Suivi sanitaire en agriculture biologique
Suivi sanitaire en agriculture biologique
« DE LA RECHERCHE
A L’ACTION EN
AGRICULTURE
Gestion des BIOLOGIQUE »
maladies, des
parasites et des
ravageurs
Président de séance : Marc LATEUR, Coordinateur de l’Unité Amélioration des espèces et Biodiversité,
CRA-W
RÉSUMÉ : Au cours de la saison 2014, l’état sanitaire d’une trentaine de parcelles BIO
a été suivi par quelques agronomes du CRA-W spécialisés dans la protection des plantes
et impliqués dans les avertissements agricoles, mais ne connaissant pas bien
l’agriculture BIO. Cette immersion dans quelques exploitations BIO a été l’occasion de
découverte et d’échanges. Elle aboutit aussi sur quelques réflexions pouvant être utiles,
tant aux agriculteurs conventionnels que BIO.
CONTEXTE ET OBJECTIFS
Plusieurs équipes du CRA-W participent ou animent depuis longtemps des réseaux
d’observations en grandes cultures, afin de mesurer les risques liés aux bioagresseurs et
à informer les agriculteurs des enjeux et des options possibles. Ces avertissements
(CADCO, APPO, FIWAP, etc.) ne donnent pas de conseil individualisé, et se centrent
sur les situations les plus courantes. Les réseaux d’observation tentent de couvrir au
mieux le territoire, de manière à permettre à chaque agriculteur de se référer aux
observations faites dans les parcelles suivies le plus près de chez lui. Plus encore qu’une
aide à la décision, ces avertissements constituent une aide à la réflexion, et une
invitation systématique à observer ses propres parcelles. Ces initiatives d’encadrement
et de conseil se situent dans le cadre de la protection intégrée des cultures et vise
essentiellement à éviter tout abus de pesticides, par des mesures tant préventives (choix
des variétés, des dates de semis, des rotations, etc.) que curatives (prise en compte de
seuils de tolérance, sélection des produits).
Dans le cadre du projet BIOPRO, l’Unité Protection des Plantes et Écotoxicologie a
proposé d’étendre son réseau d’observation à une trentaine de parcelles BIO. Cette
initiative ne visait pas à faire l’objet d’avis en cours de saison, ni à traduire en conseils
immédiats les différentes observations, mais plutôt à identifier en agriculture BIO, les
particularités de la relation entre les cultures et les bio-agresseurs, qu’il s’agisse de
ravageurs, de pathogènes ou bien d’adventices.
Le présent rapport est donc une réflexion d’agronomes, observateurs chevronnés en
matière de protection des plantes, mais ne connaissant pas bien, ni les pratiques, ni le
1
contexte précis de l’agriculture BIO (filières, prix, équipements, etc). Cette prise de
contact des agronomes de toutes les spécialités de la protection des plantes était un
objectif à part entière de cette partie du projet BIOPRO. Ce qui les frappe, eux, pourra
quelquefois constituer des évidences aux yeux des agriculteurs BIO. Toutefois, leur
regard pourra attirer l’attention sur quelques problèmes avérés ou potentiels en
agriculture BIO. D’un autre point de vue, ces tournées dans les fermes BIO sont aussi
une occasion de se souvenir de vérités simples, un peu oubliées en agriculture
conventionnelle, et pourtant fort utiles. Des exemples précis illustrent ces différents
angles de vue.
2
3) Etat de propreté de la culture (adventices, nature et niveau d’envahissement),
4) Etat sanitaire de la culture (maladie, présence et sévérité),
5) Infestation par les ravageurs (nature et niveau),
6) Impressions générales - remarques - questions à poser à l’agriculteur.
Plusieurs centaines de photos ont été prises, dont 328 ont été conservées.
3
de semis tardive (7-8 octobre 2013), et donc à une date de levée postérieure à la fin des
vols de pucerons. Les semis précoces de céréales exposent les jeunes emblavures aux
pucerons. Cette vérité vaut évidemment dans tous les types d’agriculture, mais elle est
particulièrement importante en BIO.
Adventices
La flore adventice était variée (moutarde,
mouron, coquelicot, chénopode, vulpin,
matricaire, pensée, galinsoga, pâturin,
laiterons, quelques chardons, etc.), mais pas
excessivement envahissante. Le désherbage
mécanique avait été effectué en deux
interventions espacées de 5 jours à la fin
mars : d’abord un passage à la houe
rotative ; ensuite, une fois que la terre avait PHOTO BP01 2014 06 06 b : coquelicots et
bien « blanchi », un passage à la herse quelques chardons dépassant la culture au début
étrille. Plus tard, une correction manuelle a juin
Maladies
Dès le début du mois de mai, la culture
était fortement atteinte par la rouille
naine et légèrement par l’helmin-
thosporiose. A la fin mai, le feuillage
était complètement envahi par la rouille
naine. A noter : la présence de quelques
épis charbonneux. Les maladies
transmises par les semences de céré-
ales, telles que le charbon nu (Ustilago PHOTO BP01 2014 05 06 : épis charbonneux
nuda), ou la carie commune (Tiletia dispersés dans la culture au début mai
faetida) sont potentiellement très PHOTO BP01 2014 05 30: rouille naine généralisée
4
grains récoltés, si bien que l’utilisation en tant que semences de grains issus d’un champ
contaminé, même très faiblement comme la parcelle d’Antheit, pourrait conduire à une
infestation très grave, et rendre la récolte impropre à la consommation. L’origine des
semences et l’état sanitaire des champs de multiplication doivent être connus et
certifiés. En agriculture BIO, une attention toute particulière à ces maladies doit être
portée pour les semences qui seraient produites à la ferme.
Ravageurs
Aucun ravageur, ni aucun dégât de ravageur n’a été observé dans cette parcelle.
Rendement-satisfaction
Le rendement obtenu a été de 5 770 kg / ha, niveau jugé satisfaisant par l’agriculteur,
qui a pu vendre sa récolte au prix de 300 € / T. Un meilleur résultat aurait pu être obtenu
si la récolte avait pu être faite en une fois. En effet, entre les différents jours de récolte,
beaucoup d’épis ont cassé.
Adventices
Désherbage : houe rotative + herse étrille
(cf. parcelle 1). Résultat jugé satisfaisant
par l’agriculteur, avec une réserve en ce qui
concerne la moutarde des champs,
adventice que l’agriculteur dit avoir du mal
à gérer. Nettoyage manuel rapide pour
détruire les chardons. PHOTO BP02 2014 05 06 c : rouille jaune généralisée
Maladies et ravageurs
Très forte attaque de rouille jaune sur tout le feuillage, beaucoup plus forte sur Cosmos
que sur Zollenspelt. Aucun ravageur, ni aucun dégât de ravageur n’a été observé dans
cette parcelle pendant toute la saison.
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Rendement-satisfaction
Le rendement approximatif a été de 5.000 kg/ha en Cosmos, et de 7.000 kg/ha, en
Zollenspelt. Il est évident que la rouille jaune, extrêmement grave, a grevé les
rendements, particulièrement ceux de la variété Cosmos, plus sensible que Zollenspelt à
cette maladie. Cette observation indique la grande importance du choix variétal,
particulièrement en agriculture BIO où, en cas d’épidémie grave, on ne dispose pas de
moyens pour bloquer les infections. Tout progrès dans les connaissances, qui pourrait,
dès avant les semis, conduire à une mesure même approximative des risques de
maladies ou même d’insectes tels que la cécidomyie orange du blé, serait très utile pour
guider le choix variétal. A noter, que le niveau des rendements est apparu étonnement
élevé au vu de la gravité de l’infection par la rouille jaune dès la sortie de l’hiver.
Adventices
Le désherbage a été fait en deux passages de herse
étrille à la sortie de l’hiver. La flore adventice était
très variée, à dominante vulpin et coquelicots.
L’envahissement était modéré et la culture prenait
clairement le dessus. Coquelicot, gaillet, vulpins
sont restés présents en sous-étage. Quelques
chardons ont été détruits manuellement.
PHOTO BP03 2014 06 06 b : rouille brune
Maladies, ravageurs
La culture est restée saine jusqu’à la mi-mai, après quoi la rouille brune a commencé à
s’étendre sur le feuillage inférieur. La dernière feuille était encore à peu près intacte
début juin. Quelques pucerons (R. padi) ont été observés en début de saison, mais de
manière fugace et sur moins de 1% des talles, ce qui est insignifiant.
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Rendement-satisfaction
Le rendement obtenu a été de 4960 kg / ha, résultat considéré comme satisfaisant par
l’agriculteur, qui en a obtenu 260 €/T.
Adventices
Au-delà du premier buttage, le désherbage a été
effectué en deux passages de herse étrille, effectués
en sens opposés, le premier juste avant la levée et
PHOTO BP04 2014 06 06 c : quelques
le second lorsque les plantules avaient 7 à 8 cm de irrégularités en début de développement
haut. Au second passage, les dents situées à
l’aplomb des buttes étaient maintenues relevées. A la fin mai, un rebutage a été opéré,
puis deux passages manuels ont été faits ultérieurement pour arracher principalement les
chénopodes et les chardons. Les adventices, nombreuses et variées, observées pendant
les deux premiers mois de culture ont donc fini par être maîtrisées.
A noter que l’agriculteur signale des terres infestées de chénopodes sur son exploitation.
Vu qu’il envisage une culture de quinoa en 2015, il serait judicieux de choisir pour cette
culture les terres les moins infestées de chénopodes, difficiles à combattre en quinoa.
Maladies
En début de culture, une petite proportion de plantes paraissaient malingres et
présentaient des symptômes faisant penser à des viroses. Au fil du développement, ces
symptômes et ces irrégularités ayant disparu, il est vraisemblable que l’origine en soit
plutôt d’ordre mécanique (dégâts herse ou buttages) que pathologique. La qualité
sanitaire des plants, un moment mise en question, s’est donc avérée irréprochable.
Le mildiou, dont la pression était assez forte en 2014, a été bien maîtrisé par cinq
passages à 1 kg d’oxychlorure de Cuivre. Quelques traces de mildiou ont été observées
à partir de début août. Début septembre, la maladie prenant de l’ampleur, le défanage
mécanique a été opéré.
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Ravageurs
A la fin mai (semaine 22), le champ de pommes de terre d’Antheit était le plus infesté
de pucerons de tous, y compris ceux suivis en agriculture conventionnelle. En effet,
78 % des feuilles étaient occupées par 1 à 4 pucerons (principalement M. persicae et
A. fabae). Une semaine plus tard (semaine 23), l’infestation s’était déjà réduite et ne
concernait plus qu’une espèce (M. persicae), avec une apparition brutale de pucerons
parasités, de pucerons mycosés, et de pontes de coccinelles. Deux semaines plus tard,
plus aucun M. persicae n’était comptés, et quelques A. nasturtii ont très brièvement pu
être observés dans le bas de la végétation. Les pucerons pourtant arrivés en grand
nombres, ont été efficacement maîtrisés par le cortège d’ennemis naturels, comme c’est
habituellement le cas lorsqu’aucun insecticide n’est appliqué.
Rendement-satisfaction
La récolte a commencé le 26/09 et s’est terminée le 22 octobre. Le rendement (60
tonnes/ha) et la qualité étaient satisfaisants.
Adventices
Dès avant la levée des carottes, la parcelle
était fortement envahie de mauvaises herbes,
malgré le système de buttage, passage au
brûleur juste avant levée, « pelage » des PHOTO BP05 2014 06 18 f : envahissement du
sommet des buttes par les adventices
flancs de buttes et binage des interlignes. La
flore adventice était composée de crucifères, de chénopodes, de gaillet, mais surtout de
séneçon et de graminées.
Trois désherbages manuels ont été nécessaires entre le début juillet et la récolte pour
maintenir la culture propre (coût évalué à 1200 €/ha).
Maladies et Ravageurs
Aucun problème n’a été constaté, pas même des dégâts de campagnol agreste (Microtus
arvensis), pourtant très abondants et très nuisibles dans de nombreux champs en 2014.
Rendement-satisfaction
Le rendement n’a pas été mesuré à proprement-parlé, mais la récolte a été jugée
satisfaisante en quantité et en qualité par l’exploitant.
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BIOPRO 11 : Rhisnes ; froment d’hiver
Adventices
Le désherbage a été assuré par deux binages (31/03 et 09/04) suivi par deux passages à
la herse étrille, le premier en biais (11/04) et le second (30/04) dans le sens des lignes.
Le grand interligne permettant de circuler facilement sur toute la surface, un dernier
passage manuel a pu être effectué principalement pour détruire les chardons (travail
d’1h28/ha), et le champ était dans un état de propreté proche de la perfection.
Maladies
Le choix de la variété TABASCO, résistante à la rouille jaune, était une excellente
inspiration en 2013-14. Un essai variété installé dans cette parcelle a en effet montré
combien les variétés sensibles avaient pu souffrir de cette maladie. Ceci illustre une
nouvelle fois l’importance du choix variétal en agriculture BIO.
Outre la rouille jaune, la céréale est restée extrêmement saine tout au long de la saison.
Ainsi, à la mi-juin, les trois feuilles supérieures étaient encore quasi parfaitement saines.
Ceci résulte très certainement de la bonne aération permettant à la végétation de sécher
nettement plus vite que lorsque l’interligne est plus étroit.
Ravageurs
Rendement-satisfaction
Le rendement de 4.900 kg/ha, vendu à 350 €/T, a satisfait l’agriculteur.
Adventices
Le désherbage a été effectué par 2 passages successifs à la herse étrille : le premier le
28/04 juste avant la levée, et le second le 19/05, au stade 2 feuilles de la culture. Le
23/05, un dernier passage a été effectué à la houe rotative. Le résultat de ces opérations
a été très satisfaisant. Cinq heures de désherbage manuel ont complété le nettoyage, en
particulier pour les plantes de chardon, de laiteron, de fumeterre et de morelle noire.
Maladies, ravageurs
10
Rendement-satisfaction
Adventices
Le désherbage a été réalisé par deux passages à la houe rotative (10/03, 13/03), un
binage (31/03), et deux passages à la herse étrille (04/04, 30/04). Globalement, la terre
était plutôt propre. Grâce à l’interligne très large (0.24m), un nettoyage manuel a pu être
opéré pour parachever le désherbage (6.82 heures/ha).
Maladies, ravageurs
La rouille jaune a très tôt infecté la culture
et a assez tôt touché tous les étages
foliaires. A la fin juin, le feuillage était
quasi complètement détruit.
Les ravageurs ont été très discrets dans
cette parcelle. Au maximum de la
pullulation, les criocères occupaient 24 %
des talles. Quant aux pucerons, les
populations n’ont pas dépassé 45
PHOTO BP14 2014 06 13 c :
individus /100 talles, ce qui est faible et Rouille jaune sur dernière feuille (mi-juin)
conforme aux observations faites dans
plusieurs dizaines de champs en Wallonie au printemps 2014.
Rendement-satisfaction
Le rendement de 3.900 kg a laissé un sentiment d’insatisfaction à l’agriculteur. Sans
doute la rouille jaune y est-elle pour beaucoup, mais aussi un assez piètre redémarrage
11
printanier par manque d’éléments nutritifs disponibles, en raison notamment du peu de
précipitations au printemps.
Maladies, ravageurs
En dehors de quelques taches d’anthracnose, la culture n’a pas présenté de problème de
maladies. L’examen des pousses terminales et surtout des fleurs a révélé une présence
modérée de pucerons pendant la seconde quinzaine de mai et la première semaine de
juin (semaine 21 : 42% des pousses porteuses de 1 à 2 A. pisum ; semaine 22 : 35% des
pousses porteuses de 2-3 A. pisum ; semaine 23 : 25% des pousses porteuse de 1 à 10 A.
pisum). En outre, assez bien de thrips ont été observés dans les fleurs (> 50% des fleurs
occupées) pendant la seconde quinzaine de mai, mais plus du tout en juin.
Même en agriculture conventionnelle, l’impact de ces ravageurs n’est pas bien connu.
A. pisum est surtout redouté en tant que vecteur du virus de l’énation. L’impact dans le
champ d’Eghezée est impossible à estimer.
Rendement-satisfaction
Le rendement de 8737 kg/ha, avec un indice tendérométrique de 109 a satisfait
l’agriculteur. De la même manière que pour l’exploitant du champ BIOPRO 12, une
frustration est ressentie quant au prix (50%) auquel sont vendues les quantités de pois
dépassant le quota équivalent à 3700 €/ha.
12
BIOPRO 16 : Branchon ; épeautre
Adventices
Le désherbage a été opéré en un passage à la houe rotative à la reprise de végétation,
suivi d’un passage à la herse étrille. Toutefois, en raison du manque de gel hivernal, la
houe rotative n’a pas donné d’aussi bons résultats qu’à l’ordinaire. Au début mai, la
parcelle était assez fortement envahie par une flore adventice très variée : véronique,
stellaire, coquelicot, matricaire, lamier, moutarde des champs, chénopode, capselle,
fumeterre, gaillet, etc. Cet envahissement assez important ne dépassait toutefois pas la
culture, et était considéré comme satisfaisant pour de l’épeautre par l’agriculteur.
Maladies, ravageurs
Très tôt dans le développement de la culture, la rouille
jaune est apparue très envahissante dans ce champ de
Cosmos. Cette maladie a progressé pour toucher tous les
étages foliaires dès la mi-mai. Toutefois, à la fin juin, la
dernière feuille était encore verte et fonctionnelle sur 50 %
de sa surface.
Cette maladie qui donnait une impression d’explosion en
début de printemps, a connu un développement nettement
plus lent dans un second temps.
Rendement-satisfaction
Au vu des infections de rouille jaune, très graves et très précoces, le rendement de 6000
kg/ha a finalement agréablement surpris. La satisfaction de l’agriculteur se fonde, d’une
part sur le sentiment d’avoir échappé à ce qui se présentait comme une catastrophe
« rouille jaune » et, d’autre part, sur les excellents prix auxquels il a pu vendre sa
récolte : 600 € au contrat, et 750 € pour le surplus (hors contrat). Toutefois, les
13
observations faites dans cette parcelle et les points de repères fournis par l’ensemble des
champs visités nous donnent à penser que le potentiel de rendement de ce champ était
bien supérieur. Un désherbage plus complet et une variété plus résistante aurait
vraisemblablement permis d’accroître le rendement d’une bonne vingtaine de pourcents.
Adventices
Le désherbage a été opéré en un passage de houe
rotative suivi, dès que la terre avait bien séché,
par un passage à la herse étrille. Cette technique
n’a pas maîtrisé les adventices du fait de la très
faible densité d’orge et, selon l’opinion de
l’agriculteur, par un manque d’agressivité du
PHOTO BP17 2014 05 30 a : orge
passage de la herse étrille. Selon son expérience, dépassée par la moutarde des champs
un passage plus agressif aurait donné de bien
meilleurs résultats et aurait permis à la culture de
taller très fort, l’orge supportant assez bien ce genre de traitement.
La petite taille de cette parcelle (quelques dizaines d’ares), ne plaidait sans doute pas
non plus pour la mettre en tête des priorités dans l’organisation des travaux.
Maladies et ravageurs
Les observations sur maladies et ravageurs n’ont rien révélé de flagrant ; elles sont
évidemment anecdotiques et sans guère d’intérêt vu le contexte de ce champ.
Rendement-satisfaction
Malgré tout, la récolte a donné 3.500 kg par hectare, ce que l’agriculteur -évidemment
insatisfait- évalue tout de même à un demi-rendement.
14
BIOPRO 22 : Remicourt ; épeautre
Maladies et ravageurs
A l’approche du stade dernière feuille, l’infection par la rouille jaune était extrêmement
forte, et se révélait notamment par une sporulation spectaculaire. A côté de cela, les
infections d’oïdium visibles dans le bas des tiges étaient anecdotiques. Après l’épiaison,
une application d’engrais foliaire à base d’écorce d’orange a été effectuée, avec une
possible efficacité fongicide. A la mi-juin, il ne restait déjà plus que 15% de la dernière
feuille comme surface foliaire fonctionnelle. A l’approche de la récolte, la parcelle a été
atteinte par de la verse sur environ 85% de sa surface.
Rendement-satisfaction
De façon tout-à-fait inattendue après l’attaque extrêmement forte de rouille jaune, mais
de façon concordante avec les observations faites dans d’autres champs d’épeautre, le
rendement a atteint 6.900 kg/ha. Ce niveau de rendement, couplé au prix obtenu
(800 €/T), a évidemment satisfait l’agriculteur.
15
qui de surcroît n’a pas eu l’occasion de taller beaucoup en raison des faibles
précipitations printanières.
Adventices
Dans ces conditions de faible couvert par la
culture, le désherbage très efficace en début
de printemps n’a pas pu contenir les
nouvelles germinations d’adventices qui ont
fini envahir le champ, d’autant plus
facilement que le couvert offert par le
froment a disparu prématurément à cause de
la rouille jaune. Cette montée des mauvaises
herbes avant la récolte a forcé l’agriculteur PHOTO BP23 2014 06 18 d: adventices
à une récolte en catastrophe, en levant la envahissant le champ, faute de couvert par la
table presque au ras des épis, et en abandonnant la paille sur le champ.
Maladies, ravageurs
La sévérité de l’infection par la rouille jaune
observée dans cette parcelle a été la plus forte de
tout ce qui a été vu cette année : certains jours, la
sporulation était telle que le sol était jaune, de même
que les bottes et les pantalons des observateurs.
A la mi-juin, le feuillage était complètement envahi
par la rouille jaune. Deux semaines plus tard, les
plantes étaient complètement desséchées. PHOTO BP23 2014 05 06 f: sporulation
Curieusement, c’est dans ce champ au feuillage très extrêmement intense de rouille jaune
abîmé que la plus forte population de pucerons de
l’année a été observée : 200 S. avenae/100 talles. Ce niveau reste très bas, l’infestation a
été très fugace, et cette observation est anecdotique.
Rendement-satisfaction
Le rendement de 3 tonnes/ha est évidemment un mauvais rendement, mais une demi-
déception seulement, en fonction de la gravité de l’infection de rouille jaune qui a sévi
sur une emblavure déjà malingre.
16
Adventices
Un passage à la rotoherse juste après une pluie de 2 mm succédant à une période de vent
du nord desséchante, a permis l’écrasement des mottes et
le bon désherbage de la culture. Début mai, la terre était
propre en dehors de quelques renouées des oiseaux
éparses.
Maladies, ravageurs
Jusqu’à la fin du mois de mai, aucune maladie n’a été
PHOTO BP24 2014 05 30 e :
observée, après quoi l’anthracnose a touché les stipules du mildiou sur stipules du bas
haut de la végétation, celles du bas étant atteintes par un
peu de mildiou. Un traitement a été fait à l’aide d’un engrais foliaire à base d’écorce
d’orange, avec une possible efficacité fongicide.
