « ferma / donna / entra / j’entendis ».  Accélération de l’action,
nouveau passage narratif.

Connecteur logique : « dans le temps » l.16 : enchaînement des actions, fatalité + adv temporel
« rapidement » l.19 + « à peine / aussitôt »

« Manon me donna un baiser ; et s’échappant de mes bras »  ce groupe définit le personnage de


Manon, qui joue sur l’attraction puis fuit brusquement l’amour qu’elle provoque chez Des Grieux.

Phrase ligne 19 : « Je me figurai… »  illustration de la présence de la casuistique dans l’écriture de


Prévost. Trouve des justifications morales à la fuite de Manon, pour éviter de regarder la réalité en
face.

Une chute inattendue : arrivée des valets = intrusion dans l’intimité des amants. Intrusion très
brutale, visible dans la phrase : émotion qu’il ressent lors de l’enlèvement violent, l’information qui le
rassure arrive à la fin de la phrase (« les laquais de mon père »).

CONCLUSION

Cet extrait donne les clés de compréhension pour l’ensemble du roman : le personnage de Manon
apparaît dans toute son ambiguïté, et l’amour aveuglant de Des Grieux l’empêche de comprendre
ses intentions malgré leur communion dans le pathos. Ouverture : le sonnet 8 de Louise Labé « je vis,
je meurs ; je me brûle et me noie ». Montre aussi l’ambivalence des sentiments, et la manière dont
l’amour met dans des états émotionnels extrêmes.

Vous aimerez peut-être aussi