A. pisum a été observé en population faible (maximum 316 individus / 100 pousses
terminales) vers la mi-mai. Début juin, il ne restait que des pucerons parasités.
Rendement-satisfaction
Le rendement de 7.5/ha a satisfait l’exploitant qui, lui aussi, a ressenti une frustration
quant au prix octroyé pour les quantités dépassant le quota.
Adventices
Le champ était remarquablement propre, et l’est resté jusqu’à la fermeture des lignes.
Maladies, ravageurs
Le champ est resté quasi indemne de ravageurs pendant toute la saison. Seuls quelques
pucerons ont pu être observés de manière très fugace. Le mildiou a été combattu par des
applications quasi hebdomadaires d’oxychlorure de cuivre, à très petites doses
(200g/ha), pour un total de 3 kg sur l’ensemble de la saison. A partir de juillet, la variété
Pirolle a été assez fortement atteinte par le mildiou. Elle a été défanée mécaniquement,
et passée au brûleur pour éviter l’infection des tubercules. La variété Agria a été touchée
par le mildiou au début août, en fin de végétation.
17
Rendement-satisfaction
Le rendement de 35-40 T, couplé au prix (330 € / T) n’est pas jugé satisfaisant, compte
tenu des frais et pertes au triage et au stockage.
Adventices
Le champ était très propre, à l’exception de taches de renouée des oiseaux.
Maladies, ravageurs
La rhynchosporiose, la rouille naine et l’oïdium ont été
observés dans le champ, mais à des niveaux négligeables.
Les pucerons ont fait une brève et faible pullulation
(maximum 22 % des talles occupées). Les criocères
étaient quasi absents.
En revanche, des épis charbonneux ont été observés en
assez grand nombre (> 30 / 100m²). Une telle infection est
discrète, et n’a évidemment aucune conséquence sur la
récolte. En revanche, si du grain issu de ce champ
devaient être utilisé comme semences, il faudrait
s’attendre à une infection généralisée.
PHOTO BP26 2014 06 06 b :
> 30 épis charbonneux / 100 m²
Rendement-satisfaction
Le rendement de la parcelle a été de 5.100 kg / ha, et a satisfaisait l’exploitant.
CONCLUSIONS
Le suivi de parcelles BIO effectué en 2014 a donné lieu à diverses réflexions, parmi
lesquelles les plus significatives sont reprises ci-dessous.
18
culture en BIO est peut-être un risque à ne pas prendre. En revanche, le pois est moins
sensible à ce problème, grâce à sa vitesse de croissance et à son pouvoir couvrant.
19
et séchage du feuillage), pourraient se heurter à un problème s’il s’avérait qu’ils
favorisent exagérément les criocères.
20
MIEUX VAUT PREVENIR QUE GUERIR : LA RESISTANCE
VARIETALE, UN LEVIER A ACTIONNER
Julie LEGRAND [email protected] (CPL-VEGEMAR 1) -
Guillaume JACQUEMIN et Morgan ABRAS [email protected] (CRA-W 2)
RESUME : La lutte contre les maladies en agriculture biologique passe par des mesures
préventives, et notamment par un choix de variétés présentant des résistances à un large
panel de maladies. Depuis plusieurs années, un réseau d’essais de variétés de céréales
bio est mis en place par les organismes de recherches wallons (CPL-VEGEMAR,
CARAH3, CEB4, CRA-W). Ces essais permettent d’évaluer d’une part le potentiel des
variétés en termes de rendement et de qualités technologiques et d’autre part, leur
comportement face aux maladies. Dans la plupart des cas, plus une variété est sensible
aux maladies, plus grand est le risque de voir son rendement diminuer. Les essais
réalisés mettent en évidence quelques variétés résistantes à la plupart des maladies et
d’autres, au contraire, qu’il est préférable d’éviter en bio.
INTRODUCTION
En agriculture biologique, un des grands principes de la protection des plantes est la
PREVENTION : il faut éviter autant que possible que la plante ne soit atteinte par la
maladie ou le ravageur et lorsque ces derniers sont présents, il importe de limiter au
maximum leur impact sur la culture. Dans le cadre de la protection fongique, plusieurs
actions sont possibles : choisir des variétés moins sensibles aux maladies, assurer un
environnement favorable au développement de la culture et défavorable au
développement de la maladie, nourrir la plante correctement, ….
Peu importe la culture, le choix variétal est le premier levier à actionner pour lutter
contre les maladies. Par exemple, en culture de pomme de terre, le choix de variétés
résistantes ou peu sensibles au mildiou est indispensable pour la réussite de la culture.
Lors d’années à forte pression de mildiou, des variétés sensibles ne sont pas
valorisables. En effet, très peu de traitements curatifs biologiques existent pour lutter
contre les maladies, il faut donc empêcher que la maladie ne se développe. Pour cela,
outre le choix variétal, il existe dans certains cas des produits préventifs de contact qui
vont empêcher ou du moins ralentir l’installation de la maladie.
1
Centre Provincial Liégeois des Productions Végétales et Maraîchères
2
Centre Wallon de Recherches Agronomiques
3
Centre pour l’Agronomie et l’Agro-industrie de la province du Hainaut
4
Centre d’Essais Bio
21
D’autres sont sensibles à certaines maladies et résistantes ou moyennement sensibles à
d’autres. Il existe une panoplie de nuances de comportement propre à chaque variété
dans un environnement donné. La mise en place d’essais variétaux permet de comparer
le comportement des différentes variétés dans un même environnement face à une
pression fongique particulière (typique de l’année et de l’endroit). Le même essai doit
être répété dans le temps et l’espace pour augmenter la fiabilité des résultats par la
multiplication des situations testées. Depuis 2010, un réseau d’essais bio est mis en
place, avec au départ le CEB et à présent le CRA-W en étroite collaboration avec les
institutions provinciales : l’asbl CPL-VEGEMAR en Province de Liège et le CARAH
en province de Hainaut. Le nombre de sites d’essais et la localisation a fluctué en
fonction des années mais en 2014, trois sites d’essais étaient en place : Emines, Verlaine
et Antheit. Pour 2015, trois sites d’essais sont implantés à Horion-Hozémont, Emines et
Ath. Au cours de ces essais, le comportement des variétés vis à vis des maladies et de la
verse est évalué et les caractéristiques technologiques sont mesurées à la récolte.
Maladies et rendement. Toutes les maladies n’ont pas le même effet sur le
développement de la plante. Certaines maladies sont plus préjudiciables que d’autres en
termes d’impact sur le rendement ou sur la qualité du grain. En outre, la virulence des
maladies varie d’une année à l’autre. De nombreux facteurs extérieurs influencent le
développement de celles-ci. Les conditions météorologiques de la saison y contribuent
principalement. Le stade de développement auquel la maladie se développe a également
une influence sur la sensibilité de la plante. Il faut donc évaluer le comportement moyen
d’une variété face aux différentes maladies et ce dans des situations différentes.
En céréale, on distingue deux grands types de maladies : les maladies foliaires et les
maladies de l’épi. Les maladies foliaires endommagent le feuillage et pénalisent la
variété en termes de rendement car la photosynthèse est réduite. Les maladies de l’épi
diminuent la qualité finale du grain.
En ce qui concerne les maladies foliaires, la septoriose est la maladie fongique la
plus préjudiciable en froment car elle est présente chaque année et débute tôt dans la
saison. Les dégâts varient fortement selon les années et les conditions météos. Le cycle
de développement de la maladie est tel que la maladie continue sa progression au cours
de la croissance de la plante et au final, la plupart des feuilles sont atteintes. La
littérature et l’expérience des essais précédents montrent qu’aucune variété n’est
totalement résistante et que le niveau de sensibilité est très variable.
Le développement de la rouille jaune est quant à lui plus variable d’une année à
l’autre. La rouille jaune peut être fort préjudiciable pour le rendement les années de
forte pression comme cela a été le cas en 2014 où les conditions favorables à son
développement étaient réunies (absence d’hiver, humidité élevée, température entre 10-
15°C…).
L’impact de la rouille brune est aussi très variable d’une année à l’autre. Cette
maladie se développe souvent en fin de saison et est généralement moins pénalisante
pour le rendement. Elle peut cependant être virulente sur des variétés très sensibles.
Pour la rouille brune comme pour la rouille jaune, il existe des variétés très résistantes
et d’autres très sensibles pouvant potentiellement mener à des dégâts importants les
années de forte pression.
22
L’oïdium, par contre, est une maladie moins préjudiciable, elle se cantonne
généralement dans le fond de végétation.
Enfin, la fusariose est une maladie des épis dont le développement est très variable
d’une année à l’autre et dépend des conditions météos observées durant la période de
floraison. En cas de présence, elle peut également être préjudiciable au rendement et
induire des problèmes sanitaires (développement possible de mycotoxines). En outre
pour l’année suivante la présence de fusariose sur les grains peut entraver la levée des
semis.
Comme expliqué ci-dessus, le comportement d’une variété vis-à-vis des maladies
est variable d’une année à l’autre et n’est pas identique pour toutes les maladies.
L’impact sur le rendement va dépendre de la virulence de la maladie et de la capacité de
la variété à contrer cette maladie. On a pu observer au cours des essais, des variétés très
sensibles avec un feuillage très atteint par la maladie diminuant fortement la capacité
photosynthétique des feuilles. D’autre part, certaines variétés ayant un comportement
moyen vis-à-vis des maladies s’en sont finalement bien sorties. Malgré les attaques
foliaires, ces plantes ont visiblement compensé les pertes de surfaces photosynthétiques
pour poursuivre leur développement sans entrave. La durée de remplissage des grains
s’étend de la floraison à la maturité, stade auquel est observée la sénescence partielle ou
complète des dernières feuilles émergées. La vitesse de sénescence des dernières
feuilles à la période post-floraison dépend notamment des maladies présentes et le
rendement sera donc d’autant plus affecté que cette vitesse est élevée.
23
LE CAS DU RÉSEAU D’ESSAI 2014
L’année 2014 a été caractérisée par une forte pression de rouille jaune ayant débuté
tôt. Il a été difficile d’évaluer l’ensemble des maladies pour les variétés sensibles à la
rouille jaune car le feuillage était fortement « grillé » par la rouille jaune. Une notation
NC : « Non coté » a été attribuée à ces variétés pour les autres maladies. Les cotations
des différentes maladies (moyenne sur 3 sites) sont reprises dans le tableau 1.
TABLEAU 1: Cotations de la résistance aux maladies des variétés testées en 2014 sur
trois sites expérimentaux (‘BAF’ = Blé Améliorant de Force ; BPS = Blé Panifiable
Supérieur ; BP = Blé Panifiable ; BB = Blé Biscuitier ; BAU = Blé Autres Usages / ‘++’ :
résistant ; ‘+’ : moyennement résistant ; ‘=’ : moyennement sensible ; ‘-‘ : sensible ; ‘—‘ :
très sensible ; ‘NC’ = non coté)
24
La sensibilité variétale est exprimée par une cote de 1 à 9 ; 1 étant la cote pour les
variétés les plus sensibles et 9 pour les plus résistantes. La moyenne des rendements est
reprise dans la dernière colonne pour donner un aperçu de l’impact sur le rendement.
Ces données permettent de faire un classement des variétés les unes par rapport aux
autres.
A la lecture de ces résultats, on a pu mettre en évidence le bon comportement des
variétés MOZES, TABASCO et LENNOX qui ont montré un bon comportement à
l’ensemble des maladies et des rendements moyens à élevés.
Inversement, des variétés comme BELEPI, SATURNUS et JB ASANO sont trop
sensibles et non adaptées à l’agriculture biologique même si ce sont des variétés
présentant des caractéristiques technologiques intéressantes.
Enfin, les variétés comme ATTLASS, EDGAR, COLONIA, PIONIER, SY EPSON,
WIWA, UBICUS, GALLUS, SKERZZO et ENERGO ont un comportement moyen vis-
à-vis des maladies. Les quatre dernières variétés représentent le meilleur compromis
entre rendement et qualité. MIDAS est sensible à la rouille jaune et à la septoriose et
INTRO, SOKAL, FORUM et JB DIEGO vis-à-vis de la rouille brune ; malgré cela, ces
variétés ont pu compenser leur manque de résistance et atteindre finalement un
rendement supérieur à la moyenne des 3 sites.
Ces résultats de 2014 sont à considérer avec précaution car ils diffèrent des
conclusions établies sur la synthèse des résultats de plusieurs années d’essais (voir ci-
dessous).
9,0
INTRO MOZES
OXEBO EDGAR
8,0 ATTLASS
MEMORY COLONIA
ATOMIC TABASCO
PIONIER
HOMEROS SY EPSON SOKAL
FORUM
MIDAS JB DIEGO LENNOX
7,0 ENERGO SKERZZO
Rendement (t/ha)
BAROK UBICUS
GALLUS
ANGELUS
6,0
BELEPI RENAN
TOGANO WIWA
y = 0,6102x + 3,1985
R² = 0,5292
5,0
JB ASANO
SATURNUS
4,0
3,0
3,0 4,0 5,0 6,0 7,0 8,0 9,0
Résistance à la rouille jaune
Sensible Résistante
25
La figure 1 illustre l’évolution du rendement en fonction de la résistance à la rouille
jaune. On a mesuré une régression linéaire avec un R² de 0.5292. Cette année à forte
pression de rouille jaune, une tendance se dégage : plus la variété est résistante à la
rouille jaune et plus le rendement augmente. Cependant, le coefficient de corrélation
n’est pas plus élevé car d’autres facteurs que la rouille jaune pénalise le rendement.
Certaines variétés ont été affectées plus ou moins fort par la septoriose. D’autre part,
certaines variétés ont un potentiel de rendement initial plus faible.
8,0 COLONIA
ATTLASS
OXEBO
MEMORY
EDGAR
Rendement (t/ha)
BAROK
7,0 MIDAS
y = 0,4576x + 4,365 SKERZZO
R² = 0,8922
6,0 RENAN
y = 0,4234x + 4,4216
R² = 0,7282
JB ASANO
5,0
SATURNUS
4,0
0,0 1,0 2,0 3,0 4,0 5,0 6,0 7,0 8,0 9,0
Résistance à la rouille jaune
Sensible Résistante
26
Le tableau 2 reprend une synthèse des comportements des variétés face aux
maladies évalués depuis 2011. Le turn-over des variétés testées chaque année est
important et le nombre de sites et d’années d’essai est indiqué à titre indicatif dans la
dernière colonne. Il faut rester vigilant à propos des cotations des variétés évaluées
depuis un ou deux ans seulement. Etant donné la pression variable des maladies d’une
année à l’autre, ces cotations pourraient être fortement modifiées l’année prochaine.
TABLEAU 2 : Comportement des variétés face aux maladies (‘++’ : résistant ; ‘+’ :
moyennement résistant ; ‘=’ : moyennement sensible ; ‘-‘ : sensible ; ‘—‘ : très sensible ;
NC = non coté)
27
On remarque qu’en moyenne sur 3 ou 4 ans, peu de variétés sont tolérantes à
l’ensemble des maladies. En ne tenant pas compte de l’oïdium qui est moins
préjudiciable, COLONIA, MEMORY et EDGAR sont assez résistants aux maladies
exceptées à la fusariose, et obtiennent de bons rendements. Par contre, MIDAS et
OXEBO sont sensibles à certaines maladies mais obtiennent néanmoins des rendements
supérieurs à la moyenne des essais. De nouvelles variétés testées semblent intéressantes
mais doivent être confirmées. Par exemple, MOZES sur 2 années d’essai est assez
résistant à l’ensemble des maladies avec des rendements dans la moyenne.
Les variétés qui se démarquent sur une période de plusieurs années ne sont pas les
mêmes que celles mises en évidence en 2014. Ceci démontre l’intérêt de répéter les
essais d’années en années et de ne pas se fier aux résultats d’une seule année
d’expérimentation, particulièrement en ce qui concerne la résistance aux maladies.
CONCLUSIONS
La protection des cultures contre les maladies en agriculture biologique passe
invariablement par un choix variétal approprié. Dans le cas des céréales, les essais
installés en Wallonie chaque année permettent d’évaluer les caractéristiques d’un
certains nombre de variétés choisies comme étant intéressantes pour l’agriculture
biologique. En fonction des conditions climatiques, les maladies ne s’exprimeront pas
de la même manière d’une année à l’autre, c’est pourquoi il est judicieux d’opter pour
des variétés résistantes à la plupart des maladies. Le choix doit tenir compte que la
rouille jaune peut causer de gros dégâts les années de forte pression et que la septoriose,
quoi que moins spectaculaire, est présente chaque année. Outre la résistance aux
maladies, le comportement final de la variété est très important. C’est le rendement et la
qualité technologique à la moisson qui feront la rentabilité de la culture.
Enfin, c’est à l’agriculteur de faire son choix en tenant compte de toutes les
caractéristiques de la variété.
28
Le concept de lutte raisonnée :
combiner des méthodes collectives contre le campagnol
terrestre afin de conserver une autonomie fourragère
G. Couval1, 2, D. Truchetet3
Le concept de lutte raisonnée s’inscrit dans une approche globale de gestion de l’exploitation et de l’écosystème. Les
travaux de recherche et les recherches - actions engagés ont conduit à proposer une « boite à outils » qui a fait ses preuves
pour réguler les pullulations de campagnols.
RÉSUMÉ
L’objectif est d’agir le plus précocement possible sur des facteurs de contrôle identifiés des populations de campagnol terrestre afin de
conserver l’autonomie fourragère de l’exploitation tout en minimisant les impacts environnementaux indésirables des interventions (par
ex. lutte chimique). Cette stratégie permet d’associer plusieurs méthodes de lutte de façon collective (dont la modification des itinéraires
techniques), qui défavorisent l’habitat du campagnol terrestre (ou de la taupe laquelle facilite la colonisation des parcelles) et favorisent
ceux de ses prédateurs. Ce concept de lutte raisonnée est valorisé réglementairement sous la forme d’un contrat passé entre l’éleveur et
l’Organisme à Vocation Sanitaire régional reconnu dans le domaine végétal.
SUMMARY
Integrated control practices: combining complementary methods to combat water vole outbreaks with a view to
maintaining foraging system self-sufficiency
Research aimed at controlling vole outbreaks has led to the development of different integrated control measures. The goal is to act as early as
possible to limit the growth of water vole populations using a holistic approach that involves managing both farmlands and ecosystems with the
intention of preserving the self-sufficiency of foraging systems while simultaneously minimising undesirable environmental impacts (such as may
occur when pesticides are used). Several complementary control measures can be employed in tandem (such as modifying the crop management
sequence) to decrease habitat favorability for the vole (or the mole, a species that makes it easier for voles to colonise fields) and to increase the
presence of predators. To this end, farmers have been offered the chance to establish formal partnerships with government-recognised health-
focused organisations in the region.
ans les années 1980, la lutte contre le campagnol non-cible, dont les prédateurs de campagnols, était
AUTEURS
1 : INRA, UMR CBGP 1062, Campus international de Baillarguet, CS 30016, F-34988 Montferrier-sur-Lez cedex
2 : FREDON Franche-Comté, Parc du Vallon, 20, rue du Vallon, Bât. A, F-25480 Ecole-Valentin ; [email protected]
3 : Direction Générale de l’Alimentation - Sous-Direction de la Qualité et de la Protection des Végétaux, Ministère de l’agriculture, de
l’agroalimentaire et de la Forêt, DRAAF - SRAL de Franche-Comté, 191, rue de Belfort, F-25043 Besançon cedex
MOTS CLÉS : Arvicola terrestris, bromadiolone, campagnol terrestre, concertation, déprédateur, faune sauvage, diagnostic, gestion
des prairies, haie, lutte raisonnée, mode d’exploitation, paysage, pesticide, prairie, pratiques des agriculteurs, surface fourragère,
système fourrager, Talpa europaea, taupe, travail du sol.
KEY-WORDS : Arvicola terrestris, bromadiolone, concertation, depredator, diagnosis, farmers’ practices, forage area, forage system,
grassland, hedgerows, integrated control, landscape, mole, pasture management, pesticide, soil tillering, Talpa europaea, type of
management, water vole, wild fauna.
RÉFÉRENCE DE L’ARTICLE : Couval G., Truchetet D. (2014) : “Le concept de lutte raisonnée : combiner des méthodes collectives
contre le campagnol terrestre afin de conserver une autonomie fourragère”, Fourrages, 220, 343-347.
Echelle spatiale Facteur de contrôle Processus Effets Leviers d’actions : outils utilisables
(= facteur de risque) sous-jacents mesurables
Régionale Composition des paysages : - Diffusion Diffusion des - Organisation spatiale de l'assolement
(S 2 500 km2) 1- Ratio de STH - Prédation vagues de
Observation
prédateurs
Collectif
2- Réseaux de haies - Parasitisme - Vitesse de - Implantation de perchoirs
3- Formes des lisières, etc. - Production primaire colonisation - Travail du sol et rotation des cultures
Locale 1- Hauteur d’herbe moyenne - Dispersion - Vitesse de - Lutte directe contre le campagnol
(S 0,01 km2) 2- Réseaux de galeries (de - Production primaire colonisation terrestre à basse densité
taupes, etc.) ou travail du sol - Reproduction - Dynamique - Lutte directe contre la taupe
3- Composition prairiale - Parasitisme de la repro- - Travail du sol et rotation des cultures
(% de légumineuses, de duction - Alternance fauche pâture
pissenlits, etc.) - Gestion du couvert végétal
TABLEAU 1 : Hiérarchie des facteurs de contrôle des pullulations en fonction des échelles spatiales, des processus
biologiques identifiés ou pressentis, des effets observés sur les populations de campagnols et leviers d’actions
possibles pour les éleveurs (d’après DELATTRE et GIRAUDOUX, 2009).
TABLE 1 : List of the factors that can mediate vole outbreaks, organised by spatial scale, previously identified or
potential biological processes at work, effects observed on vole populations, and control measures available to far-
mers (after DELATTRE and GIRAUDOUX, 2009).
lorsque la densité est faible et demande donc du temps de façon régulière une analyse spatiale et temporelle de
pour assurer une surveillance attentive des parcelles. En risque de pullulation de campagnol terrestre.
outre, la régulation directe des populations n’est pas la L’engagement collectif est rendu nécessaire par la
seule voie possible pour mieux contrôler les pullulations.
dimension spatiale du phénomène de pullulation qui peut
Grâce aux travaux des équipes de recherche (Université
couvrir de grandes surfaces. Il repose, historiquement,
de Franche-Comté, INRA, établissements d’enseignement
sur l’organisation des groupements de défense contre les
supérieur agricole) et d’application (DRAF/SRPV puis
organismes nuisibles (à l’échelle communale et cantonale)
DRAAF/SRAL, FREDON1...), qui ont privilégié une approche
et sur leurs fédérations départementales et régionales.
« systémique » dans laquelle sont analysées de façon
hiérarchisée (spatialement et temporellement) les L’emploi de méthodes de lutte combinées et pré-
interactions entre les campagnols, leur habitat (paysage, ventives combine des méthodes de lutte directe (piégeage
prédateurs, etc.) et les pratiques agricoles, il est possible et lutte chimique dès l’apparition des premiers terriers) et
d’identifier un maximum de facteurs de contrôle des indirecte (qui agissent sur l’habitat des rongeurs et sur
pullulations (tableau 1), sur lesquels il est possible d’agir, les causes des pullulations). Elles peuvent être mises en
et de déterminer l’échelle à laquelle ces actions sont œuvre à différentes échelles spatiales (parcelles, îlots ou
pertinentes. Ces études ont permis d’initier une stratégie ensembles de parcelles, communes) par les agriculteurs
de lutte raisonnée, expérimentée avec succès, notamment adhérents des Groupement de Défense contre les Orga-
en Franche-Comté. nismes Nuisibles (GDON) en fonction des contraintes liées
à l’exploitation agricole (taille des parcelles, morcellement,
temps de travail, importance du troupeau, spéculations
1. Un concept de lutte raisonnée... agricoles, etc.) :
- Le piégeage : Les pièges doivent être posés au ter-
■ Une lutte fondée sur le triptyque rier de façon à capturer l’ensemble des occupants. Cette
observation, engagement collectif méthode traditionnelle est efficace si elle est employée à
et emploi de méthodes combinées très basse densité de rongeurs, mais elle mobilise des
moyens humains plus importants que la lutte chimique.
et préventives
- La lutte chimique se réalise au terrier en
L’observation vise à connaître l’état des populations employant de petites quantités d’appâts à la bromadio-
de campagnol terrestre, afin de mettre en œuvre les luttes lone (quelques dizaines de grammes par terrier) et selon
dès l’apparition des premiers foyers et prévenir ainsi les un cadre réglementaire défini par arrêté interministériel
pullulations. Chaque région confrontée à cette probléma- du 14 mai 2014.
tique dispose d’un réseau régional de surveillance
composé d’agriculteurs volontaires et de techniciens qui - La lutte contre la taupe est rendue nécessaire par
alimente un Bulletin de Santé du Végétal (BSV) spécifique l’influence des réseaux de taupe sur la vitesse de coloni-
diffusé au plus grand nombre. Par exemple, en Franche- sation des parcelles par les campagnols terrestres
Comté, en Auvergne ou en Limousin, le BSV Prairie établit (DELATTRE et al., 2006). Elle peut être opérée par piégeage
et par l’utilisation de générateurs de phosphure d’hydro-
1 : sigles et acronymes sont définis en page 348 gène par des applicateurs agréés.
30
Le concept de lutte raisonnée : combiner des méthodes collectives contre le campagnol terrestre
FIGURE 1 : Les différentes propositions de la boîte à outils au cours du contrat de 5 ans (d’après GIRAUDOUX et al.,
2012).
FIGURE 1 : Different measures included in the toolbox that can be deployed over the course of the five-year formal
partnership (after GIRAUDOUX et al., 2012).
pour 5 ans. Cette durée correspond à la durée minimale de fauche et les parcelles qui fournissent le plus de ren-
d’un cycle pluriannuel de pullulation. L’engagement doit dement fourrager, les parcelles de grandes cultures qui
être pris dès le début de ce cycle. Bien que le contrat ait restent en place plusieurs années consécutives, les par-
une durée de vie limitée dans le temps, l’engagement des celles à forte valeur ajoutée, les parcelles faciles d’accès...
agriculteurs doit être continu sur le long terme et il doit La signature du contrat formalise le diagnostic, le pro-
se faire également dans une approche collective tant en gramme d’actions et les engagements des 2 parties.
termes de rapprochement des surfaces sur un même sec-
- Une validation du contrat de lutte est réalisée
teur qu’en termes de mutualisation de la main d’œuvre.
par une commission experte (DRAAF et OVS). Cette der-
Ce contrat est formalisé à partir d’un diagnostic nière a pour objectif d’émettre des remarques ou
(questionnaire et échange) entre la FREDON (reconnu d’exclure certaines exploitations qui ne répondent pas
comme Organisme à Vocation Sanitaire - OVS - dans le aux critères souhaités. En effet, il faut attester de la
domaine végétal) et l’exploitant ; cette séance se déroule bonne foi des agriculteurs souhaitant s’engager dans une
en salle ou au domicile de l’exploitant sur une demi-jour- démarche de lutte collective. L’engagement d’une part
née. La formalisation d’un contrat de lutte raisonnée significative des parcelles de l’exploitation et leur locali-
passe par différentes étapes : sation regroupée constituent un critère important de
- La sensibilisation des agriculteurs aux contrats validation puisqu’ils conditionnent la réussite de la lutte.
de lutte est initiée par des réunions d’information « ter- - L’accompagnement s’effectue sous forme de réu-
rain » ou de formation - action (avec matinée sur le terrain nions d’informations et d’appui administratif, technique
et après-midi en salle) que les agents de l’OVS organisent
et réglementaire. Les agriculteurs sont conviés collective-
sur les secteurs en basse densité ou en déclin des popu-
ment une fois par an à des applications pratiques traitant
lations. Ces réunions abordent l’ensemble de la
de façon privilégiée les évolutions techniques et réglemen-
problématique, l’aspect réglementaire et le concept de
taires, les pratiques d’exploitation, les formations.
lutte raisonnée. Ce premier contact peut également être
effectué à partir d’autres outils de communication (média - Le bilan : au cours de la dernière année du
agricole, enquêtes, entretiens téléphoniques, etc.). A la fin contrat, une réunion en salle, avec tous les agriculteurs
de ces journées de sensibilisation collective, l’OVS identi- du secteur ou de la commune, est organisée par l’OVS
fie les agriculteurs les plus motivés. Par la suite, la prise pour faire un point de situation, échanger sur ce qui a
de contact avec chacun des exploitants est individuelle : fonctionné ou sur les problèmes rencontrés et d’en com-
il s’agit de prendre un rendez-vous afin d’établir le diag- prendre les raisons. À la suite de ce bilan, les agriculteurs
nostic de leur exploitation. décident ou non de leur réengagement. En cas d’absence
- Le diagnostic global permet de dégager les atouts non justifiée à la réunion de bilan, le contrat de lutte de
et les contraintes de l’exploitation afin de mieux compren- l’agriculteur ne sera pas renouvelé et considéré comme
dre le fonctionnement du système de production mis en inactif.
place par l’exploitant. Cette phase est basée sur un ques-
tionnaire qui reprend l’ensemble des éléments qui
caractérisent l’exploitation agricole, notamment la pro-
2. Et demain ?
duction de base, le cheptel, les surfaces et leurs modes
Il s’agit à présent de proposer des outils fiables,
d’exploitation, les engagements en lien avec la Politique
adaptables et appropriés à la profession agricole en
Agricole Commune, la politique d’investissement, le maté-
tenant compte des attentes sociétales en matière d’envi-
riel dont elle dispose, la main d’œuvre intervenant sur
ronnement, de sécurité sanitaire et d’autosuffisance
l’exploitation, les bâtiments, les projets prévus ou à pré-
voir, la présence d’espaces naturels classés (Natura 2000, alimentaire afin d’atteindre les deux objectifs suivants :
Arrêté de Protection de Biotope...). - l’extension du concept de lutte raisonnée aux
- Le programme d’actions est adapté au système autres espèces de campagnols champêtres déprédateurs
de production et n’est en aucun cas dicté par le techni- (campagnol des champs et campagnol provençal, selon les
cien de l’OVS ; il revient à l’exploitant de décider et ainsi régions concernées) et à l’ensemble des filières touchées.
de s’approprier les actions à mettre en œuvre afin de les Depuis 2013, après que la FREDON Champagne-Ardenne
intégrer au mieux dans son système de production. ait adapté le contrat de lutte raisonnée franc-comtois
L’OVS conseille et propose ce qui peut être envisageable « campagnol terrestre » à la problématique du campagnol
sur le parcellaire. À partir des photos aériennes rendues des champs en grandes cultures, la FREDON France a
disponibles par l’agriculteur (dossier PAC ou autre sup- décidé de généraliser le concept et d’adapter ce type de
port), le parcellaire sera identifié, en faisant référence aux contrat à l’ensemble des filières agricoles qui sont tou-
atouts/contraintes de l’exploitation. Suite aux échanges chées par des « rongeurs champêtres déprédateurs ». En
avec l’agriculteur et une fois le diagnostic réalisé, un pro- parallèle, l’arrêté interministériel 14 mai 2014 relatif au
gramme d’actions est établi avec l’agriculteur. Ce contrôle des populations de campagnols et de mulots nui-
programme identifie les parcelles engagées dans le sibles aux cultures, ainsi qu’aux conditions d’emploi des
contrat de lutte et donne un ordre de priorité des actions produits phytopharmaceutiques contenant de la broma-
à mettre en œuvre. Ces priorités peuvent être établies par diolone, renforce maintenant de façon réglementaire
exemple en fonction du mode d’exploitation : les parcelles l’intérêt du contrat de lutte raisonnée.
La revue Fourrages
www.afpf-asso.org
34
Systèmes d’effarouchement du pigeon ramier applicables en
agriculture biologique
LE PIGEON RAMIER
Le pigeon ramier (Columba palumbus) est la plus grande des espèces de pigeon
européen. Les ramiers affectionnent les bocages et les zones boisées à proximité de
terres cultivées. Ils arrivent à mener deux à trois pontes (de deux œufs) annuelles à leur
terme, ce qui fait que la population peut rapidement augmenter. En Belgique, les
pigeons ramiers peuvent avoir un comportement migrateur ou sédentaire. Les
migrateurs s’envolent pour l’Espagne dès la mi-septembre pour revenir début mars. On
observe cependant une tendance croissante à la sédentarisation qui est attribuée à une
augmentation des ressources alimentaires disponibles en été et en automne. Le pigeon
ramier se nourrit au sol mais peut également cueillir des baies et des petits fruits dans
les arbres. Il affectionne les champs de céréales, de légumineuses et de protéagineux.
Au cours de ces dernières années, les dégâts en cultures légumières se sont également
intensifiés. Des cultures comme les choux, salades, endives et pois sont fortement
endommagées par une consommation partielle ou totale du feuillage. Les jeunes
pousses de chicorées ne sont pas épargnées. En agriculture biologique, l’utilisation de
semences non traitées peut également renforcer l’attrait pour les cultures récemment
implantées. Le pigeon ramier est un oiseau opportuniste qui va rapidement repérer les
35
nouvelles sources d’alimentation et peut consommer jusqu’à 60 gr de nourriture par
jour. Pour le producteur, cela se traduit par des pertes de rendement qui peuvent être
catastrophiques et qui obligent de recourir à des moyens d’effarouchement s’ils veulent
pouvoir conserver un revenu financier. Différentes méthodes d’effarouchement sont
présentées ci-après.
LE CERF-VOLANT RAPACE
Le cerf-volant « rapace » est un moyen de plus en plus utilisé en grandes cultures. Il
est constitué d’un mat d’environ 4 mètres au bout duquel un cerf-volant imitant un
rapace se trouve accroché. Il a un rayon d’action pouvant varier de 2 à 4 mètres. Selon
les cas, l’imitation peut être grossière (une aile delta noire avec un bec jaune et des
pattes rouges, photo 1) ou plus réaliste (tissu imprimé représentant un rapace). Il est
important de pouvoir bénéficier d’un cerf-volant qui effectue un vol stationnaire et qui
puisse également virevolter afin de créer un sentiment d’insécurité pour les pigeons.
Le type de mât a son importance. Les mâts
vendus dans le commerce possèdent une structure
lisse et effilée avec un anneau tournant à leur
sommet. On peut rencontrer des mâts en fibres de
verre, très légers et assez flexibles et des mâts en
polymères, plus résistants, plus lourds et moins
flexibles. Un mât plus flexible aura l’avantage
d’occasionner moins souvent l’enroulement du cerf-
volant autour du mât. Pour un mât plus rigide, un
contrôle devra être effectué tous les 4 à 5 jours pour
vérifier que les cerfs-volants ne sont pas enroulés
autour du mât. Le rayon d’action du cerf-volant peut
encore être augmenté par l’utilisation d’un support
tournant dans lequel vient se positionner le mât en
fibre de verre (le mât est dans ce cas plus incliné).
Cependant, les mâts en fibres de verre peuvent se
PHOTO 1 : Cerf-volant rapace révéler extrêmement fragile. De plus, ils doivent être
sur mât en culture de pois lestés si on veut éviter de les voir entrainés par le
(source : CRA-W)
cerf-volant par période de grands-vents. Si on prend
comme référence la durée d’une culture de pois de
conserverie (+/- 3 mois), un cerf-volant résistera en moyenne à trois saisons. Si on se
dirige vers un cerf-volant plus grand et plus complexe qu’une aile delta, certaines tiges
rigides peuvent se casser prématurément. Il existe aussi des mâts plus longs adaptés à
l’arboriculture fruitière.
36
Une alternative présentant une bonne résistance à l’usure est un mât avec un bras
déporté auquel on suspend un rapace en plastique. Le support peut être bricolé à la
ferme et seul l’appelant en plastique devra être acheté. Ceci peut également attirer
d’autres rapaces sur le champ. Le vol est cependant fort stationnaire comparé à un cerf-
volant rapace mais les problèmes d’enroulement autour du mât ne seront pas rencontrés
LE CERF-VOLANT EOLIEN
Une structure représentant un rapace est positionnée dans le champ (photo 2). Le
rapace est muni de six ailes qui vont fonctionner à la manière d’une éolienne et donner
une impression de mouvement. Le système pouvant pivoter sur sa base, il va se
positionner selon le vent, à la manière d’une girouette et réagir aux moindres coups de
vents. Ce système constitue une alternative aux cerfs-volants classiques. Le système
peut être rehaussé pour une meilleure visibilité ou lorsque la végétation atteint une
hauteur qui entraine un blocage au niveau de la rotation des pales. Des cerfs-volants
éoliens de différentes envergures sont disponibles sur le marché. Ce système peut être
placé en alternance avec les cerfs-volants sur mât et ne demande que peu d’entretien.
37
LES BALLONS PREDATEURS
Les ballons prédateurs sont des ballons qui s’accrochent sur un mât et qui présentent
des structures rappelant les yeux de prédateurs. Deux types de ballons peuvent être
utilisés, les ballons classiques (photo 3A) et les ballons avec yeux holographiques
(photo 3B). Ces systèmes sont inefficaces en champ. Les ballons classiques sont
totalement inefficaces alors que les seconds peuvent avoir un intérêt pour protéger un
petit potager, sans plus grande prétention.
LES FILETS
Les filets sont le moyen le plus efficace contre B
les pigeons ramiers mais aussi le plus coûteux
(Tableau 1). Les mailles doivent être suffisamment PHOTO 3 : Ballons prédateurs.
petites que pour ne pas laisser le feuillage les A. Ballon effaroucheur classique
B. Ballon « Terror eyes »
traverser. Les filets bons marchés à grandes mailles (source : CRA-W)
sont donc à proscrire, excepté en arboriculture. Les
étapes de mise en place et de retrait sont laborieuses. Devant les ravages créés par les
pigeons, des essais ont été réalisés sur des chicons avec des solutions mécanisées (photo
38
4). Le coût peut atteindre 2000 à 4000 euros/ha. La durée de vie des filets étant estimée
de trois à cinq ans, leur utilisation pratique n’est envisageable que sur les cultures
présentant une forte plus-value.
LE CANON
Le canon constitue l’un des systèmes les plus efficaces mais induit des nuisances
sonores. Dans la mesure du possible, ce système est donc à éviter lorsque des
habitations sont situées à proximité. Différents modèles à des prix fort variables sont
disponibles sur le marché (Tableau 1). Pour un confort de l’utilisateur, il convient
d’associer le canon à un système évitant de devoir se rendre tous les soirs sur place afin
de le fermer. Deux systèmes sont disponibles : les horloges classiques où l’utilisateur
doit définir la plage de fonctionnement et les systèmes crépusculaires avec mise en
marche à la levée du jour et un arrêt à la tombée de la nuit. Ces systèmes peuvent être
intégrés directement dans le canon (photo 5) ou achetés séparément. A titre informatif,
un système crépusculaire nécessitera un nouveau jeu de piles à chaque saison. Une
horloge crépusculaire peut quelquefois faire des détonations à 5h30 du matin et les
arrêter à 22h30 le soir. Dans un souci de bonne entente avec le voisinage, il peut être de
bonne augure d’éteindre les canons le dimanche et jours fériés. La plupart des
communes wallonnes imposent une distance de 500 mètres par rapport aux habitations
et une plage de fonctionnement entre 7h00 et 20h00, l’horaire pouvant être variable
selon les communes.
Outre les modèles statiques de canon, il existe aussi des modèles rotatifs qui vont
effectuer un quart de tour à chaque détonation. Si un canon fixe permet de couvrir
39
environ 2 ha, un canon rotatif en couvre, selon les constructeurs, 4 fois plus. Il existe
aussi des canons positionnés verticalement qui vont à la fois émettre une détonation et
propulser une fumée et des leurres le long d’un mât haubané de 8 mètres de haut,
produisant un effet visuel complémentaire.
Le nombre de coups par heure peut être réglé. Certains modèles provoquent des
détonations aléatoires qui peuvent s’accompagner de doubles (voire de triples)
détonations, ceci afin de limiter l’accoutumance. Un nombre de détonation important
par heure n’est pas nécessaire et augmentera le risque de problèmes avec les voisins. En
pois, une bonbonne de propane de 10,5 kg) permettra de couvrir 2 saisons (ceci peut
être sujet à variations en fonction du nombre de coups programmés par heure).
Les canons pouvant se révéler assez couteux selon les systèmes (Tableau 1), des
dispositions doivent être prises afin d’éviter le risque de vol. Ainsi, il est intéressant de
ne pas positionner de tels systèmes à un endroit où ils peuvent être facilement emportés
ou dégradés. Le placement d’une chaîne avec cadenas pour relier le canon, un poids et
la bonbonne de gaz entrainera un alourdissement et un encombrement du système.
SCAREY MAN
Les mannequins "fait-
maison" d’apparence simple ne présentent
que très peu d’efficacité car les oiseaux s’y
habituent très vite, il faut donc faire preuve
d’imagination pour leur donner un aspect
réaliste et une impression de mouvement.
40
PHOTO 6 : Scarey man
(Source: Inagro)
Le scarey man est un épouvantail gonflable automatique résistant aux intempéries
(photo 6). Le système se déclenche automatiquement à intervalles réguliers, le
mannequin se gonfle et une sirène émet un son effrayant les oiseaux. Il peut être relié à
une horloge crépusculaire. Une étude effectuée par l’Inagro en chicorées a montré que
le système marchait très bien les premiers jours mais qu’une accoutumance des oiseaux
pouvait se mettre rapidement en place.
L’EFFAROUCHEMENT SONORE
Différents types d’effaroucheurs sonores sont disponibles sur le marché. La plupart
émettent des cris d’oiseaux en détresse ainsi que ceux de prédateurs (épervier, faucon
pèlerin, …). Le mode de lecture peut être séquentiel ou aléatoire, la longueur des
émissions peut varier en mode court, long, ou très long. Ces systèmes peuvent aussi
induire des nuisances sonores. Un modèle avec un seul haut-parleur (plusieurs haut-
parleurs peuvent être branchés sur un même système) émet encore 55 décibels à 100
mètres, ce qui équivaut, à titre comparatif, au bruit d’une conversation normale. Le
système doit être raccordé à une batterie pour son fonctionnement (un transformateur ou
un kit solaire sont également disponibles). Certaines marques sont munies d'une cellule
crépusculaire pour éviter leur fonctionnement la nuit.
Des effaroucheurs à ultrasons (inaudibles voire légèrement audibles) existent
également mais ceux-ci ne fonctionnent que pour des endroits fermés ou semi-fermés et
ne sont dès lors pas utiles pour le cas qui nous intéresse.
LA CHASSE
Les différents systèmes présentés permettent d’effaroucher les pigeons pour peu que
la population ne soit pas trop importante. Si les ramiers sont nombreux, le meilleur
moyen pour s’en faire quitte reste la chasse. Celle-ci peut se faire suite à une demande
d’autorisation de destruction du pigeon ramier. La personne qui effectue la demande
doit être titulaire d’un permis de chasse. En grandes cultures, les producteurs doivent
donc généralement prendre contact avec les gestionnaires de la chasse qui ont parfois
des intérêts divergeant. La chasse à l’affut demandant du temps, de la patience et des
disponibilités aux heures où le ramier se nourrit principalement, la disponibilité des
chasseurs ne rencontrera peut-être pas les attentes des producteurs pour qui chaque jour
41
qui passe occasionne du stress et des dégâts supplémentaires. La venue d’une personne
extérieure motivée et en ordre de permis de chasse, ne sera pas toujours vue d’un bon
œil par les gestionnaires de la chasse. La chasse implique donc de pouvoir compter sur
des personnes efficaces et disponibles et d’entretenir une entente cordiale avec les
différents intervenants.
CONCLUSIONS
Il n’y a pas de moyen miracle pour effaroucher les pigeons. Si l’on veut rester dans
des limites de coûts de mise en place et de fonctionnement acceptables, la meilleure
solution reste la combinaison de plusieurs méthodes d’effarouchement comme le cerf-
volant rapace, le cerf-volant éolien et le canon avec marche-arrêt automatique et un
nombre de coups par heure plus limité. Les moyens d’effarouchement doivent être
placés dès l’implantation de la culture afin que les ramiers ne prennent pas l’habitude de
venir se restaurer sur la parcelle et doivent être déplacés de temps à autre. En cas de
population plus importante ou difficile à déloger, des canons plus agressifs avec
détonations aléatoires et la chasse restent les moyens les plus efficaces.
BIBLIOGRAPHIE
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128 pages ISBN : 2877475336
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protéger la chicorée ? Le betteravier n° 03/2014, pp 12-14.
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Pollet S., Van Ceunebreock L., Huits D. (2005) Schade door houtduiven en verwilderde
duiven : kunnen alternatieve vogelafweersystemen helpen ? Provinciaal
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42
MIEUX VAUT PREVENIR QUE GUERIR : DE LA NECESSITE
D’UNE GESTION SYSTEMIQUE DE LA PROBLEMATIQUE –
GESTION DE LA ROTATION ET DES AMENAGEMENTS DES
PARCELLES
D. Stilmant1 [email protected]
1
(Centre Wallon de Recherches Agronomiques)
Cette introduction s’inspire fortement des articles publiés par Ratnadass et al. (2012) et
Philpott, (2013).
Sur base de cette revue, la forte vulnérabilité des systèmes conventionnels, conduits de
manière intensive, est souvent mise en lien avec leur simplification à l’extrême (Tilman et
al. 2002 in Ratnadass et al. 2012). L’hypothèse étant que leur complexification, tant dans le
temps (complexification de la rotation) que dans l’espace (diversité à l’échelle du paysage,
complexification de l’assolement, mise en place de cultures associées voir utilisation de
mélanges variétaux pour une même espèce (Cox et al., 2004), pourrait accroître la
résilience des agro-écosystèmes face aux maladies et parasites (Ratnadass et al. 2012)
voire aux adventices (Hauggaard-Nielsen and Jensen 2005). La manipulation et régulation
des interactions biotiques et du fonctionnement des agro-écosystèmes afin de leur
permettre de délivrer les différents services y associés ; en ce y compris les services de
production ; représente en effet le majeur challenge du 21ème siècle (Gaba et al. 2014).
Dans la suite de cette introduction le terme ‘parasite’ sera utilisé pour définir tout
adventice, insecte, champignon, capable d’occasionner des dégâts économiques aux
cultures.
Les mécanismes qui permettent à une diversification des cultures de réduire la pression
exercée par les maladies et parasites sont multiples (Ratnadass et al. 2012) et repris ci-
après, dans le tableau 1.
43
Mécanisme en jeu Principes généraux (exemple) Limitations (contre-exemple)
Interruption du cycle de L’intégration, dans les rotations, d’espèces ne pouvant pas Certains parasites, pouvant se développer sur de
développement servir d’hôte à l’espèce considérée (ex : limiter le retour nombreuses espèces d’hôte, possédant une forte habilité à
d’espèces pouvant servir d’hôte à aphanomyces / parcelle se disperser ou des formes leur permettant de survivre
destinée à la culture du pois) longuement dans les sols sont très difficiles à limiter sur
cette base.
Allélopathie Composés antibiotiques produits par des plantes, soit En fonction du cultivar utilisé, des effets opposés peuvent
directement, soit durant leur phase de décomposition, qui vont être observés. Certaines brassicacées peuvent ainsi
directement affecter la capacité des parasites à infecter / se permettre le développement de nématodes avant d’agir sur
nourrir sur la plante hôte cultivée (Emission, dans la la survie de ces derniers en libérant, suite à la
rhizosphère de certaines espèces de tagètes, de substance décomposition de leurs résidus, des substances
nématicide voire ayant une action sur la germination de nématicides.
conidies d’Alternaria solani // l’avoine présente également
l’émission de substances fongicides au niveau de ses racines)
Améliorer l’activité de la Un accroissement de la diversité végétale va entrainer, lors de Un contre exemple réside dans la dynamique du
microflore du sol sa décomposition dans le sol, une augmentation de la diversité champignon Gaeumannomyces graminis var tritici (agent
et de l’activité microbienne générale. Un tel accroissement va causal du piétin échaudage) dont l’occurrence diminue suite
augmenter les chances de mobiliser des espèces ayant un à une monoculture de froment, après une première phase
effet antagoniste vis-à-vis des espèces pathogènes. d’augmentation. Cette dynamique est interrompue suite à
l’inclusion d’une nouvelle espèce dans la rotation. Dans ce
cas, ce seraient des bactéries de Pseudomonas fluorescent
qui seraient stimulées par la monoculture de blé et qui
auraient un effet suppressif sur Gaeumannomyces
graminis.
Améliorer la nutrition de la Un accroissement de la diversité végétale (culture et/ou Une alimentation azotée trop importante peut stimuler le
culture conduit au interculture) va entrainer, lors de sa décomposition dans le sol, développement de certains pathogènes qui se développent
développement d’une la libération de nutriments pour la culture suivante qui peut dans des tissus vivants. Ainsi Pussinia striiformis f.sp. tritici
résistance physiologique résister plus aisément aux agressions extérieures. Les (rouille jaune des céréales) engendre des symptômes plus
légumineuses sont souvent mises en avant. De même, le sévère sur une culture ayant reçu une bonne alimentation
mulch à la surface du sol limite les pertes en eau et les tress azotée.
hydriques.
Limitation de la dispersion La séparation de parcelles de cultures hôtes par des cultures Une telle mesure a peu d’effet pour les parasites présentant
44
du parasite en diluant la non-hôtes limite la dispersion des parasites. un bon potentiel de dispersion ou une large gamme d’hôtes.
ressource, à l’échelle du
paysage
Dilution de la ressource à Dans des cultures associées, les plantes sont moins attaquées Si l’association mobilise une espèce d’intérêt et une espèce
l’échelle de la parcelle (effet par des parasites spécialisés ou oligophages. Ainsi le froment compagne sans intérêt économique, la compétition
de la concentration/dilution est moins attaqué par certaines maladies fongiques une fois occasionnée par cette dernière peut réduire trop fortement
de la ressource) visibilité associé à de l’orge. les rendements de l’espèce principale.
de la ressource (forte Si le parasite possède une bonne capacité de dispersion
densité de semis, active (papillon du chou >< puceron), cette dilution aura
désherbage, …) effet moins d’effet.
« passif »
Action répulsive (push) de la Des substances émisses par une culture compagne ou en Ces substances peuvent agir comme attractif pour d’autres
culture compagne effet sous-couvert peuvent limiter l’attractivité de la culture espèces de parasite !
« actif » principale. Ainsi l’attaque de la carotte par la mouche de la nécessité d’une approche fine prenant en compte le
carotte peut être réduite suite à une association de cette complexe de parasites d’une culture !
culture avec celle de l’oignon.
Action attractive (pull) Des cultures associées ou positionnées en périphérie peuvent Les plantes pièges peuvent devenir des sources de
agir comme des attractants, limitant la dispersion du parasite parasites après une phase de ‘puits’ nécessité de bien
dans la culture principale. Elles peuvent également attirer les évaluer le ratio ‘plante piège’ / ‘culture principale’ à
ennemis naturels du parasite, améliorant ainsi son contrôle. implémenter ainsi que leur organisation spatiale.
L’idéal étant d’avoir des cultures qui attirent le parasite et
suscitent sa ponte sans en permettre le développement ( ! la Intérêt d’associer une stratégie « Push and pull »
sélection naturelle va agir contre un tel comportement
suicidaire !)
Fournir des aliments aux Une diversité floristique adaptée peut fournir des nutriments Ces ressources peuvent néanmoins accroître le fitness des
ennemis naturels (pollen, nectars, …) aux parasitoïdes voir aux prédateurs parasites. De même, les prédateurs et/ou parasitoïdes
(syrphes au stade adulte, coccinelles, …) voir abriter des hôtes peuvent être détournés et s’orienter vers ces ressources
alternatifs, ce qui permet de maintenir les populations de alternatives (parasites/espèces secondaires ; miellat, …)
parasitoïdes et prédateurs avant l’arrivée des parasites cibles. plutôt que vers la cible principale ! De plus, dans les
Dans ce cadre des couverts pérennes en périphérie de monocultures, les parasitoïdes mobilisent le miellat au
parcelle sont particulièrement intéressant. même titre que le nectar, ce qui entretient leur fitness.
Pour les prédateurs omnivores la flore peut limiter l’attrait
45
pour les parasites !
Fournir des zones refuges La structure de l’habitat protège les ennemis naturels de leurs
pour les ennemis naturels propres ennemis ou procure des sites propices à leur
reproduction.
Une augmentation de la Le microclimat ainsi modifié peut limiter le développement des L’inverse peut également être vrai !
biodiversité floristique peut maladies et parasites ou soutenir le développement des
altérer le microclimat (par antagonistes (ex : champignon entomophage).
exemple en agro-foresterie)
Une augmentation de la La présence de mulch, de cultures mixtes peut limiter la Une telle fragmentation peut limiter le déplacement des
biodiversité floristique peut propagation des maladies liées à l’effet ‘splash’. Ainsi la ennemis naturels. Les végétations hautes peuvent
représenter une barrière dispersion verticale de spores de Septoria tritici est limitée par également arrêter les parasites qui autrement seraient
physique vis-à-vis des le sous semis de trèfle blanc dans du froment. Une végétation passés outre.
parasites haute (agro-foresterie) peut également représenter une
barrière au mouvement de parasite présentant une dispersion
passive (puceron). A l’échelle du paysage, la fragmentation
(connectivité) de l’occupation des sols limite la dispersion des
maladies et parasites.
TABLEAU 1 : Principes/règles générales selon lesquelles l’accroissement de la diversité floristique, à des échelles allant de la population au
paysage en passant par la parcelle, améliore la gestion des problèmes liés aux parasites et maladies dans les agro-écosystèmes. Les limites à ces
principes sont également reprises (modifié de Ratnadass et al., 2012).
46
Il ressort de ce rapide tour d’horizon que toute augmentation de la biodiversité floristique,
bien que conduisant régulièrement à une augmentation de la diversité et densité des espèces
antagonistes, ne conduit pas nécessairement à une réduction de la pression exercée par les
parasites (Philpott, 2013). En effet, l’augmentation de la diversité des antagonistes peut
conduire à une augmentation des interactions survenant entre les différentes espèces
d’antagonistes et à une diminution de leur efficacité individuelle. De même, la compatibilité
entre le délai de réponse des antagonistes et les objectifs de production agricole est souvent
questionnée (Gaba et al. 2014). Cela rend toute recommandation à l’attention des agriculteurs
difficile. Les conditions nécessaires à l’obtention d’un équilibre dynamique étant fortement
dépendantes des conditions biotiques et abiotiques locales, elles nécessitent de développer des
systèmes d’aide à la décision pouvant les prendre en compte.
REFERENCES
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diseases: Tan spot and leaf rust of wheat. Phytopathology 94: 961-969.
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Philpott, S.M. 2013. Biodiversity and Pest control services. In : Encyclopedia of biodiversity
(Levin, S.A. ed.), Academic press, second edition, vol 1, 373-385.
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diseases in agroecosystems : a review. Agronomy for Sustainable Development, 32 : 273-
303.
Tilman, D. et al. 2002. Agricultural sustainability and intensive production practices. Nature
418 : 671-677.
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66
PRATIQUES ALTERNATIVES AUX PRODUITS
PHYTOSANITAIRES EN ARBORICULTURE – EFFET DE LA
GESTOIN DES LITIERES DE FEUILLES EN AUTOMNE SUR LE
DEVELOPPEMENT DE LA TAVELURE DU POMMIER EN
VERGER BIOLOGIQUE
L. JAMAR1 , [email protected] et M. LATEUR1, [email protected]
1
(Centre Wallon de Recherches Agronomiques)
INTRODUCTION
Les cultures fruitières sont, pour la plupart, des cultures pérennes qui peuvent rester
en place sur un même site plusieurs dizaines d’année. De ce fait, le concept de rotation
annuelle, pourtant à la base d’une bonne pratique agricole, n’est pas applicable. Il en
résulte une série de conséquences parfois difficiles à gérer pour l’arboriculteur et
principalement celles liées aux bio-agresseurs. Dans les vergers modernes de pommiers
et de poiriers de nos régions, on rencontre un grand nombre de champignons
phytopathogènes et d’espèces d’insecte ravageur phytophage nuisibles, sans compter
certaines bactéries, oiseaux et rongeurs particulièrement néfastes. Par conséquent, que
ce soit en production intégrée ou en agriculture biologique, la conduite moderne des
vergers professionnels est encore extrêmement exigeante en intrant et implique toujours
une protection phytosanitaire intense (Jamar, 2011 ; Sédillot et Pujol, 2014). Cependant,
67
des stratégies et pratiques particulières, alternatives aux produits phytosanitaires,
peuvent être mise en œuvre :
Le choix du site de production: En région tempérée, le site va influencer toute la vie
et la rentabilité du verger. Choisir des situations ensoleillés, naturellement aérées et
ventilées, des sols drainants et se réchauffant bien. Eviter les fonds de vallées et bas-
fonds humides.
Le système de verger : L’influence du porte-greffe sur le développement des
maladies apparaît notamment dans le fait que plus le porte-greffe est nanifiant, plus les
spores provenant du sol ou des feuilles mortes sont facilement en contact avec la
canopée (Aylor, 1998).
La conduite de l’arbre : Conduite de l’arbre qui favorise au maximum le séchage du
feuillage et de la canopée fournit un microclimat défavorable au développement des
maladies (Holb, 2006).
Les mélanges variétaux et d’espèces: Les souches de champignons peuvent être
virulentes vis-à-vis de certaines variétés ou espèces, mais le sont soit moins soit pas du
tout vis-à-vis d’autres variétés ou espèces. Par exemple, l’association de variétés
résistantes et de variétés sensibles permet de limiter le développement de la tavelure sur
les variétés sensibles (Gessler, 2006 ; Carisse et al., 2002).
Le choix variétal : Les variétés doivent être adaptées au contexte pédo-climatique.
Choisir des variétés possédant des capacités de tolérance ou de résistance aux maladies
en cohérence avec les risques sanitaires. Augmenter le nombre de variétés avec la
surface cultivée, de manière à minimiser les risques de pertes.
Le choix des variétés de porte-greffes : Choisir le porte-greffe en fonction de la
vigueur de la variété, du système cultural, de l’adaptation au sol, des rejets, de la
compatibilité avec le greffon, de la résistance aux maladies et ravageurs. Par exemple :
variétés tolérantes/résistantes aux pucerons lanigères, au chancre, à la pourriture du
collet, au phytophtora, …).
L’achat de plants sains certifiés sans virus et phytoplasmes
Le désherbage mécanique et fauche: Les bandes désherbées dans les rangs de
fruitiers et les fauches régulières de l’herbe dans l’inter-rang sont favorable à la
circulation de l’air dans le verger et défavorable au développement du campagnol.
L’aménagement d’un environnement riche et diversifié: Implanter des plantes à
fleurs sauvages ou cultivées dans le dispositif cultural ou aux abords de la culture
constitue des corridors biologiques et des refuges pour les auxiliaires. La diversité
d’espèces fruitières, de haies variées et de plantes ornementales vont assurer une riche
floraison qui idéalement devrait pouvoir s’étaler jusqu’à l’automne afin d’attirer le
maximum d’insectes utiles et butineurs. Ajouter le placement d’abris d’auxiliaire, de
gîtes à abeilles solitaires, de nichoirs à oiseaux, …
L’association culture/élevage : volaille, mouton,.... Par exemple, les poules dans
une plantation de noisetier permettent d’éliminer le balanin.
La fumure : Les fortes fumures azotées peuvent représenter un facteur attractif pour
les bio-agresseurs par l’augmentation d’éléments appétant dans les tissus, le
développement plus important de la végétation, la présence prolongée d’organes
sensibles, la chute tardive des feuilles (accentuée par les conditions climatiques plus
douces en automne).
68
L’observation régulière des plantations : Se former à la reconnaissance des
ravageurs, maladies, auxiliaires des vergers est essentiel. Par exemple : par le piègeage
d’insectes, ou par les outils d’aide à la décision intégrant des données biologiques,
phénologiques et météorologiques permettant d’avoir une vision dynamique de
l’évolution d’une maladie ou d’un ravageur sur une région. Tout cela permet de dater et
quantifier le risque.
La suppression des hôtes intermédiaires : Par exemple : le genévrier (Juniperus
spp) est un hôte intermédiaire obligatoire dans le cycle de vie de la rouille grillagée du
poirier (notons que le genévrier commun (Juniperus communis) est résitant).
Le moment des travaux : Les travaux de taille par temps sec en fin de saison
hivernale et par température positive limitent les risques de contaminations.
La désinfection des outils de travail : Par exemple, pendant la taille, pour éviter les
contaminations d’un arbre à l’autre, trempage des outils dans l’alcool.
L’introduction et préservation d’arthropodes ou insectes auxiliaire : Augmenter la
densité ou introduire des auxiliaires, ennemis naturels des ravageurs, peut permettre de
maintenir les populations en dessous d’un seuil de nuisibilité acceptable. Par exemples :
(i) introduction de Typhlodromus, pour lutter contre les acariens tels que l’araignée
rouges dans les zones relativement froides, (ii) introduction d’anthocorides, prédatrices
du psylle du poirier, (iii) lâchers de larves de coccinelles, …
L’emploi de micro-organismes ou dérivés: L’usage des micro-organismes
prédateurs (champignons, bactéries, virus), est un moyen complémentaire souvent
utilisé dans les vergers. Par exemple, (i) Microsphaeropsis ochracea antagoniste de la
tavelure (ii) virus de la granulose pour lutter contre le carpocapse des pommes et des
poires et la tordeuse orientale du pêcher, (iii) cristaux protéiques synthétisés par la
bactérie Bacillus thuringiensis (Bt) pour lutter contre les tordeuses, mineuses des
feuilles, zeuzère…,.
L’emploi de nématodes : Petits vers ronds qui se déplacent dans les crevasses de
l’écorce et dans le sol et pénètrent dans les larves de ravageurs. Par exemple,
Steinernema carpocapsae sur larve d’hoplocampe.
La confusion sexuelle : Libéreration de phéromones sexuelles dans les vergers pour
perturber la reconnaissance des papillons mâles et femelles et empêcher la reproduction.
Ceci pour limiter le nombre d’oeufs et réduire ainsi la population de ravageur et les
dégâts associés.
Les méthodes de protection physique :
− Filets anti-insectes pour établir une barrière physique autour des arbres. Par
exemple : (i) filets Alt’Carpo pour protéger les pommiers ou poiriers du
carpocapse, (ii) filets anti lépidoptères, anti oiseaux, manchons anti gibier, …
− Badigeons de différentes compositions (chaux, argile, bouse, poudre de roche…)
− Piégeage massif (piège chromatique, bandes pièges cartonnées, les pièges blancs
englués pour l’hoplocampe, …),
− Cage à campagnol (treillis de maille 13 mm placés autour du système racinaire ),
− Bâchage au sol ou protection parapluie (melon, framboise, cerise),
− Clôtures anti campagnols, cervidés, sangliers, etc.
La réduction des sources de contamination : Réduire la pression parasitaire sur la
parcelle en éliminant les éléments infectés représentant un inoculum primaire pour la
69
campagne suivante. Par exemple : (i) ramasser et brûler les bois de taille pour éliminer
chancres, cochenilles, oeufs de pucerons…, (ii) taille et élagage du bois malade
(zeuzére, oïdium, tavelure sur bois, …), (iii) curetage appliqué pour les chancres,
buprestes, sésies, …, (iv) gestion prophylactique de la tavelure par le ramassage, le
broyage ou l’enfouissement des feuilles tavelées à l’automne. Une expérience a été
réalisée au CRA-W dans ce sens et est détaillée ci-dessous :
La tavelure représente une des préoccupations majeures dans les vergers de
pommiers et poiriers des régions du nord de l’Europe. Cette maladie cryptogamique,
due au champignon microscopique Venturia inaequalis [Cooke] Winter, peut engendrer
la perte de la totalité des récoltes si aucune mesure de protection n’est réalisée
(Machardy et al., 2001). Dans nos conditions pédoclimatiques, la lutte contre cette
maladie nécessite en général de 15 à 25 traitements fongicides et peut impliquer jusqu’à
10% du coût de production (Sutton et al., 2000). La lutte chimique peut avoir des effets
nocifs sur la faune auxiliaire et est de plus en plus remise en question par les
consommateurs. Les nouvelles exigences du marché visent à contraindre les producteurs
à fournir des fruits qui ne contiennent pas de résidus de pesticides.
La conservation de la tavelure du pommier est assurée principalement par les périthèces
qui se forment en hiver au sein des feuilles mortes tombées sur le sol et dans lesquels se
forment les ascospores (Holb, 2006). L’importance de l’intervention de cette forme de
conservation dans l’infection primaire des pommiers au printemps a été bien démontrée
(Aylor,1998 ; MacHardy et al., 2001) mais les techniques qui visent à la détruire restent
pourtant encore à ce jour très peu mises en pratique dans les vergers commerciaux.
La réduction de l’inoculum primaire de tavelure présent dans les feuilles mortes peut
être réalisée par trois principaux moyens : mécanique, chimique et biologique (Sutton et
al., 2000; Carisse et Dewdey, 2002 ; Jamar et al., 2010b). Exceptée la méthode qui
consiste à enlever les feuilles avec des machines de ramassage, les moyens visent
principalement à accélérer les processus de décomposition des feuilles par les micro- et
macro-organismes du sol et des litières de feuilles. Les outils le plus souvent disponibles
chez les producteurs sont les tondeuses ou les broyeurs de bois de taille mais ceux-ci ne
réalisent pas souvent un travail optimum. La gestion des feuilles au sol nécessite des
machines spécifiquement adaptées, à des prix accessibles, ce qui manquent encore sur le
marché (Jamar et al., 2010d).
La mise en œuvre de méthodes de lutte prophylactique, telle que la destruction de
l’inoculum, laisse entrevoir des possibilités de réduction d’intrants dans les stratégies de
protection (Holb 2006 ; Gomez et al., 2007). Afin de valider cette hypothèse dans nos
conditions pédoclimatiques, un essai de réduction de l’inoculum tavelure a été initié en
novembre 2009 dans une verger expérimental du CRA-W. C’est essai a été réalisé dans
le cadre du programme Interreg IV TransBioFruit (2008-2015).
L’objectif de cette étude, menée sur trois saison de croissance, est de comparer par
rapport à des parcelles témoin sans intervention, l’effet sur le développement de la
tavelure, de deux modalités de gestion des feuilles au sol en automne, l’une basée sur
l’andainage et le broyage des feuilles, la seconde sur le ramassage et l’enfouissement
des feuilles à l’aide d’outil moderne.
70
MATERIEL ET MÉTHODE
Cette étude est réalisée au sein d’un verger biologique de 65 ares planté en 2002 à
Gembloux en Belgique. Le verger est composé de 4 variétés possèdant le gène de
résistance Vf (cvs. ‘Initial’, ‘Topaz’, ‘Zvatava’ et ‘JN 20/33/58’), toutes greffées sur le
porte-greffe nanifiant M9. Les arbres sont plantés à 3,5 m entre rangs et 1,5 m dans les
rangs. Ils reçoivent en moyenne 55 unités d’azote par ha et par an, sous forme de
fertilisant organique. Le dispositif expérimental comprend 576 arbres, les quatre variétés
sont aléatoirement réparties en sous parcelles de 6 arbres monovariétales (Jamar et al.,
2010c).
En 2010 et 2011, un schéma de traitement anti-tavelure uniforme est appliqué sur le
verger alors qu’en 2009, des sous parcelles ‘Témoin non traité’ réparties uniformément
dans le verger, sont maintenues. Le logiciel d’avertissement RIMpro couplé à une
station météo déterminent les périodes de risques d’infection primaire. La stratégie de
traitement ‘durant-infection’ est strictement suivie. Elle consiste à appliquer les
traitements sur les périodes d’infection, entre 0 et 320 degré-heures après la pluie, avant
la pénétration du champignon dans la feuille (Jamar et al., 2009). Un total de 8 et 10
applications à base de soufre et/ou cuivre sont réalisé en 2010 et 2011 respectivement,
pour limiter les infections primaires de tavelure. Un pulvérisateur tunnel est utilisé pour
l’application des traitements (Jamar et al., 2010a).
L’étude mise en place est composée de trois modalités, chacune appliquées en
automne 2009 et 2010:
− modalité ‘T’ − témoin, les feuilles sont laissées sur le sol sans intervention,
− modalité ‘B’ − basée sur l’andainage et le broyage des feuilles mortes au sol
réalisés en un seul passage avec un andaineur à pales à l’avant du tracteur et un
broyeur à l’arrière du tracteur (Bab-Bamps nv, Belgique),
− modalité ‘R’ − basée sur l’andainage (Bab-Bamps nv, Belgique) et le ramassage
des feuilles réalisés avec le Tondobalai (Amazone machine agricole SA,
France), combinés avec l’enfouissement des feuilles restantes sous le rang
fruitier réalisé avec la machine d’enfouissement Spedo (Hatomec bvba,
Belgique).
Une évaluation de l’efficacité des machines disponibles sur le marché, capables de
réaliser ces travaux, a été opérée préalablement, notamment lors d’une journée de
démonstration organisée à Gembloux, regroupant 9 fournisseurs sélectionnés (Jamar et
al., 2010d).
Un suivi de l’importance des vols d’ascospores est réalisé au cours de la saison de
croissance suivante à partir de 6 capteurs de spores de type ROTOROD. Ces capteurs
comportent deux fines tiges légèrement engluées qui se mettent à tourner à 2400 t/min
grâce à un petit moteur durant 3 heures après chaque pluie supérieure à 0,2mm. Chacune
des périodes de précipitation supérieure à 0,2 mm de pluie, du 15 mars au 20 juillet, est
considérée comme un événement qui peut libérer des ascospores, les barrettes des
capteurs sont alors remplacées et les comptages réalisés au microscope en laboratoire.
Un capteur est placé au milieu de chaque modalité de chaque bloc expérimental, à 50
cm de hauteur.
Le verger est divisé en deux blocs expérimentaux de 4 rangs de 180 m de long dans le
sens nord-sud. Les blocs sont séparés par une haie composée de noisetiers et sureaux.
71
Chaque bloc comprend les trois modalités, chaque modalité étant appliquée sur une
surface de 15x50 m et séparées entre elles par 10 m de haies. Le dispositif expérimental
‘T−B−R’ est orienté dans le sens nord-sud dans le premier bloc et dans le sens sud-nord
dans le deuxième bloc, afin d’éliminer l’effet ‘vents dominants’ éventuel.
Un suivi de l’incidence de la maladie sur les fruits est réalisé à trois reprises au
cours des saison de croissance 2010 et 2011, sur les deux rangs centraux de chaque bloc,
les rangs latéraux des blocs étant considérés comme zones ‘tampons’. L’incidence sur
fruits est comprise comme la proportion de fruits infectés avec au moins une lésion de
tavelure.
Une analyse de la variance (ANOVA) est réalisée à l’aide du logiciel statistique
Minitab pour établir les relations entre les paramètres mesurés et les modalités appliquées.
En parrallèle, un suivi des foyers et populations de pucerons cendré est réalisé chaque
année dans le verger expérimental depuis sa plantation jusqu’à aujourd’hui, en 2014.
RESULTATS
En 2009, les infections de tavelure sont sévères sur les quatre variétés, indiquant que
le gène de résistance Vf est complètement contourné par de nouvelles races de tavelure.
La variété ‘Initial’ manifeste une sensibilité supérieure aux trois autres variétés (Jamar
et al., 2010c). Depuis la plantation du verger jusqu’en 2009, des sous parcelles ‘témoin
non traité’ réparties uniformément dans le verger sont maintenues, signifiant que
l’inoculum présent dans le verger au départ de l’expérimentation est très important.
Par rapport aux parcelles sans intervention (T), des réductions moyennes (2010 et
2011) respectivement de 49 et 80% des vols d’ascospore sont enregistrées sur les
parcelles B et R, dans le bloc T−B−R / nord-sud alors que dans le bloc T−B−R / sud-
nord, des réductions moyennes respectivement de 35 et 67% des vols d’ascospore sont
enregistrées sur les parcelles B et R (Figure 1). Quelque soit le sens du dispositif
expérimental, la quantité de spores par capteur ne dépasse jamais 400 spores sur les
parcelles ‘R’ où les feuilles sont ramassées et enfouies. Considérant la période du 15
avril au 15 juillet 2010 et 2011, sur l’ensemble du dispositif, des réductions moyennes
respectivement de 42 et 75% des vols d’ascospores sont enregistrées sur les parcelles
‘B’ et ‘R’, par rapport aux parcelles sans intervention ‘T’.
Les observations réalisée en juillet des deux années sur la variété ‘Initial’, la plus
sensible, l’incidence moyenne de tavelure sur fruits équivaut respectivement à 11, 6 et
2% sur les parcelles ‘T’, ‘B’ et ‘R’ (Figure 2). A l’analyse des résultats enregistrés au
mois d’août, l’incidence moyenne de tavelure sur fruits équivaut respectivement à 14,
13 et 4% sur les parcelles ‘T’, ‘B’ et ‘R’. La réduction de l’incidence de tavelure
engendré par la modalité ‘R’ est donc significative par rapport aux deux autres
modalités ‘T’ et ‘B’. Pour les trois autres variétés, plus tolérantes à la tavelure, il n’y a
pas de différences significatives d’incidence de tavelure sur fruits entre les trois
modalités, sachant que l’incidence maximum enregistrée est de 1%.
72
1400
Dispositif TBR / Sud-Nord
1200
Nombre d'ascospores
Témoin (T)
1000
Broyage (B)
800 Retrait (R)
600
400
200
0
26/4 3/5 10/5 17/5 24/5 31/5 7/6 14/6 21/6 28/6 5/7 12/7 19/7
1400
Dispositif TBR / Nord-Sud
1200
Nombre d'ascospores
Témoin (T)
1000 Broyage (B)
800 Retrait (R)
600
400
200
0
26/4 3/5 10/5 17/5 24/5 31/5 7/6 14/6 21/6 28/6 5/7 12/7 19/7
FIGURE 2: Incidence de la tavelure sur les fruits (variété ‘Initial’) pour 3 modalités de
traitement des feuilles au sol en automne, T = Témoin, B = Broyage, R = Ramassage +
enfouissement. Les barres d’erreur indiquent l’intervalle de confiance de la moyenne (α =
0.05, n = 4).
73
DISCUSSION
Cette première expérimentation ne permet pas de discerner de façon significative
l’éventuel intérêt du broyage sans ramassage (B) par rapport au Témoin (T). Par contre,
la modalité ramassage des feuilles combinée avec l’enfouissement (R), s’avère procurer
un intérêt majeur par le fait que la période et l’intensité de la libération des ascospores
sont réduites. Cela se confirme par la réduction significative de 74% de l’incidence de la
maladie sur les fruits dans la modalité avec retrait des feuilles ‘R’, par rapport à la
modalité témoin sans retrait. Ce fait est plus prononcé dans le cas du dispositif T−B−R /
Nord-Sud, c'est-à-dire où le témoin (plus contaminant) est placé du côté opposé aux
vents dominants. Si l’intensité des vols d’ascospore semble dans l’ensemble
importante, celle-ci doit être mise en relation avec le fait que le verger contient en 2009,
25% de sa superficie sans protection fongicide et au sein de laquelle les taux d’infection
sont de l’ordre de 80 à 100% des feuilles tavelées.
Malgré un contexte annuel de forte pression tavelure, trois variétés sur quatre
manifestent une incidence sur fruits inférieure à 1% en 2010, quelque soit la modalité de
traitement des feuilles mortes, probablement grâce à l’application d’une stratégie de
protection fongicide « durant-infection » efficace pour ce type de variété (Jamar et al.,
2010c).
Le dispositif de mesure n’ayant été oprérationnel qu’à compter de 15 avril 2010, le
vol d’acsospores n’a pu être mesuré avant cette période. De ce fait, la figure 1, ne tient
pas compte des quantités d’ascospores du début de saison. D’après le logiciel RIMpro,
les projections d’ascospores sont faibles avant cette date étant donné un climat sec et
froid. Par contre, elles se sont prolongées particulièrement tard en 2010, puisqu’on
observe encore des ascospores dans l’air à la mi-juillet.
Le broyage est dans l’immédiat, plus facile à mettre en œuvre puisque de nombreux
exploitants utilisent un broyeur pour détruire le bois de taille ou limiter la croissance de
l’enherbement. Pourtant cette étude montre qu’un broyage précédé d’un andainage ne
permet pas de réduire suffisamment les dégâts de tavelure, en tout cas dans un contexte
à forte pression tavelure. Par ailleurs, l’andainage de la totalité des feuilles présentes
sous les rangs fruitiers est une opération difficile à atteindre.
Les opérations d’enfouissement et de ramassage des feuilles, plus efficaces,
supposent l’achat de machines adaptées et aussi souvent plus coûteuses. Les machines
de ramassage, bien que très efficaces, ne peuvent être amorties que sur un nombre
d’hectares important. La méthode d’enfouissement des feuilles par buttage peut être
préconisée dans les exploitations qui disposent, pour le désherbage, d’une
décavaillonneuse à disques. Pour ce qui est de l’andainage, les matériels classiques à
balais ou à pales ainsi que les souffleries, montrent souvent une incapacité à reprendre
les feuilles situées dans les sillons créés par les roues du tracteur (Jamar et al, 2010d).
Le matériel constitué de deux brosses frontales montre une efficacité générale
supérieure aux autres modèles. La ventilation est nécessaire en terrain caillouteux pour
éviter de ramener des pierres sous le broyeur. Elle présente le triple avantage de ne pas
devoir s’approcher des arbres pour effectuer le travail de nettoyage sous le rang, d’être
plus rapide et d’être peu coûteuse à l’achat.
74
Pour être efficace, ce type d’intervention doit être réalisé le plus rapidement possible
après la chute complète des feuilles, à la fin novembre ou au début décembre, pour
profiter de bonnes conditions climatiques.
Par ailleurs, dans ce même verger expérimental, un suivi des populations de puceron
cendré (principal bio-agresseur des vergers de pommier) est réalisé chaque année
depuis sa plantation en 2002 jusqu’en 2014. Dans ce verger expérimental deux actions
sont réalisées de façon uniforme en vue de maintenir un équilibe de la biocénose. Il
s’agit i) de maintenir l’apport d’engrais organique en dessous de 50 unité d’azote par an
et ii) d’occuper 20% de la superficie du verger par des zones de compensation
écologique composées d’arbustes et d’une strate herbacée fleurie. De ce fait, les
populations de pucerons cendré (Dysaphis plantaginea), sont maintenues naturellement
en desous du seuil de nuisibilité sans aucun traitement insecticide, depuis 2003,
deuxième année de vie du verger, jusqu’en 2014. Il semble que ces observations soient
liées aux pratiques induites.
CONCLUSIONS
Cette étude, menée sur trois saisons de croissance, compare pour la première fois
dans nos conditions pédoclimatiques, l’effet de deux modalités particulières de
traitement mécanique des feuilles au sol en automne, sur le développement de la
tavelure. Elle montre les bénéfices apportés par les solutions qui éliminent les feuilles
du milieu superficiel par l’enfouissement en comparaison du simple broyage des feuilles
laissées en surface du sol. Ces pratiques contribue à réduire le nombre et l’importance
des infections primaires au printemps et donc le nombre de traitements fongicides pour
lutter contre cette maladie. L’impact des pratiques menées au sein du verger
expérimental (20% de zone de compensation écologique, fertilisation organique, …)
semblent être à l’origine du maintien des populations de pucerons cendré en dessous du
seuil nuisibilité toute la durée de vie du verger.
REMERCIEMENTS
Cette étude est financée par les fonds FEDER dans le cadre du projet Interreg IV
« TransBioFruit » débuté en 2008, avec un co-financement du Conseil Régional Nord
Pas-de-Calais et de la Région Wallonne.
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Corre-Hellou G.1, Baranger A.2, Bedoussac L.3, Cassagne N.1, Cannavacciuolo M.1, Joëlle J.1,
Pelzer E.4, Piva G.1
1 LUNAM Université, Groupe ESA, 55 rue Rabelais, F-49007 Angers Cedex 01
2 UMR INRA Agrocampus Ouest Université Rennes 1, IGEPP, BP 35327, F-35653 Le Rheu Cedex
3 ENFA, INRA UMR 1248 AGIR, 2 route de Narbonne, F-31326 Castanet-Tolosan
4 INRA-AgroParisTech, UMR 211 Agronomie, Avenue Lucien Brétignières, F-78850 Thiverval-Grignon
Correspondance : [email protected]
Résumé
Les associations végétales, par la complexité du couvert végétal qu’elles créent, sont le siège
d’interactions biotiques particulières avec les ravageurs, les prédateurs, les champignons pathogènes,
les adventices ou encore les organismes non pathogènes du sol. Cet article traite de la diversité des
mécanismes en jeu (modification de paramètres tels que la disponibilité, la compétition et la
complémentarité temporelle et spatiale pour les ressources, le microclimat, les stimuli variés,
l’allélopathie) permettant de mieux comprendre leurs effets potentiels sur ces interactions pour diverses
combinaisons d’espèces. De nombreux exemples mettent en avant l’intérêt des associations végétales
pour lutter contre les bioagresseurs. Par ailleurs de nouveaux mécanismes sont aujourd’hui explorés
notamment au niveau de la biologie des sols, qui semblent avoir un effet important sur le
fonctionnement des associations végétales. Cependant, même si les travaux de recherche se
développent sur l’analyse des facteurs biotiques pour une diversité de combinaisons d’espèces, ils
restent encore rares en France et doivent se poursuivre tout en s’appuyant sur les observations
(réussites et échecs) des agriculteurs et sur plusieurs essais en conditions agricoles avant leur
déploiement pour un objectif donné bien identifié.
Mots-clés : associations végétales, facteurs biotiques, interactions, bioagresseurs, pédofaune
77
G. Corre-Hellou et al.
2. Un couvert végétal complexe, qui modifie les conditions de vie des insectes
et des parasites des cultures.
2.1 Conséquence de l’association d’espèces sur les ravageurs et parasites
La diversité des plantes cultivées dans une parcelle peut influencer significativement l’abondance des
maladies (champignons, bactéries et virus), des adventices et des phytophages ravageurs des cultures,
en comparaison d’une culture monospécifique (Siemann et al, 1998 ; Elliot et al., 1998 ; Honek, 1986 ;
Risch et al., 1983 ; Altieri et Letourneau, 1982). En premier lieu, le mélange d’espèces végétales
modifie bon nombre de facteurs pouvant avoir un effet sur les insectes et microorganismes selon leurs
exigences écologiques (radiations lumineuses, microclimat au sein de la communauté végétale,
ressources trophiques, possibilités de déplacement…) (Tableau 1).
2.2 Ravageurs et contrôle biologique
Concernant les ravageurs, Tahvanainen et Root (1972) ont décrit l’existence d’une résistance des
associations aux insectes (« associational resistance ») liée à la complexité des interactions entre
facteurs biologiques, physiques et climatiques qu’on rencontre dans les associations d’espèces
végétales en comparaison des cultures monospécifiques. Pour expliquer ce phénomène, ces auteurs ont
proposé i) l’hypothèse des ennemis naturels (« natural enemy » hypothesis) et ii) l’hypothèse de la
concentration en ressources (« resource concentration » hypothesis) (Root, 1973). Ainsi, en raison de la
diversité végétale au sein de la même parcelle, les populations d’insectes prédateurs et de parasitoïdes
de phytophages seraient plus importantes que dans les cultures monospécifiques, d’où une meilleure
régulation naturelle des populations de ravageurs. Altieri et Liebman (1986) ont montré que la diversité
des micro-habitats au sein des couverts plurispécifiques est souvent favorable à la persistance des
prédateurs. A contrario, l’uniformité des cultures monospécifiques offre une zone de concentration d’une
même ressource trophique pour les insectes, ce qui aura tendance à favoriser une espèce de
phytophage en particulier. In fine, dans les associations de culture, non seulement les ressources sont
plus diversifiées, mais les stimuli visuels et chimiques potentiellement attractifs pour les phytophages
sont masqués ; ainsi, un ravageur pourra avoir plus de difficultés à repérer sa plante hôte (Finch et
Collier, 2000) mais il peut en être de même pour les auxiliaires vis-à-vis de leurs proies ou insectes-
hôtes.
La complexité de la structure de l’association d’espèces dépend de l’architecture des espèces et
variétés en présence et de la productivité des plantes (biomasse aérienne, Figure 1). En plus d’avoir
une influence sur le microclimat régnant au sein de la communauté végétale, ces facteurs ont des
répercussions directes sur les ressources trophiques dont dépendent non seulement les phytophages
(Tilman et al., 1997 ; Southwood et al., 1979 ; Winkler et al., 2009), mais aussi les auxiliaires. Dans
certains cas, l’introduction d’une espèce associée non-hôte peut même offrir des ressources nutritives
aux auxiliaires de culture dans la parcelle et ainsi, favoriser le contrôle biologique, les femelles de
certaines espèces de parasitoïdes ayant besoin de glucides pour leur reproduction (Röse et al., 2006 ;
Tylianakis et al., 2004). Ainsi, Jamont et al. (2014) ont montré que l’association d’une variété de
féverole, dont les stipules produisent du nectar extrafloral, avec un colza, pouvait fournir au sein de la
parcelle, des ressources sucrées augmentant la longévité et la période d’oviposition des femelles d’un
parasitoïde du puceron cendré colonisant le colza (Diaretella rapae, parasitoïde de Brevicoryne
brassicae). Les résultats expérimentaux montrent un nombre de momies de pucerons cendrés
significativement plus élevé dans les associations de colza avec des féveroles productrices de nectar
extrafloral que dans les microparcelles de colza pur ou de colza associé à une féverole ne produisant
pas de nectar extrafloral.
La structure du couvert associé varie aussi en fonction de la date et de la densité de semis, des
conditions pédoclimatiques, des complémentarités pour l’utilisation des ressources existant entre
espèces végétales et variétés, du pilotage de l’association (Naudin et al., 2010), ainsi que de
l’agencement des espèces au sein de la parcelle (rang alternés, bandes, mélange….Malézieux et al.,
2009). Ndzana et al. (2014) ont montré que les associations pois-blé dur sont efficaces pour réduire les
infestations de pucerons verts du pois en comparaison à une culture pure de légumineuse, avec
cependant, de meilleurs résultats concernant les systèmes de type substitutif (semis en demie densité du
peuplement monospécifique) en comparaison des systèmes additifs. De plus, dans leurs essais, les pois
des arrangements substitutifs semés en rangs étaient moins colonisés par les pucerons que dans les
arrangements substitutifs semés en mélange.
Figure 1: Liens entre caractéristiques du couvert végétal et diversité fonctionnelle des insectes
Les modifications du climat et de l’architecture du couvert végétal dans une association par rapport aux
cultures pures correspondantes peuvent altérer la capacité des insectes à trouver leur plante hôte et à se
développer dans ces mélanges (Tableau 1). Cela est plus particulièrement le cas pour les insectes
spécialistes se nourrissant à partir d’une gamme d’espèces végétales restreinte, les insectes
généralistes étant moins affectés par la diversité des espèces. Elles jouent aussi un rôle sur la
reproduction des insectes et leur survie dans la parcelle (Hasse et Litsinger 1981).
Les plantes non-hôtes peuvent masquer les plantes hôtes, limitant leur reconnaissance par les insectes.
Cette perturbation peut être liée à la couleur des plantes non-hôtes. Par exemple, le jaune-vert et le
jaune, couleurs attractives pour les pucerons, peuvent être plus difficiles à repérer dans une association
comprenant des plantes compagnes modifiant le profil colorimétrique du couvert (Chittka et Doring,
2007). De même, la mouche du chou femelle peut avoir plus de mal à trouver la brassicacée dont se
nourrit sa larve dans un couvert végétal associé du fait de la modification de forme, et de la couleur du
feuillage par rapport à une culture pure de chou, de chou-fleur ou de colza (Altieri et Liebman, 1986 ;
Finch et Collier, 2000 ; Langer at al., 2007, Theunissen et al., 1995). L’architecture des plantes associées
peut également agir comme une barrière mécanique, empêchant ou limitant la progression des insectes
indésirables vers leur plante hôte.
D’autres mécanismes plus complexes à mettre en évidence peuvent se superposer aux précédents.
Lorsqu’un insecte spécialiste est attiré par l’odeur d’un ou plusieurs composés volatils émis par sa plante
hôte, la présence d’une ou de plusieurs espèces associées peut modifier le profil olfactif du couvert et
compliquer le repérage de la plante hôte. Ces mécanismes complexes s’expriment à des échelles
différentes en fonction des insectes concernés et des exemples peuvent être trouvés chez les
brassicacées cultivées avec certains trèfles (Finch et Collier, 2000 ; Hooks et Johnson, 2001, Bjorkman
et al., 2010) ou encore dans l’exemple des associations oignon-carotte pour limiter les attaques des
mouches parasites de l’une et de l’autre de ces deux espèces. Notons que l’état physiologique des
plantes, et par conséquent l’état sanitaire et la conduite de la culture, influe également sur la qualité des
odeurs qu’elles émettent (Awmack et Leather, 2002 ; Karban et Myers, 1989).
Les données expérimentales sur les effets des associations sur les ravageurs sont néanmoins encore
rares et les effets mis en évidence ne sont pas toujours positifs. En effet, Corre-Hellou et al. (2004) ont
observé que le niveau des symptômes occasionnés par les sitones sur les légumineuses était plus
important en association avec une céréale. Ceci serait dû à un effet de concentration des ravageurs à
savoir que les sitones, particulièrement mobiles, se concentrent sur un nombre de plantes réduit du fait
d’une moindre densité en association, ce qui entraîne d’autant plus de dégâts pour l’espèce végétale
attaquée.
2.3. Associations d’espèces et maladies
A l’échelle de la parcelle, les associations d’espèces permettraient également de réduire par rapport à
des cultures pures, les maladies liées à des champignons pathogènes, des bactéries ou des virus. Ce
contrôle serait efficace vis-à-vis des champignons phytopathogènes dans trois quart des situations
abordées par la littérature (Boudreau, 2013), ce chiffre cachant une grande variabilité de situations,
l’intensité et les effets liés à certaines maladies étant parfois accentués, et les échecs figurant
probablement moins souvent dans la littérature que les succès. De nombreuses situations
d’associations céréale/céréale, céréale/légumineuse, légumineuse/ légumineuse, ou intégrant des
espèces légumières ou maraichères ont montré des réductions d’intensités épidémiques de maladies
foliaires ou racinaires, de l’une, l’autre ou des deux composantes de l’association (revue dans
Boudreau, 2013). L’efficacité de ce contrôle dépend en grande partie des espèces associées, des
systèmes de culture dans lesquels ces associations sont menées, des dispositifs expérimentaux (en
particulier les proportions de chacune des composantes et les types d’alternances entre espèces), de
l’intensité des épidémies et plus largement des conditions environnementales. L’intensité de
l’ascochytose (dénommée antérieurement anthracnose) est par exemple plus fortement réduite lorsque
le pois est cultivé en association avec de la féverole ou du triticale que lorsqu’il est cultivé en
association avec de l’orge, de l’avoine ou du blé (Fernandez-Aparicio et al., 2010b). Une diminution du
niveau d’infestation de plusieurs maladies (oïdium, septoriose, rouilles) a également été observée sur
des céréales associées à des légumineuses par rapport à celui d’un peuplement pur de céréales, aussi
bien pour des associations fourragères (triticale, avoine / vesce par exemple), que pour des
associations à vocation de production de graines (blé, orge / pois) (Corre-Hellou et al., 2004 ; Biarnès et
al., 2008). D’autres situations ont au contraire permis de constater une intensité accrue des épidémies
en association, par exemple un accroissement des symptômes d’oïdium sur blé dur associé à une
féverole par rapport à la culture pure, du fait d’une biomasse de féverole très élevée ayant conduit à un
couvert très humide favorable au développement de la maladie (Bedoussac, 2009).
La complexité de ces interactions rend indispensable une meilleure connaissance des mécanismes
sous-jacents aux effets des associations sur le contrôle des maladies, qui permettrait de réaliser des
choix éclairés sur les modalités d’associations en culture. Comme ce qui a été décrit concernant les
insectes, ces mécanismes peuvent intégrer plusieurs phénomènes, liés à la modification de la densité
de l’espèce hôte et/ou à l’association d’une nouvelle espèce (Tableau 1) :
-‐ Certains sont directement liés à la nouvelle architecture du couvert, comme la réduction de la
densité des tissus sensibles de l’hôte (notamment en système substitutif), l’effet barrière
physique à la dispersion des spores lié à la présence d’une espèce non hôte au sein du
couvert, ou l’inhibition directe du pathogène par l’espèce associée (effets allélopathiques).
-‐ D’autres agissent de manière indirecte, via une modification du microclimat du couvert
(température, durée d’humectation des organes, vent et turbulences), ou via une modification
de l’état physiologique et de la réceptivité des organes (photosynthèse, sénescence) liée par
exemple à une modification de l’ombrage.
Une réduction de l’infestation du pois par l’ascochytose à Didymella pinodes (antérieurement dénommé
Mycosphaerella pinodes) dans des associations pois-céréale, en particulier sur tiges et gousses, a par
exemple été expliquée par l’effet combiné d’une modification du microclimat à l’intérieur du couvert
végétal (notamment une diminution de la durée d’humectation des organes sensibles), et de la
réduction de la projection des spores d’une feuille à une autre (effet splashing) de 39% à 78%, liée à
une diminution de la densité des feuilles des plantes hôtes et à un effet barrière des plantes non hôtes
(Schoeny et al., 2010). Le même effet d’une association féverole-céréale (orge, avoine, blé ou triticale)
a été observé, pendant plusieurs années et dans différents lieux, sur la réduction de la sévérité du
botrytis (Botrytis fabae) sur féverole (Fernandez-Aparicio et al., 2011).
D’une manière générale, les mécanismes ci-dessus se combinent et leurs effets peuvent dépendre des
stades de développement de l’association, voire de l’alternance jour/nuit. L’efficacité de ces effets
dépend donc largement de leur durée, de leur amplitude, et de la période de la saison culturale
concernée.
D’autres mécanismes peuvent être impliqués dans le cas de maladies du sol. Ainsi des effets
allélopathiques ont été mis en évidence sur certains modèles de cultures associées. Une étude réalisée
en conditions contrôlées démontre l’intérêt d’une association riz-pastèque pour lutter contre un
champignon du type fusarium oxysporum problématique sur la pastèque. Si les exudats racinaires de la
pastèque ont un effet activateur sur certaines phases du cycle du champignon (germination des spores
et sporulation), il s’avère que les exsudats racinaires du riz (contenant de l’acide coumarique) inhibent
ces mêmes phases (Hao et al., 2010). Une expérimentation en conditions contrôlées démontre par
ailleurs que le taux de mortalité des plantules de pastèque est de 46% en situation de monoculture et
0% en association. (Ren, Su et al. 2008). D’autres travaux récents montrent une réduction des dégâts
occasionnés par Cylindrocladium parasiticum (« red crown rot ») sur le soja (maladie du sol
occasionnant une réduction de 50% des rendements dans les régions du sud de la chine) lorsqu’il est
associé au maïs. Les résultats montrent une diminution significative des symptômes entre 43 et 59% ;
une plus forte concentration d’acide cinnamique est relarguée par les racines dans l’association ce qui
limiterait fortement la croissance de C. parasiticum. Dans le cas de ces interactions racinaires,
l’arrangement spatial est déterminant. Dans l’exemple ci-dessus, l’efficacité de l’association diminue
quand la distance entre plantes de maïs et soja augmente (Gao et al., 2014).
A l’échelle du système de culture, l’insertion des associations céréale-légumineuse dans les
successions de culture et l’impact sur les maladies telluriques a été étudiée dans le cadre d’une
expérimentation conduite à l’INRA de Grignon pendant six ans. Plusieurs rotations ont été comparées
afin d’analyser ces effets : monoculture de blé d’hiver, monoculture de pois d’hiver, monoculture
d’association pois-blé, rotation pois-blé-blé, et rotation association-blé-blé. Les incidences du piétin
verse et du piétin échaudage du blé de l’association sont systématiquement plus faibles que celles du
blé en monoculture, et du blé suivant du blé dans les deux rotations. Le blé suivant un pois présente les
incidences les plus faibles, équivalentes aux associations certaines années. Le blé suivant une
association est systématiquement moins touché que le blé en monoculture pour les deux piétins, et le
plus souvent moins touché que le blé de blé dans les deux rotations. Par contre, les incidences du blé
de blé dans la rotation pois-blé-blé sont souvent plus faibles que les incidences du blé dans la rotation
association-blé-blé. Ces résultats montrent que l’association a tendance à augmenter les risques de
piétins par rapport à une culture non-hôte (le pois) dans les successions, mais que le risque est plus
faible que pour un blé suivant un blé. Cette expérimentation n’a malheureusement pas permis
d’acquérir de référence du même type sur l’Aphanomyces du pois, puisque la maladie n’est pas
apparue au cours des six années d’expérimentation, même dans la monoculture de pois.
Tableau 1 : Mécanismes en jeu dans les associations végétales et leurs interactions avec les ravageurs et les
maladies. R fait référence aux mécanismes concernant les ravageurs et M ceux concernant les maladies.
Facteurs Mécanismes
Confusion visuelle (R) w Protection de la plante hôte par des plantes compagnes qui la recouvrent
w Certains phytophages sont plus attirés par une couleur particulière ou une
texture de végétation uniforme
Dilution des stimuli (R) w La présence de plantes non-hôtes peut masquer ou diluer les stimuli attractifs
émis par la plante hôte.
w Cela peut provoquer chez le phytophage des perturbations altérant l’orientation
de l’insecte et nuisant aux processus de recherche de nourriture et de
reproduction.
w Les insectes se trouvant sur une plante non-hôte pourront quitter la parcelle
plus rapidement.
Confusion (R) w Des composés aromatiques de certaines plantes compagnes peuvent altérer
les capacités des phytophages à trouver leur plante-hôte.
Barrière mécanique (R)(M) w Des plantes compagnes peuvent bloquer ou ralentir la dispersion des
phytophages et la propagation des champignons parasites; cela peut aussi être
dû au fait que les plantes compagnes sont non-hôtes.
w La nouvelle architecture de l’association peut modifier les modalités de
dispersion entre organes d’une plante hôte (par exemple la projection des spores
de champignon d’une feuille à l’autre).
Microclimat (R)(M) w Dans les associations végétales, les microhabitats sont plus diversifiés et les
insectes peuvent avoir des difficultés pour localiser les endroits où les conditions
leurs sont favorables.
w Les couverts associés peuvent modifier les conditions de température et
d’humidité impactant le processus d’infection et le développement de
champignons pathogènes.
Facteurs biotiques (R) w Les associations peuvent favoriser la présence de prédateurs et parasitoïdes.
Etat physiologique des tissus (M) w L’architecture des couverts associés et la nouvelle allocation des ressources
peuvent modifier l’état physiologique des tissus et leur réceptivité à la maladie
(résistance ontogénique).
Effets allélopathiques (M)
w Les exsudats racinaires d’une espèce peuvent inhiber la germination des
spores et la sporulation de champignons pathogènes du sol.
complémentaires pour l’utilisation des ressources. La meilleure capture des ressources limite ainsi leur
disponibilité pour les adventices. Il s’agit ici le plus souvent d’associations substitutives avec un objectif
de récolte des deux espèces cultivées. Un troisième cas correspond à l’utilisation d’associations en
relais pour réduire les périodes de sol nu ou à faible couverture dans les successions culturales. Enfin,
un dernier cas concerne les associations d’espèces utilisées pour réduire les infestations de plantes
parasites. Ces différents cas peuvent affecter la densité, la biomasse des adventices mais aussi la
nature des adventices en interaction avec la conduite des associations et les traits des espèces
(cultures et adventices).
Rajouter un couvert dans Associer des espèces Réduire les périodes de Réduire les infestations
une culture principale complémentaires pour les sol nu ou à faible de plantes parasites
ressources couverture dans une
succession de culture
Figure 2 : Différents modes de gestion des adventices via les associations végétales, mécanismes en jeu et
exemples de combinaisons d’espèces.
3.1 Rajouter un couvert pour créer des conditions défavorables à l’installation
et la croissance des adventices dans des cultures principales
Rajouter une plante de couverture implantée avant (mulch vivant), en même temps ou après le semis
de la culture principale peut potentiellement réduire l’infestation par les adventices (Tourdonnet et al.,
2008). Si la plante de couverture se développe avant les adventices, la présence d’un couvert végétal
crée des conditions défavorables à la germination. En effet, plusieurs facteurs importants pour la
germination des adventices (lumière, proportion d’infra-rouge, amplitude thermique) seront moins
favorables sous un couvert vivant (Teasdale et Daughtry, 1993). Plusieurs travaux ont montré que
certains couverts sécrétaient des substances allélopathiques inhibant la germination des adventices
(Bhowmik, 2003 ; Xuan et al., 2003). De plus, si le couvert est développé, il peut aussi constituer une
barrière physique à la levée des adventices. Enfin, la présence d’un couvert peut aussi favoriser la
prédation des semences d’adventices par la faune (Meiss et al., 2010).
Par une occupation de l’espace habituellement laissé libre entre les rangs de la culture principale, le
couvert accroît la compétition pour la lumière mais aussi pour les nutriments au détriment de la
croissance des adventices. Plusieurs travaux montrent que l’effet bénéfique sur la réduction de la
biomasse d’adventices est corrélé à la biomasse du couvert (Hiltbrunner et al., 2007). Toutefois, le
développement de la plante de service doit être contrôlé afin de ne pas trop impacter la croissance de
de la culture principale.
L’utilisation de ces couverts est plus particulièrement intéressante dans le cas des espèces principales
lentes à s’installer. C’est notamment le cas des espèces à petites graines et/ou des espèces à feuilles
érigées ayant des caractéristiques ne favorisant pas une occupation rapide de l’espace (Liebman et
Staver, 2004). En grandes cultures, le colza par sa graine de petite taille entre bien dans les espèces
candidates à l’association pour la période automnale, peu favorable à l’installation rapide du couvert
(Valantin-Morison et al., 2014). En cultures légumières, Baumann et al. (2000) citent l’oignon et le
poireau, comme des espèces intéressantes à associer à un couvert en raison de la faible taille de leurs
semences et du port érigé de leurs feuilles. En cultures pérennes, en vigne par exemple, les
écartements importants entre rangs sont favorables à la croissance des adventices et l’ajout d’un
couvert dans les inter-rangs contribue à perturber la croissance des adventices (Steinmaus et al.,
2008).
Dans les cultures annuelles, la principale difficulté dans l’usage de ces couverts pour maîtriser les
adventices est leur manque de sélectivité. En effet, un bon contrôle des adventices par des couverts
vivants induit souvent des pertes de rendement de la culture principale (Tourdonnet et al., 2008 ; Carof
et al., 2007 ; Hiltbrunner et al., 2007). Il est donc difficile d’exercer une compétition sur les adventices
tout en évitant une compétition trop forte sur la culture principale. Des critères de choix de la plante de
couverture doivent donc s’orienter vers (1) des espèces n’entrant pas en compétition avec les
adventices pendant la même période que l’espèce principale, (2) des espèces exerçant peu de
compétition avec la culture principale pour l’azote (légumineuses) ou réduisant la compétition pour la
lumière ou l’eau (espèces plus courtes que l’espèce principale, l’ombrage réduisant la transpiration du
couvert), et (3) des espèces ayant une croissance précoce rapide pour une compétition efficace vis à
vis des adventices (Liebman et Starver, 2004). Un semis du couvert en même temps que la culture
principale ou en décalé (quelques semaines après le semis de la culture principale) permet de réduire la
compétition exercée sur la culture commerciale. Le semis décalé peut permettre aussi un contrôle initial
(chimique ou physique) des adventices pour faciliter la gestion ultérieure du couvert. Les plantes à
courte durée de vie qui sont efficaces vis-à-vis des adventices au tout début du cycle, puis qui entrent
en sénescence (par rapport à leur cycle ou à l’effet de conditions climatiques défavorables telles le gel)
avant d’entrer en compétition avec la culture principale sont également recherchées.
3.2. Accroître la compétitivité vis-à-vis des adventices via une
complémentarité des espèces associées pour les ressources
La complémentarité des espèces associées peut mener à une meilleure capture des ressources
(lumière, nutriments) (Louarn et al., 2010 ; Justes et al., 2014). Ainsi, les associations peuvent être plus
efficaces que les cultures pures pour piéger des ressources qui se retrouvent non utilisables par les
adventices, affectant ainsi leur croissance. Cette meilleure utilisation des ressources peut se produire si
les composantes de l’association ont des pics de demande asynchrones, s’exerçant dans des espaces
différents (aérien et souterrain), ou utilisent différentes formes d’une même ressource. Ainsi, des
différences phénologiques entre espèces peuvent leur permettre d’utiliser les ressources à des
périodes différentes (Ofori et Stern, 1987; Willey, 1979). Des différences d’architecture aérienne entre
plantes peuvent permettre aux espèces d’occuper l’espace plus efficacement et ainsi augmenter
l’interception du rayonnement. Plusieurs travaux soulignent l’importance de la complémentarité pour
l’utilisation de la lumière pour expliquer l’effet positif des cultures associées pour la lutte contre les
adventices. Les mélanges d’espèces les plus efficaces sont ceux qui interceptent le plus de
rayonnement au début du cycle (Liebman et Dick, 1993). Par ailleurs, des espèces qui ont des
systèmes racinaires complémentaires (plus ou moins profonds) (Berendse, 1979) peuvent exploiter plus
efficacement les ressources.
3.3 Réduire les périodes de sol nu ou à faible couverture de sol dans une
succession
Semer une culture au sein de la culture précédente plutôt qu’après la récolte de celle-ci permet de
réduire la période de sol nu favorable au développement des adventices. Dans ces associations en
relais, les cultures sont ensemble une partie du cycle et l’une d’elles reste en place après la récolte ou
la destruction de la première. L’espèce restant en place peut être une plante de couverture ou une
plante commerciale. C’est le cas par exemple des associations blé-trèfle blanc en relais où le trèfle est
semé au printemps dans le blé et reste en place après la récolte. Le trèfle blanc a alors un effet sur les
adventices dès la période d’association en réduisant leur densité sans toutefois affecter ni la biomasse
des adventices, ni celle du blé du fait de la faible couverture du trèfle blanc. En revanche, le trèfle blanc
devient vite efficace pour contrôler la biomasse des adventices après la récolte du blé par une
couverture plus rapide que s’il avait été semé après la récolte du blé (Amosse et al., 2013).
En production de semences, ces techniques sont aussi testées. Des espèces telles que la fétuque ou le
dactyle (des cultures porte-graines pluriannuelles) sont lentes à s’installer et ont un port peu couvrant
qui rend ces couverts peu compétitifs vis-à-vis des adventices. Ces cultures peuvent être semées en
même temps qu’un pois, une céréale ou un maïs ce qui leur permet d’être bien implantées à la récolte
du couvert ; elles nécessitent ensuite moins de désherbage au cours de leur croissance. Avec la
réduction actuelle des solutions herbicides sur ces espèces « mineures », la technique de semis sous
couvert apporte de nouvelles opportunités dans le secteur de la production des semences
(Deneufbourg, 2010). Par ailleurs, le décalage de semis plus tôt dans la saison, permet d’avoir des
conditions pour la germination et la levée plus favorables en évitant des implantations estivales en
conditions difficiles (sécheresse notamment).
3.4 Réduire les infestations de plantes parasites
Pour lutter contre une espèce végétale parasite des légumineuses, Orobanche crenata, l’association
avec le trèfle d’Alexandrie peut être efficace. En effet, des composés allélopathiques exsudés par le
trèfle induisent une inhibition de la germination des graines de cette espèce d’orobanche (Fernandez-
Aparicio et al., 2010a). De même, en régions tropicales, l’association de céréales hôtes du striga (maïs,
sorgho, millet) avec une Fabacée, le Desmodium, permet de réduire le développement de l’espèce
parasite (Midega et al., 2010). Des isoflavones exsudées par les racines de Desmodium entrainent un
phénomène de « germination suicide » des graines du striga : dans un premier temps, leur germination
est stimulée, puis inhibent la croissance de la radicule (effet « push-pull ») (Hooper et al., 2010).
3.5 Modification de la flore adventice par l’association d’espèces cultivées
Les associations d’espèces cultivées peuvent aussi modifier la composition de la communauté
d’adventices même si les références sur ce sujet sont encore rares. La hiérarchie des espèces
présentes peut être modifiée. Mohler et Liebman (2007) observent dans des associations orge-pois que
la suppression d’espèces dominantes est plus forte quand la biomasse du couvert végétal cultivé
augmente même si l’effet est davantage dépendant de la compétitivité du couvert dans son ensemble
que du nombre d’espèces cultivées présentes. Par ailleurs, l’association modifie les conditions du milieu
qui peuvent devenir plus favorables à certaines espèces et défavorables à d’autres. Dans des
associations en relais composé de trèfle blanc semé au printemps dans du blé, le couvert perturbe la
germination des adventices printanières dans l’association blé-trèfle blanc (Amosse et al., 2013). Dans
les cultures associées, l’utilisation des ressources étant souvent différente de celle en cultures pures,
les ressources restantes pour les adventices sont aussi différentes. Si la disponibilité en azote du milieu
est par exemple modifiée, la composition en espèces faiblement ou fortement nitrophiles peut être
impactée. La dynamique de croissance du couvert associé est souvent différente de celle en culture
pure. Dans des associations céréale-pois, un démarrage plus rapide du couvert associé aurait un
impact sur les adventices hivernales s’installant en même temps que le couvert cultivé. Les adventices
hivernales étant davantage réduites, la part des espèces printanières apparaît plus importante dans ces
associations (Poggio, 2005). La modification de la communauté d’adventices peut être aussi en lien
avec la taille des semences, trait déterminant pour la croissance précoce et la compétition avec le
couvert cultivé au départ, mais aussi pour la résistance à l’inhibition de substances allélopathiques
pouvant être émises par une plante de l’association (Liebmann et Davis, 1999 ; Körner et al., 2008).
3.6 Des difficultés à prendre en compte
Même si les agriculteurs pratiquant des associations (surtout en agriculture biologique) le font
prioritairement pour mieux limiter le développement des adventices, paradoxalement, la question de la
gestion des adventices est un des principaux freins en agriculture conventionnelle pour l’adoption de
cette pratique. Pour les associations où les deux espèces sont récoltées, dans le cas de parcelles
sales, se pose souvent le problème de trouver un herbicide homologué sur les deux espèces. De plus,
les associations d’espèces en fonction de leur arrangement spatial peuvent rendre souvent difficile le
désherbage mécanique. Certains agriculteurs adaptent néanmoins les dates de semis, l’arrangement
spatial pour pouvoir mettre en œuvre le désherbage (Pelzer et al., 2014, ce numéro). Par ailleurs, peu
de travaux ont étudié les effets des associations sur la gestion des adventices dans les cultures
suivantes de la rotation. Dans les essais pluriannuels cités plus haut menés à l’INRA de Grignon, après
plusieurs années d’expérimentation, les successions avec association ont montré des niveaux
d’infestation par les adventices plus importants que les successions de cultures seules, du fait qu’aucun
herbicide n’est homologué pour les associations pois-blé d’hiver.
productive par rapport aux cultures pures, ceci est encore plus vrai quand le milieu est pauvre en azote
(Corre-Hellou et al., 2006 ; Naudin et al., 2010). On peut encore citer le cas de certaines bactéries,
comme les Azospirillum, pouvant avoir des effets stimulants sur le développement des racines et
modifiant leur architecture et par conséquent, les interactions entre systèmes souterrains puis aériens
des espèces de l’association (Mantelin et Touraine, 2004). En facilitant la croissance d’une espèce
végétale dans des situations de stress hydrique ou de faible disponibilité en phosphore, les mycorhizes
peuvent parfois favoriser une espèce au détriment de l’autre (Smith et al., 2011).
Par ailleurs, il semble que l’association d’espèces végétales puisse conduire à une augmentation de la
biomasse microbienne au sein de la rhizosphère favorable à la nutrition du couvert végétal, par
comparaison aux cultures pures. Par exemple, Sheng et al. (2012) ont mis en évidence une
augmentation de la taille des populations microbiennes dans la rhizosphère des associations pastèque-
poivron en comparaison des cultures pures de pastèques, s’accompagnant d’une meilleure alimentation
en magnésium des plantes et d’un meilleur rendement. L’entremêlement des racines des espèces
associées conduit aussi à une modification de la structure des communautés rhizosphériques pouvant
avoir un impact sur l’évolution de l’association d’espèces (Hinsinger et al., 2011).
La faune du sol (en particulier les vers de terre et les collemboles) est largement reconnue pour son
action sur la décomposition de la matière organique. Ces décomposeurs influencent indirectement la
croissance des plantes en augmentant la disponibilité des nutriments et en modifiant les communautés
de microorganismes au sein de la rhizosphère (e.g. Kreuzer et al., 2004). Les vers de terre sont connus
pour augmenter la disponibilité en azote minéral du sol pour les plantes (Scheu, 2003) et leur activité de
fouissage structure l’environnement racinaire des plantes. Plus récemment, des travaux réalisés avec
des espèces de vers de terre dont l’activité se situe autour des systèmes racinaires (vers de terre dits
endogés), montrent que ces derniers peuvent modifier le rapport de biomasse entre partie aérienne et
partie souterraine des plantes, avec des conséquences sur les rapports de compétition / facilitation et
de complémentarités dans les associations végétales. Par exemple, dans l’association pois-chiche - blé
dur, Coulis et al. (2014) rapportent que le ver de terre endogé Apporectodea caliginosa induit une
augmentation de ce rapport partie aérienne sur partie souterraine des plantes associées en
comparaison de témoins sans vers de terre. Un autre exemple d’effets des vers de terre endogés est la
modification du cycle du phosphore avec pour conséquence une réduction de la compétition pour les
ressources du sol entre les espèces associées (en particulier P et N). En outre, ces espèces qui
exploitent largement le sol rhizosphérique, peuvent induire des modifications du développement
racinaire. Ainsi, Puga-Freitas et al. (2012) ont pu mettre en évidence que la présence de vers de terre
endogés stimule la croissance des systèmes racinaires d’Arabidopsis thaliana mutants dont le transport
des auxines, molécules essentielles pour le développement racinaire, est altéré. De tels résultats
peuvent être mis en relation avec la présence de composés auxiniques identifiés dans les fécès d’A.
caliginosa. Par ailleurs, des expérimentations menées au sein de l’Unité de Recherche ‘Légumineuses,
Ecophysiologie Végétale, Agroécologie’ (LEVA) de l’ESA d’Angers ont montré que, dans les
associations pois-blé dur, A. caliginosa peut induire une réduction significative de la longueur du
système racinaire du pois (de l’ordre de 25%) par rapport à une situation sans vers de terre, et ce, sans
impact significatif sur la quantité d’azote atmosphérique fixé (Fustec et al., 2014). Le nombre de racines
latérales du système racinaire du pois se trouve aussi significativement réduit en présence des vers de
terre. Là encore, ces effets sont de nature à modifier les interactions entre espèces au sein de
l’association, d’autant que la longueur et le nombre de racines latérales du système racinaire du blé dur
associé au pois n’ont pas été modifiés de manière significative. D’autres Invertébrés du sol comme les
collemboles, sont à même de modifier le développement des organes végétaux (Scheu et al., 1999).
Kreuzer et al. (2004) ont ainsi montré que l’interaction entre collemboles et vers de terre endogés peut
modifier les relations de compétions entre Poa annua et Trifolium repens.
Conclusions et perspectives
De nombreuses interactions biotiques sont en jeu dans les associations végétales. Les mécanismes les
plus étudiés sont ceux impliqués dans la régulation des bioagresseurs. Certains mécanismes sont
communs à la fois aux maladies, aux ravageurs et aux adventices tels que l’effet de barrière physique
ou l’effet du couvert sur le microclimat même si les caractéristiques, l’intensité et la période où ces
facteurs interviennent ne sont pas les mêmes en fonction des organismes impliqués. Il paraît
intéressant de souligner les liens qu’il peut y avoir entre le fonctionnement de l’association en terme de
partage des ressources et en terme d’interactions avec les facteurs biotiques. En revanche, il serait
nécessaire d’explorer davantage les interactions entre différents facteurs biotiques.
Les effets observés ne sont pas seulement liés à l’augmentation de la diversité d’espèces mais aussi à
des combinaisons de pratiques (choix des espèces, des génotypes, dates et densités de semis,
fertilisation, arrangements spatiaux…). Ces associations sont cultivées pour des objectifs très variés et
parfois la gestion des bioagresseurs peut amener à des choix de conduite différents d’une gestion
strictement orientée sur la production du mélange. Il est donc essentiel de clarifier les objectifs et de
faire des compromis dans le choix des leviers pour les atteindre. En fonction des types d’associations
(récolte des deux espèces, associations en relais, intégration de couverts vivants…), les processus en
jeu peuvent différer et le rôle de chaque espèce par rapport à la gestion des facteurs biotiques peut
varier. Enfin, les effets peuvent varier suivant les échelles temporelles et spatiales considérées. Des
effets positifs peuvent être observés à l’échelle annuelle mais l’inverse peut s’observer à l’échelle
pluriannuelle. Plusieurs essais montrent des effets positifs sur les bioagresseurs ; en revanche, peu de
travaux ont quantifié la réduction de l’usage de produits phytosanitaires que les associations peuvent
permettre, alors que la réduction de l’usage des intrants azotés a été beaucoup plus documentée (cas
des associations légumineuse-non légumineuse).
Cet article met aussi en avant des résultats nouveaux sur les interactions avec les organismes du sol.
Les interactions sont complexes et beaucoup d’éléments restent à éclaircir mais l’analyse des
organismes du sol en interaction avec la diversité cultivée apparaît une voie de recherche prometteuse ;
les premiers résultats montrant des impacts forts sur le fonctionnement des associations végétales.
Certains microorganismes du sol ne peuvent être cultivés en laboratoire, limitant l’acquisition de
connaissances nouvelles pour mieux maîtriser les écosystèmes microbiens du sol. Les nouvelles
approches méta-omiques permettent de s’affranchir de cette étape et devraient permettre de mieux
appréhender ces systèmes complexes (métaprogramme MEM de l’INRA).
Même si les travaux de recherche sur les facteurs biotiques se développent sur une diversité de
combinaisons d’espèces, ils restent encore rares et doivent se poursuivre tout en s’appuyant sur les
observations (réussites et échecs) des agriculteurs testant déjà diverses associations et sur plusieurs
essais dans les conditions agricoles locales avant leur déploiement pour un objectif donné bien identifié.
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RESUME : L’anthracnose du lupin est une maladie ayant fait son apparition en Europe
au cours des années 80, causant de lourdes pertes de rendement. Le pathogène
responsable, Colletotrichum lupini, s’attaque à toutes les espèces de lupin (blanc, jaune
et bleu). Jusqu’à présent, les meilleures méthodes de lutte contre l’anthracnose sont le
semis de variétés résistantes, l’utilisation de semences non contaminées et le recours à
des produits phytosanitaires durant la culture. Des recherches poussées, surtout en
Australie, se concentrent sur l’obtention de variétés résistantes. Le passage des
semences à la chaleur ou le stockage de celles-ci à plus long terme permet d’obtenir des
semences quasiment indemnes de maladies sans pour autant y avoir appliqué de
traitement chimique. Il n’y a cependant encore aucune solution naturelle efficace qui
permet de protéger le lupin de l’anthracnose durant la culture.
GENERALITES
Identifiée au début du 20e siècle au Brésil, puis aux Etats-Unis, l’anthracnose du
lupin est une maladie occasionnant d’importantes pertes de rendement et limitant la
culture du lupin dans les régions pluvieuses du monde entier. Elle a été signalée pour la
première fois en Europe au début des années 80 et plus récemment en Australie et en
Afrique du Sud.
Cette maladie est provoquée par un champignon, Colletotrichum lupini (Bondar)
Nirenberg, Feiler & Hagedorn, comb. nov., et touche toutes les espèces de lupins : le
lupin blanc (Lupinus albus L.), le lupin à feuille étroite, aussi appelé lupin bleu,
(Lupinus angustifolius L.), le lupin jaune (Lupinus luteus L.), mais également les
espèces sauvages et les variétés ornementales. Les spores de ce champignon voyagent
avec les semences, permettant ainsi le développement de la maladie dès l’installation de
la culture. Cette caractéristique explique également pourquoi ces dernières décennies
cette maladie s’est dispersée rapidement dans le monde entier par le commerce et les
échanges de semences.
Des infections sévères peuvent occasionner la destruction totale des semis. Durant la
culture, la maladie peut se propager rapidement de plante en plante par les spores
émises lors de pluies à partir des tissus infectés. Ces pluies sont également nécessaires à
la dispersion et à la germination des spores. C’est pourquoi les régions pluvieuses sont
95
propices au développement de l’anthracnose. Sur les feuilles des plantes contaminées,
des taches beiges apparaissent (Figure 1-A) et à la floraison, les tiges se courbent en
crosse et des chancres roses auréolés de brun apparaissent (Figure 1-B). Ce champignon
est également capable de provoquer l’avortement des fleurs. De plus, la présence de
cette maladie réduit le nombre de gousses produites par la plante (Figure 1-C),
influençant ainsi directement le rendement en grains. Elle cause également des
déformations des grains et la réduction de leur taille (Figure 1-D). En cas de forte
attaque d’anthracnose, quel que soit le stade de développement de la plante, celle-ci
flétrit et meurt.
METHODES DE LUTTE
Face à cette redoutable maladie, différents moyens de lutte ont été étudiés,
principalement en Australie, le plus grand producteur de lupin au monde, mais
également en Allemagne. La première méthode de lutte consiste à utiliser des variétés
résistantes. Ainsi, des croissements ont été réalisés parmi différents cultivars afin
d’introduire des gènes de résistance chez les lupins blanc, bleu ou jaune. Des variétés
résistantes existent actuellement sur le marché mondial mais ne sont pas forcément
adaptées à nos conditions de culture. De plus, cette résistance n’est pas totale et est
influencée par la température.
96
La seconde méthode de lutte consiste à utiliser des semences indemnes
d’anthracnose. Pour cela, des recherches ont également été menées afin d’éliminer ce
champignon des semences. Outre les traitements chimiques de désinfection de
semences, qui ne sont pas efficaces à 100%, des traitements physiques à base de chaleur
sèche ou d’eau chaude ont été testés et donnent des résultats comparables aux
traitements chimiques. Ainsi, l’application d’une chaleur sèche de 70°C durant quatre
jours conduit à une réduction significative, voire à l’éradication, de l’anthracnose sur les
semences tout en n’induisant qu’un faible impact sur le pouvoir germinatif de celles-ci.
Il est également signalé dans la littérature qu’un stockage des semences durant plusieurs
mois (14-18 mois) permet d’éliminer ce champignon. Des traitements biologiques à
base d’enzymes produites par Saccharomyces cerevisae, de bactéries (Pseudomonas
chloraphis Strain MA342 (Cedomon), de bactéries fixatrices d’azote (TRF-FU-EB)) ou
d’extraits végétaux (mélanges orties, de prêles et de lait d’argiles) ont également été
testés mais sans montrer le moindre d’effet. Seul le Tillecur (SBM-new) (poudre de
moutarde) montrerait un effet sur l’anthracnose mais son efficacité ne serait pas
suffisante pour éliminer le champignon des semences.
Enfin, pour contrôler la maladie au cours de la culture, différents traitements
foliaires ont été étudiés. Les traitements fongicides classiques permettent de protéger,
dans une certaine mesure, les plantes mais n’ont pas d’effet curatif. Afin de cibler au
mieux les traitements foliaires, les Allemands ont développé un modèle permettant de
prédire l’apparition de la maladie et des périodes d’infection. Il est à noter que peu de
substances naturelles ont été expérimentées à ce jour. Celles ayant été testées, comme
un traitement à base de fougères, n’ont pas montré d’effets probants sur l’anthracnose.
CONCLUSIONS
Au vu de ces éléments, dans nos régions au climat favorable à l’anthracnose, il
apparait clairement que le contrôle de l’anthracnose en agriculture biologique passe par
l’utilisation de semences indemnes de ce champignon, et de variétés tolérantes à cette
maladie telles que des variétés de lupin bleu moins sensibles à l’anthracnose que le
lupin blanc ou jaune. Sans ces précautions, il est hautement probable que l’anthracnose
se développe rapidement dans la culture en fonction des conditions météorologiques et
ne soit pas maîtrisable vu l’absence actuelle de traitements fongicides foliaires efficaces
agréés en agriculture biologique. La culture pourrait donc être totalement perdue.
Toutefois, de nos jours, la production de semences de lupin biologique ne permet pas de
garantir l’absence de cet agent pathogène. Dès lors, la relance de la production de lupin
en agriculture biologique ne pourra se faire que par le développement d’une filière de
semences de lupin bio garantissant l’absence d’anthracnose. Ceci demande lors de la
multiplication de travailler avec des variétés résistantes, de pratiquer des épurations
dans les champs de multiplication et sur les semences récoltées d’éradiquer le
champignon par des traitements physiques ou par le stockage. Un contrôle d’efficacité
97
des traitements effectués devra en plus être réalisé avant la distribution des semences
aux agriculteurs car il a été estimé qu’une infection de 0.1% des graines était suffisante
pour engendrer, par la suite, des pertes de rendement allant jusqu’à 50%.
En conclusion, sans garantie d’absence d’anthracnose sur les semences, il est à
l’heure actuelle risqué de cultiver du lupin en agriculture biologique car il est très
probable que l’anthracnose soit présente et anéantisse rapidement toute la culture vu les
conditions climatiques propices au développement de cette maladie.
98
RECHERCHE DE METHODES ALTERNATIVES DE
PROTECTION VIS-A-VIS DES GLOEOSPORIOSES EN
PRODUCTIONS FRUITIERES BIOLOGIQUES
INTRODUCTION
Connaissance de la maladie
Les maladies de conservation constituent un facteur limitant majeur en arboriculture
biologique. Parmi les cinq agents de pourriture couramment rencontrés sur les pommes,
les Gloeosporioses sont les plus redoutables. Les poires peuvent également être
affectées par ces maladies fongiques.
On a pour habitude de regrouper sous le nom « gloeosporioses » un ensemble de
maladies fongiques apparaissant en longue conservation, après plusieurs mois de
stockage, et se présentant sous forme de taches lenticellaires. Plusieurs espèces de
champignons sont responsables et appartiennent aux genres Neofabraea, Glomerella
(ou Colletotrichum) et Neonectria, car ces espèces sont souvent difficiles à séparer au
seul examen visuel, sans l’utilisation d’un microscope ou l’isolement au laboratoire.
Parmi le genre Neofabraea, il existe trois espèces identifiées, Neofabraea alba,
Neofabraea malicorticis et Neofabraea perennans. Classiquement Glomerella cingulata
(forme asexuée Colletotrichum gloeosporioides) est associé dans le groupe des «
99
gloeosporioses ». On a également coutume d’associer aux « gloeosporioses »,
Cylindrocarpon mali, forme conidienne de Neonectria galligena, agent du chancre
européen, car les symptômes se confondent avec ceux de N. alba. Parmi toutes ces
espèces, l’espèce Neofabraea alba est dominante dans nos régions (Giraud et Coureau,
2014).
Sensibilité variétale
Les variétés de pommes cultivées dans nos régions présentent des niveaux de sensibilité
aux gloeosporioses variables, mais globalement, on constate que la majorité des
surfaces plantées sont constituées de variétés moyennement à très sensibles à ces
maladies, pour peu que la situation géographique et les conditions climatiques les
favorisent (Tableau 1).
Biologie et cycle
Source d'inoculum : On considère que Neofabraea alba est un champignon
naturellement présent dans le verger, sous forme de mycélium hébergé par des chancres
ou des fissures de l’écorce. N. alba, contrairement à N. perennans, ne produit pas de
chancre, mais peut s’installer dans des chancres existants. Sur les pommiers, on trouve
des spores également dans les bourgeons dormants pendant l’hiver, entre les écailles : il
est probable que ce soit un mode de conservation habituel, comme pour d’autres espèces
fongiques (Alternaria, Colletotrichum). Autant N. perennans/N. malicorticis et
Neonectria galligena semblent être spécifiques des pomoïdées, autant N. alba peut être
hébergé par d’autres hôtes présents dans l’environnement : chênes, frênes, viorne, houx,
ronces (Giraud et Moronvalle, 2012).
100
Infection : La phase sexuée de N. alba (avec production d’ascospores) n’est pas
connue en tant que telle dans les vergers. La phase asexuée (avec production de
conidies) semble être la seule responsable des contaminations. Les spores sont produites
à partir du mycélium présent dans les fissures des écorces, et il semblerait que ce soit
toute l’année, permettant ensuite l’entretien de l’inoculum dans le verger, avec deux
périodes d’activité : au printemps (mars à juin) et en été - automne (août à novembre), la
deuxième étant la plus importante (Bompeix, 1973). La production des conidies serait
favorisée par les températures fraîches : elle aurait lieu lorsque la température minimale
descend en dessous de 10 °C. Le processus d’infection des fruits est encore mal connu.
Cependant, il est aujourd’hui établi que la pluie joue un rôle prépondérant dans le
transport des spores. Les observations faites depuis 7 ans montrent qu’en absence de
pluie, il n’y a pas de cas d’infection par N. alba. Les spores germent dans les lenticelles
assez rapidement: 5 heures d’humectation sont suffisantes. Une fois le champignon
installé, il entre en latence pendant les premiers mois de stockage. Les lenticelles sont
plus réceptives au fur et à mesure que l’on s’approche de la récolte. Si la période de
récolte est tardive en automne, les conditions météorologiques durant le mois qui
précède la récolte seront plus humides qu’en été et seront donc plus favorables à
l’infection. Le champignon reprend son activité après plusieurs mois de stockage,
variable selon les variétés : de 2-3 mois à 4-5 mois (Giraud et Coureau, 2014).
Une infection primaire est possible avec Colletotrichum, qui peut faire des taches
discrètes sur feuilles, sources d’inoculum secondaire pour contaminer les fruits. Quant à
Neonectria galligena, l’infection primaire par les ascospores est réalisée à partir des
vieux chancres porteurs de périthèces (habituellement sur des arbres abandonnés), mais
l’essentiel des infections provient des chancres porteurs de conidies : elles ont lieu
principalement à la chute des feuilles (chancres se formant sur les cicatrices foliaires),
au printemps après fleur (nécroses à l’oeil et pourritures de cœur), en fin d’été et avant
la récolte. Comme pour Colletotrichum, seules les infections tardives proches de la
récolte sont susceptibles d’entrer en latence pour développer des maladies de
conservation, les autres étant responsables de maladie estivale. Les fruits nécrosés et
chutés avant la récolte interviennent dans le cycle comme source d’inoculum Giraud et
Moronvalle, 2012).
101
température de l’eau est comprise entre 48 et 52°C, mais doit être affinée selon les
variétés à traiter. L’adjonction d’eugénol (huile essentielle de clou de girofle) améliore
l’efficacité de l’eau chaude en réduisant les risques de brûlures sur les variétés sensibles
à la température. Le délai entrée/sortie donne un débit des machines de trempage de 20
palox à l’heure. L’intérêt est limité aux petites structures ou aux petits lots (production
biologique par exemple).
La conservation en très basses teneurs en oxygène (ULO - Ultra Low Oxygen, ACD
- Atmosphère Contrôlée Dynamique) tend également à réduire l’expression de ces
maladies. L’utilisation du 1-MCP « 1-méthylcyclopropène » à la base du «Système
Qualité SmartFresh», couramment appliqué en chambres froides en post-récolte contre
l’échaudure de prématurité, en modifiant le métabolisme de l’éthylène, a une action
secondaire sur le développement des gloeosporioses mais est interdit en agriculture
biologique.
La méthode de stockage en module Janny MT. Les pallox Janny MT (dit Mat
Tiempo) sont des modules individuels permettant de stocker environ de 300 kg de
fruits. Ces modules permettent de réguler de façon naturelle les teneurs en oxygène et
en dioxyde de carbone afin d’améliorer les conditions de conservation. C’est un moyen
alternatif au stockage en chambres froides industrielles types ULO conçues pour de gros
volumes. Comme il l’a été démontré dans une expérience pluriannuelle menée dans la
cadre du programme TransBioFruit, le stockage des pommes en palox Mat Tiempo a
permis de réduire de plus de 50% l’incidence des gloeosporioses sur trois variétés
sensibles après quatre mois de stockage (Jamar et al, 2013).
Prophylaxie : On ne connait pas de méthode prophylactique pour N. alba. Pour les
autres espèces, il est recommandé : (i) de couper et de détruire les chancres lors de la
taille : N. perennans / N. malicorticis, Neonectria ; (ii) de veiller à ne pas laisser de
momies au sol, en les broyant par exemple avec les feuilles lors de la prophylaxie
tavelure : Colletotrichum, Neonectria.
Incidence du pré-calibrage : Connaissant la biologie des champignons concernés, la
recontamination des fruits par le pré-calibrage n’est pas possible. Par contre, le
trempage prolongé des fruits dans les canaux (calibres extrêmes, ou arrêt prolongé de la
station) provoque des éclatements de lenticelles qui favorisent la pénétration du
champignon déjà installé, donc l’expression accrue de la maladie (Bondoux, 1992).
102
OBJECTIF
Cet essai a pour but de mesurer, durant deux saisons de récolte, l’impact d’une
formulation à base d’argiles calcinées (Mycosin) et d’un activateur de défense naturelle
(Vacciplant) sur le développement des gloeosporioses durant la période de conservation
post-récolte. Il concerne un premier essai mené au sein des vergers expérimentaux du
CRA-W durant la saison 2013/2014, ainsi qu’un deuxième essai réalisé chez un
arboriculteur bio, pour validation, durant la saison 2014/2015.
MATÉRIEL ET MÉTHODES
Dans un verger expérimental biologique du CRA-W, composé de trois variétés de
pommier sensible aux Gloeosporioses, des traitements à base de Mycosin et de
Vacciplant ont été réalisés durant l’été 2013, du 6 août jusqu’à la récolte. Les trois
variétés testées ont été cv. Pirouette, cv. Reinette des capucins (récoltée le 1 octobre) et
cv. Pinova (récoltée le 15 octobre). Des parcelles non traitées ont été maintenues
comme témoin. L’expérience consista à évaluer, à partir d’un dispositif expérimental en
split-plot à six répétitions, l’impact de la substance appliquée à six reprises pour le
Mycosin (6 traitements, 10kg/ha), et deux reprises pour le Vacciplant (2 traitements, 0,5
litre/ha), sur le développement ultérieur de la maladie en chambres froides
traditionnelles. Les traitements ont été réalisés avec un atomiseur standard. Les fruits
ont été stockés en frigos à 2°C. L’évolution de la maladie après 3, 4 et 5 mois de
conservation, soit en janvier, février, mars 2014, a été évaluée au départ de 6 lots de 100
fruits calibrés pour chaque variété et chaque traitement. Un suivi de l’incidence et la
sévérité de la maladie a été réalisé.
Sur base d’un protocole similaire mais simplifié, un deuxième essai a été réalisé
chez Pierre-Marie Laduron à Warsage, dans un verger homogène d’une variété
moyennement sensible mais très répandue en Wallonie, la ‘Jonagold’. Dans le cadre
d’une infection naturelle issue d’un inoculum de Gloeosporium sp. bien présent dans ce
verger bio, une parcelle a reçu quatre traitements successifs Mycosin (10 kg/ha), une
deuxième parcelle contigüe a reçu quatre traitements Vacciplant (0,5 litre/ha), et une
troisième parcelle non traitée a été réservée comme témoin. Les traitements ont été
réalisés avec un atomiseur standard à partir du 10 août, à 10 jours d’intervalle. Les fruits
ont été récoltés le 23 septembre, avec la collaboration du GAWI, pour finalement être
stockés chez le producteur en chambre froide traditionnelle à 2°C.
RÉSULTATS
Le premier essai a permis de mettre en évidence le fait que les deux produits testés ont
un effet significativement retardateur sur le développement du Gloesporium (incidence
et sévérité), mesuré en janvier, février et mars. Cependant, l’effet est très peu marqué et
n’est pas significatif pour le Vacciplant. Par contre, le Mycosin, a réduit l’incidence de
la maladie observée à la fin du mois de mars, de 56, 54 et 50% sur les variétés Pinova,
Pirouette et Reinette des capucins respectivement (Figure 1).
Pour la deuxième saison d’expérimentation, l’évolution de la maladie (incidence et
sévérité) sera évaluée au départ d’un lot de 1620 fruits cueillis et calibrés, soit 540 fruits
pour chaque traitement, après 3, 4 et 5 mois de conservation, soit en janvier, février et
mars 2015.
103
FIGURE 1 : l’impact d’une formulation à base d’argiles calcinées (Mycosin) et d’un
activateur de défense naturelle (Vacciplant) sur l’incidence de Gloesporium sp (principale
maladie post-récolte de la pomme). Les barres d’erreur indiquent l’intervalle de confiance
de la moyenne (n = 6, α = 0,05)
CONCLUSIONS ET PERSPECTIVES
Les premiers essais menés au CRA-W montrent que six applications au verger d’une
argile calcinée (Mycosin) permettent de retarder d’environ un mois le développement
des gloesporioses sur les fruits de variétés très sensibles observés après quatre mois de
conservation en frigo à 2°C. L’activateur des mécanismes de défense naturels
104
(Vacciplant) ne retarde pas significativement la maladie. Cependant, ce dernier a été
appliqué à raison de 2 traitements, recommandés par le fabricant, contre 6 pour le
Mycosin. Les recommandations d’usage faites par le fabriquant (Goëmar) semblent
donc insuffisantes dans nos conditions expérimentales. C’est la raison pour laquelle le
nombre de traitement a été augmenté dans le deuxième essai. Toutefois, l’expérience
montre jusqu’ici que, dans un cas comme dans l’autre, l’application de ces produits au
verger ne suffit pas à elle-même et devra éventuellement être utilisée comme méthode
complémentaire à d’autres moyens de protection. Un rapport coût/gain doit encore être
établi. Les conclusions définitives de ces deux années d’essai ne pourront être tirées
qu’après l’évaluation des résultats du deuxième essai qui auront lieu à la fin du mois de
mars 2015.
REFERENCES
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tavelure du pommier. Phytoma 662, 28-31
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gegen den Apfelschorf in Abhängigkeit der Schwefelformulierung [Effects of Myco-Sin
against apple scab], in Häseli, Andreas, Eds. Tagungsband zur FiBL Bioobstbautagung
28.01.2004 in Frick, page pp. 31-34. Forschungsinstitut für biologischen Landbau, Frick
105
EVALUATION DE DEUX STRATEGIES VISANT A REDUIRE
L’USAGE DU CUIVRE EN PRODUCTION BIOLOGIQUE DE
POMME DE TERRE ET DE FRUITS A PEPINS
CONTEXTE
Le cuivre est un des seuls produits efficaces homologués en agriculture biologique
(AB) contre le mildiou de la pomme de terre (Phytophthora infestans) et la tavelure du
pommier (Venturia inaequalis) et du poirier (Venturia pirina). Il est également reconnu
pour avoir des effets sur de nombreux autres champignons (par exemple le chancre du
pommier (Neonectria galligena)) et bactéries pathogènes. Ce produit est donc très
précieux pour les producteurs en AB. Cependant il peut accuser une certaine toxicité
envers les macro- et micro-organismes du sol et aquatiques. C’est pourquoi dans
l’attente d’une alternative aussi efficace, il doit être utilisé avec précaution. Ainsi, afin
de limiter les conditions de toxicité dans les sols, il est nécessaire de trouver une
manière de réduire les doses appliquées tout en maintenant une protection efficace de la
culture.
106
Même si il existe des méthodes agronomiques permettant de réduire la pression des
maladies (rotation, choix variétal, aération du site et de la culture, gestion de la
fertilisation, gestion de l’inoculum…), l’usage du cuivre comme produit de protection
phytosanitaire est indispensable dans le contexte actuel de la production professionnelle
de la pomme de terre et des fruits à pépins (Jamar et al., 2014).
La limite actuelle régie par le règlement européen 889/2008 est de 6 kg cuivre
métal/ha/an. Pour les cultures pérennes, cette limite peut être dépassée si la quantité
moyenne sur 5 ans ne dépasse pas 6 kg (principe du lissage). Cependant, des limitations
encore plus strictes sont envisagées dans certains Etats membres (4 kg/ha/an en France),
déjà en vigueur en Suisse (4kg/ha/an quel que soit le mode de production), en
Allemagne et en Autriche (3kg/ha/an) et même totalement interdit au Danemark et au
Pays-Bas comme produit de protection phytosanitaire.
En Belgique, les pratiques courantes impliquent la dose de 500 g Cu/ha par
application, douze traitements pourront alors être appliqués durant une saison culturale,
à condition de faire fi de la législation actuelle imposant un maximum de 2 à 4
applications/an suivant les cultures.
Les nombreuses recherches et expérimentations menées depuis 10 ans en Belgique
et en Europe sur les alternatives au cuivre montrent qu’il n’existe pas, à ce jour, de
matière active compatible avec le cahier des charges AB capable de rivaliser avec le
cuivre en termes d’efficacité (Itab, 2013). Si, parmi 60 substances naturelles alternatives
au cuivre, expérimentées au CRA-W sur le mildiou de la pomme de terre ou sur la
tavelure du pommier, quelques-unes ont été identifiées comme efficaces, aucune n’est
légalement applicable en Belgique actuellement en tant que produit phytosanitaire, mis
à part le soufre mouillable contre la tavelure (Jamar et al., 2014).
Le cuivre est un produit de contact agissant à la surface des feuilles. Sous l’action de
l’eau, l’ion Cu2+ va se libérer et agir sur les spores de champignons en germination. Il
existe plusieurs formulations du cuivre, la différence entre chaque formulation tient
dans la vitesse de libération de l’ion cuivrique Cu2+, la matière active des préparations.
Cette libération est en effet plus ou moins rapide et/ou nécessite plus ou moins d’eau, la
bouillie bordelaise étant connue pour libérer plus lentement ses ions Cu2+. Tout cela
peut donc jouer sur la vitesse de lessivage et la rapidité d’action.
107
Toxicité du cuivre dans les sols ? Le cuivre est présent dans l’environnement de
manière ubiquitaire à des teneurs variant entre 2 et 120 mg/kg de matière sèche selon les
différentes roches de l’écorce terrestre. Dans les sols cultivés, la teneur moyenne est de
35 mg/kg de matière sèche. La valeur maximale tolérée par l’Union européenne dans les
sols agricoles est de 150 mg/kg. Selon une étude menée en Belgique (Smolders et al.,
2013) ayant pour objectif d’évaluer l’effet à long terme de l’usage du cuivre dans les
sols cultivés (pomme de terre, verger de pommiers et poiriers, houblon et vigne),
biologiques et conventionnels, seuls 5% des sites étudiés montrent des teneurs en cuivre
présentant un risque potentiel de toxicité sur les plantes, invertébrés ou
microorganismes. Pour une moyenne de 52 mg Cu/kg les concentrations en cuivre dans
les parcelles traitées se situent entre 9 et 159 mg Cu/kg de sol et sont en moyenne
supérieure de 34 mg Cu/kg par rapport aux parcelles non traitées correspondantes. La
plus grande différence est observée en verger de poiriers (culture pérenne, 40 ans et
plus) et la plus petite en pomme de terre (rotation sur 6 ans). Un apport régulier de
cuivre, dans la limite de 4 à 6 kg/ha/an, n’altèrerait pas significativement la vie du sol,
tandis que les situations de pollution du sol seraient à attribuer aux fortes doses
appliquées au cours du XXème siècle (de 20 à 25 kg/ha/an) dans certaines cultures
pérennes.
Le positionnement des traitements est la clé pour maîtriser les maladies et diminuer
l’usage de produits de protection. Puisque pour germer, le champignon a besoin d’un
film d’eau, la protection phytosanitaire doit être ajustée aux conditions météorologiques
définies si possible au niveau de la parcelle (ces conditions peuvent être très différentes
d’une parcelle à l’autre). Deux outils sont essentiels : une station météo qui enregistre
les données localement heure par heure et un modèle de simulation des infections qui
analyse les données météorologiques enregistrées. A défaut de ces deux outils, il est
conseillé d’intervenir en fonction des risques réels annoncés par les services
d’avertissements régionaux. Le cuivre n’a pas d’action curative, il doit être appliqué dès
que les conditions de développement de la maladie sont favorables. De plus, ce type de
produit est facilement « lessivable » en cas de pluie, ce qui peut diminuer fortement
l’efficacité du traitement. Lorsque la pression « mildiou » ou « tavelure » est forte ou
que des évènements pluvieux après traitement surviennent, le producteur épuise
rapidement son « quota » cuivre. A ce jour, les professionnels de ces secteurs de
production sont en manque de solution alternative face à cette problématique (Jamar et
al., 2014).
Deux essais ont été entrepris par la CRA-W en 2014 afin d’évaluer des stratégies
permettant de réduire l’usage du cuivre en AB. Les objectifs de ces études sont de (i)
comparer l’efficacité de trois formulations du cuivre utilisée pour lutter contre le
mildiou de la pomme de terre et la tavelure du pommier et (ii) d’évaluer l’impact de la
pulvérisation localisée sur les rangs pour réduire l’usage du cuivre dans la lutte contre le
mildiou de la pomme de terre.
108
1. ESSAI COMPARATIF D’EFFICACITÉ DE TROIS FORMULATIONS DE
CUIVRE
OBJECTIF
L’objectif de l’essai est d’évaluer l’effet de la formulation sur l’efficacité du cuivre.
Des formulations plus efficaces permettraient en effet de réduire la dose de cuivre
appliquée lors de chaque passage et de pouvoir aussi éventuellement poursuivre et étaler
la période durant laquelle la culture est protégée. L’essai vise l’évaluation de l’effet de
trois formulations de cuivre sur le développement du mildiou de la pomme de terre et de
la tavelure du pommier.
MATÉRIEL ET MÉTHODES
Les trois formulations de cuivre utilisées dans l’essai sont : 1) l’octanoate de cuivre
(Cueva) à 144 g Cu/ha), 2) la bouillie bordelaise (Maniflow) à 250 g Cu/ha + extrait
d’écorce d’orange (Prev-B2) 0,5% et 3) l’oxychlorure de cuivre (Cuperit) à 250 g
Cu/ha. Elles sont comparées à la référence dose pleine : oxychlorure de cuivre
(Cuperit) à 500 g Cu/ha.
En pomme de terre, l’essai a été installé à Libramont sur une parcelle de 20 ares à
partir de deux variétés présentant des niveaux de sensibilité au mildiou différents :
Gasoré (variété peu sensible) et Agria (variété moyennement sensible). Dix traitements
(dispositif aléatoire à quatre répétitions par traitement) ont été appliqués durant les mois
de juillet et août ; les conditions météorologiques humides ayant permis un
développement fulgurant du mildiou durant cette période. Dès l’apparition du mildiou
dans la parcelle d’essai, la mesure de la destruction du feuillage a été réalisée deux fois
par semaine suivant une échelle de cotation allant de 0% à 100%. Le calcul et la
comparaison des valeurs rAUDPC (relative Area Under Disease Progress Curve)
permettent ensuite de comparer l’efficacité des différentes modalités.
En pommier, l’essai a été conduit à Gembloux sur une parcelle de 60 ares contenant
4 variétés de différentes sensibilités à la tavelure, ‘Pinova’, ‘Pirouette’, ‘Reinette de
Waleffe’ et ‘Reinette des capucins’. L’essai a été conduit suivant quatre répétitions dans
un dispositif expérimental en split plot à quatre blocs aléatoires complets. Au total, huit
traitements ont été appliqués pendant la période d’infection primaire. Cependant, les
principaux traitements au cuivre ne sont appliqués qu’avant la floraison car ce produit
provoque de la rugosité sur les fruits. Or, en 2014, un seul risque d’infection est apparu
avant floraison et par conséquent un seul traitement différencié « cuivre » a été
appliqué.
Chaque produit est appliqué suivant les recommandations basées sur les systèmes
d’avertissements agricoles qui tiennent compte des données météorologiques
enregistrées ainsi que des prévisions climatiques à court-terme.
RÉSULTATS
Pour l’essai pomme de terre, le mildiou est apparu le 10 juillet. La dynamique de
destruction du feuillage pour chacune des modalités pour les variétés Agria et Gasoré
est présentée à la figure 1. Les moyennes des valeurs rAUDPC sont présentées au
tableau 1. Une réduction de la dose de cuivre appliquée lors de chaque traitement quel
que soit le produit utilisé diminue l’efficacité du contrôle. Le cuivre appliqué à 500 g
109
Cu/ha reste donc la référence en termes de lutte contre le mildiou en agriculture
biologique même si il ne suffit pas à protéger totalement la culture à long terme. Le
tableau 2 (César V., communication personnelle) montre où se situe les deux variétés
testées dans l’échelle de sensibilité variétale de 23 variétés de pomme de terre en
conditions naturelles.
Agria Gasoré
Oxychlorure (250g Cu) 0,272 +/- 0,017* 0,116 +/- 0,019
Oxychlorure (500g Cu) 0,188 +/- 0,013 0,067 +/- 0,015
Octanoate (144g Cu) 0,337 +/- 0,043 0,214 +/- 0,035
BB Maniflow (250g Cu) 0,266 +/- 0,010 0,113 +/- 0,037
110
Variété rAUDPC* Note Sensibilité Variété rAUDPC* Note Sensibilité
111
CONCLUSIONS
Ces essais ont montré, en pomme de terre, que l’efficacité des différents produits
cupriques utilisés n’est pas améliorée par la formulation. En pommier, aucune
conclusion ne peut être déduite de l’essai suite au seul traitement cuivre appliqué. Grâce
à l’outil d’aide à la décision (modèle qui fournit une vision dynamique de l’évolution de
la maladie à partir des données météorologiques), il a été possible de cibler la protection
sur les risques d’infection et ainsi réduire au maximum l’usage du cuivre. Le traitement
systématique est ainsi évité. Il faut noter que depuis juin 2014, l’octanoate de cuivre
n’est plus autorisé d’usage en AB.
112
2. RECHERCHE DE MEILLEURES PERFORMANCES D’APPLICATION
DU CUIVRE
OBJECTIF
L’objectif principal de cet essai est d’évaluer l’impact de la diminution des quantités
de cuivre appliquées en début de saison, lors du faible développement du couvert
végétal. Cela pourrait permettre une meilleure répartition des applications de cuivre sur
la saison. Cette technique permettrait en effet d’augmenter le nombre de traitements
potentiels tout en respectant la dose maximale autorisée. Trois alternatives ont été
explorées : (1) localiser les premiers traitements sur le rang, ce qui réduit, à
concentration égale, les volumes et donc les quantités de cuivre apportées par hectare,
(2) réduire la concentration de cuivre de moitié tout en maintenant des traitements en
plein et (3) comparer l’efficacité de la protection pour deux types de buses utilisées en
traitement localisé.
MATÉRIEL ET MÉTHODES
Deux essais sont réalisés en 2014, le premier chez C. Schippers à Antheit et le
deuxième sur une parcelle expérimentale en agroforesterie fruitière au CRA-W à
Gembloux (Penteville). L’essai réalisé au CRA-W concerne une collaboration entre le
CRA-W, la Fiwap (Filière wallonne de la pomme de terre) et le CTH (Centre Technique
Horticole) sur une parcelle conduite et certifiée en AB depuis 12 ans.
Les traitements sont réalisés avec un pulvérisateur de marque ALLAEYS standard
porté, muni d’un système de régulation à pression constante. L’écartement entre les
buses étant initialement de 50 cm, celui-ci est modifié à 45 cm afin de pouvoir choisir
un écartement entre buses de 45 cm ou de 90 cm en obstruant une buse sur deux avec un
bouchon. Cet écartement de 90 cm correspond à la distance entre deux buttes de
pommes de terre et permet d’avoir une buse juste au-dessus d’une butte. Pour l’essai
réalisé à Antheit, deux types de buse sont comparées : la buse standard ALBUZ type
APE (110°) et la buse TEEJET type E (9503 E) spécifique aux traitements localisés. Le
produit à base de cuivre utilisé est le Cuperit.
A Antheit, l’objectif de l’essai est de comparer deux types de buses en traitement
soit localisé soit non localisé. La parcelle est plantée avec la variété ANNABELLE (très
sensible) et est conduite en agriculture conventionnelle. L’essai se termine lorsque le
développement du mildiou dépasse un seuil critique au-delà duquel des traitements
curatifs de rattrapage sont appliqués. La parcelle d’essai fait 43.2 m de large (48 buttes)
sur 180m de long et est divisée en 12 blocs de 16 buttes de large et de 40 m de long.
L’essai compare trois modalités de traitement (Tableau 3). Pour chaque modalité, il y a
trois répétitions. Le nombre et le positionnement des traitements a été dépendant des
conditions météorologiques qui ont influencé le développement du mildiou mais
également le développement de la culture. Cinq passages en traitement localisé ont été
effectués en « début de végétation », ce qui a permis « d’économiser » 1,250 kg de
cuivre (soit environ deux traitements en plein) pour les modalités B et C. Ensuite, cinq
autres traitements en plein ont été nécessaires pour tenter de contrôler la pression du
mildiou en « pleine végétation » (après la fermeture des buttes). L’essai mildiou a été
arrêté juste après le dernier traitement. Un traitement curatif a eu lieu trois jours après la
113
fin de l’essai suivi d’un défanage trois semaines après. Les deux traitements
supplémentaires pour les modalités B et C n’ont donc pas été utilisés.
L’évaluation de l’impact des différentes modalités d’application est faite sur base de
trois paramètres mesurés : l’infestation du mildiou (incidence), le rendement et le poids
114
sous eau (PSE). Le poids sous eau (PSE) permet de déterminer le pourcentage de
matière sèche de tubercules de pommes de terre. Il est mesuré par un appareil appelé
balance à poids sous eau. En pomme de terre Allians, l’industrie cherche à produire des
tubercules avec des poids sous eau variant entre 330 et 350 gr/5 kg. La fourchette
reprise ci-dessus est un compromis, et peut aussi varier en fonction de l’âge de la
pomme de terre.
RÉSULTATS ET DISCUSSIONS
Un premier essai préliminaire mené en 2013 chez un producteur, où le mildiou s’est
déclaré après fermeture des buttes, a montré que les traitements à dose pleine avec un
écartement entre buses de 90 cm en début de végétation, permet de diminuer de 50% le
volume de bouillie par rapport à l’écartement standard de 45 cm, sans diminuer
l’efficacité de la protection. Les modalités utilisant une concentration plus faible de
cuivre ont montré une diminution de l’efficacité de la protection après la fermeture des
buttes suite à l’apparition du mildiou dans la parcelle. Il faut noter que la pression
mildiou est faible en 2013.
En 2014, à Antheit, quel que soit le type de buse, on observe la même efficacité de
protection pour les traitements localisés que pour les traitements ‘en plein’ utilisés
habituellement par les agriculteurs (Tableau 5). Cette technique de réduction des
volumes appliqués permet donc de réduire la quantité de cuivre sans modifier
l’efficacité de la protection.
115
4/07/2014 20/07/2014 5/08/2014 Récolte
% atteint % atteint % atteint
Modalité IC IC IC t/ha IC PSE IC
/parcelle /parcelle /parcelle
A 0,0 0,0 3,9 9,5 48,3 63,1 66,2 2,8 306,8 12,5
B 0,0 0,0 3,8 8,1 61,7 34,0 61,3 3,4 293,5 9,4
C 0,0 0,0 2,6 3,9 56,7 45,2 64,3 2,9 299,0 16,4
D 0,0 0,0 1,7 1,0 53,3 42,5 63,1 2,9 297,8 13,2
CONCLUSIONS
Ces essais démontrent qu’il est possible de réduire la quantité de cuivre utilisée en
effectuant des traitements localisés en début de végétation, sans diminuer l’efficacité de
la protection, quel que soit le site, la variété, la buse.
En présence d’une variété sensible et sous pression moyenne du mildiou, il est
préférable de ne pas descendre en dessous d’une concentration de 500 gr de cuivre par
passage.
L’utilisation de variétés peu ou moyennement sensibles au mildiou semble un
facteur majeur de réussite en production biologique.
Il semble également qu’un changement de la réglementation s’impose à partir du
moment où le fractionnement de l’apport de cuivre semble être une pratique justifiée et
efficace en AB. Ce fractionnement se justifie aussi au vu des rendements et des valeurs
ajoutées possibles dans ce type de culture.
Les enquêtes réalisées en Belgique montrent que la quantité annuelle maximale de 4
kg/ha/an recommandée par certains pays de l’union ne permettrait pas, vu la sensibilité
des variétés généralement cultivées, dans l’état actuel des pratiques et des connaissances
une protection suffisante des cultures biologiques contre les champignons pathogènes,
les années à forte pression de maladie. Les techniques de traitements localisés en début
de saison développées dans ces essais sont des pistes à poursuivre pour répondre à ce
défi.
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